Cinéma Choc

18 février 2019

Overlord - 2018 (Zombies, expérimentations nazies et autres monstruosités)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2018
Durée : 1h50

Synopsis : À la veille du débarquement, un groupe de parachutistes est largué en France occupée. Alors qu’ils luttent pour accomplir ce qui ressemble à une mission impossible, ils tombent sur un laboratoire secret dans lequel sont menées des expériences surnaturelles, aussi étranges que terrifiantes. 

 

La critique :

J.J. Abrams est indubitablement un petit fûté. Déjà, l'autodidacte narquois peut s'enhardir d'arborer un certain éclectisme en s'accoutrant des oripeaux soyeux de cinéaste, producteur, scénariste, acteur et compositeur. De surcroît, J.J. Abrams n'a jamais caché son extatisme ni sa dilection pour le cinéma grand public de Steven Spielberg, mais le metteur en scène est un érudit du Septième Art qui affectionne tout autant les séries B, les raretés, le cinéma asiatique et les longs-métrages indépendants. Pendant longtemps, il restera confiné à l'état de grimaud et de producteur subsidiaire pour des films tels qu'A propos d'Henry (Mike Nichols, 1991), Forever Young (Steve Miner, 1993), ou encore Armageddon (Michael Bay, 1998).
Pour J.J. Abrams, il faudra faire preuve à la fois de pugnacité et de longanimité et patienter jusqu'au milieu des années 2000 via Mission Impossible 3 (2006), un blockbuster qu'il réalise et qui lui permet de toiser les firmaments du box-office américain.

Mission Impossible 3 constitue donc cette manne providentielle et J.J. Abrams peut désormais, en toute outrecuidance, honnir cette caste de producteurs mercantilistes et abonnés aux blockbusters sirupeux et somptuaires. Le cinéaste collectionne les succès mondiaux et devient la nouvelle égérie des sagas Star Trek et Star Wars. Steven Spielberg peut dormir tranquillement sur ses deux oreilles, il vient de trouver son digne légataire. Toutefois, il serait bien réducteur, voire trivial, de corseter J.J. Abrams dans la case acérée et étriquée des blockbusters dispendieux. 
Indiscutablement, le producteur et réalisateur possède d'autres arguties dans sa besace. Pour mémoire, J.J. Abrams reste l'un des principaux démiurges de séries B et de films indépendants, certes un peu moins clinquants, mais qui ont suscité une certaine appétence sur la Toile.

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Par exemple, la sortie de Cloverfield (Matt Reeves, 2008) déchaîne les passions et des polémiques vivaces  sur les réseaux sociaux. Alors que certains saluent et adoubent ce found footage aux allures eschatologiques, d'autres crient haro sur cette fadaise science-fictionnelle. Toujours est-il que Cloverfield se solde par un succès pharaonique et se transmute (pour le moment) en trilogie lucrative. Même remarque concernant Une Virée En Enfer (John Dahl, 2002). Il n'est donc pas surprenant de retrouver l'ami J.J. Abrams derrière la production d'Overlord, un film d'horreur réalisé par les soins de Julius Avery en 2018. Il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm1170339/) pour déceler quelques informations élusives sur ce cinéaste australien.
En outre, Julius Avery n'est pas un noviciat derrière la caméra et peut légitimement s'enhardir de quelques réalisations notables et éventuellement notoires, entre autres Jerrycan (2008), Yardbird (2012) et Son of A Gun (2014).

Via la complicité béate de Julius Avery, J.J. Abrams aspire à exhumer les zombies nazis de leurs pénates. Tel est le principal leitmotiv d'OverlordCe n'est pas la première fois que le cinéma gore et horrifique se polarise sur les macchabées "nazillards". Les thuriféraires de ce sous-genre du cinéma d'exploitation n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Le Commando des morts-vivants (Ken Wiederhorn, 1977), Outpost (Steve Barker, 2008), Dead Snow (Tommy Wirkola, 2009), ou encore Frankenstein's Army (Richard Raaphorst, 2013) parmi les productions (peu ou prou) probantes. Pour J.J. Abrams, Overlord constitue surtout cette opportunité de s'accointer et de s'acoquiner avec les productions Grindhouse auxquelles Robert Rodriguez et Quentin Tarantino avaient fait voeu d'allégeance en réalisant, respectivement, Planète Terreur (2007) et Boulevard de la Mort (2007). 

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En dépit de son statut de série B, Overlord réalise non seulement des scores concluants dans les salles obscures, mais le film est également salué et encensé par des critiques (presque) unanimement panégyriques. Reste à savoir si Overlord mérite (ou non) de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Wyatt Russell, Iain De Caestecker, Pilou Aesbek, Mathilde Ollivier, Bokeem Woodbine et Jacob Anderson. Attention, SPOILERS ! (1) En pleine Seconde Guerre mondiale, on suit le périple mouvementé d'un petit groupe de soldats qui se retrouve en France, alors que le Débarquement n'attend qu'eux.
Leur mission ? Détruire une antenne radio empêchant l'aviation d'avancer. Celle-ci se trouve sur le toit d'une église au milieu d'un village peuplé de nazis.

Mais une fois sur place, ils vont surtout découvrir que des expériences ont lieu sur les habitants du coin afin de créer l'armée du futur qui sera invincible (1). Dire que le public languissait d'impatience à l'idée de découvrir Overlord vrombir sous nos rétines révulsées est un doux euphémisme. Pourquoi ? Tout simplement parce que le film porte et érige le monogramme de J.J. Abrams comme principale effigie. Ensuite, on nous promettait un long-métrage sulfureux, immonde, amoral et irrévérencieux, dans la grande tradition du genre.
En l'occurrence, les films de zombies nazis reposent peu ou prou sur une rhétorique analogique : des expériences nazies, des scientifiques et des médicastres atteints par le Complexe d'Icare, des soldats en déveine qui doivent s'escarper pour éviter les assauts répétés de zombies carnassiers, et bien sûr du gore ad nauseam.

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En outre, Overlord remplit partiellement son contrat. Premier écueil et pas des moindres, la durée parfois lénifiante du film, soit une heure et cinquante minutes de bobine. Pour ce genre de pellicule et surtout pour un concept déjà sondé, scruté et analysé jusqu'à la moelle, une telle durée se révèle rapidement fastidieuse, surtout pour procéder à l'exégèse de personnages, certes plutôt attachants, mais assez archétypaux dans l'ensemble. Bref, rien de neuf sous le bataillon ensanglanté. Certes, les comédiens répondent doctement à l'appel. Certes, le trio formé par Iain De Caestecker, Wyatt Russell et la belle Mathilde Ollivier fonctionne plutôt bien et permet de fermer les mirettes sur un scénario convenu et, in fine, archi prévisible sur la durée. De facto, une nouvelle question se pose en filigrane.
Pourquoi s'appesantir, aussi allègrement, sur un si long préambule pour parvenir sur le lieu des inimitiés expérimentales ?

Les bandes annonces, pour le moins éloquentes, préfiguraient un film à la fois gore, gouailleur et joyeusement impudent. Au final, il faudra s'armer de patience et attendre plus de 75 minutes de bobine avant que le long-métrage accélère un peu les animosités. Toutefois, même au menu de la barbaque rutilante, la tripaille est étrangement absente. En l'occurrence, difficile de comprendre la réprobation aux moins de 16 ans tant Overlord se montre timoré sur la durée. Certes, le film flagornera sans doute les néophytes, ainsi que ceux qui prisent et adoubent les productions Grindhouse les plus pondérées. Mais dans le même genre, on lui préférera amplement le diptyque formé par Dead Snow (déjà susmentionné dans ses lignes). Pour le reste, Overlord échappe de justesse à notre courroux fatidique par quelques luminescences de façade et par un spectacle "légèrement" (mais très "légèrement", hein...) au-dessus de la moyenne habituelle... Et encore...
Il faut vraiment se contenter de vaches maigres... 
Finalement, Overlord, c'est un peu cette coquille vide qui tente de se démener, de se débattre et d'édifier le cryptonyme de J.J. Abrams afin de colmater ses carences abyssales, dont le métrage est hélas victime. Par mansuétude, on fera fi des effets spéciaux surannés, ainsi que de cette hémoglobine réalisée en images de synthèse (Sic...). Bref, une sacrée gabegie en somme.

Note : 10.5/20

 

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.ign.com/overlord-abrams/42905/review/overlord-cetait-ma-guerre-critique-cine-4dx


17 février 2019

Cannibal Ferox 2 - Prisonnières de la Vallée des Dinosaures (Genèse et anthropologie du cannibalisme)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1985
Durée : 1h28

Synopsis : Une équipe hétéroclite se rend à Manaus, en Amazonie et se perd dans la Vallée des Dinosaures… Ce n’est que le début d’une hallucinante odyssée au milieu des sables mouvants, caïmans, serpents, sangsues, piranhas, cannibales, trafiquants d’esclaves et de diamants. Tous n’y survivront pas… 

 

La critique :

Toujours la même antienne... Lorsque l'on procède à l'exégèse du genre anthropophagique, difficile de ne pas songer ni d'invoquer le cas putride et condescendant de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980). Au moment de sa sortie, le film charnière de Ruggero Deodato suscite les anathèmes et les quolibets pour sa violence viscérale, sa barbarie ostensible, son sadisme jugé racoleur, ainsi que pour ses saynètes explicites de meurtres et autres exactions putrescentes. Sommé de s'expliquer au tribunal, Ruggero Deodato corrobore et avalise de réels sévices et crimes perpétrés sur des animaux, ce qui serait totalement inconcevable aujourd'hui au cinéma.
En revanche, le cinéaste transalpin dément formellement les sévices commis sur les acteurs du film. Ainsi, la femme empalée dans le film n'est qu'un trucage factice et astucieux.

Que les esprits furibonds se rassérènent, personne n'a subi de supplice ni de sinistres forfaitures durant le tournage du film ! De facto, le spectateur avisé discerne beaucoup mieux l'outrecuidance et l'impertinence d'une telle pellicule. A l'époque, Cannibal Holocaust s'apparente à un film insolite, impudent et novateur. Mieux, le métrage de Ruggero Dedodato devient à la fois la nouvelle égérie et effigie d'un sous-genre du cinéma d'exploitation, celui qui voit poindre des touristes d'infortune dans une jungle hostile, à la fois peuplée par une faune et une flore irascible, et surtout par des cannibales à l'appétit pantagruélique. Pourtant, le film prodrome du cannibalisme ne se nomme pas Cannibal Holocaust, mais Cannibalis - Au pays de l'Exorcisme (Umberto Lenzi, 1972). 
C'est donc ce long-métrage rogue et érubescent qui s'arroge la couronne sérénissime du film précurseur... Enfin pas vraiment... 

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Puisque le scénario du film s'apparente à une copie presque conforme et éhontée d'Un Homme Nommé Cheval (Elliot Silverstein, 1970). Opportuniste, Umberto Lenzi s'approprie le synopsis du film d'Elliot Silverstein pour le transposer dans un film qui oscille entre l'aventure, la torture gratuite d'animaux et l'anthropophagie ad nauseam. Après le succès retentissant de Cannibal Holocaust, Umberto Lenzi réitère les belligérances via Eaten Alive - La secte des cannibales (1980), l'une des productions les plus véhémentes et discourtoises du genre anthropophagique, probablement à équité avec Le Dernier Monde Cannibale (Ruggero Deodato, 1977), le même Cannibal Holocaust (toujours la même ritournelle) et Cannibal Ferox, une nouvelle pellicule diligentée et prodiguée par les soins d'Umberto Lenzi en 1981. Tiens, tiens...

On retrouve donc notre cher metteur en scène rital derrière cette nouvelle galette particulièrement affable et avenante en termes de tripailles et de barbaques joyeusement déversées sur l'écran rougeoyant. Avec Cannibal Holocaust, Cannibal Ferox reste sans aucun doute l'une des productions les plus notoires et éventuellement notables du genre. A l'instar du film de Ruggero Deodato, Cannibal Ferox doit lui aussi se colleter et se débattre avec une censure éruptive. Honni, rabroué, semoncé, voué à l'opprobre et aux gémonies, Cannibal Ferox est même banni dans plusieurs pays et récolte l'ultime animadversion, soit une interdiction aux moins de 18 ans.
Paradoxalement, le métrage s'arrache à prix d'or via le support vidéo. Il était donc logique, voire inévitable, qu'une suite ou qu'une séquelle (on ne sait pas très bien...) soit produite et financée à postériori. 

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Son nom ? Cannibal Ferox 2, plus connu sous le nom de Prisonnières de la Vallée des Dinosaures en français, et réalisé par les soins de Michele Massimo Tarantini en 1987. Pour la faribole futile, le film est aussi sorti sous l'intitulé d'Amazonas. A fortiori, le nom de Michele Massimo Tarantini ne partage aucune accointance ni aucune dilection pour le genre cannibale. Il suffit de scruter sa filmographie pour s'en rendre compte. Des films tels que La prof du bahut (1976), A nous les lycéennes (1975), La flic chez les poulets (1976), ou encore La baigneuse fait des vagues (1980) témoignent davantage d'un engouement, voire d'une effervescence pour la comédie grivoise et teintée d'érotisme. Vous l'avez donc compris. Michele Massimo Tarantini fait partie de ces artisans du cinéma bis qui ne sont pas spécialement réputés pour leur convenance et leur bienséance.

Evidemment, Cannibal Ferox 2 ne déroge pas à la règle et écopera, par ailleurs, d'une interdiction aux moins de 18 ans. Cette réprobation sera minorée par la suite pour passer à une "simple" (si j'ose dire...) interdiction aux moins de 16 ans. La distribution du film se compose de Michael Sopkiw, Suzanne Carvalho, Milton Morris, Marta Anderson, Jofre Soares, Gloria Cristal, Susan Hahn, Maria Reis, Andy Silas et Leonidas Bayer. Certes, la simple publication de cette liste de bras cassés ne risque pas évoquer grand-chose. A la rigueur, seule la présence de Michael Sopkiw mérite qu'on s'y attarde quelque peu. A l'époque, le comédien bellâtre, issu du mannequinat, a déjà tenu quelques rôles adventices dans des productions impécunieuses, entre autres 2019, après la chute de New York (Sergio Martino, 1983), Blastfighter (Lamberto Bava, 1984), ou encore Le monstre de l'océan rouge (Lanberto Bava, 1985). 

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Vous l'avez compris. Le comédien est un pur produit du cinéma bis transalpin. Par la suite, il décidera de cesser ses activités cinéphiliques pour ériger sa propre entreprise. Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de Cannibal Ferox 2 - Prisonnières de la Vallée des Dinosaures ! Attention, SPOILERS ! (1) Le professeur Ibanez, un paléontologue, se rend avec sa fille dans la jungle amazonienne pour y mener une expédition. En effet, il souhaite explorer la célèbre Vallée des Dinosaures, une zone sauvage réputée fort riche en fossiles préhistoriques.
Toutefois, ce site, supposé être maudit, est peuplé d'indiens féroces ! Ibanez sera accompagné par une troupe pour le moins hétéroclite : un photographe et ses deux modèles ; un ancien du Vietnam et sa femme alcoolique ; un pilote d'avion français ; et enfin Kevin, un aventurier spécialisé dans la recherche de trésors paléontologiques. 

