Cinéma Choc

21 juillet 2018

Alone - Don't Grow Up ("Tous les adultes sont devenus fous")

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2015
Durée : 1h21

Synopsis : Sur une île isolée au large de l’Ecosse, six adolescents se réveillent seuls dans leur pensionnat : surveillants et professeurs ont mystérieusement disparu. D’abord ravis d’être libérés de toutes contraintes, ils finissent par prendre la route, en quête de réponses. Devant eux se dessine progressivement l’apocalypse : infectés par un virus inconnu, les habitants se sont transformés en prédateurs sanguinaires. Pire, le fléau semble toucher uniquement les adultes. Désormais, pour survivre, le groupe doit répondre à deux questions : comment quitter l’île ? Et à quel âge devient-on adulte ?         

La critique :

Depuis la naissance du noble Septième Art, soit depuis 1895 tout de même, le cinéma français n'a jamais particulièrement prisé le registre horrifique. Indiscutablement, horreur et cinéma hexagonal n'ont jamais fait bon ménage. Certes, les thuriféraires de l'épouvante notifieront à raison le superbe et mélancolique Les Yeux Sans Visage (Georges Franju, 1960), un chef d'oeuvre lyrique, ésotérique et malaisant qui reste sans doute le meilleur film d'horreur français réalisé à ce jour, et de loin... de très loin... Même Martyrs (Pascal Laugier, 2008) et consorts peuvent encore redoubler d'efforts avant d'égaler les somptuosités et la mise en scène sémillante de Les Yeux Sans Visage.
Mais depuis le début des années 2000 et l'avènement du torture porn au cinéma et via le support vidéo, quelques cinéastes français tentent furtivement de s'immiscer dans le gore et l'épouvante.

Hormis le cas de Martyrs qui a durablement estourbi les persistances rétiniennes, ainsi qu'une censure plutôt rétive à supporter les élucubrations mortifères de Pascal Laugier, les adulateurs citeront aisément Haute Tension (Alexandre Aja, 2003), Grave (Julia Ducournau, 2016), A l'intérieur (Julien Maury et Alexandre Bustillo, 2008), ou encore Frontière(s) (Xavier Gens, 2008) parmi ces longs-métrages notables et notoires. Certes, le cinéma français peut désormais s'enhardir de quelques références érubescentes en la matière, mais pas de quoi faire tressaillir l'hégémonie du cinéma d'horreur américain. Pis, le cinéma d'épouvante européen (entre autres, l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne) reste bien plus actif, inventif et iconoclaste en termes de tripailles et de barbaque.
Né à Nantes en 1970, le cinéaste et scénariste français, Thierry Poiraud, a bien pour intention d'intervertir cette dialectique, à priori incoercible, avec Alone, ou Don't Grow Up, sorti en 2015. 

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Certes, le titre de cette nouvelle bobine est griffonné dans la langue de Shakespeare, probablement pour toiser le haut des oriflammes et conquérir le public à l'international. En outre, Alone est une production franco-espagnole. Quant à Thierry Poiraud, le metteur en scène émérite est loin d'être un novice derrière la caméra. Sa carrière cinématographique démarre vers le milieu des années 1990 via plusieurs courts-métrages, notamment Les Escarpins Sauvages (1994), Duvetman (1997), Meurtre d'un broutemécouilles chinois (1998) et Das Fantastische Nacht (2003). Pour Thierry Poiraud, il faudra donc faire preuve de longanimité et patienter jusqu'au milieu des années 2000 pour connaître ses premiers relents de notoriété avec Atomik Circus, le retour de James Bataille (2004), une comédie fantastique atypique et rocambolesque qui se paie tout de même le luxe de coaliser Vanessa Paradis, Benoît Poelvoorde, Jason Flemyng et Jean-Pierre Marielle dans son casting.

Corrélativement, Thierry Poiraud n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour le cinéma d'horreur. Impression corroborée par la sortie de Goal of the Dead (2014), un long-métrage qui permet, comme son titre l'indique, d'agréger le football et les zombies putrescents. Jusqu'ici, le cinéaste a souvent allié horreur et truculence. Mais Thierry Poiraud a d'autres aspérités cinématographiques. Pour Alone, le réalisateur aspire à davantage de reconnaissance.
Il souhaite donc signer une pellicule plus austère qu'à l'accoutumée en mélangeant épouvante, science-fiction, inoculation grippale, adolescents en belligérance et eschatologie. Reste à savoir si Alone - Don't Grow up mérite qu'on s'y attarde et si le film relève (ou non) un cinéma d'horreur français toujours lymphatique. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... 

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La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Fergus Riordan, Madeleine Kelly, McKell David, Darren Evans, Natifa Mai, Diego Mendez et David Ojeda ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! (1) Sur une île isolée au large de l’Ecosse, six adolescents se réveillent seuls dans leur pensionnat : surveillants et professeurs ont mystérieusement disparu. D’abord ravis d’être libérés de toutes contraintes, ils finissent par prendre la route, en quête de réponses. Devant eux se dessine progressivement l’apocalypse : infectés par un virus inconnu, les habitants se sont transformés en prédateurs sanguinaires.
Désormais, pour survivre, le groupe doit trouver un moyen de quitter l’île. Mais lorsqu’ils découvrent que seuls les plus de 18 ans sont touchés, il est déjà trop tard. La contagion a gagné leurs rangs… (1).

Pour l'anecdote, ce n'est pas la première fois que le cinéma d'horreur propose une nouvelle confrontation entre adultes et jeunes éphèbes insouciants. Telle était, par ailleurs, la rhétorique de Les Révoltés de l'An 2000 (Narciso Ibanez Serrador, 1976). A fortiori, Alone - Don't Grow Up n'a rien inventé et reste avant tout un film référentiel. Seule dissimilitude et pas des moindres, l'assonance s'est inversée puisque ce sont désormais les adultes bilieux qui se regimbent contre leur propre marmaille, commettant un nombre croissant de meurtres et d'infanticides.
Sur le long terme, c'est bien la survie de l'espèce humaine qui est menacée, d'autant plus que les jouvenceaux, à l'approche de l'âge adulte, se transmutent à leur tour en sauvageons anthropophages. Mais contrairement à ses augustes devanciers, Thierry Poiraud n'a pas vraiment pour velléité de ratiociner sur cette fracture générationnelle.

"Tous les adultes sont devenus fous" déclame l'un des jeunes protagonistes circonspects... En l'occurrence, le réalisateur se polarise davantage sur un petit groupe d'adolescents. Sur ce dernier point, le film n'élude pas les archétypes habituels. Par exemple, pourquoi se focaliser et s'appesantir sur ces six jouvenceaux en dissidence contre le système patriarcal et donc cloîtrés dans un centre de rééducation ? Malicieux, Thierry Poiraud se centre alors sur le duo formé par Pearl et Bastian, deux éphèbes qui s'acoquinent et s'énamourent au fil de leurs pérégrinations.
C'est la seconde partie de Alone. Le long-métrage se tourne davantage vers les inimitiés et s'apparente alors à une relecture de Children of Men (Alfonso Cuaron, 2006), Les Fils de L'Homme en français, le discours politique et sociologique en moins.

Cérémonieux, Thierry Poiraud nous gratifie d'une ambiance lourde, pesante et anxiogène, ainsi que de paysages assombris par diverses déflagrations. La jeunesse ressemble de plus en plus à nos adultes transgresseurs et guerroyeurs. Pour survivre dans ce monde atomisé, il faut piller, occire, rudoyer et prendre les armes pour ne pas subir le courroux de bandes rivales. Indubitablement, Alone - Don't Grow Up possède de solides arguties dans sa besace. Clairement, Thierry Poiraud n'est pas un manchot derrière la caméra et son film se situe au-dessus de la moyenne des productions horrifiques françaises habituelles... Toutefois, pas de quoi s'extasier non plus...
Car sur le fond comme sur la forme, Alone ne rivalise pas les références incontournables déjà mentionnées au cours de cette chronique. En l'état et en dépit de sa mise en scène vétilleuse, Alone risque probablement d'écumer les bacs à dvd...

Note : 12/20

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(1) Synopsis du film sur : https://www.cineseries-mag.fr/critiques-films/alone-dont-grow-up-un-film-de-thierry-poiraud-critique-58181/


20 juillet 2018

The Warriors - Les Guerriers de la Nuit (Les nouveaux seigneurs de la rue)

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Genre : action (interdit aux - 18 ans à sa sortie, interdit aux - 16 ans par la suite, puis interdit aux - 12 ans aujourd'hui)
Année : 1979
Durée : 1h24

Synopsis : A New York, où une centaine de gangs se partagent les rues, les combats font rage. La bande la plus puissante, les Gramercy Riffs dirigés par Cyrus, désirent unifier les forces et convoquent tous les gangs à un rassemblement pacifique. Mais la réunion dérape et finit dans le sang : Cyrus est assassiné. Ce meurtre, attribué par erreur aux Warriors, déclenche sur eux la vengeance de tous les autres. La lutte pour la survie commence, le long du trajet de 40 kilomètres qui les relie à leur quartier général...         

La critique :

Réalisateur, producteur et scénariste américain, Walter Hill démarre sa carrière cinématographique vers le milieu des années 1960. Il participe, de façon concomitante, aux tournages des films L'Affaire Thomas Crown (Norman Jewison, 1968) et de Bullitt (Peter Yates, 1968) ; deux expériences cinématographiques qui lui permettent de s'aguerrir derrière la caméra. A l'orée des années 1970, il officie derrière le scénario de Guet-Apens (Sam Peckinpah, 1972), un long-métrage qui se solde par un succès plutôt mitigé. Pour Walter Hill, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'en 1975 pour signer son tout premier métrage, Le Bagarreur, un film qui permet d'affiner son affection pour le cinéma d'action et les héros téméraires. Mais Walter Hill possède d'autres arguties dans sa besace et révère également les registres du western, du polar, du film noir et du genre policier.

Impression corroborée par une filmographie erratique, parfois ponctuée par quelques fulgurances, notamment Sans Retour (1981), 48 Heures (1982), Les Rues de Feu (1984), Crossroads (1986), Extrême Préjudice (1987), Double Détente (1988), ou encore Johnny Belle Gueule (1989). Corrélativement, les thuriféraires du cinéaste notifieront quelques impondérables, hélas inhérents à n'importe quelle filmographie. Des longs-métrages tels que Supernova (2000), Un Seul Deviendra Invincible (2002), ou encore Du plomb dans la tête (2012) ne laisseront pas un souvenir indélébile, loin de là. En outre, Walter Hill devra patienter jusqu'à la fin des années 1970 pour susciter les anathèmes et les quolibets avec The Warriors, en français Les Guerriers de la Nuit, et sorti en 1979, une polémique d'infortune dont le réalisateur se serait aisément dispensé.

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A l'origine, le long-métrage est l'adaptation d'un opuscule éponyme de Sol Yurick, "lui-même inspiré de l'Anabase, œuvre historique et autobiographique de l’Athénien Xénophon" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Guerriers_de_la_nuit). Durant les années 1970, l'Amérique doit affronter les dissidences de plusieurs factions urbaines, en particulier new-yorkaises, qui ont cédé aux meurtres, aux exactions, aux divers trafics et au grand banditisme. Petite piqûre de rappel. A la même époque, l'Amérique est frappée d'anathèmes par le scandale du Watergate et la guerre du Vietnam qui perdure. Le pays envoie de jeunes soldats américains vers une mort certaine, ce qui ne manque de courroucer certains mouvements prônant le pacifisme et l'hédonisme ad nauseam. Conjointement, la Nation atone est en pleine révolution sociologique, culturelle et sexuelle.

Le mouvement hippie proclame l'émancipation et la béatitude contre les méfaits d'un capitalisme patriarcal et réfractaire. Une autre guerre est en marche. Elle a lieu dans New York, mais aussi dans les rues et dans les grandes périphéries urbaines, ainsi que dans les bas quartiers oubliés et ostracisés par nos hiérarques politiques. Pour la première fois au cinéma, une oeuvre cinématographique met en exergue cette populace marginale décriée et admonestée par une oligachie peu soucieuse de cette violence et de cette impécuniosité exponentielle. A l'origine, Walter Hill souhaitait transposer son scénario dans un futur proche et indéterminé. Au dernier moment, le metteur en scène opte pour une histoire contemporaine. De surcroît, Walter Hill souhaite uniquement engager des acteurs Afro-Américains et hispaniques afin d'attribuer davantage de crédibilité à ces gangs atrabilaires. 

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C'est probablement la raison pour laquelle la trame narrative de The Warriors est conçue comme un story board, voire un comic book déployé en fonction des animosités. On comprend mieux alors pourquoi Les Guerriers de la Nuit s'est nimbé par un parfum de souffre et de scandale, à l'instar de son affiche qui scande hargneusement : "These are the armies of the night. They are 100,000 strong. They outnumber the cops five to one. They could run New York City" (Source : toujours Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Guerriers_de_la_nuit). En raison de son incitation à la sédition contre le pouvoir établi, Les Guerriers de la Nuit écopera, au moment de sa sortie, d'une interdiction aux moins de 18 ans.
Certes, les producteurs exhorteront Walter Hill à euphémiser ses ardeurs. Par exemple, le réalisateur prévoit de jeter l'un de ses protagonistes en pâture à une troupe de dobermans affamés.

Heureusement, Walter Hill abandonne cette saynète virulente. De telles réprobations seront minorées par la suite pour passer à une interdiction aux moins de 16 ans, puis à une simple (si j'ose dire...) interdiction aux moins de 12 ans aujourd'hui. A l'époque, la sortie de Les Guerriers de la Nuit est relativement évasive puisque le film se solde par une rebuffade commerciale. Toutefois, le long-métrage va s'octroyer la couronne de film culte au fil des années et influence plusieurs générations de productions et de cinéastes pour son impudence ostentatoire.
Pendant longtemps, le réalisateur, Tony Scott, évoquera l'idée d'un remake putatif. Mais le projet sera finalement prorogé pour des raisons essentiellement pécuniaires.
La distribution de The Warriors se compose de James Remar, Michael Beck, Dorsey Wright, Thomas G. Waites, Brian Taylor, David Harris, Tom McKitterick, Marcelino Sanchez, Terry Michos et Deborah Van Valkenburgh. 

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Attention, SPOILERS ! (1) Cyrus, le chef charismatique du gang le plus puissant de l’état de New York a réuni l’ensemble des gangs de la ville pour une assemblée nocturne à Centrak Park. Son discours est celui d’un rassembleur qui invite les représentants conviés à déclarer une trêve afin de cesser leurs rivalités territoriales et à s’unir pour s’emparer de la cité et la dominer, insistant sur le fait que leur nombre dépasse de très loin celui des policiers. Mais Cyrus est abattu d’un coup de revolver par un chef d’une bande rivale. Celui-ci accuse les Warriors d’avoir perpétré le crime.
Commence alors pour les huit membres des Warriors une chasse à l’homme, dont ils sont la proie désignée par les Riffs, le gang orphelin de Cyrus. Les Warriors, poursuivis autant par la police que par les gangs, vont devoir traverser New York pour retourner sain et sauf sur leur territoire de Coney Island, en échappant aux multiples dangers qui les attendent à chaque coin de rue (1).

Nanti d'un budget anémique (à peine 7 millions de dollars), Les Guerriers de la Nuit fait avant tout office de série B irrévérencieuse qui abhorre et vilipende une Amérique exsangue et en proie à une criminalité aux multiples collatéraux. A la même époque, d'autres productions harangueuses et véhémentes se soucient elles aussi de ce banditisme croissant, annonçant des temps funestes voire eschatologiques. C'est par exemple le cas de Mad Max (George Miller, 1979), Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974), ou encore de New York 1997 (John Carpenter, 1981).
A son tour, Les Guerriers de la Nuit annonce péremptoirement cette débauche de violence. Si révolution il y a, elle proviendra du prolétariat. Telle est la croyance candide qui claironne aux esgourdes de nos vils oligarques et capitalistes incongrus.

En ce sens, Les Guerriers de la Nuit s'apparente à une pure production d'exploitation de son époque en dissidence. A contrario, ce schisme est atténué par ce même hédonisme qui devient le nouvel apanage d'une mondialisation forcenée. Dans Les Guerriers de la Nuit, la rue est décrite comme une nouvelle jungle urbaine dans laquelle s'admonestent et s'affrontent plusieurs gangs parfaitement agencés. Pour Walter Hill, c'est aussi l'occasion de vitupérer la répression policière, ainsi que les mauvais traitements affligés aux immigrés hispaniques, latinos et Afro-Américains, hélas victimes de cette xénophobie latente. Sur la forme comme sur le fond, Les Guerriers de la Nuit s'apparente également à un curieux maelström entre la Blaxploitation, le vigilante movie et le film d'action débridé.
Ici, la violence est esthétisée pour mieux se polariser sur un gang d'adulescents, porté par les épaules musculeuses de son leader autocratique, un certain Swan. En dépit de sa mise en scène cérémonieuse, The Warriors est victime de son concept et surtout de son scénario famélique. A l'aune de cette pellicule lapidaire (à peine une heure et 25 minutes de bobine), difficile de comprendre les irascibilités de la censure et de la polémique qui ont clabaudé contre les parjures de nos voyous infortunés. Au mieux, The Warriors fait figure aujourd'hui de production joliment surannée qui flagornera sans doute les nostalgiques de l'époque, mais guère davantage.

 

Note : 12/20

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(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/les-guerriers-de-la-nuit-hill

19 juillet 2018

Mais ne nous délivrez pas du mal (Si mignonnes et si gentilles...)

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Genre : Drame, horreur (interdit aux - 16 ans)

Année : 1971

Durée : 1h40

 

Synopsis :

Anne et Lore sont deux jeunes adolescentes, élevées dans un pensionnat religieux. Filles de nobles, elles s'adonnent à diverses lectures perverses, contraires à la bienséance. En vouant un véritable culte à Satan, elles répandent le mal autour d'elles.

 

La critique :

La France. La douce France. Une patrie bien mal aimée des passionnés de thrillers, de films d'horreur, d'épouvante et, bien sûr, de films extrêmes. Il est un fait incontestable que le cinéma français fait souvent tiquer par son manque de diversité dans les genres cinématographiques. Certes, s'il n'a plus rien à prouver sur sa qualité à travers les âges, il y a toujours cette petite chose qui gêne. L'horreur ou le style borderline qui ne plaît pas. Trop froid, trop violent, trop austère, ce cinéma ne plaît que peu aux yeux des producteurs et des cinéastes, et encore moins, en ce qui concerne les grosses célébrités, adeptes du recyclage à outrance. Je n'ai jamais caché ce ressenti de voir ce style dénaturé, férocement malmené par des incapables sans originalité, se basant toujours sur les mêmes codes, le même script laconique. En dépit d'une dimension passionnante, l'horreur et l'épouvante font toujours germer en mon être une appréhension non négligeable. On ne peut pourtant réfuter les nombreux chefs d'oeuvre s'étant imposés au fil des décennies mais c'est de la roupie de sansonnet à côté des immondices sorties.
Malgré tout, la France, en dépit de son hostilité, verra plusieurs pellicules se démarquer. Certaines atteignant le statut de chef d'oeuvre culte tel Les Yeux Sans Visage que beaucoup cataloguent comme le meilleur film d'horreur français de l'histoire. Chose que je partage personnellement. On citera aussi dans les grandes réussites, les cas de Martyrs ou de Horsehead. Des réalisations plus timorées comme Grave. Des films passables comme Frontière(s) et A l'Intérieur et des daubes mémorables comme Vertige et surtout le minable, pathétique et stupide La Horde.

Nous avons suffisamment démontré par le passé que le cinéma subversif fait fuir les critiques et le financement mais, heureusement, certains réalisateurs, à défaut de s'enfuir aux USA pour réaliser leurs projets, tiendront bon. Ca sera précisément le cas de Joël Seria. Un relatif inconnu si l'on ne s'intéresse pas de plus près au (vieux) cinéma français. Un bonhomme qui eut la bonne idée de péter un plomb pour la réalisation de son premier long-métrage en sortant Mais ne nous délivrez pas du mal. Un film sulfureux pour un contenu tout autant sulfureux à une époque où la religion chrétienne était encore ancrée dans les moeurs. Son scénario s'inspire du fameux fait-divers réel survenu en 1954 et connu sous le nom de L'Affaire Parker-Hulme. Le 22 juin 1954, Honorah Rieper est assassinée par sa propre fille, alors adolescente, et son amie la plus proche Juliet Hulme.
Il conviendra de dire que cette histoire inspira également le célèbre Heavenly Creatures de Peter Jackson. Bon, je vous assure que cette douloureuse histoire n'aura pas de dimension aussi extrême que le film d'aujourd'hui qui, vous vous en douterez, fera un gros scandale au moment de sa sortie. Mais ne nous délivrez pas du mal tombera sous le couperet d'une interdiction totale à cause des "ferments de destruction morale et mentale qui y sont contenus". Une interdiction qui sera partiellement levée grâce à la présentation du film l'année suivante à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. On suppose que cette censure calmera sérieusement Joël Seria qui produira des films sages par la suite. En 2018, peut-on en attendre une onde de choc similaire à celle observée ?

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ATTENTION SPOILERS : Jusqu'où la perversité rongeant Anne et Lore les mènera-t-elle ? Élèves d'un pensionnat religieux, les deux adolescentes filles de noble famille cocufient le père Jésus en faveur de Satan, à qui elles vouent un véritable culte. Une adoration démesurée qui les pousse à répandre le mal autour d'elles par le biais de toutes sortes d'actes sévèrement condamnés par l'Église.

Du coup, je pense que vous ne serez pas étonné du scandale et de l'interdiction totale de ce film à sa sortie. Il faut dire que Seria n'y va pas de main morte en traitant, déjà, du satanisme. Un domaine qui dérange toujours l'inconscient collectif. Le genre de sujet qui parvient à créer une forme de malaise, que l'on soit croyant ou non. Secundo, quand tu remplaces les adultes par des fillettes, là ça peut difficilement passer. J'en reviens de nouveau à l'inconscient collectif dans sa représentation des enfants vus comme purs et dénués de toute animosité. Bien que les exemples soient très rares, certains petits psychopathes n'ont pas rechigné à faire parler d'eux pour des affaires de meurtre.
Souvenons-nous de Jon Venables et Robert Thompson, tous deux âgés de 10 ans, qui massacrèrent un enfant de 3 ans à coup de briques et de barres de fer. Sans aller jusque dans ses travers pour le moins sordides, le cinéaste place directement en scène ces deux filles ayant voué leur âme à la gloire de Satan. Quand ont-elles décidé à vouer ce culte au démon Lucifer ? Rien ne nous le dira. Mais qui dit satanisme dit irrémédiablement méchanceté, donc mauvaises actions dont elles jouissent, pas seulement par pur plaisir personnel, mais pour honorer la gloire de leur Dieu. En faisant montre d'un tel récit, c'est l'occasion pour Seria de vilipender une Eglise ayant perdu le contrôle de ses générations futures n'étant plus imbriquées dans le moule collectif. Cette Eglise n'est pas seulement dépassée mais nécrosée par des éléments perturbateurs. Garantes de la morale et de la parole divine, deux soeurs aux penchants lesbiens seront prises en flagrant délit de concubinage par Anne et Lore. 

De plus, Anne, en se confessant à l'aumônier sur cette vision, verra en lui un homme bien plus émoustillé que choqué, versant trop dans les questions personnelles liées aux hypothétiques plaisirs qu'aurait éprouvé Anne. Ce genre de scènes interpelle par une relative absence d'intégrité chrétienne. Un simulacre de bonne conduite de vils individus se cachant sous un masque de croyance tout en ne sachant pas réfréner leurs désirs bestiaux. Bien sûr, et afin d'éviter toute diatribe de potentiels enragés pro-LGBT, autant préciser que les relations homosexuelles sont péchés dans la Foi. Le non-respect des règles déstabilise et décrédibilise ses représentants. Mais, bien au-delà de ça, c'est aussi l'absence de communication avec leurs parents qui fait qu'elles n'ont peut-être pas su être pleinement épanouies. Peut-être bien que plus d'amour et d'attention aurait pu empêcher l'irrémédiable.
Toujours est il que Anne et Lore ne pourront compter que l'une sur l'autre et chercheront à s'évader de leur monde pour se créer le leur. Un monde infernal, profondément misanthrope. A force de trop enfermer les jeunes générations dans un carcan oppressant de moralité, l'effet inverse se produit et cela passe par se délivrer des chaînes qui les retiennent. Mais ne nous délivrez pas du mal a un peu cette connotation anticléricale, dans le bon sens du terme. La critique est juste et témoigne de toute l'hypocrisie de personnalités qui enseignent aux enfants ce qu'elles ne pratiquent pas. Pas de quolibets racoleurs, ni d'insultes gratuites sur le catholicisme. Une chose qui aurait pu faire sombrer la pellicule dans une caricature outrancière.

