Cinéma Choc

23 janvier 2018

Daddy's Little Girl - 2012 (Les 6 jours du Talion)

daddy's little girl 2012

Genre : horreur, gore, trash, drame (interdit aux - 16 ans)
Année : 2012
Durée : 1h47

Synopsis : Suite au meurtre de sa fille, dont le corps a été découvert sur une plage par la police, un père fou de douleur et assoiffé de vengeance décide de faire payer le prix fort au coupable, même si celui-ci fait éventuellement partie de sa propre famille. Pour ce faire, il se plonge dans des ouvrages consacrés à l'histoire de la torture et aménage sa cave dans le but de faire connaître à l'assassin de sa fille les pires souffrances... 

La critique :

Difficile de trouver des informations, même élusives, sur le réalisateur américain Chris Sun, si ce n'est que ce dernier est déjà l'auteur de trois longs-métrages horrifiques. A fortiori, Daddy's Little Girl, sorti en 2012, constituerait sa toute première réalisation. Viennent également s'agréger Charlie's Farm (2014) et dernièrement Boar (2017). Aujourd'hui, c'est le cas de Daddy's Little Girl qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes. Merci de ne pas confondre cette pellicule trash et horrifique avec le film quasi éponyme (Daddy's Little Girls), sorti en 2006 et réalisé par les soins de Tyler Perry.
Dans le dernier cas, il s'agit d'une comédie romantique, sirupeuse et sentimentale. A travers Daddy's Little Girl, soit le film qui nous intéresse aujourd'hui, Chris Sun s'attelle à une thématique à la fois douloureuse et spinescente puisqu'il est question ici du kidnapping, puis du meurtre d'une fillette de six ans.

Par le passé, d'autres productions tendancieuses ont abordé ce sujet térébrant. C'est par exemple le cas de Hard Candy (David Slade, 2006), Silenced (Hwang Dong-Hyuk, 2011), Megan is missing (Michael Goi, 2011), Festen (Thomas Vinterberg, 1998), Mysterious Skin (Gregg Araki, 2004), ou encore de Les Sept Jours du Talion (Podz, 2010). Bref, autant de pellicules qui ont marqué durablement les persistances rétiniennes. En l'occurrence, Daddy's Little Girl fait office de production absconse et quasi anonyme parmi ce panthéon de références.
Seule exception notable : le film semble avoir tourmenté certains thuriféraires du cinéma gore et horrifique. Pour certains adulateurs, Daddy's Little Girl supplanterait allègrement A Serbian Film (Srdjan Spasojevic, 2010) pour sa violence et son uppercut rédhibitoire. 

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Or, les deux films sont incomparables. Pendant que l'un traite d'un sujet tabou et difficile, l'autre se focalise sur l'état de déliquescence d'une nation (la Serbie) via la pornographie clandestine. Reste à savoir si Daddy's Little Girl est bien et bien le choc décrié par les adulateurs du cinéma trash. Réponse à venir dans la chronique... En l'occurrence, on ne relève aucun acteur notoire ni notable parmi le casting, à moins que vous connaissiez les noms de Mirko Grillini, Michael Tompson, Allira Jacques, Holly Phillips, Rebecca Plint, Brooke Chamberlain et Christian Radford ; mais j'en doute...
Attention, SPOILERS ! Suite au meurtre de sa fille, dont le corps a été découvert sur une plage par la police, un père fou de douleur et assoiffé de vengeance décide de faire payer le prix fort au coupable, même si celui-ci fait éventuellement partie de sa propre famille.

Pour ce faire, il se plonge dans des ouvrages consacrés à l'histoire de la torture et aménage sa cave dans le but de faire connaître à l'assassin de sa fille les pires souffrances... A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas songer au film Les Sept Jours du Talion (précédemment mentionné dans nos lignes), qui était déjà lui-même l'adaptation d'un roman homonyme de Patrick Sénécal. En l'état, Daddy's Little Girl se distingue par sa duplicité et son côté hébéphrénique.
Ainsi, le film de Chris Sun se divise en deux parties bien distinctes. La première section, d'une durée d'une heure environ, se polarise sur le drame. L'histoire se focalise alors sur un père de famille, Tony, et sa fillette de six ans, Georgia. Ensemble, les deux acolytes coulent des jours paisibles. 
Seul petit bémol, Tony entretient des relations tumultueuses avec Stacey, son ex-femme. 

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La garde de Georgia est sujette à de nombreuses controverses. La mère débonnaire refuse catégoriquement de réparer la fenêtre de chambre défectueuse de sa fille. Un menu détail qui va néanmoins prendre une importance primordiale par la suite... Et pour cause... Puisqu'un soir, Georgia disparaît sans laisser de traces. Une fugue ? Impossible. Ce n'est pas le tempérament de Georgia qui apparaît comme une fillette sage, courtoise et disciplinée. Visiblement, le ravisseur est passé par la fenêtre compromise. Tony et Stacey sont en état d'alerte. Puis, après plusieurs heures de recherches et d'investigations, Georgia est finalement retrouvée par la police.
Extatique, Tony accourt vers la plage mais découvre déjà les agents de sécurité sur les lieux. Le corps de Georgia gît dans le sable.

Les cris d'orfraie et les stridulations du patriarche se font entendre. La dernière absoute de la fillette est recueillie dans une église endeuillée. Tony et son ex-femme sont inconsolables. Fin de la première partie. Vous l'avez donc compris. La première section de Daddy's Little Girl fonctionne à la fois comme un drame infantile et une enquête policière. De facture classique mais studieuse, ce premier segment est parfois un peu trop longuet. Rien de grave nonobstant.
Place à la seconde partie du film. Cette fois-ci, place aux inimitiés ! Chris Sun délaisse donc ce ton tragique pour se centrer sur le processus de deuil. Après six mois de neurasthénie mentale, Tony tente laborieusement de retrouver une once de béatitude. Une chimère. Mais le hasard va bouleverser son existence.

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Alors qu'il se rend à une soirée chez son frangin (Derek), il découvre dans la maisonnée de ce dernier un journal intime. A la lecture des premières lignes, il comprend que Derek est un serial killer. Pire, c'est un pédophile qui a déjà occis plusieurs enfants par le passé. Alors que l'enquête policière se poursuit, Tony, fou de rage, kidnappe son propre frère. Ce dernier se retrouve alors dare-dare sur une table d'opération chirurgicale et à fond de cave.
Depuis plusieurs semaines, Tony a préparé et médité sa vengeance. L'homme atrabilaire a pris ses renseignements sur Internet et en particulier sur les tortures pratiquées au moment de l'Inquisition. A partir de là, bienvenue en enfer ! La seconde partie de Daddy's Little Girl s'apparente donc à un torture porn, néanmoins très éloigné de Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006).

En outre, le film se rapprocherait davantage des joyeusetés perpétrées par Stephen Biro dans American Guinea Pig : Bouquet of Guts and Gore (2014). Au programme des tristes réjouissances, on stipulera un crâne clouté par un étrange appareillage, des doigts sectionnés, un genou atrophié, des mains écrasées à coup de massue, ou encore une sodomie pratiquée à grand coup de barbelés ! C'est d'ailleurs ce qui étonne (détonne...) dans Daddy's Little Girl, à savoir cette immense césure entre la sobriété de la première partie et la virulence assénée lors la seconde partie.
Un antagonisme totalement assumé par Chris Sun. Ainsi, les séances de torture vont s'étaler sur six longues journées. A chaque nouveau jour, une révélation. A chaque nouvelle transgression, une humiliation. A chaque nouvel aveu, une punition corporelle. 

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En filigrane, se pose la question de la justice qui doit être appliquée envers les pédophiles. Faut-il les incarcérer avec le risque qu'ils réitèrent leurs ignominies ? Faut-il les punir et les supplicier pour mettre en exergue leurs pulsions sadiques et obsessionnelles ? Faut-il les condamner à la peine de mort ? Quelle justice appliquerions-nous à ce genre de personnalité sociopathique ? Ou encore faut-il s'interroger sur notre société et sur la place accordée à notre progéniture ?
Autant de questions qui tarabustent tout au long de cette oeuvre à la fois scabreuse, choquante et répugnante. Daddy's Little Girl ne manquera pas donc de diviser suscitant, de facto, la polémique et la controverse. 
Etonnant que le film n'ait pas connu le même sort que A Serbian Film, ainsi que d'autres pellicules inconvenantes.

A contrario, Daddy's Little Girl n'est pas exempt de tout reproche. Par exemple, on notera, ici et là, quelques ellipses et incohérences. Par exemple, on pourra s'étonner qu'un criminel pédophile puisse laisser son journal intime quasiment à portée de main du père de la victime (qui plus est, son propre frère). Même remarque concernant d'autres menus détails. De surcroît, on aurait apprécié que Chris Sun étaye davantage sa pellicule d'introspections et de réflexions personnelles.
Sur ce dernier point, le cinéaste se montre plutôt pingre et se contente de déverser complaisamment dans le torture porn (surtout dans la seconde partie). 
Mais ne soyons pas trop sévère. Daddy's Little Girl n'a pas à rougir de la comparaison avec Les Sept Jours du Talion et ses nombreux avatars. Bref, plutôt une bonne surprise, surtout pour ce film sorti de nulle part.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver


22 janvier 2018

Aka Ana (Portrait de femmes tourmentées, portrait de la féminité)

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Genre : Documentaire, Expérimental, Drame (interdit aux - 18 ans)

Année : 2010

Durée : 60 min

 

Synopsis : Sous forme de journal intime, Aka Ana suit 120 errances nocturnes de A. au Japon. Accompagnées d'extraits littéraires constituant l'architecture narrative et émotionnelle au film, ces multiples séquences dévoilent l'intimité des femmes, leur sexualité. Femmes violées, prostituées ou stripteaseuses, elles se confient et présentent leurs pratiques sexuelles ou leurs fantasmes. 

La critique : 

Aka Ana est le premier film (long-métrage) du photographe Antoine d'Agata, filmé au japon en 2006. Antoine d'Agata est avant tout un photographe Français, qui a étudié la photographie à New York à l'International Center of Photography, où il aurait suivi les cours de Larry Clark et Nan Goldin. À partir de l'âge de 17 ans, il s'intéresse aux mouvements punks et anarchistes Marseillais. Peu de temps après, il commence à fréquenter des bordels et à se droguer régulièrement. En 1981, il perd l'usage de son oeil gauche après avoir reçu une grenade lacrymogène de la Police, lors d'une altercation avec des membres néofascistes du Parti des forces nouvelles.

 

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Aka Ana est un documentaire expérimental qui dresse le portrait de femmes, que le réalisateur aurait rencontrées lors de son voyage au Japon, dans des milieux assez défavorisés, où se mêlent drogue et prostitution. Le mode opératoire de l'artiste résiderait dans le hasard de ses rencontres. Il ne définit presque jamais à l'avance l'objet de ce qu'il va photographier. 

Le film s'ouvre sur un couple qui danse. Le mouvement de l'image est saccadé et le couple n'est qu'une ombre en contre-jour de la lumière (artificielle) qui rend visible le décor, simple, l'extérieur d'un hôtel en mauvais état. Rien qu'avec ce premier plan, le spectateur peut ressentir l'atmosphère du film qu'il va découvrir, une atmosphère à la poésie mélancolique et à l'esthétique expérimentale. Ce premier plan illustre  tout autant les thèmes chers à l'univers de l'artiste, la nuit, l'errance, les corps, les rapports des êtres humains entre eux, les milieux défavorisés... Par la suite, les mouvements de corps : l'ondulation des corps féminins dans une atmosphère sexuelle, le corps de l'animal en déplacement (un chien qui s'enfuit), celui d'Antoine d'Agata qui se drogue. 

 

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Par-dessus ces images, se juxtaposent des voix off sur les questionnements et les affirmations que veulent faire entendre les personnages. Puis, vient le carton qui annonce le titre, nous voilà, spectateur(s), plongé(s) dans l'univers de l'artiste. 

Après cela, s'ensuit la présentation des femmes dont le portrait sera fait plus tard dans le film. Il est dit à leur sujet qu'elles sont : "Quelques filles pour qui le sexe est une arme, dont elles se servent pour tuer l'homme." Ensuite, la caméra filme leurs visages, alors que la voix off précise au cas par cas, leurs histoires, en tenant sur une phrase de présentation. Le reste du film se focalisera sur ses femmes de la nuit, montrant leurs activités professionnelles, exposant leurs corps et ce qu'elles en font, alors que parallèlement, l'espace sonore sera occupé par leurs narrations, dans laquelle elles exposeront leurs âmes, dévoilant les pensées qui occupent leurs esprits. 

L'image, le long du film, ne s'embarrasse pas de cacher quoi que ce soit aux spectateurs, nous pouvons voir ce qu'une personne présente dans ces lieux de perdition pourrait voir. Des femmes nues, des rapports sexuels explicitement cadrés, l'usage de la drogue, la meurtrissure de leurs corps, le paysage dévasté, nous sommes placés face aux conditions réelles de notre monde, où le politiquement correct n'existe pas et la réalité de la misère que porte notre monde est présente. C'est quelque chose qu'il faut savoir accepter, lorsque l'on s'apprête à voir une oeuvre d'Agata. Mais si le film n'était qu'un étalage complaisant de passages voyeuristes il n'aurait aucun intérêt, ici, l'image porte déjà un intérêt car les cadrages et les effets sont soigneusement effectués, ce qui livre un aspect expérimental à cette oeuvre qui ne sombre jamais dans le vulgaire visuellement, même si elle peut nous montrer des choses très crues.
Mais en contraste avec la dureté des images qui, par ce qu'elles dépeignent, restent quand même assez lugubres, se trouve une réelle beauté, celle des paroles qui sont narrées par-dessus ce que l'on voit. Une réelle poésie s'échappe du témoignage que nous apportent ces femmes, leurs visions d'elles-mêmes, des autres, des hommes, de la violence, de leurs environnements, ce qu'elles ont à dire sur l'existence et la vie, cela est mis en forme dans des phrases à la structure profondément poétique, ce qui donne un aspect de pure beauté à l'oeuvre. 

 

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Les philosophies du film reposent sur les témoignages des femmes dont le portrait est dépeint, elles confient leurs culpabilités, leurs fantasmes et décrivent leurs visions de la féminité et de la masculinité. Elles peuvent aussi évoquer la mort et parlent de la manière dont le désir sexuel cache un désir de mort chez l'homme. Quel que soit le sujet qu'elles abordent, nous retrouvons toujours l'idée de tourment. Elles ne semblent pas heureuses et sont tourmentées, que ce soit par les contraintes et les mauvais traitements qu'elles ont subis, ou par le fait qu'elles soient désillusionnées sur leurs propres existences. Leurs visions du monde sont entachées par la souffrance morale et physique, ceci contribue à l'obscurité du propos du film.

 

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Toutes les femmes qui abordent le sujet des sentiments, de l'esprit et du corps s'accordent à dire que les femmes de la nuit qui livrent leurs corps, ne doivent jamais dévoiler ce qu'elles pensent et encore moins exposer leurs sentiments, elles peuvent laisser le corps être pénétré, exploré mais pas leur espace mental. C'est une manière de se préserver et de garder une forme de pudeur et d'intimité que d'empêcher leurs clients de savoir ce qu'elles peuvent être emmenées à penser ou à ressentir. Si jamais elles laissent leurs sentiments se dévoiler, elles se sentent coupables : " Dans mon travail, l'acte ne peut exister qu'avec la conscience de la distance qui nous sépare. " 
Dans le film, il est fait référence, de manière implicite et explicite, à plusieurs reprises à la lumière et à l'obscurité. C'est un aspect de l'oeuvre qui me semble très important, nous nous retrouvons plongés dans l'obscurité, dans un univers où il fait nuit, où les activités secrètes s'exercent, où les désirs obscurs de l'inconscient refont surface. Peut-on trouver la lumière libératrice dans les ténèbres ? 

 

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L'aspect thématique du film présente les thèmes de prédilection de son auteur, ses obsessions qu'il dépeint dans ses photographies et ses autres films : la nuit, l'errance, la prostitution, le sexe, les corps, les expériences alternatives. Toujours avec cette vision mélancolique si particulière, elle aussi présente dans son deuxième long-métrage, lui aussi bouleversant et beau, intitulé Atlas. C'est un film sensoriel, où le temps n'a pas d'emprise, où l'on se sent submergé par les émotions indescriptibles qui nous traversent. Une fois le film terminé, nous avons perdu nos repères, nous sommes touchés par ce qui nous a été confié par ces femmes, nous avons exploré leur intimité, nous connaissons leurs pensées, nous avons vu leurs corps et connaissons leurs conditions de vies et leurs histoires.
Et après ça, il est étrange de devoir habiter à nouveau dans notre corps, de devoir se réadapter à notre subjectivité et d'observer ce qui compose l'univers environnant. Sortir du visionnage de 
Aka Ana, c'est comme le souvenir d'enfance, dans lequel, après avoir fait de la balançoire pendant un long moment, le corps est engourdi, et le fait de devoir se mettre à marcher sur la terre ferme après, est très déstabilisant. Nous sortons du visionnage et sommes, un court instant, inadaptés à notre propre monde, à notre propre vie, juste le temps que le calibrage mental se fasse pour que nous réalisions qu'il faut séparer l'expérience que l'on vient de vivre par l'intermédiaire de l'Art, de notre propre existence personnelle. Et ceci est le témoignage réel de la force de l'oeuvre.

 

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C'est un film qui nous propose un point de vue masculin, c'est sûr, puisque c'est un homme qui réalise le film, mais aussi et surtout, un point de vue féminin, sous sa forme la plus pure. Nous entendons les témoignages de femmes qui parlent à la première personne selon leur subjectivité et en livrant leurs avis, avec leurs auras personnelles et féminines, avec une sensibilité troublante et unique. Aka Ana est sûrement l'un des meilleurs travaux qui ait été fait sur la sexualité féminine, mais aussi sur la féminité tout court. 

Note : 18/20 

 

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CinemaDreamer

 

21 janvier 2018

Fou A Tuer - En Pleine Possession de ses Moyens ("Tuer, c'est ma drogue, mon opium, mon idée fixe !")

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Genre : horreur, thriller (interdit aux - 16 ans)
Année : 1986
Durée : 1h26

Synopsis : Gunther, propriétaire d'un immeuble, est un homme tout a fait charmant et comme on dit "au-dessus de tout soupçon". Il n'a aucun vice, il aime son chat. Il loge dans son immeuble des jeunes femmes qu'il protège discrètement. Or un jour tout bascule en lui et peu a peu il se transforme en meurtrier jouant au chat et à la souris avec ses victimes. Steiner, qui a découvert la véritable personnalité de Gunther, ose le défier sur son territoire. 

La critique :

Réalisateur, scénariste et producteur américain, David Schmoeller appartient à la catégorie de ces honnêtes artisans du cinéma bis. Sa carrière cinématographique débute dès la fin des années 1970 avec Le Piège, aka Tourist Trap (1979) de son titre original, un film d'horreur qui réactualise le slasher via un abominable croquemitaine affublé de pouvoirs télékinésiques. Si le long-métrage reste plutôt confidentiel dans nos contrées hexagonales, Tourist Trap s'octroie rapidement le statut de film culte aux Etats-Unis. La carrière de David Schmoeller part, à fortiori, sous les meilleurs auspices.
Grisé par ce succès inopiné, David Schmoeller pense qu'il va s'arroger la couronne honorifique du maître de l'épouvante. Tout du moins, c'est ce que croit ingénument le metteur en scène. Pourtant, il ne réitérera jamais un tel score au box-office américain.

