Cinéma Choc

06 avril 2020

La Troisième Partie de la Nuit (Et les Sept Trompettes sonnèrent dans le plus grand chaos)

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Genre : Thriller, horreur, drame (interdit aux - 12 ans)

Année : 1971

Durée : 1h45

 

Synopsis :

Au cours d'une rafle de la Gestapo, un résistant, Michel, secourt une jeune femme sur le point d'accoucher. Très vite, il voit en elle et dans le bébé l'image de sa propre femme et de son fils, tués par l'occupant. La nouvelle vie qu'il mène avec eux l'incite à réfléchir sur son passé.

 

La critique :

Non sans me vautrer dans une énième rétrospective, je peux décemment affirmer que le cinéma d'Europe de l'Est a le vent en poupe chez moi ces temps-ci. Qu'il soit d'origine tchécoslovaque, hongrois ou polonais, ce Septième Art méconnu des profanes a, ancré en lui, un charme tout à fait singulier. Néanmoins, ce gigantesque territoire porte durablement les séquelles d'un passé marqué par le sang, le meurtre, la guerre et la dictature. On s'abstiendra de revenir sur l'histoire contemporaine de chaque pays sans quoi la chronique ferait la taille du dernier Larousse. Toujours est-il que, malgré les conditions de tournage très compliquées dues à la censure communiste, nombre de petites créations s'exportèrent au-delà de leurs frontières pour toucher un public cinéphile extérieur qui louangera à plus d'une reprise l'audace de réalisateurs qui n'avaient pas froid aux yeux.
Chose que possède à n'en point douter le célébrissime Andrzej Zulawski qui sera plébiscité en 1975 avec L'Important c'est d'Aimer, et salué unanimement en 1982 avec son fameux et controversé Possession, devenu un grand classique du film d'horreur psychologique qui malmènera sérieusement Isabelle Adjani, sortie dégoûtée du tournage. Mais petit retour dans le temps avant tout cela. En ces temps, Zulawski ressortait de quelques téléfilms et de formations sous la houlette de son mentor Andrzej Wajda qui contribua à faire de lui le cinéaste qu'il est devenu aujourd'hui.

Ambitieux, désireux d'offrir une nouvelle dimension à sa carrière encore très modeste, il se lança dans un premier long-métrage censé être une ébauche de son futur style poisseux et radical. Vous l'avez deviné, c'est de celui-là dont nous parlerons aujourd'hui, à savoir La Troisième Partie de la Nuit. Présenté en avant-première fin 1971, il sortira début 1972 où il remporta un certain nombre de prix internationaux. Ce qui contribua alors à populariser tout doucement son auteur qui, déjà là, nous faisait part de toutes ses craintes, ses hantises et ses thématiques de prédilection. Cependant, force est de constater que ce film est retombé dans l'oubli, effacé d'une part par les grands succès de Zulawski mais d'autre part par une certaine confidentialité. Si l'on peut encore trouver facilement son DVD, mais uniquement en occasion, sa grande rareté sur Internet ne vaudra le salut du cinéphile aventureux que grâce aux cendres du site PirateBay qui vous l'offrira avec sous-titres français s'il vous plaît !
Bref, par le passé, Cinéma Choc s'est bien entendu intéressé à cet homme avec l'excellente chronique de Possession. Il était donc plus que temps de creuser un peu plus sa filmographie. 

 

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ATTENTION SPOILERS : Au cours d'une rafle de la Gestapo, un résistant, Michel, secourt une jeune femme sur le point d'accoucher. Très vite, il voit en elle et dans le bébé l'image de sa propre femme et de son fils, tués par l'occupant. La nouvelle vie qu'il mène avec eux l'incite à réfléchir sur son passé.

La Troisième Partie de la Nuit démarre sur une succession de plans affichant des paysages déserts, sombres et inquiétants où une voix off récite les "Sept Trompettes", extraits de l'Apocalypse selon Saint Jean. Au moins, c'est dit et on ne met pas longtemps à se retrouver noyé dans une ambiance sale et indescriptible. Car c'est justement ces citations infernales qui seront le point d'orgue du film. Michel assiste à l'assassinat de sa femme et de son jeune fils par des cavaliers nazis sans aucune explication fournie. Comme si tout cela avait été fait gratuitement, sans but apparent. Michel, alors seulement âgé de 22 ans, ravagé par ce double deuil erre dans la Cracovie de l'an 1940. La guerre a depuis longtemps semé la mort dans son sillage. La ville n'est plus que l'ombre d'elle-même, exsangue, plongée dans une ambiance cauchemardesque où mort et destruction sont les seuls mots pouvant la décrire. La survie est devenue le maître mot. Plus d'amour, d'attachement et de confiance.
Ils ont laissé place à la haine, la trahison et la suspicion. Pour Michel, il s'agit de venger cet assassinat en entrant dans la résistance. Au détour d'une course-poursuite dans les rues glaciales de la ville, il croise la route de Marta, une jeune femme sur le point d'accoucher. Au sein de ce chaos désormais mondial, le fait même de donner la vie est filmé avec une grande barbarie, tandis que la caméra s'attarde sur le visage supplicié de la femme. Une bénédiction car Michel voit en elle sa propre femme et le bébé son propre fils.

Cette rencontre faussement providentielle le verra plonger dans un dédale labyrinthique, sorte de cauchemar biblique d'un héros se mesurant aux forces du mal (le nazisme en l'occurrence) multipliant les rafles. Il n'est pourtant pas question de s'y attaquer frontalement mais bien de se dissimuler dans l'ombre, frapper le coup décisif. Des tentatives vouées à l'échec. La machine de guerre nazie, malgré sa présence plus fantomatique qu'explicite, est implacable et surpuissante. Ces défenseurs de la liberté signant lentement mais sûrement leur arrêt de mort. Face à l'exécution brutale d'un enfant tué d'une balle dans la tête, lui et un ami prennent conscience de la tournure du monde.
L'humanité a sombré dans une spirale incoercible d'autodestruction l'amenant à commettre les actes les plus vils et répugnants sur ses semblables. Et pour contrer cela, il n'y a que par un bouleversement majeur de tous les fondements civilisationnels que l'on pourra s'en sortir. Ainsi, Michel est forcé de trouver un boulot qui paye bien pour entretenir sa nouvelle famille catalyseur de sa plongée mentale. La Troisième Partie de la Nuit illustre les obsessions de son personnage principal naissant dans un climat de fin du monde. Refusant la réalité d'un présent maudit, il est fermement accroché à son passé. Dans les méandres de souvenirs divers et épars, cet homme tente de recréer ce havre de paix où tout allait bien. 

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Ce sentiment naturel de se réfugier dans sa mémoire n'en est qu'une manière de s'auto-préserver du carnage ambiant, garder son intégrité mentale et ainsi réfréner l'inéluctable neurasthénie mentale. Michel est poursuivi tout au long de son périple par son fils Lucas, apparaissant telle une hallucination, un témoignage des réminiscences du passé. Quant à Marta, campée par la même actrice que sa femme décédée, elle lui permettra d'être en paix (mais une paix artificielle) avec soi-même, d'aspirer à un bonheur qui semblerait n'être obtenu qu'après une succession d'épreuves douloureuses où il s'agit de dépasser ses propres limites et affronter une Pologne déliquescente. Ici, il n'aura d'autre choix que de servir de nourrisseur de poux pour développer des vaccins en leur injectant le virus du typhus.
Ces insectes s'agitant, s'agglomérant font penser à la débâcle des humains se battant et s'entassant sous forme de cadavres. Toutefois, ce semblant d'intrigue finit par s'évaporer, laissant place à une narration sensorielle, pour laisser Michel s'évanouir dans la catastrophe urbaine, frappé d'une malédiction inextinguible, enfermé dans une prison aux barreaux indéfinissables, vaporeux mais bien présents. Le malaise n'en sera que plus grand dans ses déambulations prenant une tournure de plus en plus terrifiante et viscérale. 

La Troisième Partie de la Nuit n'est pas une pellicule à mettre dans le même panier que les films d'horreur conventionnels. Sa dimension horrifique est plus cérébrale, ancrée dans une réalité aussi dure soit elle où l'identité des âmes se fragmente, se dédouble dans l'espace-temps pour entrer en collision dans le plus grand chaos. Zulawski revisite la vision de la seconde Guerre Mondiale en l'assombrissant plus que jamais. Les combats urbains prennent l'allure de simples exécutions qui continuent d'alimenter la grande mécanique psychotique. Le tout est amplifié par une atmosphère macabre, paranoïaque, férocement malsaine d'où émerge une violence jusqu'au-boutiste ne faisant aucune concession. La dernière partie sera le point culminant de tout cela, voyant Michel ramper sur un couloir orné de têtes immondes sculptées dans la pierre, faisant penser au tunnel droit vers l'Enfer, un Styx asséché par les flammes de la guerre. Cette séquence importante est la résultante de cet univers qui sera décrit comme abandonné de Dieu, ayant tourné le dos à sa création qu'il voit comme effrayante, perfide et psychopathique. Des déclarations étant le signe avant-coureur d'un final apocalyptique nous rappelant l'Enfer originel. 

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La part belle est aussi à l'esthétique se symbolisant par une prédominance de teintes sombres, saturées et poussiéreuses. Les décors austères se résumant à un enchevêtrement de rues obscures, couloirs étroits et pièces oppressantes ne font que renforcer le malaise. Cette clinique désaffectée étant un choix judicieux pour torturer mentalement son personnage. Déjà là aussi, la mise en scène pose les bases de Possession. La caméra semble collée aux personnages, donnant parfois un ressenti nauséeux où se mêlent gros plans sur des visages criant, hurlant, hystériques et déformés par l'angoisse. La scène de Marta plaquée par terre par Michel et prise d'un fou rire incontrôlable a certainement dû inspirer le passage mémorable du couloir de métro, toujours dans le métrage susmentionné.
Un grand travail a été fait sur la bande son méphistophélique à souhait, qui ne fait qu'alourdir la tonalité anxiogène. Pour finir, on saluera l'excellente interprétation du casting à commencer par notre duo de choc incarné par Malgorzata Braunek et Leszek Teleszynski. Le reste se composant de Jan Nowicki, Jerzy Golinski, Anna Milewska, Michal Grudzinski et Marek Walczewski.

En conclusion, autant dire que La Troisième Partie de la Nuit offre un visionnage qui marque tant par ce qu'il montre que par ce qu'il dénonce. Loin des combats, actes héroïques, tirs de mortier et assaut sur des forteresses, Zulawski déroule son action dans un no man's land kafkaïen où la sinistrose atteint des sommets difficilement perceptibles. C'est d'ailleurs un film qui a une grande valeur symbolique puisqu'elle est inspirée du père du réalisateur qui a vécu lui-même les horreurs du nazisme. De plus, la date de l'histoire se déroule approximativement au moment de la naissance du cinéaste. Ce qui peut laisser songer que Zulawski pense être un produit ayant germé sur les cendres d'un monde dégénérescent où l'angoisse et la dégueulasserie sont devenus des méthodes de pensée banalisées.
Un authentique purgatoire des sens. Déstabilisant à plus d'un titre par ses images fortes, (ce n'est pas pour rien qu'il suscitera les craintes des autorités polonaises), La Troisième Partie de la Nuit est largement plus qu'un simple brouillon ou un coup d'essai. Ca serait d'ailleurs profondément irrespectueux de le mettre à ce niveau tant l'onde de choc qu'il génère ne peut laisser indifférent, laissant croire que celle-ci a réellement été produite par les Sept Trompettes de l'Apocalypse.

 

Note : 16,5/20

 

 

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05 avril 2020

Coq de Combat (Connaître sa véritable force intérieure)

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Genre : arts martiaux, boxe (interdit aux - 16 ans)
Année : 2007
Durée : 1h45

Synopsis : Après avoir assassiné sauvagement ses parents, Ryo, seize ans, est envoyé en prison. Il y devient le souffre-douleur des autres détenus, mais fait la rencontre d'un maître de karaté qui va changer sa vision de la vie et lui donner le goût de la vengeance... 

La critique :

Lorsque l'on invoque la boxe thaïlandaise - ou le muay-thaï - au cinéma, on songe invariablement au long-métrage Ong-Bak (Prachya Pinkaew, 2003). Contre toute attente, cette série B dispendieuse se solde par un succès pharaonique lors de sa sortie en salles et s'expatrie au-delà de ses frontières asiatiques sous les précieuses instigations de Luc Besson qui participe à la promotion du film. Mieux, ce premier chapitre se transmute en trilogie lucrative via Ong-Bak 2 - La Naissance du Dragon (Tony Jaa, 2008) et Ong-Bak 3 (Tony Jaa et Panna Rittikrai, 2010).
Mais, déjà, dans les années 1980, le muay-thaï pouvait escompter sur la figure robuste de Jean-Claude Van Damme (JCVD) pour ériger une bisserie - Kickboxer (Mark DiSalle et David Worth, 1989) - produite avec un modeste budget.

Là encore, ce premier épisode se métamorphosera en franchise erratique avec six nouveaux chapitres (Kickboxer 2 - Le Sucesseur, Kickboxer 3 - Trafic à Rio, Kickboxer 4, Kickboxer 5 - Le dernier combat, Kickboxer - Vengeance et Kickboxer - L'héritage). Corrélativement, d'autres pellicules tentent de s'immiscer parmi cette concurrence apoplectique. Les échauffourées ne se déroulent plus seulement sur le ring, mais aussi par l'entremise du DTV (direct-to-video). Les thuriféraires n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles qu'Une Prière avant l'Aube (Jean-Stéphane Sauvaire, 2017), Boxers (Kongkiat Khomsiri, 2007), L'honneur du dragon (Prachya Pinkaew, 2005), Chok Dee (Xavier Durringer, 2005), Yamada, la voie du samouraï (Nopporn Wattin, 2005), Fureur (Karim Dridi, 2001), ou encore Le Guerrier de Feu (Chalerm Wongpim, 2006) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires.

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Vient également s'additionner Coq de Combat, réalisé par la diligence de Soi Cheang en 2007. Ce metteur en scène chinois provient du cinéma de Hong-Kong et signe sa toute première réalisation vers l'orée des années 2000 via Diamond Hill (2000). Il enchaîne alors avec New Blood (2002), Love Battlefield (2004), Hidden Heroes (2004), Dog Bite Dog (2006), Motorway (2012), The Monkey King (2014), The Monkey King 2 (2016) et The Monkey King 3 (2018). Soi Cheang est loin d'être un noviciat derrière la caméra. A ce jour, le fameux Dog Bite Dog reste sans doute son long-métrage proverbial. Le cinéaste prise et affectionne l'univers du manga.
Preuve en est avec Coq de Combat qui est justement l'adaptation d'un manga éponyme d'Izo Hashimoto. En l'état, difficile de décrire le matériel originel puisque nous reconnaissons notre candeur vis-à-vis de ce manga à la réputation sulfureuse.

Selon les laudateurs de la première heure, le manga d'Izo Hashimoto dénote par sa virulence et son héros principal - Ryo - un marginal condamné à une lourde peine de prison après l'assassinat sanglant de sa parentèle. Le jeune homme survit à son incarcération en obliquant vers le muay-thaï. Il est alors entraîné par un mentor énigmatique. A fortiori, l'adaptation cinématographique respecte les grandes lignes narratives de l'oeuvre d'origine même si le film de Soi Cheang élude la partie "détention", tout du moins le métrage l'évoque partiellement, ou alors en filigrane. En raison de sa violence, Coq de Combat n'a pas connu les ferveurs d'une exploitation dans les salles.
Interdit aux moins de 16 ans, le métrage de Soi Cheang doit donc se démarquer par l'entremise du support vidéo.

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On ne compte même plus les adaptations de manga, que ce soit Crying Freeman (Christophe Gans, 1995), le piètre Dragonball Evolution (James Wong, 2009), le superbe Ichi the Killer (Takashi Miike, 2001), ou encore le splendide et remarquable Old Boy (Park Chan-wook, 2004) ; pour ne citer que ceux-là. Les avis des critiques sont plutôt mitigés à l'égard de Coq de Combat. Si certains adulateurs reconnaissent les qualités esthétiques et de mise en scène de cette adaptation cinglante, les contempteurs vitupèrent un long-métrage épars et qui aurait mérité un bien meilleur étayage. Reste à savoir si Coq de Combat justifie - ou non - son visionnage.
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Shawn Yue, Annie Liu, Francis Ng, Ryo Ishibashi, Dylan Ku, Leung Siu-Lung, Pei Pei et Zing Chau.

Attention, SPOILERS ! Après avoir assassiné sauvagement ses parents, Ryo, seize ans, est envoyé en prison. Il y devient le souffre-douleur des autres détenus, mais fait la rencontre d'un maître de karaté qui va changer sa vision de la vie et lui donner le goût de la vengeance... Et de la victoire... Vous l'avez donc compris. Coq de Combat ne brille guère par sa trame narrative, plutôt pingre pour l'occasion. Pour une fois, un film de boxe (le muyai-thaï en l'occurrence) ne tente pas d'humaniser son protagoniste principal. Ainsi, Ryo n'est pas ce héros en quête d'expiation et/ou de rédemption. Pis, pour le spectateur avisé, il n'est pas aisé de s'attacher à cet anti-héros qui coalise à lui seul toutes les carences d'un animal blessé. Et c'est exactement cette épithète qui caractérise ce boxeur décrit comme spécieux, tricheur, bonimenteur, obséquieux et fallacieux.

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Soi Cheang a parfaitement discerné l'essence du manga originel. Stakhanoviste, le cinéaste chinois distille une mise en scène apprêtée et à couteaux tirés. Indubitablement, Soi Cheang n'est pas un manchot derrière la caméra. Contrairement à ce que son intitulé le laisse augurer (Coq de Combat... Mais enfin, quel titre funambulesque !), le métrage de Soi Cheang est loin d'être le navet décrié, loin de là... Oui, ce film de boxe s'illustre par sa véhémence et son outrecuidance. Rarement, on aura assisté à des rixes et à des martialités d'une telle érubescence. Paradoxalement, les combats sont plutôt rares et se comptent sur les doigts de la main atrophiée. Entre temps, Soi Cheang s'échine à décrire la trajectoire escarpée d'un personnage revanchard et déboussolé.
C'est sans doute dans ce portrait - peu flatteur en l'occurrence - que Coq de Combat perd de son éloquence, voire de sa sagacité ; d'où l'impression de visionner un film de boxe qui fonctionne par intermittence.

On regrette presque que le film ne lorgne pas vers davantage d'hémoglobine pour obliquer vers un pur produit de Catégorie III, un peu à la manière d'un Full Contact (Ringo Lam, 1992). Plus que la perte d'humanité qui caractérise le personnage principal, Coq de Combat s'achemine sur des thématiques qu'il esquisse avec beaucoup trop de parcimonie. Dans un univers régi par la loi du plus fort et la vindicte personnelle, le chemin du repentir est impossible pour Ryo. Le jeune homme fougueux et atrabilaire est condamné - bon gré mal gré - à rester la bête sauvage qu'il est devenu depuis le meurtre horrible de sa parenté. Mais, derechef, un tel syllogisme aurait mérité un bien meilleur cheminement, tout comme ces longues facondes qui consistent à disserter sur la connaissance de soi et de sa véritable force intérieure. Indiscutablement, le film de Soi Cheang ne restera pas dans les annales du noble Septième Art, mais le film pourra éventuellement séduire par son côté à la fois dissident et régressif, finalement à l'instar de son protagoniste primordial.

 

 

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

04 avril 2020

Porn of the Dead ("Porno Holocaust")

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Genre : horreur, gore, trash, extrême, pornographie (interdit aux - 18 ans) 
Année : 2006
Durée : 1h36

Synopsis : (1) Un homme kidnappe une femme pour la tuer sauf qu'il s'agit d'une zombie qui va abuser sexuellement de lui. Une fille se réveille d'un rêve érotique et voit un zombie entre ses jambes. Des zombies pervers surgissent sur le tournage d'un film porno et abusent de "l'actrice". Un scientifique pratique des expériences sur une zombie dénudée. Un mec tente d'abuser d'une femme zombie, mais c'est la morte-vivante qui abuse de lui (1). 

 

La critique :

Vous l'avez sans doute compris, tout du moins renâclé, voire subodoré. Depuis quelques jours, quelques semaines, Cinéma Choc se polarise sur l'univers des zombies décrépits. Comme nous l'avions déjà stipulé lors de la chronique de Retour à Zombieland (Ruben Fleischer, 2019, Source :), le registre "zombiesque" s'achemine sur plusieurs mouvances et intempérances. Que les adulateurs du blog (mais enfin, qui êtes-vous ?) se rassérènent. Via ce nouveau billet chronophage, nous ne commettrons pas l'offense d'itérer la genèse ni l'historique de sous-registre du cinéma horrifique.
Néanmoins, 
il sied tout de même de notifier que ce registre cinématographique a connu toute une kyrielle de mouvances et d'intempérances. Vers la fin des années 1960, George A. Romero apparaît comme l'une des figures proéminentes via La Nuit des Morts-Vivants (1968).

A l'époque, cette production impécunieuse rencontre à la fois les plébiscites et les acrimonies de circonstance. D'un côté, les thuriféraires adulent et divinisent une série B digressive et iconoclaste. De l'autre, les contempteurs brocardent et admonestent un long-métrage beaucoup trop âpre et virulent. Pour George A. Romero, les zombies claudicants préfigurent avant tout cette déréliction politique et sociétale dont est victime l'Oncle Sam depuis le début de la Guerre Froide. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma d'horreur américain, c'est un comédien Afro-Américain, un certain Duane Jones, qui tient le rôle principal. Non seulement l'acteur en déveine devra affronter les assauts incessants de morts-vivants affamés, mais il devra également ferrailler contre l'hostilité de ses propres congénères.
A postériori, George A. Romero corroborera ce tropisme pour la parabole sociétale avec la Trilogie des Morts.