 

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Dans une autre thématique, Seria va s'imprégner d'une dimension féministe en tançant les bas instincts de l'homme sur base de la question suivante : Un pédophile sommeille-t-il en chaque homme ? Je sens déjà vos sourcils se resserrer. Dans sa prépondérante violence morale, Mais ne nous délivrez pas du mal s'imprègne de la dimension de la faiblesse mentale masculine devant la chair, quand bien même elle ne soit pas en âge. Ceci donnera lieu à des séquences outrageantes, inouïes de par leur traitement frontal. Aguichant des hommes en apparence intègres, ceux-ci finissent par déchanter et montrer le visage du démon. Les deux scènes de viols seraient proprement impossibles à tourner à notre époque tant elles vont loin. Arrachant les sous-vêtements, léchant abondamment les seins, voire allant jusqu'au cunnilingus, le spectateur est comme abasourdi devant cette prise de risque extrême.
Si l'on se doute bien que des doublures ont remplacé les fillettes, le traitement déstabilise comme attendu. Le problème étant que non, le pédophile ne sommeille pas en chaque homme. C'est un peu ce constat qui transforme la question sociologique en piège où Seria chute indirectement, se prenant à son propre jeu. Il aurait été plus sage et intelligent de retranscrire une scène où un homme ne tombe pas dans le panneau et garde son intégrité. Ceci aurait contrebalancé une thématique trop axée sur la pédophilie inhérente à l'âme masculine.

Mais que l'on se rassure, ce cocasse défaut ne décrédibilise pas suffisamment le métrage pour que le scepticisme prime sur un choc parfaitement attendu. Gravez-le vous au fer rouge que Mais ne nous délivrez pas du mal est un film ardu, choquant à visionner. Amis des animaux ? Eviter de rentrer votre poing dans l'écran quand vous assisterez au chaton maltraité ou aux oiseaux tués. J'ai eu du mal, je vous le rassure. La méchanceté semble sans limites devant tous les actes abjects dont elles s'enorgueilliront. Pari amplement réussi que de manifester une haine viscérale sur l'être pur par nature. Nous sommes à quelques étages au-dessus de Esther, pour ne citer que lui.
Seria ne monte (presque) pas crescendo dans l'atrocité et nous noie sous une déferlante de méchanceté gratuite, tandis que certaines visions infernales sortiront de l'imaginaire de Anne et Lore. Aucune âme ne se dégage du film et de ce fait, l'intensité est omniprésente et les 1h40 passent très vite. Le tout s'achevant dans une apothéose propice à l'Enfer dans son expression originelle. Cependant, je peux difficilement cacher mon scepticisme sur le réalisme des réactions des personnes présentes dans l'assemblée mais je n'en dirai pas plus.

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Au niveau esthétique, je ne peux que dire que le métrage est d'une grande beauté visuelle. Les décors sont ouverts, aérés. Il y a un profond affichage de la nature, un peu comme si Satan évoluait dans un simili Jardin d'Eden. La caméra est relativement posée et ne s'auto-censure pas. A ceci se rajoutera une bande sonore empreinte de mélopées inquiétantes dont la tonalité renvoie sans nul doute à l'épouvante. Enfin, on ne pourrait achever la chronique sans parler de l'excellent jeu d'acteur de Anne et Lore, respectivement incarnées par Jeanne Goupil et Catherine Wagener.
Bien que l'on puisse être exaspéré face à leurs rires trop forcés, leur insondable froideur a de quoi faire... froid dans le dos. On sentira Lore un brin plus timorée dans la cruauté originelle en voyant ses expressions faciales désarçonnées quand Anne empoisonnera un oiseau. Qu'on se le dise, Goupil est celle qui se débrouille le mieux avec son visage sans émotion mais, de son côté, Lore, avec son visage angélique et souriant, en est tout autant perturbante. Pour le reste du casting, il est malheureusement sans intérêt.

En conclusion, Mais ne nous délivrez pas du mal est un exemple de plus de ce cinéma français ayant des (grosses) couilles. Un cinéma frontal n'ayant pas froid aux yeux mais dont les pellicules sombrent souvent dans l'oubli. Heureusement, oh jour de gloire, ce n'est pas le cas de ce métrage pas trop mal connu qui transcende son sujet d'une Eglise en perdition et d'une génération abandonnée de ses ainés. Le taux d'inhumanité, de sadisme, de monstruosité atteint des sommets inattendus et rarement vus dans le cinéma global. Les scènes, toutes plus outrageantes les unes que les autres, se succèdent à une cadence savamment jaugée. Je me permettrai de laisser la surprise à ceux qui ne l'ont pas vu mais dites-vous bien que Mais ne nous délivrez pas du mal n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. Un véritable film choc nous bazardant de questions sociologiques.
Un constat qui n'est pas, dans une dimension plus métaphorique, si éloigné que ça du nôtre à une époque où la jeunesse semble jouir des ragots, des humiliations sur certains de leurs camarades. Le tout ayant pris de graves proportions avec l'avènement des réseaux sociaux. Au final, un enfant n'est pas aussi pur qu'on le prétend, en raison de l'environnement hostile influant sur sa psychologie comportementale. En viendra-t-on à l'aboutissement de futur(e)s Anne et Lore inscrivant avec fierté sur un papier "Pêcher est devenu notre objectif principal" ?

 

Note : 15/20

 

 

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18 juillet 2018

L'Au-Delà - 1981 ("Un jour, les portes de l'Enfer s'ouvriront sur notre monde")

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans à sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1981
Durée : 1h27

Synopsis : Une jeune femme hérite d'un hôtel dans la Nouvelle Orléans. Alors qu'elle entreprend des travaux de rénovation, des phénomènes étranges font de sa vie un véritable enfer.           

La critique :

A l'origine, rien ne prédestinait Lucio Fulci à embrasser une carrière cinématographique prestigieuse. Tout d'abord promis à des études médicales pour revêtir les oripeaux d'un médicastre émérite, Lucio Fulci se regimbe contre l'autorité patriarcale pour se tourner vers le noble Septième Art. Jeune apprenti, il s'aguerrit derrière la caméra grâce à l'érudition et à la prodigalité de Marcel L'Herbier, le réalisateur de Les Derniers Jours de Pompéi (1950). Tout d'abord rétif, Lucio Fulci tergiverse entre divers registres cinématographiques (entre autres, les westerns de série B...) et signe plusieurs pellicules en tant que scénariste ou assistant-réalisateur.
Pour le metteur en scène transalpin, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à la fin des années 1960 avant de déceler son style de prédilection, à savoir ce goût immodéré pour la violence, le scandale et la provocation.

Perversion Story - La Machination (1969) permet à Lucio Fulci d'affirmer son irrévérence sur le cinéma italien. Ses films suivants corroborent ce fort penchant pour l'outrecuidance. Les thuriféraires du cinéaste citeront aisément Liens d'amour et de sang (1969), Le Venin de la peur (1971), La longue nuit de l'exorcisme (1972), Obsédé malgré lui (1972), ou encore L'Emmurée Vivante (1977) parmi les longs-métrages les plus notables et notoires. Le succès commercial surviendra tardivement avec L'Enfer des Zombies (1979), ou Zombi 2, souvent considéré à tort comme la suite inhérente de Zombie (George A. Romero, 1978), ce que Lucio Fulci a toujours démenti.
Grisé par ce succès inopiné, le metteur en scène transalpin avalisera cette dilection pour l'horreur et les érubescences avec Frayeurs (1980) et L'Eventreur de New York (1982).

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Vient également s'agréger L'Au-Delà, E tu vivrai nel terrore - L'aldilà de son titre original, et sorti en 1981. A raison, le métrage est souvent considéré comme la quintessence du cinéma de Lucio Fulci. L'Au-Delà symbolise malicieusement toutes les obsessions récurrentes du réalisateur italien, à savoir cette affection irréfragable pour l'eschatologie, les pulsions sexuelles, la mort, cette acerbité contre la religion et bien évidemment cette impudence ostentatoire.
Sur ce dernier point, L'Au-Delà est aussi répertorié parmi les sommités et les grands monuments du cinéma gore, juste aux côtés de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), ou encore La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972), pour ne citer que ces classiques référentiels.

Pourtant, L'Au-Delà est littéralement honni, admonesté et voué aux gémonies lors de son exploitation furtive dans les salles de cinéma. Irascible, la censure y voit une oeuvre trash, dédaigneuse et pornographique qui expose allègrement des cadavres en putréfaction et de l'hémoglobine ad nauseam, le tout corseté par plusieurs saynètes de crucifixion. C'est la raison pour laquelle L'Au-Delà écope d'une interdiction aux moins de 18 ans au moment de sa sortie. A l'époque, le style harangueur de Lucio Fulci reste encore incompris par les critiques dubitatives.
Au mieux, Lucio Fulci est considéré comme une sorte de "bisseux", un peu tâcheron sur les bords, qui profite de cette nouvelle vague gore et horrifique pour lutiner et s'acoquiner avec les ambiances méphitiques et les zombies sévèrement décrépits. 

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Dans le cas de L'Au-Delà, il faudra de nombreuses années, voire même plusieurs décennies, pour que cette oeuvre morbide soit reconnue à sa juste valeur. La réprobation sera également minorée par la suite pour se solder par une interdiction aux moins de 16 ans. Aujourd'hui, on peut légitimement évoquer un film culte, voire un classique proéminent du cinéma gore. Le long-métrage va inspirer toute une pléthore de cinéastes, notamment Paco Plaza et Jaume Balaguero pour la tétralogie Rec.
Les deux cinéastes ibériques n'ont jamais caché leur effervescence ni leur extatisme pour cette oeuvre majeure et prédominante de Lucio Fulci.
Reste à savoir si The Beyond (soit l'intitulé anglicisé du film) mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de L'Au-Delà se compose de Catriona McColl, David Warbeck, Cinzia Monreale, Antoine Saint-John, Veronica Lazar et Anthony Flees.

Pour le rôle principal, celui de Liza Merril, Lucio Fulci avait tout d'abord songer à engager l'actrice Tisa Farrow, mais cette dernière cessera toute activité cinématographique après le tournage d'Anthropophagous (Joe d'Amato, 1980 - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Au-delà). Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de L'Au-Delà ! Attention, SPOILERS ! Liza Merril est une jeune femme trentenaire qui hérite d'un hôtel dans la Nouvelle Orléans. Alors qu'elle entreprend des travaux de rénovation dans cet endroit vétuste, des phénomènes étranges se produisent, entraînant la mort de plusieurs ouvriers. Cette suite d'événements va précipiter la jeune femme au sein même de l'enfer.
Indubitablement, on mésestime encore aujourd'hui l'impact et l'impertinence de L'Au-Delà sur le cinéma d'épouvante. 

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Cette oeuvre ténébreuse et comminatoire a sans aucun doute inspiré la trilogie de l'Apocalypse amorcée par John Carpenter en 1982 avec The Thing, et poursuivie avec Prince des Ténèbres (1987) et L'Antre de la Folie (1995). A travers L'Au-Delà, Lucio Fulci confédère toutes ses thématiques de prédilection, à savoir la sorcellerie, le réveil impromptu de morts en décomposition, l'Apocalypse, une religion qui dérive prestement vers les rites sacrificiels et une folie inextinguible qui se transmute à son tour en hallucinations visuelles, fantasmagoriques et cénesthésiques.
Certes, le scénario est plutôt lapidaire et ne manquera pas de faire tiquer certains contempteurs dubitatifs. Mais la grande force de L'Au-Delà ne se situe pas vraiment dans ses scansions narratives, mais davantage dans sa mise en scène affûtée qui emprunte au gothique et à l'eschatologie pour avaliser son climat mortifère.

Dès le préambule qui nous entraîne en 1927, le film a le mérite de présenter les animosités via une crucifixion extrêmement sanguinolente. Indiscutablement, Lucio Fulci ne badine pas avec la marchandise et nous gratifie de plusieurs énucléations et dilacérations d'organes, dans la grande tradition du cinéma gore. Le spectateur ébaubi sera même convié à une séance carnassière via cette jeune femme amblyope tortorée par d'hideuses arachnides. Voilà pour l'ensemble des inimitiés ! Toutefois, résumer L'Au-Delà à une série de bacchanales, d'agapes et de priapées serait une grave erreur.
Par exemple, la dernière demi-heure, en apothéose, s'apparente à une sorte de cauchemar cinématographique se déroulant dans des plaines embrumées, esseulées et envahies par des spectres comminatoires.
Sur la forme, L'Au-Delà se pare d'une introspection sur cette frontière ténue qui sépare l'activité onirique de la mort et de l'aliénation mentale. Derrière cette métaphore funeste, se tapit une interrogation dubitative sur les fondements d'une vie après la mort. Pour Fulci, ce sont les ténèbres et l'expiation qui attendent patiemment notre âme après notre dernier trépas. "Un jour, les portes de l'enfer s'ouvriront sur notre monde" s'écrie un vulgaire quidam de passage.
Vous l'avez donc compris.
L'Au-Delà n'a pas usurpé sa couronne hiératique de film culte et se révèle encore supérieur à Frayeurs, réalisé un an auparavant.

Note : 17/20

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17 juillet 2018

Les Enfants du Paradis (Le plus grand classique du cinéma hexagonal)

 

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Genre : drame
Année : 1945
Durée : 3h02

Synopsis : Paris, 1828. Baptiste, mime au théâtre du Funambule, tombe amoureux fou de Garance, une femme belle et mystérieuse. Un soir, par maladresse et timidité, Baptiste laisse celle-ci le quitter. Garance trouve alors le réconfort auprès de Frédéric Lemaître, un apprenti comédien. Quelques années plus tard, les choses ont bien changé. Baptiste se retrouve marié et père de famille tandis que Garance est devenue la maitresse du riche Comte de Montray. Cependant, lorsqu'ils se revoient à nouveau, ils se rendent compte qu'ils n'ont jamais cessé de s'aimer.

La critique :

C'est dans ces moments-là que l'on se sent peu de chose. En effet, on n'a pas tous les jours l'occasion de chroniquer le plus beau film français de tous les temps. Aussi je vous demanderai de pardonner à l'avance la médiocrité de ce billet que ce film monumental ne mérite sûrement pas. Plus grand film français ? Ce n'est pas moi qui le dis mais les experts, les critiques du Septième Art et tous les classements établis depuis la dernière guerre. Le fait est incontestable : Les Enfants du Paradis reste, à ce jour, le sommet absolu du cinéma hexagonal et l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma mondial.
Pourquoi ? Peut-être d'abord par la grâce d'un réalisateur, Marcel Carné, alors à l'apogée de sa création artistique. En 1945, il a déjà à son actif quelques chefs d'oeuvres tels Hôtel du Nord et Quai des Brumes en 1938, Le jour se lève en 1939, et surtout Les Visiteurs du Soir en 1942. Le désespoir de Gabin, la folie de Jules Berry, la gouaille d'Arletty et les yeux mélancoliques de Morgan restent à jamais dans nos souvenirs.

Pour l'accompagner aux dialogues, Carné reste fidèle à Jacques Prévert. Pour l'occasion, le poète se sublime et nous offre des répliques qui s'inscriront dans la mémoire collective. Encore aujourd'hui, personne n'a oublié le "T'as d'beaux yeux tu sais" de Gabin ou le fameux "Atmosphère, atmosphère" d'Arletty. Enfin, ce qui a fait la légende de ces films et en particulier de Les Enfants du Paradis, ce sont des acteurs mythiques. On y retrouve donc Arletty, actrice emblématique du réalisateur, mais aussi l'immense Pierre Brasseur, les "théâtraux" Jean-Louis Barrault, Marcel Herrand et Louis Salou, Maria Casarès ainsi que Pierre Renoir, frère aîné de Jean, le réalisateur de La Grande Illusion entre autres.
Avec de tels auteurs et une pareille distribution, Les Enfants du Paradis avait tout ce qu'il fallait pour devenir un sommet du Septième Art. Et il le fût. Le film est composé de deux époques et chaque époque se voit débuter par un levé de rideau, comme au théâtre.

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Attention spoilers : Première époque : Le boulevard du crime - Dans les années 1830 à Paris, le théâtre du Funambule se produit sur le boulevard du crime. Parmi les attractions, le mime Baptiste Debureau (J-L. Barrault) rencontre un vif succès malgrè le continuel dénigrement de son propre père. Tandis qu'il est sur scène, il aperçoit une femme mystérieuse, Garance (Arletty), qui le subjugue par sa beauté. A la suite d'une confusion, celle-ci se fait accuser à tort d'un vol. C'est alors que Baptiste, par son seul jeu de pantomime, parvient à la faire innocenter tout en provoquant les rires de la foule. Par la suite, le mime fait la connaissance de Frédéric Lemaître (P. Brasseur), un jeune acteur plein d'enthousiasme. Ils sympathisent et Baptiste lui propose de venir loger à la pension de Madame Hermine qui fait crédit aux artistes désargentés.
Une nuit, alors qu'il boit dans une taverne, Baptiste revois Garance et l'invite à danser. C'est alors qu'il est pris dans une rixe, confronté aux hommes de main de Lacenaire (M. Herrand), un criminel patenté mais seul ami de Garance.

Baptiste recueille alors la jeune femme et lui avoue maladroitement son amour. Mais alors qu'elle va s'offrir à lui, il quitte la chambre précipitamment. Frédéric, qui logeait dans la chambre voisine, en profite pour rejoindre Garance et ils deviennent amants. Tandis que le théâtre du Funambule prospère, les trois artistes se produisent chaque soir avec plus de succès. Cependant bien qu'il soit aimé par Nathalie (M. Casarès), la fille du directeur du Funambule, et qu'il voit l'idylle entre Garance et Frédéric s'étioler peu à peu, Baptiste se renferme dans le désespoir.
Garance, pour sa part, fait la connaissance du riche Comte de Montray qui lui offre sa protection. Cette aide lui sera précieuse lorsque soupçonnée comme complice d'une agression commise par son ami Lacenaire, elle tend aux policiers la carte du Comte. Deuxième époque : L'homme blanc - Plusieurs années ont passé et Frédéric qui a quitté le Funambule, est devenu le plus grand acteur du monde. Il passe toutefois le plus clair de son temps à contracter des dettes qu'il n'honore pas, ce qui lui vaut d'être fréquemment provoqué en duel.

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Baptiste, lui, resté fidèle au théâtre de ses débuts, triomphe sur scène dans ses pantomimes. Pour oublier Garance, il s'est marié avec Nathalie avec qui il a eu un fils. Cependant, Garance, devenue la maîtresse du Comte de Montray, est de retour à Paris après une très longue absence. Chaque soir, discrètement, elle va le voir jouer. Par l'intermédiaire de Frédéric qui saura surmonter sa jalousie, Garance et Baptiste se retrouveront pour leur seule et unique nuit d'amour. Au matin, surpris par Nathalie, les deux amants se sépareront à nouveau et se perdront à jamais dans les sarabandes d'une foule euphorique, un jour de carnaval. Avec Les Enfants du Paradis, Marcel Carné atteint le summum du réalisme poétique et de sa carrière par la même occasion. Plus jamais par la suite, il ne retrouvera un tel niveau de mise en scène. Pourtant réaliser ce film ne fût pas une sinécure, loin de là.
Commencé fin 1942 entre Paris et la Côte d'Azur, le tournage ne s'achèvera qu'en août 1944, quelques jours avant la libération. Entre un incendie qui ravagea les studios de la Victorine à Nice, les descentes de la Gestapo venue arrêter plusieurs techniciens résistants ou encore la fuite de Robert Le Vigan, collaborateur notoire et pressenti pour le rôle de Jéricho, le marchand d'habits (remplacé au pied levé par Pierre Renoir), le film prit un retard considérable.

Pourtant, Carné qui voulait faire de la sortie de Les Enfants du Paradis le premier évènement culturel de l'après-guerre, fit retarder le montage du film jusqu'au début de 1945. Au soir de la première, on remarquera l'absence d'Arletty placée en résidence surveillée en représailles d'une liaison entretenue avec un officier allemand. Lors de son arrestation, l'actrice lâchera cette phrase : "Mon coeur est toujours resté français mais mon cul est international !". Malgré ce, le film connaîtra un immense succès et sera porté aux nues par tous les observateurs. Il faut dire que cette oeuvre est tenue à bout de bras par des comédiens sensationnels avec une mention spéciale à Pierre Brasseur qui y fait un prodigieux numéro. Les Enfants du Paradis, c'est aussi et avant tout une immense déclaration d'amour au théâtre et à ceux qui le font vivre. La passion des planches transpire littéralement à l'écran.
D'ailleurs, dans la réalité, les grands acteurs de l'époque tels Jouvet ou Brasseur, ne considéraient le cinéma que comme un complément bassement "alimentaire". Seul le théâtre leur permettait, à leurs yeux, de véritablement exprimer tout leur art. 


Mais Les Enfants du Paradis est un film bien plus complexe qu'il n'y paraît. A travers le personnage du Comte de Montray, qu'il se plaît à ridiculiser, Carné fait une violente critique de la bourgeoisie, de ses hypocrisies et ses faux semblants. De ce fait, il prend clairement le parti des miséreux, ces petites gens qui remplissent les gradins hauts perchés du Funambule, le Paradis. Le film aborde aussi de manière sous-jacente le thème de l'homosexualité par le biais du personnage de Baptiste dont le côté féminin crée une troublante ambiguïté tout au long du film.
A ceci, on peut ajouter d'autres thèmes universels tels que l'amour bien sûr, mais aussi la jalousie, la trahison, l'abandon etc... Ils sont ici abordés avec une telle poésie, une telle puissance, qu'il faudrait encore bien d'autres chroniques pour en faire le tour. Exceptionnel à tous les niveaux, Les Enfants du Paradis se place tout en haut sur l'échelle de valeur cinématographique. Personnellement, je le classerai sans problème parmi les dix grands films de tous les temps. En conclusion, je ne peux qu'encourager ceux (s'il en reste) qui ne l'ont pas encore vu, à découvrir d'urgence ce chef d'oeuvre absolu. Tout simplement la perfection et même peut6être un peu mieux...

Note : 20,5/20

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16 juillet 2018

Feast ("Ils sont méchants, rapides et affamés")

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2005
Durée : 1h35

Synopsis : Dans un bar perdu au fin fond du Texas, la soirée se déroule paisiblement quand brutalement, la nuit tourne au cauchemar. A quelques pas de là, des créatures mutantes, affamées, se sont échappées d'une base de recherche militaire... Et elles ont faim de chair humaine...          

La critique :

Il est amusant de noter cette propension du cinéma hollywoodien à exploiter le moindre concept un tant soit peu perspicace et/ou novateur, qu'il triomphe ou non au cinéma ou via le support vidéo. Dans le registre horrifique, la surprise viendra d'un torture porn, pourtant réalisé avec un budget anomique. Son nom ? Saw de James Wan en 2004, une oeuvre retorse, véhémente et putride qui permet de renouer avec les rugosités de naguère, dans la grande tradition de Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), La Colline A Des Yeux (Wes Craven, 1977), ou encore de La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972) en leur temps.
A son tour, Saw va revêtir les oripeaux d'un nouveau phénomène commercial et va aussi se transmuter en une heptalogie lucrative et de qualité pour le moins sporadique.

Dépité, James Wan quitte subrepticement le navire et laisse ses assesseurs dévoyer la franchise vers d'étonnantes tortuosités. Malgré la profusion de tortures, de supplices et de pièges artificieux, les suites se révéleront au mieux ineptes et stériles. En 2006, Eli Roth connaîtra peu ou prou le même sortilège (si j'ose dire...) avec Hostel, un autre torture porn produit par Quentin Tarantino, qui réalise même quelques saynètes rutilantes pour l'occasion.
Succès commercial oblige, Hostel se transmue promptement en diptyque avec Hostel : chapitre 2, toujours réalisé par les soins d'Eli Roth en 2007. Précautionneux, le metteur en scène peaufine et affine une pellicule qu'il souhaite plus acerbe et aventureuse. Requête plutôt réussie en l'occurrence en dépit d'un sérieux manque de barbaque et de tripailles au programme. 