En l'état, ses films suivants font figure de bisseries impécunieuses et reléguées dans les affres des oubliettes. Certes, les thuriféraires du cinéaste (mais enfin, qui sont-ils ?) citeront peut-être des pellicules telles que Tele Terror (1982), Catacombs (1988), The Arrival (1991), Netherworld (1992), et surtout Puppet Master (1989). Vient également s'agréger Fou à Tuer - En pleine possession de ses moyens, sorti en 1986. En outre, ce thriller horrifique déclenchera les anathèmes et les quolibets presque quinze ans après sa sortie. En effet, en 1999, David Schmoeller signe un documentaire, Please Kill Mr. Kinski. Ce documentaire relate à la fois la personnalité bipolaire et les sautes d'humeur légendaires du comédien décédé huit ans auparavant (donc en 1991).
Le documentaire sera évidemment très mal réceptionné par la famille et l'entourage de l'acteur. 

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Taxé d'opportuniste, David Schmoeller est accusé de régler ses comptes avec Klaus Kinski alors que l'interprète est décédé depuis plusieurs années. De facto, ce dernier est dans l'impossibilité de répondre et de contester les arguties pérorées par ce documentaire tempétueux. Pour l'anecdote, ce n'est pas la première fois que l'irritabilité de Klaus Kinski fait l'objet d'un documentaire. La même année, Werner Herzog réalise Ennemis Intimes, un documentaire qui revient sur le tournage tumultueux de cinq films : Aguirre la colère de Dieu (1972), Nosferatu, fantôme de la nuit (1979), Woyzeck (1979), Fitzcarraldo (1982) et Cobra Verde (1987). A priori, le tournage de Fou à Tuer a lui aussi été émaillé par les coups de semonce récurrents de Klaus Kinski, à tel point que cette série B horrifique sera reniée par David Schmoeller. Hormis le comédien atrabilaire, la distribution du film se compose aussi de Talia Balsam, Barbara Whinnery, Kenneth Robert Shippy, Carole Francis et Tane McClure.

Attention, SPOILERS ! (1) Karl Guenther, fils d'un médecin nazi, est un propriétaire consciencieux qui ne loue ses appartements qu'à de jeunes et attrayantes femmes. Jessica, héroïne de téléromans, Harriet secrétaire sensuelle et vivace, Sophie, pianiste accomplie et Lori, jeune étudiante qui vient d'emménager, tous habitent dans des appartements de Karl. La seule discorde qui trouble leur quiétude est un "tap, tap, tap" provenant du vide sanitaire au-dessus de leurs chambres. Karl leur dit que c'est sûrement des rats, mais en réalité, c'est lui-même qui les espionne.
Une par une, ses locataires, ainsi que Josef Steiner, un chasseur de nazis, deviennent ses victimes qu'il torture lentement jusqu'à la mort. Lori est la dernière survivante et entre dans le vide sanitaire. Elle est maintenant seule avec un fou capable de tout (1).

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Si Fou à Tuer - Crawlspace de son titre original - n'a pas spécialement ameuté les foules dans les salles obscures, il se solde, à l'inverse, par un succès commercial lors de son exploitation en vidéo. A l'origine, le scénario de Fou à Tuer prévoit de mettre en exergue un ancien vétéran du Vietnam qui s'enlise peu à peu dans une folie inextinguible. Mais cette thématique, pour le moins rébarbative, est déjà l'apanage de plusieurs productions hollywoodiennes.
En témoignent la saga Rambo et le trop méconnu Combat Shock (Buddy Giovinazzo, 1984), issu des productions Troma. Charles Band, producteur de Crawlspace, exhorte alors David Schmoeller à obliquer vers une toute autre direction. Fou à Tuer revêt alors les oripeaux d'un huis clos anxiogène. Ensemble, les deux hommes ratiocinent et griffonnent sur un script qui mettrait en scène un adulateur du nazisme.

Charles Band et David Schmoeller souhaitent revisiter à leur manière la genèse de Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) et surtout de Peeping Tom, aka Le Voyeur (Michael Powell, 1960). Si le film de David Schmoeller se déroule dans un seul et unique endroit (une immense résidence opulente), le cinéaste exploite habilement son décor, pour le moins famélique. Evidemment, livré à lui-même, Klaus Kinski brille par son cynisme, son magnétisme et son charisme animal.
Fou à Tuer justifie presque à lui seul son visionnage pour l'interprétation dantesque et impériale de Klaus Kinski. Clairement, l'acteur est inimitable lorsqu'il incarne des personnages sadiques, captieux, ignominieux et fallacieux. Le reste du casting, Talia Balsam en tête, peine réellement à exister face à la figure hiératique et majestueuse de Klaus Kinski.

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Si le long-métrage ne rivalise pas avec Psychose ni, par ailleurs, avec le chef d'oeuvre machiavélique de Michael Powell, Fou à Tuer reste néanmoins une série B tout à fait probe et recommandable. En outre, la folie latente du personnage central montre crescendo jusque l'inexorable. Impossible de déceler les arcanes et les secrets de cette personnalité psychopathique qui affectionne tout particulièrement les rongeurs trapus, la mort, le meurtre et évidemment la torture.
A fortiori, le maniaque a pleinement conscience de son état de psychasthénie mentale. "Tuer, c'est ma drogue, mon opium, mon idée fixe !" s'écrie le forcené. Seul petit bémol, on pourra déceler, ici et là, quelques lenteurs et longueurs superflues. Rien de grave nonobstant. Les adulateurs de Klaus Kinski seront en terrain connu et quasiment conquis. Les autres découvriront un huis clos de facture honnête, à défaut d'être indispensable.

 

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fou_%C3%A0_tuer

20 janvier 2018

Fortress - 1993 (Maintenir l'équilibre démographique)

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Genre : science-fiction, action (interdit aux - 12 ans) 
Année : 1993
Durée : 1h35

Synopsis : Dans un futur proche, sur une Terre surpeuplée où chaque femme ne peut avoir qu'un seul enfant, John Brennick est un hors-la-loi. Après la mort de leur premier enfant, sa femme a mis au monde un second bébé. Pour cette faute, John et son épouse sont envoyés dans une prison de haute sécurité. Dès son arrivée, il n'aura plus qu'une seule idée en tête : s'évader. 

La critique :

Depuis le milieu des années 1980, Stuart Gordon fait partie de ces parangons du cinéma bis. Un statut qu'il s'octroie arrogamment via son tout premier long-métrage, Re-Animator (1985). Ce film gore et d'épouvante, adapté d'une nouvelle de Lovecraft, revisite à sa façon la dialectique ânonnée à la fois par le mythe de Frankenstein et La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968). Ou lorsqu'un savant fou est atteint par le complexe d'Icare et ressuscite les morts de leurs sépulcres. En résulte une pellicule outrageante et délicieusement outrecuidante.
Certes, par la suite, Stuart Gordon réalisera encore quelques productions fulgurantes mais ne réitérera pas les prouesses érubescentes de Re-Animator. Toutefois, attention à ne pas minorer des oeuvres horrifiques et fantastiques telles que From Beyond - Aux portes de l'au-delà (1986), Dolls - Les Poupées (1987), Castle Freak (1995), Dagon (2001), King of the Ants (2003), ou encore Stuck (2007).

Malencontreusement, Stuart Gordon s'est aussi enlisé dans les nanars et les productions impécunieuses, comme en témoigne la sortie de Robot Jox en 1990. Après cette expérience d'infortune, Hollywood décide néanmoins de lui attribuer un budget beaucoup plus onéreux pour réaliser Fortress en 1993. Nanti d'un budget de dix millions de dollars environ (ce qui est plutôt confortable à l'époque), le film bénéficie d'une exploitation dans les salles de cinéma... et pour cause puisque c'est Christophe Lambert qui toise hardiment le haut de l'affiche. A l'époque, le comédien ressort dépité de l'expérience douloureuse vécue par Highlander, le retour (Russell Mulcahy, 1990).
Une rebuffade artistique et commerciale qui va le poursuivre inexorablement tout au long de sa carrière avec d'autres "navetons" avariés, notamment Highlander 3 (Andy Morahan, 1994), Mortal Kombat (Paul W.S. Anderson, 1995), Nirvana (Gabriele Salvatores, 1997), Beowulf (Graham Baker1999), ou encore Résurrection (Russell Mulcahy, 2000).

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En l'occurrence, Fortress sera présenté en compétition lors du festival international du film fantastique d'Avoriaz en 1993, mais essuiera un camouflet. Corrélativement, les critiques et la presse cinéma s'acharnent sur Christopher Lambert. L'interprète est agonisé d'injures et certains cinéphiles avisés commencent à s'interroger sur le réel potentiel de l'acteur. Rappelons que ce dernier s'était illustré par le passé dans Greystoke, la légende de Tarzan (Hudson, 1984) et le premier Highlander (Russell Mulcahy, 1985). A l'époque, tout le monde lui prédit une carrière foisonnante et salvatrice.
Une chimère. A contrario, Fortress rentabilise largement son budget imparti, à tel point qu'une suite, Fortress 2 : Réincarcération, sera réalisée par les soins de Geoff Murphy en 1999. En outre, ce second chapitre fait office de nanar décérébré. Un de plus dans la filmographie de Christophe Lambert.

Hormis l'acteur, la distribution de Fortress se compose également de Kurtwood Smith, Loryn Loklin, Clifton Collins Jr., Lincoln Kilpatrick, Jeffrey Combs, Tom Towles et Vernon Wells. Attention, SPOILERS ! Dans un futur proche, sur une Terre surpeuplée où chaque femme ne peut avoir qu'un seul enfant, John Brennick est un hors-la-loi. Après la mort de leur premier enfant, sa femme a mis au monde un second bébé. Pour cette faute, John et son épouse sont envoyés dans une prison de haute sécurité. Dès son arrivée, il n'aura plus qu'une seule idée en tête : s'évader. 
Autant l'annoncer de suite. Dans la filmographie de "Nanar" Lambert, Fortress apparaît comme une sorte de série B lucrative néanmoins réalisée par un orfèvre du cinéma bis. En mode pilotage automatique, Stuart Gordon se contente de suivre les injonctions de producteurs hollywoodiens mercantiles.

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Difficile de reconnaître le style virulent et condescendant de celui qui réalisa, jadis, Re-Animator. De surcroît, Fortress n'a pas de telles velléités rougeoyantes même si Stuart Gordon nous gratifie, ici et là, de plusieurs saynètes gore et sanguinolentes. Par instants, le cinéaste retrouve ses bons vieux réflexes de naguère. Pendant sa première demi-heure, Fortress fait vaguement illusion. Par certaines analogies, cette série B science-fictionnelle n'est pas sans rappeler certaines pellicules d'anticipation des années 1970, entre autres, Soleil Vert (Richard Fleischer, 1973) et L'Âge de Cristal (Michael Anderson, 1976). Hélas, et vous vous en doutez, la comparaison s'arrête bien là.
Toutefois, on retrouve tout de même certains attraits pour les grandes préoccupations de notre temps, à savoir la surpopulation et cette inquiétude démographique.

Alors que la population mondiale croît à une vitesse exponentielle, les réserves naturelles s'amenuisent. Pour juguler et maîtriser les naissances, il faut donc pratiquer une politique malthusienne. Comprenez : "une politique despotique" qui consiste à arrêter puis à écrouer des jeunes femmes un peu trop fécondes, ainsi que leurs époux d'infortune. Tel est le monde hiératique décrit par Fortress. Hélas, cette doxa idéologique est abandonnée pour mieux se focaliser sur une prison de haute technologie.
"Le crime ne paie pas". Tel est l'aphorisme dogmatique péroré par des machines assujetties à la doxa carcérale
. Pis, ces dernières arpentent les couloirs de la prison pour s'immiscer dans les fantasmagories oniriques des forçats. Au détour d'un rêve érotique, Christophe Lambert - alias John Brennick - est surpris en plein péché de concupiscence (avec sa femme) par le directeur en personne.

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Aussitôt surpris, aussitôt convoqué. Pas de bol pour Brennick. Non seulement sa femme est elle aussi retenue prisonnière, mais celle-ci s'est acoquinée avec le directeur de la forteresse technologique. Mais que Brennick se rassérène. Le susdit directeur - un certain M. Poe - n'est autre qu'une machine à visage humain. Dès lors, Brennick subit tout un tas de tortures mentales et d'impudicités. Après quatre longs mois d'amnésie généralisée, il retrouve néanmoins la mémoire et son identité.
Grâce à la complicité de plusieurs prisonniers, Brennick peut enfin fomenter un complot pour s'évader. Voilà pour les inimitiés ! Vous l'avez donc compris. Fortress brille avant tout par sa vacuité, son inanité et son scénario alambiqué. Pour ceux qui attendent un nouvel Midnight Express (Alan Parker, 1978), merci de quitter gentiment leur siège et de retourner dans leurs pénates ! Au pire, Fortress est une production assez ridicule - à la limite du nanar écervelé - à peine sauvé par le cabotinage de Christophe Lambert. Au mieux, Fortress fait office de série B éparse qui oblique un peu... beaucoup... énormément dans tous les sens. Ma note finale fera donc preuve d'une infinie mansuétude.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

19 janvier 2018

Born From Pain (Sous France)

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Genre : drame, fantastique, trash, expérimental (interdit aux -16 ans)
Année : 2009
Durée : 36 minutes 

Synopsis : Unique rescapée d'un massacre familial, Monica se retrouve seule au monde. Obligée de se prostituer pour survivre, elle conserve le sperme de ses clients pour concevoir un enfant. Ce sera une fille. Celle-ci va grandir enfermée telle une bête, dans une cave obscure avec une télévision pour seule fenêtre sur l'extérieur. Arrivée à l'âge de 16 ans, l'adolescente est prise d'une furieuse envie de découvrir l'univers qui l'entoure. Elle traverse l'écran de sa télévision et se retrouve dans les rues face à un nouveau monde pour elle: la réalité.

La critique :

Attention court métrage choc en vue... Dans la continuité de Nuit Noire, réalisée par Quarxx et déjà présentée sur le blog, voici Born From Pain. Mis en scène par Nicolas Blot et Alexandre Macquart-Molin, cette oeuvre glauque et désespérée au point qu'elle ferait passer sans problème Germinal pour une comédie musicale, constitue une excellente surprise dans la morosité et l'aseptisation généralisées du cinéma actuel. Et pour une fois, c'est français ma petite dame ! Pour sûr, ce film d'une audace peu commune, délivre un uppercut spectaculaire à la face du spectateur qui s'aventure à son visionnage. Born From Pain est un court-métrage à la fois terriblement dérangeant mais en même temps, d'une inventivité surprenante. Esthétiquement superbe avec une image en noir et blanc très travaillée, cette rareté filmique (un euphémisme sur Cinéma Choc) mêle avec un réel talent drame social, chaos existentiel et fantastique quasi science-fictionnel. Comme quoi, lorsqu'on veut, on peut ; même avec très peu de moyens.
En tout cas, cela fait bien plaisir de constater qu'il n'y a pas que des réalisateurs frileux et timorés dans le cinéma hexagonal contemporain. Blot et Macquart-Molin ont eu de sacrées "cojones" pour avoir réalisé cet opus qui bouscule et transgresse les codes du politiquement correct.

À l'instar des très talentueux Quarxx (cité précédemment) et Bertrand Mandico, Alex et Niko (pseudonymes de ces jeunes cinéastes) ne s'imposent aucun tabou dans le choix de leurs sujets et aucun interdit dans la manière de les présenter à l'écran. Born From Pain est, malgré son esthétisme visuel remarquable, est un film sale, poisseux, qui filerait la nausée au plus optimiste des cinéphiles tant son atmosphère est à se mettre une balle dans le caisson. Avec des scènes qui se situent parfois à la limite de la pornographie light, le film ne prend pas de gants pour présenter une réalité abrupte, un témoignage choc de la désespérance d'une victime de la vie qui se débat avec ses armes pour subsister dans un milieu où les femmes sont considérées comme des simples objets de consommation.
Un film sans concession donc qui mérite très largement son interdiction aux moins de seize ans. 
Un titre anglais pour un film français. Pourquoi pas ? répondent les co-auteurs à l'unisson. Traduit littéralement, le film s'intitule donc "Née de la souffrance". Et c'est peu dire qu'il porte son titre à merveille. Souffrance d'abord pour cette jeune femme, Monica, dont la mère elle-même, se prostituait déjà avant que le père de famille, dans un excès de démence ne la tue puis ne se suicide.

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Souffrance d'être livrée aux prédateurs dans une vie où elle n'a plus ni soutien ni espoir. Alors, elle vend son corps à des inconnus ; comme tant d'autres l'ont fait avant elle et comme tant d'autres le feront après. Souffrance pour sa fille terrée tel un animal et séquestrée, tenue à l'écart du monde extérieur comme une infirmité que sa mère tenterait de dissimuler. Mais Born From Pain se démarque très rapidement d'autres oeuvres traitant de la maltraitance infantile (je pense notamment à The Girl Next Door) par le virage à 180 degrés que les réalisateurs font prendre au film dans son dernier quart d'heure. Commencé comme un quasi documentaire sur les affres de la prostitution et les ravages occasionnés par la marginalisation sociale, Born From Pain se transmute en pur film fantastique, sans que le spectateur ne voie venir le changement de cap. Nous pourrions même parler de cinéma expérimental car, comme nous le verrons par la suite, l'ombre de David Lynch planera constamment tout au long des 36 minutes que dure le métrage. Born From Pain, ce sont deux films réunis en un seul.
Une première partie entièrement focalisée sur le personnage de Monica. À ce moment-là, le film se déroule comme un drame social, psychologiquement éprouvant, qui s'inscrit dans la dure réalité de l'existence somnambulique d'une femme aux abois. Puis, changement total de décor et de genre cinématographique dans la seconde moitié du métrage.

Surtout, dans son final. Les réalisateurs opèrent une rupture (en douceur, certes) dans le déroulement du scénario. Peu à peu, Monica se raréfie puis disparaît de l'écran afin que l'histoire ne se concentre plus que sur sa fille qui devient ainsi l'unique protagoniste du film. Une fille dont on ne saura jamais le nom ni même si elle en a un. Démonstration par A plus B d'une déshumanisation complète de cette adolescente, laissée à sa solitude et à ses souffrances existentielles. Born From Pain se déconnecte alors du réel pour basculer dans le fantastique pur et dur. Mais un fantastique toujours empreint de souffrances et d'effets visuels d'une rare agressivité. Attention spoilers : Au comptoir d'un café, Monica est perdue. Rescapée d'une tuerie familiale (dont on entend juste le déroulement en fond sonore avant le générique), elle rencontre Aline, un(e) transsexuel(le) qui se prostitue.
Sans plus aucune attache, sans aucun moyen d'existence, Monica se décide à suivre sa nouvelle amie et à faire elle aussi, le trottoir pour survivre. Très vite, les clients se succèdent au rythme d'une vie d'errance et d'incertitude. Des rencontres à la va vite dans des terrains vagues, des décharges publiques ou des casses de voitures.

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Pourtant, Monica a envie d'un enfant. Alors, aussitôt ses passes terminées, elle recueille les spermes de ses clients restés dans les préservatifs et les congèle. Après en avoir recueilli suffisamment, elle verse le contenu dans un bol, l'injecte dans un godemichet-éjaculateur et s'auto-insémine la semence accumulée. Neuf mois plus tard naît une petite fille qui est cependant hermaphrodite. Pour autant, Monica ne cesse pas la prostitution, mais à domicile à présent. Pendant ce temps, sa gamine grandit, enfermée au sous-sol avec une télévision pour toute compagnie. Avec sa fille, Monica est tantôt douce tantôt brutale, ne sachant pas trop quelle attitude adopter pour se faire respecter.
Reste que la gamine se nourrit d'images de guerre et de violence à longueur de journée et qu'elle semble prendre un réel plaisir à contempler le malheur du monde par écran interposé. Seule vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans une pièce sordide, l'adolescente pré-pubère se transforme en une jeune fille. Arrivée à l'âge de seize ans et des premières pulsions sexuelles. Elle se met à fantasmer devant les beaux acteurs de séries américaines. Au fur et à mesure que le temps passe, la télévision atteint des dimensions gigantesques aux proportions d'un écran de cinéma.

