Cinéma Choc

24 août 2016

The Boogeyman - 1980 (Entre Vendredi 13 et L'Exorciste)

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Genre : horreur, slasher (interdit aux - 16 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 12 ans aujourd'hui)
Année : 1980
Durée : 1h22

Synopsis : Lacey et Willy n’ont pas eu une enfance facile. Leur père est disparu dans la brume et leur mère couche à gauche et à droite. Un soir, alors que leur mère est avec un homme bizarre, les enfants les espionnent et se font prendre. Pour avoir la paix, l’homme attache Willy au lit et poursuit son coït. Lacey libere donc Willy et ce dernier assassine l’homme. Vingt ans plus tard, après avoir reçu une lettre de leur mère, Lacey et Willy se remémorent cette malheureuse nuit et de mystérieux meurtres commencent à se produire autour d’eux.  

La critique :

L'origine du slasher remonte probablement aux années 1960. Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) et Le Voyeur (Michael Powell, 1960) marquent un tournant rédhibitoire dans le thriller et le cinéma d'horreur. Puis en 1974, Black Christmas (Bob Clark) et Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper) lancent véritablement les inimitiés. Désormais, le meurtrier est un boucher masqué, muni d'un opinel et même d'une tronçonneuse érubescente. Mais c'est surtout en 1978 que le slasher va connaître sa quintessence avec la sortie d'Halloween, la nuit des masques.
A l'époque, le film de John Carpenter marque durablement les esprits. Nanti d'un budget famélique, le long-métrage remporte un immense succès aux Etats-Unis.

Le film peut notamment s'appuyer sur un psychopathe emblématique, Michael Myers, qui assassine, supplice, torture et dilapide plusieurs étudiants le soir d'Halloween. Il devient alors le bras droit du "Mal". Surtout, cette nouvelle figure de la terreur se cache derrière un masque d'albâtre. Le long-métrage inspire évidemment de nombreux succédanés, entre autres, Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980) et Les Griffes de la Nuit (Wes Craven, 1984).
Après Michael Myers, Jason Voorhees et Freddy Krueger deviennent à leur tour des créatures de cauchemar. Parallèlement, d'autres slashers tentent de s'imposer dans ce marché rentable et souvent sanguinaire. C'est par exemple le cas de Maniac (William Lustig, 1980), Carnage (Tony Maylam, 1981), Le bal de l'horreur (Paul Lynch, 1980) ou encore de Meurtres à la St-Valentin (George Mihalka, 1981).

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Vient également s'ajouter The Boogeyman, réalisé par Ulli Lommel en 1980. Certes, le nom de ce cinéaste allemand ne doit pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, le scénariste et réalisteur possède une filmographie prolifique, foisonnante et exhaustive. Hélas, Ulli Lommel est souvent considéré comme un petit tâcheron par les critiques et la presse cinéma. A ce jour, The Boogeyman reste son film le plus notoire. 
A contrario, le long-métrage est rarement cité parmi les grandes références du cinéma d'horreur et plus particulièrement du slasher.
Certes, The Boogeyman est disponible en dvd mais dans une édition limitée (seulement 1000 exemplaires). Au moment de sa sortie, le film parviendra néanmoins à s'imposer dans les vidéos clubs. Les irréductibles du slasher le considèrent même comme un film culte.

La distribution de The Boogeyman réunit Suzanna Love, Ron James, John Carradine, Nicholas Love et Raymond Boyden. Attention, SPOILERS ! (1) Lacey et Willy n’ont pas eu une enfance facile. Leur père est disparu dans la brume et leur mère couche à gauche et à droite. Un soir, alors que leur mère est avec un homme bizarre, les enfants les espionnent et se font prendre.
Pour avoir la paix, l’homme attache Willy au lit et poursuit son coït. Lacey libère donc Willy et ce dernier assassine l’homme. Vingt ans plus tard, après avoir reçu une lettre de leur mère, Lacey et Willy se remémorent cette malheureuse nuit et de mystérieux meurtres commencent à se produire autour d’eux. (1) Dès l'introduction, The Boogeyman a le mérite de présenter les inimitiés.

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Un jeune gosse (Willy) tue l'amant de sa mère. Depuis cet événement tragique, Willy s'est enfermé dans le mutisme et le silence. Ca ne vous rappelle pas l'introduction d'un autre slasher ? Oui il s'agit bel et bien d'Halloween, la nuit des masques. En outre, The Boogeyman bouffe un peu... beaucoup... énormément à tous les râteliers et surtout aux grands classiques du cinéma horrifique : un soupçon d'Halloween (comme je viens de le préciser dans un précédent chapitre...), une once de Vendredi 13 par son ambiance un brin bucolique et son climat anxiogène, une dose de L'Exorciste (William Friedkin, 1973) et quelques relents d'Amityville, la maison du Diable (Stuart Rosenberg, 1979).
Hélas, et vous vous en doutez, la comparaison s'arrête bien là.

Certes, Ulli Lommel cherche à se démarquer de ses augustes prédécesseurs, avec une petite touche de paranormal. Malheureusement, en dépit de ses bonnes intentions, le long-métrage se confine bien souvent dans des situations ubuesques et rocambolesques. The Boogeyman souffre notamment d'un scénario abscons qui ne parvient jamais (ou presque) à transcender son sujet.
Le film est-il une catastrophe pour autant ? En l'occurrence, The Boogeyman demeure, malgré de nombreux éceuils, un slasher tout à fait honorable et sympathique ; à condition de fermer les yeux sur son caractère prosaïque et obsolète. Le long-métrage a tout de même bien souffert du poids des années. Niveau interprétation, les deux acteurs principaux, Suzanna Love (dans le rôle de Lacey) et Ron James (dans le rôle de Willy), font le job. Sans plus.
A défaut de privilégier les meurtres et les effusions sanguinaires, Ulli Lommel mise davantage sur une tension qui va monter crescendo. Sur ce dernier point, le réalisateur connaît parfaitement ses classiques et signe (encore une fois) un slasher probe et plutôt recommandable, surtout pour les fans invétérés du genre. Les autres pourront aisément passer leur chemin.

Note : 10.5/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1)  Synopsis du film : http://www.horreur-web.com/boogeyman1980.html


23 août 2016

Mondo Cannibale - Horror Cannibal 2 (Cannibal Holocaust chez les putes)

Mondo Cannibale

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 2003
Durée : 1h31

Synopsis : Suite à la disparition de la fille d’un important homme politique américain dans la jungle brésilienne, une expédition est chargée de la récupérer. Malheureusement, les sauveteurs disparaissent à leur tour dans laisser de traces et, à leur suite, un commando de Marines s’enfonce dans la jungle pour terminer la mission. Les militaires se heurtent bientôt à des tribus de cannibales affamés.

La critique :

Certes, les amateurs du cinéma consensuel risquent de ne pas connaître le nom de Bruno Mattei. En revanche, les amoureux du cinéma bis, et plus précisément de la série Z famélique, citeront probablement Virus Cannibale (1980), Les Rats de Manhattan (1984), Robowar (1988) ou encore Cruel Jaws (1995), parmi ses nombreuses insanités. Son credo ? Les films d'exploitation.
En outre, Bruno Mattei est un cinéaste opportuniste et un touche-à-tout qui confine souvent à la cancrerie et aux pires inepties. C'est probablement pour cette raison qu'il se cache derrière de nombreux pseudonymes. A juste titre, Bruno Mattei est souvent considéré comme le pire réalisateur de toute l'histoire du cinéma. Dans les années 1980, le cinéaste s'intéresse tout particulièrement aux zombies et aux cannibales.

Si le fameux Virus Cannibale asseoit définitivement sa notoriété de "nanar man" en puissance, il collabore, en 1988, avec Lucio Fulci à la réalisation de Zombi 3. Un désastre, au grand dam de ce dernier. Après avoir délaissé pendant quelques temps les macchabées et les anthropophages, Bruno Mattei revient vers son genre de prédilection dans les annés 2000, avec plusieurs productions aux titres évocateurs : Land of Death (ou Horror Cannibal, 2003), La Tombe (2004), L'Île des Morts-Vivants (2007) et Zombie : la création (2008), soit son tout dernier long-métrage.
Avec Land of Death, Bruno Mattei nous proposait une savoureuse mixture entre Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1981), Aliens, le retour (James Cameron, 1986) et Predator (John McTiernan, 1987).

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Ce mélange improbable aboutissait à une pellicule d'une rare bêtise, se permettant tous les excès et de nombreuses perfidies, notamment dans sa capacité à photocopier ses illustres modèles, tout en y rajoutant des extraits de documentaires animaliers. Toujours sous l'égide de Cannibal Holocaust, Bruno Mattei décide de réaliser une suite à Land of Death. Son nom ? Cannibal World, un titre qui se décline en Mondo Cannibale, puis en Horror Cannibale 2.
Pour ce second chapitre, Bruno Mattei sévit sous son pseudonyme de prédilection, Vincent Dawn. La distribution du film réunit la plupart des acteurs du premier Horror Cannibal : Claudio Morales, Helena Wagner, Lou Randall, Cindy Matic, Ydalia Suarez et Silvio Jimenez viennent donc participer aux inimitiés. 

Attention, SPOILERS ! (1) Grace Forsyte, journaliste-reporter, voit son émission annulée faute d'audimat. Ne baissant pas les bras, elle propose à son directeur une nouvelle émission destinée à donner au public ce qu'il recherche : du dépaysement, de la violence et de la brutalité, mais bien réels. Grace part donc en Amazonie avec son équipe, aidée par le reporter spécialisé dans les documentaires réalistes Bob Manson, afin de rencontrer et filmer les dernières tribus cannibales existantes. (1) 
Contrairement au précédent chapitre, Mondo Cannibale abandonne définitivement la dialectique de Predator et d'Aliens, le retour pour se focaliser uniquement sur Cannibal Holocaust, qu'il spoilie à satiété. Bruno Mattei reprend donc la réthorique du classique horrifique réalisé par Ruggero Deodato, en y rajoutant une consonance érotique.

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Certes, comme vous pouvez le constater, le scénario de Mondo Cannibale est un énième duplicata de Cannibal Holocaust. A l'instar de Ruggero Deodato, Bruno Mattei s'essaie lui aussi à l'exercice de la critique et du long réquisitoire contre les médias, le journalisme, le lucre et d'une télévision prête à toutes les couardises pour générer de l'audimat. Un leurre pour mieux farder les véritables intentions du cinéaste. Par exemple, la première demi-heure du film est un interminable étalage de nichons et de strip-tease assénés par les deux actrices principales, Helena Wagner et Cindy Matic. Intérêt... zéro !
Un script éhonté auquel vient s'ajouter une mise en scène catastrophique. Certes, cette fois-ci, Bruno Mattei élude tout extrait de documentaires animaliers, mais reprend (à sa sauce) les fameuses séquences de Cannibal Holocaust.

Appâté par le succès et la montée de l'audimat, nos protagonistes capturent un indigène de la forêt. Sous l'effet de cocaïne, ils s'attaquent à un village du coin et brûlent plusieurs tanières des anthropophages. Le message de Bruno Mattei est édifiant : les vrais sauvages, ce ne sont pas les cannibales affamés de chair humaine, mais nos chers journalistes qui retrouvent leurs réflexes colonialistes, primitifs et archaïques. Hélas, la plupart des scènes de tripailles se déroulent dans la confusion la plus totale.
Finalement, par son incompétence et son opportunisme, Mondo Cannibale devient aussi racoleur que le produit qu'il dénonce. A l'instar de son modèle (donc Cannibal Holocaust... au cas où vous n'auriez toujours pas compris...), Mondo Cannibale est lui aussi interdit aux moins de 18 ans.

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Fidèle à son cinéma outrancier, Bruno Mattei multiplie les séquences de "collation" avec des gros plans sur les dents carnassières des anthropophages. Boyaux, estomac, viscères et intestins font évidemment partie des tristes réjouissances. Paradoxalement, Mondo Cannibale ne parvient jamais à susciter un simulacre de sursaut ou d'effroi, à cause essentiellement de son montage risible et débilitant.
Acteurs en roue libre et totalement insignifiants, répliques absconses et quelques scènes de boucherie pour flagorner les amateurs d'un cinéma trash et polémique, tel est le menu frugal de Mondo Cannibale. Hélas, Bruno Mattei ne parvient jamais à capter son audimat ni à transcender son sujet. Si les trente dernières minutes sont d'une bêtise insondable, le film s'avère moins hilarant que Land of Death. Tourné la même année, Mondo Cannibale se contente de refourguer tous les ingrédients du genre cannibale, tout en y rajoutant une bonne dose d'érotisme de comptoir et de nombreuses plongées sur les nichons de ses actrices principales. Bref, les amoureux du cinéma de Bruno Mattei (soit trois personnes dans le monde) devraient logiquement apprécier cette galette d'une nullité abyssale.

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.cinemafantastique.net/Horror-cannibal-2-Mondo-cannibal.html

22 août 2016

Le Monstre Qui Vient de l'Espace (Le "Frankenstein de l'espace")

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Genre : horreur (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1977
Durée : 1h24

Synopsis : La mission spatiale Scorpion V, lancée vers les anneaux de Saturne, connait un accident inexpliqué. Son seul survivant est l'astronaute Steve West, gravement blessé, qui s'échappe de l'hôpital en massacrant une infirmière : il se décompose vivant, laissant ici un œil, là une oreille et ne peut survivre qu'en se nourrissant de chair humaine

La critique :

Producteur et cinéaste américain, Roger Corman s'est surtout spécialisé dans les films d'exploitation. C'est ainsi qu'il devient et s'affirme comme le "pape" du cinéma bis. En tant que réalisateur, on lui doit notamment L'attaque des crabes géants (1957), Teenage Cave Man (1958), Mitraillette Kelly (1958), La petite boutique des horreurs (1960), ainsi que de nombreuses adaptation d'Edgar Poe (entre autres, La chambre des tortures, Le Corbeau et Le masque de la mort rouge).
Son crédo ? Des productions anomiques et rentables tournées en 48 ou 72 heures grand maximum ! Parallèlement, Roger Corman forme plusieurs cinéastes qui vont devenir célèbres par la suite. Jonathan Demme, Ron Howard, James Cameron, Joe Dante, Martin Scorsese et Francis Ford Coppola deviennent ses dignes épigones.

Passionné par l'horreur et la science-fiction, Roger Corman décide de lancer un certain William Sachs derrière la caméra de The Incredible Melting Man, sorti en 1977. En France, le film sort sous le nom de Le Monstre Qui Vient de L'Espace et écope d'une interdiction aux moins de 18 ans. A l'époque, le public et la censure sont vivement impressionnés par les maquillages conçus par Rick Baker et surtout par l'histoire de ce spationaute qui se délite, laissant apparaître un corps en lambeaux.
La distribution du film réunit Alex Rebar, Burr DeBenning, Myron Healey, Ann Sweany, Lisle Wilson et Jonathan Demme (le futur réalisateur du Silence des Agneaux). 
Attention, SPOILERS ! La mission spatiale Scorpion V, lancée vers les anneaux de Saturne, connait un accident inexpliqué. 

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Son seul survivant est l'astronaute Steve West, gravement blessé, qui s'échappe de l'hôpital en massacrant une infirmière. Il se décompose vivant, laissant ici un œil, là une oreille et ne peut survivre qu'en se nourrissant de chair humaine. En vérité, le script de The Incredible Melting Man est un quasi remake de Le Monstre, réalisé par Val Guest en 1955, et première aventure (au cinéma) du Professeur Bernard Quatermass. Déjà à la base, le long-métrage de Val Guest ne brillait pas vraiment par sa finesse ni par sa sagacité. Le Monstre qui vient de l'espace justifie surtout son visionnage pour les maquillages de Rick Baker, il est vrai, fort impressionnants.
Mais pour le reste, le film de William Sachs se révèle beaucoup trop conventionnel, laconique et prévisible pour susciter l'intérêt sur sa courte durée (à peine une heure et 25 minutes de bobine).

En outre, le voyage spatial, fatal à une équipe d'astronautes, est rapidement éludé par William Sachs. Seul Steve West, spationaute aguerri, revient vivant de cette petite escapade "saturnienne". Hospitalisé, l'homme est grièvement blessé et défiguré. Le diagnostic médical est sans appel. Steve West est condamné à exhaler son dernier soupir dans les heures qui viennent. Son corps va peu à peu se décomposer, ne laissant qu'un agrégat de sang et de chairs putrescentes.
Qu'à cela ne tienne, Steve ne tarde pas à se réveiller. Furibond et vindicatif, il s'attaque à l'équipe médicale. Pis, pour survivre et se regénérer, l'homme a besoin de victuailles humaines. C'est probablement ce dernier aspect qui explique (sans doute) l'interdiction aux moins de 18 ans. 

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Toutefois, rien de très abominable non plus. En outre, l'interdiction sera revue à la baisse (donc aux moins de 16 ans) par la suite. En l'état, malgré la profusion de sauce tomate et de quelques effets gores bien sentis, le film mérite (tout au plus) une interdiction aux moins de 12 ans. Certes, le monstre humain suscitera bel et bien quelques cris d'orfraie, notamment d'une gamine effrayée par l'allure turpide et méphitique de la créature. De retour chez elle, la fillette hurle alors à sa mère : "Maman, je viens de voir un Frankenstein de l'espace !". Pour le reste, pas grand-chose à signaler au tableau de bord.
En vérité, The Incredible Melting Man ne parvient jamais (ou presque...) à transcender son sujet. Désormais prosaïque et obsolète, le long-métrage a bien souffert du poids des années. 
Surtout, il est victime d'un schéma narratif beaucoup trop archaïque : un accident spatial, un scientifique réduit à l'état de cacochyme ambulant, des crimes épouvantables, une once de cannibalisme, un simulacre d'enquête policière puis l'affrontement inévitable dans une centrale électrique.
Au risque de me répéter, le film justifie surtout son visionnage pour ce corps humain en putréfaction. Bref, une série B absconse et à réserver aux férus du cinéma bis et encore... Chronique courte aujourd'hui, mais sincèrement, je ne vois pas quoi dire de plus sur ce film.