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Que soit. Si Hostel : chapitre 2 se solde par une rebuffade au box-office lors de sa sortie au cinéma, le film rapporte suffisamment de pécune en vidéo pour engendrer un troisième opus, Hostel : Chapitre 3 (2011). A l'instar de James Wan deux ans plus tôt, Eli Roth vaque à d'autres occupations. Il est alors suppléé par un Scott Spiegel peu sourcilleux, qui se charge de fourvoyer une saga en déliquescence. En outre, Hostel - Chapitre 3 ne bénéficiera pas d'une exploitation dans les salles obscures et devra se contenter d'écumer les bacs à dvd. Corrélativement, une autre franchise toise le haut des oriflammes via le support vidéo. Son nom ? Détour Mortel.
Cette série cupide et mercantile s'inscrit dans le continuum et le sillage de Saw et de Hostel. Peu ou prou de surprises aux commandes avec une floppée de longs-métrages (six pour le moment...) qui spolient à satiété le concept et la rhétorique de La Colline A Des Yeux (précédemment mentionné) et de Délivrance (John Boorman, 1972).

Bien conscient de ces phénomènes concomitants, John Gulager décide lui aussi de créer sa propre franchise. Celle-ci débute avec Feast, sorti en 2005. Toutefois, pas question de lutiner ni de s'acoquiner avec le torture porn ni le paranormal de bazar. En l'occurrence, John Gulager n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour les films de monstre à l'ancienne, ceux qui ont vu poindre - par exemple - un xénomorphe dans un vaisseau spatial (le Nostromo) en déshérence dans Alien : le huitième passager (Ridley Scott, 1979).
Mais John Gulager n'a pas de telles velléités scénaristiques. Si Feast ne bénéficie pas d'une distribution dans les salles de cinéma, il triomphe à l'inverse via le support DTV (direct-to-video). Mieux, le métrage s'arroge prestement la couronne de film culte en remportant plusieurs illustres récompenses dans divers festivals, et notamment lors du festival du film fantastique d'Austin en 2005 (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Feast_(film,_2005).

Conjointement, certains thuriféraires évoquent déjà la nouvelle référence du cinéma bis, un peu comme Tremors (Ron Underwood, 1990) en son temps. Reste à savoir si Feast mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... En raison de son succès inopiné, ce premier film va évidemment se décliner en trilogie avec Feast 2 : No Limit (John Gulager, 2008) et Feast 3 : The Happy Finish (John Gulager, 2009). D'une façon générale, la trilogie Feast n'est pas spécialement réputée pour sa courtoisie ni pour sa bienséance.
La franchise aime s'accointer avec les érubescences et l'abondance d'hémoglobine. A ce sujet, Feast premier du nom a écopé d'une interdiction aux moins de 16 ans. Derrière la production de cette bisserie impécunieuse, on trouve le nom de Marcus Dunstan, un autre parangon du cinéma gore à qui l'on doit le diptyque The Collector (2009) / The Collection (2011), ainsi que le film d'horreur The Neighbor (2016). 

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En revanche, on pourra être surpris par les présences concomitantes de Matt Damon, Wes Craven et de Ben Affleck qui viennent prodiguer leur érudition à la conception de Feast. L'air de rien, on retrouve donc une partie du gratin hollywoodien derrière cette bisserie surgie de nulle part, si ce n'est de l'imagination fertile de son propre démiurge. La distribution du film se compose d'Eric Dane, Navi Rawat, Krista Allen, Balthazar Getty, Josh Zuckerman, Clu Gulager, Henry Rollins et Judah Friedlander. Attention, SPOILERS ! Dans un bar perdu au fin fond du Texas, la soirée se déroule paisiblement quand brutalement, la nuit tourne au cauchemar. A quelques pas de là, des créatures mutantes, affamées, se sont échappées d'une base de recherche militaire...
Et elles ont faim de chair humaine... A l'aune de cette exégèse, difficile, à fortiori, de s'enthousiasmer pour les lignées narratives de Feast.

Autant l'annoncer de suite. La force du film ne repose pas vraiment... du tout... sur ses phrasés scénaristiques, pour le moins anémiques, mais davantage sur sa mise en scène originale et cérémonieuse. Finalement, le scénario de Feast repose sur une seule et unique ligne : "Les monstres sont rapides, méchants et affamés". Tel est par ailleurs l'aphorisme comminatoire proclamé par l'un des protagonistes désarçonnés. Sur la forme, Feast s'apparente quasiment à une bande dessinée télévisuelle. Dès le préambule, les divers personnages sont présentés via quelques phrases lapidaires et une bande son hargneuse et rock'n'roll.
Après une courte introduction et quelques conversations oiseuses, Clu Gulager annonce d'emblée les animosités via un premier assaut particulièrement meurtrier.

Une femme anonyme gît sur le sol, la jambe amputée par un monstre protéiforme. Un autre gusse se tord de douleur après avoir subi la morsure d'une créature dolichocéphale. Dès lors, Feast prend la forme d'un huis clos âpre et rédhibitoire. A aucun moment, John Gulager ne relâche jamais la pression et happe littéralement le spectateur à la gorge sur une durée académique d'une heure et 35 minutes de bobine, ni plus ni moins. Indubitablement, on sent le style et l'irrévérence conjugués de Marcus Dunstan et de Wes Craven derrière cette pellicule harangueuse.
Par certaines accointances, Feast premier du nom n'est pas sans rappeler les outrecuidances de Tremors (déjà précité) en son temps. Clairement, le film de John Gulager n'a rien à envier à ses augustes devanciers. Seul petit bémol, on pourra légitimement clabauder et grommeler après quelques effets de caméra un peu trop appuyés. Par exemple, il n'est pas toujours aisé de discerner la complexion polymorphique des créatures carnassières. Mais ne soyons pas trop vachards. Dans l'ensemble, Feast reste une série B probe et largement supérieure à la moyenne habituelle.

Note : 14.5/20

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15 juillet 2018

La vie secrète de Mme Yoshino (Rivalité familiale pour un même phallus)

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Genre : Drame, érotique (interdit aux - 16 ans)

Année : 1976

Durée : 1h14

 

Synopsis :

Mme Yoshino est la fille d'un accessoiriste du théâtre Kabuki. Elle est belle, élégante et est passée maître dans l'art de faire des poupées de papier traditionnelles qui représentent des personnages célèbres du Kabuki. Mais elle est veuve, son mari étant décédé six mois après leur mariage. Depuis, elle vit avec sa fille Takako, adolescente en mal d'amour et jalouse de la beauté de sa mère. Un jour, Mme Yoshino et sa fille rencontrent Hideo, qui n'est autre que le fils de l'acteur qui a violé Mme Yoshino dans son adolescence. Une rivalité naît entre la mère et la fille, toutes deux désormais amoureuses de Hideo.

 

La critique :

Plus qu'aucun autre cinéma, le cinéma nippon a toujours eu un certain penchant pour la représentation du sexe dans le Septième Art. Si l'époque d'aujourd'hui est propice aux pornos classiques et aux pellicules porno-trash d'un niveau indépassable (suffisamment de films de ce genre ont été chroniqués sur ce blog), ce n'est pas sans oublier qu'avant tout cela, un mouvement typiquement japonais a su s'offrir une réelle hégémonie au sein même de son pays, alors qu'il s'exportait plus difficilement. Vous aurez compris que je veux bien sûr parler du pinku eiga, désignant une forme de cinéma érotique japonais. Les débuts de ce type particulier poursuivent les mêmes objectifs de la Nouvelle Vague japonaise : un déclin d'audience inquiétant des grandes sociétés de production dû aux foyers commençant à être équipés de téléviseurs. Alors que la Nouvelle Vague va se lancer dans une réforme complète des codes cinématographiques jugés trop classiques, la branche du pinku eiga va chercher à attirer les foules par son thème racoleur qui déclenchera irrémédiablement les foudres de la censure.
Parallèlement, les JO de 1964 furent une excellente occasion pour le gouvernement de nettoyer les milieux interlopes afin de donner une image plus présentable du pays. Les strip-teases et les films pornographiques furent interdits. Ce qui permit sans doute l'essor du pinku eiga.

Après 1971, le terme de "pinku eiga" va faire place au "roman porno" que l'on peut traduire comme érotisme soft (ce n'est pas moi qui l'invente !). Un terme utilisé par la société de production Nikkatsu. L'érotisme très tempéré était à mettre en adéquation avec une forte censure japonaise et l'impossibilité de filmer des scènes d'amour explicites (ou la présentation de pilosité ou d'organes sexuels). Tout manquement était sévèrement condamné. La caractéristique de ce mouvement "roman porno" est que ses films furent majoritairement produits durant les années 70. Ils étaient réalisés très vite avec de petits budgets et produits en grands nombres. Mais, à la différence des tâcherons actuels, ils étaient tournés par des réalisateurs professionnels et expérimentés. Ceci expliquera que la dimension artistique et les trouvailles esthétiques qui n'en étaient pas totalement exclues.
On dénombrera de nombreux réalisateurs qui ont su se construire une réputation sérieuse tels Koyu Ohara, Noboru Tanaka, Chusei Sone, Tatsumi Komashiro et Masaru Konuma qui va susciter notre intérêt aujourd'hui avec La Vie Secrète de Mme Yoshino. Réalisateur à la carrière difficile s'étant lancé dans le cinéma de sexe un peu par défaut car son objectif de réaliser des films primait sur le reste, il se rendit célèbre chez les passionnés. Ses deux films les plus connus, Fleur Secrète et Une Femme à Sacrifier, érigeront et contribueront à sa notoriété. Il fera même l'objet d'un documentaire en 2000 réalisé par Hideo Nakata du nom de Sadistic And Masochist. Tout un programme ! Qu'en est-il maintenant de ce métrage plus confidentiel ?

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ATTENTION SPOILERS : Mme Yoshino est la fille d'un accessoiriste du théâtre Kabuki. Elle est belle, élégante et est passée maître dans l'art de faire des poupées de papier traditionnelles qui représentent des personnages célèbres du Kabuki. Mais elle est veuve, son mari étant décédé six mois après leur mariage. Depuis, elle vit avec sa fille Takako, adolescente en mal d'amour et jalouse de la beauté de sa mère. Un jour, Mme Yoshino et sa fille rencontrent Hideo, qui n'est autre que le fils de l'acteur qui a violé Mme Yoshino dans son adolescence. Une rivalité naît entre la mère et la fille, toutes deux désormais amoureuses de Hideo.

S'il y a bien un truc que je reproche dans le cinéma coquin actuellement, c'est qu'il n'y a plus cette volonté de fournir du raffinement et du professionnalisme. L'objectif commercial n'est que de fournir les plus grosses bimbo siliconées possibles pour que le petit monsieur se masturbe devant. Aucune quelconque histoire, ni travail de personnage. C'est le néant le plus complet ! La fosse septique du Septième Art ! Si vous tenez des propos similaires, il serait bon pour vous de faire abstraction de notre époque et de revenir aux fondamentaux. Il y a eu la vague porno chic de part chez nous, et le pinku eiga secondé par le roman porno du côté nippon. Et déjà là, en démarrant le film, on sent très vite que les codes du vrai cinéma seront respectés. Le contexte est pour le moins original avec une mère nouant une relation fusionnelle avec sa fille. On soupçonne très vite ce rapprochement s'étant produit suite au décès du père. Cette minuscule famille semble couler des jours agréables mais des névroses profondes les hantent toutes les deux. Ces névroses sont bien sûr à lier au désir de la chair qu'elles ne peuvent atteindre.
D'un côté, la mère nourrit cet insidieux désir de goûter à nouveau au phallus après six mois de sevrage (vous m'excuserez de cette phrase graveleuse), de l'autre la fille, que nous soupçonnons être vierge, en mal d'amour et de reconnaissance du sexe masculin et qui plus est, jalouse de sa mère. Une crise existentielle par l'absence du dieu Eros. Un autre manifeste soulignant que le désir charnel est indispensable à (presque car il y a des exceptions) tous les humains pour leur stabilité psychologique. 

Un jour, ces deux muses feront la rencontre de Hideo, jeune homme mystérieux à la beauté hypnotisante. L'espoir semble germer en Takako ayant enfin rencontré un éphèbe de son âge avec qui elle pourra espérer fonder quelque chose de durable. Très vite, elle va s'éprendre de lui et goûtera au coït. Cependant, d'étranges sentiments vont germer chez lui et il se retrouvera vite mêlé entre l'obsession de la fille et de sa mère. Cet homme le sait que son charme fonctionne à merveille. Il va commencer à nourrir ce plaisir malsain de jongler sexuellement entre la mère et la fille pour flatter ses bas instincts. Takako remarquera que Hideo commence à se détourner de lui. 
De son côté, la mère, prise d'un accès de folie, se fait tatouer un gigantesque serpent d'Edo sur tout son corps. Takako, dans un dénouement pour le moins déroutant, apprendra ce qui se passait réellement dans son dos en voyant sa mère nue. Eprise de honte devant sa fille, elle se suicidera en s'empalant sur les bouts de verre d'un miroir cassé durant la dispute. Au fait, si vous voyiez en La Vie Secrète de Mme Yoshino une pellicule basique pour se vider une bonne fois dans un mouchoir, vous repasseriez car le film a d'autres ambitions bien plus élevées que la moyenne habituelle.

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Konuma va se focaliser énormément sur ces rapports mère-fille se désagrégeant de plus en plus. Bien que liées par le sang, elles semblent sombrer dans la folie du dieu Eros pour flatter leurs bas instincts. Mme Yoshino en est bien sûr la plus grande fautive car elle sera la responsable de la trahison et de la destruction de la relation entre Takako et Hideo. Les liens, autrefois si forts, volent en éclats pour laisser place à la rivalité la plus primaire. Deux semblants de nymphomanes vouées à s'entretuer pour l'homme les excitant. Dans cette optique, Konuma n'a pas pour objectif premier d'exciter le spectateur mais de lui conter une histoire de drame familial sous fond d'érotisme.
La dimension dramatique est maîtresse des lieux avant l'érotisme, semblant être paré d'une profonde souffrance liée à un manque et des regrets. La Vie Secrète de Mme Yoshino n'est pas sans s'apparenter à une illustration de l'obsession du désir dénaturant le comportement de ceux qui y ont sombrés. Le film est assez novateur de ce point de vue car il illustre l'acte phallique non pas de manière excitante mais de manière désenchantée. Ce qui est un point très intéressant et d'une belle charge émotionnelle. Plus que de l'amour, c'est la haine qui s'y imprègne. 

Tout au long de ce moyen-métrage, nous pouvons scruter avec aisance cette politique cinématographique si plaisante qui voulait que le roman porno fût réalisé par des professionnels. A l'heure actuelle, n'importe qui peut faire un porno, du moment qu'il a une salope de service et un mastard bien membré. Le visuel est explicite concernant une recherche esthétique de tout premier plan avec cette dimension théâtrale du kabuki dont les acteurs n'en sont, finalement, pas si éloignés que ça dans leur rôle. L'interprétation est dans une optique théâtrale qui fonctionne et nous pouvons saluer Naomi Tani et Takako Kitagawa pour leur très belle prestation de femmes mélancoliques.
Shin Nakamaru se montrera, par contre, plus absent. Les rares autres ne présenteront strictement aucun intérêt. Tout ceci s'imbrique dans des décors raffinés, bien filmés où la bande sonore fait des petites merveilles. La dimension érotique n'est jamais racoleuse mais est respectueuse du corps féminin et est d'une grande sensibilité. Pas de rapports sexuels trash au programme ! Que des actes sexuels classiques, d'une remarquable beauté nonobstant. Alors que les bimbos d'aujourd'hui n'ont d'intérêt que d'ouvrir leur vagin, la famille Yoshino dresse un grand portrait humain. Le niveau n'est clairement pas le même.

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S'il ne m'a pas été assez donné de visionner davantage d'oeuvres "roman porno", je ne peux cacher une grande curiosité envers ce genre qui a beaucoup plus de choses qu'on ne pourrait le croire à nous offrir. Déjà, parce qu'il parvient à formater notre vision actuelle du cinéma érotique, où celui-ci peut être réalisé comme n'importe quel genre avec une histoire propre, un travail de personnages, une esthétique travaillée. Certes, on ne peut se placer dans le contexte social nippon à l'apogée du pinku eiga et du roman porno. Etaient -ls vus comme des excitants sur pellicule ou des véritables films ? Difficile à définir. En attendant, on ne peut nier que c'est face à un film d'auteur que nous nous trouvons. Après avoir chroniqué sur le blog La Maison des Perversités, La Vie Secrète de Mme Yoshino confirme mes attentes en se montrant un poil plus plaisant à mes yeux.
Plus que de simples femmes nues, Konuma nous délivre un magnifique et très dur portrait de la désintégration familiale d'une mère et de sa fille obnubilées par le plaisir des sens. C'est un parfum amer de regrets, de déceptions, d'espoirs perdus, de douloureuses cicatrices qui semblent faire corps avec elles et on en arrive presque à être touché par ce périple existentiel dont elles n'en sortiront jamais. Alors que Takako se retrouvera à la case départ en perdant toute confiance en Hideo, Michiyo rencontrera Thanatos l'emportant vers un autre univers où, qui sait, son plein épanouissement charnel pourra être exaucé.

 

Note : 14,5/20

 

 

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14 juillet 2018

Riki-Oh - The Story Of Ricky (Les ultimes arcanes du Qi-Gong)

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Genre : gore, action (interdit aux moins de 16 ans en France, interdit aux - 18 ans à Hong Kong)
Année : 1991
Durée : 1h28

Synopsis : Dans un futur proche, un homme est envoyé en prison pour avoir vengé la mort de sa femme.
Dans cet établissement de haute sécurité, il va devenir le porte-parole de prisonniers maltraités et devra affronter les gangs des quatre ailes de la prison ainsi que le sous-directeur et le directeur de la prison.

 

Première critique :

"Prise au sens large, la Catégorie III Hongkongaise ou "interdiction aux moins de 18 ans" créée en 1988 correspond davantage, culturellement parlant, à notre "interdiction aux moins de 16 ans" et réunit des films d'horizons très variés jugés extrêmes, offensant ou trop explicites" (Source : www.cinemasie.com/fr/fiche/dossier/249/). A l'aune de cette définition méticuleuse, la catégorie III signe donc le grand retour de nos pulsions primitives et reptiliennes via des psychopathes spécialistes du bistouri et de l'opinel, des violeurs notoires, des anthropophages qui se délectent de leurs propres clients dans leur restaurant, des viols à satiété, de la torture ad nauseam et de nombreuses allusions au sexe, en particulier au fétichisme et au sadomasochisme.
De facto, la catégorie III revêt donc un aspect phallique, un peu comme si la dictature - sur fond de phallocratie - reprenait le pouvoir dans une société exsangue et consumériste.

Pour les âmes sensibles, prière de quitter leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates. La catégorie III n'est pas spécialement réputée pour sa courtoisie ni sa bienséance. Certes, la catégorie III peut s'enorgueillir de posséder plusieurs classiques incontournables dans sa besace. Les thuriféraires citeront aisément Full Contact (Ringo Lam, 1992), The Untold Story (Herman Yau, 1993), Ebola Syndrome (Herman Yau, 1996), Run and Kill (Billy Tang, 1993), Red To Kill (Billy Tang, 1994), ou encore Camp 731 - Men Behind The Sun (Mou Tun-fei, 1988) parmi les références de la catégorie III. Néanmoins, on relève aussi quelques navets sérieusement avariés, notamment Raped By An Angel (Wong Jin, 1993), The Cat (Lam Nai-Choi, 1992), ou encore Naked Weapon (Ching Siu-Tung, 2002). Alors, dans quelle catégorie peut-on classifier le célébrissime (tout du moins à Hong Kong...) Riki-Oh - The Story of Ricky, réalisé par les soins de Ngai Choi Lam en 1991 ?

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Pour les amateurs de goguenardises et de facéties, Riki-Oh - The Story of Ricky fait partie des chroniques picaresques de Nanarland (Source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-storyofricky-story-of-ricky.html). Cette référence n'inaugure pas forcément une très grande indulgence envers ce genre de production funambulesque. A contrario, Riki-Oh - The Story of Ricky jouit d'une solide réputation sur la Toile, en particulier auprès des adulateurs du cinéma bis.
Adapté d'un manga, Riki-Oh, de Masahiko Takakumi, The Story of Ricky partage, à l'inverse, de nombreuses accointances avec un autre manga notoire, Hokuto No Ken, soit Ken le Survivant dans nos contrées hexagonales. Certains amateurs évoquent même une adaptation libre de Ken le Survivant au cinéma.

Certes, contrairement à Ken le Survivant, Riki-Oh ne se déroule pas dans une époque troublée et aux allures post-atomiques et eschatologiques, mais le film repose, peu ou prou, sur une dialectique rédhibitoire, à savoir l'explosion (l'implosion...) d'assaillants molestés par Riki-Oh lui-même. C'est sans doute la raison pour laquelle The Story of Ricky est aussi populaire sur le continent asiatique. Mieux, le long-métrage virulent s'est même exporté dans nos contrées occidentales via une sortie en vidéo. La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Fan Siu-Wong, Fan Mei-Sheng, Ho Ka-Kui, Yukari Oshima, Tamba Tetsuro et Gloria Yip ; mais j'en doute...
Attention, SPOILERS ! Dans un futur proche, toutes les prisons ont été privatisées, laissant les détentionnaires libres de tout mouvement durant leur incarcération.

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Riki-Oh, un homme au passé mystérieux, est écroué pour avoir vengé la mort de sa femme. Dans cet établissement de haute sécurité, il va devenir le porte-parole de prisonniers maltraités et devra affronter les gangs des quatre ailes de la prison, ainsi que le sous-directeur et le directeur de la prison. Le jeune homme arbore une force de frappe étonnante. La puissance de ses poings provient de son enseignement martial et trouve sa genèse dans les ultimes arcanes du Qi-Gong, un art ancestral et particulièrement destructeur. Mais malgré sa robustesse, Riki-Oh sera-t-il suffisamment vigoureux pour repousser les attaques de ses offenseurs ? Vous l'avez donc compris.
Riki-Oh - The Story of Ricky ne brille pas spécialement par la qualité de sa trame scénaristique, pour le moins rudimentaire.

L'histoire pourrait se résumer ainsi : un spécialiste des arts martiaux est emprisonné et passe son temps à se colleter avec une armada de garde-chiourmes et de réclusionnaires. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout ! Enfin presque... Car Riki-Oh possède cette fougue, cette ingéniosité et cette tonitruance qui l'érigent d'emblée parmi ces bisseries complètement décérébrées. Le ton est donné lorsque le héros impudent explose un bibendum à main nues, le poing de Ricky faisant ressurgir l'estomac et les intestins de l'infortuné... Dès lors, le héros en déveine passe son temps à régler ses comptes, puis à s'empoigner avec des gangs subalternes. Ces derniers sont même suppléés par des surveillants de pénitencier tout aussi excentriques et psychopathiques.
L'intérêt de Riki-Oh repose donc cet étalage de barbaque à satiété. Extatique, le cinéaste, Ngai Choi Lam déborde d'imagination.  

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La moindre insulte et/ou la moindre moquerie sont systématiquement synonymes de tripailles et d'effusions sanguinaires. Euphorique, Ngai Choi Lam, ne nous épargne aucune excentricité et accumule les saynètes d'hémoglobine à une vitesse fulgurante. Nanti d'un budget impécunieux, le film dérive ponctuellement vers la profusion de sauce tomate, de prothèses, puis de crânes confectionnés en caoutchouc pour émailler une pellicule totalement débridée. Paradoxalement, Riki-Oh - The Story of Ricky s'exclut presque automatiquement de la case des nanars écervelés.
Sur le fond comme sur la forme, le long-métrage s'apparente à une gigantesque orgie sanguinolente qui peut néanmoins s'enhardir d'une étonnante sagacité.
Contrairement aux autres films de la catégorie III, The Story of Ricky ne met pas en exergue une quelconque diatribe de la société asiatique, ni la moindre tendance sociopathique comme la résultante de nos pulsions archaïques. En filigrane, Riki-Oh se permet une critique élusive du système consumériste via cette dérive vers la privatisation. Cependant, cette admonestation reste vraiment évasive, Ngai Choi Lam préférant se polariser sur les animosités. Sur ce dernier point, le réalisateur se montre plutôt magnanime.
Au menu des tristes réjouissances, le film propose plusieurs énucléations, un coup poing qui passe à travers la mâchoire, des étalages de viscères et d'intestins et, in fine, un directeur de prison qui se métamorphose en créature protéiforme. Riki-Oh ne badine pas avec la marchandise, mais ne devrait pas non plus offusquer son audimat en raison de son aspect hâbleur et grand-guignolesque. Bref, une telle bisserie ne pouvait qu'attiser notre philanthropie.