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Ainsi, Zombie (1978), Le Jour des Morts-Vivants (1985) succèdent à La Nuit des Morts-Vivants. Opportuniste, George Romero poursuivra sur ce didactisme idéologique et sociétal via Le territoire des morts (2005), Chronique des morts-vivants (2008) et Le vestige des morts-vivants (2009). Mais, vers le milieu des années 1980, le public commence sérieusement à se lasser de toutes ces ellipses politiques et idéologiques. Ce dernier réclame et exige davantage de truculence. La requête est évidemment ouïe par les producteurs, et en particulier par Dan O'Bannon via Le Retour des Morts-Vivants (1985). Cette fois-ci, les zombies anthropophagiques oscillent davantage vers le gore et les rodomontades. A raison, George A. Romero fulmine.
Le Jour des Morts-Vivants est expressément phagocyté des salles obscures et en particulier par Le retour des morts-vivants, une série B qui toise les firmaments du box-office américain.

La métaphore sociologique ne fait plus recette et est sommée de s'évincer au profit de la fanfaronnade. Impression accréditée par la sortie, quelques années plus tard, de Braindead (Peter Jackson, 1992). Puis, six ans plus tard, le genre "zombie" adopte un point de vue anthropocentrique avec Moi, Zombie - Chronique de la Douleur (Andrew Parkinson, 1998). Puis, encore six ans plus tard, les morts-vivants optent pour le pittoresque et la comédie égrillarde avec Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004). Sur ces entrefaites, le genre "zombie" reluque incessamment vers les facéties et les goguenardises. Mais un autre courant alternatif surgit de cette pénombre évanescente. 
Il s'agit, entre autres, de coaliser les zombies et la pornographie ad nauseam, une mouvance qui avait déjà connu ses tous premiers ânonnements sous l'entregent de Joe d'Amato, un autre parangon du cinéma bis. 

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Pour souvenance, le cinéaste transalpin est l'auteur de Porno Holocaust (1981) qui, comme son intitulé l'indique, amalgame sans fard pornographie, lascivités et autres trivialités avec des morts-vivants satyriasiques. Dixit les propres aveux de Joe d'Amato lui-même, Porno Holocaust est un long-métrage de commande, tourné avec célérité et qui profite de la vague tonitruante et agencée par Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980). Contre toute attente, zombies et concupiscence constituaient de précieux alliés et pouvaient faire office de registres concomitants. Et figurez-vous que dans cette nouvelle catégorie, on trouve un certain nombre de productions adventices. Les aficionados n'omettront pas de mentionner des oeuvres telles que Dawna of the Dead (Laume Conroy, 2008), L.A. Zombie (Bruce LaBruce, 2010), World War XXX (?, 2015), Evil Head (Doug Sakmann, 2012), ou encore La fille à la fourrure (Claude Pierson, 1977). 

Vient également s'additionner Porn of the Dead, réalisé par la diligence (si j'ose dire...) de Rob Rotten en 2006. En outre, il est particulièrement ardu de glaner et de déceler des informations sur ce metteur en scène, si ce n'est que ce dernier est directement issu de l'univers pornographique, milieu dans lequel il a tout d'abord oeuvré en tant que performeur. A fortiori, Porn of the Dead constituerait sa toute première réalisation. A postériori, Rob Rotten réalisera The Texas Massacre Vibrator (2008) avant de disparaître subrepticement des écrans-radars. Pour ce dernier film susmentionné, il s'agit à la fois d'une parodie gore et d'une version alternative (et évidemment pornographique) de Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974). Vous l'avez donc compris.
De par ses influences, Rob Rotten semble avoir fait voeu d'obédience au "porno gore", une mouvance déjà amorcée par Joe d'Amato en son temps via l'inénarrable La Nuit fantastique des morts-vivants (1980) et poursuivie avec Porno Holocaust (déjà susdénommé dans ses lignes).

Ce tropisme pour le stupre et les bacchanales sera allègrement déployée par le cinéma trash germanique, en particulier par Andreas Bethmann. Des oeuvres telles que Rossa Venezia (2003), Exitus Interruptus (2006), Exitus 2 - House of Pain (2008), ou encore K3 - Prison of Hell (2009) sont autant de déclarations d'amour au "porno gore". Hélas, toutes ces productions subsidiaires n'ont guère convaincu les amateurs les plus patentés du cinéma déviant. Via Porn of the Dead, Rob Rotten a bien l'intention de rectifier cette tangente hélas descendante. Cette nouvelle forfaiture sur pellicule sera-t-elle apte - ou non - à coaliser porno, violence et autres lubricités de circonstance ? Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique...
La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Siera Sinn, Hillary Scott, Trina Michaels, Nikki Jett, Alec Knight, Trent Tesoro et Buster Good ; mais j'en doute... 

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Attention, SPOILERS ! (1) Un homme kidnappe une femme pour la tuer sauf qu'il s'agit d'un zombie qui va abuser sexuellement de lui. Une fille se réveille d'un rêve érotique et voit un zombie entre ses jambes. Des zombies pervers surgissent sur le tournage d'un film porno et abusent de "l'actrice". Un scientifique pratique des expériences sur une zombie dénudée. Un mec tente d'abuser d'une femme zombie, mais c'est la morte-vivante qui abuse de lui (1). Certes, via Porn of the Dead, Rob Rotten se montre tout de même un peu plus magnanime qu'Andreas Bethmann et sa pléthore de productions fastidieuses. Certes, Porn of the Dead accomplit doctement son office en matière de pornographie. Ici, toutes les positions sexuelles sont présentes, tel un catalogue ouvert.
Fellation, triolisme, gang bang, candaulisme et autre anulingus de circonstance font partie des tristes réjouissances.

Evidemment, la nécrophilie est de mise puisque le film expose sans fard des relations sexuelles (et consenties) entre un (ou une) zombie et un homme (ou une femme) nanti(e) de pulsions archaïques. Indubitablement, Porn of the Dead s'inscrit dans la grande tradition actuelle de la pornographie contemporaine, une vague déjà amorcée dès l'orée des années 2000, surtout avec l'essor d'Internet et des réseaux sociaux. Les copulations se déroulent invariablement dans la violence et sous les cris d'orfraie. Chaque éjaculation se conclut dans les orifices de la cavité buccale. Pour le reste, Porn of the Dead ne semble obéir à aucune direction artistique ni scénaristique.
Si, une fois de plus, le long-métrage de Rob Rotten se montre plutôt philanthrope en termes d'impudicités, Porn of the Dead se montre curieusement parcimonieux en termes de trash et d'érubescences exposées sur l'écran rougeoyant. Hormis une fellation virulente qui se termine par la castration d'un pénis turgescent, puis par une profusion d'hémoglobine qui éclabousse allègrement le faciès de la zombie gourgandine, pas grand-chose à se mettre sous la dent (façon de parler...). En l'état, Porn of the Dead ne ravira que les aficionados de pornographie brutale. 
Les autres n'y verront qu'un film extrême et supplémentaire, à peine sauvé par la vénusté de son casting féminin. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout...

 

 

Note : 07.5/20

(1) Synopsis du film sur : http://filmsdezombies.over-blog.com/2006/porn-of-the-dead.html

sparklehorse2 Alice In Oliver

03 avril 2020

Kaïro (Error 404_end reset_activation code GHOST)

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Genre : Horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)

Année : 2001

Durée : 1h54

 

Synopsis :

Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable. La victime a laissé un mystérieux message contenu dans une simple disquette. De toute évidence, celle-ci recèle un virus qui contamine ses utilisateurs et a de graves répercussions sur leur comportement. A Tokyo, l'inquiétude grandit au fur et à mesure que le virus se propage à travers les réseaux informatiques. Des petits groupes de jeunes gens tentent de résister, tandis que les disparitions se multiplient.

 

La critique :

L'année 1998. Une année fatidique pour le cinéma d'horreur japonais (encore lui !) grâce à l'explosion au box-office d'un film que Hideo Nakata réalisa. Son nom : Ring. Succès critique retentissant à la clé, cette oeuvre devenue majeure relança le genre du "kaidan movie" en s'arrogeant sans grande surprise le statut de film culte, d'incontournable de l'horreur et même de grand classique du Septième Art nippon contemporain. Avec Ring, la population redécouvre la peur distillée par la figure spectrale s'immisçant dans la vie de quidams confrontés bien malgré eux à sa toute puissante emprise. Quatre ans plus tard, le cinéaste récidivera avec l'excellent Dark Water.
Il était alors logique que d'autres cinéastes décident de marcher dans les traces de Nakata en espérant avoir eux aussi leur part du gâteau. Takashi Shimazu se fit connaître avec le diptyque Ju-On, tandis que Higuchinsky réalisa Uzumaki, adaptation du chef d'oeuvre éponyme réputé inadaptable de Junji Ito, l'un des maîtres du manga d'horreur. Dans la foulée, nous citerons également La Mort en Ligne, Marebito et Retribution parmi les longs-métrages notables. Evidemment, tous ces succès ne pouvaient échapper à un Hollywood chauviniste, décrépi et à court d'idées bien décidé à contenter les quelques beaufs américains qui ne peuvent visionner que des films américains créés par des américains, tournés par des américains, à destination des américains.

C'est ainsi que l'on a pu voir un florilège de remakes avec des suites inutiles à la clé. Ring, Ju-On et Dark Water sont autant de petits chefs d'oeuvre malmenés par l'Oncle Sam qui en a fait des produits formatés, prévisibles et crétins qui ont, malheureusement, fonctionné dans les salles obscures. Mais trêve de verbiages car aujourd'hui, c'est à Kaïro de bénéficier d'une chronique dans nos colonnes. Réalisé par Kiyoshi Kurosawa en 2001, il est l'un de ces produits à avoir fait exploser la popularité de l'horreur japonaise à l'international. S'il peut s'enorgueillir d'avoir été présenté dans la section "Un Certain Regard" à Cannes, il s'illustre dans divers festivals où il fait sensation.
Certains parlent d'un candidat de choix pouvant se mesurer à Ring. En dépit de sa réputation, il fut lui aussi l'une de ces tristes victimes du viseur hollywoodien qui signera en 2006 Pulse, un remake bidon et loin de l'esprit de l'oeuvre de Kurosawa, même si on lui félicitera une esthétique irréprochable. 

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ATTENTION SPOILERS : Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable. La victime a laissé un mystérieux message contenu dans une simple disquette. De toute évidence, celle-ci recèle un virus qui contamine ses utilisateurs et a de graves répercussions sur leur comportement. A Tokyo, l'inquiétude grandit au fur et à mesure que le virus se propage à travers les réseaux informatiques. Des petits groupes de jeunes gens tentent de résister, tandis que les disparitions se multiplient.

"Je pense que le Japon connaît actuellement une période de chaos. Le système des valeurs traditionnelles est en train de s’effondrer même si certains s’efforcent de le préserver à tout prix. Moi je pense au contraire que nous avons besoin d’un véritable renouveau. Et pour ce faire, il est nécessaire de passer par une destruction totale de tout cela". Cette citation aussi radicale que véridique sera le point d'orgue de Kaïro. Ici, il n'est plus question de faire émerger les fantômes de manoirs abandonnés, de tunnels obscurs ou de souterrains désaffectés. La mort va contaminer ce célébrissime et, désormais, indispensable réseau virtuel qui est Internet. A travers ce prisme original, Kurosawa va exprimer ses peurs, ses hantises d'un Japon traditionnaliste se transmuant en un pays high-tech où la technologie s'immisce lentement mais sûrement dans la vie de tous les citoyens.
Tokyo étant, de par sa situation de capitale, le centre névralgique des profondes mutations d'une société qui a tourné le dos à son éthique passée pour entrer dans une ère futuriste dont la priorité est bien sûr de faciliter en théorie la vie des japonais. La réalité est que la technologie a pris le contrôle en dévorant la ville et en vampirisant les personnes qui y ont prêté allégeance. Tel un virus, ce syndrome inexpliqué se propage insidieusement en faisant disparaître les gens qui ont eu le malheur de le croiser.

Cette disparition est, bien entendu, une métaphore car cet ultra modernisme génère dans son sillage une mécanique perverse de solitude. Le fait que l'on ne croisera quasiment que la génération adolescente ne tient pas du hasard. Elle est, en effet, la plus impactée par ces innovations sans précédent. La capacité de communiquer par Internet directement de chez soi avec les autres a eu pour effet d'enfoncer ces jeunes dans une situation d'exclusion sociale indirecte. L'identité de la jeunesse est troublée. Elle est privée de repères, existant de plus en plus dans le virtuel plutôt que dans le réel. Reclus dans leur appartement anxiogène, ils choisissent le dialogue à distance. Plus facile pour échapper au regard de l'autre, au jugement, à la peur de ne pas savoir répondre directement du tac-au-tac.
Ce processus les a aseptisés cérébralement au point que l'isolement en est devenu inéluctable, les faisant sombrer au stade d'otakus enfermés chez eux. Si les réseaux sociaux ne sont pas encore d'actualité, les plateformes de discussion ont fait office de prémisses pour bouleverser en profondeur la psychologie des adolescents. Internet est devenu l'instrument de la désocialisation.

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Cet isolement les menaçant causera leur perte définitive. En marge de la société, ils finissent par disparaître complètement dans ce vaste réseau informatique. Le fantôme est une conséquence de l'esprit désincarné du réel, de son enveloppe charnelle. Il traverse hagard la mégalopole, prisonnier à jamais de son passage dans un monde qu'il partage avec les autres désaxés. Cette contamination ne se fait pourtant pas en une seule étape. La personne ne disparaît pas immédiatement comme l'on pourrait s'y attendre. Après avoir touchée par le Mal, elle traîne son mal-être, ses douleurs psychiques jusqu'à disparaître définitivement en imprégnant le mur ou le sol d'une tâche noire fantomatique. Cette évolution est en accord avec le rythme de l'auto-exclusion. En touchant au virtuel, les individus en deviennent de plus en plus dépendants au point qu'ils ne songent plus qu'à rentrer chez eux pour s'asseoir devant leur écran d'ordinateur. Fréquenter la société hors de leur PC, entrer en contact direct avec les autres est une épreuve qu'ils n'ont plus envie d'endurer. Et quand toute la société est touchée, l'individualisme n'en est qu'une finalité logique. Certains, ne supportant plus leur condition, en viennent au suicide.
Bref, on est à des années-lumière de l'inanité de Pulse qui a complètement fait passer à la trappe tous ces passionnants et palpitants questionnements sur les dangers d'Internet. Kurosawa manie avec aisance ses sujets et ses dénonciations d'un Japon courant à sa perte.

De plus, le réalisateur ne tient pas à s'engoncer dans la pensée infantile de "faire peur pour faire peur". Il n'y a pas le moindre screamer. Tout passe par l'ambiance férocement glauque et la physique des fantômes qui arborent les traits humains. Rappel évident à leur condition d'exclus toujours humains ne partageant aucune accointance avec un physique démonologique. Apparaissant dans les limbes urbains tokyoïtes, ils ne sont ni hostiles ni vengeurs. Ils tentent d'entrer en contact avec les "survivants" pour les rallier à leur cause, dans le grand univers virtuel. Leurs traits flous et leur démarche saccadées ont souvent été rapprochées des peintures torturées de Francis Bacon. Ainsi, les passages épouvante sont sous tension, figeant l'espace et le temps de par leur puissance de choc.
Ils tapent là où il faut en enterrant les pellicules limitées hollywoodiennes qui ne voient leur semblant d'atmosphère horrifique qu'en éteignant la lumière. Ici, même en plein jour, la peur fonctionne. Toutefois, on pourra accuser à Kaïro certaines longueurs et un manque d'explication sur le scotch rouge à utiliser pour condamner les lieux frappés par la malédiction, ces "zones interdites". Certains critiqueront aussi le fait que la dynamique progressive des disparitions est éludée. 

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Kurosawa fera la part belle à une esthétique aux couleurs froides, ternes et sans once de chaleur à l'image finalement de cet enchevêtrement de buildings bétonnés, de routes grises et de friches industrielles au style délabré. Les décors sont vides de détails, amplifiant davantage la solitude de tout un chacun, perdu entre quatre murs, sous un ciel aussi fantomatique que les âmes en perdition. La caméra filme avec aisance et lenteur usant parfois d'un seul plan pour afficher l'horreur. On songe au suicide de cette femme du haut d'une grande cuve qui ne peut laisser indifférent par sa brutalité crue. Les bruitages sonores se chargeant de déranger le cinéphile. D'ailleurs, on tient là une composition musicale d'excellente facture atteignant son point culminant lors des séquences horrifiques.
Peut-être nous montrerons-nous plus circonspects sur la prestation des acteurs qui est passable mais ne cassera pas trois pattes à un canard. Nous citerons Kurume Arisaka, Masatoshi Matsuo, Shun Sugata, Kenji Mizuhashi et Masayuki Shionoya

Vous le savez, je n'ai jamais été un louangeur invétéré du Septième Art dédié à l'horreur et à l'épouvante que je trouve beaucoup trop limité dans son essence. La faute en incombant à ce gigantesque conglomérat de tâcherons se reposant beaucoup trop sur les modes, tendances et acquis. La faute aussi à leur manque évident de culture cinématographique, d'originalité, d'idées et d'audace. Pourtant, malgré toutes ces saillies, je suis toujours partant pour un film d'horreur bien au-dessus de la moyenne en termes de qualité. Chose que Kaïro remporte haut la main en offrant une expérience renversante de professionnalisme mâtiné d'un excellent second niveau de lecture. Chose bien trop rare dans un genre qui serait magistral si plus de thaumaturges y officiaient. Mais quoi que l'on en dise, les japonais confirment leur érudition du genre, leur intelligence à garder une peur constante sur la durée.
Certes, on ne tiendra pas le métrage qui hantera vos nuits mais il se montre suffisamment éloquent pour ne pas faire de votre visionnage une sinécure. Toujours est-il que sa sortie concomitante à la Bulle Internet de l'an 2000 ne tient pas du hasard. Kurosawa a déjà ciblé les failles et les dérives d'une telle utilisation. Et 19 ans après sa sortie, on ne peut que confirmer ses craintes. L'avènement des réseaux sociaux s'est plus que jamais chargé de renforcer la solitude, la frustration et la déconnexion d'une population jeune vivant de plus en plus uniquement à travers Facebook, Instagram et autres. Kaïro peut logiquement se revendiquer comme film précurseur d'une situation semblant être hors de contrôle. "La mort est un isolement éternel" entendra-t-on de la bouche d'un fantôme. Telle est la dialectique qui règne subrepticement sur des sites où les "like" d'attention se suivent et se ressemblent.

 

Note : 15/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

02 avril 2020

Dracula - 1992 (Le sang est la vie)

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans) 
Année : 1992
Durée : 2h08

Synopsis : En 1492, le prince Vlad Dracul, revenant de combattre les armées turques, trouve sa fiancée suicidée. Fou de douleur, il défie Dieu, et devient le comte Dracula, vampire de son état. Quatre cents ans plus tard, désireux de quitter la Transylvanie pour s'établir en Angleterre, il fait appel à Jonathan Harker, clerc de notaire et fiancé de la jolie Mina Murray. La jeune fille est le sosie d'Elisabeta, l'amour ancestral du comte... 

 

La critique :

A l'origine, "Dracula est un roman épistolaire de Bram Stoker qui narre les pérégrinations du comte Dracula, un vampire immortel qui se repaît du sang des vivants" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dracula), ces derniers se transformant à leur tour en créatures incubes et assoiffées par l'odeur de l'hémoglobine. En outre, le célèbre opuscule de Bram Stoker n'est pas la première oeuvre littéraire à évoquer le thème du vampirisme. Mais par sa stature, son passé, son histoire et son aura démoniaque, le comte Dracula devient - bon gré mal gré - une figure populaire.
Ce personnage n'est pas seulement une entité luciférienne qui se sustente du sang de ses malheureuses victimes, mais aussi une sorte de pestiféré, non seulement indésirable aux yeux de la société, mais également au jugement final, celui décrété par des forces indicibles et expiatoires.

Evidemment, un tel personnage ne pouvait pas escarper bien longtemps à l'oeil avisé et chevronné du noble Septième Art. Selon certaines sources, ce serait Nosferatu, le vampire (Friedrich Murnau, 1922) qui ferait figure de long-métrage d'avant-garde, même si certains thuriféraires évoquent une adaptation hongroise en guise de prélude, hélas non reconnue par la fille de Bram Stoker et malheureusement perdue dans les affres de la désuétude. Même l'oeuvre de Friedrich Murnau sera vouée à l'opprobre et aux gémonies au moment de sa sortie. Dépité, le metteur en scène germanique se doit d'oblitérer l'intitulé du film. Ainsi, Dracula se transmue en Nosferatu.
Dans le film de Murnau, le vampire est à la fois synonyme de malheur et de peste noire, annonçant des jours peu cléments pour notre Humanité en décrépitude.

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A l'époque, l'Allemagne ressort d'une défaite cinglante après la Première Guerre mondiale. Quelques décennies plus tard, le chef d'oeuvre de Friedrich Murnau fera l'objet d'un remake, Nosferatu, le vampire de la nuit (Werner Herzog, 1979). On ne compte même plus les adaptations de Dracula au cinéma. Sous l'aval des studios Universal, le vampire connaît plusieurs adaptations cinématographiques, notamment le bien nommé Dracula (Tod Browning, 1931), La Marque du Vampire (Tod Browning, 1935), La maison de Dracula (Erle C. Kenton, 1945), ou encore Deux nigauds contre Frankenstein (Charles Barton, 1948). Puis, la firme britannique la Hammer produit toute une pléthore de versions cinéphiliques, entre autres Le cauchemar de Dracula (Terence Fisher, 1958), Les maîtresses de Dracula (Terence Fisher, 1960), Dracula, prince des ténèbres (Terence Fisher, 1966), Dracula et les femmes (Freddie Francis, 1968), ou encore Dracula vit toujours à Londres (Alan Gibson, 1973).

