Cinéma Choc

25 avril 2017

Fando et Lis (Entre ésotérisme et surréalisme)

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Genre : Fantastique, drame, inclassable (interdit aux - 16 ans)

Année : 1968

Durée : 1h36

 

Synopsis :

Deux jeunes gens partent à la recherche d'une cité mythique où tous leurs voeux seraient exaucés. Mais sur leur chemin, ils ne rencontrent que corruption et folie.

 

La critique :

Beaucoup de réalisateurs ont une place privilégiée sur ce blog où l'inclassable et l'expérimental sont des mets très aimés. Parmi ceux-ci, on peut rajouter Alejandro Jodorowsky, très connu dans les milieux cinéphiles en raison de son cinéma transgressif et atypique où folie et désolation s'accompagnent étroitement avec des personnages en quête de rédemption et dictés par un idéal. Ainsi, le film présenté ici, à savoir Fando et Lis, est parfaitement en accord avec cette thématique.
Deuxième film du réalisateur après le court-métrage La Cravate, aux influences très théâtrales, sorti en 1957, cette oeuvre est à la base une adaptation de la pièce de théâtre du même nom créée de la plume de Fernando Arrabal, autre réalisateur à succès du blog, sortie en 1957. 

Très vite, ce long-métrage choque et marque durablement la rétine chez les spectateurs qui se sont essayés à visionner cette curieuse création. Le scandale éclate à un point tel qu'il provoquera carrément une émeute au festival d'Acapulco lors de sa première projection pour aboutir à une pure interdiction au Mexique, fief de Jodorowsky. Les raisons de ce débordement absurde resteront mystérieuses mais il ne fait aucun doute que personne en 1968 n'était en état de recevoir cette chose, alors que mai 68 et la révolution sexuelle qui suivra ainsi que cette volonté de transgression était soit, encore, inexistante ou soit n'en était qu'aux prémisses. Evidemment, une telle oeuvre n'aurait pu échapper à une chronique de Cinéma Choc, mais reste à voir si le film est aussi transgressif qu'on le dit.

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ATTENTION SPOILERS : Fando et Lis, un couple-enfant éperdument amoureux, en quête d'une vie meilleure, fait route vers Tar, ville énigmatique semblant être un lieu rêvé, une sorte de paradis terrestre où les souffrances s’envoleraient et où Lis, paralysée des deux jambes, pourrait être guérie. Evoluant dans une traversée en plein monde post-apocalyptique à la suite d'une guerre totale et abstraite, le couple devra faire face à la corruption et la folie. Comme dit auparavant, l'une des thématiques chères au réalisateur est cette analyse psychologique d'un individu en crise existentielle et face à l'adversité.
Clairement, Fando et Lis pose les bases du style unique de ce réalisateur en mettant en scène un périple initiatique de deux personnages en pleine crise existentielle. D'un côté, nous avons Fando, jeune aventurier quelque peu instable, transportant Lis, sa dulcinée, paralysée des deux jambes et ne pouvant évoluer qu'en fauteuil roulant.

Jodorowsky dépeint un couple atypique et à la relation platonique faisant face à l'adversité vu que Fando fera tout pour emmener Lis à la ville mythique de Tar où tout est possible. Mais justement, Tar existe-t-elle vraiment ? Nous n'en saurons rien car le film n'évolue pas dans le registre du cinéma classique mais s'apparente davantage à un trip, comme dit avant, iniatique où l'ésotérisme, le surréaliste et le métaphysique forment un trio passionnant qui pourra décontenancer les spectateurs n'étant pas habitué au style. Fando et Lis est empreint de métaphores soulignées par le fait que Tar symbolise avant tout l'espoir d'une vie meilleure. Celle-ci est mentionnée par le narrateur comme illuminée d'une lumière étincelante et comme l'endroit où tout est possible, où tout est beau et pur.
Après tout, qu'est-ce qui n'est pas aussi pur et lumineux que l'espoir après la souffrance ?? De fait, tout le film repose sur une gigantesque métaphore entre cette guerre abstraite représentant le malheur frappant ce couple et le monde dévasté comme un calvaire qu'ils endureront et traverseront pour se libérer de cette souffrance. L'idée est originale et fait réfléchir car plus qu'une tragédie, Fando et Lis est avant tout un film au propos pensé et très intelligent.

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En outre, l'ambiance est, pour ainsi dire, irréelle et va lorgner du côté du courant surréaliste dont on soupçonne Jodorowsky d'être un grand fan de Bunuel. On navigue dans une atmosphère pesante et froide où se succèdent des personnages tout aussi intriguants les uns que les autres, entre des individus émergant de la boue, des travestis ou des femmes aux moeurs légères et davantage bien d'autres. Difficile cependant de parvenir à toujours trouver une explication rationnelle car la frontière entre surréalisme et l'ésotérisme est parfois très mince et court-circuite notre capacité d'analyse.
Simple représentation de la folie émanant du couple ? Représentation métaphorique des péchés capitaux ? Envies enfouies au plus profond de soi ? Ou même encore un rêve éveillé ? Il ne fait aucun doute que Fando et Lis est une oeuvre sensorielle où chaque spectateur se fera son propre avis sur son ressenti et sur ce qu'il aura vu. 

Néanmoins, Jodorowsky met son récit sur un vrai fil conducteur, là où le cinéma surréaliste, dans sa plus pure expression, était en adéquation avec le dadaïsme. A ce niveau, on peut dire que la frontière entre le surréalisme et l'ésotérisme est bien présente mais beaucoup moins dans le déroulement des événements. En parlant de fil conducteur, la mise en scène est divisée en plusieurs actes apportant une touche théâtrale à l'histoire et est à plusieurs reprises entrecoupée de scènes proches des souvenirs ou désirs de nos 2 personnages. Ce qui fait que la réalisation est parfois hachée.
De même, le film est relativement posé et voit se succéder les dialogues intimes ou partagés du couple durant cette traversée du désert. Un point qui pourra en agacer plus d'un car on peut vite décrocher si on adhère pas dans l'immédiat au style. 

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Un autre point qui pourra titiller les spectateurs est la qualité des dialogues, de très bonne qualité à mon goût, mais qui pourront attirer des critiques reprochant le côté un peu prétentieux de l'oeuvre et l'assimilant à de la branlette intellectuelle. C'est compréhensible mais je ne partage pas ce point de vue car Fando et Lis est avant tout une représentation théâtrale d'un couple en pleine crise existentielle. On se doute bien que les phrases ne seront pas simplettes. Encore une fois, on aime ou on déteste. Et cela ira de pair avec le jeu d'acteur où nous retrouverons Sergio Kleiner et Diana Mariscal, respectivement dans le rôle de Fando et Lis. Ceux-ci offriront une belle prestation à la fois touchante et empreinte de sincérité pour les spectateurs conquis, mais barbante et prétentieuse pour ceux incapables d'ingurgiter cet OFNI, et encore une fois c'est compréhensible. Cependant, on ne pourrait fermer les yeux sur le fait que ces acteurs soient complètement investis dans la peau de leur personnage au point que les mauvais traitements qui leur seront infligés ne sont pas simulés. On pense surtout à Lis traînée dans les graviers et lâchant des hurlements qui n'ont pas l'air d'être simulés.

Ceci pourrait être un des facteurs du scandale causé mais Jodorowsky va plus loin et traite de thématiques très tabous à l'époque, et notamment la sexualité représentée de manière débauchée dans ce long-métrage. Les femmes d'âge mur s'embrassent ou embrassent sans sourciller, veulent forniquer. Lis, dans une séquence, embrassera 2 hommes, dont Fando, d'affilée. N'oublions pas cette histoire de pédophilie à la scène réellement malsaine mais bien évidemment suggérée. En gros, il est pertinent de se rendre compte de l'avant-gardisme inouï de ce long-métrage au moment de sa sortie dans une époque où les moeurs étaient encore très rigides. En conclusion, Fando et Lis est une oeuvre difficile d'accès mais plus que recommandable à ceux charmés par le cinéma ésotérique, atypique et surréaliste. Certainement, l'une des oeuvres les plus rudes du réalisateur, mais avant tout une belle et cruelle tragédie d'un couple face au malheur de la vie, le tout mis en scène de manière presque onirique.
Fando et Lis interpelle par son thème sociétal que chaque couple sérieux aura vécu au cours de sa vie. Est-ce que notre couple atteindra le bout du tunnel et pourra perdurer dans un bonheur éternel ? Je vous laisse le découvrir. 

 

Note : ???

 

orange-mecanique Taratata


La Grande Bouffe (Manger, manger, manger, manger...)

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Genre : drame (interdit aux - 18 ans lors de sa sortie en France)
Année : 1973
Durée : 2h05

Synopsis : Quatre amis gourmets et gourmants s'enferment tout un week-end à la campagne et organisent une "bouffe" gigantesque.

La critique :

Si la carrière cinématographique de Marco Ferreri débute dès la fin des années 1950 (L'Appartement en 1959), le réalisateur connaît réellement son apogée vers le milieu des années 1960. Son sujet de prédilection ? Un capitalisme spécieux et pernicieux qui se nourrit de nos pulsions primitives et archaïques, transformant peu à peu l'individu en super consommateur nombriliste. Ainsi, plusieurs films de Marco Ferreri tancent et admonestent cet hédonisme à tous crins, notamment Le Mari de la femme à barbe (1964), Break-Up, érotisme et ballons rouges (1965), L'Audience (1971), ou encore Liza (1972). Vient également s'ajouter La Grande Bouffe, sorti en 1973.
On tient là probablement le film le plus populaire mais aussi le plus scandaleur de Marco Ferreri.

Une notoriété évidemment entachée par de nombreuses acrimonies. Certes, le long-métrage est présenté en compétition officielle au festival de Cannes où il remporte "le Prix Fipresci", ex-aequo avec La Maman et la Putain de Jean Eustache" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Bouffe), provoquant, dans un premier temps, un tonnerre d'applaudissements et de dithyrambes. Un leurre et un simulacre pour mieux farder une polémique féroce et à charge contre le film. 
Marco Ferreri est conspué et qualifié de "scatophile" par une certaine presse intellectuelle. Honni, voué à l'opprobre et aux gémonies, La Grande Bouffe devient alors l'un des films les plus scandaleux des années 1970, un titre peu honorifique qu'il partage avec Salo ou les 120 Journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini, 1975), une autre pellicule à la réputation sulfureuse.

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En outre, le métrage écope carrément d'une interdiction aux moins de 18 ans lors de sa sortie en France. Interdiction minorée quelques années plus tard pour passer "aux moins de 16 ans". Reste à savoir si La Grande Bouffe mérite une telle controverse. Réponse dans les lignes à venir... Pour les besoins du film, l'actrice Andréa Ferréol sera sommée de prendre 25 kilos pour décrocher le rôle. Viennent également s'ajouter Marcello Mastroianni, Michel Picoli, Ugo Tognazzi, Philippe Noiret, Monique Chaumette et Florence Giorgetti. Attention, SPOILERS !
(1) Quatre amis, Marcello, pilote de ligne, Ugo, restaurateur, Michel, réalisateur à la télévision, et Philippe, juge, ont décidé de mettre fin à leurs jours en se gavant à mort.

Marcello insiste au début pour que des prostituées se joignent à leurs bacchanales. Mais celles-ci, dégoûtées et épuisées, s'éclipsent bientôt... à l'exception de l'opulente Andréa (1). Indubitablement, La Grande Bouffe marque un tournant rédhibitoire dans l'histoire du cinéma. Plus qu'un film scandaleux, il s'agit davantage d'une pellicule à caractère sociétal, pointant et fustigeant une nouvelle forme de capitalisme : l'hédonisme ad nauseam. Mais les apparences sont trompeuses.
A partir d'un scénario à priori basique et lapidaire, Marco Ferreri vilipende une société bourgeoise en pleine décrépitude. Quatre amis (Marcello, Michel, Philippe et Ugo) ne sont que les instruments de cette déréliction. Cet alanguissement dans la profusion de flatulences et de nourriture ne traduit pas seulement une profonde solitude.

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 Bientôt, cette mélancolie terminale va se transmuter en suicide collectif. Toutefois, cette psychasthénie mentale ne s'apparente pas vraiment à une sorte de catatonie et/ou d'apathie généralisée, mais davantage à une suite d'agapes, de priapées et de bacchanales. Autant mourir en ripaillant et en s'empiffrant... Ainsi, ce besoin irrépressible de se gaver jusqu'à la nausée se joint à d'autres pulsions reptiliennes : le sexe et la mort. A l'instar de Salo ou les 120 Journée de Sodome (déjà précité) et qui sortira deux ans plus tard, La Grande Bouffe obéit lui aussi à un cycle infernal et irréfragable.
Dans cette spirale incoercible de débauches diverses et variées, l'hédonisme atteint son paroxysme. Seuls certains personnages secondaires, en particulier des prostituées, décident de quitter leurs convives. 

Pas question de participer plus longtemps à ces parties de gloutonnerie qui doivent se terminer dans la mort et la putréfaction. Seule la ventripotente Andréa assistera nos "joyeux" lurons jusqu'à leur dernier soupir. La dimension corporelle tient ici une place prédominante. A force de se gaver de nourriture, les corps se délitent, s'alanguissent, éructent... pour finalement dépérir. Mais ici, pas question de céder à la tentation de survivre. Ainsi, Andréa devient la spectatrice de cette déchéance.
Inutile de réfréner les bas instincts de ses quatre amis. Oui, La Grande Bouffe n'a pas usurpé sa sulfureuse réputation. 
Par sa son discours nihiliste, radical et brut de décoffrage, le long-métrage reste, plus que jamais, d'une étonnante actualité, préfigurant nos tendances voyeuristes et eudémonistes. A raison, certaines critiques pesteront et clabauderont après une pellicule outrancière. A contrario, d'autres y verront une sorte d'exutoire sur les perfidies du capitalisme. 
Nul doute qu'un tel film mériterait sans doute un meilleur niveau d'analyse...

Note : 16/20

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(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/la-grande-bouffe-ferreri

24 avril 2017

The Amazing Spider-Man - Le Destin D'Un Héros (Danger sur la "Toile")

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Genre : Action, fantastique, super-héros

Année : 2014

Durée : 2H22

 

L’histoire : Peter Parker alias Spider-Man continue de faire régner l’ordre et à combattre la criminalité de New York. Cependant, ses relations avec sa petite amie Gwen Stacy se compliquent. De plus, un nouveau super vilain surgit à New York, Electro, un mutant capable de contrôler l’électromagnétisme. Parker voit également Harry Osborne, son ancien ami d’enfance, revenir pour prendre la tête d’Oscorp. Ce dernier, mourant, pense trouver le moyen de survivre en utilisant le sang de Spider Man. 

   

La critique :

On se souvient de la saga de Sam Raimi qui valait surtout pour son second épisode. Après une trilogie en demi-teinte, les studios misent déjà sur une nouvelle saga. Saga qui avait commencé en 2012 avec The Amazing Spider Man, réalisé par Marc Webb, film qui avait mitigé le public à sa sortie. Personnellement, je trouvais qu’il s’agissait d’un divertissement honorable, guère plus. Alors quand les studios annoncent la suite, intitulée The Amazing Spider man : Le Destin d’un Héros, toujours réalisée par Webb, on peut se demander si ce second chapitre ne va pas se révéler chimérique.
Attention SPOILERS ! Peter Parker Lauréat, étudiant brillant, passe de beaux jours avec sa petite amie Gwen Stacy. Parallèlement, il continue à faire régner la justice sous le costume de Spider-Man.

Cependant, sa relation avec Gwen se complique. En effet, Peter se souvient de la promesse faite au défunt père de cette dernière, de ne plus approcher sa fille. Le couple finit par rompre. Pendant ce temps, Maxwell Dillon, un employé d’Oscorp, se retrouve électrocuter par un câble et tout un banc d’anguilles électriques génétiquement modifiées. Doté désormais de pouvoirs électromagnétiques, il devient un mutant pratiquement invincible. Capturé par la police il sert de cobaye à Oscorp.
Parallèlement, Harry Osborne, le fils de Norman et vieil ami de Peter Parker, est amené à reprendre en main la société de son père. Mais atteint de la même maladie que ce dernier, il est désormais mourant. Persuadé que son seul moyen de survie est le sang de Spider-Man, il se met à pourchasser le super-héros.

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Pour y parvenir, il délivre Dillon qui, sous le nom d’Electro, sème la terreur. Spider-Man devra arrêter la menace qu’il représente et également enquêter sur le passé de ses parents. Voilà pour les grandes lignes d’un scénario peu passionnant. Donc déjà? parlons du visuel. L’égérie actuelle du cinéma américain moderne, c’est le numérique. Et soyons honnête, la qualité visuelle laisse sacrément à désirer. Le réalisateur ne craint donc pas d’abuser des ralentis et des plans trop rapprochés. 
La profusion d'images de synthèse enlève tout le charme et toute âme à ce long-métrage obsolète. 
Niveau scénario, c’est également décevant. Depuis Spider-Man 3 de Raimi, il semble visiblement y avoir une mode de surenchère en méchants. Ici, ce sont trois bad guys qui sont réunis pour l'occasion : Electro, Le Bouffon Vert et le Rhino.

Hélas, nos trois scélérats sont totalement sous-exploités par Marc Webb. En l'occurrence, les trois quarts du film sont consacrés aux amourettes ridicules entre Garfield et Stone. Parlons donc des fameux méchants. Premier vilain en titre Electro, de son vrai nom Maxwell Dillon, qui n’a presque plus rien à voir avec le personnage des comics. Le costume n’a également plus rien à voir. Le personnage ressemble davantage à un mix entre Electro et Hyper Electro, puisqu’il se montre capable de se muer en énergie pure. L’idée de mêler des anguilles électriques (qui sont en fait des murènes retouchées) à sa mutation, était plutôt bonne. Hélas, on nous sert un Max Dillon en petit scientifique, blasé d’être seul, sans ami et qui est fan de Spider-Man. Mais après sa mutation il en veut au super-héros.
En réalité, Electro est un dépressif qui est jaloux de Spider-Man. Quant à Jamie Foxx, acteur au potentiel pourtant immense, il continue de creuser la tombe de sa carrière à grand coups de pelle. L’acteur signe tout simplement l’une de ses plus mauvaises prestations au cinéma. Parlons des deux autres méchants qui, à eux deux, doivent tenir un quart d’heure sur le film. Le Bouffon vert, avec un Harry Osborne en pleine crise d’adolescence, semble plus ou moins calqué sur le Harry du second opus de la saga de Raimi. Il deviendra le Bouffon Vert pour seulement quelques minutes et fait à peine illusion.
Et que dire du design grotesque du personnage ? Et le dernier, Le Rhino, le seul méchant avec un design potable mais qui est lui aussi sous-exploité. Au final, cette suite enterre définitivement cette nouvelle saga et se révèle être la plus mauvaise aventure cinématographique de l’homme araignée.