 

Note : 12.5/20

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Seconde critique :

Les films hongkongais de la catégorie 3 sont légion et n'hésitent pas à choquer son auditoire comme Men behind the sun, The untold story ou encore Red to kill. Mais Riki-Oh : Story of ricky fait exception à la règle. Riki-oh est l'adaptation d'un manga paru entre 1988 et 1990. ATTENTION SPOILERS ! Un car de police emmène des condamnés dans une prison afin de purger leur peine.
Parmi ce groupe, se trouve Ricky, accusé du meurtre d'un dealer qui a assassiné sa femme. Dans cet établissement de haute sécurité, Ricky prend conscience qu'il devra user de ses poings pour survivre. Dans cette prison privatisée, les gangs s'en donnent à coeur joie et agressent les autres détenus sans que les matons n'interviennent. Bref, c'est la loi du plus fort qui règne !

Ricky aide un codétenu et se fait agresser par un gan. Il enfonce alors une planche couverte de clous sur le visage de leur chef. Mais à son tour, le codétenu est rudoyé par les matons de la prison sous les ordres du chef du gang. Humilié il se suicide. Ricky se jure de le venger. L'un des sbires du chef du gang se bat avec Ricky, mais ce dernier le terrasse sans souci avec un coup de poing transperçant son ventre.
Ricky est envoyé dans le bureau du sous-directeur. Il est alors frappé et l'humilié mais Ricky réplique en détruisant son bureau. Pour se venger, le sous-directeur de la prison demande à un membre du gang de tuer le jeune homme. Ricky remporte évidemment le combat en assénant un coup mortel au crâne. Le but est alors d'éliminer Ricky, devenu trop dangereux aux yeux du directeur.

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Lors du combat ultime contre ce dernier, transformé en colosse, Ricky parvient à prendre la fuite. Ce film ne manque pas d'effets gore : énucléations, éviscérations, démembrements et autres sévices sont légion et raviront (à moitié) les fans du cinéma trash. Oui à moitié car certains effets ne sont pas toujours réussis et les trucages sont souvent risibles. Le métrage alterne les séquences pénitentiaires et les flashbacks, notamment l'entraînement de Ricky avec son maître ou encore la mort de sa compagne. The Story of Ricky fait penser à l'univers du manga Ken le survivant, à la seule différence que l'histoire se situe dans un milieu carcéral. Le film veut tellement bien faire qu'il tombe malheureusement dans la caricature en multipliant les scènes farfelues, comme par exemple la transformation du directeur de la prison lors du combat final. Ricky fait un noeud avec son tendon après avoir reçu un coup de couteau. Dans une autre séquence, c'est un combattant qui tente de l'étrangler avec ses intestins. 
Ces scènes épiques sont nombreuses. Le personnage de Ricky est un étrange croisement entre Ken le survivant et Liu Kang du jeu vidéo Mortal kombat. Il frappe et démembre ses adversaires avec une telle aisance qu'il ferait passer Steven Seagal pour un enfant de choeur. Bien qu'étant un film de la catégorie 3, The Story of Ricky ne parvient pas à choquer son audimat et provoque surtout l'hilarité. Malgré ses défauts, The Story of ricky reste avant tout un délire cinématographique jubilatoire.

 

Côte : nanar

 

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13 juillet 2018

Blair Witch 2 : Le Livre des Ombres (Accident industriel)

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2000
Durée : 1h30

Synopsis : Quelques temps après la disparition de trois étudiants en cinéma, un groupe de jeunes "touristes" revient sur les lieux de l'affaire afin de se frotter avec la légende de la sorcière de Blair...     

La critique :

Souvenez-vous... C'était en 1999, Daniel Myrick et Eduardo Sanchez réinventaient le found footage avec Le Projet Blair Witch et spoliaient la mise en scène de Cannibal Holocaust via quelques clins d'oeil élusifs et habilement disséminés. Pour mémoire, Le Projet Blair Witch narrait les tribulations de trois étudiants en cinéma partis sonder les mystérieux arcanes de la forêt de Blair Witch. Leur épopée est filmée par une caméra subjective qui va donc retranscrire leurs dernières heures, puis leur disparition au sein d'une nature primordiale, et visiblement ensorcelée par des spectres peu amènes.
Les thuriféraires du film croient ingénument à ce "documenteur" vérité. Le projet Blair Witch, mythe ou réalité ? Evidemment, le scénario n'est qu'un leurre et un simulacre ingénieusement orchestrés par Eduardo Sanchez et son fidèle subordonné.

Toutefois, l'argument est suffisant pour triompher dans les salles et s'acheter une étonnante notoriété. Mieux, Le Projet Blair Witch s'arroge la couronne hiératique de film culte et rapporte suffisamment de pécune pour se transformer en une trilogie lucrative avec Blair Witch 2 : Le Livre des Ombres (Joe Berlinger, 2000) et Blair Witch (Adam Wingard, 2016). Les producteurs cupides et fallacieux croient réitérer le précieux pactole. Pour la modeste somme de 25 000 dollars, Le Projet Blair Witch triple, voire quadruple son budget de départ, pour rapporter plus de 100 000 dollars à ses producteurs mercantiles. A raison, Daniel Myrick et Eduardo Sanchez jubilent.
Hélas, les deux metteurs en scène ne rééditeront pas de telles performances pécuniaires au box-office américain et à travers le monde entier par la suite. 

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Vers la fin des années 2000, Daniel Myrick disparaîtra subrepticement des écrans-radars. Pas Eduardo Sanchez qui s'échine dans la réalisation de productions factices et stériles, notamment avec Altered (2006), Lovely Molly (2011), puis Exists (2014) qui n'ont pas spécialement laissé un souvenir indélébile. En outre, Eduardo Sanchez et Daniel Myrick refuseront de dévoyer Le Projet Blair Witch vers une suite putative. Hélas, leur requête n'est pas ouïe par les grands pontes d'Hollywood. C'est ainsi que Blair Witch 2 : le Livre des Ombres est réalisé dans la foulée.
Daniel Myrick et Eduardo Sanchez sont donc évincés du programme au profit de Joe Berlinger, un cinéaste qui s'est surtout illustré dans des documentaires, entre autres Metallica : The Monster Lives (2014). Autant l'annoncer de suite.

Contrairement à son auguste devancier, Blair Witch 2 : Le Livre des Ombres est loin de faire l'unanimité. Pis, le long-métrage se solde par un bide commercial et recueille les anathèmes et les quolibets d'une presse unanimement sarcastique. Blair Witch 2 est même nommé aux Razzie Awards dans la catégorie "pire film". "Il obtient la note de 13 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes et 1,2/5 sur AlloCiné, ce qui le classe 29e dans la liste des pires films de tous les temps, en raison du manque d'imagination dans le scénario et du fait que cette suite n'a aucun rapport avec le premier opus" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Blair_Witch_2_:_Le_Livre_des_ombres).
Reste à savoir si Blair Witch 2 : le livre des ombres mérite de telles acrimonies. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... 

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La distribution du film se compose de Kim Director, Jeffrey Donovan, Erica Leerhsen, Tristine Skyler, Stephen Barker Turner et Lanny Flaherty. Attention, SPOILERS ! (1) Jeffrey Patterson, un étudiant, décide d'exploiter le filon du premier film en organisant des excursions sur les lieux du tournage du film Le Projet Blair Witch. Prennent part à cette visite nocturne Kim Director, une jeune fille gothique, Erica Geerson, une adepte de la Wicca, ainsi qu'un couple d'étudiants en histoire. Toute l'intrigue du film repose sur la perte de conscience collective des visiteurs à la suite de leur première nuit très arrosée (1), puis à leur réveil, pour le moins brutal.
Premier constat, Blair Witch 2 : le Livre des Ombres propose une toute autre formule que son illustre épigone. Dès son préambule, le métrage se focalise sur ce mythe gangréné par le lucre et le capitalisme.

Désormais, la forêt de Blair Witch est devenue un site touristique comme un autre. Les visiteurs les plus téméraires s'y rendent pour découvrir ce lieu boisé et, à priori, habité par une vile sorcière. De facto, merci de voir Blair Witch 2 : le Livre des Ombres comme une critique acerbe et à peine déguisée du phénomène horrifique et commercial. Joe Berlinger ne loupe pas une occasion de tancer et de vilipender ce nouveau merchandising. Finis le found footage et la caméra subjective au profit d'un thriller horrifique version teen movie, et qui n'est pas sans rappeler le cinéma expérimental de David Lynch ! Hélas, et vous vous en doutez, la comparaison s'arrête bien là.
Si Blair Witch 2 n'est pas forcément le navet semoncé et décrié par certains contempteurs, il n'en reste pas moins une suite particulièrement déroutante. 

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Certes, ce second chapitre a au moins le mérite d'obliquer dans des directions spinescentes. Malicieux, Joe Berlinger décide de se polariser sur ses divers protagonistes, le tout corseté par une musique rock et metal. Le spectateur médusé est donc convié à suivre les pérégrinations, puis une soirée un peu trop avinée au sein d'un aréopage d'étudiants. Ces derniers ont la mauvaise idée de filmer leurs forfaitures. Seul bémol et pas des moindres, Jeffrey Patterson et ses comparses n'ont plus aucun souvenir de leur nuit de débauche. Que soit. De retour au bercail, ils assistent béatement à leur série d'agapes et de priapées dans la forêt. Dès lors, tout le monde devient paranoïaque, s'accuse, se suspecte, se rudoie et s'admoneste. Malencontreusement, après une petite demi-heure de bobine, le spectateur effaré aura aisément subodoré l'habile subterfuge, puisque le film est régulièrement entrecoupé par des saynètes d'interrogatoire diligentées par un inspecteur de police.

Certes, on décèle, çà et là, quelques trouvailles astucieuses. Malencontreusement, le film se perd dans d'interminables facondes et dans un épilogue final capillotracté. Dommage car Blair Witch 2 part pourtant sous les meilleurs auspices via cette diatribe du consumérisme et de cette sorcellerie devenue un fonds de commerce prosaïque. In fine, le métrage souffre également de personnages archétypaux, ainsi que d'un scénario au mieux indigent. En ce sens, Blair Witch 2 : Le Livre des Ombres est et relate à la fois un accident industriel.
Il semble avoir même conscience de sa propre futilité. Impression corroborée par cette absence de tension et d'effroi tout au long du film. Bref, si Blair Witch 2 n'est pas forcément cette calamité persiflée par ses détracteurs, le film tangue allègrement avec les précipices de la médiocrité.

Note : 06.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Blair_Witch_2_:_Le_Livre_des_ombres

12 juillet 2018

Anthropophagous - L'Anthropophage (George Eastman, le cannibale)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1980
Durée : 1h30

Synopsis : Des touristes arrivent sur une petite île grecque, qu'ils trouvent complètement abandonnée. En explorant les lieux ils découvrent une chambre secrète. Ils sont par la suite poursuivis par un psychopathe cannibale bien décidé à les tuer un par un.          

La critique :

Réalisateur, scénariste, cadreur et directeur de la photographie italien, Joe d'Amato est souvent tancé, vilipendé et décrié par les cinéphiles les plus émérites et pour cause... Puisque le cinéaste s'est essentiellement illustré dans l'érotisme et la pornographie via l'émergence des films "X" durant les années 1980, un essor dont profite un Joe d'Amato opportuniste. Par exemple, le metteur en scène s'accaparera du phénomène Emmanuelle (Just Jaeckin, 1974), qu'il transmute en Emanuelle's Revenge (1975), Emanuelle in America (1977), Emanuelle et les filles de Madame Claude (1977), puis en Black Emmanuelle autour du monde (1977) ; à tel point que l'on peut légitimement évoquer une "Emmanuelle's Exploitation", à la seule différence que le nom de la célèbre gourgandine prend ici un seul "M" sous le regard libidineux de Laura Gemser.

Peu farouche, la comédienne sera chargée d'évincer les yeux azuréens de Sylvia Kristel... Une lapalissade... Mais ne nous égarons pas et revenons à notre chronique... Vous l'avez donc compris. Le seul nom de Joe d'Amato rime invariablement avec le cinéma d'exploitation (ou le cinéma bis...). Mieux, le réalisateur mélange allègrement la pornographie, le trash et même l'anthropophagie via plusieurs pellicules aux titres souvent évocateurs, entre autres le fameux Porno Holocaust (1981). Il profitera également des succès inopinés de Conan le Barbare (John Milius, 1982) et de la Trilogie du Dollar pour réaliser des pellicules harangueuses et souvent inédites dans nos contrées hexagonales. 
Joe d'Amato réalisera donc quelques westerns spaghettis, ainsi que des films fantastiques, épiques et influencés par l'émersion de l'heroic fantasy.

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Corrélativement, les années 1980 voient le slasher et les films de zombies triompher au cinéma et via le support vidéo, un phénomène exponentiel qui n'échappe pas à l'oeil avisé de Joe d'Amato. A son tour, le cinéaste compte bien s'accaparer les deux styles iconoclastes. C'est dans ce contexte qu'il signe Anthropophagous, aka L'Anthropophage chez nous, en 1980. Pour Joe d'Amato, l'objectif est à la fois de rebondir sur les succès impromptus de Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980) et de Zombie (George A. Romero, 1978), deux futurs classiques de l'épouvante qui triomphent à la même époque. Toutefois, contrairement à ses augustes devanciers, Anthropophagous n'a pas vraiment pour velléité de dresser une critique acerbe et à caractère sociologique, politique et/ou idéologique. La recette reste intrinsèquement famélique via cette exposition gratuite de tripailles et de gore pour le plus grand bonheur des thuriféraires du genre.

A contrario, Anthropophagous va estourbir durablement les persistances rétiniennes via cet étalage ostentatoire de viscères et d'abats d'animaux en guise d'exactions et de diverses érubescences. Si le long-métrage ne bénéficie pas d'une exploitation dans les salles obscures à l'époque, écopant par ailleurs d'une interdiction aux moins de 18 ans, il connaît un succès retentissant en vidéo. L'affiche du film a le mérite de présenter les animosités en arborant un zombie sévèrement décrépit et se délectant de sa propre chair. Au moins, Anthropophagous ne badine pas avec la marchandise et tient les promesses annoncées par son affiche rougeoyante.
Par la suite, la censure se montrera beaucoup plus indulgente, le film écopant d'une interdiction aux moins de 16 ans. 

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Grisé par ce succès et une telle publicité, Joe d'Amato réitérera quelques années plus tard avec Horrible, aka Rossa Sangue (1981), souvent considéré comme un hommage, une suite et/ou un remake de son illustre homologue. Par la suite, Andreas Schnaas, un autre parangon d'irrévérence et du cinéma trash, réalisera le remake officiel avec Anthropophagous 2000 (1999). La distribution de L'Anthropophage premier du nom se compose de Tisa Farrow, Saverio Vallone, Serena Grandi, Margaret Mazzantini, Mark Bodin et George Eastman.
Pour l'anecdote, l'actrice Tisa Farrow décidera de stopper définitivement sa carrière cinématographique après le tournage du film (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antropophagus), une anecdote qui ne manquera pas de tarabuster certains détracteurs dubitatifs, en particulier les censeurs qui s'interrogent sur les conditions de tournage.

Le nom de George Eastman, également producteur du film, mérite qu'on s'y attarde quelque peu puisque le comédien s'est lui aussi illustré dans l'univers étriqué de la série B, notamment dans Django tire le premier (Alberto De Martino, 1966), Pas de roses pour OSS 117 (Renzo Cerrato, 1968), Emmanuelle et Françoise (Joe d'Amato, 1975), Les Nouveaux Barbares (Enzo G. Castellari, 1982), ou encore 2019, après la chute de New York (Sergio Martino, 1983). Mais, encore une fois, ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse d'Anthropophagous !
Attention, SPOILERS ! Des touristes arrivent sur une petite île grecque, qu'ils trouvent complètement abandonnée. En explorant les lieux ils découvrent une chambre secrète. Ils sont par la suite poursuivis par un psychopathe cannibale bien décidé à les tuer un par un. 

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Le principe d'Anthropophagous repose donc sur un concept aussi basique que lapidaire. Des amis, dont une donzelle affublée de dons de médiumnité, décident de passer des vacances sur une péninsule insulaire. Mais l'endroit est étrangement esseulé et vidé de sa population locale. Sur place, Julie et sa bande doivent alors s'empoigner avec un certain Nikos Karamanlis, un patriarche pris de folie, qui a assassiné sa femme et son propre fils. Dès lors, Anthropophagous adopte son rythme de croisière et tergiverse entre les verbiages moyennement palpitants de ces divers protagonistes et l'érection de la figure décharnée de George Eastman à l'écran. Autant l'annoncer de suite. 
Le comédien et producteur chipe la vedette au reste du casting. Certes, ses apparitions sont plutôt élusives, tout du moins durant la première heure du film, avant d'offrir la boucherie promise par l'affiche du film.

A ce sujet, la saynète du nourrisson dévoré par un George Eastman totalement échevelé ne manquera pas de susciter les anathèmes et les quolibets. C'est sûrement pour cette raison que le film a écopé de l'ultime interdiction en son temps, se nimbant d'un parfum de souffre et de scandale. Heureusement, les effets spéciaux sont essentiellement composés à partir d'abats, largement éparpillés pour l'occasion. On retiendra également cette fameuse séquence d'auto-cannibalisme, George Eastman tortorant ses propres intestins !
Malicieux, Joe d'Amato opacifiera encore les inimitiés dans Horrible.
Cependant, c'est bien Anthropophagous qui remporte haut la main la palme de l'impudence et de la nonchalance en proposant un spectacle âpre, nihiliste et véhément qui ravira, sans aucun doute, les adulateurs de tripailles et du cinéma bis. Ma note finale fera donc preuve d'une étonnante mansuétude car le film n'est pas exempt de tout reproche et n'élude pas les archétypes habituels...

Note : 14/20

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11 juillet 2018

L'Evaporation de l'Homme (90 000 personnes disparaissent chaque année au Japon)

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Genre : Drame, documentaire, expérimental

Année : 1967

Durée : 2h10

 

Synopsis :

M. Oshima, un agent commercial de trente ans, a disparu. Sa fiancée lance un avis de recherche et part avec une équipe de tournage pour enquêter sur cette disparition. Au fil des recherches se dessine le portrait d'un homme rustre, timide, peu efficace dans son travail, qui aimait boire et séduire. Celui-ci n'a plus donné signe de vie après avoir empoché une somme d'argent qui devait revenir à son entreprise.

 

La critique :

Après avoir chroniqué toute une série d'oeuvres de la Nouvelle Vague japonaise, je crois qu'il ne vous est plus inconnu le fait que je considère ce mouvement comme l'un des plus grands courants de toute l'histoire du cinéma. La Nouvelle Vague, voilà un terme qui aura rudement marqué le Septième Art. Qu'elle soit française, allemande, italienne ou encore tchécoslovaque, leur but était de briser les règles en vigueur afin d'apporter une touche de modernisme qui redynamiserait, selon eux, le cinéma. Plus que quiconque, la Nouvelle Vague japonaise fut capitale pour assurer la survie du Septième Art dans son pays. Il s'agissait pour les maisons d'édition de détruire cette féroce concurrence que rencontrait le cinéma face à la télévision. Reformuler les codes permettrait de rameuter les foules dans les salles. Ce plan de grande envergure devait en finir avec le classicisme des films de Ozu, Naruse ou Mizoguchi.
Des réalisateurs au sang neuf, audacieux et ambitieux sont arrivés sur le marché, tels Nagisa Oshima, Masahiro Shinoda ou Yoshishige Yoshida. Parallèlement, certains formulèrent une Nouvelle Vague plus borderline, radicale en réalisant du sulfureux. Masumura avec son sublime La Bête Aveugle ou Matsumoto et son célèbre et excellent Les Funérailles des Roses sont à mentionner.

Parmi ces réalisateurs qui ont tous bénéficiés d'une chronique au minimum une fois, il manque un ponte du courant. Je veux bien sûr parler de Shohei Imamura. Un cinéaste mal connu mais qui n'a pas eu son pareil pour avoir une carrière couverte de lauriers. En effet, il fait partie des huit metteurs en scène à avoir réussi à obtenir deux fois la Palme d'Or au très célèbre Festival de Cannes pour La Ballade de Narayama et L'Anguille. Il ira aussi jusqu'à créer sa propre maison de production sobrement appelée Imamura Productions. Découvert en Europe au début des années 60 avec La Femme Insecte, son style, se démarquant des productions nippones majoritaires, interpelle.
Baroque, provocatrice, torturée, elle épouse le point de vue de ces cinéastes ayant grandi dans une époque apocalyptique marquée par le totalitarisme d'avant-guerre, la seconde guerre mondiale et le remaniement complet de tous les pans sociétaux qui s'en suivra. C'est ce que nous pourrons observer avec le premier film chroniqué du cinéaste sur ce blog, qui est nommé L'Evaporation de l'Homme

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ATTENTION SPOILERS : M. Ôshima, un agent com­mer­cial de trente ans, a dis­paru. Sa fian­cée lance un avis de recher­che et part avec une équipe de tour­nage enquê­ter sur cette dis­pa­ri­tion. L'enquête pié­tine et les fron­tiè­res entre fic­tion et réa­lité s'estom­pent.

Tout un programme ! Imamura va donc aborder la thématique originale des disparitions de personnes au Japon. Il en ressort ce constat effrayant que 90 000 personnes disparaissent chaque année pour des motifs troubles dont l'explication n'est jamais garantie. Pour quelles raisons ces personnes s'évaporent du jour au lendemain ? Est-ce dû à des règlements de compte orchestrés par les yakuzas ? En tout cas, ça ne justifie aucunement ce nombre aussi inquiétant. Alors quoi ? Le réalisateur a ce mérite de planter ce postulat de départ afin de susciter notre curiosité mêlée à l'inquiétude. Caractéristique typiquement humaine de vouloir donner un sens rationnel à toute chose.
Expliquer l'inexplicable afin de ne pas désaxer son confort. Mais la vie est loin d'être un long fleuve tranquille et certaines choses ne peuvent pas s'expliquer. Cela sera le cas de M. Ôshima, un homme normal, parfait rouage du marché du travail nippon, alors en plein essor. Un avis de recherche est lancé par sa fiancée ne comprenant pas les raisons de son départ impromptu. En compagnie de détectives et d'une équipe de tournage, ils vont se lancer sur ses traces et cela passera par interroger tous ceux qui le connaissaient, de près ou de loin. A mesure que les témoignages affluent, apparaît le portrait d'un homme beaucoup plus sombre qu'il n'en avait l'air. Séducteur impénitent, adepte de la boisson, il se permettra de voler les recettes de son entreprise. Un véritable collectionneur de femmes, plus attiré par le désir de la chair que par fournir une efficacité dans le cadre de son travail.

Le portrait d'un homme torturé dont les questions resteront en suspens. Est-ce dû à la peur de se retrouver devant son patron, face à ses erreurs, qu'il s'est enfui ? Ou bien a-t-il tout plaqué pour recommencer une nouvelle vie ? Seul ou en compagnie d'une autre femme ? Le mystère est latent et ne sera jamais résolu dans L'Evaporation de l'Homme. La disparition (cependant véridique) d'un médiocre s'articule sur une féroce critique de la société japonaise. Alors que le fameux "miracle japonais" sans cesse scandé se veut précurseur de l'avancée sociétale, la crise sociale est là, palpable, et engloutit ses rouages dans un mode de vie sombre. Le conditionnement mental, si frappant de ce pays, n'a pas disparu. Avec L'Evaporation de l'Homme, Ôshima est cet homme qui va vouloir s'extirper de ce tel mode de vie. Son départ est une libération de ses chaînes qui le retenait dans un Japon désenchanté envers lequel il a perdu sa foi. Une thématique que l'on retrouvera chez presque tous les cinéastes de cette époque. Mais le film va se jouer aussi de la condition féminine et de son aliénation en affichant leurs pulsions instinctives. Une concurrence acerbe mâtinée d'une crise sexuelle.
Un homme et des femmes désireux d'avoir la reconnaissance de l'autre. Des femmes, jouet d'un vil séducteur, et qui semblent ne pas éprouver de rancune à avoir été bernées.