Note : 07/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

21 août 2016

Dead Set (Loft Story Vs. Zombies)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : Un épisode de 45 minutes et quatre autres de 25 minutes

Synopsis : Le pays est en émoi suite à l'attaque de morts-vivants qui massacrent la population. Les participants de l'émission de télé-réalité "Loft Story" ignorent ce qui se trame à l'extérieur. Pas pour longtemps

La critique :

A la fois journaliste, scénariste et animateur pour la télévision britannique, Charlton "Charlie" Brooker est surtout connu, de l'autre côté de la Manche, pour ses interventions satiriques et son humour noir qui frappe là où ça fait mal. C'est dans ce contexte qu'il écrit, crée, produit et réalise la série télévisée Dead Set, sortie en 2008. Plutôt orienté vers la comédie "acide", licencieuse et égrillarde, Charlie Brooker s'ébaudit d'un nouveau phénomène médiatique et sociétal : la téléréalité et plus précisément cette caméra insidieuse sous l'égide d'un certain Big Brother, soit un personnage de fiction inventé par George Orwell dans son roman, 1984. Cette figure fictive et hégémonique gouverne désormais notre monde de son oeil avisé.
Son objectif ? Assouvir les individus et obtenir leur obédience.

Basé sur le culte de la personnalité, la police de la pensée, une société bureaucratique et autoritaire, Big Brother se décline sous la forme d'un jeu de téléréalité, réunissant plusieurs candidats enfermés dans un loft et surveillés 24 heures sur 24. Bientôt, cette émission à succès se transformera en "Loft Story" en France et sous l'égide de Benjamin Castaldi (sic...). Evidemment, un tel concept amuse Charlie Brooker qui décide de transposer ce nouveau phénomène médiatique à une invasion de zombies.
Une première dans le monde étriqué et corseté des macchabées. La distribution de Dead Set ne réunit pas de très grandes stars, à moins que vous connaissiez les noms de Jaime Winstone, Riz Ahmed, Adam Deacon, Andy Nyman, Beth Cordingly, Warren Brown et Kathleen McDermott ; mais j'en doute...

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En outre, cette série gore et horrifique repose sur un concept novateur et original. Attention, SPOILERS ! (1) La soirée hebdomadaire la plus importante de l’émission Big Brother est sur le point de débuter. A l’intérieur de la maison, les participants à cette émission de télé réalité se bouffent le nez. Devant les panneaux de contrôle, l’équipe de production se prépare avec la rumeur d’une éventuelle annulation de l’émission pour un flash d’information. 
Et pour cause, à l’extérieur, la Grande Bretagne sombre dans le chaos, les morts revenant à la vie pour s’attaquer aux vivants. (1) Par certains aspects, le scénario de Dead Set n'est pas sans rappeler celui de The Walking Dead. Certes, les deux matériels ne reposent pas du tout sur le même concept.

Pourtant, on retrouve cette inquiétude pour cette société anomique et en plein marasme, ainsi que cet intérêt pour la psyché de ses personnages. Dans les deux cas, il est bien question d'une épidémie immarcescible et de temps funestes, avec ces zombies annonçant l'Apocalypse et donc la fin du monde. Alors que la panique s'installe à l'extérieur, Dead Set se centre rapidement sur une vie fictive qui se déroule à l'intérieur d'un loft, donc dans un milieu aseptisé et régenté par l'audimat.
Charlie Brooker élude prestemment les événements extérieurs au profit d'une ambiance anxiogène et se déroulant en huis clos. 
Ainsi, le cinéaste et journaliste se focalise, avec aisance, sur de nombreux protagonistes. Tout d'abord, les candidats de l'émission sont les derniers informés de la situation. 

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Coupés du monde, ils passent leur temps à palabrer et à se fustiger pour de petites peccadilles. Qu'à cela ne tienne, l'arrivée inopinée de Kelly Powell, qui travaille pour l'émission, modifie les données de la situation. Peu à peu, Big Brother devient le seul endroit à l'abri des inimitiés. Parallèlement, Charlie Brooker s'intéresse aux péripéties de Riq, le fiancé de Kelly. Finalement, ce dernier est encore le seul protagoniste en contact avec la réalité.
Dès lors, Charlie Brooker accentue les belligérances. Les morts-vivants deviennent de plus en plus oppressants et comminatoires. Puis, ce sont plusieurs candidats du loft qui se transmutent en zombies assoiffés de chair humaine. Sur ce dernier point, Charlie Brooker se montre plutôt magnanime en multipliant les effets gores et sanglants. Ainsi, les rebondissements s'enchaînent sans temps mort. Un peu trop peut-être. A tel point que l'on relève quelques saynètes inutiles.
A l'image de ce producteur de télévision qui passe son temps à vociférer et à asséner ses pestilences. Je vous passe les détails... Malgré son statut de série télévisée, Dead Set vient apporter sa modeste pierre à l'univers décharné des zombies. Enfin, Charlie Brooker n'oublie jamais d'égratigner ni de semoncer notre société hédoniste et consumériste. Certes, à nouveau, les contempteurs pourront tonner et pester contre certains effets comiques redondants. Toutefois, rien de grave.
A l'instar de The Walking Dead, Dead Set est appelé, lui aussi, à s'octroyer le statut de série culte.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) synopsis du film sur : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=2388&NamePage=dead-set

20 août 2016

Voyage au bout de l'Enfer (Welcome To Vietnam)

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Genre : drame, guerre (interdit aux -16 ans)

Année : 1979

Durée : 3h03

 

Synopsis :

1968. Mike, Steven, Nick, Stan et Axel travaillent dans l’aciérie du bourg de Clairton, Pennsylvanie, et forment une bande très liée. À Clairton, les histoires de coeur vont bon train : Steven épouse Angela, bien qu’elle soit enceinte d’un autre, et Nick flirte avec Linda qui semble troubler Mike. Mais cette tranquilité est rattrapée par la guerre du Vietnam lorsque Mike, Steven et Nick sont mobilisés pour partir au combat…

 

Critique :

La guerre c'est l'enfer. Si cette phrase vous semble bateau, elle paraît beaucoup moins évidente dans le monde du cinéma, où les pires conflits mondiaux ou autres guerres alternatives se voient romancées en de simples aventures héroïques, s'embourbant dans un manichéisme totalement irrespectueux, avec d'un côté les gentils, et de l'autre les méchants. Ces oeuvres ont tôt fait d'atténuer, au cours du temps, la définition même de la guerre se résumant à la saleté, à la mort, à la désolation voire à la folie. Il est malheureusement grave de se rendre compte que la thématique psychologique dans les films de guerre est trop souvent absente ou du moins partiellement traitée car il s'agit sans doute là du point central de tous les conflits. Face au chaos, aux corps démembrés de leurs propres camarades d'arme, on nous montre souvent des soldats continuant héroïquement de tuer les méchants ennemis, chose qu'ils font sans le moindre problème même si leur meilleur ami a, 2 minutes avant, été réduit en bouillie par un obus.
Je n'ai pas peur de dire que le thème de la guerre est souvent mal traité ("maltraité" fonctionne aussi) au cinéma et de fait, les films de guerre psychologique se comptent à peine sur les doigts des 2 mains. Nous citerons de nobles classiques comme Apocalypse Now, Requiem Pour Un Massacre, Full Metal Jacket, Une Balle Dans la Tête ou des oeuvres un peu moins citées comme Au Delà de la Gloire ou encore Avoir 20 Ans dans les Aurès.

Toutes ces oeuvres montrant une vision différente de la guerre, une vision plus sombre mais aussi plus mature. Néanmoins, il est encore plus dommage de constater que toutes ces oeuvres ont un certain âge. Pour vous expliquer un peu ma passion assez récente pour la thématique psychologique de la guerre et au delà de ça, comme vous le savez, pour les films psychologiques, cela ne s'est pas fait avec un film ayant servi de déclencheur mais bien grâce à un.... jeu vidéo.
Alors, je vous vois déjà vous demander pourquoi je parle de ça. Et bien c'est parce que ce jeu se rapproche parfaitement, dans ses thèmes traités, au film ici présent, à savoir Voyage au Bout de l'Enfer, ce qui explique pourquoi ce film m'a tant marqué. Cette petite bombe du nom de Spec Ops : The Line nous invitait à suivre un général sombrant peu à peu dans la folie la plus totale face à une guerre qui le dépassait complètement et rien ne nous était épargné : phosphore blanc, exécutions sommaires, pendaisons, actions moralement discutables de la CIA, charniers humains, tortures psychologiques, massacres de civils, SSPT (syndrome de stress post-traumatique) et j'en passe.

Ce bouillon de culture a fait de tout ça un des très rares jeux vidéos réellement traumatisants ayant déjà atteint le statut d'oeuvre culte et ayant, une première dans le jeu vidéo, eu l'honneur d'avoir une véritable analyse littéraire. Bref, nous sommes sur un forum de cinéma, donc je ne vais pas m'attarder davantage mais c'est grâce à cette oeuvre en question que j'en suis arrivé à trouver les films de guerre classiques fades et presque sans intérêt. Après cette parenthèse émotionnelle, me voici l'immense honneur de chroniquer l'un des films les plus marquants et les plus durs du monde cinématographique, à savoir, comme en atteste la chronique, Voyage au Bout de l'Enfer.
Le réalisateur derrière cette pépite n'est autre que le talentueux et regretté Michael Cimino, décédé le 2 juillet 2016, qui nous a gratifié d'autres grands films tels que L'Année du Dragon, La Porte du Paradis ou encore Magnum Force. Pour la petite anecdote, c'est en apprenant sa mort que m'est venue l'idée de regarder directement un de ses films.

L'histoire autour du tournage du film a le mérite déjà de montrer le puissant impact que peut procurer le film au visionnage. Ainsi, l'acteur principal Robert de Niro a cherché à apporter le plus de réalisme possible en demandant à ce que les coups administrés lors de la scène de la roulette russe (j'y reviendrai par la suite) soient vrais. Mais l'histoire ne s'arrête pas là puisqu'il tiendra à ne pas se faire doubler lors de la scène de la fuite en hélicoptère et cerise sur le gâteau, l'acteur Christopher Walken aurait réellement craché sur le visage de Robert de Niro lors de leur dernière rencontre au Vietnam.
Cela déclenchera chez lui une colère noire que l'on pourra visionner à l'écran et qui n'a pas l'air d'être simulée. Au delà de ça, le film sera taxé de raciste par une partie de la critique au moment de la sortie, lui reprochant de ne prendre que le point de vue des américains. Ce qui ne l'a pas empêché de rafler 5 Oscars avec entre autres, l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Christopher Walken. On peut clairement parler ici d'un film polémique et à l'impact bien présent et maintenant passons à la suite.

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ATTENTION SPOILERS : Nous sommes en 1968 dans le bourg de Clairton en Pennsylvanie. Mike, Steven, Nick, Stan et Alex forment une bande très liée s'adonnant aux plaisirs de la vie rythmée par la chasse entre autres mais 1968 sonne aussi la pleine époque d'un bourbier qui n'est autre que la guerre du Vietnam. Bourbier qui détruira la tranquillité de la bande lorsque Mike, Steven et Nick seront mobilisés. Même si leur entrain et leurs convictions profondes sont présentes, tous n'en sortiront pas indemnes. FIN DES SPOILERS. Nous voici plongés pendant 3h dans l'une des guerres les plus excécrables du 21ème siècle. Guerre qui fut longtemps partagée au sein de la population américaine et sujette à de multiples controverses et polémiques dans les interventions de militants en faveur de la paix.
Cette période était très sensible et la guerre engagée était quasiment un sujet tabou et pour en revenir à ce que j'ai dit plus haut, ce n'est pas un hasard que ce film fasse polémique sachant qu'il est le tout premier à traiter de cette guerre. Et quel traitement !! Clairement, Voyage au Bout de l'Enfer n'a absolument pas usurpé son statut de légende du cinéma tant le propos est cisaillant et vrai. Et ce mot sonnera en permanence après le visionnage.

C'est un film vrai, un film qui ne s'embarque pas dans du olé-olé à grand renforts de 160 explosions à la minute, de corps déchiquetés par milliers repeignant les mangroves et j'en passe. Car avant tout, Voyage au Bout de l'Enfer est un fantastique drame humain traitant des ravages de la guerre au niveau sociétal, au niveau psychologique et au niveau de l'individu même. Et c'est peut-être ça le plus déroutant mais en même temps, le plus surprenant d'avoir cru à visionner un perpétuel champ de bataille pour au final se rendre compte que la guerre purement physique n'est qu'une toile de fond, qui sera généralement suggérée tout au long du visionnage. Michael Cimino opte pour le réalisme et à ce niveau, c'est un sans faute. Ainsi, Voyage au Bout de l'Enfer apparaît comme un véritable pamphlet déchirant contre une guerre qui n'a objectivement servi à rien, à part semer la mort en envoyant de nombreux innocents guidés par leur patriotisme aveugle. De fait, beaucoup de détracteurs se plaindront de la première partie du film, jugée trop longue, alors qu'il s'agit justement d'une étape cruciale qui n'aurait pas dû être amputée d'une milliseconde. Et c'est là où le film commence déjà à nous faire mal dans sa façon d'illustrer le quotidien d'une bande d'amis inséparables alors que nous savons très bien le désastre qui se produira par la suite.
Des amis guidés par un patriotisme exacerbé ayant juré fièrement de défendre leur pays dans la joie et la bonne humeur. Une naïveté qui les fera sombrer dans une désolation dont ils ne sortiront pas indemnes et que nous pouvons comparer aux documentaires sur la 1ère guerre mondiale avec tous ces jeunes mobilisés et partant le sourire aux lèvres sans se douter un instant de la situation dans laquelle ils se retrouveront.

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Maintenant, comme l'image ci-dessus peut en attester, les scènes de guerre sont bel et bien là dans cette 2ème partie commençant brutalement par des civils purement massacrés et des soldats brûlés au lance-flamme. Si le réalisme est présent dans le film, la radicalité l'est tout autant. Et bien qu'habitué à la violence dans le cinéma, on ne peut guère rester insensible. Cela reste cependant de la roupie de sansonnet comparé à la scène culte par excellence, qui aura fait couler beaucoup d'encre, vu que l'usage de cette pratique durant la guerre n'a jamais été formellement attestée et cette pratique n'est autre que la roulette russe. Une scène vraiment choquante, d'une violence inouïe qui ne peut laisser insensible quand on sait que les gifles étaient réellement adressées. On reste pantois devant la détresse psychologique de De Niro et Walken atteignant des sommets d'interprétation.
Sans conteste, l'une des scènes les plus marquantes du cinéma à mes yeux. 
Si les 2 premières parties du film restent profondément dures, la 3ème est à mon sens la plus nihiliste et la plus désespérée quand on récupère nos personnages ou plutôt ce qu'il en reste. La dénonciation brûlante de la guerre prend ici vraiment tout son sens face à ces personnages massacrés au nom d'un pseudo idéal, aux convictions profondes bafouées par du vide et du non-sens politique. 

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Sans jamais être grandiloquent, Cimino reste relativement simpliste et tout à fait réaliste dans la présentation de l'après-guerre et c'est peut-être finalement ça qui le rend si choquant. Nous inviter à suivre la vie de ces hommes meurtris et transformés à jamais par une guerre qui les a totalement dépassés. Et c'est à ce niveau que je me prosterne devant le réalisateur car il n'a pas seulement mis en scène et décrit les conséquences physiques d'une guerre, il a aussi montré les conséquences mentales. Un thème, comme je l'ai dit en début de chronique qui est trop peu abordé dans beaucoup de films de ce genre. Ainsi, Cimino montre qu'un soldat n'est pas un surhomme et qu'il ne tue pas comme un robot les ennemis sans arrière-pensée. Non, un soldat est avant tout quelqu'un d'humain et qui ressent de l'empathie.
De fait, Voyage au Bout de l'Enfer a une véritable dimension anthropologique. Dimension qui charcutera le spectateur dans sa mise en scène d'un Christopher Walken frappé d'un SSPT, une interprétation tout simplement mémorable d'un acteur qui n'aura en aucun cas usurpé son Oscar.

Si l'intensité et l'attraction du film sont constants tout au long du visionnage, ceux-ci atteindront un paroxysme rarement vu dans le cinéma lors de la séquence de l'ultime confrontation entre nos 2 personnages principaux. Une séquence réellement traumatisante et à l'issue d'un nihilisme extrême. La séquence finale se contentera d'enfoncer le dernier clou dans le crâne d'un spectateur totalement abasourdi par la Réalité avec un grand R de la guerre. Une interdiction aux moins de 16 ans que je ne trouve pas inutile après visionnage. En conclusion, Voyage au Bout de l'Enfer, vous l'aurez compris, n'est pas un film de guerre classique. C'est un film de guerre où la tragédie humaine est mise en avant de par sa dénonciation des véritables conséquences de la guerre.
Porté par de brillants acteurs à savoir Robert de Niro, Christopher Walken, Meryl Streep et John Cazale entre autres, ainsi que par un véritable travail sonore, Voyage au Bout de l'Enfer continue d'accumuler les qualités au grand plaisir du spectateur râlant en voyant déjà le générique de fin. Si j'aurais aimé avoir un chouïa de séquences du bourbier en plus avec une brève allusion à cette saloperie appelée Agent Orange, il n'en demeure pas moins que le film est complet de A à Z.
Brillant dans son approche et destiné à poursuivre le spectateur longtemps après le visionnage, Voyage au Bout de l'Enfer est un film qui se vit vraiment et qui nous prouve que la guerre, ce ne sont pas des explosions et des actes héroïques, mais des hommes en qui raisonne l'enfer dans leurs yeux.

 

Note : 19/20

 

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19 août 2016

Tarantula ! (Le chaos vient du vide...)

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Genre : horreur, épouvante, science-fiction
Année : 1955
Durée : 1h21

Synopsis : Une tarentule géante, d'origine expérimentale, sème la terreur dans une contrée américaine

La critique :

Réalisateur américain essentiellement spécialisé dans la série B, Jack Arnold débute sa carrière cinématographique dès 1950, avec With These Hands. Dès 1953, il se se spécialise (presque) essentiellement dans le fantastique, la science-fiction et l'épouvante avec plusieurs films notoires. Le Météore de la Nuit (1953), L'étrange créature du lac noir (1954), La revanche de la créature (1955) et surtout L'homme qui rétrécit (1957) asseoient sa notoriété.
Vient également s'ajouter Tarantula !, réalisé en 1955. Le long-métrage s'inscrit dans l'angoisse et la paranoïa de la guerre froide, mais aussi dans cette peur indicible de la menace nucléaire et de la radioactivité. Le film s'inscrit également dans la logique et le sillage de Them ! Des Monstres Attaquent la ville (Gordon Douglas, 1954).