         

Côte : Navet

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The Chaser (Avis de recherche pour prostituée disparue)

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Genre : Thriller, policier (interdit aux - 12 ans avec avertissement)

Année : 2008

Durée : 2h

 

Synopsis :

Joong-ho, ancien flic devenu proxénète, reprend du service lorsqu'il se rend compte que ses filles disparaissent les unes après les autres. Très vite, il réalise qu'elles avaient toutes rencontré le même client, identifié par les derniers chiffres de son numéro de portable. Joong-ho se lance alors dans une chasse à l'homme, persuadé qu'il peut encore sauver Mi-jin, la dernière victime du tueur.

 

La critique :

Nous voici, à nouveau, de retour pour une autre chronique d'un film en provenance de la belle Corée du Sud reconnue, comme dit depuis longtemps, comme la terre du renouveau du thriller grâce à ses réalisateurs de talent ayant sorti de nombreuses pépites au cours du XXIème siècle, où nous citerons volontiers Old Boy, I Saw The Devil ou encore Memories of Murder, par exemple. Ces 3 oeuvres sont devenues, au cours du temps, érigées en véritables films cultes et un passage quasiment obligatoire pour tout cinéphile chevronné n'ayant pas peur d'être impressionné par le haut niveau (sauf pour le dernier film) de violence représentée. Parmi les classiques du cinéma coréen peut aussi être rajouté The Chaser, sorti en 2008 et réalisé par Na Hong-Jin. Très vite, ce film va se forger une énorme popularité et connaîtra un grand succès dans son pays. De plus, les critiques se montreront élogieuses et parleront de cette oeuvre comme l'un des meilleurs thrillers de ces dernières années.
Présenté en sélection officielle hors compétition au prestigieux festival de Cannes, le film recevra une ovation de près d'une dizaine de minutes. Je ne vais même pas m'étaler sur le nombre de récompenses et de nominations qu'il reçut car la visite de la page Wikipedia, à elle seule, lui étant attribuée vaut le détour tant le pedigree est impressionnant (30 récompenses et 32 nominations réparties dans plusieurs festivals). Un tel CV met directement en confiance et le mystère sur la qualité du film chroniqué aujourd'hui ne sera pas d'application car ce film n'a pas usurpé sa réputation.

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ATTENTION SPOILERS : Joong-ho, un ex-flic devenu proxénète sans foi ni loi, retrouve ses talents d'enquêteur quand il apprend qu'une de ses filles, Mi-jin, a disparu, comme trois autres avant elle. Au début il pense qu'il a affaire à un autre proxénète qui aurait vendu ses filles puis il comprend que c'est plus grave. Il se lance alors dans une véritable chasse à l'homme pour retrouver Mi-Jin et faire emprisonner le tueur, Yeong-Min, qui, arrêté à la suite d'un banal accrochage en voiture, a avoué les meurtres d'autres jeunes femmes, elles aussi disparues. 
Voilà pour les hostilités de ce thriller coréen qui aura marqué les moult festivals dans lesquels il a été représenté. Na Hong-jin brosse le portrait de toute une galerie de personnages tous aussi marquants ou attachants, quand leur prestation ne transcende pas, au coeur d'une histoire où nous évoluons dans le milieu sordide de la prostitution.

Ainsi, Joong-Ho, le personnage principal, est représenté tout sauf comme un héros ou un homme intègre prêt à combattre le crime. Dans un virage de 360°, le flic est devenu proxénète et avide exploitant de la détresse féminine où des femmes sont obligées de vendre leur corps pour survivre dans une société les ayant complètement abandonnées. Très vite, on se fait une mauvaise idée de ce personnage n'hésitant pas à obliger une prostituée à aller faire son boulot malgré que celle-ci soit clouée au lit avec une grosse fièvre. Pour ainsi dire, il n'y a pas vraiment de héros dans The Chaser car la police excelle dans l'incompétence et la stupidité avec ses inspecteurs tous plus idiots et crédules les uns que les autres.
Néanmoins, face à la perte d'une autre prostituée supplémentaire, Joong-ho sent que cette histoire n'est pas louche et que le coup du kidnapping par un proxénète concurrent n'est pas tangible. La réalité est bien plus noire et assez rapidement, celui-ci se retrouvera face à l'hypothétique tueur du nom de Yeong-Min, psychopathe notoire au visage d'ange au cours d'un banal accrochage.

Ce qui frappe directement en visionnant The Chaser est de voir que nous ne nous retrouverons pas face à un thriller aux moults retournements de situation et aux mystères savamment largués par-ci, par-là. Le réalisateur crée une trame originale qui, un peu comme dans I Saw The Devil, voit le tueur vite être mis en évidence. Mieux encore, celui-ci avouera sans retenue qu'il a massacré les femmes tout en rigolant. Son arrestation rapide par la police nous fait craindre un scénario, ensuite, monotone mais la réalité nous rattrapera très vite en nous disant que nos premières impressions étaient complètement faussées. Ainsi, la mise en scène est d'une effroyable efficacité en accumulant suspense sur suspense sans réels temps morts. Le réalisateur libère un scénario pensé et intelligent et montre que mettre en scène une histoire, alors que le meurtrier est pourtant arrêté, peut être tout aussi efficace.
On reconnaît là la signature coréenne et tout le travail derrière. 
Na Hong-jin agrippe son spectateur par la gorge durant une durée de 2h et l'ennui est inexistant.

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Cette mise en scène est relativement viscérale et l'avertissement accompagnant l'interdiction aux moins de 12 ans n'est pas inutile car le sadisme et certaines scènes de meurtres, de violence, ou même des plans sur des cadavres, sont assez osées pour une simple interdiction aux moins de 12 ans. Après, rassurez-vous, on n'atteindra bien sûr pas celle de moins de 16 ans. Ceci sera en partie dû à un humour omniprésent s'additionnant étrangement très bien avec la tonalité austère et désespérée du récit. Les scènes comiques font mouche et souvent, il nous arrive de rigoler devant le ridicule de certaines situations, à l'image de la séquence bordélique au commissariat de police, ou de la réaction de certains personnages, que cela soit le proxénète ou le meurtrier lui-même rétorquant à l'inspecteur que ça sent le poisson et qu'elle a sans doute ses règles. A aucun moment, cela n'entâche le visionnage et ça apporte même une énorme plus-value qui pourrait réveiller l'attention des très rares qui viendraient à regarder le mur au lieu de l'écran.

A ce sujet, on ne pourra que souligner la grande performance des 2 principaux personnages parfaits dans leur rôle respectif. Kim Yoon-seok, incarnant Joong-ho, est impeccable dans la peau de ce profiteur du malheur des autres au sang chaud, et notre opinion envers lui deviendra de plus en plus favorable au fur et à mesure du récit. Ha Jeong-woo interprétant Yeong-Min est encore mieux et est assurément la grande star du film. On le sent complètement investi dans son rôle de psychopathe au sadisme semblant être sans limite. A plusieurs reprises, sa prestation nous mettra mal à l'aise comme lorsqu'il se prendra un petit fou rire lorsqu'il dira qu'il a massacré 2 des filles recherchées à coup de marteau.
On pourra dire que Na Hong-jin a su mettre en scène un tueur avec une réelle identité, un charisme tranchant et à la psychologie meurtrie par une impuissance érectile qui aboutira à une haine de la gente féminine. De même, la police est quasiment ridiculisée en mettant en scène des personnages aussi ahuris les uns que les autres et qui ne pourront que nous faire pouffer de rire. Je passerai les détails.

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Au niveau de l'architecture du film, il n'y a rien à dire non plus. Les cadrages et plans sont ouverts et le réalisateur filme bien l'action sans transformer le tout en une bouillie illisible alors que les séquences fréquentes de poursuite (titre du film oblige) se multiplient. Ainsi, on tombera sous le charme de cette ville aux très belles lumières le soir car le travail sur les lumières est lui aussi de grande qualité. Le visuel est agréable et la moindre bâtisse ou la moindre dédale de petites rues sera bien filmée. La bande sonore, sans grand artifice, confère une tonalité mélancolique se renforcant les soirs de pluie.
On peut dire que The Chaser intègre une grande dimension dramatique qui atteindra son point culminant durant la dernière partie du film. Dans le fond, c'est assez académique mais une recherche esthétique et autres expérimentations n'auraient de toute façon eu aucune utilité.

En conclusion, on peut dire sans crainte que The Chaser n'a absolument pas usurpé sa réputation de grand classique du thriller contemporain en intégrant brillamment une intrigue sur le fil du rasoir et à contre-courant de ce qu'on a l'habitude de voir chez nous. Ici, le tueur est arrêté et en détention provisoire mais n'est pas jugé car il n'y a pas de preuves suffisantes pour l'accabler et seule une arrestation de 48h n'est possible dans ce cas précis. Ainsi, le récit se basera sur une course contre la montre happant le spectateur pris dans ce périple pour enfermer définitivement Yeong-Min en apportant des preuves pertinentes. Le jeu d'acteurs est précis, d'excellente qualité et sans quelconque exagération.
L'humour est travaillé et ne ridiculise jamais l'oeuvre car il sait s'effacer durant des scènes importantes. Le propos est intelligent et redoutable et apporte davantage de l'eau à mon moulin, en démontrant par A+B, que la Corée du Sud est "The place to be" pour la création de vrais thrillers. Et dans tout thriller qui se respecte, mentionnons qu'on obtiendra ici une fin déchirante et à l'exact opposé du happy-end occidental traditionnel. En gros, à ceux qui ne l'ont pas vu, je vous prierai de foncer dessus.

 

Note : 17/20

 

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23 avril 2017

Slaughter Disc (Fuck.. Fuckin'.. Fuck.. Fucking..)

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Genre : Pornographie, trash, fantastique (interdit aux - 18 ans)

Année : 2005

Durée : 1h30

 

Synopsis :

Mike est tellement passionné par les films pornos qu'il en perd toute vie sociale. Un jour, il reçoit un dvd chez lui et découvre un film étrange et sordide.

 

 

La critique :

Souvent, on a tendance à critiquer les films d'horreur actuels ne se résumant souvent qu'à une succession d'oeuvres au scénario ridicule, aux influences beaucoup trop importantes bouffant le film, aux retournements de situation invraisemblables, à l'ambiance ne se basant que sur des screamers douteux ou, dans le cas des torture porn, à du gore sans fond. Sauf que l'on oublie fréquemment l'industrie pornographique actuelle qui est encore pire car on navigue dans le vide le plus intersidéral qui soit.
Cependant, de temps en temps, arrive un réalisateur qui a bien l'intention de mettre un scénario derrière son étron et se décide même de le rendre davantage déviant en intégrant du gore. Le mélange gore et pornographie est définitivement l'un des fers de lance du cinéma extrême où les scènes les plus outrageantes ou les plus ridicules s'accumulent pour combler les amateurs friands de ce type de cinéma peu catholique.

A ceci, on pourra rajouter Slaughter Disc réalisé par les soins de David Quitmeyer pour une commercialisation d'à peine 1000 exemplaires, ce qui en fait un film très rare (mais que j'ai su trouver sur mon site de prédilection spécialisé dans les oeuvres sulfureuses et expérimentales). Inutile de vous dire que le réalisateur n'est que très peu connu dans le monde cinématographique et le restera à n'en point douter. Maintenant, le fait de voir qu'il y a un scénario derrière tout ceci, nous fait dire qu'on tiendra là, peut-être, quelque chose de convenable à défaut d'être excitant.
Après le générique du début, il ne nous faudra que 5 secondes pour savoir que visionner ce film sera un calvaire. ATTENTION SPOILERS : Scotché devant sa télévision, Mike se masturbe en regardant des DVD pornos. Cela finit par énerver sa petite amie qui le laisse tomber après lui avoir défoncer les balloches d’un coup de genou. C’est d’ailleurs sur ce dernier point que Mike est bien ennuyé, mais cela ne l’empêche pas pour autant de reprendre son travail manuel.
Par curiosité et en quête de sexe toujours plus extrême, il commande par correspondance un DVD mettant en scène la mystérieuse Andromeda Strange…

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Dans le fond, l'idée n'était pas complètement stupide en lisant le synopsis et aurait pu nous larguer un petit film intriguant mâtiné de mystère où la frontière entre la réalité et l'impensable, un peu à la manière du très bon 8MM, aurait été brouillée. Sauf que tout court à la catastrophe et que, à aucun moment, le réalisateur ne parvient à gérer correctement son film ou tout du moins à le sauver. Ainsi, est mis en scène un plouc aux cheveux gras et à l'air blafard du nom de Mike, jeune addict à la masturbation, à un point tel qu'il en a perdu toute vie sociale. Son quotidien est ainsi rythmé de façon métro-boulot-branlette et ses seuls contacts avec la société se résumeront à la location de films louches interdits aux enfants, à l'image du film "Porn Clown", où des filles habillées en clown se font ramoner le clitoris.
C'est beau et ça casse notre jeunesse. On sent déjà que notre Mike, aussi apathique qu'un chou-fleur en décomposition, n'est déjà pas très sain dans sa tête mais sa rencontre avec la mystérieuse Andromeda Strange va tout changer. 

Toujours en quête de sexe plus déviant et extrême, Mike va faire face à une étrange porn-star vouant un goût sans limite au sang (ou à la sauce tomate parce que l'aspect rappelle bien plus cela que du sang) qu'elle s'amuse à lécher et à boire, qu'il provienne de son ventre, de son bras ou de son vagin, ce qui est assez répugnant dans le dernier cas. Que soit, le sexe mélangé au sang n'est pas spécialement excitant à mon sens mais visiblement Mike a l'air d'apprécier cela jusqu'à ce qu'elle se tranche les veines d'un de ses poignets et s'ouvre la gorge en rigolant.
Un grand moment de solitude devant la crédibilité du film dont j'inviterai David Quitmeyer à lire un peu mon ancien cours de physiologie cardiaque car les veines des poignets sectionnées ne lâchent pas quelques gouttes de sang par-ci par-là mais bien un flot continu (ce n'est pas pour rien que c'est un moyen de suicide rapide). Deuxièmement, j'inviterais ce cher David à se renseigner sur ce qui se passe lorsque les jugulaires sont sectionnées. En soi, le réalisateur ne s'embarasse pas de rendre intelligent son film et le fait sombrer dans la stupidité la plus stratosphérique en multipliant les incohérences les plus fines, mais en s'accumulant, soulignent la débilité de l'oeuvre.

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Pour commencer, dans chaque entreprise technique, on laisse son bleu de travail sur le lieu de travail. Ca me semble assez logique. Secundo, un DVD transparent est impossible à lire sur un lecteur DVD. Certes, je cherche la petite bête mais on se rend vite compte que le concept même du film est une gigantesque absurdité lorsque le film plonge en plein cauchemar où Andromeda se transmute en une sorte de démon omniscient ayant ciblé Mike pour le tourmenter et au finir le tuer.
Au fur et à mesure du visionnage du DVD, celle-ci prend un trait de plus en plus maléfique et finit par kidnapper un des rares amis de Mike que Mike, lui-même, visionnera sur le même DVD. La question qui se pose est : Comment est il possible que cette séquence puisse se retrouver sur un DVD acheté auparavant et mis en vente sur Internet ? 

D'ailleurs, comment est il même possible qu'un tel genre de DVD soit disponible sur l'Internet tout public ? Comment est-il également possible de voir des revues de la démoniaque Andromeda Strange en vente dans un sex-shop paumé et que celle-ci soit recommandée par le vendeur ? Non mais clairement, le scénario est impensable et incohérent. Alors, on se dit que Slaughter Disc va délivrer la marchandise et au moins sauver l'intérêt du film avec des effets spéciaux recommandables mais ça, c'est ce qu'on se disait juste au commencement du film car le visuel est absolument dégueulasse.
Je me doute fort bien que le film ne fut pas financé par Hollywood mais la caméra à 30€ trouvée dans un déstockage miteux, ça fait un peu tâche sans compter les décors très succincts limités à l'appartement de Mike et à une mystérieuse chambre gothique, où Andromeda siège en impératrice des lieux. On observera dans la dernière partie du film, une séquence dans le parc et un tour en voiture pour souligner l'"action" mais ça ne changera rien.

Que soit, on savait, à partir de ce moment précis, qu'il n'y aura rien et la vacuité réside aussi dans le gore curieusement absent qui fait davantage sombrer le long-métrage à la durée éprouvante de 90 minutes dans les abysses. Retenez que le choc est absent et que l'on se fait franchement chier. Les performances d'Andromeda se limitant à s'insérer des godes, à faire des fellations, à avoir des rapports sexuels plutôt sages, à tuer ses victimes sans trop d'artifices et à se mutiler affreusement mal. Il n'y a rien qui pourrait sauver l'honneur du film à ce niveau, même pas son cannibalisme quasiment inexistant et résumé à une seule séquence de dégustation d'entrailles.
Même la séquence du fracassage de crâne de John, le pote de Mike, à coups de marteau ne sauve rien car elle est suggérée. Forcément, quand le salaire se résume au budget mensuel d'un petit chinois...

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A ce sujet, il faudra aussi souligner la prestation dantesque dans la nullité de Mike car on atteignait du haut niveau à ce sujet. Pour commencer, si j'étais au fond du trou, donc dans ton cas cher Mike, et que je voyais l'un de mes potes séquestré par cette tarée, je ne resterais pas prostré devant la TV avec une bouche de carpe, ni à détourner ma tête et la mettre contre un coussin. Tu oublies que dans ces conditions, appeler le 911 me semble plus que nécessaire. Je ne dirais pas non plus de John qu'il a de la chance de forniquer avec cette sauvage car je me serais douté très rapidement qu'il aurait subi le même sort que la précédente victime. Et enfin, je ne l'encouragerais pas à "tenir la cadence".
Enfin, lorsque je me retrouverais face à Andromeda venue pour me tuer, je ne me laisserais pas embrasser et quasiment violer, la bave au coin de la bouche et des étoiles dans les yeux. Je passerais les dialogues ridicules à base de "fuck", "fucking" et autres "motherfucking" ponctuant le récit, même de la bouche des policiers. N'ayez crainte si vous avez du mal avec l'anglais, tout est compréhensible.