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Ce qui fait que L'Evaporation de l'Homme va se détacher autant du cinéma traditionnel est que Imamura va opter pour la carte du faux documentaire. A l'époque, ce genre était encore totalement méconnu. Une oeuvre précurseur d'un choix de mise en scène difficile. La fiction et la réalité sont sur une même corde mais l'équilibre est, néanmoins, fragile. Le réalisateur s'inspire du concept de cinéma-vérité, alors très en vogue, pour mêler l'authenticité et la fiction. Parvenir à faire rentrer le spectateur dans un documentaire où un fait divers véridique est romancé. Un pari extrêmement risqué à mettre en scène. Nous pouvons dire que ce simili-documentaire fait mouche au vu d'un réalisme si frappant. La mise en scène chirurgicale s'est basée sur ce fameux cinéma-vérité avec ses retournements de situation, ses secrets et ses confrontations entre personnages. Une soeur qui exigera de sa grande soeur une explication quant au fait qu'elle a appris que Ôshima s'est promené avec elle en secret, sans rien lui dire.
Les personnes interrogées mentent car elles ont leurs raisons personnelles. Imamura va aussi, à plusieurs reprises, avertir le spectateur que son film est une fiction avec une voix-off retranscrite. Ce semblant d'avertissement va se voir révéler dans la dernière demi-heure où le cinéaste va casser son dispositif en annonçant que le reportage auquel nous assistons n'en est pas un. Il est une création d'une société filmant l'action présente.

En faisant ce choix, l'impasse du cinéma-vérité est pleinement révélée. Même si le réalisme semble y être, il n'y a jamais qu'un ensemble de caméras derrière pour montrer ce que le spectateur veut voir. Une réalité dénaturée à la guise du créateur dont l'objectif est de montrer la vérité mais cette fameuse vérité scandée découle du choix du cinéaste à filmer ce qu'il a voulu filmer. Critique acerbe de l'objectivité d'un tel cinéma ? Le doute est là et, à mesure, que les barrières s'effondrent, les personnages continuent de faire comme si de rien n'était. L'Evaporation de l'Homme affiche ses micros, ses caméras sans retenue, brisant le réalisme scandé. Cette optique de faire du cinéma dans le cinéma est tout à fait sympathique. Cependant, malgré l'audace, l'essai cinématographique déboussole le spectateur qui ne sait trop par quel bout prendre cette expérience. C'est, peut-être, justement la faiblesse de ce choix.
A force de trop être dans son trip, il peut finir par perdre le cinéphile, lassé et heurté par son austérité ambiante. On en arrive au générique de fin sans trop savoir si l'on a aimé ou non. Aucun doute n'est permis, L'Evaporation de l'Homme s'inscrit dans le concept du cinéma alternatif.

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Au niveau esthétique, Imamura se plaira de filmer de manière rapprochée ses personnages pour être au plus près d'eux et surveiller leurs expressions faciales. Ne pas les faire davantage évoluer dans les décors, ne pas user de plans longs, éloignés qui casseraient automatiquement son choix de mise en scène. Une mise en scène à la caméra stable faisant du film, quelque chose d'agréable à regarder. Cela pourra pâtir sur le raffinement si propre de la Nouvelle Vague japonaise mais le réalisateur n'a pas ces revendications de l'esthétique. Le cinéma-vérité ne s'inscrit pas dans le cadre de l'esthétique mais dans le cadre de l'homme filmé. Il se centre sur l'homme en oubliant les décors.
A côté, la bande son n'est que peu présente et l'interprétation des acteurs sonne juste. Leurs réactions sont d'une qualité excellente avec, au casting, Shigeru Tsuyuguchi, Yoshie Hayakawa ou Sayo Hayakawa

Bref, il est très compliqué d'aborder un film comme L'Evaporation de l'Homme (et aussi de le chroniquer). Se jouant du spectateur, Imamura affirme son style haut et fort en exhibant la vacuité du cinéma-vérité quand on songe à le décortiquer. Il affiche une réalité distordue qui n'est pas une retranscription de ce qui se passe réellement. Il est difficile de réfuter à 100% la pensée du cinéaste, qui est loin d'être idiote. Ce choix illustre bien l'envie de balayer la retenue et le classicisme pour l'inventivité cinématographique. L'analyse sociétale d'individus perdus dans une société qui leur mine le moral et les pousse à l'abandonner est bien là. Pourtant, il est évident que le procédé risque fortement d'essouffler et de ne pas garder l'attention permanente. Même si on ne peut réfuter son intelligence très poussée, les 130 minutes sont difficiles à encaisser. Quand bien même, L'Evaporation de l'Homme reste une curiosité de choix dans la filmographie du réalisateur. Loin d'être scandé parmi les chefs d'oeuvre de son cinéaste, l'expérience n'en est pas déplaisante pour autant, à condition de savoir faire fi des codes dans lesquels nous sommes cloisonnés. Perturbant, austère, pas évident à dire si on a aimé ou détesté.
Je ne vous cacherai pas mon scepticisme en espérant voir des titres de sa filmographie qui me parleront plus, surtout que c'est quand même un sacré lascar à s'être imposé à la glorieuse Cannes, non pas une fois mais deux fois. 

 

Note : ???

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

L'Ecole de tous les Dangers - Fortress (Conseil de guerre)

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Genre : action, thriller 
Année : 2008
Durée : 1h25

Synopsis : Dans la campagne australienne, des individus masqués en personnages connus vont prendre en otage une classe d'élèves, puis les emmener dans une grotte.         

La critique :

Les thuriféraires du cinéma des années 1980 citeront aisément certaines productions méconnues du grand public qui ont paradoxalement connu une once de notoriété via le support vidéo. Ces mêmes adulateurs citeront probablement Les Goonies (Richard Donner, 1985), Le Secret de la Pyramide (Barry Levinson, 1985), Miracle sur la 8e Rue (Matthew Robbins, 1987), ou encore L'Aventure Intérieure parmi ces productions proverbiales qui n'ont pas eu l'heur de triompher dans les salles obscures, mais qui se sont achetées un simulacre de popularité avec les années.
Quel délicieux oxymoron pour ces pellicules qui se sont, in fine, octroyées le statut de film culte au fil des décennies ! Derrière ces longs-métrages irrévérencieux, on décèle l'influence du cinéma de Steven Spielberg, un réalisateur, producteur et scénariste émérite, qui a marqué de son empreinte indélébile le petit monde hollywoodien.

En résumé, il est possible de divertir tout en proposant des longs-métrages probes et perspicaces. Qu'ils se nomment Robert Zemeckis, Ivan Reitman, Joe Dante ou encore Frank Marshall, tous ces augustes cinéastes seront influencés par le style "spielbergien". Beaucoup moins connu du grand public, Arch Nicholson, un réalisateur australien, n'a jamais caché son effervescence ni son extatisme pour ce cinéma délesté des doctrines et du carcan hollywoodien.
Certes, le nom d'Arch Nicholson ne doit pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, le réalisateur compte quelques métrages à son actif, entre autres, Deadline (1982), Buddies (1983), Les Dents de la Mort (1987), ou encore Week-end with Kate (1990). Hélas, le metteur en scène ne parviendra pas à exporter ses pellicules en dehors de ses frontières australiennes, à l'exception de L'Ecole de tous les Dangers, aka Fortress, et sorti en 1986.

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Merci donc de ne pas confondre ce téléfilm avec la série B science-fictionnelle éponyme et réalisée par les soins de Stuart Gordon en 1993 et avec Christophe Lambert. Certes, L'Ecole de tous les Dangers reste une production plutôt confidentielle. Mais une fois encore, cette pellicule, surgie de nulle part, parlera sans doute davantage à ceux et à celles qui se sont délectés de certaines vidéos sibyllines, sorties furtivement via le support vidéo, et/ou diffusées à moult reprises sur certaines chaînes hertziennes des années 1980, notamment la Cinq.
Pour les amateurs de ce genre de production débridée, ils pourront derechef la visionner en cliquant sur le site YouTube et en particulier sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=EmvLeOCX03Q. A priori, L'Ecole de tous les Dangers serait inspiré d'un fait divers australien (une information à minorer et à guillemeter...) qui se serait déroulé dans les années 1970 (en 1972, pour être précis).

Une institutrice et ses élèves auraient été kidnappées par des renégats. L'objectif ? Obtenir une jolie rançon de plusieurs millions de dollars et obtenir la mansuétude des autorités locales, obligées de céder aux désidératas des odieux malfaiteurs. Mais les otages se regimberont contre leurs tortionnaires et se transmuteront à leur tour en bourreaux atrabilaires. Selon certaines sources, les criminels récidiveront à nouveau en 1977 après avoir purgé une petite peine de prison (Source : http://www.darksidereviews.com/film-lecole-de-dangers-de-arch-nicholson-1985/). Evidemment, cette histoire authentique serait largement romancée pour l'occasion... et pour cause... Puisque Fortress est aussi l'adaptation d'un opuscule homonyme de Gabrielle Lord.
Toujours est-il que L'Ecole de tous les Dangers fait partie de ces téléfilms qui seraient totalement inconcevables aujourd'hui, déjà parce que cette production n'hésite pas à semoncer ses interprètes prépubères, et même à rudoyer quelques bambins ingénus ; non pas que le film soit foncièrement violent, loin de là...

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Mais Arch Nicholson ne badine pas avec son casting qu'il met à rude épreuve. En outre, la distribution de ce téléfilm ne risque pas de vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Sean Garlick, Elaine Cusick, Laurie Moran, Marc Aden Gray, Ray Chubb et Rebecca Rigg ; mais j'en doute... Seul le nom de Rachel Ward, dans le rôle principal (celui de l'institutrice, mademoiselle Sally Jones), fait figure d'exception. La comédienne est née au Royaume-Uni, mais a essentiellement oeuvré pour le cinéma australien. L'actrice tiendra plusieurs rôles notoires, entre autres dans la série télévisée Dynastie (Esther et Richard Shapiro, 1981), le feuilleton Les Oiseaux se cachent pour mourir (Daryl Duke, 1983), Contre toute attente (Taylor Hackford, 1984), The Good Wife (Bruce Robinson, 1987), La Mort si douce (James Foley, 1990), ou encore Christophe Colomb : la découverte (John Glen, 1992).

A fortiori, rien ne prédestinait l'actrice à s'empoigner avec de vils ravisseurs dans un revival ! Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de L'Ecole de tous les Dangers ! Attention, SPOILERS ! Dans la campagne australienne, des individus masqués vont prendre en otage une institutrice, Sally Jones, et sa classe d'élèves, puis les emmener dans une grotte. Une fois claustrés dans cet endroit ténébreux, Sally et ses jouvenceaux ne cèdent pas à la panique et décident même de mener la vie dure aux criminels. Format télévisuel oblige, L'Ecole de tous les Dangers n'a pas vraiment pour velléité de s'appesantir sur la psychologie de ses divers protagonistes, quitte à paraître un peu trop élusif sur l'ensemble des animosités. Un homme armé d'un fusil et portant un masque de canard apparaît derrière la fenêtre d'une classe scolaire ? Pas de panique ! 

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Sally et ses élèves acceptent docilement les revendications de leurs kidnappeurs et montent à bord d'un camion sans barguigner. Sally et ses élèves sont cloîtrés dans une grotte ? Pas de panique non plus... Ces derniers font preuve d'une bravoure étonnante et ourdissent même de savants complots contre leurs ravisseurs après quelques discussions oiseuses. Indubitablement, L'Ecole de tous les Dangers ne s'embarrasse pas avec les fariboles ni les futilités, à tel point que les enfants sont finalement peu crédibles. Surtout, ces derniers raisonnent presque comme des adultes et obéissent crânement à leur institutrice. Dès lors, L'Ecole de tous les Dangers tergiverse entre le film d'action, le film de vengeance, le huis clos et le survival. Indiscutablement, ce téléfilm cherche à démystifier la figure enfantine pour la transmuer en menace harangueuse et véhémente, capable de tenir tête à de vils adultes ; le tout sous la bénédiction de leur propre institutrice.

On croit fabuler... Que soit. C'est probablement pour cette raison que Fortress a estourbi durablement les persistances rétiniennes en son temps, d'autant plus qu'Arch Nicholson n'épargne personne. Pour triompher de leurs ravisseurs, Sally Jones et ses élèves devront s'insurger et accepter de prendre les armes. L'institutrice irascible annonce même un "conseil de guerre". Que les amateurs de sensations fortes se rassérènent. Les belligérances auront bien lieu dans une nature capricieuse et hostile, renforçant cette impression de violence sous-jacente.
En résulte un téléfilm plus que correct et supérieur à la moyenne habituelle, ne serait-ce que pour son âpreté et sa nonchalance ostentatoire.
Après, on ne relève rien d'exceptionnel ni de transcendant non plus. Même pour ce genre de format télévisuel (le téléfilm...), la mise en scène reste beaucoup trop conventionnelle pour susciter la tension sur la durée. De surcroît, L'Ecole de tous les dangers souffre d'un manque cruel de raffinement psychologique dans l'approche et la description de ses personnages, et doit également se colleter avec une concurrence apoplectique en la matière.
Dans le même genre et avec peu ou prou les mêmes thématiques, on lui préférera largement Sa Majesté des Mouches (Peter Brook, 1963), sorti pourtant vingt ans plus tôt.

Note : 11/20

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10 juillet 2018

Emmanuelle - 1974 (Le culte du plaisir des sens)

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Genre : érotique (interdit aux - 16 ans en France, interdit aux - 18 ans aux Etats-Unis)
Année : 1974
Durée : 1h30

Synopsis : Emmanuelle est une jeune femme qui vit de manière très libérée avec son mari Jean. Lors du voyage qui la conduit à Bangkok pour rejoindre son époux, Emmanuelle rencontre deux hommes dans l'avion et s'octroie quelques plaisirs fugaces. Durant son séjour, elle fait la connaissance de deux jeunes filles, Marie-Ange et Bee, avec qui elle a une aventure. Jean, quant à lui, décide de pousser Emmanuelle dans les bras d'un sexagénaire pervers...          

La critique :

Le site Wikipédia (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Film_érotique) définit le cinéma érotique comme un genre cinématographique qui expose allègrement la sexualité et la nudité comme ses principaux leitmotivs. Conjointement, ce même nudisme convoque toute une pléthore d'émotions et sentiments qui viennent tarabuster un ou plusieurs individus à la recherche d'une satisfaction orgasmique. Si le genre érotique est parfois nommé par les appellations "softporn" ou "porno soft", ce registre cinématographique se distingue néanmoins de l'univers pornographique, déjà par une interdiction aux moins de 16 ans, contrairement aux films pornos qui s'illustrent par une réprobation à destination du public mineur (donc, une interdiction aux moins de 18 ans).
C'est l'une des principales dissonances entre l'érotisme et la pornographie.

Alors que le premier s'ingénie à narrer une vague historiette sur fond de tempête conjugale ou de dichotomie amoureuse, l'autre se montre beaucoup plus factuel (si j'ose dire...) en se focalisant sur l'acte sexuel lui-même. En résumé, le coït n'est pas simulé dans la pornographie. De surcroît, la pornographie se pare d'une métaphore d'un plaisir décuplé qui doit ne plus connaître de limites, de contraintes ni de barrières. Durant les années 1970, le genre pornographique se transmute en immense délire orgiaque convoquant "l'empire des sens", arguerait péremptoirement le réalisateur asiatique, Nagisa Oshima.
Les cinéphiles les plus avisés dateront la genèse de cet érotisme ostensible dès les grands débuts de l'industrie cinématographique avec The Kiss (William Heisse, 1896), un métrage qui montre un baiser énamouré entre un homme et une femme. 

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Un tel acte, considéré comme libidineux, provoque les acrimonies et les anathèmes dans une époque encore imprimée par les dogmes religieux et catholiques. Jusqu'au début des années 1950, l'érotisme et la pornographie resteront assez confidentielles avant de connaître une première rupture rédhibitoire via Baby Doll (Elia Kazan, 1956) et Et Dieu... créa la femme (Roger Vadim, 1956), deux films qui permettent une première libération des esprits, encore claustrés dans leur pudibonderie. Penaud, le cinéma hollywoodien tente de faire bonne figure, mais n'apprécie guère ces digressions érotomaniaques. Que soit. L'érotisme et la pornographie se libéreront des chaînes de la censure en 1968, une époque iconoclaste qui marque aussi la libération des moeurs, ainsi que l'avènement du féminisme dans une société encore patriarcale... Extatiques, certaines femmes revendiquent le droit de s'accaparer le désir masculin.

C'est dans cette dialectique que le producteur, Yves Rousset-Rouard, a l'ingénieuse idée de s'accaparer du roman d'Emmanuelle Arsan, justement intitulé Emmanuelle (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuelle_(film), et de le transposer à l'écran via une adaptation cinématographique éponyme. Malicieux, Yves Rousset-Rouard décide de confier le film Emmanuelle aux mains expertes d'un artiste polymorphique en la personne de Just Jaeckin. Certes, cet érudit de la photographie n'est pas une sommité de la réalisation ni de la mise en scène. A contrario, Just Jaeckin est réputé pour mettre en exergue la vénusté de divers artistes via des photographies sémillantes. En outre, Emmanuelle constitue le tout premier long-métrage de Just Jaeckin.
Pour le metteur en scène encore malhabile, c'est l'occasion d'ériger son sens inné de la photographie. 

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Indubitablement, le succès pharaonique d'Emmanuelle dans les salles obscures va marquer durablement la carrière cinématographique du cinéaste. Mieux, le long-métrage constitue une date historique pour le cinéma français. Pour la première fois dans nos contrées hexagonales, un film érotique déchaîne les passions et ameute les spectateurs dans les salles de cinéma. Corrélativement, Emmanuelle est victime de la censure qui se questionne sur cette frontière ténue qui existe entre l'érotisme de charme et la pornographie qui expose outrageusement des pulsions satyriasiques.
Après de nombreux débats et polémiques interminables, Emmanuelle sera finalement répertoriée parmi les oeuvres de charme se polarisant sur une initiation sexuelle et le désir féminin, soit les nouveaux apanages des genres érotiques et pornographiques entre le milieu des années 1970 et l'orée des années 1980.

Cependant, les Etats-Unis, beaucoup plus ascétiques sur la question, tancent et vitupèrent une pellicule qu'ils jugent acrimonieuse. Emmanuelle écope donc d'une classification "X" (donc, interdit aux moins de 18 ans) au royaume de l'Oncle Sam. Grisé par ce succès inopiné, Just Jaeckin deviendra le nouveau parangon de l'érotisme de charme et signera d'autres productions harangueuses avec Histoire d'O (1975), Madame Claude (1977), Collections Privées (1979), puis L'Amant de Lady Chatterley (1981). Le metteur en scène disparaîtra subrepticement des écrans-radars après le tournage de Gwendoline (1984), une production qui marque la dernière absoute de cet érotisme branché et finalement inoffensif. En l'occurrence, le film Emmanuelle doit sacraliser, diviniser, déifier et adouber le culte du plaisir des sens ; une gageure que le long-métrage remplit aisément puisqu'il restera de nombreux mois à l'affiche, supplantant même des comédies notoires sorties durant la même période (entre autres, Le Retour du Grand Blond, Yves Robert, 1974).  

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Pour interpréter le rôle d'Emmanuelle, Yves Rousset-Rouard préfère se tourner vers une illustre inconnue en la personne de Sylvia Kristel, une actrice et mannequin néerlandaise inconnue du grand public. Evidemment, le film va littéralement propulser sa carrière au sommet du genre érotique. Sylvia Kristel devient la nouvelle égérie du féminisme et d'un désir féminin revendiquant ses appétences et sa libido nymphomaniaque. Hormis la comédienne, la distribution d'Emmanuelle se compose également d'Alain Cuny, Marika Green, Daniel Sarky, Jeanne Colletin et Christine Boisson.
Par la suite, ce premier chapitre se déclinera en une pentalogie lucrative avec Emmanuelle 2 (Francis Giacobetti, 1975), Good-bye, Emmanuelle (François Leterrier, 1978), Emmanuelle 4 (Francis Leroi, 1984) et Emmanuelle 5 (Walerian Borowczyk, 1987).

A ces suites souvent ineptes et stériles, viennent également s'agréger de nombreux succédanés, notamment Emanuelle et les derniers Cannibales (Joe d'Amato, 1977), ou encore Black Emanuelle autour du monde (Joe d'Amato, 1977) ; à tel point que l'on peut évoquer une "Emmanuelle Exploitation". Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film qui nous concerne ! Attention, SPOILERS ! Emmanuelle est une jeune femme qui vit de manière très libérée avec son mari Jean.
Lors du voyage qui la conduit à Bangkok pour rejoindre son époux, Emmanuelle rencontre deux hommes dans l'avion et s'octroie quelques plaisirs fugaces. Durant son séjour, elle fait la connaissance de deux jeunes filles, Marie-Ange et Bee, avec qui elle a une aventure. Jean, quant à lui, décide de pousser Emmanuelle dans les bras d'un sexagénaire pervers...  

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Certes, aujourd'hui, on peut légitimement s'esclaffer devant le prosaïsme de certaines saynètes sexuelles qui accumulent tous les archétypes habituels, entre triolisme, candaulisme, saphisme et onanisme revendiqué. Plus qu'une libération des moeurs, le film préfigure également cette libération conjugale enfin délestée du carcan de la félonie et de la jalousie. Ici, Emmanuelle et son époux se confient leurs relations sexuelles évanescentes sans barguigner, avec toujours comme velléité d'explorer le plaisir orgasmique. L'adultère n'est donc pas synonyme de duperie ni de cocufication.
Le véritable adultère, c'est lorsque l'un des deux partenaires cherche justement à farder ses fantasmes, ses envies et ses appétences sexuelles à son propre conjoint. En ce sens, Emmanuelle et son mari représentent ce couple débarrassé des moralines religieuses de naguère et qui cherche à atteindre cette félicité sexuelle.

Mais Emmanuelle, c'est aussi et avant tout la quintessence d'une bourgeoisie qui a enfin trouvé son remède thaumaturgique contre l'ennui et la routine conjugale. Pour lutter contre cette fastidiosité quotidienne, Emmanuelle et son époux s'entichent et s'épanouissent à travers les paysages frétillants de Bangkok.
En ce sens, Emmanuelle propose aussi un dépaysement total, ainsi qu'un bouleversement des moeurs. Même cette civilisation orientale, à priori puritaine, cède au consumérisme et à cette scoptophilie ostentatoire. Scruter et épier les ébats sexuels en catimini n'est plus un crime de lèse-majesté mais, à contrario, l'expression de ses fantasmes les plus habilement dissimulés.
Un an avant la sortie d'Emmanuelle, un autre film scandaleux et irrévérencieux prévenait déjà sur les écueils et les corolaires de cet eudémonisme sexuel à travers les goinfreries de Michel Piccoli et de sa bande dans La Grande Bouffe (Marco Ferreri, 1973) ; une oeuvre sulfureuse qui, elle, reste d'une étonnante actualité...

Note : 14/20

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09 juillet 2018

Starcrash - Le Choc des Etoiles (Le Star Wars transalpin... Comprenez : le Star Wars du pauvre)

starcrash

 

Genre : science-fiction, space opera
Année : 1978
Durée : 1h32

Synopsis : Aux confins de l'univers, Zarth Arn s'oppose au règne bienveillant de l'Empereur des étoiles. Après avoir mis au point une arme capable de contrôler les esprits et après avoir anéanti une frégate, deux aventuriers, Stella Star et Akton, sont chargés de découvrir la base secrète de Zarth Arn.            

La critique :

1977. Une date fatidique et rédhibitoire pour le cinéma de science-fiction américain avec la sortie de La Guerre des Etoiles, réalisé par George Lucas. A l'origine, le cinéaste prévoyait de signer une adaptation de la série télévisée Flash Gordon au cinéma, mais George Lucas doit se colleter avec les exigences et les désidératas pharaoniques des producteurs. Dépité, le metteur en scène abandonne le projet et commence à griffonner les premières ébauches d'un scénario dans lequel il serait question de batailles intergalactiques entre les chevaliers Jedi et les forces du mal.
Nous sommes en 1972. George Lucas s'inspire à la fois des westerns, de la mythologie gréco-romaine, des films de guerre et de sabre pour peaufiner un script alambiqué. Cérémonieux, George Lucas s'affaire à la tâche.

