Cinéma Choc

26 septembre 2017

2 Soeurs (Unies dans l'adversité)

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Genre : Drame, thriller, épouvante, horreur (interdit aux - 12 ans)

Année : 2003

Durée : 1h50

 

Synopsis :

Su-Mi et Su-Yeon, deux soeurs, rentrent chez elles. Leur belle-mère les accueille mais Su-Mi l'évite volontairement et Su-Yeon semble en avoir peur. Un jour, le frère de la marâtre et sa femme leur rendent visite. Pendant le dîner, elle aperçoit un fantôme et des événements étranges se produisent. Le fantôme d'une petite fille hante en effet la maison. Les oiseaux meurent. Persuadée que leur mort est due aux agissements de Su-Yeon, la belle-mère l'enferme dans un placard. Le conflit entre la marâtre et les deux jeunes soeurs ne fait que commencer.

 

La critique :

Et une fois de plus, Cinéma Choc voit l'arrivée d'un nouveau film coréen (du Sud entendons nous car aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a bel et bien un cinéma nord-coréen) enrichissant davantage son catalogue. On ne va pas revenir à nouveau sur le leitmotiv habituel de ce cinéma face au cinéma américain actuel aseptisé au possible. Souvenez vous, j'avais chroniqué il y a un bout de temps I Saw The Devil, soit l'un des thriller les plus célèbres du pays qui a même réussi à être connu du grand public par chez nous. Ce classique fut réalisé de la belle plume de Kim Jee-woon mais vous aurez bien compris que ce n'est pas son seul film. Sa carrière démarra en 1998 avec The Quiet Family mais 2 Soeurs sera définitivement le film qui lui permettra de se forger une sérieuse réputation à l'étranger.
Fait prouvé avec le thriller à succès A Bittersweet Life, sorti en 2006. Enfin, en ce qui concerne son dernier bébé, The Age of Shadows, il faut avouer que nous sommes loin de la renommée de certaines de ses oeuvres, du moins pour l'instant.

Avant tout, 2 Soeurs est une adaptation d'un conte populaire coréen intitulé Janghwa et Hongryun qui signifie en français "Rose et Fleur Lotus". Les deux héroïnes du film, Su-Mi et Su-Yeeon, portent les nom de ces deux fleurs. Ce récit fut créé par un conteur anonyme et transmis oralement au fil des siècles. La popularité de ce conte est telle que durant le XXème siècle, l'histoire fut adaptée à la télévision, sur scène et cinq fois au cinéma avant la version de Kim Jee-woon.
Le réalisateur dira s'être inspiré de trois films notables, à savoir Pique-nique à Hanging Rock, Créatures Célestes et Signes, soit des films loin du navet insipide. Bref, on a là des influences notables, un réalisateur de talent et une histoire au synopsis diablement intéressant. En gros, tout ce qu'il faut pour être comblé. Nous pouvons maintenant passer à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : De retour après une longue absence, deux soeurs, Su-Mi et Su-Yeon, s'installent dans la demeure de leur père et de leur belle-mère, Eun-Joo, ravissante jeune femme qui cache sous ses airs courtois une volonté de fer. Rapidement, les relations s'enveniment entre les adolescentes et leur marâtre, et les conflits se font quotidiens. Tandis que la cadette semble terrifiée par Eun-Joo, l'aînée subit des visions de cauchemar, mettant en scène un mystérieux fantôme. Un soir, un dîner de famille se finit en catastrophe. Eun-Joo, excédée par l'attitude des deux soeurs, enferme la cadette dans un placard. Débute un affrontement meurtrier entre Su-Mi et Eun-Joo.

Vous l'avez compris, après lecture du synopsis, que nous ne serons pas là pour nous fendre la poire devant cette oeuvre. Déjà dans The Quiet Family, Jee-woon traitait du dysfonctionnement familial sauf qu'il optait pour la thématique de l'humour noir. Ici, oubliez toute forme d'humour car le réalisateur a décidé de traiter son histoire de manière beaucoup plus sombre. Pari largement réussi car 2 Soeurs est un peu le genre de film qui risque de miner le moral des troupes à la fin du visionnage. Le thème de la maltraitance au sein d'une famille recomposée n'est pas le thème le plus facile à traiter, en plus d'être pas mal tabou chez nous. En cause, les 3 vieux adages de notre époque cinématographique moderne : Bien-pensance, happy-end et "on ne touche pas aux enfants".
Là, Jee-woon balaie ces adages et transpose son récit au beau milieu d'une campagne éloignée de tout et où se dresse un immense manoir. Dès le début, le cinéaste crée un milieu austère avec cette maison familiale menaçante alors qu'elle devrait être normalement rassurante. Dans cette maison, les rayons du soleil ne sont guères souvent au rendez-vous, les couloirs sont longs et serrés, en plus d'avoir cette impression qu'ils semblent être sans fin.

Dans cette atmosphère anxiogène, Jee-woon met en scène un père désintéressé et éloigné de sa progéniture alors que la belle-mère se montre plus présente dans la vie des jeunes filles. Plus présente mais surtout plus étouffante, alors que les deux soeurs sont directement hostiles et même terrifiées lors de leur rencontre pour le moins glaciale et sous tension. Alors oui, on pourrait s'attendre à un drame au traitement rudimentaire et déchirant mais la grande force de 2 Soeurs réside dans son traitement original où, au drame psychologique, s'additionne l'épouvante, ce qui apporte un trait très personnel et "cinéma d'auteur" au récit. Après la rencontre et dans une scène de repas tout autant malaisante, le surnaturel va rejoindre rapidement le film et l'envelopper durant toute la durée.
Au menu, fantômes et apparitions cauchemardesques. Si vous avez été biberonné au film d'horreur américain contemporain, nul doute que 2 Soeurs risque de vous foutre une bonne tarte dans la gueule. Jee-woon sait maîtriser habilement l'épouvante et nous sert à de nombreuses reprises, des séquences impressionnantes et à même de déclencher une belle horripilation. La séquence de la fille sous l'évier étant probablement la plus représentative.

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En soit, on connaît tous ces films d'horreur ne se basant que sur les screamer pour impressionner le grand public alors que l'ambiance et la tonalité du film sont tout à fait quelconques mais 2 Soeurs ne boxe pas dans cette catégorie. Il n'y aura qu'à de rares reprises, l'utilisation de screamer car tout se jouera dans l'ambiance franchement malsaine et oppressante. Mais si tout ceci est un pilier très important, ce n'est pas le pilier central qui réside ni plus ni moins que dans son scénario. Un scénario loin du déroulement scénaristique conventionnel qui nous fait poser notre cerveau.
Jee-woon met en place un scénario complexe et tout aussi labyrinthique que le manoir et qu'on se le dise, le résultat est là mais ne plaira peut-être pas à tout le monde. Rapidement le trouble naît dans notre esprit car le cinéaste modifie les perceptions de la réalité et le rationnel via cette dimension horrifique. 2 Soeurs est le film qui nécessite une attention permanente et une grande implication pour obtenir les nombreuses clés de compréhension du récit. Du coup, autant le dire, un seul visionnage n'est pas nécessaire pour bien cerner toutes les facettes. Si on se doutait un peu que quelque chose ne tournait pas rond et qu'un cliffhanger allait apparaître, celui-ci est largement efficace pour surprendre son public. Bon, ne vous attendez pas à ce que j'aille plus loin car on a là un film qui ne nécessite pas d'être trop raconté afin d' être bien vécu.

Le scénario est puissant et remplit son objectif d'une dénonciation de l'enfance gâchée et malmenée de deux fillettes qui n'ont rien demandé pour subir un tel sort. Inutile de vous attendre au moindre pet de happy-end et c'est tant mieux car un tel drame n'aurait pas eu le même impact si tout se finissait bien arrivé à la fin. La tristesse et le désespoir sont présents et palpables au sein d'une tragédie familiale de grande ampleur qui pourrait laisser un goût amer en bouche à certains, arrivé à la fin du visionnage. Pourtant, là où le bat blesse, c'est dans la mise en scène que certains risquent de trouver un peu mollassonne sur les bords. Les séquences rythmées et de tension sont nombreuses mais on a quand même au rendez vous plusieurs scènes quelque peu léthargiques hachant l'intensité du visionnage.
C'est assez dommage car un tel récit doit agripper son spectateur par la gorge de A à Z sans ne jamais le lâcher. Au final, il s'agit bien là du seul défaut que l'on peut pointer du doigt car Jee-woon est pourvu d'un grand professionnalisme.

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Et j'en viens à l'aspect physique du film qui tient plus que bien la route. On retrouve un véritable travail sur l'esthétique des décors qui sont à ravir via de beaux effets de lumière et un grand panel de couleurs. On jongle fréquemment entre ce type de décors et des décors beaucoup plus obscurs mais tout aussi intéressants à regarder. La bande sonore est savamment dosée et sait faire grimper la tension dans les moments critiques. On appréciera aussi la manière de filmer avec cette caméra suivant les personnages dans les couloirs, un peu dans le style Shining. Enfin, la prestation des acteurs est on ne peut plus convaincante avec au casting Lim Soo-jung, Moon Geun Young, Yum Jung-ah et Kim Kap-soo. Si ce dernier, dans le rôle du père, est pas mal apathique, les trois autres actrices gèrent plus que bien la situation et incarnent pleinement leur personnage.
On se souviendra de Jung-ah et ses yeux vifs et acérés sans oublier Soo-jung et Geun Young touchantes dans le rôle de ces filles oppressées et au regard terrifié. A tout point de vue, le résultat est plus qu'honorable.

En conclusion, 2 Soeurs est encore et encore une autre grande réussite du cinéma coréen qui n'a plus rien à prouver dans son professionnalisme à gérer tant le drame que le thriller, le policier et l'épouvante. Lançant directement les hostilités dès le début du visionnage, Jee-woon garde en permanence l'attention du spectateur faisant face à un drame familial dur, éprouvant et, disons le, affreux quand on parvient à agencer correctement un récit traité sous forme d'une mise en abîme, un peu dans le style de Mulholland Drive, en (beaucoup) moins expérimental. Un style scénaristique qui ne plaira pas à tout le monde et qui n'est de sorte pas adapté à ceux qui veulent poser leur tête sans réfléchir.
Si on pourra pester sur une mise en scène hachée dans son intensité et parfois un peu trop contemplative, on ne peut que féliciter Jee-woon de faire de 2 Soeurs un souffle dans le paysage cinématographique. Oui, on tient là un film asiatique dit "hybride" car, malgré son climat sérieusement effrayant sur les bords, il ne peut être associé ni au cinéma fantastique, ni au cinéma d'horreur. 2 Soeurs, c'est la représentation du drame psychologique sur l'enfance détruite, la perte de l'innocence, l'incapacité à faire face aux fantômes du passé et l'insurmontable. Un film tout ce qu'il y a de plus recommandable, à défaut d'être un chef d'oeuvre.

 

 

Note : 15/20

 

 

orange-mecanique Taratata


Texas Chainsaw 3D (Panne de tronçonneuse)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2013

Durée : 1h32

Synopsis : Après le massacre de ses quatre amis, Sally était parvenue à échapper à l’épouvantable famille Sawyer. Les habitants de la petite ville de Newt, au Texas, avaient décidé de faire justice eux-mêmes, brûlant la maison de cette famille maudite et tuant tous ses membres. C’est du moins ce qu’ils crurent à l’époque...
Bien des années plus tard, à des centaines de kilomètres de là, une jeune femme, Heather, apprend qu’elle vient d’hériter d’un somptueux manoir victorien, léguée par une grand-mère dont elle n’avait jamais entendu parler. Accompagnée de ses meilleurs amis, elle part découvrir la magnifique propriété isolée dont elle est désormais propriétaire. Heather va vite comprendre que du fond des caves, l’horreur n’attend qu’une occasion pour surgir…  

La critique :

Petit retour en arrière. En 1974, Tobe Hooper réalise Massacre à la Tronçonneuse, un film d'horreur inspiré par les meurtres perpétrés par Ed Gein, surnommé le boucher de Plainfield. Son nom demeure tristement célèbre puisque Ed Gein est connu et reconnu comme étant le tout premier tueur en série nécrophile américain. Le forcené kidnappe des femmes ventripotentes qui lui rappellent la figure maternelle. Non seulement, il les torture, les massacre et les dilapide, mais récupère leurs organes ainsi que plusieurs morceaux de leur peau pour se constituer un masque humain.
Ces faits macabres et sordides inspireront également le scénario de Le Silence des Agneaux (Jonathan Demme, 1991). Vers le milieu des années 1970, les Etats-Unis sont au coeur de plusieurs scandales.

La guerre du Vietnam et le Watergate assomment littéralement le Président Nixon et la société se laisse dévoyer par la libération des moeurs, le multiculturalisme, le mouvement hippie et l'hédonisme à tous crins. Et c'est ce qu'a parfaitement compris Tobe Hooper qui décide de réaliser Massacre à la Tronçonneuse dans un contexte de colère sociale, culturelle et sociétale. A travers les exactions de Leatherface, le croquemitaine anthropophage, Tobe Hooper s'interroge sur la nature humaine.
Qui est le monstre ? Celui qui répand des cadavres et des cervelles humaines impunément dans sa cave ou des étudiants à priori insouciants qui tancent et répudient l'un des leurs parce qu'il est condamné à croupir, jusqu'à la fin de ses jours, dans une chaise roulante ? Evidemment, le chef d'oeuvre de Tobe Hooper mérite une analyse beaucoup plus précautionneuse et va engendrer de nombreux épigones.

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En 1987, soit treize ans après la sortie du film, Tobe Hooper se laisse à son tour appâter par le lucre et le merchandising. C'est dans ce contexte qu'il réalise Massacre à la Tronçonneuse 2 la même année. Contre toute attente, le metteur en scène signe une suite bien différente de son devancier et opte pour l'outrage et les rodomontades, d'où une impression forcément mitigée lors du générique final, entre l'amertume et le désappointement. Fustigé et ostracisé par les fans du film originel, Tobe Hooper jure qu'on ne l'y reprendra plus. La saga se retrouve alors orpheline de son principal démiurge.
Mais les producteurs n'en ont cure. Ainsi, Massacre à la Tronçonneuse 3 : Leatherface (Jeff Burr, 1990) et Massacre à la Tronçonneuse : la nouvelle génération (Kim Henkel, 1994) se chargent amplement de ridiculiser Leatherface et sa famille de dégénérés mentaux. 

Qu'à cela ne tienne. Dans les années 2000, Marcus Nispel et Michael Bay décident de ressusciter le mythe anthropophagique via un inévitable remake homonyme. Bientôt, cette nouvelle version qui, évidemment ne réitère pas la performance rutilante de son modèle, est suivie par une séquelle, Massacre à la Tronçonneuse : le commencement (Jonathan Liebesman, 2006), censée revisiter les origines de Leatherface. Bref, la saga se cherche et balbutie, toujours dans cette quête chimérique de reproduire l'uppercut asséné par le premier volet.
Une hérésie. Et pourtant... En 2013, la saga se poursuit avec Texas Chainsaw 3D, réalisé par John Luessenhop. 
Ce nouvel épisode - le septième tout de même - n'est ni un remake, ni un spin-off, ni une séquelle, ni une préquelle, mais est la suite directe du premier volet réalisé par Tobe Hooper. 

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Cette suite intervient donc 39 ans après le chef d'oeuvre originel. John Luessenhop sera-t-il capable de réitérer la même performance ? Réponse dans les lignes à venir... La distribution du film réunit Alexandra Daddario, Tania Raymonde, Trey Songz, Keram Malicki-Sanchez, Paul Rae, Shaun Sipos et Scott Eastwood. Attention, SPOILERS ! Après le massacre de ses quatre amis, Sally était parvenue à échapper à l’épouvantable famille Sawyer.
Les habitants de la petite ville de Newt, au Texas, avaient décidé de faire justice eux-mêmes, brûlant la maison de cette famille maudite et tuant tous ses membres. C’est du moins ce qu’ils crurent à l’époque... 
Bien des années plus tard, à des centaines de kilomètres de là, une jeune femme, Heather, apprend qu’elle vient d’hériter d’un somptueux manoir victorien, léguée par une grand-mère dont elle n’avait jamais entendu parler.

Accompagnée de ses meilleurs amis, elle part découvrir la magnifique propriété isolée dont elle est désormais propriétaire. Heather va vite comprendre que du fond des caves, l’horreur n’attend qu’une occasion pour surgir… Il faut bien le reconnaître. On n'attendait plus forcément grand-chose de la saga consacrée aux impudicités criminelles de Leatherface. Et hélas, ce n'est pas Texas Chainsaw 3D qui risque d'intervertir cette dialectique. Premier constat, l'intitulé même du film.
Cette fois-ci, les producteurs ont recours aux effets désuets de la 3D. Une façon comme une autre de faire jaillir la tronçonneuse érubescente de Leatherface. Hélas, l'arme stridulante du sociopathe est en panne de graisse et d'idées scénaristiques. Pourtant, via son introduction et lors de 
certaines séquences de tripailles, pour le moins élusives, Texas Chainsaw 3D fait vaguement illusion. 

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A condition de fermer les yeux sur plusieurs saynètes pour le moins curieuses et extravagantes. Poursuivie par un Leatherface vindicatif et atrabilaire, Heather décide de se planquer dans un cercueil sous le nez et la barbe (si j'ose dire...) de son assaillant, alors que l'infortunée aurait pu s'escarper dans la forêt sans sourciller. On relève donc ici et là de nombreuses ellipses et incohérences qui placent ce Texas Chainsaw 3D à la même hauteur que le remake et la séquelle réalisés dans les années 2000. Texas Chainsaw 3D s'apparente donc à une production hollywoodienne qui joue la carte du torture porn pour mieux farder toute la vacuité et l'inanité de son scénario.
En l'état, ce nouveau chapitre séduira peut-être le public pré-pubère en manque de sensations fortes et peu exigeant en termes de qualités cinématographiques. Seule petite consolation, l'intérêt de Texas Chainsaw 3D repose justement sur cette transmission généalogique et cette malédiction qui nimbe sur la famille Sawyer depuis plusieurs décennies. C'est sans aucun doute la seule bonne idée du film, hélas maladroitement exploitée par un John Luessenhop plus tâcheron que jamais.
Et non, le cinéaste ne réitère absolument pas le choc frontal et viscéral de son auguste épigone. Bref, en quelques mots : pourvu que la saga s'arrête...

Note : 08/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

25 septembre 2017

Savage Man Savage Beast aka Ultima Grada Dalla Savana (La scène la plus choquante jamais montrée à l'écran ?)

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Genre : mondo, shockumentary, trash, horreur (interdit aux -18 ans en version intégrale)
Année : 1975
Durée : 1h28 cut / 1h34 uncut


Synopsis : Premier volet de la trilogie "Savage" des réalisateurs italiens Antonio Climati et Mario Morra, Savage Man Savage Beast est considéré comme l'un des mondos les plus violents jamais réalisés. La raison de cette réputation ? Une scène "mythique" et insoutenable qui a fait et fait encore couler beaucoup d'encre sur sa supposée véracité. 


La critique :

18 février 1975. Province de Wallace à la frontière angolo-namibienne. Pit Dernitz, un touriste allemand, effectue un safari photo dans une réserve animalière en compagnie de sa jeune femme, de sa fillette de neuf ans et de son petit garçon de deux ans. D'autres couples accompagnent cette famille ordinaire en voiture et chacun profite de l'opportunité d'être au beau milieu de la faune sauvage. Mais la situation s'annonce périlleuse car les voilà qui s'approchent tout près d'un groupe de lionnes. Appliquant les consignes de sécurité, tous restent bien à l'abri dans leurs véhicules.
Tous sauf Pit Dernitz qui caméra super 8 à la main, commet le geste fou, impensable, de sortir de sa voiture pour aller filmer plus près, encore plus près les fauves menacants. Et ce qui devait arriver arriva. L'imprudent ne voit pas arriver une lionne qui se jette soudain sur lui par derrière, le déséquilibre et l'agresse violemment. La puissance brute de l'animal a déjà condamné le malheureux. Pire encore, une deuxième lionne attirée par le sang qui commence à couler, vient prêter main forte à sa congénère et les deux carnassiers commencent à dévorer l'homme qui n'a plus la force de se débattre.

Puis une troisième lionne surgit puis encore, un lion mâle. Le groupe de félidés s'attroupe autour du corps de Pit Dernitz et le déchire sous les yeux de sa femme et de ses enfants. La scène insoutenable est filmée par les autres touristes, impuissants devant le drame qui se déroule sous leurs yeux. Triste ironie, on y voit dans les derniers instants, une lionne s'en aller en tenant dans la gueule la caméra de l'infortuné Dernitz, tel un trophée. Plus tard, la voiture des gardes forestiers réussira à disperser les animaux et à réconforter (?) la femme de Dernitz hurlant sa douleur et son désespoir. 
Voici donc la scène tant décriée depuis plus de quarante ans. Ces trois minutes d'horreur absolue ont aussitôt été sujettes à polémique, dès leur première diffusion. Certains affirmant qu'il s'agissait d'un "fake", c'est à dire d'une mise en scène scénarisée et totalement fausse ; certains au contraire, soutenant que les événements se sont réellement produits et que le pauvre homme s'est bel et bien fait dévorer vivant par les fauves. De nombreux experts animaliers, dont le célèbre éthologue Konrad Laurenz lui même, furent sollicités pour donner leur avis sur la véracité ou non des images.

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Il suffit de se rendre sur YouTube pour se faire sa propre opinion puisque la scène y est proposée dans son intégralité sans message d'avertissement, ce qui est proprement ahurissant puisque Savage Man Savage Beast est interdit aux moins de dix huit ans dans sa version intégrale (le film comporte également des meurtres d'humains qui peuvent aussi prêter à confusion sur leur authenticité). Cependant, les dernières analyses en date sembleraient bien confirmer que la scène n'a pas été truquée et que Pit Dernitz soit vraiment mort dévoré sous l'objectif de la caméra. Le fait que cet homme n'est plus jamais donné signe de vie est aussi particulièrement troublant.
Rappelez-vous la polémique qui a entouré la sortie du scandaleux Cannibal Holocaust où le réalisateur Ruggero Deodato, accusé un temps d'avoir tourné un snuff movie c'est-à-dire d'avoir procédé à de réels meurtres d'acteurs sur le tournage, dû prouver aux journalistes que les morts atroces du film (en particulier celui d'une femme indigène empalée sur un pieu) n'étaient rien d'autre que le résultats d'effets spéciaux très réussis.