Alors, on pourrait jouer 30 secondes au cinéphile "intello" et dire que Andromeda n'est que le reflet d'un désir incontrôlable de la pornographie rendant fou ceux qui ont sombré dans cette spirale infernale. On pourra dire que Andromeda, s'étant égorgée et étant néanmoins en vie après avec une plaie béante, souligne que le désir pornographique ne meurt jamais. On pourrait finalement dire que Mike, malgré le climat malsain et le premier meurtre, et replongant à chaque fois dans le visionnage toujours plus "extrême" du DVD montre que l'homme ne peut se passer de la déviance sexuelle, une fois plongé dedans.
Ceci dit, je doute fort que Quitmeyer a pensé à délivrer un quelconque message et que toute son oeuvre racoleuse ne se résume qu'à de la pornographie se voulant violente mais n'atteignant jamais la moindre once de dégoût.

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On évitera aussi de parler des 90 minutes qui composent le film car, même pour cette durée, le temps passe très lentement et certaines scènes sont d'une inutilité record comme la succession suivante : Mike sort dans un bar mais se retrouve seul car John ne vient pas, Mike enchaîne cependant les shot et rentre bourré chez lui. Le lendemain, Mike se lève, met 2 Dafalgan dans son verre d'eau, va uriner, va se doucher, va vomir et se fait engueuler par son boss car il n'est pas au boulot. Mais quel intérêt de filmer ce vide scénaristique ?? La prochaine fois que je ferai une soirée un peu trop chargée, je demanderais auparavant à un réalisateur débile de me filmer.
Ca sera toujours plus crédible que l'état secondaire de Mike tout sauf pertinent. Néanmoins, soyons honnête, tout n'est pas non plus à jeter. La bande sonore est de très bonne qualité si on aime l'EBM et la tonalité de ce genre est en bonne adéquation avec le style gothique du DVD. Dernier bon point (Oui déjà !), Quitmeyer essaie l'esthétisme dans son film en larguant des effets psychédéliques de couleur rose-mauve fonctionnant lors de certaines danses, mais transmutant le visionnage en une bouillie infâme durant d'autres.

On pourrait dire que c'est un semi-bon point car, même là, Quitmeyer n'arrive pas à faire la part des choses. En bonus, j'avoue avoir eu un petit faible pour le physique d'Andromeda mais c'est plus mon attirance pour les filles percées qui parle. Ceci dit, son jeu d'acteur vulgaire et ses 3 piercings au clitoris (zone sensible et interdite aux piercings pour moi) parviendront à me freiner. En conclusion, Slaughter Disc est la mise en image d'une fosse à merdes où il n'y a que très peu de choses à sauver. Que ça soit le scénario, la mise en scène, le jeu d'acteur, les cadrages ou les décors, tout se pète la gueule dans un titanesque brouhaha qui ne pourra qu'agacer profondément le spectateur, au point que celui-ci n'aura jamais autant réfléchi si couper le film et supprimer le fichier de son PC n'est pas la meilleure chose à faire.
La crédibilité du récit est aux abonnées absentes et je ne pourrais que trop rappeler à David Quitmeyer que le temps de pause entre 2 orgasmes masculins n'est pas le même que celui entre 2 orgasmes féminins car la séquence de Mike finissant son affaire et recommançant 10 minutes après intrusion du livreur est i-llo-gi-que. Bref, si vous aimez l'EBM, le film plaira auditivement mais, dans tous les cas, Slaughter Disc est un naufrage intégral qui vous pompera 1h30 de votre vie à défaut de vous avoir filé le gourdin. Et dire qu'hier soir, ils passaient Raging Bull à la TV et que j'ai choisi de visionner cette purge...
Qu'est ce que l'on ne ferait pas pour le blog !

 

Côte : Navet

 

orange-mecanique Taratata

 


L'Attaque des Crabes Géants (Faire disparaître l'homme de la Terre)

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Genre : horreur, épouvante, science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 1957
Durée : 1h02

Synopsis : Un groupe de scientifiques arrive sur une île pour étudier les effets des armes nucléaires. A leur arrivée, ils découvrent que l'endroit est peuplé de crabes qui se sont tranformés en des créatures énormes et monstrueuses.

La critique :

Retour sur Roger Corman, le pape du cinéma bis. Sa recette ? Des films au budget anomique tournés en 72 heures, parfois 24 heures maximum. Entouré par plusieurs personnalités éminentes (Richard Matheson, Charles Beaumont et Charles Griffith, entre autres), Roger Corman formera plusieurs réalisateurs qui deviendront populaires par la suite, entre autres James Cameron, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola ou encore Joe Dante. Tous passeront par l'école "Corman".
On euphémise, souvent à tort, l'influence de Roger Corman sur le cinéma hollywoodien. A contrario, le producteur, scénariste et cinéaste américain répudie et se met en retrait de ce système mercantile, affectionnant davantage les productions indépendantes.

En vérité, Roger Corman est un réalisateur éclectique qui peut à la fois s'intéresser à la science-fiction, l'horreur, la comédie ou encore le western. Le réalisateur n'a pas vraiment de genre de prédilection. Plusieurs films notables vont contribuer à sa notoriété. C'est par exemple le cas de La Petite Boutique des Horreurs (1960), Un Baquet de Sang (1959) et surtout du cycle "Edgar Allan Poe" (La Chambre des Tortures, Le Corbeau, La chute de la maison Usher, Le Masque de la Mort Rouge ou encore L'empire de la terreur). Vient également s'ajouter L'Attaque des Crabes Géants, sorti en 1957.
Le film s'inscrit continûment dans la dialectique des films de science-fiction des années 1950, à la fois marqués par la Guerre Froide et la menace nucléaire. 

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Des pellicules telles que L'Invasion des Profanateurs de Sépultures (Don Siegel, 1956), La Guerre des Mondes (Byron Haskin, 1953), Les Survivants de l'infini (Joseph M. Newman, 1955), ou encore Le Jour Où la Terre S'Arrêta (Robert Wise, 1951) décrivent, à leur manière, une société humaine en plein marasme et menacée de néantisation. En outre, L'Attaque des Crabes Géants s'inspire davantage de Them ! - Des Monstres Attaquent la Ville de Gordon Douglas, en 1954.
Cette fois-ci, la peur atomique se transmute en effets délétères sur Dame Nature, transformant des fourmis en créatures gigantesques et à l'appétit pantagruélique. En ce sens, L'Attaque des Crabes Géants peut s'apparenter à une séquelle du film de Gordon Douglas, mais version crustacés.

La distribution du film réunit Richard Garland, Pamela Duncan, Russell Johnson, Leslie Bradley et Tony Miller. Attention, SPOILERS ! (1) Une équipe scientifique multi-disciplinaire est envoyée sur une île afin d'une part de faire des recherches scientifiques sur ce lieu qui a été le théâtre d'essais nucléaires et d'autre part d'essayer de comprendre la raison pour laquelle il ne reste aucune trace de l'équipe précédente à l'exception d'un journal de bord inachevé.
Très vite le groupe se retrouve isolé sur l’île, l'avion les ayant acheminé explosant au départ, et la radio détruite par une entité inconnue. Des événements de plus en plus étranges surviennent alors, la voix du responsable de l’ancienne équipe se fait entendre sans qu'on puisse en matérialiser la forme, puis des crabes géants et meurtriers apparaissent. 

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En fait les crabes mutants phagocytent non seulement leurs victimes mais leur mémoires et leurs voix. Devant tous ces dangers la petite équipe tente de s’organiser... (1). En vérité, L'Attaque des Crabes Géants se démarque de Them ! (déjà précité) par sa rusticité scénaristique. En l'occurrence, le film de Gordon Douglas se distinguait par son aspect entomologique (l'étude des insectes). Contrairement à son illustre épigone, Roger Corman ne se soucie guère de l'étude des crustacés (la carcinologie) et de leur vie aquatique. Dès l'introduction, le cinéaste a le mérite de présenter les inimitiés. Un baigneur est agressé puis déchiqueté par un crabe aux incroyables rotondités.
Mais la créature se garde bien d'apparaître à la surface de la mer. Pourtant, la violence d'une telle attaque ne semble pas vraiment tarauder notre équipe de scientifiques.

Mais, une fois sur l'île, les savants entendent des voix humaines qui sourdent de nulle part. D'où peuvent provenir ces voix mystérieuses ? Sur ce dernier point, Roger Corman griffonne un scénario pour le moins incongru et inattendu. Nos chers crustacés ne se contentent pas seulement de capturer et de tortorer leurs proies. 
Ils se nourrissent de leurs cerveaux et donc de leurs psychés. Ainsi, les monstres marins s'accaparent également leurs voix et jouent même les ventriloques émérites.
Inutile de le préciser mais leurs intentions sont évidemment belliqueuses. "Faire disparaître l'homme de la Terre !" s'écrie un gros crabe en plastique, maladroitement activé par des techniciens probablement avinés. En outre, difficile de ne pas se gausser devant cet énorme crustacé qui arbore un accent soviétique à coucher dehors ! 
On fermera aussi les yeux et les oreilles sur la maigre performance des acteurs, par ailleurs évincés par notre plateau de fruits de mer.
D'une durée de 62 minutes, le long-métrage va directement à l'essentiel, et tant pis si certains câbles apparaissent inopinément à l'écran ! Visiblement, Roger Corman n'en a cure et souhaite conclure cette pellicule impécunieuse dans les plus brefs délais. En l'état, difficile réellement de qualifier cette bisserie de "nanar" malgré son obsolescence et son ingénuité. Il serait plutôt préférable d'évoquer une sorte d'OFNI (objet filmique non identifié) science-fictionnel, qui possède malgré tout, un charme ineffable.

Note : 11.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Attaque_des_crabes_g%C3%A9ants

22 avril 2017

The Raid 2 - Berandal (Jakarta on fire !)

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Genre : Action, thriller (interdit aux - 16 ans avec avertissement)

Année : 2014

Durée : 2h30

 

Synopsis :

Après un combat sans merci pour s’extirper d’un immeuble rempli de criminels et de fous furieux, laissant derrière lui des monceaux de cadavres de policiers et de dangereux truands, Rama, jeune flic de Jakarta, pensait retrouver une vie normale, avec sa femme et son tout jeune fils…. Mais il se trompait. On lui impose en effet une nouvelle mission. Rama devra infiltrer le syndicat du crime, où coexistent dans une sorte de statu quo mafia indonésienne et yakusas. Sous l’identité de Yuda, un tueur sans pitié, il se laisse jeter en prison afin d’y gagner la confiance d'Uco, le fils d'un magnat du crime indonésien, son ticket d’entrée pour intégrer l’organisation. Sur fond de guerre des gangs, il risquera sa vie dans un dangereux jeu de rôle destiné à porter un coup fatal à l’empire du crime.

 

La critique :

Après avoir chroniqué il y a quelques jours, le premier épisode de cette, désormais, franchise du nom de The Raid, il était logique de passer désormais à la suite. Il faut le dire, le premier film a eu l'effet d'un coup de semonce dans l'industrie cinématographique en rehaussant un genre de film délaissé ou laissé entre les mains de réalisateurs incompétents, incapables d'apporter un nouveau souffle, ou plus simplement de la qualité. Bien des choses se sont passées entre le Hong Kong des années 70 et maintenant. C'est peu dire que le cinéma asiatique est le représentant majeur du cinéma d'arts martiaux sauf que Gareth Evans, réalisateur gallois, est passé par là et est, en l'espace d'un seul film, devenu le nouveau représentant de ce style. Néanmoins, The Raid 2, aussi appelé Berandal, a la lourde tâche de succéder à l'explosion du premier volet.

Avant sa sortie, les spectateurs et autres fans conquis du premier volet multipliaient les inquiétudes quant à l'utilité d'une suite et avait peur que la franchise ne sombre dans le tout public face à des actionnaires mercantiles dont le profit est l'unique but d'un film. On le sait, les suites horripilent souvent car elles sont très fréquemment inférieures à l'oeuvre initiale. Pour certains, l'idée de savoir que The Raid 2 n'a été simplement que sélectionné au festival du film de Sundance et empoché moins de récompenses, faisait peur. Mais la curiosité et l'inquiétude ont fait place à l'engouement face à la pochette avec écrit, en grand, "L'un des meilleurs films d'action de tous les temps".
Vrai ou faux ? Réponse dans la chronique. ATTENTION SPOILERS : L'histoire commence à la suite de l’assaut du premier volet qui a fini par un fiasco. Rama est récupéré par un petit groupe de policiers qui tente de lutter contre le crime organisé et la corruption des flics véreux. Il accepte une nouvelle mission qui est d'infiltrer le syndicat du crime et faire tomber les dirigeants. Pour cela, il doit abandonner sa famille et se faire emprisonner dans la même prison qu'Uco, le fils d'un chef de la mafia de Jakarta. Sur fond de guerre des gangs, il risquera sa vie dans un dangereux jeu de rôle destiné à porter un coup fatal à l'empire du crime.

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Cette fois-ci, fini le quasi huis-clos et place à un monde ouvert où notre grand Rama évoluera dans l'immense ville de Jakarta avec un scénario somme toute assez basique, où il s'agit d'un flic surpuissant balancé dans le syndicat du crime surarmé pour tout casser. Evidemment, on est en droit d'avoir peur mais The Raid 2 confirme tous les espoirs que l'on attendait de lui et écrabouille sauvagement les inquiétudes en se montrant du même niveau, voire parfois supérieur à son modèle. Les reproches adressées au film à cause d'un scénario tenant au maximum sur un timbre-poste peuvent être effacées car, cette fois-ci, le réalisateur nous livre une vraie trame et se montre plus ambitieux dans son projet.
Certes, on ne pourra pas dire que la narration est d'un bon calibre car elle est même, au contraire, semée de quelques confusions. Rassurez-vous, la trame confuse reste suffisamment simple à suivre et ne nécessite pas une attention permanente.

Cependant, je défie quiconque ne pas être attentif durant ce film et ne pas être captivé. Souvenez-vous des combats sans pitié et d'une énergie rarement vue qui étaient le fer de lance majeur du premier opus. Maintenant transposez tout ceci dans un film de grande envergure et vous obtenez The Raid 2. Il y a quand même un revers car la présence du scénario induit inévitablement des pauses entre les combats là où The Raid premier du nom proposait de l'action non-stop. Néanmoins, on serait bien difficile que de ne pas être bouche bée devant une mise en scène encore une fois d'une énergie, plus posée mais tout aussi fulgurante. Gareth Evans enchaîne les combats et les chorégraphies régulièrement avec toujours la même efficacité et la même violence dans les coups donnés.
A ce sujet, soyez sans crainte, l'action est omniprésente et toujours aussi efficace pour une durée coriace de 150 minutes.

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Pour parler de la violence, Evans a poussé le vice à la rendre davantage plus radicale, ce qui fait que Berandal est beaucoup plus extrême et à même de choquer un public n'étant pas habitué à un déchaînement de violence comme ici. Les coups pleuvent, le sang gicle lors des passages à armes à feu, certaines prises finales sont particulièrement vicieuses. On n'oubliera pas non plus les combats à armes blanches d'un rendu assez époustouflant comme le massacre à coup de marteaux dans un métro bondé. Le réalisateur ne censure rien et filme sans retenue.
On aboutit forcément à une interdiction aux moins de 16 ans parfaitement justifiée même si la mention "avertissement" reste un peu trop exagérée. Peut-être la courte séquence suggérée d'un porno déviant tourné clandestinement avant que ça ne dégénère complètement qui fait ça ?

Concernant les combats, une grande qualité présente dans le premier épisode était le fait d'avoir une action visible grâce à une caméra filmant l'ensemble et sans être susceptible de donner des nausées. Encore une fois, haut les coeurs, car la même recette a été prise ici et tout est correctement filmé. La manière de filmer est toujours aussi chirurgicale dans la lisibilité de chorégraphies toujours plus violentes. Et qui dit film de grande envergure, dit souvent film avec beaucoup de personnages. On retrouve bien sûr Iko Uwais dans le rôle de ce flic surentraîné mais aussi Yayan Ruhian dans le rôle de Prakoso. Idée un peu incohérente quand même. Comme nouveaux individus, on mentionnera entre autres Arifin Putra, Oka Antara, Cecep Arif Rahman et Ryuhei Matsuda.
Ainsi, beaucoup de ces acteurs apporteront une prestation charismatique à leur personnage qui augmente la qualité du film. On se souviendra aussi de ces 2 psychopathes, l'un avec une batte de baseball et l'autre, une femme aux lunettes de soleil et se battant avec 2 marteaux.

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De nombreuses séquences mémorables seront présentes même si, cruelle déception, la séquence "Gang War" de 5 minutes fut supprimée pour des raisons obscures. Cette scène aurait pu justifier pleinement la mention "avec avertissement" tant elle est d'une brutalité et d'une intensité à couper le souffle. Des rumeurs courent qu'elle serait disponible pour le 3ème et dernier volet qui devrait sortir cette année, chose que je ne pense pas car 2018 me semble plus cohérent. En conclusion, Gareth Evans signe ici une suite de qualité faisant plus que honneur au premier épisode qui allait déjà très loin en terme de qualité. Plus violent mais aussi plus sombre, The Raid 2 abandonne l'action non-stop pour une vraie trame, certes très basique, et cela se ressent dans une mise en scène moins épileptique mais qui déverse vraiment la marchandise dans de remarquables scènes d'action.
On ne peut qu'applaudir le fait d'avoir une vraie suite tout aussi efficace dans des combats à couper le souffle et qui font passer comme une lettre à la poste, la longue durée du film. L'un des meilleurs films d'action de tous les temps ? Difficile à dire mais il ne fait aucun doute que l'on se situe dans le très haut niveau du panier. La seule chose qui nous viendra à l'esprit après le visionnage, c'est "Vivement le 3 !!".

 

Note : 16/20

 

orange-mecanique Taratata

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 (Premiers émois adolescents)

La vie d'Adèle

Genre : drame, comédie dramatique (interdit aux - 12 ans avec avertissements)
Année : 2013
Durée : 2h57

Synopsis : À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve.

La critique :

C'est en tant qu'acteur qu'Abdellatif Kechiche débute sa carrière cinématographique. C'est ainsi qu'il se fait remarquer dans Le Thé à la Menthe (Abdelkrim Bahloul, 1984), mais surtout dans Les Innocents (1987) d'André Téchiné. C'est à partir des années 2000 qu'Abdellatif Kechiche se lance derrière la caméra de La Faute à Voltaire (2000). Le cinéaste confirme tous les espoirs placés en lui dès 2007 avec La Graine et le Mulet, qui reçoit un accueil triomphal s'octroyant même plusieurs prix, notamment la Mostra de Venise la même année. Puis, en 2013, Abdellatif Kechiche décide d'adapter librement la bande dessinée de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude, rebaptisé La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 pour le cinéma. Le film signe enfin la consécration d'un cinéaste talentueux.