Un jour, ni tenant plus, elle saisit la prise de la télévision et se l'introduit dans le vagin, commençant un coït surréaliste avec l'objet électrique. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle se retrouve enceinte et accouche d'un... revolver, relié à elle tout comme un nouveau-né par un cordon ombilical ! Décidée maintenant à découvrir ce qu'il y a de "l'autre côté" de ses quatre murs, elle traverse l'écran de la télévision pour se retrouver propulsée dans ce qui est pour elle un monde totalement inconnu : la réalité de la rue. Et maintenant ? Dès que l'on a terminé de visionner Born From Pain, une évidence nous apparaît clairement. Les réalisateurs sont des fans absolus de deux grands classiques du cinéma de genre : Eraserhead et Vidéodrome. Impossible, en effet, de ne pas faire le rapprochement avec les films de Lynch et Cronenberg tant le court-métrage d'Alex et Niko s'inspire de l'univers des deux maîtres nord-américains. Soyons aussi un tantinet franchouillard, rajoutons une dose de Gaspar Noé pour l'originalité de la mise en scène et vous aurez un aperçu plus précis de ce à quoi ressemble Born From Pain, c'est-à-dire à une belle claque dans la gueule ! Nous avons évoqué précédemment le fond et les thématiques strictement sociétales que le film aborde dans sa première moitié, puis la soudaine bifurcation qu'il opère pour se transformer en objet filmique mutant.

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Ce côté organique des effets visuels (le revolver accouché par l'adolescente) nous renvoie à nouveau à Vidéodrome et à la fameuse scène où James Woods s'arrache une arme du ventre. Le rapport charnel qu'entretient la gamine avec des objets technologiques est aussi un hommage non dissimulé au réalisateur canadien. Les réalisateurs affirment n'avoir voulu délivrer aucun message, mais difficile ne pas voir une condamnation virulente de la violence télévisuelle : abreuvée d'images de terreur et de mort, la gamine fait l'amour avec la télévision et enfante d'un flingue.
Tout est dit... Avant ces dysfonctionnements scénaristiques intentionnels, les réalisateurs nous avaient imprégnés de longues minutes d'une atmosphère sombre et oppressante toute droit sortie du côté de chez Lynch et de son mythique Eraserhead
Sur la forme, le film est irréprochable, l'image est belle, léchée, épurée. Certains plans tournés en hauteur, notamment la rafale de rapports sexuels infligés à Monica, donne une impression de domination et d'un certain voyeurisme de la part du spectateur. Les (rares) actrices sont très impliquées, surtout Magalie Marc qui interprète l'adolescente perturbée de façon vraiment convaincante.

Très belle performance de cette jeune comédienne qui n'avait évidemment pas l'âge de son personnage. Au crédit du film, on pourra encore ajouter des trouvailles qui produisent leur petit effet comme ce bandeau noir, porté comme des lunettes de soleil, par les clients de Monica. Un floutage de carton, façon documentaire d'investigation masquant de façon volontairement grossière le visage des hommes fréquentant les prostitués, qui sont de nos jours mis à l'index et pointés du doigt, traqués par la police comme de véritables délinquants. Là encore, un jugement sévère de la part des deux cinéastes sur une société devenue puritaine et polémiste. 
Bien sûr, quelques incohérences demeurent  dans le scénario mais dans l'ensemble, Born From Pain est une réussite totale.
Dommage qu'à ma connaissance, Nicolas Blot et Alexandre Macquart-Molin n'aient pas récidivé depuis 2009. La faute au manque de financement, certainement. L'argent, toujours le nerf de la guerre. En attendant, je n'ai pas de conseil à vous donner, mais si vous aimez le cinéma de Noé, de Lynch ou de Cronenberg, jetez-vous sur ce film, vous aurez l'univers de ces trois grands réalisateurs concentré en un peu plus d'une demi-heure. C'est sombre, c'est dur, c'est beau. Et c'est signé par deux jeunes frenchies à qui j'adresse mes plus vives félicitations !

Note : 17.5/20

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18 janvier 2018

Ghost Dog, La Voie Du Samouraï ("La fin est importante en toute chose")

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Genre : action, film noir
Année : 1999
Durée : 1h56

Synopsis : C'est au milieu des oiseaux, dans une cabane perchée sur le toit d'un immeuble abandonné, que Ghost Dog étudie un ancien texte samouraï. Ghost Dog est un tueur professionnel qui se fond dans la nuit et se glisse dans la ville. Quand son code moral est trahi par le dysfonctionnement d'une famille mafieuse qui l'emploie de temps à autre, il réagit strictement selon le code samouraï.  

La critique :

En l'espace de trois décennies, Jim Jarmusch est devenu le chantre du cinéma indépendant américain. Des films tels que Mystery Train (1989), Stranger Than Paradise (1984), Down by law (1986), Dead Man (1995), Broken Flowers (2005), et dernièrement Patterson (2016) lui ont permis d'asseoir sa réputation et sa notoriété sur le monde hollywoodien. En l'état, Jim Jarmusch est le digne représentant d'un cinéma intellectuel, parfois un brin alambiqué, mais néanmoins accessible au grand public. En l'occurrence, c'est Stranger than Paradise qui lui ouvrira la boîte de Pandore en s'arrogeant la caméra d'or au festival de Cannes, ainsi que le Léopard d'or au festival de Locarno.
A fortiori, l'univers de Jim Jarmusch ne partage aucune accointance avec celui de Ghost Dog, la voie du samouraï, sorti en 1999.

Le film est aussi le remake officieux de Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), qui était déjà l'adaptation d'un roman, The Ronin, de Goan McLeod. Pour mémoire, le long-métrage français (cocorico !) de Jean-Pierre Melville a largement traversé ses frontières hexagonales en son temps. Alain Delon, l'interprète principal du film, s'exporte au pays du Soleil Levant et devient une figure emblématique. La raison ? Le Samouraï invoque la culture asiatique en prenant comme bréviaire Rashomon (Akira Kurosawa, 1950), un film populaire qui a marqué plusieurs générations de cinéastes.
A son tour, Le Samouraï influence de nombreux metteurs en scène aguerris, notamment John Woo (Le Syndicat du Crime en 1986 et The Killer en 1989) et Nicolas Winding Refn (Drive en 2011). Vient également s'agréger Ghost Dog, la voie du Samouraï.

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De facto, Ghost Dog sera à la fois un remake hollywoodien et un polar urbain reprenant la trame scénaristique du film de Jean-Pierre Melville. Cependant, le métrage de Jim Jarmusch n'a pas les mêmes aspérités narratives. Présenté en compétition pour la palme d'or lors du festival de Cannes en 1999, Ghost Dog essuie une rebuffade. A contrario, cette oeuvre cinématographique est encensée, adulée et même adoubée par les adulateurs de Rashomon et de Le Samouraï.
Reste à savoir si le film mérite de telles flagorneries. Réponse dans les lignes à venir... Si Ghost Dog a connu une exploitation ainsi qu'un succès plutôt modeste lors de sa sortie en salles, il s'est rapidement octroyé le statut de film culte, venant carrément contrarier l'omnipotence du film de Jean-Pierre Melville. Evidemment, les thuriféraires de l'oeuvre originelle remarqueront et notifieront toutes les allusions furtives à Le Samouraï.

Impossible de ne pas percevoir, entre autres, toutes ces références à la nature et en particulier à ces volatiles qui alertent sur l'intrusion d'un ou plusieurs ennemis. Mais Ghost Dog se distingue également par sa bande originale composée par les soins de RZA et de Wu-Tang Clan. Le film de Jim Jarmusch est donc imprégné en permanence par cette musique hip-hop et curieusement mélancolique. Ce qui confère à cette oeuvre une tonalité particulière, à la limite de l'eschatologie funèbre.
Thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. A priori, rien ne prédestinait Forest Whitaker à tenir le rôle de ce samouraï moderne. Avant Ghost Dog, le comédien au physique replet a surtout joué des personnages subalternes au cinéma. Vient également s'ajouter John Tormey, Cliff Gorman, Tricia Vessey, Henry Silva, Richard Portnow et Isaach de Bankolé.

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Attention, SPOILERS ! C'est au milieu des oiseaux, dans une cabane perchée sur le toit d'un immeuble abandonné, que Ghost Dog étudie un ancien texte samouraï. Ghost Dog est un tueur professionnel qui se fond dans la nuit et se glisse dans la ville. Quand son code moral est trahi par le dysfonctionnement d'une famille mafieuse qui l'emploie de temps à autre, il réagit strictement selon le code samouraï. Ghost Dog considère Louie comme son maître à la suite d'un incident survenu huit ans auparavant. Mais ce dernier fait partie de la mafia italienne locale.
Quand la fille du « Parrain » devient le témoin d'un des contrats de « Ghost Dog », celui-ci semble alors bien gênant pour les mafieux qui décident de s'en débarrasser au plus vite. A l'aune de cette exégèse, difficile de s'enthousiasmer pour Ghost Dog, la voie du samouraï.

Dès l'introduction du film, Jim Jarmusch cherche à rompre avec cette dialectique ânonnée par Rashomon et Le Samouraï. En l'état, le guerrier érigé par Jim Jarmusch n'est pas cet être ténébreux, mystérieux et invulnérable psalmodié par le film de Jean-Pierre Melville. Forest Whitaker est chargé de phagocyter l'aura charismatique d'Alain Delon. Ridicule... A fortiori, Ghost Dog part sous de mauvais auspices. Il faudra donc se contenter d'un samouraï qui écoute du hip-hop et arpente une cité en déshérence avec des tennis "Nike". Paradoxalement, Jim Jarmusch réussit à rendre ce héros crédible et plausible en se focalisant sur des personnages subsidiaires qui nimbent le quotidien de Ghost Dog.
Ce n'est pas un hasard si le réalisateur auréole sa pellicule d'une certaine truculence, à l'image de ces saynètes furtives de cartoon, ainsi que ces malfrats sérieusement empotés qui passent leur temps à morigéner.

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Ainsi, Louie, le sauveur infortuné de Ghost Dog, est au mieux une raclure qui accumule les bourdes auprès de ses hiérarques, manquant à chaque fois de se faire assassiner. Le film de Jim Jarmusch se nourrit sans cesse de cette dissonance tout en rendant hommage aux films de samouraïs. Ainsi, Rashomon est souvent érigé comme ce parangon de philosophie asiatique. Une autre époque en somme, soit celle où d'illustres guerroyeurs entraient en symbiose avec dame Nature.
Le film est régulièrement entrecoupé par les préceptes des samouraïs ("La fin est importante en toute chose"). Ces codes sont donc guidés par les principes de la vaillance, de la probité, de l'amitié et de la pugnacité. Mais pour devenir un samouraï aguerri, il faut aussi communier avec cette nature primordiale. Tel est le message, en filigrane, esquissé par un Jim Jarmusch péremptoire.

Mais pas seulement. Sur la forme, Ghost Dog, la voie du samouraï est bel et bien une oeuvre surréaliste, ne serait-ce que par son ton pittoresque, son héros soyeux mais finalement improbable, ses gangsters renégats mais benêts, et aussi par cette musique nonchalante conviant le spectateur à scruter des oiseaux indicibles dans un décor urbain et austère. 
C'est tout le paradoxe de Ghost Dog, à savoir ce décor presque eschatologique dans lequel son samouraï adipeux évolue.
Mais plus que cette improbabilité, Ghost Dog dissémine ici et là une thématique bien réelle : la communication, ou plutôt son antithèse, à savoir l'incommunicabilité. Tout au long du film, c'est un Forest Whitaker désabusé qui tentera de se faire comprendre auprès de Raymond, un marchand de glace qui parle le yoruba, un dialecte nigéro-congolais totalement incompréhensible.

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Le personnage incarné par Forest Whitaker échappe également à notre vision hédoniste et consumériste. Ce tueur professionnel est finalement introuvable et inexistant, non seulement aux yeux de la plèbe, mais aussi de ses nouveaux ennemis qui cherchent à l'occire et à l'éliminer. Pour le contacter, il faut faire preuve de longanimité et griffonner des messages élusifs via des pigeons voyageurs. De surcroît, ces mêmes volatiles préfigurent ce rêve épris de liberté.
De même, Pearline, une jeune jouvencelle de 12 ou 13 ans (tout au plus), est destinée à reprendre le flambeau et à s'imprégner de la culture des samouraïs. Une culture qui n'a plus sa place dans notre société capitaliste régentée par le crime, les trafics et cette populace abandonnée par les édiles politiques. Vous l'avez donc compris. On tient là une oeuvre éminemment complexe qui mériterait sans doute une analyse beaucoup plus précautionneuse. 

 

Note : 17.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

 

17 janvier 2018

I'll Never Die Alone (I spit on your grave version ibérique)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h26

Synopsis : Quatre jeunes filles rentrent de leur année scolaire par une route de province peu fréquentée. Pendant leur voyage, elles sont témoins d'un crime. Après avoir signalé le funeste incident à la police locale, elles deviennent à leur tour les proies d'un groupe de brutes peu enclin à la galanterie mais tout disposé à leur faire subir le même sort...  

La critique :

Toujours la même antienne. Si le rape and revenge a connu ses premiers relents de notoriété avec La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972), ce registre virulent et érubescent trouve sa genèse dans un film d'Ingmar Bergman, sobrement intitulé La Source (1960). L'histoire ? Une jeune femme candide et pudibonde est torturée, violée puis massacrée par trois individus patibulaires et loqueteux. Le supplice se déroule dans une nature primordiale et plus particulièrement à la lisière d'une rivière. Pour Ingmar Bergman, cette nature archaïque et primitive est censée réveiller nos pulsions ancestrales. Aussitôt le supplice terminé, les tortionnaires trouvent refuge dans une demeure opulente.
Ils l'ignorent encore. Mais leurs charmants samaritains ne sont autres que les parents de la blondinette qu'ils ont abominablement violentée.

En outre, la vengeance du patriarche sera terrible. Personne ne sera épargné. Consciencieux, Ingmar Bergman nimbe sa pellicule vespérale d'une tonalité mortifère et métaphysique. Opportuniste, Wes Craven reprendra peu ou prou la même trame narrative. En l'état, La Dernière Maison sur la Gauche est le remake officieux de La Source. Toujours est-il que c'est le film de Wes Craven qui déclenche les invectives, les anathèmes et les quolibets. Interdit dans plusieurs pays, cette production trash et rougeoyante devient la nouvelle égérie du rape and revenge, d'autant plus dans une Amérique déboussolée par les chambardements sociologiques, sexuels et culturels des années 1970.
La Dernière Maison sur la Gauche inspire et engendre de nombreux homologues. Parmi les références les plus notables, les thuriféraires citeront aisément Oeil pour Oeil (Meir Zarchi, 1978), Irréversible (Gaspar Noé, 2002), Crime à Froid (Bo Arne Vibenius, 1974), L'Ange de la Vengeance (Abel Ferrara, 1981), ou encore Baise-Moi (Virginie Despentes et Coralie Trinh Tih, 2000).

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Avant tout, le rape and revenge signe à la fois la revanche et la quintessence du féminisme sur le sexe "fort", à savoir ce pénis turgescent - Phallus - et prédominant décrété, depuis des millénaires, par les civilisations gréco-romaines. La femme doit donc s'extirper du diktat d'une société dite patriarcale pour s'émanciper et clamer haut et fort sa vindicte personnelle, quitte à clouer au pilori cette fragile dichotomie entre le féminin et le masculin ; et à bousculer tous les codes moraux et sociaux inhérents à cette dialectique. Tel est l'aphorisme dogmatique et comminatoire de I'll Never Die Alone, ou No Morire Sola de son titre original, et réalisé par Adrian Garcia Bogliano en 2008.
La carrière du cinéaste ibérique remonte à la fin des années 1990 via plusieurs courts-métrages, par ailleurs inconnus dans nos contrées hexagonales.

En l'occurrence, Adrian Garcia Bogliano est surtout "connu" (enfin connu... c'est un terme à guillemeter et à minorer) pour avoir réalisé plusieurs pellicules horrifiques, notamment Cold Sweat (2010), Here Comes The Devil (2012), ainsi qu'une collaboration à ABCs of Death (2012). Selon nos informations (source : http://www.imdb.com/name/nm0305563/), I'll Never Die Alone serait donc sa toute première réalisation. Inutile de le préciser mais le casting du film est inconnu au bataillon, à moins que vous connaissiez les noms d'Andres Aramburu, Gimena Blesa, Leonardo Canga, Leonardo Cuchetti, Magdalena De Santo, Andrea Duarte, Rolf García, Marisol Tur et Victoria Witemburg ; mais j'en doute... 
Attention, SPOILERS ! (1) Quatre jeunes filles partent en voyage à bord d'une voiture d'un modèle indéterminé.

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Elles papotent gentiment de tout et de rien, lorsque l'une d'elle croit voir quelque chose d'étrange sur le bord de la route. Après avoir fait demi-tour, elles découvrent une autre jeune femme ensanglantée et visiblement violée, au loin elles aperçoivent un troupeau de chasseurs qui ne tardent pas à les repérer. Elles embarquent la victime dans la voiture, mais celle-ci meurt rapidement. Arrivées à Trinidad, un village paumé et oublié de Dieu, elles signalent l'incident à la police.
Malheureusement, le sergent du commissariat n'est autre que le chef de la bande responsable des exactions sur la jeune fille. 
Prises en chasse, elles se feront kidnapper, humilier, torturer, violer et pour certaines tuer. Les survivantes se vengeront avec brutalité de leurs bourreaux (1). A l'aune de cette exégèse, difficile de s'extasier devant la frugalité d'un tel synopsis.

Sur la forme comme sur le fond, I'll Never Die Alone s'apparente à un curieux maelström entre Crime à Froid, Oeil pour Oeil (deux pellicules déjà mentionnées) et Délivrance (John Boorman, 1972). Seule différence et pas des moindres, Adrian Garcia Bogliano adopte un ton quasi documentaire afin de scruter, au plus près, le quotidien de quatre jeunes femmes parties en villégiature. Hélas, leur séjour tourne rapidement au cauchemar. Tout d'abord, elles croisent par hasard une jeune femme mutilée et abandonnée sur le bord de la route. La police est alertée.
Une injure pour les braconniers du coin qui décident de kidnapper nos quatre héroïnes. Emmenées dans la forêt, elles subissent toute une série d'ignominies, de tortures, de supplices et d'impudicités. Cette séquence, pour le moins nauséeuse, s'étale aisément sur un bon quart d'heure de bobine et ne manquera pas d'effaroucher durablement les persistances rétiniennes.

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Paradoxalement, c'est vraiment tout ce qu'il y a à retenir de I'll Never Die Alone. Certes, l'interprétation est plutôt correcte et sauve cette production de l'indigence intégrale. Mais pour le reste, le film d'Adrian Garcia Bogliano accumule les tares, les carences, les ellipses et les aberrations. La première et pas des moindres, l'erratisme de la mise en scène. Adrian Garcia Bogliano nous gratifie de plusieurs cadrages et de plans acérés beaucoup trop approximatifs pour ne pas agacer sur la durée.
Indiscutablement, Adrian Garcia Bogliano n'est pas Gaspar Noé et ne parvient pas à nimber sa pellicule de cette sensation malaisante (exit la scène de viols collectifs...). De surcroît, I'll Never Die Alone a toutes les peines du monde à se démarquer de la concurrence pléthorique. Dans le même genre, on lui préférera largement La Dernière Maison sur la Gauche, ainsi que ses nombreux succédanés. In fine, I'll Never Die Alone ne véhicule aucune réflexion idéologique et s'apparente, ipso facto, à une production un brin surannée, laissant une impression plutôt nauséabonde lors de son générique final.

