Cinéma Choc

24 août 2019

Arquivos Da Morte Mundo Cao (Les vicissitudes de l'âme humaine)

arquivos da morte mundo cao

Genre : Shockumentary, death movie, "Mondo", horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans/interdit aux - 21 ans dans certains pays)

Année : 2008

Durée : 50 minutes

 

Synopsis : Après avoir chroniqué Arquivos Da Morte Corpos, Arquivos Da Morte Black, Arquivos Da Morte Mulheres, Arquivos Da Morte GuerraArquivos Da Morte Guerra Civil, Arquivos Da Mortes Monstruosidades et Arquivos Da Morte AtrocidadesCinéma Choc vous propose un nouveau segment, cette fois-ci intitulé Arquivos Da Morte Mundo Cao. La mort, le trash, l'âpreté et le barbarisme sont ici repoussés à leur paroxysme pour arborer un programme putride et nimbé par toute une litanie de cadavres... Comme le stipule son intitulé, cet ixième chapitre se polarise en particulier sur nos sociétés humaines et leurs rituels archaïques, entre autres imprimés par la violence et l'âpreté à tous crins. Bienvenue dans le monde pétrifiant d'Arquivos Da Morte Mundo Cao

La critique :

Il serait sans doute inconvenant, voire discourtois, de procéder derechef à l'exégèse du "Mondo" et du death movie à travers ces lignes diffuses. Pourtant, à travers sa litanie de segmentations rutilantes, la saga Arquivos Da Morte s'inspire allègrement des deux films prodromes en la matière ; à savoir Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2017/09/08/35293497.html) et Faces Of Death (John Alan Schwartz, 1978, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2015/04/21/31830383.html). La franchise Arquivos Da Morte n'a jamais caché ses contiguïtés, ainsi que ses accointances avec ses deux longs-métrages proéminents du cinéma underground.
Dans le cas de Mondo Cane, rappelons que ce "Mondo", transi de shockumentary, se polarisait sur les us et les coutumes séculaires de peuplades oecuméniques à travers le monde.

Présenté au festival de Cannes en 1962, Mondo Cane estourbit durablement les persistances rétiniennes pour son réalisme saisissant et ses saynètes triviales, voire outrancières. Mondo Cane s'ébaudit de cette frontière ténue entre la fiction et la réalité. Ainsi, toutes les séquences prodiguées par Gualtiero Jacopetti et ses affidés sont savamment fomentées, orchestrées et interprétées par des acteurs amateurs et/ou anonymes. En résumé, tout est factice, truqué et falsifié avec pour aspérité de flagorner notre scopophilie obsessionnelle, voire maladive.
Quinze ans plus tard, John Alan Schwartz réitérera le syllogisme de Mondo Cane via Faces of Death, soit Face à la Mort dans la langue de Molière. Le death movie est né. Ce registre horrifique et underground se focalise sur la faucheuse et en particulier sur des accidents routiers, sportifs, des homicides, des autolyses et des expériences médicales qui dérivent subrepticement vers le trépas, cet instant fatidique et fatal.

Opportuniste, John Alan Schwartz visite carrément les coursives de la sentence capitale en nous entraînant dare-dare dans un pénitencier où un prisonnier est condamné à périr par électrocution. Certes, la saynète outrecuidante est impressionnante de réalisme et restera - bon gré mal gré - dans les annales du cinéma gore et horrifique. Mais, à l'instar de Mondo Cane en son temps, la majorité des séquences de Faces Of Death sont falsifiées et erronées, l'objectif étant de duper un public au mieux dubitatif, au pis candide voire carrément ingénu. Bien des décennies plus tard, la rhétorique harangueuse de Mondo Cane et de Faces of Death est toujours d'actualité.
Ces shockumentaries ont inspiré toute une pléthore d'épigones, une allégeance à laquelle la saga Arquivos Da Morte appartient.

En vérité, cette franchise effervescente s'inscrit dans le sillage et le continuum de la série Death FilePour souvenance, les divers segments de cette saga impertinente montraient, entre autres, des nourrissons, victimes d'excroissances et de malformations, dépérir dans des pays en plein marasme et victimes de paupérisation massive. L'ultime réprobation était de mise via une interdiction aux moins de 18 ans. Evidemment, Arquivos Da Morte obéit à la même animadversion. Pis, la franchise est carrément bannie, honnie, censurée et vouée aux gémonies dans plus d'une quarantaine de pays. Dans certaines contrées, c'est l'interdiction aux moins de 21 ans qui nimbe chaque oriflamme rougeoyante. Arquivos Da Morte Mundo Cao, sorti en 2008, ne déroge pas à ce cycle incoercible.
Cette fois-ci, l'affiche de ce death movie arbore un crâne de squelette apposé sur un faciès humain.

Il sera donc question de la mort. Toujours la même antienne... A l'instar de ses fidèles homologues, Arquivos Da Morte Mundo Cao dénote par sa confidentialité. Quel réalisateur se tapit derrière ce death movie adventice ? En l'état, impossible de répondre avec promptitude et méticulosité puisque l'on ne glane aucune information, même succincte, sur cette franchise énigmatique. C'est donc le mystère qui plane et qui émane autour de cette saga indécente. Pour la faribole superfétatoire, l'intitulé "Mundo Cao", traduit du portugais, signifie "un monde de chiens".
De facto, n'importe quel thuriféraire du cinéma trash et extrême aura aisément subodoré la généalogie avec Mondo Cane, déjà susdénommé à maintes reprises dans cette chronique. 
Pour souvenance, l'auteur Taratata, dans sa polymathie teintée de circonspection, a déjà chroniqué Arquivos Da Morte Corpos (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/05/11/37258846.html) et Arquivos Da Morte Mulheres (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/12/37354638.html).

En outre, le chroniqueur omniscient déclamait son état d'hébétude devant cette litanie de cadavres qui s'empilaient et se tuméfiaient avec une étonnante célérité. Autant l'annoncer sans fard, la saga Arquivos Da Morte s'adresse à un public extrêmement averti. Evidemment, Arquivos Da Morte Mundo Cao s'imbrique dans ce même primitivisme à tous crins. Attention, SPOILERS ! Après avoir chroniqué Arquivos Da Morte Corpos, Arquivos Da Morte Black (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/13/37305000.html), Arquivos Da Morte Mulheres, Arquivos Da Morte Guerra (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/20/37330643.html)Arquivos Da Morte Guerra Civil (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/07/10/37400135.html), Arquivos Da Morte Monstruosidades (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/08/07/37446074.html) et Arquivos Da Morte Atrocidades (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/08/16/37458210.html)Cinéma Choc vous propose un nouveau segment, cette fois-ci intitulé Arquivos Da Morte Mundo Cao.

La mort, le trash, l'âpreté et le barbarisme sont ici repoussés à leur paroxysme pour arborer un programme putride et nimbé par toute une litanie de cadavres... Comme le stipule son intitulé, cet ixième chapitre se polarise en particulier sur nos sociétés humaines et leurs rituels archaïques, entre autres imprimés par la violence et l'âpreté à tous crins. Bienvenue dans le monde pétrifiant d'Arquivos Da Morte Mundo Cao ! Fidèle à ses obédiences, Arquivos Da Morte Mundo Cao débute par une longue homélie d'un commentateur anonyme.
En l'occurrence, Arquivos Da Morte Mundo Cao a pour velléité de se centrer sur les vicissitudes de l'âme humaine, ni plus ni moins. Cette énième section est fidèle à sa réputation malaisante. Au programme des tristes réjouissances, ce death movie repose, entre autres, sur le snuff animalier.

Pour ceux qui abhorrent et exècrent - à raison - les supplices et les supplications de la faune et de la flore, merci de quitter prestement votre siège et de retourner gentiment dans vos pénates ! Cette fois, c'est toute une peuplade affamée qui se jette et se précipite sur un félidé. Après avoir égorgé l'animal et procédé à son équarrissage, les individus calcinent l'intégralité de la dépouille, décapitent les parties inutiles et extraient les divers organes pour se sustenter d'une chair à priori sapide. Puis, sans ciller de sa trajectoire morbide, Arquivos Da Morte Mundo Cao enchaîne sur un accouchement en direct. Hélas, faute de moyens et de médicastres, la parturition se déroule sous les cris d'orfraie, avec un seau pour recueillir les reliquats du placenta, ainsi que le liquide amniotique.
Une fois la progéniture entre les mains de la matriarche, les maïeuticiennes peuvent recoudre l'orifice vaginale sous les yeux éberlués du spectateur avisé. S'ensuit alors une scène douloureuse d'avortement, une chirurgie cette fois-ci pratiquée sur une autre femme agonisante... Par décence, nous éluderons sciemment les détails rustiques, voire sanguinaires. Conjointement, Arquivos Da Morte Mundo Cao nous invectivera de ses scansions mortifères habituelles via toute une kyrielle de macchabées, ramassés au hasard sur la route, parfois après avoir été pulvérisés par la roue plantureuse d'un camion, voire d'un char militaire ! Certes, les laudateurs du cinéma underground et extrême seront ici en terrain connu et quasiment conquis. Les autres clabauderont et maronneront à raison contre la vacuité et l'inanité d'une telle entreprise. Toujours est-il qu'Arquivos Da Morte Mundo Cao frappe, cogne, rudoie et estomaque là où ça fait mal.

 

Note : 12/20

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23 août 2019

The Awakening - 1990 (Tu es mort, mais tu ne le sais pas encore !)

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Genre : Expérimental, inclassable (interdit aux - 16 ans)

Année : 1990

Durée : 8 minutes

 

Synopsis :

Un jeune lycéen s'endort en classe. A son réveil, ses camarades et son professeur sont immobiles, le silence est total. Et d'étranges signes sont inscrits au tableau.

 

La critique :

Avec le temps et les nombreux billets que j'ai pondus, vous avez pu constater que je nourris une affection toute particulière pour chroniquer "l'inchroniquable" (ce n'est pas français, je le sais...). Chauffer ses neurones à blanc est un plaisir que j'aime m'infliger de temps en temps. Pas trop souvent non plus pour ne pas sombrer dans les affres de l'exaspération ! Je ne reviendrai pas sur tous les cas de compétition auxquels je me suis attaqué car il y a fort à parier que vous les détecteriez par vous-même. Le dernier en date n'est autre que le film ayant précédé celui-ci. Une énième pépite du canadien Guy Maddin du nom de Careful. Mais exit le Canada pour faire place à un climat plus exotique, en l'occurrence celui de l'Espagne. Oui, Nacho Cerdà fait son grand retour sur le blog pour achever sa prestigieuse "Trilogie de la Mort", comme il le dit si bien. Débutée avec Aftermath via la verve légendaire de notre cher ami Alice In Oliver, j'ai pu avoir l'honneur de parler de son segment le plus célèbre, à savoir Genesis. Un splendide court-métrage digne de figurer parmi les meilleures expérimentations dramatiques du Septième Art.

Mais si Aftermath se distinguait par sa violence hors norme et sa fatidique interdiction aux moins de 18 ans, Genesis se montrait nettement plus pondéré en balayant la quasi-totalité de la violence de son frère aîné. Toutefois, nous n'avions pas encore parlé du cas de The Awakening qui n'est, à la fois, autre que le premier segment de sa trilogie mais aussi son premier métrage. Je me permets de préciser directement que l'interdiction aux moins de 16 ans ne provient que de sa présence aux côtés d'Aftermath car il est dénué absolument de la moindre once quelconque de violence. Une façon de faire de sa trilogie un objet hétéroclite sujet à diverses expérimentations.
Mais autant vous prévenir que, compte tenu de sa durée rachitique, The Awakening ne sera pas à l'origine d'un billet de 10 paragraphes. A cela vous rajoutez sa dimension énigmatique n'arrangeant rien histoire de nous faciliter la vie en en parlant et vous avez le cahier de charge qu'il faut pour une petite épreuve à fournir un lendemain de soirée pour le coup modérément alcoolisée. Ce qui fait du bien de temps en temps !

 

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ATTENTION SPOILERS : Un jeune lycéen s'endort en classe. A son réveil, ses camarades et son professeur sont immobiles, le silence est total. Et d'étranges signes sont inscrits au tableau.

Pourtant, n'allez tout de même pas croire qu'il n'y a rien d'intéressant à tirer de ce (très) court-métrage ! Certes, s'il a été créé du temps où Cerdà était encore étudiant et qu'il n'avait pas encore toutes les compétences nécessaires, difficile que de faire la fine bouche devant une réussite mâtinée d'originalité et d'ésotérisme. Vraisemblablement, le cinéaste est fasciné par le destin de l'âme après la mort, lorsqu'elle quitte son enveloppe charnelle la limitant à notre propre réalité sur Terre. En l'occurrence, celle-ci n'est pas consciente de sa transition entre deux mondes lors de l'instant fatidique de la mort. L'apprentissage de ce nouvel état, cette prise de conscience caractéristique se fait dans une salle de classe. Un lieu qui n'a pas été choisi au hasard vu que ce décor est le lieu de l'apprentissage, du travail cognitif ou tout simplement de l'esprit. Peu importe son enfermement dans l'enveloppe humaine, la prise de conscience est une immuable vérité. Celle-ci frappera un élève visiblement fainéant, somnolent en classe et dont les notes scolaires ne sont guère éloquentes, loin de là car elles sont même très mauvaises. Cette prise de conscience aurait-elle été plus immédiate si l'élève avait été premier de la classe ? Un apprentissage plus assidu aurait il pu "travailler" cette âme à cohabiter plus rapidement avec cette classe frappée par un temps gelé dont le rapprochement avec les limbes apparaît explicite avant de rejoindre l'au-delà ? Ces deux questions méritent d'être posées. 

Ces 8 minutes se verront à suivre son incompréhension. Il ne comprend pas ce qu'il se passe, incapable d'émettre le moindre son si ce n'est l'effroi sur son visage et la paralysie vocale. Il est incapable d'ouvrir la porte, alors que l'environnement se verra frappé de situations mystérieuses. La première concerne l'assemblée le fixant à un certain moment. Un point pour le moins nébuleux dont on a bien du mal à mettre une explication métaphysique. Des symboles religieux récurrents s'affichent au tableau, notamment la croix chrétienne, ainsi que l'Oeil de la Providence (ou oeil omniscient) représentant l'œil de Dieu exerçant sa surveillance sur l'Humanité.
Ce n'est qu'à la fin qu'il apprendra qu'il a été frappé dans le monde réel par une crise cardiaque l'ayant passé de vie à trépas, le tout avec les inquiétudes des écoliers et du professeur. Il ne peut alors qu'accepter cette fatalité de quitter ce monde et toutes les personnes qui l'ont entouré. A n'en point douter que The Awakening causera quelques craintes aux personnes cardiaques en priorité, mais aussi à tout un chacun.

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Parlons maintenant de l'image en elle-même et comme vous vous en doutez, il n'y a aucune velléité à ce que le film soit esthétique. Le tout est somme toute très classique avec, forcément, un seul décor tout ce qu'il y a de plus anodin. On reconnaît clairement une certaine forme d'académisme dans la manière de filmer et de mettre en scène avec un budget que l'on estime aussi élevé que le salaire d'un fermier péruvien. Mais le tout reste correct sans pour autant vibrer nos rétines. Pour la bande sonore, on ne s'éternisera pas davantage dessus car elle reflète à merveille l'atmosphère inquiétante de la micro-pellicule en étant glauque et glaciale. Un très bon point de ce côté-là !
Pour finir, on ne pourra pas vraiment parler de jeu d'acteur. Nacho Cerdà s'est dit qu'il serait bien pour lui d'incarner le professeur. Sinon l'immobilisme de la situation ne nous permet pas de juger ce paramètre. Le héros principal se débrouille mais, encore une fois, inutile de rechercher des performances de prestation.

Comme promis car une promesse est une promesse, la chronique s'achève enfin en bouclant la Trilogie de la Mort sur Cinéma Choc. Pour le coup, je dois bien avouer ma satisfaction d'avoir abouti à quelque chose de plutôt long pour la très maigre durée que nous offre The Awakening. Ceci dit, il aurait été inutile de s'éterniser davantage sous peine de causer la fatigue d'un cinéphile intrigué tenant à découvrir le fin mot de l'histoire. Bien avant le naturalisme d'Aftermath et le lyrisme de Genesis, Cerdà s'était penché sur une approche ésotérique de la mort avec tous les questionnements spirituels qui vont de pair. Esotérisme, naturalisme et lyrisme, tels sont les 3 points reliant cette trilogie en un ensemble cohérent et hétéroclite apportant 3 visions différentes de la mort.
Mais si The Awakening est sans surprise l'opus le moins intéressant de tous, il a le mérite de nous interpeller sur le sort de notre âme après le passage de la Grande Faucheuse. Qu'advient-il de notre conscience une fois mort ? Autant d'interrogations planant dans l'esprit de tous les éléments composant notre société humaine et toutes ayant au-dessus d'elles cette épée de Damoclès que nous appelons la mort.

 

Note : 13/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

22 août 2019

Une Prière Avant l'Aube (Midnight Express, chapitre 2)

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Genre : drame, boxe (interdit aux - 16 ans)

Année : 2018

Durée : 1h57

 

Synopsis : L’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue. Dans cet enfer, il est rapidement confronté à la violence des gangs et n’a plus que deux choix : mourir ou survivre. Lorsque l’administration pénitentiaire l'autorise à participer à des tournois de Muay-Thai, Billy donne tout ce qui lui reste. 

La critique :

L'univers carcéral continue toujours de passionner le noble Septième Art. En outre, il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Les_30_Meilleurs_Films_sur_l_univers_carceral_la_prison_la_t/660968 pour glaner et déceler la liste des trente meilleurs films sur le monde pénitentiaire. Ce registre cinématographique côtoie tantôt la romance, tantôt la dramaturgie humaine, parfois le fantastique et même occasionnellement l'épouvante.
Les thuriféraires du genre n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Les Evadés (Frank Darabont, 1994), Un Prophète (Jacques Audiard, 2009), Midnight Express (Alan Parker, 1978), L'évadé d'Alcatraz (Don Siegel, 1979), La Ligne Verte (Frank Darabont, 1999), La Grande Evasion (John Sturges, 1963), ou encore Papillon (Franklin J. Schaffner, 1973) parmi les classiques somptuaires et sérénissimes.

Vient également s'apposer Une Prière Avant l'Aube, un long-métrage réalisé par la diligence de Jean-Stéphane Sauvaire en 2018. Une Prière Avant l'Aube est une production franco-britannique présentée en compétition officielle lors du festival de Cannes 2017 dans la section Midnight Screenings. La carrière cinématographique de Jean-Stéphane Sauvaire débute vers l'orée des années 1990. A l'époque, l'artiste polymathique officie en tant qu'assistant-réalisateur. Il affûte son style et ses arguties sur Les Nuits Fauves (Cyril Collard, 1992), Les grandes bouches (Bernie Bonvoisin, 1999), Seul contre tous (Gaspar Noé, 1999), Sous les pieds des femmes (Rachida Krim, 1997), Hors-Jeu (Karim Dridi, 1998), Louise - Take 2 (Siegfried, 1998), ou encore Love Me (Laetitia Masson, 2000).
Puis, entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, il s'attelle à la confection de plusieurs courts-métrages, notamment La Mule (1998) et A Dios et Matalo (2000), avant de signer, à postériori, ses tous premiers longs-métrages.

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Jean-Stéphane Sauvaire connaîtra son premier succès critique et commercial via Johnny Mad Dog (2008), un film qui obtient le Prix Espoir lors de sa présentation au festival de Cannes (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-St%C3%A9phane_Sauvaire). A fortiori, le metteur en scène affectionne tout particulièrement ces personnages brisés par un triste fatum et se polarise tout particulièrement sur cette période juvénile en déliquescence, un syllogisme qu'il corrobore avec Une Prière Avant l'Aube, sa dernière réalisation en date.
Le film s'inspire à la fois de l'histoire vraie de Billy Moore et de son opuscule autobiographique, A Prayer Before Dawn : A Nightmare in Thailand, publié en 2014. Si Une Prière Avant l'Aube n'a pas forcément bénéficié d'une sortie massive dans les salles obscures, le métrage se distingue dans divers festivals, entre autres ceux de Strasbourg, Liège et Béaune.