Non seulement, le long-métrage est présenté au Festival de Cannes en 2013, mais il devient rapidement le favori du public et du Jury. Impression corroborée par la Palme d'Or, décernée à la fois à Abdellatif Kechiche et à ses deux actrices principales, Léa Seydoux et Adèle Axerchopoulos. Au niveau de la distribution, viennent également s'ajouter Jérémie Laheurte, Mona Walravens, Salim Kechiouche, Catherine Salée, Aurélien Recoing et Alma Jodorowsky.
Si La Vie d'Adèle s'octroie rapidement les faveurs et les dithyrambes des médias, il suscite, à l'inverse, de nombreuses acrimonies. La principale concerne le tournage du film lui-même. En effet, dès septembre 2013, Léa Seydoux et Adèle Axerchopoulos se plaignent de mauvais traitements et plus particulièrement de harcèlement moral. 

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Elles accusent le réalisateur de comportements autocratiques. Une accusation corroborée par les techniciens, mais Abdellatif Kechiche se défend et crie à l'injustice. Certes, le réalisateur a poussé à bout ses deux stars principales, mais pour les besoins du film. La controverse se poursuit dans les médias et les réseaux sociaux. Dépité, Abdellatif Kechiche regrette que son long-métrage soit sorti dans un tel contexte car sali par les fadaises et les calomnies.
Parallèlement, Christine Boutin, la présidente du Parti Démocrate Chrétien, tance et admoneste une pellicule qu'elle juge obscène et indécente. Pis, une telle production n'aurait jamais dû connaître une telle gloriole et autant de récompenses. A contrario, toutes ces billevisées concourent à la popularité du film qui sort un peu partout en Europe et même aux Etats-Unis.

Chez l'Oncle Sam, La Vie d'Adèle suscite à nouveau la polémique et écope carrément d'une classification "X", soit d'une interdiction aux moins de 18 ans. La raison ? Le film montre des séquences oscillant entre l'érotisme hard et la pornographie soft. Toutefois, selon le propre aveu des deux actrices principales, des prothèses auraient été utilisées lors des séquences de coït. En France, le long-métrage est seulement interdit aux moins de 12 ans avec avertissements.
Reste à savoir si le long-métrage mérite une telle polémique. Réponse dans les lignes à venir... Attention, SPOILERS ! (1) Âgée de dix-sept ans, la jeune Adèle croit que forcément une fille doit rencontrer des garçons et rêve du grand amour. Elle se laisse brièvement séduire par Thomas, élève de Terminale, et met rapidement fin à cette liaison. 

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Elle croise alors Emma, une jeune femme aux cheveux bleus ; c'est le coup de foudre. C'est cette rencontre-là qui bouleverse totalement sa vie. Emma hante chaque nuit ses rêves et ses désirs les plus intimes. Adèle et Emma se rencontrent à nouveau fortuitement, se découvrent, s'aiment follement, vivent ensemble. Mais Emma est une artiste peintre pleine d'ambition, évoluant dans un milieu cultivé et intellectuel ; Adèle tient la maison, fait la cuisine, se contente d'exercer son métier d'institutrice et d'aimer Emma. L'écart se creuse : Adèle se sent seule, déplacée, complexée, elle a une courte aventure avec un collègue. Emma l'apprend, rejette Adèle hors de sa vie.
Emma se reconstruira, Adèle souffrira l'enfer, incapable d'oublier ce premier amour (1). Premier constat, La Vie d'Adèle marque le grand retour ou plutôt cet hommage au cinéma de la Nouvelle Vague, un mouvement qui s'est largement illustré au festival de Cannes par le passé, sous l'égide d'éminents réalisateurs (François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol et Eric Rohmer principalement).

Tous ces augustes cinéastes ont inspiré d'autres metteurs en scène de prestige, notamment André Téchiné (déjà précité), Philippe Garrel et Jacques Doillon. A l'instar de ces illustres épigones, Abdellatif Kechiche brosse le portrait d'Adèle, son héroïne principale. Sa caméra, toujours en mouvement, filmant en gros plan ou de dos sa protagoniste juvénile, se centre sur les pas effrénés et surtout sur les premières prémisses d'une romance amoureuse.
Bienvenue dans le petit univers d'Adèle ! Plus qu'un film sur une homosexualité naissante, La Vie d'Adèle s'apparente surtout à une allégorie sur cette part de féminité, celle qui régit le quotidien d'Adèle : ses relations avec ses parents, ses conversations parfois tempêtueuses avec ses camarades de lycée et surtout le regard accusateur et moralisateur des autres.

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Sur ce sujet, les oeuvres littéraires de Jean-Paul Sartre sont abondamment citées... Ce qui n'est pas aléatoire. "L'enfer, c'est la autres..." semble claironner Abdellatif Kechiche à travers le portrait de son héroïne. Mais la jeune femme découvre l'essence même de la passion et du désir dans les bras d'Emma. Presque trois heures de film pour cerner et analyser, le plus pertinemment possible, ce désir inavouable et cette passion éphémère, quitte à tirer un peu trop sur la longueur... Presque trois heures de film tout de même !
Mais La Vie d'Adèle, c'est aussi cette construction de l'âme et cette affirmation de soi dans un univers adolescent régenté par notre société consumériste et cette incapacité à communiquer. Adèle se découvre ainsi une véritable fascination, non seulement pour l'art et la culture, mais aussi pour l'éducation nationale. La jeune éphèbe souhaite enseigner... Un parcours semé de pièges et d'embûches. Résolument indocile et aux prises avec ses propres oxymorons, elle esquisse un baiser prude à un de ses collègues masculins de passage, provoquant ainsi l'ire de sa dulcinée.
Fin du chapitre Emma. Ou presque... Vers quelle route sinueuse et obombrée va se diriger Adèle ? Telle est la question spinescente qui se pose en filigrane dans les derniers instants du long-métrage. Bref, on tient là une oeuvre éminemment complexe qui nécessite, à notre avis, un meilleur niveau d'analyse.

Note : 17/20

 

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_d%27Ad%C3%A8le_:_Chapitres_1_et_2

21 avril 2017

The Raid (Piège de Cristal à Jakarta)

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Genre : Action, thriller (interdit aux - 16 ans)

Année : 2011

Durée : 1h30

 

Synopsis :

Au cœur des quartiers pauvres de Jakarta, se trouve une citadelle imprenable dans laquelle se cache le plus dangereux trafiquant du pays. Une équipe de policiers d’élite est envoyée donner l’assaut lors d’un raid secret mené aux premières lueurs du jour. Mais grâce à ses indics, le baron de la drogue est déjà au courant et a eu amplement le temps de se préparer. A l’instant où le groupe d’intervention pénètre dans l’immeuble, le piège se referme : les portes sont condamnées, l’électricité est coupée et une armée d’hommes surentraînés débarque. Piégés dans cet immeuble étouffant, les policiers vont devoir se battre étage après étage pour avoir une chance de survivre.

 

La critique :

Nous serons tous d'accord pour dire que les films de combats sont un des genres cinématographiques regroupant le plus de débilités et de navets actuellement. Si les films de l'âge d'or du cinéma de Hong Kong ont popularisé un genre avec une mise en scène maîtrisée et des combats bien synchronisés, on sera forcé de dire que ce n'est pas le cas de ce que l'on peut voir actuellement du côté de l'Occident, du moins pas en partie. Difficile d'innover dans ce type cinématographique. Gareth Evans le sait et a fait en sorte de renouveler un genre trop souvent oublié et pauvre, en sortant en 2011, son petit bijou du nom de The Raid, film indonésien d'un réalisateur gallois.
Définitivement, ce film le propulsera et le fera gagner en renommée après le méconnu Merantau sorti en 2009. Au moment de sa sortie, le film s'attire des critiques généralement élogieuses le remerciant d'apporter une énorme bouffée d'air frais dans ce style d'oeuvre. Mentionnons aussi qu'il sera couronné de plusieurs récompenses, 3 pour être précis.

Maintenant, ne nous emballons pas car nous savons tous que des films soit disant "cultes" pour beaucoup ne se sont pas révélés aussi emballants que ce que nous ne pensions. Ensuite, nous sommes bien forcés de dire que des prix, lauréats et autres nominations ne sont pas nécessairement un gage de qualité. De plus, quand nous voyons écrit en gros sur la pochette "90 minutes d'action culte", on s'interroge sur la véracité des propos. Est-ce que l'on peut voir en The Raid, la révélation tant attendue et en Gareth Evans, un nouveau réalisateur apportant un sursaut d'énergie dans le monde des films de combat ? Réponse dans la chronique. ATTENTION SPOILERS !
Le quartier général de la mafia de Jakarta est situé dans un immeuble réputé imprenable. Il abrite un labo de fabrication de drogue et chaque chambre sert de refuge aux hors-la-loi. Progressant d'étage en étage, des policiers d'élite, dont c'est la première mission, essuient de lourdes pertes. Ils s'aperçoivent qu'ils ont été envoyés à l'abattoir sans que leur hiérarchie n'ait été mise au courant. Malgré cela, les survivants décident de terminer la mission coûte que coûte en affrontant les pires criminels qui existent, dealers, tueurs à gages mais aussi un puissant baron de la drogue.

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Une fois que vous aurez inséré le DVD (ou cliquer sur votre fichier .avi sur PC), préparez-vous à être tenus par la peau du coup par Gareth Evans vous larguant dans cet immeuble hostile durant 90 minutes. The Raid mérite-t-il sa réputation de révolution du cinéma d'action ? Oui et de très loin même. Le réalisateur nous offre un montage d'une énergie rare et ne laissant aucune minute de répit au spectateur voyant s'enchaîner les chorégraphies toutes plus dantesques les unes que les autres d'un sport de combat inédit à ce moment-ci. Son nom ? Le silat, un art martial indonésien qui se montre d'une brutalité assez impressionnante en plus de nous gratifier de diverses techniques très complexes.
Rarement, un film n'aura eu une mise en scène aussi efficace et sans réels temps morts. On ne peut que souligner l'énorme talent de Evans à avoir mis en scène d'une aussi belle manière, un art martial méconnu du grand public et passionnant à voir. Pour la petite anecdote, pour mettre les acteurs qui interprètent les forces d'élite dans l'état d'esprit de leurs personnages, tous ont été envoyés à la marine indonésienne pour un entraînement intensif d'une semaine afin de leur permettre d'acquérir des automatismes typiques des véritables forces d'élite.

Evidemment, qui dit sport de combat dit aussi violence et The Raid n'échappe pas à cette règle en se montrant, de plus, beaucoup plus violent que ce que l'on a l'habitude de voir dans les films de combat. On aurait bien du mal à cracher sur l'interdiction aux moins de 16 ans tant certaines séquences nous affectent physiquement du dealer balancé du haut d'une rembarde pour avoir la colonne vertébrale brisée en atterrissant sur un muret, à la fameuse séquence du personnage tué sur une porte enfoncée dans une chorégraphie majestueuse, si l'on peut dire.
Certes, c'est bien beau d'offrir des prouesses physiques, sachant que le personnage principal reçoit vraiment les coups, mais encore faut-il bien servir cela et ne pas obtenir une bouillie épileptique ne filmant que peu de choses visibles à l'écran. Fort heureusement, Evans a aussi pensé à ça et nous offre un montage clair et précis où l'action est toujours bien visible à travers des espaces, certes restreints, mais toujours suffisamment ouverts. Les coups sont filmés de manière chirurgicale pour éviter que rien ne soit hors champ ou que le résultat ne devienne trop brouillon. En clair, vous pourrez vous languir des combats en ne manquant rien d'une miette grâce à une caméra ouverte et ne bougeant qu'en de bonnes circonstances.

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Bon après qui dit film de combat, dit forcément défauts rédhibitoires qui ne plairont pas à tous. Pour commencer, le scénario tient à peine sur une demi feuille de papier toilette bien que l'originalité du film et le lieu soient diablement efficaces. Du coup, les amateurs de films au scénario travaillé seront donc priés d'aller faire un petit tour car The Raid ne joue pas dans cette cour et n'est en fin de compte qu'un très gros défouloir. Deuxièmement, si certains personnages parviennent à tirer leur épingle du jeu notamment, bien sûr, Iko Uwais dans le rôle principal, ainsi que Yayan Ruhian et Joe Taslim dans le rôle des grands méchants, on ne peut pas en dire autant des autres.
Les personnages secondaires n'offrent que très peu de charisme et ne sont là que pour être mis en bouillie. Certes, cela fera titiller certains mais l'objectif des personnages profonds n'est une fois de plus pas scandé par ce long-métrage.

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Il faudra bien avouer que ce n'est pas du tout le style de films qui plaira à tout le monde mais la jouissance est aux abonnés présente et nous tient en haleine de la première seconde à la dernière en démarrant directement les hostilités sans mettre 20 minutes avant de voir le bâtiment. En conclusion, on ne va pas se mentir en disant que The Raid est sans nul doute l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années. Multipliant les prouesses physiques via un sport de combat réellement passionnant à voir, Evans crée un film plaisant où malgré le scénario inexistant, le film se suit sans temps morts.
L'avantage étant aussi de remarquer que la mise en scène nous apporte toujours un beau rendu de l'action étant à chaque fois parfaitement visible. Vous aimez les sports de combat et les films de ce genre ? Alors n'attendez plus et jetez vous dessus en sachant qu'une suite est sortie en 2014 et nous offre une qualité similaire voire même supérieure par moment. Un film qui nous donnerait presque envie de pratiquer le silat.

 

Note : 16/20

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Ginger Snaps (Un nouveau cas de lycanthropie)

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Genre : Horreur (interdit aux - 16 ans)

Année : 2000

Durée : 1h48

L'histoire : Deux soeurs inséparables voient leur vie et leur amitié basculer lorsque l'une des deux se fait mordre par un loup-garou et devient progressivement un animal tandis que l'autre fera tout pour l'aider.

La critique :

Le constat peut paraître cruel et pourtant, c'est un fait : les bons films sur nos amis les loups-garous sont assez rarissimes. Hormis quelques classiques, la plupart des oeuvres sombrent le plus souvent dans le nanar total ou le navet intégral. Je pense notamment à la saga Hurlements qui, hormis le premier excellent épisode de Joe Dante, ne possède pas franchement une réputation flatteuse. Toutefois, au début des années 2000, une petite production totalement inatendue nommé Ginger Snaps, parvient à susciter l'enthousiasme de la presse et notamment les journalistes du magazine Mad Movies. 
En outre, le film sera séléctionné au Festival Fantastique De Gerardmer et sortira directement en vidéo, affublé d'une affiche complètement à côté de la plaque.

Oeuvre venue du Canada, Ginger Snaps est signé John Fawcett, un habitué du petit écran et des séries télévisées, dont c'est le premier film. Il récidivera quelques années plus tard avec The Dark où il dirigera Sean Bean et Maria Bello. Tourné avec un budget réduit, le film réunit Katharine Isabelle (vue notamment dans Freddy Contre Jason) et Emily Perkins. Ce nom ne vous dit probablement rien, pourtant, elle interprétait le personnage de Beverly Marsh enfant dans le téléfilm de Mick Garris, Ca/Il Est revenu. A noter qu'on retrouve également au casting Mimi Rogers. 
L'histoire est assez simple. Attention, SPOILERS ! Ginger et Brigitte Fitzgerald sont deux soeurs du même âge qui vivent dans une paisible bourgarde. Mais les adolescentes sont unis par un lien très fort, semblable aux siamois.

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De fait, elles demeurent inséparables et ne se quittent pratiquement jamais. Elles ont également en commun une fascination pour la mort. Possédant leur monde bien à elle, les jeunes filles ne cherchent surtout pas à se mélanger aux autres personnes. Leur jeu favori est d'imaginer leur propre mort. Tandis que Brigitte prend des photos, sa soeur s'illustre dans des tableaux macabres, comme lorsqu'elle veut faire croire qu'un piquet de clôture lui a transpércé le ventre.
Les frangines ne s'occupent donc pas de ce qui se passe autour d'elles. Pourtant, depuis un certain temps, les habitants vivent dans la terreur, car un animal semble rôder et massacre tous les chiens du quartier. Un soir, Ginger est mordue sous les yeux de sa soeur qui en reste pétrifiée. Dès lors, la transformation s'effectue progressivement.

L'adolescente change aussi bien physiquement que mentalement. Les garçons commencent à tourner autour de Ginger et l'un d'eux est même contaminé par l'adolescente. Pendant ce temps, Brigitte tente de gérer la situation en cherchant un remède pour sa frangine. Malgré un postulat assez classique, Ginger Snaps s'avère plus complexe qu'il n'y paraît, notamment en décrivant la relation très particulière qui unit les deux soeurs Fitzgerald. Le scénario tente même un paralèlle finalement assez judicieux entre le moment où Ginger a ses premières règles et celui où elle est mordue (deux instants cruciaux qui tombent, donc, quasiment en même temps). 
Si le premier élément amène un changement dans la vie de l'adolescente qui devient désormais une femme, il s'accompagne aussi d'une metamorphose conséquent à la lycanthropie.

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Quant à Brigitte, c'est une jeune fille totalement effacée derrière sa soeur, qui la suit comme son ombre et obéit à tous ses ordres. Jusqu'au moment où elle va devoir elle-même prendre des décisions importantes qui vont amener des changements dans sa vie. Pour le première fois, elle a un ami, ce qui provoque la jalousie de Ginger. Tout ces points intéressants sont malheureusement contrebalancés par un montage peu maîtrisé et effroyablement télévisuel (John Fawcett trahit grandement son passif de faiseur du petit écran). Pour ne rien arranger, les acteurs ne sont vraiment pas à la hauteur (mention spéciale à Mimi Rogers qui cabotine dans le rôle d'une mère de famille) et le film echoue clairement à instaurer la moindre ambiance. Imparfait, mais malgré tout intéressant, Ginger Snaps se suit surtout grâce à quelques bonnes idées, des maquillages reussis et des scènes gore et sauvages du plus bel effet (le film est interdit aux moins de 16 ans et c'est plutot justifié). Malgré son statut de production désargentée, le film obtiendra tout de même un succès assez important, du moins en vidéo, pour que deux suites, tournées simultanément, soient réalisées dans la foulée.

Note : 11/20

titi Titi

20 avril 2017

The Amazing Spider-Man (La responsabilité d'un grand pouvoir)

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Genre : fantastique, action, super-héros

Année : 2012

Durée : 2H16

L’histoire : Peter Parker est un jeune homme introverti qui est la tête de turc de ses camarades de classe. Peter vit chez son oncle et sa tante et souffre de la disparition de ses parents. De plus, il ne parvient pas à assumer son amour pour Gwen Stacy. Sa vie prend un nouveau tournant le jour où il est piqué par une araignée radioactive dans les laboratoires Oscorp. Doté de supers pouvoirs, il devient alors Spider-Man !