Note : 07.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/1264-ill-never-die-alone

16 janvier 2018

Jeepers Creepers 3 (Tous les 23 ans et durant 23 jours, "il" mange...)

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Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 2017
Durée : 1h40

Synopsis : La dépouille endormie du Creeper repose dans la grange du fermier Jack Taggart. Les 23 ans de sommeil de la créature touchent à leur fin, et Taggart n'attend qu'une seule chose : le réveil du Creeper, pour pouvoir venger la mort de son fils cadet, survenu à la fin du cycle précédent. De son coté, Trisha Jenner, dont le frère Darry fut aussi dévoré par le démon 23 ans plus tôt, est maintenant mère d'un adolescent. Celle-ci est en proie à des horribles cauchemars répétitifs, lui indiquant que son fils subira le même sort que Darry. Elle rencontre donc Jack Taggart et son fils ainé pour mettre un terme au règne du Creeper, une fois pour toutes. 

La critique :

Pour comprendre la genèse de Jeepers Creepers, le chant du Diable (2001), il faut aussi cerner et décrypter le passé ombrageux de son réalisateur, Victor Salva. Dans les années 1980, ce dernier exerce la profession d'éducateur de jeunes enfants. Corrélativement, Victor Salva se passionne pour le cinéma horrifique et réalise son tout premier court-métrage, Something in the basement (1986), une production d'épouvante qui reçoit les congratulations de Francis Ford Coppola.
Mieux, celui-ci devient carrément le mentor de Victor Salva et l'exhorte à poursuivre dans cette voie. Pugnace, Victor Salva signe alors son tout premier long-métrage, Clownhouse (1989). A l'époque, tout le monde lui promet une carrière salvatrice. Mais durant la postproduction de Clownhouse, Victor Salva est accusé d'attouchements sexuels sur des enfants, en particulier sur Nathan Forrest Winters, l'un des acteurs du film (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Salva).

Alors qu'il comparaît dans un procès médiatique, Victor Salva est finalement condamné à trois ans d'emprisonnement. Son passé de prédateur pédophile ressurgit lors de la sortie de Powder en 1995. Nathan Forrest Winters a bien l'intention de poursuivre le cinéaste et fait entendre ses allégations publiquement. C'est dans ce contexte houleux et tempétueux que le scénario de Jeepers Creepers germe dans la tête du réalisateur. Victor Salva aspire à produire un slasher horrifique avec un boogeyman qui se nourrirait de la peur, des failles et des fêlures de ses victimes.
Cette créature protéiforme préfigure également la bête, ainsi que cette peur intérieure qui se tapit sournoisement dans la psyché du metteur en scène. Victor Salva est inlassablement poursuivi par cette pénombre malfaisante. 

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En outre, Jeepers Creepers premier du nom reste son long-métrage le plus proverbial. Une suite, Jeepers Creepers 2 (2003), est réalisée dans la foulée. Mais ce second chapitre déçoit les thuriféraires du film originel. Victor Salva se contente de suivre le cahier des charges et d'ânonner la recette famélique de son auguste devancier. En résulte un slasher probe et recommandable, mais qui ne parvient jamais - ou presque - à transcender sa créature luciférienne.
Que soit. Victor Salva a bien ouï la requête des fans médusés et promet un troisième épisode en apothéose. En l'occurrence, le tournage d'un Jeepers Creepers 3 tient de la spéculation et est maintes fois prorogé. Derechef, le passé pédophile de Victor Salva réapparaît. Inexorablement. Puis, une date de sortie est enfin annoncée.

A défaut d'une exploitation dans les salles de cinéma, Jeepers Creepers 3 a été diffusé sur la chaîne américaine Syfy le 28 octobre 2017 (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeepers_Creepers_3). Du propre aveu de Victor Salva, le tournage et la production de Jeepers Creepers 3 ont longtemps été émaillés par des changements scénaristiques de dernière minute. Dans un premier temps, Jeepers Creepers 3 doit reprendre 23 ans après les faits du second volet. Puis, le script s'achemine à établir le lien intrinsèque entre le premier et le second chapitre.
Autant de modulations et de fluctuations qui vont concourir à rendre le scénario nébuleux et amphigourique. 
Aussitôt la sortie du film annoncée, Victor Salva clame déjà, haut et fort, la mise en chantier d'un quatrième opus. 

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A fortiori, Jeepers Creepers 3 part donc sur de très mauvaises bases. Seul petit bémol : Victor Salva est censé renouer avec la virulence et la condescendance du premier chapitre, et surtout faire oublier un second volet un peu trop timoré. La distribution de Jeepers Creepers 3 se compose de Jonathan Breck, Gabrielle Haugh, Meg Foster, Stan Shaw, Joyce Giraud, Jordan Salloum et Tamsin Sparks. Attention, SPOILERS ! La dépouille endormie du Creeper repose dans la grange du fermier Jack Taggart. Les 23 ans de sommeil de la créature touchent à leur fin, et Taggart n'attend qu'une seule chose : le réveil du Creeper, pour pouvoir venger la mort de son fils cadet, survenu à la fin du cycle précédent.
De son coté, Trisha Jenner, dont le frère Darry fut aussi dévoré par le démon 23 ans plus tôt, est maintenant mère d'un adolescent.

Celle-ci est en proie à des horribles cauchemars répétitifs, lui indiquant que son fils subira le même sort que Darry. Elle rencontre donc Jack Taggart et son fils ainé pour mettre un terme au règne du Creeper, une fois pour toutes. A l'instar de Freddy Krueger, Jason Voorhees, Michael Myers et Leatherface, le Creeper peut s'enhardir d'appartenir à cette catégorie de boogeymen vindicatifs et crépusculaires qui ont longtemps tarabusté les cauchemars des adolescents.
Esotériquement, on l'espérait... Tout le monde croyait ingénument au grand retour du Creeper et de son réalisateur, Victor Salva. D'autant plus que ce troisième chapitre aura mis longtemps - très longtemps - trop longtemps - à sourdre de son sépulcre. 
A l'aune de ce troisième épisode, on finirait presque par regretter l'archaïsme et les facilités scénaristiques de Jeepers Creepers 2

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Autant l'annoncer de suite. Jeepers Creepers 3, aussi baptisé Jeepers Creepers 3 - Cathedral, est le chapitre le plus faible de la trilogie. A tel point qu'on ne ressent plus aucun empressement ni aucun engouement pour l'annonce déjà galvaudée d'un Jeepers Creepers 4En fait, la question qui culmine, tout au long de ce troisième opus, c'est comment Victor Salva a-t-il pu se fourvoyer à ce point ? Qu'est-il arrivé à ce cinéaste irrévérencieux, celui qui toisait, sur le haut des oriflammes, une nouvelle créature de cauchemars ? Indiscutablement, Victor Salva est un cinéaste du passé.
Il aura probablement toutes les peines du monde à justifier l'inanité et la vacuité de ce nouveau slasher. En outre, les tergirversations et les atermoiements narratifs se font furieusement sentir. Déjà, pourquoi réaliser un épisode subalterne qui se déroulerait entre le premier et le second volet ?

Pour raconter quoi ? Réponse : rien... En l'occurrence, Jeepers Creepers 3 se contente benoîtement de psalmodier cet aphorisme comminatoire : "Tous les 23 ans et durant 23 jours, "il" mange...". En vérité, le scénario de Jeepers Creepers 3 repose uniquement sur cette assertion. Afin de palier à ce script inepte et indigeste, Victor Salva tente bien de nous raconter plusieurs historiettes insipides sur divers protagonistes meurtris par le Creeper. Hélas, le cinéaste n'effectue aucun lien entre ces personnages prosaïques. Le spectateur est donc condamné à mater les méfaits d'un Creeper curieusement pondéré. Seule petite nouveauté, la créature méphistophélique agit comme un serial killer inépuisable.
Oui, le monstre se nourrit toujours des organes de ses victimes. 
Seule différence, il conduit désormais un camion blindé. Dès lors, Jeepers Creepers 3 prend les allures (c'est le cas de le dire) d'un road movie sur fond de slasher anémique. Son aura machiavélique semble aussi exercer un hypnotisme morbide sur ceux qui le poursuivent. Sur ce dernier point, Victor Salva se montre particulièrement élusif. Nous n'en saurons pas davantage sur ce magnétisme incoercible... 
Ne parlons même pas des divers protagonistes humains de l'histoire... 
Tous se font chiper la vedette par le Creeper. Reste quelques exécutions plutôt bien troussées qui flagorneront peut-être les néophytes. Les autres se demanderont comment Victor Salva a pu se laisser aspirer et dévoyer par cette production inopérante. Pas un "naveton"... Mais on s'en rapproche sérieusement...

Note : 06.5/20

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15 janvier 2018

Executions (Sans autre forme de procès)

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Genre : shockumentary, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 1995
Durée : 58 minutes 

Synopsis : Un documentaire présentant de véritables exécutions sous toutes leurs formes. Fusillades, décapitations, pendaisons, lapidations et électrocutions sont montrées sans détour dans leur terrible réalité. Avec en filigrane, l'inévitable débat sur la justification de la peine de mort, de la barbarie de certaines coutumes et de la responsabilité de l'homme face à l'histoire.

La critique :

Il y a quelques semaines, en débutant une série de huit chroniques de films ultra violents, je vous avais promis du sang, de la sueur et des larmes. Toutefois, en regardant dans le rétroviseur, je viens de m'apercevoir que durant les cinq premières, je vous ai quand même relativement épargnés. Certes, Circus of the dead, Mai-chan's Daily Life The Movie ou encore Hippocampus M21th délivraient largement leur quota de tripailles et de déviances, mais nous étions encore loin des must du genre. Plus récemment, NF713 mit un terme brutal à ces mises en bouche en montant le curseur de l'insoutenable de plusieurs niveaux. Puis, Squirmfest rajouta sa touche bien personnelle de dépravation stratosphérique où hardcore, excréments et soupes aux asticots étaient au programme.
Restait à trouver encore plus fort pour clôturer en feu d'artifice ce programme pour débuter en "beauté" la nouvelle année. Et pour cela, quoi de tel qu'un bon petit shockumentary de derrière les fagots à bases de réelles exécutions pour finir en apothéose ? Humour noir de rigueur car Executions est un documentaire qui ne donne pas, mais alors pas du tout, envie de rire.


Terrifiante réalité de ces exécutions perpétrées individuellement ou à la chaîne. Qu'elle soit l'aboutissement final de verdicts judiciaires, de châtiments religieux, d'épuration ethnique, d'exactions en temps de guerre ou de crimes contre l'humanité, l'exécution d'un être humain reste une expérience traumatisante pour ceux qui ont eu l'occasion d'y avoir assisté. Voir en direct un homme, une femme ou pire encore, un enfant expirer son dernier souffle sous le joug de son bourreau, est une image toujours très difficile à encaisser. Le documentaire de David Herman, Arum Kumar et David Monaghan retrace un siècle d'histoire où l'exécution est au centre des faits relatés.
De la condamnation à mort d'un simple criminel sous la guillotine à la solution finale par gazage des nazis dans les camps de concentration en passant par les génocides du Rwanda ou de l'ex-Yougoslavie, les réalisateurs nous présentent sans détour l'horrible panel des atrocités commises par l'homme tout au long du vingtième siècle. Un documentaire de très grande qualité ce Executions car loin d'adopter la sur-dramatisation à outrance comme c'était le cas dans des shockumentaries spectaculaires du type Death Files ou le terrifiant Buried In The Sand.

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Ici, le but recherché est plus la documentation, l'exposition objective des faits, que le sensationnalisme. Les images sont certes horribles et vraiment très choquantes mais on sent dans la démarche des trois coréalisateurs, une volonté d'information, de clarté dans les propos sans qu'ils n'aient besoin de surenchérir dans la forme. L'épouvantable "spectacle" de la mort d'un être humain est suffisamment horrible pour qu'il n'ait pas besoin d'être accompagné de violons larmoyants ni d'effets chocs. Executions est un documentaire qui relate les faits en toute indépendance même si, comme nous le verrons par la suite, les réalisateurs sont de farouches opposants à la peine de mort.
Quant aux massacres de masse, ils sont traités avec tout le sérieux et la précision nécessaire à la bonne compréhension historique des situations présentées à l'écran. Executions est bien sûr, au vu de son contenu extrême, réservé à un public majeur et averti. Il aurait cependant toute sa place sur une chaîne comme RMC Découverte entre minuit et six heures du matin, plage horaire légale où films et documentaires interdits aux moins de 18 ans, peuvent être diffusés à la télévision française.

Pour ceux qui seraient intéressés, sachez que le film est disponible dans son intégralité sur YouTube où, curieusement, il n'est pas soumis à une limite d'âge mais juste à un message d'avertissement. Malgré ce, je ne saurai trop conseiller aux personnes impressionnables de s'abstenir de tout visionnage malgré l'indéniable qualité de ce documentaire. Attention spoilers : Executions commence par un récit historique de la guillotine et de son usage intensif (c'est peu dire !) durant la Révolution Française pour s'achever durant le générique de fin, sur une litanie sordide du nombre de morts par exécutions lors des différents conflits ayant eu lieu au cours du vingtième siècle.
Le film est ainsi divisé en plusieurs segments, tous ayant l'exécution pour thématique : fusillades par un peloton militaire, lapidations, pendaisons, décapitations, électrocutions, etc. Les réalisateurs nous présentent des images et des photographies d'une rare violence ; celle de la mort véritable, instantanée, terriblement graphique et perturbante. D'un ton neutre mais impliqué, un narrateur énumère au fil des images, les tenants et les aboutissants des exactions commises.

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De la "banale" exécution d'un criminel aux génocides ethniques en passant par les châtiments religieux, nous parcourons durant près d'une heure l'histoire peu glorieuse des atrocités perpétrées par l'être humain. Décapitation au sabre au Yémen, lapidations par bloc de gravier en Haïti, lynchage en Somalie, tirs à bout portant dans la nuque pour des rebelles au Vietnam, barbaries innommables au Rwanda en 1994, épuration en Russie au temps des goulags, abattages sommaires en ex-Yougoslavie. Et tant d'autres horreurs qui se sont déroulées aux quatre coins de la planète...
Sans oublier évidemment, les gazages de masse à l'encontre des juifs dans les camps de concentration durant la seconde guerre mondiale. L'horreur est à son comble lorsque l'on voit ces cadavres décharnés entassés par centaines dans des fosses comme une masse informe putride dont l'odeur que l'on devine insoutenable semble traverser l'écran. Au milieu du métrage, nous avons droit à une explication détaillée du fonctionnement de la chaise électrique et de la mort par injection létale qui, soit dit en passant, est loin d'être aussi indolore que ses partisans ne l'affirment.

Le final où des tireurs doivent s'y prendre à plusieurs reprises pour achever un homme dont le visage est à moitié arraché par les impacts de balles, est extrêmement dur à voir. Mais curieusement, le passage le plus impressionnant est peut-être cet instant, sans la moindre effusion de sang, où un condamné à mort digne et stoïque accorde une interview à une journaliste quelques secondes seulement avant de subir l'ultime sentence... La position des réalisateurs au sujet de la peine de mort est très claire. En introduction, ils annoncent d'emblée leur opposition à ce châtiment qu'ils jugent d'un autre âge : "The death penalty is a barbaric abomination that has no place in civilised society". Traduction : "La peine de mort est une abomination barbare qui n'a pas sa place dans une société civilisée".
Sans aller jusqu'à traiter les réalisateurs de doux rêveurs, leur théorie semble hélas, ne demeurer qu'un leurre utopique. Nous sommes en 2018 et jusqu'à preuve du contraire, les États-Unis et la Chine, première et deuxième puissances mondiales, sont des pays civilisés et ô combien avancés technologiquement. Cela ne les empêche pas d'être pourtant les deux plus grands pourvoyeurs de machines à tuer...

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Que dire des pays d'Extrême-Orient où pendaisons, décapitations et lapidations sont monnaie courante sous couvert d'une interprétation de l'islam obscurantiste et mortifère ? N'oublions pas non plus de balayer devant notre porte puisque la dernière fois qu'en France, la guillotine est tombée pour la dernière fois en septembre 1977 ; il y a à peine quarante ans. Meurtres expéditifs commandités par des groupuscules terroristes ou sentences d'état justifiées par des lois constitutionnelles, les exécutions ont fait plus de 26 millions de morts entre 1900 et 1995, date de la sortie de ce documentaire édifiant. Sur ces millions de personnes exécutées, 90% d'entre elles n'avaient commis d'autre crime que d'appartenir à la "mauvaise" race, à la "mauvaise" religion, au "mauvais" parti politique.
Executions pose un regard objectif sur le contexte culturel, social et historique de la peine de mort et des massacres perpétrés au nom d'une idéologie. Ce shockumentary traumatisant offre un aperçu d'une intelligence rare sur les droits et les torts de la rétribution. Il nous présente frontalement, sans détours ni fioritures, l'utilisation de tous les châtiments dont l'être humain a pu disposer au cours du vingtième siècle pour massacrer ses semblables, et examine au plus près le sombre métier de bourreau.

Il remet en question les méthodes soi-disant plus "humaines", rendant de ce fait encore plus intolérables les actes de barbarie et crimes de masse, dont se sont rendus coupables les régimes totalitaires et les fanatiques en tous genres. Ces images de mort, piochées aux quatre coins du monde, filmées et photographiées depuis le début du siècle dernier, sont aussi atroces que tragiques. Mais c'est pourtant en les voyant et en comprenant leurs origines que chacun pourra se forger sa propre opinion et juger, en son âme et conscience, si le châtiment ultime est susceptible d'apporter de véritables réponses aux tourments des civilisations modernes. Et si l'auteur d'une faute, quelle qu'en soit la gravité, mérite qu'on lui ôte la vie. 26 millions de morts par exécutions entre 1900 et 1995...
Vingt-trois ans ont passé et combien d'autres victimes faudrait-il ajouter à cette liste morbide depuis le tournage d'Executions ? Au vu d'un monde devenu de plus en plus violent et rétrograde, le chiffre n'aura fait que de croître de façon exponentielle. Depuis 1995, les mouvements terroristes Al-Qaïda et Daesh ont émergé et avec eux, des crimes atroces mis en scène tels des spectacles pour mieux affirmer leur pouvoir de nocivité. 

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En Syrie, Bachar El Assad massacre son peuple avec une implacable régularité et en toute impunité. La Corée du Nord, dirigée par un tyran à moitié fou, ne cesse de menacer le monde et commet des purges sans que personne n'intervienne. Quant aux États Unis, leur dirigeant pour le moins imprévisible ne donne aucune garantie de stabilité et pourrait à tout moment, déclencher un chaos apocalyptique. C'est ainsi : de gros nuages noirs s'amoncellent sur l'avenir de l'humanité et jamais, le monde n'a paru se retrouver dans une telle insécurité. Executions se veut être un instantané, un récapitulatif séculaire qui, pour le plus grand malheur de l'homme, ne s'achèvera jamais.
L'horreur est humaine ; tel aurait pu être le titre de ce shockumentary. Un documentaire argumenté et riche d'images d'archives parfois très rares, qui se démarque de ses congénères par l'intelligence et la sagacité de son propos. À ne pas mettre entre toutes les mains et pourtant tellement nécessaire...