En l'occurrence, Une Prière Avant l'Aube a toutes les peines du monde à être diffusée au cinéma, principalement en raison de son âpreté et de sa violence. A cet égard, le métrage s'auréole d'une interdiction aux moins de 16 ans. A contrario, Une Prière Avant l'Aube se taille une solide réputation sur la Toile et les réseaux sociaux. Certains cinéphiles panégyristes évoquent carrément le ou l'un des meilleurs films de l'année 2018, rien que ça ! De quoi raviver l'appétence de Cinéma Choc dans ses colonnes éparses... Reste à savoir si ce drame autobiographique mérite de tels dithyrambes et de tels satisfécits dans les coursives du blog. Réponse à venir dans les lignes et les linéaments de cette chronique... La distribution du film ne risque pas de vous évoquer grand-chose et pour cause...
Puisque le casting se compose, entre autres, de véritables détentionnaires. 

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Seul Joe Cole fait figure d'exception puisqu'il s'agit d'un comédien professionnel. Viennent également s'agréger Vithaya Pansringarm, Nicolas Shake, Panya Yimmumphai, Pornchanok Mabklang, Billy Moore "himself", Komsan Polsan, Chaloemporn Sawatsuk et Sakda Niamhom. Attention, SPOILERS ! (1) Billy Moore est un jeune britannique qui a fui sa famille et essaye de s'adapter à la vie en Thaïlande. Il s'entraîne à la boxe thaïe (Muay-thaï) et fait des combats pour gagner des primes. Mais il est impulsif et violent, ce qui s'aggrave encore par la consommation de yaba, une méthamphétamine locale très répandue. La police le surveille et il finit par être arrêté pour usage de drogue et se retrouve en prison avec la pègre et les gangs thaïlandais. Dans un climat de violence quotidienne, ne parlant pas la langue, il arrive à survivre, sans aide extérieure car personne ne sait qu'il est incarcéré.

Les prisons formant des équipes de Muay-thaï en vue de championnat interne, il arrive, à force de volonté et de travail, à se faire engager dans le groupe des boxeurs, mais il est atteint d'une hernie interne qui peut à tout moment l'emporter. Il finit par remporter son combat et rencontre finalement son père qui est venu s'occuper de lui (1). Autant l'annoncer sans ambages. Une Prière Avant l'Aube est un film à la fois brutal, percutant et qui n'a pas à rougir de la métaphore avec Midnight Express. Pour souvenir, le long-métrage d'Alan Parker dénotait pour son barbarisme et son primitivisme triviaux. Ainsi, ce drame intimiste s'ingéniait à rosser et à rabrouer un petit trafiquant de drogue sans envergure. Ce dernier connaîtra l'enfer, tout comme Billy Moore dans Une Prière Avant l'Aube.
Les prisons thaïlandaises coalisent à elles seules toutes les conditions insalubres pour s'avilir dans une neurasthénie irrépressible.

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Les détentionnaires sont ainsi parqués par dizaine dans une seule et unique cellule et sous un soleil de plomb. Les matons ne badinent pas et n'hésitent pas à rudoyer les taulards un peu trop frondeurs. Derechef, c'est la loi du plus fort qui prévaut et prédomine. La drogue, les rixes et les viols parsèment le quotidien de ces cellules vétustes. En l'occurrence, Billy Moore doit se colleter à une autre barrière. Le captif doit aussi se départir avec l'idiome local, ainsi qu'avec certains us et coutumes culturels et séculaires. Le jeune homme infortuné ne pige absolument rien des élocutions marmonnées par ses interlocuteurs. Ces derniers se transmutent prestement en assaillant.
A fortiori, Billy Moore semble condamner à croupir et à agonir en prison... Inexorablement... Son aptitude pour la boxe sera la manne providentielle.

C'est ainsi qu'il s'attire (et s'attise...) une certaine déférence auprès de ses congénères. Sagace, Jean-Stéphane Sauvaire filme sa dramaturgie comme une sorte de documentaire, l'objectif étant de conférer à ce parcours sordide l'aspect le plus réaliste possible. De facto, le spectateur est sommé de plonger en immersion avec le protagoniste principal du film. Dès lors, Une Prière Avant l'Aube adopte un point de vue anthropocentrique. Nonobstant ses omissions, le héros n'emprunte pas vraiment (du tout...) le chemin de la rédemption, loin de là... 
Pour obtenir quelques cigarettes, voire quelques substances illicites, Billy s'accointe et s'acoquine avec des gangs locaux, ainsi qu'avec des garde-chiourmes retors, partiaux et pusillanimes. Il tabassera et assassinera certains de ses compères pour survivre.

En filigrane, c'est aussi la violence qui émaille un quotidien abrupt. La nuit, certains détenus frêles et fébriles sont victimes de viols collectifs sous les yeux éberlués de Billy Moore. Pour s'en sortir et espérer des jours plus cléments, le boxeur crâne devra retourner sur le ring et prouver sa vaillance, ainsi que son opiniâtreté durant des combats sanguinolents. Cette âpreté réitère cette hargne vindicative, le risque étant d'exhaler son ultime soupir. A maintes reprises, Billy Moore passera de la vie au coma, coudoyant ainsi le dernier trépas. On comprend mieux le plébiscite autour de ce drame poignant, nihiliste et irrévocable. Ici, point de happy-end. Pour survivre, le héros doit incessamment faire montre de rugosité, de robustesse et de résilience. Jean-Stéphane Sauvaire sait qu'il peut escompter sur la performance ébouriffante de Joe Cole, totalement investi dans son rôle.
Vous l'avez donc compris. Une Prière Avant l'Aube n'a donc rien à envier à une concurrence pourtant apoplectique en la matière. On tient là le ou l'un des tous meilleurs films de genre, mais à réserver à un public particulièrement averti.

 

 

Note : 16.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_pri%C3%A8re_avant_l%27aube

21 août 2019

La saga Halloween : notre classement des épisodes

Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose une rétrospective de la saga Halloween via un classement des épisodes, soit du meilleur film au pire segment réalisé. D'une façon générale, la franchise ne brille que par intermittence et souffre, entre autres, des carences inhérentes au slasher. Retour sur cette saga clinquante qui continue d'inspirer le cinéma d'épouvante...

 

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1. Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978) : Sans surprise, c'est bien le premier chapitre de la saga qui caracole en tête de peloton. Via ce croquemitaine nanti d'un masque d'albâtre et d'un opinel, le maître de l'épouvante crée une nouvelle forme de terreur. Son nom ? Michael Myers. Mieux, ce premier opus peut aisément concourir parmi les meilleurs slashers jamais réalisés. Souvent imité, mais jamais égalé.

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2. Halloween 2 (Rob Zombie, 2009) : Enfin, après un premier essai erratique, Rob Zombie parvient à s'approprier le matériel originel pour proposer un slasher froid, virulent et nihiliste. En grande forme pour l'occasion, Michael Myers massacre et étrille à la chaîne. Dans ce nouveau volet, Rob Zombie explore la systémique familiale intrinsèque au croquemitaine avec une certaine clairvoyance.

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3. Halloween 2 (Rick Rosenthal, 1981) : Une suite souvent phagocytée qui a surtout pour carence de passer après son auguste devancier. Cette fois-ci à la production, John Carpenter enjoint son nouvel homologue, Rick Rosenthal, de respecter les préceptes et les linéaments du premier épisode. De surcroît, Halloween 2 prodigue de précieuses informations sur le passé de Michael Myers et sur ce lien qui le relie à Laurie Strode.

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4. Halloween 3 - Le Sang du Sorcier (Tommy Lee Wallace, 1982) : A l'instar du second chapitre, John Carpenter revêt derechef les oripeaux du producteur. Mais, sous les précieuses instigations de Tommy Lee Wallace, le maître de l'épouvante souhaite obliquer vers de nouvelles directions spinescentes. Indubitablement, Halloween 3 apparaît comme un épisode dénotatif dans la franchise rutilante puisque Michael Myers fait partie des abonnés absents. En outre, la saga s'amorce sur une nouvelle fable épouvantable le soir d'Halloween. Souvent décrié pour son aspect transgressif, Halloween 3 a au moins le mérite de renouveler les animosités. Derrière la caméra, Tommy Lee Wallace nous gratifie d'un bon film d'épouvante, parfois victime de son concept retors.

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5. Halloween (Rob Zombie, 2007) : Rob Zombie s'attelle au remake du film de John Carpenter. En véritable panégyriste, le metteur en scène n'a pas pour aspérité de signer un long-métrage similaire et se focalise, entre autres, sur l'adolescence tumultueuse de Michael Myers. Si le résultat n'est pas toujours probant, ce remake s'en sort néanmoins avec les honneurs.

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6. Halloween - 20 ans Après (Steve Miner, 1998) : Cet ixième épisode s'inscrit dans la tradition des slashers des années 1990 et s'apparente à un avatar de Scream et de sa pléthore de succédanés. C'est probablement l'une de ses principales omissions. A contrario, Steve Miner rend une copie plutôt probe et recommandable, surtout après plusieurs chapitres (IV, V et VI) en disgrâce.

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7. Halloween (David Gordon Green, 2018) : On nous avait promis un slasher tonitruant et inventif. Finalement, on se retrouve devant un film d'horreur lambda, loin de rééditer les fulgurances du Halloween de John Carpenter. Sans être foncièrement honteux, cet Halloween version 2018 ne laissera pas des réminiscences indélébiles, loin de là.

halloween 5

8. Halloween 5 - La Revanche de Michael Myers (Dominique Othenin-Girard, 1989) : Autant l'annoncer sans ambages. A partir de là, la saga commence sérieusement à suinter l'oignon faisandé ! Je vous laisse imaginer les exhalaisons malodorantes... Cette fois-ci, on se situe à la lisière du slasher et du téléfilm. Très vite emballé, réalisé sans génie, Halloween 5 promène péniblement le croquemitaine de service, qui plus est, via un scénario sporadique.

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9. Halloween 4 - Le retour de Michael Myers (Dwight H. Little, 1988) : Via ce quatrième opus, l'objectif est bel et bien de retrouver Michael Myers, en sachant qu'on avait perdu subrepticement le croquemitaine dans Halloween 3 - Le Sang du Sorcier. Dépité, John Carpenter laisse sa franchise à de vulgaires cacochymes, dont Dwight H. Little fait partie. 

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10. Halloween 6 - La malédiction de Michael Myers (Joe Chappelle, 1995) : Souvent considéré comme le pire chapitre de la saga, Halloween 6 dénote par son insondable modicité. Cette fois-ci, le croquemitaine est carrément dépêché par une secte pour assouvir ses pulsions meurtrières. La saga mettra plus d'une décennie à se remettre de ce fiasco artistique, une déconvenue corroborée quelques années plus tard par Halloween - Resurrection. En 2007, Michael Myers retrouvera quelques luminescences sous la férule de Rob Zombie.

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11. Halloween - Resurrection (Rick Rosenthal, 2002) : Le réalisateur d'Halloween 2 (1981) effectue son grand retour derrière la saga Halloween. On était donc légitimement en droit d'attendre un slasher âpre et probant. Résultat, on se retrouve devant un huis clos horrifique qui amalgame sans sourciller téléréalité et found footage avec une incompétence crasse.

 

Faces Of Death - The Millenium ("Shocking the reality of life and death")

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Genre : Shockumentary, death movie, "Mondo", horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)

Année : 1996

Durée : 1h18

 

Synopsis : Le nouveau millénaire est arrivé. Nous continuons inlassablement de nous meurtrir. Manifestement, nous n'avons pas retenu les leçons des deux guerres mondiales qui ont émaillé le siècle citérieur. Que pouvons-nous craindre du XXIe siècle à venir ? Une question à laquelle tente de rétorquer Faces of Death - The Millenium, soit une compilation abominable des nombreuses abjections et vilenies commises durant le XXe siècle. 

La critique :

Oui, je sais... En ce moment même, j'imagine aisément votre dépit, votre désarroi, ainsi que votre amertume circonstanciée. Encore un shockumentary, transi de death movie sur Cinéma Choc ! Oui, je corrobore votre désappointement, ainsi que vos scansions bilieuses. Que les esprits réfractaires se rassérènent. Via cette nouvelle chronique, je ne commettrai pas l'offense de procéder derechef à l'exégèse du "Mondo", puis du death movie. Certes, il apparaît néanmoins opportun de stipuler que c'est bel et bien Faces of Death, soit Face à la Mort (John Alan Schwartz, 1978, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2015/04/21/31830383.html) dans notre langue de Molière, qui fait figure de long-métrage prodrome, à défaut d'être réellement novateur. Autant l'annoncer sans ambages.
Via ce "documenteur" vérité (un oxymore...), John Alan Schwartz n'a strictement rien inventé et reprend sans sourciller le syllogisme - déjà harangueur - de Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962).

Pour souvenance, ce shockumentary actait et officialisait la naissance du "Mondo" en se polarisant sur les us et les coutumes séculaires de peuplades oecuméniques à travers le monde entier. Tantôt truculentes, tantôt véhémentes, tantôt outrecuidantes, les saynètes transportaient le spectateur éberlué dans un périple souvent mortifère. En outre, John Alan Schwartz réitérera un syllogisme peu ou prou analogue via Faces of Death, toutefois en se centrant davantage sur la faucheuse et en proposant toute une litanie d'accidents routiers ou sportifs, de forfaitures outrancières pratiquées par une secte méphistophélique ; et même en explorant les coursives ténébreuses de la sentence capitale.
Cependant, à l'instar de Mo
ndo Cane en son temps, la majorité des séquences de Faces of Death sont erronées, tronquées, falsifiées et galvaudées. 

"Quand la mort n'est pas du cinéma !", scande péremptoirement l'oriflamme rougeoyante du film. Pourtant, encore une fois, tout est factice et savamment fomenté par un John Alan Schwartz opportuniste. Bien des années plus tard, le cinéaste spécieux et mercantiliste révèlera les duperies matoises dans Faces of Death : fact or fiction ? (1999, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/05/01/37220761.html), un documentaire de 45 minutes qui dévoile les arcanes ineffables de la célèbre franchise. Toutefois, il sied également de préciser que le death movie n'est pas né avec le "documenteur" de John Alan Schwartz, mais avec The Act of Seeing with One's Own Eyes (Stan Brakhage, 1971, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/10/37295602.html).
En outre, le death movie diligenté par Stan Brakhage propose des autopsies bien réelles et fait désormais office de véritable bréviaire dans le cinéma extrême et underground.

Paradoxalement, c'est bien le film de John Alan Schwartz qui va rapporter le pactole et de précieuses pécunes à son auteur démiurgique. Mutin, le metteur en scène transmute le premier chapitre en une saga fastidieuse et interminable. Ainsi, Faces of Death 2 (1981), Faces of Death 3 (1985), Faces of Death 4 (1990), Faces of Death 5 (1995) et Faces of Death 6 (1995) s'agglomèreront dans la foulée ; sans compter le fameux Faces of Death : fact or fiction ?, déjà notifié dans cette chronique. Evidemment, la popularité de cette franchise virulente inspire toute une pléthore d'épigones.
Qu'ils se nomment Traces of Death (Damon Fox, 1993), Faces of Gore (Todd Tjersland, 1999), T
rue Gore (M. Dixon Causey, 1987), ou encore Inhumanities (Harvey Keith, 1989), tous ces death movies adventices baguenaudent dans le sillage et le continuum de Face à la Mort.

Vient également s'apposer Faces of Death - The Millenium, réalisé par les soins d'un certain Morenzo Lunoz Jr. en 1996. A fortiori et selon nos informations élusives, ce death movie ne s'affilie pas à la saga régentée par John Alan Schwartz, même s'il emprunte un cryptonyme quasi analogique. De facto, John Alan Schwartz ne sévit pas derrière cet ixième "documenteur". En l'occurrence, il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm1540485/?ref_=tt_ov_dr) pour glaner quelques informations approximatives sur Morenzo Lunoz Jr.
A priori, le metteur en scène connaît bien le monde étriqué du shockumentary puisqu'on lui doit The Ultimate Death Experience (1996), Paramedics (1997) et Paramedics 2 (1997). Pour la faribole superfétatoire, Faces of Death - The Millenium est également sorti sous le monogramme de Facez of Death 2000.

Selon toute vraisemblance, Faces of Death - The Millenium et Faces of Death 6 seraient des death movies peu ou prou similaires. Pour souvenance, le sixième chapitre de la saga Faces of Death se délestait de tout narrateur ostensible et se contentait d'une voix-off et monocorde, ce qui est également le cas de Faces of Death - The Millenium, un shockumentary qui se contente du service minimum. En l'état, il m'est difficile, voire impossible de corroborer les contiguïtés entre les deux death movies puisque je n'ai pas vu Faces of Death 6. Mais trêve de verbiages et revenons à l'exégèse de Faces of Death - The Millenium ! Attention, SPOILERS ! 
Le nouveau millénaire est arrivé. Nous continuons inlassablement de nous tarabuster, de nous réprimander et de nous meurtrir.

Manifestement, nous n'avons pas retenu les leçons des deux guerres mondiales qui ont émaillé le siècle citérieur. Que pouvons-nous craindre du XXIe siècle à venir ? Une question à laquelle tente de rétorquer Faces of Death - The Millenium, soit une compilation abominable des nombreuses abjections et vilenies commises durant le XXe siècle. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout... Ou presque... Sur la forme comme sur le fond, Faces of Death - The Millenium s'apparente à un curieux maelström entre divers death movies accessoires.
Ainsi, le "documenteur" de Morenzo Lunoz Jr. reprend sans fard certaines saynètes déjà entrevues dans Traces of Death, Inhumanities et Shock X-Treme Vol. 1 Snuff, entre autres. 
Nous avons donc affaire à une compilation minimaliste et oisive qui démarre péniblement durant sa première section.

Après un préambule en guise d'admonition ("Shocking the reality of life and death"), les animosités martiales peuvent enfin débuter ! Ainsi, lors de cette première segmentation, Faces of Death - The Millenium amalgame des séquences illisibles sur un écran opaque. De facto, la première partie est au mieux soporifique et insipide. Heureusement, ce death movie retrouve un peu de verve et de luminescence lors de son second paragraphe. Dès lors, bienvenue en enfer ! Le death movie atteint véritablement son paroxysme lorsqu'il se focalise sur toute une série d'homicides proférés dans des pays d'Afrique et du Moyen-Orient. Derechef, ce shockumentary réédite ces images fulgurantes et saisissantes de victimes abattues sur le peloton d'exécution en Afrique du Sud. 
Faces of Death - The Millenium a au moins l'ingénieuse idée d'éluder le snuff animalier.

La troisième et ultime section se polarise sur toute une kyrielle de macchabées, d'un Afro-Américain opéré au niveau du cervelet, jusqu'au faciès disséqué d'un nourrisson en disgrâce. Bref, toutes ces tristes réjouissances auront pour écueil de provoquer quelques nausées circonstancielles. Malencontreusement, toutes ces impudicités ne sont que des reprises éhontées de Traces of Death premier du nom. Vous l'avez donc compris. Faces of Death - The Millenium s'adresse avant tout aux néophytes qui souhaitent découvrir le death movie dans toute son âpreté et son barbarisme. Ces derniers se laisseront aisément dévoyer par ce shockumentary en disgrâce qui ne cesse de piller ses homologues déjà subalternes. En filigrane, ce "documenteur" peut au moins s'enorgueillir d'une once de discernement en étayant une introspection succincte sur les turpitudes de l'âme humaine.
Toujours la même antienne... Pour les thuriféraires de ce registre trash et underground, ils pourront aisément obliquer vers d'autres déviances rutilantes. In fine, Faces of Death - The Millenium ne soutient aucunement la métaphore avec la franchise prodiguée par John Alan Schwartz en son temps. On finirait presque par quémander le retour du "cinéaste" tant ce Faces of Death - The Millenium suinte le truisme, la vacuité et l'inanité.