Si Tarantula ! relate un cas inquiétant et terrifiant de gigantisme animal, Jack Arnold se focalisera sur le phénomène inverse, avec L'Homme qui rétrécit. Deux films à priori aux antipodes mais qui se focalisent toujours sur cette menace radioactive, affectant l'homme et/ou l'animal. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma, une araignée géante terrorise les spectateurs dans les salles.
Nanti d'un budget famélique, le tournage de Tarantula ! doit être bouclé dans les plus brefs délais. Le film fait suite à Le Météore de la Nuit, qui n'a pas spécialement ameuté les foules dans les salles, ni convaincu les producteurs. Qu'à cela ne tienne, le tournage du film ne dure qu'une petite dizaine de jours. Cette fois-ci, le métrage se solde par un succès commercial.

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La distribution de Tarantula ! réunit John Agar, Mara Corday, Leo G. Carroll, Nestor Paiva, Ross Elliott et Edwin Rain. A noter l'apparition furtive et discrète de Clint Eastwood dans le rôle d'un pilote d'un avion de chasse ! Attention, SPOILERS ! (1) Dans un laboratoire isolé, le Professeur Gerald Deemer travaille sur un nutriment qui permettrait de soulager la famine que menace de provoquer l'accroissement de population. Ses expérimentations ont abouti à certains résultats ; mais au prix de sérieux déboires.
Un jour qu'il s'est absenté, deux de ses collègues s'injectent le nutriment, avec des conséquences effroyables les conduisant progressivement à la mort par ce qui semble être l'acromégalie
. L'un des deux meurt, tandis que l'autre attaque le professeur et lui injecte le produit avant de mourir.

Pendant leur combat, une tarentule géante qui a elle aussi reçu une injection s'évade de sa cage. Dès lors, elle ne cesse de grandir, et s'en prend aussi bien au bétail qu'aux humains. (1) L'air de rien, Tarantula ! marque une rupture rédhibitoire avec King Kong (Ernest B. Schoedsack, 1933). Ici, les humains n'entretiennent que des rapports assez étroits et (surtout) houleux avec la créature géante. 
Pour l'araignée radioactive, les êtres humains ne constituent que des menus fretins qu'elle assaille et dévore. Surtout, la nature primitive, achaïque et préhistorique de King Kong a été supplantée par un immense désert chaotique, un décor presque apocalyptique dont gît la terrible créature. Autrement dit, le monstre de Tarantula ! semble provenir de nulle part, plus précisement d'un vide et d'un néant indicible.

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C'est probablement ce dernier aspect qui rend le film et surtout l'araignée aussi effrayante. Certes, il s'agit d'une créature victime d'expérimentations de laboratoire. Mais la tarentule n'est pas la seule à subir les conséquences d'un nutriment aux effets délétères. Le professeur Gerald Deemer et son acolyte sont victimes à leur tour d'une terrible maladie : l'acromégalie. Transfigurés, les deux hommes meurent dans de terribles souffrances. Leur mal est incurable.
Déjà à l'époque, Tarantula ! s'inquiète de phénomènes encore d'actualité, notamment le problème de la surpopulation mondiale et du devenir de nos terres, insuffisamment fertiles. Certes, dans son concept, Tarantula ! reste de facture conventionnelle puisque son scénario développe à nouveau l'histoire d'un savant totalement azimuté.

Pourtant, le film déploie d'autres thématiques passionnantes, notamment cette angoisse ineffable du nucléaire et l'arrivée impromptue d'une créature symbolisant le glas de l'Humanité. Côté effets spéciaux, faute de moyens et de budget, le long-métrage élude la méthode de la stop-motion (image par image) et privilégie une araignée filmée en gros plan, donnant l'impression d'un monstre aux incroyables rotondités. Contre toute attente, les apparitions de la créature sont plutôt furtives au profit d'une ambiance anxiogène. Côté acteurs, l'interprétation est d'un niveau correct. Guère plus.
Si John Agar et sa nouvelle énamourée font le "job", leur romance amoureuse et leurs accointances ne présentent guère d'intérêt. Mais ne soyons pas trop sévères, on tient là un vrai classique du cinéma bis, entre science-fiction et épouvante. Par la suite, Tarantula ! engendrera de nombreux avatars, dont Arac Attack (Ellory Elkayem, 2002) et Spiders (Gary Jones, 2000) font partie.

Note : 15/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tarantula_!

18 août 2016

Fear And Desire (Le 1er film de Stanley Kubrick)

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Genre : guerre, drame

Année : 1953

Durée : 1h01

 

Synopsis :

Dans une guerre abstraite en terre inconnue, une patrouille militaire de quatre hommes, le lieutenant Corby, le sergent Mac et deux soldats, Fletcher et Sidney, se retrouvent derrière les lignes ennemies après que leur avion se soit écrasé. Ils avancent dans la forêt, surprennent deux militaires ennemis et les massacrent. Puis ils rencontrent une jeune fille et, craignant qu'elle ne les dénonce, l'attachent à un arbre. Pendant que ses trois camarades vont vers la rivière construire un radeau qui, espèrent-ils, les ramènera chez eux, Sidney garde la jeune femme. Il se révèle alors avoir l'esprit dérangé, autant à cause des violences de la guerre que de son désir naissant envers la prisonnière…

 

Critique :

Je crois bien qu'il est absolument inutile de vous présenter Stanley Kubrick, considéré à juste titre par beaucoup, comme l'un des plus grands réalisateurs de tous les temps. Cinéaste controversé, sa carrière fut semée de polémiques en tout genre qui ont davantage contribué à sa réputation. Ainsi, Orange Mécanique causera un gigantesque scandale dans sa représentation stylistique de la violence alors que l'époque n'était pas encore préparée à l'ultraviolence. Considérons aussi le cas de Lolita qui fera scandale dans les milieux puritains en narrant une relation juvénile.
Et bien sûr, comment ne pas parler du cas de Les Sentiers de la Gloire dénonçant les exactions douteuses moralement de l'armée française durant la 1ère guerre mondiale ? Si ce réalisateur est aujourd'hui adulé par toute une génération de cinéastes et de cinéphiles, il ne faut pas oublier qu'il fut quelque peu indésirable pour certaines personnes à l'époque.

Chronique plutôt courte aujourd'hui en raison de la très faible durée d'une petite heure de bobine, laissez-moi vous présenter le tout premier (et l'un des plus méconnus de sa filmographie) premier film de notre réalisateur, à savoir Fear And Desire. Film qui a d'ailleurs sa petite histoire en raison des nombreuses épreuves qui lui sont tombées dessus pour arriver entre nos mains aujourd'hui. Ainsi, pour "bien" commencer, le film bénéficiera d'une diffusion limitée au grand public et ce, dès sa sortie, avant de devenir tout simplement introuvable par son absence d'exploitation commerciale, bref aucune cassette ou DVD. Mais le calvaire ne s'arrête pas là car s'il y a eu absence d'exploitation, cela fut due à la destruction de la quasi totalité des copies connues du film par la volonté même du réalisateur qui considérait ce film comme un travail d'amateur. A ce stade, je pense que nous pouvons clairement parler de film indésirable. Fort heureusement, une restauration du film fut entreprise à partir de l'une des rares copies conservées pour aboutir à la sortie officielle en DVD et Blu-Ray en 2012.
Tout est bien qui finit bien et maintenant refermons cette parenthèse historique pour passer à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Nous voici plongés dans une guerre abstraite dont nous ne savons rien. Un bataillon de 4 soldats se retrouve en plein territoire ennemi après que leur avion se soit écrasé. Possédant en tout et pour tout une arme, ils trouvent une patrouille de 2 soldats et les massacrent. Par la suite, ils croisent une jeune fille isolée revenant d'une rivière située en contrebas et l'attachent à un arbre pour éviter qu'elle ne les dénonce. Pendant que 3 des soldats se préparent à construire un radeau pour tenter de retourner en territoire allié, Sydney est affecté à la surveillance de la jeune. Déstabilisé mentalement par les conséquences de la guerre ainsi que de son désir naissant envers la prisonnière, il sombre peu à peu dans la folie. FIN DES SPOILERS.

Voilà qui a de quoi intéresser les amateurs de thrillers psychologiques et adeptes d'un cinéma de guerre différent. Comme vous pouvez vous en douter, inutile de rechercher ici des combats renforcés à grand coup d'explosions avec des morts par dizaine car déjà, ce n'est pas là le but du récit et deuxièmement, c'est aussi le premier film d'un réalisateur loin d'être déjà reconnu. Mais qu'à cela ne tienne, Fear And Desire, comme j'ai dit une ligne au-dessus, n'a pas cet objectif de spectacle et se révèle être davantage un survival où nous assistons à cette tentative de fuite et de survie d'un bataillon totalement déconnecté de leur patrie. Clairement, Fear And Desire est un film particulièrement étrange embarquant ses spectateurs dans une ambiance déstabilisante et plutôt glauque.
Le simple fait d'évoluer du début jusqu'à la fin dans un contexte nébuleux d'une guerre inconnue dont nous ne connaîtrons jamais les tenants et les objectifs déstabilisera plus le spectateur qu'autre chose.

Deuxièmement, la quasi absence de combats au profit d'une ambiance à mi-chemin entre la survie et la folie, rend ce moyen-métrage davantage obscur et il est évident que le traitement opéré ne plaira pas à tout le monde mais est-ce que j'avais besoin de le rappeler ? Kubrick nous livre ici un film où la guerre apparaît comme une toile de fond dans ce récit (logique me direz vous !), mais où les questionnements philosophiques sont davantage omniprésents. Nous pourrions presque parler de film de guerre expérimental mais avant tout d'un réel film d'auteur.
Les questionnements philosophiques sont légions et le film nous invite à suivre une véritable introspection des personnages face à une guerre dont on devine un ressenti hostile. Ainsi, nous assisterons à de nombreuses reprises aux pensées de chaque soldat par le biais d'une voie intérieure où ils s'interrogeront en permanence sur leurs actes, leurs décisions, leurs états d'âme et leur avenir. Un pari très intéressant, osé mais vite casse-gueule. Mais le hic est que si ce traitement reste plutôt bien pensé, il en devient vite barbant dans la dernière partie avec ces dialogues intérieurs du sergent Mac aux tournures de phrases recherchées cachant plus du vide qu'autre chose. 

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Fear And Desire se casse un peu les pattes en s'enfonçant par moment dans de la branlette intellectuelle et c'est assez gênant je dois dire (mais c'est une opinion assez subjective). Maintenant, passons au point central du récit où l'on verra cette séquence principale, la plus intéressante forcément, d'une jeune fille séquestrée par notre bataillon afin de se protéger d'une éventuelle dénonciation. Je ne vais pas aller par 4 chemins en vous disant que cette séquence est d'excellente qualité et retranscrit déjà ce scepticisme de Kubrick envers la guerre, ses participants et aussi la hiérarchie, dénonciation de nouveau présente avec Les Sentiers de la Gloire.
Ici les soldats ne sont pas des êtres héroïques et irréprochables mais apparaissent davantage comme des personnalités opportunistes qui n'hésiteront pas à pavaner et à prendre presque avec le sourire la situation de la femme se retrouvant purement séquestrée. Une dénonciation assez bien faite du pseudo héroïsme des soldats au cinéma.

Evidemment, Fear And Desire ne s'arrête pas là et atteindra aussi cette dimension psychologique de la guerre avec le soldat Sydney basculant dans la folie face à ce flash-back des 2 soldats massacrés combiné à cette femme, véritable mystère féminin dénuée de parole dont l'apparition sensible et belle apparaît presque comme un havre de paix dans cette guerre. Ainsi, Sydney incarné par Paul Mazursky est complètement investi dans son personnage et nous donne vraiment cette impression de démence. Une séquence qui restera franchement malsaine et ne pourra que déstabiliser et mettre le spectateur mal à l'aise, cela renforcé par des gros plans sur le visage de Sydney.
Chapeau bas mais dommage que la dimension psychologique du SSPT (syndrome de stress post-traumatique) soit trop peu développée.
Au delà de ça, l'interprétation des autres personnages sera largement correcte avec ce sergent Mac antipathique et mesquin et ce lieutenant quelque peu dépassé par les évènements. En revanche, le soldat Fletcher se montrera absolument inutile et transparent. Un petit souci encore une fois.

De plus, comme premier film, la crainte d'avoir affaire à un métrage au budget dérisoire est logiquement bien présente mais Kubrick a bien anticipé la chose et s'est justement concentré, comme dit plus haut, sur un climat davantage anxiogène difficile à décrire exactement mais assez inédit dans un film de guerre. Malheureusement, cela n'empêchera pas le spectateur de tiquer devant l'écran face à cette scène du massacre des 2 soldats complètement dépassés, où la suggération du meurtre au couteau tient plus d'un manque de budget. De même, la séquence finale avec tous les soldats se battant d'une façon risible fait plus sourire qu'autre chose. N'oublions pas aussi que les acteurs incarnant le lieutenant Corby et Fletcher interprétent aussi le général ennemi et son associé.
Mais je ne serai pas trop sévère car le budget limité est là et je suis persuadé que cela a limité un peu Kubrick dans son approche. Il est évident que les marques du réalisateur sont présentes déjà ici avec ce goût prononcé pour la dimension psychologique dans le cinéma et cette affection pour la création d'une véritable ambiance permettant au film d'avoir une vraie consistance.

En conclusion, il est indéniable que Fear And Desire possède plusieurs défauts mais s'en sort sans trop de problèmes majeurs si l'on ferme un peu les yeux sur le manque de budget. Fear And Desire n'est pas un film de guerre ordinaire, loin de là. Si l'action est présente dans la majorité de ce genre de films, le rythme relativement posé et l'ambiance austère et glauque seront les fers de lance de notre film ajouté à un cheminement philosophique du pourquoi d'une guerre. Malgré sa petite heure de bobine, le film se révèle complet et il n'y aurait pas eu de nécessité de rajouter davantage de minutes.
Avec en prime, un final lorgnant du côté du cauchemar éveillé, Fear And Desire renforce davantage son caractère expérimental. Un film de guerre atypique pas indispensable pour les uns mais nettement plus recommandable pour tous les friands de Stanley Kubrick. Une petite curiosité difficile d'accès qui a divisé et divise encore maintenant dans la filmographie du réalisateur. Pour ma part, le pari est réussi sans être transcendant et montre les premiers pas d'un géant. 

 

Note : 13/20

 

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17 août 2016

Incarnation (Etes-vous prêts à entrer dans l'âge des ténèbres ?)

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Genre : inclassable, trash, expérimental (interdit aux - 16 ans avec avertissement) 
Année : 2007
Durée : 1h18

Synopsis : Après L'Erotisme en 2006 et avant A Rebours en 2008, Incarnation représente le deuxième chaînon chronologique de la fausse trilogie de l'ICPCE. Sous cet anachronisme mystérieux, on retrouve un ciné-club québécois à forte tendance sataniste, connu seulement d'un public très restreint à travers le monde. Vous n'en avez jamais entendu parler ? Alors, bienvenue dans la nébuleuse underground d'un mouvement impur et mystique.  

La critique :

"Je pense que scandaliser est un droit et être scandalisé est un plaisir. Et celui qui refuse le plaisir d'être scandalisé est, comme on dit, un moraliste" (Pier Paolo Pasolini). Cette citation du grand réalisateur italien (qui s'y connaissait en termes de scandale), quelques jours avant son assassinat, s'inscrit en gros dans le dépliant fourni avec le dvd du film. Ainsi, Incarnation annonce la couleur. Chroniquer une oeuvre signée par l'Institut pour la Coordination et la Propagation des Cinémas Exploratoires (ICPCE) demeure toujours un défi de taille. Distribué par la société de production Cinéma Abattoir, les oeuvres de ce mouvement occulte qui oscillent entre la transgression ouvertement revendiquée et l'ultra expérimentalisme sont de véritables énigmes filmiques, propres à déstabiliser le cinéphile le plus confirmé.
L'ICPCE s'est fait connaître des amateurs d'ovnis cinématogrphiques subversifs avec la sortie de L'Erotisme, compilation de courts-métrages qui créa une certaine sensation au festival Underground de Montréal, en 2006. Cette anthologie de films dérangeants, mêlant métaphysique, blasphèmes et pornographie, posa les jalons de ce qu'allait devenir le cinéma de l'ICPCE.

En regroupant des films expérimentaux récupérés aux quatre coins du monde, le mouvement montréalais allait donner naissance à deux autres florilèges transgressifs : Incarnation et A Rebours. J'ai eu l'occasion de présenter ce dernier sur le blog Naveton Cinéma il y a quelques années. N'ayant pas (pour l'instant) réussi à mettre la main sur le dvd icnroyablement rare de L'Erotisme (40 exemplaires dans le monde !), je me contenterai de vous présenter Incarnation, l'opus le plus accessible de la fausse trilogie de l'ICPCE... Quoique... Accessible ne soit peut-être pas le terme approprié pour des oeuvres aussi rares. Difficile d'accès physiquement, les oeuvres élaborées par l'Institut le sont également sur leur aspect cinématographique. Dans le genre barré, on peut difficilement faire mieux que ces compilations licencieuses, toutes destinées, chacune à leur manière à faire l'apologie d'une démonologie à peine voilée.
Briser les tabous moralisateurs, abolir les conventions, transgresser l'ordre moral. Voilà les grandes lignes directrices de ce cinéma qui n'est pas vraiment destiné à tout le monde. Avec sa chrestomathie d'essais sulfureux et chaotiques, Incarnation n'échappe en rien à la règle.

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Attention, SPOILERS ! Le film est composé de neuf courts-métrages d'une durée variable, tournés entre 1967 et 2007. Les souffrances d'un oeuf meurtri (Roland Lethein, 1967, 15 minutes) : Une vision surréaliste et métaphorique, en quatre découpages, de l'existence humaine et ses turpitudes. De l'éclosion de l'oeuf (le foetus) jusqu'à son pourrissement (la mort et le retour à la Terre). 
Catharsis (Bruno Forzani, 2000, 3 minutes) : un homme pénètre dans une pièce, se retrouve face à un autre lui-même et s'inflige divers châtiments (lacérations, perçage de crâne) tout en recommençant le processus indéfiniment.
Pandrogeny Manifesto (Aldo Lee, 2005, 11 minutes) : Un transsexuel et sa compagne, habillés à l'identique, récitent des vers tout en convergeant vers la pandrogénie, une sorte de voyage identitaire entre le masculin et le féminin.
Théocordis (Serge de Cotret, 2007, 10 minutes) : Par le biais d'une pellicule usée et pixelisée à l'extrême, une caméra se promène dans un lieu indéterminé et capture des images du Christ, fréquemment entrecoupées par des visions sexuelles et macabres.