Note : 17/20

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14 janvier 2018

Rencontres du Troisième Type (Ufologie et métaphysique)

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Genre : science-fiction
Année : 1977
Durée : 2h15

Synopsis : Des faits étranges se produisent un peu partout dans le monde : des avions qui avaient disparu durant la Seconde Guerre mondiale sont retrouvés au Mexique en parfait état de marche, un cargo est découvert échoué au beau milieu du désert de Gobi. Dans l'Indiana, pendant qu'une coupure d'électricité paralyse la banlieue, Roy Neary, un réparateur de câbles, voit une "soucoupe volante" passer au-dessus de sa voiture. D'autres personnes sont également témoins de ce type de phénomène : Barry Guiler, un petit garçon de quatre ans, est réveillé par le bruit de ses jouets qui se mettent en route. Cherchant à savoir d'où proviennent ces ovnis, Roy Neary se heurte aux rigoureuses consignes de silence imposées par le gouvernement fédéral. Obsédé par ce qu'il a vu et hanté par une image de montagne qu'il essaie désespérément de reconstituer, il est abandonné par sa femme Ronnie et ses enfants. Il n'y a que Jillian, la mère de Barry, qui le comprenne. Parallèlement à ces événements, une commission internationale conduite par le savant français Claude Lacombe s'efforce d'en percer le mystère. Une évidence s'impose bientôt à eux : une forme d'intelligence extraterrestre tente d'établir un contact avec les Terriens.  

La critique :

Après le succès pharaonique de Les Dents de la Mer (1975) au box-office américain, Steven Spielberg peut désormais toiser arrogamment les producteurs hollywoodiens. A travers cette oeuvre aquatique et horrifique, le cinéaste réinvente le cinéma de terreur via un nouveau type d'agression animale. Dans Jaws - titre original du film, c'est un squale à l'appétit pantagruélique qui happe et tortore des nageurs dans une station balnéaire. Derrière ce scénario laconique, se tapit une diatribe au vitriol du capitalisme. Le vrai requin, ce n'est pas ce poisson gargantuesque qui se délecte des touristes en déveine, mais ces technocrates et ces édiles politiques appâtés par le lucre.
Après Les Dents de la Mer, Steven Spielberg aspire à visiter d'autres sinuosités du Septième Art. En outre, le metteur en scène souhaite réaliser une pellicule à la fois "tout public" et teintée de réflexions métaphysiques.

Ce sera Rencontres du Troisième Type, sorti en 1977. Le film est réalisé dans la foulée de Star Wars - Episode IV : Un Nouvel Espoir (George Lucas, 1977). A l'époque, le public encense et idolâtre toutes ces pellicules se déroulant dans un monde lointain et dans un univers exponentiel, néanmoins corseté par des batailles intergalactiques. A sa façon, George Lucas revisite et s'approprie le film de samouraï en s'inspirant à la fois des mythes gréco-romains et de ces chevaliers (les Jedi) qui luttent farouchement contre l'oppresseur (l'Empire). En l'occurrence, Steven Spielberg n'a pas pour vocation de marcher dans le sillage et le continuum d'Un Nouvel Espoir.
Le réalisateur n'a jamais caché sa fascination pour 2001, l'Odyssée de l'Espace (Stanley Kubrick, 1968). De facto, Rencontres du Troisième Type va à son tour s'auréoler d'introspections cosmologiques et philosophiques.

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A l'époque, notre vaste univers est donc perçu comme un catalyseur et un révélateur de notre propre conscience. Impression corroborée par la sortie de Solaris (Andreï Tarkovski, 1972). A l'époque, Steven Spielberg l'ignore encore. Mais Rencontres du Troisième Type va influencer plusieurs générations de cinéastes via cette polarisation sur la communication et le langage. Des thématiques qui seront également l'apanage, bien des années plus tard, de Premier Contact (Denis Villeneuve, 2016), soit le digne épigone de Rencontres du Troisième Type.
Dans les années 1970, le cinéma de Steven Spielberg réverbère parfaitement cet espoir, voire cette foi inextinguible, en un monde meilleur, et donc en une humanité qui se bonifierait au contact de l'étranger... Une hérésie.

Presque trente ans après la sortie de Rencontres du Troisième Type, Steven Spielberg changera de vision pour se nimber d'un regard beaucoup plus pessimiste avec le remake de La Guerre des Mondes en 2005. Dans un premier temps, Steven Spielberg et son scénariste, Paul Shrader, griffonnent un premier script dans lequel il serait question d'un contact entre un ancien militaire et une civilisation extraterrestre. Mais Spielberg, mécontent de cette première ébauche, souhaite un personnage central beaucoup plus rudimentaire. De surcroît, "Spielby" aspire à rompre cette dialectique nihiliste ânonnée par la grande majorité des productions de SF depuis le début des années 1950.
Pas question de réaliser une pellicule à caractère inique et propagandiste contre les conséquences de la Guerre Froide, ou encore un pamphlet contre le bloc soviétique.

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A contrario, Rencontres du Troisième Type adopte une rhétorique à caractère pacifiste. Un choix judicieux de la part de Steven Spielberg puisque le long-métrage se solde par un succès colossal. Avec les années, Close Encounters of the Third Kind (titre original de cette pellicule) va s'arroger le statut de film culte et même de classique de la SF. Le métrage s'octroie plusieurs récompenses et notamment deux Oscars (meilleure photographie et meilleur montage pour les effets sonores).
La distribution du film se compose de Richard Dreyfuss, François Truffaut, Teri Garr, Melinda Dillon, Bob Balaban, Warren Kemmerling, Roberts Blosson, Lance Henriksen et Carl Weathers. Attention, SPOILERS ! Des faits étranges se produisent un peu partout dans le monde : des avions qui avaient disparu durant la Seconde Guerre mondiale sont retrouvés au Mexique en parfait état de marche, un cargo est découvert échoué au beau milieu du désert de Gobi. 

Dans l'Indiana, pendant qu'une coupure d'électricité paralyse la banlieue, Roy Neary, un réparateur de câbles, voit une "soucoupe volante" passer au-dessus de sa voiture. D'autres personnes sont également témoins de ce type de phénomène : Barry Guiler, un petit garçon de quatre ans, est réveillé par le bruit de ses jouets qui se mettent en route. Cherchant à savoir d'où proviennent ces ovnis, Roy Neary se heurte aux rigoureuses consignes de silence imposées par le gouvernement fédéral. Obsédé par ce qu'il a vu et hanté par une image de montagne qu'il essaie désespérément de reconstituer, il est abandonné par sa femme Ronnie et ses enfants.
Il n'y a que Jillian, la mère de Barry, qui le comprenne. 
Parallèlement à ces événements, une commission internationale conduite par le savant français Claude Lacombe s'efforce d'en percer le mystère.

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Une évidence s'impose bientôt à eux : une forme d'intelligence extraterrestre tente d'établir un contact avec les Terriens. Indubitablement, Steven Spielberg reste probablement le cinéaste le plus talentueux de sa génération, engoncé entre George Lucas, Francis Ford Coppola et Brian de Palma. Tout au long de sa filmographie, le metteur en scène coalisera à la fois l'intelligence et le divertissement au service d'un cinéma fédérateur. Un didactisme qui n'échappe évidemment pas à Rencontres du Troisième Type. Ainsi, la première partie du film s'apparente à une sorte de fantasmagorie sur le phénomène ufologique. L'arrivée de nos chers visiteurs réactive à la fois toutes les superstitions, les peurs ancestrales, les galéjades mais aussi l'espoir de rencontrer une nouvelle civilisation.
Pour le héros principal du film, Roy Neary (Richard Dreyfuss), cette rencontre inopinée avec un vaisseau alien va bouleverser son existence.

D'un père lambda et visiblement aux abonnés absents, ce dernier se transmute en être égotiste poursuivi par cette obsession ufologique, comme si cette rencontre devait être le catalyseur de sa propre conscience. Dépitée, sa femme le quitte. Ses enfants lui échappent. Inexorablement. Mais peu importe, cette homme - redevenu un adolescent, se rend dans une vallée transformée en théâtre musical. Dès lors, Rencontres du Troisième Type se nimbe d'aspérités linguistiques et cosmologiques.
Pour amorcer le contact avec ces aliens, l'armée et le gouvernement se dotent d'un orchestre philharmonique. Magnanimes, les extraterrestres entonnent les mêmes sons syntones et ravivent cette mémoire de jadis, celle qui a vu disparaître des militaires quelque part dans le triangle des Bermudes. Vous l'avez donc compris. On tient là une oeuvre éminemment complexe qui mériterait sans doute une analyse beaucoup plus précautionneuse.
En l'état, j'espère que vous me pardonnerez pour la frugalité de cette chronique.

Note : 17.5/20

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13 janvier 2018

The Strangers - 2016 (Un vrai moment de terreur)

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans avec avertissement)
Année : 2016
Durée : 2h36

Synopsis : La vie d’un village de montagne est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués. L’enquête de police piétine alors qu’une épidémie de fièvre se propage et mène à la folie meurtrière les habitants de la petite communauté. Sans explication rationnelle à ce phénomène, les soupçons se portent sur un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attisant rumeurs et superstitions. 

La critique :

L'exorcisme au cinéma... Ou un genre qui va connaître son apogée avec le bien nommé L'Exorciste (William Friedkin, 1973). Au moment de sa sortie, cette oeuvre horrifique marque une rupture fatidique et rédhibitoire dans le cinéma d'épouvante. Pendant presque deux décennies, ce sont les productions de la Hammer qui caracolent en tête du cinéma d'horreur. Mais le public commence sérieusement à se lasser de toutes ses malédictions provenant d'outre-tombe. Dracula, Frankenstein, le loup-garou et la momie sont priés de retourner gentiment dans leurs sépulcres.
Que soit. Via L'Exorciste, William Friedkin réinvente et s'approprie le registre horrifique en visitant des contrées beaucoup plus nébuleuses. En outre, le mal et ses succubes se nourrissent de nos fêlures et des excoriations d'une société hédoniste et consumériste.

Et c'est ce qu'a parfaitement compris William Friedkin. A travers L'Exorciste, le cinéaste nous convie à plonger dans la solitude et la neurasthénie mentale de plusieurs personnages. Ainsi, la petite Regan, bientôt possédée par le démon, souffre de l'absence de son patriarche. Sa mère doit pourvoir ce rôle de paternel et déplore les errances récurrentes de son époux. Même remarque concernant le père Damien Karras, éploré depuis le décès brutal de sa mère.
Mais L'Exorciste, c'est aussi cette dissonance entre la science et la foi religieuse. Pour vaincre le mal, la famille de Regan optera pour les incantations divines. Le film de William Friedkin engendre et influence de nombreux avatars. Qu'ils se nomment Conjuring : les dossiers Warren (James Wan, 2013), Devil Inside (William Brent Bell, 2012), Le Dernier Exorcisme (Daniel Stamm, 2010), Le Dernier Rite (Peter Cornwell, 2009), ou encore L'Exorcisme d'Emily Rose (Scott Derrickson, 2005), toutes ces productions tenteront de reproduire, avec plus ou moins de méticulosité, l'uppercut asséné par le film de William Friedkin.

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En l'occurrence, le metteur en scène peut dormir tranquillement sur ses deux oreilles. 45 ans après la sortie de L'Exorciste, personne n'a pu contrarier l'hégémonie de cette pellicule horrifique. Personne ou presque... Car The Strangers, réalisé par Na Hong-jin en 2016, a bien l'intention d'intervertir cette dialectique. Scénariste et réalisateur sud-coréen, Na Hong-jin s'est déjà illustré par le passé via The Chaser (2008) et The Murderer (2010), deux thrillers qui ont eu l'heur de traverser leurs frontières asiatiques, et même de connaître une exploitation dans les salles occidentales.
Les deux longs-métrages se distinguent lors de divers festivals. Na Hong-jin devient alors la nouvelle égérie des festivals. Son style iconoclaste et brut de décoffrage ne tarde pas à éveiller la curiosité des cinéphiles avisés.

Evidemment, son troisième long-métrage, The Strangers, est attendu impatiemment par les thuriféraires. Le film est même sélectionné hors compétition lors du festival de Cannes en 2016. La majorité des spectateurs ressortent ébaubis de la séance. A fortiori, The Strangers serait le digne épigone de L'Exorciste, en réitérant les mêmes fulgurances visuelles, fantasmatiques et outrancières. Reste à savoir si cette oeuvre horrifique mérite de telles flagorneries.
Réponse à venir dans la chronique... La genèse de The Strangers remonte à 2010 juste après la sortie de The Murderer. A l'époque, Na Hong-jin aspire à visiter d'autres tortuosités du noble Septième Art. Plus question, pour le moment, de réaliser un thriller érubescent et/ou à consonance vindicative. Le cinéaste souhaite se tourner vers le genre horrifique.

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Qu'à cela ne tienne. Na Hong-jin est victime de cauchemars récurrents dans lesquels il serait question de "victimes et de leurs morts" (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Strangers_(film,_2016). Un sujet pour le moins spinescent. Opiniâtre, Na Hong-jin griffonne et ratiocine pendant plus de deux ans sur une ébauche de scénario. The Strangers doit se nimber d'une ambiance putride et mortifère. Le film a donc une vraie connotation douloureuse et personnelle puisque la vie de Na Hong-jin est émaillée par de nombreux décès... Corrélativement, le cinéaste souhaite aussi réfréner ses ardeurs.
The Strangers n'a donc pas pour vocation de réitérer les turpitudes et le machiavélisme de The Murderer. Lors de sa sortie, le film a "seulement" écopé d'une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. La distribution de The Strangers se compose de Kwak Do-won, Hwang Jeong-min, Cheon Woo-hee, Kim Hwan-hee et Jun Kunimura.

Attention, SPOILERS ! La vie d’un village de montagne est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués. L’enquête de police piétine alors qu’une épidémie de fièvre se propage et mène à la folie meurtrière les habitants de la petite communauté. Sans explication rationnelle à ce phénomène, les soupçons se portent sur un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attisant rumeurs et superstitions. L'inspecteur Jong-goo mène son enquête.
Mais bientôt, c'est sa propre fille, Hyo-jin âgée de 10 ans, qui est menacée... Premier constat, The Strangers rompt littéralement avec le didactisme ânonné par L'Exorciste et sa litanie de succédanés. Contrairement à la concurrence, The Strangers ne cloître pas une seule et unique famille dans une demeure hantée ou aux prises avec un démon particulièrement virulent.

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Cette fois-ci, l'esprit luciférien assaille et mutile toute une communauté. Pour le vaincre, les villageois devront se coaliser et s'unir. Une chimère. Bientôt, les cadavres s'entassent et c'est l'incompréhension qui domine. Dubitatif, l'inspecteur Jong-goo suspecte une sorte de troglodyte, curieusement aphonique, qui erre en solo dans sa cabane. Cet étranger semble s'adonner à des rituels méphistophéliques et serait donc le coupable tout désigné. Finalement, The Strangers, c'est un peu comme si L'Exorciste s'acoquinait avec The Wicker Man (Robin Hardy, 1973).
Bientôt, la studiosité de l'enquête est supplantée par les rumeurs, les superstitions et les galéjades. Le démon, beaucoup plus malicieux que ses hôtes d'infortune, s'ébaudit de leur ingénuité. Pis, ce dernier se joue de nos pulsions archaïques et ourdit de savants complots.

Ainsi, Na Hong-jin revisite à sa manière cette xénophobie ambiante et inhérente à chaque communauté humaine. En filigrane, c'est bien cette peur de l'étranger qui est étayée par cette pellicule terrifiante. Pour Na Hong-jin, pas question de faire monter la pression crescendo. Dès le second meurtre, le piège est posé. L'absoute est prononcée à travers un scénario malicieux et retors. Derrière des sourires angéliques et bienveillants, se tapissent sournoisement nos pulsions les plus archaïques. Le vrai mal, ce n'est pas forcément cet esprit qui frappe, sans crier gare, toute une communauté. 
Le vrai mal, c'est notre propre sournoiserie, notre propre pleutrerie et notre propre pusillanimité. Na Hong-jin opacifie son propos via plusieurs plans panoramiques via une nature primordiale. C'est d'ailleurs au coeur de cette forêt que Jong-goo et ses acolytes, le temps d'une poursuite effrénée, retrouvent leurs réflexes barbares et ancestraux. A l'instar de William Friedkin en son temps, Na Hong-jin a parfaitement cerné la quintessence du mal. Cela faisait plusieurs décennies que l'on attendait, que l'on n'osait plus y croire... Pourtant, Na Hong-jin l'a fait. 
Il a réalisé le digne épigone de L'Exorciste. Ou un vrai moment de terreur...

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

12 janvier 2018

Mondwest (Les machines au service de l'homme)

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Genre : science-fiction, western (interdit aux - 12 ans)
Année : 1973
Durée : 1h28

Synopsis : Un parc d'attractions peuplé de robots propose aux visiteurs de se replonger dans plusieurs époques. Lancés dans l'ouest sauvage, deux amis se retrouvent plongés en plein cauchemar quand l'un des androïdes se détraque et les prend en chasse...  

La critique :

Le nom de Michael Crichton n'est pas seulement associé à l'univers de la littérature, mais aussi à celui du noble Septième Art et pour cause... puisque certains opuscules du célèbre cacographe ont connu une adaptation cinématographique. C'est par exemple le cas de Le Mystère Andromède (Robert Wise, 1971), L'homme terminal (Mike Hodges, 1972), Soleil Levant (Philip Kaufman, 1993), Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993), Le Monde Perdu : Jurassic Park (Steven Spielberg, 1997), ou encore de Prisonniers du Temps (Richard Donner, 2003).
Mais Michael Crichton, c'est aussi un réalisateur, un producteur et un scénariste pour le cinéma. Ainsi, sa carrière cinématographique débute à la lisière des années 1970 via un téléfilm, Pursuit (1972), par ailleurs inédit en France.

Michael Crichton enchaîne alors avec plusieurs longs-métrages notables et notoires, entre autres Morts Suspectes (1978), La Grande Attaque du Train d'Or (1979), Looker (1981) et Runaway - L'Evadé du Futur (1983). Parmi ses thèmes de prédilection, on retrouve cette ferveur pour la technologie de masse, le consumérisme ad nauseam, une société alanguie par les progrès scientifiques, ainsi que ce complexe d'Icare. A travers de nouvelles découvertes, l'homme cherche à atteindre le divin et à jouer au Supérieur hiératique via les thèmes du clonage et de la robotisation.
Evidemment, Mondwest, réalisé en 1973, ne fait pas exception. L'air de rien, cette pellicule science-fictionnelle va influencer plusieurs générations de films et de cinéastes, notamment Terminator (James Cameron, 1984) et Robocop (Paul Verhoeven, 1987).

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En l'occurrence, les androïdes de Mondwest sont les dignes épigones de Maria, la femme robotique et dégingandée de Metropolis (Fritz Lang, 1927). Thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Si Mondwest s'est octroyé le statut de film culte avec les années, il reste néanmoins confiné dans un certain anonymat. Objectivement, le long-métrage ne soutient pas la comparaison avec des productions beaucoup plus modernes et dispendieuses. En outre, cette oeuvre science-fictionnelle, par ailleurs teintée de western, est surtout connue des cinéphiles avisés.
Présenté en compétition dans divers festivals, Mondwest essuie un camouflet mais obtient un certain succès aux Etats-Unis. Sans doute trop iconoclaste, le film préfigure, plusieurs décennies à l'avance, un monde humain bientôt régenté par le diktat de l'intelligence artificielle.

Une thématique que reprendra, bien des années plus tard, Steven Spielberg avec le bien nommé A.I. Intelligence Artificielle (2001). Ensuite, comment ne pas citer Blade Runner (Ridley Scott, 1982), un autre parangon de la science-fiction ? Le même Steven Spielberg s'inspirera à son tour du scénario de Mondwest pour le permuter en Jurassic Park, à la seule différence que ce seront des dinosaures qui viennent tarabuster des touristes dans un parc d'attractions.
Mondwest s'inscrit également dans une époque culturelle, politique, sociologique et sexuelle en plein chambardement. Le film se présente donc comme une parabole, voire même une hyperbole, de ce que l'Amérique hédoniste tendrait à devenir sous le poids de l'eudémonisme, à savoir cette curieuse juxtaposition entre l'être humain et la machine.