Pour couper encore plus court aux supputations fantasmées de la presse, l'actrice qui incarnait l'amazonienne transpercée de part en part, fut forcée de se rendre en personne à une conférence de presse, faisant taire ainsi définitivement les rumeurs qui commençaient à circuler sur la prétendue exécution dont elle aurait été victime. Pit Dernitz lui, n'est plus jamais réapparu publiquement pour démontrer qu'il était toujours vivant...
Attention spoilers : Le film se présente sous la forme d'un témoignage anthropologique et d'une étude compilatoire hétérogène des moeurs et coutumes, qu'elles concernent le monde humain ou animal. La thématique principale du film est la chasse sous toutes ses formes, modernes ou primitives. De la chasse à courre dans la forêt de Rambouillet à la chasse au boomerang des aborigènes d'Australie, les réalisateurs nous font voyager d'un continent à l'autre afin de nous présenter les multiples techniques de cette pratique ancestrale. Les images sont parfois violentes pour ne pas dire barbares.
Beaucoup d'animaux sont abattus et souvent de façon brutale. Ainsi éléphants et rhinocéros sont transpercés à coups de lances, des kangourous sont déchiquetés ou encore un cerf est décapité.

Toutefois, le métrage est fréquemment entrecoupé par des passages plus légers qui n'ont strictement rien à voir et qui concerne la vie des communautés hippies. On peut y voir une jeune femme donner le sein à un chevreau, un couple faire l'amour devant des centaines de personnes nues ou encore quelques extraits grivois lors du festival pop sur l'île de Wight en août 1970. Savage Man Savage Beast est un mondo agréable à suivre, et cela n'est pas si fréquent. Curieux mélange de passages ultra violents et d'instantanés iconoclastes et même comiques (des chasseurs victimes d'un laxatif sont filmés en train de "couler un bronze" en pleine forêt), le film de Climati et Morra ne ressemble pas aux mondos classiques. Certes, on retrouve parfois le côté outrancier et voyeuriste, poncif récurrent depuis Mondo Cane (1962) le précurseur du genre, mais ce n'est pas ce que l'on retient en premier du métrage.
Savage Man Savage Beast est avant tout un reportage sur le vif où le côté bestial et primitif des êtres vivants est mis en avant. Mais le titre de ce shockumentary veut bien dire ce qu'il veut dire. Que les animaux agissent instinctivement et s'entretuent pour la survie de leur propre espèce n'a rien de choquant.

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Au contraire, ce sont les lois de la nature qui sont appliquées et les règles de la chaîne alimentaire qui sont respectées. Ce que les réalisateurs condamnent avec force, ce sont les actes gratuits de violence dont les hommes seuls, se rendent coupables. Violence envers les animaux mais aussi envers eux mêmes. Climati et Morra ne font donc que confirmer la célèbre maxime qui affirme que l'homme est un loup pour l'homme. Ils nous renvoient à nos instincts primaires et à notre soif de domination sur les autres créatures de la planète, qu'elles appartiennent ou non à notre propre race. Pour mieux illustrer leur propos, les réalisateurs nous font assister à une chasse à l'homme (véridique ou pas, difficile à dire) où des individus de type caucasiens poursuivent et massacrent deux indigènes dans la jungle. Pour rien, pour s'amuser et pour assouvir cette soif de pouvoir absolu sur la vie de l'autre.
Mais limiter Savage Man Savage Beast à une succession de meurtres ou d'agressions hardcore serait réducteur et surtout faux. Car la majorité du métrage proposée fait plus penser à un documentaire ethnologique pour un public averti certes, qu'à une compilation d'actes de torture et de barbarie. Et puis, il y a ces passages complètement "surréalistes" insérés plus ou moins aléatoirement, au gré de l'humeur des réalisateurs.

Des instantés soit salaces soit humoristiques qui succèdent en général, à des scènes de grande brutalité pour en contrebalancer immédiatement l'effet traumatisant auprès du spectateur. Scènes cocasses donc, que ces instants "volés" à la vie des communautés hippies, très nombreuses durant la décennie soixante dix. La caméra entraîne le spectateur sur divers festivals "Peace and Love" qui se sont déroulés à cette époque et notamment l'immense rassemblement musical (près de 700 000 personnes) sur l'île de Wight à l'ouest de l'Angleterre. Nous assistons amusés, aux moeurs pour le moins libérées et dévergondées de la jeunesse hirsute, pouilleuse et insouciante qui se livre en toute frénésie à l'amour libre et aux joies de la fumette du joint devant la caméra indiscrète des réalisateurs.
Un couple copule sans gêne aucune devant une assistance aussi indifférente que dénudée. Puis, Climati et Morra se plaisent à filmer une rangée de hippies défèquant à l'unisson sur des toilettes de fortune. Nous verrons même une jeune femme donner le sein à un chevreau ! Quel merveilleux contre-exemple à l'intolérable violence, quasi viscérale, de l'être humain envers l'animal qui nous est  détaillée tout le long de ce documentaire...

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Oui, indéniablement, Savage Man Savage Beast se laisse suivre sans le moindre ennui. Beaucoup plus trash que Mondo Cane et bien moins factice que Faces Of Death, ce métrage italien est doté d'atouts non négligeables et d'une idéologie moins nauséabonde que certains spécimens de son acabit. Son (relatif) succès lors de sa sortie en 1975 incita, hélas, ses réalisateurs à continuer d'exploiter le filon du "Savage Mondo" avec la réalisation de This Violent World en 1976 et Sweet Savage en 1983, pour établir une trilogie dont on ne voit pas trop l'utilité.
Quoiqu'il en soit, tourner et surtout diffuser un film pareil à la télévision serait aujourd'hui absolument inconcevable. Ne serait-ce que par le nombre d'espèces en voie de disparition (je pense en particulier au rhinocéros) qui sont exécutées ici de façon sommaire et méthodique. Savage Man Savage Beast a donc valeur de témoignage sur les bouleversements naturels et ceux grandement accélérés par la course au profit des cupides, qui ont frappé la planète depuis quarante ans.

Ce film fut tourné à une époque où l'homme n'avait pas encore pris (ou voulu prendre) conscience de l'instabilité de l'éco-système et de l'infini fragilité de la nature qui l'entoure. Aujourd'hui, il est déjà trop tard pour certaines races d'animaux sauvages que l'on trouvaient à profusion en 1975, quand fut réalisé ce documentaire choc. À méditer pour se rendre compte qu'à force de saccager impunément toutes les richesses de sa planète, l'homme est en train de scier la branche sur laquelle il est assis... Au final, c'est un métrage assez instructif, cohérent et divertissant que nous livrent Antonio Climati et Mario Morra. Le petit plus incontestable étant ses moments humoristiques surgis à l'improviste qui se révèlent essentiels pour dédramatiser l'ambiance du film.
Un film dur, impitoyable parfois à l'extrême limite du soutenable mais un film jamais malsain ni moralement condamnable. Considéré par beaucoup comme l'un des mondos les plus violents jamais réalisés, Savage Man Savage Beast n'a pas usurpé sa réputation en présentant un florilège d'images chocs. Mais ce film nous fait aussi réfléchir sur la notion même de la valeur de la vie. Humaine ou animale, chaque vie est à respecter. De ce côté-là, l'être humain aurait pas mal de leçons à recevoir de la part de ses contemporains à poils ou à plumes. Il conviendra donc ne pas retenir de ce métrage que la scène effroyable qui l'a rendu célèbre; même s'il y a fort à parier qu'elle hantera longtemps votre mémoire si jamais vous osez la visionner...


Note : 13,5/20

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore

Stalker - 1979 (Introspection métaphysique)

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Genre : anticipation, inclassable
Année : 1979

Durée : 2h43

Synopsis : Dans un pays et une époque indéterminés, il existe une zone interdite, fermée et gardée militairement. On dit qu'elle abrite une chambre exauçant les désirs secrets des hommes et qu’elle est née de la chute d'une météorite, il y a bien longtemps. Les autorités ont aussitôt isolé le lieu, mais certains, au péril de leur vie, bravent l’interdiction. Leurs guides se nomment les «stalker», êtres déclassés, rejetés, qui seuls connaissent les pièges de la zone, en perpétuelle mutation

La critique :

Parmi les plus grands cinéastes de l'histoire du Septième Art, les cinéphiles citeront probablement le nom d'Andreï Tarkovski, un réalisateur soviétique né en 1932 et décédé en 1986 d'un cancer du poumon. Andreï Tarkovski, c'est avant tout une autre façon d'envisager le cinéma à travers des angles tout d'abord politiques et idéologiques (L'Enfance d'Ivan en 1962), puis sous des consonances mystiques, spirituelles, métaphysiques et même cosmologiques.
De facto, le cinéma d'Andreï Tarkovski s'adresse à une certaine intelligentsia et se situe à des années-lumière d'un cinéma actuel engoncé dans ses atermoiements et dans des pellicules beaucoup trop formatées pour séduire sur la durée. Parmi les plus grands chefs d'oeuvre de Tarkovski, les cinéphiles les plus avisés citeront aisément Le Sacrifice (1986), Andreï Roublev (1966), Le Miroir (1975) et Solaris (1972).

Vient également s'ajouter Stalker, sorti en 1975, et qui constitue le deuxième film anticipationnel d'Andreï Tarkovski. D'ailleurs, on pourrait considérer Stalker comme la suite logique de Solaris même si le film ne propose pas de périple spatial. En outre, il s'agit plutôt d'un voyage dans les confins de l'âme et de la conscience humaine. A l'origine, Stalker est l'adaptation libre d'un opuscule éponyme d'Arcadi et de Boris Strougatski. En outre, le tournage du film ne sera pas une sinécure.
Tourné principalement devant la centrale électrique de Tallinn, la capitale de l'Estonie, le long-métrage est émaillé par de nombreux incidents. Pour la photographie du film, par ailleurs somptueuse et magistrale, Tarkovski dispose de pellicules Kodak dernier cri. Hélas, à l'époque, le cinéma soviétique n'est guère accoutumé à cette nouvelle technologie. 

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Ainsi, la majorité du film est tronquée et même détériorée, au grand dam de Tarkovski qui doit alors s'atteler à la tâche. Le metteur en scène mettra plus d'une année à rectifier les nombreuses aberrations, criant au complot contre certains contempteurs soviétiques. Furibond, Tarkovski remplacera même son photographe en cours de tournage, accusant ce dernier de l'avoir usurpé. Le tournage de Stalker se déroule donc dans une ambiance de suspicion et de paranoïa.
La distribution de Stalker réunit Alexandre Kaïdanovski, Alissa Freindlich, Anatoli Solonitsyne et Natacha Abramova. Attention, SPOILERS ! Quelque part... à une époque inconnue... Que s’est-il passé sur cet univers où ne règne que la désolation ? Ruines inondées, brume, froideur, contrastant avec cet endroit étrange, cerné de barbelés et de miradors, étroitement gardé : La Zone.

Région mystérieuse d’où une armée n’est jamais revenue, mais qui abriterait une maison renfermant une Chambre comblant les vœux de l’homme qui y pénètre. Cet endroit, seuls les Stalkers, ces guides, passeurs, contrebandiers, osent s’y aventurer. L’un d’entre eux, accompagné de deux clients, un écrivain et un savant, entreprend ce périlleux voyage. Que cherchent-ils dans ce paysage idyllique ? Quelque chose... pour le Stalker la guérison de sa fille : pour l’écrivain l’inspiration ?
Ensemble, ils atteignent la Chambre, cœur profond de La Zone. Qu’ont-ils découvert ? Peut-être eux-mêmes... Autant l'annoncer de suite. 
Stalker est une oeuvre définitivement, profondément et intrinsèquement ésotérique, une sorte de juxtaposition entre l'univers autocratique du roman 1984 (George Orwell, 1948), le mysticisme chrétien et païen et un univers influencé par la littérature de Dostoïevski. 

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Si Stalker flagorne le genre anticipationnel, il demeure néanmoins une oeuvre totalement inclassable et une expérience à part entière pour quiconque aime le "cinéma". Un terme à guillemeter à l'aune de ce Stalker qui doit se vivre comme une oeuvre teintée de philosophie et de cosmologie, soit comme une sorte d'autoscopie mentale conviant ses personnages (trois au total : le Professeur, l'Ecrivain et le "Stalker", soit littéralement le "chasseur furtif et silencieux") et même le spectateur à sonder les mystères ineffables de l'âme, de la conscience, de l'inconscience et de sa propre existence.
A l'instar des trois principaux protagonistes, le spectateur avisé devra, en fonction de son intellect et de son niveau de conscientisation, s'approprier le film d'Andreï Tarkovski. C'est sûrement pour cette raison que Stalker crée, bon gré mal gré, cette sensation de malaise tout au long de ces deux heures et 43 minutes de bobine.

De surcroît, il se dégage du film une impression de malaise renforcée par une atmosphère éthérée, esseulée, sensorielle et cérébrale. De facto, chacun pourra déceler, ici et là, les thèmes qui lui sont personnels. Ainsi, certains y verront une oeuvre futile et volubile sur le degré de conscience humaine, en sachant que ce niveau d'introspection reste limité par nos émotions, nos pensées et surtout par nos pulsions archaïques et reptiliennes. D'autres le percevront comme un chef d'oeuvre unique et un film qui dépasse largement l'expérience même du cinéma. 
En l'occurrence, difficile de ne pas voir dans ce Stalker une oeuvre visionnaire et eschatologique. En effet, cinq ans plus tard, l'Ukraine sera frappée par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, avec ses écueils, ses ravages et ses corollaires.  

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Or, dans Stalker, tout laisse apparaître une société humaine tuméfiée, canonisée, arpentant des rues en désuétude mais toujours solidement gardées par des policiers, et un monde que l'on imagine totalitaire. Dans cet univers en pleine décrépitude, les individus cherchent une nouvelle raison d'espérer, de croire... Justement, la rumeur évoque l'écrasement d'une météorite à l'origine de l'existence d'une "Zone" (je renvoie au synopsis), un endroit inconnu qui exaucerait les voeux les plus chers. 
Hélas, ceux qui s'y sont aventurés n'en sont jamais revenus. Andreï Tarkovski étaye cette impression de société post-atomique via des décors obombrés et à l'agonie, finalement à l'image de ses trois principaux protagonistes. 
En se rendant vers la Zone, l'Ecrivain, le Professeur et le Stalker aspirent à la félicité. Une chimère.

Ainsi, Tarkovski scinde son film en deux parties bien distinctes. Le monde humain, qui correspond à un niveau de conscience totalement vain et néantisé, est tourné en noir et blanc. A contrario, la Zone est filmée en couleurs comme pour marquer le réveil de la conscience vers de nouvelles aspérités. A ce sujet, l'identité et la personnalité du Stalker, considéré comme un guide, sont mises à rude épreuve. Sur place, les trois hommes découvrent un paysage étrangement boisé dans lequel ne subsiste aucun homme, si ce n'est une nature primordiale et verdoyante, révélant peu à peu ses anfractuosités.
Une façon comme une autre d'inviter nos trois convives à une introspection à la fois mentale, philosophique et métaphysique. La Zone, c'est finalement la rémanence et la réminiscence d'une animalité qui gouverne l'Homme depuis la nuit des temps. 

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Ainsi, chaque protagoniste est convié à fabuler sur la vacuité de sa propre existence, mais aussi sur l'utilité d'un tel périple. Par exemple, le Stalker est-il réellement ce guide prodigue, philanthrope et magnanime ? Ou alors une sorte d'usurpateur lui-même dépassé par les mystères qui nimbent cette fameuse zone ? L'Ecrivain lui aussi réflexionne, tergiverse et s'interroge. Que restera-t-il de son oeuvre et de sa trace dans la Mémoire humaine ? A travers ce personnage, Tarkovski se questionne lui-même sur sa propre empreinte, heureusement indélébile.
Mais Stalker, c'est aussi cette introspection sur nos appétences. En résumé, il y a ce que nous désirons et la réalité morbide de ce désir. Et c'est précisément ce que révèle la Zone, à savoir l'archaïsme et la primalité de ce désir. De facto, Stalker s'apparente à un pamphlet sur la nature humaine. 
En outre, difficile d'en dire davantage. Vous l'avez donc compris. Avec Stalker, Andreï Tarkovski brasse de nombreuses thématiques qui outrepassent largement notre intellect ainsi que notre niveau d'introspection ; le réalisateur questionnant les énigmes de notre vaste univers, ainsi que celles de notre inconscience. 
La Zone ne serait qu'une création mentale et consubstantielle à l'esprit humain, à notre besoin intarissable de "croire". A moins que cette Zone ne soit justement bien réelle... Mais tout dépend de ce que chacun entend par "réel" tant justement l'esprit est subjectif et malléable, ouvrant ainsi une infinité de possibilités. Enfin, si quelqu'un a compris quelque chose à cette chronique, qu'il me téléphone de toute urgence...

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

24 septembre 2017

Terence Fisher, le roi de la Hammer

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Aujourd'hui je vous propose d'aborder Terence Fisher dont je me suis farci la filmo rien que pour vos yeux ébahis ! Réalisateur emblématique de la Hammer Film, Terence Fisher a marqué de manière indélébile le cinéma fantastique mondial en donnant à Christopher Lee le rôle de Dracula à travers une série de films, tels Le Cauchemar de Dracula et Dracula, prince des ténèbres. Mais ce que l’on oublie un peu trop souvent est qu’au départ, Terence Fisher n’avait pas donné à Christopher Lee le rôle de Dracula, mais celui du Dr Frankenstein dans Frankenstein s’est échappé en 1958. 
Il s’agit là de l’un des premiers spécimens de la Hammer Film, trois ans après Le Monstre (The Quatermass Experiment) de Val Guest. Le futur interprète de Scaramanga dans The Man with the Golden Gun de Guy Hamilton y est secondé par Peter Cushing, autre figure célèbre et fameuse du studio. Également connu sous le nom de The Curse of Frankenstein, le film lança véritablement la Hammer Film. Produit exclusivement en Grande-Bretagne, le film n’est pourtant pas du tout le premier film de Fisher, qui avait mis en scène auparavant une trentaine de polars de série B, ainsi qu’une poignée de films fantastiques comme Colonel Bogey, Le Triangle à quatre côtés et Skyways.

On considère souvent The Curse of Frankenstein comme son « nouveau premier film ». La même année, Fisher retrouve (toujours pour le compte de la Hammer) le tandem Lee-Cushing pour Dracula (plus connu sous le nom du Le Cauchemar de Dracula) qui est à ce jour son chef d’œuvre absolu. Il y fait un usage remarquable du sang et de la couleur pour un éclatant résultat, aux limites du baroque. D’une esthétique irréprochable, Le Cauchemar de Dracula peut aisément être considéré comme la meilleure adaptation de Bram Stoker jamais réalisée !
Mais comment continuer sa carrière après avoir atteint un tel sommet ? Il n’y avait hélas qu’une possibilité : redescendre. Et ce qui devait arriver arriva : toujours en 1958, année charnière dans la carrière du cinéaste, Fisher signa le méconnu La Revanche de Frankenstein, toujours avec Peter Cushing, mais sans Christopher Lee. Partant de l’idée que Frankenstein n’est pas mort car un prêtre a été guillotiné à sa place à la fin du Le Cauchemar de Dracula, le film met en scène les nouvelles mésaventures du savant fou qui développe une technique de transplantation de cerveau.

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Il transplante donc son propre cerveau dans le corps de son cobaye (nommé Karl) et, après le succès de l’expérience, revient au labo pour détruire son ancien corps. Mais tout ne va pas se passer comme prévu, évidemment... Très audacieux dans sa démarche, La Revanche de Frankenstein vaut surtout pour l’interprétation inoubliable de Peter Cushing dans le rôle du savant fou. Complètement dénué de scrupules, ce dernier s’éloigne néanmoins un peu trop du personnage décrit par Mary Shelley. Cela étant, La Revanche de Frankenstein reste un bon film d’horreur, même s’il n’atteint pas l’intensité du Le Cauchemar de Dracula. Après avoir passé un certain temps sur Frankenstein et Dracula, Terence Fisher effectue un virage dans sa carrière avec Les Étrangleurs de Bombay (1959), film dans lequel il prend pour la première fois une direction plus exotique, mêlant le film d’aventure au film d’horreur. 
Se centrant sur une affaire de rites ancestraux bien évidemment basés sur des sacrifices humains, le film est à ce jour le plus violent de la carrière du cinéaste, et surprend encore aujourd’hui pour la brutalité de certaines séquences.

On y croise effectivement un personnage écartelé, des démembrements, des yeux crevés et des langues arrachées ! Mais toutes ces horreurs ne sont pas gratuites. En effet, derrière ce festival de gore, le film dissimule un message anticolonialiste fort qui en fait l’une des œuvres les plus audacieuses de Terence Fisher. Toujours en 1959 et après The Mummy, Fisher retrouve Peter Cushing sur Le Chien des Baskerville d’après le roman homonyme de Sir Arthur Conan Doyle et enchaîne sur The Man Who Could Cheat Death. Le cinéaste était appelé à revenir au personnage de Sherlock Holmes trois ans plus tard dans le nettement plus oubliable Sherlock Holmes et le collier de la mort.
Après cet aparté exotiquo-gore, le cinéaste revient à Dracula pour son entrée dans les sixties avec La Fiancée de Dracula puis Les Maîtresses de Dracula, où il retrouve une nouvelle fois Peter Cushing. Toujours produit par la Hammer, Les Maîtresses de Dracula suit une tendance un peu plus bis que les deux précédents opus, mais à la différence de La Revanche de Dracula, le cinéaste revient ici d’avantage à un style visuel baroque très soigné, accompagné d’une élégante photographie plus ou moins léchée. La particularité des Les Maîtresses de Dracula vient néanmoins de... l’absence du buveur de sang !

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À part pendant le prologue, il n’est pas tant question de Dracula ici que de ses disciples. Et particulièrement d’un certain baron Meinster, enfermé par sa mère dans son château et auquel on livre des jeunes femmes en pâture dans le but d’assouvir sa faim. Jusqu’au jour où le baron est libéré... Comme on peut s’en douter à la lecture du titre, Les Maîtresses de Dracula se veut beaucoup plus explicite dans son sous-texte sexuel et pervers, le baron Meinster allant jusqu’à "vampiriser sa mère" dans une scène que d’aucun trouveront incestueuse. Particulièrement spectaculaire et audacieux, Les Maîtresses de Dracula est une excellente surprise, dont on se souviendra longtemps pour son combat final entre Van Helsing et Meinster. Le cinéaste revient à nouveau à l’adaptation littéraire avec Les Deux visages du docteur Jekyll d’après le roman célèbre de Robert Louis Stevenson, considéré dans « Les Classiques du cinéma fantastiques » de Jean-Marie Sabathier, comme un chef d’œuvre.
Passé le succès de Les Maîtresses de Dracula, Terence Fisher aborde ensuite un autre grand mythe du fantastique remis récemment au goût du jour dans Dog Soldiers (Neil Marshall), Cursed (Wes Craven), ou encore Harry Potter : le prisonnier d’Azkaban (Alfonso Cuaron) : celui du loup-garou avec La Nuit du loup-garou dans lequel il engage un certain Olivier Reed.