Mais vers le milieu des années 1970, la Hammer a perdu de sa verve et de sa luminescence. Ainsi, le célèbre comte vampirique se retrouve dévoyer et fourvoyer sous toutes les coutures, que ce soit sous l'angle de la parodie ubuesque (Les Charlots contre Dracula, Jean-Pierre Vergne, 1980), la Blackexploitation (Dracula, le vampire noir, William Crain, 1972), ou encore sous le versant lascif voire érotique (Du sang pour Dracula, Paul Morrissey, 1974). Parfois encore, on décèle, çà et là, quelques adaptations qui font voeu d'allégeance au matériel originel.
C'est par exemple le cas de Les Nuits de Dracula (Jesùs Franco, 1970). Enfin, dans le film Dracula et ses femmes vampires (1974), le réalisateur, Dan Curtis, attribue au vampire une idylle amoureuse, hélas condamnée à disparaître dans la pénombre (Source : https://www.cineclubdecaen.com/analyse/draculaetlesvampiresaucinema.htm).

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C'est cette ixième version, en l'occurrence, que va retenir Francis Ford Coppola pour son célèbre Dracula, sorti en 1992. Pour l'anecdote superfétatoire, le projet remonte à 1977. Déjà, à l'époque, le scénariste James V. Hart envisage de conférer une dimension à la fois esthétique, romantique et érotique au célèbre vampire (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dracula_(film,_1992). Mais le projet est différé à maintes reprises. Aucun studio n'est intéressé par ce scénario sur fond d'historiette amoureuse. Puis, vers l'orée des années 1990, Francis Ford Coppola tombe aléatoirement sur le script de James V. Hart et souhaite l'adapter au cinéma. Bonne pioche pour le cinéaste !
Non seulement, Dracula se solde par un succès pharaonique lors de son exploitation en salles, mais le film est également encensé, voire adoubé par des critiques unanimement panégyristes.

Certains laudateurs évoquent déjà un film culte, voire même un classique de l'épouvante en devenir. Mieux le long-métrage s'octroie plusieurs récompenses sérénissimes, notamment les Oscars des meilleurs costumes, du meilleur montage sonore et des meilleurs maquillages. Reste à savoir si Dracula mérite - ou non - de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique. La distribution du film se compose de Gary Oldman, Keanu Reeves, Winona Ryder, Anthony Hopkins, Richard E. Grant, Sadie Frost, Cary Elwes, Billy Campbell, Tom Waits, Jay Robinson et Monica Bellucci.
Attention, SPOILERS ! En 1492, le prince Vlad Dracul, revenant de combattre les armées turques, trouve sa fiancée suicidée. Fou de douleur, il défie Dieu, et devient le comte Dracula, vampire de son état. Quatre cents ans plus tard, désireux de quitter la Transylvanie pour s'établir en Angleterre, il fait appel à Jonathan Harker, clerc de notaire et fiancé de la jolie Mina Murray. La jeune fille est le sosie d'Elisabeta, l'amour ancestral du comte... 

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Indubitablement, cette version des années 1990 possède un certain nombre d'arguties dans sa besace. Déjà, ce long-métrage peut s'enorgueillir de la présence de Francis Ford Coppola derrière la caméra, un éminent cinéaste qui compte déjà la trilogie de Le Parrain et surtout Apocalypse Now (1979). De facto, il serait parfaitement futile de revenir ou de s'appesantir sur la filmographie de ce réalisateur voluptuaire. Selon certains thuriféraires, Dracula constituerait sa dernière absoute, voire son ultime oraison funèbre, tout du moins son dernier grand film en l'honneur du Septième Art. Depuis, Coppola est retombé - plus ou moins - dans ses travers.
En sus, cette adaptation peut à la fois s'enhardir d'un budget dispendieux et d'un casting mirobolant. Certes, en tant que maestro, voire virtuose de la caméra, Francis Ford Coppola fait montre de componction et d'un certain raffinement.

Rien à redire sur la photographie sublime, ainsi que sur la somptuosité des décors. Mais une telle esthétique, aussi clinquante ou remarquable soit-elle, ne fait pas nécessairement un bon film. En l'état et nonobstant des critiques unanimement dithyrambiques, Dracula n'est pas exempt de tout grief. Force est de constater que le film de Coppola soudoie le matériel d'origine et qu'il n'entretient presque aucune corrélation avec l'opuscule de Bram Stoker. Néanmoins, Coppola aspirait à davantage de romantisme et transmute son vampire en monstre vindicatif, désireux de préempter celle qu'il a aimé jadis. Sur ces entrefaites, Dracula souffre de nombreuses chutes de rythme, hélas préjudiciables à la qualité erratique du film. Si Gary Oldman fait vaguement illusion dans le rôle du comte vampirique, les seconds rôles sont à la peine. Mention spéciale à Keanu Reeves et à Winona Ryder, dont les simples présences suintent l'inanité et la vacuité. Et même sur le plan esthétique (bis repetita), Francis Ford Coppola joue la carte de l'outrance. Devant cette adaptation cinématographique, Bram Stoker se retournerait sans doute dans ses propres sépulcres. In fine, Francis Ford Coppola omet d'étayer et d'affiner certaines thématiques pourtant captivantes, notamment sur ce sang à la fois synonyme de vie et d'ultime trépas.
Vous l'avez donc compris. Si Cinéma Choc reconnaît les qualités indubitables et esthétisantes de cette version des années 1990, votre site favori (rires !) ne prise guère cette version. La note finale fera sans doute polémique...

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver


01 avril 2020

Retour A Zombieland (Les zombies ont évolué)

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Genre : horreur, épouvante, comédie 
Année : 2019
Durée : 1h39

Synopsis : Le chaos règne partout dans le pays, depuis la Maison Blanche jusqu’aux petites villes les plus reculées. Nos quatre tueurs doivent désormais affronter de nouvelles races de zombies qui ont évolué en dix ans et une poignée de rescapés humains. Mais ce sont les conflits propres à cette « famille » improvisée qui restent les plus difficiles à gérer… 

 

La critique :

Que les adulateurs de Cinéma Choc (mais enfin, qui êtes-vous ? Et si vous existez, merci de lever la main !) se rassérènent. A travers cette chronique fastidieuse (un pléonasme...), nous ne commettrons pas l'offense d'itérer la genèse ni l'historique de l'horreur "zombiesque" puisque nous l'avons déjà réitéré à moult reprises. Néanmoins, il sied tout de même de notifier que ce registre cinématographique a connu toute une kyrielle de mouvances et d'intempérances. Vers la fin des années 1960, George A. Romero apparaît comme l'une des figures proéminentes via La Nuit des Morts-Vivants (1968).
A l'époque, cette production dispendieuse rencontre à la fois les plébiscites et les acrimonies de circonstance. D'un côté, les thuriféraires adulent et divinisent une série B digressive et iconoclaste. De l'autre, les contempteurs brocardent et admonestent un long-métrage beaucoup trop virulent.

Pour George A. Romero, les zombies putrescents préfigurent avant tout cette déréliction dont est victime l'Oncle Sam depuis le début de la Guerre Froide. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma d'horreur américain, c'est un comédien Afro-Américain, Duane Jones, qui tient le rôle principal. Non seulement l'acteur en déveine devra affronter les assauts incessants de morts-vivants affamés, mais il devra également ferrailler contre l'hostilité de ses propres congénères. A postériori, George A. Romero corroborera ce tropisme pour la parabole sociétale avec Zombie (1978), Le Jour des Morts-Vivants (1985), Le territoire des morts (2005), Chronique des morts-vivants (2008) et Le vestige des morts-vivants (2009). Mais, vers le milieu des années 1980, le public commence sérieusement à se lasser de toutes ces ellipses politiques et idéologiques.

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Ce dernier réclame et exige davantage de truculence. La requête est évidemment ouïe par les producteurs, et en particulier par Dan O'Bannon via Le Retour des Morts-Vivants (1985). Cette fois-ci, les zombies anthropophagiques oscillent davantage vers le gore et les rodomontades. Impression accréditée par la sortie, quelques années plus tard, de Braindead (Peter Jackson, 1992). Puis, six ans plus tard, le genre "zombie" adopte un point de vue anthropocentrique avec Moi, Zombie - Chronique de la Douleur (Andrew Parkinson, 1998). Puis, encore six ans plus tard, les morts-vivants optent pour le pittoresque et la comédie égrillarde avec Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004).
Sur ces entrefaites, le genre "zombie" reluque incessamment vers les facéties et les goguenardises. Les amateurs patentés de ce sous-registre du cinéma d'exploitation n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Dead Snow (Tommy Wirkola, 2009), Cockney vs Zombies (Matthias Hoene, 2012), Fido (Andrew Currie, 2006), ou encore Doghouse (Jack West, 2009) parmi les métrages notables et éventuellement notoires.

Vient également s'additionner Bienvenue à Zombieland (Ruben Fleischer, 2009). Au moment de sa sortie, Bienvenue à Zombieland devient la nouvelle égérie de la comédie version "zombies". Non seulement, le long-métrage toise les firmaments du box-office américain, mais devient la coqueluche des critiques, ainsi que de la presse spécialisée. Pourtant, rien de neuf à l'horizon si ce n'est une ixième contamination et une nouvelle apocalypse (toujours la même antienne...) qui a ravagé le monde et transformé les humains en zombies décrépits. Mais le film joue la carte de la bouffonnerie via la rencontre improbable entre des héros d'infortune et Bill Murray "himself".
Sans cette saynète, il est vrai rocambolesque, Bienvenue à Zombieland n'aurait probablement pas reçu de tels dithyrambes.

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Du surcroît, le film peut également escompter sur une bande de joyeux drilles, en particulier sur ce quatuor qui coalise Woody Harrelson, Jesse Eisenberg, Emma Stone et Abigail Breslin. Après le succès pharaonique de Bienvenue à Zombieland, les producteurs envisagent rapidement de financer une suite consécutive, mais le projet est plusieurs fois prorogé. Plusieurs scénarii sont alors augurés, mais les acteurs ne semblent guère enthousiastes à l'idée de tourner un second chapitre tautologique. Que soit. Après d'interminables louvoiements et atermoiements, Retour à Zombieland voit finalement le jour en 2019. Le film est toujours réalisé par la diligence de Ruben Fleischer.
Evidemment, Woody Harrelson et ses trois fidèles prosélytes répondent doctement à l'appel.

Viennent également s'agréger Rosario Dawson, Zoey Deutch, Avan Jogia, Thomas Middleditch et Luke Wilson. A noter aussi le caméo de Bill Murray. Contrairement à son auguste homologue, Retour à Zombieland reçoit un camouflet, que ce soit de la part des critiques, plutôt partagées en l'occurrence, ou d'un point de vue pécunier. Reste à savoir si cette suite justifie - ou non - qu'on s'y attarde. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Attention, SPOILERS ! Le chaos règne partout dans le pays, depuis la Maison Blanche jusqu’aux petites villes les plus reculées.
Nos quatre tueurs doivent désormais affronter de nouvelles races de zombies qui ont évolué en dix ans et une poignée de rescapés humains. Mais ce sont les conflits propres à cette « famille » improvisée qui restent les plus difficiles à gérer…

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Pour ceux qui prisent et affectionnent les zombies anthropophagiques, ils auraient sans doute raison de gloser et de pérorer contre le premier volet. On omet souvent de le dire et de mentionner, mais Bienvenue à Zombieland n'a strictement rien inventé. Certes, le premier film de Ruben Fleischer se démarquait par sa bonhommie générale. Le metteur en scène s'échinait à décortiquer les relations entre ses divers protagonistes. Les morts-vivants ne sont, in fine, que des personnages subsidiaires. Rien n'a changé depuis Bienvenue à Zombieland. Opportuniste, Retour à Zombieland s'ingénie à psalmodier une formule qu'il espère gagnante.
Une hérésie... Certes, on a plaisir à retrouver Tallahassee (Woody Harrelson) et sa bande. Certes, cette suite peut toujours escompter sur les trouvailles et les finauderies de Ruben Fleischer.

Certes, on se surprend encore à s'esclaffer devant certaines péripéties à la lisière de l'amphigourie. Mais sur la forme comme sur le fond, Retour à Zombieland se contente de paraphraser son illustre devancier. Mieux, Ruben Fleischer évince Abigail Breslin et envoie l'actrice lutiner et s'acoquiner avec un toxicomane. Une chimère... Sur ces entrefaites, le cinéaste privilégie le duo formé par Woody Harrelson et Jesse Eisenberg. Indubitablement, le duo, très en forme pour l'occasion, éreinte le casting féminin, peu en verve pour l'occasion. Seule la présence, hélas élusive, de Rosario Dawson permet de redorer le blason à cette suite soporative. Retour à Zombieland souffre des mêmes carences que son antécesseur. Derechef, le chaos décrié est, in fine, peu explicité ; finalement à l'instar de ces zombies tonitruants et "affectueusement" susdénommés les T-800.
Mais au moins, contrairement au premier volet, Retour à Zombieland se montre un peu plus magnanime et inventif lorsqu'il s'agit d'estamper et de rudoyer les morts-vivants revanchards. C'est presque le seul changement prodigué par un Ruben Fleischer en mode pilotage automatique. En résumé, les zombies ont évolué. Telle pourrait être l'exégèse dilatoire de Retour à Zombieland. Certes, les amateurs de la première heure seront en terrain connu et quasiment conquis. Les autres n'y verront qu'un long-métrage aseptisé et formaté pour flagorner le plus grand nombre. Allez, par clémence et à l'aune d'une concurrence apoplectique en la matière, cette suite mérite - à peine - une mention passable.

 

Note : 10.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

31 mars 2020

Prochainement sur Cinéma Choc

Comme l'indique le titre de ce nouvel article, voici sans plus attendre les films à venir dans les prochains jours, prochaines semaines et prochains mois sur Cinéma Choc. Pour chaque film, j'ai précisé quel serait l'intitulé de la chronique entre parenthèses.

 

Alienator (Tout est dans le titre du film... Un mélange entre Alien et Terminator)
Annabelle 2 - La Création du Mal (L'orphelinat de la terreur)
Aquaman (L'unificateur de nos deux mondes)
L'Arme Fatale - 1987 (Le job n'attend pas)

La Baie Sanglante (Tuera bien qui tuera le dernier) : chronique de Taratata
Banned From Television 
(Toute la violence du monde...)
La Barrière de Chair 
(Tokyo année zéro) : chronique de Taratata
Bastard
 - 2015 (Wrong Turn : Détour Mortel)
The Bay 
(Larves de parasites)
Black Panther 
- 2018 (Le nouveau roi du Wakanda)
The Boy - 2016 (Brahms, la poupée de sang)
Brightburn - L'Enfant du Mal (Prendre le monde)

Cabin Fever 2 - Spring Fever (Retour perdant pour la fièvre noire)
Capture Kill Release (August Underground Mordum)
Le Cercle des Poètes Disparus (Carpe diem : profite du jour présent)
Child Of Rage - A Story Of Abuse
 (Genèse et anamnèse des troubles psychopathiques) 
Chronopolis (Ad vitam aeternam) : chronique de Taratata
Claycat's The Thing (The Thing résumé en deux minutes...)
Color Me Blood Red
 (Un baquet de sang)
Coq de Combat (Connaître sa véritable force intérieure)

Death Bell (Un examen assez particulier)
La Dernière Tentation du Christ
 (Briser les chaînes du mal)
Le Diable - 1972 (Monde de tourments) : chronique de Taratata
Doctor Strange 
(Oubliez tout ce que vous croyez)
Dracula
 - 1992 (Le sang est la vie)
Dredd - 2012 (L'heure du jugement est venue)

Extremely Wicked, Shokingly And Vile (Ted Bundy, portrait d'un serial killer)

La Femme Insecte (Au service de ma chaire patrie) : chronique de Taratata
Femmes Démon - She Demons (L'île aux animaux humains)

Ghostland (Petites poupées défigurées) : chronique de Taratata
Guilty Of Romance ("Je m'immobilise dans tes larmes") : chronique de Taratata

Happy Birthdead (Aujourd'hui est le dernier jour du reste de ta vie)
Harlequin 
- 1980 (Quelle magie est la plus forte ?)
Haute Sécurité - 1989 (Rocky Balboa chez les taulards)
Hooligans 3
 (Undisputed : un seul deviendra invincible)

Inside Man - L'Homme de l'Intérieur (Le braquage de banque parfait)
Invisible Man - 2020 (Stalker : l'homme sans ombre)
Ip Man 4
(L'ultime retour du grand maître)

La Jeunesse de la Bête (Mystérieuse fleur rouge) : chronique de Taratata
Junk
 - 2000 (Re-Animator, la version asiatique)

Kaïro (Error 404_end reset_activation code GHOST) : chronique de Taratata
Kaldalon (Islande subliminale) : chronique de Taratata
Kick-Ass (Le monde est plein de super-héros)
Kick-Ass 2 ("Justice forever !")

Mamma Roma (Le tiers-monde, partie 2) : chronique de Taratata
Manhunt
 - 2008 (Délivrance, la version norvégienne)
Men Behind The Sun 3 - A Narrow Escape (Les horreurs de l'Unité 731 : entre rémanences et réminiscences)
Le Météore de la Nuit (Strangers from outer space)
Mondo Cane 2000 (Un monde de chiens ou alors un monde de sauvageons ?)
Monsieur Klein (Le vautour transpercé d'une flèche)

Naked Vengeance (I piss on your corpse and I spit on your grave)

Ouija - Les Origines (Ne jamais jouer seul)

La Panthère Noire - 1977 (Froid, clinique, méthodique, radical...)
Paramedics 2 
(La mort ne tient qu'à un fil)
Patchwork (Le retour de la fiancée de Frankenstein)
La Pendaison (R comme rescapé) : chronique de Taratata
Phantom Love
 (Soupirs sexuels) : chronique de Taratata
Planète Terreur (Le film suivant est déconseillé aux mineurs)
Porn of the Dead ("Porno Holocaust")
Le Prestige (Chaque tour de magie comporte trois parties)

Retour A Zombieland (Les zombies ont évolué)
Running In Madness, Dying In Love
 (Nous nous battrons jusqu'au bout) : chronique de Taratata

Severance (L'esprit d'équipe est indispensable en entreprise)
Sexual Parasite - Killer Pussy 
(Infection sexuellement transmissible d'origine protozoaire)
Snatchers
 - 2019 (Monstres arachnéens)
Le Soldat Dieu (Kyuzo s'en- va-t-en guerre) : chronique de Taratata
Spartacus - 1960 ("Ceux qui vont mourir vous saluent")
Le Syndrome de Stendhal
 (Maintenant qu'il connaît le goût du sang, il ne s'arrêtera pas) : chronique de Taratata

Tremors 6 - A Cold Day In Hell (Les graboïdes ne sont plus en hibernation)
La Troisième Partie de la Nuit (Et les Sept Trompettes sonnèrent dans le plus grand chaos) : chronique de Taratata
Les Tueurs de l'Eclipse (Petits garnements au visage de poupin)

Ultime Combat - Deadly Prey (Rambo - Bad Blood)
Un Baquet de Sang - 1959 (Désintégration du genre humain)

Vendredi 13 - Chapitre 4 : Chapitre Final (Mais non, Jason Voorhees n'est pas mort !) 
Vierges Pour le Bourreau (La vengeance implacable du bourreau sanguinaire)

X-Men - Dark Phoenix (X-Men - Dark Fate)

25 Novembre 1970, le jour où Mishima choisit son destin (Gloire au nationalisme ethnique) : chronique de Taratata

 

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L'Evangile selon Saint Matthieu (Que ton nom soit sanctifié)

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Genre : Drame, historique

Année : 1964

Durée : 2h17

 

Synopsis :

La vie du Christ selon Saint-Matthieu et Pier Paolo Pasolini. Une reconstitution fidèle de l'Evangile.

 

La critique :

Non, ne me dites pas que vous n'avez jamais entendu parler de Pier Paolo Pasolini sur ce blog ! Depuis le temps où je vous accable de sa filmographie, vous devriez avoir l'habitude d'y tâter et de cerner son oeuvre majeure relativement snobée par une quantité non négligeable de profanes qui n'ont guère été plus loin que son légendaire Salo ou les 120 Jours de Sodome. Le hype autour et sa réputation justifiée d'oeuvre difficilement soutenable est toujours aussi prégnante. Les acrimonies critiques, le dégoût de certains qui n'y ont vu qu'un bête étalage de sévices sans daigner explorer en profondeur son oeuvre manifeste ont conféré à Pasolini une aura de bête enragée. Pourtant, aussi révolutionnaire marxiste qu'il soit, le réalisateur aime dire des choses et dénoncer avec grande intelligence ce qu'il juge amoral à commencer par l'échec d'une Italie post-WWII qui n'a pas réussi son soulèvement économique.
Critique envers la bourgeoisie dont il est issu, dégoûté du fascisme qui le renvoie à son père qui fut adhérent à la doctrine de Mussolini, athée dans l'âme, Pasolini est un personnage complexe mais oh combien fascinant. Alors quand il se décide à adapter de manière frontale l'épopée de la vie de Jésus Christ, on ne peut détourner le regard. Le projet cristallise les passions, assène un choc prématuré chez les catholiques. Notons que l'Italie était encore énormément influencée par l'Eglise catholique. Un athée qui fait un film religieux. Etonnant et inquiétant ! 