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En l'occurrence, difficile de différencier les deux, surtout lorsque l'androïde revêt à la fois la peau, le caractère, l'intelligence et la conscience humaine. Autrement dit, pendant que la machine s'humanise, l'homme s'abêtit et se déshumanise. C'était déjà la thématique prédominante de Metropolis. Toujours la même antienne... La distribution de Mondwest se compose de Yul Brynner, James Brolin, Richard Benjamin, Dick Van Patten, Anne Randall, Majel Barrett et Terry Wilson.
Attention, SPOILERS ! (1) 
En l'an 1983, le parc d'attractions Delos permet à ses visiteurs de se retrouver à l'époque de leur choix (romaine, médiévale ou conquête de l'Ouest), au milieu de robots presque humains. Deux hommes d'affaires, Peter Martin et John Blane, ont choisi de passer quelques jours dans le vieux Far West. 

Malgré toutes les précautions et sécurités prises dans ce parc d'attractions hyperréalistes, leur séjour ne va pas se dérouler exactement comme ils l'espéraient : peu à peu, le centre de contrôle perd tout pouvoir sur les machines (1). Bis repetita. Les robots de Mondwest ne sont, in fine, que les reliquats de Maria, l'androïde féminin de Metropolis. Ou lorsque l'intelligence artificielle se pare des attributs humains, même dans les menus détails. Indubitablement, Michael Crichton s'ébaudit de cette contiguïté, à la seule différence que ce sont les machines qui sont au service de l'homme, et non l'inverse. Mais que se passerait-il si cette intelligence artificielle prenait conscience de sa condition de servitude s'emparant, de facto, de la psyché humaine et de ses pulsions primitives ?
C'est l'essence même de Mondwest via cette polarisation sur ces instincts archaïques.

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Finalement, le parc Delos s'apparente à un immense défouloir dans lequel les participants humains peuvent massacrer et satisfaire leur soif de pouvoir en toute impunité. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si le western et les époques gréco-romaines sont privilégiés. Ces deux époques, à priori antagonistes, marquent aussi la quintessence de cette primauté antédiluvienne. Le temps d'un séjour, Peter Martin et John Blane peuvent jouer à la fois les shérifs, les criminels et les renégats sans jamais sourciller.
Mais la dialectique, pourtant sous l'égide de scientifiques aguerris, tend à s'inverser. Dans un premier temps, c'est un ophidien, pourtant sous contrôle électronique, qui vient se regimber et mordre l'un de nos vacanciers. Puis, c'est Yul Brynner, grimé en robot cowboy, qui s'insurge à son tour contre nos deux comparses d'infortune. Malgré ses quarante-cinq années au compteur, le propos de Mondwest reste d'une étonnante actualité. A force de sombrer dans l'hédonisme et le consumérisme, l'humanité finira par s'avilir jusqu'à s'atrophier. Inexorablement.
Pour l'anecdote, Mondwest se transmutera en diptyque avec Les Rescapés du Futur (Richard T. Heffron, 1976), une suite hélas beaucoup moins éloquente.

 

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mondwest

11 janvier 2018

Squirmfest (Un dernier ver pour la route ?)

Squirmfest

Genre : pornographique, trash, extrême, scat-movie (interdit aux - 18 ans)
Année : 1989
Durée : 1h20

Synopsis : Une jeune femme se livre à des expériences urophiles et scatophiles extrêmes tout en dégustant des insectes grouillants sous les caméras d'une équipe de tournage underground. 

La critique :

Amis de l'art et de la délicatesse, je vous salue bien bas. Alors, ces fêtes se sont bien passées ? Pas trop ballonnés, pas trop vaseux ? Au niveau digestif, tout va bien ? Bon, tant mieux parce qu'aujourd'hui, vous allez avoir besoin d'un estomac en béton armé pour parcourir (ou subir plutôt) cette nouvelle chronique malodorante. Après NF713 et sa violence terrassante, poursuivons donc notre ascension sur l'échelle de l'ignominie cinématographique pour arriver aux sommets vertigineux où trône l'invraisemblable Squirmfest. Cet objet filmique infamant est considéré par certains comme l'oeuvre la plus extrême (comprenez écoeurante) jamais réalisée. L'est-elle encore aujourd'hui ?
Certainement plus, mais à l'époque où il fut conçu, ce "film" se positionnait sans aucun doute à la place peu glorieuse de numéro un au top de l'abjection projetée sur pellicule. Incontestablement, nous tenons là un énorme poids lourd du cinéma trash dans ce qu'il a de plus infect et de repoussant. 
Squirmfest est un film absolument dantesque de par le spectacle décadent qu'il propose. Lointain ancêtre des Vomit Enema Ecstasy et autres Gusomilk, cette monstruosité filmique a été réalisée en 1989 par Susumu Saegosa, un illustre inconnu dont la "renommée" n'aura pas dépassé la (très relative) notoriété de Squirmfest.

Cinéma Choc étant par définition l'endroit propice pour présenter ce genre de... chose, je n'avais d'autre choix que de vous imposer la présence fortement incommodante du susdit Squirmfest. Ma foi, cette chronique aura peut-être le mérite de faciliter votre transit intestinal ou de soulager vos nausées stomacales au sortir de ces fêtes de fin d'année en vous faisant vous précipiter directement aux toilettes ! Plus puissant qu'un Dulcolax (le soir Dulcolax, le matin relax), plus efficace qu'une biture d'un samedi soir, plus infaillible qu'un parfum de fosse septique, Squirmfest est la solution qu'il vous faut pour soulager vos encombrements passagers. Un peu d'humour pipi caca pour vous mettre dans l'ambiance... Mais trêve de plaisanterie, passons aux choses sérieuses.
Peut-on réellement qualifier cette pellicule de film ? Difficile à dire. Nous avancerons un timide "oui", dans la mesure où le réalisateur a tenté d'instaurer un (petit) semblant d'histoire ; nous affirmerons un très gros "non" car cette histoire ne contient aucun scénario, aucune trame digne d'intérêt sinon d'aligner un maximum de scène outrageantes. Et on ne pourra pas compter sur de quelconques efforts artistiques dans la mise en scène comme un Tohjiro ou un Amano savent le faire.

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Ici, nous sommes en plein dans un tournage amateur ultra underground, brut de décoffrage, sans fioritures. L'ignoble est montré en détail et en gros plans sous l'oeil complaisant d'une caméra voyeuriste qui semble se délecter du spectacle vomitif qu'elle propose. Tourné en vidéo, le film possède pour tout décor une pièce minimaliste où les exactions se déroulent à un rythme effréné. La victime de ces exactions ? Une seule et unique jeune femme soumise corps et âme aux affres des humiliations. Humiliations qu'elle a l'air de prendre plutôt sereinement puisqu'elle s'y soumet avec un plaisir non dissimulé et une évidente lubricité. Attention spoilers : Dans une grande pièce où trône un piano, une jeune femme est assise à une table. D'entrée et pour se mettre en condition, elle déguste goulument une assiette de spaghettis assaisonnée d'asticots gluants. Pour faire passer le tout, elle boit un grand verre de lait où baignent des vers de terre. Puis, un domestique vêtu d'un smoking lui amène une partition et elle commence à jouer au piano. Prise de convulsions et d'hallucinations, la jeune femme commence à uriner tout en se représentant le maître d'hôtel avec la tête de Groucho Marx (!).
Aussitôt, elle se retrouve accroupie obligée d'uriner et de déféquer sur le plancher. L'homme la force à ingurgiter ses excréments puis à les manger comme un animal, à même le sol. La scène est filmée sous toutes les coutures par une l'équipe technique où l'on voit clairement le cameraman, le preneur de son et d'autres techniciens s'agiter autour de l'actrice.

Par la suite, la femme se retrouve allongée alors qu'un participant lui défèque un énorme étron dans la bouche tout en l'étalant sur son visage. Arrivent les scènes de sexe (obligatoires) où fellation, pénétration et sodomie se déroulent au milieu des déjections laissées préalablement par la demoiselle. Après ces ébats vomitifs, la performeuse pisse dans une cuvette afin de boire son urine. On la replace au piano sur un coussinet recouvert d'aiguilles qui lui perforent le fessier, ce qui ne l'empêche toutefois pas de jouer malgré la douleur procurée. Le film est alors interrompu pour présenter une sorte de making of où l'on voit acteurs et membres de l'équipe technique s'adonner à de la dégustation d'excréments, ou au tournage d'autres scènes qui ont dû être coupées par la suite.
J'avoue ne pas avoir saisi le but de cette coupure dans le déroulement du métrage, mais Saegosa n'est pas du genre à se préoccuper de ce genre de détail. Pour la scène finale, nous retrouvons les deux protagonistes en tenue de soirée, à nouveau attablés. Si l'homme se contente d'un repas normal, la jeune femme, elle, devra déguster de gros cafards vivants qu'elle fera craquer sous ses dents face à une caméra qui s'approche au plus près de l'orifice buccal.

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Le final sera tout autant ubuesque que le métrage lui-même puisqu'un acteur, sortant de nulle part et habillé en chef cuisinier, concoctera le désert : un mélange d'urine, d'asticots et de cafards passés au robot mixeur. En ressortira une texture blanchâtre que l'actrice avalera sans rechigner jusqu'à la dernière goutte. Au fait, si vous vous apprêtez à passer à table, je vous souhaite un bon appétit ! Ah, le bon goût des oeuvres nippones ; j'étais sûr que ça vous manquait... Avec Squirmfest, Cinéma Choc confirme un peu plus encore sa réputation et son patronyme. Le fait que ce film n'ait absolument aucun intérêt est moins important que le témoignage édifiant qu'il apporte.
Nous avons ici la preuve vivante (et puante) que "l'art" du cinéma extrême ne date pas d'aujourd'hui. Cette immondice filmique affiche bientôt trente ans au compteur et pulvérise en matière d'indécence, la quasi-totalité de la production underground actuelle. Je devine que vos poils doivent se hérisser en lisant le mot "art" employé dans cette chronique. Contre-art devrait être le terme plus approprié. Un objet visuel aussi répugnant et underground ferait passer sans problème les films de John Waters pour des blockbusters hollywoodiens lisses et aseptisés.

Que peut-on dire qui ne soit pas à charge ou à l'encontre de cet objet tout entier dédié à l'apologie de la souillure ? Pas grand-chose. Stylistiquement, le métrage se déroule dans les brumes incertaines produites par les images d'un caméscope des années 80, rendant encore plus obscur le résultat à l'écran. Susumu Saegosa n'a pas non plus pris la peine d'écrire une ligne de scénario, ou était-il sous l'emprise de substances illicites ? Que représentent les visions hallucinogènes de la jeune femme lorsqu'elle joue du piano ? Qu'est-ce que Groucho Marx vient faire dans ce délire ? Nous n'en saurons rien. Le reste, ce n'est que du trash, encore du trash, toujours du trash.
Surpuissant certes mais sans aucune intention de développer le début du commencement d'une histoire. L'actrice-performeuse a l'air d'être là en touriste, faisant là où on lui dit de faire, sans transmettre une once d'émotion ou d'empathie au spectateur. Quant à ses partenaires (sans doute des potes du réalisateur qui étaient au chômage), ils font office de faire valoir et de bouche-trous, cela dit sans jeu de mot mal placé. Reste pour le "metteur en scène", le plaisir jouissif et dégénéré d'étaler de la merde à l'écran.

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Au sens propre comme au figuré. s'en suivent donc, et de manière ininterrompue, des scènes paroxystiques de débauche, d'humiliation, d'avilissement et d'atteintes à la dignité humaine. Car le métrage repousse loin, très très loin les limites de l'abjection puisqu'à la déjà insoutenable coprophagie, il accable le spectateur par des détails ignominieux en ajoutant l'absorption de vers et de cafards aux dimensions impressionnantes. Confinant au néant artistique, dénué de toute velléité (même un tant soit peu) de création, pourquoi donc j'ai du mal à qualifier de film, a-t-il les faveurs d'un article ici et aujourd'hui ? Deux raisons à cela : tout d'abord son extrême rareté qui fait, qu'à ma connaissance, aucun blog français n'en a jamais parlé. Une fois de plus, Cinéma Choc est et restera le premier à avoir publié la chronique d'un film rarissime et inconnu de l'immense majorité des cinéphiles.
Et puis, il y a ce niveau démentiel de dépravation qui fait de Squirmfest l'une des oeuvres les plus dégradantes jamais réalisées. Rien qu'à ce titre, cet infâme objet filmique mérite sa présence dans nos colonnes... sans pourtant que nous n'en méritions une médaille ! 
Voilà, j'espère que avez passé un bon moment de lecture relaxante et laxatif en compagnie de Squirmfest, l'ultime cauchemar en date (mais certainement pas le dernier) de Cinéma Choc.

Note :  ?

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10 janvier 2018

Haute Tension ("Je ne laisserai plus jamais personne se mettre entre nous !")

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2003
Durée : 1h31

Synopsis : Marie, une étudiante de vingt ans, révise ses examens dans la ferme isolée des parents de sa meilleure amie. En l'espace d'une nuit, un tueur, qui ignore son existence, assassine à tour de rôle les membres de cette famille... 

La critique :

Le cinéma français n'a jamais montré de réelles aspérités pour le registre horrifique. Seuls George Franju (le magnifique et onirique Les Yeux Sans Visage en 1960) et Jean Rollin (La Vampire Nue, Le frisson des vampires, Lèvres de sang, Les raisins de la mort, La Nuit des traquées...) ont attesté de réelles dispositions pour le genre épouvante. Par la suite, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à la fin des années 1990 pour voir poindre, de nouveau, le registre horrifique dans nos contrées hexagonales. Ainsi, des productions putassières telles que Promenons-nous dans les bois (Lionel Delplanque, 1999) et Brocéliande (Doug Headline, 2002) marchent directement dans le sillage et le continuum de Scream (Wes Craven, 1996) et Le Projet Blair Witch (Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, 1999). Hélas, la comparaison avec ces grands classiques de l'épouvante s'arrête bien là.

Verdict : le cinéma d'horreur français ne convainc pas et n'ameute pas spécialement les foules dans les salles. Le chef d'oeuvre putride et méphitique de George Franju (donc Les Yeux Sans Visage... Bis repetita...) fait figure d'exception. Exception qui confirme la règle. Matois, Alexandre Aja, le fils d'Alexandre Arcady, aspire à intervertir cette didactique. Dans les années 1980, Alexandre Aja épouse une carrière d'acteur éphémère via des rôles subsidiaires dans les films de son paternel, notamment dans Le Grand Pardon (1982), Le Grand Carnaval (1983), L'Union Sacrée (1989) et Le Grand Pardon 2 (1992). Puis, Aja se tourne vers le court-métrage et signe sa toute première réalisation, Over the Rainbow (1997), avec la collaboration de Grégory Levasseur.
Présenté dans divers festivals, cette comédie dramatique teintée d'épouvante et d'érubescences attise immédiatement la curiosité et même un certain enthousiasme. 

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Alexandre Aja et Grégory Levasseur n'ont jamais caché leur fascination pour l'horreur à l'ancienne. C'est dans ce contexte qu'ils imaginent, ratiocinent et griffonnent un script assez laconique sur deux jeunes femmes claustrées dans une maison, puis assaillies par un tueur sanguinaire. Ce sera Haute Tension, sortie en 2003. Le long-métrage est conçu comme une sorte d'hommage et de bréviaire à toutes ces productions rougeoyantes des années 1970, entre autres Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), Délivrance (John Boorman, 1972) et La Colline A Des Yeux (Wes Craven, 1977).
Le film a également pour vocation de réveiller un cinéma d'horreur français apathique, voire même d'ébranler le diktat imposé par l'industrie hollywoodienne et sa panoplie et de slashers, de torture porn, de préquelles et de remakes.

Hélas, Haute Tension se soldera par un bide commercial en France. Que soit. Le métrage se distingue dans divers festivals. Il remporte le Grand Prix du film fantastique européen, ainsi que les prix du meilleur réalisateur et des meilleurs maquillages (pour Giannetto De Rossi) lors du Festival international de Catalogne en 2003 (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Haute_Tension_(film,_2003). De surcroît, le film d'Alexandre Aja n'est pas sans raviver l'intérêt de certains producteurs américains. Par la suite, le cinéaste s'expatriera chez l'Oncle Sam pour réaliser des projets beaucoup ambitieux et dispendieux, notamment le remake éponyme de La Colline A Des Yeux en 2006 et Piranha 3-D (2010). Pour Alexandre Aja, Haute Tension constitue et restera une étape prééminente dans sa carrière prolifique. Conjointement, cette oeuvre gore et horrifique inspire à son tour d'autres longs-métrages d'épouvante. 

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Ils (Xavier Palud et David Moreau, 2005), La Meute (Franck Richard, 2009), Frontière(s) (Xavier Gens, 2007), ou encore Martyrs (Pascal Laugier, 2009) sont autant de tentatives, plus ou moins éloquentes, d'exhumer l'horreur à la française de son sépulcre. Le réveil sera néanmoins de courte durée. En l'occurrence, le tournage de Haute Tension sera loin d'être une sinécure pour les acteurs. Plusieurs accidents et de nombreuses intempéries ponctuent régulièrement le tournage. La distribution du film se compose par ailleurs de Cécile de France, Maïwenn, Philippe Nahon, Franck Khalfoun, Andreï Finti, Oana Pellea et Jean-Claude De Goros.
Attention, SPOILERS ! Marie, une étudiante de vingt ans, révise ses examens dans la ferme isolée des parents de sa meilleure amie, Alex, dont elle est secrètement amoureuse.

En l'espace d'une nuit, un tueur, qui ignore son existence, assassine à tour de rôle les membres de cette famille... A l'aune de cette exégèse, difficile réellement de s'extasier devant un synopsis aussi rudimentaire. Par ailleurs, Haute Tension sera même accusé de plagiat. 
Le film d'Alexandre Aja s'inspire d'un autre téléfilm horrifique, sobrement intitulé Intensity (Stephen Tolkin, 1997). Une réprobation qu'Aja a toujours récusée... En outre, Haute Tension renoue arrogamment avec le slasher des années 1970 dans cette volonté farouche de verser complaisamment dans l'horreur et les séquences de carnage brutes de décoffrage. En France, personne - ou presque... - n'avait montré une telle outrecuidance. Malicieux, Alexandre Aja et Grégory Levasseur vont directement à l'essentiel via un scénario basique, un lieu conventionnel (une demeure parentale) et des personnages eux aussi prosaïques (deux étudiantes en pleine séance de révision...).

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Une fois le décor et les personnages plantés, place désormais aux inimitiés ! Là où la plupart des films d'horreur se polarisent à la fois sur les victimes et les bourreaux, Haute Tension se focalise avant tout sur un seul et unique personnage, Marie, une jeune femme à priori avenante et courtoise, interprétée par l'excellente Cécile de France. A partir de là, Alexandre Aja peut s'ébaudir de son principal protagoniste, jouer avec ses propres fantasmes et confronter Marie à ses pulsions les plus reptiliennes (la peur, la colère et l'incompréhension entre autres...), le tout corseté par une pointe d'érotisme (Cécile de France en pleine séance d'onanisme...).
La grande force de Haute Tension repose indubitablement sur sa mise en scène, réalisée avec maestria et un grand savoir-faire.

Qu'Alexandre Aja se rassérène... Il est le digne épigone de son patriarche. Si Haute Tension s'achemine sur la même trajectoire mortifère que Massacre à la Tronçonneuse et consorts, il ne possède pas, à l'inverse, leurs arguties politiques et/ou idéologiques. Le film d'Aja ne cherche pas à distiller un message ou un quelconque ressort sociologique. De facto, difficile de ranger Haute Tension parmi ces chocs cinéphiliques qui marquent durablement les persistances rétiniennes. In fine, le scénario, en mode alambiqué, ne manquera pas de désarçonner dans sa révélation finale.
Non Haute Tension ne délivre pas l'uppercut annoncé et ne mérite sans doute pas autant de dithyrambes. Cependant, le film a au moins le mérite de réveiller une horreur à la française jusqu'ici moribonde et de prouver, au monde entier, que notre cinéma hexagonal peut visiter d'autres tortuosités. C'est déjà pas mal.