Il dépose le scénario final sur le bureau de la 20th Century Fox en 1976. La firme omnipotente avalise ce script qu'elle juge pourtant amphigourique. En contrepartie, George Lucas devra composer avec un budget rudimentaire. Que soit. Lors de sa sortie en salles, La Guerre des Etoiles triomphe au cinéma et se solde par un succès faramineux. En l'espace de quelques semaines, le long-métrage s'arroge le titre de film culte et s'inscrit durablement dans la culture populaire. George Lucas jubile. Après avoir officié derrière des oeuvres expérimentales par le passé (THX - 1138 en 1971), le réalisateur connaît son premier grand succès commercial. Mais le metteur en scène a d'autres velléités.
Il souhaite transmuter ce premier chapitre en trilogie lucrative. La Guerre des Etoiles se transmue alors en Star Wars - Chapitre IV : Un Nouvel Espoir

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Ce quatrième opus est logiquement suivi par deux nouveaux chapitres avec Star Wars - Chapitre V : L'Empire Contre-Attaque (Irvin Kershner, 1980) et Star Wars - Chapitre VI : Le Retour du Jedi (Richard Marquand, 1983). Mais le phénomène Star Wars n'est pas achevé, loin de là. Bien des années plus tard, George Lucas explorera la genèse de la saga via trois nouveaux chapitres. Pis, le producteur mercantile vendra son space opera dispendieux à la firme Walt Disney Pictures. La société harangueuse se chargera de dévoyer la franchise vers une flopée de nouveaux épisodes et de séquelles ineptes et stériles, parvenant même à contrister les thuriféraires originels.
En 1977, la sortie d'Un Nouvel Espoir vient contrecarrer la science-fiction ésotérique et philosophique de 2001, l'Odyssée de l'Espace (Stanley Kubrick, 1968), une oeuvre charnière qui explore d'autres facettes de notre vaste univers.

Immense succès oblige, Un Nouvel Espoir inspire et engendre de nombreux épigones, en particulier le cinéma bis italien. C'est dans ce contexte que le cinéma transalpin a la mauvaise idée de produire Starcrash - Le Choc des Etoiles, réalisé par les soins de Luigi Cozzi en 1978. Le cinéaste et scénariste italien n'est pourtant pas un manchot derrière la caméra. Les adulateurs de Luigi Cozzi citeront aisément Quatre Mouches de Velours Gris (1973), Contamination (1980), Les Aventures d'Hercule (1985), Nosferatu à Venise (1988), ou encore Paganini Horror (1989) parmi les longs-métrages notoires du metteur en scène. En résumé, Luigi Cozzi fait partie de ces honnêtes artisans du cinéma bis, mais compte tout de même un certain nombre de nanars funambulesques dans sa filmographie erratique. Au moment de sa sortie, Starcrash - Le Choc des Etoiles est considéré comme un pur film d'exploitation qui profite du phénomène Star Wars pour s'exporter au-delà de ses frontières transalpines. 

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Le nom de Roger Corman apparaît furtivement sur l'affiche du film. Cependant, le pape du cinéma bis semble assez éloigné de cette faribole science-fictionnelle. Autant l'annoncer de suite. Non seulement Starcrash se soldera par une rebuffade commerciale, mais va aussi s'inscrire parmi les références "nanardes" et ubuesques. Le métrage n'a pas échappé à la plume picaresque du site Nanarland (Source : www.nanarland.com/Chroniques/chronique-starcrash-starcrash.html). A l'instar d'Un Nouvel Espoir, Starcrash s'est lui aussi octroyé le statut de film culte, mais pas (du tout) pour les mêmes raisons. En un sens, Starcrash représente la quintessence de la ringardise et du long-métrage joliment obsolète.
Reste à savoir si cette pellicule désargentée mérite de telles acrimonies. La réponse, et vous vous en doutez, est hélas positive !

Pourtant, une suite, Starcrash 2 (Bitto Albertini, 1981), sortira quelques années plus tard, mais ne partage presque aucune accointance avec son sinistre devancier. Pis, ce second chapitre prosaïque dérivera même vers l'érotisme de comptoir. La distribution de ce premier opus se compose de Caroline Munro, Marjoe Gortner, Christopher Plummer, David Hasselhoff, Hamilton Camp et Joe Spinell. Attention, SPOILERS ! Aux confins de l'univers, Zarth Arn s'oppose au règne bienveillant de l'Empereur des étoiles. Après avoir mis au point une arme capable de contrôler les esprits et après avoir anéanti une frégate, deux aventuriers, Stella Star et Akton, sont chargés de découvrir la base secrète de Zarth Arn.
A l'aune de cette exégèse, difficile de s'extasier devant un projet cinématographique appelé à péricliter sous l'hégémonie de Star Wars

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Indubitablement, Starcrash n'a pas les moyens de telles ambitions, surtout sous la direction peu probante de Luigi Cozzi, incapable de transcender son sujet. Les premières minutes de pellicule ont le mérite de présenter les inimitiés puisque nous sommes transposés dans un univers constellé, mais abominablement peinturluré d'étoiles aux couleurs irisées. Même remarque concernant les vaisseaux spatiaux qui ne sont que des jouets maladroitement activés par des ficelles et des techniciens probablement avinés. Faute de budget, Starcrash requiert la technique de la stop-motion.
Malencontreusement, le film doit recourir à des effets visuels surannés et arbore des robots en forme de boîte de conserve qui peinent à se mouvoir devant les faciès dubitatifs de Caroline Munro et de son aréopage.

Starcrash, c'est donc avant tout un échec technique, financier et artistique. Dans ce carcan science-fictionnel, les comédiens sont donc condamnés à palabrer dans le vide intersidéral. Certes, les spectateurs libidineux apprécieront sûrement la silhouette aguicheuse de Caroline Munro, ainsi que ses formes voluptueuses. D'un crétinisme constant, Starcrash nous balade d'un point à un autre de la galaxie en passant par la planète des Amazones, ou encore par la planète polaire (en sus, les décors ne varient pas d'un iota d'une planète à une autre).
Mais rien n'y fait. Starcrash souffre invariablement d'ellipses scénaristiques ostentatoires, ainsi que de protagonistes faméliques. De surcroît, Luigi Cozzi se montre plutôt pingre en termes d'action et de saynètes grandiloquentes.

Ne réalise pas La Guerre des Etoiles qui veut. Il manque aussi à cette production désargentée cette jubilation inhérente à ce genre de space opera aventureux. De facto, difficile de ne pas soupirer devant les tribulations du duo formé par Caroline Munro et son fidèle subordonné, Akton (interprété par un Marjoe Gortner en mode cabotinage). Dans cette chienlit cinématographique, les amateurs de "nanardises" échevelées remarqueront (ou pas) la présence de David Hasselhoff, ainsi qu'une séquence spoliant à satiété une célèbre saynète du film Jason et les Argonautes (Don Chaffey, 1963), la sagacité et le talent en moins. Sans son côté kitsch et sévèrement périmé, Starcrash s'inscrirait probablement parmi ces navets fastidieux et rébarbatifs.
Dans le genre pittoresque et décérébré, on lui préférera largement les élucubrations du fameux Turkish Star Wars (Cetin Inanç, 1982).

Côte : Nanar

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08 juillet 2018

Contre-Oeil (Alors... Hum... Comment dire ?...)

 

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Genre : Inclassable, expérimental (interdiction non mentionnée)

Année : 2011

Durée : 4h28

 

Synopsis :

ICPCE présente Contre-Oeil, anthologie sur 3 DVD de films expérimentaux et d'art vidéo canadiens et québécois réalisés entre 1960 et 2011. Des réfractions surréalistes jusqu'aux factions punk et dissidentes, l'anthologie regroupe un ensemble singulier d'oeuvres filmiques d'avant-gardes. Court-circuitant les époques, les frontières et les médiums, l'expérience de visionnement valorise une expérience totale des cerveaux désanglés à la lumière des souterrains et des expérimentations à hauts voltages.

 

La critique :

Aux "anciens" qui avaient l'habitude de suivre l'ancien projet Naveton Cinéma, ceux-ci doivent peut-être se rappeler de l'entrée fracassante d'un monument inouï de l'expérimental du nom de A Rebours, chroniqué par notre pape du trash des chroniqueurs du site, j'ai nommé Inthemoodforgore. Cet objet filmique indéfinissable, issu tout droit de l'obscur Institut pour la Coordination et la Propagation des Cinémas exploratoires (ICPCE), avait réussi à bousculer les codes moraux établis en repoussant le cinéma jusqu'à des limites avant-gardistes jamais envisagées jusque-là. Se jouant de la transgression blasphématoire et d'une refonte de la définition même du Septième Art, le court-circuitage du cinéphile chevronné (soit 300 personnes dans le monde à tout casser) ne pouvait être qu'attendu. Une telle chronique déclencha de vifs débats sur un genre borderline, adepte de la théorie du chaos et sa réédition sur Cinéma Choc renforçait davantage la curiosité des amateurs.
S'ensuivirent Incarnation et La Nuit Obscure qui offrirent une gloire à l'ICPCE n'ayant, visiblement, jamais vu leurs œuvres chroniquées.

Bien que ces chroniques soient âgées, je n'ai jamais pu oublier cette curiosité inexplicable me poussant à vouloir m'y lancer. L'envie de visionner cela a fait place à une insidieuse obligation. Il fallait que je visionne de l'ICPCE. Ce n'était plus une envie mais une obligation. Ce 8 juillet, quelques jours après cette bien triste nouvelle de la retraite de notre pape du trash, est à mon sens le moment le plus propice pour gratifier le blog d'une bombe de l'expérimental. La dernière bombe issue de cet institut démonologique, nommé Contre-Oeil. Une chrestomathie infernale étalée sur 3 DVD nous noyant sous 4h28 d'un brutal avant-gardisme. J'ai toujours été adepte des défis à chroniquer dont le mal de tête se fait encore ressentir actuellement. Je pense au cas de Eros + Massacre, La Clepsydre ou Horsehead, les exemples les plus frappants de rédactions déstructurantes des facultés de discernement du cinéphile. Mais ce que je m'apprête à vous envoyer, avec l'aide d'une boîte de Dafalgan et une bouteille d'absinthe, peut s'apparenter au plus grand défi qu'il m'ait été donné de chroniquer à ce jour.

La-femme-image Bad-Blood-for-the-VampyrLa-nuit-obscure

Par le biais d'un synopsis qui a le mérite de calmer les ardeurs, l'ICPCE nous convie à visionner 14 histoires hallucinatoires sorties d'un néant inexploré. Si inthemood a chroniqué par le passé La Nuit Obscure, je me permettrais d'apporter mon point de vue sur la chose au vu du choc que je me suis pris dans la gueule. Nous voici embarqué dans 14 contes brumeux où l'hébéphrénie est maîtresse des lieux.

La Femme Image (Guy Borremans, 1960, 35 min)

Un jeune homme est isolé dans une maison abandonnée, seul dans sa chambre et cherche parmi les photos et des revues le visage de La Femme. Sur son visage se lit le désir grandissant de l'amour fou. Son désir n'est pas nouveau. Il est le désir de l'homme de toujours, le seul moteur de vie. Il est le grand érotisme voilé. Successivement apparaîtront Pascale, qui n'est encore qu'une image imparfaite et qui disparaît au moindre souffle. Marthe, qui est une femme de chair, scandaleusement belle et érotique, et enfin Suzanne sur qui son désir se réalisera pleinement, malgré les obstacles de la raison, tandis que les joueurs, inconscients du drame qui a existé sous leurs yeux, aveugles à l'amour, continueront leur route vers d'autres parties d'échecs.

Premier court-métrage à ouvrir le bal, annihilant par la même occasion une vive appréhension. Le délire filmique serait-il un calvaire à visionner ? Loin de là ! Du moins pour l'instant... Avec ce premier récit, nous sommes invités à suivre les pérégrinations d'un jeune homme, obsédé par le désir ardent de l'amour. Un éclatant hommage à Eros de part l'envie d'un érotisme vibratoire. Ayant tous ses sens en éveil, il incarne l'individu dont l'unique objectif de sa vie est de trouver la femme qui pourra le satisfaire, lui donner la joie et la foi en l'amour.
Ses déambulations se déroulent dans une campagne semblant être en dehors du temps et de l'espace pour s'achever dans une ville que nous soupçonnons être Montréal. La seule voix qui nous sera offerte se fera par le biais d'un narrateur en état de transe, exprimant sous forme de vers d'une poésie raffinée et d'une complexité désarçonnant notre cerveau pris dans les tourbillons d'une voix hallucinatoire, les pensées profondes de cet homme obnubilé par le désir de chair. Un tel choix n'est pas sans rappeler une certaine influence de la Nouvelle Vague française et
du fameux Traité de bave et d'éternité. Contre toute attente, il n'y a pas de dimension austère, La Femme Image s'illustrant comme une ode à l'amour véritable, à l'amour vrai faisant chavirer les coeurs et relaxant nos sens titillés par une profonde innocence du désir charnel.

Bad Blood For The Vampyr (Lysanne Thibodeau, 1984, 22 min)

 L'histoire raconte le malheureux destin d'un vampire immortel, esseulé à Berlin-Ouest. Son désir le plus ardent ? Celui de mourir. Ses tentatives de suicide seront vaines puisqu'il est rendu immunisé aux crucifix, à l'ail et à la lumière du soleil. Par un bel après-midi, son ange de l'Espérance lui apparaît et ils vivront heureux ensemble jusqu'à la fin des temps, comme le narrateur nous l'annonce à la fin. Une satire cocasse du night life de la scène underground berlinoise à l'époque du Mur de Berlin.

Changement de ton ici ! Si la légèreté du premier métrage vous a séduit, attendez-vous à un revirement complet de la structure scénaristique. Loin d'une forme d'innocence, c'est une plongée dans les bas-fonds berlinois où l'ambiance punk est donnée reine des lieux. La réalisatrice revisite de manière quelque peu grotesque le mythe du vampire terrifiant les troupes. Ici, il apparaît comme tristement pathétique. Il est dépressif, atteint d'une profonde mélancolie face à un monde dans lequel il ne veut pas évoluer. La parabole peut directement être liée à la délicate situation de l'Allemagne, alors en plein troubles sociaux, sur la question du Mur de Berlin.
Une Allemagne désenchantée, éloigné de tout épanouissement psychologique. Même les vampires tout puissants en sont atteints dans leur émancipation. Pourtant, un ange lui apparaît, incarné dans le corps d'une innocente fillette vierge qu'il mordra pour qu'elle le rejoigne dans son monde. Quelque part, ce court-métrage peut être apparenté à un prolongement du premier épisode où nous retrouvons cette revendication à l'amour véritable, stabilisateur du bien-être mental de l'individu. La fillette représente cette lumière qui lui redonnera goût à la vie. Sous ses travers d'une beauté macabre à la mise en scène borderline et férocement saccadée, la finalité nous touche sous une étrange note d'optimisme.

 La Nuit Obscure (Pierre-Luc Vaillancourt, 2011, 29min)

 A la lumière aveuglante d'un soleil noir, la fiction expérimentale se situe où l'érotisme et la mort sont liés par l'intime de la transgression. Le cinéaste interprète le récit La Mort écrit par Georges Bataille, brèche d'entrée au coeur des préoccupations sur l'écrivain français. A l'interstice de l'abstraction et de la figuration, nous est révélé performances érotiques à vif, matérialité brute de la pellicule film et une dense composition sonore bruitiste, jusqu'à ce que l'oeil de la fiction s'estompe et que l'expérience cinétique s'ancre dans l'extrême des sensations.

Au-delà de ce synopsis un tantinet prétentieux nous est contée la débauche humaine désenchantée. L'expérimental se renforce davantage par le biais d'une pellicule vieillie sans quelconque voix d'acteurs si ce n'est des musiques aux inspirations punk. A travers ce court-métrage, c'est un prolongement sensoriel qui nous est offert sur la thématique de l'amour. La construction de ce premier DVD de Contre-Oeil n'est pas le fait du hasard. Démarrant sur un ton inoffensif avec deux court-métrages plus soft, La Nuit Obscure a tôt fait de calmer les ardeurs et de révéler ce que l'ICPCE a dans le ventre. Erotisme trash décomplexé à coup de masturbations homosexuelles ou encore d'urophilie. Le contraste est total en termes de violence. Si Bad Blood For The Vampyr noircissait le véritable amour rendu macabre et excessivement glauque, le pessimisme s'accomplit ici. L'amour véritable fait place à l'amour de la chair et de la sexualité déviante décomplexée où les individus sales s'ébaudissent dans une odeur pestilentielle. Le cheminement de la thématique dévie dans le morbide pour atteindre une explosion de furie, le tout s'achevant dans une apothéose assourdissante de bruitages sonores et de plans rapides propres à vous pétrifier littéralement. Une fin apocalyptique à vous décrocher la mâchoire. Ceci clôturant avec brio un premier DVD de grande qualité.

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Aaeon (Al Razutis, 1969-1971, 26min)

Le film est basé sur des expériences de souvenirs de rêves, en d'autres termes, il s'agit d'un "travail du rêve" directement inspiré de mes rêves et de la ressouvenance d'images vives et du temps fracturé remémoré à chaque soir grâce à un réveil (toutes les heures) et par l'enregistrement audio de mes souvenirs des événements. Ce projet a nécessité la construction d'une « machine » à film, la tireuse optique, que j'ai construite de 1969 à 1971 à Vancouver. A l'époque, il n'y avait pas de tel dispositif à Vancouver et afin de poursuivre ce projet, elle devait être construite à partir de toutes sortes de pièces (banc de tour, caméra avec intervallomètre et ainsi de suite). Le film dispose également d'un usage extensif de tireuse contact, de temps en laboratoire et de techniques de développement que j'ai acquise par mon expérience en tant que technicien de laboratoire à Trans Canada Films (Vancouver).

Voilà en gros, le message qui vous est adressé en ouvrant le petit manuel du DVD. Pendant la durée de 26 min, le réalisateur vous entraîne pour un véritable voyage subliminal aux confins de son esprit malade. Une succession continue d'images vieillies aux couleurs criardes s'évaporant de suite pour laisser la place à d'autres couleurs s'entrechoquant dans un maelstrom propre à vous rendre shooté façon Enter The Void. Une succession de formes biscornues se mêlent à des sonorités industrielles stridentes avec passage de brèves images réelles. Un oiseau, un semblant de ruisseau, une forêt, des yeux et surtout de fréquents passages d'un bûcheron usant de sa hache au grand soleil.
Rêves et cauchemars s'assemblent et se désassemblent, tels des bribes perdues générées par notre inconscient. Une thématique mortifère permanente témoignant des angoisses indicibles du réalisateur ? Difficile à cerner pour un voyage dans un Armageddon psychédélique, ouvrant le bal de ce deuxième DVD proposant les métrages les plus déstabilisants de l'anthologie (et du cinéma expérimental).

Urban Fire (Carl Brown, 1982, 15min)

Un enfant naît du sein de sa mère morte. La première chose que l'enfant perçoit est l'extinction de la ville. La dernière naissance... la brûlure intérieure... consumée par la flamme résultant de l'incendie et de la destruction. Sensation pure...esprit en mouvement. Pour ce métrage, je suis parti d'une image « réaliste » ou figurative, soit que j'ai filmée moi-même ou que j'ai récupéré sur du matériel d'archive. Je m'inspire de la forme de l'image originale, de son mouvement ou de sa qualité émotionnelle, puis je commence à dissocier, à déconstruire le réalisme inhérent à l'image.
Je me retrouve avec une transformation abstraite de la forme et du mouvement, je conserve donc la qualité émotionnelle des constructions de texture dans l'image intacte.

Ce que vous avez pu lire là est un synopsis face auquel on pourrait s'attendre à quelque chose de profond, d'une métaphysique parallèlement outrancière. Que du contraire ! Vous rêviez de voir, la bave au coin de la bouche, du vide visuel ? Alors, Urban Fire sera tout choisi pour que vous passiez un moment de solitude devant une succession épileptique de formes abstraites de couleur noire sur un fond blanc. Et... c'est tout ! Voilà, où est passé l'enfant, la ville éteinte ? Appelez-moi si vous les trouvez. Ce trop long court-métrage est exactement le genre d'expérimental que je répudie. On cache quelque chose de vaseux, de futile derrière un apparat faussé pseudo-philosophique.
L'inscription typique d'un ancrage dans un ersatz d'art contemporain où les malades mentaux officient, se réclamant artistes aux yeux du monde entier pour excuser leur médiocrité et leur absence complète de talent. Observer un stroboscope en soirée est, au final, plus intéressant parce qu'il y a au moins l'ambiance, la musique et l'alcool pour égayer. C'est tout ? Oui c'est tout !

The Garden of Earthly Delights (Izabella Pruska-Oldenhof, 2008, 8min)

Il s'agit d'un duo visuel constitué d'un film en 16mm et d'un collage autoportrait en photogramme 16mm, inspiré des plaisirs et des merveilles terrestres tels qu'ils sont révélés dans le cinéma vibrant de Stan Brakhage ainsi que sur le panneau central du triptyque homonyme de Hieronymus Bosch peint en 1504.

Là encore, nous retrouvons le concept de fenêtre graphique hystérique avec plusieurs changements notoires. Tout d'abord, il n'y a pas du tout de son. Un point particulièrement fâcheux. Cependant, cela est contrebalancé par une esthétique plus raffinée via couleurs chatoyantes un peu laiteuses, ainsi qu'une atmosphère type Stan Brakhage. On perçoit parfois une silhouette féminine dénudée, un poisson, un semblant de ruisseau coulant. Difficile à décrire et toujours dans une optique de mauvais art contemporain. Le niveau est, par contre, un peu plus relevé que son précédent.

 

Ville-MarieMouvement-de-lumiere-Karl-LemieuxTrees_of_Syntax_Leaves_of_Axis

Ville Marie – A (Alexandre Larose, 2006-2009, 12min)

Le rêve d'une chute, traitée avec tireuse optique, à la fois somptueuse et menaçante. Le corps en plein ciel. Un canyon composé de tours.

Cette tendance à se lustrer l'asperge chez l'ICPCE à grand renfort de synopsis se reposant sur une fausse maïeutique et des métaphores psychédéliques, m'a bien fait rire plus d'une fois. A vrai dire, ma patience sur ce deuxième DVD commençait à atteindre ses limites et je dois bien dire que ce court-métrage calma mes ardeurs. Juste devant Aaeron, on tient là le petit film d'intérêt. Dès le début, le réalisateur nous entraîne dans les méandres hypnotiques d'un vide quasi spatial où les couleurs un peu rétro défilent doucement. La caméra, par moment, nous donne l'impression d'être dans un vaisseau et de parcourir cette antichambre étrange mais d'une singulière beauté.
L'apparition progressive d'une superbe mélodie mélancolique parvient à amplifier la puissance. Pris dans un tourbillon de sens où le visage du réalisateur se confond dans le décor, modifié par milles et un contrastes et couleurs diverses, parlant d'une lancinante voix, la tristesse s'imprègne et nous explose dans un raz-de-marée psychédélique. Comme un parfum de regrets du temps passé, Ville Marie – A relève de plusieurs échelles le niveau catastrophique de Urban Fire et la décevante incompréhension de The Garden.

Mouvements de lumière (Karl Lemieux, 2004, 8min)

Le métrage, construit de lignes peintes à la main sur pellicule et de musiques bruitistes, tente d'échapper par l'abstraction à un certain ordre du visible et de l'audible, pour proposer un travail sur la sensation interne. Une proposition radicale sur les puissances propres du cinéma.

Malheureusement, on se retrouve de nouveau dans l'optique d'un cheminement artistique abscons où une succession de formes épileptiques noires et brunes se succèdent sans discontinuer. On appréciera le ton tonitruant du métrage qui s'emballe, à un moment, dans une apocalypse auditive avant de retomber. Ceci dit, rien qui ne vaille la peine de s'extasier sur 8 minutes de pure expérimentation graphique.

Trees of Syntax, Leaves of Axis (Daïchi Saito, 2009, 10min)

Le film explore des paysages familiers de l'imagerie du quartier au pied du Parc Mont-Royal à Montréal. Utilisant l'image des érables du parc comme principal motif visuel, le cinéaste crée un film où les formations d'arbre et leurs subtiles corrélations avec l'espace environnant agissent comme un agent pour transformer la perception sensorielle que le spectateur a de l'espace représenté. Entièrement traité à la main, on a un poème d'images et de sons cherchant certains aperçus perceptuels et révélations à travers une structure syntaxique basée sur les motifs, les variations et les répétitions.