Note : 07/20

sparklehorse2 Alice In Oliver


20 août 2019

Careful (Le silence est roi)

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Genre : Drame, expérimental, inclassable (interdit aux - 12 ans)

Année : 1992

Durée : 1h40

 

Synopsis :

Le film se passe au XIXème siècle à Tolzbad, un village en haute montagne situé près d'un haut massif, le Mitterwald, où les habitants vivent dans le silence par peur de déclencher une avalanche. La mort frappe souvent et les habitants bâillonnent les enfants, jouent du piano sans les cordes ou rendent muet les chiens pour tenter de prévenir tout risque d'avalanche. Tout ce qui peut générer du bruit est source d'angoisse pour la population. Ce film raconte dans cette atmosphère oppressante l'histoire de deux frères, Johann et Grigorss, qui vivent leurs obsessions, leur rivalité, leurs amours cachées et incestueuses.

 

La critique :

Diable que cela fait longtemps ! Vous ne rêvez pas mais Guy Maddin est de retour sur le blog après une très longue accalmie. Et pour cause, il faut remonter au 8 juin 2017 avec The Saddest Music In The World pour retrouver une trace de ce réalisateur oh combien singulier ! Pour les aficionados du bonhomme, c'est avec un entrain frénétique que je reviens, moi et mes neurones amochés avant l'heure, pour traiter du cas Maddin. Après Tales From The Gimli Hospital, Archangel et le métrage susmentionné du 8 juin, c'est à Careful de bénéficier d'une humble place dans nos colonnes. Pour la petite information, ce projet de chronique ne date pas d'hier parce qu'il est le dernier segment de ces films oubliés qui devaient, en principe, être abordés pour fin 2018 - début 2019.
Encore une fois, comme dirait l'autre, mieux vaut tard que jamais. Toutefois, il faut dire que s'atteler à la chronique du cinéaste canadien natif de Winnipeg n'est pas la tâche la plus aisée qui soit. Elle prêterait même à une certaine appréhension, peur, prudence, circonspection si elle n'est pas tout simplement abandonnée, faute de ne pas avoir l'inspiration suffisante pour y mettre le point final. Le titre en anglais n'est-il pas en accord avec le ressenti du chroniqueur aventurier ? Careful, la traduction en anglais de "prudent" ou "attention" reflète à merveille notre ressenti (ou mon ressenti) de s'embarquer dans une nouvelle aventure du canadien quelque peu illuminé.

Sur ce, désolé de ne pas faire une rétrospective continue et sans pause de la Cat III et pré-Cat III comme je l'avais signalé dans mes deux dernières chroniques. Passer outre le génie de Maddin aurait été impensable, qui plus est après visionnage de 3 films pour 3 claques tant visuelles que poétiques. Mais, car il y en a un, on ne peut pas dire que le bonhomme s'auréole d'une grande réputation, si l'on dépasse les limites étroites de la cinéphilie de pointe. Trop austère, trop "bizarre", les qualificatifs réducteurs manquent pour déterminer une réelle singularité dans son travail. Qui plus est, on ne peut pas dire qu'il s'enorgueillit d'une bonne visibilité sur la Toile française, voire même anglaise, en termes d'intérêt pour pondre un billet. Cinéma Choc ne pouvait accepter une telle injustice et tenait à lui rendre hommage, au moins, sur l'Internet français. Par ailleurs, pour en revenir à ce que je disais juste avant, il est intéressant de constater ce décalage de popularité entre la frange que j'oserai qualifier maladroitement d'ouverte d'esprit et la frange engoncée dans le conventionnel.
Avec une première au Festival du film de New-York, Careful remplit les salles 2 fois/nuit durant 2 semaines, bien que son succès commercial extérieur ne soit guère éloquent. Maddin sera même taxé d'avoir sauvé, à lui seul, le cinéma d'art et d'essai. Il remporta également le prix du meilleur film au Cinéfest de Sudbury. De toute façon, même sans ces bienheureux hommages, on ne pouvait faire l'impasse dessus.

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ATTENTION SPOILERS : Le film se passe au XIXème siècle à Tolzbad, un village en haute montagne situé près d'un haut massif, le Mitterwald, où les habitants vivent dans le silence par peur de déclencher une avalanche. La mort frappe souvent et les habitants bâillonnent les enfants, jouent du piano sans les cordes ou rendent muet les chiens pour tenter de prévenir tout risque d'avalanche. Tout ce qui peut générer du bruit est source d'angoisse pour la population. Ce film raconte dans cette atmosphère oppressante l'histoire de deux frères, Johann et Grigorss, qui vivent leurs obsessions, leur rivalité, leurs amours cachés et incestueux.

Comme toujours avec le cinéaste, c'est une trame scénaristique originale, audacieuse et suscitant irrémédiablement la curiosité qu'il nous crée avec passion et... passion. Car, visiblement, l'histoire a, semble-t-il, intéressé les producteurs puisque Maddin dispose d'un budget plutôt reluisant de 1,1 million de dollars. Et aussi étonnant qu'il paraît, nous aurions pu voir le seul et l'unique Martin Scorsese interprétant le comte Knotkers avant qu'il renonce au projet pour tourner l'excellent remake de Les Nerfs à Vif. De quoi être partagé entre la déception et la relativisation vu ce qu'on y gagne au tournant. Mais arrêtons de nous éterniser et ratiociner sur le cas Maddin et entrons plus brièvement dans le sujet, c'est-à-dire le film en lui-même. Petite piqûre de rappel, il est somme toute logique que Cinéma Choc louange et éprouve une appétence toute particulière pour le sang, les tripailles, le gore et le trash, parfois à des niveaux indécents et inabordables pour 99% du commun des mortels. <
Toutefois, la filmographie de Maddin ne boxe absolument pas dans cette catégorie. Certes, on ne compte plus les métrages conventionnels et tout à fait normaux présentés sur le blog, mais ceux-ci partageaient (sauf quelques très très rares exceptions) un minimum de rapprochement avec la violence. Or, dans le cas présent, le cinéma du canadien flirte plus avec la poésie des sens, les rapports tumultueux entre les êtres. Comprenez que la dimension de l'amour est omniprésente. 

A priori, rien qui ne rentre dans les codes du blog. Toutefois, vous aurez aussi remarqué que nous sommes des laudateurs du cinéma expérimental et ce qui aurait pu se résumer à quelque chose de timoré et d'assez générique se transmute en expérience indéfinissable qui remplit alors la totalité de notre cahier de charges pour se voir chroniquer. Sur ce point, les thuriféraires du réalisateur se retrouveront d'entrée de jeu en terrain conquis. Tout d'abord, un intertitre où un narrateur à la voix d'outre-tombe s'élance dans une déclaration inquiétante : "Quelque chose se cache... Partez à sa recherche. Allez voir au-delà des monts. Une chose s'est égarée par derrière les cimes. Elle vous attend. Allez !". Et nous aboutissons dans un village perdu dans l'immensité montagneuse, semblant être déconnectée du temps et du monde extérieur. Les habitants sont rongés par la peur des avalanches.
La mort est omniprésente et tous les moyens douteux sont bons pour faire régner le calme dans ces contrées désolées. Cela passera par le bâillonnement des enfants à la section des cordes vocales des animaux. Careful témoigne avant tout de la fragilité des êtres face aux éléments. La nature règne en toute puissante impératrice sur le sommet de la chaîne alimentaire qu'elle claustre dans un silence insupportable. L'homme, avant tout animal social, vit dans le contrôle permanent d'une situation absurde. Certes, les échanges verbaux se font mais toujours avec pondération. Pas de fêtes en extérieur qui ne tienne, ni de cris d'enfants.

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L'incommunicabilité est un spectre vacillant qui annihile les bruits de la civilisation tels que nous les connaissons. En contrepartie, ce hameau revient à ses fondamentaux, loin du tumulte assourdissant de nos capitales pour apprécier la beauté du silence et du calme. Le rythme effréné de notre civilisation contemporaine est balayé d'un revers de main. Cependant, ce manque de communication trouve aussi un deuxième point de convergence dans les relations sentimentales. Toutefois, ne vous attendez aucunement à un florilège d'amour bancal et stéréotypé. Careful conjugue l'irrésistible poésie et le ton sale et dépravé où se mêle envies incestueuses, pensées torturées conduisant au suicide, viol narré par une nymphe qui ne semble pas plus perturbée par ce qu'elle a vécu dans cette forêt. Tout est volontairement absurde, en total décalage avec la réalité, notre réalité.
La violence de la situation prend des proportions féériques où celle-ci est plus ou moins atténuée par l'irréalisme ambiant. Ainsi, Johann se cramant les lèvres avec un charbon incandescent et se sectionnant les doigts au sécateur est un exemple qui ravira les amateurs d'outrecuidance.

L'enfoncement d'un pieu droit dans le coeur corrèle une interdiction tout à fait sensée. Pourtant, à aucun moment, le spectacle ne choque le spectateur. Mieux encore, elle n'est jamais gratuite et est toujours au service de la neurasthénie mentale que ces âmes vivent au quotidien. Enfin, celle-ci s'imbrique parfaitement comme élément fantasmagorique ne prenant à aucun moment le dessus sur l'objectif primordial du film qui est de nous faire passer à travers une myriade de sentiments mais aussi de nouer un contact intime avec l'artificiel. Guy Maddin lui-même semoncera les réalisateurs cherchant à tout prix à faire du réalisme alors que le cinéma peut arborer les traits d'un songe. Careful ne déroge pas à la règle en nous donnant l'impression de contempler un rêve éveillé.
La mise en scène demeure toujours aussi attractive pour peu que l'on adhère au style, ce qui n'est franchement pas gagné dans un Septième Art tendant à une uniformisation des goûts et des couleurs. Mais comment rester insensible à ces dialogues où tristesse et envie évoluent en synergie tout en frappant durablement le cinéphile ? La douceur règne en maître sur cette couche de choses terrifiantes concernant le registre de la famille apparaissant peu glorieuse.

 

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Et nous en arrivons logiquement à l'un des éléments les plus importants de l'univers de Maddin, sans quoi cette chronique se résumerait à un torchon en bonne et due forme. Pour la petite information, Careful représente le premier film en couleurs du canadien et le moins que l'on puisse dire est que les amoureux d'esthétique et probablement ceux qui ne le sont pas ne pourront cacher leur extatisme et leurs éventuels filets de bave possibles devant une image, disons-le clairement, à tomber par terre. N'hésitant pas à reprendre le style expressionniste, le film multiplie les couleurs pastel, le sépia, le noir et blanc recolorié. Certaines scènes semblent même sortir tout droit d'une bande dessinée. Rien que pour ça, Careful mérite et doit même être visionné.
Pour le son, la mélancolie s'empare des musiques et se mêle à la délicate harmonie de l'écho des alentours enneigés. La prestation des acteurs prêtera à débat dans leur jeu typique des films de Maddin, donc particulier. On peut citer Kyle McCulloch (un des scénaristes de South Park), Gosia Dobrowolska, Sarah Neville, Brent Neale, Paul Cox, Jackie Burroughs, Vince Rimmer et Katya Gardner pour les principaux.

Je crois qu'il n'y a rien de plus à dire si ce n'est que d'exposer mon respect le plus sincère envers le meilleur canadien de tous les temps. Je ne peux aussi qu'exposer ma rancune sur l'absence d'une vraie édition française pour mieux mettre en lumière un homme cultivant un amour sincère envers le cinéma différent et hétéroclite. Car comment rester de marbre devant son talent jamais imité, jamais égalé ? L'admiration est de mise face à son imagination débordante et débridée en termes d'histoire épousant surréalisme et expressionnisme. S'il y a fort à parier que les lecteurs assidus du blog ne sont pas ceux qui se rueront systématiquement sur le drame d'amour, il est bien difficile de masquer notre empathie envers les personnages de cette comédie dramatique où la drôlerie enlace le cynisme. Perdus dans les confins d'un paysage désolé, semblant être le dernier reliquat d'une Terre frappée par une apocalypse sans nom passée, les quidams vivent leur vie, aussi perturbante soit-elle, au rythme de la prudence, seul vecteur de leur mode d'existence. "Be careful", tel est leur credo d'une destinée où le silence est roi.

 

Note : ???

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

19 août 2019

Vendredi 13 : chapitre 8 - L'Ultime Retour ("Il est revenu et vous allez tous mourir !")

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Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 1989
Durée : 1h40

Synopsis : Jason Voorhees, toujours affublé de son masque de hockey, suit une classe d'étudiants à New York, bien décidé à semer la terreur. 

 

La critique :

Cela faisait bien longtemps que Cinéma Choc n'avait pas abordé un épisode de la saga Vendredi 13 dans ses lignes et ses colonnes diffuses. Pour souvenance, la genèse de la franchise remonte vers l'orée des années 1980. Ainsi, le premier Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980) est réalisé par un auteur estudiantin qui doit se contenter de maigres subsides. Dès lors, Vendredi 13 premier du nom est conçu, pensé et ratiociné comme une série B adventice qui devrait logiquement s'enliser dans les couloirs épars des vidéoclubs. Il n'en est rien.
Contre toute attente et nonobstant des saillies rédhibitoires, Vendredi 13 caracole en tête de peloton et corrobore l'avènement du slasher dans le cinéma horrifique. Opportuniste, Sean S. Cunningham n'a jamais caché son effervescence ni son appétence pour Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978), un slasher antérieur qui fait figure d'auguste bréviaire.

Surtout, Sean S. Cunningham invente et crée une nouvelle forme de croquemitaine, la matriarche acariâtre qui étrille et massacre à satiété de jeunes adulescents dans un camp situé à la lisière de Crystal Lake. Certes, la maternelle bilieuse exhalera son ultime soupir, mais cèdera ses oripeaux de sociopathe à son fiston démoniaque et noyé au fond du lac. Tel est, par ailleurs, le principal leitmotiv de Vendredi 13, chapitre 2 : le tueur du vendredi (Steve Miner, 1981). Mercantiliste, Sean S. Cunningham n'officie plus derrière la caméra, mais promeut la production de ce second chapitre.
Cette fois-ci, la franchise s'amorce sur la vendetta expéditive et meurtrière fomentée par Jason Voorhees. Pour le reste, peu ou prou de surprise au programme via un slasher probe, honorable mais in fine lambda. Peu importe, l'audimat répond doctement à l'appel et continue de s'amonceler dans les salles obscures.

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La saga Vendredi 13 peut donc voir l'avenir de façon pérenne. Ainsi, les épisodes subalternes s'enchaînent dans la foulée. Meurtres en 3 Dimensions (Steve Miner, 1982), Chapitre Final (Joseph Zito, 1984), Une nouvelle terreur (Danny Steinmann, 1985), Jason le mort-vivant (Tom McLoughlin, 1986) et Un nouveau défi (John Carl Buechler, 1988) accréditent l'omnipotence de la franchise Vendredi 13 sur le monde corseté du slasher ; une couronne sérénissime que la saga se doit de partager concomitamment avec les séries Halloween et A nightmare on Elm Street.
Mais depuis le chapitre VI, la saga semble vouloir tangenter vers de nouvelles directions spinescentes. Depuis l'épisode 6, Jason Voorhees s'est transmuté en zombie courroucé et vindicatif. Dans Un nouveau défi, le croquemitaine atrabilaire doit se départir et se colleter avec une jeune femme douée de pouvoirs télékinésiques.

Ces menus détails apportent une petite touche d'innovation à une saga atone et finalement tautologique. Mais jusqu'ici, tous les épisodes de la franchise s'étaient polarisés sur un seul et unique endroit : Crystal Lake. Pour Jason Voorhees, il est donc temps de visiter de nouvelles contrées et d'orchestrer un nouveau massacre dans la cité urbaine. Tel est le syllogisme, à priori aguicheur, de Vendredi 13 : chapitre 8 - L'Ultime Retour, et réalisé par la diligence de Rob Hedden en 1989. Le metteur en scène fait office de noviciat dans la profession cinématographique.
Selon nos sources, L'ultime retour constitue le tout premier long-métrage du cinéaste. A postériori, Rob Hedden ne signera plus de films horrifiques pour se centrer davantage sur des téléfilms et des séries télévisées.

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Si L'ultime retour se solde toujours par des recettes correctes au box-office américain, il dénote aussi par son côté apathique. Selon les thuriféraires de longue date, L'Ultime Retour est souvent répertorié, voire décrié parmi les chapitres les plus calamiteux d'une franchise erratique. Reste à savoir si ce slasher mérite (ou non) de telles acrimonies. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Bien conscient de l'inanité et de la vacuité de la saga, Sean S. Cunningham invectivera la firme Paramount. La société prospère cède les droits de la série à son concepteur originel et polymathique.
Sean S. Cunningham effectuera donc son grand retour dans le chapitre IX, Jason va en Enfer (Adam Marcus, 1993), et toujours derrière la production du film. La distribution de cet épisode VIII se compose de Kane Hodder, Jensen Daggett, Scott Reeves, Barbara Bingham, Alex Diakun, Peter Mark Richman, Warren Munson, Fred Henderson et Sharlene Martin.

Attention, SPOILERS ! Jason est mort et il ne peut normalement plus rien faire... Alors qu'ils copulent joyeusement, deux adolescents jettent l'ancre de leur bateau et heurtent un câble électrique qui ramène le croquemitaine à la vie. Le carnage peut alors reprendre de plus belle... Après avoir commis un massacre dans les coursives d'un bateau, Jason Voorhees débarque dans la ville de New York avec pour objectif d'opérer un nouveau carnage. A fortiori, tous les ingrédients sont ici coalisés pour faire de L'ultime retour un chapitre novateur et presque salvateur pour une franchise exsangue. 
En soi, l'idée - éventuellement saugrenue - de faire sortir Jason Voorhees de la monotonie de Crystal Lake est plutôt judicieuse. Corrélativement, Un nouveau défi n'avait guère convaincu les laudateurs de la franchise.

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Via L'ultime retour, Rob Hedden se doit de rattraper une saga en déliquescence. C'est sûrement pour cette raison que Jason Voorhees échoue dans la ville de New York. Mais, auparavant, le mort-vivant furibond doit se démancher avec plusieurs histrions dans une embarcation. De facto, Vendredi 13 : chapitre 8 - L'Ultime Retour se segmente en deux sections bien distinctes. La première s'approxime à un huis clos peu probant. Si Jason Voorhees se montre toujours aussi philanthrope lorsqu'il s'agit de mutiler ses victimes, les meurtres restent curieusement évasifs et suintent la redondance.
"Il est revenu et vous allez tous mourir !", s'écrie un vulgaire cacochyme. Hélas, L'Ultime retour est de nouveau victime de sa mise en scène laborieuse et de moyens que l'on devine anémiques. On subodore aisément le budget impécunieux de cette série B famélique.

Formellement, ce slasher s'approxime - peu ou prou - à un téléfilm. Après 45 minutes de saynètes fastidieuses, le film transporte le croquemitaine dans la ville de New York. C'est la seconde partie de ce slasher indolent. On croit alors ingénument à la résurgence et éventuellement à la résurrection de Jason Voorhees. Hélas, derechef, le long-métrage dérive aventureusement vers le nanar décrépit. En outre, il faudra se contenter d'un match de boxe entre Jason Voorhees et un Afro-Américain, la tête décapitée de ce dernier étant envoyée, manu militari, dans une poubelle.
Dès lors, on comprend mieux pourquoi ce huitième volet est considéré comme le chapitre le plus modique et les plus déconcertant de la franchise. Indubitablement, Rob Hedden, plutôt coutumier des séries et des téléfilms accessoires, n'est pas le cinéaste idoine pour magnifier le croquemitaine derrière sa caméra tremblotante. 
Du côté des protagonistes humains, pas grand-chose à signaler non plus. Aux yeux de Jason Voorhees et du spectateur éberlué, ces derniers ne constituent que du menu fretin que le célèbre croquemitaine pourra aisément estamper. 
Il faudra donc composer avec des personnages débilitants et anémiques. Pis, le décor urbain est inexploité pour sombrer dans les ganacheries et les billevesées. Par clémence, on préférera se gausser devant ce slasher inoffensif. Mais certains louangeurs de la saga maronneront et qualifieront ce huitième opus de "naveton" patenté.