Note : 13/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

09 janvier 2018

Live Feed (L'abattoir humain)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2006
Durée : 1h17

Synopsis : Un groupe de cinq amis (trois filles et deux gars) connaissent quelques péripéties lors d'un voyage en Asie. Alors qu'ils sont à l'intérieur d'un bar de danseuses, l'un d'entre eux passe près de se faire tirer par un chef de gang. Quelque peu ébranlé, le groupe se dirige ensuite vers un cinéma pour adultes. La cocaïne est alors au rendez-vous et le désir sexuel de certains d'entre eux atteint des sommets. Cependant, l'endroit est crasseux et n'est pas ce qu'il y a de plus invitant pour s'envoyer en l'air. Un couple du groupe se loue une chambre spécifiquement pour la chose. Lorsqu'ils se rendent enfin compte de la véritable nature de l'endroit, il est déjà trop tard.  

La critique :

Réalisateur, scénariste et producteur, Ryan Nicholson n'a jamais caché sa fascination pour le cinéma trash, gore et extrême. En outre, le cinéaste américain affectionne tout particulièrement le cinéma indépendant et ses pellicules impécunieuses. Sa carrière cinématographique débute vers le milieu des années 2000 avec Torched (2004), un premier film qui signe immédiatement de réelles dispositions pour l'horreur et ses fantaisies érubescentes.
Impression corroborée par ses longs-métrages suivants, notamment Gutterballs (2008) qui reste son oeuvre la plus proverbiale, mais aussi Necrophagia : Nightmare Scenarios (2004), La Petite Mort (2009), Hanger (2009), Star Vehicle (2010), Famine (2012), Blood Valley : Seed's Revenge (2012) et Collar (2014). Vient également s'ajouter Live Feed, sorti en 2006.

A l'époque, ce troisième long-métrage profite du succès pharaonique de Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006). 
Les deux pellicules initiées par James Wan et Eli Roth signent le grand retour du torture porn, un registre pornographique qui avait déjà connu son apogée durant les années 1970, avec plusieurs cinéastes notoires, entre autres Tobe Hooper (Massacre à la Tronçonneuse, 1974) et Wes Craven (La Dernière Maison sur la Gauche en 1972 et La Colline A Des Yeux en 1977). A travers Live Feed, Ryan Nicholson réalise son "Hostel" à lui puisque le film renâcle, sans ambages, du côté de ce torture porn produit par Quentin Tarantino.
Mais que Ryan Nicholson se rassérène. 
D'autres réalisateurs opportunistes tenteront de réitérer les mêmes fulgurances rougeoyantes. 

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Que ces films se nomment Wolf Creek (Greg McLean, 2006), Hoboken Hollow (Glen Stephens, 2006), ou encore Borderland (Zev Berman, 2008), tous tenteront de marcher dans le sillage et le continuum d'Hostel premier du nom. De facto, Live Feed doit donc se colleter avec une concurrence pléthorique. A travers cette nouvelle production fauchée comme les blés, Ryan Nicholson va-t-il parvenir à impacter durablement les persistances rétiniennes ? Réponse à venir dans la chronique.
En l'occurrence, le cinéaste n'a jamais été réputé pour sa bienséance ni pour faire dans la dentelle. A l'instar de Torched, son tout premier film, Live Feed n'a pas pour vocation de verser dans la pudibonderie ni dans les règles de convenance. Tel 
est par ailleurs l'apanage de Ryan Nicholson. En outre, la distribution du long-métrage risque de ne pas vous grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Kevan Ohtsji, Taayla Markell, Stephen Chang, Colin Foo, Greg Chan et Rob Scattergood ; mais j'en doute...

Attention, SPOILERS ! (1) Un groupe de cinq amis (trois filles et deux gars) connaissent quelques péripéties lors d'un voyage en Asie. Alors qu'ils sont à l'intérieur d'un bar de danseuses, l'un d'entre eux passe près de se faire tirer par un chef de gang. Quelque peu ébranlé, le groupe se dirige ensuite vers un cinéma pour adultes. La cocaïne est alors au rendez-vous et le désir sexuel de certains d'entre eux atteint des sommets. Cependant, l'endroit est crasseux et n'est pas ce qu'il y a de plus invitant pour s'envoyer en l'air. Un couple du groupe se loue une chambre spécifiquement pour la chose. 
Lorsqu'ils se rendent enfin compte de la véritable nature de l'endroit, il est déjà trop tard (1). A l'aune de cette exégèse, difficile - encore une fois - de ne pas songer à Hostel. Seul menu détail, les animosités ne se déroulent plus dans une ville fictive de l'Europe de l'Est, mais quelque part en Asie. 

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Pour le reste, Live Feed suit le même didactisme rédhibitoire. Suite à une rixe dans un bar, plusieurs étudiants tentent d'oublier ce petit incident en allant copuler dans un cinéma pornographique (je renvoie au synopsis). Mais l'endroit est diligenté par la mafia locale. Des clients opulents et peu scrupuleux sont prêts à débourser leur pécune pour assister béatement à des séances de mutilations, de tortures, d'agapes et de priapées. Hagards, Miles, son énamouré et le reste de la bande ne sont pas au bout de leurs surprises. Une fois sur place, ils doivent se démancher avec une sorte de bibendum de plus de deux mètres sévèrement cagoulé. Après avoir subi tout un tas d'ignominies et d'impudicités, leurs corps et leur chair sont précautionneusement découpées pour être ensuite revendus par un boucher peu amène. Tel est le sort mortifère et peu enviable qui les attend.

Vous avez baillé durant cette longue exégèse ? Rassurez-vous, c'est normal ! Bienvenue dans Live Feed ! A aucun moment, le film de Ryan Nicholson ne parvient à faire sourciller la concurrence. Eli Roth et ses fidèles prosélytes peuvent dormir tranquillement sur leurs deux oreilles tant Live Feed brille par sa vacuité, son amateurisme et son inanité. Pour le spectateur avisé, il faudra faire preuve de longanimité et patienter un long moment avant de voir une première séquence de débauche.
Ainsi, la première partie du film s'apparente à une longue exhibition des divers protagonistes. Hélas, et vous vous en doutez, ces derniers ne présentent aucun intérêt. En outre, il faudra donc se contenter de protagonistes libidineux qui ne pensent qu'à coïter. 
A contrario, Live Feed retrouve un peu de fougue et de virulence lorsque Ryan Nicholson décide enfin à passer aux inimitiés.

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Côté boucherie et autres réjouissances, Live Feed n'a rien à envier à Hostel et à ses nombreux succédanés. Au détour d'une saynète élusive, c'est un ophidien qui est dissimulé, via un tube transparent et opaque, dans la cavité buccale d'une pauvre mijaurée. D'emblée, on reconnaît le style atypique (et amateur) de Ryan Nicholson. On relève donc de nombreuses digressions et ellipses au niveau scénaristique. Même remarque concernant la mise en scène, d'une frugalité étonnante.
Concernant les effets spéciaux, là aussi, il faudra faire preuve de tolérance et de circonspection. Si un certain effort a été déployé au niveau des maquillages et des effets spéciaux, certaines tortures laissent sacrément à désirer. A l'image de toutes ces têtes en plastique savamment sectionnées. Faute de budget, Ryan Nicholson utilise essentiellement des prothèses. Difficile de ne pas percevoir la plasticité ainsi que la sobriété des turpitudes perpétrées. Finalement, Ryan Nicholson est égal à lui-même et verse arrogamment dans la série B écervelée. C'est tout ce qu'il y a à retenir de Live Feed.
Sans sa deuxième partie, par ailleurs en apothéose, le film aurait sans doute sombré dans les méandres de la fastidiosité et échappe de justesse à la mention "naveton" avarié.

 

Note : 06.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.horreur-web.com/livefeed.html

 

 

08 janvier 2018

The Horseman - 2008 (J'irai cracher sur vos tombes !)

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Genre : action, thriller (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h36

Synopsis : Traumatisé par la mort de sa fille victime d'une overdose, Christian découvre une vidéo pornographique dans laquelle cette dernière est présente tout en étant droguée. Il cherche alors à se venger en tuant tous ceux qui se rattachent à cette vidéo. En même temps, il rencontre une adolescente qu'il prend en stop. 

La critique :

Les thèmes de la vengeance et de la loi du Talion ont toujours inspiré le noble Septième Art. Que soit sous l'égide de Sam Peckinpah (Les Chiens de Paille, 1971) qui abhorre cette pulsion virulente et inhérente à la condition humaine, sous la férule de Park Chan-Wook (Old Boy, 2003 et Lady Vengeance, 2005), ou encore sous le regard avisé de James Wan (Death Sentence, 2007), la vengeance constitue, la plupart du temps, l'apanage du cinéma d'action.
De temps à autre, cette thématique se pare de velléités science-fictionnelles (V pour Vendetta, James McTeigue, 2005) et même d'aspérités horrifiques (Phantom of the Paradise, Brian de Palma, 1974). Bref, la vengeance reste une thématique oecuménique et intemporelle qui continue d'alimenter la controverse. On pouvait donc légitimement se demander de quelle manière The Horseman, réalisé par les soins de Steven Kastrissios en 2008, allait agrémenter cette même thématique.

D'autant plus que le long-métrage n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures et a dû se contenter d'une sortie furtive dans les bacs à dvd. Visiblement, The Horseman semblait condamné à croupir dans les méandres de la fastidiosité. Sauf que... le film a eu l'occasion de s'illustrer dans divers festivals. S'il n'a obtenu aucune récompense, il a laissé, à l'inverse, un souvenir indélébile auprès du public et de critiques unanimement panégyriques.
Reste à savoir si cette oeuvre vindicative mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans la chronique... De surcroît, Steven Kastrissios est lui aussi inconnu au bataillon. Il faut se rendre sur le site IMDb (source : http://www.imdb.com/name/nm2704895/) pour obtenir quelques informations élusives sur ce metteur en scène.

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A priori, The Horseman constitue sa toute première réalisation. Depuis, Steven Kastrissios s'est montré plutôt discret. Le cinéaste a effectué un retour impromptu récemment avec la sortie de Badlands en 2017. A fortiori, Steven Kastrissios n'est donc pas un auteur prolifique. Mais ne nous égarons pas et revenons à la distribution de The Horseman. Cette dernière se compose essentiellement d'acteurs méconnus du grand public. Donc, si quelqu'un connaît les noms de Peter Marshall, Caroline Marohasy, Brad McMurray, Jack Henry, Evert McQueen, Christopher Sommers, Bryan Probets, Steve Tandy et Chris Betts ; merci de me téléphoner de toute urgence !
Mais trêve de plaisanterie et place à l'exégèse du film. En outre, le synopsis du long-métrage est plutôt laconique et tient sur trois petites lignes.

Attention, SPOILERS ! Alice rencontre Christian qui la prends en stop et ils décident de faire un bout de chemin ensemble. Ce qu'Alice ignore, c'est que Christian est à la recherche des membres d'une équipe de tournage de film X, à la suite duquel sa fille décéda d'une overdose. Ils se retrouvent alors pris dans une spirale de violence que personne ne pourra arrêter. A l'aune de cette exégèse, rien ne distingue The Horseman de la litanie de vigilante movies qui sortent à profusion dans les bacs à DTV (direct-to-video). A fortiori, la pellicule de Steven Kastrissios n'est qu'un nouveau succédané d'Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974) et d'A Vif (Neil Jordan, 2007).
La question consiste donc à se demander comment The Horseman va parvenir (ou non)  à renouveler un sujet à la fois spinescent et rébarbatif. Sur le fond, aucunement. 

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Pourtant, en dépit d'évidentes apparences, The Horseman renvoie, avec une aisance déconcertante, toute cette concurrence pléthorique dans ses pénates. Prière de phagocyter toute idéologie politique et idéologique, comme c'était parfois le cas dans A Vif et Un Justicier dans la Ville, au profit d'une production qui se veut être le plus réaliste possible. Par certaines accointances, The Horseman n'est pas sans rappeler la brutalité, l'impartialité et l'âpreté de Dead Man's Shoes (Shane Meadows, 2004). Toutefois, le film de Steven Kastrissios n'a pas vraiment pour vocation de présenter longuement ses divers protagonistes via une introduction cérémonieuse.
Ainsi, les premières minutes du film placent immédiatement les belligérances au coeur de l'intrigue. Un quinquagénaire et père de famille, Christian, est sur la piste de ceux qui ont participé de près ou de loin au meurtre de sa fille.

Aux dernières nouvelles, cette dernière officiait sur le tournage d'un film pornographique. Sous l'effet de substances illicites et après avoir subi de nombreuses impudicités, la jeune femme succombe. Son corps tuméfié git quelque part dans la pénombre. Bien triste oraison funèbre. Contrairement aux héros invincibles habituels, Christian est un homme simple et avant tout un père éploré par la mort de sa fille. Pour lui, ses actions spectaculaires sont censées corroborer sa soif inextinguible de vengeance. Or, à chaque nouvel endroit, à chaque nouvelle victime (par ailleurs atrocement suppliciée), la réponse est toujours analogue. Personne n'a forcé la fille de Christian à se droguer et à participer au tournage d'un film pornographique. Corrélativement à cette débauche de violence, se posent donc les questions de la responsabilité et de la culpabilité.

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Comment Christian a-t-il pu laisser sa fille s'escarper du domicile familial et tomber entre les mains de vils proxénètes ? De facto, n'est-il pas lui aussi responsable de sa mort et de cette lente déréliction ? Autant d'interrogations qui se posent en filigrane. En dépit de ce cheminent inextricable et à vocation meurtrière, Christian arbore un visage humain. De facto, le spectateur est prié à prendre fait et cause pour ce patriarche contristé. A contrario, Christian remet parfois en cause ce parcours escarpé, surtout lorsqu'il entraîne - malgré lui - une certaine Alicia, une jeune femme du même âge que sa fille. Voilà pour l'ensemble des inimitiés ! Vous l'avez donc compris.
Personne ou presque n'attendait The Horseman. Et pourtant le film de Kastrissios remplit doctement son office et n'a pas à rougir de la comparaison avec les grands classiques du vigilante movie. Brutal, sanglant et viscéral, le film de Steven Kastrissios ne fait pas vraiment dans la demi-mesure et s'adresse, par conséquent, à un public averti. Surtout dans sa dernière partie en mode apocalyptique. Même les acteurs, en particulier Peter Marshall (dans le rôle de Christian), resplendissent devant la caméra rougeoyante de Steven Kastrissios. Malicieux, le cinéaste adopte un ton quasi documentaire et agrémente sa pellicule de teintes vespérales. Seul petit bémol, The Horseman reste d'une étonnante frugalité narrative. Le film n'ébranlera donc pas l'hégémonie imposée par Shane Meadows et son Dead Man's Shoes, mais c'est vraiment histoire de ratiociner...

 

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

07 janvier 2018

La Dernière Maison sur la Gauche - 1972 (Un petit détour dans les bois)

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Genre : horreur, gore, slasher, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 1972
Durée : 1h21

Synopsis : Les Collingwood possèdent une maison isolée, sur les berges d'un paisible lac. Leur fille, Mari, et sa copine Paige ne vont pas tarder à se faire enlever par un psychopathe évadé, Krug, sa compagne Sadie, son frère Francis et son fils, Justin. Laissée pour morte, Mari tentera de rejoindre à la nage la demeure familiale, sa dernière chance de survie. 

La critique :

A tort, La Dernière Maison sur la Gauche, réalisée par Wes Craven en 1972, est considérée comme le tout premier rape and revenge. Pourtant, à l'origine, le long-métrage est le remake de La Source (1960) d'Ingmar Bergman. Nébuleux, le film originel propose un voyage aux contrées des ténèbres. Or, ce crépuscule ne vient pas se nimber de décors ombrageux et n'a pas d'aspérités ténébreuses. A contrario, le "mal" se produit au coeur d'une forêt et au sein d'une nature primordiale. Ou lorsque les pulsions satyriasiques d'une bande de tortionnaires retrouvent leur archaïsme bestial et primaire lors d'une agression sur une adulescente. Or, le viol et les diverses impudicités se déroulent à la lisière d'une rivière. Cette source constitue l'autre personnage prééminent du film.
Dès lors, La Source s'auréole de symboliques mortifères criant haro et vengeance sur ces agresseurs haillonneux.

De surcroît, le film se veut éminemment complexe, la forêt devenant à son tour un protagoniste mystique et métaphysique à part entière. Wes Craven admire et encense cette pellicule inconvenante. La Source devient alors l'ancêtre du rape and revenge puisque le cinéaste souhaite adapter cette histoire via un remake. Ce sera La Dernière Maison sur la Gauche. Ironie du sort. A l'orée des années 1970, le métrage de Wes Craven se transmute en une production impudente et iconoclaste qui vient sonner le tocsin de la révolution sexuelle, culturelle et sociologique dans le monde occidental.
La guerre du Vietnam et le scandale du Watergate, entre autres, deviennent les nouvelles cibles d'une jeunesse à la fois insoumise, dissidente, pacifiste et hédoniste en pleine rémission contre le système protectionniste et patriarcal de jadis.

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En l'occurrence, La Dernière Maison sur la Gauche constitue aussi le tout premier long-métrage de Wes Craven, encore étudiant à l'époque. Matois, le jeune cinéaste requiert la dextérité et l'érudition de Sean S. Cunningham à la production. Ce dernier l'ignore encore. Mais dix ans plus tard, il revêtira les oripeaux de Vendredi 13 (1980) et proposera un slasher délicieusement érubescent, dans la lignée et la foulée d'Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978).
Par la suite et à l'instar de John Carpenter, Wes Craven s'arrogera la couronne du maître de l'épouvante via plusieurs pellicules notoires, notamment La Colline A Des Yeux (1977), Les Griffes de la Nuit (1984) et la saga Scream. Quant à La Dernière Maison sur la Gauche, le film ouvre la boîte de Pandore et inspire de nombreux succédanés.

Que ce soit Crime à Froid (Bo Arne Vibenius, 1974), Le dernier train de la nuit (Aldo Lado, 1975), La Louve Sanguinaire (Rino Di Silvestro, 1976), Oeil pour Oeil (Meir Zarchi, 1978), ou encore L'Ange de la Vengeance (Abel Ferrara, 1981), toutes ces productions marqueront durablement les persistances rétiniennes et s'octroieront le statut de film culte. Evidemment, La Dernière Maison sur la Gauche n'échappe pas à une telle rhétorique. D'autant plus que le long-métrage de Wes Craven suscite la polémique, les invectives et les controverses.
Souvent considéré comme l'un des films les plus violents de toute l'histoire du cinéma, La Dernière Maison sur la Gauche devient la production à abattre. Le métrage écope d'une interdiction d'exploitation au Royaume-Uni. 

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Wes Craven doit également supporter les invectives et les anathèmes. Il lui faudra cinq longues années avant de rebondir. Mais le cinéaste n'en a cure. Toutes ces saillies ne l'empêcheront pas de réaliser une autre pellicule âpre, violente et condescendante : La Colline A Des Yeux. Ironie du sort, La Dernière Maison sur la Gauche connaîtra à son tour un remake éponyme en 2009, réalisé par Dennis Iliadis et produit par les soins de Wes Craven qui souhaite superviser les opérations.
La distribution de cette première version se compose de Sandra Cassel, Lucy Grantham, David Hess, Fred J. Lincoln, Jeramie Rain et Marc Sheffler. A noter aussi l'apparition furtive de Steve Miner, le futur réalisateur de Warlock (1989), dans le rôle d'un hippie. Attention, SPOILERS ! Les Collingwood possèdent une maison isolée, sur les berges d'un paisible lac.