Après le petit coup de mou rencontré juste avant, ce deuxième DVD a le mérite de finir sur une belle touche expérimentale. Comme dit dans ce synopsis présomptueux, une succession rapide de tronc d'arbres pris dans divers champs se mêlent aux couleurs flashy et pailletées, offrant un résultat tout à fait plaisant. La sublime petite touche de violon signée, Malcolm Goldstein, le pote compositeur/violoniste de Monsieur Saïto, génère un grand résultat, certes, ardu à regarder (comme le reste des expérimentations de ce DVD) mais ayant ce mérite de nous transporter avec lui et sa symphonie d'une nature focale. Bref, un deuxième DVD en dent-de-scie, déviant tantôt dans le grand exercice de style et, tantôt, dans l'inutilité filmique.

 

Jaffa-GateRiviere-ZeroKantor

Jaffa-Gate (Rick Raxlen, 1982, 6min)

Jérusalem dans les années 20. Un homme descend un escalier. Un autre homme le suit, se cachant la figure par peut d'être saisi par la caméra, par peur d'y perdre son âme. Au marché, un des hommes fait des achats. Un cheval passe. Au loin, nous voyons la tour près de la porte qui mène à Jaffa. L'auteur nous offre une série d'images, ralenties et montées en boucles, évoquant un passé plus paisible et suscitant une douce nostalgie.

C'est ici que débute le troisième et dernier DVD de Contre-Oeil. Evidemment, ne vous attendez pas à une baisse du rythme sur-dimensionnel de cette anthologie. Le réalisateur nous convie dans une sorte de court-métrage documentaire à suivre un court temps la vie de ces quidams évoluant dans une Jérusalem, apparemment, paisible. L'image aux couleurs sépia est ponctuée de ralentis sur image, d'arrêts sur image, le tout sous une délicieuse mélodie d'une célèbre musique classique. Difficile de s'imaginer un tel long-métrage datant seulement de 1982, tant ce qui nous est offert semble être un témoignage d'un passé profondément mélancolique. Les hommes passent, silencieux, regardant parfois avec méfiance une caméra visiblement voyeuriste. Un homme se cache le visage comme pour sembler refuser l'exposition de sa vie à la face du monde. Une expérience très perturbante semblant s'apparenter à un étonnant mix de journalisme free-lance et d'expérimental.

Rivière 0 (Jean-Claude Bustros, 2002, 18min)

Le film est une sorte d'accident technologique perpétré sur quelques passages choisis du western One Eye Jacks, seul film réalisé par Marlon Brando, qui en est aussi l'acteur principal. Lors d'une diffusion du film sur une chaîne locale, le cinéaste intervient aléatoirement sur le décodage de la source numérique du film. Il en résulte un genre de fracas des pixels affichant l'image, nous engouffrant dans une expérience hors norme, visuellement indescriptible.

Rivière 0 ou l'étrange mélange du western et de l'expérimental façon ICPCE. Un drôle de combo nous triturant la rétine durant 18 minutes à se demander si le DVD n'a pas eu un souci d'encodage pour ce métrage. Indescriptible, voilà le mot qui convient à merveille ! 18 minutes de séquences choisies de manière aléatoire avec une distorsion sonore telle qu'il est impossible de comprendre la quasi-totalité des mots prononcés par les personnages. La pixellisation est poussée à son paroxysme, à un point que les mauvais films en avi encodés grâce à un logiciel somalien obscur sembleraient être du 4K. Les visages sont déformés de manière grotesque. Le son est d'outre-tombe.
Aucun objectif recherché si ce n'est de placer le spectateur dans une position d'inconfort, où l'inquiétude et le glauque se tiennent la main. Déstabilisant mais pas inintéressant !

The Blood of Many Filmmakers (Istvan Kantor, 2006, 27min)

Dédié à l'esprit vivant de cinéastes morts, cette commémoration poétique est faite en utilisant des images appropriées de films de Jean Cocteau, Gillo Pontecorvo, Luis Buñuel et autres, complétées par son propre récit et une chanson. Construit en 3 parties, il raconte l'histoire de la Révolution des cinéastes morts luttant contre les forces oppressives du Diffuseur impérialiste afin de conserver le film vivant. Une déclaration révolutionnaire avec la performance vidéo musicale propre du réalisateur.

Voilà, sans nul doute, l'un des court-métrages les plus ambitieux et audacieux de toute l'anthologie. Kantor, à travers un style singulier, nous convie à un véritable hommage envers le cinéma d'antan, qui n'était pas encore, ou peu, soumis à l'ultra-capitalisation cinématographique outrancière bridant les libertés et l'audace. Il s'amuse à chier sur le cinéma de consommation, pop-corn où le but n'est plus de faire rêver le spectateur mais de le noyer dans un divertissement sans fond. Le cinéaste s'amuse à répéter rapidement certaines séquences, en même temps que d'agressives distorsions se profilent. A cela, l'apparition de la tête d'illuminé de Kantor rythmée aux exercices de style visuels offre un caché pour le moins plaisant. Une mention à un grand nombre d'artistes du temps passé dont Kubrick ou Pasolini pour ne citer qu'eux. Des mélodies entrent en opposition avec la virulence d'un cinéaste passionné de vrai cinéma, qui semble pourtant ne pas faire preuve d'optimisme sur le cinéma de demain.
Le leitmotiv « The film is dead » est scandé à de nombreuses reprises, alors que le Kantor commence à chanter un chant révolutionnaire pour la gloire de l'audace, de la performance, de l'originalité cinématographique. Une expérience renversante se vivant pleinement.

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Las Mujeres de Pinochet (Eduardo Menz, 2005, 12min)

Le spectateur est invité à un jeu de rôle à travers l'emploi répété et l'altération du texte, du son et de l'image jusqu'à ce que ses attentes soient pleinement réalisées. La vidéo examine la structure de classe, le sens de la beauté et l'histoire oubliée à travers deux femmes très différentes mais emblématiques sous le brutal régime de Pinochet de la fin des années 80.

Dans cet avant dernier court-métrage, on se retrouvera face à seulement deux séquences mais qui seront répétées en boucle. L'image apparaît petite, alors que le texte est trop grand pour être lu, puis, progressivement, l'image s'agrandira en même temps que les phrases parviennent à être lisibles pour nous faire découvrir l'horreur d'un régime. Un régime qui n'a pas hésité à enlever des personnes opposées à celui-ci, à les arroser d'essence pour les immoler et, enfin, à les abandonner. Douze minutes de déstabilisation d'une femme dénonçant des crimes oubliés.
Ensuite, il y a transition sur une autre séquence, un peu plus chaleureuse, diminuant au fur et à mesure, tandis que le texte grossit jusqu'à en devenir illisible. C'est là que nous pouvons observer tout le talent de Menz qui, en l'espace de 12 minutes, en arrive à nous troubler, à nous choquer, même. Une expérience de grande qualité se vivant à coeur vif.

 Du Moteur à Explosion (Dominic Gagnon, 2000, 40min)

Sur fond musical bio-country-punk, cette fiction terroriste anime l'architecture des grands aéroports mondiaux, détourne et réduit en flammes quatre Boeing 747 et pénètre les crises paranoïaques de voyageurs alors coincés en zone internationale. Aérodynamisme, suspension et non-linéarité sont autant de phénomènes que les protagonistes et spectateurs de ce film questionneront dans une terreur évidente de l'inconnu et du mystérieux.

Au risque de me répéter, le problème majeur, en composant une anthologie cinématographique, est de savoir fournir une qualité constante tout au long du visionnage afin de ne pas induire de pertes de vitesse ou d'attention. Autant dire que ceux qui y sont arrivés peuvent difficilement se compter sur les doigts d'une main. Il est regrettable de voir que ce très sympathique Contre-Oeil se termine sur une note aussi décevante qu'est ce dernier métrage. En soi, l'idée est géniale de pouvoir traduire à l'écran les indicibles angoisses des voyageurs confrontés aux retards aériens. Retranscrire la peur de l'inconnu, la peur de prendre l'avion. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi cet avion est-il en retard ? Autant de questionnements malfaisants submergeant les pensées des navetteurs.
La-terreur de l'accident d'avion n'épargnant personne est bel et bien là. On la sent dans les yeux des personnages. Néanmoins, ce qui aurait pu s'inscrire comme l'une des meilleures pellicules, s'essouffle très rapidement. La faute sera à imputer à une durée exagérément longue qui aurait pu être raccourcie de moitié. Le fait de recourir à certaines séquences inintéressantes minera aussi le visionnage. Après 20 minutes, tout l'intérêt s'évapore au son d'un réacteur d'un Boeing 747.

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A travers ce recueil surréaliste, les différents réalisateurs nous cadenassent pour un long cheminement à travers la représentation que nous nous faisons de la définition même du Septième Art. Les expérimentations diverses sont poussées vers des frontières encore inimaginables avant que l'ICPCE ne les condense en un recueil. A quel moment peut-on situer le cinéma dans ce cas de figure ? Le doute est franchement permis quand l'on voit surtout ce second DVD où le cinéma s'apparente plus à un exercice de style visuel et sensoriel, qu'à une plongée scénaristique. La production d'images mentales a remplacé la vision nette de ce qui nous est proposé sur écran.
Contre-Oeil pourrait être apparenté à une refonte complète des codes cinématographiques qui ont été instaurés depuis de très longues décennies. Alors que L'Homme à la Caméra de Dziga Vertov a décontenancé les foules tout en ayant transmuer le cinéma, l'ICPCE balaye tout d'un revers de main pour afficher l'essence de l'abstrait, le schéma narratif de pensée, l'expérimental dans une pureté proche, parfois, de la folie. Le spectateur assiste béat à une expérience qu'il n'avait, auparavant, jamais ressentie, ni connue, ni même n'a pu envisager de se la représenter. Le moindre repère chronologique ou temporel est éliminé, alors que les visions numériques sont triturées.

Voir Contre-Oeil est découvrir, non pas une autre facette du cinéma, mais un cinéma à part entière, en dehors de l'espace-temps qui s'offre à nous. Médusé par 4h30 de sévices audiovisuels que l'on ne sait trop si l'on a aimé ou non, on reste pantois, las, mais conquis par un style entièrement assumé où l'eschatologie cinématographique est rendue maîtresse des lieux. Dans une austérité palpable, on ne s'extirpe que difficilement de l'écran. Certes, la qualité n'est pas constante et on décèlera quelques rares pellicules à foutre dans la fosse septique. Certes, ne vous attendez pas à visionner tout en une fois, sous peine de vous retrouver dans l'heure à l'asile psychiatrique le plus proche. Pour autant, désarçonné, décontenancé, épuisé, on est là. Seul. Confiné dans l'univers indéfinissable de l'ICPCE.
A se demander si ce que l'on a vu là est bien réel, ou bien le fruit d'un sérieux désordre cérébral personnel. Les séances se succédant avec, toujours cette même atmosphère sans nom, on rempile les DVD dans ce boîtier démoniaque dont l'aspect n'est pas éloigné d'un Nécronomicon visuel. Un carnage sur pellicule où émettre un avis définitif, une quelconque note sur 20 tiendrait d'un effort herculéen. A qui pourrais-je recommander ça, sachant qu'il n'y aurait, au bas mot, que 100 personnes dans le monde potentiellement intéressées ? Nous arrivons à la fin de cette chronique et je sens mon cerveau liquéfié sortir par mes deux canaux auditifs. Quel effort que d'arriver au bout du bout ! Quelle expérience hors norme ! A travers cette chronique inédite sur la Toile de cette ténébreuse anthologie, c'est un hommage à inthemoodforgore que je tiens à faire pour m'avoir fait découvrir l'ICPCE. Celui qui a, plus que quiconque, bousculé l'ordre établi sur ce blog et dont je tiens à lui faire honneur avec cette (première ?) chronique.

 

Note : Dois je vraiment fournir une note ???

 

 

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Une Virée En Enfer 2 ("Enfoirés de camionneurs !")

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Genre : horreur (interdit aux - 12 ans)
Année : 2008
Durée : 1h31

Synopsis : Deux couples d'amis partent pour une virée festive à Las Vegas. Lorsqu'une panne mécanique les laisse au milieu de nulle part, ils finissent par voler une vieille voiture dans un ranch. Ils éveillent alors la curiosité de Rusty, un routier psychopathe doté d'un appétit insatiable pour la torture et la mutilation. Il sera prêt à tout pour qu'ils paient leur dette. Un membre à la fois...         

La critique :

Bien avant de signer Les Dents de la Mer en 1975, Steven Spielberg s'était déjà illustré avec Duel (1971), un téléfilm horrifique qui reposait sur un concept aussi basique que laconique. David Mann, un conducteur et un américain lambda, est pris en chasse par un chauffard conduisant un camion-citerne. Dès lors, s'engage une course poursuite frénétique à la lisière du fantastique. Certes, de prime abord, le principe peut paraître assez ingénu. Mais Steven Spielberg agrémente sa pellicule anxiogène d'un suspense comminatoire. Son sens aiguisé de la mise en scène et pour les menus détails n'est pas sans rappeler, par certaines accointances, le cinéma hitchcockien, une référence encensée et adoubée par "Spielby" lui-même. En sus, Duel se pare d'une allégorie sur nos pulsions reptiliennes, l'homme recherchant à la fois la maîtrise et la suprématie dans les actes les plus banals de la vie quotidienne.

Mais une fois installé derrière son volant, ce dernier retrouve prestement ses réflexes de chasseur, de transgresseur et de prédateur. A travers Duel, on peut aussi déceler une métaphore de l'emprise de la machine et de la mécanique sur nos pulsions primitives et archaïques. Quatre ans plus tard, Steven Spielberg transmutera cette mécanique retorse et incoercible en une menace aquatique à travers les crocs acérés d'un squale aux incroyables rotondités.
Telle sera la dialectique carnassière de Les Dents de la Mer. Pour Steven Spielberg, il faudra faire preuve de longanimité et patienter de nombreuses années avant que Duel ne s'octroie le statut de film culte et qu'il soit reconnu à sa valeur hiératique. En outre, Duel va inspirer plusieurs générations de longs-métrages et de cinéastes, entre autres Hitcher (Robert Harmon, 1986), Enfer Mécanique (Elliot Silverstein, 1977), Christine (John Carpenter, 1983), 60 Secondes Chrono (Dominic Sena, 2000) et évidemment la saga Fast and Furious.

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Vient également s'agréger Une Virée En Enfer, réalisé par les soins de John Dahl en 2001. Pour certains thuriféraires, Une Virée En Enfer - Joy Ride dans la langue de Shakespeare - serait presque un remake officieux, en tout cas une adaptation libre, de Duel. Ce n'est pas un hasard si le film est produit par J.J. Abrams, qui n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour le téléfilm de "Spielby". Le principe d'Une Virée En Enfer repose peu ou prou sur la même rhétorique.
Deux frangins et une jeune "donzelle" sont inlassablement poursuivis par un routier qui se fait appeler "Vieux Clou". Cette course poursuite débouche promptement sur toute une série de belligérances et de cascades grandiloquentes. Malgré son statut de série B, Une Virée En Enfer triomphe sur le marché de la vidéo et rapporte suffisamment de pécunes à ses producteurs.

Aux yeux de ces derniers, c'est un argument suffisant pour justifier la naissance d'une trilogie. Une Virée En Enfer sera donc suivie par Une Virée En Enfer 2 (Louis Morneau, 2008) et par Une Virée En Enfer 3 (Declan O'Brien, 2014). Une fois de plus, la saga Une Virée En Enfer témoigne de cette volonté farouche de transformer la moindre idée un tant soit peu novatrice en franchise cupide et mercantile. Corrélativement, d'autres séries horrifiques caracolent via le support vidéo, que ce soit Détour Mortel, Hostel et bien sûr Saw. La saga Une Virée En Enfer va donc revêtir les oripeaux d'un torture porn sur fond de road movie. Impression corroborée par Une Virée En Enfer 2, soit le film qui nous intéresse aujourd'hui. Autant l'annoncer de suite, cette suite est confiée aux mains d'un véritable tâcheron en la personne de Louis Morneau, un érudit de la série B prosaïque et désargentée.

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Les adulateurs du cinéaste (mais enfin, qui sont-ils ?) citeront aisément Carnosaur 2 (1995), Retroaction (1997), La Nuit des Chauves-Souris (1999), Hitcher 2 (2000) et Werewolf : la nuit du loup-garou (2012) parmi ses longs-métrages notables et notoires. Mais depuis 2012, soit six ans tout de même, peu ou prou de nouvelles de l'intéressé qui semble avoir subrepticement disparu des écrans-radars... Contrairement à son auguste devancier, Une Virée En Enfer 2 ne bénéficiera pas d'une exploitation dans les salles de cinéma et sortira directement en vidéo.
Par ailleurs, Une Virée En Enfer 3 connaîtra le même sort. Mais peu importe, ce genre de pellicule impécunieuse ne coûte pas chère à produire et requiert un casting famélique avec des acteurs sortis tout droit d'une agence de mannequinat.

En l'occurrence, la distribution de Joy Ride 2 se compose de Nicki Aycox, Nick Zano, Kyle Schmid, Laura Jordan et Mark Gibbon. Attention, SPOILERS ! Deux couples d'amis (Melissa, Bobby, Nick et Carla) partent pour une virée festive à Las Vegas.  Lorsqu'une panne mécanique les laisse au milieu de nulle part, ils finissent par voler une vieille voiture dans un ranch. Ils éveillent alors la curiosité de Rusty, un routier psychopathe doté d'un appétit insatiable pour la torture et la mutilation. Il sera prêt à tout pour qu'ils paient leur dette. Un membre à la fois...
A l'aune de cette exégèse, on comprend mieux pourquoi le producteur, J.J. Abrams, a quitté le navire pour cette suite putative. Déjà, à la base, le premier Une Virée En Enfer n'avait pas spécialement brillé par sa sagacité, se contentant de rouler (c'est le cas de le dire...) sur la route et le sillage de Duel. Toujours la même ritournelle... 

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Que pouvait-on alors attendre d'Une Virée En Enfer 2 ? Réponse : pas grand-chose... On prend les mêmes (ou presque...) et on recommence... Le prétexte, quatre amis, partis festoyer sur des routes désertiques, ont le malheur de croiser un routier de passage. Bilieux, Melissa et sa congrégation l'agonisent d'injures. "Enfoirés de camionneurs !" s'écrie un jeune rebelle dans un bar à routiers. Il n'en faut pas davantage pour susciter l'ire du psychopathe de passage et pour justifier de nouvelles course-poursuites correctement réalisées, guère plus.
Clairement, Une Virée En Enfer 2 n'a pas vraiment pour vocation de contrarier l'hégémonie de la saga Fast and Furious. Joy Ride 2 opte alors vers le torture porn puisque le sociopathe euphorique kidnappe désormais ses contempteurs et les mutile avec une frénésie jubilatoire. Le film parvient donc à maintenir un simulacre d'intérêt par son rythme effréné. A contrario, Joy Ride 2 ne renouvelle aucunement son sujet ni ses aspérités. Certes, l'interprétation est correcte, la mise en scène aussi, à condition d'oblitérer certaines saynètes futiles. C'est par exemple le cas lorsque l'un des quatre comparses se grime en femme pour satisfaire les pulsions libidineuses de "Vieux Clou".
Pour le reste, Joy Ride 2 se suit avec un ennui poli, ni plus ni moins. Seule petite consolation, la bande originale rock et hargneuse (Queens of the Stone Age, entre autres) permet de fermer les mirettes sur l'inanité et la vacuité de ce deuxième opus.

Note : 08.5/20

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07 juillet 2018

What We Become (Violente épidémie grippale)

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2015
Durée : 1h17

Synopsis : La famille Johansson passe un été idyllique jusqu'au jour où une épidémie de grippe virulente sème la mort dans le quartier. Les autorités décident de délimiter un périmètre de sécurité, puis cèdent à la panique en imposant la mise en quarantaine à tous les habitants du voisinage. Isolé du reste du monde, le jeune Gustav se rend vite compte que la situation est devenue incontrôlable. Il parvient à s’échapper, laissant les autres membres de sa famille à la merci d’une foule déchaînée et assoiffée de sang…        

La critique :

Dans la grande majorité des cas, les films de zombies sont intrinsèquement reliés au phénomène d'épidémies virales, l'une des obsessions de nos sociétés contemporaines. Sans réellement l'évoquer ou alors de façon évasive, La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968) ratiocinait déjà sur une contamination qui serait la cause ou la genèse du réveil des dépouilles putrescentes, puis de leur insubordination contre le monde des vivants. Par la suite, George A. Romero s'emparera de ce phénomène d'inoculation via La Nuit des Fous Vivants (1973) qui n'est pas vraiment un film de zombies par ailleurs, Le Jour des Morts-Vivants (1985), Diary of the Dead : chronique des morts-vivants (2008) et Land of the Dead : le territoire des morts (2005).
Pour George A. Romero, c'est aussi l'occasion de tancer et d'anathématiser une Amérique exsangue et claustrée dans son hédonisme et son consumérisme.

Evidemment, son style âpre et rédhibitoire va inspirer et engendrer de nombreux épigones. Les thuriféraires de zombies claudicants, sur fond d'épidémie virale, citeront aisément la tétralogie Rec initiée par les soins de Jaume Balaguero et Paco Plaza, le diptyque 28 Jours Plus Tard (Danny Boyle, 2002) / 28 Semaines Plus Tard (Juan Carlos Fresnadillo, 2007), Bienvenue à Zombieland (Ruben Fleischer, 2009), Dernier Train pour Busan (Yeon Sang-Ho, 2016), ou encore Le Massacre des Morts-Vivants (Jorge Grau, 1974) parmi les références notables et notoires.
Vient également s'agréger What We Become, réalisé par les soins de Bo Mikkelsen en 2015 dans la catégorie "épidémie à tendance exponentielle". What We Become est un film danois. Il faut se rendre sur le site Wikipédia pour trouver quelques productions horrifiques provenant des terres danoises.

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Les cinéphiles avisés ne manqueront pas de notifier des films tels que Le Veilleur de Nuit (Ole Bornedal, 1994), Haxan - La Sorcellerie à travers les Âges (Benjamin Christensen, 1922), La Nuit des Vampires (Shaky Gonzalez, 1998), ou encore Epidemic (Lars Von Trier, 1987) parmi ces pellicules proverbiales qui ont eu l'heur de s'expatrier en dehors de leurs frontières danoises. What We Become a été présenté en compétition lors du festival de Gérardmer en 2015, mais n'a pas soulevé spécialement l'enthousiasme parmi les spectateurs dubitatifs.
A contrario, les critiques se montrent un peu plus panégyriques et saluent la mise en scène cérémonieuse de Bo Mikkelsen. Il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm1474236/) pour déceler quelques informations élusives sur le metteur en scène danois.

A fortiori, ce dernier a surtout officié dans des documentaires et des courts-métrages, par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. What We Become s'engage sur un chemin escarpé puisque le métrage a pour ambition de s'exporter plus largement dans nos contrées occidentales. Bo Mikkelsen sera-t-il capable de tenir une telle gageure ? Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... En outre, la distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Benjamin Engell, Mille Dinnesen, Troels Lyby, Marie Hammer Boda et Mikael Birkkjaer ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS !
La famille Johansson passe un été idyllique jusqu'au jour où une épidémie de grippe virulente sème la mort dans le quartier.

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Les autorités décident de délimiter un périmètre de sécurité, puis cèdent à la panique en imposant la mise en quarantaine à tous les habitants du voisinage. Isolé du reste du monde, le jeune Gustav se rend vite compte que la situation est devenue incontrôlable. Il parvient à s’échapper, laissant les autres membres de sa famille à la merci d’une foule déchaînée et assoiffée de sang… A l'aune de cette exégèse, difficile de s'extasier devant les rhétoriques eschatologiques de What We Become puisque le film oblique vers une direction visitée à maintes reprises, celle de la symptomatologie grippale qui vient tarabuster et contaminer une petite communauté sans histoire.
Encore récemment, le film The Gerber Syndrome (Maxi Dejoie, 2011) empruntait lui aussi ce même didactisme avec une oisiveté presque pompière.