Côte : Nanar

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18 août 2019

Taxi Driver ("We are the people !")

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Genre : drame (interdit aux - 16 ans lors de sa sortie en France, interdit aux - 12 ans lors de sa sortie en vidéo)

Année : 1976

Durée : 1h55

 

Synopsis : Vétéran de la Guerre du Vietnam, Travis Bickle est chauffeur de taxi dans la ville de New York. Ses rencontres nocturnes et la violence quotidienne dont il est témoin lui font peu à peu perdre la tête. Il se charge bientôt de délivrer une prostituée mineure de ses souteneurs. 

La critique :

Lors de la chronique de Shutter Island (Source : ), nous avions évoqué la jeunesse, ainsi que la filmographie de Martin Scorsese dans nos colonnes diffuses. De facto, il est presque futile de paraphraser le préambule liminaire de cette chronique si ce n'est de corroborer l'appétence, voire la dilection de Martin Scorsese pour le noble Septième Art ; une passion qui éclot dès sa période juvénile. Le futur metteur en scène souffre, entre autres, d'un physique malingre, voire cachectique. Dépité, Martin Scorsese s'isole et se réfugie dans les salles obscures.
Après avoir obliqué vers la voie monacale, il est renvoyé manu militari de l'institut catholique en raison de ses dissidences et de son immaturité. Que soit. Martin Scorsese entre à l'université et connaît une ascension fulgurante.

C'est dans ce contexte qu'il commence à signer et même à bricoler quelques courts-métrages. Sa méticulosité est immédiatement repérée par certains producteurs mutins, ainsi que par une oligarchie hégémonique. Ces derniers décèlent chez Martin Scorsese un immense potentiel. Que soit. Le jeune adulescent reçoit le soutien indéfectible de certains artistes éminents, notamment de l'acteur John Cassavetes. Ainsi, ses premiers longs-métrages se polarisent sur le parcours ou la trajectoire de personnages à priori lambda. En outre, Martin Scorsese se focalise sur le rêve américain avec ses gloires, ses fiascos, ses déconvenues, mais aussi ses victoires étincelantes.
Ainsi, le cinéaste accrédite ce goût - presque immodéré - dans l'analyse d'un système mercantiliste et lucratif qui propulse certains personnages fortunés ou en déveine face au monde dégingandé du spectacle et/ou de la télévision.

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Ainsi, Martin Scorsese n'a jamais caché sa fascination pour la plèbe, une affection qu'il avalise avec son premier succès public, Alice n'est plus ici (1974). Corrélativement, le metteur en scène s'accointe et s'acoquine avec Robert De Niro, un comédien promis à embrasser les aphélies de la gloire et de la consécration. C'est ainsi que naît la genèse de Taxi Driver, sorti en 1976. A l'origine, le scénario est griffonné par la diligence de Paul Schrader. Dixit les propres aveux du cacographe, la trame scénaristique du film est en partie autobiographique.
Rabroué et évincé par sa petite amie de l'époque, Paul Schrader fréquente le cinéma pornographique et achète des armes à feu. A l'époque, New York est perçu et même reconnu comme une cité aventureuse via un taux de criminalité exponentiel.

Ainsi, plusieurs réalisateurs prééminents sont approchés et même envisagés pour le tournage de Taxi Driver, entre autres Robert Mulligan et Brian de Palma. Mais Paul Schrader exhorte les producteurs à opter pour Martin Scorsese et Robert De Niro. Les précieuses instigations du grimaud sont finalement ouïes par des financeurs qui restent néanmoins dubitatifs. Al Pacino sera contacté pour revêtir les frusques martiales du personnage principal, mais le comédien décline finalement l'invitation et n'affectionne guère un script qu'il juge beaucoup trop virulent.
Même remarque concernant la jeune Iris. Melanie Griffith, Linda Blair, Bo Derek et Carrie Fisher seront longtemps présagées avant, in fine, de se désister. Après d'interminables louvoiements, le rôle échoit à la jeune Jodie Foster.

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Hormis la comédienne et Robert De Niro, la distribution de Taxi Driver se compose de Cybill Shepherd, Peter Boyle, Harvey Keitel, Leonard Harris, Albert Brooks, Victor Argo et Joe Spinell. Présenté en compétition au festival de Cannes, Taxi Driver s'arroge la couronne suprême, à savoir la Palme d'Or ; une récompense voluptuaire qui affermit le succès mondial du film. A contrario, certaines saillies fustigent et vilipendent un drame un peu trop austère et violent. Lors de sa sortie en salles, Taxi Driver écope d'une interdiction aux moins de 16 ans. Mais la réprobation sera minorée à postériori pour passer à une simple (si j'ose dire...) interdiction aux moins de 12 ans.
Toujours est-il que Taxi Driver va prestement s'octroyer le statut de film culte. Reste à savoir si ce long-métrage mérite (ou non) de telles courtisaneries.

Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Attention, SPOILERS ! (1) Travis Bickle, un jeune homme du Midwest et ancien marine, est chauffeur de taxi de nuit à New York. Insomniaque et solitaire, il rencontre Betsy, une assistante du sénateur Charles Palantine, candidat à la présidentielle, mais elle le repousse après qu'il l'a emmenée voir un film pornographique. Renvoyé à sa solitude et confronté à la violence et à la perversion de la nuit new-yorkaise, il achète des armes au marché noir et s’entraîne à les manier (1). Lors de ses pérégrinations nocturnes, Travis fait la connaissance d'une certaine Iris, une prostituée mineure de douze ans qu'il se met en tête de sauver de cette impasse. Par certaines accointances, Taxi Driver s'approxime parfois à un vigilante movie, dans la grande tradition d'Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974).

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A l'instar de Paul Kersey en son temps, Travis Bickle est lui aussi une figure acariâtre et bilieuse, bien décidée à remettre de l'ordre dans une cité immense et en déshérence. Seule dissimilitude avec le personnage central de Death Wish, Travis Bickle fait partie de la populace et symbolise à lui seul cette dichotomie béante qui s'est imbriquée entre les édiles politiques et la plèbe. Taxi Driver s'inscrit dans ce syllogisme atrabilaire et guerroyeur de la décennie 1970. La trajectoire de Travis Bickle dévie allègrement vers la psychopathie sous-jacente.
Alors que le chauffeur de taxi se réverbère dans le miroir armé jusqu'aux dents, il s'adresse à lui-même : "C'est à moi qu'tu parles ?", une allocution qui va devenir populaire et presque générationnelle. Finaud, Martin Scorsese adopte un point de vue anthropocentrique et presque en forme d'autoscopie mentale. 

Tous les ingrédients sont ici coalisés pour transmuter Travis Bickle en redresseur insatiable. Si ce chauffeur de taxi égrène les rues contristées de New York, sa doctrine reste péremptoire et irrévocable. Nonobstant certains apparats matois, Travis Bickle ne discerne guère certaines moralines politiques. "We are the people !" ("Nous sommes le peuple !"), scande dogmatiquement un politicien. Seule carence et pas des moindres, Travis Bickle n'est absolument personne dans un New York égotiste, esseulé et nimbé par le désespoir et la résipiscence. Il faut donc nettoyer la ville de sa crasse, de ses vilenies, de ses voyous et du proxénétisme. D'un maniaque écervelé prompt à commettre le geste fatidique et fatal sur un édile politique, Travis Bickle se transmue subrepticement en tuteur d'une Jodie Foster encore juvénile. 
La croisade, à fortiori meurtrière, se mue en une escapade salvatrice même si Travis Bickle n'épargnera pas, lors d'une rixe, certains maquereaux subsidiaires. A la fin, Travis Bickle pourra reprendre béatement du service, le coeur pérenne, mais toujours à l'écart de cette "middle class" américaine dont il a été chassé, gaussé, semoncé et ostracisé. En outre, Martin Scorsese se montre inique et impartial. A aucun moment, le metteur en scène métronome ne juge son personnage en dissidence et en plein marasme. En résulte une oeuvre à la fois mélancolique, désenchantée et nihiliste qui n'a pas usurpé son statut de film culte.

 

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Taxi_Driver

17 août 2019

The Mother - Baby Blues (Psychasthénie sévère)

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Genre : horreur, gore, trash, slasher (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h25

Synopsis : Elle vient d’accoucher. Elle a déjà 3 enfants. Seule dans une ferme isolée avec ses 4 gamins, elle craque… Elle prend une décision monstrueuse : tuer ses enfants. Ceux-ci vont devoir se défendre par tous les moyens… 

 

La critique :

Selon les sites médicaux, sanitaires et sociaux spécialisés, le baby blues est une sorte de syndrome dépressif qui concerne certaines femmes suite à l'accouchement. Le trouble se caractérise par une mélancolie, une humeur labile, une perte d'appétit, des insomnies récurrentes et difficultés à se concentrer (Source : https://www.parents.fr/accouchement/psycho/les-symptomes-du-baby-blues-79071). Cependant, le baby blues n'est pas considéré comme une maladie à part entière, mais - derechef - comme un syndrome dépressif post-natal qui survient inopinément.
La symptomatologie peut devenir inquiétante si elle excède les 15 jours de neurasthénie et de désenchantement. Ce thème, aussi énigmatique que spinescent, n'est jamais - ou alors peu ou prou - abordé par les médias.

Même la médecine pédiatrique reste pantoise devant ces quelques cas qui reste, à priori, rarissimes. L'analyse anamnestique du baby blues reste sujette à de multiples interrogations et louvoiements, mais ce syndrome semble affecter quelques matriarches suite à la naissance de leur progéniture. A fortiori, le cinéma horrifique ne s'était jamais focalisé sur cette thématique, si ce n'est à travers la paranoïa foudroyante de Rosemary Woodhouse dans le film Rosemary's Baby (Roman Polanski, 1968). Et encore, dans le cas de cette parturiente, l'enfant attend impatiemment sa naissance et doit édifier les premiers relents et linéaments du futur Armageddon, un complot savamment fomenté et orchestré par une secte satanique.
Mais excepté le cas de Rosemary's Baby, qui abordait avec circonspection le baby blues, préférant se focaliser sur les délires paranoïdes de son héroïne, le cinéma d'épouvante se montrait plutôt pingre et lapidaire sur cette question fuligineuse.

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Avec The Mother, sorti en 2008, le cinéaste Amar Kaleka aborde sans fard ce sujet nébuleux. Pour la faribole superfétatoire, le film est également connu sous plusieurs intitulés, notamment Cradle With Fall et Baby Blues. Quant au metteur en scène d'origine indienne, sa carrière cinématographique débute vers le milieu des années 2000. Selon nos sources, en particulier le site IMDb (Référence : https://www.imdb.com/name/nm2394430/), rien ne prédestine Amar Kaleka à obliquer vers le cinéma gore. A fortiori, le réalisateur semble affectionner davantage les courts-métrages et les documentaires. On lui doit notamment Sirius (2013), Wamba (2010) et Sex Culture Paris (2008), soit autant d'essais inconnus et inédits dans nos contrées hexagonales.
A l'heure actuelle, The Mother reste donc le long-métrage le plus proverbial d'Amar Kaleka, une popularité néanmoins à minorer puisque le film n'a pas connu l'heur d'une sortie dans les salles obscures.

En l'occurrence, The Mother - Baby Blues doit se départir et se colleter avec une concurrence apoplectique en la matière et par l'entremise du support vidéo. De surcroît, les critiques se montrent plutôt pondérées. Si certaines brocardent un schéma narratif un peu trop élusif, ainsi que certaines facilités scénaristiques, d'autres reconnaissent son caractère brutal et irrévocable. Reste à savoir si The Mother justifie (ou non) son visionnage, ainsi que notre appétence dans nos colonnes éparses. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de ce film d'horreur risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Colleen Porch, Aiden Kersh, Ridge Canipe, Holden Thomas, Sean Johnson, Kali Majors et Joel Bryant ; mais j'en doute...
En raison d'un budget que l'on devine anémique, The Mother fait figure de production indépendante et semble condamner à croupir dans les affres de la désuétude.

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Mais trêve de palabres et de verbiages et passons à l'exégèse du film ! Attention, SPOILERS ! (1) Une mère, à la tête d’une imposante marmaille, tombe en dépression post-partum (ou pré-neopausum, c’est selon). Alors que son mari, chauffeur-routier de son état, part pour une nouvelle odyssée nocturne sur les nationales (1), la jeune femme est en proie à des hallucinations de plus en plus prégnantes et foudroyantes. Après avoir estourbi le fils aîné de la famille, elle s'en prend au reste de sa progéniture, sombrant dans une psychopathie meurtrière. Certes, en guise de préambule, le film se nimbe de l'admonition suivante : le scénario de The Mother s'inspire d'une histoire bien réelle.
Ce n'est pas la première fois qu'un torture porn, mâtiné de slasher, nous invective de la scansion du fait divers.

En vérité, The Mother s'inscrit dans le sillage et le continuum de Les Révoltés de l'An 2000 (Narciso Ibanez Serrador, 1977) et de Le Village des Damnés (Wolf Rilla, 1960). Seule dissimilitude et pas des moindres, dans The Mother, ce ne sont pas les marmots qui s'insurgent et se regimbent contre l'autorité patriarcale, ainsi que contre leur parentèle, mais une mère de famille qui est subrepticement assaillie par des fantasmagories psychopathiques. Il est donc question ici de parricide et d'infanticide, un sujet qui reste caution à la polémique et à la controverse.
En l'occurrence, Amar Kaleka n'a pas pour velléité d'explorer ni de discerner les causes de cette dissociation mentale. Certes, on voit poindre, çà et là, quelques éléments succincts et éventuellement explicatifs, comme cette sensation d'abandon et d'esseulement dans un décor agreste et rudimentaire.

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La rusticité vient donc s'accoler à une débauche de frénésie et de violence. De facto, The Mother s'approxime à un huis clos souvent approximatif qui confronte seulement quatre protagonistes, à savoir une maternelle acariâtre et ses trois gosses chignards. A l'aune des forces en présence, on subodore aisément la suite des animosités. La mère, par ailleurs anonyme, étrille sans barguigner sa fillette et son fils cadet. Seul le fiston le plus âgé échappe au courroux acéré de sa mère écervelée. Indubitablement, Amar Kaleka et son scénariste, Lars Jacobson font preuve d'ingénuité, surtout lorsque les deux grimauds s'attèlent sur la psyché en déliquescence de la marâtre bilieuse.
Côté interprétation, ce sont surtout les jeunes comédiens, particulièrement en verve, qui chipent la vedette au casting adulte.

Dans le rôle de la mère atrabilaire, Colleen Porch ne laissera pas des réminiscences indélébiles, loin de là. A contrario, The Mother terrorise et atteint allègrement sa cible par cette peur indicible qu'il parsème en filigrane. Là où certaines productions auraient joué la carte de la suggestion ou auraient miséricordieusement épargné la marmaille, The Mother dilapide, massacre et brutalise sans ciller la progéniture. C'est cette même âpreté, ainsi que ce minimalisme qui confèrent à The Mother - Baby Blues un certain raffinement stylistique. Il est donc question ici d'un cas de psychasthénie sévère, ni plus ni moins. Rarement, le cinéma d'horreur aura mis en exergue une mère aussi revêche, rétrograde et horripilante. Sur ce dernier point, The Mother remplit doctement son office.
Malencontreusement, on pourra légitimement grommeler sur cet épilogue final inconvenant et capillotracté. Mais pour une série B aussi impécunieuse, The Mother reste assurément une production surprenante, aussi rutilante que déconcertante.

Note : 13.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://cinemafantastique.net/Mother-The

16 août 2019

Les carences, les errances et les bévues de Cinéma Choc

Parfois trop clément, parfois trop vachard, Cinéma Choc s'est laissé leurrer dans certaines saillies ou certains plébiscites rédhibitoires. Ainsi, certains films ont payé cher le tribut d'une réputation un peu trop désastreuse sur la Toile ou les réseaux sociaux, pendant que d'autres ont bénéficié, à contrario, d'une trop grande miséricorde. Il était donc temps, à travers une publication de circonstance, de procéder à la rétrospective de tous ces métrages impunément encensés ou rabroués, et qui auraient mérité sans doute un bien meilleur niveau d'analyse dans nos colonnes diffuses. Bienvenue dans les carences, les errances et les bévues de Cinéma Choc !

 

à l'intérieur

A l'Intérieur (Alexandre Bustillo et Julien Maury, 2007) : Seulement 08.5/20 dans nos colonnes. Pour une fois que l'on tient un long-métrage gore et trash provenant de notre cinéma hexagonal, il aurait été sans doute judicieux de reconnaître au moins l'âpreté de ce film. Certes, ce long-métrage gore ne mérite pas non plus de figurer au panthéon du cinéma extrême, mais il reste tout de même suffisamment virulent pour mériter davantage de dithyrambes.

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A Serbian Film (Srdjan Spasojevic, 2010) : seulement 10/20 en note finale. Si le film de Srdjan Spasojevic ne mérite peut-être pas ses concerts de dithyrambes, ni le titre de l'oeuvre la plus extrême jamais réalisée, A Serbian Film reste tout de même un uppercut brutal et frontal.

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Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966) : seulement 12/20 en note finale. Pourtant, ce "documenteur" cogne, frappe et rudoie là où ça fait mal et s'adresse à un public extrêmement averti. En sus, ce shockumentary peut s'enhardir d'une introspection sur un continent à la dérive et victime d'une mondialisation exponentielle. 

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Citadel (Ciaran Foy, 2012) : si ce nouvel effort de Ciaran Foy est louable voire recommandable, la note de 15/20 est sans doute un peu trop galvaudée. 

dans la brume

Dans la brume (Daniel Roby, 2018) : 10/20 en guise de note finale. Certes, le film de Julien Roby ne restera pas graver dans les mémoires, mais cet essai fantastique à la française mérite au moins quelques congratulations ; ne serait-ce que pour son ambiance comminatoire et ténébreuse.

détour mortel 2

Détour Mortel 2 (Joe Lycnh, 2007) : Qualifié de nanar dans nos colonnes, cette suite, sans être révolutionnaire dans l'univers du torture porn en particulier, mérite probablement un peu plus de considération. En l'état et nonobstant certaines carences inhérentes au genre, Détour Mortel 2 reste un torture porn plutôt convenable, au moins passable. C'est déjà pas mal...

feast

Feast (John Gulager, 2005) : 14.5/20 dans nos colonnes ! Certes, le film gore et horrifique de John Gulager se montre plutôt magnanime et efficace en termes d'éviscérations et de tripailles. Cependant, Feast reste confiné dans la série B famélique, que l'on aura vite fait de phagocyter. 

Grave - Raw

Grave (Julia Ducournau, 2016) : Indiscutablement, on tient là un bon film d'horreur à la française, mais de là à lui attribuer 16/20, reconnaissons que nous avons fait preuve d'un peu trop de panégyrisme. 14/20, c'était amplement suffisant...

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Halloween, 20 ans après (Steve Miner, 1998) : seulement 11/20 dans nos colonnes. Cet ixième épisode souffre probablement d'une trop grande accointance avec les slashers des années 1990. Cependant, sous la diligence de Steve Miner, Michael Myers retrouve un peu de verve et de splendeur. Ce slasher méritait sans doute au moins deux points supplémentaires dans nos colonnes.