Se penchant sur la genèse du monstre et sur ses origines, La Nuit du loup-garou nous apprend également qu’on ne devient pas loup-garou en étant mordu par un autre loup-garou, mais en étant poursuivi par une sorte de malédiction (d’où le titre original, The Curse of the Werewolf). Et c’est précisément ce qui arrive à un pauvre vagabond dont la seule faute est d’avoir manqué de respect à un noble répugnant. Devenu animal, le vagabond s’en prend à une domestique muette qu’il viole. Cette dernière devient à son tour loup-garou et tue son maître, avant de donner naissance à un enfant. 
Jusque là, Terence Fisher réussit à mener de main de maître l’action, avec un sens du rythme et une minutie, un sens du détail qui ont de quoi impressionner les plus exigeants des fantasticophiles. Mais c’est après que ça se gâte, le film reprenant le schéma classique d’une série B avec Paul Naschy. Et c’est bien dommage, car si le film avait réussi à se maintenir tout du long, La Nuit du loup-garou aurait pu atteindre des sommets d'épouvante. En l’état, c’est juste une sympathique curiosité.

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Il faut ensuite attendre 1964 pour revoir Fisher à la réalisation d’une réelle réussite avec The Gorgon, petit chef d’œuvre de sa carrière, et aussi son meilleur, parmi les plus oubliés. Il faut dire que rien qu’à la vue de la fiche technique, un cinéphage normalement constitué devrait se mettre à baver : le scénario est signé John Gilling (auteur entre autres du fondateur L’Invasion des morts-vivants et du célèbrissime La Femme reptile), tandis que la distribution regroupe Peter Cushing, Christopher Lee et Barbara Shelley (Le Village des damnés, version Wolf Rilla). 
Si La Gorgone est réellement handicapée par des effets spéciaux peu performants, il s’agit néanmoins d’un très beau film, où Terence Fisher se penche davantage sur la psychologie et la mélancolie des héros. Projeté en festival à partir de 1967, La Gorgone fait partie des films les plus mésestimés du cinéaste. Si La Gorgone s’est avérée être un bel échec commercial, le film a néanmoins permis au cinéaste de nouer certaines relations avec l’équipe technique, et il en retrouve certains sur son film suivant qui marque son retour au mythe de Dracula : Dracula prince des ténèbres (1965).

Il y retrouve en effet Michael Reed à la photographie, ainsi que Barbara Shelley aux côtés de Christopher Lee, qui joue cette fois sans Peter Cushing. Extrêmement violent, le film porte la marque de Terence Fisher de par sa capacité à déranger et à perturber le public, même un demi-siècle après sa sortie en salles. Il est à noter que Peter Cushing est ici remplacé par Andrew Keir dans le rôle de Van Helsing... Si Dracula prince des ténèbres se distingue clairement des autres opus de la saga de la Hammer, c’est parce que le personnage de Dracula prend une toute autre tournure. 
Il passe brutalement du dandy parfumé et élégant à celui de tueur assoiffé de sang et impitoyable. Le réalisateur tournera ensuite le méconnu Island of Terror (à ne pas confondre avec L’Île de l’épouvante de Mario Bava) en 1966. Par la suite, Terence Fisher délaissera le personnage de Dracula et se consacrera au personnage de Frankenstein avec Frankenstein créa la femme (1966), composé par James Bernard, compositeur attitré du cinéaste.

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Fisher retrouve finalement retrouver Christopher Lee (moustachu pour l’occasion) dans Les Vierges de Satan (1968) pour lequel il collabore avec Richard Matheson au scénario et Charles Gray à l’interprétation. Racontant l’histoire de la lutte d’une famille (celle du duc de Richleau) contre une secte de satanistes barjots, il s’agit probablement du dernier bon film de Terence Fisher. Par la suite, le réalisateur déclinera sérieusement, revenant à ses premiers amours dans les très Z Frankenstein et le monstre de l’enfer. Par la suite, la Hammer continuera de tourner sans lui, mais avec bien plus de difficultés. Parmi les derniers films intéressants sortis du studios, on notera Une fille pour le Diable (1975), dans la lignée de The Omen et de The Exorcist, avec Richard Widmark, Natassja Kinski et Christopher Lee, le film bénéficiant de certaines séquences chocs efficaces.
En 1982, après l’implosion du studio, Vincent Price, Christopher Lee, Peter Cushing et John Carradine se retrouvèrent pour un dernier trip : House of the Long Shadows, inédit en salles en France, et réalisé par Peter Walker. Sans être une merveille, le film reste tout de même le dernier représentant d’un âge d’or du fantastique complètement révolu lors de la sortie du film. Et on se prend à rêver à se demander ce que ce cher Terence Fisher aurait fait avec un tel cast… Adieu Terence Fisher. Un auteur de plus en avance sur son temps.

Sources : 

Les Classiques du cinéma fantastique de Jean-Marie Sabathier

Les Classiques du cinéma bis de Laurent Aknin

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Memento ("Remember Sammy Jenkins")

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Genre : thriller, policier, inclassable
Année : 2000
Durée : 1h56

Synopsis : Leonard Shelby ne porte que des costumes de grands couturiers et ne se déplace qu'au volant de sa Jaguar. En revanche, il habite dans des motels miteux et règle ses notes avec d'épaisses liasses de billets. Leonard n'a qu'une idée en tête : traquer l'homme qui a violé et assassiné sa femme afin de se venger. Sa recherche du meurtrier est rendue plus difficile par le fait qu'il souffre d'une forme rare et incurable d'amnésie. Bien qu'il puisse se souvenir de détails de son passé, il est incapable de savoir ce qu'il a fait dans le quart d'heure précédent, où il se trouve, où il va et pourquoi. Pour ne jamais perdre son objectif de vue, il a structuré sa vie à l'aide de fiches, de notes, de photos, de tatouages sur le corps. C'est ce qui l'aide à garder contact avec sa mission, à retenir les informations et à garder une trace, une notion de l'espace et du temps. 

La critique :

Avant devenir le réalisateur de la trilogie sur le super-héros de Gotham (Batman Begins, The Dark Knight et The Dark Knight Rises), Christopher Nolan débute sa carrière cinématographique en 1998 avec Following, un polar qui rencontre un succès d'estime, notamment auprès des critiques et de la presse cinéma. Pour son second long-métrage, Memento, sorti en 2000, Christopher Nolan dispose donc d'un budget un peu plus onéreux.
Le metteur en scène n'a jamais caché son admiration pour les univers épars et contemplatifs de Terrence Malick, Fritz Lang, Terry Gilliam et de Stanley Kubrick. Pour Memento, Christopher Nolan souhaite griffonner, avec la collaboration et l'érudition de son frère, Jonathan Nolan, un scénario imprévisible et non-linéaire dont le personnage central serait prisonnier.

Telle est la genèse de MementoD'ailleurs, le film est aussi l'adaptation d'une nouvelle éponyme de Jonathan Nolan, très inspiré pour l'occasion. Les deux frangins se coalisent pour transposer l'opuscule sur grand écran. Si Memento ne parvient pas vraiment à s'imposer dans les salles obscures, il séduit à l'inverse les festivals et remporte de nombreux prix, notamment le Saturn Award du meilleur thriller au festival de Sundance, le MTV movie award du meilleur nouveau cinéaste pour Christopher Nolan, ou encore le prix Edgar Allan Poe du meilleur film.
Autant de récompenses qui hissent Memento dans le haut du panier. 
Reste à savoir si cette pellicule mérite un tel panégyrisme. Réponse dans les lignes à venir... En l'état, Memento n'est pas forcément le long-métrage que l'on citerait en premier dans la filmographie déjà exhaustive de Christopher Nolan.

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Et pour cause... Puisque Memento appartient à la catégorie de ces films indépendants qui parviennent néanmoins à s'illustrer via l'intermédiaire de la vidéo ou du streaming. Au fil des années, Memento s'est donc taillé une solide réputation sur la Toile, annonçant déjà la virtuosité d'un très grand cinéaste, celui d'Inception (2010) et d'Interstellar (2014). La distribution de Memento réunit Guy Pearce, Carrie-Anne Moss, Joe Pantoliano, Mark Boone Junior, Jorja Fox et Stephen Tobolowsky.
Attention, SPOILERS ! Leonard Shelby ne porte que des costumes de grands couturiers et ne se déplace qu'au volant de sa Jaguar. En revanche, il habite dans des motels miteux et règle ses notes avec d'épaisses liasses de billets. Leonard n'a qu'une idée en tête : traquer l'homme qui a violé et assassiné sa femme afin de se venger.

Sa recherche du meurtrier est rendue plus difficile par le fait qu'il souffre d'une forme rare et incurable d'amnésie. Bien qu'il puisse se souvenir de détails de son passé, il est incapable de savoir ce qu'il a fait dans le quart d'heure précédent, où il se trouve, où il va et pourquoi. Pour ne jamais perdre son objectif de vue, il a structuré sa vie à l'aide de fiches, de notes, de photos, de tatouages sur le corps. C'est ce qui l'aide à garder contact avec sa mission, à retenir les informations et à garder une trace, une notion de l'espace et du temps. Autant l'annoncer de suite.
Memento est un thriller ou plutôt une sorte de puzzle épars, difficile - voire impossible - à narrer et à appréhender. 
Par sa volonté farouche de briser toute logique linéaire de narration, Christopher Nolan cherche à désarçonner le spectateur ébaubi via un scénario totalement alambiqué. 

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C'est aussi l'atout majeur de MementoEn cassant perpétuellement le sens de la narration, Nolan nous convie en pleine autoscopie mentale et plus particulièrement dans la mémoire en déliquescence de Leonard Shelby (Guy Pearce). Suite à une agression, l'ancien assureur souffre de troubles mnésiques qui touchent la mémoire antérograde ou la mémoire immédiate. En résumé, Leonard Shelby se souvient avec précision de tous les événements antérieurs de sa vie jusqu'au meurtre de sa femme.
Ses troubles mnésiques concernent donc "l'après" et se manifestent toutes les quinze minutes, se caractérisant par un néant total. De facto, pour mener une enquête pour le moins nébuleuse et en proie à sa propre subjectivité, Leonard Shelby prend des photos, répertorie les indices, se tatoue le corps de différentes pistes qui, croit-il, vont le mener vers le criminel.

Christopher Nolan opacifie son propos en brouillant davantage les pistes et la narration en proposant un scénario uchronique, c'est-à-dire à la fois chronologique et anté-chronologique. Impression renforcée par des passages en noir et blanc qui constituent des maillons essentiels de l'enquête. A moins qu'ils ne soient que des simulacres. De surcroît, les saynètes en couleurs relatent la trame scénaristique principale. Pourquoi je suis là ? Qu'est-ce que je fais ici ? Où suis-je ?
Autant de questions qui tarabustent le héros principal au fil du récit. Ainsi, les séquences incohérentes s'enchaînent, perdant à la fois Leonard et le spectateur dans une sorte d'imbroglio scénaristique, mais qui prend tout son sens lors de la conclusion finale. En outre, difficile de sonder et d'analyser un film tel que Memento, tant ce thriller - définitivement inclassable et à la limite de l'expérimental - déroute.

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Toutefois, on retrouve dans ce thriller abscons les thèmes récurrents de Christopher Nolan, à savoir le temps qui passe et qui conditionne notre mémoire comme la preuve de notre existence. Telle est la rhétorique de Memento. "Remember Sammy Jenkins". Tel est l'avertissement emphatique par ailleurs tatoué sous le bras de Leonard Shelby. A travers Memento, Christopher Nolan nous convie à réflexionner sur la notion de vérité. Mais qu'est-ce que la vérité ?
Les propos à priori mensongers d'un certain Teddy ? Ou encore les sournoiseries de Natalie, une trentenaire factieuse et vaniteuse ? D'ailleurs, au fil du récit, Leonard Shelby construit sa propre vérité, donc celle qui l'arrange avec certaines révélations qu'il ne peut accepter. De facto, le héros poursuit probablement un fantôme ou un criminel qu'il a déjà exécuté sans en esquisser le moindre souvenir.

Ce qui interroge évidemment sur sa quête effrénée ou sur le sens même de sa vengeance et plus largement de son existence, derechef articulée autour d'une mémoire éparse et défaillante. Pour survivre et se construire un simulacre d'existence, Leonard Shelby façonne ses journées et régule une enquête qu'il croit diligenter. Une chimère. Pour exister, l'ex-assureur est bien obligé de se fier au regard et au jugement des autres, sans qui il ne peut avancer. 
Memento interroge et interpelle aussi sur le concept identitaire. A travers son enquête, Leonard Shelby cherche avant tout des réponses sur lui-même et à se façonner une identité. Sa plus grande peur ? Se transmuter en un clone de Sammy Jenkins qui souffre des mêmes symptômes et réduit à l'état de cacochyme.

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Or, cet aspect identitaire se forge et s'érige au contact et en fonction des assertions d'autrui. De facto, l'identité de Shelby se délite ou se construit en fonction d'impressions forcément subjectives. Vous l'avez donc compris. Chaque spectateur aura sa propre interprétation de Memento. Certains esprits, beaucoup plus perplexes et dubitatifs, pourront y voir une oeuvre factice, dont l'originalité repose uniquement sur cette déconstruction narrative permanente.
Dès ce second film, Nolan affirme et affine déjà toute sa virtuosité derrière la caméra. Ne soyons pas dupe. Memento reste sans aucun doute l'un des thrillers les plus sous-estimés des années 2000. Avec un tel métrage amphigourique et labyrinthique, Christopher Nolan réalise, à notre avis, son meilleur film, juste après Interstellar.

Note : 17/20

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23 septembre 2017

Ca - Film - 2017 ("On flotte tous en bas ! Tout le monde flotte !")

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2017
Durée : 2h15

Synopsis : À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s'intégrer se sont regroupés au sein du "Club des Ratés". Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l'école. Ils ont aussi en commun d'avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu'ils appellent "Ça"… Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu'un petit garçon poursuivant son bateau en papier s'est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou… 

La critique :

Souvenez-vous, c'était en 1990. Tommy Lee Wallace adaptait, via une mini-série télévisée en deux parties, le célèbre opuscule de Stephen King, Ca. Contre toute attente, cette adaptation remporte un succès colossal lors de sa diffusion à la télévision, suscitant de nombreuses tintinnabulations et des cris d'orfraie. Sous l'aval de Tommy Lee Wallace, le clown démoniaque de "Il" est revenu, un certain Grippe-Sou, devient une nouvelle figure mythique d'effroi, de terreur et d'épouvante.
Le clown au sourire narquois et angélique s'inscrit rapidement dans la culture populaire américaine. Pour l'anecdote, Stephen King avoue s'être inspiré, pour ce personnage méphistophélique, d'un célèbre tueur en série américain, John Wayne Gacy Jr. Le sociopathe se grimait parfois en clown ou en saltimbanque pour appâter ses proies ou les enfants lors de ses visites récurrentes à l'hôpital.

De surcroît, le téléfilm de 1990 peut s'appuyer sur l'extraordinaire composition d'un Tim Curry sarcastique et qui vient prêter ses traits à cette créature surgie des ténèbres. A l'instar de Leatherface, de Michael Myers et de Freddy Krueger, Grippe-Sou fait partie de ces boogeymen qui ont marqué plusieurs générations de jeunes éphèbes indociles. Cependant, la version de Tommy Lee Wallace n'était pas exempte de tout reproche, en raison essentiellement d'une seconde partie en demi-teinte, et d'effets spéciaux surannés ; confinant le téléfilm dans une conclusion ubuesque.
Dès 2009, la Warner Bros souhaite adapter derechef le roman de Stephen King via un long-métrage cinématographique et non plus sous la forme d'une mini-série et/ou d'un téléfilm. Le projet est plusieurs fois prorogé.

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En 2012, la Warner Bros annonce que l'adaptation prendra la forme d'un diptyque, le premier chapitre se polarisant sur l'enfance des protagonistes, et la seconde sur l'âge adulte. Pour des raisons essentiellement techniques et après de nombreux atermoiements, l'adaptation cinématographique échappe à la Warner Bros et échoue entre les mains de New Line Cinema. Les producteurs font alors appel aux soins et à l'érudition d'Andrès Muschietti pour réaliser Ca, sorti en 2017, et actuellement dans les salles de cinéma. Pour l'anecdote, le cinéaste a déjà signé Mama (2013), un long-métrage d'épouvante qui s'est illustré au festival du film fantastique de Gérardmer.
Studieux, Andrès Muschietti s'attelle à la tâche, relit doctement et plusieurs fois le célèbre opuscule de Stephen King, se délecte des légendes urbaines américaines, et vient même renâcler du côté de Freddy Krueger et de son emprise sur Elm Street.

Andrès Muschietti a parfaitement cerné la genèse et la quintessence de Grippe-Sou, ce clown luciférien. A l'instar de Freddy Krueger, lui aussi se nourrit des peurs et des angoisses archaïques de jeunes éphèbes terrorisés par le noir, le vide et cette menace provenant d'un néant indicible. En l'état, Ca version 2017 n'est pas vraiment un remake, mais fait office de nouvelle adaptation cinématographique, le but étant d'extirper le téléfilm des années 1990 d'une certaine caducité.
Mission réussie en l'occurrence. A peine sorti aux Etats-Unis, Ca (le film) remporte un succès colossal. Les spectateurs se précipitent dans les salles. Mieux, les critiques se montrent unanimement panégyriques et parlent déjà du meilleur film horrifique de l'année 2017, supplantant allègrement la mini-série de 1990. Reste à savoir si Ca mérite un tel dithyrambe.

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Réponse dans les lignes à venir... La distribution du long-métrage se compose de Bill Skarsgard, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis, Finn Wolfhard, Wyatt Olef, Chosen Jacobs, Nicholas Hamilton et Jack Dylan Grazer. Attention, SPOILERS ! À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s'intégrer se sont regroupés au sein du "Club des Ratés". Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l'école. Ils ont aussi en commun d'avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu'ils appellent "Ça"… 
Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier.

Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu'un petit garçon poursuivant son bateau en papier s'est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou… Que les thuriféraires de l'opuscule originel se rassurent. Non seulement Ca (le film) respecte les grandes lignes du roman de Stephen King, mais il surclasse la version - il est vrai désuète - réalisée par les soins de Tommy Lee Wallace. Mutin, Andrès Muschietti plante d'emblée le décor et la tragédie à venir, à savoir la disparition de Georgie, un jeune bambin dévoré par un Grippe-Sou sardonique. Ce drame poursuit inlassablement la ville de Derry, d'autant plus que les disparitions d'enfants s'accumulent. A travers cette introduction à la précision clinique et chirurgicale, Andrès Muschietti s'approprie et réinvente le croquemitaine.
Jamais, un boogeyman ne sera autant apparenté à un nouvel avatar de Freddy Krueger. 

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D'ailleurs, Andrès Muschietti dissémine ici et là plusieurs indices (en particulier des oriflammes) élusifs affichant clairement le faciès comminatoire de cette créature onirique. Mais Ca, c'est aussi une ville gangrénée par le mal et la violence. Le clown machiavélique ne se nourrit pas seulement de nos fêlures, mais aussi de notre perniciosité et de notre pusillanimité. A l'image de cette mère débonnaire qui claustre son jeune gosse dans sa masure, ou de ce père incestueux qui tarabuste sa propre fille. Le mal n'est pas seulement incarné par un Grippe-Sou goguenard, mais également par les habitants poltrons d'une petite communauté. Pour vaincre ce clown démoniaque, Bill Denbrough et sa bande de ratés ne pourront pas s'appuyer sur la police, encore moins sur la couardise de leurs parents.
Ca, c'est aussi (et encore...) cette dichotomie entre deux générations antagonistes, celle qui a connu la révolution sociale et culturelle des années 1970 et celle qui deviendra la nouvelle armée de réserve du capitalisme ; Ca se nourrissant justement de notre hédonisme.

Et c'est ce qu'a parfaitement compris Andrès Muschietti. Indubitablement, cette version cinématographique recèle de qualités évidentes. Bill Skarsgard, qui remplace Tim Curry, incarne un clown à la fois terrifiant et jubilatoire. Les peurs enfantines (l'acrophobie, l'achluophobie et évidemment la coulrophobie) sont judicieusement exploitées, non sans céder parfois à une certaine facilité, Andrès Muschietti n'hésitant pas à renâcler du côté du paranormal version James Wan et autres Conjuring. In fine, nonobstant sa fidélité au roman, Ca (le film) n'est pas non plus la terreur décriée par certains spectateurs médusés, et encore moins le chef d'oeuvre horrifique érigé par une certaine presse spécialisée.
En l'état, Ca s'avère être une adaptation de qualité et qui trouvera son point culminant lors de sa dernière demi-heure en apothéose. En résulte un film d'épouvante parfois un peu trop policé, mais tout à fait probe, honorable et recommandable. 
En ces temps de disette horrifique, c'est déjà énorme.

Note : 14.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

Interstellar (La singularité se trouve derrière l'horizon)

Interstellar

 

Genre: science-fiction
Année: 2014
Durée: 2h49

Synopsis: Les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire. 

La critique :

Au moment où Albert Einstein découvre les secrets de la gravité via sa célèbre équation, E = MC2, le scientifique féru d'astronomie pense que notre univers serait sur le point de se condenser, se basant par là-même, sur les lois irréfragables de la gravité. Or depuis les travaux d'Einstein, les recherches en astronomie ont beaucoup évolué et s'intéressent désormais à la théorie quantique. Hélas, cette dernière s'oppose formellement aux découvertes d'Einstein.
L'univers ne serait pas en train de rétrécir mais, à l'inverse, de s'agrandir à une vitesse exponentielle. Depuis maintenant deux décennies, les savants dubitatifs tentent d'apporter de nouvelles explications face aux mystères insondables de notre vaste cosmos, en conciliant ces deux théories antagonistes. Déjà, en 1968, Stanley Kubrick ratiocinait et hypostasiait sur un univers incommensurable qui porterait en lui les arcanes de l'existence humaine, à travers 2001, l'Odyssée de l'Espace.

Avec Interstellar, sorti en 2014, Christopher Nolan a pour ambition, à son tour, d'agréger la théorie d'Albert Einstein et la théorie des cordes (ou la théorie quantique) au service d'un blockbuster science-fictionnel. Ainsi, Interstellar est conçu comme le concurrent de 2001, l'odyssée de l'espace. Une gageure pour le moins périlleuse mais que Christopher Nolan compte bien relever. En l'espace d'une quinzaine d'années, Christopher Nolan s'est peu à peu imposé comme l'un des nouveaux grands parangons du cinéma hollywoodien via sa trilogie sur le super-héros de Gotham (Batman Begins, The Dark Knight et The Dark Knight Rises), Inception (2010) et dernièrement, Dunkerque (2017).
A travers Interstellar, Christopher Nolan souhaite épouser les dernières théories scientifiques et les récentes découvertes de l'astronomie expérimentale.