Mais What We Become a d'autres velléités. Certes, cette série B horrifique est supérieure à la grande majorité des DTV (direct-to-video) qui sortent à la pelle sans réellement innover ni se démarquer d'une concurrence apoplectique. Au moins, ce film d'épouvante peut s'enhardir d'une mise en scène vétilleuse et diligentée par l'érudition de Bo Mikkelsen. Certes, le cinéaste est loin d'être un manchot derrière la caméra et nous gratifie d'un climat mortifère et anxiogène. Bo Mikkelsen prend son temps pour planter le décor et ses protagonistes qui se comptent sur les seuls doigts de la main.
Indubitablement, le metteur en scène connaît ses classiques sur le bout des lèvres et ne cache pas son effervescence pour les grands classiques du genre. Via ce parricide commis par une jeune gamine de cinq ou six ans (tout au plus...), le spectateur malicieux aura aisément subodoré la référence à La Nuit des Morts-Vivants (Précédemment mentionné).

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Mais c'est justement tout le problème de What We Become, à savoir cette incapacité à s'extraire de ce carcan référentiel. Si le film remplit doctement son office, il reste néanmoins beaucoup trop policé pour maintenir la tension sur la durée. Certes, les divers protagonistes n'ont jamais assisté à de telles forfaitures et à de telles exactions sanguinaires... Sauf que nous, si ! En sus, la plupart des saynètes érubescentes sont filmées en contre-champ, Bo Mikkelsen laissant le soin au spectateur médusé d'imaginer la suite des animosités... Hélas, le procédé a aussi ses écueils et ses corolaires.
In fine, le scénario de What We Become reste de facture conventionnelle. Sur la forme comme sur le fond, le long-métrage se fractionne en deux sections bien distinctes. La première s'apparente à une analyse systémique des dynamiques familiales entre Gustav et ses parents. La seconde prend la forme d'un huis clos, puis d'une fuite chimérique ne débouchant nulle part, si n'est vers la mort et la putréfaction. En réalité, What We Become justifie presque seulement son visionnage pour ses qualités esthétiques. En résulte une oeuvre aussi méticuleuse que prosaïque.

Note : 11/20

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06 juillet 2018

La Passion de Jeanne d'Arc (La condamnation de la petite pucelle d'Orléans)

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Genre : Drame, biopic, historique

Année : 1928

Durée : 1h50

 

Synopsis :

En 1431 débute le procès de Jeanne dans le château de Rouen, devant un tribunal ecclésiastique au service de l'occupant anglais. Enchaînée, avec une simplicité désarmante, elle explique ses gestes devant une foule qui a décidé de la condamner avant même le début de son jugement.

 

La critique :

Après quelques jours de vacances passés à Budapest, il est maintenant temps de se retrouver pour de nouvelles chroniques. Quoi de mieux qu'un bon film muet, témoignage des premiers balbutiements du Septième Art et de la fondation des premiers codes cinématographiques. Une période dorée qui vit la création de pellicules ayant pour objectif d'apporter cette touche de grandiloquence dans un but d'élever une réputation encore très approximative chez certains ne voyant en cela qu'un art bâtard et sans importance. Il est vrai que l'expressionnisme allemand est souvent la première chose qui nous vient à l'esprit quand on parle de cinéma muet. Ceci étant dit, rien de cela mais ça sera un petit tour du côté du cinéma français muet. Une parcelle d'un cinéma encore mal connu pour les profanes. On pensera à l'Avant Garde et ses réalisateurs fétiches tels René Clair, Jean Epstein ou Germaine Dulac. Rien de tout cela non plus puisqu'il s'agira d'aborder le cas de Carl Theodor Dreyer.
Un réalisateur danois qui a pu se forger une solide réputation, allant jusqu'à faire partie de ces cinéastes cultes peu souvent cités. Il m'a été donné, dans le passé, de chroniquer son étrange, son singulier mais, néanmoins, très bon Vampyr. Cette fois, ça sera, ce que l'on considère, comme l'apogée de sa carrière. Le point culminant d'une longue carrière ponctuée d'oeuvres rares en la personne de La Passion de Jeanne d'Arc. Et pour cause, le bonhomme ne fera que 14 films en 50 ans de carrière. Qu'est-ce qui peut expliquer cela ? La première est que nous pouvions constater la frilosité de producteurs tueurs d'art et d'innovation. 

La seconde fut le soin méticuleux qu'il apportait à la préparation de chacun de ses films, mûris de longues années avant le tournage. C'est grâce au franc succès public de l'une de ses comédies, Le Maître du Logis, que Dreyer fut invité à venir travailler en France. A partir d'un manuscrit composé par l'écrivain Joseph Delteil, il le remania pour en faire le scénario de La Passion de Jeanne d'Arc. Dreyer s'intéressait à la vie de Jeanne d'Arc, surnommé la pucelle d'Orléans, depuis la canonisation de celle-ci en 1924. Son ambition n'était pas de tourner un simple film d'époque, bien qu’il ait étudié de manière approfondie les documents relatifs au procès de réhabilitation.
Il voulait interpréter un hymne au triomphe de l’âme sur la vie. Tout un programme ! Pourtant, la restauration de la version d'origine tient presque du miracle, puisque le premier négatif avait subi des coupures exigées par la censure, puis avait été perdu dans un incendie. Dreyer avait alors réussi à en reconstituer une seconde version à partir de chutes restantes, lesquelles devaient pourtant elles aussi disparaître dans un autre incendie. Il ne restait plus alors que des copies douteuses, et ce n'est qu'en 1981 que l'on retrouva dans un asile psychiatrique d'Oslo un double oublié du premier négatif, non censuré. Un peu comme si une force suprême a voulu donner foi au concept de miracle aux cinéphiles. Tout ce que l'on peut dire est que la pellicule est vite rentrée dans les grands classiques du cinéma et que Chris Marker le considérait comme le plus beau film du monde. Rien que ça !

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ATTENTION SPOILERS : Le palais de justice de Rouen, en 1431, vit un événement historique. Un tribunal ecclésiastique présidé par l'évêque Cauchon et tout acquis aux Anglais juge Jeanne d'Arc, l'audacieuse petite Lorraine qui écouta les injonctions du Seigneur, convainquit le sire de Baudricourt de la mener jusqu'à Chinon, sut démêler d'entre les courtisans le dauphin de France, méfiant et cauteleux, prit la tête de ses armées et parvint à rendre au Valois le royaume que les Anglais lui avaient ravi. Faite prisonnière par les Bourguignons, vendue à ses ennemis, abandonnée par ses amis, elle affronte des clercs hypocrites et verbeux, armée de sa seule mais lumineuse simplicité.

Tout d'abord, petite notion d'histoire. Qui est, en fin de compte, cette femme qui défraya l'histoire française ? Tout se passe, au début du XVème siècle, où une jeune fille de 17 ans d'origine paysanne affirme avoir reçu de la part des saints Michel, Marguerite d'Antioche et Catherine d'Alexandrie la mission de délivrer la France de l'occupation anglaise. C'est elle qui permettra de conduire victorieusement les troupes françaises contre les armées anglaises, à lever le siège d'Orléans et à conduire le roi au sacre de Reims, contribuant ainsi à inverser le cours de la célèbre Guerre de Cent Ans.
Malheureusement, elle fut capturée et vendue aux français. Elle fut condamnée, dans un simulacre de procès la condamnant pour hérésie, à être brûlée vive en 1431. Entaché de nombreuses irrégularités, un second procès l'innocenta et la réhabilita entièrement en 1456. Béatisée en 1909, canonisée en 1920, sa fête nationale est instituée le deuxième dimanche de mai. Une autre page sombre de l'histoire française. Après cette longue parenthèse, nous est donné d'analyser un film plus complexe qu'il n'en a l'air au premier abord. Dreyer avait dit que son but n'était pas de reconstituer un biopic authentique mais de prendre des libertés en abordant ce procès sous une forme plus personnelle. Sans aller jusqu'au réquisitoire féroce, le cinéaste nous expose une Eglise loin des préceptes qu'elle suit, basée sur un régime dictatorial de terreur où le but était d'instaurer un conditionnement mental généralisé de toute la population pour la faire rentrer dans les rangs de la religion chrétienne. Cette sombre période du Moyen-Âge vit l'inquisition procéder à des exterminations de masse pour "la foi". Le concept de charité et de pardon, deux piliers essentiels de la chrétienté, n'est pas de mise vu qu'il s'agit d'éliminer chaque élément perturbateur qui entacherait l'hégémonie d'une puissance religieuse.

Les curés, ecclésiastes et autres évêques, à la solde des anglais, la voient comme une folle schizophrénique et s'amusent à la bombarder de remarques acerbes, acrimonies et grotesques quolibets. L'héroïne qui permit une solide victoire à la France est tournée en ridicule. Dans ce contexte, difficile que d'avoir un quelconque respect des institutions religieuses évoluant en vase clos sans notion de tolérance et de compréhension. Je parle bien de vase clos parce qu'une étonnante dichotomie est observable. L'une entre les éminences religieuses et l'autre autour de Jeanne d'Arc. Pourtant axées au sein d'une même religion, les pratiques de la foi se montrent diamétralement opposées. Cette fracture d'un suivi religieux peut être vu comme l'unique exemple démontré dans le monde cinématographique avec une telle aisance. Si l'une se pavane dans la richesse et l'hypocrisie, l'autre apparaît comme humble et d'une surprenante simplicité. Une même idéologie sans quelconque union entre meneurs et partisans.
Une chrétienté voyant sa dimension oecuménique balayée par l'immoralité insidieusement répandue envers ses dirigeants. De fait, La Passion de Jeanne d'Arc ne se centrera exclusivement que sur ce procès sans jamais aboutir à quelconque séquences hors champ du jugement de la cour. Au pathétisme des curés s'ajoutera un cadre très resserré étouffant le spectateur, lui donnant cette impression d'être au plus près de Jeanne d'Arc.

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La Passion de Jeanne d'Arc fait bien sûr écho à la Passion du Christ (pas le film de Mel Gibson) où, comme le Christ, elle subit les outrages, la haine et l'incompréhension d'un monde chrétien déconnecté des réalités et de la religion qu'il suit. Le fait de montrer une femme souffrante et humiliée renvoie immanquablement à la figure de la Vierge et aux premiers martyrs de l'Eglise. Tout comme eux, elle est en état de grâce et désire y rester, peu importe ce qu'il en coûtera. Il ne s'agit pas de remettre en question, de se dédouaner de ses convictions et de sa confiance totale envers le Seigneur. Effectuer un revirement complet de sa foi en allant dans le sens voulu de la mauvaise foi des institutions équivaudrait à se détourner du chemin divin et à la condamner. Le fait de soumettre une telle figure à l'humiliation et à la mort nous apparaît comme foncièrement abominable moralement.
Comme une fatalité qui aurait conduit certains à huer sur la religion en laquelle ils ont cru, Jeanne y croit avec une volonté d'acier et est persuadée d'être accueillie au royaume des cieux. Sa mise à mort sur le bûcher n'y changera rien et elle mourra avec un honneur sans faille. Morte pour une patrie qu'il l'a humiliée. Indubitablement, La Passion de Jeanne d'Arc est l'une de ces oeuvres qui interpelle autant qu'elle nous interroge sur notre vision de la Foi chrétienne. Les athées s'y risqueraient à critiquer le conditionnement psychologique d'une population convaincue, sans preuve, d'un autre monde. D'autre y verront un éloge destiné à un prolongement d'une morale humaniste glorifiant notre détermination à scander et à croire en nos opinions et nos croyances. Ce qui est d'autant plus frappant dans une société actuelle marginalisant de plus en plus ceux n'étant pas en accord avec le conformisme ambiant.

Outre un scénario uniquement basé sur le procès, Dreyer expose sa "foi" envers l'innovation cinématographique. Il cherche à poser une singulière empreinte sur une tragédie humaine en multipliant les gros plans sur la martyre. Ce choix plus que judicieux pose notre regard sur les émotions d'un visage décomposé par les larmes. Un sanglot déchirant sans aucune volonté de dramatisation outrancière, digne des pires drames sur le marché. Ce procédé n'a pas pour but de mettre en valeur des décors tout ce qu'il y a de plus rudimentaire mais bien de procéder à un véritable film social qui nous accompagne avec Jeanne d'Arc et ses ressentis vers sa mort inéluctable.
Autant dire que l'on ne peut que se poser devant un tel résultat nous laissant un goût fort amer en bouche à la fin du visionnage. Reste que La Passion de Jeanne d'Arc, par sa puissance sans faux bond, fait partie d'un cinéma vu comme désuet des profanes. Un cinéma très difficile d'accès car son absence de paroles, couplé à l'audace de mise en scène, ne plaira pas à tout le monde. Il n'est pas étonnant que certains se feront royalement chier devant et que, comme pour tout film muet, il faut savoir accepter le style de jadis et aussi parvenir à rentrer dedans. Un dernier point qui est le plus difficile à effectuer. Pourtant, l'on ne peut réfuter le talent épatant d'un Dreyer qui a su taper dans le mille en osant. 

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Reste aussi que la multiplication des gros plans se focalisant sur le visage de Jeanne balayeront les espoirs des amoureux d'esthétique voyant dans le cinéma muet, le moyen de se rincer l'oeil. Comme j'ai dit, les décors sont simplistes et il n'y a pas de volonté d'esthétisation mais bien de rendre compte du déchirement mental d'une vraie martyre. Un point qui partagera. La bande son offre une dimension tragique supplémentaires, en accord avec ces bouleversants sanglots. A ce niveau, Renée Falconetti offre une prestation transcendantale en faisant corps avec cette femme déboussolée. Ses larmes, véritables, vraies, déconcertent à un niveau surprenant tel que nous pouvons nous aventurer à dire que nous nous retrouvons devant l'une des plus grandes prestations féminines de tous les temps.
Pour les autres acteurs, ça ne vous étonnera pas s'ils sont complètement éclipsés par cette actrice hors norme. Néanmoins, leurs visages déformés par les grimaces sont du plus bel effet. On citera Eugène Silvain, André Berley, Maurice Schutz, Jean d'Yd ou encore Louis Rivet.

Vous comprendrez bien que La Passion de Jeanne d'Arc n'a en aucun cas usurpé sa réputation de film culte. Dreyer s'affranchit de véritables diatribes sur une assemblée refusant la remise en cause de son autorité institutionnelle pour nous conter l'histoire purement objective d'une meneuse, sauveur de la France, trahie par les siens, à la solde des anglais. Par la mise à mort d'une telle personnalité, l'Eglise montre toute son étroitesse d'esprit en crachant sur les préceptes de la religion chrétienne et, d'une manière paradoxale, ne croient pas dans le concept de miracle. Un véritable troupeau d'idiots à l'origine d'une des plus grandes erreurs judiciaires de l'histoire française.
Le tout porté par une volonté de s'affranchir des codes cinématographiques et d'une Falconetti à un sommet perturbant, semblant porter sur soi tout le poids du monde. Bien que Dreyer confirme son érudition, il convient de dire que ce film avant-gardiste aura du mal à plaire au plus grand nombre par son austérité, son trait muet bien que le réalisateur voulût en faire un film parlant (ce qui ne fut pas possible). Quelle ironie pour les bourreaux de se rendre compte, s'ils étaient réincarnés à notre époque, que Jeanne d'Arc devint l'une des plus célèbres personnalités de l'époque Moyenâgeuse, qu'elle fut béatisée, canonisée et à l'origine d'une fête nationale !

 

Note : 17/20

 

 

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Cube 2 - Hypercube ("Les réalités parallèles s'effondrent en un seul espace")

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Genre : science-fiction, expérimental
Année : 2002
Durée : 1h34

Synopsis : Lorsqu'elles se réveillent, huit personnes qui ne se connaissent pas se découvrent prisonnières d'un labyrinthe de salles cubiques : l'hypercube. Dans cette étrange structure, les lois connues du temps et de l'espace ne s'appliquent plus. Aucun des captifs ne sait comment ni pourquoi il a atterri là. La survie de chacun dépend de la capacité du groupe à percer les secrets du cauchemar géométrique avant qu'il ne se désintègre, entraînant la mort de ceux qui y sont retenus... Hallucination collective, réalité simulée, conspiration démoniaque ou dimension parallèle, ils doivent comprendre. Le général Maguire, Jerry, un ingénieur électricien, Simon, un consultant en management, Kate, une psychothérapeute, Max, un concepteur de jeux, Sasha, une étudiante aveugle, Julia, une avocate, et Mme Paley, une mathématicienne à la retraite, vont devoir décrypter ce lieu qui défie l'esprit...         

La critique :

1997. Malicieux, le cinéaste, Vincenzo Natali invente un nouveau concept via une pellicule astucieuse et retorse. Son nom ? Cube. Le principe du film est aussi simpliste que laconique. Plusieurs individus en déveine se réveillent dans une prison cubique qui recèle d'un florilège de pièges. Ils ignorent pourquoi ils se trouvent dans cet objet énigmatique aux contours variables et visiblement diligentés par des équations mathématiques. Pour survivre, les détentionnaires devront trouver la sortie de cette prison moderne et aux allures géométriques. Mais existe-t-il une issue dans cette forteresse nimbée de mystères ? Ingénieux, Vincenzo Natali se garde bien de dévoiler la moindre information concernant cette prison stratosphérique et aux rouages pernicieux.
Pour le metteur en scène, c'est aussi l'occasion de proposer une allégorie sur la condition humaine en revisitant, de facto, l'Allégorie de la Caverne de Platon.

En ce sens, la prison cubique apparaît comme une réalité factice et imprimée par nos impressions subjectives. Quelle autre réalité se trouve à l'extérieur du Cube ? Ensuite, comment se sortir de cette geôle mortelle ? Autant de questions qui tarabustent nos divers protagonistes. Astucieux, Vincenzo Natali propose un thriller science-fictionnel et labyrinthique qui marque durablement les persistances rétiniennes. Cube se solde par un succès surprenant dans les salles obscures et devient la nouvelle égérie de certains thuriféraires du cinéma science-fictionnel.
Ces derniers saluent le concept, pour le moins controversé, de cette pellicule condescendante. Aux yeux des producteurs avides et mercantile, c'est un argument suffisant pour transmuter le premier film en une trilogie lucrative avec Cube 2 - Hypercube (Andrzej Sekula, 2002) et Cube Zero (Ernie Barbarash, 2004). 

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Aujourd'hui, c'est donc le cas atypique de Cube 2 - Hypercube qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes. Si Cube premier du nom a rencontré les ferveurs d'une exploitation dans les salles de cinéma, les deux autres épisodes sortiront directement en vidéo. Pis, Cube 2 - Hypercube désarçonne les adulateurs du premier chapitre. Même les critiques et la presse spécialisée se montrent dubitatives et semoncent une suite indigne de son auguste homologue. Reste à savoir si Cube 2 - Hypercube mérite de tels anathèmes et de telles acrimonies.
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... A contrario, Cube 2 - Hypercube possède son petit aréopage d'intercesseurs car le film repose sur une nouvelle dialectique, l'évolution du cube en un hypercube encore plus complexe, déroutant et amphigourique.

Certes, Cube 2 - Hypercube repose peu ou prou sur le même concept et claustre derechef des individus guignards. Toutefois, les pièges arborent de nouvelles dimensions allégoriques, métaphoriques et même cosmologiques, défiant les lois de la physique quantique ; thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Andrzej Sekula est donc chargé de remplacer Vincenzo Natali. En outre, Andrzej Sekula a surtout officié en tant que directeur de la photographie sur plusieurs longs-métrages proverbiaux, notamment Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994), American Psycho (Mary Harron, 2000), Hackers (Lain Softely, 1995), ou encore Trust (David Schwimmer, 2010).
Cube 2 - Hypercube constitue également la seconde réalisation du metteur en scène canadien après le film Fait Accompli (1998). La distribution de Cube 2 - Hypercube risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Kari Matchett, Geraint Wyn Davies, Grace Lynn Kung, Matthew Ferguson, Neil Crone, Barbara Gordon et de Lindsey Connell ; mais j'en doute... 

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Attention, SPOILERS ! Lorsqu'elles se réveillent, huit personnes qui ne se connaissent pas se découvrent prisonnières d'un labyrinthe de salles cubiques : l'hypercube. Dans cette étrange structure, les lois connues du temps et de l'espace ne s'appliquent plus. Aucun des captifs ne sait comment ni pourquoi il a atterri là. La survie de chacun dépend de la capacité du groupe à percer les secrets du cauchemar géométrique avant qu'il ne se désintègre, entraînant la mort de ceux qui y sont retenus... Hallucination collective, réalité simulée, conspiration démoniaque ou dimension parallèle, ils doivent comprendre. Le général Maguire, Jerry, un ingénieur électricien, Simon, un consultant en management, Kate, une psychothérapeute, Max, un concepteur de jeux, Sasha, une étudiante aveugle, Julia, une avocate, et Mme Paley, une mathématicienne à la retraite, vont devoir décrypter ce lieu qui défie l'esprit...

Autant l'annoncer de suite. Pour ceux et celles qui ont louangé la sagacité du premier volet, ils risquent d'être sérieusement décontenancés par cette suite entortillée et absconse. Cube 2 - Hypercube est-il un mauvais film pour autant ? Pas vraiment... Force est de constater que ce deuxième effort possède quelques arguties dans sa besace. Pour Andrzej Sekula, il était aisé de reproduire le même didactisme que son illustre devancier. Mais le réalisateur élude cet écueil pour proposer une aventure aux édifications quantiques et ésotériques. Depuis les événements du premier épisode, le cauchemar géométrique a encore évolué vers de nouvelles rugosités.
"Les réalités parallèles s'effondrent en un seul espace" déclame Kate Filmore, une psychothérapeute et héroïne du film. 

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Cette fois-ci, le Cube est encore plus spacieux qu'à l'accoutumée et chaque pièce modifie le temps ainsi que la gravité. Contrairement au premier film qui proposait un concept en trois dimensions, Cube 2 - Hypercube utilise une quatrième perspective : le temps. Mais cette conjecture temporelle est victime de la gravité et de dimensions parallèles qui s'interfèrent et s'enchevêtrent pour totalement désarçonner les divers protagonistes, ainsi que le spectateur hébété. De ce point de départ, pour le moins alambiqué, Andrzej Sekula n'en ressort rien et ne parvient jamais à transcender un script volontairement nébuleux. Certes, par d'habiles stratagèmes, le cinéaste prodigue quelques informations évasives sur cet Hypercube. Tous les personnages incarcérés partagent un lien inhérent et évanescent avec cette expérience militaire et de laboratoire, visiblement diligentée par le gouvernement et/ou les services secrets...

Sur ce dernier point, Cube 2 - Hypercube désappointe le spectateur ulcéré par ses labilités et un script à priori modifié à moult reprises. Dès lors, difficile de s'extasier devant les tribulations de Kate et de ses subordonnés, d'autant plus qu'Andrzej Sekula ne nous épargne pas certains archétypes habituels. Il faudra de nouveau se contenter d'un psychopathe obsédé de l'opinel qui mutile ses comparses pour trouver l'issue et/ou la clé de l'énigme. En dépit de ses apparences et de ses atours quantiques et philosophiques, Cube 2 - Hypercube se pare d'une métaphore sur le conditionnement humain. Seule dissimilitude avec le film de Vincenzo Natali, la prison irrationnelle implique les lois d'une physique capricieuse, les candidats (si j'ose dire...) devant à chaque fois s'adapter à la pièce dans laquelle ils se transposent... Hélas, cette bonne idée de départ est promptement dévoyée par des effets spéciaux et des images de synthèse joyeusement surannés. Cette obsolescence finira par parachever cette impression de vacuité abyssale. A force de persévérer dans cet exercice tarabiscoté, Andrzej Sekula omet ses personnages, ainsi que son propre film, à la limite souvent de l'expérimental.
Faire compliqué pour paraître intelligent, c'est bien quand on est célèbre. Pour Andrzej Sekula, c'est encore beaucoup trop tôt. Telle est l'impression, pour le moins mitigée, qui ressort de ce Cube 2 - Hypercube

Note : 09/20

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05 juillet 2018

Inthemoodforgore... Reviens ! Reviens ! C'est une prière ! (Hommage à Inthemoodforgore)

Aujourd'hui, nous nous permettons de publier un article un peu digressif avec une vidéo clin d'oeil à Inthemood qui a décidé de tirer sa révérence au blog (tout du moins, en tant qu'auteur, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2018/07/02/36307895.html). Cet article aura donc des velléités goguenardes et humoristiques via une petite vidéo destinée à Inthemood, en espérant qu'il l'appréciera...

 

Posté par Alice In Oliver à 15:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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