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RoboCop (José Padilha, 2014) : Indubitablement, ce remake souffre de la métaphore avec la version de Paul Verhoeven. Si le film de José Padilha n'est pas exempt de tout grief, il a au moins pour appétence d'aborder de nouvelles thématiques, comme par exemple notre accoutumance à une technologie de plus en plus exponentielle. En tout cas, ce RoboCop, version 2014, méritait sans doute un peu mieux que 10.5/20 dans nos colonnes.

sans un bruit a quiet place

Sans un bruit - A quiet place (John Krasinski, 2018) : Souvent considéré comme l'un des meilleurs films d'horreur de 2018 et par ailleurs largement magnifié dans nos colonnes via la note de 15/20, Sans un bruit souffre de lacunes et d'impondérables hélas préjudiciables à sa réelle qualité. 

La vie d'Adèle

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 (Abdellatif Ketiche, 2013) : 17/20 dans nos colonnes tout de même ! Si le film d'Abdellatif Ketiche a fait couler beaucoup d'encre, cette romance saphique s'éternise tout de même sur 3 heures de bobine ! Allez, ça méritait 14/20, mais guère davantage... 

 

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Arquivos Da Morte Atrocidades (The Worst of Arquivos Da Morte)

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Genre : Shockumentary, death movie, "Mondo", horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans/interdit aux - 21 ans dans certains pays)

Année : 2007

Durée : 1h26

 

Synopsis : Après avoir chroniqué Arquivos Da Morte Corpos, Arquivos Da Morte Black, Arquivos Da Morte Mulheres, Arquivos Da Morte GuerraArquivos Da Morte Guerra Civil et Arquivos Da Mortes MonstruosidadesCinéma Choc vous propose un nouveau segment, cette fois-ci intitulé Arquivos Da Morte Atrocidades. La mort, le trash, l'âpreté et le barbarisme sont ici repoussés à leur paroxysme pour arborer un programme putride et nimbé par toute une litanie de cadavres... Comme le stipule son intitulé, cet ixième chapitre se polarise en particulier sur les diverses atrocités commises à travers le monde, que ce ce soit les homicides, les accidents routiers, le snuff animalier, ou encore les autopsies mortuaires. Ou lorsque l'horreur et l'abomination ont rendez-vous avec la terreur et la putréfaction...

La critique :

Non, vous ne fabulez pas. Non, vous ne rêvassez pas. Derechef, dans sa cuistrerie et son incompétence crasse, Cinéma Choc vous invective d'un nouveau death movie dans ses lignes et ses colonnes éparses. Le constat est évidemment dogmatique. Depuis quelques semaines, voire depuis plusieurs mois, le blog suinte le truisme et la tautologie à plein nez en renâclant mordicus vers les registres outranciers du "Mondo", du death movie et du shockumentary ; pour le plus grand désarroi des thuriféraires du site (soit entre 5 et 8 aficionados dans le monde).
Ainsi, une vague de longs-métrages retors, outranciers et condescendants pullulent sur Cinéma Choc. C'est dans ce contexte impudent que le blog s'est polarisé sur la série consacrée à Arquivos Da Morte. Pour souvenance, l'auteur Taratata, dans sa polymathie teintée de circonspection, nous avait déjà affublé d'un premier segment, intitulé Arquivos Da Morte Corpos (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/05/11/37258846.html).

C'était le 11 mai 2019. Le chroniqueur nous proposait, à travers cette pellicule indécente, toute une litanie de cadavres désagrégés pour l'occasion suite à des homicides, des autolyses, d'accidents routiers ou d'une vendetta expéditive. A postériori (le 12 juin 2019 pour être précis), Taratata réitérait les martialités funèbres via Arquivos Da Morte Mulheres (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/12/37354638.html). Entre dissections, anatomies mortuaires et équarrissages à la chaîne de cadavres, Arquivos Da Morte Mulheres se centrait, entre autres, sur la gente féminine, hélas peu épargnée par les exactions, les meurtrissures et les mutilations. Conjointement, de nouvelles segmentations seront publiées dans la foulée, notamment Arquivos Da Morte Black (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/13/37305000.html), Arquivos Da Morte Guerra (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/20/37330643.html), Arquivos Da Morte Guerra Civil (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/07/10/37400135.html) et Arquivos Da Morte Monstruosidades (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/08/07/37446074.html).

En l'occurrence, tous ces death movies adventices devraient logiquement ravir les laudateurs de pellicules gore et extrêmes. A l'origine, la série des Arquivos Da Morte est consécutive à une autre franchise rutilante et susdénommée Death File, elle aussi issue du circuit asiatique underground et indépendant. Tous ces shockumentaries obéissent toujours, ou alors peu ou prou, à la même antienne. Le syllogisme harangueur consiste à l'exposition arbitraire de macchabées. Pour la faribole superfétatoire, tous les segments chroniqués sur ce blog sont également disponibles sur YouTube, mais en version asiatique et sous-titrés en portugais, s'il vous plaît !
Par conséquent, bon courage pour les visionner dans leur intégralité ! Mais que les esprits les plus réfractaires se rassérènent.

Exempt cet idiome amphigourique, ces death movies restent amplement intelligibles et reposent de facto sur un didactisme aussi simplissime que lapidaire. Il est donc question ici de scruter et d'analyser la putréfaction, ainsi que ses rites funéraires, à travers divers pays du monde, et souvent méconnus de notre culture occidentale. Cette fois-ci, pas question de recourir sur des saynètes factices, un peu à la manière d'un Faces of Death (John Alan Schwartz, 1978) et d'un Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962) en leur temps.
Les morts présentées, amoncelées et empilées à satiété sont hélas bien réelles. C'est sûrement la raison pour laquelle chaque segment, affilié à la série des Arquivos Da Morte, s'auréole de l'ultime animadversion, soit d'une interdiction aux moins de 18 ans.

Pis, la franchise n'éludera pas le courroux et les acerbités de la censure via un bannissement dans plus d'une quarantaine de pays. Telle est, par ailleurs, la mention péremptoire de chaque oriflamme, chacune de ses affiches dénotant par leurs exorbitances. Sur ce dernier point précis, Arquivos Da Morte Atrocidades ne déroge pas à la règle. A l'instar de ses sinistres devanciers, ce death movie accessoire est imprimé par les sceaux de l'anonymat et de la confidentialité. Aucun metteur en scène n'est donc stipulé. Même la date de réalisation reste sujette à l'énigme.
A fortiori, le "film" serait sorti en 2007, mais selon certaines sources, la série des Arquivos Da Morte aurait été produite entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000. Pour le reste, difficile de glaner la moindre information, même succincte, sur cette franchise érubescente.

Quid de neuf dans cette saga effervescente ? La réponse se trouve sans doute dans l'exégèse, de nouveau infâmante, d'Arquivos Da Morte AtrocidadesAttention, SPOILERS ! Après avoir chroniqué Arquivos Da Morte Corpos, Arquivos Da Morte Black, Arquivos Da Morte Mulheres, Arquivos Da Morte GuerraArquivos Da Morte Guerra Civil et Arquivos Da Mortes MonstruosidadesCinéma Choc vous propose un nouveau segment, cette fois-ci intitulé Arquivos Da Morte Atrocidades. La mort, le trash, l'âpreté et le barbarisme sont ici repoussés à leur paroxysme pour arborer un programme putride et nimbé par toute une litanie de cadavres...
Comme le spécifie son intitulé, cet ixième chapitre se polarise en particulier sur les diverses atrocités commises à travers le monde, que ce ce soit les homicides, les accidents routiers, le snuff animalier, ou encore les autopsies mortuaires. 

Ou lorsque l'horreur et l'abomination ont rendez-vous avec la terreur et la putréfaction... Pour ceux et celles qui ont déjà visionné plusieurs Arquivos Da Morte, ils seront évidemment en terrain connu et quasiment conquis. Seule dissimilitude et pas des moindres, Arquivos Da Morte Atrocidades est un peu plus prolixe et verbeux qu'à l'accoutumée. D'une durée approximative de 45 minutes, les sections citérieures obliquaient vers la production élusive, voire compendieuse. Cette fois-ci, la longévité est quasiment doublée pour atteindre les 86 minutes de bobine.
Dans le cas d'Arquivos Da Morte Atrocidades en particulier, on pourrait légitimement invoquer une sorte de best-of - ou plutôt de "worst of" de la saga frénétique. 
Rien que pour sa première heure en apothéose, ce death movie amalgame sans fard des cadavres tuméfiés et éviscérés à une vitesse fulgurante.

Le snuff animalier n'est pas en reste puisque l'on assiste ingénument à une série ininterrompue de coups portés sur un louveteau. Une fois l'animal trépassé, ces agresseurs humains peuvent procéder à la décapitation, puis au dépècement sous des rires cinglants. Puis, dans la foulée, c'est un bovidé qui est égorgé, son pelage servant de fourrure pour l'hiver, et sa chair de mets sapides pour pouvoir se sustenter et survivre. A cet égard, le commentateur nous rappelle que nous n'avons pas tous le même regard sur les sévices, les excoriations et les supplices proférés sur la faune et la flore. Pour ce qui est de la moraline, Arquivos Da Morte Atrocidades se montre toujours aussi irrévocable. Après avoir largement exploré les suicides, que ce soit par la pendaison ou l'autolyse collective (une balle dans la tête...), ce death movie se focalise sur les autopsies.
Là aussi, aucun détail ne nous est épargné, de la scission pratiquée au niveau frontal jusqu'aux moindres circonvolutions neuronales, le but étant manifestement de connaître la raison légale (létale...) de la mort : overdose, suicide ou assassinat sadique ? Vous l'avez donc compris. Arquivos Da Morte Atrocidades n'a pas usurpé son intitulé trivial et impartial pour nous proposer un véritable assortiment (si j'ose dire...) de macchabées et de décès tous plus horribles les uns que les autres. Bref, on tient sans doute là la segmentation la plus barbare et la plus féroce de la saga.

Note : 12.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

15 août 2019

Shutter Island ("Vivre en monstre ou mourir en héros")

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Genre : thriller, policier (interdit aux - 12 ans)
Année : 2010
Durée : 2h17

Synopsis : En 1954, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l'île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L'une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée de l'extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre cohérente d'une malade, ou cryptogramme ? 

 

La critique :

Est-il vraiment opportun de procéder à l'exégèse de la filmographie de Martin Scorsese ? Probablement... En outre, Martin Scorsese provient d'une famille traditionnaliste, pieuse et se réclamant des dogmes rigoristes et ecclésiastiques. Le jeune adulescent souffre d'un physique malingre et cachectique et passe ton temps dans les salles obscures. Il se découvre alors une dilection pour le noble Septième Art. Pourtant, Martin Scorsese opte pour l'univers monacal et se prédestine à revêtir la soutane d'un prêtre. Malencontreusement, en raison de son jeune âge et d'un comportement un peu trop revêche et frondeur, le jeune éphèbe est renvoyé manu militari de l'institution catholique.
Que soit. Martin Scorsese connaît une ascension fulgurante lors de ses études à l'université de New York et évolue dans le milieu du professorat.

C'est dans ce contexte qu'il signe et confectionne plusieurs courts-métrages, notamment It's not just you, Murray ! (1963) et The Big Shave (1967), et qui sont immédiatement remarqués par une certaine oligarchie artistique, entre autres pour leur diligence, leur raffinement et leur précision clinique, voire vétilleuse. Martin Scorsese peut alors sérieusement songer et envisager une carrière cinématographique. C'est vers le milieu des années 1960 qu'il réalise son tout premier long-métrage, Who's that knocking at my door (1967).
Il enchaîne alors avec 
Bertha Boxcar (1972) et Mean Streets (1973), deux autres essais qui lui permettent d'affiner sa notoriété. Mais pour le metteur en scène, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'au milieu des années 1970 pour connaître son premier vrai grand succès commercial.

Shutter-Island

Ce dernier se nomme Taxi Driver (1976), un drame désenchanté et mélancolique, qui récolte à la fois les quolibets d'une censure sévèrement courroucée, et les plébiscites d'une presse unanimement dithyrambique. En l'occurrence, cette dramaturgie irrévocable questionne sur l'état d'apathie d'une Amérique pusillanime et dilettante, en particulier sur cette dichotomie qui s'est installée entre la plèbe et les édiles polititques. A travers sa filmographie, Martin Scorsese n'épargne pas le système politique et idéologique américain. A postériori, des oeuvres telles que Raging Bull (1980), La Valse des Pantins (1983), La dernière tentation du Christ (1988), Les Affranchis (1990), ou encore Casino (1995) vont ériger l'hégémonie du réalisateur sur le monde hollywoodien.
Mais depuis la sortie de
Casino, Martin Scorsese récolte quelques fiascos et déconvenues au box-office américain.

Aviator (2004), Kundun (1997) et Gangs of New York (2002) sont autant d'essais infructueux qui ne convainquent guère le grand public, ainsi que les thuriféraires de longue date. Après avoir obliqué vers le remake policier via Les Infiltrés (2006), Martin Scorsese opte derechef pour Leonardo DiCaprio, son comédien favori depuis quelques années. Son nouveau film se nomme Shutter Island, sorti en 2010. A l'origine, le long-métrage est l'adaptation d'un opuscule éponyme de Dennis Lehane. Quelques années plus tard, ce thriller fera même l'objet d'une adaptation en bande dessinées.
Avec ce nouvel essai, Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio scellent leur quatrième collaboration. Les deux compères souhaitent présenter Shutter Island aux Oscars, mais la sortie du film sera différée. Initialement prévu pour 2009, le film ne sera présenté qu'en 2010 dans les salles obscures, au grand désarroi de Martin Scorsese. 

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A contrario, Shutter Island se soldera par un succès pharaonique au cinéma. A ce jour, le film reste le plus grand succès du cinéaste au box-office américain, ainsi que sur la scène internationale. Paradoxalement, les critiques se montrent beaucoup plus pondérées. Si certaines saluent et révèrent le nouveau cru de Scorsese, certains évoquent une résurgence peu probante de certains thrillers hollywoodiens des années 1950 et 1960. Reste à savoir si Shutter Island mérite ou non nos dithyrambes de circonstance. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...
Hormis Leonardo DiCaprio, la distribution de Shutter Island se compose de Ben Kingsley, Mark Ruffalo, Max von Sydow, Michelle Williams, Emily Mortimer, Patricia Clarkson, Jackie Earle Haley, Ted Levine et Elias Koteas.

Attention, SPOILERS ! En 1954, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l'île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L'une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée de l'extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre cohérente d'une malade, ou cryptogramme ? 
A fortiori, Shutter Island coalise tous les ingrédients épars d'une solide enquête policière, un peu à la manière d'un Alfred Hitchcock à travers ses délires paranoïaques dans le superbe Sueurs Froides (1958), probablement sa plus grande réussite, tout du moins d'un point de vue technique et artistique.

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Et c'est exactement ce à quoi s'approxime Shutter Island, à une sorte de révérence, à peine déguisée, au thriller labyrinthique et surtout cérébral du maître du suspense. Via certains plans-séquences, Martin Scorsese dissémine quelques références matoises à cette peur vertigineuse de jadis (l'acrophobie, en l'occurrence). Que ce soit sur les roches flexueuses d'un précipice ou à la lisière d'un phare, le marshal Teddy Daniels est sommé de découvrir les arcanes secrètes d'un asile psychiatrique. Tous les éléments paranoïdes sont ici compilés sous les yeux hébétés du spectateur : le directeur de l'institution qui ourdit de savants complots en catimini, une patiente qui a subrepticement disparu, l'absence de tout témoin oculaire et surtout un policier inlassablement tarabusté par un passé ténébreux et énigmatique. C'est sur ce cheminement invariable et contristé que se joue Shutter Island, en essaimant quelques pistes élusives.

Pourtant, nonobstant certaines finauderies, ce thriller anthropocentrique ne parvient guère à phagocyter ses véritables rhétoriques. En outre, de par son lieu claustré (une île), son établissement reclus au beau milieu de nulle part et à l'abri de la société et des regards, via les réminiscences incessantes sur le passé de Teddy Daniels ; le spectateur avisé aura aisément subodoré, après 45 petites minutes de bobine, cette neurasthénie ostensible qui plombe ce thriller lambda, parfois mâtiné de policier et d'une once de fantastique, ou plutôt de délires fantasmagoriques.
Martin Scorsese devrait faire preuve davantage de circonspection. Le public n'est pas dupe et seule la révélation finale, sur les circonstances et les afflictions qui nimbent son personnage principal, pourra éventuellement interloquer les néophytes, guère plus. 

Bien conscient de l'ineptie et de la vacuité de son scénario, Martin Scorsese remue ciel et terre pour mener son enquête superfétatoire sur les chapeaux de roue. Hélas, rien n'y fait. Leonardo DiCaprio peut se hâter, se précipiter et s'activer dans tous les sens, le film se perd dans des détails superflus. Le comédien hégémonique tient ce thriller sur ses robustes épaules. Malencontreusement, son altruisme se révèle stérile. L'épilogue final se conclura sur un choix cornélien : "Vivre en monstre ou mourir en héros". En l'état, difficile d'en révéler davantage.
Toujours est-il que c'est le désarroi qui surgit lors du générique du film. Ne réalise pas
Sueurs Froides ou Shock Corridor (un autre bréviaire faramineux auquel Martin Scorsese rend largement hommage) qui veut. Reste un thriller habilement agencé et qui parvient à se départir malhabilement de toutes ses carences, via une mise en scène acérée et chirurgicale. Sans le cryptonyme de Martin Scorsese, Shutter Island ne serait, in fine, qu'un thriller soporifique. C'est d'autant plus déplorable que le film, en lui-même, possède de sérieuses arguties dans sa besace. 
Une sacrée gabegie en somme et un cru mineur dans la filmographie de son auguste démiurge, un de plus. Mais on préférera toujours Shutter Island à Kundun. Mais était-il possible de faire pire ?

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

14 août 2019

Camp d'Amour pour Chiens Jaunes (Le Soleil Levant n'est plus ensoleillé)

THE BAMBOO HOUSE OF DOLLS 1-900x900

Genre : Drame, thriller (interdit aux - 18 ans à Hong-Kong/interdit aux - 16 ans chez nous)

Année : 1973

Durée : 1h50

 

Synopsis :

Durant la seconde guerre mondiale, quelques jeunes femmes sont emmenées dans un camp nippon pour servir les bas instincts des soldats de l’Empire du Soleil Levant.

 

La critique :

C'était prévisible depuis ma dernière chronique, mais je vous avais dit que mon travail allait se diriger un temps sur une petite rétrospective des Cat III et de la Vague pré-Cat III. Rappelons brièvement que ce terme, qui fait fureur chez les laudateurs du Septième Art transgressif, s'assimile à l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans, correspondant chez nous à une noble interdiction aux moins de 16 ans. Officiellement, selon le site spécialisé Cinémasie, le tout premier film à être estampillé de ce cachet est sorti en 1988 sous le nom de Gunmen. Pourtant, il ne s'agit là que de la Cat III telle qu'on la connaît car son ancêtre, moins bien connu, a officié bien avant, entre le début des années 70 et la fin des années 80 en posant les pierres fondatrices du cinéma d'exploitation ; où la violence et l'obscénité étaient débridées dans un pays soumis au régime tout puissant du PCC (Parti Communiste Chinois). Les précurseurs seront les controversés Shaw Brothers qui en font un vrai marché au potentiel très important avec des premières sorties pour le moins polémiques.
Et c'est là que nous allons rentrer dans la partie intéressante puisque j'ai l'honneur de vous parler du Numéro 1, du tout premier métrage à s'être vu octroyé ce cachet, j'ai nommé Camp d'Amour pour Chiens Jaunes, ou The Bamboo House Of Dolls dans sa version anglaise. Vous avez bien lu que cette oeuvre a bénéficié d'une traduction française. 