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Vous l'avez donc compris. Interstellar ne sera pas un blockbuster comme les autres, se rapprochant davantage de la métaphysique et des introspections cosmologiques de 2001, l'Odyssée de l'Espace. Ainsi, Interstellar fait partie de ces rares films de science-fiction à évoquer et même à montrer la complexion gargantuesque d'un trou noir super massif. Par le passé, un autre film de SF avait déjà tenté l'expérience, à savoir le bien nommé Le Trou Noir (Gary Nelson, 1979), une production Walt Disney qui avait essuyé un camouflet en son temps.
Mais dans Interstellar, il est aussi question de la mémoire et du temps qui passe, des thèmes qui semblent obnubiler Christopher Nolan depuis Memento (2000). Inutile alors de préciser qu'Interstellar possède de solides arguments pour convaincre sur sa durée astronomique (c'est le cas de le dire...) de 169 minutes.

Reste à savoir si le long-métrage tient (ou non) les promesses annoncées. Réponse dans les lignes à venir... La distribution du film réunit Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Casey Affleck, Mackenzie Foy, Ellen Burstyn, Michael Caine, John Lithgow et Matt Damon. Attention, SPOILERS ! Alors que la Terre se meurt, une équipe d'astronautes franchit un trou de ver apparu près de Saturne conduisant à une autre galaxie, cela dans le but d'explorer un nouveau système stellaire et l'espoir de trouver une nouvelle planète habitable par l'humanité afin de sauver cette dernière. 
Depuis 2001, l'Odyssée de l'Espace et Solaris (Andreï Tarkovski, 1972), notre vision du cosmos s'est nimbée des problématiques de notre société hédoniste et consumériste. Jadis, l'univers devait convier l'Humanité à découvrir sa genèse et à explorer de nouvelles facettes de sa conscience.

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Aujourd'hui, le cosmos n'est qu'un nouveau terrain de chasse à la découverte d'une exoplanète potentiellement habitable. Tel est le constat amer d'un Christopher Nolan dépité par le sort de la Terre. Notre planète se meurt. Inexorablement. Ici, point d'Apocalypse ni de Troisième Guerre Mondiale, juste une planète qui s'alanguit et se délite, condamnant ses habitants à exhaler leur dernier soupir. Mais quelque part dans l'univers, se tapit une planète lointaine que l'Humanité se chargera, derechef, d'exploiter, de polluer et de néantiser, tels des capitalistes et des égotistes mercantiles.
Mais peu importe. Cette planète hôte se doit d'abriter notre civilisation et assurer notre survie, mais pas seulement. A travers Interstellar, Christopher Nolan revisite les dynamiques de l'espace et du temps qui peuvent se rétracter ou se contracter selon le bon vouloir de la gravité et des forces (la matière noire et l'énergie sombre, entre autres...) qui nous dépassent.

Ou lorsque la nature universelle reprend ses droits et rappelle à l'homme qu'il n'est même pas le noyau d'un atome dans un brasier d'étoiles, de nébuleuses et de galaxies titanesques. Certes, le film n'élude pas le jargon scientifique habituel qui ne manquera pas de tarauder les spectateurs non avisés. Toutefois, Nolan ne perd jamais le spectateur au cours de ce périple interstellaire, aussi énigmatique que fascinant. Depuis Solaris et 2001, l'Odyssée de l'Espace (toujours la même ritournelle...), aucun film ne nous avait transportés aussi loin dans les anfractuosités de notre univers.
Christopher Nolan sonde et analyse un cosmos en perpétuelle mutation. Ce qui ne manquera pas de désarçonner les principaux protagonistes de l'histoire. Le héros, Joseph Cooper, espère revoir et retrouver sa fille, Murphy, bientôt. Une chimère.

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Jamais le cosmos ne se sera autant apparenté à un voyage au coeur des ténèbres. Certaines planètes sont donc soumises aux lois irréfragables du temps et de l'attraction gravitationnelle. Ainsi, un simple périple d'une petite heure sur une planète isolée correspond à une durée de 23 ans sur notre bonne vieille planète. Où se trouve cette nouvelle Terre, cet empyrée terrestre capable d'abriter notre population à l'agonie ? Pour Christopher Nolan, la réponse se trouve dans cette fameuse singularité qui caractérise les trous noirs super massifs. Or, cette singularité cosmique se situe au-delà de l'horizon.
Reste à savoir ce qui se tapit derrière ce fameux horizon... En l'état, difficile d'en dire davantage si ce n'est que le film flagorne les théories de Stephen Hawking sur des entités célestes qui nous dépassent. Le temps et la gravité ne seraient donc que des substrats (ou des données) facilement malléables et modifiables à travers un espace multidimensionnel créé par une forme d'intelligence avancée.

Reste à savoir à quoi ou plutôt à qui correspond cette intelligence avancée... Et pour vous donner un nouvel indice, ce ne sont pas des extraterrestres aux intentions bellicistes ! Voilà pour les velléités ! A moins que le saut de Cooper dans le trou noir ne soit qu'une expérience de mort imminente (EMI). Mais cette thèse, très en vogue sur la Toile et les réseaux sociaux, nous apparaît assez extravagante. Pour le reste, le film de Christopher Nolan n'est pas exempt de tout reproche.
Par exemple, on pourra pester et clabauder contre cet exil forcé sur une planète aride et désertique sur laquelle se trouve l'infortuné Matt Damon. Certes, les questionnements écologiques auraient peut-être mérité un meilleur développement. Même remarque concernant certaines introspections métaphysiques. Interstellar brasse de nombreuses thématiques cosmologiques, un peu trop peut-être. Pourtant, en dépit de quelques tares, Interstellar fait montre d'une certaine érudition en la matière, transportant le spectateur au firmament des récentes découvertes.
On tient donc là un très grand film de science-fiction et le digne épigone de 2001, l'Odyssée de l'Espace, dont il affine la pensée et les interrogations. 

Note : 20/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

 

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22 septembre 2017

Prochainement sur Cinéma Choc

Comme l'indique le titre de ce nouvel article, voici sans plus attendre les films à venir dans les prochains jours, prochaines semaines et prochains mois sur Cinéma Choc. Pour chaque film, j'ai précisé quel serait l'intitulé de la chronique entre parenthèses.

 

 

american guinea pig bloodshockAmerican_Mary

batman beginsthe belko experiment

BENEATH2013Black_Water 2007

bloodsport 2bloodsport 3 l'ultime kumite

blue holocaustla-cabane-dans-les-bois-affiche-france

catwomances garçons qui venaient du bresil

christine filmcold prey

commandoContamination-poster-1-460x675

daredevilDay_of_the_Animals

demons 1985Epouvante_sur_New_York

evil dead 2013evil dead 3

exorcisme d'emily roseLe_Fils_de_Frankenstein

frankenstein's armyfunnygames us 2007

devil doctor womanhellraiser 3

hitcher 1986Hollow_Man_l_homme_sans_ombre

indiana jones et le temple mauditit_the_terror_from_beyond_space_xlg

jeepers creepersjohn rambo

joshuaken le survivant 1986

last house in the woodsthe machine girl

mad max 2 le défimassacre des morts vivants

matrix reloadedmatrix revolutions

memento-5371495026121mortelle st-valentin

affiche-la-mutante-species-1995-1nymphomaniac volume 1

open waterOrca

Paradis_pour_touspiranhas 1978

premier contactprésumé coupable 2011

the punisher 2004quarantine 2 terminal

Le_Retour_de_l_inspecteur_Harryrobot monster

roccola route

running manscream 2

scream 3Silent_running

sinistersoucoupes volantes attaquent

spider-manstalker-1979

street fighter l'ultime combatthe-super-inframan-affiche

sweatshopTaeter_City

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viralTenemos-la-carne

58 minutes pour vivre1984-nineteen-eighty-four-1984-1

 

American Guinea Pig : Bloodshock (" Welcome to Hell !")
American Mary
(Championne du bistouri)

Batman Begins (Se fondre dans l'obscurité de Gotham)
The Belko Experiment
("Bringing the world together")
Beneath
- 2013 (L'étrange créature du lac noir)
Black Water - 2007 (Face au plus redoutable des prédateurs)
Bloodsport 2
(Trouver la force intérieure)
Bloodsport 3 : L'Ultime Kumite (L'homme qui s'est vaincu lui-même est le guerrier le plus puissant qui soit)
Blue Holocaust (Rituels mortuaires)

La Cabane dans les Bois (Une armée de créatures cauchemardesques)
Catwoman (Un chat dans la gorge)
Ces Garçons Qui Venaient du Brésil
(Le Quatrième Reich est en marche !)
Christine - 1983 (Comment tuer ce qui n'est pas vivant ?)
Cold Prey (Slasher norvégien)
Commando (Peu importe où, quand et comment, quelqu'un doit payer)
Contamination - 1980 (Les cocons viennent de Mars)

Daredevil - 2003 (L'homme sans peur)
Day of the Animals
(Les animaux sont redevenus les maîtres du monde)
Démons - 1985 (Les instruments du mal)

Epouvante sur New York - Q : The Winged Serpent (La malédiction du serpent ailé)
Evil Dead - 2013 ("Cette nuit, vous allez tous mourir !")
Evil Dead 3 : L'Armée des Ténèbres
(My Name is Ash Williams)
L'Exorcisme d'Emily Rose (Priez pour nous pauvres pécheurs)

Le fils de Frankenstein ("Maker of monsters")
Frankenstein's Army
(Le commando des morts-vivants)
Funny Games U.S. ("Et vous, qu'est-ce que vous en dites ?")

Guinea Pig : Devil Woman Doctor (Pitreries gore japonaises)

Hellraiser 3 - Hell On Earth (Les portes de l'Enfer)
Hitcher
- 1986 (Le tueur de la route)
Hollow Man : l'homme sans ombre
(Processus irréversible)

Indiana Jones et le Temple Maudit (La magie de la pierre sacrée)
Interstellar
(La singularité se trouve derrière l'horizon)
It ! The Terror From Beyond Space
(Le huitième passager)

Jeepers Creepers, le chant du Diable (Une nouvelle forme de terreur : le Creeper)
John Rambo
("On a tous la guerre en soi !")
Joshua ("Personne ne t'aimera jamais !")

Ken le Survivant (le film) - 1986 (Des temps de folie et de terreur)

The Last House In The Woods (Nourrir le fiston cannibale)

The Machine Girl (Le bras de la vengeance)
Mad Max 2, le défi
(Le guerrier de la route)
Le Massacre des Morts-Vivants (Les créatures du Diable)
Matrix Reloaded (Anomalie systémique)
Matrix Revolutions (Tout ce qui a commencé doit finir)
Memento ("Remember Sammy Jenkins")
Mortelle St-Valentin (Le glas du slasher)
La Mutante
(L'extraterrestre a des gros nichons)

Nymphomaniac - Volume 1 (Priorité absolue au plaisir)

Open Water : En Eaux Profondes (Juste le mouvement des vagues...)
Orca ("Celui qui apporte la mort")

Paradis Pour Tous (Tout pour être heureux...)
Piranhas - 1978 (Dents de rasoir)
Premier Contact (Le langage est la pierre angulaire de la civilisation)
Présumé Coupable
- 2011 (Mon enfant d'Outreau)
The Punisher
- 2004 ("Qui veut la paix prépare la guerre")

Quarantine 2 : Terminal - En Quarantaine 2 (La rage humaine)

Le Retour de l'Inspecteur Harry (Le crime ne reste jamais impuni)
Robot Monster
(Envoyez les rayons calcinateurs !)
Rocco ("Ma sexualité est mon démon")
La Route (Surtout ne pas sombrer dans le cannibalisme)
Running Man - 1987 (Le prix du danger)

Scream 2 ("Stab : The Woodsboro's murders")
Scream 3 ("Stab 3 : Return to Woodsboro")
Silent Running (Serres spatiales en orbite)
Sinister
(Terreurs nocturnes)
Les Soucoupes Volantes Attaquent
(Manifestations célestes)
Spider-Man - 2002 (Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités)
Stalker - 1979 (Introspection métaphysique)
Street Fighter : L'Ultime Combat ("Vaya con dios Raul Julia")
Super Inframan (Poings éclairs !)
Sweatshop (Rave party massacre)

Taeter City (Syndrome Alpha)
Texas Chainsaw 3D (Panne de tronçonneuse)

Under The Shadow (Les fantômes de la guerre iranienne)

Viral - 2016 (Mesures de quarantaine)

We Are The Flesh - Tenemos la Carne (Métempsychose)

58 Minutes Pour Vivre (Encore là par hasard)
1984 - Le Film - 1984 ("Le crime par la pensée n'entraîne pas la mort. Il est la mort")

 

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Pandemonium - 1971 (Synonyme de carnage)

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Genre : Thriller, drame (interdit aux - 12 ans avec avertissement)

Année : 1971

Durée : 2h15

 

Synopsis :

Gengobei, un rônin, tombe amou­reux d'une gei­sha. Quand il apprend qu'elle doit être ven­due, il doit choi­sir entre ses sen­ti­ments et son devoir.

 

La critique :

Vous avez compris, on retourne à nouveau du côté du cinéma asiatique et plus précisément de la Nouvelle Vague japonaise, trop peu connue mais fourmillant de richesses insoupçonnées aux yeux du grand public comme des cinéphiles. Souvenez vous, j'avais chroniqué il y a un peu plus d'un mois, le très bon et polémique Les Funérailles des Roses qui narrait la vie de plusieurs travestis dans la société japonaise. Cette oeuvre désormais culte fut réalisée de la main de Toshio Matsumoto, un réalisateur qui n'est que peu cité quand on parle de ce courant. C'est dommage mais ce n'est guère étonnant quand on voit qu'il fut peu prolifique avec seulement 4 longs-métrages à son actif.
La chronique d'aujourd'hui va donc faire état de son deuxième film du nom de Pandemonium, connu également sous le nom de Shura ou encore Demons et sorti en 1971. C'est une adaptation d'un classique de théâtre du nom de Kamikakete Sango Taisetsu écrit par Tsuruya Namboku face auquel le cinéaste va prendre des libertés formelles. 

Sans surprise, on retrouve ce trait confidentiel qui fait que l'oeuvre d'aujourd'hui n'est que très peu connue et devrait malheureusement le rester. Impossible également de retrouver quelconque information de tournage, polémique ou anecdote sur ce film. Et comble de tout, la chance sera de rigueur pour ceux qui tiendraient à avoir une version avec des sous-titres français (merci encore T411 !). On savait que la Nouvelle Vague japonaise était peu accessible en raison d'un manque d'envie des producteurs à rééditer certaines oeuvres impossibles à obtenir en neuf.
Du coup, l'introduction sera courte pour ce chanbara étrange et expérimental, loin de la grandeur des oeuvres de Kurosawa. Il est temps de passer maintenant à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Afin de rejoindre le clan Enya, chargé de venger leur maître poussé au suicide, le rônin Gengobei doit reconstituer la somme de 100 ryo, dérobée en sa présence chez son maître, et ainsi retrouver son honneur en réintégrant le clan. Celui-ci vivant incognito dans une maison de Geisha afin de se protéger de ses ennemis, tombe rapidement amoureux de la belle Koman, une prétendue courtisane, qui lui jure fidélité éternelle. Celle-ci organise, sous l’impulsion de son mari Sangoro, une mise en scène afin de dérober l’argent que Gengobei a reçu de son fidèle serviteur. Se rendant compte de la supercherie, Gengobei devient animé d’une folie vengeresse envers le couple, déclenchant un drame aux proportions abyssales.

Dans l'inconscient, le chanbara est ce film où samouraïs victorieux se défient et combattent dans des batailles épiques et glorieuses, où l'honneur et la fierté font corps avec le samouraï. Ca c'était jusqu'à ce que Pandemonium pointe le bout de son nez. Déjà dans Les Funérailles des Roses, Matsumoto innovait dans le cinéma japonais et, deux ans plus tard, il récidive en redéfinissant les codes même du chanbara. Ainsi, le cinéaste lance les hostilités avec ce plan couleurs où l'on voit un soleil couchant pour laisser ensuite la place au film en tant que tel. Cette allusion ne nous dit qu'une seule et unique chose : c'est une plongée en plein cauchemar au coeur de la folie humaine qui nous attend.
Matsumoto détruit d'emblée les codes purs du chanbara car le héros, Gengobei, est un ronin déshonoré, loin du samouraï vertueux, s'offrant au plaisir de la chair avec une geisha dont il est amoureux. Elle aussi est amoureuse de lui mais tout ceci n'est qu'un masque derrière lequel se cache une manipulation pour s'emparer d'une grande somme et vivre heureuse avec son mari dont Gengobei ignore l'existence et qui n'est autre que son ami. Face à cette double trahison, un massacre se prépare. Vous l'avez davantage compris, nous sommes à des kilomètres de l'héroïsme type Kurosawa. Matsumoto écarte toute grande bataille, tout bon sentiment pour ne se centrer que sur un drame noir où tous les personnages, sans exception, sont sales.

Dans Pandemonium, il n'y a pas de bon ou de méchant et tous sont à mettre dans le même sac. Alors que celle qu'il croyait être sa femme est représentée comme vénale et manipulatrice, son ami sera représenté comme hypocrite et prêt à toutes les bassesses. Il n'y a aucune sympathie qui ne se dégage du visionnage et ce n'est pas Gengobei qui fera exception. Certes, une empathie sera là quand on se rend compte qu'il a été dupé mais celui-ci, basculant dans une folie meurtrière, se montrera effrayant et dénué de la moindre humanité. Pandemonium, c'est avant tout l'illustration du désespoir et de la vengeance personnelle. Autant être clair, si le chanbara n'a jamais été considéré comme un genre violent, ce film remet vraiment les pendules à l'heure et s'illustre sans problème comme le chanbara le plus violent réalisé à ce jour. Le thème de la vengeance personnelle en est déjà un bon exemple mais pas seulement, car c'est tout le traitement derrière qui confère cette aura si démoniaque au film. 

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La violence tant physique que psychologique est présente, palpable et prend le spectateur par la gorge. On a affaire à une violence exacerbée avec des ralentis un peu à la Peckinpah. Le sang fuse, gicle, s'étale sur les corps ou les décors environnants. Les meurtres sont d'une brutalité rare et bestiale. Personne n'est épargné, pas même les enfants. Pandemonium c'est un peu cette représentation cinématographique de la haine pure et du carnage qui en résulte. Encore près de 50 ans plus tard, certaines scènes restent hard et fort dérangeantes. Il y aura même intégration d'une séquence d'épouvante où Gengobei fait face à des hallucinations de cadavres ensanglantés.
On est surpris par le traitement osé dont fait preuve le réalisateur alors que nous sommes au tout début des années 70 et que la libération des moeurs ne s'était pas encore démocratisée au Japon. Mais ce n'est pas tout d'offrir du sang. A côté, Matsumoto a exercé un gros travail sur l'ambiance et confirme sa réputation de cinéaste innovant. A la différence de sa première oeuvre clinquante et au noir et blanc clair, on se retrouve ici avec une image très sombre où le noir est accentué car l'entièreté du film ne se déroulera que de nuit. Aucun éclairage additionnel n'est de mise. Nous sommes plongés dans une obscurité oppressante et cela renvoie immanquablement au soleil couchant, prélude au cheminement ténébreux de Gengobei. 

Les décors sont épurés et réduits à leur plus simple appareillage. Aucune chaleur ne se dégage des décors, ce qui renforce davantage le trait malsain et fort dérangeant du récit. Matsumoto a mis en place une véritable atmosphère anxiogène bousculant le spectateur pris dans les méandres de la cruauté humaine. Pourtant, malgré cette tonalité glaciale, on ne peut que se coucher devant la beauté des décors filmés de main de maître et où les personnages semblent ne faire qu'un avec l'obscurité vu que chaque plan sur l'un ou l'autre ne mettra jamais en évidence leur corps entier.
Ceci voudrait il dire que l'obscurité est maîtresse des personnages ? Même en jouant sur la manière de filmer, la condition humaine en prend un coup. Cette façon de filmer n'est pas sans rappeler une certaine forme d'expressionnisme. Quoi que l'on en dise, il est nécessaire d'indiquer que  Pandemonium est un film plus difficile d'accès qu'il n'en a l'air et cela ne s'arrêtera pas là. Dans Les Funérailles des Roses, la mise en scène était frivole et sujette à divers délires. Ici, bien que nous soyons loin des extravagances techniques de son premier film, diverses expérimentations sont de mise avec des passages filmés avec différents points de vue. On peut citer la séquence de la révélation de la supercherie ou celle au tout début avec ce Gengobei courant dans les ténèbres. 

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Pandemonium accumule les faux départs, les scènes se répétant presque à l'identique, la matérialisation onirique des envies meurtrières profondes de notre anti-héros, comme cette scène de la mort violente par empoisonnement du couple. Un trouble se crée dans l'esprit du spectateur face à ces audaces narratives amplifiées par différents inserts temporels et d'autres annonciateurs d'un drame tel cet insert où il est écrit "Ce monde est un véritable bain de sang". La mise en abîme de la révélation de la supercherie est l'exemple le plus frappant du film et cela trouble notre perception de la réalité qui ne disparaîtra jamais totalement. Est ce la réalité ou tout ceci n'est-il qu'illusion ?
Pandemonium n'est pas seulement audacieux dans ses thématiques traitées mais aussi dans la manière de les mettre en scène. Le deuxième niveau de lecture est bel et bien là et se répercute aussi sur le titre du film. Pandemonium étant la capitale imaginaire des Enfers mais souvenez vous que le film était aussi connu sous le nom de Shura. Shura renvoie à la sphère de la jalousie et de la haine, une des six voies de purification de l'Enfer bouddhiste. On peut donc clairement voir que le film est plus profond qu'il n'en a l'air et ne repose pas simplement sur un exutoire sans fond. 

Cet exutoire peut aussi rappeler une certaine forme de crise sociétale où l'individu s'est désincarné de ses valeurs et n'est régi que par l'impulsivité et la violence. C'est en quelque sorte prouvé par le fait que les personnages sont éloignés de la morale bouddhiste. L'autre titre du nom de Demons pourrait renvoyer au fait que tous les personnages sont mauvais et que Gengobei, cherchant à exorciser ses propres démons intérieurs, va semer la mort autour de lui et devenir lui-même un démon surpassant la malfaisance des personnages qui l'ont trahi. Il ne fait aucun doute que nous tenons là une oeuvre infiniment profonde, métaphysique et peut-être même eschatologique qui nécessiterait plus qu'une simple chronique pour être pleinement cerné.