Pantelia (Micki Pellerano, 2007, 10 minutes) : Une voix off commente un pseudo documentaire sur l'origine et l'importance du chiffre 10 dans l'histoire de l'humanité. Le tout illustré par des images oniriques en ton sépia.
Pinhole Flames (Amy Schwartz, 2007, 3 minutes) : Exercice visuel entre lumière et obscurité. L'image est floue, saccadée et épileptique.
Burn (Reynold Reynolds, 2002, 10 minutes) : Dans une maison en flammes, un homme âgé avachi dans un fauteuil lit son journal. Sa femme reste stoïquement assise à son bureau. Leurs corps brûlent mais ne se consument pas. L'ambiance est crasseuse et l'action se déroule au semi ralenti. Double interprétation métaphorique de ce métrage : l'enfer au quotidien d'un vieux couple condamné à vivre ensemble jusqu'au trépas ou, à l'inverse, le feu inextinguible d'un amour ardent comme au premier jour.
Western Sunburn (Karl Lemieux, 2007, 10 minutes) : Une succession de plans présentant des cowboys sur une pellicule vieillie, brûlant au contact des projecteurs. Un travail expérimental totalement indéfinissable.
Convulsion Expulsion (Usama Aishaibi, 2004, 6 minutes) : Dans une pièce entièrement blanche, une femme au teint blafard et l'air hébétée se convulse en une pantomine surréaliste. Elle expulse le sang de ses règles sur le sol, exprimant symboliquement la dualité entre la pureté (le blanc) et le péché (le sang menstruel).

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Avec Incarnation, nous sommes, sans l'ombre d'un doute, en plein dans le cinéma alternatif. Dissection et saturation de l'image, ambiance underground oppressante se rapprochant de l'ostentation des oeuvres de Kenneth Anger et même, par certains aspects, de l'impressionnisme allemand des années 1930. Ajoutons à cela un travail suffoquant sur les jeux de lumière et nous obtenons des films indescriptibles d'excentricité esthétique. Le ton est donné d'entrée par le premier court-métrage, Les souffrances d'un oeuf meurtri, seul film ancien (1967) de la compilation.
Durant quinze minutes, un mysticisme morbide envahit l'écran avec la vision d'un cadavre de femme dont le sexe est lentement dévoré par des vers de terre, tandis qu'une narratrice fait l'éloge, en voix off, du péché de chair et condamne un Dieu qui brime les instincts primaires de l'être humain. Incarnation se visite tel un voyage improbable dans un monde abscons et sensoriel qui bouscule les préjugés de la distinction et fait clairement le pangyrique du chaos.

Le film, s'il est moins trash que A Rebours et à fortiori que L'Erotisme, ne fait pourtant pas dans la dentelle pour choquer le spectateur et le placer dans un état aigu de malaise. Ainsi, le dernier court-métrage, Convulsion Expulsion, met en scène une femme en période menstruelle qui propulse des jets de sang par son vagin tout en vomissant une matière visqueuse indéfinie, métaphore de l'existence humaine bassement organique, soumise à ses vulgaires turpitudes.
Avec cette oeuvre sombre et torturée, l'ICPCE continue de jouer à merveille son rôle de fossoyeur de beauté et d'espoir. Le mouvement underground prône l'avènement du mal puisque tout n'est que déchéance dans la nature humaine. Aucun espoir, aucun rêve n'est permis. Le ciné club québecois apporte sa solution : se soumettre aux forces maléfiques en cédant aux attraits et aux fastes de Satan. Neuf courts-métrages, neuf raisons de plonger dans le désespoir.
D'une noirceur insondable, Incarnation refuse une quelconque plénitude à l'homme et le précipite dans la géhenne de ses tourments les plus profonds. Depuis, l'ICPCE ne se contente plus d'assembler les courts-métrages des autres, mais réalise également ses propres oeuvres (Contre-Oeil, 2011 et Mecanix, 2013), toujours plus obscures, toujours plus expérimentales et encore plus transgressives. Décidément, le collectif québecois n'a pas fini de nous causer des maux de tête et des sueurs froides.

Note : ?

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16 août 2016

The Thing - 2011 (Les origines de la "Terreur")

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2011
Durée : 1h43

Synopsis : La paléontologue Kate Lloyd part en Antarctique rejoindre une équipe de scientifiques norvégiens qui a localisé un vaisseau extraterrestre emprisonné dans la glace. Elle y découvre un organisme qui semble s'être éteint au moment du crash, de multiples années auparavant. Mais une manipulation élémentaire libère accidentellement la créature de sa prison glacée. Capable de reproduire à la perfection tout organisme vivant, elle s'abat sur les membres de l'expédition, les décimant un à un. Kate s'allie au pilote américain Carter pour tenter de mettre fin au carnage. Aux confins d’un continent aussi fascinant qu’hostile, le prédateur protéiforme venu d’un autre monde tente de survivre et de prospérer aux dépens d’humains terrorisés qu’il infecte et pousse à s’entre-tuer. 

La critique :

1982. The Thing, réalisé par John Carpenter, est conçu comme la réponse et l'antithèse d'Alien, le Huitième passager (Ridley Scott, 1979). Alors que le xénomorphe vorace et longiligne est destiné à être rapatrié sur la Terre et à flagorner les vélléités militaires du capitalisme, l'extraterrestre de John Carpenter préfigure des temps plus funestes, annonçant la fin du monde et l'extinction de plusieurs civilisations. Matois, le cinéaste confère à son long-métrage une dialectique scientifique.
La créature de The Thing se transmute en une sorte de virus dupliquant les bactéries de ses victimes. Pis, ce ne sont pas seulement les hommes qui sont menacés par cette nouvelle forme de contamination, mais aussi les animaux. D'ailleurs, le film débute par la poursuite d'un canidé.

A bord d'un hélicoptère, ce sont deux norvégiens qui tirent sur l'animal. La suite ? Après la mort des deux assaillants, le chien est recueilli dans une base américaine. Très vite, la paranoïa s'installe. MacReady et ses compagnons d'infortune doivent affronter un extraterrestre polymorphe, capable de dupliquer à la perfection ses proies humaines. Reste à savoir qui est "qui"... Si à l'époque, le film essuie un camouflet et un bide commercial, il devient par la suite le nouveau parangon du cinéma d'épouvante.
Le long-métrage se transmue même en classique et en une référence incontournable. Dithyrambiques, certaines critiques le considèrent comme une allégorie sur le Sida, une thèse qui ne sera jamais corroborée par Carpenter lui-même, laissant le soin à ses détracteurs de jadis, d'esquisser les thématiques eschatologiques du film.

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A la base, The Thing est surtout conçu et pensé comme le premier volet d'un trilogie sur l'Apocalypse. Il sera suivi par Prince des Ténèbres (1987) et L'Antre de la Folie (1995). Il est aussi le remake de La Chose d'un autre monde (Christian Nyby, 1951), ainsi que l'adaptation d'une nouvelle, La Bête d'un autre monde, de John W. Campbell. Bref, The Thing marque durablement les esprits, à tel point qu'il engendre, presque vingt ans plus tard, un préquel homonyme, cette fois-ci réalisé par un certain Matthijs Van Heijningen Jr en 2011. Le cinéaste néerlandais sait qu'il est attendu au tournant.
Parallèlement, The Thing version 2011 s'inscrit dans la rhétorique de tous ces remakes, séquelles, préquels et reboots assénés par le cinéma hollywoodien depuis belle lurette. De Massacre à la Tronçonneuse à La Colline A Des Yeux, en passant par Halloween, tous ces succès de jadis se sont fourvoyés en des machines lucratives et mercantiles, destinées à flagorner un public biberonné aux tortures porn

Nouvelles tendances, nouvelles moeurs. En l'absence d'idées et de véritables scénaristes, Hollywood se contente de déployer ses figures mythiques de naguère. The Thing ne fait donc pas exception. Reste à savoir si ce préquel est bel et bien la catastrophe annoncée... Réponse dans les lignes à venir. La distribution du film réunit Mary Elizabeth Winstead, Joel Edgerton, Ulrich Thomsen, Eric Christian Olsen et Adewale Akinnuyoe-Agbaje. Attention, SPOILERS !
La paléontologue Kate Lloyd part en Antarctique rejoindre une équipe de scientifiques norvégiens qui a localisé un vaisseau extraterrestre emprisonné dans la glace. Elle y découvre un organisme qui semble s'être éteint au moment du crash, de multiples années auparavant. Mais une manipulation élémentaire libère accidentellement la créature de sa prison glacée.

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Capable de reproduire à la perfection tout organisme vivant, elle s'abat sur les membres de l'expédition, les décimant un à un. Kate s'allie au pilote américain Carter pour tenter de mettre fin au carnage. Aux confins d’un continent aussi fascinant qu’hostile, le prédateur protéiforme venu d’un autre monde tente de survivre et de prospérer aux dépens d’humains terrorisés qu’il infecte et pousse à s’entre-tuer.
Annoncé comme le prélude de The Thing dont il reprend l'intitulé, ce préquel est en fait un remake déguisé. Contrairement à John Carpenter qui avait largement remanié le script de La Chose d'un autre mondeMatthijs Van Heijningen Jr se contente de marcher dans le sillage de son auguste prédécesseur. En résulte un préquel... enfin un remake abscons, qui respire avant tout le lucre, la vacuité et l'inanité.

Pourtant, contre toute attente, The Thing version 2011 reste un film d'épouvante tout à fait honorable et même supérieur à la plupart des remakes et des préquels habituels. Certes, fidèle à ses promesses, le long-métrage se concentre bien sur les péripéties de scientifiques norvégiens cloîtrés dans une base au beau milieu de l'Antarctique. Mutin, Matthijs Van Heijningen Jr reprend à son compte la plupart des séquences de frousse de son modèle ; entre autres, la fameuse scène de test sanguin, qui tourne à l'hystérie et à la confusion générale. En fidèle prosélythe, le cinéaste néerlandais se montre plutôt compétent derrière la caméra. A l'instar de John Carpenter, Matthijs Van Heijningen Jr parvient à créer ce climat paranoïaque et anxiogène. Un gros effort a été déployé derrière la photographie, les décors et les effets spéciaux du film. Clairement, cette "chose"-là n'a pas à rougir de la comparaison avec son illustre devancier.

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L'extraterrestre hétéromoprhique bénéficie d'un nouveau design et d'effets visuels de haute technologie. Les vieux effets spéciaux mécaniques de la version de 1982 ont été évincés avec soin par Matthijs Van Heijningen Jr et ses techniciens. Paradoxalement, le film est victime de sa modernité. Certaines séquences d'épouvante ne sont pas toujours très éloquentes, à l'image de l'attaque de la créature lors d'une escapade en hélicoptère. Surtout, ce préquel en forme de remake n'apporte strictement rien (ou presque) à son glorieux modèle. Seule nouveauté au tableau de bord, le monstre rejette les objets de métal lorsqu'il s'empare de ses proies humaines.
Bref, entre déception, hommage et désillusion, The Thing version 2011 apparaît comme un remake infatué, aussi bon qu'inutile. Un vrai paradoxe !

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

15 août 2016

Rambo ("First Blood")

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Genre : action, guerre (interdit aux moins de 12 ans)
Année : 1982
Durée : 1h37

Synopsis : John Rambo est un héros de la Guerre du Vietnam errant de ville en ville à la recherche de ses anciens compagnons d'armes. Alors qu'il s'apprête à traverser une petite ville pour s'y restaurer, le Shérif Will Teasle l'arrête pour vagabondage. Emprisonné et maltraité par des policiers abusifs, Rambo devient fou furieux et s'enfuit dans les bois après avoir blessé de nombreux agents. Traqué comme une bête, l'ex-soldat est contraint de tuer un policier en légitime défense. Dès lors, la police locale et la garde nationale déploient des moyens considérables pour retrouver le fugitif. Le Colonel Trautman, son mentor, intervient et essaie de dissuader les deux camps de s'entre-tuer pendant que Rambo, acculé et blessé, rentre en guerre contre les autorités.

La critique :

Si avec Rocky (John G. Avildsen, 1976) et Rocky 2 : la revanche (1978), Sylvester Stallone a enfin connu la gloire et la notoriété, 1982 est une année importante pour l'acteur et réalisateur. Non seulement, il tourne Rocky 3 : l'oeil du tigre, mais aussi un nouveau film dans la foulée qui va le consacrer au sommet d'Hollywood. Ted Kotcheff lui propose de tenir le rôle principal dans Rambo, un nouveau personnage qui va marquer la carrière du comédien.
A l'origine, le film est l'adaptation d'un roman éponyme de David Morrell, (1) un ancien professeur dont certains des élèves ont été soldats au Vietnam. (1) A travers cet opuscule, le cacographe vilipende cette Amérique hippie et libertaire qui fustige et ostracise tous ces héros revenus vivants de la Guerre du Vietnam.

En outre, plusieurs grands acteurs du cinéma hollywoodien seront approchés pour interpréter le rôle de John Rambo, notamment Dustin Hoffman, Steve McQueen, Nick Nolte, Kris Kristofferson, Robert De Niro, Jeff Bridges, Michael Douglas et même Terence Hill. Mais tous refusent le script qu'ils jugent trop violent et amphigourique. Même chose concernant le rôle du Colonel Trautman proposé à Lee Marvin, Gene Hackman et Kirk Douglas. Toujours la même antienne : ces différents interprètes tancent et semoncent le scénario du film, au grand dam de Ted Kotcheff.
Finalement, c'est Richard Crenna qui accepte d'endosser les oripeaux de ce vétéran au visage chenu. Stallone accepte lui aussi de tenir le rôle de John Rambo, mais à condition que le script ne soit pas victime de nombreuses coupures et modifications.

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L'acteur est immédiatement séduit par le scénario du film. Viennent également s'ajouter Brian Dennehy, Bill McKinney, Jack Starrett, Michael Talbott, Chris Mulkey et David Caruso. Si le premier Rambo connaît un vif succès au moment de sa sortie, il est néanmoins victime de la censure et suscite la controverse. Dans un premier temps, le film est classé "R" (ce qui équivaut à une interdiction aux moins de 18 ans) aux Etats-Unis. La raison ? La censure et l'industrie cinématographique n'apprécient guère les vélléités du long-métrage, peu flatteur envers cette Amérique xénophobe, séditieuse et pusillanime. 
Thématique sur laquelle nous reviendrons.... Heureusement par la suite et en raison (encore une fois) de l'immense succès du film, les contempteurs se ravisent.

Mieux, le long-métrage est suivi par trois nouveaux épisodes, de qualité inégale. Après Rocky Balboa, Sylvester Stallone interprète une nouvelle figure éminente dans son illustre carrière. Attention, SPOILERS ! (2) John Rambo, ancien Béret Vert décoré pour faits d'armes, et vétéran du Vietnam réduit au nomadisme dans son propre pays, rend visite à l'un de ses camarades de combat. Mais il est fraîchement accueilli par sa veuve qui lui apprend le décès de son ami. 
De retour sur la route, Rambo, qui veut se sustenter, est pris à parti par le shérif Will Teasle qui lui refuse l'accès de sa petite ville tranquille à flanc de montagne, avant de le reconduire hors du périmètre de la localité. Mais l'ancien militaire, meurtri, désobéit et revient sur ses pas. C'est alors qu'il est brutalement jeté en prison sous le prétexte de vagabondage. 

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Suite à des brimades policières qui réveillent en lui des souvenirs de torture au Vietnam, Rambo parvient à s'évader et après une course-poursuite se réfugie dans la forêt montagneuse environnante. Après la mort accidentelle de l'un de ses poursuivants, commence alors une gigantesque traque qui met aux prises des dizaines de policiers et de soldats de la Garde Civile inexpérimentés et une véritable machine de guerre qui a pris possession de l'endroit et entend se venger de l'injustice et de l'humiliation qui lui ont été faites depuis son retour au pays. (2) Indubitablement, Rambo premier du nom marque une rupture rédhibitoire dans le cinéma d'action. Entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, de nombreux longs-métrages vitupèrent les belligérances menées sur le front et donc en pleine terre vietnamienne.

Paradoxalement, tous ces films s'inscrivent aussi dans ce sentiment de révolte et d'insubordination ; nouvelle moraline d'une Amérique libertaire qui, à l'inverse, rejette les rares survivants de ce traumatisme. 
Et c'est exactement ce que dénonce ce premier chapitre. Autant le dire tout de suite. Ce premier volet reste le meilleur (et de loin) de la saga. A contrario, les opus suivants ne feront qu'exploiter la figure emblématique et militaire d'un John Rambo vindicatif.
Lorsque l'ancien bérêt vert se transmute en bras droit et en idiot utile du capitalisme. Un oxymore. Certes, ce premier film peut s'appuyer sur de nombreuses séquences spectaculaires. On tient là un survival et un film d'action à couteaux tirés. 
Traqué comme une bête sauvage par des flics brutaux et xénophobes, John Rambo s'ébaudit de ses poursuivants. 

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Bientôt, le chassé devient le chasseur. Nouvelle antinomie. Les rôles s'inversent mais John Rambo est grièvement blessé. Pis, il devient le responsable (malgré lui) de la mort de plusieurs policiers. Paradoxalement, le film soulève de nombreuses ambiguïtés. De retour aux Etats-Unis, John Rambo apprend que la plupart de ses anciens compagnons sont morts ou voués à l'opprobre et aux gémonies. Alors qu'il arpente les rues d'une petite communauté, il est arrêté par un shérif aux méthodes radicales et expéditives. La raison ? La ville n'aime guère les étrangers, surtout ceux qui ont une chevelure longue et hirsute, et susceptibles de troubler leur tranquilité.
Dès lors, John Rambo n'aura de cesse de lutter pour pouvoir survivre dans cette nouvelle jungle. Encore un paradoxe. Très vite, les souvenirs de la guerre ressurgissent.

Victime de tortures abominables, il doit se colleter les coups de matraque de policiers furibonds. Cet ancien bérêt vert du Vietnam, pourtant décoré par l'Oncle Sam, devient ce vagabond et ce trimard qu'il faut éliminer. Pourchassé, John Rambo devient un ennemi de l'intérieur. Ancienne gâchette pour son pays, il se transforme malgré lui en une sorte de terroriste, heureusement sauvé par son propre formateur, le Colonel Trautman. Plus que jamais, le propos de Rambo reste d'actualité.
Mieux, Sylvester Stallone confère à son personnage de l'humanisme et de l'empathie. Difficile de ne pas prendre fait et cause pour cet "ancien" du Vietnam. Bref, malgré sa profusion d'explosions, de pièges et de séquences d'action, survival oblige, Rambo reste un film assez complexe mais passionnant à analyser. Clairement, le long-métrage n'a pas usurpé son statut de classique du cinéma.