La critique :

Indiscutablement, la trilogie de Sam Raimi a réussi à marquer les esprits.  Pourtant, cette fois, Raimi a lâché les aventures du célèbre tisseur et a cédé la place à Marc Webb. Ce dernier a l’intention de proposer sa propre saga et de repartir à zéro. Une nouvelle génération Spider-Man s’annonce alors. On peut légitimement se demander si cette nouvelle adaptation de l’œuvre de Stan Lee était absolument nécessaire, alors que la trilogie de Raimi est relativement. Pourtant, Marc Webb entend relever le défi et il y parvient plutôt bien. Attention SPOILERS !
Peter Parker est un jeune homme qui a perdu ses parents très jeune. Il vit chez son oncle et sa tante qui l’adorent par-dessus tout. Au Lycée, Peter est la tête de turc de ses camarades de classe, notamment de Flash Tompson.

La seule personne affable avec lui se nomme Gwen Stacy, une fille dont il est éperdument amoureux. Un jour, Peter découvre que son père travaillait dans les laboratoires Oscorp et était l’associé du Docteur Curtiz Connors. Il rencontre ce dernier, un scientifique éminent, amputé du bras droit et qui travaille sur de l’ADN de lézard pour tenter de régénérer les organes humains. En s’aventurant dans les laboratoires d’Oscorp, Peter est piqué par une araignée radioactive. 
Il se retrouve alors en possession de supers pouvoirs. Il profite alors pleinement de ce don. Mais un jour, son oncle est tué par un hors la loi que Peter aurait pu arrêter. Il devient aors Spider-man et entend bien faire régner la justice en arrêtant les criminels. Mais il se heurte à des difficultés : une double identité, une police qui remet en cause sa légitimité à faire la justice et un Docteur Connors qui, à la suite d’une expérience ayant mal tourné, devient un Lézard mutant particulièrement féroce.

Voilà pour l’intrigue qui reprend les comics d'origine tout en prenant certaines libertés. Clairement, si The Amazing Spider-Man avait misé sur la fidélité du scénario, il n’aurait été qu’une pâle copie du film de Raimi assez fidèle à la BD par ailleurs. Cependant, la réalisation regorge d’idées ingénieuses. A contrario, Webb s’inspire un peu de la mise en scène de Raimi par moment sans jamais l’égaler non plus. Pour ce qui est du personnage principal, c’est Andrew Garfield qui reprend le costume du tisseur et il est visiblement taillé pour lui. En effet, l’acteur est bluffant et parvient même à faire oublier Tobey Maguire. 
Pour le reste du casting, on retrouve également Martin Sheen, Emma Stone et Rhys Ifans. Ce dernier ne s’en tire pas trop mal dans son double rôle Docteur Connors/Lézard. 

Au niveau des effets spéciaux, la bestiole est plutôt réussie. Cependant, on regrettera que le film n’exploite pas davantage le côté Docteur Jekyll/Mister Hyde du personnage. Au niveau de la tonalité, le film se veut beaucoup plus humoristique que l’œuvre de Raimi. C’est parfois un défaut mais certaines scènes sombrent un peu dans le grand-guignolesque. Toutefois, dans l'ensemblen, le film est plutôt bien rythmé. Personnellement je n’ai vraiment pas vu passer les 2h16 du film.
De plus, The Amazing Spider-Man pose plusieurs questions intéressantes. La responsabilité d’un grand pouvoir (déjà évoqué dans le film de Raimi) et la légitimité à faire la justice. On pourra regretter cependant l’absence de certains personnages, notamment J.J. Jameson, le rédacteur du Daily Buggle. Bref, s’il n’est pas exempt de tout reproche, The Amazing Spider-Man se révèle être un très bon divertissement et une bonne adaptation des aventures du Tisseur cagoulé.

 

Note : 14/20

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Freddy contre Jason ("Bienvenue dans mon cauchemar !")

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Genre : horreur, slasher (interdit aux - 16 ans)
Année : 2003
Durée : 1h36

Synopsis : Voilà bien longtemps que Freddy ne hante plus les nuits des jeunes de Elm Street. Les drogues secrètement administrées aux adolescents par leurs parents empêchent tous les cauchemars et le condamnent à l'impuissance. Pourtant, non loin de là, l'instrument de sa vengeance attend... Jason, le tueur maniaque enterré, n'est pas tout à fait mort. Freddy le sait et décide de pénétrer son esprit. Il va faire de lui le bras armé de son terrifiant retour. Bientôt, Elm Street redevient un enfer. La jeune Lori Campbell et ses amis voient les morts violentes se multiplier autour d'eux. Entre Freddy et Jason, c'est à celui qui saisira ses victimes le plus rapidement. Très vite, ils deviennent concurrents. L'affrontement est inévitable. Lequel des deux monstres triomphera ? Nul ne le sait. Une chose est certaine : si certains survivent à ce choc, ils n'oublieront jamais

La critique :

Réalisateur, producteur et scénariste chinois, Ronny Yu décide de s'expatrier aux Etats-Unis à la fin des années 1990. Dans son pays, on le connaît essentiellement pour certaines productions qui ont réussi à s'exporter en dehors de leurs frontières. C'est par exemple le cas de L'héritier de la violence (1986), S.O.S. Maison Hantée (1988) et La Mariée aux cheveux blancs (1993).
Une fois débarqué chez l'Oncle Sam, Ronny Yu doit s'atteler à la réalisation de Magic Warriors, un film qui mélange fantastique et aventure, et qui s'adresse essentiellement à un public enfantin, voire prépubère. Si le long-métrage récolte essentiellement des critiques négatives, il se solde néanmoins par un succès commercial. C'est dans ce contexte favorable que Ronny Yu est chargé de réaliser La Fiancée de Chucky en 1998.

Bien que le film soit conçu comme une gaudriole, à la fois licencieuse et outrancière, La Fiancée de Chucky est plébiscité par de nombreux fans. Ces derniers sont en pleine effervescence et réclament, depuis des lustres, un affrontement titanesque entre Jason Voorhees et Freddy Krueger, les croquemitaines décérébrés de Vendredi 13 et de Nightmare On Elm Street. Une requête entendue par les producteurs. Le rêve devient enfin réalité sous l'égide de Ronny Yu, chargé de signer Freddy contre Jason, en 2003. Ce nouvel avatar constitue à la fois le onzième épisode de la saga Vendredi 13 et le huitième opus de la saga Freddy Krueger. Kane Hodder, le fameux colosse de plus de deux mètres, célèbre pour avoir interprété le boogeyman au masque de hockeyeur, vaque à d'autres projets et refuse logiquement le rôle.

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Pas de problème, ce dernier est évincé par un certain Ken Kirzinger qui a déjà joué dans Vendredi 13 - Chapitre 8 : L'Ultime Retour (Rob Hedden, 1989), mais dans le rôle d'un cuisinier, par ailleurs assassiné par le même Kane Hodder (alias Jason Voorhees). Quant à Robert Englund, il revêt à nouveau (et donc pour la huitième fois consécutive) les oripeaux et les griffes acérées de Freddy Krueger. Viennent également s'ajouter Monica Keena, Jason Ritter, Kelly Rowland, Katharine Isabelle, Christopher George Marquette, Brendan Fletcher et Tom Butler.
Attention, SPOILERS ! Voilà bien longtemps que Freddy ne hante plus les nuits des jeunes de Elm Street. Les drogues secrètement administrées aux adolescents par leurs parents empêchent tous les cauchemars et le condamnent à l'impuissance.

Pourtant, non loin de là, l'instrument de sa vengeance attend... Jason, le tueur maniaque enterré, n'est pas tout à fait mort. Freddy le sait et décide de pénétrer son esprit. Il va faire de lui le bras armé de son terrifiant retour. Bientôt, Elm Street redevient un enfer. La jeune Lori Campbell et ses amis voient les morts violentes se multiplier autour d'eux. Entre Freddy et Jason, c'est à celui qui saisira ses victimes le plus rapidement. Très vite, ils deviennent concurrents.
L'affrontement est inévitable. Lequel des deux monstres triomphera ? Nul ne le sait. Une chose est certaine : si certains survivent à ce choc, ils n'oublieront jamais. Visiblement, le but de ce Freddy contre Jason est de renouveler une recette anomique et bien connue du grand public. 

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Hélas, Freddy Krueger et Jason Voorhees ne font plus peur. Les deux boogeymen ne suscitent même plus des cris d'orfraie dans les salles obscures. Et c'est ce qu'a parfaitement compris Ronny Yu. Magnanime, le cinéaste tourne les deux croquemitaines en autodérision dans une pellicule certes gore, mais finalement inoffensive. Le prétexte ? Pour à nouveau effaroucher les étudiants d'Elm Street, l'ignoble Freddy Krueger ressuscite et utilise Jason comme l'instrument de sa terrible vengeance (je renvoie au synopsis). "Bienvenue dans mon cauchemar !" s'écrie le croquemitaine au visage carbonisé.
Mais évidemment, Jason Voorhees n'en a cure. Dès lors, la partie de massacre tourne inévitablement au pugilat. Dans cette chienlit cinématographique, la propre marâtre de Jason Voorhees revient carrément pour sermonner son fils décérébré.

Vous pouvez donc oublier tout sens du suspense et oblitérer tout scénario crédible et/ou plausible, au profit d'un spectacle égrillard et goguenard, avec son lot de nichons et de tenues dépoitraillées. Ici, on se contrefout des protagonistes secondaires. Tous se font chiper la vedette par Jason Voorhees et Freddy Krueger, très en forme pour l'occasion. Certes, Ronny Yu fait parfois preuve d'audace et d'ingéniosité dans certaines séquences de tripailles, assez jubilatoires, il faut bien le dire.
Ainsi, le spectateur "pop corn" et lambda se laissera facilement berner par ce slasher de facture conventionnelle, à condition de fermer les yeux (et les oreilles) sur des dialogues abscons et des situations ultra convenues. 
D'où l'impression d'assister à un spectacle relativement chimérique. Plus c'est gros, plus c'est bon... Telle est l'expression qui sied le mieux à cette production béotienne. Une pellicule à réserver néanmoins aux plus irréductibles du genre ou aux plus courageux, vous choisirez...

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

19 avril 2017

The Danish Girl (Sortez les mouchoirs !!)

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Genre : Drame, biopic

Année : 2016

Durée : 1h59

 

Synopsis :

The Danish Girl retrace la remarquable histoire d'amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l'artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu’ils s’embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.

 

La critique :

Je dois avouer me surprendre moi-même à chroniquer, en un laps de temps très court, deux films très récents, moi qui ai du mal avec le cinéma contemporain. Aujourd'hui, j'ai décidé de m'amuser (car chroniquer en permanence des bons films lasse un peu) avec une nouveauté du nom de The Danish Girl, réalisé de la main de Tom Hooper, à qui l'on doit l'adaptation foireuse des Misérable, ou encore Le Discours d'un Roi. A priori, le film chroniqué aujourd'hui s'aventure sur un terrain à la fois original mais épineux car le phénomène transgenre est encore sujet à de nombreuses polémiques dans notre société. A côté, cela permet aussi de mettre en image ce phénomène et de mieux l'analyser, on va dire. Bien avant ceci, une autre oeuvre du nom de Laurence Anyways, signé de la main du controversé Xavier Dolan, s'était aussi aventurée sur ce terrain en narrant la transformation d'un homme comme les autres.

Il n'est plus question ici de Monsieur Tout le Monde mais des origines du transgenre en la personne de Lili Elbe, actrice danoise considérée comme la première personne transgenre, et ce dans les années 30. Il faut d'ailleurs savoir que le film est issu du roman éponyme de David Ebershoff mais, problème de taille, l'écrivain n'avait pas voulu raconter une histoire vraie. Néanmoins, ça n'empêchera pas le film de rafler diverses récompenses et parfois de très bonnes, à l'image de cet Oscar attribué à une meilleure actrice dans un second rôle, ainsi que diverses nominations aux Oscars et Golden Globes.
Tant qu'à faire, on pourra aussi parler d'une récompense à la Mostra de Venise et de deux récompenses au festival du film de Hollywood. En l'occurrence, un pedigree comme celui-ci rassure. Maintenant passons à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : The Danish Girl retrace l'histoire de Lili Elbe, née Einar Wegener, étant une actrice danoise connue comme la première personne transgenre. Seront retracées les prémisses de cette révélation pour Einar de ne pas être né dans le bon corps jusqu'à sa mort après une dernière opération consistant en la conception d'un vagin. Comme vous pouvez le voir, le film est avant tout une biopic d'un personnage atypique et somme tout peu connu sauf dans les milieux transgenres où celui-ci est, pour ainsi dire, idôlatré. Dans le fond, un biopic est toujours intéressant à prendre mais est aussi particulièrement casse-gueule si l'histoire est faussée dès le départ.
En s'inspirant d'un roman fictif, Tom Hooper crée déjà une tromperie sur la marchandise et dupe son spectateur quand il parle d'une "extraordinaire" histoire vraie. Ainsi, la séquence larmoyante de Lili tabassée par 2 homophobes est fictive et plusieurs thèmes comme la sexualité de Gerda et la désintégration des relations entre Lili et Gerda, après avoir annulé leur mariage en 1930, ne sont présents ni dans le livre, ni dans le film.

Si ces défauts restent gênants, ça pourrait passer sauf que pas du tout. Il nous faudra très peu de temps pour cibler les intentions du film qui sont d'émouvoir le spectateur sensible à tout prix. A ce niveau-ci, nous serons gâtés car les pleurs et les sanglots sont omniprésents et saturent le film pour le transformer en une bouillie mélodramatique absolument intenable tout en nous rendant antipathiques devant le destin de nos 2 personnages confrontés à l'adversité. Parce que, dans le fond, le traitement, s'il était correctement maîtrisé, aurait été plus que convaincant en cassant les barrières, encore trop nombreuses, concernant le changement de sexe. Là, il n'y a rien, Tom Hooper en fait des tonnes en se reposant sur du vide et gangréner son récit de sanglots toutes les 10 minutes voir moins n'en fait pas un bon drame.
Pire, ça le transforme en caricature ridicule. Le bouquet étant la scène de tabassage de Lili dans le parc, fictive bien sûr car Paris était une ville très ouverte à cette époque, dénotant ce besoin de choquer et d'encore émouvoir. Le réalisateur apportera aussi la petite touche musicale dépressive du violon, juste histoire de. Vous me direz, pourquoi ça repose sur du vide ? Parce que l'on a un peu de mal à savoir où le réalisateur veut en venir. Il n'y a pas de dénonciation majeure et pas l'étincelle qui permettra d'interpeller le spectateur. 

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Le simple fait d'évoluer dans une ville très ouverte dédramatise irrémédiablement un scénario qui aurait pu vraiment être dramatique et montrer une forme d'intolérance. En soit, on pouvait déjà reprocher cela à Laurence Anyways car ça ballote le destin d'un transgenre sans aller plus loin, pousser à la réflexion. C'est malheureux car dans le fond, le scénario n'est pas mauvais et est crédible dans la manière de mettre en scène ce qui a poussé Einar à devenir une femme, mais le reste est fréquemment douteux niveau mise en scène. Vouloir faire pleurer le spectateur étant le credo des mauvais drames.
Il y a également un autre problème, tout aussi important et qui détruit le visionnage. Qu'est-ce ? Ce bête personnage du nom de Eddie Redmayne incarnant Einar/Lili. Rarement un acteur n'aura été autant insupportable et susceptible d'avoir cette envie de lui donner des claques. Très vite, il sombrera dans la ridicule avec sa personnalité fleur bleue exagérée et ses mimiques ridicules à base de petits rires forcés, de sourires en regardant le sol, sans oublier sa voix de crécelle pour pousser encore dans l'idiotie.

Le jeu d'acteur sonne faux et la caricature clignote en permanence sur le front de cet imbécile heureux dont un acteur n'aura jamais aussi bien porté ce qualificatif. En revanche, on sera forcé de dire que les autres acteurs se montrent plus convaincants et qu'Alicia Vikander apporte une certaine sensibilité juste bien qu'elle pleure trop. D'ailleurs, un point qui m'a interpellé aussi est les rapports sociaux entre Lili/Einar. J'aimerais comprendre comment un couple peut encore, pour ainsi dire, tenir alors qu'Einar est en pleine crise sexuelle. Le fait de se rendre compte que la dégradation du couple est absente tant du film que du livre démontre un sérieux manque d'intelligence et une analyse faussée des rapports sociaux. Autant, dans Laurence Anyways, le couple est en complète implosion avec la femme refusant d'évoluer à côté d'une "lavette" comme elle dit. Autant ici, Geinar est aux petits soins tout en pleurant, en gémissant et en disant à Lili/Einar d'arrêter cette mauvaise blague.
Non mais où est le réalisme ici ? Son mari annule le mariage, la délaisse, noue une liaison clandestine avec un homosexuel et fait preuve d'un égoïsme renversant dans sa manière de penser et malgré tout, Gerda pleure mais reste à côté et va finir par l'aider à s'accomplir en tant que femme. 

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Cette façon de la mettre en scène comme une mère Theresa dévouée à la cause transsexuelle, alors que son mariage et son avenir ont été rompus sèchement, est niaise et naïve. Alors soit et ça ne m'étonnerait pas, on a une relation fictive, soit Gerda est une belle cruche servant de passaillon de part une gentillesse trop excessive. Au niveau de l'architecture du film, soyons heureux car Hooper a bien su gérer ça. Même si la mise en scène est assez académique, le long-métrage offre de beaux cadrages et met bien les superbes décors parisiens en évidence.
La caméra est stable et n'oppresse ni ne rend jamais le spectateur malade. S'il y a un point où le réalisateur s'en sort, c'est là dessus. L'univers est crédible et la reconstruction est fidèle à l'époque. Il est dommage de voir que seul un réel effort n'ait été mené qu'au niveau de la plastique du film. Certes, visuellement The Danish Girl ne souffre pas de défauts majeurs mais on gémit autant que Gerda devant la manière de raconter l'histoire.

En conclusion, The Danish Girl est dans l'ère du temps des drames basés sur une histoire vraie dont le but est d'attrister les spectateurs conquis à la cause du film. Bref, une oeuvre purement émotionnelle et larmoyante. Ce qui, à mes yeux, est un manque de respect envers l'histoire. On a déjà pu voir cela avec ce fameux film français chroniqué sur ce blog, il y a déjà un bout de temps. Bien que l'on n'atteigne pas les profondeurs abyssales de médiocrité de ce film, The Danish Girl a du mal à susciter l'intérêt et agace profondément le spectateur pris dans cet amoncellement de sanglots, et face à un des pires acteurs actuels qui décrédibilise son personnage en le faisant passer pour un demeuré.
De part ses expressions faciales foncièrement débiles et incompréhensibles et cette fâcheuse tendance à lâcher des rires gênés, on en vient à savourer son tabassage dans le parc. Le film n'est pas un navet mais ne parvient pas à obtenir la juste moyenne nécessaire. Dans le même genre, on préferera Laurence Anyways plus logique dans la mise en scène des rapports humains et offrant une réelle recherche esthétique lors de certains passages, à condition de savoir ingurgiter les 2h45 de séance.