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Comme j'ai dit avant, si l'on se base d'un point de vue esthétique, le long-métrage se pare d'une belle image légèrement évanescente ainsi que d'une bande sonore sombre et lourde écrasant le spectateur, en même temps qu'elle amplifie l'objectif initial du film de matérialiser l'obscurité de l'âme humaine. Au niveau du casting, on est bluffé par la prestation de Katsuo Nakamura, impeccable dans le rôle de ce ronin ivre de vengeance. Yasuko Sanjo dans le rôle de Koman est parfaite en tant que femme manipulatrice et Jûrô Kara est tout aussi bien dans la peau de ce Sangoro hypocrite, lâche et manipulateur. Même ici, Matsumoto a su gérer son cahier de charge et nous propose de la très grande qualité.

En conclusion, Pandemonium est sans conteste un très grand film qui mériterait largement d'être sous le feu des projecteurs tant la qualité est au rendez vous. A travers une histoire de vile trahison, Matsumoto met brillammant en forme la vengeance personnelle, la folie qui en résulte et les conséquences sur la destinée de l'anti-héros et de ceux qui en sont sa cible. Servi par une ambiance malsaine et désespérée, le film nous attrape par la gorge et nous tient en laisse durant ses 135 minutes passant comme une lettre à la poste. Le visuel très noir et la mise en scène proche de l'expérimental font des merveilles pour ceux qui accepteront l'audace. Pandemonium, c'est la définition même d'une effroyable descente aux enfers où tout espoir et happy-end sont purement annihilés.
La colère, la fureur, le désespoir, la rage et l'envie de meurtre condensés en un seul film. Une véritable oeuvre choc qui mériterait amplement sa place dans la liste emblématique et très prisée des films chocs et violents du blog. Une claque inattendue nous laissant comme quasi abasourdi à la fin du visionnage devant la noirceur d'un long-métrage qui n'aurait pas usurpé une interdiction aux moins de 16 ans. Certes, Les Funérailles des Roses est un excellent film mais d'un point de vue personnel, Pandemonium est le chef d'oeuvre absolu du réalisateur. Hautement recommandable mais à réserver à un public averti.

 

Note : 18/20

orange-mecanique Taratata

21 septembre 2017

Naissance d'une Nation (Coucou c'est le Ku Klux Klan !)

 

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Genre : Drame, historique

Année : 1915

Durée : 3h13

 

Synopsis :

Pendant la guerre de Sécession aux Etats-Unis, deux familles sont mises à l'épreuve : les Stoneman, favorables au Nord, et les Cameron, des sudistes.

 

La critique :

Une fois n'est pas coutume, Cinéma Choc voit l'arrivée d'une chronique sur une nouvelle oeuvre polémique (et c'est le cas de le dire...). Ici, pas de cinéma contemporain et plongeons un peu plus d'un siècle en arrière pour faire la connaissance de D.W Griffith, cinéaste controversé suscitant autant l'hostilité que la fascination. Si beaucoup se refusent à s'intéresser à ses films, il serait malhonnête de dire qu'il n'a pas accouché d'oeuvres majeures. On pense par exemple à Le Lys Brisé, catalogué par beaucoup comme son chef d'oeuvre. Mais ce n'est pas ce film qui nous intéresse aujourd'hui mais bien sa création la plus scandaleuse du nom de Naissance d'une Nation, sortie à l'époque des premiers balbutiements du cinéma. Naissance d'une Nation, c'est avant tout un phénomène, un scandale sans précédent qui frappa les USA au moment de sa sortie. Taxé de raciste et faisant l'apologie du Ku Klux Klan, il souleva des vagues de protestation. La NAACP, qui défendait les droits et l'intégration des noirs dans la société, en fut le fer de lance. Cette contestation n'était cependant pas dénuée de fondement dans la mesure où la popularité du film était telle qu'elle engendra des émeutes et un élan de racisme, matérialisé par un regain de popularité du KKK, non envisagé par Griffith. Plusieures grandes villes et Etats censureront par la même occasion son oeuvre.

Cependant, malgré son propos plus que douteux que je détaillerai plus en détail par après, Naissance d'une Nation rencontra un succès tout bonnement titanesque malgré des places de cinéma au prix exorbitant de 40$ (l'équivalent de 29€) afin de couvrir les frais de production colossaux de 110 000$ (à remettre dans le contexte de l'époque bien sûr). Au programme, 15 millions de dollar de bénéfices et le titre de plus gros succès de l'histoire du cinéma jusqu'à la sortie de Autant en emporte le Vent en 1940. Mais ce n'est pas tout vu que ce film est un rouage extrêmement important dans le monde du cinéma, quoi que l'on en dise. Il n'est pas seulement vu comme l'ancêtre du blockbuster mais comme le premier long-métrage, à une époque où la plupart des oeuvres ne duraient pas plus d'une demi-heure.
Il fut aussi le premier film à bénéficier d'une projection à la Maison Blanche où Woodrow Wilson, président des USA d'alors, fut enthousiasmé par l'oeuvre avant de prendre ses distances face aux protestations qui suivirent la sortie du film. Vous en voulez encore ? Naissance d'une Nation instaura également la grammaire cinématographique, tant du point de vue esthétique que de la narration. Eisenstein, lui-même, dira : "C'est Dieu le père, il a tout créé, tout inventé. Il n'y a pas un cinéaste au monde qui ne lui doive quelque chose". Vous aurez donc aisément compris que nous tenons là une oeuvre essentielle du cinéma qui posa de nombreux codes. On peut, après cette longue introduction, passer à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : La guerre de Sécession. Deux familles éprouvées : les Stoneman (favorables au Nord) et les Cameron (sudistes. Le retour de la paix ne calme pas les esprits. Lincoln est assasiné. Les troubles naissent des politiciens véreux et des Noirs livrés à eux-mêmes. Par réaction se crée le Ku Klux Klan justicier et vengeur.

Je suppose que le synopsis vous a déjà donné une idée de l'orientation politique du récit traité par Griffith. La chose amusante au début du visionnage est qu'il y a un mot expliquant clairement que le film n'a pour objectif que de relater l'épisode douloureux de la guerre de Sécession sans prendre quelconque parti et sans faire état de quelconque supériorité raciale. L'air de rien, on en arrive à y croire vu que le mot "racisme" est l'un des termes les plus galvaudés du 21ème siècle mais très vite, les constatations sont frappantes. Le cinéaste met en scène des noirs heureux de leur condition d'esclave et glorifiant leurs maîtres mais pas seulement. Ca ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan.
Ainsi, le film peut être distingué en 2 actes parfaitement clairs, séparés par un carton façon théâtre. La première partie traite de la Guerre de Sécession en tant que tel avec ces 2 familles, d'un côté unionniste et opposée à l'esclavage, et de l'autre sudiste et défenseur de l'esclavage. Il s'agit de se remettre bien sûr dans le contexte de l'époque où au Nord, l'industrialisation était galopante alors que le Sud vivait encore beaucoup de l'agriculture et donc d'une main d'oeuvre bon marché, exécutée par les esclaves noirs.

Griffith suit le quotidien de ces deux familles avant que la fameuse déclaration de guerre ne voit le jour et que soient filmées de grandes scènes de guerre jusqu'à la reddition des troupes confédérées face aux troupes unionnistes. Un autre fait qui renforça le propos raciste du film est que le film se fera presque exclusivement du point de vue des sudistes et de cette famille Cameron vue comme vertueuse et innocente. Les sudistes sont représentés par de belles personnes intègres et courageuses alors que les nordistes sont caricaturés en envahisseurs totalitaires et à la mine patibulaire.
Ce simple état de fait permet de classer Naissance d'une Nation dans la catégorie des films de propagande où les confédérés sont réellement glorifiés. Mais là où on aurait pu simplement voir en cette oeuvre un travail grotesque sans recherche, Naissance d'une Nation se montre ambitieux, extrêmement ambitieux même. Avec un oeil d'un siècle plus tard, difficile de ne pas être impressionné par tout le réalisme et la puissance des images. L'impression de se retrouver devant une grande fresque est de mise. Les mouvements de foule sont impressionnants et les charges de cavalerie sont bluffantes. On repensera à cette scène de guerre à la fin de la première partie, où l'on jurerait se retrouver en pleine guerre de Sécession. 

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C'est un fait indéniable que Griffith a sublimé et professionnalisé son film à des hauteurs insoupçonnées. Le suspens est là, palpable pour arriver à l'intertitre annonçant la seconde partie. Celle-ci, nommée la Reconstruction, voit la situation d'après-guerre alors que les troupes confédérées ont été vaincues. C'est l'occasion ici pour le réalisateur de renforcer le trait propagandiste de son oeuvre. On peut voir alors les unionnistes arriver fièrement dans les états du Sud toujours avec un trait d'envahisseur notoire, tandis que les sudistes seront filmés comme des opprimés.
Pire encore, les esclaves noirs seront hostiles aux unionnistes et même à leurs propres frères noirs libres. L'assassinat du président Lincoln n'arrangera rien et sera l'occasion pour le sénateur Stoneman d'organiser une violente répression sur les états du Sud. La mise en place du mulâtre Silas Lynch comme gouverneur sera caricaturée comme personnage malfaisant voulant fonder un état noir et opprimant les blancs.

La répression se met en place, les noirs unionnistes sont décrits comme corrompus et dont les pulsions sont régies par la violence. La chute du haut d'une falaise d'une des filles Cameron sera le catalyseur pour l'avènement du KKK. Griffith poussera le vice à les décrire comme justicier, libérateur et défenseur des blancs opprimés alors qu'ils commettront des meurtres racistes pour la suprématie de la race blanche. De leur avènement jusqu'à la fin du film, ils seront représentés comme victorieux et faisant face à la tyrannie unionniste anti-esclavagiste.
Qu'on se le dise, si Griffith voulait adopter un propos impartial sur les événements, soit c'était pour se foutre de la gueule du peuple, soit il s'enfonça dans une maladresse abyssale. Cependant, comme je l'ai dit au-dessus, si on ne se focalise pas sur le second niveau de lecture, il s'agit de dire que Naissance d'une Nation est une perle de mise en scène. La deuxième partie est tout autant stupéfiante dans le déroulement des événements et les charges du KKK impressionnent réellement.

L'intensité est présente aussi dans cette deuxième partie car Griffith maîtrise son récit et ses idées de A à Z. On reste pantois devant cette faculté à fasciner le spectateur durant un peu plus de 3h sans discontinuer, alors que le film est un MUET ! Je l'écris en grand car le muet est difficile d'accès et peut vite faire dévier l'attention. En l'occurrence, Naissance d'une Nation multiplie les gros mouvements de foule, les scènes de guérilla, tout en jonglant avec le drame familial et la romance pris dans les tourments d'une guerre sale et raciale. Le film est une leçon de mise en scène et d'innovation technique entre mouvements de caméra, profondeur de champs, gros plans, flash-back, emploi de très nombreux figurants, montage parallèle. Les révolutions sont omniprésentes et font de Naissance d'une Nation un pilier vital du septième art.

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Tout cela est au service d'un trait historique, certes, douteux mais qui a partiellement existé. Un fond discutable alors que la forme est irréprochable. Et ce n'est pas le visuel qui dira le contraire vu que la caméra est filmée de main de maître afin d'obtenir une image belle et raffinée. La bande sonore offre tantôt sonorités mélancoliques, tantôt sonorités épiques. Le film est d'une certaine manière grandiloquent et prétentieux sur les bords quand on se retrouve face aux intertitres où les initiales DW et Griffith apparaissent dans la reliure. Des intertitres où coexistent paroles rudimentaires et présentations historiques vu que le cinéaste introduit de nombreuses scènes clés. On pense bien sûr aux scènes de bataille qui furent reconstituées à partir de photographies de l'époque.
On pense aussi aux scènes de la période de reconstruction (notamment les scènes du corps législatif) s'inspirant des dessins politiques, sans doute moins objectifs. N'oublions pas le casting avec la ravissante Lillian Gish, Mae Marsh, Henry B.Walthall, Miriam Cooper, Mary Alden, Ralph Lewis, Donald Crisp ou encore Howard Gaye. Chaque acteur est impliqué dans son personnage, même si on pestera, comme je l'ai déjà dit, sur un jeu d'acteur volontairement exagéré et malfaisant côté unionniste.

En conclusion, il faut être honnête et admettre que Naissance d'une Nation est un très grand film qui eut un apport inestimable sur toute la technique cinématographique. Oui, le film a un propos ouvertement raciste (quoi qu'en dise le réalisateur). Oui, le film est orienté politiquement du côté des sudistes vertueux face aux unionnistes maléfiques. Cependant, on ne peut être indifférent au professionnalisme de la mise en scène, à l'intensité impressionnante pour un film muet, aux décors ravissants, à l'image de grande qualité et au déroulement scénaristique rythmé et puissant. Plus d'un siècle après sa sortie, Naissance d'une Nation est un régal pour les yeux et occupera pleinement vos 3h13 précises de temps. Comme je l'ai toujours dit, le talent n'a pas d'idéologie et si le côté propagandiste est là, le film est une grande prouesse qui n'aura pas usurpé son statut de classique du cinéma.
Un voyage dans le temps que vous n'oublierez pas de sitôt et qui ne peut laisser indifférent. Les simples d'esprit ne se focaliseront que sur le fond pro-esclavagiste, les cinéphiles verront une oeuvre d'art absorbante à la gloire de la grammaire cinématographique. Ceci dit, comme tout film de propagande, aucune note ne peut être attribuée.

 

Note : ???

 

orange-mecanique Taratata

Je Suis À Prendre (Brigitte forever)

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Genre : pornographique (interdit aux - 18 ans)
Année : 1978
Durée : 1h24


Synopsis : Hélène une jeune et belle ingénue, épouse un riche châtelain. Celui ci, plutôt que de l'honorer le soir des noces, préfère s'égarer dans des aventures libertines. Frustrée, Hélène ingurgite un puissant aphrodisiaque et se laisse submerger par ses pulsions qu'elle s'empresse d'assouvir avec les serviteurs du château.


La critique :

Était-il possible que Cinéma Choc ne s'attarde pas un jour sur la carrière de l'icône absolue du cinéma X français, Brigitte Lahaie ? Inconcevable! Je Suis À Prendre, réalisé par Francis Leroi en 1978, semble être le film parfait pour revenir sur le parcours de la "papesse" du hard hexagonal. Un parcours d'étoile filante d'ailleurs puisque, contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'actrice (née en 1955) ne se spécialisa dans le genre pornographique que durant trois courtes saisons, entre 1977 et 1980. C'est donc à vingt cinq ans à peine qu'elle raccrocha strings et talons aiguilles pour se diriger vers des films érotiques tout d'abord, puis vers un cinéma beaucoup plus conventionnel.
Dans son parcours "post-jambes en l'air", on trouvera quelques rares bons films (I Comme Icare, Calvaire), pas mal de très moyens (Ta Gueule Je T'aime, Les Prédateurs De La Nuit) et beaucoup de franchement lamentables (N'oublie Pas Ton Père Au Vestiaire, Le Diable Rose, L'exécutrice). Donc, en dépit d'efforts louables pour faire évoluer sa carriere vers d'autres horizons, la comédienne rata globalement sa reconversion (artistique, tout du moins). La faute à des choix assez hasardeux pour ne pas dire suicidaires.

En effet, quant on sait que durant les années 80, elle fréquentait assidûment les plateaux dirigés par Max Pécas et devint la muse de Jean Rollin (ils tourneront 7 films ensemble), tout est dit... La superbe blonde restera donc à jamais le symbole de l'érotisme et de la sensualité à la française. Comme l'incarnation d'une époque bénie : celle de la révolution sexuelle et de l'insouciance des moeurs dans les années d'avant Sida. C'est un fait indéniable : malgré les Marylin Jess, Tabatha Cash et autre Clara Morgane, la véritable star du cinéma porno en France demeure dans la mémoire collective, la légendaire Brigitte Lahaie. Sa beauté naturelle, ses formes dessinées au fusain ont fait fantasmer toute une génération de mâles (dont votre serviteur) qui tombaient en pâmoison devant sa plastique parfaite et ses performances artistiques (hum...) débridées. Durant sa courte période d'activité polissonne, la prêtresse platine ne chôma pas. Le nombre de ses films pornographiques est cependant sujet à débat puisque Wikipedia en annonce 116 (!) et d'autres sites font état du chiffre, beaucoup plus raisonnable d'une trentaine de pellicules pour adultes.

Quoiqu'il en soit, quelle santé cette Brigitte ! Bien sûr, la plupart de ces films sont tombés dans l'oubli mais quelques uns ont été érigés (et le terme me semble des plus appropriés) au rang des plus grands classiques du X français ; Je Suis À Prendre est de ceux-là. En 1978, Brigitte Lahaie a derrière elle une année de carrière dans le X et déjà pas mal d'expérience. Mais, à cette époque, elle n'évolue encore que dans des films de seconde zone (excepté le remarquable "Parties Fines" de Gérard Kikoïne) mis en scène par des réalisateurs qui ne réussissent pas à la valoriser, à lui offrir LE rôle qui va lancer définitivement sa carrière. Sur ce, Francis Leroi arrive avec un scénario travaillé (pour une fois que cela lui arrivait), une mise en scène léchée (sans jeu de mots), des partenaires de valeur et lui propose Je Suis À Prendre. Leroi, qui officiait parfois sous le pseudonyme de Jim Clark, signe là d'ailleurs son meilleur film. Par la suite, il ne commettra que des bouses avariées dont le fameux Nuits Sadiques, honte absolue à la réputation sulfureuse totalement injustifiée. Mais revenons à Je Suis À Prendre.
Avec ce film, Brigitte éclatante de sexualité juvenile, allait devenir l'icône de la pornographie française et même mondiale.

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Autrement dit, les megas stars américaines, Linda Lovelace et Marilyn Chambers avaient plutôt du souci à se faire ! Attention spoilers : La jeune et belle Hélène vient d'épouser Bruno, un riche aristocrate. Juste après le mariage, celui l'amène dans son superbe château où officient trois domestiques: un valet de chambre chenu, une pulpeuse femme de ménage et un jeune professeur d'équitation. Mais avant la nuit de noces, tandis qu'Hélène s'est endormie, Bruno s'éclipse et s'en va participer à une partouze dans une dépendance  isolée de la propriété. Le lendemain, Hélène se réveille et son mari est encore absent, soit disant parti en ville pour gérer ses affaires. Restée seule avec les employés du château, la jeune châtelaine est soudain prise de pulsions sexuelles alors qu'elle vient de boire un verre de lait.
C'est avec le maître d'équitation qu'elle connaît ses premiers ébats. Entre deux visites éclairs de son mari qui ne la touche jamais, elle poursuit ses initiations charnelles avec le maître d'hôtel et la bonne à tout faire. Toujours sous l'effet du puissant aphrodisiaque, Hélène ignore qu'elle est en fait discrètement surveillé par son époux qui l'offre à ces inconnus afin d'en faire une amante experte pour mieux consommer leur union. Finalement, Bruno lui révélera la vérité et la nuit de noces se déroulera en feu d'artifice pour la jeune mariée lors d'une orgie mémorable. 


De tous temps, la pornographie au cinéma a été employée dans un but masturbatoire et la plupart du temps, pour un public essentiellement masculin. Ceci dit, il y a pornographie et pornographie. Des temps héroïques au début du siècle dernier où de petits films coquins étaient projetés à l'arrière salle des maisons closes jusqu'aux étalements actuels de coïts dépravés sur Internet, ce genre cinématographique très particulier est passé par bien des étapes. Hélas, force est de constater que depuis le début des années quatre vingt, son parcours n'a connu que régression et avilissement.
Incontestablement, l'âge d'or du porno s'est déroulé durant les années 70. Décennie de tous les excès et de toutes les jouissances, cette époque libertaire accoucha des meilleurs films X jamais réalisés. Avec l'avènement du "porno chic" aux États Unis et le succès planétaire de Gorge Profonde, le sexe explicite s'affichait sans honte sur les devantures des cinémas où se pressaient des milliers de spectateurs avisés ou curieux. En France, après "l'apéritif" érotique Emmanuelle et ses 9 millions d'entrées en 1974, les oeuvres ouvertement décoincées de l'entre-jambes firent une percée spectaculaire dans le paysage cinématographique français. C'est l'ère du "porno classe".

En 1975, on atteignait l'apogée avec l'énorme carton au box office du documentaire pour adultes Exhibition, qui dévoilait de façon crue et sans détour les coulisses de l'univers du porno au travers du témoignage saisissant de l'actrice Claudine Beccarie. Avec ce succès inattendu, cette dernière devint la star incontestée du X hexagonal, mais elle mit fin à sa carrière brutalement en 1978. Les films pornographiques se succédaient à une cadence frénétique sur les écrans et de nombreuses starlettes émergèrent sans qu'aucune d'entre elles ne sorte véritablement du lot.
Sur ces entrefaites, arriva Brigitte Lahaie. Et la nouvelle venue sortait de l'ordinaire. Je Suis À Prendre servit de strapontin au mythe Lahaie. Avec son visage mutin, ses courbes sculpturales et sa lubricité candide, elle eut tôt fait de se bâtir une carrière éclair certes, mais qui restera mémorable et unique dans les annales (avec deux n...) du X. Durant cette période et au delà même de la simple actrice, la belle Brigitte devint en France et hors de nos frontières, une véritable icône du cinéma dans ce qu'il représente de plus sulfureux ; un vrai phénomène de société. Objet de tous les fantasmes durant deux décennies, la hardeuse atteignit des sommets de popularité qu'il est difficile d'imaginer de nos jours. 

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Nous évoluons dans une époque où accéder à la pornographie est à la portée de n'importe quel internaute par un simple clic de souris. Quel contraste avec les années Lahaie où visionner un film de la star était un défi impensable (et quasiment impossible) à réaliser pour tout adolescent pré-pubère en pleine crise hormonale ! Je peux en témoigner par expérience... Et le film en lui même, me direz-vous ? Ma foi, c'est la classe, tout simplement. Les décors somptueux et les moyens techniques témoignent d'une grande aisance financière de la part du producteur, les seconds rôles tiennent leur rang de manière fort honorable et Miss Lahaie évolue dans les ballets corporels comme un poisson dans l'eau.
Bien sûr, le scénario ne brille pas par son originalité mais ce n'est pas ce que l'on demande en priorité à un film pornographique... Francis Leroi, d'habitude si médiocre, s'aquitte de sa tâche avec brio et filme les scènes d'amour avec une délicate impudicité sans aucune outrance. Le film se situe d'ailleurs dans un porno softcore c'est à dire que si les actes sont évidemment non simulés, ils ne comportent rien de choquant ni d'extrême. Au contraire, les corps s'enchevêtrent avec beaucoup de sensualité et d'harmonie, et les dialogues ne comportent pas une once de vulgarité.