Note : 16.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rambo_(film,_1982)

(2) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/rambo-kotcheff

14 août 2016

Vomit Enema Extasy 2 (Tohjiro remet le couvert)

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Genre : pornographique, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 2010
Durée : 2h27

Synopsis : Après l'inqualifiable Vomit Enema Extasy et à notre plus grande consternation, Tohjiro revient mettre le couvert avec un second épisode de ses aventures vomitives. Au menu de ses nouvelles insanités, encore et toujours des femmes à la recherche de la plénitude existentielle par le biais de l'émétophilie. Autant dire que le deuxième opus de l'ignoble diptyque promet d'être aussi répugnant que son illustre devancier. 

La critique :

Vous croyiez vous en tirer comme ça ? Hé hé, grave erreur ! Il faut toujours se préparer au pire sur Cinéma Choc... La preuve en est avec Vomit Enema Extasy 2, le nouvel attentat filmique signé par le "maître" incontesté de l'outrance à la nippone, j'ai nommé l'infâme Tohjiro. Pour cette deuxième transgression cinématographique tournée dans la foulée de la première, le chantre de la pornographie émétique reste fidèle à ses fondamentaux : du sexe, de l'humiliation, du bondage et bien sûr des litres et des litres de vomi. La matière biliaire étant le fond de commerce du réalisateur, celui-ci ne se prive pas pour accabler le spectateur d'une surenchère glaireuse où les participantes à ses immondes compositions scéniques, se retrouvent ensevelies sous un déluge de fiel et de morve.
C'est un fait établi, Tohjiro aura marqué au fer rouge le cinéma extrême par la démesure de ses excès. Je tenais tout d'abord à m'excuser (une fois encore) auprès de ceux qui seraient sur le point de passer à table. L'impasse de cette chronique est très fortement conseillée si vous ne voulez pas avoir l'appétit coupé.

En effet, cette séquelle des premières élucubrations du fameux Tohjiro ne déroge pas à la règle de l'abjection hors norme et concurrence sans problème l'opus original dans l'ignominie. Créateur des productions Dogma, ce réalisateur spécialisé dans la pornographie extrême se distingue de ses homologues par un style très reconnaissable, mélangeant une pornographie déviante à laquelle s'ajoutent des séquences de performances émétophiles. Le satyre faire preuve d'une imagination débridée (un comble pour un Japonais) dans les mises en situation de ses interprètes, essentiellement féminines, évidemment : perversion hallucinante, débauches gratuites, humiliation des participantes, Tohjiro n'a pas son pareil pour créer des tableaux scandaleux où la femme, soumise à sa lubricité sans limite, se retrouvera toujours souillée dans les sens du terme. Bienvenue dans l'univers hors norme d'un cinéaste qui ne se fixe aucune limite dans la dépravation !
Attention, SPOILERS ! En guise d'introduction, nous avons droit à une scène de lesbianisme extrême où deux jeunes femmes se vomissent dans la bouche.

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Elles remplissent de grandes soupières de leurs déglutitions avant d'en ré-ingurgiter aussitôt le contenu puis, de se remplir mutuellement le vagin de la matière, avant de s'en délecter amoureusement. Deuxième scène. Une fille est ligotée, forcée par une autre à pratiquer une fellation sur un godemiché de manière à la faire vomie abondamment. Les régurgitations sont récupérées dans un contenant puis introduites dans l'anus de la performeuse par l'intermédiaire de gigantesques seringues.
La fille est donc contrainte d'expulser son propre vomi (mêlé à quelques matières fécales) dans la figure de sa partenaire qui s'empresse d'engloutir les diverses déjections. Le troisième tableau introduit la participation de bourreaux masculins, fidèles à leur impertubable brutalité, et dont on ne voit jamais le visage. Ces derniers ligotent et suspendent les filles qui avaient participé à la scène précédente. Celles-ci se retrouvent donc en forte mauvaise posture, saucissonnées à plusieurs mètres du sol, obligées de subir des infiltrations anales et vaginales de leurs propres fluides intimes par des seringues toujours plus monstrueuses.

L'inéluctable se produira avec d'incroyables propulsions des liquides par les orifices malmenés des performeuses. Comble de l'avilissement, l'infortunée qui se retrouve sous sa partenaire recevra une quantité invraissemblable d'urine, de glaire et autres résidus excrémenteux en pleine face. Cette image choquante et ô combien dégradante sera d'ailleurs choisie pour illustrer la couverture du rarissime dvd. La dernière séquence reprendra le thème plus classique du triolisme avec deux femmes soumises aux perversités d'un étalon impitoyable et fortement membré.
Mais le mot "classique" ne fait pas partie du vocabulaire de Tohjiro. Ce réalisateur ne peut pas, ne DOIT pas se conformer à la normalité. Les actes sexuels nécessitent donc obligatoirement une pratique bestiale qui repousse toujours plus loin la déchéance des corps et l'avilissement des volontés. La souillure extrême est atteinte lorsque ces deux femmes se font prendre sauvagement par le performeur alors que le marécage de vomi dans lequel ils évoluent tous les trois, se propage de plus en plus au gré de leurs déglutitions insensées.

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Le coït triolique finira par une éjaculation buccale simultanée envers les "femelles" soumises au joug de leur maître... Pour vous avouer la vérité, j'ai la désagréable impression de reproduire un copier-collé de la chronique que j'avais faite du premier Vomit Enema Extasy. Voilà donc bien la preuve des limites répétitives et artistiquement proches du néants de ces oeuvres extrêmes, dans lesquelles le scénario (si on peut employer ce terme) est quasiment photocopié sur l'opus précédent, à de très légères nuances près. En effet, si Tohjiro se contente de quatre tableaux dans ce film (contrairement à une dizaine dans le premier opus), le réalisateur met vraiment le paquet en termes d'insanités et de performances hardcore dans Vomit Enema Extasy 2. Au point que l'on ne peut pas donner un avantage (peu glorieux) d'un film sur l'autre. Ainsi donc, Tohjiro récidive dans ses coupables agissements et inflige, une fois de plus, ses outrances ordurières à la face du spectateur.
Mais ne nous y trompons pas. L'impact du diptyque Vomit Enema Extasy ne représente qu'une partie insignifiante de l'oeuvre scandaleuse du cinéaste.

Scat-movies et ultra déviance pornographique abondent dans une filmographie entièrement consacrée à l'abjection la plus totale. Déchéance des moeurs et délitement psychologique sont les deux mamelles du cinéma de Tohjiro. Inutile d'aller chercher ailleurs. Aucun film sur la planète ne peut arriver à ces sommets vertigineux d'indécence. De son esprit pervers et torturé, Tohjiro a donné naissance à une anthologie filmique si monstrueuse que l'on est en droit de se poser sérieusement des questions sur son état mental. Digne héritier de son prédécesseur, Vomit Enema Extasy 2 explose toutes les barrières de la moralité et franchit irrémédiablement le gouffre qui existe entre le cinéma pornographique conventionnel et l'immondice filmique. Cette oeuvre outrancière, heureusement condamnée à l'anonymat le plus obscur, fait honte au genre humain, tout en ne faisant que confirmer son infinie perversité.

Note : ???

 

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore

13 août 2016

Portier de nuit (La beauté vénéneuse du mal)

 

Année : 1974

Durée : 1h53

Genre : Drame (interdit aux moins de 16 ans)

Réalisatrice : Liliana Cavani

Résumé

L'histoire se déroule à Vienne en Autriche en 1957. Max (Maximilian Theo Aldorfer), un ancien officier S.S., est portier de nuit dans un hôtel hébergeant d'anciens nazis. Lucia Atherton accompagnant son mari, chef d'orchestre, loge dans cet hôtel. Max reconnaît immédiatement en elle une ancienne déportée avec qui il eut une passion sadomasochiste. Lucia se trouve attirée par son ancien bourreau et redevient sa maîtresse. Cette liaison contre nature entre une ancienne victime et son bourreau se répète, obsédante, dramatique et névrotique. Les amants maudits sont traqués par d'anciens nazis qui tentent de faire oublier leur passé. Ils finiront par être abattus.

 

Mon avis

Et voici ma toute nouvelle chronique de retour de vacances. Et j'ai décidé de frapper fort. En effet, Portier de nuit est de ces films sulfureux et au parfum de scandale. De film d'auteur confidentiel, il est devenu célèbre à la fois par la polémique qu'il a engendrée et par ses (indignes) successeurs qui ont voulu surfer sur la vague. En effet, Portier de nuit a initié une série de films pudiquement (!) appelés Nazisploitation ou même Naziporn (si si !) dont le plus illustre (hum) représentant est Ilsa la louve des SS (ou la chienne, ça dépend). Et il est regrettable qu'on ne se souvienne de ce film que par ces films nauséabonds (et d'une nullité affligeante atteignant des sommets de la profondeur de la bêtise la plus crasse). Car Portier de Nuit n'est pas un film gratuit qui explore la relation bourreau/victime dans les camps de la mort à coup d'expériences médicales complètement délirantes ou de violence sexuelle gratuite à seul but voyeuriste. Il n'en reste pas moins un film perturbant, choquant psychologiquement.

Liliana Cavani avait interviewé de nombreuses victimes de l'Holocauste et l'une de ses victimes a reconnu que "ce que firent les nazis de pire, ce fut de révéler la part de mal qui est en chacun de nous". Attention, il n'est absolument pas question de négationnisme, une telle chose m'horrifie que des gens puissent nier les horreurs des camps de la mort malgré les preuves et les témoignages et accusent les victimes d'avoir formenté un complot. Mais, comme l'a souligné Primo Levi dans Si c'est un homme et les naufragés et les rescapés, pour survivre, certains ont dû renoncer à nos valeurs et à notre morale d'humain libre. C'est dont ce qu'il est question dans Portier de nuit, la fameuse zone grise évoquée dans Les naufragés.

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Portier de nuit a été réalisé dans un contexte particulier, l'Italie des années 70, les "fameuses années de plomb" où des attentats d'extrême gauche comme d'extrême droite ont secoué le pays rongé par la corruption et la mafia. A travers ce film, Cavani a voulu dénoncer à travers la métaphore du nazisme, les tentations du fascisme et une certaine redécouverte (et peut-être fascination morbide) du nazisme et de la tentation totalitaire. Comment ne pas citer ce passage symbolique du film où les anciens nazis veulent vivre en paisibles citoyens mais font le salut nazi de la façon la plus sérieuse et automatique qui soit ? Le film a été très violemment critiqué et même classée X en raison... d'une scène où Lucia chevauche Max dans une étreinte désespérée ! (On peut se demander ce qui a pu passer dans la tête des censeurs à part le fait que, je cite, "une femme qui chevauche un homme, quelle indécence !")
Pourtant, Portier de Nuit n'est absolument pas pornographique, très loin de scènes outrageuses d'un Ilsa ou même d'un KZ9 avec gros plan sur le sexe des personnages et autres scènes gores et bizarres. 

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Tout au contraire, les scènes restent très suggestives et sont étonnemment d'une pudeur sensuelle. Le propos n'est pas de délivrer une marchandise de voyeurisme malsain, mais bien de souligner le lien complexe qui peut unir une victime à son bourreau. On ne peut que penser au syndrome de Stockholm. Concernant le film lui-même, on y retrouve la jeune Charlotte Rampling (Lucia) en amante troublée et troublante, tour à tour ange maladif aux cheveux courts ou jouant sensuellement la bête traquée, et un Dirk Bogarde (Max), tourmenté et torturé par son passé de tortionnaire SS et ne pouvant nier sa passion destructrice avec Lucia.
Ils incarnent avec brio le thème des amants maudits. Roméo et Juliette trouve ici un La célèbre scène où Lucia chante et danse du Dietrich, seins nus et vêtue du pantalon et de la casquette SS est évidemment l'essence même du film et, pour moi, l'une des scènes érotiques (si j'ose dire) les plus magnifiques qui m'est été donnée de voir.

Liliana Cavani en appelle à Mozart et sa flûte enchantée pour retranscrire les souvenirs atroces de la détention de Lucia et des tortures qu'elle a subies dans le camp. Les éclairages sont au diapason, passant de couleurs froides d'une Vienne déserte et étrangement silencieuse à des couleurs bleutés et verte dans les flash back. La noirceur des personnages, en particulier les anciens nazis qui entourent Max, n'est contrecarrée que par la sincérité qui lie Max et Lucia dans leur quête désespérée de se sentir vivre. En effet, tous deux ont ressenti des sensations si extrêmes du pouvoir, de la domination et de la souffrance qu'ils ne peuvent que vivre une demie vie après leur expérience passée.
La tragique conclusion de leur relation est le fruit d'une logique implacable. Leur relation avait voué dès le départ à la destruction de leurs êtres.

Il est à noter que ce ne fut pas un hasard si Liliana Cavani choisit Rampling et Bogarde, remarquables dans le drame Les Damnés de Visconti qui, ô chose curieuse, évoque comme par hasard la décadence d'une famille lors de l'ascension d'Adolf Hitler et, plus précisément, tout commence le soir où le dictateur devient le maître de l'Allemagne. La perversité des relations entre les personnages dans les Damnés va beaucoup plus loin dans Portier de Nuit, souligné par cette réplique d'un des anciens nazis : "On ne vit en paix qu’une fois en accord avec ses amis et les règles établies" mais n'a aucune hésitation à éliminer toute personne pouvant les compromettre, contredisant cette profession de foi.
On peut considérer Portier de nuit comme en continuité avec l'oeuvre de Visconti (qui fut d'ailleurs parmi les réalisateurs à se dresser contre la censure de Portier de nuit).

Autre chose à souligner, le choix du thème musical qui n'est pas non plus choisi par hasard, La Flûte enchantée de Mozart qui raconte le parcours initiatique de Tamino qui veut conquérir Pamina à travers une série d'épreuves. Pour se retrouver à nouveau, Max et Lucia devront eux aussi  Tout comme lorsque Lucia danse et chante du Dietrich (là aussi présente en tant que idole homo-érotique des SS), clin d'oeil évident encore et toujours envers le film qui a permis à Portier de Nuit d'exister.
Inversion des rôles. Là où Helmut Berger était travesti en femme, Lucia a revêtu les oripeaux SS, du mâle, et prend le pouvoir. Savante reprise du mythe de Salomé ouvertement évoqué puisqu'elle obtient en récompense la tête d'un autre prisonnier qui la tourmentait. A partir de ce moment, le film change. Enfermés de nouveau, cette fois dans l'appartement de Max, leurs dérélictions les amènent inévitablement à la mort, seule issue possible à leur relation inacceptée et inacceptable.
Cavani connaît visiblement ses classiques et a su les réintrerpréter dans ce film. En conclusion, Portier de nuit est une petite perle de romantisme noir très anti-romantique. C'est un film plus que jamais d'actualité qui nous rappelle les dangers et les conséquences de l'oubli mais aussi du fascisme quelque soit la forme qu'il revêt. Deux ans après ce film, sortait le génialissime Salò ou les 120 Journées de Sodome du non moins génie Pier Pasolini qui le vrai et digne successeur de Portier de nuit.

Ma note (au risque de choquer) : 17/20

Source: Externe Gossip Coco

 

Seconde Chronique :

Aujourd’hui, j'ai décidé de vous parler d’un film culte des années 1970, un film scandale qui déchaîna la polémique à l’époque. Ce film, c’est Portier de Nuit réalisé par Liliana Cavani. En réalité, ce film est devenu célèbre car il a involontairement été l’initiateur de la nazisploitation. Quelque part, c’est dommage que l’on ne se rappelle du film uniquement pour ça. Car en effet, Portier de nuit est loin d’être un banal film graveleux. C’est une œuvre complexe, profonde et osée car elle aborde des sujets encore tabous aujourd’hui. Attention SPOILERS !
A Vienne en 1957, Max est portier de nuit d’un hôtel de luxe. Il fait bien son boulot et satisfait la clientèle. Cependant un  jour, aux portes de l’hôtel Max voit, surgir un fantôme du passé, Lucia. Cette dernière est en voyage avec son mari, un chef d’orchestre.

En réalité, Max fut jadis un officier SS dans un camp de concentration et Lucia qui faisait partie des prisonnières fut son jouet sexuel. Tous deux eurent donc une relation sadomasochiste. Les deux anciens amants se reconnaissent et des images du passé ressurgissent. Parallèlement, Max est lié à un groupe d’anciens officiers nazis qui se serrent les coudes et mettent tout en œuvre pour éliminer les preuves et les témoins de leur passé. De son côté Lucia demande à son mari de quitter Vienne sans lui révéler ses raisons. Mais quand ce dernier s’absente, elle se retrouve seule avec Max.
Le couple renoue alors sa relation amoureuse sado-maso. Cependant, les amis de Max savent que Lucia est de retour et la voient alors comme une menace qui pourrait révéler leur passé. Max sait que Lucia est en danger de mort et a bien l’intention de la sauver. Portier de nuit est donc un film qui, par son histoire, avait forcément vocation à créer le scandale. Beaucoup de gens ont vu à travers ce film une provocation !

Pourtant, Portier de nuit n’est pas un film gratuit, c’est au contraire une œuvre ambitieuse, profonde et intelligente. 
Tout d’abord, évoquons la forme du film. Liliana Cavani, réalisatrice italienne, signe ici ce qui est probablement son chef d’œuvre. La mise en scène est très travaillée, on peut notamment évoquer la scène du manège ou celle de l’officier nazi dansant avec virtuosité devant ses collègues dans la salle d’un camp de concentration.  Bien sûr, la scène la plus célèbre reste celle où Charlotte Rampling chante Marlène Dietrich, déguisée en SS. Bref le style est de mauvais goût mais un mauvais goût subtil et léger. Le film alterne donc entre la Vienne luxueuse des années 1950 et les camps de la mort vus au travers des flashback, ce qui lui confère une certaine qualité esthétique. C
eci dit, ne cherchez pas une vision ultra réaliste des camps, ce n’est pas là le but du film. Seul bémol, des longueurs dans certaines scènes.

Ensuite, Portier de Nuit peut s’appuyer sur un très bon casting. Dick Bogarde est remarquable ! C’est un personnage magnétique qui dégage un charme incroyable et surtout en tenue de Nazi ! Quelque part, il pourrait avoir inspiré le personnage de Helmut Berger pour Salon Kitty en ce qui concerne le côté « Nazi beau gosse ». Bogarde parvient à créer un personnage ambigu et au final assez attachant. Honteux de ses actes passés, il ne cherche pas à se réhabiliter contrairement à ces anciens collègues. Il cherche une vie paisible qui lui permettra d’assouvir sa relation amoureuse avec Lucia.   
Parlons donc de Charlotte Rampling, l’actrice sera à jamais marquée par ce personnage et sera par la suite condamnée aux rôles sulfureux. Elle livre elle aussi une interprétation remarquable. C’est sans doute le personnage le plus complexe.