 

Note : 07/20

 

orange-mecanique Taratata

Le Village des Damnés - 1995 (Les yeux sont les miroirs de l'âme)

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Genre : horreur, épouvante, fantastique (interdit aux - 12 ans)
Année : 1995
Durée : 1h38

Synopsis : Un jour d'automne, une force invisible et mystérieuse endort les habitants du modeste village de Midwich. Quelques semaines plus tard, le docteur Alan Chaffee découvre qu'une dizaine de ses patientes attendent un heureux évènement

La critique :

Après avoir connu les affres du succès (Halloween, la nuit des masques, Starman et New York 1997 principalement) puis de nombreux déboires commerciaux (The Thing et Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, entre autres), John Carpenter accuse sérieusement le coup dès les prémisses des années 1990. A juste titre, son pseudo remake de The Invisible Man, rebaptisé Les Aventures d'un Homme Invisible (1992) pour l'occasion, se solde par un bide commercial. Qu'à cela ne tienne, durant cette même période, il réalise L'Antre de la Folie (1995) et Vampires (1998). Les fans de John Carpenter exultent et croient au grand retour du maître de l'épouvante.
Une hérésie hélas corroborée par la sortie de Ghosts of Mars en 2001.

Dépité et répudié par le système hollywoodien, John Carpenter disparaît presque totalement des écrans-radars. Il faudra patienter dix longues années avant de le voir revenir derrière la caméra de The Ward en 2011. Mais cette nouvelle production horrifique (la dernière de John Carpenter à ce jour) désappointe unanimement les fans de la première heure. John Carpenter n'est plus ce "Big John" de naguère. Il est désormais confiné parmi les réalisateurs du passé.
Impression accréditée par la sortie de Le Village des Damnés en 1995, le remake homonyme du chef d'oeuvre de Wolf Rilla. Evidemment, une telle relecture suscite l'enthousiasme des fans du matériel original. Jadis, John Carpenter avait déjà signé The Thing (1982), le remake de La Chose d'un autre monde (Christian Nyby, 1951).

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Une nouvelle version qui surpassait allègrement son illustre épigone. En outre, Le Village des Damnés (1995) s'incrit continûment dans cette fascination pour l'Apocalypse. Le film sort dans la foulée de L'Antre de la Folie, un autre long-métrage qui oscille entre l'épouvante et l'eschatologisme. La distribution de ce remake réunit Christopher Reeve, Kirstie Alley, Linda Kozlowski, Michael Paré, Meredith Salenger et Mark Hamill. Le Village des Damnés marque également la dernière apparition d'un Christopher Reeve encore valide. Quelques mois après le tournage du film, l'acteur sera victime d'une chute de cheval, confinant l'infortuné dans une chaise roulante. Bien triste anecdote...
Attention, SPOILERS ! (1) 
Une ombre mystérieuse survole le village de Midwich et cause l'évanouissement de tous les êtres vivants dans un territoire aux contours nettement définis.

Pendant six heures, Midwich est sans vie. N'arrivant pas à entrer en contact avec les habitants du village, les populations voisines s'inquiètent. Des spécialistes du surnaturel se regroupent et tentent d'élucider ce phénomène. Quelque temps plus tard, dix habitantes de la bourgade dont une jeune femme vierge se retrouvent simultanément enceintes. Certaines sont dévastées, d'autres, enchantées. Pourtant, grâce aux discours du docteur Suzanne Verner et à l'aide financière accordée aux familles se retrouvant dans cette situation, toutes décident de garder leur progéniture.
Les enfants naissent en même temps, à la même heure, et au même endroit. À première vue, ils ont l'air normaux. L'un d'eux est toutefois déclaré mort-né par S. Verner qui le soustrait pour l'étudier.

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Les nouveaux arrivants font l'objet d'observations durant leur développement. Leurs cheveux sont blancs, anormalement soyeux et leurs ongles sont plus étroits que la normale. Ils ont des traits communs, un peu comme s'ils étaient frères et sœurs. Ils sont dépourvus de compassion, à l'exception de l'un des petits garçons. Le plus inquiétant reste leur regard hypnotisant et leurs pouvoirs télépathiques. Les morts suspectes se multiplient dans le village et les enfants sont soupçonnés même s'ils n'ont jamais de contact physique direct avec les défunts (1).
Au regard de ce remake, difficile de reconnaître le style affiné de John Carpenter, tant le cinéaste paraît absent derrière sa caméra. A tel point que la première partie du film s'apparente à une sorte de téléfilm horrifique anomique.

Cette première section ne se démarque pas vraiment du matériel original puisque Carpenter reprend peu ou prou les mêmes éléments : une brume mystérieuse qui provoque la syncope de tous les habitants d'une communauté isolée des Etats-Unis, des naissances simultanées, puis des enfants à l'aura comminatoire et aux yeux luminescents qui commettent de nombreux meurtres au sein de la bourgade. Voilà pour le programme des tristes réjouissances.
Seule petite nuance. John Carpenter confère à David, un enfant doté de pouvoirs télépathiques, une certaine bienveillance et magnanimité. Mieux, le bambin s'accointe et s'acoquine avec son patriarche, provoquant les furibonderies de ses congénères. Ainsi, David n'est plus le leader despotique et autocratique de la version de Wolf Rilla. 

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Le jeune gosse est évincé par Mara, une fillette hégémonique qui semble obéir au diktat d'une force alien contenue dans une sorte de bocal. Sur ce dernier point, John Carpenter s'inspire du film d'Anton Leader, Les Enfants des Damnés (1963), la suite méconnue de Le Village des Damnés, en s'appropriant la thèse extraterrestre. Dans sa seconde partie, la tension s'accélère. John Carpenter sort enfin de son sommeil léthargique et dissémine, ici et là, plusieurs saynètes d'épouvante.
Toutefois, rien de sensationnel non plus. Ici, point d'analyse sur cette invasion insidieuse et irréfragable, ni de diatribe sur le nazisme et ses conséquences délétères. Jamais, John Carpenter n'a paru aussi apathique derrière sa caméra. En l'état, Le Village des Damnés (1995) fait presque figure de film de commande. D'ailleurs, le public et les fans ne se leurreront pas et bouderont ce remake lors de sa sortie au cinéma. Bref, en trois mots : une cruelle déception.

Note : 08.5/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Village_des_damn%C3%A9s_(film,_1995)

18 avril 2017

Maps To The Stars (J'écris ton nom... Liberté)

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Genre : Drame (interdit aux - 12 ans)

Année : 2014

Durée : 1h48

 

Synopsis :

A Hollywood, la ville des rêves, se télescopent les étoiles : Benjie, 13 ans et déjà star ; son père, Stafford Weiss, auteur à succès et coach des célébrités ; sa cliente, la belle Havana Segrand, qu’il aide à se réaliser en tant que femme et actrice. La capitale du Cinéma promet aussi le bonheur sur pellicule et papier glacé à ceux qui tentent de rejoindre les étoiles: Agatha, une jeune fille devenue, à peine débarquée, l’assistante d’Havana ; et le séduisant chauffeur de limousine avec lequel elle se lie, Jerome Fontana, qui aspire à la célébrité. Mais alors, pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchaînement des pulsions et l’odeur du sang.

 

La critique :

Aujourd'hui, je m'attaque à la critique d'un gros poisson issu tout droit de l'imagination débordante du réalisateur culte David Cronenberg qui est, à n'en point douter, une des plus respectables figures connues dans le monde du cinéma d'horreur. Un réalisateur qui a bouleversé le genre et induit un côté plus viscéral que la plupart des oeuvres de jadis. Adulé par nombre de cinéphiles, ses films ont toujours bouleversé et suscité le débat. Néanmoins, depuis plusieurs années, le cinéaste semble avoir délaissé son style de jadis, ayant abouti à des oeuvres dérangeantes comme Videodrome, La Mouche et Faux Semblants, pour des films plus terre-à-terre et donc ancrés dans la réalité d'une époque.
Oui, le cinéma de Cronenberg a changé et le moins que l'on puisse dire est que ça a déboussolé de nombreux fans. A History of Violence a remplacé Frissons, Les Promesses de l'Ombre a remplacé Rage, Cosmopolis a remplacé Dead Zone. De fait, un certain nombre de cinéphiles boudent le réalisateur aujourd'hui, même si son style n'est pas devenu mauvais, bien au contraire.

La dernière oeuvre en date de ce personnage est Maps To The Stars, sorti en 2014 et qui a, une fois de plus, suscité les critiques habituelles mais compréhensibles des nostalgiques du réalisateur (et j'en suis un). Indubitablement, le long-métrage fait débat entre les éloges et l'hostilité, mais décrochera néanmoins le prix d'interprétation féminine à Cannes pour Julianne Moore, ainsi que le même prix à Catalogne. De plus, il sera sélectionné au festival international du film de Toronto et, fait notoire, il sera classé dans la liste des 10 meilleurs films canadiens de l'année.
On pourra dire ce que l'on veut mais le film aura empoché de belles récompenses malgré de réelles difficultés de financements à un point tel que Cronenberg était dans l'incapacité de tourner son film à Los Angeles. Est-ce néanmoins mérité ? Réponse dans la chronique.

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ATTENTION SPOILERS : Hollywood, ou la cité des Anges, met en scène divers personnages en apparence indépendants les uns des autres mais tous étroitement liés. Stafford Weiss, psychothérapeute et coach particulier de stars, a construit sa fortune grâce à des livres de développement personnel et est marié à Christina Weiss, manager de leur fils de 13 ans Benji, star du cinéma pour adolescents. Une jeune fille de 19 ans du nom de Agatha débarque un jour dans la ville et va se lier d'amitié avec Jérôme Fontana, chauffeur de limousines, et décrocher un travail d'assistante personnelle pour Havanah Segrand, une comédienne accro aux médicaments, cliente de Stafford Weiss et vivant encore dans un douloureux passé lié au harcèlement parental. Son rêve est de reprendre le rôle qui a fait de sa mère une grande star avant qu'elle ne périsse lors d'un tournage en 1976.

Cette fois-ci, Cronenberg s'attaque à une thématique assez surprenante qui n'est autre que "The place to be" pour les réalisateurs et futurs réalisateurs rêvant de gloire et d'une rampe de lancement pour être reconnus. Ce n'est pas la débilité des productions actuelles qu'il va cibler mais quelque chose de plus profond, quelque chose rongeant insidieusement Hollywood et qui n'est autre que l'essence même d'un film, donc les stars. Le réalisateur brosse le portrait de différentes personnalités toutes aussi différentes l'une que l'autre mais tout aussi abjectes. Le seul lien au-delà de la trame reliant ces différents personnages est leur mentalité détestable au possible. D'un côté, on a une Havanah Segrand dont la seule performance en tant que comédienne est l'hypocrisie et s'enfonçant dans une névrose obsessionnelle qui lui rongera littéralement la vie.

Celle-ci, hantée par les souvenirs incestueux avec sa mère et qui, dans un style digne du syndrome de Stockholm, rêvera de jouer le rôle de sa mère pour redorer sa gloire, va rencontrer Stafford Weiss. Celui-ci, présenté comme un gourou au travers d'émissions TV que n'aurait pas renié le voyant des stars, la star des voyants, Dominique Lehmann, est vu comme calculateur, manipulateur et se souciant de sa popularité avant tout. Sa femme, aussi sympathique qu'une porte de prison, sera le manager de Benji, archétype du petit con jaloux, prétentieux, avide de popularité et au passé noyé dans la drogue dès l'âge de 13 ans. Si Agatha sera en apparence sympathique, elle cachera très vite un noir secret et on vient à se dire que seul le chauffeur de limousines est le personnage un minimum humain dans l'histoire.

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Vous l'avez compris, il n'y a pas de bons ni de mauvais et tout le monde est mis dans le même sac. Tous ces personnages ne sont dictés que par le matérialisme et ce besoin de reconnaissance et de popularité au risque de sombrer très rapidement dans la dépression, voire la démence, comme en témoigne Havanah Segrand tombée en désuétude. Maps To The Stars analyse et met en scène une industrie cinématographique malsaine où tout le monde se critique et se tire à boulets rouges dans le dos, où l'hypocrisie est érigée en fer de lance, où mépriser est aussi quotidien que manger et pisser.
A ce niveau, on peut dire que l'interprétation des personnages est de bonne voire de très bonne facture. Julianne Moore offre un portrait très réaliste d'une actrice névrosée et droguée aux médicaments et Mia Wasikowska, en jeune fille mystérieuse, est plus que crédible. On peut tout autant en dire de John Cusack parfait dans la peau de ce cinglé qui, lui, nécessiterait d'aller voir un thérapeuthe.

Benji, incarné par Evan Bird, a la tête parfaite du sale gosse. Les autres acteurs dont Sarah Gadon, Olivia Williams et Robert Pattinson, entre autres seront aussi honorables. L'air de rien, le casting est intéressant et les répliques de tous ces personnages sont crédibles. Un casting où chaque personnage est travaillé et ça c'est encore trop rare dans les films actuellement. Au niveau de la mise en scène et de l'ambiance, le film se démarque vraiment et on sent que Cronenberg a été un peu fouillé chez Lynch tant l'esthétisme porté sur les couleurs vives et certaines scènes d'ambiance le rappellent.
Ce point se vérifiera surtout dans cette ambiance à la tonalité chaleureuse grâce à la présence de plans éclairés et colorés en contraste avec un fond malsain planant durant tout le récit. On pourra aussi voir une petite inspiration visuelle des oeuvres de Sofia Coppola par moment. En soit, ce ne sont absolument pas de mauvaises références et tout cela contribue à créer un film envoûtant et d'une beauté visuelle assez remarquable. 

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Curieusement, la mise en scène est très posée mais reste attractive et ne perd jamais son spectateur emmené dans une histoire, en apparence barbante, mais qui est vite intriguante. Nous sommes loin de l'énergie narrative d'avant. Ici les plans sont majoritairement fixes, sans trop d'actions, où les destins de tous les personnages s'entrecroisent pour aboutir à une dégradation progressive qui ne sera pas sans conséquence sur le mental et même la vie de nos personnages face à ce que l'on pourrait appeler une descente aux enfers. Néanmoins, vous vous rendez bien compte que le long-métrage n'est pas exempt de défauts. Tout d'abord, le point le plus gênant est que l'on ne dirait nullement que c'est du made-in Cronenberg. On a cette impression qu'il est parti puiser des inspirations ailleurs pour faire son film et ça c'est assez fâcheux pour un réalisateur pareil de ne pas affirmer son style.
Deuxièmement, l'atmosphère posée et contemplative aura du mal à tenir ses spectateurs devant un écran. Du coup, soit on aime et on sera transporté tout le long, soit on déteste et on va royalement se faire chier devant.

Troisième point, j'aimerais comprendre ce qui est passé dans la tête de Cronenberg pour avoir intégré une aussi laide séquence d'immolation. Certains jeux vidéos ont un meilleur rendu que ça. En conclusion, Maps To The Stars est un film difficile à critiquer car on a là un film d'un grand auteur mais dont le style a trop changé pour regrouper les fans. Cependant, difficile de ne pas être interpellé par cette critique acide d'un Hollywood complètement déconnecté de la réalité et fortement névrosé au point que l'individualisme n'a jamais été aussi présent. Le réalisateur nous montre toute l'avidité, le cynisme et l'hypocrisie de la nature humaine soumise à la gloire et la célébrité sans jamais partir dans des leçons de morale à 2 sous. Il se contente de filmer les destins des personnages en très bonne adéquation l'un dans l'autre, ce qui aboutit à une trame narrative de qualité.
Ces personnages sans bravoure et sans aucun amour ne se dégageant de leurs relations superficielles imposent un vrai charisme derrière l'écran. Même si l'on n'aime pas Cronenberg, nous sommes forcés d'avouer qu'il dépeint brillamment ce que nous avons l'habitude de dénoncer de cet univers. Hollywood, confronté à ses fantômes du passé semblant être inscrits aux racines même de ce microcosme, ne nous a que rarement paru aussi crédible. Stars oubliées, en perdition ou en devenir, toutes sont liées par un seul et unique chemin et n'en sortent jamais intactes car rien n'est éternel.
Un film psychologique voire même à tendance métaphorique qui va irrémédiablement créer le débat, aussi ma note pourra paraître exagérée aux yeux de certains.

 

Note : 15,5/20

 

orange-mecanique Taratata

 

Crazy Murder ("Combat Shock")

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Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 2014

Durée : 1h37

Synopsis : Un sans-abri atteint de trouble mentaux enchaîne une série de meurtres dans les rues de New York.  

La critique :

Il faut se rendre sur le site IMDb pour trouver quelques informations élusives sur Caleb Pennypacker. Avant de réaliser Crazy Murder en 2014, en collaboration avec Doug Gerber par ailleurs inconnu au bataillon, Caleb Pennypacker a surtout officié derrière les effets visuels et digitaux de plusieurs films notoires, et même de blockbusters calibrés pour le grand public, entre autres Avengers : l'ère d'Ultron (2015), Ninja Turtles (2014), Jurassic World (2015), The Revenant (2015) et le remake de Les Sept Mercenaires (2016). Une façon comme une autre de pouvoir financer des projets plus personnels et surtout beaucoup plus trash et érubescents. En outre, Crazy Murder n'a aucune chance de séduire le public pop-corn et abreuvé de pellicules bienséantes. Et pour cause...
Puisque le long-métrage est carrément interdit aux moins de 18 ans.

Auréolé d'une sulfureuse réputation, Crazy Murder s'est rapidement octroyé le titre de film culte sur la Toile et les réseaux sociaux. Les amateurs du cinéma trash le considèrent déjà comme le ou l'un des films les plus violents, sadiques, barbares et malsains de ces dix dernières années. Toutefois, ce n'est pas la première fois qu'une pellicule gore et outrancière suscite les anathèmes et les quolibets sans néanmoins tenir les promesses annoncées. On se souvient notamment de The Bunny Game (Adam Rehmeier, 2010) et de Snuff 102 (Mariano Peralta, 2007) qui avaient laissé un arrière goût d'amertume en dépit de leur prépondérance, il est vrai prononcée, pour la déviance. 
Reste à savoir si Crazy Murder justifie ou non sa réputation ordurière. Réponse dans les lignes à venir. Au moins, Caleb Pennypacker et Doug Gerber n'auront pas eu besoin de dépenser toute leur pécune pour le casting du film puisque Crazy Murder est une pellicule à sens unique et en mode solitaire.