Pourtant, le cinéaste ne va pas s'engoncer dans la spirale facile et putassière d'un réquisitoire sur l'influence d'un ami imaginaire mais va s'évertuer à retranscrire avec la plus grande fidélité possible un passage crucial de la Bible allant de la naissance de Jésus jusqu'à sa résurrection. En voulant s'attirer les faveurs de l'Eglise, Pasolini déboussole ses partisans, en partie de gauche, qui prendront vite leurs distances du fait qu'il ne tient qu'à raconter une histoire sacrée sans prendre parti. Il ne change pas une ligne de l'Evangile et demande conseil à des théologiens pour toute une série de détails dont les caractéristiques physiques des apôtres. On pourrait s'attendre au scandale lors de sa sortie mais pas vraiment. Si la réception est contrastée, la polémique ne sera pas aussi virulente qu'attendue.
Tout au plus, des néo-fascistes qui troubleront la projection du film à Venise. L'Eglise acquiesce la respectabilité de l'oeuvre et les récompenses tombent dont le prix de l'Office Catholique International. En tout cas, la critique gauchiste à côté de la plaque est on ne peut plus circonspecte sur un tel choix. En termes de scandale, on reste donc à des années-lumière de La Passion du Christ et des incendies de La Dernière Tentation du Christ. Cité parmi les grands classiques du cinéma religieux, bienvenue dans L'Evangile selon Saint Matthieu !

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ATTENTION SPOILERS : La vie du Christ selon Saint-Matthieu et Pier Paolo Pasolini. Une reconstitution fidèle de l'Evangile.

Rappelons les grandes lignes de cet Evangile. Un ange vient annoncer à Joseph le charpentier que sa femme, Marie, attend un enfant qui n'est autre que Jésus le fils de Dieu. C'est Jean-Baptiste qui le fait Christ. Une fois grand, Jésus parcourt le territoire de Judée, prêchant la parole de Dieu le Père tout en accomplissant des miracles. En arrivant à Jérusalem, il défie les juifs qui sont les puissants maîtres des lieux. Traqué, il se recueille une dernière fois au Mont des Oliviers avant d'être arrêté. Trahi par Judas, il est condamné au chemin de croix pour finir crucifier sur le Golgotha. Son cri sur la croix fait s'écrouler les murs de Jérusalem comme si une force en dehors de toute explication humaine s'était insérée dans ses ondes sonores. Après sa mort, soit trois jours après, le miracle a lieu.
Jésus a ressuscité et la porte de la sépulture où il reposait éclata. Clap de fin ! Tout le défi est bien sûr de promouvoir la véracité de toutes ces étapes cruciales de la Bible. Guère de surprise alors sur la réussite formelle et intellectuelle de L'Evangile selon Saint Matthieu. Pasolini détruit les peurs des uns et des autres une à une. La lecture critique digne des plus virulents athées n'est aucunement présente. Chaque "chapitre" de la vie du Christ est réalisé avec précision sans ne jamais trop s'éterniser. A ce niveau, les 2h20 se succèdent sans discontinuer, ne voyant jamais de passages à vide. Nous voilà donc débarqués il y a 2020 ans dans un paysage aride où la pauvreté et l'austérité sont omniprésentes.

La laïcité est encore une notion imaginaire car la religion est ce qui dicte le monde. Les sociétés ne semblent pas être construites sur un socle politique mais sur l'emprise d'un être tout puissant affilié à la religion voyant d'un très mauvais oeil les croyances émergentes et extérieures à sa doctrine. Le christianisme naissant est déjà mis à mal lors de l'envahissement des juifs sur le territoire de Joseph et de Marie. Loin de toute grandiloquence propre aux péplums, sa vision n'en est pourtant qu'infernale. Les violences et les exécutions d'enfants sont brutales, radicales. Est-ce que leur Dieu a-t-il un jour revendiqué le massacre d'êtres innocents ? On se permet fort de douter de la positivité d'une telle question. Mais comme dit avant, il n'y a aucune velléité de tancer l'un ou l'autre parti car tel était ce temps lointain. Nous suivons Jésus, entouré de ses disciples, qui n'a de cesse de parcourir ces contrées pour enseigner les commandements divins. Il ne s'agit pas de recourir à une incitation insidieuse à la conversion.
Le Christ laisse les gens libres de leur foi sans les obliger à se rallier à sa cause. Pasolini inscrit son oeuvre dans une démarche heuristique où la polarisation ne se fait pas sur l'enfant de Dieu en lui-même mais sur tout ses dires et citations tels "Tu ne tueras point", "Tu aimeras ton prochain" ou "La foi peut déplacer des montagnes".

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L'Evangile selon Saint Matthieu revêt les oripeaux d'un film éducatif, documentaire et naturiste. On songe à cette longue séquence bardée d'ellipses où les proclamations de Jésus se font sans discontinuer, invitant plus que jamais à l'analyse plutôt qu'à la simple observation orale. Pasolini humanise sa figure oecuménique qu'il éloigne de sa présence intouchable et irréelle. Point d'importance qui lui sied entièrement, la désacralisation des faits passés permet de crédibiliser l'ouvrage. Nous songeons bien sûr à la crèche voyant l'avènement du Christ mais aussi à la Cène qui prennent ouvertement leurs distances avec les icônes bibliques, les gravures ancestrales et reliques chrétiennes sublimant l'épopée du Seigneur qui est avant tout la marche inéluctable vers sa propre fin, côtoyant une patrie qui le fera sombrer. En atteste sa phrase "Un prophète est toujours méprisé dans sa patrie et dans sa propre maison". Ce ne sera pas une influence extérieure qui l'amènera à la crucifixion mais bien le peuple qu'il a fréquenté et envers qui il a accompli ses miracles. La scène de l'homme défiguré redevenu beau par une ellipse est explicite. Ces ellipses étant essentielles pour s'éloigner d'une grandiloquence artificielle à base de CGI de mauvaise tenue.

Au film de grande ampleur façon péplum, le réalisateur préfère une histoire humaine empreinte d'humilité et de sincérité. Prostituer l'histoire de Jésus au capitalisme est justement quelque chose que le Christ lui-même aurait condamné. D'une certaine façon, Pasolini se rapproche d'une effigie ascétique préférant la rigueur financière aux longs étalages de pécunes, désapprouvés à n'en point douter par Jésus. Cette dimension monétaire est obligatoirement retrouvée avec l'allégorie du temple que certains contempteurs pourraient voir comme une instrumentalisation du religieux au service d'un cinéaste marxiste opposé à la bourgeoisie. En effet, elle est l'hypotypose parfaite du rejet du consumérisme qui est, par son essence, consubstantiel du capitalisme. La circonspection est de mise pour savoir si Pasolini a choisi d'intégrer cette séquence par son importance ecclésiastique ou pour faire passer un message personnel. Dans un cas comme dans l'autre, interpellation il y a.
De même, on s'interroge sur la dialectique prônée quand, en face, on a le retentissement du Christ disant qu'il n'est pas venu apporter la paix mais le glaive. Bellicisme caché que le cinéaste dénonce, certains diront.

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Une fois encore, Pasolini confirme son attrait pour la recherche esthétique et la mise en scène riche en symbolique. Les décors à perte de vue et les villages d'époque offrent un rendu dépaysant, contribuant à une petite plongée dans le temps pour revenir en ces temps troubles. D'abord parti pour Israël et la Jordanie pour effectuer des repérages, il se montre frappé par l'industrialisation de ces terres évangéliques qui le poussent à faire dérouler son récit dans l'Italie du Sud et la Sicile. Multipliant les divers cadrages, L'Evangile selon Saint Matthieu utilise tantôt des plans aérés sur les décors environnants, tantôt des gros plans jusqu'à satiété sur le visage des personnages. Lors d'un passage, la tête de Jésus devient la caméra, donnant au cinéphile l'impression de s'exprimer face à la foule. On est donc à des années-lumière du péplum qui fait la part belle aux paysages majestueux.
La composition musicale est toujours aussi hétéroclite alternant musique classique, chants africains ou russes. Ce que l'on pourrait voir comme un salmigondis fonctionne étonnamment bien. Enfin, le réalisateur a décidé de mettre en avant des acteurs non professionnels. La directive ? Être tout simplement soi-même. Et ça marche plutôt bien dans l'ensemble, bien que certains n'offriront pas de grande prestation. Les disciples, par exemple, manqueront parfois un peu de conviction. Au casting, nous retrouverons Enrique Irazoqui, Margherita Caruso, Susana Pasolini (la mère du réal), Marcello Morante, Mario Socrate, Settimio Di Porto, Alfonso Gatto et Luigi Barbini

En conclusion, nous pouvons voir en L'Evangile selon Saint Matthieu l'une des meilleures créations de son auteur qui filme avec beaucoup de pudeur, de retenue et d'honnêteté, compte tenu de ses rapports difficiles avec le christianisme et la religion en général. Il éclate le mythe hollywoodien, la fausse sublimation, la construction superficielle pour se ramener au vrai écrabouillant les représentations eronnées que nous nous faisons parfois de la vie du Christ. Malgré le budget que l'on estime peu élevé, la crédibilité est totale. Notre à priori est ainsi détruit par un Pasolini très en forme qui, s'il se montre très critique, n'a jamais fait preuve d'irrespect envers ceux qui ne partageaient pas les mêmes convictions que les siennes. Une vision de la vie qui manque cruellement aujourd'hui où l'on a parfois tendance à juger quelqu'un sur ses opinions politiques avant de voir la personne en elle-même.
Immanquable du cinéma du genre, passionnant sur toute sa durée, réfutant tout voyeurisme mortifère lors du périple de Jésus, L'Evangile selon Saint Matthieu peut se hisser comme pellicule majeure du cinéma transalpin et comme témoignage cinématographique de l'Histoire. Et 2020 ans plus tard, le récit du Seigneur n'a rien perdu de sa puissance de frappe, pour le meilleur et parfois pour le pire. 

 

Note : 16/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

30 mars 2020

La Quatrième Dimension - Solitude (Voyage vers le subconscient)

quatrième dimension solitude

Genre : fantastique
Année : 1959
Durée : 25 minutes

Synopsis : (1) Un homme, seul et amnésique, erre depuis quelque temps dans une petite ville abandonnée. Son angoisse augmente au fur et à mesure qu'il constate qu’il est le seul être vivant de cet endroit énigmatique, malgré des traces évidentes d'activité humaine très récente. Comment est-il arrivé ici ? La ville est-elle réellement déserte ? L'homme finit par craquer nerveusement et l'expérience s'arrête : c'étaient des militaires qui testaient sa résistance au confinement en vue de vols spatiaux vers la Lune et l'isolement lui a causé des hallucinations (1).

 

La critique :

 

"Il existe une dimension au-delà de ce qui est connu de l'Homme ; c'est une Dimension aussi vaste que l'Univers et aussi éternelle que l'Infini : elle est à la croisée de l'ombre et de la lumière, de la science et de la superstition, elle est le point de rencontre des ténèbres crées par les peurs ancestrales de l'Homme et de la lumière de son savoir, c'est la dimension de l'imagination, un domaine que nous avons baptisé... La quatrième dimension"Telle est la longue emphase liminaire de la série La Quatrième Dimension, soit The Twilight Zone dans l'idiome de William Shakespeare.
Produite entre 1959 et 1964, cette série télévisée fantastique et d'épouvante, réalisée par la diligence de Rod Serling, sera diffusée pour la première fois sur la chaîne de télévision américaine CBS. Dixit les propres aveux de son auteur démiurgique, La Quatrième Dimension a pour principal leitmotiv "de frapper le téléspectateur, de le choquer par la chute toujours inattendue, surprenante et singulière de chacune de ces histoires". 

C'est désormais inscrit dans le marbre, presque comme une évidence. De temps à autre, Cinéma Choc consacre quelques chroniques dilatoires sur la série télévisée La Quatrième DimensionDe temps à autre, Cinéma Choc consacre quelques chroniques dilatoires sur la série télévisée La Quatrième Dimension. Aujourd'hui, on ne compte plus les avatars de cette série télévisée notoire. Vers le milieu des années 1980, Steven Spielberg, Joe Dante, George Miller et Joe Dante se coalisent pour réaliser une version cinéma, un film homonyme qui se subdivise lui aussi en plusieurs courts-métrages et qui réitère certains épisodes de la série susdénommée.
Autant l'annoncer sans fard. Le long-métrage de "Spielby" et ses fidèles prosélytes n'a pas laissé un souvenir impérissable, loin de là. 

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Puis, vers le milieu des années 1990, c'est un téléfilm, La Quatrième Dimension - L'ultime Voyage (Robert Markowitz, 1994) qui fait voeu d'obédience et d'allégeance au matériel originel. D'autres séries peu ou prou analogiques verront le jour dans la foulée.  C'est par exemple le cas de La Cinquième Dimension (Rod Serling, 1985 - 1989) et de La Treizième Dimension (Rod Serling, 2002 - 2003), deux nouvelles versions qui ne réitéreront pas le climat anxiogène de leur auguste antécesseur. Soixante ans après le premier épisode de la série télévisée (le bien nommé "Solitude"et sur lequel nous reviendrons ultérieurement), La Quatrième Dimension renaîtra subrepticement de ses cendres via une nouvelle série éponyme et prodiguée par les soins de Marco Ramirez et sous l'aval de Jordan Peele, le célèbre réalisateur de Get Out (2017) et Us (2019). 

Vous l'avez donc compris. On n'a pas fini de parler de La Quatrième Dimension, y compris dans les lignes diffuses de Cinéma Choc ! Désormais, cette série appartient à la culture populaire, en particulier aux Etats-Unis, où elle a imprimé plusieurs générations de cinéphiles et de cinéastes. Naguère, Cinéma Choc s'était déjà attelé à la chronique de plusieurs épisodes de la série originelle, notamment La petite fille perdue, Le Menteur, Le petit peuple, Le géant qui vient du ciel, Personne Inconnue, C'est une belle vie, Le soleil de minuit et Pour les anges. Aujourd'hui, le blog vous propose une critique et une analyse de l'épisode intitulé Solitude (Episode 1, saison 1). 
La réalisation est diligentée par l'érudition de Robert Stevens. Ce metteur en scène a surtout officié pour le monde de la télévision puisqu'on lui doit les séries Alfred Hitchcock présente (1956 - 1961) et Histoires Fantastiques (1987).

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Pour le cinéma, Robert Stevens signera quelques productions impécunieuses et indépendantes, notamment The Big Caper (1957), Never love a stranger (1958), Choc en retour (1962), Dans la douceur du jour (1963), ou encore Change of mind (1969), par ailleurs inconnus du bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. Pour le reste, le casting de l'épisode intitulé Solitude se compose d'Earl Holliman, James Gregory, Paul Langton, James McCallion, John Conwell, Jay Overholt, Carter Mullaly, Garry Walberg et Jim Johnson. Attention, SPOILERS ! (1) Un homme, seul et amnésique, erre depuis quelque temps dans une petite ville abandonnée.
Son angoisse augmente au fur et à mesure qu'il constate qu’il est le seul être vivant de cet endroit énigmatique, malgré des traces évidentes d'activité humaine très récente.

Comment est-il arrivé ici ? La ville est-elle réellement déserte ? L'homme finit par craquer nerveusement et l'expérience s'arrête : c'étaient des militaires qui testaient sa résistance au confinement en vue de vols spatiaux vers la Lune et l'isolement lui a causé des hallucinations (1). Il sait sans doute vain, voire futile de réitérer toutes les thématiques abordées par La Quatrième Dimension. En outre, les thuriféraires de longue date évoquent une série télévisée avant-gardiste. Une décennie avant l'avènement de la société de consommation, The Twilight Zone préfigure déjà notre intempérance pour l'égotisme et l'eudémonisme. The Twilight Zone peut également s'approximer à une toute une série de paraboles et de métaphores sur toutes les tares et carences qui nimbent notre Humanité en déliquescence, à savoir cet individu esseulé et isolé dans une société de plus en plus individualiste.

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Telle est, par ailleurs, la thématique prédominante dans le bien nommé Solitude. Pour l'anecdote superfétatoire, "Rod Serling avait, à l'origine, écrit un épisode appelé Happy Place, dans lequel les personnes qui fêtaient leurs soixante-dix ans étaient déclarées comme inutiles et exécutées. Cette histoire fut déclarée trop pessimiste et rejetée" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_1_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#%C3%89pisode_1_:_Solitude). Bien sûr, cet épisode pilote contient déjà tous les relents et linéaments de la Guerre Froide, sur fond de menace nucléaire et atomique.
Mais, sur la forme comme sur le fond, Solitude revêt les oripeaux d'une parabole - voire une hyperbole sur cette guerre spatiale que la Russie et les Etats-Unis se sont nûment déclarés, une guerre spatiale qui doit se solder par la conquête de la Lune ; une façon comme une autre d'affermir son hégémonie à travers le monde.

N'oublions pas que dix ans plus tard, après une lutte acharnée, ce sont les Américains qui remporteront la première bataille en envoyant le premier homme (Neil Armstrong) sur l'astre sélénite. Plusieurs hommes - volontaires ou non - serviront de cobayes pour fomenter un voyage lunaire déjà dans les projets des deux forces antagonistes. Désormais, la guerre ne sera plus seulement sur terre ou dans les airs, mais également dans l'espace. De nouvelles martialités sont en marche... Mais dans Solitude, il n'est pas seulement question de cet affrontement immanent entre les Américains et les Soviétiques. Un homme, Mike Ferris, évolue dans une ville désertique.
L'individu souffre d'amnésie. Il ne sait pas d'où il provient et pourquoi il se retrouve - manu militari - au sein d'un décor vidé de sa substance. 
Au fil de ses pérégrinations, il ne rencontrera que tristesse et désolation, comme si la Terre avait été délestée de tous ses habitants. Solitude s'apparente également à une métaphore sur notre future société exsangue. Il ne s'agit pas vraiment de la fin du monde, mais plutôt de la fin d'un monde. Pour survivre, l'homme devra seulement compter sur lui-même et adopter un point de vue anthropocentrique. Ce choix, à la fois conscient et déconcertant, ne pourra que le conduire vers une spirale de géhennes et de résipiscence.
Bref, vous l'avez compris. On tient là un épisode pilote particulièrement prometteur et qui annonce déjà des jours cléments - mais nimbés par les ténèbres - pour La Quatrième Dimension !

 

Note : 15.5/20

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_1_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#%C3%89pisode_1_:_Solitude



sparklehorse2 Alice In Oliver

29 mars 2020

Le Bon, La Brute et le Truand (La corde ne fait pas le pendu)

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Genre : western
Année : 1968
Durée : 2h41

Synopsis : Pendant la Guerre de Sécession, trois hommes, préférant s'intéresser à leur profit personnel, se lancent à la recherche d'un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d'or volés à l'armée sudiste. Tuco sait que le trésor se trouve dans un cimetière, tandis que Joe connaît le nom inscrit sur la pierre tombale qui sert de cache. Chacun a besoin de l'autre. Mais un troisième homme entre dans la course : Setenza, une brute qui n'hésite pas à massacrer femmes et enfants pour parvenir à ses fins. 

 

La critique :

A tort, Cinéma Choc est souvent caricaturé à un blog uniquement transi par l'underground, le trash, la déviance et l'extrême. Certes, il est vrai que le blog prise et affectionne le gore, l'horreur et l'épouvante dans toutes ses rugosités et tortuosités. Mais votre site favori (rires !) scrute et analyse d'autres mouvances du noble Septième Art, notamment l'action, les arts martiaux, le fantastique, la science-fiction, l'érotisme voire la pornographie, les films ésotériques et expérimentaux, et parfois même le western. Certes, ce genre singulier et à part entière n'est pas forcément le registre de prédilection de Cinéma Choc et pour cause... Puisqu'il n'entre pas forcément dans la ligne narrative du blog...
Mais, de temps à autre, Cinéma Choc se permet quelques digressions chronophages à travers ses colonnes éparses...

C'est une façon comme une autre de diversifier sa matière grise et d'explorer les facettes versatiles du noble Septième Art. Si aujourd'hui, le western a perdu de sa verve et de sa luminescence, ce registre cinématographique a connu sa quintessence dès les tous premiers ânonnements du cinéma. Ainsi, le western s'empare du cinéma muet et flagorne l'industrie hollywoodienne, alors en pleine effervescence. Non seulement, ce registre cinématographique s'inspire de la conquête de l'Ouest, mais également de l'histoire des Etats-Unis, à la fois transie par la colonisation de l'homme blanc sur un nouveau territoire, et surtout par son comportement belliqueux envers les Indiens.
Puis, à postériori, les westerns épouseront les rudiments et les linéaments de la série B via des scénarii peu ou prou analogiques.

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Le cowboy, de préférence blanc et hétérosexuel, devient cette figure archétypale à la fois dotée de pugnacité, de vaillance et régie par les codes de la bienséance. Le western est alors empreint de manichéisme, de xénophobie latente et de moralines patriotiques. Ce registre cinéphilique dépeint avec solennité cette lutte - parfois fratricide - entre les "gentils" et les "méchants". Les shérifs préfigurent cet ordre hégémonique qui doit supplanter une voyoucratie en dissidence, mais aussi des Indiens qu'il faut à tout prix chasser, ostraciser, rabrouer et même exterminer.
Mais entre la fin des années 1950 et l'orée des années 1960, le public commence sérieusement à se lasser et à persifler contre ses trames scénaristiques peu ou prou analogues. 
Il est de temps de rectifier certaines carences.

La requête est enfin ouïe par Sergio Leone. Le réalisateur démiurgique réinvente alors le western spaghetti, un sous-genre qui peut se définir comme la coalescence entre diverses influences majeures.  Il n'est plus question d'adopter un point de vue inique et partial, avec d'un côté les "méchants" (les opprimés) et de l'autre les "gentils" (généralement les oppresseurs), mais de proposer des protagonistes retors, nébuleux et complexes. Le western spaghetti se montre beaucoup plus misanthrope en abordant des thématiques spinescentes. Ainsi, les films noirs pullulent et coudoient les affres de la désinvolture et de la turpitude. Le viol, la vindicte personnelle et la loi du Talion sont des sujets récurrents dans le western spaghetti. Cette fois-ci, la caméra se polarise davantage sur le faciès de personnages en déveine et condamnés à dépérir - un jour ou l'autre - sous les balles.