Victime des camps de concentration, elle a été soumise aux délires et aux fantasmes sexuels de Max. D’abord effrayée par ce personnage lorsqu’elle le retrouve, Lucia réalise qu’elle a en réalité peur de ses pulsions et non de Max. C’est ainsi qu’elle finit par renouer sa relation avec Max, le tout sur fond de sadomasochisme, le but étant de retrouver la nostalgie de leur passé sombre. L’actrice est donc très convaincante. On retrouve aussi Gabrielle Ferzetti au casting. Parlons maintenant du fond du film. A première vue, Portier de nuit apparaît surtout comme un film psychanalytique mais c’est bien plus que cela. En vérité, le vrai débat de Portier de nuit, c’est l’après guerre. 
Liliana Cavani analyse ici la fascination inavouée pour le mal des sociétés d’après guerre. Cette fascination est représentée ici par l’acte sexuel, le sadomasochisme, le fétichisme nazi. Quelque part, Portier de nuit semble nous parler des nouvelles sociétés dans lesquelles l’être humain ne retrouve plus que ses sensations dans l’évocation du mal et de la souffrance du passé.

Un  débat qui, des années plus tard et dans un  style totalement différent, peut se retrouver dans le cinéma de Shinya Tsukamoto. Au final, cette relation sadomasochiste entre l’ancien nazi et l’ancienne détenue des camps de concentration apparaît comme positive et réellement sincère, contrairement au monde hypocrite qui entoure les personnages. Bien évidemment, le débat était osé pour l'époque, mais Portier de nuit peut se voir comme une critique des sociétés d’après guerre, à la fois formatées et déshumanisées. Le film fait office d'exutoire en exorcisant les souffrances du passé. 
Une fois encore,  Liliana Cavani analyse la noirceur de l’âme humaine et sa fascination pour le mal. Mais l’histoire est racontée avec beaucoup d’émotion. Portier de nuit est donc un film plus complexe qu’il n’y paraît et qui donne l’une des visions les plus originales jamais réalisées sur les conséquences de l’après guerre. A voir absolument !

Note : 16/20

vince Vince

12 août 2016

La Source (L'ancêtre du rape and revenge)

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Genre : drame (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie)
Année : 1960
Durée : 2h10

Synopsis : Deux bergers violent et assassinent une jeune fille. Les deux meurtriers s'enfuient et trouvent refuge chez un riche propriétaire terrien. Ils ignorent qu'il est le propre père de la victime.

La critique :

Est-il nécessaire de rappeler l'illustre carrière d'Ingmar Bergman ? Metteur en scène de théâtre, scénariste et cinéaste suédois, l'artiste est considéré comme l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma. On lui doit plusieurs grands classiques du noble Septième Art, entre autres, Le Septième Sceau (1957), Les Fraises Sauvages (1957), Persona (1966), Cris et chuchotements (1972), Scènes de la vie conjugale (1973) et Sonate d'automne (1978).
Vient également s'ajouter La Source, réalisé en 1960. En l'occurrence, La Source est souvent considérée comme une oeuvre mineure dans la filmographie d'Ingmar Bergman. A l'époque, le réalisateur est en plein marasme. Répudié et ostracisé par les critiques, le cinéaste semble avoir perdu sa fougue de jadis.

Selon la presse cinéma, La Source ne serait qu'un film "technique" réalisé par un virtuose de la caméra... Et pourtant, ce nouveau "cru" (c'est le cas de le dire) d'Ingmar Bergman va influencer plusieurs générations de cinéastes, notamment Wes Craven. En effet, en 1972, le maître de l'épouvante réalise La Dernière Maison du la Gauche, souvent considéré comme le tout premier "rape and revenge".
Profondément marqué et troublé par le film d'Ingmar Bergman, Wes Craven s'approprie le scénario de La Source. En outre, La Dernière Maison sur la Gauche reprend exactement la même structure narrative. Lui aussi situe son script et les inimitiés à l'orée d'une forêt. Pour de nombreux cinéphiles avisés, La Source serait donc l'ancêtre du rape and revenge. Certes, le film contient en effet tous les ingrédients d'un genre qui va connaître son apogée dans les années 1970.

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D'ailleurs, le long-métrage écopera carrément d'une interdiction aux moins de 18 ans au moment de sa sortie. Aujourd'hui, il ne bénéficie que d'un simple avertissement. A l'époque, le journal le Monde écrit : "Il y a dans ce film, une scène (celle du viol) qui est peut-être la plus osée de toute l'histoire du cinéma". Pourtant, avant d'être un rape and revenge, La Source est avant tout un drame familial avec une forte consonance religieuse, métaphysique et symbolique.
A l'origine, le long-métrage s'inspire d'une légende suédoise du XIVe siècle, qui raconte l'histoire d'une famille de paysans aisés et de leur fille adolescente. La distribution du film réunit Birgitta Pettersson, Gunnel Lindblom, Max Von Sydow, Birgitta Valberg, Axel Düberg et Tor Isedal. Attention, SPOILERS ! 

(1) Au XIVe siècle en Suède, Karin (Brigitta Pettersson), fille du plus riche fermier de sa région, apporte à dos de cheval pour les vêpres des cierges à l’église la plus proche. Chemin faisant, deux chevriers accompagnés de leur petit frère la violent, la battent à mort et la dépouillent de ses habits de fête sous les yeux d’Inger, sa sœur adoptive cachée non loin dans le bois. 
Ignorant son ascendance, ils prennent refuge pour la nuit dans la ferme de ses parents. (1) Si La Source a effectivement inspiré la mode du rape and revenge, en particulier La Dernière Maison sur la Gauche, le film s'inspire lui-même du scénario et du tournage de Rashomon (Akira Kurasawa, 1950). A travers La Source, Ingmar Bergman pose déjà le décor symbolique de tous les rape and revenge qui sortiront dans les années 1970 : un décor naturel et en l'occurrence un cadre buccolique, néanmoins marqué par la présence d'un courant d'eau aux sinuosités incertaines, une jeune femme à l'existence pieuse mais guillerette au sein d'une famille bourgeoise, puis l'apparition impromptue de trois gueux psychopathes qui s'en prennent à la malheureuse. 

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Certes, à priori, ce schéma narratif semble rudimentaire. Pourtant, Ingmar Bergman parvient à transcender et à complexifier son récit. Ainsi, la première partie du film pourrait presque s'apparenter à un conte féérique, avec cette jeune demoiselle (Karine) qui s'aventure dans la forêt sur son fidèle destrier. Portant des vêtements de couleur d'albâtre, cette jeune femme prude symbolise évidemment la pureté, bientôt souillée par l'apparition de trois demeurés (deux hommes et un enfant).
Dans un premier temps affables et courtois, les trois individus n'éveillent pas les soupçons de Karine. Cette dernière partage même le pain et ses victuailles avec ses trois nouveaux compagnons. Puis, la tension monte crescendo, jusque l'inexorable. Les deux hommes se montrent de plus en plus oppressants et se jettent sur la jeune fille sous le regard hébété de l'enfant.

La scène est également visualisée par Ingeri, une jeune femme hystérique qui accompagnait Karine... Certes, la séquence de viol est plutôt élusive et dénuée de toute effusion sanglante. Pourtant, la scène est d'une violence inouïe, notamment dans la façon qu'a Ingman Bergman, de juxtaposer le décor à priori champêtre, aux lubricités de nos deux sauvageons. Karine se relève éplorée.
Elle scrute brièvement le ciel avant d'être assommée par l'un de ses agresseurs. Gisant dans le feuillage, la dépouille de Karine est laissée à l'abandon en pleine nature. Le conte féérique vient soudainement de se transmuter en tragédie infrangible. Les trois brigands viennent quémander l'aumône et un toit pour la nuit. Ils sont alors accueillis par Töre et Maretta mais ils ignorent que ces derniers sont les parents de Karine.

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Très vite, Töre et Maretta s'inquiètent du comportement étrange de leurs nouveaux convives et ne tardent pas à les soupçonner de la disparition de leur fille. Peu à peu, l'étau va se resserrer sur nos trois psychopathes. Premier constat, le film repose sur plusieurs dichotomies fondamentales : une dichotomie entre le décor agreste et les faits perpétrés par nos trois jocrisses, une dichotomie entre cette jeune fille pudibonde et ses trois agresseurs qui suintent surtout la laideur et la sauvagerie, et enfin une dichotomie entre les principes ecclésiastiques des parents de Karine et la vindicte qu'ils appliquent sur les trois tortionnaires. Ingman Bergman opacifie son propos en multipliant les symboles, notamment par la présence d'un arbre puis d'une source qui jaillit de la terre lorsque le cadavre de Karine se retrouve dans les bras de son patriarche.

Le réalisateur est pleinement conscient de la gravité de l'acte (celui du viol évidemment...) et de ses corollaires, tous préjudiciables aux différents protagonistes. Tout d'abord, c'est le jeune enfant témoin de la scène qui perd l'appétit. Puis, c'est le comportement suspect de ses deux acolytes qui attise la curiosité de Töre et de sa femme. Enfin Geri, qui elle aussi a assisté passivement au viol, se transmue en jeune fille éplorée, révélant le meurtre aux parents de la défunte. 
Bref, vous l'avez compris. On tient là une oeuvre éminemment complexe, notamment dans les thématiques et les symboles qu'elle assène et déploie tout au long de son scénario. Tancé et vilipendé au moment de sa sortie, La Source retrouve néanmoins un regain de notoriété au fil des années. On tient probablement là l'un des meilleurs films de Bergman.

Note : 18.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/la-source-bergman

11 août 2016

La Petite Mort 2 : Nasty Tapes (Le point culminant du plaisir morbide et sexuel)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 2014
Durée : 1h19

Synopsis : (1) Des victimes anonymes sont amenées dans une maison de torture et de douleur gérée par un sadique travesti "Monsieur Matheo Maxime" et ses femmes bourreaux. Partenaire d'un chat via un ordinateur portable, les instructions seront d'offrir le plus de souffrance afin de réjouir les membres du web de l'autre côté du chat en ligne... (1) 

La critique :

Attention à ne pas sous-estimer le cinéma d'horreur allemand qui connaît déjà son apogée dès 1922, avec Le Cabinet du Docteur Cagliari (Robert Wiene) et surtout Nosferatu le Vampire (Friedrich Wilhelm Murnau), sorti la même année. Ces deux grands classiques du Septième Art marquent surtout la quintessence du cinéma expressionniste allemand.
Bien des décennies plus tard, plus précisément dans les années 1980 et 1990, le cinéma d'outre Rhin confirme cette prédilection pour l'épouvante. Mieux, l'Allemagne se spécialise de plus en plus dans le gore et un cinéma extrême, avec une multitude de productions bannies et censurées dans plusieurs pays. Ainsi, plusieurs réalisateurs allemands obtiennent les ferveurs d'un public adepte du cinéma trash.

C'est par exemple le cas d'Andreas Schnaas avec Violent Shit (1987), Violent Shit 2 (1992) et Anthropophagous 2000 (1999). Olaf Ittenbach se taille à son tour une certaine réputation avec Black Past (1989), The Burning Moon (1992) et Premutos (1997). Heiko Fipper vient participer aux inimitiés avec le bien nommé Das Komabrutale Duell (1999) et Ostermontag (1991).
Toutes ces pellicules au budget famélique suscitent néanmoins la controverse via la profusion d'effets sanguinaires et un certain penchant pour les rituels sataniques. Avec tous ces réalisateurs iconoclastes, le cinéma trash allemand impose sa marque de fabrique : du sang, du cannibalisme et de la torture ad nauseam, pour le plus grand plaisir des amateurs de sensations fortes. 
Vient également s'ajouter un certain Marcel Walz. 

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Le réalisateur s'est notamment distingué avec le très surestimé La Petite Mort. Souvent adulée par les fans du cinéma trash, cette petite pellicule anomique marchait sur les plates-bandes de Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006), tout en proposant un spectacle beaucoup plus gore et morbide. Visiblement, l'essentiel du budget est passé dans les maquillages, il est vrai très impressionnants, du film. Mais pour le reste, La Petite Mort avait laissé un sentiment de désappointement et d'amertume.
Surtout, l'intitulé de ce long-métrage n'entretenait aucun rapport avec son scénario, de facture conventionnelle et plutôt lapidaire. L'annonce d'une suite, à savoir La Petite Mort 2 : Nasty Tapes, toujours réalisée par les soins de Marcel Walz en 2014, n'était pas forcément attendue au tournant.

Seuls les fans irréductibles du premier volet (mais enfin, qui sont-ils ?) avaient manifesté une once d'intérêt. Inutile de mentionner le casting, à moins que vous connaissiez les noms d'Annika Strauss, Yvonne Wölke et Mika Metz Uvm, mais j'en doute. 
En vérité, La Petite Mort 2 ne partage presque aucune similitude avec son auguste prédécesseur. Il suffit de prendre le scénario, toujours aussi laconique, pour s'en rendre compte. Attention, SPOILERS ! (1) Des victimes anonymes sont amenées dans une maison de torture et de douleur gérée par un sadique travesti "Monsieur Matheo Maxime" et ses femmes bourreaux. 
Partenaire d'un chat via un ordinateur portable, les instructions seront d'offrir le plus de souffrance afin de réjouir les membres du web de l'autre côté du chat en ligne... (1). Pour les ignares, littéralement, "la petite mort" désigne le point culminant de l'orgasme. 

 

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Lorsque le plaisir atteint son paroxysme, la satisfaction sexuelle est plus ou moins comparable aux frissons provoquées par une syncope. Cette expression est claironnée par Ambroise Paré, le père de la chirurgie moderne. Dans ce second chapitre, cette satisfaction sexuelle et érotomane prend enfin tout son sens. Marcel Walz tient enfin son sujet, qu'il maîtrise ici à la perfection ou presque.
Vous pouvez donc phagocyter les atermoiements du premier film au profit d'un second volet résolument agressif, tout du moins, d'un point de vue phallique. En outre, le phallus (puisque c'est de "ça" dont il s'agit) est réduit à quia et à une castration forcément sanguinolente. A l'instar d'Eli Roth avec Hostel : Chapitre 2 (2007), Marcel Walz se centre lui aussi sur le point de vue de ses bourreaux. Heureusement, la comparaison s'arrête bien là.

Le cinéaste allemand élude toute considération politique et idéologique sur cette étrange organisation qui se livre elle aussi à la pratique de la torture. De facto, Marcel Walz se focalise essentiellement sur deux jeunes femmes vénéneuses et érotomanes. Ces dernières trouvent leur satisfaction sexuelle (donc encore une fois, le point culminant de l'orgasme) dans la souffrance d'autrui, dans les mutilations, le sadomasochisme et le cannibalisme. En l'occurrence, les deux jeunes femmes libidineuses s'ébaudissent de leurs victimes sous l'aval et l'assentiment d'un certain Matheo Maxime, un homme étrange et surtout le digne épigone du Marquis de Sade. Ainsi, Marcel Walz ne nous épargne rien.
Les âmes sensibles sont donc priées de quitter leur siège et d'aller faire un petit tour. Au programme, une longue séance d'électrocution et quelques chinoiseries sous forme de mutilations et de diverses lubricités. Encore une fois, le long-métrage étonne par son réalisme morbide. Rien à redire sur la qualité des maquillages et des effets spéciaux. 
Surtout, Marcel Walz parvient à transcender son sujet. Au moins, le cinéaste a le mérite de délivrer la "barbaque" et la marchandise, tout en proposant une mise en scène soignée et stylisée. Par plusieurs clins d'oeil et références, le réalisateur rend hommage aux vieilles pellicules de jadis, en particulier Le Carnaval des Âmes (Herk Harvey, 1962) et La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968). Toutefois, on pourra regretter que Marcel Walz ne développe pas davantage son sujet, à savoir ce rapport étroit et ténu entre la pulsion sexuelle (Eros) et la pulsion de mort (Thanatos). Mais ne soyons pas trop sévères.
Clairement, La Petite Mort 2 se révèle largement supérieure à son prédécesseur et devrait logiquement combler les grands amateurs du genre.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.horreur.com/?q=nid-5477/petite-mort-2-la-la-petite-mort-2-nasty-tapes-2014-marcel-walz (critique du film par Nicolas Beaudeux)

10 août 2016

Deathgasm (Quand AC/DC rencontre Peter Jackson !)

 

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Genre : comédie, horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 2015
Durée : 1h22

Synopsis : Deux geeks chevelus et désoeuvrés se morfondent dans leur bled paumé. Ayant en commun la passion du heavy metal, ils décident alors de monter un groupe. Un jour, ils mettent la main sur une partition qui, c'est certain, va leur permettre d'accéder à la notoriété. Léger problème : cette partition représente le signal imminent pour les forces du mal de prendre possession du monde des humains. Dès les premières notes jouées, l'enfer se déchaîne sur la petite ville tranquille. 

La critique :

On peut légitimement estimer la naissance du film d'horreur moderne aux années 1950. Cette décennie fut dominée par les classiques anglais de la production Hammer où régnèrent en maîtres les immenses Christopher Lee et Peter Cushing. Les années 1960 virent débarquer l'épouvante gothique à l'italienne, les années 1970 assistèrent à l'invasion de zombies affamés sur les écrans et les années 1980 donnèrent naissance aux slashers. Cette décennie 1980 touchait à sa fin et le cinéma d'horreur ronronnait gentiment entre pépites jouissives (Evil Dead, Re-Animator) et navets indigestes (la liste est longue). Et puis Dieu créa... Peter Jackson ! En 1987, le néo-zélandais, tout juste sorti de ses études, balançait Bad Taste sur les écrans. Une loufoquerie ultra gore tournée avec trois potes et concoctée avec deux bouts de ficelle. Le Fun Gore est né. Cinq ans plus tard, Jackson portait le genre à son apogée avec l'irrésistible Braindead, longtemps considéré comme le film le plus sanglant jamais réalisé.
Après une décennie d'accalmie et depuis 2004 avec la sortie de Shaun of the Dead, les comédies d'horreur ne cessent de se multiplier, au point d'être devenues un genre cinématographique à part entière.