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Kevin Kenny, dans le rôle d'un sans-abri anonyme et criminel, est donc condamné à soliloquer et à porter Crazy Murder sur ses larges épaules. A priori, le synopsis du film ne brille pas vraiment par sa complexité ni par son ingéniosité. Attention, SPOILERS ! Plus de 50 000 personnes sans-abri vivent dans les rues de New York. Sur ce nombre, les autorités estiment que un sur cinq souffre de sévères troubles mentaux. Dès lors, la caméra ensanglantée de Caleb Pennypacker et de son fidèle prosélythe s'ingénie à suivre les pérégrinations d'un vagabond dans la cité urbaine new yorkaise.
Visiblement pris de démence, ce dernier ne tarde pas à assassiner des victimes à la pelle et de façon aléatoire. Mais les crimes perpétrés sombrent rapidement dans une sorte de rituel frénétique et obsessionnel, entre les coups d'opinel, les égorgements, les éventrations et les diverses paraphilies, entre autres la scatologie et l'émétophilie.

Indubitablement, Crazy Murder se veut radical, brutal, irascible et d'une violence irrévocable. Clairement, le film de Caleb Pennypacker et de Doug Gerber cherche à marquer durablement les persistances rétiniennes. Mission plus que réussie en l'occurrence tant le film déroute et estourbit par ses lubricités et ses ignominies. Vous cherchez le film "choc" du moment ? Alors ne cherchez plus. Il se trouve sous vos yeux ébaubis et se nomme Crazy Murder. Le long-métrage enterre et élimine à lui tout seul toutes ces pellicules décriées et infâmantes de ces dernières années.
Donc merci d'oublier et de phagocyter Snuff 102, The Bunny Games (deux films déjà précités) et autres A Serbian Film (Srdjan Spasojevic, 2010) au profit d'une pellicule encore plus rutilante, extrême, régressive et condescendante.

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Même les plus avisés auront tout intérêt à retenir leur souffle tant Crazy Murder estomaque, scandalise et pétrifie par sa violence brute de décoffrage. Oui, Crazy Murder délivre bel et bien l'uppercut annoncé. Mais à quel prix ? Premier constat, Caleb Pennypacker et son acolyte adoptent un ton documentaire. Ainsi, les premières images du film s'échinent à décrire le quotidien famélique de la plèbe et plus particulièrement de tous ces opprimés répudiés par la société.
Ce n'est pas un hasard si le psychopathe de Crazy Murder est un sans-abri anonyme. Une façon comme une autre de souligner toute cette distanciation qui s'est opérée entre les plus miséreux et l'autre sphère de la société, entre la loi quasi martiale qui règne dans les rues crasseuses et asseulées et notre quotidien anomique qui a choisi d'honnir cette populace loqueteuse.

Ainsi, le tueur en série accumule les crimes les plus sordides sans jamais être inquiété par la police ou une quelconque force oppressive. Mieux, les deux réalisateurs se centrent exclusivement sur la psyché en déliquescence de leur personnage principal. C'est donc bien ce serial killer, à la fois miteux et nécessiteux, qui est le protagoniste central du récit. En outre, Crazy Murder est dénué de tout scénario ou de tout schéma narratif avec une ligne directrice rigoureuse.
Ainsi, la caméra des deux cinéastes se focalise sur le jeu absolument démentiel de Kevin Kenny. Jamais, un acteur n'aura délivré une telle performance au cinéma dans la peau d'un sociopathe. Derechef, merci d'oublier les prestations pourtant déjà extraordinaires de Joe Spinell dans Maniac (William Lustig, 1980) et de Ricky Giovinazzo dans Combat Shock (Buddy Giovinazzo, 1986), sans aucun doute les deux principales références de Crazy Murder

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A l'instar de ces deux films cultes, on retrouve cet intérêt pour la cité urbaine et cet individu qui se liquéfie dans notre société moderne et consumériste. A la seule différence que le "héros" - vraiment un terme à guillemeter et à minorer - de Crazy Murder ne revient pas de la guerre du Vietnam et n'est pas affublé d'un moutard monstrueux. Dès lors, Caleb Pennypacker et Doug Gerber suivent le quotidien famélique et meurtrier d'un tueur en série grimé de sacs poubelles.
Mais gare à ne pas rencontrer ce véritable illuminé du scalpel ! En l'occurrence, le psychopathe, au visage peinturluré d'immondices, ne fait pas de prisonnier ou alors c'est pour mieux les séquestrer, déféquer sur leur visage, les estropier et les mutiler. Tout au long de cette pellicule rougeoyante, ce sont plus d'une cinquantaine de meurtres qui sont perpétrés, le tout dans l'indifférence générale. 

Inlassablement poursuivi par des hallucinations auditives, visuelles et probablement cénesthésiques, le miséreux joue avec ses propres flatulences et excréments, gémit, tintinnabule, se lance dans de longues homélies totalement incompréhensibles, se lamente, sanglote et tue frénétiquement ceux et celles qui ont le malheur de croiser son chemin. A aucun moment, les deux réalisateurs n'euphémisent les ardeurs de leur sociopathe, complètement déshumanisé pour l'occasion.
Pis, les deux comparses filment l'évolution psychopathologique de leur tueur en série au fil des saisons. In fine, comment ne pas évoquer derechef la prestation dantesque et hallucinante de Kevin Kenny, plus terrifiant que jamais ? Bref, les mots et les superlatifs me manquent pour désigner ce nouveau crochet - et croyez-moi, il estourbit celui-là ! - asséné par Crazy Murder. Ce nouvel OFNI (objet filmique non-identifié) risque de rester longtemps, très longtemps dans les esprits...

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

17 avril 2017

Soldat Bleu (Les bienfaits de la colonisation)

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Genre : Western, drame, historique (interdit aux -16 ans)

Année : 1970

Durée : 1h54

 

Synopsis :

Le 29 Novembre 1864, une unité de volontaires de la Cavalerie du Colorado, comprenant 900 hommes, attaque un paisible village Cheyenne à Sand Creek. Les indiens levèrent un drapeau blanc et un drapeau américain. La cavalerie attaqua néanmoins, massacrant sept cents indiens, dont plus de 350 femmes et enfants. Plus de cent scalps indiens furent pris, des corps furent démembrés et il y eu de nombreux viols..."Ce fut peut-être le crime le plus ignoble et le plus injuste dans les annales de l'Amérique".

 

La critique :

Quoi que l'on dise, le western ne se résume pas à une succession d'oeuvres d'aventure où la bonté triomphe toujours face aux ennuis et à l'adversité, où beaucoup d'histoires se résument à des règlements de compte avec toujours une histoire d'amour. Dans tout ce gros genre cinématographique, on retrouve parfois des oeuvres qui se démarquent énormément du registre que beaucoup connaissent. J'avais déjà chroniqué auparavant Une Balle Signée X s'apparentant à un western psychologique plutôt glauque porté sur une grande analyse sociale en temps de crise.
Désormais, nous pouvons rajouter Soldat Bleu réalisé en 1970 par Ralph Nelson, un réalisateur qui ne sera pas à l'origine de grands films. Définitivement, le film chroniqué aujourd'hui lui permettra d'obtenir une certaine reconnaissance dans les milieux cinéphiles, ce qui en fait son oeuvre la plus représentée quand on parle de lui.

Paradoxalement, cette oeuvre ne percera que très peu hors des milieux cinéphiles car elle fut rendue cachée et indésirable sans avoir nécessairement créé de scandale. En effet, le film traite d'une douloureuse histoire de l'Amérique, à des kilomètres de la honteuse bravoure fréquemment rendue dans nombre de films concernant la cavalerie. Ralph Nelson n'a pas pour objectif de verser dans de la propagande et met directement les points sur les i. Soldat Bleu renvoie au massacre de Sand Creek qui vit périr de nombreux indiens de la main d'une unité de cavalerie américaine, le tout dans un vrai climat d'horreur. La caractéristique majeure du film est que, pour la première fois, la cavalerie américaine n'est plus montrée comme une armée de héros mais comme une meute de barbares lâches et avides de violence et de sang. Le ton anti-belliciste du film s'inscrivant dans le contexte de la guerre du Viêt Nam vécue au quotidien sur les chaînes de télévision et provoquant de nombreuses indignations au sein de l'opinion publique. Traiter d'une telle histoire peut vite faire sombrer le film dans une débilité putassière. Est-ce que Soldat Bleu est de ce genre ? Réponse dans la chronique.

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ATTENTION SPOILERS : Une colonne de l'armée américaine escortant un important convoi de fonds est attaquée par des Cheyennes. La bataille vire au massacre, les militaires sont impitoyablement exterminés. Seuls survivent un jeune soldat fraîchement incorporé, Honus Gent, et Cresta Maribel Lee, jadis enlevée par les Cheyennes, relâchée par le chef de la tribu dans le but de rejoindre son fiancé, un officier d'état-major. Ces 2 personnages évolueront en pleine nature, libres à eux-mêmes avant de rejoindre l'état-major se préparant à lancer un raid sur un village isolé.
Honus Gent, jeune idéaliste et fervent défenseur de la colonisation, se rend compte des biens fondés de Cresta défendant les indiens face à l'envahissement de leurs terres. 
A priori, on a là un film ambitieux traitant d'une histoire pour ainsi dire inédite dans l'histoire du cinéma. De fait, Soldat Bleu s'éloigne énormément du genre western en intégrant une grande dimension historique étant le phare du récit. La notion de western historique prend vraiment son sens ici et ceux s'attendant à des confrontations de cow-boys peuvent faire demi tour.

Ainsi, le film se distingue en 3 parties très distinctes, chacune lorgnant soit du côté western, soit du côté historique. La première partie voit l'attaque d'un convoi de la cavalerie américaine par une colonne de Cheyennes ayant besoin de leur or pour acheter des armes. Le massacre est sanglant et Nelson montre le tout crûment et sans états d'âme. Le sang gicle, les soldats meurent incendiés ou poignardés violemment à coups de lance. Il est évident de se rendre compte qu'une telle froideur est pour ainsi dire inédite dans le monde du western. Evidemment, ces actes de violence ne sont pas gratuits et cachent un destin bien plus noir dont les indiens devront se défendre par les armes.
On peut voir ici que l'attaque du convoi reste un grand classique du western, ce qui apporte de l'eau à mon moulin quand je parle de western historique.

La deuxième partie est par contre assez inattendue et se transformera en périple à travers la nature sauvage de nos 2 survivants du massacre. Ceux-ci devront faire face à la soif et à la faim en chassant et seront en permanence sur leurs gardes en arpentant les lieux en journée comme au soir. Cette partie est assurément la plus longue, d'une durée de soixante minutes, et surprendra ceux s'attendant à une boucherie de près de 2 heures. Leur voyage ne sera pas de tout repos et l'entente ne sera pas du tout au beau fixe au début entre notre jeune soldat quelque peu inexpérimenté et partisan de la grande Amérique face à une jeune femme bien plus expérimentée et ayant une vision réaliste sur ce qui se passe sur ce continent.
Le réalisateur casse même les codes de l'homme sans peur, courageux, protecteur et lucide en mettant en scène une femme dominatrice dans le savoir et la raison et n'hésitant pas à critiquer violemment sa pensée, débat dans lequel Honus Gent ne saura que très difficilement se défendre. Cette longue partie risquera de lasser le spectateur se retrouvant face à un passage s'éternisant.

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Cette atmosphère posée à travers une superbe nature brillamment filmée, laissera la place à la troisième et dernière partie traitant de la décision militaire de détruire un village Cheyenne alors en état de pourparlers, le chef se rendant avec un drapeau blanc au-dessus du drapeau américain. Malgré ceci, la destruction est lancée et versera dans un véritable bain de sang absolument stupéfiant compte tenu de l'ancienneté du film. Les exécutions sanglantes, les viols, démembrements et les mutilations sont montrés de manière crue mais sans jamais verser dans le voyeurisme ou la complaisance, les scènes de viols n'étant montrées que d'un angle lointain. Les enfants et femmes ne seront absolument pas épargnés et seront abattus aussi froidement que les combattants Cheyenne.
On se souviendra longtemps de cette scène d'un jeune enfant abattu d'une balle dans la tête alors que son sang est projeté sur le visage du chef de la tribu. Les charniers se multiplient à mesure que certains enfants et femmes serviront de trophée sur les lances des américains ou embrochés sur les boits des tipis.

Cette partie absolument imbuvable et réellement choquante transmute le récit initial et confirme son interdiction aux moins de 16 ans qui nous aura interrogé tout le long. Le fait que les enfants soient filmés en étant massacrés amplifie la violence de certaines scènes sans compter qu'il y a très peu de films à avoir été aussi radicaux pour narrer de telles histoires. Assurément, le rendu est effrayant car Nelson n'y va pas par 4 chemins et démontre vraiment l'horreur du massacre.
Certains trouveront scandaleux le fait de tout montrer mais en soit il est nécessaire dans un récit de ce genre de ne pas s'auto-censurer sur ce genre de thématiques tant que ça ne verse pas dans la plus pure complaisance malsaine à filmer du gore. A ce niveau, le film est intelligent et introduira une scène dérangeante pour les patriotes quand la cavalerie galopera sur le drapeau américain alors abandonné par terre. Cette manière de souligner le manque de respect que fait preuve un pays face à ses valeurs en le montrant comme se construisant sur un génocide est très forte.

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La critique est acide et rarement des gens seront montrés comme étant aussi malades et psychopathiques. Difficile d'éprouver un ressenti positif après ce film. Néanmoins, le film n'est pas exempt de défauts et pourra vite agacer le spectateur dans sa deuxième partie se prolongeant un peu trop. Clairement, un raccourcissement de 20 minutes n'aurait pas été de trop car certaines discussions entre les 2 protagonistes peuvent parfois être lourdes. Deuxièmement, on fait la grimace quand on voit les effusions de sang dans certaines séquences, heureusement pas présentes dans la dernière partie, qui tendent plus vers le ketchup que vers l'hémoglobine.
Troisièmement, Honus Gent, incarné par Peter Strauss, offre parfois des répliques ridicules et un manque de charisme dans certaines scènes, encore une fois de la deuxième partie, là où il sera brillant dans la peau de ce soldat désemparé et au beau milieu du massacre. En revanche, Candice Bergen, incarnant Cresta se montre ravissante et joue bien son rôle.

En conclusion, Soldat Bleu est à n'en point douter une grande oeuvre qui mériterait davantage de reconnaissance auprès du public malgré son thème douloureux. Marqué par une violence relativement exagérée pour l'époque dont seul La Horde Sauvage, dans le genre western, peut rivaliser en matière d'intensité et de choc, Soldat Bleu se montre puissant sans jamais, encore une fois, sombrer dans une débauche de violence absurde. Si les critiques envers la seconde partie, assez moyenne, entâchent le visionnage par une durée plutôt longue, on aurait bien du mal à ne pas se souvenir de la dernière partie faisant sombrer le film en plein cauchemar. Je reste assez étonné du peu de bruits qu'a fait ce long-métrage sortant pourtant avant Les Chiens de Paille mais ne serait pas surpris, comme dit avant, qu'il ait été rendu caché. Une descente aux enfers au rendu plus que correct mais nécessitant un peu de patience.

 

Note : 15/20

 

orange-mecanique Taratata

 

Total Recall - 1990 (Voyage au centre de la mémoire)

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Genre : science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 1990
Durée : 1h53

Synopsis : 2048. Doug Quaid rêve chaque nuit qu'il est sur la planète Mars à la recherche de la belle Melina. Sa femme, Lori, s'efforce de dissiper ce fantasme. Doug va bientôt s'apercevoir que son rêve était artificiel et que sa femme est une espionne chargée de veiller à son reconditionnement mental. Il se souvient d'un séjour réel sur Mars, à l'époque où il était l'agent le plus redouté du cruel Coohagen. Il décide de s'envoler sur Mars à la recherche de son énigmatique passé.

La critique :

A la rigueur, seuls les cinéphiles avisés et les fans irréductibles de Paul Verhoeven se souviennent de sa période hollandaise, qui peut se targuer de plusieurs chefs d'oeuvre, hélas méconnus du grand public. Turkish Délices (1973), Katie Tippel (1975), Spetters (1980) et Le Quatrième Homme (1983) sont autant de réussites. En outre, La Chair et le Sang (1985) est sa toute première grosse production européenne. Hélas, le long-métrage essuie une rebuffade au box-office et se solde par un bide commercial. Sous les précieuses instigations de Steven Spielberg, Paul Verhoeven s'expatrie aux Etats-Unis. Toujours sous les prodigalités de "Tonton Spielby", il obtient les ferveurs des producteurs hollywoodiens. Ces derniers lui confient alors son tout premier long-métrage américain.
Ce sera Robocop (1987).

Peu enthousiaste, Paul Verhoeven s'attelle néanmoins à la tâche et découvre un script éminemment complexe. Matois, le cinéaste décide d'opacifier son récit et de conférer à son cyborg une aura christique, spirituelle et eschatologique. Cette fois-ci, le film conquiert le grand public, pour le plus grand bonheur de la firme Orion Pictures. Les producteurs lui font confiance et le chargent de réaliser Total Recall en 1990, une adaptation d'une nouvelle, Souvenirs à vendre, de Philip K. Dick. 
Ce mélange de science-fiction, de réminiscences du passé et de fantasmagories martiennes séduit immédiatement Paul Verhoeven. Nanti d'un budget dispendieux (65 millions de dollars tout de même), le film se solde à son tour par un succès colossal. Voilà Paul Verhoeven solidement intrônisé sur la planète Hollywood.

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Le cinéaste dispose aussi d'un casting prestigieux : Arnold Schwarzenegger, Sharon Stone (actrice qu'il retrouvera deux ans plus tard dans Basic Instinct), Rachel Ticotin, Ronny Cox, Michael Ironside, Marshall Bell et Mel Johnson Jr. En outre, Total Recall engendrera un inévitable remake, par ailleurs homonyme, et réalisé par les soins de Len Wiseman, en 2012. Premier constat, cette première version se distingue par un scénario à la fois original et alambiqué, qui décontenance lors de son premier visionnage. Attention, SPOILERS ! 2048. Doug Quaid rêve chaque nuit qu'il est sur la planète Mars à la recherche de la belle Melina. Sa femme, Lori, s'efforce de dissiper ce fantasme.
Doug va bientôt s'apercevoir que son rêve était artificiel et que sa femme est une espionne chargée de veiller à son reconditionnement mental.