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En outre, Sergio Leone débutera sa carrière cinématographique en tant qu'assistant-réalisateur. Son influence prédominante se nomme John Ford, un metteur en scène auquel il fait voeu d'allégeance et d'obédience. Seule dissimilitude et pas des moindres, Sergio Leone se définit comme un pessimiste. Il s'aguerrit derrière la caméra sous les précieuses instigations de William Wyler durant le tournage de Ben-Hur (1959), et de Robert Aldrich avec Sodome et Gomorrhe (1962). Puis, vers l'orée des années 1960, il signe son tout premier long-métrage, Le Colosse de Rhodes (1961), un péplum et surtout un film de commande. Les producteurs exhortent Sergio Leone à poursuivre dans le péplum, mais le cinéaste n'a cure des injonctions de ses financeurs.
Il tourne alors Pour une poignée de dollars (1964), soit le premier volet de la Trilogie du Dollar.

Contre toute attente, cette production impécunieuse remporte les plébiscites du public et de critiques unanimement extatiques. Sergio Leone invente une nouvelle figure iconique : l'homme sans nom, une sorte de pistolero qui dégomme tout le monde et profite des belligérances entre deux clans rivaux. Le réalisateur transalpin poursuivra les animosités avec Et pour quelques dollars de plus (1965, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/12/12/37669228.html) et Le Bon, la Brute et le Truand (1966). Grisé par ce succès, il enchaînera avec Il était une fois dans l'Ouest (1968), Il était une fois la Révolution (1971), Mon nom est Personne (1973) et Un génie, deux associés et une cloche (1975), avant d'obliquer vers un registre totalement divergent via Il était une fois en Amérique (1984). 

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Aujourd'hui, c'est le troisième et ultime volet de cette triade qui fait l'objet d'une chronique dans les colonnes de Cinéma ChocDixit les propres aveux des thuriféraires de westerns spaghetti, Le bon, la brute et le truand est souvent considéré comme le chapitre le plus proéminent de la Trilogie du Dollar. Mieux, Le bon, la brute et le truand s'est même octroyé la couronne de film culte, voire de classique voluptuaire avec les années. Reste à savoir si ce western mérite - ou non - de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Pour l'anecdote superfétatoire, Sergio Leone n'avait pas forcément pour aspérité de tourner un troisième chapitre.
Mais un producteur magnanime lui prodigue de précieux capitaux pour tourner Le bon, la brute et le truand.

Extatique, Sergio Leone s'affaire doctement à la tâche. Mais attention, Le bon, la brute et le truand ne sera pas seulement un western de commande, loin de là. Il s'agit, entre autres, d'apposer une dimension historique à l'ouvrage via la Guerre de Sécession Américaine. Mieux, si le film toise les firmaments de la gloire, il est même prévu de réaliser un quatrième opus dans la foulée. Certes, Le bon, la brute et le truand se soldera par un succès mirobolant lors de son exploitation dans les salles obscures. Cependant, Sergio Leone refusera de dévoyer la trilogie lucrative vers des épisodes futiles, voire subalternes, d'autant plus que Le bon, la brute et le truand conclut la franchise en apothéose. Sergio Leone sait qu'il ne réitérera plus de telles prouesses artistiques.
La distribution du film se compose de Clint Eastwood, Lee Van Cleef, Eli Wallach, Aldo Giuffré, Luigi Pistilli, Rada Rassimov, Mario Brega, Antonio Molino Rojo, Antonio Casale et Antonio Casas.

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Attention, SPOILERS ! Pendant la Guerre de Sécession, trois hommes, préférant s'intéresser à leur profit personnel, se lancent à la recherche d'un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d'or volés à l'armée sudiste. Tuco sait que le trésor se trouve dans un cimetière, tandis que Joe connaît le nom inscrit sur la pierre tombale qui sert de cache. Chacun a besoin de l'autre. Mais un troisième homme entre dans la course : Setenza, une brute qui n'hésite pas à massacrer femmes et enfants pour parvenir à ses fins. Dans le second chapitre, Et pour quelques dollars de plus, on se souvient que Sergio Leone s'échinait à sonder ces visages harassés, ces faciès crevassés, ainsi que ces yeux déjà trépassés. Tout se jouait sur un regard furtif avant que la dernière absoute ne soit prononcée.
L'Ouest est un univers sans pitié, semblait déclamer un Sergio Leone dogmatique.

Avec Le Bon, la Brute et le Truand, l'auteur thaumaturgique se polarise moins sur les mines lézardées de ses trois principaux protagonistes. Sergio Leone préfère davantage se polariser sur la caractérisation de ses personnages. C'est même l'intitulé du film. Pourtant, ce n'est pas le "Bon" - affectueusement (si j'ose dire...) surnommé le "Blondin - qui transparaît comme le héros du film, encore moins la "Brute" qui est par ailleurs une figure archétypale, mais surtout le "Truand". Indubitablement, c'est Eli Wallach qui nous hypnotise parce qu'il coalise à lui seul toutes les carences et défectuosités de l'âme humaine. A la fois revêche, trivial, fallacieux, pingre et débonnaire, le bandit est paradoxalement le personnage le plus humain du film. Mieux, à travers les pérégrinations de ses protagonistes, Sergio Leone transmue le "Truand" en un personnage à la fois candide, tragique et comique.

Car la chasse au trésor, qui semble être le principal leitmotiv de ce western, n'est qu'une habile fomentation afin de mieux dissimuler cette Guerre de Sécession qui fait rage entre les hommes. Ainsi, pour la simple conquête d'un pont subsidiaire, Sudistes et Nordistes ont entamé les belligérances. Les trois protagonistes vont se retrouver, bon gré mal gré, au sein de ces diverses martialités. En ajoutant une dimension historique teintée de désenchantement et de mélancolie, Sergio Leone signe une oeuvre magistrale, qui plus est, magistralement interprétée (mention spéciale à Eli Wallach) et magnifiée par le lyrisme mélodique d'Ennio Morricone. Le cinéphile avisé s'entichera de toutes ces répliques cultissimes qui émaillent un western à couteaux tirés ("Le monde se divise en deux catégories", ou encore "La corde ne fait pas le pendu"). Sergio Leone poursuivra ce didactisme avec Il était une fois dans l'Ouest et Il était une fois la Révolution, deux autres classiques éminents et incontournables.

 

Note : 18/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

28 mars 2020

Desire Of The Innocent Blood (Fuck me in the blood)

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Genre : Horreur, épouvante, érotisme, expérimental (interdit aux - 16 ans)

Année : 2002

Durée : 1h13

 

Synopsis :

Une jeune femme, avec un voile blanc sur le visage, se traîne entre les arbres et les feuilles soulevées par le vent, insouciante de la pluie qui coule. L'obscurité pâle ne cache pas sa silhouette qui revient lentement et sans relâche chez elle, dans la maison où elle vivait avec son jeune mari, avant que la mort ne dévore son corps.

 

La critique :

On le sait et toute personne un minimum connaisseur en films d'horreur vous dira que le mythe du vampire est devenu, au fil des ans, une véritable institution. Un grand classique qui a été nombre de fois utilisé par toute une pléthore de cinéastes plus ou moins talentueux. Bien sûr, le vampire originel ne provient pas de l'écrivain britannique Bram Stoker et son célébrissime ouvrage Dracula. En effet, on retrouvait déjà des traces de ce nom et de ses caractéristiques physionomiques dès le début du XVIIIème siècle. On évitera de détailler le vampire en tant que tel car cela serait sacrilège vis-à-vis d'un public aficionados des monstres. Et puis, aficionados ou pas, tout le monde connaît la répulsion du vampire à l'ail et à l'eau bénite. Bref, le vampire se voit porté à l'écran pour la première fois dans le grand classique Nosferatu de Friedrich Murnau qui fera sensation à sa sortie.
Quelques années plus tard, et de manière plus ou moins concomitante, débarquèrent le Dracula de Tod Browning et Vampyr de Carl Theodor Dreyer qui sont considérés à juste titre comme des films cultes, des immanquables pour tout amoureux de l'horreur qui se respecte. La suite, nous la connaissons tous. La légende s'est transposée autant de la Scandinavie à l'Asie en passant par les USA. Les titres ne manquent pas entre Morse, Thirst, ceci est mon sang, Underworld, Daybreakers, 30 Jours de Nuit, Dracula (la version de Francis Ford Coppola) et hum... hum... la saga Twilight. Chaque cinéaste tente un peu d'adapter le monstre aux dents longues à sa sauce avec le risque de cassage de gueule de surcroît.

Toutefois, et vous vous en serez douté, le vampire a son quart d'heure de gloire sur la scène underground dont les navets sur le sujet pullulent en masse. Ainsi, en 2002, naquit Desire Of The Innocent Blood, réalisé par Sami Haavisto. Point d'importance, on tient là son premier long-métrage. Deuxième point d'importance, ce petit inconnu pour le commun des mortels n'a jamais caché son extatisme pour les histoires démonologiques comme en attestent Rites Of Blood, Black Blooded Brides Of Satan ou dernièrement The Curse Of The Witches Blood, qui est son cinquième et dernier long-métrage en date. Finalement, le troisième point est que Cinéma Choc voit la première apparition d'une création finlandaise. Qui parmi nous a déjà eu la Finlande dans son collimateur pour un approfondissement de sa cinématographie ? Certainement très peu car ce n'est pas le genre de pays qui va nous sauter aux yeux si l'on excepte la notoriété de Aki Kaurismäki. Quoi qu'il en soit, vous ne serez pas surpris de son inexistence sur le Web français. Pareillement pour la Toile anglaise guère éloquente.
Comment j'ai mis la main dessus ? Je pense que vous connaissez la réponse (SPOIL : Wipfilm). Hélas, ma curiosité m'a parfois joué de vilains tours sur ce site, indirectement responsable de certains billets peu flatteurs sur des métrages qui m'ont attiré pour une raison inconnue. Mais que voulez-vous, ça ne me freine pas pour m'y jeter de temps en temps.

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ATTENTION SPOILERS : Une jeune femme avec un voile blanc sur le visage se traîne entre les arbres et les feuilles soulevées par le vent, insouciante de la pluie qui coule. L'obscurité pâle ne cache pas sa silhouette qui revient lentement et sans relâche chez elle, dans la maison où elle vivait avec son jeune mari, avant que la mort ne dévore son corps.

Haavisto, audacieux dans son approche, va revisiter la dimension vampirique en l'adaptant au contexte d'une histoire amoureuse désolée. Divisée en plusieurs segments, on suivra l'itinéraire compliqué d'un couple qui ira d'abord à la première rencontre dans une campagne bucolique pour se solder plus tard par une situation intenable. La femme, persuadée qu'elle allait vivre dans l'opulence et le luxe à l'overdose, fait part de sa rancune à son homme qui semble ne pas y faire plus attention que ça. La rupture est inévitable et au détour d'une sordide taverne, Elise, de son nom, après qu'on ait soupçonné qu'elle fut droguée, sombrera dans une relation érotico-lesbienne avec une jeune blonde qui se trouve être un vampire. Mais Elise que l'on pense être morte n'a pas dit son dernier mot, tandis que la blonde s'est mise avec l'ex-mari de sa bien malheureuse victime. Autant dire que le cinéaste a de la suite dans les idées, tient à repousser son bébé au-delà de l'amateurisme qui frappe un nombre incalculable de pellicules du milieu. Oui, Desire Of The Innocent Blood nous coupe l'herbe sous le pied, nous qui nous attendions à quelque chose de moins creusé. L'intrigue, bien qu'elle suive un cheminement classique, est compréhensible, se suit de manière polie sans trop s'attarder sur les événements, si l'on excepte juste la redondance de la séquence dans la taverne. Néanmoins, si l'affiche laisse présager un film âpre et déviant, autant dire que vous risquez fort bien de rester sur votre faim car Haavisto n'a pas pour but de délivrer la barbaque.

Outre le fait que durant 35 minutes, il ne se passe rien de violent, on assistera ni plus ni moins qu'à un érotisme mêlé de crocs plantés dans le cou. La suite du film verra, plus tard, un pieu enfoncé dans le coeur et une décapitation, le tout avec quelques scènes d'épouvante qui fonctionnent bien. C'est bien maigre pour combler les adulateurs d'hémoglobine et d'extrême. De là à dire qu'il y a tromperie sur la marchandise à la vue de la pochette, il y a un pas que je ne franchirai pas mais on était en droit de s'attendre à un peu plus couillu. En soit, ce que je dis là n'est pas du tout dommageable car Desire Of The Innocent Blood se suffit à son récit et à son ambiance irréelle où l'on y ressent toute l'implication pour créer un univers propre, désenchanté et semblant être en dehors du temps.
Renâclant dans différents genres, il se construit avec une dextérité bien présente qui nous ravit et redonne espoir envers l'expérimental quand on voit le dédain de tâcherons qui n'accordent aucune importance à donner une identité à leur film. Cependant, ça n'excuse pas les quelques points dommageables qui ne concerneront pas la structure scénaristique, mais plutôt le choix de montage d'Haavisto.

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Saluons le finlandais d'avoir eu le courage de faire revivre le cinéma muet le temps de 73 minutes. Vous vous dites alors que c'est juste une question de ne pas attribuer de dialogues au film tout simplement sans se prendre la tête. Oui mais non puisque Haavisto n'a pas hésité à insérer des intertitres entre les dialogues avec une petite customisation faite sur Power Point. La première rencontre se soldant alors par un mouvement d'yeux surpris, le sourire non dissimulable. Le noir et blanc se rajoute par-dessus le marché pour nous plonger dans ces années passées, début XXème siècle comme l'environnement nous le rappelle. Seulement, on est un peu dépité de voir que l'accent sur les plans majestueux et les décors, comme ont su si bien le faire les thaumaturges en leur temps, n'est pas de la partie.
La caméra est rudimentaire et frôle parfois le mauvais goût en zigzaguant dans tous les sens comme lorsque Elise perd conscience dans le café. De plus, on aura un peu de mal à être convaincu à l'aune de ces accoutrements peu probants, et qui semblent avoir été achetés au magasin de costumes du coin. Enfin, les acteurs principaux, s'ils ont chacun une présence propre, ne voient pas leur prestation en accord avec le Septième Art muet d'époque où on surjouait. Là encore, il y a une fracture qui est causée. On citera les trois principaux qui sont Ana Ciaran, Mika Vattulainen et Kirsi Vahomäki.

Quoi qu'il en soit, quel étrange et étonnant titre que Desire Of The Innocent Blood ! Nous attendant à un porno-trash guère éloquent, Haavisto nous fait du vrai cinéma avec un scénario basique mais efficace, une atmosphère de qualité, des innovations plaisantes bien qu'imparfaites et surtout une excellente bande son baroque en total accord avec l'aura indéfinissable du monstre suceur de sang. Face à une concurrence apoplectique typée vampire discount, Desire Of The Innocent Blood a les attributs pour devenir un certain ponte dans le Septième Art vampirique à petit budget. Pas besoin de claquer des dizaines de milliers d'euros dans des CGI quand on peut accrocher le cinéphile avec un travail d'ambiance. Cela nécessite bien sûr d'être un minimum professionnel, ouvert d'esprit et imaginatif.
En reste une petite pellicule attachante, qui ne pète pas plus haut que son cul, modeste dans ses intentions qu'elle confirme. N'ayant bien sûr pas vu ses longs-métrages suivants, je ne saurais dire mais il y a fort à parier qu'Haavisto pourrait être l'un de ces trop rares réalisateurs confirmés du cinéma underground. Reste à voir si la qualité constante de sa filmographie fait honneur à son premier cru.

 

Note : 12/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

27 mars 2020

La Quatrième Dimension - Le Soleil de Minuit (Inversement des deux pôles)

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Genre : fantastique
Année : 1961
Durée : 25 minutes

Synopsis : (1) Dans la ville de New York désertée, deux femmes tentent de survivre à un terrible fléau : la Terre se rapproche de plus en plus du Soleil et on annonce sa destruction. Réfugiées dans leur immeuble vide, elles résistent à cette atmosphère de plus en plus invivable. À minuit, il fait jour comme à midi, et la toile que peint Norma ne peut retenir la peinture, qui dégouline. Un homme de passage les rejoint et leur vole de l'eau, avant de repartir. La chaleur écrasante vient finalement à bout de leur corps et les deux femmes meurent l'une après l'autre. C'est alors que Norma se réveille : cette canicule n'était qu'un cauchemar causé par sa fièvre, car en réalité la Terre est en train de s'éloigner du Soleil, et c'est un froid de plus en plus glacial qui se répand sur la Terre (1).

 

La critique :

"Il existe une dimension au-delà de ce qui est connu de l'Homme ; c'est une Dimension aussi vaste que l'Univers et aussi éternelle que l'Infini : elle est à la croisée de l'ombre et de la lumière, de la science et de la superstition, elle est le point de rencontre des ténèbres crées par les peurs ancestrales de l'Homme et de la lumière de son savoir, c'est la dimension de l'imagination, un domaine que nous avons baptisé... La quatrième dimension"Telle est la longue emphase liminaire de la série La Quatrième Dimension, soit The Twilight Zone dans l'idiome de Shakespeare.
Produite entre 1959 et 1964, cette série télévisée fantastique et d'épouvante, réalisée par la diligence de Rod Serling, sera diffusée pour la première fois sur la chaîne de télévision américaine CBS. Dixit les propres aveux de son auteur démiurgique, La Quatrième Dimension a pour principal leitmotiv "de frapper le téléspectateur, de le choquer par la chute toujours inattendue, surprenante et singulière de chacune de ces histoires". 

C'est désormais inscrit dans le marbre, presque comme une évidence. De temps à autre, Cinéma Choc consacre quelques chroniques dilatoires sur la série télévisée La Quatrième Dimension. Aujourd'hui, on ne compte plus les avatars de cette série télévisée notoire. Vers le milieu des années 1980, Steven Spielberg, Joe Dante, George Miller et Joe Dante se coalisent pour réaliser une version cinéma, un film homonyme qui se subdivise lui aussi en plusieurs courts-métrages et qui réitère certains épisodes de la série susdénommée. Autant l'annoncer sans fard. Le long-métrage de "Spielby" et ses fidèles prosélytes n'a pas laissé un souvenir impérissable, loin de là...
Puis, vers le milieu des années 1990, c'est un téléfilm, La Quatrième Dimension - L'ultime Voyage (Robert Markowitz, 1994) qui fait voeu d'obédience et d'allégeance au matériel originel.

D'autres séries peu ou prou analogiques verront le jour dans la foulée. C'est par exemple le cas de La Cinquième Dimension (Rod Serling, 1985 - 1989) et de La Treizième Dimension (Rod Serling, 2002 - 2003), deux nouvelles versions qui ne réitéreront pas le climat anxiogène de leur auguste antécesseur. Soixante ans après le premier épisode de la série télévisée (le bien nommé "Solitude"), La Quatrième Dimension renaîtra subrepticement de ses cendres via une nouvelle série éponyme et prodiguée par les soins de Marco Ramirez et sous l'aval de Jordan Peele, le célèbre réalisateur de Get Out (2017) et Us (2019). Vous l'avez donc compris.
On n'a pas fini de parler de La Quatrième Dimension ! Désormais, cette série appartient à la culture populaire, en particulier aux Etats-Unis, où elle a imprimé plusieurs générations de cinéphiles et de cinéastes.

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Naguère, Cinéma Choc s'était déjà attelé à la chronique de plusieurs épisodes de la série originelle, notamment La petite fille perdue, Le Menteur, Le petit peuple, Le géant qui vient du ciel, Personne Inconnue, C'est une belle vie et Pour les angesAujourd'hui, le blog vous propose une critique et une analyse de l'épisode intitulé Le Soleil de Minuit (Episode 10, saison 3). La réalisation est diligentée par l'érudition d'Anton Leader, un metteur en scène plutôt éclectique, et qui a sévi dans plusieurs registres, que ce soit la comédie (Sally and Saint Anne, 1952), la romance sentimentale (It happens every thursday !, 1953), le western (The Cockeyed cowboys of Calico County, 1970), le film d'action (Go, Man ! Go !, 1954) et même dans le genre épouvante (A ce jour, Les Enfants des Damnés, la suite de Le Village des Damnés, reste son long-métrage le plus proverbial).

Pour le reste, le casting de Le Soleil de Minuit se compose de Lois Nettleton, Betty Garde, Tom Reese, William Keene et June Ellis. Attention, SPOILERS ! (1) Dans la ville de New York désertée, deux femmes tentent de survivre à un terrible fléau : la Terre se rapproche de plus en plus du Soleil et on annonce sa destruction. Réfugiées dans leur immeuble vide, elles résistent à cette atmosphère de plus en plus invivable. À minuit, il fait jour comme à midi, et la toile que peint Norma ne peut retenir la peinture, qui dégouline. Un homme de passage les rejoint et leur vole de l'eau, avant de repartir.
La chaleur écrasante vient finalement à bout de leur corps et les deux femmes meurent l'une après l'autre. C'est alors que Norma se réveille : cette canicule n'était qu'un cauchemar causé par sa fièvre, car en réalité la Terre est en train de s'éloigner du Soleil, et c'est un froid de plus en plus glacial qui se répand sur la Terre (1).

Il serait parfaitement vain, voire futile, d'itérer toutes les thématiques abordées par La Quatrième DimensionD'une façon générale, on peut aisément affirmer que cette série préfigure, une décennie auparavant, toutes les tares de l'homme moderne. Il est aussi question de la fin de la Seconde Guerre mondiale et d'un monde encore endeuillé par les plaies béantes laissées par les exactions du Troisième Reich. Hélas, cette guerre technologique est bien supplantée par la Guerre Froide. La peur du nucléaire est omniprésente, à l'instar de cette angoisse indicible pour une invasion d'extraterrestres. Hélas, nos chers aliens ne sont pas animés par des intentions pacifiques.
D'une façon générale, cette quatrième dimension pourrait correspondre à une sorte de zone ineffable, à la fois emplie par les ténèbres et qui doit faire office de purgatoire (et/ou de lieu expiatoire) pour un ou plusieurs personnages condamnés à errer parmi des émanations incandescentes.

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Le Soleil de Minuit ne déroge pas à la règle. Pour une raison que l'on ignore, la Terre est sortie de son orbite et se rapproche progressivement de son étoile-mère. Le préambule de cet épisode eschatologique a le mérite de présenter les inimitiés. Tous les personnages entrevus sont hélas condamnés à une mort certaine. Dans quelques jours, au mieux d'ici deux semaines, la surface de notre vaste planète aura été éradiquée par les radiations mortelles du soleil. Il est donc bien question ici de la fin du monde. Certes, par le passé, Rod Serling a parfois présenté sa série sous de meilleurs auspices.
Mais pour l'auteur thaumaturgique, il s'agit d'ergoter et de ratiociner sur cet équilibre fébrile et sur lequel repose notre Humanité. Nous devons notre seul et unique salut à cette étoile (le Soleil) qui se tapit quelque part dans notre voûte céleste et à plusieurs dizaines de millions de kilomètres.

Mais cet astre, à priori salvateur, pourrait - un jour ou l'autre - devenir notre propre tombeau. Le Soleil de Minuit s'apparente alors à une réflexion sur la condition humaine. Même s'il règne sur notre planète une chaleur de braise, l'Humanité ne s'est pas complètement éteinte. On tente encore d'établir une communication soporifique avec son voisinage. Evidemment, dans cette canicule mortifère, le pillage, les larcins et les déprédations sont de rigueur. On s'étonne par ailleurs que les habitants ne soient pas approvisionnés ou restreints dans leur consommation en eau... Une hérésie... Vous l'avez donc compris. Le Soleil de Minuit aurait mérité un bien meilleur étayage.
Après une introduction en apothéose, l'épisode adopte un rythme un peu trop (beaucoup trop...) indolent et repose uniquement sur cette idée matoise de l'inversion des pôles.

Car oui... Toute cette fournaise n'est - en réalité - qu'un mauvais cauchemar... Mais un cauchemar en supplante un autre... Puisque l'héroïne, Norma, s'éveillera parmi les ténèbres, en particulier dans un univers antinomique. Cette fois-ci, l'épisode se conclut sur un didactisme antagoniste. La Terre vit désormais dans le froid glacial, presque sibérien suite à l'éloignement progressif et irréfragable de notre planète de son étoile-mère... Rarement, un épisode de La Quatrième Dimension se sera montré aussi fatidique. Quelle que soit l'extrémité des pôles, quelle que soit sa place dans l'univers, l'homme est condamné - un jour ou l'autre - à dépérir et à disparaître de la surface de la Terre et de la Mémoire stellaire... Rod Serling prodiguera, à postériori, des épisodes un peu plus probants...
Toujours est-il que Le Soleil de Minuit reste un chapitre tétanisant et pour le moins étouffant, ne serait-ce que par cette frigidité qu'il génère...

 

Note : 13/20

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#%C3%89pisode_10_:_Le_Soleil_de_minuit

sparklehorse2 Alice In Oliver

 

26 mars 2020

Ne Coupez Pas ! - 2017 (One cut of the dead)

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Genre : horreur, épouvante, comédie 
Année : 2017
Durée : 1h36

Synopsis : Le tournage d'un DTV horrifique bat son plein dans une usine désaffectée. Techniciens blasés, acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l'énergie nécessaire pour donner vie à un énième film de zombies à petit budget. Pendant la préparation d'un plan particulièrement ingrat, le tournage est perturbé par l'irruption d'authentiques morts-vivants... 

 

La critique :

L'univers des zombies n'est pas aussi hétéroclite qu'il n'y paraît. En scrutant ce sous-registre du cinéma horrifique, on repère trois intempérances proéminentes : une allégorie sociologique de notre société en déliquescence (dont George A. Romero est l'illustre représentant), le gore lourdaud voire potache (un syllogisme amorcé par Dan O'Bannon vers le milieu des années 1980) et la comédie goguenarde (un tropisme préfiguré par le fameux Shaun of the Dead dès 2004). De facto, une petite piqûre de rappel s'impose. A la fin des années 1960, c'est une série B (série Z...) émanant de nulle part qui ébranle le cinéma d'épouvante. Son nom ?
La Nuit des morts-vivants (George A. Romero, 1968), une production digressive qui met en exergue, pour la première fois dans l'histoire du cinéma d'horreur américain, un comédien Afro-Américain (Duane Jones) aux prises avec des zombies anthropophagiques.

Quand il n'y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur la Terre... Tel semble être le didactisme morbide de La Nuit des Morts-Vivants. Mais le héros ne doit pas seulement ferrailler contre des zombies carnassiers. Il doit également se débattre avec ses propres congénères. Il devient alors la victime - bon gré mal gré - d'une xénophobie latente. George A. Romero poursuivra cette métaphore politique avec les deux chapitres suivants, Zombie (1978) et Le Jour des Morts-Vivants (1985). Mais, dès le milieu des années 1980, le public commence sérieusement à se lasser de toutes ces ellipses sociologiques. A raison, ce dernier réclame davantage de bravade et de rodomontade.
Ainsi, Le Jour des Morts-Vivants se fait chiper la vedette par Le Retour des Morts-Vivants (Dan O'Bannon, 1985).

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Le genre "zombiesque" oblique alors vers le gore et les parties d'agapes et de priapées sanguinolentes. Impression corroborée par Braindead (Peter Jackson, 1992) et sa profusion d'hémoglobine. Puis, encore, vers la fin des années nonante, les zombies tangentent vers une nouvelle route rédhibitoire. Moi, Zombie - Chronique de la Douleur (Andrew Parkinson, 1998) adopte un point de vue anthropocentrique et estourbit durablement les persistances rétiniennes. A raison, on croyait les zombies putréfiés et définitivement inhumés. Plus personne ou presque ne serait en mesure de revivifier un genre en désuétude. Une hérésie... Derechef, c'est le cinéma asiatique qui nous fait part de ses précieux atours. Preuve en est avec Ne Coupez Pas !, réalisé par la diligence de Shin'ichirô Ueda en 2017.
Dire que cette production émane du circuit indépendant est un doux euphémisme !

A l'origine, Ne coupez pas ! est diffusé dans une seule (et unique) salle de cinéma au pays du Soleil Levant. Pourtant, le public extatique répond doctement à l'appel et encense une pellicule qu'il juge iconoclaste. Conscient du potentiel de son matériel, Shin'ichirô Ueda présente son long-métrage dans divers festivals. A nouveau, les critiques adulent et sacralisent une production novatrice. Après toute une série d'atermoiements et de louvoiements, Ne Coupez Pas ! finit par franchir ses frontières nippones pour atterrir - dare-dare - dans nos contrées hexagonales.
Reste à savoir si Ne Coupez Pas ! mérite - ou non - sa stature de nouvel épiphénomène. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Il faut se rendre sur le site IMDb et en particulier sur le lien suivant (Source : https://www.imdb.com/name/nm4940051/) pour glaner et déceler quelques informations sur Shin'ichiro Ueda.

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Le metteur en scène n'est pas vraiment un noviciat puisque l'on doit Confession ranking of girlfriend (2014), Take 8 (2015), Special Actors (2019) et Aesop's Game (2019). Toutefois, à ce jour, c'est bien Ne Coupez Pas ! qui reste son long-métrage le plus proverbial. La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms d'Harumi Shuhama, Kazuaki Nagaya, Yoshiko Takehara, Takayuki Hamatsu, Mao et Yuzuki Akiyama. Attention, SPOILERS ! Le tournage d'un DTV horrifique bat son plein dans une usine désaffectée.
Techniciens blasés, acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l'énergie nécessaire pour donner vie à un énième film de zombies à petit budget. Pendant la préparation d'un plan particulièrement ingrat, le tournage est perturbé par l'irruption d'authentiques morts-vivants... 

Autant l'annoncer sans ambages. Oui, le réalisateur, Shin'ichirô Ueda, réinvente le genre "zombiesque" à lui tout seul en proposant une toute nouvelle rhétorique. Pourtant, on croyait le genre désuet, amorphe et en sévère sénescence. Non, les zombies ne sont pas morts (enfin, pas dans le cinéma d'horreur...). Mieux, Shin'ichirô Ueda parvient à raviver un registre anémique avec un budget impécunieux et une équipe de bras cassés... Mais les apparences sont trompeuses. Ainsi, la première demi-heure de Ne Coupez Pas ! fonctionne comme un film de zombies classiques. 
Sur le tournage d'une série B désargentée, des comédiens doivent s'escrimer pour ne pas périr sous les crocs acérés de véritables zombies. Sur ces entrefaites, Ne Coupez Pas ! s'achemine vers une production lambda et délestée du moindre arc narratif. 

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C'est là que Shin'ichirô Ueda fait montre d'ingéniosité, voire d'omniscience en proposant une seconde partie aux antipodes de la première. En l'état, difficile d'en révéler davantage sans faire part des habiles matoiseries du film. Sachez simplement que Ne Coupez Pas ! débute réellement après 38 minutes de bobine. Sur la forme, le métrage de Shin'ichirô Ueda n'est pas sans réitérer les scansions de La Nuit Américaine (François Truffaut, 1973), soit un parangon de volupté et de mise en scène. Qui aurait gagé sur cette métaphore entre un film de zombies décrépits et un chef d'oeuvre du noble Septième Art ? Personne ou presque... Vous l'avez donc compris...
Tout du moins, subodoré... Lors de sa seconde segmentation, Ne Coupez Pas ! exploite avec subtilité le prisme du "film dans le film". Sur le fond, Ne Coupez Pas ! s'approxime à une sorte d'oaristys envers le cinéma en général et le cinéma d'horreur en particulier. On comprend mieux alors les concerts de louanges et de dithyrambes envers cette série B émanant de nulle part, si ce n'est du cerveau en effervescence de son auteur démiurgique. Astucieux, audacieux, finaud... Ce ne sont pas les épithètes qui manquent pour qualifier Ne Coupez Pas !. Nul doute que l'on reparlera de cette production dénotative et que cette oeuvre est appelée, un jour ou l'autre, à s'octroyer le statut de film culte.

 

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

25 mars 2020

Inferno - 1980 (Un immeuble de faux semblants)

Inferno

Genre : Thriller, épouvante, horreur (interdit aux - 16 ans)

Année : 1980

Durée : 1h47

 

Synopsis :

Une jeune femme qui vient d'aménager dans un luxueux immeuble new-yorkais apprend que l'architecte l'a conçu pour les trois divinités maléfiques qui gouvernent le monde.

 

La critique :

En même temps que cette petite rétrospective dédiée aux giallo, le cycle consacré aux oeuvres phares de l'un des réalisateurs les plus marquants de l'horreur transalpine se poursuit inlassablement. Je veux bien sûr parler du célébrissime, cultissime Dario Argento que nous avons présenté à maintes reprises sur Cinéma Choc, et qui peut s'enorgueillir d'une nouvelle chronique lui étant dédiée. Faut-il vraiment encore que je disserte sur le courant du giallo ? Outre le fait que ce n'est plus un secret que le cinéma italien n'est pas aussi lumineux, chaleureux et romantique que ça, il convient de rappeler deux ou trois bases. Ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et la moitié des années 80, le giallo est un genre d'exploitation mêlant plus ou moins habilement le policier, l'horreur et parfois l'érotisme. Le terme en lui-même n'est que la désignation générale du genre policier.
Officiellement, c'est à Mario Bava que l'on attribue l'inventeur et père spirituel du giallo. Ceci dit, il peut compter sur de précieux cinéastes émérites pour donner ces lettres de noblesse à un style parfois redondant. Lucio Fulci, Sergio Martino, Lamberto Bava et justement Dario Argento sont systématiquement cités comme des pièces angulaires du genre. Bien sûr, d'autres ont su s'attirer les satisfécits de la critique tels Pupi Avati avec La Maison aux Fenêtres qui Rient (mon premier giallo visionné qui est encore toujours mon préféré) ou Giorgio Ferroni et Le Moulin des Supplices.

Aujourd'hui, nous allons nous polariser sur son film Inferno qui est partie intégrante de la période dorée de son auteur s'étalant de L'Oiseau au Plumage de Cristal jusqu'à Ténèbres (on omettra la comédie Cinq Jours à Milan). Toutefois, la réhabilitation et la reconnaissance tardive de Phenomena ont prolongé l'épopée incontournable de Argento. Inferno représente le deuxième volet de la Trilogie des Trois Mères initiée avec Suspiria, son chef d'oeuvre proéminent, sorti trois ans auparavant. Il reste toujours dans la continuité de l'horreur surnaturelle, mettant entre parenthèses le genre policier. Evidemment, après un succès planétaire, de nombreux regards avisés surveillaient, attendaient avec impatience la nouvelle création d'Argento. Le potentiel commercial est important, ce qui explique toute l'attention des grands studios de production. On parle d'une suite directe à Suspiria.
La 20th Century Fox exulte à l'idée des futures nombreuses rentrées financières. Mais surprise, Inferno n'est ni plus ni moins qu'une vraie-fausse suite, décontenançant les directeurs de studios qui n'en pouvaient plus d'être dans l'attente du produit fini. Si les caractéristiques que les deux films partagent sont nombreuses, les deux pellicules restent, néanmoins, tout à fait distinctes, ne partageant des liens scénaristiques que par leur intégration dans cette fameuse trilogie. 

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ATTENTION SPOILERS : Une jeune femme qui vient d'aménager dans un luxueux immeuble new-yorkais apprend que l'architecte l'a conçu pour les trois divinités maléfiques qui gouvernent le monde.

Le pari était de taille, voire même difficilement surmontable de parvenir à se hisser (voire même dépasser) au même niveau que Suspiria. Sans trop de surprises, sa sortie est entachée de déception auprès des fans désappointés par l'expérience incomparable d'un cinéaste qui n'avait encore jamais rien réalisé de tel. Après Fribourg, c'est donc à New-York que l'action prend place, dans une ville sous l'emprise de l'une des Trois Mères démoniaques. Rose, étudiante en poésie, fait l'acquisition d'un livre étrange chez un vieil antiquaire intitulé sobrement Les Trois Mères dans lequel l'architecte Varelli confie avoir construit trois demeures pour ces trois sorcières qui gouvernent le monde.
L'une à Fribourg, une autre à New-York et la dernière à Rome. Voyant que l'immeuble qu'elle occupe partage d'étranges similitudes et que des phénomènes inhabituels se passent, Rose commence à mener l'enquête avant que sa mort aussi brutale qu'imprévisible ne mette fin à son périple. Auparavant, elle a écrit une lettre à son frère Mark pour lui demander de venir. En arrivant sur les lieux, plus de trace de sa soeur qui semble s'être volatilisée. Mark va reprendre l'enquête en main pour faire la lumière sur toute cette histoire.

Voilà pour les grandes lignes où là aussi il est question d'un grand bâtiment habité par des forces occultes qui finiront par engloutir peu à peu Mark, déboussolé dans une ville qu'il ne connaît guère. Nous replongeant dans la mythologie créée par Suspiria, l'histoire semble logique dans un premier temps. Le cinéphile a les branches nécessaires pour s'accrocher et comprendre le récit avant que tout ne bascule dans l'illogique. Inferno est une oeuvre de phantasmes se transmuant en un dédale scénaristique qui fait progressivement plonger son spectateur dans un onirisme macabre. Pourtant, si cette impression devient récurrente avec le temps, les pistes étaient déjà de la partie dès le début avec cette superbe séquence de la cave inondée, indéniablement le plus beau passage du film. La mise en scène de ce segment stylisé et nullement crédible nous fait déjà sombrer dans l'irréel.
Est-ce que tout ce que nous voyons là a un sens ? Dans Inferno, le fantastique ne découle pas seulement de la présence spectrale de la Mater Tenebrarum mais aussi de l'environnement dans lequel évoluent les individus. Si Les Frissons de l'Angoisse nous démontrait que la vérité n'est pas toujours là où nous supposons qu'elle soit, Inferno triture cette thématique de la quête de vérité devenue évanescente, vaporeuse, insaisissable. Il ne semble pas y avoir de vérité mais juste une mécanique répondant à un ordre logique que personne n'est en mesure de comprendre et d'en saisir la portée. 

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Cette quête, dont l'obsession n'est jamais loin, met en exergue que l'humanité ne peut atteindre la compréhension totale et que des choses qu'elle ne peut contrôler la dépasseront toujours. Argento multiplie les fausses pistes tel ce tueur dont nous ne connaîtrons jamais son visage, ni son identité, ni même son but véritable. On pense aussi à cette mystérieuse nymphe dans l'amphithéâtre, tenant un chat, fixant Mark tout en lui susurrant au loin des phrases incompréhensibles. On tient là une """suite""" beaucoup plus ésotérique et sensorielle que ce à quoi Suspiria nous avait habitué, dont les sacrifices devront être costauds pour savoir apprécier une histoire qui redevient poussière face à l'ambiance devenue seule maîtresse des lieux et fil conducteur. La question que l'on peut se poser est : Pourquoi partir sur un récit élaboré si ce n'est pour ne lui révéler que très peu de choses ?
Car la frustration du cinéphile est palpable puisqu'il a été mené en bateau, dans un faux rythme, s'attendant à des explications sur le pourquoi de tout ceci. Du coup, la gratuité des meurtres semble n'avoir aucun vrai fondement, aussi splendides et vicieux soient-ils. On pense à ce vieillard noyant des chats un peu trop envahissants pour se retrouver poignardé sans raison par un vendeur de hot-dog et qui, comme si une solidarité animale baignait en ce monde, se fera dévorer par des rats.

Au final, on pourrait s'identifier aux personnages qui, tout comme nous, tentent d'accéder aux anagogies de circonstance. Bien sûr, le fantasmagorique trouve aussi sa source dans l'esthétique léchée, kitsch, flashy baignée par une dominance de bleu et de rouge aux notes rosées. Mille et unes couleurs se succèdent pour un résultat de haute tenue qui comblera à n'en point douter les laudateurs du visuel. Ce succès s'amplifiera durant les errances des acteurs dans ces décors silencieux, délabrés brouillant les espaces, donnant vie à cet immeuble qui semble agencer, par une force qui nous dépasse, son architecture faite de passages secrets et de trappes. Ces cheminements prennent une tournure contemplative se terminant parfois par un assassinat bestial. Pour le son, Argento a fait preuve d'infidélité envers le groupe Goblin pour solliciter Keith Emerson du groupe Emerson, Lake & Palmer dont le style fait plutôt mouche.
Enfin, le jeu d'acteurs est tout ce qu'il y a de plus correct mais est aussi en totale contradiction avec les situations proposées de par leur réalisme. On mentionnera Leigh McCloskey, Irene Miracle, Eleonora Giorgi, Daria Nicolodi, Sacha Pitoeff, Alida Valli, Veronica Lazar et Gabriele Lavia.

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Indubitablement, Inferno est un film étrange, très particulier, difficilement abordable et en aucun cas recommandé si l'on veut se lancer dans la filmographie de Dario Argento sous peine de ressortir avec quelques nausées et des à priori sans fondements. Pourtant, difficile d'être pleinement convaincu arrivé au générique de fin sans avoir cogiter un minimum avant. Cependant, on ne peut masquer cet arrière-goût d'avoir eu affaire à un brouillon post-Suspiria où le réalisateur s'est un peu trop laissé aller dans ses fantasmes. Si l'on n'ira pas jusqu'à le cataloguer comme oeuvre expérimentale, la circonspection est de mise sur le fait de le hisser parmi ses réussites les plus probantes si l'on ne parvient pas à s'abandonner tout entier à l'objectif du film qui est de nous transporter dans un rêve éveillé. Pourtant, il serait bien vachard de ne pas reconnaître le talent de son géniteur qui a fait d'Inferno un film artistique au sens premier du terme tant chaque plan est bien construit et magnifique à observer.
Un métrage à part empreint de faux-semblants qui ne fait aucune concession et se termine de la même manière que Suspiria, dans la fin lui correspondant au mieux. Reste que l'ombre de sa pièce maîtresse plane constamment lors d'un visionnage se suivant sans déplaisir mais qui reste avant tout un peu trop alambiqué pour nous persuader entièrement. 

 

Note : 13,5/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

 

24 mars 2020

Science and the Swastika - The Deadly Experiment ("German concentration camps factual survey")

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Genre : documentaire, shockumentary, historique, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 2002
Durée : 49 minutes

Synopsis : La série intitulée Science and the Swastika se fragmente en quatre épisodes bien distincts et se polarise sur toutes les atrocités et perniciosités commises par le Troisième Reich entre 1933 et 1945. Aujourd'hui, c'est le second segment, The Deadly Experiment, qui fait l'objet d'une chronique dans les colonnes de Cinéma Choc. Dans la lignée du terrible German Concentration Camps Factual Survey (Alfred Hitchcock et Sidney Bernstein, 1944), Science and the Swastika - The Deadly Experiment se centre sur les expériences médicales, chimiques et bactériologiques menées par des médecins nazis sur des juifs ou des populations tziganes.

 

La critique :

Que les thuriféraires de Cinéma Choc, votre blog favori (rires !), se rassérènent. Via cette nouvelle chronique, nous ne commettrons pas l'offense d'itérer - derechef - le genèse du "Mondo", du shockumentary et du death movie à travers de nombreuses explicitations fastidieuses. Toujours est-il que le cinéma trash et extrême n'a pas seulement pour apanage de se polariser sur des accidents malencontreux, des exécutions sadiques, des snuffs animaliers et des tortures pratiquées avec l'assentiment de victimes curieusement impassibles. Le shockumentary, comme son intitulé l'indique, prise et affectionne les turpitudes commises par des régimes potentats. Le shockumentary revêt également des dimensions sociologiques, politiques, historiques et idéologiques. Il était donc temps d'évoquer la peste concentrationnaire.
Sur cette thématique spinescente, on trouve toute une pléthore de documentaires, plus ou moins scabreux et mortifères.

Si certains s'en tiennent à quelques archives et témoignages (notamment le bien nommé Auschwitz, Premiers Témoignages ou encore De Nuremberg à Nuremberg), d'autres s'immiscent sur le sujet nébuleux de la propagande. C'est par exemple le cas de l'excellent (et polémique) Quand les Nazis filmaient les ghettos - Un film inachevé (Yael Hersonski, 2009). Pour souvenance, le Procès de Nuremberg se tiendra du 20 novembre 1945 jusqu'au premier octobre 1946. Ce procès est intenté par les puissances alliées et consiste à juger certaines personnalités éminentes du Troisième Reich et accusées (responsables...) de crimes contre l'Humanité.
Pour la première dans l'Histoire (avec un "H" majuscule), un procès relate sans fard les atrocités et les abominations proférées dans les camps de concentration allemands.

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Le monde découvre alors, éberlué, le processus d'extermination opéré dans les camps de la mort, de l'arrivée des prisonniers claustrés dans des wagons et de choix qui s'opère entre la mise forcée au travail ou la direction vers les chambres à gaz. De tous les camps de la mort, celui d'Auschwitz est souvent considéré comme cette quintessence funèbre et d'un processus d'extermination (bis repetita) pensé et ratiociné pour massacrer plusieurs milliers de personnes par jour. L'Holocauste est en marche. Plus de six millions de Juifs périront et agoniseront dans les camps de concentration.
Mais les résistants, les prisonniers politiques (surtout les communistes et les dissidents au régime nazi), ainsi que les populations tziganes seront, eux aussi, des cibles privilégiés et désignés par le Troisième Reich. Quelques décennies plus tard et sous l'omniscience de Claude Lanzmann, l'Holocauste se transmutera en Shoah via un documentaire éponyme.

Mais d'autres shockumentaries abordent les expériences biologiques et médicales pratiquées (pour la plupart) dans les camps de la mort, celui d'Auschwitz étant le plus tristement célèbre... C'est par exemple le cas de documentaires tels que German concentration camps factual survey (Alfred Hitchcock et Sidney Bernstein, 1944), War of Atrocities - The Horrors of War (Geof Bartz, 1983), ou encore La mémoire meurtrie - Memory of the camps (Alfred Hitchcock et Sidney Bernstein, 1945). Pour tous ces shockumentaries, l'ultime réprobation - soit une interdiction aux moins de 18 ans - est de rigueur. Et Science and the Swastika - The Deadly Experiment, réalisé par la diligence de Sebastian Faulks en 2002, ne déroge pas à la règle.
En raison de ses thématiques, ce shockumentary est seulement disponible en vidéo.

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Autant l'annoncer sans fard. En raison de sa virulence, ce shockumentary est quasiment introuvable en dvd, à moins de déverser l'intégralité de votre pécune sur EBay. On ne décèle presque aucune information sur le réalisateur Sebastian Faulks, à moins de se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm0269127/?ref_=tt_ov_st_sm). A fortiori, le metteur en scène officie surtout en tant que producteur derrière des documentaires et des séries télévisées inédits dans nos contrées hexagonales. La série de shockumentaries dédiée à Science and The Swastika se subdivise en quatre segmentations bien distinctes : Hitler's Biological Soldiers, The Deadly Experiment, The Wrong Stuff et The Good German.
Aujourd'hui, c'est le cas du second épisode - The Deadly Experiment - qui fait l'objet d'une chronique sur Cinéma Choc.

La série intitulée Science and the Swastika se fragmente en quatre épisodes bien distincts et se polarise sur toutes les atrocités et perniciosités commises par le Troisième Reich entre 1933 et 1945. Aujourd'hui, c'est le second segment, The Deadly Experiment, qui fait l'objet d'une chronique dans les colonnes de Cinéma Choc. Dans la lignée du terrible German Concentration Camps Factual Survey (Alfred Hitchcock et Sidney Bernstein, 1944), Science and the Swastika - The Deadly Experiment se centre sur les expériences médicales, chimiques et bactériologiques menées par des médecins nazis sur des juifs ou des populations tziganes. 
Attention, SPOILERS ! La série intitulée Science and the Swastika se fragmente en quatre épisodes bien distincts et se polarise sur toutes les atrocités et perniciosités commises par le Troisième Reich entre 1933 et 1945.

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Aujourd'hui, c'est le second segment, The Deadly Experiment, qui fait l'objet d'une chronique dans les colonnes de Cinéma Choc. Dans la lignée du terrible German Concentration Camps Factual Survey (Alfred Hitchcock et Sidney Bernstein, 1944), Science and the Swastika - The Deadly Experiment se centre sur les expériences médicales, chimiques et bactériologiques menées par des médecins nazis sur des juifs ou des populations tziganes. Aujourd'hui, on sait que de nombreux camps de la mort se sont adonnés à des expériences bactériologiques et médicales. On cite régulièrement Auschwitz, mais il faut également ajouter les camps de Dachau, Ravensbrück et Natzwiller. C'est par ailleurs ce que rappelle The Deadly Experiment.
A l'instar de German Concentration camps factual survey, The Deadly Experiment peut escompter sur toute une kyrielle d'archives, de lithographies mortuaires, de témoignages de survivants et de vidéos de propagande retrouvées par les Alliés.

Comme le stipule son intitulé, The Deadly Experiment se centre sur les expériences menées par Josef Mengele, un médecin tristement notoire, et qui a essentiellement étudié des cas de contamination et d'inoculation sur des populations tziganes, en particulier sur les enfants. Le médicastre, visiblement atteint par le Complexe d'Icare, expérimente de prétendues panacées sur les enfants. Sur ces entrefaites, The Deadly Experiment arbore toute une litanie de photographies épouvantables. Des marmots, à peine âgés de trois ans, sont déjà condamnés à la mort et semblent supplier leur bourreau de stopper les inimitiés. Mais Josef Mengele n'a cure des pleurnicheries de ses victimes.
Le chercheur se passionne (si j'ose dire...) pour les jumeaux monozygotes qu'il envoie directement à l'abattoir après leur avoir retiré plusieurs organes prédominants. 
Il est, entre autres, question de recherches pour éradiquer le cancer... Le cas de Carl Clauberg est aussi évoqué. Le médecin s'adonne essentiellement à des expériences de stérilisation massive sur des femmes via des injection intra-utérines. Est-il absolument opportun de s'appesantir plus allègrement sur les sinistres détails ? Pas vraiment... Ou alors, oui... D'une certaine façon... Ne serait-ce que pour rappeler que toutes ces ignominies ont bel et bien été professées dans les camps de la mort, une façon comme une autre de faire taire les négationnistes, hélas encore soupçonneux et dubitatifs, même devant l'évidence.
En ce sens, Science and the Swastika - The Deadly Experiment est un shockumentary important, même s'il s'adresse à un public particulièrement averti.

 

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

23 mars 2020

Le Viol du Vampire (Les quatre soeurs du Diable)

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Genre : horreur, épouvante, érotique (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans à postériori, puis interdit aux - 12 ans aujourd'hui)
Année : 1968
Durée : 1h31

Synopsis : Trois hommes célibataires provenant de Paris échouent sans raison apparente devant un château. Les trois amis sont convaincus que les châtelaines sont déboussolées et ont besoin de leur aide.
Mais les forces du mal sont présentes dans le château... Tapie dans l'ombre des murs, une reine des vampires lesbienne attend de pouvoir se nourrir

 

La critique :

Aussi curieux que cela puisse paraître, Cinéma Choc n'avait pas encore abordé la filmographie de Jean Rollin dans ses colonnes diffuses, ou alors de façon dilatoire, notamment via la chronique de Dinosaur from the Deep (Norbert Moutier, 1994, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/09/24/37509273.html), une série Z science-fictionnelle dans laquelle le producteur, scénariste, écrivain et cinéaste français (cocorico !) jouait les comédiens subalternes. La carrière de Jean Rollin démarre vers l'orée des années 1950, période pendant laquelle le metteur en scène apprend les rudiments de la profession sous les précieuses instigations du cinéaste espagnol Luis Bunuel.

Il réalise plusieurs courts-métrages, entre autres Les amours jaunes (1958), Ciel de cuivre (1961), Vivre en Espagne (1964), ou encore Les pays loin (1965). Après avoir épousé les dogmes, voire l'orthodoxie de la déconstruction et du surréalisme, Jean Rollin s'acoquine et s'énamoure de la figure vampirique vers les années 1960. La France connaît alors les tous premiers balbutiements du consumérisme. La mort du patriarcat, les prémices du féminisme et une sexualité de plus en plus débridée sont les principaux apanages d'un eudémonisme ad nauseam. Passionné par les figures lucifériennes, Jean Rollin signe et supervise des oeuvres telles que La Vampire Nue (1969), Le Frisson des vampires (1970), ou encore Requiem pour un vampire (1971).
Jean Rollin commence alors à devenir une figure incontournable du cinéma d'épouvante - voire fantastique - à la française, un genre hélas en désuétude dans notre paysage hexagonal.

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Stakhanoviste, le réalisateur oblique alors vers le cinéma bis. Il enchaîne avec des oeuvres telles que Les démoniaques (1974), Lèvres de sang (1975), Phantasmes (1975), Les raisins de la mort (1978), Fascination (1979), La nuit des traquées (1980), La morte vivante (1982), Killing Car (1993), La fiancée de Dracula (2002), La nuit des horloges (2007), ou encore Le Masque de la Méduse (2010). Jean Rollin décède en 2010, quelques mois seulement après le tournage de Le masque de la Méduse, et laisse derrière lui un cinéma horrifique français orphelin de sa principale figure emblématique. Autant l'annoncer sans ambages.
Si Cinéma Choc aborde si tardivement le cas - pour le moins singulier - de ce cinéaste dans ses colonnes éparses, c'est parce que le blog n'a jamais prisé ni encensé son style, pour le moins indolent, voire nonchalant.

Toutefois, il était temps - grand temps - de célébrer (enfin...) le travail et l'omniscience de ce cinéaste via la chronique de Le viol du vampire, sorti en 1968. Pour l'anecdote superfétatoire, Le Viol du Vampire constitue aussi le tout premier long-métrage de Jean Rollin. A l'époque, le metteur en scène est encore un noviciat dans la profession cinéphilique. A l'origine, Le Viol du Vampire est un moyen métrage de commande diligenté par un producteur français, Jean Lavie (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Viol_du_vampire).
A l'origine, Le Viol du Vampire ne dure qu'une trentaine de minutes. Présenté dans sa forme initiale à un financeur, Sam Selksy, ce dernier est immédiatement séduit par cette pellicule d'art et d'essai. Sam Selsky décèle dans ce moyen métrage un immense potentiel.

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Il enjoint Jean Rollin de réaliser au moins une heure supplémentaire. Néanmoins, le cinéaste ne souhaite pas dévoyer l'oeuvre originelle. Philanthrope, Sam Selksy attribue un budget de 200 000 francs, une véritable manne providentielle pour Jean Rollin. Précautionneux, ce dernier s'attèle doctement à l'ouvrage. Sur la forme, Le Viol du Vampire s'approxime à une série de saynètes à la fois lyriques et scabreuses sur des rituels sataniques et vampiriques, dans lesquels il est aussi question de morts-vivants putrescents. Jean Rollin décide d'apposer quelques séquences érotiques sur fond de saphisme et même de sadomasochisme.
Au moment de sa sortie, Le Viol du Vampire n'élude pas les acrimonies de circonstance. Cette oeuvre ésotérique et horrifique est vouée à l'opprobre et aux gémonies de la presse spécialisée. Les critiques crient haro contre cette oeuvre qu'elles jugent ignoble et même calamiteuse.

Le Viol du Vampire n'élude donc pas le couperet acéré de la censure, au grand dam de Jean Rollin. Ce dernier souhaite alors abandonner le noble Septième Art pour se consacrer entièrement à l'écriture et à la littérature. Pendant longtemps, Le Viol du Vampire ne trouvera aucun distributeur pour vanter ses mérites via le support vidéo. Les producteurs pusillanimes exècrent et abhorrent le format en noir et blanc, peu vendeur durant la décennie 1960. Pour les thuriféraires de Jean Rollin, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'aux années 2000 pour voir apparaître Le Viol du Vampire en VHS plus de trente années après sa sortie.
La distribution du film se compose de Bernard Letrou, Marquis Polho, Catherine Devil, Solange Pradel, Ursule Pauly, Nicole Romain, Ariane Sapriel, Jacqueline Sieger et Doc Moyle.

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Attention, SPOILERS ! (1) Un vieillard noble loge dans son château quatre jeunes femmes vampires. Thomas, accompagné de deux de ses amis Marc et Brigitte, mène l'enquête : il ne croit pas au vampirisme et est bien décidé à libérer les jeunes femmes. Il finit par comprendre son erreur : il est mordu par l'une d'elles dont il est tombé amoureux, et les deux amoureux sont abattus par Marc, rendu fou par la mort de Brigitte. La reine des vampires apparaît alors et tue le vieillard : il a échoué dans sa mission. Elle réunit après quelques péripéties tous les acteurs du drame dans une clinique où la secte vampirique s'adonne à des expériences sur les morts-vivants : Brigitte est l'un des nombreux cobayes (1).
Certes, sur la forme, Le Viol du Vampire est, comme son intitulé l'indique, un film de vampires. Pourtant, ce premier essai s'apparente davantage à une oeuvre éthérée et imprégnée par cette fascination pour le morbide et l'amphigourie.

Pour Jean Rollin, c'est aussi l'occasion d'amalgamer des décors sublimes et naturels dans lesquels évoluent ses divers protagonistes. Ici, le processus de transformation en vampire (on pourrait légitimement invoquer plusieurs cas de métempsychose...) obéit à des rites bien précis. L'érotisation des corps est omniprésente, ainsi que cette souffrance inhérente à cette nouvelle forme de métempsychose. Indubitablement, Jean Rollin fait preuve de solennité via cette mise en scène à la fois clinique et chirurgicale. On trouve déjà, dans Le Viol du Vampire, toutes les obsessions récurrentes du metteur en scène. Le Viol du Vampire flagornera avant tout les laudateurs du cinéaste.
Malencontreusement, ce premier ouvrage n'est pas exempt de tout grief, loin de là. Tout le casting est issu du milieu amateur. Le viol du vampire souffre, entre autres, d'une mise en scène archétypale, voire théâtrale. A cela, s'ajoute aussi une certaine obsolescence. Interdit au moins de 18 ans en son temps, Le Viol du Vampire fait office aujourd'hui d'oeuvre joliment désuète et décontenancera même les amateurs les plus irréductibles. En effet, difficile de ne pas se gausser ni s'esclaffer devant certaines approximations et carences qui nimbent un long-métrage épars et au mieux apathique, pour ne pas dire neurasthénique. Très honnêtement, je ne sais pas si j'aborderai d'autres films de Jean Rollin puisque je n'ai jamais apprécié (bis repetita) ce cinéaste... Quels que soient ses travaux et ses longs-métrages... Et Le Viol du Vampire ne déroge pas à la règle...

 

Note : 08.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=617&NamePage=viol-du-vampire--le

22 mars 2020

L'Oreille (Les camarades entendent tout)

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Genre : Drame, thriller

Année : 1970

Durée : 1h34

 

Synopsis :

Ludvik, membre haut placé dans le régime communiste tchèque, et Anna, sa femme alcoolique, forment un couple traversant une passe difficile. Alors qu'ils retournent d'une soirée organisée par le parti, ils remarquent que quelqu'un s'est introduit dans leur maison durant leur absence : la perte du double des clés ainsi que les lignes téléphoniques mortes leur laissent à croire qu'ils sont désormais sous surveillance du gouvernement. Alors que la nuit avance, les défauts de leur mariage et de chacun seront exposés.

 

La critique :

Cela fait depuis quelques temps que j'ai dans mon collimateur un fragment du Septième Art que je ne connais pas bien. Bien sûr, comme dans tout art, on ne peut pas tout connaître, mais enrichir ses connaissances est toujours bon à prendre, et devrait même être un état d'esprit indispensable. C'est ainsi que la Nouvelle Vague tchécoslovaque réussit à se frayer son petit chemin dans mes envies et ma soif de visionnage. Séduit par l'esprit de l'époque et les thématiques traitées, couplés à de brillantes listes d'immanquables, je glanais (et glane encore) çà et là quelques titres qui tapèrent bien là où il faut. Problématique, les "tchécoslovaque lover" ne sont pas aussi nombreux que les "asian lover" pour mettre à notre disposition le plus possible de films en téléchargement.
Ce qui fait que quand vous êtes accro au téléchargement, les oeuvres inaccessibles sont encore légion. Le fait d'avoir manqué le coche T411 pour ce genre cinématographique m'aura été douloureux. Mais guère de tracasseries et contentons-nous, pour l'instant, de ce qu'il y a d'offert. Ce n'est pourtant pas la première fois que ce courant a été vu sur Cinéma Choc puisque déjà le sublime Images du Vieux Monde avait suscité nos faveurs, s'imposant comme une pierre angulaire d'un cinéma malmené par la censure.

Cette Nouvelle Vague est adjacente aux autres qui éclatèrent un peu partout aux quatre coins de la terre. On assistait aux métamorphoses d'une société vieillissante malmenée par une jeunesse fougueuse, impatiente et désireuse de changements. Dans les premières années de la décennie, Milos Forman et toute une batterie de nouveaux talents sortirent de la FAMU pour étaler leur radicalité contemporaine respirant la liberté et l'espoir. Ce qui était en totale contradiction avec le réalisme socialiste. Le Printemps de Prague fut une période dorée pour les expérimentations et l'affranchissement du cinéma, avant que les chars du Pacte de Varsovie n'entrent en Tchécoslovaquie pour foutre le merdier que l'on connaît et rétablir la censure. Dès 1970, cette Nouvelle Vague n'existe plus.
De nombreux films sont frappés d'interdiction. Trois options s'offrent aux cinéastes : émigrer, ne plus tourner ou composer avec les exigences de l'époque. Ce que l'on appela la Normalisation vit les interdictions de tournage se succéder l'un à la suite de l'autre, sabotant l'inspiration des artistes pour fabriquer un simulacre de réalité. Une quatrième option fut toutefois mise au point par certains qui était de tourner dans une quasi clandestinité. C'est ce que fit Karel Kachyna avec son film L'Oreille. Un réalisateur beaucoup plus âgé que la jeunesse du nouveau cinéma tchèque mais qui, pourtant, partageait les mêmes inspirations que les générations postérieures d'évoquer l'horreur de la période passée.

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ATTENTION SPOILERS : Ludvik, membre haut-placé dans le régime communiste tchèque, et Anna, sa femme alcoolique, forment un couple traversant une passe difficile. Alors qu'ils retournent d'une soirée organisée par le parti, ils remarquent que quelqu'un s'est introduit dans leur maison durant leur absence : la perte du double des clés ainsi que les lignes téléphoniques mortes leur laissent à croire qu'ils sont désormais sous surveillance du gouvernement. Alors que la nuit avance, les défauts de leur mariage et de chacun seront exposés.

Maintenant que Père Castor a fini son speech historique, je pense que vous aurez compris, à la lecture du synopsis et de la situation sociale de jadis, que L'Oreille fut immédiatement censurée par le pouvoir en place pour ne ressortir officiellement que 20 ans après. La légende raconte que tous les cinéastes tchèques l'ont vu en se le passant sous le manteau. On comprend mieux pourquoi ils en arrivaient à devoir faire ça tant Kachyna s'est montré incisif et diablement virulent envers la dictature communiste. La clandestinité de tournage obligeait à tourner avec les moyens du bord. Ce qui explique pourquoi son oeuvre pourrait paraître obsolète aux yeux de certains. Pourtant, ce huis clos n'a rien perdu de sa force de frappe depuis maintenant 50 ans et demeure toujours l'une des plus virulentes contestations d'une bureaucratie totalitaire s'immisçant dans la vie de ses "camarades". Pas besoin de mettre des millions dans sa trame d'une enfantine simplicité placée sous l'ombre de la paranoïa.
Le métrage débute en filmant un zoom progressif sur une oreille comme pour mettre en garde le cinéphile qu'il est lui aussi sur écoute. Cette oreille qui entend tous vos secrets, aussi croustillants et indésirables soient-ils et qui est à la solde d'un gouvernement dont Ludvik en est un membre haut-placé et éminent. A fortiori, il semblerait être intouchable au vu de sa position mais un malaise palpable le hante. Il a appris l'éviction de son supérieur hiérarchique avec lequel il a travaillé sur des dossiers pouvant le compromettre. Il craint pour sa position, une hypothétique arrestation. En voyant des signes d'intrusion chez lui, d'une panne de téléphone et d'électricité ne touchant que leur maison, il est persuadé d'avoir été mis sur écoute.

Cette plongée nocturne va à la fois être la faucille et le marteau qui tortureront la personnalité de Ludvik en plein tourments existentiels. Indéniablement, être dans les hautes sphères de la nomenklatura praguoise n'est pas un gage de protection. L'Etat gendarme est constamment à l'affût, guette le moindre faux pas provenant de n'importe quelle caste, qu'elle soit prolétarienne ou ministérielle. Les responsables ne sont donc pas épargnés par cette Faucheuse totalitaire décimant ses propres rangs pour mettre en oeuvre l'idéologie parfaite à leur goût. Celle-ci se dissimule derrière une série de masques faciaux déformés par le cynisme, les fausses bonnes manières et les sourires figés. Cette soirée mondaine précédant le délire nocturne est révélatrice du climat de terreur qui régnait alors.
Tout le monde se suspecte et semble être suspecté. On ne parle pas explicitement de ce qui est arrivé au ministre de tutelle Kochara. Cependant, tout le monde le sait, personne ne l'ignore. L'hypocrisie et le mensonge sont les fers de lance du régime qui comble son ennui dans l'ivresse. Les bons sentiments ne semblent pas exister. La mécanique d'espionnage semblerait presque être corollaire de cette fausse camaraderie qui n'a de collective que le nom que les dirigeants lui ont donné pour cacher leur opportunisme et leur suspicion pathologique. 

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Ces manoeuvres subreptices mettront à mal le couple de Anna et Ludvik qui fête leurs 10 ans de mariage. Dans une obscurité pesante transformant leur villa en manoir de l'horreur, ils vont se confronter l'un à l'autre dans des dialogues acerbes où les reproches volent à tout va. Anna ne cache pas sous l'influence de l'alcool ses provocations envers le gouvernement qu'elle provoque allègrement, tandis que Ludvik se charge de faire disparaître tous les papiers qui pourraient l'incriminer. La dynamique orwellienne du communisme va jusqu'à s'introduire dans les affaires privées d'un couple, dans les liens qu'ils entretiennent. Sa violence psychologique, reposant en grande partie sur la défiance et la peur instinctive, contamine les rapports conjugaux et familiaux pour les faire entrer dans le moule préconçu par peur que l'Oreille ne les mette au pilori. A elle seule, L'Oreille démontre toute l'ironie qui peut frapper ceux qui ont prêté allégeance à la dictature. En étant l'un des engrenages d'un parti qui persécute le peuple, le lendemain peut faire en sorte que le persécuteur devienne le persécuté.
Secundo, Anna et Ludvik ont tous les deux en commun un goût pour le pouvoir. Elle est professeure et lui est, comme dit avant, haut responsable d'un cabinet ministériel.

Cette illusion de dominance dans laquelle ils ont toujours vécu leur fait prendre conscience qu'un renversement pervers de la situation les amène à faire le point sur l'échec existentiel dans lequel ils se sont engoncés. En espérant être derrière le bon côté de cette barrière qui sépare les dominants et les dominés, ils réalisent finalement que leur mise sur écoute est la résultante d'ambitions carriéristes qui ont amené ce couple à renoncer à leur liberté pour vivre de manière prospère. La dévotion envers un pouvoir autoritaire n'est qu'onirisme malsain. La sensation de protection est un mirage qui camoufle les coup-bas en toute impunité. Le cauchemar naissant dans ce chez soi ténébreux a cette symbolique d'incarner l'emprise d'un pouvoir les dépassant, face auquel ils sont impuissants.
Après cette nuit, le téléphone sonne et Ludvik apprend qu'il est nommé ministre mais cette nouvelle les effraie plus qu'elle ne les enchante. Avec une telle promotion, le fichage n'en sera que plus intense pour lui et sa femme. Là, il réalise la ruine de ses choix de vie. Ses croyances se sont dissoutes face à une politique déshumanisée ne faisant aucune concession, suspicieuse tant envers les citoyens que ses employés. La frontière a toujours été brouillée mais a superbement bien été dissimulée.

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L'Oreille est un produit passionnant à décortiquer, doté d'une intensité de tous les instants, d'une tension constante dans le temps magnifié par une atmosphère anxiogène et grotesque où la folie n'est jamais loin. 1h36 de bonheur mâtiné d'une mise en scène palpitante. Kachyna, dans une manière de filmer rappelant les titres austères de Ingmar Bergman (Persona, L'Heure du Loup), nous plonge au coeur même de l'idéologie. Plans rapprochés et étroits sur les visages prenant tout l'espace de la caméra, surexposition des lieux, travail d'ambiance en jouant sur les contrastes. Le crépusculaire frappe autant la soirée éclairée de mille feux que la maison dont le seul éclairage provient des bougies donnant un aspect irréel à leur situation. Il n'y a pas de fond sonore si on excepte l'orchestre de la soirée.
Le silence est roi, aussi glaçant que la débâcle d'espions surveillant et traversant parfois leur propriété. Enfin, ce couple est campé par deux excellents acteurs en la personne de Radoslav Brzobohatý et de Jiřina Bohdalová dont les dialogues de cette dernière sont tout bonnement savoureux de sarcasme. 

Malgré sa nomination pour la Palme d'Or au Festival de Cannes en 1990, L'Oreille est l'une de ces très nombreuses victimes à ne pas bénéficier du succès qu'il mérite aujourd'hui. Une faute de taille face à un témoignage audacieux et très intelligent de l'imposture d'une politique censée être égalitaire, humaine et sociale alors qu'elle n'en porte que le nom. Tyrannique, insidieuse, antidémocratique conviendraient bien mieux. Pas de quoi s'étonner de l'ire du gouvernement d'après le printemps de Prague de voir que Kachyna a balancé leurs quatre vérités en pleine gueule.
Il n'est jamais eu question de paradis à l'Est mais seul un enfer moral plongeant constamment la population dans la hantise d'être dans le collimateur gouvernemental pour le pseudo "bien public". L'affiche du film symbolise bien les déviances du régime communiste praguois. Ces pinces imposantes survolant le pays et s'abattant parfois sans raison apparente sur un citoyen pour le juger, l'emprisonner ou parfois pire. N'oublions jamais que si l'extrême-droite n'a pas eu son pareil dans les atrocités, l'extrême-gauche n'a rien à lui envier dans l'horreur. 

 

Note : 16,5/20

 

 

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21 mars 2020

Meurtres à la Saint-Valentin - 1981 (Tous les coeurs sont de rouge et de sang)

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Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 16 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 12 ans aujourd'hui)
Année : 1981
Durée : 1h31

Synopsis : Dans un petit village de mineurs, les habitants préparent une fête pour la Saint-Valentin. Petit détail : c'est la première fois depuis 20 ans qu'une fête est organisée depuis qu'un grave accident décima des mineurs. 

 

La critique :

Comme une évidence... Lorsque l'on invoque le néologisme du slasher, on songe invariablement aux sagas Massacre à la Tronçonneuse, A Nightmare on Elm Street, Halloween et Vendredi 13. Pourtant, toutes ces franchises lucratives semblent faire voeu d'allégeance à un seul classique sérénissime et voluptuaire. Son nom ? Black Christmas (Bob Clark, 1974). Déjà, à l'époque, le réalisateur, Bob Clark, n'a jamais nié les corrélations matoises avec Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) et Le Voyeur (Michael Powell, 1960), aka Peeping Tom.
Paradoxalement, Black Christmas passera relativement inaperçu lors de son exploitation dans les salles obscures. Trop obscur pour certains, trop avant-gardiste pour d'autres, Black Christmas rembourse péniblement le budget imparti.

Que soit. C'est Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978) qui remporte le précieux pactole. Opportuniste, John Carpenter réitère le syllogisme comminatoire de Black Christmas et ne cache même pas la duperie matoise. Seule dissimilitude et pas des moindres, les inimitiés se déroulent le soir d'Halloween. Le croquemitaine atrabilaire se nomme Michael Myers. Le forcené vient tout juste de s'évader de l'hôpital psychiatrique. "Le mal est en liberté" s'écrie son propre médicastre (le docteur Loomis). En outre, le célèbre "boogeyman" se tapit derrière un masque d'albâtre.
Une fois de retour dans la ville d'Haddonfield, Michael Myers poursuit, étrille et dilapide la caste estudiantine. Tous paieront cher pour leur outrecuidance et surtout pour avoir bravé certains interdits. Seule la jolie Laurie Strode, une jeune jouvencelle encore transie de pudibonderie, échappera de justesse au courroux de Michael Myers.

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A raison, John Carpenter jubile. Toutefois, le metteur en scène ne souhaite pas rempiler pour des suites consécutives et soporatives. Avec Halloween 2 (Rick Rosenthal, 1981) et Halloween 3 - La nuit des sorciers (Tommy Lee Wallace, 1983), le maître de l'épouvante officie en tant que scénariste et producteur. Corrélativement, vers l'orée des années 1980, un autre slasher caracole en tête de peloton lors de son exploitation dans les salles obscures. Contre toute attente, c'est une série B, Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980), qui estourbit une concurrence pléthorique en la matière. Dans ce premier chapitre, c'est une matriarche acariâtre qui estampe et étrille nos chers adulescents.
Dans le second opus, Le tueur du vendredi (Steve Miner, 1981), c'est le fils de la maternelle furibonde, Jason Voorhees, qui semonce et lamine de jeunes éphèbes insouciants à la lisière du camp de Crystal Lake.

Indubitablement, la décennie 1980 est sans doute la période la plus faste et la plus prolifique pour le slasher. Le croquemitaine devient cette figure iconique et synonyme de terreur. En raison de leur succès pharaonique, Halloween, la nuit des masques et Vendredi 13 engendrent toute une kyrielle de productions peu ou prou analogiques. Les thuriféraires de slashers n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Carnage (Tony Maylam, 1981), Dément (Jack Sholder, 1982), Le bal de l'horreur (Paul Lynch, 1980), Massacre au camp d'été (Daniel Myrick  1983), Maniac (William Lustig, 1980), Jeu d'Enfant (Tom Holland, 1988), Massacres dans le train fantôme (Tobe Hooper, 1981), The Slumber Party Massacre (Amy Holden Jones, 1982), ou encore Douce nuit, sanglante nuit (Charles E. Sellier Jr., 1984) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires.

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Vient également s'additionner Meurtres à la Saint-Valentin, soit My Bloody Valentine dans l'idiome de Shakespeare, et réalisé par la diligence de George Mihalka en 1981. A la fois producteur et réalisateur québécois, George Mihalka fait presque office de noviciat à l'époque puisque Meurtres à la Saint-Valentin constitue seulement son second long-métrage juste après Pick-Up Summer (1980). A postériori, il sévira essentiellement dans les séries télévisées, notamment Le Voyageur (1983), The Blue Man (1985), Scoop (1992), ou encore Charlie Jade (2005).
A ce jour, Meurtres à la Saint-Valentin reste sans doute son métrage le plus proverbial. Ce métrage horrifique est souvent répertorié parmi les slashers les plus probants de la décennie 1980. Certains aficionados le considèrent également comme l'un des slashers les plus virulents de sa génération.

Ce n'est pas un hasard si My Blood Valentine a écopé d'une interdiction aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salles. Reste à savoir si Meurtres à la Saint-Valentin mérite - ou non - une réputation aussi sulfureuse. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Toujours est-il que Meurtres à la Saint-Valentin n'échappera pas à la mode du remake via une nouvelle version éponyme, et réalisée par l'érudition de Patrick Lussier en 2009. La distribution du film se compose de Paul Kelman, Lori Hallier, Neil Affleck, Don Franks, Peter Cowper, Keith Knight, Cynthia Dale, Alf Humphreys et Larry Reynolds. Attention, SPOILERS ! (1) Il y a vingt ans, dans la ville minière de Valentine Bluffs, un drame est survenu le soir de la Saint Valentin. Deux surveillants, trop pressés de rejoindre le bal des amoureux qui battait son plein, quittèrent leur poste sans se soucier du niveau de méthane qui ne cessait d'augmenter. 

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Malheureusement, sept mineurs étaient restés sous terre en attendant la relève. L'explosion inévitable qui s'ensuivit les tua tous, sauf Harry Warden, qui sombra dès lors dans la folie. Après un an d'internement, il s'échappa, réendossa sa tenue de mineur, empoigna sa pioche et s'en alla arracher le coeur des deux surveillants responsables selon lui de l'accident. Dès lors, le bal du 14 février fut proscrit. Mais aujourd'hui, les notables de la ville décident de conjurer la malédiction en organisant un nouveau bal. Or, les boîtes de bonbons emplies de coeurs humains commencent à circuler, et les meurtres s'enchaînent. Pris de panique, le maire annule la fête. Déçus, les jeunes du coin décident alors de festoyer dans les locaux de la mine (1). Autant l'annoncer sans ambages.
On n'attendait pas grand-chose, ou alors peu ou prou, de cet ixième slasher.

De facto, Meurtres à la Saint-Valentin préempte le concept de Vendredi 13 et le transpose dans une mine. Le film renâcle aussi du côté d'Halloween, la nuit des masques. Cette fois-ci, les crimes se déroulent, comme l'intitulé le stipule, le soir de la Saint-Valentin. En raison des meurtres qui se succèdent, tous les coeurs sont de rouge et de sang, prévient dogmatique le serial killer insaisissable. Autrement dit, rien de neuf sous le soleil. Les amateurs les plus patentés de slashers seront ici en terrain connu et quasiment conquis. Pour l'innovation et l'originalité, Meurtres à la Saint-Valentin est prié de réviser sa copie. Pourtant, force est de constater que ce slasher fonctionne à couteaux tirés et qu'il se montre plutôt philanthrope dans ses saynètes de carnage. 
Au hasard, on retiendra cette séquence de boucherie massive durant laquelle le croquemitaine suspend et pourfend le crâne de sa victime à un tuyau de plomberie. Certes, My Blood Valentine n'est pas exempt de tout grief. On pourra légitimement tonner et clabauder contre des personnages falots et surtout contre un slasher beaucoup trop académique pour remporter les suffrages. Mais, au moins, George Mihalka connaît sa copie et applique doctement son office. Bref, sans être grandiose ni mirobolant, Meurtres à la Saint-Valentin devrait au moins satisfaire l'appétit pantagruélique des laudateurs de slashers. C'est déjà pas mal...

 

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/930-meurtres-a-saint-valentin

20 mars 2020

Invasion Los Angeles (Analyse en vidéo par Le Fossoyeur de films)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose de revenir sur le film Invasion Los Angeles (John Carpenter, 1988) via une vidéo (Source : https://www.youtube.com/watch?v=BqtRfMoQkV8) et surtout une analyse prodiguée par Le Fossoyeur de films.

Dead Sushi (Ce cher Noboru Iguchi et ses spécialités culinaires)

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Genre : horreur, gore, trash, comédie, arts martiaux, inclassable (interdit aux - 16 ans)
Année : 2012
Durée : 1h31

Synopsis : Fille d’un grand chef sushi renommé, Keiko, 21 ans, s’enfuit de sa maison pour ne plus avoir à subir des entrainements de kung-fu devenus trop stricts. Elle se réfugie dans une auberge où un staff excentrique et un groupe de pharmaciens en séminaire la ridiculisent. Mais un ancien pharmacien avide de vengeance répand un sérum capable de transformer les sushis en créatures affamées... 

 

La critique :

De temps à autre, le cinéma trash et extrême s'accointe et s'acoquine avec les spécialités culinaires. Pour satisfaire ses précieux convives, un maniaque s'adonne avec passion au cannibalisme via des mets sapides cuisinés et servis lors d'un repas plantureux. Pour souvenance, Blood Feast - Orgie Sanglante (Herschell Gordon Lewis, 1963, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2017/11/23/35715018.html) reste le tout premier film gore de l'histoire du cinéma. Déjà, dans cette série B impécunieuse, un traiteur écervelé s'amuse à décortiquer et à démembrer des jeunes femmes pour invoquer la résurgence d'une déesse égyptienne. D'une façon générale, le cinéma bis prise et affectionne ses recettes de cuisine en concordance avec la vengeance terrible d'un maniaque de l'opinel.
Dans Régal d'asticots (Herb Robins, 1977), c'est un vieil ermite qui empoisonne les habitants d'une petite communauté grâce à des vers longiformes qu'il enchevêtre dans la nourriture.

Dans The Stuff (Larry Cohen, 1985, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2018/12/05/36736020.html), le yaourt - un produit de consommation courante - se transmute subrepticement en entité extraterrestre. Le met exquis transforme les bibendums américains en consommateurs patentés. Sur la forme, cette série B s'approxime à une satire et à une critique au vitriol d'un capitalisme américain atone. Le consommateur semble condamné à se muer en un vulgaire cacochyme... Inexorablement... Dans The Gingerdeadman (Charles Band, 2005), c'est un pain d'épice peu amène qui fait office de croquemitaine. Inutile de préciser que l'on phagocytera expressément ce slasher culinaire...
Et puisqu'il est question d'hédonisme et de consumérisme, le fast-food n'échappe pas aux quolibets du cinéma bis. 

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Impression corroborée par Burger Kill (Brendan Cowles et Shane Kuhn, 2007) et Poultrygeist - Night of the Chicken (Lloyd Kaufman, 2006, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/02/01/36966108.html). Là aussi, il est question d'une culture américaine assujettie à un système avide et mercantiliste. Les hamburgers prolifèrent et transforment le consommateur lambda en vulgaire cacochyme. Parfois aussi, l'horreur culinaire fait office de comédie goguenarde et délestée de toute diatribe de notre système eudémoniste. Preuve en est avec L'attaque des tomates tueuses (John De Bello, 1978) et L'attaque de la moussaka géante (Panos H. Koutras, 1999, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/05/29/37271556.html), deux bisseries adventices qui n'ont pas spécialement laissé un souvenir indélébile, loin de là... 

Puis, enfin, dans Bad Taste (Peter Jackson, 1987, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2017/09/07/35266028.html), ce sont de vils extraterrestres ourdissent de savants complots pour envahir notre planète. Leur but ? Faire de la Terre leur nouvel univers et transformer les êtres humains en hamburgers plantureux. Vous l'avez donc compris. Les sévices culinaires ont toujours - peu ou prou - inspiré le cinéma gore. Nous aurions pu également ajouter d'autres forfaitures sur pellicule, notamment Ebola Syndrome (Herman Yau, 1996, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2017/01/06/34823767.html), Nouvelle Cuisine (Fruit Chan, 2006, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2016/03/05/32823938.html), Cannibal Kitchen (Gregory Mandry, 2008), ou encore Blood Diner (Jackie Kong, 1987, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/09/12/37492974.html).

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Vient également s'additionner Dead Sushi, réalisé par la diligence de Noboru Iguchi en 2012. Pour les thuriféraires du cinéma gore et extrême, le cinéaste, scénariste et producteur japonais n'a jamais été spécialement réputé pour son raffinement ni sa bienséance. Noboru Iguchi n'a jamais caché son engouement ni son effervescence pour les mangas, les zombies décrépits à base de flatulences et autres cyborgs nantis de pulsions satyriasiques. The Machine Girl (2008), Shyness Machine Girl (2009), RoboGeisha (2009), Mutant Girl Squad (2010), Zombie Ass - The Toilet of the Dead (2012), Gothic Lolita Battle Bear (2014), ou encore Tomie - Unlimited (2011) sont autant de prévarications sur pellicule. Evidemment, Dead Sushi ne déroge pas à la règle.
Pour ceux qui vénèrent et sacralisent les mignardises, ainsi qu'un cinéma exigeant, merci de quitter hâtivement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates !

Pourtant, force est de constater que depuis Zombie Ass - The Toilet of the Dead, Noboru Iguchi a, semble-t-il, euphémisé (quelque peu...) ses ardeurs et ses accointances avec les miasmes et autres pestilences. Avec Dead Sushi, le metteur en scène nippon va-t-il enfin retrouver sa verve désormais légendaire ? Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Rina Takeda, Shigeru Matsuzaki, Kentaro Shimazu, Asami Sugiura, Demo Tanaka et Takamasa Suga. Attention, SPOILERS ! Fille d’un grand chef sushi renommé, Keiko, 21 ans, s’enfuit de sa maison pour ne plus avoir à subir des entrainements de kung-fu devenus trop stricts.
Elle se réfugie dans une auberge où un staff excentrique et un groupe de pharmaciens en séminaire la ridiculisent.

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Mais un ancien pharmacien avide de vengeance répand un sérum capable de transformer les sushis en créatures affamées... Comme de coutume chez Noboru Iguchi, la trame narrative tient - au mieux - sur un post-it atrophié... En l'occurrence, Noboru Iguchi s'était curieusement assagi depuis l'inénarrable Zombie Ass - The Toilet of the Dead. Ses admirateurs les plus patentés n'avaient pas omis de lui faire savoir. Il était donc temps de réitérer les fulgurations de naguère. La requête est évidemment ouïe par un Noboru Iguchi plus en forme que jamais. Sur la forme, Dead Sushi s'avoisine à une sorte de salmigondis filmique qui amalgame sans fard comédie funambulesque, arts martiaux, gore, diverses explosions (implosions...) sanguinolentes et autres délires culinaires.
Enfin, les sushis et les calamars trouvent un film à leur mesure et à leur réputation sulfureuse via cette galette (c'est le cas de le dire...) confectionné par l'érudition d'un Noboru Iguchi en mode pilotage automatique.

Autrement dit, plus c'est gros, plus c'est bon. Tel semble être, par ailleurs, le principal leitmotiv de Dead SushiExtatique, Noboru Iguchi s'autorise toutes les excentricités sur pellicule. Les amateurs de tripailles et autres joyeusetés qui explosent arrogamment sur l'écran rougeoyant seront ici en terrain connu et quasiment conquis. Voilà que nos chers sushis transpercent le crâne et même la cavité buccale (voire anale...) de nos chers protagonistes ! Jadis, nos chères victuailles se laissaient appâter par notre appétit insatiable. Désormais, sushis et autres calamars, pourtant trépassés, reviennent à la vie pour se venger de notre boulimie intarissable. 
A l'instar de Zombie Ass - The Toilet of the Dead en son temps, Dead Sushi dérive lui aussi vers les fétidités et autres odeurs pestilentielles dont Noboru Iguchi est hélas coutumier. A raison, les cinéphiles pesteront et maronneront contre la futilité de ce pur produit d'exploitation. A contrario, Dead Sushi rencontrera sans doute les bonnes grâces des laudateurs du cinéma underground.

 

Note : 12/20

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