Mentionnons que nous étions alors en 1973 dans une époque de libération des moeurs et de volonté de bousculer l'ordre établi. Sur la scène française, Cinéma Choc a su plus d'une fois étayer ses dires en abordant des pellicules françaises jugées indécentes pour notre époque et qui ne seraient probablement pas possibles à réaliser en 2019. Sauf que même avec ça, notre première relique pré-Cat III sera à l'origine d'un beau tollé au sein de la censure française. A ce niveau, les infos manquent cruellement ! On ne sait pas s'il est le premier film à avoir subi l'interdiction aux moins de 16 ans qui concerne la Cat III de par chez nous. On ne sait pas non plus s'il a connu une exploitation dans l'Hexagone car aucun sous-titrage français ne semble circuler. Ce que l'on sait, c'est que sa présence sera jugée fortement indésirable car visiblement très xénophobe et misogyne.
A n'en point douter, c'est un bâton de dynamite que lança le réalisateur Kuei Chi Hung, pilier et prolifique réalisateur de films de sorcellerie et de thrillers fantastiques dont il s'agit du 9ème film. Oui ! Sous cette pochette outrecuidante d'un film en apparence basique et sans histoire se cache un véritable monument novateur, hélas tombé en désuétude, du cinéma HK. 

 

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ATTENTION SPOILERS : Durant la seconde guerre mondiale quelques jeunes femmes sont emmenées dans un camp nippon pour servir les bas instincts des soldats de l’Empire du Soleil Levant.

Mais permettez-moi d'abord de vous prévenir avant de débuter la chronique. Aux personnes un minimum fleur bleue, il est conseillé de passer outre la lecture et de ne surtout pas avoir l'idée saugrenue de visionner cette... chose. Il conviendra sérieusement de laisser toute éthique et tout humanisme bien enfermé dans une petite boîte à double-tour au risque de hurler à l'immoralité après quelques minutes. J'avais déjà exprimé ces propos en chroniquant le très discutable Lost Souls, de Mou Toun Fei qui était un bonhomme qui ne versait pas dans la dentelle, d'un point de vue traitement des êtres humains mais là on monte encore un palier plus haut dans le surréalisme. Pour les esprits les plus impressionnables, rien d'étonnant car la Cat III n'a jamais eu de velléité d'intellectualisme.
Toutefois, compte tenu du contexte, le doute en assaillira plus d'un dans un premier temps vu que la trame se déroule durant la sanglante guerre sino-japonaise qui vit le tristement célèbre Massacre de Nankin perpétré par les forces japonaises. Comme il était de rigueur à l'époque, les camps de détention étaient monnaie courante pour certaines nations un peu trop belliqueuses. A fortiori, on serait en droit de se dire qu'un film s'imbriquant dans cette sinistre période allait prendre son sujet très au sérieux et avec la plus grande intégrité morale possible. 

Mais ça c'était en théorie car Chi Hung n'a pas l'air de se préoccuper le moins du monde des règles de bienséance et de respect de l'histoire. La trame scénaristique de Camp d'Amour pour Chiens Jaunes peut se diviser en deux parties. Une première moitié se contente de filmer et mettre en scène le camp de concentration numéro 13 où sont séquestrées de jeunes et jolies femmes après le raid de soldats nippons dans un hôpital de la Croix Rouge à la recherche d'un aviateur anglais. A ce sujet, la première séquence vaut son pesant de cacahuète via ce splendide générique de début filmant une hystérie contagieuse d'infirmières pétant les plombs face aux exécutions arbitraires des soldats de l'Empire. Il fallait oser ! Privées de liberté, les prisonnières ne sont pas au bout de leurs peines car il s'agit maintenant pour elles de survivre dans un environnement dans le plus pur style WIP ("Women In Prison").
Réduites à moins que rien, elles sont affublées de tenues aguicheuses, endurant les maltraitances et satyriasis de leurs bourreaux. Point d'importance : une commandante se trouve parmi ces bourreaux, et particulièrement revêche qui plus est ! Donc les jérémiades de la misogynie omniprésente, on sait ce que l'on en fait ! En revanche, la pondération sur la domination patriarcale sera de mise, vu que le Camp 13 fait office de joyeux bordel où les soldats peuvent se délecter du plaisir de la chair féminine en toute impunité, quoique le lesbianisme de notre commandante ne tardera pas à se montrer.

Bamboo 1973

Balancées en pâture à des officiers enragés, parfois saouls, la cadence industrielle des infâmies se succède à un rythme extraterrestre. Le spectateur en prend constamment dans la gueule au point qu'il en vient à se demander si le cinéaste a tous les engrenages correctement mis en place et si ce qu'il voit n'est pas un délire issu de son inconscient. Une nymphe non-voyante qui ne sait pas trop pourquoi elle est seule avec un soldat dans une pièce forcée de marcher sur du verre pour échapper aux avances un poil trop insistantes. Il fallait y penser ! Et ce n'est qu'une goutte dans l'océan car rarement un film ne se sera montré aussi gratuit dans sa violence à un point qu'il semble presque prôner le manque de respect envers la vie humaine. Combat de chiffonnières dénudées, humiliations tant physiques que psychologiques, viols avec ou sans gode ceinture (en bois ou en pierre, vous choisirez le matériau le plus agréable pour le vagin féminin), tortures, nymphomanie incontrôlable des prisonnières, exécutions gratuites.
Camp d'Amour pour Chiens Jaunes est une sorte de gigantesque pense-bête de toutes les choses peu orthodoxes à intégrer à un film d'exploitation. Dimension WIP oblige, dès que possible, un sympathique nichon sera montré face caméra, que cela se fasse dans une bagarre ou dès qu'une femme tombe. 

L'avalanche est telle que le cinéphile finit par avoir le cerveau court-circuité au point de s'emballer à chaque violence commise en en voulant toujours plus, que cela soit harcèlements sexuels, scènes érotiques, victimes embrochées à la baillonnette ou fusillées de trois chargeurs. A la fin du visionnage, on ressort de là estourbi, gonflé au mauvais goût et presque désireux de foncer à l'église la plus proche pour absoudre nos péchés au confessionnal. Chi Hung a réussi l'exploit de nous transformer en authentique bête voyeuriste jubilant sur une histoire qui n'en est pas une et ce n'est pas la deuxième partie relative à une amnésique connaissant la cachette de dizaines de caisses d'or et une tentative d'évasion qui remonteront le niveau. La provocation outrancière suinte par tous les pixels de l'image.
Le scénario n'est qu'un prétexte pour accumuler scènes de combat, accumulation de macchabées et effusions de sang. Comprenez bien que le cinéaste se contrefout de la retenue au niveau historique, de toute forme de véracité et de crédibilité car l'unique objectif est de raviver la flamme de nos bas instincts et pour le coup, il l'aura ravivé avec une quantité de kérosène suffisante à un Airbus pour faire 3 fois le tour de la Terre. 

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D'ailleurs, il est bon de toucher un mot sur l'esthétique de Camp d'Amour pour Chiens Jaunes car l'image est en totale contradiction avec la saloperie ambiante. Tout est éclairé, chatoyant avec plans sur la nature luxuriante et effets de lumière conjugués à la morbidité de la situation. La séquence par excellence est celle d'une femme, coupable de tentative d'évasion, parvenant à s'enfuir d'une pluie de coups de fouet pour finir grillée comme une saucisse sur les barbelés électriques des murs du camp et en arrière-plan, un très court instant sur un soleil éblouissant. Sans compter le final dont le clin d'oeil aux chanbaras de Kurosawa (oui, oui !) transparait explicitement.
Par contre, on tiquera sur une caméra quelque fois maladroite mais ça c'est un autre sujet. Côté son, ça reste propre au cinéma d'exploitation : correct mais pas exceptionnel. Enfin, pour les acteurs, on verse dans le grand n'importe quoi assumé car ils confortent la réputation "bis" du film, soit en cabotinant, surjouant ou en ayant le charisme d'une huître avariée. Les acteurs ne bénéficient d'aucun travail de fond ou de personnalité. Ils ne sollicitent aucunement l'attachement et ne sont là que pour s'en prendre plein la gueule. Néanmoins, je défie quiconque de ne pas glousser de rire devant les occidentales du film parlant cantonais à la perfection. Citons les principaux acteurs : Lo Lieh, Birte Tove, Wang Hsieh, Lee Hye-sook, Terry Lau Wai-Yue, Got Ping, Chen Feng-Chen et Li Min-Lang, Roska Rozen et Niki Wane

Ma conclusion sera irrévocable. Camp d'Amour pour Chiens Jaunes, et je suis sérieux, est un film qu'il faut voir pour le croire tant son irrévérence est impossible à envisager pour une époque pareille. Aucun étonnement à la polémique qu'il fera chez nous, même avec la croisade contre le puritanisme bourgeois en toile de fond. Il faut croire que même les plus virulents partisans de la libération des moeurs ont des limites et que ce The Bamboo House Of Dolls est celui qui les dépassera allègrement. On n'est guère surpris que la pellicule fut taxée par certains de véhiculer des idées décadentes jugées socialement dangereuses. Représenter les chinois comme des victimes systématiques et les japonais comme des tortionnaires fous à lier eut raison d'un parti pris un peu trop appuyé qui confortera la réputation xénophobe du métrage. Pour le caractère misogyne, autant amplifier cela à l'ensemble du genre WIP. Provocant, dérangeant, proprement scandaleux, sans la moindre once d'éthique et de respect envers le genre humain, totalement racoleur, putassier et gratuit, tels pourraient être les termes qui le décriraient le mieux. Pourtant, si on parvient à se laisser prendre au jeu, c'est à un nectar stratosphérique, singulier et absolument impossible à refaire aujourd'hui que nous aurons droit.
Un pur produit de son époque qui envoie valdinguer d'un coup de ranger droit dans les chiottes la bien-pensance et le politiquement correct. Et bien qu'il soit indéniable que le film suscitera l'opprobre et les critiques véhémentes à son égard de certains, je ne peux que le recommander ! Car quand, à un moment donné, on atteint ce niveau d'irrévérence et d'inhumanité, ce n'est plus du simple mauvais goût mais de l'Art avec un grand A !

 

 

Note : Art/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

13 août 2019

The Bridge - 2006 (Sur le pont du Golden Gate, on y danse, on y danse...)

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Genre : Shockumentary, documentaire, drame (interdit aux - 16 ans)

Année : 2006

Durée : 1h35

 

Synopsis : Ce documentaire, qui explore les aspects les plus sombres de la nature humaine et de la psyché, s'intéresse à ces individus qui ont choisi de mettre fin à leurs jours en sautant du légendaire Golden Gate Bridge en 2004. 

La critique :

Je sais ce que vous devez songer et même ce que vous devez déclamer, gloser, pérorer et décrier : encore un shockumentary sur Cinéma Choc ! Oui, je corrobore vos irascibilités et vos pondérations circonstanciées. Dans son outrecuidance, son indécence et son incompétence crasse, le blog vous assène un nouveau shockumentary dans ses colonnes éparses. Lors d'un billet spécial, intitulé "Les mondo, les shockumentaries et les death movies : ceux qu'il faut retenir", (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/06/16/37426599.html), Cinéma Choc se polarisait sur ces prétendus documentaires transis d'authenticité et de véracité.
Contre toute attente, ces registres souvent rutilants se sont pas toujours synonymes d'impudicité, de barbarisme à tous crins, ni de décadence.

Par exemple, si le "Mondo" acte et officialise sa naissance via le bien nommé Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Max Cavalari et Franco Prosperi, 1962), en se centrant sur les us et les coutumes de peuplades séculaires, il peut aussi revêtir les oripeaux de long-métrage préventif. Ainsi, dans le cas de La Bombe - The War Game (Peter Watkins, 1962), le shockumentary devient un outil politique, idéologique, eschatologique et funeste contre les effets délétères de la radioactivité, et en particulier sur les conséquences pernicieuses d'une Troisième Guerre mondiale putative.
Impression corroborée par la sortie de Threads (Mick Davis, 1984), un autre shockumentary qui se focalise lui aussi sur les jours post-atomiques, en suivant le triste fatum d'une matriarche et de sa nouvelle progéniture.

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Dans le même sillage et continuum, German Concentration Camps Factual Survey (Alfred Hitchcock et Sidney Bernstein, 1944/2014) explore certaines facettes cachées de la Seconde Guerre Mondiale et plus précisément l'ouverture de certains camps de concentration allemands. Dans un tout autre style, Black Metal Veins (Lucifer Valentine, 2012) scrute et analyse les effets néfastes de la cocaïne et de l'héroïne, ainsi que cette accoutumance qui finit par voir agonir et dépérir quelques individus lambda dans un appartement vétuste. Après avoir sondé la mort, la déréliction (Faces of Death, John Alan Schwartz, 1978), la toxicomanie, une hypothétique Troisième Guerre mondiale, un monde radioactif, ainsi que les écueils et les corollaires de la Seconde Guerre Mondiale, le shockumentary ne s'était pas encore polarisé, tout du moins à notre connaissance, sur le suicide.

Certes, dans certains death movies adventices, certains suicides étaient relatés, mais ne faisaient aucunement l'objet d'une introspection chagrinée. Selon le site Wikipédia (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Suicide), le suicide "est l’acte délibéré de mettre fin à sa propre vie. À l'échelle mondiale, environ un million de personnes se suicident chaque année. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le suicide est la treizième cause de mortalité dans le monde, tout âge compris, et parmi les premières causes de mortalité chez les jeunes. Les tentatives de suicide sont estimées entre dix et vingt millions chaque année dans le monde".
Ce phénomène brutal et mélancolique est par ailleurs le principal leitmotiv de The Bridge, réalisé par la diligence d'Eric Steel en 2006. 

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Ce cinéaste américain est surtout connu pour ses talents de producteur via sa participation à des oeuvres telles que Les cendres d'Angela (Alan Parker, 1999), A tombeau ouvert (Martin Scorsese, 1999), Shaft (John Singleton, 2000), et Julie et Julia (Nora Ephron, 2009). Selon nos sources, The Bridge reste, pour le moment, la seule et unique réalisation d'Eric Steel. Il s'agit également de son long-métrage le plus proverbial et pour cause... Puisque ce documentaire a fait l'objet de nombreuses saillies lors de sa présentation aux Etats-Unis.
En raison de son sujet tumultueux, à savoir les suicides à profusion sur le pont du Golden Gate Bridge, ce shockumentary sera prestement censuré, puis interdit de diffusion, que ce soit sur le territoire américain et même dans nos contrées hexagonales. 

Ce pont faramineux est même classé parmi les sept merveilles du monde et constitue le monument le plus notoire de San Francisco. Pourtant, depuis sa construction en 1937 jusqu'en 2014, le nombre de suicides serait estimé à plus de 1400 personnes (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pont_du_Golden_Gate). Avec un sujet aussi spinescent, on subodore aisément les difficultés et les impérities d'Eric Steel pour ériger un tel shockumentary, d'autant plus que les scènes de suicides sont hélas bien réelles et révulsent durablement les persistances rétiniennes.
Telle est, par ailleurs, l'exégèse de The Bridge. Attention, SPOILERS ! (1) The Bridge est un documentaire d'Eric Steel sorti en 2006. Il s'agit d'un documentaire choc et déprimant, traitant des 24 suicides qui ont eu lieu du haut du Golden Gate Bridge de San Francisco en 2004. 

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Eric Steel a filmé, pendant un an, le célèbre pont ainsi que les tristes fins de vie de 23 personnes. Il a également interviewé les familles des victimes, les témoins des suicides, ainsi qu'un survivant" (1). A travers ces témoignages, The Bridge tente d'analyser et de discerner la vie de toutes ces victimes et de comprendre les éventuelles raisons qui les ont amenées à commettre l'acte fatal. Si ce shockumentary n'a pas pour aspérité de procéder à une diatribe politique ni idéologique sur notre société eudémoniste, il reste néanmoins controversé en proposant une vision sociologique de tous ces êtres humains contristés et désabusés qui finissent par franchir la rembade, et à se jeter précipitamment pour finalement exhaler leur dernier soupir. Ce sont donc la psychasthénie, le désarroi et le désenchantement qui parsèment et émaillent ce shockumentary sincère et émotionnel.

Autant l'annoncer sans ambages. Même si le film d'Eric Steel n'a pas pour velléité de jouer sur les théorèmes de la surenchère, la complaisance et le sensationnel, il montre néanmoins cinq véritables séquences de suicide, de quoi révulser les néophytes et même les thuriféraires habituels du cinéma trash et underground.
Pour comprendre ce phénomène, le documentaire procède à une sorte d'analyse systémique en laissant la parole aux témoins de ces suicides, ainsi qu'à leurs entourages et à leurs familles respectives. Certes, à ce cheminement funeste et rédhibitoire, on retrouve presque à chaque fois une accoutumance aux substances illicites, l'existence d'une neurasthénie mentale, des troubles psychopathologiques, ainsi que la prégnance et la prévalence d'un mal de vivre.
Tous ces éléments anamnestiques expliquent en partie ces autolyses, emportant avec elle une famille entière, ainsi que l'affliction et la consternation.

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Mais, nonobstant ces moments d'égarement et cette résipiscence qui nimbe ce documentaire, The Bridge n'a pas vraiment pour vocation de prodiguer de plus amples explications. Sur la forme comme sur le fond, ce shockumentary s'apparente à un hommage saisissant à toutes ces personnes qui sont décédées parfois dans l'anonymat et l'égotisme vulgarisé. Au détour d'une anecdote à fortiori superflue, la réponse est aussi irrévocable que péremptoire. Les suicides s'amoncellent sur le pont du Golden Gate, à tel point qu'ils sont devenus quelconques et même des phénomènes ordinaires ; un didactisme qui témoigne, entre autres, du mal-être et de l'égocentrisme qui règnent arrogamment dans notre société consumériste et contemporaine. Toutefois, exempt son sujet révoltant et presque assourdissant, The Bridge n'est pas exempt de tout grief.

En un sens, on peut comprendre les arguties et les invectives de ses nombreux contempteurs. En outre, le documentaire n'offre, in fine, aucune explication sociétale sur le thème du suicide, même si on dissémine çà et là quelques explicitations élusives. Sur ce dernier point, The Bridge apparaît comme un shockumentary idiosyncrasique, voire anthropocentrique. En résumé, chaque personne, chaque témoin ou chaque victime survivante a sa propre façon de réagir face à ce geste ultime et souvent fatal. Chaque individu adapte donc son comportement et ses propres émois à l'aune de ces circonstances souvent désastreuses. De facto, ce documentaire joue exclusivement la carte de l'émotionnel.
Or, on aurait aussi apprécié qu'Eric Steel affine et peaufine davantage sa thématique proéminente. Que soit. Hormis ses carences et ses impondérables, force est de constater que The Bridge remplit doctement son office. Après le générique final, les divers témoignages et saynètes d'autolyse révulsent, bouleversent et poursuivent invariablement notre psyché en déliquescence. 

Note : 13.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.sebmagic.com/article-the-bridge-les-suicides-du-golden-gate-bridge-56745663.html

12 août 2019

J'Ai Rencontré le Diable (Critique et analyse du film par L'Archiviste du Cinéma)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose une critique et une analyse du film J'ai rencontré le Diable (Kim Jee-won, 2010) via une vidéo publiée par l'Archiviste du cinéma et également disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=P5bw-LZZ5n4

Prédateur - 2016 (Le lion mangeur d'hommes est en liberté dans les rues d'Amsterdam)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2016
Durée : 1h48

Synopsis : Vétérinaire au zoo d'Amsterdam, Lizzy est appelée par la police : on vient de découvrir les cadavres atrocement mutilés d'une famille. La jeune femme comprend rapidement que ces morts ont été causées par un fauve d'une taille et d'une férocité exceptionnelles. Alors que d'autres victimes sont découvertes, Lizzie fait appel à l'un de ses vieux amis, un ancien chasseur de lions. Mais le prédateur reste insaisissable et continue de semer la terreur. 