Il se souvient d'un séjour réel sur Mars, à l'époque où il était l'agent le plus redouté du cruel Coohagen. Il décide de s'envoler sur Mars à la recherche de son énigmatique passé. A l'origine, le scénario de Total Recall remonte au milieu des années 1970. Dan O'Bannon et Ron Shusett se chargent de griffonner les premières ébauches du script. Mais aucun producteur ne souhaite financer une telle production. Le projet est donc prorogé jusqu'en 1982.
A l'époque, Dino de Laurentiis est intéressé par la nouvelle de Philip K. Dick. Le scénario est encore modifié. Plusieurs réalisateurs sont envisagés, notamment David Cronenberg. Le cinéaste souhaite aborder le personnage de Doug Quaid sous un angle schizophrénique. Peu enthousiaste, Dino de Laurentiis évince David Cronenberg du projet.

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Le scénario subit alors de nombreuses rectifications. Finalement, c'est Paul Verhoeven qui est chargé d'adapter une version pour le moins nébuleuse. Le cinéaste a pour vocation de se centrer sur la psyché en déliquescence de Doug Quaid, tout en proposant un film d'action et de science-fiction démesuré, se divisant en deux parties bien distinctes : un segment terrien et un segment martien.
Chaque planète recouvre une réalité intrinsèque. Sur Terre, Doug Quaid n'est qu'un vulgaire quidam et un époux heureux en compagnie de sa femme à la beauté vénéneuse, Lori (Sharon Stone). Sur Mars, il incarne Hauser, un chef de la Résistance qui lutte activement contre le joug de Vilos Cooagen. Pour réussir sa mission et réveiller les vieux souvenirs du passé, Doug Quaid doit s'adjoindre les obédiences de mutants tuméfiés par les rayons mortels de la planète rouge.

Parallèlement, il doit aussi retrouver la piste d'un certain Kuato, une créature certes répugnante, mais qui semble connaître les plus grands mystères de la planète martienne. Pour Arnold Schwarzenegger, Total Recall constitue une véritable aubaine. Cette fois-ci, l'acteur musculeux et athlétique interprète un personnage complexe et très éloigné de ses rôles de cyborg impavide (Terminator) ou de guerrier quasi invincible (Conan le barbare).
Pour Paul Verhoeven, un tel long-métrage constitue également une véritable opportunité. En effet, le cinéaste hollandais peut déployer tous ses fantasmes sur pellicule. La violence, le cynisme et le sang atteignent ici leur paroxysme. 
Ainsi, les carcasses humaines explosent sous les balles. Doug Quaid doit ferrailler avec un robot-taxi et revêtir le masque robotique d'une femme ventripotente, le tout sous le regard hébété de son pire ennemi, Richter (Michael Ironside).

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Narquois, Paul Verhoeven s'ébaudit de ses protagonistes. Ainsi, Doug Quaid passe d'un citoyen lambda en libérateur des opprimés. Quant au capitalisme, il n'est plus seulement international mais aussi interplanétaire. Toutes les planètes du système solaire sont devenues des sites touristiques. Contre l'avis de ses pairs, Doug Quaid choisit le chaos martien. Un autre destin l'appelle. Indubitablement, Paul Verhoeven maîtrise son sujet et livre une copie débridée.
Toutefois, Total Recall n'atteint pas non plus la quintessence d'un Robocop, la faute à des maquillages un brin obsolètes et à des effets spéciaux eux aussi surannés. Néanmoins, Paul Verhoeven n'oublie jamais sa principale trame scénaristique, à savoir cette frontière ténue entre l'onirisme et la réalité. 
Une thématique que Len Wiseman maîtrisera avec beaucoup moins d'élégance dans le remake de 2012.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

16 avril 2017

Blue Velvet (L'année de naissance de l'esthétique Lynchienne)

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Genre : Policier, drame, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 1986

Durée : 1h55

 

Synopsis :

Épaulée par son amie Sandy, Jeffrey, un jeune homme, mène son enquête concernant une oreille humaine trouvée dans un terrain vague. Il croise sur son chemin Dorothy Vallens, une mystérieuse chanteuse de cabaret.

 

La critique :

L'air de rien, Blue Velvet est l'un des derniers films, issus de l'imagination sans limite de Lynch, chroniqués sur ce blog. David Lynch, aussi fascinant que pompeux pour d'autres, le réalisateur qui divise autant qu'il fascine. Cet étrange réalisateur a toujours eu une place de premier plan sur ce site compte tenu du trait fortement expérimental caractérisant la quasi totalité de son oeuvre. La quasi totalité ? Oui car il arrive que de temps en temps, Lynch sorte un film différent de ce qu'il a l'habitude de faire, un film où le scénario est sur un rail fixe et sans capacité d'interprétations multiples.
Blue Velvet est justement un de ceux-là et il n'est donc guère étonnant qu'il soit un des rares à ne pas autant diviser la critique et qu'il soit justement recommandé quand on veut se lancer dans la filmographie du réalisateur. 

Plus encore, ce film est devenu, comme beaucoup du réalisateur, un film culte aujourd'hui et a été auréolé de récompenses dont seuls les plus grands films peuvent se targuer d'en avoir. En effet, il est sur la liste des 100 plus grands films jamais réalisés par Entertainment Weekly en 1999 et sélectionné par le American Film Institute comme un des 10 meilleurs films à énigme jamais réalisé. Pourtant, le film aura eu un parcours assez difficile. En cause, Lynch sortant d'un échec commercial et de la mauvaise réputation de Dune, il décida de développer un film plus personnel qu'il considère aujourd'hui comme justement le plus personnel de sa carrière puisqu'il est en partie autobiographique.
De même, beaucoup d'acteurs et producteurs qu'il a approchés pour jouer les rôles principaux ont refusé compte tenu du caractère violent et fortement sexuel. Il est aussi bon de savoir que le film fut drastiquement raccourci car le premier montage durait 4h. Pour autant, à sa sortie, s'il fut un échec commercial, les critiques seront élogieuses et un nombre très impressionnant de récompenses et de nominations seront au rendez-vous. L'heure est venue de chroniquer le film.

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ATTENTION SPOILERS : Jeffrey, rentrant chez lui après une visite à son père malade, découvre une oreille humaine en décomposition dans un champ. Jeffrey amène immédiatement sa trouvaille à l’inspecteur Williams et fait ainsi la connaissance de sa fille, la jolie Sandy. Poussé par la curiosité et un certain goût pour le mystère, Jeffrey va mener l'enquête avec elle pour découvrir à qui appartient cette oreille et ce que cache cette histoire macabre, derrière la façade apparemment innocente de Lumberton. Cette investigation va le plonger dans un milieu étrange et sordide où évoluent, entre autres, Dorothy Vallens, une chanteuse de cabaret psychologiquement fragile, et Frank Booth, un dangereux psychopathe pervers. Voilà pour les hostilités d'un film au scénario très intriguant posant déjà les bases d'un grand film à énigme. Pour autant, nous sommes très loin du film à énigme conventionnel avec ses rebondissements perpétuels, car Blue Velvet ne boxe que très rarement dans cette catégorie.

Lynch oblige, le film se démarque par un scénario posé où l'intrigue, riche en mystère, se suit sans le moindre déplaisir et ne se pare que de très rares rebondissements. On est pris avec Kyle et Sandy au beau milieu d'une histoire loufoque mais passionnante. A ce niveau, ceux s'attendant à de grands retournements de situation et un scénario explosif sont priés de faire demi-tour, car nous ne sommes pas dans ce cas de figure et tant mieux, car ça n'aurait absolument pas collé avec le style du réalisateur qui ne retrouve son grand talent que dans les intrigues à caractère posé.
La mise en scène est d'une efficacité redoutable, Lynch ne filmant jamais à vide ou dans le but d'éterniser son récit. Difficile de savoir comment un film avait une durée de 4h dans son premier montage. Pour une fois que Hollywood prend une bonne décision en raccourcissant un film... Bref, il y a toujours quelque chose qui se passe et tient son spectateur en haleine. A ce sujet, les hommes se souviendront longtemps de cette séquence mythique de Kyle caché dans la buanderie et découvert par une Dorothy Vallens transformée en mythomane instable à ce moment précis. Difficile de ne pas être émoustillé mais par contre, pour les spectateurs féminins, cela sera plus compliqué.

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Mais plus que son intrigue captivante, Blue Velvet se démarque par une réelle ambiance. Pas de doute, le style Lynchien est d'application et est né avec ce film. L'image somptueuse et colorée se mélange aux sonorités jazzies et à de très belles chansons dans le pur style cabaret. La chanson donnant le nom au film en est un parfait exemple et offre une séquence pour le moins envoûtante quand Dorothy Vallens la chante sous un éclairage bleuté. Une aura quasi mystique n'en émane pas seulement de ce passage mais du film en lui-même. Je serais d'ailleurs même tenté de dire que ce long-métrage est probablement la quintesscence de l'esthétique Lynchienne. Il ne fait aucun doute que les amoureux d'esthétisme seront aux anges face à cette ambiance en contraste total avec une histoire au fond plutôt glauque.
Ce trait glauque est surtout renforcé par l'interprétation des personnages et notamment de Dennis Hopper parfait dans le rôle de cet étrange et fortement instable psychopathe.

Il parvient à rentrer complètement dans la peau de son personnage et à l'habiter. Ce n'est pas étonnant que Frank Booth soit régulièrement mentionné dans les milieux cinéphiles comme étant l'un des méchants les plus marquants vus dans un film. Je dois par contre avouer que j'ai eu beaucoup moins d'enthousiasme face aux 2 personnages principaux que sont Jeffrey, incarné par Kyle MacLachlan, et Sandy, incarnée par Laura Dern, se montrant étrangement plus effacés.
S'il y a une impression de manque de charisme du côté de Jeffrey, le côté cruche de Sandy ressort et entâche quelque peu le visionnage. C'est d'ailleurs même fort amusant que les personnages secondaires soient plus marquants. Isabella Rossellini donnant ses traits à Dorothy Vallens crée elle aussi un personnage marquant, torturé et désemparé par une situation dont elle n'a aucun contrôle. Une mention doit aussi être faite à Dean Stockwell incarnant le mystérieux Ben, homme à la fois raffiné, maniéré et sadique. 

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Vous l'avez compris, nos 2 personnages principaux gravitent face à des personnages secondaires dont le charisme les dépasse largement. Ca pourrait agacer pour certains. Un point est également attribué à un côté niais de certaines séquences d'amour entre Jeffrey et Sandy tombant amoureux l'un de l'autre après quelques jours et s'enlaçant au rythme des "je t'aime," parfois ponctués de larmes. On aurait très bien pu s'en passer. Mais, en conclusion, Blue Velvet reste un très bon film étant avant tout l'année de naissance du style si particulier que nous avons pu observer dans les films qui suivront par la suite. Ici, le réalisateur fait d'une pierre deux coups en créant une atmosphère raffinée et d'un esthétisme rare combiné à un scénario clair et précis se suivant sans déplaisir.
Il ne fait aucun doute que Blue Velvet reste un choix de taille pour qui veut s'essayer à ce réalisateur si particulier qui transportera complètement son spectateur s'étant abandonné à la tonalité de son style. Un film relativement facile d'accès pour ceux n'ayant pas l'habitude des films expérimentaux. Je pense même que nous pouvons dire que l'on tient là l'un de ses meilleurs films que, cette fois-ci, l'on pourra noter de manière logique, sans points d'interrogation.
Par la suite, pour les intéressés, naîtra Sailor et Lula dans le même état d'esprit et se parant lui aussi d'une intrigue claire et plus terre-à-terre mais qui, personnellement, ne m'a pas emporté plus que ça.

 

Note : 17/20

 

orange-mecanique Taratata

 

Les Hommes D'Une Autre Planète (Tremblez Terriens !)

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Genre : science-fiction 
Année : 1976

Durée : 1h24

Synopsis : Un jeune garçon découvre dans un souterrain une statuette vieille de 3000 ans représentant Yak Wat Jang, le ''Gardien du Temple''. Dans le même temps, des extraterrestres s'apprêtent à envahir la Terre. Pour ce faire, ils s'emparent de la ''Pierre Solaire'' qui se trouve dans le même souterrain et qui va leur permettre d'activer une arme terrifiante depuis la base qu'ils ont installée sur la Lune. Mais la statuette va intervenir en grandissant démesurément et, avec l'aide d'un robot géant américain, viendra à bout des malfaisants aliens.   

La critique :

Qui ne se souvient pas des X-Or, Bioman, Power Rangers et autres Maskman ? Autant d'intitulés qui évoquent le Super Sentai, plus communément appelé le sentai, un genre qui connaît son apogée, au Japon, dès 1975, avec Guranger, une série télévisée qui va inspirer et engendrer de nombreux épigones. Le scénario ? Toujours la même antienne. Un héros ou un groupe de super-héros, souvent d'origine extraterrestre, doi(ven)t combattre les forces du mal sur notre bonne vieille planète. Le but - même pas dissimulé - de ces forces lucifériennes ?
Conquérir le monde ! Quant aux forces en présence, par ailleurs nimbées de couleurs bigarrées et extravagantes, elles se caractérisent par leurs formes les plus cocasses et invraissemblables.

Finalement, qu'ils se nomment X-Or, Flashman, Turboranger ou encore Fiveman, tous ces super-héros infatués ne sont que les cicatrices indélébiles de l'atomisation d'Hiroshima pendant la Seconde Guerre Mondiale. 
Bien des décennies après la bombe nucléaire canonnée par l'Oncle Sam, le Japon ne s'est toujours pas remis de cette blessure indissoluble. C'est dans cette dialectique que plusieurs auteurs nippons créent et inventent des super-héros aux pouvoirs incommensurables et surtout capables de péréniser une Nation menacée de néantisation.
En 1975, la Shaw Brothers délivre un coup de massue qui va être fatidique et rédhibitoire, non seulement pour le cinéma asiatique en particulier, mais aussi pour le monde du "nanar" et autres friandises abominables en général. 

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Son nom ? Super Inframan, réalisé par Shan Hua. L'histoire ? Derechef, est-il absolument nécessaire d'évoquer, dans ces lignes, l'inanité et la vacuité du scénario ? En résumé, des démons veulent s'emparer de la Terre. Heureusement, le Japon possède son arme fatale et elle se nomme Super InframanLe "film" - vraiment un terme à guillemeter et à minorer - inspire un autre avatar. Son nom ? Les hommes d'une autre planète, réalisé par un certain Hung Min Chen, en 1976.
Seule réelle divergence avec Super Inframan et consorts, Les Hommes d'une Autre Planète - aka Mars Men - n'est pas une production japonaise, mais une pellicule taïwanaise. Les Taïwanais sauront-ils réhausser le niveau déjà moribond - pour être gentil - de Super Inframan et proposer un spectacle digne de nom ?

Bon autant, l'annoncer de suite. La réponse est évidemment négative, situant Les Hommes d'une autre Planète dans les confins des épigrammes et de la nanardise en puissance, quitte à contrarier l'hégémonie irréfragable du même Super Inframan. Mais que l'homme de caoutchouc se rassure... Pardon... Que l'homme de métal se rassure. 
Les hommes d'une autre planète ne parvient pas à ébranler son omnipotence. Toutefois, attention à ne pas euphémiser l'uppercut asséné par Les Hommes d'une autre planète. L'air de rien, avec cette pellicule dégénérée, Hung Min Chen atteint un niveau d'absurdité et d'incompétence filmiques rarement égalées au cinéma.
A tel point que l'on finirait presque par regretter les qualités très rudimentaires de Bioman et autres sentai écervelés. 

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C'est dire la cancrerie du spectacle qui nous est proposée. Au fil des années, Les hommes d'une autre planète s'est arrogé le titre de nanar culte et tient une place prééminente sur le site Nanarland. Inutile de mentionner la distribution du film, à moins que vous connaissiez les noms de Yen Chiang Lung, Wang Pao Yu, Yeh Hsiao, Fang Yen et Ro Gei, mais j'en doute... Maintenant, la question est de savoir si je vais commettre l'irréparable et vous proposer le synopsis du film, en sachant qu'il se résume évidemment de la façon suivante : Des méchants dépêchés de la planète Mars qui veulent envahir qui... ? La Terre. Pourquoi ? Bon, merci d'éviter les questions un peu trop sourcilleuses.
Et évidemment deux gentils, soit une statuette bouddhiste - mais enfin, pourquoi ??? - et un robot américain se coalisent pour combattre les forces du mal.

Plus sérieusement, le speech du film est donc le suivant. Attention, SPOILERS ! Un jeune garçon découvre dans un souterrain une statuette vieille de 3000 ans représentant Yak Wat Jang, le ''Gardien du Temple''. Dans le même temps, des extraterrestres s'apprêtent à envahir la Terre. Pour ce faire, ils s'emparent de la ''Pierre Solaire'' qui se trouve dans le même souterrain et qui va leur permettre d'activer une arme terrifiante depuis la base qu'ils ont installée sur la Lune. 
Mais la statuette va intervenir en grandissant démesurément et, avec l'aide d'un robot géant américain, viendra à bout des malfaisants aliens. Bien conscient des écueils scénaristiques de sa pellicule ainsi que de son budget famélique, Hung Min Chen n'a pas pour vocation de s'éterniser trop longuement sur ses protagonistes. 

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Une fois le décor planté, à savoir une sorte de caillou esseulé dans le vide intersidéral - à l'image du film quoi - la statuette bouddhiste, issue de longues investigations archéologiques, atteint une taille paroxystique. Tout d'abord suspicieuse, la poupée en bois... Pardon... La statuette complètement "nazebroque" ferraille avec Jumborg Ace, l'androïde dépêché par l'Oncle Sam. Un combat homérique peut alors s'engager... Pardon... Un combat abêti jusqu'à l'extrême et l'infamie peut enfin débuter, le tout sous le regard hébété du spectateur, ulcéré par autant d'indigence. 
Car c'est aussi cela Les hommes d'une autre planète. Après une petite demi-heure de présentation des lieux et des personnages, le film enchaîne enfin sur ce qu'il sait faire de mieux... Pardon, je répète... Le film enchaîne enfin sur ce qu'il sait faire de pire : la baston entre deux monstres crinquignolets qui enchaînent les bourre-pifs ad nauseam. La séquence s'étale au moins sur 45 minutes de bobine non-stop ! Bientôt, les deux aliens sont affublés de deux dinosaures avariés et d'un grand méchant à la chevelure hirsute ! Dans cette bisserie caoutchouteuse et d'une stupidité à toute épreuve, Hung Min Chen ne nous refuse aucune excentricité et ce... Pour notre plus grand BONHEUR !!! 
Vous l'avez donc compris. On tient là un nanar pur jus, si j'ose dire, et qui bat allègrement toute la concurrence, pourtant déjà bien lymphatique, en termes de nanardise et d'incompétence. Seul Super Inframan peut s'enorgueillir de détenir le trône et le fameux Saint Graal. Mais l'élève n'a pas à rougir de la comparaison avec son maître.

Côte : Nanar

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