Les situations n'en sont pas moins rendues très excitantes pour le spectateur en raison évidemment, de l'extraordinaire savoir-faire d'une Brigitte Lahaie faussement naïve. Classique du X à la française, Je Suis À Prendre est à considérer comme un témoignage d'un temps déjà lointain où le cinéma pornographique savait conjuguer avec bonheur l'exaltation des sens et la maîtrise artistique. Cela nous fait regretter plus encore la dégringolade des moeurs et le reniement de toute dignité qu'à emprunté le genre au fil des années pour arriver aux  sommets de décadence qui nous accablent aujourd'hui. Pour les réalisateurs actuels, le temps c'est de l'argent. Aux films imaginatifs, aux scénarios crédibles et aux véritables comédiens, ont succédé des produits de basse consommation, des saynètes outrancières tournées entre quatre murs par d'obscurs inconnus en manque de sexe autant que de reconnaissance.
L'imagination n'est plus de mise et la demande d'un public devenu blasé n'est plus du tout la même qu'en 1978. Cette année là, Brigitte Lahaie tournait Je Suis À Prendre et devenait une star. Égérie de toute une génération, elle incarna à la fois la libération de la femme et le désir de l'homme. Depuis quelques années, elle ne tourne plus guère et sa dernière apparition au cinéma remonte à 2013 dans Le Bonheur, un drame confidentiel réalisé par un certain Fabrice Grange. Il faut dire que Brigitte Lahaie est à présent beaucoup plus occupée dans un autre registre où elle excelle également : animatrice de radio. En effet, depuis plus de quinze ans, elle prodigue aux auditeurs ses conseils experts sur la sexualité et l'amour en général au micro de RMC. Cette fois ci, la reconversion est plus que réussie.
Les anciens ont eu Brigitte Bardot comme idole et les jeunes ont Brigitte Macron pour première dame. Ceux de ma génération ont eu Brigitte Lahaie pour fantasme et franchement, nous n'avons pas été les plus malchanceux !


Note : 16,5/20

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore

20 septembre 2017

Cemetery of Splendour (Weerasethakul s'invite sur Cinéma Choc)

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Genre : Fantastique, drame

Année : 2015

Durée : 2h

 

Synopsis :

Des soldats atteints d’une mystérieuse maladie du sommeil sont transférés dans un hôpital provisoire installé dans une école abandonnée. Jenjira se porte volontaire pour s’occuper de Itt, un beau soldat auquel personne ne rend visite. Elle se lie d’amitié avec Keng, une jeune médium qui utilise ses pouvoirs pour aider les proches à communiquer avec les hommes endormis. Un jour, Jenjira trouve le journal intime de Itt, couvert d’écrits et de croquis étranges. Peut-être existe-t-il une connexion entre l’énigmatique syndrome des soldats et le site ancien mythique qui s’étend sous l’école ? La magie, la guérison, la romance et les rêves se mêlent sur la fragile route de Jenjira vers une conscience profonde d’elle-même et du monde qui l’entoure.

 

La critique :

Bon, je sais très bien ce que vous allez me dire : Qu'est-ce que c'est que cette chose ? Qu'est-ce que c'est que ce synopsis hallucinogène ? Qu'est-ce que ça fout sur ce site ? Cependant, je n'ai pas pu m'empêcher d'innover dans mes chroniques en faisant honneur à l'un des cinéastes les plus rudes et les plus particuliers du cinéma (du cinéma traditionnel, entendons-nous). Son nom ? Apichatpong Weerasethakul, natif de Thaïlande et dont il faut s'y prendre à 2-3 reprises pour savoir correctement prononcer son nom. Néanmoins, les passionnés se contentent de l'appeler Api ou Joe, c'est le nom qu'il s'est donné, et c'est tout de suite plus facile à la prononciation. Aussi idolâtré que détesté, Joe est le réalisateur qui crée le débat à chaque sortie. Auteur de titres tels que Tropical Malady, Syndrome and a Century, Blissfully Yours ou encore Oncle Boonmee, gagnant de la très convoitée palme d'Or de Cannes, il nous fait l'honneur de revenir avec sa dernière création au nom énigmatique de Cemetery of Splendour.

Chouchou du festival de Cannes, l'engouement est, comme d'habitude et comme vous pourrez le constater, de mise alors qu'à côté, le film fait une fois de plus débat chez les cinéphiles. Pas de palme d'Or pour cette année mais un plébiscite des critiques cinématographiques. Quoi qu'il en soit, Cinéma Choc peut se targuer de s'attaquer à un film loin d'être évident à chroniquer et qui nécessitera quelques bourbons et 2 ou 3 comprimés d'aspirine pour une analyse un minimum décente.
A ceux qui ne connaissaient pas encore le cinéaste, je vous souhaite une bonne chronique, en espérant qu'elle ait été un minimum pertinente. Passons donc à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : En Thaïlande, de nos jours. Des soldats souffrent d’une mystérieuse maladie : ils demeurent plongés dans un profond sommeil, s'éveillent quelques heures puis s'effondrent de nouveau, endormis. On les a transférés dans une vieille école transformée en hôpital de fortune, où une jeune médium tente de communiquer avec eux. Rendant visite à une amie infirmière, une vieille femme se prend d'affection pour l'un des patients, dont le lit est situé à la même place que son bureau lorsqu'elle était élève. Elle apprend alors que l'école est bâtie sur un cimetière d'anciens guerriers, dont l'âme aspirerait l'énergie des patients endormis.

La simple et bonne raison qui font que j'ai décidé de chroniquer ce film tient en une simple chose : le fantastique saupoudré d'une pointe d'expérimental. A partir du moment où vous enclenchez le visionnage d'un film de ce réalisateur, vous pouvez vous préparer à la découverte d'un nouveau genre de cinéma. Un cinéma apaisant où vous ressortez de là comme transformé et relaxé. Vous rêvez depuis toujours de cinéma spirituel ? Ne cherchez plus, le film qu'il vous faut est devant vous. S'il y a bien quelque chose qui frappe au visionnage, c'est justement cette spiritualité qui émane constamment et vous enveloppe. Weerasethakul semble être profondément attaché aux croyances et au folklore thaïlandais se résumant à la réincarnation, l'existence de vies antérieures et un profond respect de la nature. Oubliez toute notion de fantastique à base d'apparitions, d'obscurité acrimonieuse et autres atmosphères glauques. Cemetery of Splendour ne boxe pas dans cette catégorie et s'emplit d'une définition bien personnelle du fantastique. 

Le cinéaste met en adéquation le fantastique avec la réalité. La réalité est là, palpable, bien présente mais on ressent ce halo surréaliste qui plane tout au long de la séance. A travers ces 120 minutes de bobine, on sera ballotté entre ces médecins frappés par un mal sans nom dont aucune réelle réponse ne nous sera apportée mais surtout dans la vie d'une vieille dame du nom de Jenjira. Celle-ci, au contact de forces qui la dépassent, se liera d'amitié avec une médium et partageront de nombreux moments de discussion sur l'instant présent, les forces mystiques, en clair tout ce qui est apparenté de près ou de loin au bouddhisme. Il n'y a pas d'effets de style, pas de réelle intrigue, bien que le synopsis nous dise le contraire. Api filme en gros des scènes de la vie de manière très posée et très lente qui s'enorgueillissent d'un mysticisme particulier, surnaturel où le monde des esprits et l'ancestralité sont en totale synergie. Pourtant, nous ne les voyons pas mais un ressenti en nous fait que nous arrivons à les percevoir, à presque sentir leur présence.

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Il y a quelque chose de très profond qui se dégage de son cinéma et Cemetery of Splendour ne déroge pas à la règle. Déjà dans Tropical Malady, Api faisait cohabiter le fantastique qui se fondait complètement dans la réalité. Un traitement très beau mais très particulier qui ne plaira pas à tous. La pureté est maîtresse des lieux et chaque scène cohabite avec le fantastique. On pense à cette longue scène où Jenjira suit Keng, la médium, lui décrivant un palais alors qu'il n'y a rien mais la manière de la décrire, les dialogues font que l'on a envie d'y croire. Soyons honnête : il faut être dans un certain état d'esprit pour parvenir à adhérer et à suivre un film du réalisateur.
La mise en scène est l'unique élément qui fait que l'on va soit être absorbé par la tonalité si étrange, si reposante du film ou soit ronfler devant. Il n'y a pas de demi-mesure. C'est emmerdant ou c'est fascinant. Mais malgré tout, on sent que nous sommes face à quelque chose de grand, pas quelque chose de pompeux et/ou de vide mais quelque chose qui va bien plus loin que la simple définition de cinéma.

De mémoire, c'est bien le seul réalisateur qui parvient à reposer l'esprit du spectateur. Cela se passera par une mise en scène très lente, composée uniquement de plans fixes, très aérés et intégrant toujours quelque chose en rapport avec la nature. Api est à mes yeux le cinéaste qui accorde autant d'importance à la nature. Les arbres, l'eau et même les feuilles mortes sont filmées avec insistance. Il nous ramène à cet endroit originel dont nous sommes issus, au berceau même de la vie et c'est l'une des raisons qui fait que nous sommes tout simplement zen durant la projection.
Si la narration est absente et ne se base que sur une tranche de vie axée autour d'une thématique bouddhiste, nous sommes comme absorbés. Seules 2 séquences en mouvement seront au programme et on retrouvera nombre de séquences de 1 grosse minute où le décor est souvent seul acteur (un moulin dans un lac, des arbres ballottés par une brise légère, un soldat endormi). On a là une mise en scène vraiment particulière, même expérimentale.

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Au niveau de l'aspect physique, la nature est magnifiée et Api nous livre des plans somptueux à de nombreuses reprises. On repensera à ces lampes qui changent de couleur dans la clinique (voir la deuxième image de la chronique). On repensera aussi à ce palais ou encore à la scène de la troisième image juste au-dessus. C'est une esthétique particulière, vraiment planante. La bande sonore ne sera flagrante que dans la toute dernière séquence et parvient à être séduisante. Le jeu d'acteur est très posé, très vrai dans une optique de cinéma vérité où les personnages parlent de banalités tout en faisant en sorte que les dialogues restent justes. Le casting se composera de Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi, Jarinpattra Rueangram ou encore de Petcharat Chaiburi. Des acteurs que je doute que vous connaissiez mais qui se révèlent attachants, bien que leur jeu d'acteur soit tout aussi posé que la mise en scène.

En conclusion, Cemetery of Splendour est un film excessivement difficile à chroniquer et à cerner. Oui, la mise en scène est très lente mais un aspect merveilleusement contemplatif s'en dégage. Oui, le rythme sera qualifié de léthargique mais le tout est contrebalancé par de magnifiques plans naturels. Oui, les dialogues sont bateaux mais on ne peut s'empêcher de les trouver touchants. Oui, Cemetery of Splendour est un film exaspérant, énervant car on ne peut pas s'empêcher de le descendre, du fait qu'une aura particulière se dégage du visionnage. Il est compliqué de recommander cette oeuvre très difficile d'accès, à ceux habitués à des films assez énergétiques.
Pourtant, passer à côté de cette poésie apaisante, envoûtante et absorbante serait passer à côté d'une expérience inédite rencontrée dans le cinéma. Ou quand la spiritualité fait corps avec le concept même de cinéma. Api confirme sa réputation de cinéaste mystique et de cinéaste le plus casse-couille parce que l'on a envie de hurler que c'était apathique mais on n'y arrive tout simplement pas. Un tel ressenti ne peut aboutir qu'à une seule et unique note.

 

Note : ???

 

orange-mecanique   Taratata

 

 

Les Négriers (Les vrais maîtres et les vrais esclaves)

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Genre : shockumentary, trash, documentaire (interdit aux - 16 ans)
Année : 1971

Durée : 2h20

Synopsis : Reconstitution totalement mise en scène et considérée sous l'angle du reportage d'un des grands drames de l'humanité: l'esclavagisme

La critique :

Toujours la même ritournelle. En 1962, la sortie de Mondo Cane, réalisé par Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Paolo Cavara, ouvre une nouvelle ère dans le cinéma. Le genre "Mondo" est né. Le cinéma trash connaît alors ses premiers balbutiements. Présenté en compétition au festival de Cannes la même année, Mondo Cane suscite évidemment les anathèmes et les quolibets. Le principe du film est à la fois laconique et de facture conventionnelle puisqu'il consiste à présenter les us et les coutumes de diverses peuplades, qu'elles soient tribales, cannibales ou contemporaines.
Le long-métrage est ainsi ponctué par des saynètes tantôt érubescentes, tantôt grand-guignolesques, tantôt truculentes. A travers Mondo Cane, Gualtiero Jacopetti et ses prosélytes s'ébaudissent de cette frontière ténue entre la fiction et la réalité.

Pourtant, Mondo Cane n'est pas un documentaire, mais plutôt un "documenteur". Les adulateurs du film lui attribuent déjà le titre peu glorieux de "shockumentary". Par-là, comprenez que les scènes dont nous sommes affublés ne sont pas réelles, mais interprétées par des acteurs amateurs. Après avoir essuyé les furibonderies de la polémique et de la censure, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi rempilent l'année suivante avec Mondo Cane 2 (1963).
Le film est principalement composé de chutes qui n'ont pas été retenues pour le premier chapitre. Peu ou prou de surprises dans ce second épisode si ce n'est toujours la même antienne. Nous vivons dans un monde barbare, prosaïque et cruel. Bref, un monde de chien. Tel est le discours emphatique péroré par Jacopetti et son collègue.

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Les deux cinéastes corroborent leur dilection pour le voyeurisme avec Africa Addio, réalisé en 1966. A l'instar des deux premiers Mondo Cane, le film doit lui aussi se colleter avec la censure. Le long-métrage est carrément taxé de xénophobe et de colonialiste par ses nombreux contempteurs. Déjà, dans Mondo Cane 2, Jacopetti et Prosperi nous affublaient la vision d'enfants noirs handicapés et avilis par l'esclavagisme. Une piste que les deux réalisateurs comptent bien sournoisement exploiter via Africa Addio, qui collectionne les interdictions de diffusion à travers le monde entier.
Africa Addio soulève de nombreuses polémiques à caractère politique et idéologique. Dans les années 1960, peut-on montrer une population miséreuse affamée et assouvie par le capitalisme ? Une question qui ne trouvera point de réponse.

Devenus les nouveaux parangons des documentaires ("documenteurs"...) scandaleux, Jacopetti et son comparse confirment ce goût immodéré pour la provocation avec Les Négriers, sorti en 1971. Pour ce nouveau film, les deux metteurs en scène décident de sortir de leur carcan habituel. Les Négriers, soit Goodbye Oncle Tom de son titre original, ne sera pas un "Mondo" ou un shockumentary dans la pure tradition de Mondo Cane.
Pas question de faire croire au spectateur incrédule qu'il s'agit d'un vrai documentaire. Ainsi, Les Négriers s'apparente non seulement à une reconstitution historique, mais surtout à une sorte de gaudriole et même de "satire sociale de l'Amérique du XIXe siècle" (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_N%C3%A9griers). 

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A l'instar d'Africa Addio quelques années auparavant, Les Négriers essuie à son tour une rebuffade. Le long-métrage est taxé de néo-colonialiste et de néo-esclavagiste par de nombreux détracteurs, d'autant plus que le tournage de Les Négriers se déroule sur les terres haïtiennes, et sous l'aval du dictateur de l'époque, le tristement célèbre François Duvalier, ou Papa Doc pour les intimes. Jugé trop choquant, barbare et érubescent, le film de Jacopetti et de Prosperi subit les affres de la censure. Le métrage est carrément mis sous scellés. Les deux cinéastes sont donc priés de réviser leur copie.
Pendant plusieurs années, le film sera diffusé sous plusieurs versions, édulcorées pour l'occasion, et sous le titre de Zio Tom, avant d'être purement et simplement retiré du circuit de distribution courante.

Pour les thuriféraires du cinéma trash et extrême, il faudra patienter de longues années avant de voir débarquer le director's cut du film en dvd. Curieux par ailleurs que Goodbye Oncle Tom n'ait "seulement" écopé que d'une interdiction aux moins de 16 ans. Clairement, l'interdiction aux moins de 18 ans n'aurait pas été usurpée. Même encore aujourd'hui, Les Négriers reste largement un film polémique avec son lot de séquences trash et peu ragoûtantes.
Le film consiste donc en une reconstitution totalement mise en scène et considérée sous l'angle du reportage d'un des plus grands drames de l'humanité : l'esclavagisme. 
Vous l'avez donc compris. On tient là un vrai film scandale et polémique. A l'époque, Jacopetti et Prosperi essuient les pires invectives. Taxés de racistes et même de fascistes, les deux réalisateurs n'en ont cure. 

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Ainsi, au cours de ce faux reportage, la parole est librement donnée aux "blancs" puis aux "noirs". Ce sont donc deux idéologies, deux peuples qui s'affrontent. Une didactique qui, déjà au départ, ne manquera pas de soulever de nombreuses interrogations puisque sous couvert de "documentaire", Les Négriers pose bel et bien la question de l'existence de la race. Mais plus qu'un combat historique et idéologique, le métrage pose aussi la question de l'évolution darwinienne, ainsi que celle de la lutte des classes. Qui sont les vrais maîtres et les vrais esclaves, en sachant que cette dialectique, à la fois sociologique et philosophique, posée par Hegel, tend à s'intervertir ?
Le film est aussi tourné en 1971 en pleine révolution sociale, culturelle, sexuelle et sociétale. Pour le peuple Afro-Américain, plus question d'être considéré comme de simples esclaves soumis au diktat des colons blancs. 

Ainsi, le film reconstitue plusieurs saynètes de l'esclavagisme. Pour les âmes sensibles, prière de quitter gentiment leur siège et d'aller faire un petit tour. Le spectateur assiste alors ébaubi à de longues séquences trash et sanguinolentes. Les esclaves noirs sont non seulement claustrés dans le noir et à fond de cale dans un bateau, mais ils sont également rudoyés, enchaînés et crucifiés sur des sortes de pelotons. On assiste béatement à des séances de dysenterie et d'expectoration.
La nudité est clairement exposée et il faudra aussi supporter de nombreuses saynètes de viols, qui se déroulent par ailleurs sous le regard hébété de jeunes enfants. Au programme des tristes réjouissances : plusieurs énucléations, des édentations, de la torture ad nauseam, des hommes qui jouent avec leurs propres déjections, un jeune nourrisson littéralement plongé dans de la nourriture de porc, ou encore une émasculation avec des tenailles de chevaux...
A un autre moment du film, ce sont plusieurs wagons d'esclaves noirs qui débarquent sous le regard amusé de colons blancs. Une scène qui rappelle évidemment l'Holocauste, la "Shoah" arguerait un Claude Lanzmann péremptoire. Voilà pour les velléités ! En voulant dénoncer la xénophobie et l'esclavagisme, Jacopetti et Prosperi réalisent, in fine, un film tendancieux. Mais force est de constater qu'un tel long-métrage serait totalement impensable - et impossible - aujourd'hui.
A la fois désinvoltes et extravagants, Jacopetti et son fidèle comparse nous convient à scruter l'une des pages les plus noires de l'histoire de l'Humanité. 
Parfaitement non-notable, donc !

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

19 septembre 2017

La Bête Aveugle (Artiste dans l'âme)

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Genre : Drame, romance (interdit aux - 16 ans)

Année : 1969

Durée : 1h24

 

Synopsis :

Un sculpteur aveugle enlève et séquestre dans son atelier un modèle pour la soumettre à l'empire des sens afin qu'elle devienne une statue idéale. Comprenant après plusieurs vaines tentatives qu'elle ne pourra fuir ce cauchemar, la victime est peu à peu attendrie et envoûtée par son bourreau.

 

La critique :

 

Après avoir chroniqué il y a un peu plus d'un mois le très bon Les Funérailles des Roses et récemment Onibaba, je vous propose de retourner avec moi au sein de la Nouvelle Vague japonaise qui n'a pas du tout déméritée les louanges des rares à s'y être essayé, en comparaison avec les courants cinématographiques que nous connaissons tous. Nagisa Oshima, Masahiro Shinoda, Yoshishige Yoshida ou encore Shohei Imamura sont autant de noms qui ont su s'imposer durablement dans ce courant plus difficile d'accès qu'il n'en a l'air. Nous pouvons dès lors rajouter Yasuzo Masumura qui s'illustra avec des oeuvres plébiscitées (façon de parler sachant la relative confidentialité de la chose) telles que L'Ange Rouge, Tatouage mais aussi le film d'aujourd'hui du nom de La Bête Aveugle.

Cinéaste extrêmement prolifique qui signa une soixantaine de films entre 1955 et 1984 et plus de 20 en tant que scénariste, il était considéré comme personnage progressiste car il exprimait sa volonté de peindre des personnages assumant dynamiquement leurs ego et leurs désirs. Une telle chose était alors proprement révolutionnaire au Japon, toujours hostile à la libération sexuelle. La Bête Aveugle n'échappe pas à cette thématique et est considérée aujourd'hui par beaucoup comme l'oeuvre la plus radicale du réalisateur. Au niveau de sa sortie, aucune information sur d'éventuelles polémiques ou une éventuelle censure, à l'exception d'une interdiction aux moins de 16 ans chez nous. Reste à voir maintenant si le film mérite toutes ses louanges. Maintenant passons à la critique.

 

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ATTENTION SPOILERS : Aki est modèle pour certains artistes. Un jour, elle fait la connaissance de Michio, un sculpteur aveugle dont l'oeuvre la trouble et suscite chez elle un début de mystère. Mais Michio est fasciné par les corps et en particulier par celui des femmes. Aidé de sa mère, Michio enlève Aki et la retient prisonnière. La jeune femme se donne à lui en pensant ainsi échapper au plus vite à une situation qu'elle pense être un piège machiavélique. Mais plus le temps passe, plus les rapports entre Michio et sa captive deviennent complexes, sadomasochistes, violents, torturés.

Voilà pour les hostilités d'un film loin de la romance niaise ou innocente auquelle nous sommes habitués. Il est d'ailleurs assez étrange de voir que certains sites, notamment SensCritique, classe cette oeuvre dans la catégorie "horreur" alors que nous ne naviguons absolument pas dans ce registre, du moins pas dans l'horreur classique. Je vais être clair avec vous dès le départ. La Bête Aveugle est probablement l'un des plus grands films de toute l'histoire du cinéma japonais et l'un des plus bouleversants qu'il m'ait été donné de visionner à ce jour. Pourtant, si le synopsis laisse présager des rapports particuliers entre ce faux couple, on réalise vite que Masumura a été bien plus loin que cela.
Il confronte ainsi deux personnages que tout oppose. D'un côté, Aki est une jeune top model qui a l'usage de la vie mais qui se montre superficielle et assez froide. De l'autre, nous avons Michio, jeune sculpteur confidentiel qui souffrit d'une lésion du nerf optique à la naissance. Au contraire de Aki, celui-ci ne se focalisera, malgré lui, que sur l'aspect sensoriel d'une personne. La beauté à ses yeux se reflète dans les courbes corporelles d'une femme, peu importe son visage. 