Ce petit préambule pour vous présenter Deathgasm, le dernier rejeton en date de la catégorie. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce film constitue une sacrée révélation. Ca déchire grave ! Pour son premier film, le réalisateur Jason Lei Howden frappe fort. Très fort. Rien d'étonnant d'ailleurs, puisque le lascar a sévi en tant que concepteur des effets spéciaux de Prometheus et The Hobbit de Peter Jakson. Tiens, tiens... Au contact du maître, l'élève se sent pousser des aspirations à la mise en scène. 
Son genre, c'est l'horreur. La vraie, la dure, celle qui éclabousse l'écran tout comme Jackson à ses débuts. Il se lance donc dans l'aventure d'un premier film qui sera clairement inspiré par les premières oeuvres du grand Peter qui, lui, a abandonné le genre depuis longtemps pour emprunter la voie royale de Hollywood avec à la clé, des succès planétaires (King Kong, la trilogie du Seigneur des Anneaux). Frappé d'une incompréhensible interdiction aux moins de 18 ans, Deathgasm ne put bénéficier d'une sortie en salles et se retrouva directement projeté à la case vidéo, d'où son relatif anonymat.

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Mais nul doute que ce film complètement barge sera appelé à devenir culte dans les prochaines années. Le casting réunit Milo Cawthorne, James Blake et Kimberly Crossman, de jeunes acteurs encore inconnus mais qui devraient très vite faire parler d'eux. Attention, SPOILERS ! Parce que sa mère tapinait sur les autoroutes, Brodie est placé chez son oncle et sa tante, des cathos coincés qui habitent un bled paumé où il ne se passe jamais rien. Mal dans sa peau, le jeune homme n'a que le heavy metal pour seule passion et rêve de devenir une star. Brimé par ses camarades, maltraité par son propre cousin, il convoite sans illusion Medina, la plus jolie fille du lycée.
Mais sa morne existence va soudain basculer lorsqu'il rencontre Zakk, un bad boy lui aussi féru de hard rock. Les deux adolescents décident aussitôt de monter un groupe, qu'ils baptisent "Deathgasm", contraction de death (mort) et orgasm (pas besoin de traduction). Avec Dion et Giles, deux autres losers maladroits, ils tentent de composer mais l'inspiration n'arrive toujours pas.

Zakk et Brodie ont alors l'idée de s'introduire par effraction chez Ricky Daggers, une ancienne gloire du metal, à présent loqueteux et oublié de tous. Là, ils tombent sur une étrange partition dont le titre est écrit en latin. Ils ignorent qu'ils viennent de mettre la main sur "La Marche Funèbre", un hymne satanique voué à préparer l'avènement du puissant démon Elot sur Terre. Aux premières notes jouées dans leur garage, les quatre membres du groupe s'aperçoivent que tous les habitants de la ville, possédés par un mal étrange, se sont transformés en créatures sanguinaires.
Armés de leur très relatif courage et de leurs guitares électriques, Zakk et Brodie vont devoir combattre toute la nuit à la fois les forces de l'enfer et une secte adepte d'Elot, afin d'éviter une apocalypse devenue imminente... Deathgasm se divise en deux parties bien distinctes. La première, qui s'inscrit clairement dans le registre de la comédie, prend le temps de nous présenter les principaux protagonistes. Ados attardés et libidineux, ils ne se différencient guère de ceux qui sévissent dans les innombrables comédies américaines potaches pour pubères boutonneux.

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Mais là s'arrête la comparaison. Le générique d'ouverture est génial d'inventivité, la mise en scène est punchy. Quant à la bande originale, inutile de préciser qu'elle déménage puisque le hard rock est omniprésent. Et c'est là l'originalité de ce film, son thème, le heavy metal. Très rarement abordé au cinéma, ce sujet apporte un plus indéniable à une mise en scène déjà survoltée. Le réalisateur connaît bien cet univers si particulier et maîtrise vraiment son sujet.
Ainsi, il emploie les codes spécifiques, qu'ils soient gestuels ou linguistiques, au monde des "métaleux". Cela pourra peut-être déstabiliser les spectateurs non avisés du genre. La seconde partie du film tourne au carnage organisé et à la boucherie en règle. Deathgasm bascule dans le gore le plus trash. Bien sûr, l'humour reste toujours présent mais il se fait plus noir, plus morbide. Au menu des réjouissances, Jason Lei Howden n'hésite pas à nous en mettre plein la vue : décapitations à la chaîne, crâne fendu à la hache, découpage de corps à la tronçonneuse, défonçage de mâchoire à l'aide d'un sex-toy (!) et de la tripaille volant dans tous les sens.

Du politiquement incorrect également au programme avec un plan (très furtif) sur un vrai pénis dont le moulage en latex finira éparpillé façon puzzle par une débroussailleuse dans un geyser sanguinolent. A ce niveau, nous sommes beaucoup plus proches des films d'Olaf Ittenbach que de Shaun of the Dead ! Le réalisateur a tenu spécialement à ne pas employer le numérique pour les effets spéciaux (remarquables). Ce sont donc des moulages en latex "à l'ancienne" qui composent l'essentiel des horreurs présentées à l'écran. Revenons un instant sur cette inexplicable interdiction du film aux moins de 18 ans.
Si elle est clairement affichée sur les sites commerciaux Amazon et Priceminister, elle n'est nullement mentionnée sur Allo Ciné. Quand à Wikipédia, Deathgasm n'y bénéficie pas encore de son article en français. Evidemment, le film est excessivement gore, mais cette interdiction me paraît tout de même très exagérée, d'autant plus qu'une telle oeuvre devrait s'adresser en priorité à un (relatif) jeune public tant elle dégage une énergie communicative. Alors tenons-nous enfin le nouveau Braindead ?
La réponse est non. En dépit de toutes ses qualités, le film de Jason Lei Howden demeure sans conteste moins gore et moins déjanté que celui de Peter Jackson. Il ne parvient pas non plus à nous emporter dans la furia dévastatrice comme son prédécesseur avait pu le faire. Mais attention, nous sommes quand même ici en présence de la comédie la plus sanglante depuis un bon quart de siècle ! Et je ne peux que conseiller cet objet filmique jouissif et décomplexé du bulbe à tous ceux qui voudraient passer une bonne soirée de rigolade et d'hémoglobine.

Note : 15.5/20

 

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09 août 2016

Resurrection County ("Connards de touristes !")

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h35

Synopsis : Tommy et Lucy, frères et sœurs, décident d’aller faire du camping dans les bois avec leurs compagnons de vie respectifs. Ils se retrouvent tous les quatre, un peu perdus et agacés, dans la ville d’Enoch, au sud des Etats-Unis. Tant qu’à y être déboulé de la sorte, pourquoi ne pas y camper ? Ils découvriront rapidement pourquoi il ne valait mieux pas, à leur rencontre avec la paysannerie aux idées arriérées qui peuple la fameuse Enoch. Ceux-ci n’apprécient pas particulièrement les étrangers. Malheureusement, les choses vont rapidement s’envenimer et nos protagonistes devront bagarrer fort pour se sortir vivants de là

La critique :

Depuis le milieu des années 2000 et surtout avec le succès inattendu de Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006), le torture porn s'est littéralement démocratisé au cinéma et par l'intermédiaire de la vidéo. Un marché rentable pour des productions souvent faméliques. De surcroît, la plupart de ces longs-métrages se transmutent en de longues sagas horrifiques, souvent fastidieuses.
Une longue décrépitude à laquelle viennent s'ajouter Détour Mortel, The Human Centipede et Massacre à la Tronçonneuse. Parallèlement, d'autres films tentent de provoquer les anathèmes, le scandale et la polémique. C'est par exemple le cas de Resurrection County, réalisé par Matt Zettel en 2008, qui signe ici son tout premier long-métrage. L'homme est donc inconnu au bataillon.

Ses références ? Toujours la même antienne : Délivrance (John Boorman, 1972), Les Chiens de Paille (Sam Peckinpah, 1971) et La Colline A Des Yeux (Wes Craven, 1977). Resurrection County n'a pas bénéficié d'une sortie dans les salles obscures. Le film a dû se contenter d'une sortie discrète en DTV (direct-to-video). Néanmoins, le long-métrage s'est distingué dans différents festivals, sans néanmoins susciter la controverse et les acrimonies.
Nanti d'un budget anomique, Resurrection County n'a pas pour ambition de renouveler le genre. Autant le dire tout de suite. Le métrage s'inscrit dans la logique et le sillage des derniers tortures porn du moment. 
Par conséquent, inutile de rechercher la moindre once d'originalité. Resurrection County est-il pour autant la catastrophe annoncée ? Réponse dans les lignes à venir... 

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La distribution du film ne réunit pas des acteurs très populaires, à moins que vous connaissiez les noms de Dayton Knoll, Adam Huss, Kathryn Michelle, Robert Miano et Jake Bartol ; mais j'en doute... Quant au scénario, peu ou prou de surprises au programme. Le script est assez sommaire et de facture conventionnelle. Attention, SPOILERS ! (1) Tommy et Lucy, frères et sœurs, décident d’aller faire du camping dans les bois avec leurs compagnons de vie respectifs.
Ils se retrouvent tous les quatre, un peu perdus et agacés, dans la ville d’Enoch, au sud des Etats-Unis. Tant qu’à y être déboulé de la sorte, pourquoi ne pas y camper ? Ils découvriront rapidement pourquoi il ne valait mieux pas, à leur rencontre avec la paysannerie aux idées arriérées qui peuple la fameuse Enoch.

Ceux-ci n’apprécient pas particulièrement les étrangers. Malheureusement, les choses vont rapidement s’envenimer et nos protagonistes devront bagarrer fort pour se sortir vivants de là
. (1) 
A priori, Resurrection County réunit tous les ingrédients (histoire stéréotypée et personnages caricaturaux) pour ennuyer sur sa courte durée (à peine une heure et 35 minutes de bobine).
Le film pourrait également s'apparenter à une sorte de ripopée entre Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), La Colline A Des Yeux (que j'ai déjà cité) et Détour Mortel (déjà mentionné lui aussi). 
Lorsque des touristes rencontrent des sudistes tortionnaires et fallacieux... Un scénario pour le moins retors et amphigourique qui brille surtout par son inanité et sa vacuité... 

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Et pourtant, malgré un script assez redondant, Resurrection County parvient à capter son audimat. Certes, Matt Zettel n'a pas inventé "l'eau chaude" (façon de parler...), mais le réalisateur se montre plutôt inventif et ingénieux derrière la caméra. Au moins, le cinéaste ne prend pas son public pour un imbécile et délivre plusieurs séquences de meurtres solidement troussées. Une fois le décor posé (la forêt du coin...), le film happe littéralement le spectateur à la gorge.
Contrairement à la plupart des tortures porn actuels, qui recherchent avant tout le choc et le twist final déroutant, Resurrection County vise surtout l'efficacité. Clairement, Matt Zettel ne s'embarrasse pas avec la psychologie de ses personnages. Le réalisateur a le mérite de se détacher rapidement de ses principaux protagonistes pour se focaliser davantage sur ses bourreaux, peu avenants, il faut bien le dire.

L'atout majeur de Resurrection County consiste à nous présenter une communauté de bouseux sournois, turpides et perfides englués dans leurs valeurs sudistes, religieuses et xénophobes. Les touristes ne sont donc pas les bienvenus dans cette contrée reculée et perdue de l'Amérique. Sur ce dernier point, Ressurection County n'est pas sans rappeler 2000 Maniacs (Hershell Gordon Lewis, 1964), une autre référence du cinéma trash. Côté torture, Matt Zettel délivre largement la marchandise.
Nos chers campagnards azimutés ne font pas de prisonniers. Ou alors, c'est pour mieux les ligoter, les violer, les supplicier, les pendre ou les carboniser. 
Certes, niveau gore, le film élude tout excès d'effusions sanguinaires. Toutefois, l'interdiction aux moins de 16 ans est totalement justifiée. Bref, on tient là un torture porn dans la moyenne habituelle et même supérieur à certains remakes infatués. Que dire de plus ?

Note : 11.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.horreur-web.com/resurrectioncounty.html

08 août 2016

Martyrs - 2016 (Remake infatué)

Martyrs 2016

Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2016
Durée : 1h26

Synopsis : Une jeune femme et son amie d’enfance veulent se venger de ceux qui les ont abusé. 

La critique :

En 2003, suite à l'immense succès de Massacre à la Tronçonneuse sous l'égide de Marcus Nispel, le cinéma hollywoodien comprend qu'il a tout intérêt à ressusciter ses anciennes gloires du passé, ainsi que ses figures méphistophéliques, comme l'attestent les remakes de La Colline A Des Yeux (Alexandre Aja, 2006), L'Armée des Morts (Zack Snyder, 2004), Halloween (Rob Zombie, 2007) ou encore La dernière maison sur la gauche (Dennis Iliadis, 2009), pour ne citer que ces exemples.
Puis les producteurs américains se tournent vers les classiques horrifiques asiatiques (Ring, The Grudge et Dark Water principalement), espagnols (Rec qui se transmute En Quarantaine) et même suédois (Morse est "remaké" en Laisse-Moi Entrer). A raison, certains contempteurs pesteront contre un cinéma d'épouvante anomique.

Toutefois, qui aurait songé que le cinéma d'horreur américain se tournerait vers nos contrées hexagonales ? Personne à l'exception des frères Goetz (Kevin et Michael), responsables de Martyrs, soit le titre homonyme de son illustre épigone. Pour mémoire, le premier Martyrs était réalisé par Pascal Laugier en 2008. Au moment de sa sortie, le film original se démarque par sa volonté de radicalité et de rompre avec un cinéma français lui aussi moribond.
Mais le long-métrage est aussi le substrat d'une longue introspection. Rapidement, le film de Pascal Laugier devient le nouveau parangon d'un cinéma horrifique français à l'agonie depuis plusieurs décennies. Le métrage sera lui-même victime de la censure, contribuant bon gré mal gré à un regain de popularité pour le film.

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Toutefois, en raison de sa violence et par son refus de flagorner le grand public, le succès de Martyrs dans les salles obscures reste assez confidentiel. Pour toutes ces raisons, difficile de comprendre l'utilité de ce nouveau remake. En outre, la première version n'a pas spécialement traversé ses frontières hexagonales. Mais peu importe, les frères Goetz comptent bien exploiter le potentiel du matériel original. Reste à savoir quelle lecture proposent les deux frangins à travers ce nouveau film.
Réponse dans les lignes à venir. La distribution de Martyrs version 2016 réunit Troian Bellisario, Bailey Noble, Kate Burton, Caitlin Carmichael et Melissa Tracy. En l'occurrence, le scénario de ce remake reprend la même trame que son auguste prédécesseur. Attention, SPOILERS !

Durant son enfance, Lucie, une fillette d'une dizaine d'années, échappe de justesse à de mystérieux bourreaux. La police enquête sur les lieux du drame mais essuient une rebuffade. Recueillie dans un orphelinat, Lucie développe des symptômes schizophréniques inquiétants. Bientôt, elle s'accointe et s'acoquine avec Anna. Bien des années plus tard, Lucie débarque chez ses anciens tortionnaires. Armée d'un fusil, la jeune femme les extermine un par un.
Bientôt, la forcenée est rejointe par Anna. Tout d'abord rétive et suspicieuse, cette dernière découvre dans la cave de la famille le parfait petit atelier de la torture, ainsi que plusieurs femmes enfermées dans des cellules. Le cauchemar ne fait que commencer... Vous l'avez donc compris. Peu ou prou de surprise au niveau de la trame narrative.

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La première partie de Martyrs version 2016 est quasi identique à celle de 2008. Seule petite différence, Kevin et Michael Goetz s'attardent plus longuement sur l'enfance des deux héroïnes. Toutefois, rien de particulier à signaler. De facto, la première section de ce remake est tout à fait louable et recommandable puisque les frères Goetz s'approprient les codes du long-métrage de Pascal Laugier. De surcroît, la mise en scène se veut elle aussi acérée et la tension monte crescendo.
Côté interprétion, Troian Bellisario et Bailey Noble s'en tirent plus qu'honorablement et sauvent le film de la catastrophe. Hélas, et vous vous en doutez, la seconde partie de Martyrs (2016) s'enlise dans le torture porn stérile et bas de gamme. Certes, Kevin et Michael Goetz pourront au moins se targuer d'avoir réalisé un remake finalement assez éloigné de son modèle (tout du moins, dans sa seconde section).

Hélas, les félicitations s'arrêtent bien là. Si la première partie du film fait vaguement illusion durant 45 petites minutes, la suite se confine dans une sorte de salmigondis horrifique. Vous pouvez donc oblitérer l'aspect introspectif du film original au profit d'une pellicule absconse, qui accumule les fautes de goût et les rebondissements improbables. Kevin et Michael Goetz ne parviennent jamais à transcender un sujet pourtant prometteur, d'où l'inpression d'assister à un remake infatué et anomique.
A aucun moment, on ne retrouve la fougue, la virulence et l'irrévérence du long-métrage de Pascal Laugier. Pis, lors de sa dernière demi-heure, ce remake se perd dans des explications amphigouriques sur les questions de l'âme et d'une existence post-mortem. A défaut de provoquer à nouveau l'uppercut annoncé, Martyrs version 2016 ne dégage, au mieux, qu'un sentiment de pitié et de désappointement. Pas un navet mais pas loin... 

Note : 06.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

07 août 2016

Chromosome 3 (Les enfants de la damnée)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 1979
Durée : 1h32

Synopsis : Un psychiatre invente une thérapie révolutionnaire qu'il applique à ses malades. Il n'avait pas prevu les effets secondaires, particulièrement destructeurs. 

La critique :

Faut-il rappeler l'illustre carrière de David Cronenberg ? Tout d'abord influencé par le cinéma expérimental, le réalisateur signe ses deux premiers courts-métrages, Transfer et From the Drain, au milieu des années 1960. A travers ces premiers essais, on trouve déjà les thèmes de prédilection du cinéaste : la sexualité, la psychanalyse, la psyché et leur impact (voire leurs effets délétères) sur le corps humain.
Des thématiques qu'il affine et peaufine avec ses longs-métrages suivants, notamment Frissons (1975), Rage (1977), Scanners (1981), Vidéodrome (1983) et Dead Zone (1987), avant de connaître la gloire et la notoriété avec La Mouche (1986). Vient également s'ajouter Chromosome 3, réalisé en 1979. Un intitulé francisé et peu édifiant, très éloigné du titre original du film, donc The Brood ; que l'on pourrait traduire par "La portée", beaucoup plus fidèle à l'esprit du long-métrage.