 

La critique :

Aussi curieux et incroyable que cela puisse paraître, Cinéma Choc n'avait pas encore abordé le cas de Dick Maas dans ses lignes et ses colonnes éparses. A la fois scénariste, producteur, réalisateur et même compositeur, Dick Maas est parvenu, au cours de sa filmographie, à expatrier son cryptonyme au-delà de ses frontières néerlandaises ; ce qui n'est pas un mince exploit à l'aune de la confidentialité qui règne dans ce même cinéma hollandais. Pour souvenance, seul Paul Verhoeven, le futur réalisateur de RoboCop (1987), Basic Instinct (1992) et de Starship Troopers (1998), était parvenu à ériger et à édifier son omniscience sur le territoire américain et sur la scène internationale.
La carrière cinématographique de Dick Maas démarre vers le milieu des années 1970 via plusieurs courts-métrages, entre autres Norma (1977), Adelbert (1977), Picknick (1977) et Rigor Morti (1981), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales.

Le metteur en scène signe son tout premier long-métrage, L'Ascenseur, en 1983. Ce film, à la lisière du fantastique et de l'épouvante, se solde par un succès phénoménal lors de son exploitation aux Pays-Bas ; à tel point que L'Ascenseur connaît, de prime abord, une exploitation dans les vidéoclubs. Le public s'arrache la VHS et le film finit par être diffusé dans les salles obscures. Pourtant, la trame scénaristique est aussi simplissime que lapidaire. En l'espace de quelques jours, plusieurs personnes sont décédées de façon mystérieuse dans un ascenseur !
Un réparateur enquête et doit se colleter avec un appareil démoniaque et sévèrement courroucé pour l'occasion. Toujours est-il que le métrage propose plusieurs saynètes qui estourbissent durablement les persistances rétiniennes, entre têtes décapitées, divers équarrissages et un humour grivois.

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Au fil des années, L'Ascenseur avalise sa réputation de film culte. Les producteurs américains enjoignent Dick Maas à réaliser une séquelle, voire un remake. Ce sera L'Ascenseur : niveau 2 (2001). Cette fois-ci, le métrage se nantit d'un budget beaucoup plus dispendieux pour l'occasion et coalise un casting notoire et faramineux via les présences concomitantes de James Marshall, Naomi Watts, Michael Ironside et Ron Perlman. Certes, cette nouvelle version n'est, in fine, qu'un palimpseste de son auguste devancier. Pourtant, Dick Maas peaufine et affine davantage les martialités via un remake truculent et jubilatoire. Corrélativement, le cinéaste a érigé son monogramme sur la scène internationale. Les thuriféraires de Dick Maas n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles qu'Amsterdamned (1988) et Issue de Secours (1999) parmi les long-métrages notables et éventuellement sérénissimes.

En outre, le metteur en scène néerlandais affectionne tout particulièrement le cinéma bis, une dilection qu'il corrobore avec son tout dernier long-métrage en date, Prédateur, ou Prey, et sorti en 2016. En raison de son budget que l'on devine famélique, Prédateur n'a pas connu les faveurs ni les ferveurs d'une exploitation dans les salles obscures, tout du moins dans nos contrées hexagonales, mais le film est aisément disponible en vidéo ou par l'entremise du streaming. Le film vient donc baguenauder dans le sillage et le continuum du registre "agression animale".
Par décence et par déférence, nous ne commettrons pas l'offense de procéder à l'exégèse de ce registre rutilant. Indubitablement, Prédateur n'a pas vraiment pour aspérité d'ébranler l'hégémonie rogue de classiques et de chefs d'oeuvre tels que Les Dents de la Mer (Steven Spielberg, 1974), Piranhas (Joe Dante, 1978), ou encore Les Oiseaux (Alfred Hitchcock, 1963).

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Autant l'annoncer sans fard. Prédateur n'a pas spécialement recueilli les foules lors de son exploitation élusive aux Pays-Bas. Même les critiques se montrent plutôt pondérées et admonestent un metteur en scène anomique et en perte de vitesse depuis au moins une bonne dizaine d'années. L'antépénultième long-métrage de Dick Maas se nomme Saint (2010) et s'est soldé par un fiasco commercial, plombant et plongeant durablement le cinéaste dans le désarroi et en plein marasme. Reste à savoir si Prédateur mérite ou non de sombrer, à son tour, dans les affres de la désuétude et de l'anonymat.
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de cette série B horrifique se compose de Sophie van Winden, Julian Looman, Mark Frost, Rienus Krul, Victor Löw, Rutger de Bekker, Mattijn Hartemink et Pieter Derks.

Attention, SPOILERS ! (1) Vétérinaire au zoo d'Amsterdam, Lizzy est un jour contactée par un policier, Olaf, qui sollicite son aide pour enquêter sur le massacre d'une famille d'agriculteurs. Selon elle, les victimes ont été attaquées par un lion mangeur d'hommes. Plus tard, un golfeur est retrouvé mutilé à son tour, également tué par l'animal sauvage. Alors que les morts s'accumulent et que la rumeur circule dans la ville, le chef de la police refuse de croire qu'un gigantesque lion est responsable de cette hécatombe et choisit de ne pas communiquer sur l'affaire.
Malgré elle, Lizzy se retrouve à la tête d'une gigantesque battue organisée à travers la capitale néerlandaise afin de capturer ou anéantir à tout prix la bête surdimensionnée et sanguinaire. La vétérinaire contacte son ancien compagnon, un Britannique chasseur de fauves, pour mettre fin à ses agissements (1).

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Vous l'avez donc compris. L'exégèse de Prédateur pourrait se résumer ainsi : un lion mangeur d'hommes est en liberté dans les rues d'Amsterdam. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout... Ou presque... Le félidé effarouché ne fait pas de distinction entre ses victimes et assaille sans sourciller hommes, femmes, vieillards et enfants. Indiscutablement, Dick Maas s'amuse comme un gosse derrière sa caméra. De facto, le fauve est incontestablement le personnage central du film et chipe la vedette aux autres protagonistes du film. Du côté humain, il faudra donc se contenter d'une jolie blondinette et vétérinaire à ses heures perdues, d'un journaliste qui s'énamoure de la belle et d'un spécialiste de la vie animale pour contrarier l'appétit pantagruélique du lion atrabilaire.
Certes, Prédateur peut au moins s'enhardir d'un rythme frénétique et haletant.

C’est d’ailleurs ce que scande dogmatiquement l’oriflamme hargneuse du film : « 300 kg de folie meurtrière ». Plutôt magnanime, Dick Maas nous gratifie d'une litanie de cadavres tuméfiés et en partie tortorés dans les rues d'Amsterdam. En termes de gore et de tripailles effervescentes, Prédateur remplit doctement son office et devrait logiquement ravir les laudateurs du cinéma horrifique. Toutefois, ce long-métrage désargenté n'est pas exempt de tout grief. En 2016, il est difficile, voire impossible de proposer une créature aussi hideuse et à la complexion aussi approximative. Faute de budget, l'animal est confectionné à base d'images de synthèse disgracieuses et hélas ostensibles dès que le lion pointe le bout de son museau. Les effets spéciaux obsolètes atténuent considérablement l'impact viscéral du film. Bien conscient de l'inanité et de la vacuité de sa pellicule, Dick Maas tente d'euphémiser toutes ces carences via un humour corrosif et pittoresque. Malencontreusement, Prédateur souffre aussi de longueurs superflues. Le long-métrage aurait gagné à être écourté d'une bonne quinzaine de minutes de bobine.
Vous l'avez donc compris. Ce n'est pas Prédateur qui risque de faire ciller la prévalence et la prédominance de Les Dents de la Mer et de Les Oiseaux dans l'horreur en général, et dans le registre de l'agression animale en particulier. Le film flagornera au mieux les laudateurs invétérés de ce registre cinématographique, mais guère davantage. Par miséricorde, nous accorderons donc la moyenne à cette bisserie inoffensive et adventice, mais le film mérite sans doute moins, beaucoup moins...

 

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver 

(1) Synopsis du film sur : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=2914&NamePage=predateur--prooi-

11 août 2019

Centipede Horror (La malédiction a 22 pattes)

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Genre : Fantastique, horreur (interdit aux - 12 ans)

Année : 1982

Durée : 1h34

 

Synopsis :

Kay passe des vacances dans le sud-est asiatique avec une amie et se fait attaquer par une horde de 1000 pattes. Elle meurt peu après à l'hôpital dans d'atroces souffrances. Son frère, accompagné de sa fiancée, retournent sur les lieux de l'attaque et tentent d'éclaircir ce qui semble être l'oeuvre d'un puissant maléfice.

 

La critique :

Une fois n'est pas coutume, Cinéma Choc a dévoilé et prouvé son appétence toute particulière pour le cinéma asiatique, et notamment hong-kongais. Car c'est dans cet Etat semi-autonome (il me semble) et en proie actuellement à de gros troubles sociétaux, via un pouvoir tout puissant, qu'a émergé la controversée et jubilatoire Catégorie 3 (ou Cat III pour les intimes). Pour faire clair, net et concis, et pour ceux qui ne seraient pas tombés auparavant sur des films du genre, la Cat III se distingue par une interdiction aux moins de 18 ans, correspondant à une interdiction aux moins de 16 ans chez nous. Cela serait faire une grossière erreur que de résumer ce style aux films d'horreurs jugés extrêmes, offensants, gores, érotiques ou les 4 à la fois puisque la Cat III réunissait des oeuvres aux horizons très variés. C'est ainsi que Full Contact est considéré comme partie intégrante du genre pour ne citer que lui alors qu'il ne partage aucune accointance avec les grands classiques horrifiques nous venant directement en tête. Bien sûr, on pense avant tout à Herman Yau et ses géniaux et profondément perturbants The Untold Story et Ebola Syndrome, mais aussi à Billy Tang avec Red To Kill, ou à Ivan Lai avec son Daughter Of Darkness. Procéder à l'exégèse de ce genre n'aurait pas de sens car si j'en suis venu à ce petit laïus, c'est essentiellement car nous allons, une fois de plus, obliquer sur la Vague pré-Cat III regroupant des réalisations polémiques et diverses qui ne rechignaient pas à aller au-delà des règles de bienséance et ce, malgré la présence omniprésente de la censure chinoise. 

Nanties d'un label spécial et catégorisés par la suite Cat III rétroactivement, les pellicules sont nombreuses. Par le passé, la pré-Cat III a déjà été investiguée avec le surréaliste et très éthiquement discutable Calamity Of Snakes ou l'impensable Lost Souls. A nouveau, pour votre plus grand bonheur, ce courant revient à nouveau avec Centipede Horror qui aura l'honneur d'être le premier d'une rétrospective à venir du cinéma HK dégénéré. A l'instar du prestigieux cycle du death movie/shockumentary présenté avec toute l'érudition habituelle d'Alice In Oliver, c'est à mon tour d'en faire un, nettement plus abordable pour le commun des mortels ceci dit (et bien plus court).
Je ne promets pas que toutes les futures chroniques à venir porteront exclusivement là-dessus (trois projets de billets aux antipodes de ceci sont en cours), mais vous serez à n'en point douter plus qu'abreuvés. Mais retournons à nos moutons avec le titre d'aujourd'hui signé Keith Li Bak-ling. Un nom qui ne résonnera pas comme un incontournable et ni comme synonyme de réalisateur prolifique. En effet, Bak-ling ne peut se targuer que de deux réalisations qui sont justement le film d'aujourd'hui et The Supreme Swordsman sorti deux ans plus tard. En 1991, il arbore le nom de Lee Pak-ling pour une seule et unique oeuvre Jiang shi fu xing zi. Les dyslexiques adoreront le prononcer. Pour le reste, il officiera essentiellement en tant que superviseur du scénario et planificateur du bon déroulement des films. Rien qui ne vaille le détour. Au cours de mes pérégrinations en vue de récolter plusieurs anecdotes sur Centipede Horror, je fus surpris du manque d'informations et de l'absence totale de critiques en français. Même pour l'Internet anglophone, tout était réduit à peau de chagrin. Avant-gardiste dans l'âme, il me fallait combler cette potentielle injustice.

 

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ATTENTION SPOILERS : Kay passe des vacances dans le sud-est asiatique avec une amie et se fait attaquer par une horde de 1000 pattes. Elle meurt peu après à l'hôpital dans d'atroces souffrances. Son frère, accompagné de sa fiancée, retournent sur les lieux de l'attaque et tentent d'éclaircir ce qui semble être l'oeuvre d'un puissant maléfice.

Cependant, et je me vois bien désolé de cela, mener une rétrospective de ce genre ne mettra pas à l'honneur l'intellectualisme, des analyses approfondies, des seconds niveaux de lecture fascinants à décortiquer. Par conséquent, la longueur des chroniques s'en fera ressentir pour moi qui adore analyser et quelques fois ratiociner. En parallèle, la rédaction sera plus facile pour mon emploi du temps commençant à devenir de plus en plus surchargé. Un mal pour un bien en quelque sorte pour mon blog préféré ! Mais démarrer cet objectif, c'est aussi savoir faire fi de ses exigences de cinéphile et s'attendre à ne pas se délecter de grands crus. Cet état de fait assimilable à un frisson parcourant l'échine des plus exigeants n'aura pas tarder à se manifester avec Centipede Horror.
On a connu mieux comme démarrage mais qu'est-ce que cette histoire tente de nous raconter ? Je n'irai pas davantage dans les détails car il serait mal venu de ma part de vous spoiler en long et en large mais sachez que les amoureux d'horreur animale et d'entomologie ne verront pas d'un très bon oeil la présence lointaine des mille-pattes, qui se contenteront de montrer leurs antennes juste au début et à la fin du métrage. Comme ça, on met déjà les points sur les i, à mon grand dam et au vôtre aussi ! Un défaut qui mine déjà le visionnage car la menace du centipède semble très évanescente dans l'essentiel d'un récit qui aura bien du mal à enjouer le spectateur.

En soi, l'idée de ce bien curieux arthropode, vecteur de dégoût chez les entomophobes, est plaisant mais on soupire devant une tournure bancale des ambitions de Bak-ling qui se polariseront sur un collier magique, une malédiction ancestrale, la possession démoniaque de la petite amie du frère et un combat occulte de vieux mages, sans oublier les pérégrinations de notre personnage principal. De quoi décontenancer les thuriféraires d'horreur pure qui resteront à n'en point douter sur leur faim. Si Calamity Of Snakes exhibait déjà ce problème de milieu de film plutôt mou, la présence des serpents restait palpable. Dans le cas présent, nommer un titre nous faisant croire que les centipèdes seront présents tout au long de la partie alors que ce n'est pas le cas semble s'apparenter à de la tromperie sur la marchandise. Bak-ling a du mal à laisser une horreur constante, redescendant fréquemment en intensité à défaut de nous gratifier de suffisamment de séquences outrecuidantes.
Il y en a quelques-unes d'intérêt dont Kay sauvagement agressée par ces charmantes bestioles mais ça reste bien peu. 

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Concernant la qualité de l'image, le tout sera à prendre avec des pincettes. Les étudiants fauchés dans mon genre opteront très certainement pour la version gratuite. Vous n'aurez alors aucun mal à le visionner dans son intégralité sur YouTube ou le télécharger sur Wipfilms qui seront vos seules alternatives. Le problème est que l'image n'est pas belle. Non pas qu'elle soit foncièrement affreuse car le tout tient plus ou moins la route et que les cadrages sont corrects mais on a déjà vu mieux. Mais la véritable problématique concernera un tout autre domaine qui sont les sous-titres car les traducteurs, au QI n'excédant pas celui d'une moule en phase terminale, ont eu la bonne idée de mettre des sous-titres blancs alors que le film est assez éclairé dans ses couleurs.
Je vous laisse alors imaginer la difficulté de lecture. En revanche, je n'ai aucune idée de la qualité DVD de cette oeuvre, rappelons-le, inédite de par chez nous. Les sous-titres, semblant être incrustés dans l'image, ne mettent pas en confiance, mais je n'ai aucunement l'envie de m'en assurer. Concernant le son, ça reste très série B avec des mélodies tantôt plus lourdes, tantôt plus chaleureuses, limite niaises. Ce qui aura de quoi faire décocher un sourire involontaire devant ce genre sans nul autre pareil. Enfin, les acteurs resteront dans l'esprit de la pré-Cat III en surjouant avec la maëstria qui leur est propre. On se permettra de mentionner Tien Lang Li, Kiu Wai Miu, Hussein Abu Hassan, Chok Chow Cheung, Szu-Ying Chien ou encore Ching-Mei Lee et Bo Tam

En conclusion, je me répète encore et encore mais s'aventurer dans le monde peu attractif de l'underground HK, d'un point de vue cinéphilique élitiste, comporte son lot de risques démarrant par un résultat pas toujours probant et n'ayant souvent pas pour velléité l'exigence. Il faut savoir alors prendre ces métrages pour ce qu'ils sont et qui sont avant tout le témoignage d'une époque révolue d'une Chine qui cherchait à défier l'autoritarisme régalien. En cela, les Shaw Brothers seront les pères fondateurs d'un style qui aura plus d'une fois créé de sérieuses sueurs froides chez les instances publiques. Pour ce qui est de Centipede Horror, la déception est de la partie car toute la dimension scénaristique nous laisse sur notre faim et consiste, en prime, à de mauvais choix de script.
Quand on conjugue, mais je précise que ce n'est pas la faute du cinéaste, la totale incompétence des traducteurs transformant le visionnage en chemin de croix du Christ pour comprendre tous les dialogues car de nombreux sous-titres sont illisibles ou défilent en 1 seconde (véridique !), alors il ne faut pas être Einstein pour conclure que Centipede Horror ne sera pas une sinécure à visionner. Allez, par pure magnanimité, nous accorderons la petite moyenne à ce film pétri de bonnes intentions mais qui a souffert du manque de professionnalisme de son géniteur et de nos petites bebêtes à 22 pattes que nous aurions aimées voir un peu plus.

 

Note : 10/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

10 août 2019

Prochainement sur Cinéma Choc

Comme l'indique le titre de ce nouvel article, voici sans plus attendre les films à venir dans les prochains jours, prochaines semaines et prochains mois sur Cinéma Choc. Pour chaque film, j'ai précisé quel serait l'intitulé de la chronique entre parenthèses.

 

Annabelle (Invocation des esprits démoniaques)
Arquivos Da Morte A Guerra Do Trafico
 (Les morts pullulent dans les rues de Rio de Janeiro)
Arquivos Da Morte Atrocidades (The Worst of Arquivos Da Morte)
Arquivos Da Morte I.M.L. (La mort frappe aussi dans les favelas...)
Arquivos Da Morte Mundo Cao (Les vicissitudes de l'âme humaine)
Assaut - 1976 (The battle of Los Angeles)

Blood Diner (Pulsions cannibales)
Blood Sucking Freaks - Incredible Torture Show (The theatre of macabre)
The Bridge
 - 2006 (Sur le pont du Golden Gate, on y danse, on y danse...)

Dinosaur From The Deep (Le Jurassic Park du pauvre)
Douce Nuit, Sanglante Nuit
 (Le Père Noël n'apporte pas de cadeaux aux vilains enfants)

L'Exorciste - La Série (La foi est inébranlable)

Faces Of Death - The Millenium ("Shocking the reality of life and death")
Feast 2 - Sloppy Seconds (Les vrais monstres ne sont pas ceux que l'on croit)

Halloween 6 - La Malédiction de Michael Myers (Le martyr de Michael Myers)

I Drink Your Blood (Sons and daughters of darkness)

Kyoko Vs. Yuki (Yamanouchi chez les yakuzas)

Lady Vengeance (L'ange parasitaire de la vengeance)
Legion Of The Night - Dead City 
(Cybernetics zombies assassins)

La Maison des Damnés (Traité de parasychologie)
Man Of Steel (Naissance du super-héros kryptonien)
Mortuary Of The Dead (Bienvenue dans les limbes infernaux de la mort !)
The Mother - Baby Blues (Psychasthénie sévère)

Necro Files 3000 (Ainsi font font les petites marionnettes...)