C'est quelque part l'occasion pour Masumura d'innover dans les critères de beauté d'une personne. Sa beauté physique ne résiderait pas sur le seul aspect physique que peut observer un voyant à première vue. Non la véritable beauté physique ne peut se percevoir que par le toucher témoignant de l'essence même du corps, de sa composition. La forme de l'enveloppe fait la beauté de la femme et non l'aspect de l'enveloppe. Une manière originale de percevoir les choses mais que l'on a bien du mal à refuser tant son argumentation et sa crédibilité impressionnent. Michio est un artiste passionné, qui vit de son art non pas par reconnaissance populaire mais pour son seul plaisir.
Cette mentalité permet d'amplifier la beauté du récit car l'art y est traité dans sa plus pure expression originelle, loin de la vision pécunière mais dans l'optique de la sublimation. Masumura fait de La Bête Aveugle une ode à l'art avec une vision différente de ce que auquel nous sommes habitués.

 

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Un deuxième point essentiel est qu'il est parvenu à créer de vrais personnages à la personnalité propre et très travaillée. Très vite, Michio apparaît encore comme un enfant avec ses manies, son adoration typiquement enfantine envers sa mère, sa naïveté envers les femmes et bien sûr son absence total de plaisir charnel avec le sexe féminin. Masumura le traite comme un foetus qui n'a pas conscience de ses actes, qui ne connaît pas la diplomatie ou la séduction et est bien obligé d'en venir à des traitements pas très catholiques pour enlever et calmer Aki. Aki qui, dépassée par les événements, passera par toute une succession d'émotions différentes.
On retrouvera la terreur, le désespoir et même la manipulation. En effet, elle essaiera de manipuler la personnalité vacillante de Michio en faisant semblant de l'aimer pour baisser sa confiance et ainsi s'échapper du hangar transformé en atelier de sculpture d'où elle est enfermée.

Sans surprise, vous aurez dès lors deviné que La Bête Aveugle est un huis clos et se concentrera exclusivement sur les rapports proie/prédateur en oubliant le monde extérieur. Justement, ces rapports sont parfois flous et c'est là encore une preuve de toute l'intelligence de Masumura. Michio, vous l'aurez remarqué, est bien loin du sadique notoire ou du meurtrier compulsif. Il veut juste réaliser son rêve de créer la sculpture parfaite en se basant sur le corps de Aki. Aki, à l'inverse, se jouera de lui, détériorera les relations avec sa mère et sera à l'origine d'un événement grave que je ne détaillerai pas ici. Du coup, on arrive à ne pas pouvoir détester Michio. Au contraire, on se retrouve touché et désemparé par sa grande sensibilité, son innocence et sa personnalité à fleur de peau.
L'événement grave sera le point de départ de la seconde partie. Ainsi, comptez que durant une bonne heure, nous jonglerons entre la fuite de Aki, des discussions ponctuées de méfiance ou en rapport avec la notion même de l'art. Les personnages se confieront aussi à certains moments. Certes, ça peut sembler rébarbatif dit comme ça mais le cinéaste captive notre attention de A à Z.

 

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La seconde partie, par contre, voit le récit renforcer davantage son intensité. Enfermée dans le hangar, elle sera frappée, humiliée mais progressivement, un syndrome de Stockholm pointera le bout de son nez et elle finira par éprouver une affection, un désir profond entre son tyran. Cloîtrés dans ce hangar, les perceptions de lieux et de temps disparaissent pour laisser la place à un amour naissant. L'obscurité d'où ne sortira plus Aki la rendra aveugle, à mesure qu'elle se fascinera de l'art du toucher et de la perception sensorielle. Ainsi, le film se transmute en un érotisme beau et sensuel qui bouleverse autant qu'il fascine le spectateur pris dans un tourbillon de multiples émotions.
Tout repère est bridé et seul leurs corps seront la seule importance pour Michio comme pour Aki. Cet isolement et cette obscurité finiront par les faire basculer dans une folie charnelle où ils seront à la recherche du plaisir extrême. Une chimère dont ils n'en sortiront pas indemne.

A la fin du visionnage, on ressort comme abasourdi par ce que l'on vient de voir. Rarement, une telle intensité amoureuse aura été retranscrite de manière si brillante et si déroutante. Et le long-métrage a déjà 48 ans au compteur, preuve de son avant-gardisme inouï. Masumura, en versant son film dans la violence la plus totale à la fin, malmène fortement le spectateur, sans ne jamais rendre vulgaire ou grossier les séquences en question. Une telle concentration d'émotions et de sentiments différents est pour ainsi dire quasi inédit dans la romance. La Bête Aveugle est, à peu de choses près, la quintessence même de Eros et Thanatos. Nul doute que nous tenons là l'un des couples les plus marquants de toute l'histoire du cinéma.

 

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Au niveau de l'aspect physique, c'est tout autant admirable même si je viens d'apprendre qu'il y a une version noir et blanc et une version couleur. Bref, l'image est somptueuse, surtout dans sa version noir et blanc. Masumura filme avec grand soin ses personnages en les mettant bien en valeur sans jamais les filmer de manière vulgaire. On sera charmé aussi par le décor unique de cette antichambre, prélude d'un malheur inconditionnel, qui apporte un vrai plus à l'atmosphère si particulière et déroutante du récit. La bande sonore est habile et est là quand elle est nécessaire.
Et puis comment ne pas oublier ce casting unique avec
Eiji Funakoshi et Mako Midori, tout simplement impeccables dans leur rôle respectif ? On reste bluffé par la beauté de Midori qui n'a pas usurpé son statut de top model. N'oublions pas la mère interprétée par Noriko Sengoku, forcément éclipsée mais qui tire bien son épingle du jeu. Même ici, Masumura gère de main de maître son récit et s'il n'y avait qu'une seule reproche que l'on pourrait faire à La Bête Aveugle est que ça parle trop par moment. Il est dommage de voir que les personnages expriment un peu trop leurs envies et l'instant présent, notamment la séquence où Aki sonde la personnalité de Michio. Durant certaines séquences, la meilleure chose à faire aurait été de laisser les images s'exprimer, parler d'elles-mêmes pour faire ressortir davantage ce trait sensoriel.

Mais qu'importe, La Bête Aveugle est une merveille cinématographique qui mériterait de sortir de l'anonymat injuste dans laquelle elle se trouve. Véritable oeuvre d'art glorifiant la recherche esthétique et la pensée artistique, Masumura nous entraîne durant 84 trop courtes minutes dans les abîmes d'une relation atypique et à contre-courant de ce que l'on est habitué à voir. Une relation qui évoluera vers des profondeurs insoupçonnées qui malmèneront très certainement le spectateur. Pris dans la folie du toucher, le nouveau couple formé, lassé par les rapports classiques, chercheront à renforcer la puissance sensorielle via du BDSM de plus en plus violent, de plus en plus malsain mais sans jamais devenir racoleur ou putassier. La Bête Aveugle c'est avant tout une expérience sensorielle unique où terreur, désespoir, envie, crainte, espérance, plaisir et amour se mélangent en un maëlstrom époustouflant.
Une poésie lancinante à la gloire de la recherche du plaisir. Cruel ? Certes ! Violent ? Sans nul doute ! Déprimant ? Evidemment ! Choquant ? Plus que ça ! Mais avant tout beau, terriblement beau.

 

Note : 18,5/20 

 

orange-mecanique   Taratata

Halloween : Resurrection (Michael Myers Vs. Real TV)

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Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 2002

Durée : 1h29

Synopsis : Un groupe de jeunes gens est sélectionné pour participer en direct à une émission de real TV. Ils doivent passer la nuit dans la maison d'enfance de Michael Myers. Les participants présument tous que ce jeu sera une simple partie de plaisir pouvant éventuellement leur apporter un peu de notoriété et de publicité gratuite. Mais les choses vont vite tourner au cauchemar. Michael Myers est de retour. L'un après l'autre, les candidats disparaissent. Le but du jeu va vite consister à essayer de sortir vivant de la demeure.  

La critique :

Plus personne ou presque n'y croyait. Et pourtant... Après Halloween 4 (Dwight H. Little, 1988), Halloween 5 (Dominique Othenin-Girard, 1989) et Halloween 6 (Joe Chappelle, 1995) qui se sont largement chargés d'inhumer la franchise amorcée par John Carpenter, le masque de Michael Myers retrouve un simulacre d'effroi et d'élégance derrière la caméra de Michael Miner, avec Halloween, 20 ans après, en 1998. Tout du moins, ce septième chapitre cartonne à nouveau au box-office et profite du succès d'autres slashers à tendance pré-pubère, notamment Scream (Wes Craven, 1996), Souviens-toi... L'été dernier (Jim Gillespie, 1997) et Urban Legend (Jamie Blanks, 1998).
Une façon comme une autre d'euphémiser la qualité, somme toute assez relative, de cette septième aventure, certes supérieure aux trois précédents essais. Ce qui n'était pas trop difficile...

Pour mémoire, le sordide et sinistre Halloween 6 voyait Michael Myers se dévoyer au sein d'une secte satanique. Bref, il était temps pour Michael Myers de retrouver sa splendeur de jadis. Une chimère. Evidemment, suite au succès d'Halloween, 20 ans après, qui permet à Jamie Lee Curtis de retrouver son personnage fétiche au cinéma, un huitième épisode est rapidement envisagé par les producteurs mercantiles. Ce sera Halloween : Resurrection, réalisé par Rick Rosenthal en 2002.
Par ailleurs, le cinéaste s'est déjà illustré dans la saga en signant Halloween 2 (1981) qui se contentait de marcher dans le sillage et le continuum de son auguste devancier. A juste titre, les fans se délectent du retour de Rick Rosenthal derrière la caméra. Jadis, le metteur en scène avait rendu un copie plutôt éloquente, à défaut de transcender son récit.

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Or, depuis Halloween 2, Rick Rosenthal s'est montré plutôt timoré derrière la caméra, laissant derrière lui une filmographie peu probante, notamment Les Oiseaux 2 en 1994. Halloween : Resurrection doit donc lui permettre de redorer un peu son blason. Au grand dam du cinéaste, Michael Myers mourait écrasé et décapité dans le septième chapitre. Mais peu importe, le réalisateur et les scénaristes n'en ont cure. Avec la collaboration de Larry Brand et Sean Hood, Rick Rosenthal griffonne un script qui doit, initialement, s'intituler Halloween : The Homecoming.
Finalement, le film sera rebaptisé Halloween : Resurrection. Myers est donc de retour pour la huitième fois consécutive. Le tournage du film est prorogé à maintes reprises pour sortir, in fine, en 2002.

Hélas, les scores du long-métrage désappointent Rick Rosenthal et ses fidèles prosélytes. Pis, Halloween : Resurrection est auréolé du titre du plus mauvais épisode de la franchise, juste après Halloween 6. Reste à savoir si ce huitième chapitre est bel et bien la déconvenue pérorée par les critiques. Réponse dans les lignes à venir... La distribution du film réunit Jamie Lee Curtis, Brad Loree, Busta Rhymes, Bianca Kajlich, Sean Patrick Thomas, Daisy McCrackin, Katee Sackhoff et Tyra Banks.
Attention, SPOILERS ! (1) Enfermée dans un asile psychiatrique après s'être aperçue de son erreur en ayant décapité un innocent et non Michael Myers, Laurie Strode attend le retour de son frère. Encore une fois, sa crainte est justifiée. Bien décidée à ne plus fuir, elle engage une ultime fois la lutte contre son frère.

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Après ce prologue, on nous transporte à Haddonfield dans la demeure délabrée de Michael Myers, où s'organise un reality show à l'occasion d'Halloween. Les participants doivent rester toute la nuit dans la maison du tueur, ils portent sur eux des caméras en plus de celles disposées dans la maison. Mais alors qu'un faux Michael Myers entre en scène, le véritable tueur rentre chez lui. Difficile dans ce cas de distinguer le tueur de son imitateur... (1) Pendant seulement cinq petites minutes de bobine, Halloween : Resurrection fait vaguement illusion. Retour à l'envoyeur.
Désormais, c'est Laurie Strode (Jamie Lee Curtis), la propre soeur de Michael Myers, qui croupit au fond d'une cellule d'un hôpital psychiatrique. La soeur courroucée doit subir le même sort funeste que son frère.

A l'instar d'Halloween, 20 Ans Après, on pense alors que Halloween : Resurrection va, lui aussi, reposer sur un inévitable affrontement entre la soeur et son chère frérot sociopathe. Malencontreusement, le pugilat ne dure que quinze petites minutes. Oui, Laurie Strode a bien décapité un homme à la fin du septième chapitre, mais ce n'était pas Michael Myers, mais un infortuné qui passait par là... Difficile de ne pas s'esclaffer devant cette première bévue !
Or, Rick Rosenthal enchaîne les bourdes à la pelle et massacre l'héroïne de la saga après une introduction un peu trop académique. En l'espace d'un petit quart d'heure, le réalisateur vient d'assassiner la saga. Comment relever la tête par la suite ? En jouant sur le modernisme, le voyeurisme et l'hédonisme actuel via un programme de téléréalité, la grande mode du début des années 2000.

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On comprend mieux pourquoi Jamie Lee Curtis a choisi d'éluder prestement ce huitième chapitre et de faire une apparition furtive. Matoise, la comédienne semble avoir reniflé l'immondice à plusieurs kilomètres. On ne l'y reprendra plus ! Le reste du long-métrage ? Une sorte de catastrophe et de capharnaüm filmique qui tente de mettre en scène un faux Michael Myers et le vrai Michael Myers dans un jeu de téléréalité qui ferait presque passer l'émission Loft Story pour du Eric Rohmer...
Et croyez-moi... J'exagère à peine. Rick Rosenthal a donc troqué la malédiction qui plane sur Laurie Strode depuis le premier chapitre contre les grivoiseries de personnages gouailleurs et libidineux. Dans ce carcan cinématographique qui dérive ponctuellement vers le found footage, juste histoire de flagorner un large public, Rick Rosenthal oppose carrément son croquemitaine à un black expert en arts martiaux. On croit fabuler... Certes, le metteur en scène tente bien de varier les inimitiés et de sortir Michael Myers de sa léthargie. Là aussi, une hérésie.
Hélas, même les séquences horrifiques se révèlent obsolètes, à cause en partie de cette volonté de dériver vers le found footage horrifique. Autant de saynètes désuètes qui tentent de jouer sur le souvenir encore prégnant de Le Projet Blair Witch, le talent et l'érudition en moins. Bref, en trois mots : un incommensurable "naveton" !

Côte : Navet

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Halloween_:_Resurrection

18 septembre 2017

Bernie ("Ah les enculés !")

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Genre : Comédie dramatique (interdit aux - 12 ans)

Année : 1996

Durée : 1h27

 

Synopsis :

Quand il quitte l'orphelinat, Bernie Noël est âgé de trente ans. Il n'a qu'un seul but : connaître ses origines. Commence alors un parcours semé d'embûches pour ce garçon névrosé et déconnecté du monde réel qui va semer le désordre partout où il passera.

 

La critique :

Ca faisait longtemps que le cinéma français ne s'était plus invité sur le blog. En cause, le fait que le transgressif, le subversif et la violence ne soient pas aimés de critiques bienpensantes à la ramasse. Inutile de ressortir les exemples habituels des films français qui ont subi le courroux de ceux qui ne savent pas réaliser que violence ne s'associe pas nécessairement à connerie sans nom. Ici, pas de ça aujourd'hui, on verse dans la comédie dramatique. Un comble me direz vous ! Une comédie dramatique sur Cinéma Choc, on aura tout vu. Oui mais attention on ne parle pas de la dernière saleté narrant la vie de deux ploucs en fin de vie du fin fond de la Bretagne avec en bonus, une bonne dose de niaiserie et de politiquement correct vomitif. Non nous parlons du cas de Bernie, réalisé de la plume dérangée de Albert Dupontel.

Ce nom vous dira probablement quelque chose vu que l'acteur/humoriste/réalisateur incarna Pierre, le meilleur ami de Marcus dans le controversé et polémique Irréversible (chroniqué sur le blog pour les intéressés). En dehors de cela, on le retrouvera dans de longs-métrages plébiscités comme Un Long Dimanche de Fiançailles, L'Ennemi Intime ou encore Neuf Mois Ferme. De fait, Dupontel reste un personnage hors norme dans le paysage cinématographique français qui apprécie apporter une bouffée d'air frais et qui se permet en plus d'être pleinement reconnu. Cette reconnaissance démarra déjà avec Bernie, son premier long-métrage, grâce auquel il fut nommé aux Césars dans la catégorie "meilleure première oeuvre". Ce film restera d'ailleurs ce qui est considéré par beaucoup comme le summum de Dupontel. Summum qui s'attira l'hostilité de nombreuses critiques. Une telle différence entre les notes des critiques spectateurs et les critiques presse ne peut dire qu'une seule et unique chose. Mais passons à la critique.

Bernie

ATTENTION SPOILER : A 30 ans, Bernie décide que le temps est venu pour lui de quitter l'orphelinat où il a grandi et d'affronter le vaste monde qui l'entoure. Il commence par rechercher la trace de ses parents et découvre qu'à l'âge de deux semaines, ils l'ont tout bonnement jeté dans le vide-ordures. Bernie se refuse à admettre cette douloureuse vérité et s'imagine avoir été enlevé, à l'occasion d'un mystérieux complot. Il tombe amoureux d'une fleuriste paumée et droguée, Marion, puis retrouve son père devenu clochard. Sa mère, elle, est remariée à un riche bourgeois. Tout à son obsession de réunir ses parents, Bernie massacre la nouvelle famille de sa mère et séquestre cette dernière.

Drôle de synopsis que voilà. J'en reviens à ce que je disais avant : Pourquoi de telles disparités au niveau des critiques ? Eh bien tout simplement parce que Bernie est un autre exemple type de film que l'on va soit adorer, soit détester. Il faut le dire, Dupontel n'y va pas avec le dos de la cuillère et assume son style si particulier jusqu'au bout en narrant une histoire dramatique, tournée avec une bonne dose de grotesque. C'est l'histoire d'un enfant simplet, attardé qui se retrouve dans le vaste monde à la recherche de ses parents qui s'en sont débarrassés. De fait, le film démarre avec la tête de Bernie traversant un buisson de lierre dont la forme rappelle sérieusement le vagin. Une séquence symbolique de la venue au monde du personnage. Mais il est fini le temps de la vie à l'orphelinat et notre curieux lascar décide de partir dans le but précis de retrouver sa famille. C'est l'occasion pour Dupontel de mettre en scène des personnages laids, des marginaux, des exclus d'une société qui tend à les faire disparaître ou les prend de haut. Rien n'est beau dans Bernie. On côtoie la misère des bas quartiers avec ces cités disparates et on pourra même observer de véritables SDF à l'écran dans la séquence de l'échangeur.

Le cinéaste ne cherche pas seulement à conter une histoire atypique mais à mettre en lumière une misère sociale en totale contradiction avec le bien-être des habitants des hauts quartiers. On a affaire à une dichotomie sociale intéressante et c'est ce qui rend le film si interpellant sur les bords, alors que nous sommes à l'avènement du 21ème siècle et qu'au final, rien n'a vraiment changé. La pauvreté est toujours présente et s'est même empirée et les exclus de la société sont toujours là. Bernie, c'est un film qui tape du poing sur la table et nous pouvons comprendre pourquoi il dérangeait et dérange peut-être encore certains. A cet état de fait, Dupontel transmute son récit cruel d'un enfant abandonné au 36ème degré en intégrant un humour très spécial. Un humour qui ne plaira pas à tout le monde et pourra agacer comme charmer ceux qui adhèrent à ce style. Il faut le dire, certaines séquences sont jubilatoires comme la scène dans la volière d'un vieux paumé d'une cité ou celle dans la maison bourgeoise. 

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Dupontel parvient à alléger la cruauté de son récit en le déversant dans un humour grotesque. Ceci dit, son humour est, comme je l'ai dit avant, sa principale faiblesse car certains risquent d'être vite agacé par le comportement imbécile de Bernie. Pourtant, difficile de résister à cette accumulation de séquences incongrues. Contre toute attente, le cheminement scénaristique est curieusement crédible malgré la folie ambiante. Bernie finira par s'énamourer avec Marion, jeune toxicomane perdue dans la vie et issue aussi de la cité, partant dans une sorte de croisade surréaliste. Il est persuadé qu'un complot contre elle et lui se trame. Dans sa dernière partie, Bernie n'est pas sans rappeler un mélange particulier entre Pierrot le Fou et Bonnie And Clyde. Un ton volontairement anarchiste en émerge comme dans cette réplique devenue culte "C'est la société qu'est bien foutue. Ils mettent des uniformes aux connards pour qu'on puisse les reconnaître".

Dupontel, outre son humour particulier, radicalise encore le film en incorporant une violence frontale inattendue. Si l'on excepte la critique acide de la société dont j'ai parlé plus haut, on pourra assister à plusieurs tabassages dans les règles de l'art, un homme en chaise roulante percuté de plein fouet par une voiture ou encore à un coup de fusil à pompe à bout portant en pleine tête. Encore ici, le réalisateur parvient à procurer une dimension comique à cette violence. Bon ça fera mouche chez certains qui hurleront de rire ou ça sera de mauvais goût pour d'autres. Vous pouvez aussi ajouter quelques séquences explicites de prise d'héroïne en intra-veineuse et après avoir mixé le tout, vous obtenez une sympathique interdiction aux moins de 12 ans qui n'est pas usurpée mais qui parvient à être atténuée avec le 36ème degré dont jouit l'oeuvre. Ca permet aussi de combattre un hypothétique manque de gnac qui aurait pu s'installer si on en serait resté aux simples gags. On a donc en prime un film globalement prenant mais qui plaira comme il pourra exténuer. C'est à double tranchant.

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Au niveau esthétique, on ira à l'essentiel. C'est laid, vraiment laid. La faute revient bien évidemment au fait de représenter un univers où aucun personnage n'est à sauver donc inutile de rechercher un semblant de lueur d'espoir ou de beauté dans ce récit. Cependant, ça s'est déjà vu des films où, malgré tout, le réalisateur parvenait à installer une classe et un charme particulier à des décors moches. Hors ici, ça reste terne dans le mauvais sens du terme. On a bien sûr pas mal de beaux plans mais il y a beaucoup de plans moins ravissants, surtout ces nombreux gros plans sur le visage des personnages. La bande sonore est assez terne elle aussi. Le casting, là est de grande qualité entre un Albert Dupontel complètement déjanté dans le rôle de Bernie Noël. On aura aussi la sympathique Claude Perron dans le rôle de cette crapule avide d'argent du nom de Marion. Roland Blanche est jouissif dans le rôle du père psychopathe, tout comme Hélène Vincent, dans le rôle de la mère. Tous sont pleinement investis dans la peau de leurs personnages.