Autant le dire tout de suite. On tient là une oeuvre éminemment complexe, digne des meilleurs crus de David Cronenberg. En outre, Chromosome 3 est un film (en partie) autobiographique puisqu'il s'inspire du divorce entre le cinéaste et sa propre femme, victime de délires paranoïdes et manipulée par une secte satanique. L'épouse ayant kidnappé leur progéniture, David Cronenberg se voit contraint de la libérer, mettant sa propre vie en péril. Evidemment, cet incident tragique va poursuivre pendant longtemps le réalisateur, bien conscient de la "portée" (c'est le cas de le dire...) de ce drame.
Ce sinistre épisode lui inspire évidemment le scénario de Chromosome 3. La distribution du film réunit Art Hindle, Cindy Hinds, Oliver Reed, Samantha Eggar, Henry Beckman, Nuala Fitzgerald et Susan Hogan.

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Attention, SPOILERS ! (1) En pleine procédure de divorce, Frank Carveth (Art Hindle) découvre, en allant chercher sa fille Candice pour la garde du week-end dans un centre de thérapie alternative, des signes de lésions corporelles indiquant qu’on a battu l’enfant. Alors qu’il tente vainement d’entrer en contact avec son ex-épouse (Samantha Eggar), confinée dans le centre par le responsable de son analyse (Oliver Reed), des meurtres perpétrés par des créatures enfantines à la figure monstrueuse se multiplient dans l’entourage de celle-ci. (1) Certes, si The Brood est le titre original de Chromosome 3, le film aurait pu s'intituler aussi "Le cri de la furie", ou tout simplement "La fureur".
Dans tous les cas, c'est bien un cri de désespoir qui est asséné, non seulement par l'épouse de Frank Carveth, mais aussi par David Cronenberg lui-même.

D'une brutalité extrême, nihiliste, cynique et sans concession, Chromosome 3 préfigure déjà le marasme d'une société consumériste et l'avènement d'un féminisme castrateur et autocratique. Autant le dire tout de suite. Le film est résolument antiféministe. Tout du moins, il peut être vu et analysé comme une oeuvre pointant et morigénant le glas d'un joug dit "masculin".
Le long-métrage est donc l'aboutissement d'un divorce de masse et d'un féminisme conçu comme la nouvelle arme et le bras droit du capitalisme. Certes, David Cronenberg euphémise un peu ses ardeurs via la psychanalyse, le traitement mental et diverses manipulations génétiques dont il a le secret. Un simulacre pour mieux farder la vision (presque) eschatologique de son auteur. Car Chromosome 3, c'est aussi la longue décrépitude de la cellule familiale.

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Une déréliction corroborée par un autre film, cette fois-ci beaucoup plus consensuel, Kramer contre Kramer (Robert Benton, 1980). Contrairement aux apparences, les deux films ne sont pas si différents. Le combat de Frank Carveth est peu ou prou identique à celui de Ted Kramer. En vérité, Chromosome 3 suit le long parcours d'un père (donc Frank Carveth) pour sauver dans un premier temps sa famille, sa femme puis sa fille. Résultat : il ne sauvera finalement personne, comme l'atteste la toute dernière image du film... En l'état, difficile d'en dire davantage...
Chromosome 3, c'est aussi la longue agonie de la famille libérale, nucléaire et occidentale. En ce sens, Chromosome 3 pourrait presque apparaître comme un film visionnaire annonçant la fin d'une civilisation, celle vouée à l'opprobre et aux gémonies et donc celle qui s'est fourvoyée dans l'hédonisme ; point culminant de la doxa libertaire.

Certes, certains contempteurs pourront taxer le film de mysoginie. Indubitablement, on sent et on ressent une grande souffrance dans le film. Pas seulement celle de l'hystérique et maléfique Nola (donc l'épouse du héros principal), mais aussi la propre neurasthénie de David Cronenberg lui-même, probablement encore très marqué par cette défaite cinglante et familiale. Le hurlement asséné par Nola n'est pas seulement une douleur morale. Ses cris d'orfraie sont marqués par l'apparition d'excroissances tout le long du corps, en particulier au niveau génital et abdominal.
Les enfants sont donc les produits et les substrats de la fureur. Pis, ces derniers se sont carrément transmutés en mutants sanguinaires, assassinant toutes les personnes qui ont le malheur de contrarier les désidératas de Nola. Ils sont les dignes épigones d'une humanité vouée à sa propre perte. En partie transfigurés et nantis d'un bec de lièvre, les bambins psychopathes attaquent, rudoient, hurlent et attendent patiemment le signal d'alarme. 
Bref, on tient là un très grand film d'horreur, d'une violence inouïe et à réserver à un public averti.

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/chromosome-3-cronenberg

06 août 2016

Bloodsport, Tous les Coups Sont Permis (L'arène sanglante)

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Genre : action, art martiaux (interdit aux moins de 12 ans)
Année : 1988
Durée : 1h32

Synopsis : Franck Dux, un champion américain de karaté, n'a qu'une obsession : remporter le Kumite, un tournoi clandestin d'arts martiaux organisé à Hong Kong, une rencontre où tous les coups sont permis, y compris les coups mortels ! 

La critique :

C'est à partir de 1982 que Jean-Claude Varenberg, alias Jean-Claude Van Damme (JCVD), s'exile aux Etats-Unis, avec seulement trois mille dollars en poche. Les débuts de l'acteur sont pénibles et chaotiques. Sur place, il fait la connaissance de Chuck Norris et Lou Ferrigno. C'est ainsi qu'il obtient quelques rôles secondaires dans des productions faméliques. Il accepte même le rôle d'un karatéka homosexuel dans Monaco Forever (William A. Levey, 1984).
Puis, en 1986, il obtient enfin un rôle éminent, celui d'Ivan le russe, dans Karate Tiger - Le Tigre Rouge (Corey Yuen). La vélocité et les performances athlétiques de JCVD sont immédiatement remarquées par certains producteurs mercantiles. Surtout, les fans d'arts martiaux repèrent le talent et le potentiel de l'acteur, capable d'effectuer le grand écart sans sourciller, soit son ticket pour Hollywood, du propre aveu de JCVD.

En 1988, l'interprète d'origine belge obtient enfin son premier grand rôle au cinéma, dans Bloodsport, réalisé par Newt Arnold. Dans un premier temps, le long-métrage sort directement en vidéo. Contre toute attente, cette production anomique est plébiscitée par de nombreux fans, à tel point que le film sort finalement dans les salles obscures. A l'époque, JCVD est repéré par un certain Menahem Golan, un producteur essentiellement spécialisé dans les séries B d'action.
Opportuniste, Menahem Golan s'accapare le potentiel et les performances de l'acteur. Enfin, le talent de JCVD est visible aux yeux du grand public. Le succès de Bloodsport est international. Par la suite, l'interprète confirmera tous les espoirs placés en lui dans Kickboxer (Mark DiSalle, 1989), Full Contact (Sheldon Lettich, 1990), Double Impact (Sheldon Lettich, 1991) et Universal Soldier (Roland Emmerich, 1992).

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JCVD est la parfaite incarnation du rêve américain. A force d'opiniâtreté, l'acteur est devenu une figure emblématique à Hollywood, rapportant un joli pactole aux producteurs. A l'origine, Bloodsport, tous les coups sont permis s'inspire de la vie et surtout des exploits de Frank Dux au Kumite, un tournoi sanglant et réunissant les meilleurs guerriers du moment dans des combats d'une violence inouïe. Si JCVD obtient le rôle principal, il doit néanmoins composer avec un tournage chaotique.
L'histoire griffonnée par les soins de Menahem Golan n'est qu'un simulacre de scénario. Parallèlement, JCVD assène de véritables coups aux cascadeurs et suscite à la fois l'admiration et les quolibets. Certes, dans un premier temps, le comédien entretient d'excellentes relations avec le vrai Frank Dux, présent sur le tournage.

Mais suite à l'immense succès du film, l'artiste martial reproche à JCVD de ne pas lui avoir cédé une partie des droits d'auteur. Cette discordance conduit les deux hommes au tribunal. Finalement, la demande de Dux est déboutée. De surcroît, un an après la sortie de Bloodsport (donc en 1989), JCVD est nominé pour le prix de la pire révélation de l'année. Pourtant, le film sera suivi par trois nouveaux chapitres, mais sans JCVD, remplacé par un certain Daniel Bernhardt, un autre érudit des arts martiaux.
Hormis l'acteur belge, la distribution du film réunit Bolo Yeung, Daniel Gibb, Forest Whitaker, Leah Ayres, Norman Burton et Roy Chiao. Attention, SPOILERS ! (1) Frank Dux, soldat américain, pratique les arts martiaux depuis sa jeunesse. Lorsqu'un tournois réunissant les plus grands champions à travers le monde est organisé, Dux se rend à Hong Kong pour participer au Kumite.

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Mixant un peu de tous les types d'arts martiaux divergents, ce tournois illégal prend vie sous forme d'élimination des participants jusqu'au dernier. (1) Certes, certains contempteurs pesteront et tonneront probablement contre l'inanité et la vacuité du script. Toutefois, soyons honnêtes, ce n'est pas forcément ce que l'on attend d'un film d'arts martiaux. Encore aujourd'hui, Bloodsport est régulièrement cité par les fans comme le ou l'un des meilleurs films de JCVD.
De surcroît, l'acteur interprète un personnage qui lui ressemble beaucoup, soit un valeureux guerrier surgi de nulle part, pugnace et intrépide, prêt à guerroyer avec les meilleurs combattants du monde. A contrario, certains considèrent Bloodsport comme un film surestimé. Que les choses soient claires. J'appartiens plutôt à la seconde catégorie.

Par exemple, on fermera volontiers les oreilles sur les répliques absconses, notamment avec l'un des rares dialogues de Bolo Yeung (dans le rôle de Chong Li) qui argue péremptoire : "Bien joué ! Mais une brique ne rend jamais les coups". Une réplique qui provient d'Opération Dragon (Robert Clouse, 1974), film dans lequel apparaissait déjà Bolo Yeung... Ensuite, si Bloodsport a le mérite de présenter plusieurs disciplines martiales, les combats restent un peu trop timorés et élusifs. 
En vérité, la plupart des guerriers ne sont que des cascadeurs aux compétences limitées. Seuls JCVD et le fameux Bolo Yeung font vaguement illusion. Clairement, Newt Arnold n'est pas un grand avisé de la caméra. Le montage et la mise en scène souffrent de nombreuses approximations, à l'image du scénario du film.

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Au risque de me répéter, l'intérêt du film repose essentiellement sur les épaules charismatiques de JCVD. Heureusement, l'acteur est en pleine possession de ses moyens et assène des coups de pied à une vitesse fulgurante, tout en multipliant les pirouettes et les acrobaties. Ensuite, l'interprète possède un magnétisme ineffable, ce qui le différencie de tous ces action men de seconde zone, entre autres Daniel Bernhardt et Sasha Mitchell. En résumé, on tient là une série B d'arts martiaux aussi ingénue qu'attachante, à l'image du fidèle acolyte de JCVD, incarné par Daniel Gibb, qui apporte une petite note humoristique supplémentaire. Certes, on notera ici et là quelques longueurs superflues, notamment la romance amoureuse entre Dux et une journaliste, qui ne sert strictement à rien...
Mais ne soyons pas trop sévères, pour une série B de ce calibre, Bloodsport se révèle plutôt fun et sympathique à regarder. Ma note finale pourra donc paraître clémente...

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) : Synopsis du film sur : http://lescritiquesducritique.blogspot.fr/2013/08/bloodsport-1988-newt-arnold.html

05 août 2016

Poltergeist - 1982 (Voyage au pays des ténèbres...)

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Genr: horreur, épouvante (interdit aux - 16 ans)
Année : 1982
Durée : 2h10

Synopsis : L'heureuse famille Freeling mène une vie tranquille et prospère dans la petite ville de Cuesta Verde. Cependant, leur maison devient le théâtre d'étranges phénomènes quand des objets commencent à se déplacer et que le sol se met à trembler. Une nuit, la petite Carol Anne disparaît et se met à communiquer avec ses parents à travers la télévision. Les Freeling font alors appel à un parapsychologue. 

La critique :

La carrière cinématographique de Tobe Hooper démarre en 1974 avec le terrible et non moins terrifiant Massacre à la Tronçonneuse. Premier film et déjà un premier chef d'oeuvre du genre horrifique. Le long-métrage marque une rupture rédhibitoire dans le cinéma horrifique. S'inspirant d'un fait divers (Ed Gein, surnommé le boucher de Plainfield), Massacre à la Tronçonneuse devient le nouveau parangon d'un cinéma jugé extrême. Un oxymore pour ce long-métrage certes malsain, mais qui élude toute effusion sanguinaire. Pourtant, le film est carrément banni dans plusieurs pays et interdit aux moins de 18 ans dans d'autres contrées. Tobe Hooper confirme cette prédilection pour le cinéma choc et polémique avec ses films suivants, notamment Le Crocodile de la Mort (1977), Massacres dans le train fantômes (1981), avant de s'enliser dans des productions douteuses et racoleuses.

Des films tels que The Mangler (1995), L'invasion vient de Mars (1986), Crocodile (2000) et The Mortuary (2005) le relèguent promptement aux oubliettes. 
Finalement, après Massacre à la Tronçonneuse, le cinéaste cuistre et condescendant ne retrouvera jamais la fougue et la virulence du passé. C'est sûrement pour cette raison qu'il fait appel à Steven Spielberg pour écrire, produire et réaliser Poltergeist en 1982. Soit la même année de sortie que E.T. L'Extra-Terrestre, toujours sous l'égide de "Spielby". A juste titre, certains contempteurs considèrent Poltergeist comme un film réalisé par Steven Spielberg et non par Tobe Hooper.
Une hypothèse corroborée par les crédits du film et par "Spielby" lui-même, qui affirme dogmatique : "Tobe n'est pas le genre d'homme... responsable. Si une question était posée et que la réponse ne la suivait pas immédiatement, je sautais dedans et proposais ce que nous pourrions faire. Tobe acquiescerait d'un signe de tête, et naissait ainsi le processus de collaboration".

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En vérité, pendant le tournage de Poltergeist, Tobe Hooper n'est qu'un faire-valoir, un simulacre de réalisateur alors en plein marasme et qui peine à trouver un second souffle au début des années 1980. Inlassablement poursuivi par le spectre de Massacre à la Tronçonneuse, le célèbre cinéaste se contente de suivre les directives de Steven Spielberg. A contrario, certains amis et producteurs éminents soutiennent Tobe Hooper. Finalement, Poltergeist serait le fruit et la richesse d'une collaboration créative entre deux réalisateurs de génie. Un dithyrambe qui arrive à point nommé pour l'intéressé.
La distribution du film réunit Craig T. Nelson, JoBeth Williams, Dominique Dunne, Oliver Robins, Heather O'Rourke, Zelda Rubinstein et Beatrice Straight. Au moment de sa sortie, Poltergeist obtient un immense succès dans les salles, ainsi que des critiques unaniment panégyriques.

Aujourd'hui, le long-métrage est même classé en 80e position des 100 films d'épouvante les plus effrayants jamais réalisés. Une réputation corroborée par le tournage du film lui-même et émaillé par de nombreux incidents inexplicables. Succès oblige. Plusieurs suites sont tournées dans la foulée. La petite Heather O'Rourke est toujours de la partie pour Poltergeist 2 (Brian Gibson, 1986).
Hélas, la fillette est victime d'une grave maladie et doit subir une intervention chirurgicale durant le tournage de Poltergeist 3 (Gary Sherman, 1988). Heather O'Rourke meurt des suites de sa maladie. Et son décès alimente les rumeurs sur cette saga horrifique. La trilogie serait-elle à son tour victime d'une malédiction infrangible ? Tous ces paralogismes contribuent à la notoriété de la franchise. 

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Poltergeist premier du nom appartient désormais à la culture populaire américaine. Souvent imité mais jamais égalé, à l'image de son triste remake homonyme sorti en 2015. Reste à savoir si la réputation de Poltergeist est bel et bien justifiée. Réponse dans les lignes à venir... Attention, SPOILERS ! Steven et Diane Freeling vivent une vie tranquille dans un nouveau quartier de la Californie. 
Steven est un brillant agent immobilier et Diane une femme au foyer épanouie qui prend soin de ses trois enfants : 
Dana, Robbie et Carol-Anne. Carol-Anne se réveille une nuit et converse avec le téléviseur qui a commencé à transmettre des parasites. La nuit suivante, c'est le même rituel pour la fillette qui se fixe devant le téléviseur. Soudain, une apparition se dégage de l'écran de télévision et disparaît dans le mur.

La petite Carol Anne disparaît et se met à communiquer avec ses parents à travers la télévision. Les Freeling font alors appel à un parapsychologue. Autant le dire tout de suite. On tient là un véritable classique du genre épouvante. En outre, l'aura de Steven Spielberg semble inhérente au succès du film. On reconnaît d'emblée l'empreinte indéfectible du cinéaste, avec cet intérêt pour une famille américaine lambda, ce côté tout d'abord féérique qui amuse dans un premier temps les protagonistes, via des objets qui se déplacent tout seuls dans la maison ; puis un esprit maléfique et de plus en plus comminatoire.
La demeure se transmute soudainement en antre de l'horreur, notamment avec cet arbre gigantesque dont les branches oblongues et agressives se déploient à travers les fenêtres d'une chambre. Puis, c'est un technicien féru de paranormal qui se dilacère le visage devant un miroir... 

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Bref, hormis ce passage un peu gore et terrifiant, l'empreinte de Tobe Hooper reste assez discrète et furtive dans le film. La grande force de Poltergeist réside dans ce confinement résidentiel, une sorte de huis clos à "toit ouvert" (si j'ose dire) et aux prises avec des forces inexpugnables. Pour "Spielby" et Tobe Hooper, c'est l'occasion ou jamais de tancer une famille américaine lambda aux prises avec des esprits qui la dépassent, comme si cette cellule familiale était menacée de péricliter lors de la nouvelle décennie.
D'ailleurs, ce n'est pas un hasard. Pour sauver Carol-Anne et l'ensemble de leur famille, le père et la mère doivent s'allier et finalement se retrouver pour franchir ce palier menant vers le pays des ténèbres. Une fois les inimitiés présentées, Steven Spielberg et son fidèle acolyte happent littéralement le spectateur à la gorge. Le film contient de nombreuses séquences de frousse solidement troussées.
Dommage, sur la forme, que le long-métrage soit (parfois...) aussi consensuel et familial. Encore une fois, le manque d'implication de Tobe Hooper se fait furieusement sentir. Son style glauque, abrupt et radical, mélangé aux roueries de Spielberg pour appâter le spectateur lambda, aurait pu conduire le film vers d'autres contrées encore plus cauchemardesques. Mais ne soyons pas trop sévères, on tient là un grand film d'épouvante !

Note : 16.5/20

 

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