Leur fille, Mari, et sa copine Paige ne vont pas tarder à se faire enlever par un psychopathe évadé, Krug, sa compagne Sadie, son frère Francis et son fils, Justin. Laissée pour morte, Mari tentera de rejoindre à la nage la demeure familiale, sa dernière chance de survie. Pour ceux et celles qui ont eu l'heur de visionner le film d'Ingmar Bergman, ils ne seront pas surpris par cette exégèse. En outre, le synopsis de La Dernière Maison sur la Gauche est peu ou prou analogue.
Seule différence et pas des moindres. L'histoire qui nous est contée serait inspirée de faits réels. Une information à minorer et à mettre au conditionnel. A l'époque, le public ulcéré n'a pas encore assisté aux élucubrations de Tobe Hooper et de son Massacre à la Tronçonneuse (1974). Les spectateurs sont donc priés de scruter au plus près une violence sournoise et irrévocable.

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Paradoxalement, La Dernière Maison sur la Gauche adopte, en concomitance, un ton truculent et bucolique. Cette goguenardise s'affiche complaisamment lorsque le film se hasarde à montrer les péripéties de deux flics en déveine. Corrélativement, le long-métrage prend des allures pastorales lorsque les animosités se déroulent au coeur d'une forêt. Deux jeunes femmes, Mari et Phyllis, deviennent les victimes atrocement torturées, violées et suppliciées par une bande de tortionnaires.
En insurrection, Wes Craven s'attarde longuement sur les inimitiés et sur une suite d'agapes et de priapées. La première partie du film se veut résolument âpre et rédhibitoire. Hélas, Mari et Phyllis n'échapperont pas à un sort funeste. L'eau et la nature environnante deviennent aussi des éléments centraux et prédominants dans cette série de sadismes et d'ignominies.

Puis, dans la seconde partie, Wes Craven varie les belligérances. Cette fois-ci, la didactique tend à s'inverser. Le hasard vient se mêler aux hostilités. Contre toute attente, notre bande de forcenés atterrit dare-dare dans la demeure opulente des parents de Mari. Le couple de bourgeois comprend rapidement le subterfuge et applique une justice expéditive. A leur tour, les parents cossus adoptent des comportements sociopathiques. Ingénieux, Wes Craven invite le spectateur à prendre parti pour cette justice inique et impartiale qui se terminera dans la mort, la putréfaction et le sang. 
Si La Dernière Maison sur la Gauche a bien souffert du poids des années, le film reste néanmoins d'une étonnante impertinence. Pour triompher de ses convives psychopathiques, la mère de Mari s'agenouille et lèche langoureusement le sexe ithyphallique de sa future victime. Une séquence qui se parachèvera par une émasculation... In fine, La Dernière Maison sur la Gauche, c'est cette confrontation entre une jeunesse violente et eudémoniste et cette société patriarcale appelée à péricliter. A l'image de ce père pleutre et débonnaire qui aura toutes les peines du monde à se débarrasser du chef de la bande. Sous ses faux airs de slasher désargenté, le film tient bien un message radical, idéologique et sociétal. Cependant, difficile de ne pas pester ni clabauder après cette mise en scène prosaïque et rudimentaire qui ne manquera pas d'effaroucher les cinéphiles plus avisés.
Pour une fois, le remake est arrivé à point nommé...

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

06 janvier 2018

Prochainement sur Cinéma Choc

Comme l'indique le titre de ce nouvel article, voici sans plus attendre les films à venir dans les prochains jours, prochaines semaines et prochains mois sur Cinéma Choc. Pour chaque film, j'ai précisé quel serait l'intitulé de la chronique entre parenthèses.

 

Aliens Vs. Predator : Requiem (Alien et Predator chez les ploucs)
L'Aventure du Poséidon
(Insubmersible qu'ils disaient...)

The Babysitter (La fiancée du Diable)

Castle Freak ("Il n'y a rien de pire que de perdre un enfant")

Daddy's Little Girl - 2012 (Les 6 jours du Talion)
Délivrance
(Et au milieu coule une rivière)
La Dernière Maison sur la Gauche
- 1972 (Un petit détour dans les bois)

L'Eventreur de New York (Un désaxé se promène dans les rues de New York)

Faces of Death 4 (Diaporama sur la mort)
Fortress
- 1993 (Maintenir l'équilibre démographique)
Fou A Tuer - En Pleine Possession de ses Moyens ("Tuer, c'est ma drogue, mon opium, mon idée fixe !")
La Fureur de Vivre
(Les dégonflés du volant)

Ghost Dog - La Voie du Samouraï ("La fin est importante en toute chose")
Les Granges Brûlées (Simone Signoret, la matriarche)

Haute Tension ("Je ne laisserai plus jamais personne se mettre entre nous !")
Highlander - 1986 (A la fin, il ne peut en rester qu'un)
L'Honneur du Dragon (Mais rendez-lui ses éléphants !)
The Horseman - 2008 (J'irai cracher sur vos tombes !)

I'll Never Die Alone (I Spit On Your Grave version ibérique)

Jeepers Creepers 3 (Tous les 23 ans et durant 23 jours, "il" mange...)

King Kong - 2005 (Le colosse de Skull Island)

Live Feed (L'abattoir humain)

La maison au fond du parc ("The last house on the left")
Million Dollar Baby
(Partir dans la pénombre)
Mondwest
(Les machines au service de l'homme)
Le Monstre des Temps Perdus (Retour à l'ère paléontologique)

Phénomènes - 2008 (Tu le veux ton film de merde ?)
La Planète des Singes
- 2001 (Les origines de la planète des singes)

Red Inc (Thomas Reddmann, chasseur de têtes)
Rencontres du Troisième Type
(Ufologie et métaphysique)

Secteur 7 (Entre Abyss et Alien, comme c'est original n'est-ce pas ?)
The Strangers - 2016 (Un vrai moment de terreur)

The Untold Story - 1993 (Vous reprendrez bien un peu de barbaque ?)

Violent Shit - 1989 (Non, ce film n'est pas un snuff movie)

The Walking Dead - Saison 3 (Le chaos règne sur le monde)
The Walking Dead - Saison 7 (Perdre son humanité ou mourir)
We Are What We Are ("Tout est pardonnable aux yeux de Dieu")

Zombie Ass : Toilet of the Dead (Des parasites et d'autres flatulences)

 

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Crocodile Fury (Mais qu'est-ce que c'est que ça ???)

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Genre : horreur, inclassable
Année : 1988
Durée : 1h25

Synopsis : Dans un petit village de Thaïlande, un monstrueux crocodile dévore un à un les habitants...  

La critique :

Il faut se rendre sur le site Wikipédia (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_films_consid%C3%A9r%C3%A9s_comme_les_pires) pour accéder aux pires films de toute l'histoire du cinéma. Une gloriole attribuée à plusieurs films aux titres souvent évocateurs, et parmi lesquels on trouve Glen or Glenda (Ed Wood, 1953), Robot Monster (Phil Tucker, 1953), Plan 9 From Outer Space (Ed Wood, 1959), The Creeping Terror (Vic Savage, 1964), Turkish Star Wars (Cetin Inanç, 1982), ou encore Le Père Noël contre les Martiens (Nicholas Webster, 1964). En l'occurrence, la première place est souvent attribuée à Plan 9 From Outer Space, à égalité avec Turkish Star Wars (deux nanars azimutés précédemment mentionnés).
Dans le cas éhonté de Plan 9 From Outer Space, cette série Z de science-fiction doit sa réputation de "naveton" avarié en raison de l'utilisation de stock-shots et d'un amateurisme (mise en scène et comédiens inclus) goguenard.

Une première dans le cinéma de science-fiction en particulier et dans le Septième Art d'une façon générale ! Quant à Turkish Star Wars, difficile d'évoquer brièvement une telle fumisterie, le long-métrage pompant allègrement saynètes et musiques de Star Wars, Indiana Jones et même Midnight Express, le tout couronné par l'apparition de momies dégingandées, de cascades effectuées sur des trampolines (hélas visibles à l'écran), ainsi que des gros plans acérés sur le visage ahuri des comédiens. A priori, rien ni personne ne semble en mesure de contrarier l'omnipotence de Turkish Star Wars. Tout sauf quelques nanars sévèrement décérébrés.
Parmi ces rares pellicules à pouvoir prétendre ébranler l'hégémonie de Turkish Star Wars, les thuriféraires de nanardises citeront aisément Dinosaur From The Deep (Norbert Moutier, 1994), Eaux Sauvages (Paul W. Kener, 1979), Clash Commando (Godfrey Ho, 1987), Virus Cannibale (Bruno Mattei, 1980), Ultime Combat (David A. Prior, 1987), ou encore Robo Vampire (Joe Livingstone, 1988).

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Vient également s'ajouter Crocodile Fury, réalisé par Ted Kingsbrook en 1988. En l'occurrence, le film est auréolé par un tournage pour le moins nébuleux. Dans un premier temps et comme le titre l'indique, le métrage est conçu comme un film de crocodile et d'agression animale. Puis, suite à de nombreux atermoiements, une autre pellicule est tournée en parallèle avec des vampires et des zombies. Dans les deux cas, les deux films manquent d'être parachevés. Mais peu importe.
Il faut trouver un réalisateur suffisamment calamiteux pour coaliser les deux longs-métrages sur une seule bobine. Ted Kingsbrook répond doctement à l'appel. Que soit. Selon certaines galéjades, Godfrey Ho aurait lui aussi officié derrière la caméra de Crocodile Fury. Vous l'avez donc compris. Nous sommes bel et bien présence d'une série Z joliment foutraque.

Tel est par ailleurs l'apanage de la firme hongkongaise Filmark, à savoir produire des films "deux en un". La distribution du film obéit elle aussi à la même rhétorique en combinant de façon incompréhensible des acteurs asiatiques et occidentaux, ainsi que de nombreux noms falsifiés. Ainsi, les noms de Kent Wills, Sorapong Chatree, Ernest Mauser, Trudy Calder et Lucas Byrne sont mentionnés par le générique de Crocodile Fury. Le scénario du film brille essentiellement par son amphigourisme. Donc, merci de bien suivre l'exégèse qui va suivre ! Attention, SPOILERS !
(1) Plusieurs petits villages de Thaïlande subissent les assauts répétés de crocodiles envoyés par un Maître aux intentions visiblement obscures. Ce Maître et une sorcière ont pour projet de conquérir le monde en créant une race de vampires (1).

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Un villageois, Jack, comprend que sa femme a été réincarnée en crocodile. Pour rompre le charme, il doit tout d'abord se colleter avec plusieurs reptiles et déjouer les vils desseins de la sorcière. Corrélativement, un mercenaire tente à son tour d'affronter le maître thaïlandais. Pour y parvenir, il devra affronter une armée de zombies et de vampires. Vous n'avez absolument rien pigé à ce synopsis ? Rassurez-vous, c'est normal ! Bienvenue dans Crocodile Fury !
Dans un premier temps, comment ne pas s'attarder, quelque peu, sur l'affiche délicieusement outrageante du film ? Sur cette oriflamme, apparaît en premier plan un énorme saurien tortorant une nageuse savamment dépoitraillée. Au second plan, c'est un homme musculeux et robuste qui arbore une mitrailleuse. Voilà pour les inimitiés !

Même les adulateurs de nanars et de pellicules écervelées risquent d'être sérieusement décontenancés par le prosaïsme de Crocodile Fury ! Pour les néophytes, merci de quitter leur siège ou alors, merci de prendre plusieurs Efferalgans au risque d'être victimes de céphalées ! Car Crocodile Fury ne se refuse aucune excentricité. Chaque saynète, aussi funambulesque soit-elle, est immédiatement suivie par une autre séquence encore plus absurde !
Il ne serait donc pas étonnant que Godfrey Ho, réputé pour sa cancrerie légendaire, se soit invité parmi les inimitiés ! Rien que pour ses 45 premières minutes en fanfare (et le mot est faible...), Crocodile Fury justifie son visionnage. Pour les amateurs des productions Asylum et leurs requins gargantuesques réalisés en images de synthèse, merci de phagocyter vos références !

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Car Crocodile Fury estourbit la concurrence avec une étonnante désinvolture ! Ainsi, les 45 premières minutes s'apparentent à un carnage perpétuel dans lequel un crocodile en plastique et à l'appétit pantagruélique massacre et dévore les habitants d'une petite communauté. Première question : pourquoi les villageois restent-ils, sans sourciller, au bord de l'eau, à admirer les prouesses carnassières du saurien ? Pourquoi diable ces mêmes villageois ne prennent-ils pas la poudre d'escampette ? A ces questions, peu ou prou de réponse. Et pas la peine de chercher la moindre logique ni cohérence à Crocodile Fury ! Excentrique, le film met en exergue un reptile qui vole, saute dans les airs à plusieurs mètres de hauteur et manque de se casser en deux à chaque fois qu'il attrape une pauvre victime d'infortune. Visiblement, la créature est malhabilement activée par des techniciens avinés. 

Sur ce dernier point, le long-métrage accumule toutes les extravagances, "le réalisateur" poussant le vice jusqu'à faire plonger un jeune nageur directement dans la gueule du crocodilien ! A contrario, cette série Z perd peu à peu de sa fougue et de son irrévérence dans sa dernière partie. En réalité, il s'agit du deuxième film... Ou lorsque Crocodile Fury se transmute promptement en film de vampires et de zombies... La pellicule devient alors beaucoup plus prolixe et fastidieuse. 
Pour le reste, Crocodile Fury possède suffisamment d'arguties dans sa besace pour contrarier la suprématie arrogante de Turkish Star Wars. Avec quelques stock-shots supplémentaires et une musique cacophonique et assourdissante, Crocodile Fury aurait pu prétendre à revêtir durablement la couronne détenue par le Star Wars à la sauce kebab. Mais que Ted Kingsbrook et Godfrey Ho se rassérènent. Parmi les séries Z azimutées, Crocodile Fury tient une place prééminente et fait désormais partie des classiques incontournables.

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://salerepugant.canalblog.com/archives/2014/06/18/30100762.html

05 janvier 2018

Butch Cassidy et le Kid (La horde sauvage)

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Genre : western

Année : 1969

Durée : 1H46

Synopsis : A l’Ouest au début du vingtième siècle, deux hors-la-loi vont de pillage en pillage et d’exploit en exploit. Ils se font appeler Butch Cassidy et le Kid. Cependant, à force d’attaquer les trains de l’Union Pacific, ils finissent par se mettre à dos Harold Harriman, le directeur de la compagnie. Ce dernier engage alors les traqueurs les plus chevronnés de l’ouest avec pour but de trouver et de tuer les deux bandits.

La critique :

Attention Western Culte, Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill, réalisé en 1969 ! Il faut dire que Roy Hill est un cinéaste à part puisque qu’il fait la jonction entre le vieil et le nouvel Hollywood. Butch Cassidy et le Kid est l’un des westerns qui tire le genre vers sa fin. En réalité, le film est inspiré de l’histoire réelle de Robert Leroy Parker, alias Butch Cassidy et de Harry Longabaugh, alias Sundance Kid. Les deux hors-la-loi sont devenus de véritables légendes de l’ouest américain au même titre que Jesse James ou Buffallo Bill. Attention SPOILERS !
Le film s’ouvre sur un générique qui met en scène un vieux film d’époque reconstituant l’attaque d’un train par Butch Cassidy et le Kid. Butch Cassidy et Sundance Kid forment un duo d’enfer et d’experts en pillage. Butch est le cerveau du duo et ne manque pas d’imagination pour monter des attaques de train ou de banque.

Le Kid, moins bavard, est le bras armé, c’est un as de la gâchette qui fait mouche à chaque coup (il est meilleur en dégainant). Les deux hommes rejoignent leur gang dans la nature. Très vite, Butch expédie une querelle avec un des membres trop gourmand. Par la suite, il accepte l’idée d’attaquer des trains de l’Union Pacific. Les truands, qui évitent les effusions de sang, raflent tous les dollars en passant par le chemin de fer. Tout paraît paradisiaque : de l’argent, de la camaraderie, des filles et surtout l’institutrice du coin (Etta). Pourtant, le bonheur ne dure pas. 
Monsieur Harold Harriman, le chef de l’Union Pacific, las de voir ses trains être les cibles favorites des deux bandits, a décidé d’engager une bande de mercenaires pour éliminer le gang. Certains membres de la bande de hors-la-loi sont abattus, Butch Cassidy et le Kid parviennent à prendre la fuite. 

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Ils traversent les forêts, le désert, les montagnes sans jamais parvenir à semer leurs poursuivants qui sont en fait les plus fins limiers et les plus redoutables shérifs de l’ouest américain. Les deux hommes sont contraints de fuir à New York puis de là, ils vont vers la Bolivie. Ils recommencent leur série de méfaits, mais ils réalisent que leurs poursuivants n’ont pas encore lâché l’affaire. Voilà donc pour le scénario qui reprend les grandes lignes de l’histoire des deux bandits, le tout étant bien évidemment romancé. La réalisation de George Roy Hill est superbe et la mise en scène remarquable. A ce titre, de nombreuses scènes sont devenues cultes. La plus célèbre étant bien sur la balade en bicyclette accompagnée par Raindrops Keep Fallin’ on My Head de Burt Bacharach et Hal David (oscar de la meilleure chanson), et par la réplique de Paul Newman : « Vous êtes sur mon vélo, dans certains pays arabes, c’est comme si nous étions mariés ».

Cependant, on peut également citer la scène des cavaliers sortant du train, les torches des poursuivants luisantes dans la nuit, le saut de la falaise, le voyage à New York et la fusillade finale. Et que dire du générique du départ accompagné par les images d’un vieux film sur les deux hors-la-loi ? Pour information, dans cette introduction, le gang est nommé « La Horde Des Planqués ». En réalité, le nom de la bande de Cassidy était « La Horde Sauvage », mais il a été modifié en raison de la sortie du film éponyme de Sam Peckimpah, prévue trois mois avant.
Hill se dira déçu, estimant qu’il n’a pas pu donner le meilleur de lui-même. En effet, le réalisateur dirigea une grosse partie du film allongé en raison d’une blessure au dos. Cela ne l’empêchera pourtant pas de toucher l’oscar du meilleur réalisateur.

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Si la réalisation est grandiose il faut reconnaître que le film tient surtout et beaucoup sur les épaules de ses deux acteurs principaux. Clairement, Paul Newman et Robert Redford forment un des meilleurs tandems de l’histoire du cinéma. Impossible de ne pas s’attacher à nos deux hors-la-loi rayonnants de sympathie. L’humour du film tient à la prestation des deux interprètes véritablement charismatiques (les dialogues sont irrésistibles). Vous l’aurez compris : le duo fonctionne à merveille. Pour information, des acteurs comme Marlon Brando, Steve McQueen, Dustin Hoffman et Jack Lemmon furent approchés pour les rôles. On peut donc dire que Butch Cassidy et le Kid, tout comme La Horde Sauvage cette année-là, mais dans un genre différent, annonce la fin du western. 
Le film s’assombrit peu à peu, l’humour disparaît au fur et à mesure que le film avance. Ainsi, la fusillade qui voit nos héros suivre un destin similaire à celui de Zapata prend à contrepied la scène de la balade en bicyclette. Pour autant, le film renoue également avec les mythes du genre et fait preuve de nostalgie. La bonne humeur domine les trois quarts de Butch Cassidy et le Kid, sauf le final. Titulaire de quatre oscars, le film sera un grand succès et deviendra culte. Il aura même droit à une préquelle de moindre qualité. Au final, le film s’est imposé comme l’un des meilleurs westerns jamais réalisés. Sorte de révision de Bonnie And Clyde version western, le film a lancé la mode des buddy movies (films ayant pour héros deux copains). Butch Cassidy et le Kid est un chef d’œuvre dramatique bourré d’action, d’humour et de nostalgie. Un des sommets du genre et donc une oeuvre à visionner de toute urgence !

           

Note : 18/20

vince Vince