En conclusion, Bernie est une réussite plus ou moins globale qui peut s'enorgueillir d'apporter un souffle d'air frais dans le paysage de la comédie française fort cloisonné. Dupontel nous livre un film atypique où, à la comédie grossière et politiquement incorrecte, s'additionne une féroce critique du traitement des marginaux reclus à l'extérieur de la belle ville et parqués dans des HLM ou sous un pont. L'idée est intelligente mais est à double tranchant et il n'est pas étonnant de tomber sur des spectateurs sceptiques du traitement proposé. Pourtant, il ne fait aucun doute que Bernie a une réelle puissance en lui et si on peut lui reprocher un visuel moche, une fin assez ratée et une débilité qui ne fait pas tout le temps mouche, on reste quand même charmé  devant cette comédie outrancière. Une comédie jubilatoire sur un fond moche. Des acteurs proprement dégueulasses mais attachants. C'est ça qui fait la force de Bernie.

 

Note : 14,5/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

Don't Breathe - La Maison des Ténèbres (Dieu n'existe pas)

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Genre : thriller, horreur (interdit aux - 16 ans)
Année : 2016

Durée : 1h28

Synopsis : Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup. Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient.   

La critique :

Le home invasion ou un genre qui va connaître son apogée au début des années 1970 avec La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972), un film qui mélange savamment huis clos oppressant et rape and revenge, un autre registre horrifique en vogue à la même époque. Bientôt, ce sont d'autres classiques qui pullulent dans les salles obscures ou par l'intermédiaire de la vidéo. Au hasard, comment ne pas citer Mother's Day (Charles Kaufman, 1980), Black Christmas (Bob Clark, 1974), le trop méconnu Le Sous-Sol de la Peur (Wes Craven, 1991), La Maison au fond du Parc (Ruggero Deodato, 1980), Funny Games (Michael Haneke, 1998), ou encore Kidnappés (Miguel Angel Vivas, 2010) ?
Si le home invasion peut se targuer de nombreux classiques, ce sous-genre horrifique et mâtiné de thriller se révèle néanmoins erratique et redondant.

Les récents You're Next (Adam Wingard, 2012) et Intruders (Adam Schindler, 2015) ont laissé un arrière-goût d'amertume et de désappointement. Que soit. Fede Alvarez est prêt à relever le défi avec Don't Breathe - La Maison des Ténèbres, réalisé en 2016. En l'occurrence, le cinéaste uruguayen s'est essentiellement illustré dans les courts-métrages par l'intermédiaire du site YouTube. Le metteur en scène est alors repéré par Sam Raimi qui le somme de réaliser le remake homonyme de Evil Dead en 2013. Pour son tout premier long-métrage, Fede Alvarez doit réitérer la performance de Sam Raimi en son temps et s'attaque à un vrai classique du cinéma gore et horrifique.
Hélas, le cinéaste uruguayen ne réédite pas l'exploit ni les fantasmagories funestes de son auguste épigone.

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A contrario, Fede Alvarez ne démérite pas derrière la caméra. Mais les principales diatribes tancent et admonestent une pellicule qu'elles jugent trop violente et érubescente. Qu'à cela ne tienne. Fede Alvarez s'attelle à un nouveau projet. Son titre ? Don't Breathe - La Maison des Ténèbres. Avec ce second long-métrage, le réalisateur a bien l'intention de démentir les critiques et de signer un pur film de tension, dans la grande tradition du home invasion.
De surcroît, Fede Alvarez peut toujours compter sur le soutien indéfectible de Sam Raimi, producteur du film. Au moment de sa sortie, Don't Breathe écope carrément d'une interdiction aux moins de 16 ans et est donc répertorié parmi les longs-métrages horrifiques. Pourtant, sur la forme, Don't Breathe ne s'apparente pas vraiment à un film d'épouvante, mais plutôt à un thriller qui n'est pas sans rappeler, par certaines accointances, le concept de Panic Room (David Fincher, 2002).

Rapidement, Don't Breathe se distingue dans divers festivals et ne tarde pas à s'auréoler d'une sulfureuse réputation sur la Toile et les réseaux sociaux. Certains fans évoquent même un film culte en devenir. Reste à savoir si Don't Breathe mérite un tel panégyrisme. Réponse dans les lignes à venir... La distribution du long-métrage réunit Stephen Lang, Jane Levy, Dylan Minnette, Daniel Zovatto et Franciska Töröcsik. Attention, SPOILERS ! Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout.
Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup.

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Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient. On comprend mieux pourquoi Sam Raimi est aussi dithyrambique à l'égard de Fede Alvarez, à tel point que le réalisateur et le producteur, par ailleurs transformé en mentor, ne lâche plus son jeune élève et semble diriger ses pas, encore tremblotants, dans le cinéma horrifique. Avec Don't Breathe - La Maison des Ténèbres, c'est un nouvel exercice de style que Sam Raimi propose et impose à Fede Alvarez, un huis clos horrifique qui repose sur une étrange dichotomie.
En outre, les deux cinéastes avisés ne s'embarrassent pas avec une introduction trop longue ni des présentations trop abstraites. Ainsi, les principaux personnages, au nombre de quatre, sont prestement évincés au profit d'un enfermement dans les méandres des ténèbres.

Rocky et ses compagnons d'infortune ne sont que de petits larrons qui multiplient cependant les déprédations. 
Leur prochaine cible ? La demeure d'un vieil homme aveugle. A priori, cette prochaine mission s'avère particulièrement aisée en raison de la même cécité de l'homme qui vit dans de longs couloirs obombrés. Mais Fede Alvarez referme subrepticement la trappe sur ses divers protagonistes. Contre toute attente, l'homme malvoyant se montre d'une redoutable célérité, massacrant l'un des amis de Rocky avec une incroyable dextérité.
Et Don't Breathe repose, derechef, sur ce formidable antagonisme. 
Ce sont ceux qui voient qui sont condamnés à exhaler leur dernier soupir dans une maison transmutée en antre de l'horreur. A contrario, c'est le malvoyant qui maîtrise au mieux cet espace semé d'embûches. 

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Surtout, l'habitat révèle peu à peu ses nombreuses anfractuosités. Ainsi, la tension monte crescendo et Fede Alvarez s'ébaudit de ses protagonistes et des situations anxiogènes qu'il leur tend au fur et à mesure de leur progression dans la maisonnée. De surcroît, le cinéaste tient un vrai sociopathe, celui qui assaille et ne fait pas de prisonnier. Ou alors c'est pour mieux les étriper. "Dieu n'existe pas !" s'écrie le psychopathe amblyope. En résulte un thriller et un huis clos horrifique réalisé avec beaucoup d'acuité, c'est le cas de le dire, tant les différents sens sont mis à rude épreuve.
Certes, Fede Alvarez exploite son concept à satiété et brosse le portrait de personnages crédibles. Néanmoins, en dépit de sa malice, le paradigme en lui-même fait montre parfois de frilosité. Par exemple, était-il absolument nécessaire de dévier, voire même de dériver, vers le torture porn et le quasi found footage dans la seconde partie ? Par instances, Fede Alvarez retrouve les vieux réflexes de naguère et de son remake d'Evil Dead. On aurait apprécié, dès le départ, que le metteur en scène opte directement pour le film gore, et non pas de faire autant la fine bouche dans une première partie en forme de cache-cache, et par ailleurs trop longuette. Si Don't Breathe ne révolutionnera pas le home invasion, il se situe toutefois au-dessus de la moyenne habituelle et se montre bien plus probant que le décevant You're Next.

Note : 13/20

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17 septembre 2017

Les Nuits de Chicago (Et le film de gangster fut créé)

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Genre : Policier

Année : 1927

Durée : 1h21

 

Synopsis :

Bull Weed, un des chefs de la pègre à Chicago, a pris sous sa protection un ancien avocat ruiné par l'alcool, véritable épave surnommée Rolls Royce. Celui-ci est amoureux de Lucy, la compagne de Bull.

 

La critique :

Certes, le cinéma muet n'a jamais été l'un des genres de prédilection de Cinéma Choc. A cette époque, nous évoluions dans des films sages où la transgression et le subversif étaient la plupart du temps soit dérisoires, soit proprement inexistants. Alors que l'expressionnisme allemand vit son lot de films glauques représentés par le parangon du nom de Le Cabinet du Docteur Caligari (chroniqué sur le blog pour les intéressés), le cinéma américain demeurait, si je puis dire, plus terre-à-terre. Les romances fleurissaient ainsi que diverses épopées dont on songe directement aux controversés longs-métrages de Griffith taxés d'ouvertement racistes (Naissance d'une Nation et Intolérance bien évidemment).
Pourtant, en l'an de grâce 1927, un long-métrage vit le jour. Un long-métrage du nom de Les Nuits de Chicago (Underworld dans sa version originale). A la lecture du synopsis, rien qui ne vaille un intérêt notoire de passionner les foules. Néanmoins, si ce film fait l'objet d'une chronique, c'est bien parce qu'il est considéré selon les spécialistes comme le point de départ du film de gangster et peut-être même du film noir.

Vous l'avez compris, on tient là une oeuvre importante du cinéma qui est quelque peu retombée dans l'oubli alors que ses apports furent inestimables pour tous les films qui en découlèrent dont le Scarface de 1932. Le réalisateur derrière ce projet est Josef Von Sternberg, réalisateur important du vieux cinéma qui est malheureusement lui aussi un peu retombé dans l'oubli, et qui accoucha d'oeuvres notoires. On lui devra, outre L'Ange Bleu considéré comme son chef d'oeuvre absolu, le passionnant The Shanghaï Gesture, Blonde Venus ou encore Crime et Châtiment dont je ne garde par contre pas grand souvenir. Soit, on se retrouve ici en présence du tout premier film du réalisateur chroniqué sur le blog. Est-ce que, avec presque 90 ans au compteur, Les Nuits de Chicago peut toujours s'enorgueillir de sa réputation ? Réponse dans la critique.

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ATTENTION SPOILERS : A Chicago, le mafieux Bull Weed prend sous sa protection son ex-avocat, ruiné et alcoolique. Celui-ci, surnommé Rolls Royce, tombe amoureux de Feathers, la petite amie du criminel. Outre la menace de perdre Feathers, qui ne l'a jamais aimé, Weed doit également défendre son territoire et ses affaires contre les visées de Buck Mulligan, son grand rival. Ce gangster brutal et ambitieux n'hésite pas à déclencher une guerre sanglante entre gangs.

Je ne vais pas vous mentir en disant qu'il est toujours gratifiant de visionner une oeuvre emblématique du cinéma. Il est d'ailleurs encore plus gratifiant de visionner une oeuvre qui posa les bases d'un style entier qui accoucha par la suite de nombreux classiques du cinéma. Regarder Les Nuits de Chicago, c'est faire un bond dans le temps et être aux premières loges d'un enrichissement notoire du septième art. Von Sternberg met donc en scène un rejeté de la société ruiné et alcoolique qui aura la chance de croiser sur son chemin un ponte de la mafia locale en la personne de Bull Weed.
Ce chef de gang est loin de la racaille de service mal élevée et est représentée comme un homme élégant, exubérant avec, à ses côtés, un homme de main, la version gentille de Goebbels, et de l'autre une "poule" qui n'est avec lui que pour la protection et l'argent. Un soir, dans une petite guinguette, une rixe éclate car notre avocat ruiné refusa de s'humilier à ramasser un billet que jeta par terre Buck Mulligan. Celui-ci apparaît comme une brute épaisse, impulsive et l'incarnation même de la violence bestiale. Vous pouvez dès lors observer ici ces caractéristiques flagrantes et propres aux futurs films de gangster, Scarface de 1932 en tête pour me répéter.

Après avoir été pris sous la protection de Weed, l'avocat, surnommé Rolls Royce, tombe amoureux de Feathers, la petite amie de Weed et si celle-ci, dans un premier temps, ne fait guère attention à lui, elle finira par s'y intéresser. Une relation amoureuse et passionnelle entre le héros de l'histoire et la copine du gangster prend forme. Un point que nous retrouverons encore dans le futur du genre. Weed va, alors, se retrouver face à deux fronts. D'un côté, la peur de perdre Feathers dont il se rend compte qu'elle est tombée amoureuse de Rolls Royce et de l'autre la menace de Mulligan bien décidé à se venger de l'humiliation qu'il a subi dans le bar. Malgré ce récit pour le moins banal, il faut bien réaliser qu'à sa sortie, il s'agissait là d'une véritable innovation. Visionner Les Nuits de Chicago, c'est devoir être indulgent et regarder avec un oeil de fin des années 20 ce récit dont les caractéristiques furent pompées et repompées, en bien mais malheureusement aussi en mal par moment.

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En cela, il est dommage de voir que Les Nuits de Chicago pourrait sembler dérisoire aujourd'hui tant nous sommes habitués à ce type de poncifs. A côté, Von Sternberg accumule de nombreux lieux qui seront eux aussi présents dans les futurs films de gangster à venir tels que le bar, comme j'ai dit, mais aussi la fête de bal, la planque cachée derrière une bibliothèque (un cliché aujourd'hui mais pas en 1927) et sans oublier la prison. Si l'on se base d'un point de vue scénaristique, il n'y a pas ou peu de rebondissement. L'intrigue suit un cheminement classique et carré qui jonglera à la fois entre l'histoire d'amour naissante et la confrontation de deux gangsters. Pourtant, Von Sternberg n'arrive pas à rendre plat son histoire et suscite notre intérêt sur la durée tout en nous rinçant les yeux avec sa très belle photographie habituelle en noir et blanc. On pensera aux superbes plans chez le fleuriste n'étant autre que Buck Mulligan.
Un joli paradoxe entre la personnalité brutale et le métier, c'est le moins qu'on puisse dire, à fleur de peau qui fonctionne bien. On pensera aussi au bal des gangsters avec cet enchevêtrement de serpentins, alors que bon nombre sont au pays des fées après avoir fini leur verre de trop.

L'image est exemplaire et confirme bien le talent du réalisateur pour nous servir de belles scènes. Même la prison, froide et austère, bénéficiera de très beaux plans. Les amoureux de photographie seront comblés et ceci additionné à une bande sonore de qualité, font que Les Nuits de Chicago est exemplaire en terme esthétique. Ceci renforcera cet intérêt, à défaut d'une intensité agrippant le spectateur par la gorge, sur la durée démocratique de 81 minutes. Aucun allongement inutile n'est de mise. C'est du bon boulot. En ce qui concerne le jeu d'acteur, on retrouve au casting George Bancroft, Brent Evelyn, Brook Clive, Kohler Fred ou encore Semon Larry. A ce niveau, on pourra râler sur l'exagération du jeu d'acteur des deux gangsters majeurs, donc Bancroft dans le rôle de Bull Weed et Fred dans le rôle de Buck Mulligan. Leurs expressions faciales de rire ou de colère sont parfois trop forcées et peuvent vite agacer. Certes, le film muet a un style théâtral mais quand c'est trop, c'est trop.
On pourra aussi râler sur la prestation parfois fort monolithique de Clive dans le rôle de Rolls Royce. On sera par contre séduit par le charme de Brent Evelyn incarnant Feathers et qui est une démonstration de plus de toute la classe des actrices de l'époque. Ceci dit, on n'atteint pas la quasi perfection de The Shanghaï Gesture dans la beauté des actrices principales.

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En conclusion, Les Nuits de Chicago est un témoignage très intéressant d'une époque où les gangsters raffinés mais cruels arpentaient les rues. Si, avec le recul de notre époque, le long-métrage peut sembler un peu désuet, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un film majeur du septième art qui mériterait d'être redécouvert, compte tenu de sa confidentialité dans laquelle il a sombré depuis un moment. Si l'on pourrait pester envers un récit pas spécialement captivant, il s'agit, et je le dis et le répète, de se remettre dans le contexte de l'époque. Seul le jeu d'acteur pas spécialement au top peut être à reprocher. En dehors de cela, la superbe photographie et le charme type des années 20 sont aux abonnés présent et font de Les Nuits de Chicago, un film de grande qualité dont on remercie Von Sternberg d'avoir été le précurseur du film noir. Maintenant, aux intéressés inconditionnels du support physique, je vous souhaite bonne chance pour trouver un DVD ou même une simple VHS.

 

Note : 15/20

 

orange-mecanique   Taratata

Saint-Tropez Interdit (Do you, do you Saint-Tropez)

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Genre : documentaire, shockumentary, Mondo (interdit aux - 16 ans)
Année : 1985

Durée : 1h11

Synopsis : Saint-Tropez, lieu paradisiaque, mais aussi symbole de débauches, de péchés et de vices. Saint-Tropez, temple des partouzes, des fêtes, des orgies et de la drogue. Dans cet endroit de rêve, il n'y a plus de frontière entre le bien, le mal, le vice et la vertu.  

La critique :

Le "Mondo", un genre cinématographique qui connaît sa quintessence dès 1962 avec le bien nommé Mondo Cane, réalisé par Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Paolo Cavara. Le principe est à la fois basique et laconique. Sous couvert d'un documentaire, le long-métrage filme les us et les coutumes à travers le monde entier, en passant par les peuplades tribales et cannibales, ou encore par notre société consumériste et contemporaine, via notamment les Etats-Unis.
Le film regorge d'anecdotes tantôt choquantes, tantôt morbides, tantôt truculentes. Or, tout est faux, tout est factice. Les nombreuses saynètes, qu'elles soient pittoresques ou rutilantes, ne sont que des simulacres. Les protagonistes ne sont que de vulgaires quidams, donc des acteurs amateurs. C'est donc fort logiquement que Mondo Cane suscite les anathèmes et les quolibets lors de sa présentation en compétition au Festival de Cannes en 1962.

Opportunistes, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi rempilent avec Mondo Cane 2 en 1963. Peu ou prou de surprises au programme puisque ce nouveau "documenteur" est principalement composé de chutes qui n'ont pas été retenues pour le premier chapitre. Mais Jacopetti et Prosperi s'ingénient et signent plusieurs shockumentaries outranciers, notamment Africa Addio (1966) et Les Négriers (1971). Mondo Cane engendre alors de nombreux épigones, entre autres Shocking Asia (Rolf Olsen, 1974), L'Amérique Interdite (Romano Vanderbes, 1977), Face à la Mort (John Alan Schwartz, 1978), ou encore Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980).
Tous ces documentaires virulents et érubescents, par ailleurs souvent interdits aux moins de 18 ans, flattent notre voyeurisme et ne sont que les oripeaux d'une société de plus en plus égotiste.

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Evidemment, cette mode du shockumentary inspire le cinéma français et notamment José Bénazéraf avec Saint-Tropez Interdit, réalisé en 1985. Certes, le nom de ce cinéaste ne risque pas de vous évoquer grand-chose. Pourtant, le réalisateur possède une filmographie foisonnante et exhaustive. On lui doit de nombreuses productions racoleuses, souvent à tonalité érotique voire pornographique, entre autres Séquences Interdites (1975), Le Majordome est bien monté (1983), La Corrida Charnelle (1983), La Veuve Lubrique 2 (1984), ou encore L'Amant de Lady Winter (1983).
Nous ne sommes donc pas surpris de retrouver José Bénazéraf derrière Saint-Tropez Interdit, un film érotique déguisé en shockumentary, et réalisé avec la collaboration et la complicité de Georges Cachoux.

Le speech - ou plutôt le prétexte - est donc le suivant. Attention, SPOILERS ! Saint-Tropez, lieu paradisiaque, mais aussi symbole de débauches, de péchés et de vices. Saint-Tropez, temple des partouzes, des fêtes, des orgies et de la drogue. Dans cet endroit de rêve, il n'y a plus de frontière entre le bien, le mal, le vice et la vertu. Pour mémoire, L'Amérique Interdite nous montrait sournoisement une Amérique sous le joug de psychopathes un peu trop téméraires, qui tentent de calmer leurs satyriasis la nuit. Déjà, dans Mondo Cane, Chinois et Africains passaient pour des peuples barbares, obscènes et primitifs. Le "Mondo" s'est toujours peu ou prou auréolé de xénophobie, ainsi que de poncifs et de stéréotypes.
Vous pouvez donc oublier et phagocyter la ville de Saint-Tropez sous l'égide de l'adjudant Cruchot et de ses gendarmes d'infortune. 

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Saint-Tropez reste avant tout une ville de bacchanales, de sexe, de drogue, de flics corrompus et de prostitution. Tel est l'apanage de Saint-Tropez Interdit !  Et José Bénazéraf ne nous refuse aucune excentricité et ce... Pour notre plus grand BONHEUR ! José Bénazéraf et Georges Cachoux opacifient leur propos via de longues homélies sur la mythologie grecque. Ainsi, culturellement, la ville de Saint-Tropez serait intrinsèquement reliée aux rituels de nos chers Athéniens.
Souvenez-vous... C'était jadis lorsque les hommes concupiscents cherchaient à copuler et à participer à des agapes et à des priapées. Parallèlement, José Bénazéraf nous sert d'interminables emphases sur l'évolution et la logique darwinienne, ainsi que de grands discours philosophiques sur les mucosités pulbo-palpables. Non, vous ne fabulez pas...

Tel est le propos proféré par Saint-Tropez Interdit. Et ce "documenteur" n'a pas à rougir de la comparaison avec les pires comédies franchouillardes des années 1980. Ce shockumentary érotique oscille sans cesse entre les pires moments de On se calme et on boit frais à Saint-Tropez (Max Pécas, 1987) et les rodomontades de Mon curé chez les Thaïlandaises (Robert Thomas, 1983). Vous l'avez donc compris. Saint-Tropez Interdit est donc d'une bêtise insondable et permanente.
C'est très simple. A chaque fois qu'une "actrice" - c'est un bien grand mot - apparaît à l'écran, c'est pour mieux se dévêtir et arborer ses imposantes protubérances. Ainsi, chaque minute du film est émaillée par de belles mijaurées largement défrusquées, qui s'adonnent à de longues séances de saphisme et de sadomasochisme.

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A cela, s'ajoutent des vues panoramiques - toujours les mêmes - qui parsèment régulièrement ce "documenteur". Hélas, Saint-Tropez Interdit est sans cesse filmé et monté comme une vulgaire pellicule amateur. Donc rien de bien choquant dans ce shockumentary, si ce n'est un anulingus furtif, ainsi que des femmes sauvageonnes plus ou moins grimées en panthères. Car oui, Saint-Tropez Interdit est aussi profondément misogyne. Au mieux, les femmes passent ici pour des esgourdes peu farouches. Au pis, ce sont des actrices pornographiques habilement dévoyées par de vils proxénètes. Les flics, et c'est bien connu, ferment les yeux sur les trafics de stupéfiants.
Pis, la police de Saint-Tropez serait même le principal fournisseur de came ! Les gendarmes Cruchot et Gerber sont donc priés de réviser leur copie ! Saint-Tropez n'est donc pas seulement victime du naturisme mais d'une sexualité débridée que José Bénazéraf nous expose avec beaucoup d'outrecuidance. 
Bref, nous voici devant un OFNI (objet filmique non identifié) qui dépasse toutes les espérances en termes de nanardise et d'immondice. Vous voilà prévenus !

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver