Cinéma Choc

22 octobre 2018

La saga Halloween : classement des épisodes (du pire au meilleur)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose de revenir sur la saga Halloween à travers un classement en vidéo des épisodes de la franchise... En attendant le dernier chapitre en date, Halloween (David Gordon Green, 2018) Cette vidéo est également disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=OLvP6o2LRp4


Cache-cache Pastoral (Vivre dans le passé)

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Genre : Drame, expérimental

Année : 1974

Durée : 1h44

 

Synopsis :

En racontant son enfance dans le film qu'il est en train de tour­ner, un cinéaste part à la recher­che d'un passé perdu et regrette de ne pas avoir pu tuer sa mère, trop pré­sente dans sa vie. Il essaie à nou­veau mais ne peut accom­plir le meur­tre libé­ra­teur. L'icône de la contre-culture Terayama explore les ten­sions entre passé et pré­sent, fan­tasme et réa­lité dans ce film tiré de son recueil de poè­mes éponyme.

 

La critique :

Au sein de n'importe quel cinéma national, un panel de différents réalisateurs ressortira presque toujours parmi les plus connus. Godard pour la France, Fellini pour l'Italie, Tarkovski pour la Russie ou encore Kurosawa pour le Japon. Le pays du Soleil Levant est décidément un pays dont le cinéma en est l'un des plus fascinants de tout le Septième Art. Assez mal cerné des profanes, il en est d'une richesse pour tout cinéphile s'y étant aventuré par curiosité fraîchement récompensée. Nul doute que Shuji Terayama, vénéré par les passionnés, est un exemple de choix si l'on veut présenter fièrement, sans écarter une certaine pointe élitiste, l'art nippon. Cela faisait très longtemps qu'il n'avait plus eu les faveurs de Cinéma Choc celui-là. Hérésie que je compte bien réparer aujourd'hui même et dans le futur. Terayama, c'est avant tout une institution, un véritable mastodonte ayant marqué durablement, pas seulement le cinéma mais l'ensemble de l'art japonais contemporain.
Catalogué à juste raison d'icône de la contre-culture, il officia dans de nombreux registres : la poésie, l'écriture, la photographie, la dramaturgie et même la chronique sportive. Il est amusant de constater que la vision occidentale et orientale concernant ce bonhomme est purement en opposition l'une de l'autre. Si en Occident, il sera essentiellement connu pour son cinéma, au Japon il sera surtout connu en tant que poète et dramaturge. Avec plus de 200 livres au compteur pour 20 films (courts et longs métrages confondus), on peut comprendre que son pays natal n'a pas la même vision de son oeuvre tragiquement avortée vu qu'il décéda à 47 ans d'une cirrhose qui le poursuivait déjà depuis quelques années.

Il laissa derrière lui un héritage cinématographique considérable mais particulièrement fastidieux à obtenir (pour ne pas dire relevant de l'exploit de tomber dessus). Un comble pour un réalisateur d'une telle envergure à la réputation indiscutable ! Dès lors, comprenez bien que, quoi que vous fassiez, vous n'obtiendrez probablement jamais certains titres. Je pense bien sûr aux courts-métrages par lesquels commença Terayama avec son L'étude des Chats en 1960. Il faudra attendre 1971 pour qu'il sorte son premier long film nommé Jetons les livres, sortons dans la rue auréolé d'une sulfureuse réputation et pourtant primé.
Mais la même année, il se permettra de sortir l'inimaginable Emperor Tomato Ketchup narrant la révolte de jeunes se vengeant de leurs parents les empêchant d'exprimer leur sexualité. Classé parmi les films les plus scandaleux de toute l'histoire du cinéma et tombant logiquement sous le coup de la censure qui le tritura en plusieurs versions (en 1996 sortira la version originale restaurée), il mettait en scène des activités sexuelles entre les enfants mais aussi avec des adultes. Trois ans après, c'est avec Cache-cache Pastoral qu'il effectue son grand retour sur la scène des longs métrages. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, il est fréquemment considéré comme son film le plus abouti, ou tout du moins le plus réussi. De quoi susciter l'intérêt pour un cinéaste vraiment pas comme les autres.

 

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ATTENTION SPOILERS : En racontant son enfance dans le film qu'il est en train de tour­ner, un cinéaste part à la recher­che d'un passé perdu et regrette de ne pas avoir pu tuer sa mère, trop pré­sente dans sa vie. Il essaie à nou­veau mais ne peut accom­plir le meur­tre libé­ra­teur. L'icône de la contre-culture Terayama explore les ten­sions entre passé et pré­sent, fan­tasme et réa­lité dans ce film tiré de son recueil de poè­mes éponyme.

A l'orée de ce synopsis pour le moins perturbant, difficile que de ne pas se douter que la séance ne sera pas de tout repos et qu'une préparation mentale ne sera pas de refus. Il est vrai que Terayama est reconnu pour son style ouvertement contre-culture, en plus de ne pas être facilement accessible. Ceux qui ont vu Emperor Tomato Ketchup doivent certainement se rappeler d'un métrage austère, étrange dans sa mise en scène (et foncièrement dégueulasse par son audace inédite). Trêve de plaisanterie ! Ne vous attendez pas à de tels débordements subversifs. Terayama a d'autres enjeux que de défier l'ordre établi en s'aventurant vers d'autres contrées scénaristiques.
Ceci trouvera son origine dans son propre recueil de poèmes mettant en scène un adolescent de 15 ans qui, comme un grand nombre, est soumis aux tourments juvéniles. Le premier qui ressortira est celui de rapports compliqués entre lui et sa mère trop protectrice, trop tyrannique, voulant à tout prix contrôler la vie de son fils. Une véritable mère poule dans le mauvais sens du terme vu que cela peut faire naître un repli sur soi de l'adolescent, incapable de grandir et de faire face à un monde impitoyable en l'absence de sa mère. Face à cela, un père absent du domicile, perdu dans les combats. De ce ressenti naquit un anti-complexe d'Oedipe, à savoir le souhait de tuer une mère insupportable. Souhait qui ne quittera jamais le coeur de cet enfant devenu cinéaste et dont l'objectif recherché de son projet est justement de raconter son enfance. Dans ces lointains souvenirs teintés d'amertume, cet éphèbe rencontrera ce que tout garçon de son âge découvre à un moment ou à un autre : l'attirance amoureuse.

Cette attirance passera par sa belle et tendre voisine qui lui confiera son envie de vouloir s'en aller avec lui en train. Une chimère que certains éléments font qu'il ne pourra connaître l'amour et par extension la sexualité avec cette demoiselle. Comment ne pas y voir un miroir personnel concernant probablement la quasi-totalité de tous les garçons ? Ces regrets d'un amour n'ayant jamais eu lieu, de désirs jamais exaucés. Je repense à la fameuse "beauté de la classe" dont le timide garçon en est amoureux. Nous l'avons tous vécu et de ce constat mélancolique naquit au visionnage, un doux parfum de triste nostalgie de souhaits manqués devenus regrets. Ce cinéaste sans nom est un homme comme tant d'autres, hanté par un passé douloureux qu'il cherche à échapper, quitte à tenter de le trafiquer pour mieux s'y évader. Evasion qui se fera en réaction à une sombre réalité dans laquelle il ne se reconnaît pas et dont l'unique objectif est de pouvoir faire le point sur sa vie en s'enfermant dans sa bulle.
Dans Cache-cache Pastoral, il est question de la quête initiatique d'un homme en plein remaniement existentiel, se cherchant et essayant de comprendre les causes qui font qu'il est devenu l'homme d'aujourd'hui. Si l'on ne sait pas si le film est une autobiographie marquée de son réalisateur, il ne fait aucun doute que le film peut se voir comme tel pour n'importe quel homme concernant les relations amoureuses. Pour pousser plus loin le débat, le passé peut servir d'échappatoire à ceux ayant peur du réel mais gare à ne pas y sombrer, sous peine de perdre pied avec la réalité, devenant une âme déconnectée d'un monde palpable.

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Le traumatisme incarné par la figure maternelle est un sujet récurrent de troubles psychopathologiques chez certains ayant été trop couvés. La mère peut se voir comme un centre névralgique de prédilection pour partir à la recherche de ses troubles et angoisses. Bien sûr, on peut aussi y associer les mauvais traitements, l'abandon mais ce n'est pas le cas ici. On a souvent pu rapprocher Cache-cache Pastoral d'un style propre à Fellini. L'évocation des traumatismes de l'enfance retransmis par le biais d'un onirisme grotesque teinté de lyrisme n'est pas sans rappeler le "maestro italien". La dimension du cirque omniprésent et de l'absurde "Femme Ballon" en sera un clin d'oeil évident.
Néanmoins, Terayama va, sans surprise, bien plus loin dans l'avant-gardisme et privilégiera avant tout le rapport de l'adolescent face à ce monde aux vastes paysages l'oppressant. Plus encore, il va retranscrire une ambiance singulière couplée à des dimensions métaphysiques et philosophiques très poussées. Le thème de la recherche d'identité renvoie immanquablement à Sartre. Ceci fait que Cache-cache Pastoral est un film éminemment profond, à même de fasciner quiconque et surtout les plus chevronnés qui s'amuseront à cerner les différents niveaux de lecture que peut offrir un métrage d'une richesse stupéfiante. 

Car Terayama ne se privera pas de laisser le spectateur s'évader dans ses fantasmagories sans le tenir par la main. Pour autant, jamais on aura ce ressenti d'être perdu face à quelque chose de prétentieux nous dépassant. La mise en scène et la narration sont très justes dans leur continuité et de cela ressortira des séquences bonnes à troubler quiconque. Cette femme dont le jeune en est amoureux et qui lui confiera son passé sera l'un de ces passages les plus beaux. Cependant, on est forcé d'avouer que l'émotion ne transcende jamais suffisamment son sujet dans le temps pour émouvoir le spectateur dans le bon sens du terme (c'est-à-dire sans utiliser les habituels procédés des mauvais drames pour émouvoir le spectateur trop fragile). Un point malheureux que nous regrettons mais qui ne dénature pas la beauté simple et épatante de ce Cache-cache Pastoral.
D'ailleurs, concernant la disponibilité du titre, je rappelle que cette oeuvre est la bien malheureuse victime d'une honteuse confidentialité en raison de son extrême rareté. Dès lors, pour les plus impatients et les petits portefeuilles, la solution du téléchargement illégal sera une alternative indiscutable en allant sur Pirate Bay. Vous seront offerts avec ça les sous-titres anglais. Je précise d'emblée ne pas avoir trouvé les sous-titres français mais si vous n'avez pas de gros soucis de compréhension, le visionnage ne sera pas un calvaire à comprendre.

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A cela se rajoutera un visuel tout à fait particulier pour égayer l'atmosphère féérique du contenu par le biais d'une image passant par différentes couleurs comme en attestent les images montrées. Sépia, vert, rouge, bleu voire même arc-en-ciel mais aussi le noir et blanc et une image aux couleurs standards. Nul doute qu'un travail de titan a dû être fait pour en arriver à ce résultat tout bonnement sublime. Un point sera aussi à accorder aux décors lorgnant fréquemment dans la froideur. Des décors dévastés aux montagnes abruptes, on passe ensuite à des villages de campagne ou encore à cette transition brute des fantasmes au cinéaste visionnant son oeuvre en compagnie de ce que l'on soupçonne être des techniciens. Un grand choix est accordé à l'esthétisme, ce qui ne pourra que ravir nos petits yeux enchantés. Musicalement parlant, les tonalités tragicomiques sont parfaitement choisies, de même que l'interprétation des acteurs fera mouche. Des acteurs que Terayama s'amusera à modeler, à déguiser.
Cache-oeil noir de borgne, masques de nô par le biais d'un maquillage blanc, visages encagoulés exprimant des propos incompréhensibles. Encore une fois, le surréalisme est de la partie. Au casting, nous retrouverons Keiko Niitaka, Kantaro Suga, Hiroyuki Takano ou Chigusa Takayama

Comme j'ai dit, il s'en est passé du temps depuis la chronique d'Emperor Tomato Ketchup en 2016. Alors que 2018 s'achève tout doucement, il était plus que temps que l'un des plus célèbres cinéastes underground reviennent sur le devant de la scène. Et quel retour fracassant ! Loin de toute forme de provocation de jadis, Terayama va focaliser son travail sur les songes que traversent les hommes arrivés tôt ou tard à un tournant de leur vie. Que puis-je dire de mon passé ? Quel fut le bilan de mon enfance ? Quels étaient les rapports avec ma mère ? Qu'en est-il de mon enfance amoureuse ? Autant de questions taraudant le cinéphile plus âgé que moi et mes modestes 24 ans.
Quand bien même, mon entrée de plus en plus imminente dans le monde du travail me rapprochera de ce moment où on fait le constat de la première partie de notre vie. Aussi beau qu'il pourra être dur avec le spectateur à l'enfance douloureuse, Cache-cache Pastoral est une pépite tristement oubliée des distributeurs et d'une grande partie de la population. Pourtant, quel gâchis de passer à côté de cette pellicule existentielle, introspective, repoussant l'intelligence vers des strates enviées par bons nombres de métrages. Comme il est dommage de ne pas avoir pu renforcer davantage la tonalité dramatique pour frapper plus durablement le cinéphile. Bien que je n'ai vu, désormais, que 2 de ses films, je peux postuler cette hypothèse que, oui, Cache-cache Pastoral pourrait très certainement être le travail cinématographique le plus probant de cet homme parti trop tôt, laissant derrière lui une oeuvre indispensable pour tout passionné de cinéma asiatique qui se respecte.

 

Note : 17/20

 

 

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21 octobre 2018

Ils (Les enfants tueurs de Bucarest)

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2006
Durée : 1h18

Synopsis : Lucas et Clémentine, un couple trentenaire expatrié en Roumanie, habite depuis peu une maison isolée en banlieue de Bucarest. Elle, professeur de Français, lui, romancier, vivent un bonheur paisible... Pourtant, un soir, dans leur maison, tout va basculer... La pluie battante fait rage à l'extérieur... Le téléphone retentit, des voix lointaines au bout du fil... incompréhensibles. Le couple n'est pas seul... Le cauchemar commence... ILS sont là...  

La critique :

On peut toujours débattre, ergoter voire ratiociner sur le cas du cinéma d'horreur à la française. Certes, la sortie de Haute Tension (Alexandre Aja, 2003) a probablement relancé les belligérances, le cinéaste impétueux rappelant justement à la France qu'elle est capable de rivaliser, voire de faire ciller le cinéma d'épouvante hollywoodien. Impression corroborée par Martyrs (Pascal Laugier, 2008), Calvaire (Fabrice du Welz, 2003), Lady Blood (Jean-Marc Vincent, 2009), A l'intérieur (Julien Maury et Alexandre Bustillo, 2007), Sheitan (Kim Shapiron, 2006), ou encore Vertige (Abel Ferry, 2009).
A contrario, le cinéma d'horreur hexagonal compte tout de même quelques travers hautement préjudiciables, entre autres Humains (Jacques-Olivier Molon, 2008), La Meute (Franck Richard, 2009), ou encore Djinns (Hughes et Sandra Martin, 2010), autant de productions racoleuses qui ont eu surtout le mérite de susciter les épigrammes de nos voisins européens.

Nonobstant les apparences et certaines exceptions notables, le registre horrifique reste assez mineur, voire confiné dans les affres des oubliettes à l'aune de notre cinéma hexagonal, plutôt pingre en en termes d'effroi, de gore, voire de tressaillements inopinés. On pouvait donc légitimement se montrer dubitatif devant la sortie de Ils, réalisé par les soins de David Moreau et Xavier Palud en 2006. En outre, ce film d'horreur bénéficiera d'une publicité plutôt flatteuse. A l'époque, le métrage est même qualifié du "Projet Blair Witch" français. Toutefois, nous nous montrerons plutôt circonspects à l'égard de ce dithyrambe. On se souvient encore (ou pas...) de Promenons-nous dans les bois (Lionel Delplanque, 2000), qualifié à l'époque de Scream à la française (sic...)... et on connaît le résultat...
En deux mots : sans commentaire !

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Avant de se parfaire dans le noble Septième Art, David Moreau a tout d'abord officié derrière la réalisation de la série télévisée H en 1998. Ils constitue donc sa toute première réalisation. Depuis, le cinéaste émérite n'a pas vraiment confirmé les convoitises ni les espoirs placés en lui, en dépit de la sortie de The Eye en 2008, le remake éponyme du célèbre film d'horreur hongkongais. A l'instar de son fidèle prosélyte, Xavier Palud n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour le cinéma horrifique. Cependant, lui aussi a disparu peu ou prou des écrans radars depuis la sortie de The Eye malgré la sortie d'A l'aveugle en 2012. A l'origine, Ils est un thriller horrifique franco-roumain qui s'inspirerait (vraiment une information à guillemeter et à minorer) d'une histoire vraie, soit le nouveau leitmotiv d'une grande majorité des productions horrifiques des années 2000.

Pour ce qui est du fait réel, il semble que l'histoire qui nous est contée se soit déroulée sur les terres tchécoslovaques, et non en Roumanie. Même chose pour les deux principaux protagonistes. Ces derniers ne seraient pas français, mais de nationalité autrichienne. Si le long-métrage rappelle à certaines critiques les rémanences et les réminiscences du film Le Projet Blair Witch (Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, 1999), David Moreau et Xavier Palud nient farouchement tout accointance avec cet illustre épigone. La distribution de Ils se compose d'Olivia Bonamy, Michaël Cohen, Adriana Moca, Maria Roman et Camelia Maxim. Attention, SPOILERS ! 
Lucas et Clémentine, un couple trentenaire expatrié en Roumanie, habite depuis peu une maison isolée en banlieue de Bucarest.
 

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Elle, professeur de Français, lui, romancier, vivent un bonheur paisible... Pourtant, un soir, dans leur maison, tout va basculer... La pluie battante fait rage à l'extérieur... Le téléphone retentit, des voix lointaines au bout du fil... incompréhensibles. Le couple n'est pas seul... Le cauchemar commence... ILS sont là... A l'aune de cette exégèse, on se croirait presque dans un épisode de la série télévisée Les Envahisseurs. Heureusement, Ils ne partage aucune analogie avec la célèbre série télévisée science-fictionnelle et rappelle certains faits divers épouvantables.
Pour le spectateur avisé, difficile de ne pas songer aux enfants tueurs de Liverpool, un fait divers sordide plus connue sous le nom de l'affaire James Bulger. Cette chronique criminelle voyait un jeune bambin de trois ans (James Bulger) échapper malencontreusement à la vigilance de sa matriarche et tomber entre les mains obscènes de deux autres enfants de dix ans, Robert Thompson et Jon Venables.

La suite ? James Bulger sera emmené près d'une voie de chemin de fer pour être supplicié, rudoyé et molesté jusqu'à ce que mort s'ensuive. En outre, le scénario de Ils s'achemine peu ou prou sur la même dialectique. Désolé pour le spoiler, mais vous aurez aisément subodoré que l'intitulé du film (donc Ils, au cas où vous n'auriez pas suivi...) correspond à des jeunes enfants âgés entre 10 et 15 ans. Cette fois-ci, notre progéniture se regimbe contre l'autorité patriarcale et c'est un jeune couple (Lucas e Clémentine) qui va devoir supporter les coups de semonce et le machiavélisme de jouvenceaux turpides et sociopathes à leurs heures perdues.
Le long-métrage claironne orgueilleusement la mention "histoire vraie" pour mieux estourbir le spectateur médusé durant sa durée élusive (à peine une heure et vingt minutes de bobine). 

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Il n'en faut pas davantage à David Moreau et Xavier Palud pour proposer un thriller acéré et à couteaux tirés, qui tergiverse entre la demeure opulente prise d'assaut par des jeunes éphèbes et des séries de coursives énigmatiques situées quelque part dans la campagne roumaine. Pour peu, on se croirait presque dans un remake français d'Alien : le huitième passager, le xénomorphe belliqueux et le vide spatial en moins. Les deux metteurs en scène orfèvres ont parfaitement cerné les mécanismes de la peur et jouent habilement avec l'art du suspense.
Xavier Palud et David Moreau manient avec lucidité certaines phobies ancestrales, notamment l'achluophobie (la peur du noir). Paradoxalement, le métrage parvient rarement à surprendre, probablement à cause de son manque d'ambition et de cette volonté farouche de ne jamais dévoiler (ou alors beaucoup trop tardivement) l'identité oppressante de ses jeunes tortionnaires. Au moins, avec Eden Lake (James Watkins, 2008), le réalisateur dévoilait sans fard le visage à priori sémillant de ses adolescents meurtriers, engageant par ailleurs une réflexion sur la notion de violence juvénile.
Dans Ils, Xavier Palud et David Moreau se contentent de jouer uniquement sur cette dynamique de l'angoisse, un choix qui aura pour conséquence de susciter une légère amertume lors du générique final. Mais pour une fois que l'on tient un thriller horrifique à la française probe et recommandable, on évitera (par bienséance) de fulminer et de faire la fine bouche.

Note : 12.5/20

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20 octobre 2018

We Are Monsters - 2015 (Day of the woman, seconde partie)

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Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 16 ans)
Année : 2015
Durée : 1h14

Synopsis : Anna est une businesswoman australienne venant aux Etats-Unis pour affaire. Après un rendez-vous, elle est agressée dans un taxi. Elle se réveille attachée à une chaise.   

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Rape_Revenge_La_totale_par_ordre_Chronologique/300487 pour déceler la liste foisonnante et "totale" (c'est probable, mais à vérifier tout de même) des rape and revenge, un sous-genre du cinéma d'action, voire horrifique d'exploitation. Petite piqûre de rappel. Si le genre connaît son apothéose lors de la sortie de La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972), sa genèse remonte très probablement vers l'orée des années 1960 via La Source (Ingmar Bergman, 1960). Par ailleurs, Wes Craven lui-même n'a jamais tari d'éloges ni caché son opportunisme via le chef d'oeuvre métaphysique et vindicatif d'Ingmar Bergman.
Pour le scénario de La Dernière Maison sur la Gauche, le cinéaste américain reprendra peu ou prou la même dialectique schématique, à savoir le viol puis le meurtre d'une jeune femme, dont le cadavre est laissé à l'abandon quelque part dans la nature et à la lisière d'une source.

La suite ? Les forcenés belliqueux seront recueillis par les propres parents de la victime. Ces derniers subodorent rapidement les intentions obséquieuses de leurs nouveaux hôtes, ainsi que le crime effroyable qui a été commis. Leur vengeance sera terrible. C'est pourtant le remake officieux de Wes Craven qui va remporter le précieux pactole et s'auréoler de la figure de pionnier, voire de précurseur du genre. Ipso facto, La Dernière Maison sur la Gauche va engendrer et inspirer de nombreux épigones. Les thuriféraires du genre notifieront à raison des productions telles que Crime à froid (Bo Arne Vibenius, 1974), La Traque (Serge Leroy, 1975), Week-End Sauvage (William Fruet, 1977), Day of the Woman (Meir Zarchi, 1978), La Maison au fond du Parc (Ruggero Deodato, 1980), ou encore L'Ange de la Vengeance (Abel Ferrara, 1981) parmi les références notables et éventuellement notoires.

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Depuis plus d'une dizaine d'années maintenant, le rape and revenge signe son grand retour dans le cinéma trash, underground et extrême. Encore récemment, Steven R. Monroe nous gratifiait du film I Spit On Your Grave (2011), le remake (cette fois-ci officiel) de Day of the Woman. Peu ou prou de surprise au programme. En l'occurrence, Steven R. Monroe se contente d'ânonner benoîtement la recette érubescente de Day of the Woman en jouant néanmoins la carte du torture porn rutilant, dans la grande tradition de Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006).
Mieux, I Spit On Your Grave s'arroge les anathèmes et les acrimonies auprès de la censure au Royaume-Uni. A contrario, cette censure peu amène participe, bon gré mal gré, à ériger la notoriété de cette pellicule véhémente.

Il n'en faut pas davantage pour transmuter le film en triptyque et pour inspirer, derechef, de nouveaux avatars. Preuve en est avec la sortie de We Are Monsters, à ne pas confondre avec le film quasi paronyme, We Monsters (Sebastian Ko, 2015) ; et réalisé par les soins de Sonny Laguna et Tommy Wicklund en 2015. En outre, ces deux cinéastes ne sont pas vraiment des inconnus dans le cinéma gore puisqu'on leur doit notamment Madness (2010), Wither (2012), ou encore Blood Runs Cold (2011). Evidemment, We Are Monsters n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures et a dû se contenter d'une sortie élusive en DTV (direct-to-video).
Cependant, le long-métrage s'est illustré à travers différents festivals et sur les réseaux sociaux. Nanti d'une réputation à la fois flatteuse et sulfureuse, We Are Monsters est souvent considéré comme l'un des rape and revenge les plus âpres, violents et extrêmes jamais réalisés.
 

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Mieux, en termes de tripailles, de supplices et d'hémoglobine, le film détrônerait la couronne hiératique de I Spit On Your Grave. Reste à savoir si le métrage de Sonny Laguna et Tommy Wicklund est bel et bien le carnage défié. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Pour mémoire, rappelons aussi que I Spit On Your Grave avait surtout courroucé les néophytes et souffrait justement de la comparaison avec Crime à froid (précédemment mentionné) et consorts. La distribution de We Are Monsters se compose d'Hanna Oldenburg, Ralph Beck, Lina Hall, Niki Nordenskjöld et Madeleine Norberg. Attention, SPOILERS ! (1) Emma est une businesswoman australienne qui se paie des heures d’avion pour signer un contrat pétrolier vachement controversé.
Prétendre que pas mal d’individus ne voient pas ce pacte d’un bon œil est un doux euphémisme et la belle Emma y gagnerait à se méfier de cette terre hostile et de ses habitants.

Pourtant, aucun sympathisant écolo n’attend la richissime femme d’affaires pour l’envoyer au vert. Juste une taximan pour la conduire à sa conférence de presse. Enfin, pas tout à fait : chloroformée par la conductrice, Emma se retrouve bientôt ligotée dans un gourbi avec deux beaux gros cinglés qui entendent bien la séquestrer un peu et, si faire se peut, tester chacun de ses orifices. Mais Emma ne l’entend pas de cette oreille. Et on n’aborde là qu’un seul des dits orifices... (1)
Plus que I Spit On Your Grave, We Are Monsters convoque davantage la figure emblématique de Christina Lindberg dans le fameux Crime à Froid, aka Thriller - A Cruel Picture, déjà cité à moult reprises dans cette chronique. Par ailleurs, pour ceux et celles qui feront preuve de malice et de curiosité, ils pourront notifier de nombreuses accointances physiques entre Hanna Oldenburg et Christina Lindberg.

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A l'instar de Crime à froid et de ses succédanés pléthoriques, We Are Monsters emprunte à son tour ce visage frêle et malingre, hélas victime de bourreaux obscènes et satyriasiques. Séquestrée, torturée et violée à maintes reprises, la belle Emma se transmuera en une femme vengeresse, suppliciant à son tour ses ex-tortionnaires. Vous l'avez donc compris. We Are Monsters ne brille pas vraiment par sa sagacité ni par sa trame scénaristique. Certes, Sonny Laguna et Tommy Wickland font preuve de déférence. A raison, les laudateurs de ce registre cinéphilique relèveront des analogies évidentes.
En vérité, We Are Monsters psalmodie à satiété la formule éculée de ses illustres modèles, mais sans apporter la moindre once de nouveauté et/ou de singularité. Heureusement, le film peut escompter sur la confrontation sanguinolente entre Hanna Oldenburg et Ralph Beck. Le duo antagoniste s'apostrophe, se rudoie, s'admoneste et s'agonise d'injures, le tout sous la caméra ensanglantée de Sonny Laguna et son fidèle prosélyte. Rien que pour la performance tonitruante d'Hanna Oldenburg, We Are Monsters justifie son visionnage, d'autant plus que le métrage se montre plutôt philanthrope en termes de viscères et de barbaques largement déployées à l'écran.
Néanmoins, le film ne surprendra aucunement les habitués du cinéma gore, trash et underground. Seule consolation, en dépit de son budget que l'on devine anémique, We Are Monsters est effectivement supérieur à I Spit on Your Grave ; ce qui n'était pas trop difficile non plus...

Note : 11.5/20

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(1) Synopsis du film sur : http://cinemafantastique.net/We-Are-Monsters.html

19 octobre 2018

La Saga Predator c'est quoi ? (Chronique de la saga par "Dans l'oeil du balrog")

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose de revenir sur la saga Predator via une vidéo intitulée "La Saga Predator c'est quoi ?" et disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=K6AutQmw5pg
Cette vidéo est présentée par "Dans l'oeil du balrog" sur le site YouTube.


Oltre la Follia (Carpaccio de débauche)

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Genre : Pornographie, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)

Année : 2016

Durée : 1h01

 

Synopsis :

Sept représentations infernales de l'esprit torturé de son réalisateur ayant perdu tout espoir envers le genre humain. A travers ces tableaux surréalistes, Luigi Zanuso met en scène ses fantasmes et ses craintes sur la condition humaine en nous plongeant en plein cauchemar sanglant où la viande n'aura jamais été utilisée à des fins aussi dégueulasses. Bienvenue dans Oltre la Follia !

 

La critique :

J'ai un secret à vous confier. Je pense bel et bien avoir basculé du côté obscur depuis ma découverte du blog Naveton Cinéma dans les derniers mois avant sa fermeture. Même si ça restait encore en superficie, Cinéma Choc fut le catalyseur pour revoir ma définition du cinéma et découvrir l'innommable. Découvrir le genre de métrage que je pensais ne voir sortir que du petit bijou 8MM. Suis-je devenu fou ? Je pense que nous le sommes tous un peu à notre manière. Dans tous les cas, je crois que le peuple ne peut nier qu'il y a une niche underground où la violence en est telle qu'elle pourrait être sujet à nous hanter, à broyer notre âme et à nous sentir désappointé, voire même gêné. Ma mère fut l'une de ces malheureuses victimes, non pas qu'elle ait visionné une seule seconde du cinéma extrême. Non, elle réalisa l'envers du décor du Septième Art ! Pourquoi je vous parle de ça ?
Laissez-moi vous expliquer la situation, je dirais, plutôt cocasse (pas pour elle mais pour moi). Les habitués du blog se souviennent tous du célèbre et désormais retraité Inthemoodforgore ayant tragiquement quitté son rôle de chroniqueur le 2 juillet 2018 et avec lui une myriade de chroniques de pellicules propres à vous faire régurgiter votre dernier repas. Son dernier coup de maître fut le fameux top 200 malfaisant pour les cinéphiles les plus réfractaires à cette fraction, j'en conviens, très difficile d'accès. Ayant eu mon esprit malmené depuis un certain temps, je m'intéressais à certaines pellicules qui n'avaient pas été chroniquées. Parmi celles-ci Oltre la Follia aka Beyond Madness pour les anglophones. Tout un programme au vu du titre. 

Me renseignant un peu sur la chose, je découvris une esthétique plaisante. Enfin tout est relatif... Il y a des métrages comme ça qui titillent votre curiosité sans que vous ne sachiez mettre une explication tangible dessus. Me lançant dans un périple pour ne fut ce qu'espérer le visionner en streaming, je me rendis vite compte que c'était impossible. Résigné, je me rendis à l'évidence que je ne pourrais bousculer une fois de plus l'ordre établi sur le blog après mes derniers exploits de haut niveau (Violée par un Nain, Contre-Oeil et Savage Sadists entre autres). Puis Inthemoodforgore, avec qui j'ai pu, avec fierté, nouer des liens d'amitié, bien qu'il ait le double de mon âge, arriva et me proposa de s'arranger pour que je puisse visionner ce DVD au vu de mon entrain.
Ainsi, arriva l'oeuvre maudite chez moi, 442ème exemplaire sur 500 commercialisés visiblement. Evitant d'exposer la pochette fièrement sur mon bureau, je la laissais dans son colis. Un incident malencontreux avec mon chat fit que ma mère découvrit ce qu'il y avait dans le colis (je te rassure Inthemood, tout est nickel. Tu peux me faire confiance !). Arrivant d'une journée harassante du labo où je faisais mon avancée dans mon mémoire, ma mère commença à me questionner sur le pourquoi du comment j'ai ça sur mon bureau. J'essayais de m'expliquer mais je sentais qu'elle émettait des doutes sur ma santé mentale. Se lançant dans la litanie d'un monde qui devient fou, elle m'interdit de visionner ça chez elle. Rapport à des ondes négatives et ce genre de conneries paranoïaques. Borné comme pas deux, ma mère ayant été se coucher tôt, je pris le soin d'introduire le DVD dans mon PC pour visionner la chose. Mon âme, déjà désorientée par le passé, me mit en garde. En vain...

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ATTENTION SPOILERS : Sept représentations infernales de l'esprit torturé de son réalisateur ayant perdu tout espoir envers le genre humain. A travers ces tableaux surréalistes, Luigi Zanuso met en scène ses fantasmes et ses craintes sur la condition humaine en nous plongeant en plein cauchemar sanglant où la viande n'aura jamais été utilisée à des fins aussi dégueulasses. Bienvenue dans Oltre la Follia !

Musique stridente d'emblée et découverte du physique du malade derrière ce projet. Un petit vieux portant des lunettes de soleil, cheveux blancs plaqués à la gomina et rigolant de manière malsaine. Le genre de gars que l'on croirait avoir des cadavres enterrés au fond de son jardin. L'apparition d'un texte soulignant la condition humaine de manière pessimiste se pointe avant que ne s'enclenche le premier segment d'une anthologie de sept chapitres. Sur une image au filtre rouge, une femme nue se contorsionne alors qu'une galerie de personnages tant hommes que femmes et un transsexuel y assistent. La jouissance de sa frénétique danse fait qu'elle atteint un orgasme digne d'une femme fontaine que les individus s'amuseront à récolter dans des verres de vin avec en fond une musique de Gioachino Rossini. Elle en profitera aussi pour uriner dans un réceptacle afin d'y plonger sa tête et faire des bulles (on s'amuse comme on peut..). Clap de fin pour passer à la suite.
Un deuxième segment où une femme se délecte d'organes d'animaux crus et lèche goulûment le sang de l'assiette. Scène précise d'un râle involontaire de ma part. Se frottant avec un foie, elle se touchera le vagin avec insistance avec des tripes mises à sa disposition. 

Troisième segment nettement plus sage : la même femme qu'avant se trouve devant un miroir et est sujette à des visions cauchemardesques. Chapitre tout bonnement inutile mais idéal pour soulager l'estomac des plus fragiles. Quatrième segment : un groupe de 3 femmes s'amusent à dévorer et à forniquer avec de la viande crue et des organes en émettant des rires et bruits d'animaux. Certainement le chapitre m'ayant le plus tétanisé avec cette impression de ne pas me retrouver devant des êtres humains. Cinquième segment : une orgie malsaine où l'orgasme des personnages coïncidera avec leur mort. Ces mêmes personnages se masturbant, les femmes étant pénétrées.
Un homme est pris à partie pour une fellation exécutée par le transsexuel. Le sixième segment, aussi surréaliste que glauque, remet en scène la même femme blonde dont les yeux sont masqués par des yeux de cochons (ou de vaches, ou de chevaux. Bref !) manger une soupe enduite de sperme fraîchement sorti du phallus d'un homme. Elle s'amusera à remplir son vagin des yeux d'animaux mis à sa disposition. Zanuso finira enfin le calvaire moral sans faire preuve de douceur : un homme d'un certain âge subissant un fist fucking et des attouchements malfaisants entre la femme blonde et une tête de cochon qu'elle rira à planter son museau droit dans son vagin. L'épilogue de fin verra le cinéaste se faire applaudir par une troupe de spectateurs invisibles. 

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Aaah que vous me semblez bien loin Monsieur Fellini et consorts avec le raffinement italien que vous avez fondé. Qui aurait pu croire qu'une telle dépravation viendrait du pays de la romance ? Certainement très peu après avoir eu connaissance du titre original. Durant l'heureuse durée démocratique de 1h, Zanuso se plaît à bombarder le rare spectateur de ses tortures cérébrales proprement indescriptibles et propres à bousculer le cinéphile le plus endurci. Convaincu que l'humanité est vouée à sa propre perte, il met en exergue la folie humaine ne semblant pas avoir de limites dans l'abjection. Chaque segment subit une transition avec ce réalisateur affalé dans son fauteuil, pris de rictus louches pour laisser place à ses pensées profondes inscrites sur un écran noir. Parfois, on aura une citation d'un philosophe également. A ses yeux, le monde n'est que neurasthénie et dépravation. La civilisation entretient des rapports très étroits avec la violence et le sang dont elle se délecte abondamment et surtout joyeusement.
Se plaisant à massacrer les êtres plus fragiles, peut-être, dans un but d'affirmer sa supériorité et de combler ses bas instincts, elle répand le sang partout, même sur elle sans qu'elle n'en soit choquée. Il ne fait aucun doute que Oltre la Follia évolue en dehors de notre espace-temps et prêterait à causer une réaction en chaîne d'infarctus chez les vegan se retrouvant devant une viande n'ayant probablement jamais été aussi malmenée que devant la caméra voyeuriste de Zanuso, filmant ces animaux tués dont la finalité de leurs entrailles ont servi d'exutoire à ses acteurs grotesques et maléfiques. 

Dès lors se pose une question existentielle : Comment se sentir bien devant un métrage aussi abject que Oltre la Follia étant répugnant tant par ce qu'il montre que parce qu'il dénonce ? A lui seul, le quatrième fléau nous cloue à notre siège, nous questionnant si ce qui se retrouve devant nous sont des femmes ou des démones semblant tout droit issue de la mythique Pandemonium. Des acteurs pour le coup tellement investis dans la déviance que l'on en vient à se demander s'ils ne prennent réellement pas plaisir à exécuter leur déchéance dans une joie extravertie.
Zanuso évolue clairement dans la pornographie avec cette amère pellicule ne mettant qu'à basse fréquence les relations normales d'un porno classique. Il triture ce genre et jette la "soft pornographie" à la poubelle pour promouvoir sa déliquescence lorgnant dans une outrancière nécro-zoophilie. Je me permettrai de mettre en garde les âmes sensibles d'éviter le visionnage d'une telle saloperie. Rappelons les joyeusetés proposées : sodomie avec une immense corne, attouchements avec des têtes d'animaux, agapes pervertis d'organes frais, insertions d'yeux de boeuf dans le vagin, urophilie, fist fucking, orgasme féminin dans la tête d'un mannequin, masturbations avec des viscères d'animaux et j'en passe et des meilleurs. Dès lors, le terme de pornographie me semblerait plus juste si nous rajoutions le mot "surréaliste" derrière. Car c'est exactement ça : un porno surréaliste. C'est ce qui définirait le mieux Oltre la Follia dans son approche, je pense, inouïe. 

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Le fait de tendre autant dans le surréalisme et l'absurde tient pour beaucoup son origine dans l'esthétisme aux influences notoires du giallo. Couleurs criardes, décors baroques avec un grand intérêt pour le raffinement. On observera aussi l'omniprésence de mannequins aux visages plus vrais que nature. On ne peut pas réfuter la superbe image et les cadrages de grande qualité. A cela s'ajoutera une bande sonore lorgnant dans la musique classique grandiloquente. Définitivement, Zanuso est ce réalisateur à la folie des grandeurs dont l'attrait pour le grandiloquent en devient risible au vu de ce qu'il veut montrer à l'écran. De la pornographie élitiste ?
Si tant on peut susciter l'excitation chez le spectateur, ce qui n'est pas gagné pour n'importe qui, qui a encore sa tête. Mais clairement, on ne peut réfuter le trait visuel très intéressant. Si j'ai déjà touché un mot sur les acteurs, on ne peut pas dire que ceux-ci marquent les esprits par leur jeu banal au possible, en plus d'être foncièrement vulgaire. Mention spéciale à la greluche blonde hideuse et d'une bassesse indéboulonnable. De manière générale, je ne supporterais pas être le père de ces gourgandines se baignant avec fierté dans l'insolence sanguine. Une laideur se dégageant d'elles de par leurs pulsions primaires qu'elles accordent à merveille avec les dénonciations du cinéaste. Paradoxalement, des dénonciations qui, si elles sont intelligentes, ne servent au final juste qu'à mettre en scène l'immoralité de son géniteur. 

En d'autres termes, on ne ressort pas d'Oltre la Follia avec notre âme intacte. Comme je l'ai dit un nombre incalculable de fois et comme ma mère a si bien su le marteler : le monde devient fou. Comment parvenir à rassembler cette constatation des progrès technologiques toujours plus époustouflants avec les pulsions morbides d'une population en manque d'adrénaline dont le voyeurisme et l'intérêt pour la violence en sont dans son for intérieur depuis la nuit des temps. Rien ne sépare l'homme de la bête, pas même le concept abstrait de civilisation qu'il a érigé en fer de lance pour se convaincre qu'il est plus évolué. Où est l'homme et où est la bête dans Oltre la Follia ?
Difficile d'y répondre. L'actrice blonde dira à la tête de cochon qu'il est mort de la folie des hommes mais mort à quel prix ? Mort pour voir sa tête servir de simili-gode géant pour une pétasse graveleuse ? On pourra cataloguer la pellicule de prétentieuse, de se servir de sa philosophie comme d'une simple toile de fond juste pour excuser ce qu'il se passe à l'écran, mais elle pose un constat perturbant. Un constat qui nous rappelle chaque jour que l'être humain ne perdra jamais sa violence interne, même s'il tente de s'en auto-persuader. Vomitif pour les plus fragiles estomacs, absolument scandaleux graphiquement, Oltre la Follia pourrait être apparentée comme l'incarnation de l'horreur italienne où toute la folie des hommes semble s'être concentrée pour péter à la gueule d'un cinéphile médusé. 

PS : encore merci à toi Inthemood pour m'avoir prêté avec confiance ce DVD et effrité ce qu'il reste de mon innocence.

 

Note : Sans commentaire 

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

18 octobre 2018

Dans la Brume (Sortir du brouillard...)

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Genre : fantastique, science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 2018
Durée : 1h29

Synopsis : Le jour où une étrange brume mortelle submerge Paris, des survivants trouvent refuge dans les derniers étages des immeubles et sur les toits de la capitale. Sans informations, sans électricité, sans eau ni nourriture, une petite famille tente de survivre à cette catastrophe... Mais les heures passent et un constat s'impose : les secours ne viendront pas et il faudra, pour espérer s’en sortir, tenter sa chance dans la brume...  

La critique :

Si dans le domaine horrifique, le cinéma français a toujours fait montre de frilosité, c'est un peu moins vrai dans les registres fantastiques et science-fictionnels, une assertion qu'il faut tout de même minorer, voire relativiser. Certes, les thuriféraires du fantastique et de la science-fiction (voire de l'anticipation...) notifieront à raison les oeuvres de Georges Méliès, en particulier Le Voyage dans La Lune en 1902, mais aussi des films tels que Paris Qui Dort (René Clair, 1924), La Fin du Monde (Abel Gance, 1931), La Jetée (Chris Maker, 1962), Farenheit 451 (François Truffaut, 1966), Barbarella (Roger Vadim, 1968),Les Soleils de l'Île de Pâques (Pierre Kast, 1971), ou encore La Mort en Direct (Bertrand Tavernier, 1980) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires.
Un peu plus récemment, des cinéastes comme Julien Leclercq (Chrysalis en 2007), Franck Vestiel (Eden Log en 2007), Mathieu Kassovitz (Babylon A.D. en 2008), Marc Caro (Dante 01 en 2008), ou encore Luc Besson (Lucy en 2014) se sont eux aussi immiscés vers des relents anticipationnels avec plus ou moins de probité.

Luc Besson réitérera par ailleurs les inimitiés avec Valerian et la cité des mille planètes en 2017. Certes, nos chers cinéastes hexagonaux lutinent et s'acoquinent parfois avec le cinéma hollywoodien pour s'expatrier sur la scène internationale. Toutefois, plus d'un siècle après la sortie de Le Voyage dans la Lune (précédemment mentionné), le Septième Art est toujours à la recherche de cette oeuvre française capable de susciter l'émerveillement et l'extatisme d'un véritable audimat. 
A fortiori, avec Dans la Brume sorti en 2018, Daniel Roby n'a pas forcément de telles aspérités d'autant plus que le film est une production franco-québécoise. Nanti des oripeaux de réalisateur, de producteur et de directeur de la photographie, Daniel Roby a démarré sa carrière cinématographique à l'orée des années 2000.

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Sa seconde réalisation, La Peau Blanche (2004), lui permet d'ériger ses première prémisses de notoriété sur ses terres canadiennes puisque le métrage est primé lors du Festival international du film de Toronto et vient carrément s'incrire parmi les 10 meilleurs films Canadiens de l'année 2004 (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Roby). Daniel Roby enchaîne alors avec Funkytown (2011), Louis Cyr : l'homme le plus fort du monde (2013) et la série télévisée Versailles (2015). Le projet de réaliser Dans la Brume remonte à l'année 2011.
A l'origine, c'est Dominique Rocher qui doit assurer la réalisation du long-métrage. Mais les changements inopinés dans le scénario et la trame narrative ne lui siéent guère. Dominique Rocher quitte subrepticement le projet et s'attelle à la conception de La Nuit a dévoré le Monde (2018).

Que soit. Guillaume Colboc, Guillaume Lemans et Nicolas Duval se coalisent et s'associent pour poursuivre l'écriture du script de Dans la Brume. Pour réaliser le film, ils optent justement pour Daniel Roby afin d'apporter une touche nord américaine au long-métrage et éventuellement pour l'exporter à l'international. Nanti d'un budget impécunieux (à peine dix millions de dollars), Dans la Brume fait office, en dépit de sa mise en scène méticuleuse, de série B science-fictionnelle.
Certaines critiques dubitatites y voient un curieux maelström entre Cloverfield (Matt Reeves, 2008) et The Mist (Frank Darabont, 2007). Hélas, en raison de son budget famélique, Dans la Brume n'a pas vraiment (du tout...) les mêmes velléités. En sus, les scores anémiques au box-office corroborent cette impression de vacuité puisque le film dépasse péniblement les 250 000 entrées, une rebuffade.

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Reste à savoir si Dans la Brume mérite (ou non) qu'on s'y attarde. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin, Michel Robin, Anna Gaylor, Réphaël Ghrenassia et Erja Malatier. Attention, SPOILERS ! Mathieu et Anna forment un couple pérenne qui "vit paisiblement à Paris avec sa fille qui est atteinte d'une maladie incurable appelé « la maladie du poisson rouge » qui la contraint d'habiter dans une bulle de verre géante. Un jour, une brume venant des égouts décime les passants.
Ce phénomène inonde toute la capitale, la plupart des survivants étant coincés aux derniers étages des bâtiments et sur les toits. Au jour le jour, ils tentent de survivre malgré le manque de nourriture, d'électricité, de vivres
et d'informations.

Le couple fait tout en son pouvoir pour sauver leur fille qui est restée dans la brume…" (Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dans_la_brume_(film,_2018). Pour information, ce n'est pas la première fois que notre cinéma hexagonal plonge notre capitale dans le chaos et les déflagrations eschatologiques. Jadis, Chris Maker proposait déjà un futur post-apocalyptique via La Jetée. Beaucoup plus récemment, c'est Dominique Rocher qui se polarisait sur la claustration d'un Parisien dans son appartement suite à une invasion de zombies dans La Nuit A Dévoré le Monde.
Justement, ce dernier devait besogner sur la réalisation de Dans la Brume. Offusqué par les directions spinescentes du projet, le cinéaste a préféré se centrer sur une nouvelle version putrescente de Le Locataire (Roman Polanski, 1976).

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Indubitablement, Dans la Brume souffre de la comparaison avec cet immense bréviaire. De facto, inutile de mettre en exergue le film de Daniel Roby avec une concurrence apoplectique en la matière. Seule petite consolation et pas des moindres, Dans la Brume avalise cette volonté farouche de notre cinéma hexagonal de sortir justement de ce brouillard neurasthénique qui l'a confiné depuis des lustres dans des précipices d'inertie et de pusillanimité. Au moins, Dans la Brume peut s'enhardir de proposer un véritable climax à la fois engoncé par une menace prégnante et des effluves comminatoires et ténébreuses. Magnanime, Romain Duris délaisse, le temps d'un film, son statut de star édifiante du cinéma français, pour s'abandonner corps et âme à une production indépendante.
Malencontreusement, les bonnes intentions ne font pas nécessairement un bon film, loin de là. Faute de moyens et de réel budget, Daniel Roby exploite craintivement son décor opaque pour plonger ses deux principaux protagonistes dans un paysage frugal, un comble pour une histoire censée se dérouler dans les ruelles et les coursives gargantuesques parisiennes. En résulte une production étrangement policée et saccadée, ni géniale (loin de là) ni spécialement honteuse ; finalement à l'aune d'un cinéma fantastique à la française qui se sonde, se recherche et qui gamberge inlassablement sur son incapacité à transcender son sujet. Allez, par courtoisie ou par magnanimité (vous choisirez), nous accorderons une mention passable. C'est vraiment très (trop ?) généreux.

Note : 10/20

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17 octobre 2018

Purgatoire Eroïca (Préparation cérébrale indispensable avant visionnage !)

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Genre : Drame, expérimental

Année : 1970

Durée : 1h58

 

Synopsis :

La jeune géné­ra­tion de l'après-guerre rêve de la révo­lu­tion mais, pour jus­ti­fier son exis­tence et son action, elle en vient à créer, au sein même de son orga­ni­sa­tion, un ennemi qu'elle dénonce ensuite comme espion.

 

La critique :

Il n'est plus nécessaire de constamment relâcher ce leitmotiv concernant la naissance de la Nouvelle Vague et de toutes les conséquences qu'elle eut au sein du cinéma nippon. A l'inverse, son statut international sera à minorer en dépit d'une inquiétante et surprenante confidentialité touchant un grand nombre de réalisateurs. A ce sujet, il ne sera pas étonnant de ne voir qu'une simple trace écrite dans les anthologies classiques du cinéma. D'ailleurs, possédant le fameux "Tout sur le Cinéma" édité aux éditions Flammarion, je n'ai pu le voir mentionné que sur une pitoyable ligne du temps. De quoi pleurer quand vous savez à quel point j'affectionne ce courant.
Ce qui sera le plus représentatif de ce dédain et/ou ignorance sera le cas de Eros + Massacre, réalisé par Yoshishige Yoshida. Souvenez -vous, je l'avais chroniqué il y a déjà un petit temps, non sans qu'une fonte neuronale ne se soit produite au vu de la stratosphérique complexité du bazar. Outre le fait d'être considéré comme l'un des joyaux de son courant (et le mot est faible), il a également été hissé au rang d'un des meilleurs films japonais. Pourtant, silence complet de part chez nous...

Ceci met clairement en lumière un manque culturel flagrant et une sous-estimation de l'importance de cette Nouvelle Vague. Revenons à Yoshida n'ayant pas eu son pareil pour imposer une trace durable (tout est malheureusement relatif) chez un cercle restreint des cinéphiles. Cette trace va acquérir toute sa puissance via sa très célèbre (encore une fois, tout est relatif) trilogie politique initiée avec, justement, Eros + Massacre, suivi ensuite de Purgatoire Eroïca et de Coup d'Etat. C'est le second chapitre de ce cycle, qui verra le troisième être chroniqué plus tard. A la différence du premier, très difficile de glaner des informations d'intérêt sur cette pellicule oubliée.
Une énième victime de l'impitoyable monde du Septième Art où chefs d'oeuvre du temps passé disparaissent progressivement pour ne laisser plus que le divertissement sans consistance où l'intérêt ne se résumera qu'à "poser sa cervelle". Sous cette note d'un scepticisme que je trouve malheureusement lucide, il est temps de nous atteler à une autre chronique tenant plus de l'épreuve de force que d'un long fleuve tranquille. Ayant récupéré toute mon endurance de chroniqueur cynique et amateur, je crois que nous pouvons tout doucement rentrer dans le vif du sujet.

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ATTENTION SPOILERS : La jeune géné­ra­tion de l'après-guerre rêve de la révo­lu­tion mais, pour jus­ti­fier son exis­tence et son action, elle en vient à créer, au sein même de son orga­ni­sa­tion, un ennemi qu'elle dénonce ensuite comme espion.

Purgatoire Eroïca est avant tout un exploit tant à comprendre qu'à en cerner tous les dédales scénaristiques qui nous sont proposés. Je m'adresse à ceux qui protestent sur la simplicité du cinéma actuel : Vous voulez de la complexité propre à vous court-circuiter le cerveau si l'on vous demande ce que vous avez pensé de ce film ? Alors, ce métrage saura parfaitement vous ravir et mettra temporairement entre parenthèse votre désarroi. Fort heureusement, ayant été préalablement préparé après avoir visionné le chef d'oeuvre d'une herculéenne durée de 3h30, j'ai nommé Eros + Massacre, je me disais naïvement que je saurais mieux manier le style du réalisateur.
Point de vue complètement foireux car Yoshida va encore vous triturer votre représentation même du cinéma. Essayons de décrire un minimum le scénario. Rikiya Shoda est ingénieur pour l'agence de l'énergie atomique, travaillant sur la conception d'un rayon laser. Un jour, Nanako, sa femme, rentre chez eux en compagnie d'une jeune fille prénommée Ayu, qu'elle a trouvée en ville. Un homme, qui prétend être son père, vient la chercher, mais Ayu soutient que Rikiya et Nanako sont ses parents. A partir de là, préparez-vous à partir dans une réalité faussée, à mi-chemin entre le songe et les métaphores récurrentes. Reprenant les dialectiques initiées dans son métrage précédent, Yoshida fait s'affronter ce dans quoi il a grandi : la période d'après-guerre. Cette époque fut ce que j'appellerai un charnier psychologique, dans le sens où elle déboussola une fraîche génération marquée par les atrocités passées. Les forces de l'Axe ayant été dissoutes, l'heure est venue pour le capitalisme américain de s'immiscer au niveau planétaire. Des événements troubles sont à venir et la jeunesse ne se reconnaît pas dans ce monde en pleine construction.

Un monde semblant être encore plus impitoyable, mais de manière bien plus sournoise et pernicieuse. La déshumanisation galopante est un fait indiscutable. L'atmosphère politique n'est pas au beau fixe et ne parvient pas à redonner un espoir à une jeunesse devenue désabusée, nihiliste, disparate dans sa vision des choses. Un vacuum existentiel se crée chez de jeunes éphèbes se cherchant sur les ruines laissées par l'impitoyable seconde guerre mondiale. Rêvant de révolution, leur mouvement est caractéristique d'une forme de machisme qui en devient ridicule. La structure de pouvoir masculine est stérile et semble n'avoir aucun acte de support tangible, ni même de plan d'action pensé.
Ces individus sont là, désorganisés, pris dans les tourments d'un héroïsme chimérique devenant un inexorable purgatoire dont ils ne savent pas s'en extirper. Car si la conquête du pouvoir relève de la tragédie par ce qu'elle traverse, les luttes internes en sont un facteur proéminent pouvant vite ruiner des objectifs clairement définis. Yoshida transforme cette lutte de pouvoir en farce où la désorganisation se mêle aux coups bas, qu'ils soient mensonges, trahisons ou manipulations. Le synopsis définit clairement un prolongement majeur "créer, au sein même de son organisation, un ennemi qu'elle dénonce ensuite comme espion". Une parabole de la délation et par extension au néant d'une idéologie se cherchant entre démagogie et éthique.

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Car, comment une révolution peut s'engendrer sans solidarité, cohérence et moyens d'action clairement définis ? C'est bien simple : ça en est catégoriquement impossible. Qui plus est, le parallèle avec Hiroshima et Nagasaki est frappant avec le rayon laser, fantasque mais tout aussi dévastateur. Dans ce labyrinthe de pensées déstructurées, la ligne narrative n'est qu'un prétexte pour Yoshida, s'amusant à se jouer du spectateur. Il brouille d'emblée les pistes tant topologiques que chronologiques. Cette impression de ne jamais savoir où se déroule l'action perturbe. Appartements, hangars ou autres couloirs exigus et plus tard l'air libre dans des décors citadins ou plus champêtres indéterminés. Il y est fait allusion du kidnapping d'un ambassadeur. Passé, présent et futur s'entrechoquent. On assiste à des personnages portant des perruques blanches en indiquant être dans le futur ou dans le passé en retirant leur perruque. Probablement l'exemple le plus probant d'une temporalité vaincue par K.O.
Il ne faut, dès lors, pas vous faire un dessin scandant que Purgatoire Eroïca est un exemple type du film propre à faire vomir le réfractaire ou à exercer une étrange fascination pour un résultat n'arrivant pas à se décrire avec nos impressions habituelles. C'est en cela que naquit le concept d'un expérimental radical. Evidemment, à force d'amplifier toujours la métaphore, le danger est d'induire la fatigue mentale et finalement le désintérêt d'un spectateur hostile à une confusion versant trop dans une mauvaise oppression.

Là est tout le revers de la situation que je vous présente brièvement. Soit vous hurlerez à l'imposture, tançant le film de connerie bonne aux dandys pour se lustrer l'asperge en regardant de haut la plèbe inculte, ou soit vous parviendrez à vous laisser charmer, voyant en ce délire métaphorique, une profondeur plus surprenante qu'il n'y paraît. La troisième éventuelle option sera de faire le dandy mais avouons que cela serait manquer de respect à un tel réalisateur. A la difficulté d'accès bonne à vous donner le tournis, on se permettra le petit sadisme de parler de la durée de 2 heures passant, ou comme une lettre à la poste pour peu que vous adhériez au style (et ce n'est pas gagné) ou comme un calvaire qui se finira très certainement prématurément. Si je devais émettre une brève comparaison entre Purgatoire Eroïca et Eros + Massacre sur le niveau de difficulté, je m'avancerais à penser que le premier est personnellement le plus difficile à appréhender, malgré sa plus courte durée. Cela n'engage bien sûr que moi, donc ce n'est pas à prendre pour évangile. 

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Nous en arrivons maintenant à toute la plastique du film. On retrouve toujours ce visuel d'un très beau noir et blanc très lumineux sans qu'il n'en vienne à gêner la vue de l'action. Le professionnalisme des plans est de nouveau de la partie avec grâce et esthétisme. Une esthétique loin de toute grandiloquence par ses décors simples, sans éléments tape-à-l'oeil, très épuré pour ne représenter que ce qui est réellement important. Une simplicité qui fait mouche par sa beauté formelle. La bande son n'est pas tout le temps présente mais a le mérite de se parer d'une forte puissance interne. Passons maintenant à la fameuse interprétation des acteurs et leur jeu très particulier.
N'espérez pas y voir une seule miette de personnalité forte s'affirmant tels des leaders. Un simple constat qui renforce le fait d'une révolution tuée dans l'oeuf avant même d'avoir été lancée car, comme nous le savons, il faut des personnalités fortes, charismatiques et qui savent guider. Dans le cas présent, les personnages sont réduits au rang de figures dénuées de psychologie et d'états d'âme, s'apparentant plus à des âmes en perdition qu'à de réels révolutionnaires. Des âmes dissertant toujours de manière philosophique. Au casting, on retrouvera Mariko Okada, Kaizo Kamoda, Naho Kimura, Yoshiaki Makita, Kaneko Iwasaki, Toru Takeuchi et Kazumi Tsutsui dont je vous laisserai seul juge de leur rôle.

Alors que Eros + Massacre m'avait laissé pantois, incapable de savoir par quoi commencer la chronique, Purgatoire Eroïca, que je pensais plus facile d'accès, a vite fait de briser mes espoirs de pondre une chronique cérébralement reposante. Pire encore, elle a même revue à la hausse le barème de difficulté pour tenter de rédiger un article un minimum valable pour les rares qui auraient envie de se lancer dans une aventure dont ils se souviendront pour longtemps, en bien ou en mal. Cependant, si l'on détestera ou l'on aimera, c'est foncièrement improbable que de demeurer impassible devant une expérimentation si jusqu'au-boutiste, à un point qu'il en est difficile de décrire précisément ce que l'on a vu et par un prolongement logique, notre avis définitif sur ce spectacle tellement singulier qu'il en devient troublant mais plaisant. Plaisant car le style est complètement assumé mais se pare d'un professionnalisme explicite, qu'il soit dans ses dénonciations sociales déjà abordées dans Eros + Massacre que dans sa plastique séduisante. S'il est évident qu'on pourra vite lui reprocher son trait abscons, le travail est là, indéfinissable, incopiable. Certains fulmineront à la prétention (on ne peut pas leur reprocher cela...) mais si vous n'avez pas peur de la complexité, de l'alambiqué et de l'expérimental, alors je vous encouragerai à vous essayer à cette pellicule semblant sortie d'une autre dimension.
A une époque où les propos révolutionnaires se multiplient de manière exponentielle sur les réseaux sociaux sans que rien ne se fasse, je pense que Purgatoire Eroïca est en accointance avec le concept d'intemporalité. Sinon, je n'ai plus rien d'autre à dire si ce n'est de m'apporter des éclaircissements sur ce que j'ai vu. Ah oui, j'oubliais que noter Purgatoire Eroïca est au-dessus de mes capacités !

 

Note : Mon cerveau n'est pas apte à noter ça !

 

 

orange-mecanique   Taratata

  

16 octobre 2018

Le Bestiaire de l'Horreur #06 : Pazuzu (l'Exorciste)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose une vidéo qui revient sur le film L'Exorciste et sa figure démonologique, Pazuzu. Cette vidéo est intitulée "Le Bestiaire de l'Horreur #06 : Pazuzu (L'Exorciste)" et est disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=GB_WJNcFN24

13 Jeux de Mort (13 jeux de massacre)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2006
Durée : 1h54

Synopsis : Peu de temps après avoir perdu son emploi et sa petite amie, Puchit reçoit un mystérieux coup de téléphone qui l'invite à participer à un jeu, avec à la clé 100 millions de baths (environ 2 millions d'euros) à gagner. Mais pour rafler la mise, Puchit doit d'abord accomplir 13 épreuves...  

La critique :

Il faut bien l'admettre et même le reconnaître. Qui sur ce blog serait capable de citer, même aléatoirement, au moins cinq films d'horreur thaïlandais ? En outre, difficile de répondre avec une certaine méticulosité et pour cause, puisque le cinéma thaïlandais d'une façon générale s'exporte avec difficulté sur nos terres occidentales en général et dans nos contrées occidentales en particulier. Pourquoi ? Encore une fois, difficile de répondre avec une précision clinique, mais la raison est sans doute à la fois cultuelle et culturelle. En résumé, ce qui suscite l'effroi et les tressaillements en Thaïlande est de l'ordre de la légende urbaine. Or, la France et ses territoires attenants ne partagent pas du tout les mêmes mythes ni les mêmes légendes. En sus, l'épouvante n'est, à fortiori, pas vraiment le registre de prédilection du cinéma thaïlandais. Evidemment, les thuriféraires de ce registre cinématographique contrecarreront à raison cette dernière assertion.

Ils notifieront probablement le lien suivant : http://www.vodkaster.com/films/films-d-horreur-thai/g-23-393, et donc des films tels que Alone (Parkpoom Wongpoom et Banjong Pisanthanakun, 2006), The Eye (Danny et Oxide Pang, 2002), The Eye 3 (Danny et Oxide Pang, 2006), Shutter (Barjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom, 2004), Ghost Game (Sarawut Wichiensarn, 2006), Opapatika (Thanakorn Pongsuwan, 2007), ou encore Le Pensionnat (Songyos Sugmakanan, 2006) parmi les oeuvres notables et éventuellement notoires.
Vient également s'additionner 13 Jeux de Mort, réalisé par les soins de Chookiat Sakveerakul (A vos souhaits !) en 2006. Il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm1840848/) pour déceler quelques informations élusives sur ce metteur en scène asiatique.

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Le cinéaste reste surtout populaire sur ses terres thaïlandaises via des productions telles que The Love of Siam (2007), Green Fictions (2013), Home (2012) et The Eyes Diary (2014). A l'aune de cette filmographie évasive, on peut donc subodorer un cinéaste éclectique capable d'obliquer, selon son humeur versatile, vers la comédie, le drame, l'horreur ou encore le cinéma d'action. En l'occurrence, pour 13 Jeux de MortChookiat Sakveerakul (Atchoum ! Oui, je sais, c'est lourd...) se tourne vers le gore et en particulier vers le torture porn.
Inutile de le rappeler. Mais à la même époque, Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006) triomphent au box-office américain et engendrent de nombreux épigones du même acabit. Si 13 Jeux de Mort n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures, il a pu néanmoins s'expatrier au-delà de ses frontières asiatiques pour sortir en DTV (direct-to-video) chez nous.

De surcroît, le long-métrage est aisément disponible en streaming et même en français sur le site YouTube. Mais plus que Saw et Hostel en habituelles ritournelles, 13 Jeux de Mort s'achemine davantage sur les dialectiques professées par le diptyque Red Room et Red Room 2, tous les deux réalisés par Daisuke Yamanouchi en 1999 et 2000, et Death Tube (Yôhei Fukuda, 2010). Ces trois films (donc Red Room, Red Room 2 et Death Tube...) ont pour accointance de mettre à rude épreuve des individus souvent sclérosés et surtout appâtés par le lucre et la cupidité à travers des séries de défis cruels, quitte à mettre leur vie, ainsi que celles des autres, en danger.
Derechef, 13 Jeux de Mort s'inscrit dans cette rhétorique factieuse et funeste. Pour mémoire, le diptyque formé par Red Room et le film Death Tube avaient durablement estourbi les persistances rétiniennes en sacrifiant ses protagonistes d'infortune via des tortures turpides et souvent abjectes.

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Via 13 Jeux de MortChookiat Sakveerakul saura-t-il rééditer la même performance ? Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Inutile de mentionner la distribution du film, à moins que vous connaissiez les noms de Krissada Terrence, Achita Wuthinnounsurasit, Sarunyu Wongkrachang, Nattapong Arunnate et Alexander Rendel ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! Peu de temps après avoir perdu son emploi et sa petite amie, Puchit reçoit un mystérieux coup de téléphone qui l'invite à participer à un jeu, avec à la clé 100 millions de baths (environ 2 millions d'euros) à gagner.
Mais pour rafler la mise, Puchit doit d'abord accomplir 13 épreuves...
A l'aune de cette exégèse pariculièremen lapidaire, difficile à fortiori de s'égayer, voire de s'enthousiasmer pour 13 Jeux de Mort. A tort, le film de Chookiat Sakveerakul est souvent comparé à Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000) pour cette intempérance à effaroucher ses divers protagonistes.

Or, les deux métrages ne partagent presque aucune accointance. Sur le fond, 13 Jeux de Mort s'apparente surtout à une allégorie moderne de soumission à une autorité, une expérience scientifique et psychologique diligentée par Stanley Milgram dans les années 1960. Il est donc à la fois question de docilité, de remords, d'expiation et de conscience individuelle à travers les épreuves prodiguées par une mystérieuse entité. Tel Big Brother dans le roman 1984, cette organisation obséquieuse et énigmatique épie et scrute en catimini les moindres faits et gestes de Puchit, son nouveau candidat.
Pour remporter un fabuleux pactole, quelles limites l'intéressé est-il prêt à franchir ? Certes, 13 Jeux de Mort possède de solides arguties dans sa besace. Hélas, ces mêmes thématiques auraient mérité un bien meilleur étayage. 

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En l'occurrence, Chookiat Sakveerakul préfère se polariser sur les interminables facondes et les larmoiements de son héros en déveine. Une chimère. Dans le même genre, on lui préférera justement Death Tube et le diptyque formé par Red Room (trois films précédemment mentionnés). Sur la forme, 13 Jeux de Mort se montre beaucoup moins éloquent dans sa trame narrative, un brin longuette et rébarbative. On note également quelques fadaises, des digressions scénaristiques, ainsi que certaines épreuves fastidieuses. A contrario, le métrage fait parfois montre d'ingéniosité via des épreuves scabreuses et malencontreuses, toutes se concluant (ou presque) par la mort, l'agonie et/ou la désolation. C'est par exemple le cas lorsque Pusit doit s'immiscer au fond d'un puits pour sauver les restes putrescents d'un vieillard cadavérique, le tout sous la complicité béate de sa propre famille.
13 Jeux de Mort ne justifie son visionnage que pour son profond nihilisme. Personne ne trouve grâce aux yeux de Chookiat Sakveerakul. 13 jeux de mort est donc une oeuvre profondément misanthrope qui flagornera sans doute les néophytes en matière de gore et de tripailles. Dans ce domaine, 13 Jeux de Mort excelle et se montre suffisamment philanthrope pour satisfaire les pulsions primitives de son audimat sardonique. Cependant, les habitués du genre lui préféreront amplement Death Tube, ainsi que les deux films de Daisuke Yamanouchi. Toujours la même antienne...

Note : 10/20

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15 octobre 2018

I Am Divine (L'histoire vraie de la plus belle femme du monde)

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Genre : documentaire, biopic 
Année : 2013
Durée : 1h26

Synopsis : Enfant, Harris Glenn Milstead était attiré par tout ce qui touchait au féminin. Il aimait les comédies musicales et subissait des intimidations à l’école. À la maison, il jouait à se déguiser en puisant dans la garde-robe de sa mère. Sa rencontre avec le réalisateur John Waters a tout changé. Ce dernier fit du travesti aux formes pour le moins généreuses la star de ses films chocs tels que Pink Flamingos et Female Trouble. Faisant fi des idées préconçues à propos de la beauté et des convenances, Divine (son nom de drag-queen) incarna le symbole absolu du marginal devenu égérie underground. Son engagement total dans l’expression de soi a joué un rôle précurseur dans la promotion des notions de liberté et de reconnaissance. Mort en 1988 à l’âge de 42 ans, Divine n’a cessé de se fondre dans un univers mêlant drogues, travestissement et autodérision. Brouillant les frontières entre son personnage et lui-même, il a révolutionné la culture pop. Des légions de marginaux l'en remercient.    

La critique :

Bienvenue dans le cinéma trash et underground, entre autres, dans ce cinéma indépendant et impécunieux diligenté par les soins de John Waters dès la fin des années 1960, via Mondo Trasho (1968) ! La carrière cinématographique du cinéaste rogue et iconoclaste démarre vers le milieu des années 1960 avec plusieurs courts-métrages, notamment Hag in a black leather jacket (1964), Roman Candles (1966), Eat your makeup (1967) et The Diane Linkletter Story (1969), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales.
Tout au long de sa filmographie impudente, John Waters n'a jamais caché sa dilection pour le trash, l'outrecuidance et les parties d'agapes et de priapées sur fond de saphisme, de travestisme et d'aspérités transgenres.

A l'instar de Tod Browning en son temps et avec Freaks, la monstrueuse parade (1932), John Waters affectionne tout particulièrement les marginaux, les asociaux et ces personnalités aux étonnantes adiposités qui entravent les normes et les codes d'une société patriarcale, encore engoncée dans ses préceptes ecclésiastiques. Mais, entre la fin des années 1960 et l'orée des années 1970, la société occidentale connaît des mutations importantes et rédhibitoires. La jeunesse en dissidence se regimbe contre l'autorité parentale via le mouvement hippie.
Les femmes revendiquent leur émancipation et ne souhaitent plus être assujetties à une vie de servitude et de claustration. En plein chamboulement, le capitalisme va ouïr ces diverses requêtes et transmuter la société occidentale en une corporation égotiste, hédoniste, consumériste et globalisée par les directives de nouvelles oligarchies opulentes.

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Opportuniste, John Waters a déjà cerné l'impact, ainsi que la proéminence de tous ces bouleversements sociologiques, politiques, idéologiques et sociétaux. C'est dans ce contexte et contre l'avis de ses émules qu'il arbore le comédien Divine comme sa nouvelle égérie espiègle. Pour les spectateurs avisés de l'époque, prière d'oblitérer toutes ces figures blondinettes, aguichantes et d'une rare vénusté. Divine préfigure à la fois les rotondités, l'irrévérence, l'homosexualité et une figure transsexuelle qui harangue tous les dogmes d'une société dite "normative".
Telle est, par ailleurs, la rhétorique de I Am Divine, un documentaire réalisé par les soins de Jeffrey Schwarz en 2013. Attention, SPOILERS ! Enfant, Harris Glenn Milstead était attiré par tout ce qui touchait au féminin.

Il aimait les comédies musicales et subissait des intimidations à l’école. À la maison, il jouait à se déguiser en puisant dans la garde-robe de sa mère. Sa rencontre avec le réalisateur John Waters a tout changé. Ce dernier fit du travesti aux formes pour le moins généreuses la star de ses films chocs tels que Pink Flamingos et Female trouble. Faisant fi des idées préconçues à propos de la beauté et des convenances, Divine (son nom de drag-queen) incarna le symbole absolu du marginal devenu égérie underground. Son engagement total dans l’expression de soi a joué un rôle précurseur dans la promotion des notions de liberté et de reconnaissance.
Mort en 1988 à l’âge de 42 ans, Divine n’a cessé de se fondre dans un univers mêlant drogues, travestissement et autodérision.

Brouillant les frontières entre son personnage et lui-même, il a révolutionné la culture pop. Des légions de marginaux l'en remercient. Indubitablement, un tel documentaire ne pouvait que susciter notre curiosité, ainsi que notre extatisme puisque Divine, alias Harry Glenn Milstead de son vrai nom, symbolise à lui tout seul toute une faction du cinéma underground. Le film de Jeffrey Schwarz revient donc sur la vie tonitruante et mouvementée d'Harry Glenn Milstead. A fortiori, rien ne prédestinait le jeune adulescent de l'époque à embrasser une carrière cinématographique.
Affublé des oripeaux d'enfant de choeur, le jeune homme entreprend une éducation catholique et à l'abri de la tentation du péché. En outre, il connaît une scolarité difficile et subit ponctuellement les railleries et les billevesées de ses subordonnés. 

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Au collège, il lutine et s'acoquine avec une jeune camarade de classe avec qui il aura une relation amoureuse éphémère. Corrélativement, Harry Glenn Milstead affirme et avalise ses tendances féminines. Ses parents acceptent, bon gré mal gré, ses tropismes saphistes. Harry commence même à enfiler des oripeaux féminins et à se grimer de perruques et de porte-jarretelles dans des concours arbitraires et qui restent codifiés par les règles de la bienséance. Justement, Harry enfreint ostentatoirement toutes ces doctrines rigoristes pour arborer une tenue largement dépoitraillée et laissant entrevoir ces imposantes rotondités. C'est dans ce contexte qu'il s'accointe et sympathise avec John Waters, un autre histrion du cinéma trash. Ensemble, les deux amis fantasques tourneront six longs-métrages au total : Mondo Trasho (précédemment mentionné), Multiple Maniacs (1970), Pink Flamingos (1972), Female Trouble (1974), Polyester (1981) et Hairspray (1988).

Dans Multiple Maniacs, Divine subit les assauts répétés et libidineux d'un homard géant aux satyriasis infrangibles. Mais la polémique grondera avec Pink Flamingos, une production indépendante et désargentée dans laquelle Divine se délecte des coprophagies d'un canidé. La saynète impudique n'est pas simulée. A l'époque, John Waters ne cache aucunement sa dernière toquade. Cette séquence peu ragoûtante a justement pour vocation de courroucer les critiques et le public dubitatifs. Mission réussie en l'occurrence puisque Pink Flamingos devient l'une des nouvelles égéries du midnight movie, soit les films diffusés à minuit dans certaines salles de cinéma aux Etats-Unis.
Contre toute attente, Divine et John Waters deviennent des figures à la fois insolentes et populaires. Impression corroborée par la sortie de Female Trouble, puis par Polyester

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Mais le véritable succès commercial se nommera véritablement Hairspray, une comédie musicale qui propulse Divine au sommet de la gloire. A juste titre, John Waters et son comédien fétiche exultent. Enfin, leur style atypique est reconnu aux yeux du grand public. L'impertinence vient de triompher du capitalisme et des dogmes contraignants de la planète Hollywood, tout du moins, c'est ce que croient ingénument John Waters et son plus fidèle prosélyte. Conjointement, Divine a cessé ses activités nocturnes et a renoué des relations pérennes avec ses géniteurs.
Le comédien arbore désormais la première page de certains magazines gays et/ou féminins. Mieux, l'acteur s'est acheté une bonne conduite et ne consomme plus de substances illicites. En revanche, Divine se sustente de graisses et de mets peu recommandables, une recette insalubre qui rend fébrile son physique disgracieux et finalement vacillant.

Alors qu'il doit participer au tournage de la série télévisée Mariés, deux enfants, Divine décède d'un infarctus du myocarde (comprenez une crise cardiaque) dans la suite de son hôtel. Le diagnostic médical est sans appel. A cause de sa vie de débauche et de ses excès pantagruéliques, Divine a payé cher son accoutumance pour la nourriture et les mets plantureux. On tient donc là un documentaire souvent passionnant et exhaustif, avec des velléités de biopic. En outre, le film de Jeffrey Schwarz permet réellement de comprendre et de cerner la personnalité protéiforme de Divine. Hélas, ce documentaire n'est pas exempt de tout reproche.
Le principal et le plus surprenant concerne justement son aspect ultra conventionnel, un comble pour un film censé nous éclairer sur l'une des icônes du cinéma underground ! In fine, le portrait prodigué par Jeffrey Schwarz manque singulièrement de nuance. En résumé, Divine était une personne à la fois amène, joviale, affable, courtoise et aux antipodes de la femme trash et peu farouche décriée dans Pink Flamingos et ses nombreux épigones.
On pourra donc légitimement maronner et clabauder après certains manques lacunaires. Par exemple, on aurait apprécié que le documentaire se polarise davantage sur la facette aboulique et neurasthénique de ce personnage à la fois truculent et histrionique.

Note : 12.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

14 octobre 2018

Maryland (Brain damage)

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Genre : Drame, thriller (tout public avec avertissement)

Année : 2015

Durée : 1h38

 

Synopsis :

De retour du combat, Vincent, victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie, la femme d'un riche homme d'affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ».
Tandis qu'il éprouve une étrange fascination pour la femme qu'il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure.

 

La critique :

Ces temps-ci, j'ai pu chroniquer, à plusieurs reprises, des métrages issus de mon pays natal : la Belgique. Un cinéma n'intéressant, paradoxalement, pas spécialement les profanes belges, visiblement trop gavés aux films hollywoodiens. Néanmoins, quand on s'y intéresse, on peut voir à quel point la profondeur est importante et l'ambition élevée. Je citerai volontiers le film culte Loft s'étant hérissé parmi les thrillers les plus émérites du XXème siècle. Citons aussi Bullhead ayant pu s'enorgueillir d'une flatteuse réputation, sans parler de l'oeuvre choc Black. Et cette liste ne pourrait se clôturer sans parler du film choc Calvaire ayant durement marqué les persistances rétiniennes, bien qu'il soit une coproduction. Cela sera aussi le cas de la petite pellicule d'aujourd'hui du nom de Maryland.
Une coproduction également franco-belge. Une co-production entre les mains de Alice Winocour, une réalisatrice fraichement débarquée dans le monde impitoyable du cinéma. En 2011, elle sortait son premier long-métrage, Augustine, qui mettait en scène un professeur étudiant l'hystérie sur une jeune adolescente de 19 ans. Pour cette première réalisation, les critiques seront très positives, voyant en elle une cinéaste à haut potentiel.

Quatre ans plus tard, c'est donc Maryland qui sera l'oeuvre phare qui déterminera si oui ou non l'érudition de Winocour est un bien fondé. Le métrage aura l'honneur d'être présenté dans la section "Un certain regard" du prestigieux Festival du Film de Cannes, sans toutefois faire suffisamment mouche. Si cette petite anicroche n'est pas du genre à interpeller, la problématique sera que, malheureusement, les critiques se montreront globalement mitigées ou tout du moins partagées. Alors que certains saluent l'exploit, d'autres calment vite le jeu. On est clairement dans le genre de pellicule bien casse-couille à chroniquer. Le genre que l'on aimera ou non, et ce sans demi-mesure.
Pourtant, tout est en place pour séduire le cinéphile amateur de thriller psychologique, voyant en son instinct naturel l'idée qu'il passera un moment tout à fait plaisant. Alors que le dernier film belge que j'ai chroniqué, L'étrange couleur des larmes de ton corps, s'apparentait à une véritable farce indigeste, est-ce que Maryland saura rattraper le tout et finaliser un cycle belge en beauté ? Réponse juste en-dessous.

 

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ATTENTION SPOILERS : De retour du combat, Vincent, victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie, la femme d'un riche homme d'affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ». Tandis qu'il éprouve une étrange fascination pour la femme qu'il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure.

Voilà typiquement le genre de thriller qui va me faire foncer comme une balle de fusil devant l'écran. N'officiant pas dans des études de psychologie, je n'ai jamais caché mon intérêt depuis plusieurs années pour le thriller psychologique. Un genre sombre qui ne plaît pas à tout un chacun mais passionnant quand il est bien réalisé. Là est tout le challenge car nous savons bien que la sauce peut vite mal tourner quand il y a un couac dans la narration ou la mise en scène. Alors, quand le sujet du SSPT (syndrome de stress post-traumatique) est traité, tous les compteurs sont au vert pour que j'enclenche la lecture. Car oui, la guerre n'est pas une pathétique romance héroïque comme la propagande américaine nous semble le faire croire, elle est avant tout un chemin de mort et de chaos où aucune âme n'en sort indemne. « Je voulais faire un film qui soit une expérience sensorielle, entièrement du point de vue d’un seul personnage. ». C'est en ces mots qu'elle s'adressera lors de la projection, le tout suivi de « Mais c’est aussi une histoire d’amour un peu étrange, vous verrez ».
C'est dans ce très court paragraphe ce qui déterminera si oui ou non Maryland sera une réussite. Revenons-en au cas des âmes torturées par les atrocités de la guerre, Vincent est un de ceux-là qui fut pris dans le bourbier de l'Afghanistan. Malgré sa carrure impressionnante, cela ne l'a pas empêché d'être marqué fortement par ce qu'il a vécu. Tel un ouvrier envoyé à la casse, l'armée le somme de se mettre au repos et de quitter le champ de bataille, ce que Vincent refuse de voir comme une évidence. Pourtant, si lui est persuadé d'être guéri, il y a de quoi être dubitatif. Toujours pris dans le fantasme de la menace, il a du mal à s'extirper de son passé torturé. Il entend des choses que personne n'entend ou est sujet à de troublants visions. Un premier aperçu tout simplement génial, qui plus est quand se rajoutera la scène où il partira du bâtiment de l'armée, traversant un dédale de soldats fantomatiques qui ne retrouveront jamais leur(s) membre(s).

Soulignant l'évidence que la guerre n'est pas un festival d'héroïsme manichéen, Winocour s'illustre brillamment dans un premier temps. Reconverti en garde du corps, il sera embauché par un riche homme d'affaires libanais pour surveiller sa femme et son enfant. Au cours d'une soirée, Vincent est toujours en compagnie de ses propres démons intérieurs. Méfiant, froid, les gros plans le suivent avec en toile de fond une musique rythmée. L'impression que quelque chose va péter retombe tout aussi vite. La réalisatrice fait mouche en nous intégrant dans l'esprit de Vincent ressemblant à une bulle opaque. Elle nous prend à notre propre jeu en nous faisant croire que quelque chose de grave va se passer alors que tout est parfaitement normal. Dans cette première partie, autant dire que Maryland exploite amplement son potentiel, nous tenant en laisse. Enfin, on le croyait.
La suite des hostilités verra Vincent évoluer dans un huis clos qui, malgré ses grands espaces (un manoir avec des hectares de terrain) se montrera étouffant. Alors qu'il y aurait eu matière à développer la sauvagerie mentale du récit, ses thématiques et à se jouer du cinéphile, Winocour préférera jouer la carte du conventionnel, faisant retomber comme un soufflet la tension accumulée. Vincent commencera à développer une sorte d'attirance envers Jessie qu'il tentera de réfréner. Renfermé sur lui-même, il se refuse à parler et à se confier. Leur relation se fera par des jeux de regard que nous ne savons pas vraiment comment interpréter. 

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En soi, l'idée n'est pas mal du tout. Vincent désire-t-il vraiment Jessie ? Cherche-t-il du réconfort voyant en Jessie son objet d'apaisement mental ? Ces deux questions méritent d'être posées. Mais comme je le disais, le conventionnel prend le relais et Maryland se transmue d'expérience sensorielle malsaine à expérience en manque de consistance. Premier point qui horripilera : un diagnostic clinique trop peu approfondi, restant en surface, alors que ce n'était pas la complexité qui manquait. De quoi sérieusement calmer les curieux de cet affreux trouble mental. Si Vincent ne pourra s'extirper d'une pression omniprésente dans la seconde partie, autant avouer que le tout s'essouffle vite.
A cela se rajoute la problématique d'opter pour un choix de scénario conventionnel. En d'autres termes, l'apparition d'une menace bien réelle symbolisée par des agresseurs semblant en vouloir au mari. Cet acte trouvant son paroxysme dans la scène de la voiture transformera vite la villa en véritable piège emprisonnant psychologiquement Vincent, plus alerte que jamais. Mais justement pourquoi choisir la carte du réel ?

N'aurait-il pas été infiniment mieux de prendre le parti de l'esprit déstructuré de Vincent plutôt que la réalité extérieure ? N'aurait-il pas été plus efficace de faire en sorte que tout se passe dans l'esprit de l'ancien soldat, persuadé que ce qui se passe est réel alors que tout n'est que le fruit de son imagination ? C'est pourtant bien ce que l'on en attendait. Un film dupant en beauté son spectateur. En vain... Dans cette maison truffée de caméras de sécurité, la protection ne sera pas assurée. Vincent pourra enfin évacuer toute sa violence interne en tuant avec une férocité inimaginable ses ennemis, le tout sous le regard désemparé de Jessie. La fin prêtant à moult interprétations aura cependant ce mérite de rehausser un résultat en dent-de-scie qui aura bien du mal à cerner exactement sur quoi s'embarque le film. Drame paranoïaque ? Histoire d'amour insensée ? Voire même des tonalités d'épouvante ?
Winocour a beau dire que le film s'embarque dans le cauchemar et le fantastique mais on a bien du mal à la croire tant le résultat se montre terre-à-terre. La mise en scène en pâtira car si elle est fluide, elle ne s'accorde pas avec ce que l'on était en droit d'attendre. La tension ne prend pas assez à la gorge. La brutalité n'est pas suffisamment bien exploitée. Ok le film se regarde poliment mais tout l'apparat en est quelque peu faussé ou du moins bien trop gentil. Preuve en est que Maryland écopera d'un simple avertissement. Un comble pour ce qui était censé retranscrire l'horreur psychologique d'après-guerre.

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Au moins, on se rattrapera avec un visuel plutôt ravissant sur cette villa labyrinthique, la plage et les lieux environnants. L'ensoleillement de certains décors n'écartant en rien une confiance ou un simple réconfort qui pourrait s'ancrer dans l'âme de Vincent. Bon point à préciser et que j'ai déjà préalablement cité, ce sont les gros plans traduisant le stress et l'anxiété permanents du soldat. La bande son se montre aussi de qualité, la réalisatrice ayant voulu transmettre un doute sur ce qu'il entend, jouant avec une réalité distordue. Un essai bien rendu. Pour finir, l'interprétation des acteurs rehaussera le niveau, surtout celle de Matthias Schoenaerts parvenant toujours à imposer son charisme avec aisance.
A l'instar d'Henry Fonda ou d'Humphrey Bogart, on pourrait le catégoriser comme une "gueule". Dans la peau de son personnage, il retranscrit les angoisses indicibles de son anti-héros, sa froideur si persistante, sa rancune difficilement enfouie, sa violence torrentueuse, quand bien même elle éclate sur des personnages tout sauf hostiles (l'enfant du couple, son meilleur ami). Diane Kruger jouera aussi correctement son rôle. Pour le reste, rien qui ne vaille la peine de s'y atteler.

Avec tout ça, difficile que de ne pas avoir un fort arrière-goût arrivé au générique de fin alors que tout le cahier de charges était propice à créer un véritable chef d'oeuvre marquant durablement les persistances rétiniennes. Si Winocour gère bien son entrée de jeu et opte avec grand intérêt pour un Vincent jamais relax, elle en vient vite à user son concept de manière inattendue. Balayage trop superficiel du SSPT, le choix du conventionnel (pour toucher un plus large public ?), un manque de couilles dans la réalisation (encore une fois, je renvoie au simple "avertissement"). S'il faut saluer son ambition qui devrait être un exemple pour chaque réalisateur, la jeune femme ne parvient pas à transcender son sujet pour interpeller son spectateur, voire même le choquer. Maryland est timide dans son approche et cet état de fait de vouloir faire ressentir ne s'impose pas sur le long terme.
Une déception de taille mais que je noterai de manière particulièrement indulgente car, encore une fois, je salue le courage et la prise de risque de cette Winocour à avoir attaqué de front une pathologie atrocement peu mentionnée dans le cinéma.   

 

Note :  11/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

13 octobre 2018

En Eaux Troubles (Jason Statham Vs. Mégalodon)

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Genre : horreur, action 
Année : 2018
Durée : 1h54

Synopsis : Au cœur de l’océan Pacifique, le sous-marin d’une équipe de chercheurs a été attaqué par une créature gigantesque qu’on croyait disparue : le Mégalodon, un requin préhistorique de 23 mètres de long. Le sauveteur-plongeur Jonas Taylor doit risquer sa vie pour sauver les hommes et les femmes prisonniers de l'embarcation… et affronter le prédateur le plus terrible de tous les temps.    

La critique :

Selon le propre aveu de Steven Spielberg, aucun film d'agression animale, en particulier à consonance aquatique, n'est en mesure de faire vaciller l'hégémonie de Les Dents de la Mer (1975). A la rigueur, seul le bien nommé Piranhas (Joe Dante, 1978), une modeste série B impécunieuse, serait apte à contrarier l'omnipotence de Jaws (soit le titre original de Les Dents de la Mer). Depuis, les productions horrifiques à versant aquatique se sont multipliées en coalisant squales, ophidiens, crocodiliens et autres poissons féroces et voraces. Ainsi, les thuriféraires du genre citeront aisément des films tels que Solitaire (Greg McLean, 2007), Black Water (Andrew Traucki et David Nerlich, 2007), Open Water (Chris Kentis, 2004), Le Crocodile de la Mort (Tobe Hooper, 1977), The Reef (Andrew Traucki, 2011), ou encore Primeval (Michael Katleman, 2007) parmi les oeuvres notables et éventuellement notoires.

Ce registre cinématographique s'est même nimbé d'une certaine truculence via d'étonnantes rotondités paléontologiques. Impression corroborée par les productions SyFy, Nu Image ou encore Asylum qui ont fait des requins et autres créatures sous-marines gargantuesques leurs principaux leitmotivs. En outre, c'est la sortie de Peur Bleue (Renny Harlin, 1999) qui sonne le tocsin des monstres sous-marins et préhistoriques sur le cinéma horrifique. Plus c'est gros, plus c'est bon, tel semble être l'apanage des requins et autres poissons du même acabit depuis presque deux décennies maintenant.
On ne compte même plus les DTV (direct-to-video) horrifiques qui arborent des requins et autres reptiliens sur leur affiche harangueuse, pour le plus grand désarroi de certains cinéphiles. A fortiori, En Eaux Troubles, réalisé par les soins de Jon Turteltaub en 2018, s'achemine peu ou prou dans cette même rhétorique. 

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Seule dissimilitude et pas des moindres, En Eaux Troubles bénéficie d'une distribution massive dans les salles obscures et semble promis à une belle carrière commerciale. A l'instar de Les Dents de la Mer, The Meg (titre original du film) s'inspire à son tour d'un opuscule, Meg : A Novel of Deep Terror de Steve Alten. A l'origine, le projet de réaliser En Eaux Troubles remonte à 1997, soit l'année de publication du roman originel. De prime abord, c'est la firme Walt Disney Studios qui souhaite s'accaparer du sujet. Mais le scénario est rectifié, corrigé puis prorogé à maintes reprises.
Le script échoit même entre les mains d'Eli Roth, le réalisateur d'Hostel (2006). Toutefois, les producteurs souhaitent une production tout public et non un film gore qui verse allègrement dans les diverses érubescences.

C'est dans ce contexte que le long-métrage échoue à Jon Turteltaub. Le nom de ce cinéaste rime invariablement avec les productions enfantines, doucereuses et sirupeuses puisqu'on lui doit, entre autres, Ninja Kids (1992), Rasta Rockett (1993), Phénomène (1996), Benjamin Gates et le trésor des templiers (2004), Benjamin Gates et le livre des secrets (2008), ou encore L'Apprenti Sorcier (2010).
Autant dire que l'on tient un véritable tâcheron en la matière et que l'on peut, de facto, craindre le pire pour cette nouvelle production d'agression sous-marine.
Derechef, En Eaux Troubles avalise le succès des requins et autres monstres aquatiques sur le cinéma horrifique puisque le film culmine au box-office américain. Même les critiques et la presse se montrent plutôt affables et clémentes envers cette production dispendieuse et nantie d'un budget de 130 millions de dollars. 

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Certes, ce n'est pas En Eaux Troubles qui risque de contrarier la suprématie de Les Dents de la Mer, mais le film s'apparente à une production probe, cohérente et en déférence vis-à-vis des codes inhérents du genre. La distribution du long-métrage se compose de Jason Statham, Li Bingbing, Winston Chao, Jessica McNamee, Ruby Rose, Rainn Wilson, Cliff Curtis et Robert Taylor. Attention, SPOILERS ! (1) Jonas Taylor est un ancien capitaine de la Marine et un plongeur spécialisé dans les eaux profondes. Il est recruté pour plonger dans l'océan Pacifique, pour sauver une équipe de scientifiques coincée dans l'épave d'un submersible attaqué et endommagé par un requin préhistorique de vingt mètres de long, connu sous le nom de Mégalodon.
Engagé par un océanographe chinois
, Taylor devra surmonter ses peurs et affronter une seconde fois le prédateur qu'il a auparavant rencontré lors d'une expédition pour sauver des hommes et des femmes piégés dans les profondeurs de l'océan (1).

Production horrifique à tonalité aquatique, la comparaison avec Les Dents de la Mer fait désormais office de catalyseur chimérique. Sauf catastrophe sous-marine et cinématographique, le film d'horreur de "Spielby" n'est pas prêt de céder sa couronne hiératique à ses concurrents pourtant apoplectiques. Seule particularité d'En Eaux Troubles, le long-métrage est le résultat d'une coalition entre producteurs américains et chinois. En sus, le film ne s'inspire pas seulement de Jaws, mais vient également renifler du côté d'Abyss (James Cameron, 1989) via cette introspection de la faune sous-marine et de tréfonds inconnus de l'homme. C'est d'ailleurs la première partie de The Meg.
Malicieux, Jon Turteltaub subodore l'existence putative d'une vie extrémophile. Hélas, cette dernière n'est ni cellulaire ni microbienne. 

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Au contraire, elle s'auréole même d'extravagance et de gigantisme en convoquant les aléas et les rémanences de la Préhistoire via la rémanence d'un Mégalodon. Sa taille ? 25 mètres ! Pour capturer un tel animal, Jason Statham et son escouade devront redoubler d'efforts et se montrer particulièrement intrépides, tout en mettant leur propre vie en danger. C'est la seconde partie du film, hélas de facture beaucoup plus conventionnelle. Cette fois-ci, le métrage adopte son rythme de croisière tout en se montrant plutôt philanthrope lorsqu'il s'agit de dévoiler la complexion proéminente de son requin à l'appétit pantagruélique. Dommage que Jon Turteltaub n'ait pas étayé davantage cet affrontement titanesque entre l'homme et l'animal, un peu à la manière d'un Moby Dick
Mais le film de Jon Turteltaub n'a pas de telles aspérités littéraires et préfère lutiner avec le blockbuster homérique qui vise continûment l'action à satiété et la surenchère.

De même, nous n'aurons pas non plus de réflexion sur cet univers silencieux, à la fois immense et infinitésimal masqué par le vide et notre propre méconnaissance. N'est pas Steven Spielberg qui veut. En l'occurrence, Jon Turteltaub opte pour les saynètes d'action ad nauseam et pour un blockbuster grimé en bisserie opulente. Malencontreusement, le métrage est victime de ses propres frilosités. Certes, le carnage humain a bien lieu, mais les flots d'hémoglobine sont les grands absents de cette production régentée et agencée pour flagorner un large audimat.
Pas question d'effaroucher le grand public ni d'imiter les affabulations sanguinolentes de Jaws en son temps, une production pourtant plantureuse qui n'hésitait pas à sacrifier ses touristes sur l'autel d'un capitalisme captieux et pernicieux. En outre, En Eaux Troubles est son parfait antagoniste, soit cette production qui confédère Américains et Chinois pour amasser des pécunes et des bénéfices. Seule petite consolation, Jon Turteltaub réalise ici probablement son meilleur office, ce qui n'était pas trop difficile non plus. Pour le reste, The Meg s'apparente à une production finalement bienséante qui tergiverse entre l'horreur, l'action et le fantastique, et qui devrait logiquement ravir un public peu exigeant en termes de qualités cinéphiliques. Les autres y verront une oeuvre sans grande fulgurance en dépit de certaines apparences et de son requin à la taille cyclopéenne. Allez, par miséricorde, nous lui accorderons une mention "assez bien". C'est très (trop ?) généreux.

Note : 12/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/En_eaux_troubles_(film,_2018)

12 octobre 2018

SAGA ALIEN : Comment évolue une mythologie cinématographique ? (La Critique Masquée)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose de revenir sur la mythologie "Alien" via une vidéo intitulée "SAGA ALIEN : Comment évolue une mythologie cinématographique ?", proposée par la Critique Masquée et disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=70Nfvz81-ZQ

Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers (Retour à la nuit des masques)

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Genre : horreur, slasher, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1988
Durée : 1h30

Synopsis : Comme la loi le prévoit, Michael Myers est transféré dans un hôpital normal après dix ans passés dans un hôpital psychiatrique pour fous criminels. Le docteur Loomis, persuadé que Michael va pouvoir enfin reprendre ses meurtres sanglants, part à sa recherche. Mais la ronde des meurtres a déjà commencé et Michael est en route pour la ville d'Haddonfield qui se prépare à fêter Halloween.

La critique :

Retour sur une saga proverbiale, celle consacrée à la fête d'Halloween et à son croquemitaine au masque d'albâtre, le terrible et sinistre Michael Myers. Petite piqûre de rappel. Le boogeyman pouvait légitimement remercier John Carpenter, son auguste démiurge. En 1978, le maître de l'épouvante réalise Halloween, la nuit des masques, un slasher qui confronte un forcené, évadé de l'hôpital psychiatrique, à des étudiants libidineux. Seule la timorée Laurie Strode fait figure d'exception et symbolise, à contrario, cette pruderie ostentatoire. La belle effarouchée devra se hâter, lutter et se démener pour échapper aux coups de semonce de Michael Myers.
Son psychiatre, le docteur Loomis, recherche activement le tueur échevelé, craignant un massacre ensanglanté. La suite corroborera ses impressions mortifères.

Bien que criblé de balles, le boogeyman disparaît subrepticement dans la nature. Succès commercial oblige, John Carpenter rempile pour une suite, Halloween 2, qu'il produit histoire de s'assurer de la déférence du nouveau réalisateur en place. Peu enclin à se fourvoyer dans une franchise mercantile, le metteur en scène cède ce second chapitre aux soins de Rick Rosenthal en 1981. Opportuniste, ce dernier se contente d'ânonner la formule de son illustre épigone. Peu ou prou de surprises au programme. Pis, Halloween 2 n'établit pas les scores espérés par les producteurs, mais rapporte suffisamment de pécune et de prébendes pour se transmuter en une franchise fastidieuse et moribonde. Dépité, John Carpenter aspire à obliquer vers de nouvelles directions spinescentes.
Ce sera Halloween 3 : la nuit du sorcier (Tommy Lee Wallace, 1982).
 

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La franchise décide d'évincer son célèbre croquemitaine au profit d'un film d'épouvante sur fond de sorcellerie, de dérives sectaires et de robots sociopathiques. Si la nouvelle formule paraît, de prime abord, incongrue voire amphigourique ; Halloween 3 a au moins le mérite de renâcler vers de nouvelles aspérités fantastiques. Ulcéré par ces directions iconoclastes, le public tance et abhorre un épisode qu'il juge au mieux digressif. L'audimat hagard réclame béatement le retour de Michael Myers. Sa requête sera évidemment ouïe par les producteurs fallacieux via un inévitable quatrième épisode, soit Halloween 4 : le retour de Michael Myers, et réalisé par les soins de Dwight H. Little en 1988. Halloween 4 a donc pour vocation de faire oublier le désastre financier de son devancier.
En outre, ce quatrième opus va remplir doctement son office puisqu'il se solde par un certain succès commercial lors de sa sortie en salles. 

Cependant, John Carpenter n'est plus de la partie, visiblement bien conscient des cachexies narratives de ce quatrième volet. Il est alors suppléé par Dwight H. Little, un cinéaste spécialisé dans les séries B et le cinéma d'action. Les thuriféraires du réalisateur (mais enfin, qui sont-ils ?) citeront aisément Le fantôme de l'opéra (1989), Désigné pour mourir (1990), Rapid Fire (1992), Sauvez Willy 2 : la nouvelle aventure (1995), Meurtre à la Maison-Blanche (1997), ou encore Anacondas : à la poursuite de l'orchidée de sang (2004) parmi ses oeuvres notoires et notables ; bref rien de vraiment transcendant ni d'enthousiasmant dans cette filmographie erratique.
Pour le tournage d'Halloween 4, Dwight H. Little et ses producteurs s'accointent avec Jamie Lee Curtis, la star des deux premiers films. 

 

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Mais l'actrice vaque à d'autres projets cinématographiques et réfute poliment l'exhortation. La distribution du film se compose alors de Donald Pleasence, George P. Wilbur, Danielle Harris, Ellie Cornell, Beau Starr, Sasha Jenson, Michael Pataki et Kathleen Kinmont. Attention, SPOILERS ! (1) Dix ans après avoir ravagé la petite ville de Haddonfield lors de la nuit d'Halloween, le psychopathe Michael Myers est dans le coma, toujours sous haute surveillance dans un hôpital psychiatrique fédéral. La nuit où il doit être transféré dans un hôpital d'État, Michael Myers parvient à s'échapper en tuant les infirmiers.
Décidé à le rattraper, le docteur Loomis suit une piste jonchée de cadavres qui le conduit tout droit à Haddonfield. Cette même ville où habite Jamie Lloyd, la fille de Laurie Strode et la nièce de Michael Myers, avec sa famille d'adoption, les Carruthers, qui s'apprêtent à fêter
Halloween (1).

Peu ou prou de surprises au programme à l'aune de ce quatrième épisode. Les intentions de Dwight H. Little et de ses producteurs sont évidemment louables avec cette volonté d'exhumer Michael Myers de son sépulcre. Halloween 4 se doit de renouer avec le didactisme d'Halloween : la nuit des masques. On se souvient déjà qu'Halloween 2 s'acheminait lui aussi sur les mêmes rhétoriques. Pas question d'interférer sur une formule à priori gagnante, à défaut d'être probante. En l'occurrence, Halloween 4 fait figure au mieux de séquelle du slasher de John Carpenter.
Malicieux, Dwight H. Little psalmodie le même schéma narratif. Seule dissimilitude, les inimitiés se déroulent dix ans après le premier film.
Pour le reste, la formule reste quasiment analogique. Michael Myers est transféré dans un nouvel hôpital mais parvient à échapper à la vigilance de ses gardes.  

 

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Pour le criminel écervelé, c'est l'occasion ou jamais de perpétrer un nouveau massacre dans la ville d'Haddonfield. En catimini, le docteur Loomis fulmine et enjoint les autorités policières à sérieusement s'activer. Ces dernières sont justement sur le qui-vive. A travers cette courte exégèse, vous avez eu l'impression de lire le scénario d'Halloween, la nuit des masques ? Rassurez-vous, c'est normal ! Si Jamie Lee Curtis n'est plus de la partie, elle est hélas remplacée par une jeune éphèbe en la personne de Jamie Lloyd, interprétée par l'insupportable Danielle Harris.
Halloween 4 est donc principalement victime des jérémiades et des pleurnicheries de l'actrice. Quant à Donald Pleasence, l'interprète gesticule et se hâte dans tous les sens pour porter le film sur ses épaules frêles et graciles.

En dépit du nombre pléthorique des forfaitures (plus d'une dizaine commise par Michael Myers tout de même...), Halloween 4 suit un cheminement beaucoup trop classique et conventionnel pour susciter l'adhésion sur sa durée élusive (à peine une heure et demie de bobine). Curieux que ce slasher anomique ait pu illusionner le public en son temps, d'autant plus que ce quatrième volet se montre plutôt avaricieux en termes de nouveautés ou d'éventuel apport quant à l'historique de Michael Myers. In fine, Halloween 4 n'élude pas les archétypes habituels et nous gratifie de quelques saynètes de meurtre assez funambulesques.
Mais enfin, comment Michael Myers parvient-il à faire exploser une station-service juste en volant une camionnette ???
Pour le public désappointé, il faudra faire preuve de longanimité et patienter presque vingt longues années avant d'entrevoir un Michael Myers beaucoup plus soyeux et décortiqué par la caméra avisée de Rob Zombie, à travers un remake (Halloween en 2007) à la fois éponyme et réellement officiel.

Note : 08/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Halloween_4

11 octobre 2018

Insomnia (De la brume naquit le désespoir)

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Genre : Policier, thriller 

Année : 2002

Durée : 1h58

 

Synopsis :

Will Dormer, un policier expérimenté et désabusé, est envoyé en Alaska pour enquêter sur le meurtre sordide d'une adolescente. Lui et ses hommes montent une embuscade et repèrent le tueur, mais celui-ci parvient à s'enfuir. Will le prend en chasse mais le perd de vue dans l'opaque brouillard. Il voit une ombre qui pointe une arme à feu et tire. Lorsqu'il s'approche du corps, il découvre qu'il vient de tuer Hap, son partenaire. Instinctivement, il prend le pistolet qu'a auparavant laissé tomber le tueur dans sa fuite et le place près de Hap pour dissimuler sa culpabilité. Walter Finch, le meurtrier, a vu faire Will. Il le menace de le dénoncer s'il ne ferme pas rapidement le dossier en accusant l'ancien petit ami de la victime d'être responsable des deux meurtres. Will ne peut laisser Walter s'en tirer aussi facilement. Cependant, l'absence de sommeil l'empêche d'avoir les idées claires.

 

La critique :

Actuellement, Christopher Nolan s’est hissé en quelques années parmi les parangons du cinéma hollywoodien y voyant une sorte de poule aux œufs d’or à deux facettes. Une facette capable d’apporter des rentrées financières, de l’autre une facette qui parvient à offrir de la qualité pour séduire autant le profane que le cinéphile. Comme pour Scorsese et Fincher actuellement, il est celui qui parvient à combiner intelligemment le divertissement et le film d’auteur. De fait, il se fera connaître d’emblée avec son premier long-métrage, du nom de Following qui fut acclamé et remporta de nombreuses récompenses. Ces dithyrambes permettront à Nolan de se lancer sur un terrain plus ambitieux avec le projet Memento. Là encore, l’acclamation est totale, encore plus gargantuesque vu que certaines critiques le classeront parmi les meilleurs films des années 2000.

Devenu la nouvelle coqueluche de Hollywood, il sera approché par Steven Soderbergh en personne pour la réalisation du thriller psychologique qui fera l’objet de notre intérêt aujourd’hui. J’ai nommé Insomnia, sorti en 2002. Une fois n’est pas coutume, la presse exalte, louant les qualités foisonnantes ce nouveau cru, qui, pour la petite information, est le remake du film norvégien éponyme réalisé par Erik Skjoldbjaerg (à vos souhaits !!). De fait, il remporte le London Film Critics Circle Awards pour le réalisateur britannique de l’année. Nombre de nominations suivront dans la foulée.
Cependant, Insomnia a ce syndrome du film méconnu, alors que son réalisateur est reconnu internationalement. Il est vrai que Inception, Interstellar et sa trilogie Batman seront systématiquement ressortis quand on cite les classiques. Moi-même, je dois bien avouer ne pas avoir découvert le cinéaste avec ce titre. Que peut-on-en dire de plus ?

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 ATTENTION SPOILERS : Will Dormer, un policier expérimenté et désabusé, est envoyé en Alaska pour enquêter sur le meurtre sordide d'une adolescente. Lui et ses hommes montent une embuscade et repèrent le tueur, mais celui-ci parvient à s'enfuir. Will le prend en chasse mais le perd de vue dans l'opaque brouillard. Il voit une ombre qui pointe une arme à feu et tire. Lorsqu'il s'approche du corps, il découvre qu'il vient de tuer Hap, son partenaire. Instinctivement, il prend le pistolet qu'a auparavant laissé tomber le tueur dans sa fuite et le place près de Hap pour dissimuler sa culpabilité. Walter Finch, le meurtrier, a vu faire Will. Il le menace de le dénoncer s'il ne ferme pas rapidement le dossier en accusant l'ancien petit ami de la victime d'être responsable des deux meurtres.
Will ne peut laisser Walter s'en tirer aussi facilement. Cependant, l'absence de sommeil l'empêche d'avoir les idées claires.

Pour ce thriller, Nolan a de réelles ambitions et cherche à se démarquer du polar classique en optant pour une approche différente. Pourtant, on ne peut pas dire que le schéma narratif est riche d’originalité. Un inspecteur se rendant dans une petite bourgade frappée d’un meurtre sauvage et dont le meurtrier reste insaisissable. On a vu mieux dans l’absolu mais, néanmoins, l’appréciation se fait très vite sentir lorsque nous voyons cet hélicoptère survolant ces superbes paysages enneigés. A défaut de choisir des grandes cités, le réalisateur va préférer l’Alaska. Un lieu pour les amoureux de la nature où la tranquillité, le contact avec les animaux et les éléments sont palpables, et, à côté, la pollution tant visuelle que respiratoire et auditive semblent n’avoir jamais existé. Sans vouloir dériver la chronique dans une atmosphère typée Ushuaïa Nature, choisir un tel cadre fut judicieux. 
Le calme apparent n’est qu’une façade. Là où la mégapole créait l’oppression et l’obscurité par ses ruelles propices aux pires choses possibles, l’Alaska symbolise l’ouverture et l’évasion. En brisant ce ressenti inconscient, Nolan bouscule d’emblée les codes établis. Mieux encore, il met en scène un inspecteur à la personnalité torturée, hanté par un passé pas très intègre, si je puis dire. Renfermé sur lui-même, froid comme le blizzard, il a bien du mal à susciter une certaine sympathie de notre part.

Il est le personnage rêvé pour servir de cobaye face à l’un des éléments censés être le plus rassurant : la lumière. Vous devez sans doute déjà avoir entendu parler du fameux soleil de minuit. Un phénomène se produisant aux alentours du solstice d’été aux hautes latitudes situées au-delà des cercles polaires arctique et antarctique. Ceci dit, la ville de Nightmuteen, où se déroule l’histoire, est située plus de 6 degrés au-dessous du cercle polaire arctique. Donc si le soleil de minuit n’est pas d’actualité à cet endroit du globe, la nuit blanche est bien réelle. Le soleil disparaît sous l’horizon mais laisse subsister une lumière crépusculaire durant toute la nuit.
Dans ces conditions, il ne faut pas avoir un QI de plus de 200 pour se douter qu’un événement aussi majestueux soit il peut avoir des conséquences très dérangeantes pour un être humain non habitué à cela. Vecteur d’insomnies, ce soleil omniprésent déstabilise mentalement Will Dormer. Les idées vacillantes, le caractère de plus en plus irritable font qu’une inévitable plongée mentale sera à craindre. Celle-ci ne mettra d’ailleurs pas longtemps avant de se produire lorsque Will commettra l’irréparable en tuant son coéquipier accidentellement dans une brume opaque. Désappointé par un tel acte qui, à coup sûr, compromettra une carrière déjà empreinte de polémique, il maquillera la scène pour faire croire qu’il a été tué par ce mystérieux tueur de l’ombre. Egoïsme primaire et déshumanisation totale, Will s’éloigne de toute intégrité possible et semble bien loin de la notion même des forces de l’ordre régie sous la bannière de l’honneur.

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Mettre à jour la vérité, promouvoir la justice et démêler le vrai du faux, autant d’éthique balayée d’un revers de main juste par pur but opportuniste. Après coup, Will se montre de plus en plus perturbé. Hanté par le spectre de son acolyte, désormais macchabée, ses nuits n’en seront que plus cauchemardesques, amplifiant l’insomnie. Will refuse de voir la vérité en face. Il refuse de se dire qu’il a bafoué la mémoire de Hap en mentant. Il mettra tout sur le compte de Walter Finch et décidera de se lancer dans une vendetta pour tenter de se racheter un ersatz de conscience qu’il ne retrouvera plus jamais.
Walter, lui, l’a vu et est motivé par le fait de devenir le chat et Will la petite souris qu’il torturera mentalement. Ravagé par tant de malheurs tombant sur sa tête, il se rend bien compte qu’il n’a plus aucune carte en main. Quant à l’assassin en question, il est une sorte de double de Will puisque lui aussi est incapable de vouloir faire face à ces actes. Sous couvert d’une intrigue policière qui aurait pu être, à première vue, bancale, Nolan développe une dimension philosophique sur la condition humaine malmenée et finalement peureuse, lâche quand il s’agit de répondre de ses actes.

Dans un jeu malsain s’opérant entre nos deux protagonistes, les événements sont admirablement bien jugulés. Aucun des deux n’est à sauver, si ce n’est que l’un a la police derrière lui. Insomnia ne choisit pas la carte de la révélation finale mais révèle vite le vrai visage du tueur. Un choix pour le moins judicieux, à l’instar de I Saw The Devil qui fonctionnait, dans l’absolu, selon le même principe. Ceci n'empêche aucunement le suspense et l'attraction de s'installer pour ne quitter le spectateur qu'au générique de fin. Un générique de fin loin des traditionnels happy-end à deux sous que beaucoup de cul-bénis ont l'habitude de nous sortir pour ne pas "choquer" un public trop habitué aux trames mielleuses. Sans monter dans des rythmes furieux, la brume opaque perturbe et la chute mentale opérée par celle-ci n'en sera que plus plaisante à y assister.
Clairement, aucun des deux n'en sortira totalement indemne. Là est toute la conséquence du mensonge et de la lâcheté. Tôt ou tard, le karma vous rattrape et vous fait payer durement ce que vous avez causé. Encore une fois, difficile de ne pas y voir un point de vue presque biblique.

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Nolan a su soigner son visuel avec érudition. Le territoire de l'Alaska, aussi majestueux que froid, ne nous a jamais paru aussi sombre. Le travail sur les lumières joue, bien sûr, beaucoup et on en déduira vite une image quelque peu obscure, loin de toute forme de chaleureux. Insomnia ne lésine pas sur les plans très aérés de toutes ces forêts et montagnes s'étendant à perte de vue. La bande sonore aux tonalités glaciales apporte de la consistance à un récit torturé. Pour terminer sur l'interprétation des personnages, Al Pacino crève sans sourciller l'écran dans le rôle de ce policier dépassé par la situation. Sa détérioration mentale s'accompagne d'une altération physique. Cernes, teint du visage très blanc, yeux vitreux auxquels s'ajoutent confusion, angoisse et paranoïa. Rarement un tel résultat n'aura été aussi époustouflant à l'écran. Un grand bravo aux maquilleurs d'avoir fait un boulot de titan !
On sera comblé de la présence de la belle tête d'ange de Robin Williams dans la peau de ce tueur psychopathique et vicieux. Ayant tout sauf l'aspect physique d'un serial-killer, il bouscule les conventions par le biais d'une interprétation géniale. Si je n'ai pas tout vu de sa filmographie, je me risque à dire qu'il trouve son rôle le plus noir. Enfin, Hilary Swank se débrouille correctement sans toutefois arriver à la maestria des deux principaux acteurs. 

Si Christopher Nolan est très fréquemment cité par les cinéphiles en devenir ou simplement les profanes, on en est bien à avouer qu'Insomnia n'est pas celui dont on parlera le plus, à défaut de ses productions récentes. Pourtant, autant dire que ce long-métrage remplit toutes les conditions pour se hisser parmi ses oeuvres les plus probantes. Eloigné d'une forme de divertissement qu'il acquerra dans le futur, le réalisateur accouche d'un récit bien plus mature, plus profond, plus lugubre, même plus pervers dans sa finalité. Il est vrai que si les dernières productions du cinéaste sont tout ce qu'il y a de plus recommandable, peu peuvent prétendre à atteindre un niveau d'intelligence que Insomnia possède.
Nombre de thématiques bénéficient d'une excellente analyse (insomnies, lâcheté, justice personnelle sous fond de cas de conscience, égoïsme, déshumanisation et j'en passe) qui passionnera à n'en point douter l'amateur de thrillers. Un cru on ne peut plus plaisant qui vous fera poser un regard neuf sur cet élément météorologique qui est la brume. Qui pourrait croire qu'un tel désastre découlera d'une simple brume ? 

 

Note : 17/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

10 octobre 2018

Black Past (Déchaînement des ténèbres)

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Genre : horreur, gore, trash, extrême, expérimental, underground (interdit aux - 18 ans)
Année : 1989
Durée : 1h25

Synopsis : Tommy, un jeune lycéen, vient d'emménager avec sa famille dans une nouvelle demeure. Lors d'une visite approfondie du grenier, le jeune homme aperçoit un vieux coffre mystérieusement fermé par une chaîne. Pris de curiosité, Tommy décide de l'ouvrir et découvre à l'intérieur un étrange miroir qu'il accroche aussitôt dans sa chambre. Un geste qui aura d'horribles conséquences car le miroir possède un pouvoir maléfique qui va entraîner la mort et le chaos au sein de la demeure familiale.

La critique :

Le nom d'Olaf Ittenbach rime invariablement avec le cinéma trash et extrême allemand. En outre, le metteur en scène germanique, à la fois scénariste, parfois acteur et spécialiste des effets spéciaux, est un véritable autodidacte qui s'est façonné une réputation dans le milieu underground dès son tout premier long-métrage, à savoir Black Past, sorti en 1989. C'est ce tout premier essai qui va donc faire l'objet d'une chronique dans nos colonnes aujourd'hui. Mais Olaf Ittenbach peut s'enorgueillir d'une filmographie foisonnante et exhaustive. Les thuriféraires du cinéaste allemand n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que The Burning Moon (1992), Premutos : Lord of the Living Dead (1997), Legion of The Dead (2001), Beyond the Limits (2003), Garden of Love (2003), ou encore Chain Reaction (2006) parmi ses films les plus notables et éventuellement notoires.

A ce jour, Dard Divorce, réalisé en 2007, reste l'ultime révérence d'Olaf Ittenbach. Depuis, peu ou prou de nouvelles de l'intéressé qui semble avoir disparu dans la pénombre et les affres des oubliettes, pour le plu grand désarroi de ses laudateurs originels. Vous l'avez donc compris. Le monogramme d'Olaf Ittenbach fait désormais partie des parangons éminents du cinéma trash germanique. Autant l'annoncer de suite, Black Past fait office à la fois d'oeuvre auteurisante et estudiantine qui n'a pas vraiment (du tout...) pour velléité de flagorner un large public.
En quelques mots : bienvenue dans le cinéma underground et extrême ! Au moment de sa sortie, Black Past ne bénéficiera évidemment pas d'une exploitation et/ou d'une distribution dans les salles obscures.
En sus, Olaf Ittenbach doit se débattre et se colleter avec la censure qui récuse et admoneste une oeuvre gore et horrifique qu'elle juge fourbe, obscène et sataniste.

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Il n'en faut pas davantage pour édifier le long-métrage aux yeux énamourés des amateurs du cinéma underground. Black Past s'auréole alors d'une réputation d'objet filmique non identifié (OFNI) et devient cette pellicule rarissime qu'il faut à tout prix dénicher, quitte à dépenser l'intégralité de ses émoluments. De surcroît, Black Past se nimbe de l'ultime réprobation via une interdiction aux moins de 18 ans, et s'adresse donc aux amateurs de tripailles et d'exactions sanguinolentes. Reste à savoir si le film mérite de telles acrimonies et justifie (ou non) sa réputation sulfureuse.
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Hormis la présence d'Olaf Ittenbach qui incarne le rôle principal (celui de Tommy), la distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose à moins que vous connaissiez les noms d'Andrea Arbter, André Stryi, Susanne Nebbe, Sonja Berg, Ivo Tischler et Alfons Siglechner ; mais j'en doute...

Attention, SPOILERS ! (1) Tommy, un jeune adolescent, tout ce qu'il y a de plus ordinaire : il ne s'entend pas avec ses parents (ni avec sa soeur d'ailleurs), il compulse des magazines érotiques, se fait tabasser à l'école, est amoureux d'une camarade de classe, et écoute du Hard-Rock. Bref, rien d'exceptionnel. Mais sa vie va basculer lorsqu'en fouinant dans le grenier, il découvre un journal intime et un miroir. D'après le journal, ce miroir est censé posséder des pouvoirs maléfiques. Tommy n'y croit pas et l'accroche dans sa chambre. Sa petite amie, Petra, lui rend visite le lendemain soir.
Tommy la laisse seule dans sa chambre. Quelques minutes plus tard, la jeune fille descend tel un zombie et sort de la maison. Fait étrange, elle est écrasée par une voiture. Tommy l'a suivie et a assisté à sa mort.
Il est désespéré, mais elle revient à la vie.

Petra va essayer de le tuer. Il parvient à s'en débarrasser en la découpant en petits morceaux. Mais le miroir ne laisse pas Tommy tranquille. Lors d'un rêve, il se retrouve dans la salle de bain. Sur l'évier, il trouve deux lames de rasoir qu'il utilise pour se lacérer le corps (1). A l'aune de cette exégèse, il serait bien réducteur de condenser Black Past à une oeuvre sataniste. A fortiori, Olaf Ittenbach n'a pas de telles aspérités. Cependant, le metteur en scène germanique ne badine pas avec les effets trash et les transgressions ad nauseam. Vous affectionnez tout particulièrement le gore et les parties de barbaque ? Alors, Black Past devrait logiquement flagorner vos instincts les plus primitifs.
En l'occurrence, ce tout premier film estudiantin doit composer avec un budget impécunieux. On vogue ici en pleine série Z (au mieux série B) nantie de moyens faméliques.

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A priori, l'essentiel (l'intégralité...) du budget a été dépensé dans les maquillages et les effets spéciaux du film, certes très impressionnants pour l'époque... Je dis bien "pour l'époque"... Car si Black Past a écopé d'une interdiction aux moins de 18 ans en son temps (presque trente ans maintenant), le film d'Olaf Ittenbach souffre désormais d'une certaine obsolescence et paraît joliment désuet à l'aune d'oeuvres beaucoup plus modernes et nanties d'un budget bien plus conséquent. Pour le reste, Black Past se segmente en deux parties bien distinctes.
La première et la moins captivante par ailleurs se polarise sur la vie lycéenne et monotone de Tommy. Le jeune éphèbe est un adolescent sans histoire. Hélas, Tommy est régulièrement gourmandé, semoncé et rudoyé par ses camarades de classe.

Heureusement, ses oaristys amoureux avec Petra lui permettent de phagocyter ce quotidien atone et morose... Jusqu'au jour où la "belle" (c'est un bien grand mot...) décède brutalement. Corrélativement, Tommy découvre une sorte de grimoire dans son grenier (je renvoie au synopsis) qui fait basculer le jouvenceau dans les ténèbres. C'est la seconde partie de Black Past. Dès lors, bienvenue en enfer et dans une série d'agapes et de priapées qui renvoient immanquablement à l'Apocalypse ! Toutefois, Olaf Ittenbach a une vision très personnelle de la fin des temps et livre une oeuvre eschatologique particulièrement âpre et sanglante. Magnanime, le réalisateur s'appesantit lourdement sur des cadavres putrescents qui sourdent de leurs sépulcres, des actes gratuits d'anthropophagie, des créatures ensanglantées qui surgissent elles aussi de nulle part, ainsi qu'une multitude d'exactions chirurgicales avec des intestins, des boyaux et des viscères qui ressortent généreusement des corps mutilés des divers protagonistes. Bref, tout un programme de joyeusetés ensanglantées !
Mais Black Past, en dépit de son aspect amateuriste, permet déjà d'apprécier le style véhément, indécent et tonitruant d'Olaf Ittenbach. Impression corroborée par la sortie de Burning Moon quelques années plus tard. Nous voici devant un premier essai qui mérite au moins les encouragements.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.sueursfroides.fr/critique/black-past-138 (chronique d'André Quintaine du 22 décembre 2009)

09 octobre 2018

The Ultimate Torture Of Kaname Flower (Tohjiro explore les mystères insondables du bondage et de la gravitation !)

ultimate torture of kaname flower

Genre : trash, extrême, hard, pornographie (interdit aux - 18 ans)
Année : 2018
Durée : 2h17

Synopsis : Après la série des Vomit Enema Extasy, le réalisateur pornographique extrême, Tohjiro, abandonne l'émétophilie pour se polariser sur le bondage et ses sursauts gravitationnels à travers une série d'exactions, de contorsions et de positions toujours plus fantaisistes et décadentes. Telle est la rhétorique satyriasique de The Ultimate Torture of Kaname Flower !  

La critique :

Pour ceux et celles qui suivent quotidiennement l'actualité de Cinéma Choc (soit trois ou quatre personnes dans le monde, tout au plus...), ils doivent probablement se souvenir des chroniques de Vomit Enema Extasy et de Vomit Enema Extasy 2, par ailleurs prodiguées par les soins d'Inthemoodforgore, un auteur éminent du blog. Grâce (ou à cause... vous choisirez...) de l'érudition de ce cacographe orfèvre, nous faisions connaissance avec un certain Tohjiro, un cinéaste asiatique (plus précisément nippon) spécialisé dans la pornographie extrême.
Le metteur en scène se distinguait, entre autres, par ses infamies sur ses pellicules en se polarisant sur des saynètes de scatologie et d'émétophilie particulièrement éprouvantes, même pour le public averti et amateur de sensations extrêmes.

Lors de ses récentes découvertes, Inthemoodforgore continuait à nous enquérir de ces dernières trouvailles iconoclastes. Petite piqûre de rappel. Le 2 juillet 2018, le chroniqueur publiait le Top 200 des films trash, extrêmes et scandaleux (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2018/07/04/36515562.html) sur Cinéma Choc. Quelques mois plus tard, il appose un nouveau commentaire dans lequel il fait preuve de bienséance en nous proposant la dernière atrocité... pardon... en nous proposant le dernier long-métrage de Tohjiro en date ; à savoir The Ultimate Torture Of Kaname Flower, sorti en 2018 via le support vidéo.
Depuis plusieurs années, le fameux Tohjiro s'est imposé comme le nouveau parangon, quasi hégémonique, d'une pornographie exorbitante, malaisante et forcément déviante ; soit le nouvel apanage de la pornographie actuelle. 

Une façon comme une autre de rameuter un public toujours plus exigeant en termes d'insanités, d'ignominies et d'exactions étayées sur pellicules, ici sur une durée académique de deux heures et 17 minutes de bobine. A contrario, les laudateurs de ce cinéma extrémiste argueront, probablement à raison, cet aspect cérémonieux et artistique. C'est une autre façon d'appréhender la pornographie et ses consécutions de bacchanales diligentées par un Tohjiro toujours aussi vétilleux. De l'autre, les contempteurs pourront, sans doute à raison, toujours ergoter et chapitrer sur les obscénités et les perversités déversées sur grand écran. En outre, ce n'est pas la première fois que Tohjiro affirme et affine sa dilection pour le bondage et le sadomasochisme. 
Vers le milieu des années 1990, celui qui est consacré et déifié comme "le génie de la pornographie asiatique" a déjà signé plusieurs métrages nimbés par le fétichisme et la dépravation.

Pour le reste, les films de Tohjiro s'acheminent toujours peu ou prou sur la même obédience, à savoir une jeune femme nymphomane (une performeuse) qui subit, sans barguigner, les roueries satyriasiques de ses tortionnaires. Encore une fois, The Ultimate Torture of Kaname Flower ne déroge pas à la règle. Cette fois-ci, Tohjiro se débarrasse du carcan scatologique et émétophile pour se polariser davantage sur le bondage. Le site Wikipédia définit le bondage "comme une pratique sadomasochiste qui consiste à ligoter son partenaire dans le cadre d'une relation soumis/domination" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bondage). Cette pratique ritualisée et antédiluvienne se drape d'autres consonances au Pays du Soleil Levant et renvoie à l'aspect messianique via la crucifixion.
Que les esprits les plus réfractaires se rassérènent ! 

Dans The Ultimate Torture of Kaname Flower, vous ne verrez point de crucifixion ! Enfin, presque... Néanmoins, Tohjiro convoque à la fois les supplices et les supplications de la victime via le phénomène de la gravitation ! C'est le grand retour des tortures de l'Inquisition pratiquées sur grand écran. Les historiens avisés évoqueront notamment l'influence et la prégnance du christianisme sur le monde asiatique, en particulier sur le Japon. La plupart de ces techniques de torture consistent à ligoter la victime de manière à relier ses coudes et ses avant-bras à ses chevilles.
Inutile de préciser qu'une telle position, pour le moins fantaisiste, est extrêmement douloureuse ! The Ultimate Torture of Kaname Flower s'inspire de cette didactique à la fois algique et schématique. Pour le reste, difficile de procéder à l'exégèse d'une telle pellicule et pour cause... 

Puisque le dernier métrage en date de Tohjiro ne contient aucun synopsis et repose sur une litanie d'abjections procédées et appliquées sur une belle demoiselle. Attention, SPOILERS ! The Ultimate Torture of Kaname Flower se segmente en plusieurs supplices bien distincts. La première torture arbore une jeune femme asiatique bâillonnée et ligotée sur un appareil boisé. Ses deux mains sont apposées sur le sol et maintiennent le reste du corps dans une étrange attraction gravitationnelle. Dès lors, le supplice perpétré semble obéir à un étrange rite traditionnel.
Comme de coutume dans le bondage, les avant-bras sont reliés aux membres inférieurs et l'extrémité de la cavité capillaire est attachée aux chevilles. La jeune adulescente agonise et attend benoîtement son trépas. C'est alors qu'un bourreau anonyme pénètre dans la pièce exigüe. 

La jeune femme est successivement rouée de coups, puis martelée par une sorte de foulard. A posteriori, ce sont ses phalanges apposées sur le sol qui sont molestées à plusieurs reprises par un tortionnaire grimé en samouraï. La séquence se poursuit via l'arrivée inopinée de deux hommes entièrement dévêtus qui copulent "joyeusement" (si j'ose dire...) avec l'adulescente. Le premier impose une fellation, ainsi que son pénis ithyphallique, dans la cavité buccale de la victime. La saynète se conclut par quelques éructations et une éjaculation faciale en apothéose. 
Le deuxième bourreau s'abreuve de la cavité anale de la jeune femme via plusieurs doigtés et un cunnilingus langoureux. Evidemment, la séquence se terminera sur quelques cris d'orfraie et par cette symbiose orgasmique entre la victime et ses tortionnaires. 

En l'état, difficile d'en dire davantage... Certes, on pourrait encore pinailler longuement et continûment sur les atrocités des actes sexuels diligentés tout au long de ce métrage pornographique. Par exemple, la suite des animosités se centre sur une autre jeune femme saucissonnée et contorsionnée dans tous les sens. Cette fois-ci, la gravitation relie la victime à une succession de cordes et de chaînes activées mécaniquement par une poulie. La hardeuse effarouchée culmine les fesses en l'air à 150 centimètres du sol (environ) et démontre ainsi une prestesse étonnante.
S'ensuivent toute une série d'agapes et de priapées. Retors, Tohjiro filme en gros plan le visage tuméfié de sa performeuse estourbie par de telles extravagances, pour le moins éprouvantes. A contrario, le visage des bourreaux reste curieusement monolithique. 

Ils n'ont finalement qu'un rôle mineur, voire subsidiaire, dans ces assujettissements forcés (et forcenés...). Le cinéma de Tohjiro rime invariablement avec la pornographie paroxystique. Paradoxalement, c'est ce même paroxysme qui permet à la jeune femme érotomane et consentante d'atteindre la quintessence et le point culminant de l'orgasme. Un oxymore. Pourtant, cette béatitude, à la fois orgasmique et jubilatoire, fait office ici de catharsis libidineux et charnel. Pour parvenir à la félicité sexuelle, la personne dominée se doit de subir et d'accepter les pires turpitudes sexuelles, le bondage s'imbriquant dans les mystères insondables de la gravitation. Entre traditions séculaires, avilissement et perversion, Tohjiro nous gratifie encore de son imagination débordante.
Certes, à raison, les commentateurs du blog semonceront (ou non) la note en mode interrogatif, mais sincèrement, je ne vois pas comment on peut émettre la moindre annotation envers cette bizarrerie déviante et pornographique. 

 

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

08 octobre 2018

Les films à venir sur Cinéma Choc

Comme l'indique le titre de ce nouvel article, voici sans plus attendre les films à venir dans les prochains jours, prochaines semaines et prochains mois sur Cinéma Choc. Pour chaque film, j'ai précisé quel serait l'intitulé de la chronique entre parenthèses.

 

Black Past (Déchaînement des ténèbres)

Dans la Brume (Sortir du brouillard...)

En Eaux Troubles (Jason Statham Vs. Mégalodon)

Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers (Retour à la nuit des masques)
Hellraiser : Judgment ("Jugement et rédemption pour ceux qui ouvrent la boîte maléfique")

I Am Divine (L'histoire vraie de la plus belle femme du monde)
Ils
(Les enfants tueurs de Bucarest)
Insomnia (De la brume naquit le désespoir) : chronique de Taratata

The Nightmare - 2015 (Paralysie du sommeil)

The Road To Guantanamo (Torture made in USA)
Robowar - 1989 (Toute ressemblance avec Predator serait purement fortuite)

Septic Man (Bienvenue dans les égouts de la ville !)
The Stuff
(Le yaourt nous tuera tous !)

The Ultimate Torture Of Kaname Flower (Tohjiro explore les mystères insondables du bondage et de la gravitation !)
Un Justicier dans la Ville 2
(Crime et châtiment à l'américaine)

Waterworld (Un naufrage digne du Titanic)
We Are Monsters
- 2015 (Day of the woman, seconde partie)

X-Men : Le Commencement ("Mutants et fiers de l'être !")

12 Monkeys - Saison 1 ("Nous ne pouvons pas prédire l'avenir, mais nous pouvons au moins nous y préparer")
13 Jeux de Mort
(13 jeux de massacre)

 

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Room - 2015 (Chambre "platonicienne")

room 2015

 

Genre : drame
Année : 2015
Durée : 1h58

Synopsis : Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack n'ait jamais connu. L’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé.

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.cinetrafic.fr/liste-film/4684/1/la-violence-conjugale pour déceler la liste foisonnante et exhaustive (79 films tout de même) des oeuvres traitant de la violence conjugale et/ou familiale au cinéma. Encore récemment, c'est le film Jusqu'à la Garde (Xavier Legrand, 2017) qui a suscité la polémique et les anathèmes pour son traitement spinescent de la schismogenèse complémentaire, à savoir un ensemble de stratégies psychologiques et complexes entraînant les deux conjoints (ou les deux époux) dans une forme de dépendance, de soumission et de contraintes conjugales.
Avec le temps qui passe, ce concept, inhérent à toute forme de violence conjugale et/ou familiale, conduit irrémédiablement à une impasse et dans une spirale de peur ; toutes ces fêlures révélant finalement la nocuité et la toxicité de la sphère maritale.

De nombreuses dramaturgies ont abordé ces rhétoriques factieuses et pernicieuses. Les cinéphiles les plus avisés citeront aisément des oeuvres telles que Scènes de la vie conjugale (Ingmar Bergman, 1974), Un havre de paix (Lasse Hallström, 2013), Une Histoire Banale (Audrey Estrougo, 2013), C'est pas de l'amour (Jérôme Cornuau, 2013), L'Emprise (Claude-Michel Rome, 2014), Darling (Christine Carrière, 2006), ou encore La Couleur Pourpre (Steven Spielberg, 1985) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires.
Vient également s'agréger Room, réalisé par les soins de Lenny Abrahamson en 2015. Le cinéaste irlandais est un nom bien connu du cinéma indépendant britannique. Il débute sa carrière cinématographique dans le réseau publicitaire avant de s'acheminer vers son premier long-métrage au milieu des années 2000.

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Ce sera Adam § Paul (2004), inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales. Lenny Abrahamson enchaîne alors avec Garage (2007), What Richard Did (2012) et Frank (2014). Garage marque les prémisses de sa notoriété sur les terres irlandaises puisque le film s'arroge maintes récompenses et obtient plusieurs IFTA, soit l'équivalent des Césars en France. What Richard Did va même devenir le plus grand succès irlandais et installe durablement Lenny Abrahamson à une place soyeuse et confortable. A contrario, le succès ne dépasse pas vraiment les terres irlandaises.
Que soit. La sortie de Room un an plus tard va intervertir cette didactique. A ce jour, Room reste l'oeuvre la plus proverbiale de son auteur émérite. A l'origine, le métrage est l'adaptation d'un opuscule éponyme d'Emma Donoghue.

Le roman s'inspirait déjà d'un fait bien réel et en particulier de l'affaire Fritzl qui a défrayé la chronique en Autriche. Il s'agit d'un cas d'inceste révélé en 2008. " A 42 ans, une autrichienne, Elisabeth Fritzl, déclare qu'elle a été emprisonnée, violée et physiquement agressée par son père, Josef Fritzl, pendant 24 ans" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Fritzl). A l'instar des précédentes oeuvres de Lenny Abrahamson, Room s'octroie toute une pléthore de récompenses et se distingue dans de nombreux festivals. Ainsi, le long-métrage obtient le titre de meilleur film indépendant lors du British Independant Film Awards en 2015, ainsi que le VIFF Award du meilleur film canadien lors du festival international du film de Vancouver en 2015. Quant à Brie Larson, qui incarne le rôle de Joy "Ma" Newsome, la comédienne s'arroge l'Oscar de la meilleure actrice. 

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Toutefois, d'autres actrices seront auditionnées pour ce rôle, notamment Emma Watson, Rooney Mara, ou encore Shailene Woodley (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Room_(film,_2015), mais c'est bel et bien Brie Larson qui leur sera préférée. Au niveau du casting, viennent également s'ajouter Jacob Tremblay, Joan Allen, William H. Macy, Sean Bridgers, Tom McCamus et Amanda Brugel. Attention, SPOILERS ! (1) Joy (Ma) et son fils, Jack, vivent enfermés à Akron, dans l'Ohio, dans la « Room », le seul « monde réel » que l'enfant n'ait jamais connu. Ils y partagent un lit, des toilettes, une baignoire, une armoire, la télévision et une cuisine rudimentaire.
Dans cette pièce à la porte verrouillée en permanence, avec un velux
comme seule fenêtre, Ma, du mieux qu'elle le peut, assure l'éducation et la sécurité de son fils, qui sont ses priorités.

Ils sont approvisionnés régulièrement par "Vilain Nick" (Old Nick), qui visite la chambre quand il le veut tandis que Jack se cache dans l'armoire. Il est persuadé que "Room" est le monde, et que ce qu'il se passe dans la télé n'est pas la réalité. Alors que Jack vient de fêter ses 5 ans, Ma décide de lui expliquer qu'il existe un monde à l'extérieur de ces murs et comment elle est arrivée dans la pièce... (1) A l'aune de cette exégèse, impossible de ne pas songer à l'affaire Natascha Kampusch, une jeune femme de nationalité autrichienne (tiens, tiens...), séquestrée durant huit longues années par un forcené. Toutefois, cette relation "imposée" débouchera sur un syndrome de Stockholm avéré.
Contre toute attente, Natascha Kampusch s'éprend de son ravisseur, sans doute un réflexe archaïque de survie. En outre, le cas de Joy dans Room ne s'achemine pas du tout sur le même didactisme.  

Room-Larson-Tremblay

Contrairement à Natascha Kampusch, Joy vit sa claustration comme un séjour forcé dont elle ne peut se départir. Mais la présence de Jack, qui vient de fêter son cinquième anniversaire, change cette dialectique à priori infrangible. Depuis sa naissance, le jeune bambin n'a vécu que dans une seule et unique pièce. Le monde extérieur lui est totalement inconnu. De facto, la réalité devient la source d'un imaginaire enfantin. C'est toute l'intelligence de Room. La première partie du film est de loin la plus aboutie et la plus captivante en se parant des velléités modernes de l'Allégorie de la Caverne. Le temps de plusieurs années, la pièce régentée par le géôlier devient une chambre "platonicienne".
Comment éduquer un enfant, lui apporter de l'amour et de la bienveillance dans un monde falsifié, étriqué et engoncé entre quelques murs ?

Telle est la question qui se pose en filigrane tout au long de cette première section. En l'occurrence, c'est le vélux étroit d'une fenêtre qui permet à Jack de fantasmer une réalité curieusement obscure ; une réalité habitée par des ombres, cette fois-ci bien réelles. Les 45 premières minutes du film s'apparentent donc à un huis clos ténébreux et anxiogène. Pour se sortir de cette tanière étouffante, Joy devra jouer de malice et de roublardise et prendre son tortionnaire à son propre piège. En l'état, difficile d'en révéler davantage. En revanche, lorsque Jack et Joy parviennent à s'extirper de leur cellule, le long-métrage perd un peu de sa sagacité et suit un cheminement beaucoup plus conventionnel.
Néanmoins, la question de la reconstruction et de l'émancipation, qui plus est dans un monde bien réel et agencé par les remords et la culpabilité, est judicieusement questionnée.
Cette introspection est abordée, derechef, avec une certaine perspicacité et ne cède jamais à l'écueil du drame sirupeux et empreint de morosité. Cependant, Room est parfois victime de longueurs un brin rébarbatives et fastidieuses, donnant parfois cette curieuse impression de tourner autour de ses nombreuses interrogations laissées en suspens. Malicieux, Lenny Abrahamson laisse le soin au spectateur de subodorer l'état de décrépitude de ses deux principaux protagonistes.
Le subterfuge est aisé, la démonstration un peu moins. Heureusement, le film de Lenny Abrahamson peut escompter sur la précellence de son casting, en particulier sur son duo principal formé par Brie Larson et de son jeune comparse, Jack Tremblay, lui aussi étonnant de véracité.

 

Note : 14.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Room_(film,_2015)