L'Orphelinat (Les vivants et les morts se rencontrent dans le subconscient)

Philosophy Of A Knife (Dieu a créé le Paradis pour les hommes... Les hommes ont créé l'Enfer sur Terre...)
Prédateur - 2016 (Le lion mangeur d'hommes est en liberté dans les rues d'Amsterdam)

Rambo 3 (Stallone contre les Soviets, chapitre 2)
Resident Evil - Apocalypse (L'infection se propage... Inexorablement...)

Shutter Island ("Vivre en monstre ou mourir en héros")
Suite 313 (L'appartement des 1000 morts)
Le Survivant - 1971 (28 mois plus tard)

Taxi Driver ("We are the people")

Une Prière Avant l'Aube (Midnight Express, chapitre 2)

Vendredi 13 : chapitre 8 - L'Ultime Retour ("Il est revenu et vous allez tous mourir !")
The Video Diary Of Ricardo  Lopez ("My own psychologist")
Violent Shit 3 - Infantry Of Doom
 (Karl The Butcher ou l'avènement du guerrier satanique et potentat)

The Wizard Of Gore - 1970 (The show must go on)
The Wizard Of Gore
 - 2007 ("Nous sommes tous de la viande... Du bétail !")
Would You Rather (Quel est votre choix ? Quelle est votre préférence ?)

Zoo - 2007 (Dans la forêt, il y a toutes sortes d'oiseaux)

120 Battements Par Minutes (Vivre intensément sa vie)

 

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Infamous Bondage Murders (Ligotée comme un saucisson)

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Genre : Horreur, trash, érotique (interdit aux - 18 ans)

Année : 1998

Durée : 1h23

 

Synopsis :

Soumis aux effets permanents de l'alcool et la drogue, Billy Boy et son gang enlèvent des filles d'université locales pour les étrangler, les tuer et danser avec leurs cadavres.

 

La critique :

Souvenez-vous, il y a de cela quelques mois, l'emblématique icône du trash du blog, j'ai nommé Inthemoodforgore, nous affublait d'un nouveau top tout frais, tout chaud, prompt à bousculer les estomacs les plus délicats, ainsi que toute morale. Cette fois-ci, il ne s'agissait plus d'un top 200, mais d'un top 250 où se côtoyaient en toute impunité les créations cinématographiques les plus immorales du système solaire. Evidemment, dans ce conglomérat un chouïa politiquement incorrect, nombre de pellicules n'avaient pas encore été abordées par nos soins avec toute notre (in)compétence (sélectionnez le mot le plus adéquat !). Certes, depuis sa publication, une bonne partie ont eu droit aux honneurs d'un billet en leur faveur, mais ce n'était pas encore le cas d'Infamous Bondage Murders. Un titre qui résonne comme une délicate douceur estivale à regarder un dimanche soir en famille, mamy et papy compris. Joliment classé à la 113e place, tous les espoirs étaient permis pour se délecter, si je puis dire, d'un grand moment de cinéma couleur rouge sang. En effet, cela faisait un petit temps que je n'avais plus sombré dans les affres de l'Horreur avec un grand H mais pas d'inquiétude, quoi que...
Mais ne nous excitons pas, dès le premier paragraphe, et intéressons-nous à ce sinistrrrr... illustre individu (pardon !) derrière cela. Laissez-moi vous présenter William Hellfire, de son vrai nom William Apprecino. Un autre dérangé évoluant en toute impunité dans le milieu underground.

Autant dire qu'à la vision de sa filmographie étonnamment très fournie, on se fait vite une idée de ce bonhomme visiblement fasciné par l'horreur potache, le gore exubérant et surtout une appétence toute particulière pour la nudité. Je me permettrais de vous citer quelques produits exotiques de tout premier choix tels I Was A Teenage Strangler, Peeping In a Girl's Dormitory ou Flesh For Olivia, dont les titres laissent songeur. Après 5 ans d'interruption qui ont précédé encore 6 autres années de stop, Hellfire est revenu nous voir avec un documentaire nommé Mail Order Murder : The Story of W.A.V.E. Productions, qui est tout autant inédit dans nos contrées que le reste de son oeuvre. Pour le coup, avec le film d'aujourd'hui, on se permettra de voguer dans ses débuts de cinéastes, vu que Infamous Bondage Murders représente sa 4e réalisation dans une liste de, quand même, 48 métrages. Fait notable, une suite a suivi dans la foulée et ce la même année, toujours dans ce même état d'esprit, et sobrement intitulée Infamous Bondage Murders 2.
Pour la petite anecdote, en ayant été logiquement sur Wipfilms pour le télécharger, il y eut tromperie sur la marchandise, vu que c'était l'épisode 2 et non le premier qui était en ligne. Du coup, c'est sur un obscur site sans le moindre danger que je trouvais mon précieux Graal, quoi que... Bon allez, j'en ai marre de me retenir donc entrons maintenant dans le vif du sujet pour vous conter mon effroyable séance d'hier soir.

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ATTENTION SPOILERS : Soumis aux effets permanents de l'alcool et la drogue, Billy Boy et son gang enlèvent des filles d'université locales pour les étrangler, les tuer et danser avec leurs cadavres.

Sans vouloir offenser notre illustre démiurge, je me suis bien montré être très circonspect sur l'aspect extrême de certains films du top 250 que j'ai eu les honneurs, si l'on peut dire, de chroniquer. Est-ce le fait d'être définitivement aguerri au cinéma trash ? La question mérite d'être néanmoins posée. Toutefois, difficile que d'être marqué par des bouses de compétition comme Lo Mas Trajico Del Jãripeo et Red Account : My Bloody Angel qui n'avaient rien à offrir tant en termes de choc présumé que de professionnalisme cinématographique. Ce que j'allais considérer comme un diptyque foireux peut se transmuer en splendide triptyque. Mais ce n'est pas tout car de cette série, avec Infamous Bondage Murders, on tient sans nul doute la palme de la crétinerie la plus stratosphérique.
Définitivement, le numéro 1 dans la nullité de ce triptyque qui ferait passer l'intelligence de la série des August Underground pour de l'authentique Tarkovski, ou définirait The Green Elephant presque comme un bon film. Mieux encore, vous vous rappelez de la chronique du médiocre Slaughter Disc ? C'est, plus ou moins, le même ressenti que j'ai subi durant ces éprouvantes 83 minutes qui annihilaient en totalité la superbe tournure de ma soirée cinéphile après le magistral L'Homme qui tua Liberty Valance. Mais alors que dire là-dessus ? Certes, il n'y a encore eu aucune chronique française et visiblement même anglaise. A peu de choses près, ce n'est pas étonnant et c'est loin d'être une injustice. 

Tourné dans la pureté même de l'amateurisme, on suit un individu pour le moins louche qui tentera d'enlever une fille se balladant seule avec une mise en scène que n'auraient pas reniés des artistes comme Bruno Mattei. En le repoussant avec la force d'une limace, elle parvint à le faire tomber et à se tirer d'affaire. C'est alors que "l'action" va prendre place dans un squat crasseux où vivent des blaireaux dont on se demande bien quelle est leur utilité à la société. Alcool et drogue sont leur credo avec toute la crasse en arrière-plan de leurs passionnantes et longues discussions où la vacuité est reine. Le scénario tenant sur un timbre-poste en Arial 40, on va vite deviner ce qu'il va se passer quand ils discutent attablés de leurs intentions, avec en toile de fond une superbe musique de série Z policière américaine des années 80. Kidnapper des femmes, les soumettre, les humilier et "danser" avec, en sachant que cela ne concernera que la première fille donc pour la qualité du synopsis, vous repasserez.
Pour ceux qui s'attendent à une débauche sanguinolente sous fond d'horreur psychologique (je reprends l'expression d'Alice In Oliver), merci de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates. Regarder sa montre est presque intuitif tant tout fonctionne au ralenti. Au bas mot, il ne se passera strictement rien durant les 30 premières minutes, alors que Hellfire s'éternise toujours sur des conversations dont l'on se fout éperdument. A ce petit jeu, lui et David Quitmeyer, le réalisateur derrière Slaughter Disc, ont très certainement dû se passer le mot pour établir un rythme d'une léthargie telle que filmer une course d'escargot serait presque un poil plus palpitant. 

 

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Oui, car même dans les passages qui sont supposés être intéressants, l'ennui est notre sinistre ami qui ne nous quittera jamais. Cette bande de cons ne passent leur temps qu'à jouer aux gamins sans susciter une quelconque terreur dans les yeux de leurs victimes. Rarement, on aura vu des psychopathes de service aussi peu crédibles que cela. Intérêt de jouer avec un ballon gonflable avec sa tête comme on le faisait quand on avait 8 ans ? Oui, vous avez raison, il n'y en a aucun. Les filles, c'est-à-dire trois, se contenteront d'être ligotées, subir quelques humiliations qui ne déstabiliseraient pas un élève de primaire qui les subirait. Il y aura aussi un passage à tabac.
On pourra observer ce qui ressemble être un viol mais je suis encore perplexe là-dessus. Et pour le côté gore, un simple égorgement (pour le coup plutôt bien fait). C'est bien bien maigre ! Alors, effectivement, ce n'est pas parce qu'il y a du sang que cela sera forcément dérangeant mais même en terme psychologique, on se fait royalement chier à tous les étages. Il n'y a pas cette atmosphère oppressante, cette sensation d'empathie envers la victime. Il est vrai que l'on pourra se montrer troublé par l'âge assez jeune des protagonistes dont l'un ne paraît pas avoir 18 ans mais ce n'est qu'une microscopique goutte dans un océan de débilité prenant brutalement fin comme si Hellfire n'avait plus le budget suffisant en pellicules. Le film ne se termine ni plus ni moins qu'abruptement durant une scène d'action et n'allez pas croire que cela soit ma copie qui était défectueuse car un avis sur Amazon corrobore mes dires et le manque total de sérieux de la qualité DVD entrecoupée de problèmes vidéo, audio et de coupures intermittentes. Pas mal !

Au final, c'était peut-être mieux comme ça que ça se finisse d'un coup car l'image est foncièrement laide, sans velléité artistique. Les cadrages sont approximatifs et souvent mal pensés. Bref, rien à sauver ! Infamous Bondage Murders est un scandale de bassesse cinématographique qui, jamais, ne parviendra à créer un quelconque début de malaise tant l'ensemble suinte l'insipide. Autant Slaughter Disc était parfois marrant car il multipliait les situations totalement incohérentes et irréalistes, autant ici il n'y a rien d'amusant à en tirer. Le projet est fade, bancal et témoigne de l'inexistence d'une once d'habileté de son géniteur. Les acteurs sont tous plus cons les uns que les autres et même la présence de la langoureuse actrice érotique Misty Mundae ne parvient même pas à amorcer le début d'un sauvetage du désastre. Je veux bien admettre que le film n'avait pas pour but de nous vendre une leçon de réalisation mais outre le degré 0 de cinématographie, il y a tromperie sur la marchandise concernant la supposée dimension extrême. Pour le coup, je me demande si notre ami Inthemood ne s'est pas trompé dans le titre du film en établissant son prestigieux classement.
Bref, un cahier de charges de tout ce qu'il ne faut pas faire si l'on veut tourner un film trash. Sans la moindre surprise, Infamous Bondage Murders peut s'enorgueillir du bien triste statut d'être propulsé parmi les pellicules les plus déplorables que j'ai vu du haut de mon modeste quart de siècle au compteur. En ce jour, Cinéma Choc a le plaisir de vous gratifier d'un billet d'une purge de choix qui mériterait d'être à tout jamais "no famous". 

 

Note : Vomi/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

09 août 2019

Le Récupérateur de Cadavres - The Body Snatcher ("L'homme s'élève dans l'erreur, mais il apprend dans la tragédie")

récupérateur de cadavres

Genre : horreur, épouvante 
Année : 1945
Durée : 1h18

Synopsis : Le docteur MacFarlane a besoin de cadavres pour ses recherches. Gray, un pilleur de tombes, lui fournit les corps, mais la demande devenant trop grande, il tue délibérément une fillette paralysée. Les meurtres vont se succéder. 

 

La critique :

Parmi les éminents réalisateurs du noble Septième Art, on omet souvent de préciser l'érudition, voire l'omniscience de Robert Wise derrière la caméra. La crise financière et internationale de 1929 oblige le jeune adulescent à interrompre ses études. Il s'expatrie alors vers les Etats-Unis et débute dans l'industrie cinématographique dès 1933 en tant que monteur. C'est presque de façon aléatoire que Robert Wise échoit à la mise en scène puisqu'il supplante, à la dernière minute, Gunther Von Fritsch sur le tournage de La Malédiction des hommes-chats (1943).
Robert Wise enchaîne alors les séries B impécunieuses, notamment A Game of Death (1945), Né pour tuer (1947), ou encore Nous avons gagné ce soir (1950), des productions qui lui permettent néanmoins de s'ériger une solide réputation dans le milieu hollywoodien.

Le metteur en scène devra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à l'orée des années 1950 pour connaître son premier succès triomphal dans les salles obscures. Via Le jour où la Terre s'arrêta (1951), Robert Wise corrobore et avalise sa clairvoyance derrière la caméra. Dès lors, sa carrière connaît une ascension fulgurante grâce à plusieurs oeuvres clinquantes et sérénissimes, entre autres Les rats du désert (1953), Marqué par la haine (1956), West Side Story (1961), La Maison du Diable (1963), La mélodie du bonheur (1965), La canonnière du Yang-Tsé (1966), Le mystère andromède (1971), L'Odyssée du Hindenburg (1975), ou encore Star Trek, le film (1979).
A travers cette filmographie chatoyante, Robert Wise montre également son caractère polymorphe et éclectique, passant ainsi de l'épouvante, de la science-fiction, du film martial à la comédie musicale sans sourciller. 

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Au moment où il réalise Le Récupérateur de Cadavres, sorti en 1945 et également connu sous le cryptonyme de The Body Snatcher, Robert Wise n'est pas encore ce metteur en scène avisé et orfèvre qu'il deviendra à postériori. A l'origine, ce long-métrage horrifique est l'adaptation d'une nouvelle, Le voleur de cadavres, de Robert Louis Stevenson. L'histoire originelle s'inspire également d'une histoire vraie et plus précisément d'un terrible fait divers "qui secoua la ville d'Edimbourg dans les années 1827-1828 et dans lequel fut impliqué le docteur Robert Knox, célèbre anatomiste écossais" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_R%C3%A9cup%C3%A9rateur_de_cadavres). William Burke et William Hare sont deux immigrants irlandais venus prêter main forte au docteur Knox. Au nom de la recherche scientifique et médicale, et avec l'assentiment béat du docteur Knox, les deux comparses commettent une série d'assassinats sanglants et terrifiants.

Arrêtés par la police, William Burke et William Hare revendiquent au moins les meurtres de 17 personnes, dont les cadavres ont été disséqués et anatomisés pour assouvir leur soif d'avidité, de vanité et de cupidité. Le récupérateur de cadavres a donc pour aspérité de retranscrire ce fait divers scabreux et sordide. A ce sujet, rappelons que le film sort à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et dans un contexte de décrépitude sociologique et sociétale. L'Europe est à l'agonie et encore tarabustée par le spectre du nazisme et du Troisième Reich, en dépit de la défection puis de la mort d'Adolf Hitler. Par sa roguerie et sa condescendance, Le récupérateur de cadavres réactive tous ces macchabées putréfiés, sacrifiés et tuméfiés lors d'un conflit épouvantable et encore imprimé par le sceau de l'Holocauste, qui deviendra ultérieurement la Shoah.

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En outre, le film de Robert Wise est souvent répertorié parmi les classiques somptuaires de l'épouvante. Reste à savoir si ce métrage horrifique mérite de telles flagorneries et de tels dithyrambes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Au moins, The Body Snatcher peut s'enorgueillir d'une distribution soyeuse via les participations concomitantes de Boris Karloff, Bela Lugosi, Henry Daniell, Edith Atwater, Russell Wade, Rita Corday, Sharyn Moffett et Robert Clarke. Attention, SPOILERS ! (1) En 1831, le Docteur McFarlane (Henry Daniell) dirige l’Ecole de médecine d’Edimbourg. Donald Fettes (Russell Wade), élève de MacFarlane, souhaite soigner une petite fille victime de paralysie. MacFarlane se laisse convaincre mais a besoin d’un cadavre afin de préparer l’opération.
Il fait alors appel aux services de John Gray (Boris Karloff)... (1) Mais ce dernier est un homme spécieux et obséquieux qui ne tarde pas à faire chanter le médicastre.

Le récupérateur de cadavres, c'est avant tout la rencontre, presque impromptue, entre Bela Lugosi et Boris Karloff. Pourtant, selon certaines galéjades, les deux comédiens se honnissent et s'invectivent d'injures en catimini. Alors que Bela Lugosi reste l'interprète voluptuaire du Dracula de Tod Browning en 1931, Boris Karloff a culminé les firmaments des oriflammes via Frankenstein (James Whale, 1931) et La Fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935). Toutefois, la fameuse confrontation entre ces deux acteurs antagonistes reste factice, voire élusive puisque Bela Lugosi apparaît dans un rôle mineur. Que soit. Le récupérateur de cadavres est aussi une production estampillée "RKO", une firme qui a déjà signé plusieurs classiques faramineux, notamment sous la férule de Jacques Tourneur (La Féline en 1942 et Vaudou en 1943). 

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Avec un titre aussi indécent et racoleur, Le récupérateur de cadavres n'élude pas les épigrammes ni les quolibets circonstanciés, d'autant plus que le film évoque sans barguigner un détrousseur de macchabées ; un didactisme qui réédite la barbarie et le primitivisme de la Seconde Guerre Mondiale, même si l'histoire du film est censée se dérouler au XIXe siècle. Certes, le scénario régenté par Robert Wise a de quoi faire frémir et pousser quelques cris d'orfraie lors de la sortie du film en salles. Au nom de la médecine et du complexe d'Icare, un éminent praticien s'adonne à des expérimentations scientifiques sur des cadavres précédemment meurtris par un serial killer peu amène (pléonasme !).
Derechef, on songe aux exactions et aux impudicités proférées par le Troisième Reich via cette odontologie chirurgicale qui sacrifie des juifs et des résistants sans se soucier de l'éthique, d'une quelconque doctrine, d'une déontologie ou d'une certaine forme de mansuétude.

Le récupérateur de cadavres peut également escompter sur l'interprétation vétilleuse de Boris Karloff. Naguère, le comédien campait une créature anthropomorphe, hétéroclite et confectionnée à partir des organes et de l'équarrissage de divers macchabées. Désormais, l'acteur se retrouve dans un rôle antinomique. Le voici à son tour dans la peau d'un plagiaire et d'un pillard des morts. Un oxymore... Dans sa roguerie et son impertinence, l'artiste égrillard noie littéralement le film par sa seule présence. Le reste du casting fait le job, mais n'entrave aucunement le charisme du comédien polymathique. Certes, à raison, les contempteurs pourront maronner et clabauder après une première segmentation un peu trop emphatique et logorrhéique, atténuant de facto le rythme du film.
A contrario, il faudrait se montrer rustre et particulièrement vachard pour ne pas discerner les qualités de ce film épouvantable. Par ailleurs, le métrage se conclut sur ce bon vieil adage d'Hippocrate : "L'homme s'élève dans l'erreur, mais il apprend dans la tragédie". Cependant, même si The Body Snatcher justifie son visionnage, il reste néanmoins inférieur aux productions citérieures de la société RKO. 
On songe encore une fois à Vaudou et à La Féline (toujours la même antienne...), deux autres classiques faramineux qui ont largement estourbi les persistances rétiniennes en leur temps.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/le-recuperateur-de-cadavres-wise