L'aventure dégénère rapidement. Alors qu'ils arrivent à la vallée, l'avion les transportant s'écrase dans un marécage. Les rescapés vont devoir s'organiser pour survivre... (1). Sur la forme, Prisonnières de la Vallée des Dinosaures s'apparente bel et bien à une séquelle de Cannibal Ferox premier du nom. Pour les thuriféraires du premier chapitre, merci d'oblitérer les rutilances et l'irrévérence du film d'Umberto Lenzi au profit d'une bisserie beaucoup plus transie vers l'aventure. Hormis quelques saynètes triviales et outrageantes, notamment un foie tortoré à pleines dents par un vil anthropophage, pas grand-chose à signaler au tableau de bord.
Ah si... On notifiera éventuellement cet homme happé puis décharné par des piranhas... Mais c'est une bien mince consolation pour celui ou celle qui attend un carnage dans les règles ! 

Cannibal Ferox 2 est probablement le film le plus doucereux de sa catégorie, mais aussi le moins ordurier dans la mesure où Michele Massimo Tarantini élude l'exposition virulente et gratuite de tortures d'animaux. 
Toutefois, fidèle à sa réputation de "bisseux" aguerri, le metteur en scène se polarise davantage sur les séquences libidineuses à base de viol et de saphisme subsidiaire. Correctement photographié, emboîté, agencé et mis en scène, Cannibal Ferox 2 se suit avec un ennui poli. Son interdiction aux moins de 18 ans ne se justifie que par la sulfureuse réputation de son auguste devancier. En termes d'ignominies et autres prévarications salaces, Cannibal Ferox 2 se montre beaucoup trop avaricieux pour satisfaire un audimat en manque de sensations extrêmes et sanguinolentes.
C'est donc un certain désappointement qui émerge lors du générique final même si cette bisserie désargentée n'est pas forcément si désagréable à visionner sur la durée. L'action, l'aventure et les tribulations sont menées tambour battant et devraient davantage flagorner un public beaucoup plus pudibond. En soi, ce Cannibal Ferox 2 constitue donc un véritable oxymoron. Par pure miséricorde, nous lui attribuerons donc la moyenne, ni plus, ni moins.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=726&NamePage=amazonas--prisonnieres-de-la-valle-des-dinosaures-

16 février 2019

Les films à venir sur Cinéma Choc

Comme l'indique le titre de ce nouvel article, voici sans plus attendre les films à venir dans les prochains jours, prochaines semaines et prochains mois sur Cinéma Choc. Pour chaque film, j'ai précisé quel serait l'intitulé de la chronique entre parenthèses.

 

America's Sickest Home Videos - Part 1 ("Most disturbed person in America")
American Guinea Pig - The Song Of Solomon
(Stephen Biro, l'hérétique)
L'Amérique Interdite ("L'Amérique, je veux l'avoir et je l'aurai...")
L'Amérique Interdite 2 ("L'Amérique, si c'est un rêve, je le saurai")
L'Ange Rouge ("Je ne suis pas seulement un mutilé, je suis aussi un homme") : chronique de Taratata
L'Auberge Rouge - 1951 (Ode à la mortification)

Bad Cops - 2000 (La loi du silence doit être brisée !)
Banned From Television - Prison Files ("Mondo" carcéral)
Boulevard de la Mort (Quelques miles à parcourir avant de mourir)
Bubbles Galore (Innocente dévergondée)

Cannibal Ferox 2 - Prisonnières de la Vallée des Dinosaures (Genèse et anthropologie du cannibalisme)
La Colline des Hommes Perdus (Comme un parfum de Guantanamo) : chronique de Taratata

Daughter of Darkness (Petite fifille à son papa) : chronique de Taratata
De Nuremberg à Nuremberg
(Et tout commença par la violation du Traité de Versailles...)
Dead American Woman (La revanche de la morte-vivante)

eXistenZ ("The game is over") : chronique de Taratata
Exitus Interruptus
(Le porno gore selon Andreas Bethmann)

Her Name Was Torment 2 - Agony (Soeurs de sang)

Inhumanities 2 - Modern Atrocities (The worst of Faces of Death)

The Killing Of America (La fin et la mort du rêve américain)

Lolita Vibrator Torture ("3, 2, 1... Ouistitiiiiiiii") : chronique de Taratata

Les Nouveaux Barbares (2019... La guerre nucléaire est terminée)

Overlord - 2018 (Zombies, expérimentations nazies et autres monstruosités)

Salafistes (La prochaine guerre sera à la fois politique, idéologique, spirituelle et civilisationnelle)
Scènes de Chasse en Bavière
(Les paysans n'aiment pas les gay) : chronique de Taratata
Stockholm Syndrome - 2008 (L'esclavagisme sexuel est toujours d'actualité)

War Of Atricities : The Horrors Of War - Camps Of Death ("Remember... Only remember...")

 

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Moebius - 2013 - Film Coréen (Castration sans aucun mot)

Moebius

Genre : Thriller, drame (interdit aux - 16 ans)

Année : 2013

Durée : 1h28

 

Synopsis :

Une femme au foyer est prise d'un accès de rage lorsqu'elle constate l'infidélité de son époux. Couteau à la main, elle se dirige vers sa chambre, mais il la repousse facilement et s'enferme. Son regard se porte alors sur une autre chambre dans l'appartement, celle où dort leur jeune fils.

 

La critique : 

Avouez que ça faisait bien longtemps que le cinéma coréen n'était plus venu pointer le bout de son nez sur le blog. Au vu du temps espagnol quelque peu morose et frisquet, je me vois fort bien obligé de vous noyer sous une petite déferlante de films noirs avant que le beau temps ne se pointe et ne me donne envie de quitter mon kot. Que soit, avec le temps, je crois qu'il n'est plus nécessaire de ressortir cette vieille antienne de la sérieuse réputation du cinéma coréen s'étant illustré avec brio dans l'exigence cinématographique liée en partie aux thrillers et policiers.
Ceux-ci avaient comme caractéristique de briller par leur absence totale de retenue. Ils n'avaient pas peur d'asséner une déflagration à nos barrières quelque peu sages. Un constat surtout lié à permettre une plus grande exploitation dans les salles. Quand on sait que l'interdiction aux moins de 16 ans est un malencontreux frein pour les exploitants de salles, et même en dépit d'une qualité pouvant être exceptionnelle, on est en droit de ne pas fournir de flagorneries sur la politique cinématographique occidentale actuelle. L'ironie du sort est que Old Boy et I Saw The Devil, deux métrages estampillés d'une interdiction aux moins de 16 ans, dont avec avertissement pour le second, jouissent d'une réputation culte. Voilà qui a de quoi démontré que violence ne rime pas automatiquement avec débilité. 

Si j'ai pu ratisser la plupart des réalisateurs coréens d'importance, il ne me semble pas encore avoir fait mention de Kim ki-duk. Un scénariste, producteur, réalisateur et monteur dont la biographie est reconnue comme variée et caractérisée comme personnelle, onirique et poétique, décrivant sans aucune concession la société coréenne. Il a donné naissance à quelques oeuvres de toute première importance dont le plus connu est Printemps, été, automne, hiver... et printemps qui n'a pas sa place sur le blog. A côté, il officia dans des films plus sombres tels Bad Guy, Samaria et Moebius qui sera présenté comme première pellicule de lui sur le blog. Tourné en, à peine, deux semaines, Kim eut de sérieux démêlés avec la censure, représentée par la Korean Media Rating Board.
La raison fut les scènes incestueuses entre mère et fils, l'obligeant à couper une trentaine de séquences d'une durée de 2 minutes 30. Il obtiendra l'autorisation de distribution à la troisième tentative, tandis que sa présentation en compétition à la Mostra de Venise lui vaudra d'être chaleureusement accueilli sur le tapis rouge. Il vit aussi sa popularité se faire à Toronto et Pusan avant que l'interdiction ne soit levée pour sortir fin 2013. 

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ATTENTION SPOILERS : Une femme au foyer est prise d'un accès de rage lorsqu'elle constate l'infidélité de son époux. Couteau à la main, elle se dirige vers sa chambre, mais il la repousse facilement et s'enferme. Son regard se porte alors sur une autre chambre dans l'appartement, celle où dort leur jeune fils.

A l'époque, je dois bien avouer que l'obtention du film sur la Toile fut une belle gageure, à mon grand étonnement. J'avais déjà rencontré le même souci avec le très bon Silenced qui n'attirait guère l'attention du public occidental. C'est au terme de plusieurs recherches que le Kickass en déshérence depuis son combat avec la censure, m'apporta satisfaction. Il faut dire que le synopsis avait le mérite de susciter la curiosité. Printemps, été, automne, hiver... et printemps semblait tellement loin face à ça. La réputation de biographie variée n'est en aucun cas usurpée. Seulement, précisons d'emblée que Moebius est un film que vous allez soit aimer, soit détester.
Le Kim a eu une idée pour le moins audacieuse et celle-ci n'est ni plus, ni moins que de ne pas fournir le moindre semblant de dialogue durant tout le récit. Pourquoi un tel choix me direz-vous ? Envie d'expérimenter ? Peut-être mais ce choix ne tient aucunement du hasard et se montre bien plus intelligent qu'il n'en a l'air. Car comment pourrait-on mieux représenter un couple fracturé qu'en lui supprimant toute parole ? Cette privation de parole est une démonstration subtile du manque totale de communication d'une famille en perte totale de repère dont aucun n'est à sauver, ou ne sera à sauver. D'un côté, un père désintéressé batifolant avec son amante, de l'autre une mère psychologiquement instable, totalement désemparée par la situation. Qu'est-ce qui a pu provoquer un tel chaos familial ? Nul ne le sait. Autant dire que le cinéphile tombe comme un cheveu dans la soupe au sein de ce chaos familial susceptible de péter à tout moment. 

Au cours d'une soirée, la mère ne va ni plus ni moins que tenter de castrer son mari au couteau avant que celui-ci ne la batte, l'éjectant de la chambre. Il est certain que la folie a pris contrôle d'elle. Sa vengeance est bien trop tenace envers son mari et quelle meilleure victime que leur propre enfant qu'elle castrera presque totalement, s'enfuyant par la suite de la maison. C'est le début d'une descente en enfer pour le père et le fils. Selon Kim ki-duk, le pénis est ce qui fait l'identité de l'homme, ce qui tend à lui apporter une sorte d'inconsciente fierté.
En le privant de cela, le garçon en vient à développer une personnalité violente vu qu'il battra son père dans le commissariat, voyant en lui le responsable de son malheur. De son côté, le père cherchera par tous les moyens nécessaires de rendre la virilité à son fils, incapable de bander et d'avoir un orgasme. L'alternative n'est qu'une greffe pénienne pour le sortir de ce tunnel infernal l'entraînant dans les abîmes de la frustration, ce dont on ne peut pas lui donner tort au vu de ce que représente notre organe génital masculin pour nous. 

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Mais les problèmes extérieurs se pointent car les rixes avec des jeunes les verront le déshabiller pour l'exposer telle une créature fragilisée, atteinte dans sa plus profonde intégrité. Le réalisateur ne se prive pas d'illustrer la saleté humaine à tous les étages. Une civilisation coréenne se nourrissant du malheur des autres avec une fierté malsaine. Aucun personnage n'est à sauver et tous sont hantés par une perversité inhérente. Le père infidèle, la mère castratrice, le fils violent, une population médiocre. Kim ki-duk n'y va pas avec le dos de la cuillère en multipliant les séquences déstabilisantes pour nous, les hommes. Tout d'abord, la mère mangeant un morceau du pénis de son fils mais aussi la castration totale d'une petite frappe qui verra son pénis se faire rouler dessus par un camion (Ouille, ouille !).
On mentionnera aussi ce viol collectif de l'amante du mari dont le fils y effectuera son dépucelage sous les cris de cette femme qui a été aimante et compréhensive envers lui. Et puis, les séquences très suggérées d'incestes d'une mère désireuse de se racheter ou peut-être excitée par l'érection de son propre fils ne parachèveront qu'un tableau pour le moins malsain avec, en prime, une fin d'un terrifiant nihilisme dont les coréens ont le secret.

Indubitablement, Moebius dérange, bouscule les codes établis par sa radicalité. Seulement, comme vous avez pu le voir, tout va se jouer dans le choix assumé de l'absence totale de parole pour l'appréciation d'un cinéphile bel et bien désemparé. Si je ne peux que saluer la hardiesse de mon ami coréen, je ne peux guère réfuter mon désappointement sur ce choix effectué à tous les étages en ce qui me concerne. Par exemple, le père et le médecin se regardant en chien de faïence n'est pas plaisant, pas plus que les policiers. La thématique du silence aurait été d'un meilleur rendu et n'aurait dû se cantonner qu'à la sphère familiale. Et qui dit silence pesant dit aussi risque de trouver le temps parfois long.
Regarder sa montre pourrait certainement arriver au grand dam d'un récit loin d'être inintéressant sur le plan social dont la macabre poésie séduit irrémédiablement. Soit une quasi hypnose, soit l'emmerde totale.

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Et qu'en sera-t-il de l'aspect visuel ? Fort heureusement, le pari est réussi. Moebius se pare d'une image intéressante, de bons cadrages et d'une mise en scène visuelle loin d'être moche. On se plaît à observer le raffinement esthétique de la maison de notre famille annihilée. Kim ne suggère guère la violence psychologique qui aurait pu gagner davantage en intensité si la censure ne l'avait pas freiné dans les scènes d'inceste explicites. On retrouvera pourtant la mère entièrement dévêtue devant son fils, prise d'un regard langoureux pour le moins dérangeant. Pour la bande son, pensez-vous vraiment qu'il faille développer ça ? Et pour le jeu d'acteurs, il en est tout autant difficile à évaluer.
On n'argumentera pas 20 ans en voyant l'hallucinante prestation de cette mère, incarnée par Lee Eun-woo, donnant l'impression d'être réellement folle. Il n'y a qu'à voir son regard sur la pochette qui traduit tout. Pour le père et le fils, respectivement joué par Jo Jae-hyeon et Seo Yeong-joo, c'est un point d'interrogation qui y règne. 

De tous les films coréens qu'il m'ait été donné de présenter sur Cinéma Choc, si je devais citer celui qui m'a donné le plus de fil à retordre à évaluer, c'est sans contestation possible Moebius. Démarrant avec un thème qui aurait pu être vite bancal, le savoir-faire coréen repousse les limites à des frontières inenvisageables si l'on se cantonne à la lecture du simple synopsis. C'est une illustration assez brillante du désordre mental d'un homme lorsqu'il se retrouve privé de sa virilité dans une société masculine où le phallus est source de pouvoir. En portant le fardeau d'un pénis charcuté, c'est aux quolibets et aux railleries que le garçon devra surmonter. Le chemin ne sera pas de tout repos, le tout s'achevant dans le plus grand chaos. Film dérangeant, Moebius l'est mais son onirique noirceur déploie un portrait inattendu dont la difficulté d'accès se fera ressentir, en dépit d'une bien malheureuse mollesse atténuant notre attention par rebonds. Bien dommage car Moebius aurait pu s'immiscer comme un chef d'oeuvre méconnu d'un cinéma coréen loin d'être vraiment connu de par chez nous. Nul doute que les hommes risquent d'avoir mal devant cette déstabilisante projection.

 

Note : 14/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

15 février 2019

It Follows (Critique et analyse du film en vidéo)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose une critique et une analyse du film It Follows (David Robert Mitchell, 2014) à travers une vidéo publiée par DrawerTv et disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=vLZTfvg5zQg


Les Dieux du Stade - 1938 (Les premiers Jeux Olympiques de l'ère moderne)

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Genre : propagande, sport, documentaire, historique (film banni, censuré et interdit de diffusion aujourd'hui)
Année : 1938
Durée : 3h21

Synopsis : Les Dieux du Stade se segmente en deux parties bien distinctes. La première s'intitule La Fête des Peuples et relate "de façon nostalgique les anciens Jeux Grecs dans la ville d’Olympie et présente les épreuves d’athlétisme". La seconde partie, intitulée, La Fête de la Beauté, "relate la fin des épreuves d’athlétisme ainsi que celles d’autres disciplines (gymnastique, escrime, voile, équitation et plongeon, source : https://lewebpedagogique.com/musicarte/files/2013/10/3%C3%A8me-OLYMPIA-HDA-eleve.pdf). 

 

La critique :

Suite et fin (cette fois-ci définitive) du cycle consacré au cinéma de propagande nazie avec un "classique" (si j'ose dire...) de la propagande diligentée par Adolf Hitler et le Troisième Reich, j'ai nommé Les Dieux du Stade, réalisé par les soins de Leni Riefenstahl en 1938. Lors de la publication de la chronique du "documentaire" (hum...) intitulé Le Juif Eternel (Fritz Hippler, 1940), nous avions évoqué, entre autres, la dilection voire l'engouement d'Hitler et de Joseph Goebbels pour le noble Septième Art. Pour ces deux figures autocratiques, le cinéma doit avant tout revêtir les oripeaux d'une doxa dominante, et avec pour vocation d'ériger et d'édifier l'aryanisation de la race germanique.
Cette idéologie fallacieuse n'est pas seulement antisémite, prônant notamment l'annihilation des Juifs de l'Europe et du monde à postériori.

Les doctrines "nazillardes" reposent également sur le culte d'une jeunesse flamboyante, d'une armée impérialiste, d'une nation souveraine et surtout d'un chef potentat qui rassérène et domine d'une main de fer le peuple dans son intégralité. A la fois actrice, réalisatrice, productrice et photographe allemande, Leni Riefenstahl voue un véritable extatisme pour la figure hégémonique d'Adolf Hitler qu'elle adoube, vénère, sanctifie, sacralise et mythifie. Pour la faribole futile, certaines galéjades prêteront une relation énamourée entre l'artiste et le Führer, mais de telles calomnies ne seront jamais réellement corroborées. En outre, bien avant son ascension tonitruante dans le cinéma de propagande nazie, Leni Riefenstahl fait déjà partie de ces visages éminents du peuple germanique.
A l'époque, Leni Riefenstahl officie surtout en tant que comédienne, entre autres sur des films consacrés au sports d'hiver.

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Les thuriféraires de ce registre cinématographique (mais enfin, qui sont-ils ???) n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Le Grand Saut (Arnold Franck, 1927), Tempête sur le Mont Blanc (Arnold Franck, 1930), ou encore L'Ivresse Blanche (Arnold Franck, 1931). Leni Rifenstahl rencontre Joseph Goebbels l'année suivante et s'acoquine avec le Parti Nazi. Corrélativement, Hitler visionne les films de Leni Riefenstahl en catimini et salue le travail d'orfèvre de l'artiste accompli. Cette dernière est une sportive robuste et aguerrie. Elle correspond, entre autres, à la fantasmagorie nazie via cet athlète qui domine arrogamment ses adversaires avec une promptitude et une facilité déconcertante.
Dès 1933, Hitler requiert l'érudition de Leni Riefentahl pour consacrer un documentaire grandiloquent sur sa propre effigie omnipotente.

Enthousiaste, Leni Riefenstahl relève la gageure et réalise Le Triomphe de la Volonté (1933), l'une des figures cinéphiliques et proéminentes du cinéma de propagande nazie. Leni Riefenstahl exulte et s'arroge le titre sérénissime de nouvelle égérie du Troisième Reich. Adolph Hitler adule le travail et la somptuosité esthétique de la réalisatrice. De facto, celle-ci devient la figure emblématique et prédominante pour édifier les Jeux Olympiques de Berlin de 1936. C'est ainsi que naît le documentaire Les Dieux du Stade, sorti en 1938. En outre, via Les Dieux du Stade, Leni Riefenstahl ne doit pas seulement se contenter de signer un documentaire lambda et adventice.
Le long-métrage doit mordicus glorifier le Troisième Reich au firmament de l'Europe toute entière. 
La figure absolutiste d'Adolf Hitler ne domine plus seulement l'Allemagne, mais l'Europe voire le monde dans son intégralité.

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Mieux, le film se doit de louanger un Empire appelé à s'étendre au-delà de ses frontières germaniques. En vérité, le projet séditieux et machiavélique d'Adolf Hitler consiste à bâtir une nouvelle Rome fantasmée, une ville luxuriante que Napoléon Bonaparte avait déjà jadis rêvé d'édifier. Mais Les Dieux du Stade se révèle être aussi le catalyseur de jeux olympiques sous l'Antiquité en exaltant un pays autrefois resplendissant : la Grèce. Pour réaliser Les Dieux du Stade, Leni Riefenstahl bénéficie de la prodigalité du Troisième Reich via une équipe composée de 300 personnes dont 40 cameramen.
Les Dieux du Stade devient alors un documentaire novateur et incontournable, même aux yeux des cinéphiles les plus circonspects. Indubitablement, Les Dieux du Stade s'apparente à un documentaire polémique.

Condamné, banni, voué à l'opprobre et aux gémonies après la défaite de 1945 pour ses accointances ostentatoires avec le Troisième Reich, Les Dieux du Stade devient un documentaire honni et maudit. Le film disparaît alors subrepticement dans les affres de l'oubli et de la désuétude. A contrario, Leni Riefentahl ne regrette aucunement ce documentaire colossal et brocarde ceux qui taxent le film de partial, voire de sédition et d'idéalisation béate du Troisième Reich. A ce sujet, les avis contrastés se segmentent en deux clans bien distincts. Le premier coalise les laudateurs de ce documentaire qui encensent le travail vétilleux et méticuleux de Leni Riefentahl.
A contrario, le second vilipende et vitupère un film de propagande à la mécanique implacable et pernicieuse. Sous couvert de technicité, le film ne serait, in fine, qu'une élégie doucereuse du Troisième Reich. 

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Toujours est-il "qu'en 2005, Time.com classe Les Dieux du Stade parmi les 100 meilleurs films de tous les temps" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Dieux_du_stade_(film). Attention, SPOILERS ! Les Dieux du Stade se scinde en deux parties bien distinctes. La première s'intitule La Fête des Peuples et relate "de façon nostalgique les anciens Jeux Grecs dans la ville d’Olympie et présente les épreuves d’athlétisme". La seconde partie, intitulée La Fête de la Beauté, "relate la fin des épreuves d’athlétisme ainsi que celles d’autres disciplines (gymnastique, escrime, voile, équitation et plongeon, source : https://lewebpedagogique.com/musicarte/files/2013/10/3%C3%A8me-OLYMPIA-HDA-eleve.pdf). Certes, à l'aune de ce documentaire, difficile de ne pas souligner les apparats, ainsi que le travail précautionneux de Leni Riefenstahl.  

La réalisatrice fougueuse dispose aussi de toutes les techniques modernes et d'une équipe enthousiaste pour conférer à ces Jeux Olympiques de Berlin le titre hiératique des tous premiers jeux olympiques de l'ère moderne. Dès 1935, lorsque le comité olympique attribue les Jeux Olympiques à la capitale allemande, cette annonce solennelle apparaît comme une manne providentielle pour le régime despotique d'Adolf Hitler. Les jeux olympiques de Berlin ne seront pas des jeux olympiques comme les autres. Cette fête lucrative et rutilante se doit avant tout de diviniser le Troisième Reich, ainsi que sa nouvelle tête de proue harangueuse, celle d'Adolf Hitler ; une façon comme une autre de déclarer avant l'heure la Seconde Guerre mondiale. Autrefois décharnée et tuméfiée, l'Allemagne n'est plus cette nation tétanisée et chancelante par sa défaite de la Première Guerre mondiale et par la ratification du Traité de Versailles. 

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Leni Riefenstahl a donc pour vocation de magnifier chaque apparition du tortionnaire "nazillard" et de son escorte de fidèles affidés. Les tonnerres d'applaudissements, les vivats et les saluts nazis se succèdent aux florilèges d'acclamations. En outre, Les Dieux du Stade révèle déjà les prémices du sport actuel en se polarisant sur les préceptes de la performance et du culte du corps. Ici, c'est l'athlète germanique qui est déifié et qui remporte, sans sourciller, la plupart des épreuves. Certes, Leni Riefenstahl arguera à raison qu'elle filme avec impartialité les victoires concomitantes de Jesse Owens lors des épreuves d'athlétisme. Certes, la réalisatrice ne minore aucunement les hymnes américains et japonais après la fin des épreuves. Mais sous couvert d'impartialité, voire d'impassibilité, le documentaire de Leni Riefenstahl transmute les Jeux Olympiques de Berlin en une gloriole, un peu trop efflorescente, de la souveraineté du Troisième Reich, appelé à durer et à dominer le monde entier pendant près de mille ans.

La race aryenne a également pour mission d'écraser ses augustes adversaires lors d'une compétition féroce et redoutable. Afin de mieux discerner leur allégresse et leur célérité, Leni Riefenstahl transmue ces figures germaniques en comédiens orfèvres qui répètent à satiété la mécanique indéboulonnable de leurs gestes cérémonieux. Certes, à contrario de certaines oeuvres iniques et propagandistes du Troisième Reich, Les Dieux du Stade ne verse jamais dans l'antisémitisme et les facondes déroutantes et xénophobes. Le discours est beaucoup plus édulcoré pour l'occasion et vise essentiellement à sanctifier l'émergence d'une nation dite "vertueuse" à travers l'Europe et le monde entier.
Par conséquent, difficile réellement d'attribuer une note ou un avis objectif sur un tel long-métrage. Les Dieux du Stade s'apparente plutôt à un documentaire riche en analyses disparates et ne manquera donc pas de susciter à la fois les ovations et les acrimonies de circonstance.

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

14 février 2019

Captured For Sex 2 (Passer de la retenue à l'extrême)

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Genre : Horreur, pornographie, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)

Année : 1986

Durée : 1h07

 

Synopsis :

Un couple, roulant à travers le pays, rencontre un sadique qui les enlève et va les soumettre à différentes humiliations jusqu'à ce que l'homme du couple demande à son bourreau de devenir son apprenti. Ensemble, les deux hommes vont abuser de cette femme à grand renfort de tortures, d'humiliations et de viols. Leur soif de férocité n'est pas comblée et ensemble, ils se mettent en quête d'autres femmes, les amenant sur le chemin de la souffrance, au-delà de frontières qu'elles n'auraient jamais pu envisager. 

 

La critique :

Aux 667 423 personnes (moyenne basse) qui attendaient avec impatience le deuxième opus de ce diptyque ultra-underground, séchez vos larmes car il est déjà là, prêt à vous accueillir au sein d'un nouveau délire du Pays du Soleil Levant qui a suffisamment confirmé sa place de leader incontesté du cinéma extrême où chaque nouvelle découverte des spécialistes met en avant toujours des strates insoupçonnées. Inutile de vous dire qu'une telle avalanche de spectacles ignobles en tout point ne fait pas bon ménage chez nous, bien que certains aventureux ont voulu tenter le pas. NF713 et le diptyque Deadly Interrogation sont parmi les très rares pouvant se mesurer à la cruauté nippone flirtant allègrement dans la torture et/ou dans les performances scabreuses, que ça soit des excréments, urine, vomi et j'en passe. Gusomilk, Squirmfest, Terrible Meal, Vomit Enema Ecstasy, Genki Genki ou Kuso Limitless, autant de titres nous questionnant sur la santé mentale de leurs géniteurs.
Fort heureusement pour les esprits les plus timorés, vous vous doutez bien que leur extrême rareté fait que vous auriez très probablement plus de chance de gagner au loto que de tomber dessus un jour si ce n'est sur nos chroniques, à l'exception de Terrible Meal (as-tu de plus amples explications dessus Inthemood ?).

Au niveau tortures, alors que les fameuses anthologies Pain Gate et GSKD régnaient sans partage dans les milieux les plus sombres et torturés du cinéma, toute une série de succédanés virent le jour, toujours dans un but de réitérer notre appétence pour le consumérisme et notre fameuse faculté de voyeurisme. On se souvient des médiocres Sadi-Scream dont la grande majorité des tortures était du fake. En parallèle, une franchise méconnue semblait ratisser à ce niveau qui est, je le rappelle, Captured For Sex. Bien malgré moi, le premier chapitre voyait sa réputation totalement usurpée face à une piètre performance, l'absence presque totale de tortures et un scénario aussi passionnant qu'un Inspecteur Derrick lors d'un après-midi pluvieux. En bon samaritain, je lui évitais la case malencontreuse du navet, mais me confronter au deuxième épisode ne suscitait, au mieux chez moi, que cette volonté d'offrande de la toute première réelle chronique sur ce film, tout Internet confondu.
Une volonté d'élever davantage Cinéma Choc au rang de blog incontournable du politiquement incorrect. Voici Captured For Sex 2, toujours réalisé par les soins de Ryuichi Hiroki et Hitoshi Ishikawa. Une question d'une logique indéniable me taraudait : Allais je me tourner les pouces et être pris, à nouveau, d'un intérêt non négligeable pour la composition minérale de la bouteille d'eau trônant fièrement à côté de moi ? (Véridique).

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ATTENTION SPOILERS : Un couple, roulant à travers le pays, rencontre un sadique qui les enlève et va les soumettre à différentes humiliations jusqu'à ce que l'homme du couple demande à son bourreau de devenir son apprenti. Ensemble, les deux hommes vont abuser de cette femme à grand renfort de tortures, d'humiliations et de viols. Leur soif de férocité n'est pas comblée et ensemble, ils se mettent en quête d'autres femmes, les amenant sur le chemin de la souffrance, au-delà de frontières qu'elles n'auraient jamais pu envisager.

Plusieurs indices peuvent corroborer le fait que la tonalité de cette suite se démarque complètement de la pitoyable retenue de son aîné. Le titre entre parenthèses bien sûr mais aussi les différents genres qui propulsent Captured For Sex 2 bien plus loin que son timoré aîné. Pourtant, là aussi il est question d'un scénario écrit en Arial 40 sur un timbre-poste et dont l'originalité est transcendante. Un couple batifolant en road-trip se fait enlever par un sadique notoire qui tient à pratiquer l'art de la torture stylisée sur nos deux amoureux. Alors que je me demandais si les tortures étaient réelles, c'est devant le fait accompli que j'étais. Certes, je suis à des années-lumière d'être un expert du genre mais difficile de réfuter la véracité des actes commis bousculant en peu de temps l'innocent (ou presque...) cinéphile que je suis. Alors que notre psychopathe voue une passion évidente au bondage en saucissonnant joyeusement la femme, il exigera de son mari qu'il la pénètre avec un concombre en bouche, tandis qu'il coupe des légumes sur son corps avec un couteau de cuisine de bonne taille.
L'ébouillantage à la cire de bougie parachèvera un tableau qui aura le mérite de calmer mes ardeurs. Alors que la retenue était le fer de lance de Captured For Sex premier du nom, c'est l'extrême dans sa pure expression qui sera utilisée. Etait-ce une volonté de radicaliser leur suite après des critiques véhémentes ? Rien n'est moins sûr. 

On fermera cependant les yeux sur le mari désireux de devenir le disciple de son mentor lui enseignant l'art de la torture via tout un panel d'instruments en tout genre sondant le vagin, l'écartant. On suspendra des poids aux tétons de la femme, on la rudoiera en la faisant passer pour une chienne. Une séance de baffe sur le popotin avec gros plans sur ses fesses rougeoyantes tend à montrer que l'acte n'est pas simulé. On la suspendra, pratiquera du gomorrhizing, l'ébouillantant de nouveau à la bougie qui semble être la meilleure amie de Mr Malade Mental.
L'acte le plus repoussant sera le lavement du rectum pour y insérer un bouchon. En le retirant, un épanchement de défécations liquides se répandra sur le sol pour le plus grand bonheur des réfractaires au caca dans les films (c'est-à-dire moi et sans doute beaucoup d'autres). D'autres séquences un peu moins hard feront office de pause : viols, séance de lesbianisme forcé, plantage d'aiguilles d'acupuncture et femme dont la moitié du torse est recouverte de pinces à linge. Bon, dans ce dernier cas, connaissant la sensation d'étirement et vu que les seins sont une zone sensible, ça peut déboussoler.

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Une constatation peut se poser. Est-ce que Captured For Sex 2 peut jouer dans la cour des grands aux côtés des Pain Gate, GSKD ou encore Tales of Naked Humiliation (aurais-tu aussi de plus amples informations sur celui-ci Inthemood ?) ? Ne les ayant bien évidemment pas vus, je ne peux décemment juger. Toutefois, je suis en mesure d'affirmer que les Sadi-Scream ne sont ni plus ni moins que de la roupie de sansonnet en comparaison du spectacle ici présent. Reste que ma faible endurance, combiné à mon ignorance du genre ne me permet pas de vous apporter un avis totalement objectif et pointilleux sur la chose. Il est possible que certains ne le trouveront pas du tout au niveau de ceux mentionnés auparavant (et je le pense sans l'ombre d'un doute), tandis que certains y verront un moyen-métrage âpre à la gloire de la souffrance revendiquée par un Mengele japonais.
Reste que l'aspect visuel est toujours aussi faiblard avec une image terne, floue et sombre, ainsi qu'une bande son insipide. La mise en scène est ce qu'elle est, c'est-à-dire correct pour un film du genre dont les cadrages ne sont pas faits par des manches. L'interprétation des acteurs sera aussi ce qu'elle est. Une supposition tend à penser que la douleur ressentie chez les filles suppliciées n'a pas l'air d'être simulée. Encore une fois, c'est mon avis de néophyte. 

Une chose est, néanmoins, certaine. Si ce genre de métrage existe, c'est qu'il y a un public derrière en état de satyriasis pervertis par l'abject spectacle de femmes entièrement soumises, dominées, ligotées, vouées à l'opprobre et aux gémonies, réduites à de simples poupées de chair que deux hommes se plaisent à maltraiter avec une satisfaction perverse témoignant toujours plus de la déshumanisation d'une civilisation qui n'a de civilisation que le nom. Alors qu'il est mal vu, au Japon, de tenir par la main sa copine dans la rue, le marché cinématographique de la torture réelle est un filon alimentant les voyeuristes toujours en quête du "toujours plus trash". Peut-on pour autant interdire ce genre de métrage franchement discutable d'un point de vue légal quand on sait que tous les acteurs sont consentants ? C'est un trou éthique qui ne pourra probablement jamais être résolu. Et puis même en les bannissant, la Toile regorge suffisamment d'insanités pour très rapidement combler les attentes.
D'un point de vue cinématographique, Captured For Sex 2 ne vaut rien mais son jusqu'au boutisme (qui est à relativiser car c'est une chronique made in Taratata) en deviendrait presque fascinant. S'il est très certainement loin des sommets d'infamie proposés par notre légendaire inthemood, il a de quoi estourbir durablement les persistances rétiniennes par son immoralité, sa perversion, son sadisme notoire qui ne peut le mettre que dans les catégories supérieures au cinéma trash conventionnel. Ce n'est cependant que partie remise car vous n'avez pas fini d'entendre parler des perversions japonaises par mes soins. Encore une fois, un signe semble s'être de nouveau adressé à moi en tombant sur une effroyable pochette, laissant présager une pellicule âpre mais si vous le voulez bien, je me remets temporairement à des films un peu plus normaux. La bise au chat.

 

Note : ???

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

13 février 2019

Le Juif Eternel (Le film le plus explicitement antisémite de la propagande nazie)

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Genre : propagande, "documenteur", documentaire, historique (film banni, censuré et interdit de diffusion aujourd'hui)
Année : 1940
Durée : 1h02

Synopsis : Une contribution à l’idéologie nazie. Le Juif Eternel dépeint l’idée d’un complot international ourdi par les Juifs de l’Est (de nombreuses scènes ont été tournées en Pologne) et les Juifs de l’Ouest. Le film met tout en œuvre pour dépeindre les Juifs comme des sous-hommes et a pour but de montrer qu’ils sont un peuple auquel il faut s’opposer, dénonçant leur façon de vivre, leur histoire, leurs coutumes… Ainsi, le documentaire prétend dévoiler les véritables traits du « Juif éternel », d’après les nazis.

 

La critique :

Adolf Hitler et Joseph Goebbels n'ont jamais caché leur dilection ni leur extatisme pour le Noble Septième Art. Mais dans le régime du Troisième Reich, le cinéma n'a pas vraiment pour velléité de se diversifier, ni de proposer plusieurs niveaux de lecture. En outre, le Septième Art se doit justement d'adouber, d'ériger, d'encenser et de déifier l'aryanisation d'un système autocratique et rigoriste qui a pour vocation, entre autres, d'éradiquer les Juifs d'Europe, puis du monde entier à postériori. Mais pas seulement... Hormis ces thèses fallacieuses, antisémites, xénophobes et pernicieuses, le cinéma de propagande nazie acclame sous les vivats cette famille allemande personnifiée par l'hégémonie du Patriarcat (une phallocratie), une jeunesse flamboyante, une nation robuste, preste et athlétique, une armée luxuriante et évidemment un chef despote et omnipotent qui gouverne d'une main de fer le sort et le fatum d'un pays tout entier.

L'Allemagne doit retrouver sa splendeur de naguère et oblitérer sa déroute de la Première Guerre Mondiale, dont la France apparaît comme le sérénissime vainqueur... Le Troisième Reich doit durer mille ans. Hitler et ses fidèles affidés gouverneront pendant douze ans, de 1933 à 1945, après la chute de Berlin et le suicide du Führer dans son bunker. Lorsque les nazis acquièrent le pouvoir, certains intellectuels optent pour l'exil forcé. Bien que glorifié par Hitler et Goebbels, le cinéaste Fritz Lang s'expatrie aux Etats-Unis et refuse de prêter allégeance à un régime qu'il juge impératif.
Que soit. D'autres metteurs en scènes, beaucoup plus dévotieux, font voeu d'obédience à Hitler et au Troisième Reich. Leni Riefenstahl devient la nouvelle égérie de ce Septième Art inique et propagandiste à travers des oeuvres telles que Les Dieux du Stade (1938) et Le Triomphe de la Volonté (1935).

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Corrélativement, d'autres metteurs en scène vont largement contribuer à sanctifier et à sacraliser les doxas nazies et antisémites. Le plus tristement célèbre se nomme Veit Harlan qui réalise, entre autres, Le Juif Süss (1940), Le Grand Roi (1942) et Kolberg (1945). Parmi les films les plus célèbres réalisés, produits et financés par la prodigalité du Troisième Reich, les historiens les plus avisés notifieront probablement des oeuvres telles que Le Jeune Hitlérien Quex (Hans Steinhoff, 1933), Suis-je un assassin ? (Wolfgang Liebeneiner, 1941), Les Rotschilds (Eric Waschneck, 1940), Stukas (Karl Ritter, 1941), ou encore Heimkehr (Gustav Ucicki, 1941).
En l'occurrence, c'est le film Le Juif Süss qui est souvent considéré et vitupéré comme le film le plus explicitement antisémite de la propagande nazie.

Une bien triste notoriété que cette oeuvre propagandiste partage avec Le Juif Eternel, réalisé par les soins de Fritz Hippler en 1940. A l'instar de Veit Harlan et de Leni Riefenstahl, Fritz Hippler a allègrement oeuvré et besogné pour la propagande cinéphilique du Troisième Reich. Le metteur en scène adhère prestement aux thèses négationnistes et antisémites du régime nazi puisqu'il s'engage dans les sections d'assaut (SA) d'Hitler dès 1926. Dès 1938, sous l'aval de Goebbels, il tient et commande le ministère le ministère de la Propagande et de l'Education du Peuple.
Il a donc un oeil clairvoyant sur les films diligentés par le régime tyrannique. Mais, en 1943, Fritz Hippler se querelle avec Joseph Goebbels. Cauteleux, ce dernier l'envoie dans un bataillon d'infanterie. Evincé, Fritz Hippler devient alors un caméraman adventice à la solde du régime.

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A la fin de la guerre, il est condamné par un tribunal de guerre à deux ans d'emprisonnement pour sa collaboration proactive aux turpitudes et aux exactions sadiques du Troisième Reich. Fritz Hippler disparaîtra alors subrepticement des écrans-radars et décédera en 2002 à l'âge de 92 ans. Evidemment, Le Juif Eternel reste son oeuvre la plus tristement proverbiale. Via Le Juif Süss, l'intelligentsia coalisée par les Alliés pensait détenir le film le plus farouchement antisémite de la propagande nazie. Le métrage de Veit Harlan est, en dépit de ses billevesées, battu à plate couture par Le Juif Eternel, soit Der Ewige Jude dans la langue de Goethe.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Le Juif Eternel est condamné à marcher dans le sillage moribond des autres films assignés par le sceau de la Croix Gammée.

Lui aussi est banni, honni, interdit de diffusion et voué aux gémonies pour ses assonances expressément antisémites, mais aussi pour ses boniments et son obséquiosité. Cependant, contrairement à la vulgate dominante, ce film, aussi pernicieux soit-il, ne devrait pas être occulté ; mais à contrario servir d'exemplarité pour discerner les schémas factieux du cinéma de propagande, en particulier quand ce dernier sert à défendre une idéologie au mieux insidieuse. Contre toute attente, Le Juif Eternel ne remporte pas le succès escompté lors de sa sortie en Allemagne.
Pis, ce documentaire propagandiste fait même pâle figure à l'aune des fulgurances et des prébendes engendrées par Le Juif Süss, une oeuvre pourtant saluée et adulée par la critique (même internationale...) en son temps.

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Le public germanique est plutôt divisé sur ce film qui aborde sans fard tous les archétypes du Juif tel que le nazisme le définit. En sus, ce même audimat brocarde et admoneste une conclusion finale en apothéose qui montre, sans sourciller, la crucifixion d'animaux pour mieux vilipender les vilenies perpétrées par la communauté juive. Tel est le propos ignominieux de ce documentaire. Evidemment, un tel film ne pouvait échapper aux colonnes et à la plume affûtée de Cinéma Choc... D'une certaine façon, on pourrait aisément parler du tout premier "documenteur" puisque le film utilise des acteurs amateurs et anonymes pour les métamorphoser en juifs transis de cupidité. 
Telle est, par ailleurs, l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! (1) Le Juif Eternel est une contribution à l’idéologie nazie.

Il dépeint l’idée d’un complot international ourdi par les Juifs de l’Est (de nombreuses scènes ont été tournées en Pologne) et les Juifs de l’Ouest. Le film met tout en œuvre pour dépeindre les Juifs comme des sous-hommes et a pour but de montrer qu’ils sont un peuple auquel il faut s’opposer, dénonçant leur façon de vivre, leur histoire, leurs coutumes… Ainsi, le documentaire prétend dévoiler les véritables traits du « Juif éternel », d’après les nazis (1). Vous l'avez donc compris. Peu ou prou de surprise au programme de ces réjouissances à la fois retorses et funambulesques.
Ainsi, le Juif, dans toute sa génuflexion et sa servilité, est abordé sous plusieurs angles divergents. 
Selon Fritz Hippler, Joseph Goebbels et leurs fidèles prosélytes, les Juifs représenteraient environ 1% de la population mondiale.

Le documentaire instaure alors la théorie du bouc-émissaire. Si le monde tourne mal, c'est à cause de l'existence d'une Juiverie Internationale qui ourdirait secrètement de savants complots contre l'Europe dans son intégralité, en particulier contre l'Allemagne. En plus d'être obsédé par la pécune et l'amassement de capitaux, le Juif est comparé à une sorte de parasite, voire même de rat qui ne cesse de croître et de pulluler pour mieux flagorner son pays hôte. Par-là, comprenez que le Juif serait contre-productif. Il se contente de sillonner les marchés et de vendre ses produits à satiété pour mieux bâtir d'immenses empires, entreprises ou banques par la suite.
Pis, ce dernier érige et sanctifie des idéologies acrimonieuses. 
Preuve en est avec le communisme institué, ergoté, imposé et conjecturé par Karl Marx lui-même, donc un Juif... 

De surcroît, cette idiosyncrasie serait unilatérale et séculaire. Depuis des temps immémoriaux, les Juifs auraient perpétré ce genre de félonie à travers différentes régions du monde. Toujours selon les propres scansions de ce documentaire, de telles intempérances, seraient, chez le Juif, oecuméniques et presque inscrites dans leurs âmes, évidemment séditieuses. Désormais, c'est l'Allemagne et l'Europe, dans leur intégralité, qui sont tarabustées par ce péril imminent. Le documentaire (hum...) conglomère ce genre d'hâbleries en se basant sur d'autres personnalités éminentes, notamment Albert Einstein. Certes, on préférera se gausser devant cette oeuvre antisémite et déviante qui ne cherche même plus à dissimuler ses facondes racialistes.
Le film atteint son paroxysme lorsqu'il se conclut sur l'abattage casher de bovins d'infortune. Encore une fois, Fritz Hippler opte pour la tartufferie et le machiavélisme en montrant une vache agonir, puis exhaler son ultime soupir. Rien que pour cette séquence, d'une violence insondable, le film serait aujourd'hui, manu militari, censuré et gourmandé pour sa badauderie abyssale. Nonobstant son antisémitisme ostensible et pour le moins répugnant, Le Juif Eternel reste une oeuvre importante, ne serait-ce que pour entrevoir et décrypter les infamies et les immoralités déversées par le cinéma nazi.

 

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du "documentaire" sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Juif_%C3%A9ternel

12 février 2019

Captured For Sex (L'as de pique est un barbare)

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Genre : Pornographie, trash (interdit aux - 18 ans)

Année : 1986

Durée : 1h13

 

Synopsis :

Un jeune homme au visage souriant, friand de tours de cartes, se plaît à séduire des jeunes femmes en leur montrant ses tours. C'est sans compter sur le fait que derrière cet angélisme se cache un dangereux psychopathe qui droguera et enchaînera les filles qui ont eu le malheur de croiser son chemin. Attachées au mur et affublées d'un masque de cuir, elles seront violées et tatouées d'un as de pique. 

 

La critique :

"Qu'est-ce que mes parents penseraient de moi ?", voilà l'une des phrases qui me taraude régulièrement quand je fais une offrande au blog d'un film bien scabreux où les limites que je me suis fixées autrefois semblent être devenues bien maigres au jour d'aujourd'hui. Depuis la malencontreuse altercation avec ma mère du cas d'Oltre la Follia, étant tombée dessus """par hasard""", je n'ose imaginer leur réaction devant mes approvisionnements actuels. Mais est-ce si terrible que ça ? Car, en fin de compte, je n'ai pas changé d'un iota. Mes exigences cinéphiles sont toujours aussi pointilleuses et je privilégierai toujours les vieux films conventionnels. Rappelez-vous de ma dernière chronique sur The Defiance of Good, un intéressant simili-roughie qui avait de quoi créer le débat, où je disais en dernière ligne que des sommets d'infamie s'offriraient à moi prochainement.
N'attendez pas plus longtemps vu qu'il s'agit de Captured For Sex, Za Ikenie de son vrai nom, un moyen-métrage totalement méconnu sur la Toile et pour cause, même les sites spécialisés n'arrivent pas à trouver plus d'information qu'un synopsis plus ou moins artisanal. Evidemment, l'Internet français reste totalement muet sur la question. C'est une énième fois que je suis fier d'effectuer une première chronique française sur une pellicule obscure. 

Mais Captured For Sex, c'est avant tout un film partant sur de bonnes bases. Pourquoi ? Tout simplement parce que c'est un film japonais et, comme le blog l'a démontré à de nombreuses reprises, nos chers amis nippons bien déjantés peuvent se targuer d'avoir la "flatteuse" réputation d'être les bonhommes créant les pellicules les plus outrageantes de notre système solaire. La liste serait bien trop longue mais autant vous dire que des Muzan-E, Tumbling Doll of Flesh et autres Women's Flesh My Red Guts ne risquent pas de se voir produire sous le soleil français, anglais ou américain. Comme vous pouvez vous en douter, c'est par un concours de circonstance que je tombais sur ça en ayant été glané quelques images pour ma chronique de The Defiance of Good sur l'incontournable site Wipfilm.net.
Le titre qui en disait déjà long, les origines nébuleuses, le peu d'infos, le tout assorti d'images provocantes me firent penser que j'allais chroniquer la dernière bombe. Une bombe réalisée par un duo inconnu : Ryuichi Hiroki et Hitoshi Ishikawa. Vous ne les connaissiez pas ? Moi non plus. En lançant le visionnage, je ne pouvais que penser à toutes les oeuvres récentes pas géniales que j'ai vu. En choisissant le pari de me diriger un peu plus dans le registre extrême, je savais que je ne serai pas souvent exposé à de la qualité. Captured For Sex allait-il combler mes attentes ?

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ATTENTION SPOILERS : Un jeune homme au visage souriant, friand de tours de cartes, se plaît à séduire des jeunes femmes en leur montrant ses tours. C'est sans compter sur le fait que derrière cet angélisme se cache un dangereux psychopathe qui droguera et enchaînera les filles qui ont eu le malheur de croiser son chemin. Attachées au mur et affublées d'un masque de cuir, elles seront violées et tatouées d'un as de pique. 

Un synopsis quelque peu remanié par mes soins mais vous voyez l'idée globale. Un film âpre et sanguinaire, tel est ce que les images retranscrivaient. Seulement, il est un syndrome bien connu du cinéma extrême qui est de se parer d'un titre et d'une pochette peu ragoûtantes pour offrir un médiocre spectacle derrière. L'exemple de Sadisticum que j'ai chroniqué il y a peu est l'exemple parfait pour illustrer mon propos. Mais voilà le constat s'impose à mon grand regret. Certes, s'il est moins mauvais que le métrage susmentionné, autant dire que la douche froide est de rigueur pour le chroniqueur s'étant préparé psychologiquement pour la séance. Le scénario digne de figurer sur un timbre-poste s'inscrit dans la grande lignée des porno SM clandestins où le but est la soumission totale de la gente féminine à un patriarcat oppresseur se jouant et abusant d'elles. Un triste constat encore observable à notre époque donc nous imaginons la chose en 1986. Une date assez surprenante pour un métrage de ce calibre.
Enfin, "calibre" est un bien grand mot mais nous y reviendrons. Pas de désaxé notoire, de toxico, de rebus de la société mais un employé d'hôtellerie tout ce qu'il y a de plus banal cultivant une passion effrénée pour les tours de cartes qui ne sont qu'un prétexte pour enlever et posséder les femmes qu'il dupe. 

Pas d'amour qui ne tienne car la seule chose qui importe est d'exercer une domination totale sur ses victimes. Peut-être une résultante due à son statut de simple employé ? Ce constat renvoie immanquablement au fameux Salo ou les 120 Jours de Sodome dont il est difficile de ne pas y voir les inspirations puisées. Le fil conducteur est la domination de victimes choisies au hasard qui seront réduites à de simples bouts de viande destinés à être consommés encore et encore. Autre parallèle avec Salo qui se symbolise par des victimes ligotées et privées de parole, affublées d'un masque de cuir. Transmué en prédateur implacable sous son sourire angélique, il malmène tant physiquement que psychologiquement ses nymphes, les menaçant d'un taser si elles n'obtempèrent pas à ses desiderata se résumant à une succession de viols sous fond de bondage se terminant par un as de pique en tatouage comme pour mentionner qu'elles sont devenues sa propriété.
Et c'est plus ou moins tout car les amateurs d'extrême déchanteront vite devant une relative sagesse d'une histoire déjà loin d'être intéressante. 

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Pas de tortures au programme, ni d'humiliations extrêmes diverses (coprophagie, urophilie et émétophilie, vous oubliez). Captured For Sex s'illustre avant tout par sa rébarbativité dans sa mise en scène d'une grande lourdeur. Les mêmes schémas, à savoir le viol traditionnel et le tatouage, sont effectués ad nauseam, nous donnant très vite l'impression d'avoir fait le tour alors que la durée n'est que de 73 minutes. Et pour ne rien arranger, la mollesse pointera vite le bout de son nez. Les scènes d'électrocution au taser, censées paralyser lorsqu'il y a contact, ne procureront qu'un simple cri de la jouvencelle. Au niveau esthétique, ça ne s'arrange pas non plus car si les cadrages sont remarquables, l'image n'est pas spécialement belle, lorgnant vers le malheureux flou.
Les décors sont tout ce qu'il y a de plus rudimentaires. La bande son est tout ce qu'il y a de plus absente même si les sonorités proposées sont étonnantes de qualité. Et pour l'interprétation des acteurs, tout ce que l'on peut observer est qu'ils ne semblent pas croire en ce projet tué d'emblée dans l'oeuf par les tares de mise en scène. 

Captured For Sex n'est qu'une pellicule déviante parmi tant d'autres m'ayant laissé un trop gros goût d'inachevé en bouche. La faute est à attribuer surtout à la retenue un peu trop prononcée de ce duo qui, en faisant ça, réitère encore et toujours la même tournure dans les pseudos scènes trash juste bonnes à bâiller devant. Et quand vous ajoutez à ça une mise en scène bien chiante la plupart du temps, le pari ne peut être gagné d'avance. Cependant, la manière de filmer et la petitesse de la bande son parviennent à sauver d'un chouïa le résultat final, l'empêchant de sombrer dans la catégorie peu enviable des navets de compétition. A vrai dire, la seule chose m'ayant motivé à pondre une chronique est qu'aucune autre chronique n'ait été faite auparavant. Ayant eu connaissance d'un second épisode, c'est avec un entrain de mollusque que je vais au combat, préparé à un éventuel mauvais spectacle que Captured For Sex premier du nom a amorcé. Est-ce que Captured For Sex 2 aura l'incommensurable privilège de surpasser son aîné ? To be continued...

 

Note : 06/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

11 février 2019

Blood Pigs (Splatter et apocalypse zombie)

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Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 2010
Durée : 1h25

Synopsis : Après une guerre biochimique qui a fait revivre les morts, la majorité de la population mondiale a été décimée. Les sols étant contaminés, la seule possibilité pour les rares survivants de manger est de se nourrir de la chair de morts-vivants mais ce n'est pas sans effets secondaires désastreux pour leur organisme. 

 

La critique :

Et si on parlait un peu de Brian Paulin, l'un des chantres du cinéma underground et extrême indépendant ? En l'occurrence, il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm1079061/) pour déceler quelques informations élusives sur ce cinéaste impudent. Selon nos sources, la carrière cinématographique de l'intéressé aurait débuté vers l'orée des années 2000 via Dead Girl On Film, par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales. Brian Paulin enchaîne alors avec Mummy Raider (2002), Bone Sickness (2004), Fetus (2008), ou encore Cryptic Plasm (2015), son dernier long-métrage en date.
Vous l'avez donc compris. A l'instar des autres parangons du cinéma trash et underground (entre autres, Olaf Ittenbach, Timo Rose, Jörg Buttgereit ou encore Marian Dora), Brian Paulin ne verse pas vraiment dans les finasseries ni dans la bienséance.

Le metteur en scène affectionne tout particulièrement les bacchanales sanguinolentes, ainsi que les parties d'agapes et de priapées aux tonalités rougeoyantes. Evidemment, Blood Pigs, sorti en 2010, ne déroge pas à cette règle fatidique et vient donc ajouter sa modeste pierre à une filmographie plutôt chevaleresque en termes de sadisme, d'exactions et autres ignominies rutilantes. Inutile de le préciser, mais ce film gore et indépendant n'a évidemment pas bénéficié d'une sortie dans les salles obscures et pour cause... Puisque Blood Pigs est soumis à l'ultime réprobation, soit à une interdiction aux moins de 18 ans. C'est donc par le chemin du cinéma extrême et indépendant et surtout par l'entremise de l'impécuniosité que Blood Pigs devra assumer, bon gré mal gré, son statut hiératique de série B, à la fois salvatrice et jubilatoire, auprès des thuriféraires de Brian Paulin.

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En l'espace d'une quinzaine d'années, le réalisateur a pu s'enorgueillir d'une réputation plutôt flatteuse sur la Toile et les réseaux sociaux en s'échinant à signer des pellicules nihilistes, gore, échevelées et virulentes. Bone Sickness et Fetus restent, sans aucun doute, ses deux films les plus proverbiaux. Via Bone Sickness, Brian Paulin édifiait déjà sa déférence et son allégeance envers le cinéma de Lucio Fulci, en particulier envers Zombi 2 ou L'Enfer des Zombies (1979). Petite piqûre de rappel. Le film putride et scabreux de Lucio Fulci était la suite factice de Zombie (George A. Romero, 1978) et érigeait l'apogée des macchabées sur notre monde en déliquescence.
Indubitablement, Brian Paulin puisait son inspiration dans les tortuosités de ce chef d'oeuvre méphitique, mais aussi dans Frayeurs (Lucio Fulci, 1980) et L'Au-Delà (Lucio Fulci, 1981).

C'est avec une certaine aisance déconcertante que Bone Sickness s'octroyait arrogamment le statut sérénissime du film le plus trash dans le petit monde corseté des zombies décrépits. Autant dire que la tâche se révélait plutôt escarpée pour Blood Pigs, chargée de suppléer, de réitérer, voire même de phagocyter les fulgurances excentriques de Bone Sickness. Reste à savoir si le métrage remplit (ou non) son office. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... En outre, en dépit de nombreuses dissonances, Blood Pigs pourrait être considéré comme la suite logique et inhérente à Bone Sickness. Pour mémoire, ce dernier se terminait sur une marche funèbre entamée par les morts-vivants, les créatures se dirigeant sans fard vers les communautés humaines.
Blood Pigs fait donc appel à l'eschatologie et se déroule après la Troisième Guerre mondiale... 

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Inutile de mentionner la distribution du film, à moins que vous connaissiez les noms de Joe Olson, Rich George, Richard Caron et Deana Joy ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! Dans un futur indéterminé, presque 90% de la population mondiale a été décimée par une guerre biochimique et nucléaire. Toute trace de faune et de flore a elle aussi été néantisée pour laisser place à des armées de macchabées. Les survivants doivent donc se nourrir de la chair peu ragoûtante des morts-vivants, ce qui n'est pas sans conséquence puisque les individus, encore humains, se transmutent dans la foulée en zombies carnassiers, voire en créatures protéiformes.
A travers cette exégèse élusive, vous aurez aisément subodoré la vacuité de la trame narrative, aussi insolite que farfelue. Que soit. Via Blood Pigs, Brian Paulin n'a pas vraiment d'aspérités scénaristiques.

De surcroît, le cinéaste, autrefois opportuniste, n'a plus pour velléité de marcher dans le sillage et le continuum de Lucio Fulci. En gros, Brian Paulin fait... du Brian Paulin ! Certes, on reconnaît le style sulfureux du metteur en scène via une profusion d'effets gore et sanguinolents. Là où Bone Sickness s'appesantissait un peu trop allègrement sur un préambule rébarbatif et fastidieux ; Blood Pigs, lui, va directement à l'essentiel. Ce nouveau cru putrescent de Brian Paulin se hisse à la hauteur des espérances et rivalise, sans sourciller, avec les extravagances et les déviances du même Bone Sickness. Les laudateurs de Brian Paulin seront donc en terrain connu et quasiment conquis. 
A l'instar de son auguste devancier, Blood Pigs s'apparente à un gros splatter gore qui tâche et qui pique sévèrement les mirettes. 

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Indubitablement, Brian Paulin a pour vocation de signer un film trash ambitieux qui louvoie continûment entre la série B (série Z ?) écervelée, le métrage post-apocalyptique et carrément le film de créatures polymorphes. Dans Blood Pigs, les zombies ne se contentent pas seulement de se hâter et d'assaillir les êtres encore humains. Lors de leur métamorphose, les morts-vivants infectés se transmutent en monstres dolichocéphales qui s'empoignent et se démanchent pour une suprématie difficile à saisir, si ce n'est de dominer un monde délabré et raviné de ses populations humaines.
Lors de rixes interminables, ce sont des tentacules oblongs qui sourdent des cavités buccales béantes des monstres protéiques. Certes, à l'aune du fameux Bone SicknessBlood Pigs se montre encore plus magnanime et brutal en termes de vilenies et autres affabulations gore et déviantes.

Néanmoins, nonobstant son étonnante prodigalité, Blood Pigs se révèle tout de même moins intéressant et surtout beaucoup moins captivant que le même Bone Sickness, susmentionné à moult reprises dans cette chronique. En résumé, si l'on exonère Blood Pigs de ses effusions sanguinaires et de son hémoglobine déversée sur l'écran allègrement rougi, il ne reste du film qu'une série B (Série Z...) adventice et qui flagornera (encore une fois) les adorateurs les plus patentés de Brian Paulin. Les autres clabauderont et grommelleront à raison contre l'inanité narrative, ainsi que sur une mise en scène erratique qui souffre indiscutablement des carences pécuniaires du film.
Toutefois, en dépit de ses nombreuses carences, Blood Pigs reste une oeuvre underground extrêmement attachante qui mérite, de facto, quelques bonnes grâces et congratulations de circonstance.

Note : 11/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

10 février 2019

Evil Dead - 2013 (Critique et analyse du film en vidéo)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose une critique et une analyse d'Evil Dead (Fede Alvarez, 2013), le remake éponyme du film culte et horrifique de Sam Raimi, à travers une vidéo publiée par Durendal1 et disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=lDRsxkoFYYk

The Defiance of Good (Les psychiatres pètent les plombs)

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Genre : Thriller, pornographie (interdit aux -18 ans)

Année : 1975

Durée : 1h12

 

Synopsis :

Sous l'influence de son petit ami, Cathy est prise en flagrant délit à expérimenter la drogue par sa mère pieuse, fervente dévouée à la religion catholique. Suite à cela, ses parents décident que la meilleure chose pour leur fille rebelle est de la placer dans un institut psychiatrique. Ils ne se rendent pas compte qu'ils ont envoyé leur fille en enfer.

 

La critique :

Hé oui ! Il n'aura pas fallu longtemps avant que ma première chronique "made in Spain" n'ait été publiée sur le blog. Arrivé jeudi à 21h30 après une journée pour le moins tumultueuse (2h20 d'avion, donc compter 3h30 parce que c'est Ryanair, suivi de 3h de car et de longues marches), j'eus la grande surprise de voir mon cokotteur américain m'emmener à une soirée en à peine 1h après mon arrivée (inutile de mentionner mon état quelque peu éméché). Bref, le vendredi se résuma à la fameuse "siesta" pour me remettre de ce voyage. L'idée de végéter vers minuit devant un film, le sommeil n'étant pas au rendez-vous, se fit vite ressentir. Je me suis dit que fêter ma première chronique Erasmus ne devait se faire qu'en outrepassant les règles de bienséance. Maintenant que vous avez devant vous un chroniqueur métamorphosé, ou presque, inutile d'attendre comme avant autant de légèreté et de gentillesse (tout est relatif bien sûr). C'est du côté de la pornographie que nous allons nous diriger aujourd'hui qui est, entre nous, un genre que j'exècre car il représente la quintessence du manque d'inspiration, si ce n'est de faire étalage de ce que nous faisons en temps normal avec notre copine, coup d'un soir ou que sais-je. Je parle bien sûr du porno traditionnel. 

Pas de scénario, jeu d'acteur hum... hum, mise en scène bancale, seule la célébrissime vague porno chic que n'ont pas connu les jeunes de mon âge fait office d'exception. Le but étant que des réalisateurs ambitieux voulaient donner ses lettres de noblesse à un genre ordurier. Insertion de scénario sympathique, esthétique recherchée, véritable jeu d'acteur, autant de caractéristiques qui propulsèrent ces films au digne rang d'oeuvres travaillées. Au Pays du Soleil Levant, c'est le pinku eiga qui se chargera de cela. Cependant, tandis que le porno gentillet cartonnait dans cette époque d'émancipation sexuelle, une nouvelle face bien plus perverse se développait sous le manteau entre 1973 et 1983.
Son nom ? Le roughie se distinguant en affichant une pornographie crade, perverse où véritables actes de torture étaient monnaie courante. Officiellement, Forced Entry fut le premier et toute une série de galettes aussi vomitives l'une que l'autre. Je vous ferai grâce de ne pas les citer maintenant que vous devez en connaître quelques unes grâce à Inthemood (et moi-même sans vouloir me jeter des fleurs). Alors non, le film ici présent, sans en aucun cas être expert, ne peut s'inscrire dans la véritable tonalité barbaresque du roughie. Les rares chroniques l'évaluant au rang de cousin décomplexé du roughie. Pourtant, n'allez pas croire que le visionnage sera de tout repos via ce The Defiance of Good réalisé par le méconnu Armand Weston

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ATTENTION SPOILERS : Sous l'influence de son petit ami, Cathy est prise en flagrant délit à expérimenter la drogue par sa mère pieuse, fervente dévouée à la religion catholique. Suite à cela, ses parents décident que la meilleure chose pour leur fille rebelle est de la placer dans un institut psychiatrique. Ils ne se rendent pas compte qu'ils ont envoyé leur fille en enfer.

Qui est au juste ce Armand Weston ? D'après les quelques sources que j'ai pu trouver, il semblerait qu'il se soit spécialisé dans le porno thriller et le registre horrifique avec des titres tels The Taking of Christina et Take Off pour la première catégorie et L'Aube des Zombies pour la deuxième. Pas de quoi déchaîner les passions ni s'auréoler d'une reconnaissance internationale. Ainsi, The Defiance of Good représenterait sa pellicule la plus connue, la plus respectée, faisant partie de ces productions sulfureuses qui ont régné sans partage dans l'ombre. Anathèmes et diatribes d'un côté, salutations de l'autre, une chose est sûre, c'est que ça ne laisse personne indifférent.
Mais plus que tout, cette oeuvre est l'un de ces nombreux témoignages d'une époque où tout était possible. Une relique défiant l'ordre établi, érigée face à la doxa rigoriste et sectaire. En The Defiance of Good souffle un parfum de liberté bousculant la mentalité judéo-chrétienne, balayant tout politiquement correct ou règle de bien-pensance. Il ne faudra pas longtemps pour observer l'ineptie suivante d'une mère en dehors des bouleversements sociaux prendre la drastique décision de placer sa fille en psychiatrie après que celle-ci ait voulu expérimenter quelque drogue. 
Pourquoi en arriver à de pareilles extrémités quand on sait que l'adolescence se résume à la découverte et à l'insouciance, pour le meilleur mais aussi pour le pire ? N'allez pas croire que je sois toxico mais qu'est-ce que vouloir tester une fois juste par curiosité sans ne jamais y retourner ? 

L'ironie est qu'en envoyant leur Cathy chérie dans cet établissement d'apparence normale, c'est dans un enfer sexuel qu'ils vont la plonger. Rapidement analysée sous toutes les coutures par un infirmier lorsqu'elle se changera, elle évolue dans une salle commune où la folie est seule reine des lieux. En parallèle, elle rencontre une jeune fille délurée qui lui fera tester un rail de coke. Elle rencontre les malades mentaux mais aussi un personnel médical qui a l'air aussi atteint que ceux qu'ils soignent. Une tension sexuelle règne en ces lieux maudits où le patriarcat, plongé dans la catatonie, la neurasthénie et l'hébéphrénie, n'a rien perdu de sa domination. Dans une séquence pour le moins troublante, la cocaïnomane effectuera une langoureuse fellation à un autiste visiblement très émoustillé par le savoir-faire de cette femme à marier. Cathy, mal à l'aise par l'atmosphère en ces lieux, verra l'horreur atteindre un cran supplémentaire quand elle sera violée par 3 fous dans son lit.
Lors de sa rencontre avec le Dr Gabriel, elle lui fait part de son désir de quitter le plus rapidement les lieux pour son sanatorium. Nouveau coup de théâtre quand elle verra que celui-ci n'a rien à envier à son cauchemar d'avant, voire se montre même pire dans les actes perpétrés par un docteur mégalomaniaque voyant en son établissement une église spirituelle.

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Ligotée, rudoyée, elle sera battue et fouettée au sang par une infirmière impassible où se succéderont par la suite toute une série d'orgies, partouzes et autres triolismes avec son lot de fellations et de cunnilingus. A mesure qu'elle sera confrontée bien malgré elle à ce mode de vie assez particulier, elle prend conscience d'elle-même. Ce n'est pas seulement la perte de sa virginité mais une libération morale et sexuelle qu'elle vit pleinement. Confrontée depuis son enfance à une éducation rigide, elle se sent enfin revivre, quand bien même cela se produise dans un univers déshumanisé où les femmes sont exploitées à un point tel que cela en devient indécent.
C'est probablement sur ce sujet que The Defiance of Good bouleversera indubitablement car la femme est exploitée comme un bout de viande aux desiderata des hommes de l'établissement, réduites à lécher langoureusement leur phallus turgescent. Le gourou, véritable pervers narcissique et manipulateur, se plaît à torturer et à sonder l'esprit de Cathy qui, au travers de sa soumission, s'émancipe des carcans moraux étouffants l'étranglant. Il est temps pour elle d'apprendre à écouter et à suivre ses désirs. 

Comme vous pouvez le voir, derrière ce propos qui ferait bondir les associations féministes au créneau, c'est une ode à la célèbre rhétorique "mon corps, mon choix". Plutôt paradoxal car si ce slogan est scandé par les féministes de nos jours, les dénonciations envers des jeunes femmes consentantes dans leur mode de vie pornographe dérange mais pas que. L'exploitation physique au travers de la sexualisation des corps de femmes acceptant les termes et qui fait polémique dans les milieux féministes n'est qu'un oxymore d'un mouvement qui se cherche.
The Defiance of Good, sous son apparat malaisant, pose de nombreux questionnements sociaux sur la lutte des sexes dont l'harmonie dans les actes de l'église psychiatrique du docteur Gabriel en est presque apaisante. Ce ne sera pas un hasard si le traitement extrême propre au roughie ne se résumera qu'à des accents SM prononcés. Il n'est pas question de mauvais traitements barbares, de tortures non simulées, de scatologie, urophilie ou émétophilie. Le film joue plus sur son caractère psychologique et c'est à ce niveau qu'il me fait dire que The Defiance of Good a plus qu'à offrir qu'un simple porno et qu'il se situe au-delà de ça, dans les films dignes de ce nom.

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N'allez quand même pas croire que tout est parfait car le film a aussi ses tares qui rejoignent toujours cette prédominance d'un visuel à la ramasse. Image floue, décors ternes et sans âme, ombres prédominantes, il est évident que The Defiance of Good est un mauvais élève sur ce sujet. Au moins, on saluera le travail de Weston à ne jamais lorgner du côté des décors chatoyants mais toujours de privilégier l'austérité au niveau des décors, quand bien même ça ne passe pas à 100%. Niveau son, on se permettra d'être agréablement surpris car le choix va bien avec une mise en scène dont on appréciera tout particulièrement l'audace des ralentis en accord avec la symphonie des cris lors de la scène de flagellation. Une séquence pour le moins âpre. Enfin, l'interprétation des acteurs est ce qu'elle est. Passable pour des films dignes de ce nom, géniale pour de la pornographie.
On est à mi-chemin, ce qui n'est pas du tout une mauvaise chose. On retrouve l'une des premières apparitions de Jean Jennings, affublée des 18 ans symboliques lors du tournage. Pour le reste, on a Fred J. Lincoln, Day Jason, Carole Holland, Steve Lincoln et Heather Ellis pour ne citer qu'eux. 

Même si, d'un point de vue cinéphile, The Defiance of Good ne sera pas le métrage incontournable à voir au moins une fois dans sa vie, il n'en demeure pas loin une bonne surprise en allant à contre-courant de la médiocrité de la scène pornographique dont le seul objectif est de provoquer la sacro-sainte éjaculation dans l'assemblée masculine. Pur produit d'une époque révolue, à mi-chemin entre le porno conventionnel et le roughie, il patauge dans les deux genres tout en créant son propre style. L'exemple le plus représentatif du roughie est ces fameux vagins non épilés, proprement repoussants. Mais même si le film de Weston cultive l'immoralité, si on gratte un peu la couche de vernis, on se rend compte que The Defiance of Good est un film social dont l'appel aux femmes à écouter leur corps, à briser les chaînes auxquelles elles ont trop longtemps été étouffées est une réalité.
Certes, le réalisateur n'y va pas de main morte mais n'oubliez pas que nous officions quand même dans la pornographie. Film dérangeant, il l'est mais n'en attendez pas des sommets d'infamie que je réserverai pour un diptyque découvert par pur hasard et chroniqué incessamment sous peu, dont la réputation extrême semble être unanime. Je n'en dirai pas plus. 

 

Note : 13/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

 

09 février 2019

Christmas Cruelty! (Le père noël est vraiment une ordure !)

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Genre : horreur, gore, trash, slasher (interdit aux - 18 ans)
Année : 2013
Durée : 1h31

Synopsis : Un serial killer se grime en père noël pour effrayer et malmener une bande d'étudiants fêtards. La série d'humiliations se transmute rapidement en viols, en tortures, en exactions et diverses supplications. 

 

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Noel_c_est_l_horreur/161678 pour déceler la liste foisonnante et exhaustive (37 films répertoriés tout de même !) des longs-métrages intrinsèquement reliés à la période des fêtes de Noël, voire au Père Noël lui-même. Les thuriféraires de ce sous-genre du cinéma d'exploitation n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Réveillon en famille (John Llewellyn Moxey, 1972), Black Christmas (Bob Clarke, 1974), Christmas Evil (Lewis Jackson, 1980), Douce Nuit, Sanglante Nuit (Charles E. Sellier Jr., 1984), Very Bad Santa (David Steinman, 2005), A Christmas Horror Story (Brett Sullivan and co., 2015), ou encore Père Noël : Origines (Jalmari Helander, 2010) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires.

En résumé, les fêtes de Noël ne sont pas toujours synonymes de bienséance, d'offrandes, de courtoisie et de diverses prodigalités ; loin de là. Parfois même, ce moment intime et de coalescence familiale se transmute en cauchemar bien réel sous l'égide et les furibonderies d'un croquemitaine décérébré, la plupart du temps grimé en Père Noël. Telle est, par ailleurs, la dialectique comminatoire de Douce Nuit, Sanglante Nuit (déjà susmentionné dans ses lignes), un slasher âpre, brutal et véhément qui marche dans le sillage et le continuum de Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980).
Vient également s'agréger Christmas Cruelty!, soit O'Hellige Jul! de son titre original, et réalisé par les soins de Magne Steinsvoll en 2013. Christmas Cruelty! est donc un slasher qui nous provient des terres norvégiennes.

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Pour l'anecdote futile, ce n'est pas la première fois que la Norvège se focalise sur le cinéma gore et horrifique, en particulier sur le slasher. Par le passé, nous avions déjà pu apprécier les qualités et les arguties de The Troll Hunter (André Ovredal, 2010), Babycall (Pal Sletaune, 2011), ou encore le diptyque Dead Snow amorcé par Tommy Wirkola en 2009, et qui a connu une once de popularité en dehors de ses terres norvégiennes. Même remarque concernant la trilogie Cold Prey, initiée par Roar Uhtaug en 2006, et qui s'est subrepticement imbriquée via le support vidéo un peu partout en Europe et à travers le monde. En outre, Christmas Cruelty! n'aura pas l'heur de traverser le blizzard norvégien.
Engoncé dans son impécuniosité, le film de Magne Steinsvoll fait office de série B indépendante avec, néanmoins pour vocation, de contrarier l'hégémonie d'une concurrence apoplectique en la matière.

En l'occurrence, difficile de déceler la moindre information, même élusive, sur le réalisateur Magne Steinsvoll. A fortiori, selon nos sources, Christmas Cruelty! constituerait, pour le moment, la seule et unique réalisation du metteur en scène. Depuis, ce dernier semble avoir mystérieusement disparu des écrans-radars. Certes, Christmas Cruelty! fait partie de ces objets rarissimes et presque introuvables en dvd. A contrario, le long-métrage bénéficie d'une réputation plutôt flatteuse auprès des laudateurs les plus patentés du cinéma gore et extrême.
Christmas Cruelty! est souvent érigé, voire édifié ,comme un slasher virulent et sanguinolent qui, par ailleurs, a écopé de l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans. Reste à savoir si le long-métrage mérite (ou non) de telles courtisaneries.

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Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de ce slasher risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms d'Eline Aasheim, Tormod Liena, Magne Steinsvoll (donc à la fois devant et derrière la caméra), Raymond Talberg, Per-Ingvar Tomren, Thomas Utgård et Solveig Sahr Bergheim ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! Un serial killer se grime en père noël pour effrayer et malmener une bande d'étudiants gouailleurs et fêtards. La série d'humiliations se transmute rapidement en viols, en tortures, en exactions et diverses supplications.
Paradoxalement, ce tueur en série n'est pas forcément le forcené reclus et ostracisé par notre société hédoniste et consumériste. Mieux, ce dernier est même un bon père de famille, entiché de son épouse et qui mène une existence pérenne.

Voilà pour l'exégèse particulièrement élusive ! Vous l'avez donc compris. Christmas Cruelty! ne brille guère par ses aspérités narratives. Sur la forme, ce slasher s'apparente à un curieux maelström entre Maniac (William Lustig, 1980), Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) et Douce Nuit, Sanglante Nuit (déjà précité à moult reprises dans cette chronique) ; trois films proéminents auxquels Christmas Cruelty! fait à la fois voeu d'obédience et d'allégeance. Dès l'introduction, les animosités sont de mise puisque le serial killer assaille une famille lambda, viole la mère sous les yeux éberlués de son fils aîné, puis mutile et égorge le bébé qu'il juge un peu trop pleurnichard.
Evidemment, via un tel préambule, Christmas Cruelty! s'annonce particulièrement impudent. Paradoxalement, Magne Steinsvoll choisit d'euphémiser les inimitiés et décide de se centrer sur une bande d'étudiants goguenards ; une façon comme une autre d'ajouter quelques précieuses minutes supplémentaires à un slasher plutôt lapidaire (à peine une heure et quinze minutes de bobine).

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Pour le spectateur hébété, il faudra faire preuve de longanimité et patienter de nouveau 40 minutes avant que le film n'accélère derechef les belligérances. Que les choses soient claires. Ici, on se contrefout royalement des divers protagonistes et même du tueur en série. Christmas Cruelty! ne prévaut et ne justifie son visionnage que pour son étonnante mansuétude en termes d'exactions rutilantes. Au menu des tristes réjouissances, le long-métrage multiplie les saynètes de viol. Une jeune femme anonyme est alors bâillonnée et subit les roueries de son tortionnaire.
Le maniaque introduit son opinel acéré dans la cavité vaginale de sa victime sous le regard médusé du petit ami de cette dernière. Pour le reste, Christmas Cruelty! se révèle assez classique et conventionnel en accumulant les éviscérations et les décapitations à satiété. 
Indubitablement, Christmas Cruelty! flagornera les amateurs du cinéma trash et extrême pour ses outrecuidances et son impertinence jubilatoire. Via un budget dérisoire, ce slasher parvient à s'auréoler d'une certaine once de crédibilité. Malencontreusement, le métrage n'est pas exempt de tout reproche et souffre parfois de son budget, que l'on devine anémique. In fine, le scénario et les divers personnages auraient mérité un bien meilleur étayage ; ce qui explique quelques louvoiements et certaines logorrhées circonstanciées. 
A contrario, le métrage retrouve de sa tonitruance lorsqu'il reprend les martialités. De facto, pour une série B aussi désargentée et dénuée de toute emphase, Christmas Cruelty! mérite bien quelques bonnes grâces et des congratulations circonstanciées. Ma note finale fera donc preuve d'une certaine magnanimité.

 

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

08 février 2019

Last House On Dead End Street (Snuff et underground)

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Genre : horreur, gore, trash, expérimental, inclassable (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1977
Durée : 1h36

Synopsis : Après un an de prison, un type décide de rembourser la société en faisant des films qui contiennent des morts en direct. Quatre personnes sont donc capturées, attachées et gardées en otage pour son projet. Un à un, ils sont tués pour des scènes filmées. Une femme se fait scier les membres, pendant qu'il s'occupe de la garder consciente. Une autre victime est tuée avec une perceuse électrique.

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Snuff/49719 pour déceler la liste foisonnante et exhaustive (26 films répertoriés tout de même) des longs-métrages intrinsèquement reliés intrinsèquement (ou non...) aux snuff movies. Le site Wikipédia définit le snuff movie ou le snuff film comme "un terme désignant une vidéo ou un long-métrage mettant en scène la torture, le meurtre, le suicide ou le viol d'un ou plusieurs personnes" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Snuff_movie).
Le film pionnier qui préfigure ce tropisme à une scopophilie obsessionnelle, voire maladive, se nomme Le Voyeur, aka Peeping Tom (Michael Powell, 1960), un thriller âpre et étouffant qui se polarise sur le cas de Mark Lewis, un photographe et opérateur-caméra qui voue une véritable dilection pour la mort.

Le jeune homme taiseux, solitaire et pudibond souhaite retranscrire l'instant fatidique sur l'écran rougeoyant, ainsi que cet ultime soupir en filmant ses victimes agoniser, la caméra se focalisant alors sur ce regard vide, passant de vie à trépas. Certes, Le Voyeur n'est pas un snuff movie dans la pure définition du genre, mais le long-métrage de Michael Powell préfigure cette tendance mortifère pour la scoptophilie, soit l'une des tares les plus béantes de notre consumérisme forcené. L'air de rien, Peeping Tom va influencer et générer de nombreux homologues, tous ayant pour vocation de tester cette frontière ténue entre le cinéma et le réel. Peut-on décemment filmer de véritables morts au cinéma ?
Heureusement, la réponse est plutôt négative, mais toute une pléthore de longs-métrages franchiront, sans barguigner, la ligne de démarcation. 

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Les thuriféraires de ce registre cinématographique ne manqueront pas de stipuler des oeuvres telles que le bien nommé Snuff (Roberta et Michael Findley, 1976), Hardcore (Paul Schrader, 1979), Cannibal Holocaust (Rugggero Deodato, 1980), Tesis (Alejandro Amenabar, 1996), Snuff 102 (Mariano Peralta, 2007), ou encore la série des Guinea Pig, en particulier le segment Flowers of flesh and blood (Hideshi Hino, 1985). Vient également s'agréger Last House On Dead End Street, réalisé par les soins de Roger Watkins en 1977.
En outre,
Last House On Dead End Street reste sans aucun doute le film le plus notoire de Roger Watkins, à la fois acteur et réalisateur pour l'occasion. Dixit les propres aveux de l'intéressé, Last House On Dead End Street serait une oeuvre estudiantine, tournée pour la modique somme de trois mille dollars et surtout via la munificence de quelques camarades, copines et rencontres d'infortune.

Par la suite, Roger Michael Watkins (de son vrai nom) disparaîtra subrepticement des écrans-radars, même si son cryptonyme figurera derrière les réalisations de The Pink Ladies (1980), Midnight Heat (1983), American Babylon (1987), ou encore Decadence (1988), autant de métrages inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. Le succès inopiné de Last House On Dead End Street reste lui aussi à minorer. Oeuvre sulfureuse et scandaleuse qui surfe impunément sur la sortie (dans la foulée) de Snuff (déjà susmentionné dans ses lignes), Last House On Dead End Street va s'octroyer le statut sérénissime de film culte bien des années plus tard.
En outre, le film de Roger Watkins n'échappera pas aux invectives et aux anathèmes pour sa violence gratuite et rédhibitoire, écopant par ailleurs de l'ultime réprobation ; soit une interdiction aux moins de 18 ans au moment de sa sortie. 

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Aujourd'hui, l'animadversion a été revue à la baisse pour passer à une interdiction aux moins de 16 ans. A l'origine, Last House On Dead End Street devait s'intituler The Cuckoo Clocks From Hell qui, comme son titre l'indique, devait se centrer sur des horloges mentionnant un temps épars et "chaotique" (Source : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=1492&NamePage=the-last-house-on-dead-end-street--barrel-edition-). Initialement, le métrage de Peter Watkins est une adaptation libre d'un opuscule de Kurt Vonnegut. Mais la production ne l'entend pas de la même oreille et aspire à marcher dans le sillage et le continuum de La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972). Le spectateur avisé aura aisément subodoré le subterfuge matois.
The Last House On The Left se transmute promptement en Last House On Dead End Street.
Autant l'annoncer sans fard.

Les deux films ne partagent aucune accointance, si ce n'est cette intempérance pour la violence, les exactions et l'outrecuidance. Ignorant cette exploitation fallacieuse, Roger Watkins délaissera le long-métrage, vaquant par ailleurs sur d'autres projets chimériques. Quelques années plus tard, il apprend que son film est sorti sous l'intitulé de The Fun House, à ne pas confondre avec Massacres dans le Train Fantôme (Tobe Hooper, 1981) qui reprend le même intitulé dans la langue de Shakespeare. Selon certains charivaris, les vingt premières minutes de Last House On Dead End Street auraient totalement disparu, renforçant de facto l'aspect underground et impécunieux du film.
Désavoué, rabroué, honni et voué aux gémonies, Roger Watkins prétend que Last House On Dead End Street serait en réalité une allégorie sur l'accoutumance de l'artiste aux substances illicites, en particulier aux amphétamines.

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A l'aune de ce snuff movie évidemment factice, on n'a aucune peine à le croire ! Hormis le metteur en scène, la distribution du film se compose de Ken Fisher, Bill Schlageter, Kathy Curtin, Paul M. Jensen, Pat Canestro, Steve Sweet, Edward E. Pixley, Nancy Vrooman et Suzie Neumeyer. Attention, SPOILERS ! Après un an de prison, un type décide de rembourser la société en faisant des films qui contiennent des morts en direct. Quatre personnes sont donc capturées, attachées et gardées en otage pour son projet. Un à un, ils sont tués pour des scènes filmées.
Une femme se fait scier les membres, pendant qu'il s'occupe de la garder consciente. Une autre victime est tuée avec une perceuse électrique. Certes, en l'espace de quatre décennies, Last House On Dead End Street s'est arrogé les plébiscites et les satisfécits sur la Toile.

Indubitablement, le métrage de Roger Watkins fait office d'oeuvre malsaine davantage pour l'atmosphère méphitique qu'il dégage, à savoir des exhalaisons à la fois ténébreuses et pestilentielles ; un peu comme si Roger Watkins avait pour aspérité de dresser un doigt pointé - plus péjorativement un "fuck"- à la face du monde entier. Par conséquent, le comédien et cinéaste brocarde éperdument toute tentative de mise en scène et/ou de scénario plausible et cohérent. En l'état, difficile de procéder à l'exégèse de Last House On Dead End Street tant cette oeuvre est ésotérique, amphigourique, psychédélique et correspond à une sorte d'élégie morbide à la drogue.
Indiscutablement, le métrage suinte la cocaïne, l'héroïne ainsi que la culture hippie, tout en abhorrant et en fustigeant les dérives sectaires.

Contre toute attente, Last House On Dead End Street n'est pas ce déchaînement de gore et de tripailles, décrié par certains laudateurs un peu trop extatiques. En réalité, c'est une seule et unique séquence qui retiendra (ou non) l'attention et qui s'appesantit sur le long supplice d'une jeune femme, dont les membres sont amputés à la scie sous les rires sardoniques et les quolibets de ses tortionnaires. Bien des années plus tard, le fameux Flowers of flesh and blood (déjà précité) réitérera peu ou prou la même saynète mortuaire avec tout autant  - sinon plus - de scabrosité.
Mais, au-delà de cette scène, Last House On Dead End Street se montre plutôt pingre ou alors évasif lorsqu'il s'agit de s'étaler sur le gore, la faute probablement à de graves carences budgétaires et surtout à un long-métrage sans véritable leitmotiv ; si ce n'est cette sempiternelle dilection pour les substances illicites. Toujours la même ritournelle...
De facto, le film de Roger Watkins souffre désormais d'une certaine obsolescence en raison - principalement - de sa réalisation archaïque, ainsi que de cette fascination pour cette culture iconoclaste et hippie.
Bref, un snuff movie (encore une fois...) factice à réserver aux amateurs les plus patentés du genre. Les autres maronneront et clabauderont à raison contre la caducité de ce long-métrage.

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

07 février 2019

Ejecta ("You will suffer more")

Ejecta

Genre : Science-fiction, horreur, fantastique (interdit aux - 12 ans)

Année : 2014

Durée : 1h22

 

Synopsis :

2 individus sont témoins d'un événement étrange la veille d'une tempête solaire et doivent survivre à une forme de vie terrifiante qui les chasse.

 

La critique :

A coup sûr, la thématique de l'invasion extraterrestre est sans nul doute l'un des sujets à avoir été le plus exploité dans le vaste genre de la science-fiction s'alliant fréquemment avec le fantastique et/ou l'horreur. Déjà dans les années 50, on pouvait observer plusieurs oeuvres du genre avec, en 1951, La Chose d'un Autre Monde ou un peu plus tard La Guerre des Mondes, Les Soucoupes Volantes Attaquent, L'Invasion des Profanateurs de Sépulture ou le navet culte Plan 9 From Outer Space. Plus qu'un divertissement, ils s'inscrivaient dans une période sombre d'après seconde guerre mondiale qui vit l'avènement du Maccarthysme et de cette fameuse peur de la menace rouge s'abattant dans le contexte spinescent de la Guerre Froide.
Vous aurez compris que les aliens étaient une métaphore des russes semant le chaos. On en est loin aujourd'hui, le sujet ayant été vite accaparé par le tout Hollywood voyant en l'invasion un marché lucratif pour produire toute une série de blockbusters sur vitaminés où l'explosion est seule reine du jeu sans aller chercher plus loin. 

Ceci va sans dire que la scène un peu plus "bon marché" s'est aussi lancé dans ce pari audacieux d'un point de vue financier. Vous vous doutez bien que certaines pellicules se cassèrent les dents en beauté devant le ridicule des effets spéciaux, une mise en scène bancale, un scénario stéréotypé au possible. Parfois, certains décident de jouer la carte de l'originalité comme le génial Edge of Tomorrow. Bien sûr, ces ingénieux concepts ne sont guère légion mais comme un vieux moine tibétain l'a dit, il ne faut jamais désespérer. L'obscure oeuvre qui va bénéficier d'une chronique (peut-être même une première sur la Toile française) s'appelle Ejecta, réalisée par un duo en la personne de Chad Archibald et Matt Wiele. Après renseignements, Archibald s'enorgueillit du cinéma d'horreur et fantastique en tant que réalisateur et/ou producteur. On lui doit The Heretics, The Drownsman et Bite.
Pour Wiele, il s'agirait de sa première en tant que cinéaste vu que sa carrière se résuma visiblement comme producteur de The Hexecutioners et Exit Humanity. A fortiori, ces deux hommes sont en terrain conquis. Reste à voir si la confidentialité dont il se pare est méritée ou non.

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ATTENTION SPOILERS : Deux individus sont les témoins d'un événement inexplicable dans l'atmosphère à la veille d'une tempête solaire historique et doivent survivre à une forme de vie terrifiante qui les chasse. Un groupe anonyme d'enquêteurs ne reculera devant rien pour découvrir la vérité derrière ce qui est arrivé aux deux hommes ce soir-là et prouver au monde que nous n'avons jamais été seuls dans l'univers.

Avec le temps, vous devez sans doute connaître mon peu d'engouement sur le cinéma fantastique récent, beaucoup trop aseptisé et revu, et rerevu, et rererererererevu. C'est donc toujours un événement lorsque je décide d'en visionner un car quelque chose me dit de le regarder. Ejecta est un énième métrage souffrant du syndrome de la pochette attrayante mais l'obtenir ne fut pas une sinécure. En effet, mes soupçons porteraient à penser qu'une version française n'existerait pas, qui plus est mon incapacité de tomber sur des sous-titres français en ligne.
Comble de tout, la version sur Wipfilm était bugée à en crever. Le site de torrent YTS parvint à me satisfaire, les sous-titres anglais ayant été pêché ailleurs. Je tiens à préciser que pour ceux maîtrisant de manière correcte la langue de Shakespeare, la compréhension totale du récit se fera sans réel problème. Mais que nous compte vraiment ce Ejecta ? Tout d'abord, et autant être bref sur le sujet, le film est dépaysant tant dans son concept que de sa mise en scène lorgnant sur deux types particuliers. C'était la première fois que je voyais ça pour vous dire. Ce que l'on peut déjà dire est que le métrage démarrait sous les meilleurs auspices, nous plongeant dans le monologue filmé face caméra d'un homme terrorisé martelant qu'il entend la voie d'une entité inconnue contrôlant son esprit. En parallèle, une escouade de soldats aux prises avec quelque chose dans la forêt, le tout avec des sonorités lourdes ayant le mérite de créer la tension.

L'histoire d'Ejecta, écrite par Toni Burgess, va se développer selon le principe de deux histoires en parallèle, chacune ayant son propre concept et sa propre ambiance. La partie la plus importante se fera dans le cadre d'un huis clos, en l'occurrence une grande salle industrielle sombre où William Cassidy, l'homme ayant été en contact avec une forme de vie inconnue, se trouve attaché à un étrange dispositif après avoir été capturé par les militaires en question. En face de lui, un docteur inflexible dont la détermination infaillible à en apprendre plus la poussera à user de tous les moyens mis à sa disposition pour le faire parler. Du coup, pour les droits de l'homme vous repasserez !
Mais cela ne peut que dénoncer des institutions scientifiques s'arrogant le droit d'être en dehors des lois et d'exercer une totale domination sur ses prisonniers relégués au rang de piètres individus qui seront les victimes du vieux proverbe "la fin justifie toujours les moyens". D'abord usant de la parole, sa patience s'amenuisera pour laisser place à une tortionnaire sadique au sourire radieux. 

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Indubitablement, l'histoire-ci est la principale sur laquelle converge la deuxième, représentée par le documentaire d'un jeune internaute, Joe Sullivan, ayant reçu un message du dénommé William. Son film a pour but de traiter des légendaires visites extraterrestres. Tourné en found footage, soit l'une des mises en scène les plus casse-gueule possible, l'enquête qui commencera en douceur déviera très vite dans l'horreur paranormale lorsque la chute d'un vaisseau venant de l'orbite terrestre s'écrasera dans une gigantesque boule de feu en pleine forêt. C'est à ce moment-là que nos deux compères vont voir leur soirée tourner au vinaigre lorsque la créature du vaisseau les poursuivra dans la nuit noire pour envahir la maison de William. Une nuit chargée d'angoisse va se profiler.
Toutes ces scènes seront visionnées par le docteur ayant récupéré la caméra de Sullivan afin d'en savoir plus sur l'histoire. Malheureusement pour elle, se frotter d'un peu trop près aux extraterrestres n'est pas recommandé, l'interrogatoire commençant à dégénérer progressivement sous fond de paranoïa et d'une étrange invasion, avant de finir dans une apothéose de nihilisme. 

Pour l'emmerdeur (trop) exigeant que je suis en matière de fantastique, Ejecta fait l'effet d'une bonne dose de rafraîchissement se basant sur une mise en scène pour le moins audacieuse dont les quelques influences de Memento se font sentir par moment. Difficile de comprendre les notes un peu faiblardes pour une fois qu'une invasion extraterrestre n'opte pas pour la carte du conventionnel, d'autant plus que, oh jour de gloire, le processus de found footage est tourné correctement sans avoir l'envie de gerber notre souper toutes les deux minutes. Secundo, et c'est un point à préciser, est que le film ne construit à aucun moment son ambiance oppressante juste sur des screamer épars.
S'il y en a bien quelques-uns, un peu prévisibles je dois l'avouer, Archibald et Wiele privilégieront un travail d'atmosphère de qualité, à défaut d'être mémorable. Le film ne fait pas vraiment peur mais a au moins le mérite de susciter un certain intérêt. De plus, certaines séquences particulièrement efficaces amplifieront le visionnage. On pense à ces séances de torture ou à William possédé par la créature présageant la mort imminente du docteur avec son "You will suffer more". Néanmoins, tout n'est pas rose non plus. Quelques ellipses maladroites entacheront le visionnage, de même que certaines incohérences et un développement qui aurait dû être fait un peu plus en profondeur. 

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Au niveau de l'aspect visuel, on sent que les deux cinéastes ont dû compenser le budget peu élevé. Ceci explique les environnements succincts, loin d'être exceptionnels mais pas pour autant laids. Le travail sur la luminosité contribue pour beaucoup à une image agréable à regarder. Je me permettrai de mentionner la bande son tout simplement admirable, glauque, froide, aux tonalités parfois épiques, en parfait accord avec chaque séquence. Je soulignerai la montée en puissance de la musique à mesure que l'électrocution de William gagne en voltage. Simple et efficace !
Et pour les acteurs, on saluera l'honorable prestation de Julian Richings à l'aise avec son personnage. Lisa Houle, dans la peau du Dr Tobin, tire bien son épingle du jeu. Pour le reste, en revanche, ça reste on ne peut plus basique ou dirais-je typiquement série B. Mentionnons Adam Seybold, Mark Gibson et Justin Darmanin

Arrivé à la fin d'un visionnage assez court dont tout rallongement de la durée aurait été proprement inutile, j'avoue ressortir enthousiaste d'une projection loin d'être déplaisante. Cela étant dû aux risques payants des réalisateurs d'avoir osé mixer le huis clos et le found footage dans deux trames scénaristiques convergentes. L'ambition et l'originalité sont quelque chose qu'il faut soutenir, même quand les moyens financiers ne sont pas hollywoodiens. Mais au-delà de ça, Archibald et Wiele accouchent d'une histoire intéressante, abordant d'un angle différent l'invasion extraterrestre se résumant plus à un contact accidentel qu'à une invasion belliqueuse. On se plaira à voir en Ejecta une petite pellicule qui ne cherchera jamais à péter plus haut que son cul. Et si quelques soucis scénaristiques se laissent ressentir et que certaines séquences accuseront de mollesse, les deux confrères parviennent à nous faire vouloir connaître le fin mot de l'histoire. Il est vrai que certains pourront reprocher un manque d'explications sur plusieurs points restant flous mais, si nous nous plaçons dans un contexte réaliste de premier contact, pensez-vous vraiment que tout s'expliquerait à nous d'emblée ? 

 

Note : 12/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

06 février 2019

The Fog - 1980 ("Les nappes de brouillard proviennent de l'Est")

Fog film 1980

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1980
Durée : 1h29

Synopsis : En Californie, le port d’Antonio Bay fête son centenaire. La légende raconte que les marins d’un navire naufragé un siècle auparavant, reviendront se venger par une nuit de brouillard. Le Révérend Malone découvre le journal de son ancêtre qui explique que le navire avait été coulé par six membres fondateurs de la ville. Pour expier leurs fautes, six victimes doivent périr. Or, une brume maléfique commence à semer la terreur et la mort sur son passage... 

 

La critique :

Par le passé, nous avons déjà procédé à l'exégèse de la filmographie de John Carpenter, un cinéaste américain éminent et largement recensé sur ce blog. De facto, nous ne commettrons pas l'offense de réitérer les mêmes phrasés emphatiques. Toujours est-il qu'après la sortie d'Halloween, la nuit des masques (1978), John Carpenter se retrouve affublé de la couronne hiératique du maître de l'épouvante. Ce succès inopiné ne convient guère au metteur en scène qui adule et sacralise davantage le cinéma de naguère, celui de La Chose d'un Autre Monde (Christian Nyby, 1951) et surtout de Rio Bravo (Howard Hawks, 1959), un film qu'il adoube, encense et divinise depuis sa plus tendre enfance.
Via Halloween, John Carpenter se retrouve propulsé, bon gré mal gré, au firmament de la planète "Hollywood", un univers à l'inverse qu'il rabroue, admoneste et répudie pour ses tropismes lucratifs et mercantilistes.

Nonobstant le succès impromptu d'Halloween, la nuit des masques, John Carpenter aspire à réaliser ses propres films et abhorre cette obédience imposée par une certaine oligarchie. C'est dans ce contexte qu'il signe The Fog en 1980. Si le métrage s'érige parmi les premières places du box-office lors de sa sortie en salles, The Fog est souvent considéré comme un cru mineur dans la filmographie de John Carpenter. Même les critiques se montrent plutôt pondérées, reprochant un long-métrage d'épouvante beaucoup trop traditionnel pour susciter l'appétence sur une durée plutôt élusive (à peine une heure et demie de bobine...). A contrario, The Fog semble de plus en plus flagorner un large public avec le poids des décennies. Pour certains thuriféraires de John Carpenter, The Fog constituerait les nouvelles prémices à la trilogie de l'apocalypse.

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Certes, cette trilogie funeste et eschatologique se compose de The Thing (1982), Prince des Ténèbres (1987) et de L'Antre de la Folie (1995). Pourtant, par certaines assonances, Assaut, sorti en 1976, contenait déjà quelques linéaments et thématiques aux accents méphitiques. Derechef, The Fog harangue et déploie ce didactisme funèbre via cette menace provenant du vide, d'un néant indicible et plus précisément de nappes de brouillards aux tonalités opaques et luisantes. En soi, le film contient déjà tous les agréments qui orneront le discours prophétique de The Thing (1982) et de ses deux suites peu prou analogiques. De surcroît, le tournage de The Fog sera tout sauf une sinécure puisque John Carpenter n'apprécie guère le montage original et supprime arbitrairement plus d'un quart des séquences (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Carpenter).

En sus, le tournage est également émaillé par des difficultés techniques et pécuniaires. En outre, John Carpenter doit composer avec un budget famélique, dépassant péniblement les 100 000 dollars. Mais le réalisateur n'a cure des objections de la machine hollywoodienne qui souhaite un métrage beaucoup plus policé. Ces objurgations auront de graves écueils et corolaires puisque John Carpenter a toutes les peines du monde à rendre sa brume à la fois nuisible, tétanisante et comminatoire. En réalité, le cinéaste souhaite réaliser un hommage, voire un remake officieux de The Trollenberg Terror (Quentin Lawrence, 1956), une pellicule chenue qui louvoie entre l'horreur et la science-fiction de naguère. Que soit. John Carpenter n'a jamais caché sa dilection ni son effervescence pour le cinéma de jadis.
Selon les propres épanchements de ce dernier, John Carpenter est un cinéaste du passé.

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En ce sens, The Fog ne fait donc pas exception et corrobore cet engouement pour ce Septième Art hélas suranné, celui (encore une fois) de La Chose d'un autre monde et de Rio Bravo. Toujours la même antienne... Par ailleurs, le film de John Carpenter lui-même fera l'objet d'un remake éponyme et sorti en 2005. Inutile de préciser que cette nouvelle version, réalisée par les soins de Rupert Wanwright, n'a pas vraiment laissé un souvenir impérissable, loin de là, atterrissant dare-dare dans les affres de la vacuité et de la désuétude. La distribution de The Fog premier du nom se compose d'Adrienne Barbeau, Jamie Lee Curtis, Janet Leigh, Tom Atkins, John Houseman, James Canning, Charles Cyphers, Nancy Loomis, George Buck Flower et Hal Holbrook.
Attention, SPOILERS ! (1)
En Californie du Nord, le petit village de pêcheurs Antonio Bay est sur le point de célébrer son centenaire.

Mais la quiétude de la ville est perturbée par de mystérieux événements, dont le meurtre horrible de trois pêcheurs locaux, accompagné par un étrange brouillard lumineux qui s'étend sur terre et sur mer. Le prêtre de la localité, le père Malone, découvre le journal de son grand-père, qui contient un sombre secret inconnu des habitants actuels la ville. Le journal révèle que, en 1880, six des fondateurs d'Antonio Bay ont délibérément coulé et pillé l'Elizabeth Dane, un navire appartenant à Blake, un homme riche mais atteint de la lèpre qui voulait trouver un havre de paix pour lui et sa communauté aussi atteinte de la lèpre. Les six complices ont allumé un feu sur la plage près des rochers, et l'équipage, égaré par le faux phare, s'est écrasé sur les rochers.
Tous à bord du navire ont péri. La motivation des six était la cupidité et le dégoût de voir s'installer une léproserie à Antonio Bay.

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La ville et son église ont ensuite été fondées avec l'or pillé du navire. Le brouillard mystérieux qui s'étend sur la ville est parsemé des fantômes de Blake et de son équipage, qui reviennent, assoiffés de vengeance, pour le centième anniversaire du naufrage ainsi que celui de la fondation de la ville pour prendre la vie de six personnes (1). Autant l'annoncer sans ambages. En dépit de son scénario plutôt simplissime et laconique, The Fog constitue sans doute l'un des métrages les plus éthérés et ésotériques de John Carpenter. Si la forme se veut lapidaire, le fond du film arbore d'autres velléités un peu plus nébuleuses, voire amphigouriques. C'est sûrement la raison pour laquelle The Fog désarçonne autant son audimat lors de son premier visionnage.
Ici, la brume (c'est même l'intitulé du film en français !) tient une place proéminente et constitue, in fine, le personnage central du long-métrage.

Au mieux, les protagonistes humains sont condamnés à gloser, pérorer et éventuellement à se hâter pour échapper à de terribles imprécations maléfiques. Les personnes imbibées par ce brouillard sont en réalité des morts-vivants qui estropient leurs proies avec une rare férocité. John Carpenter prend son temps pour ériger un décorum naturel qui louvoie entre les exhalaisons ténébreuses et une nature à fortiori moins austère, mais tout aussi revêche et redoutable lorsqu'elle se réveille. "Les nappes de brouillard proviennent de l'Est" ânonne benoîtement un Tom Atkins médusé.
Le comédien orfèvre ne croit pas si bien dire... John Carpenter exhume donc l'épouvante de jadis en convoquant cette menace vespérale qui plane au-dessus de tous les personnages. Pour le metteur en scène, la nature du mal est ineffable et ne recèle donc aucune explication rationnelle.
The Fog s'ébaudit de ce didactisme et n'est pas sans rappeler, par certaines accointances, le cinéma d'Alfred Hitchcock via cette menace côtière et surnaturelle. A l'instar de Prince des Ténèbres qui sortira sept ans plus tard, The Fog oppose la foi catholique à un mal inextricable qui semble s'emparer des géhennes les plus tourmentées de l'âme humaine. 
Doté d'une mise en scène soyeuse et cérémonieuse, ainsi que d'une bande originale lancinante, The Fog s'échine à décrire une nature humaine en décrépitude et rattrapée par sa propre débonnaireté. Dommage, par ailleurs, que John Carpenter n'ait pas davantage étayé cette dernière rhétorique. Néanmoins, le film n'est pas exempt de tout reproche et souffre tout de même de sévères chutes de tension et de rythme. Dès lors, on comprend mieux pourquoi "Jean Charpentier" a partialement décidé de couper plusieurs saynètes du film.

 

 

Note : 13.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fog_(film,_1980)

05 février 2019

Irréversible ou un autre scandale du festival de Cannes

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Aujourd'hui, Cinéma Choc revient sur l'un des scandales les plus sulfureux de l'histoire du festival de Cannes, j'ai nommé Irréversible (Gaspar Noé, 2002) à travers une vidéo publiée par Ina Culture et disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=1TYxy3vG5ow

Anatomia Extinction (Le rat a été sélectionné)

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Genre : Science-fiction, horreur, expérimental (interdit aux - 16 ans)

Année : 1995

Durée : 54 min

 

Synopsis :

Dans un futur proche, le Japon est touché par la surpopulation. C'est alors qu'une étrange maladie génétique transformant les humains en serial killer fait surface.

 

La critique :

Avouez que ça faisait longtemps que vous n'aviez plus entendu parler du cyberpunk sur le blog. Ce mouvement peut, à coup sûr, se voir comme l'un des styles les plus déjantés du cinéma à ce jour. Il faut aller voir du côté de nos chers amis nippons pour bénéficier d'une séance de cerveau passé au shaker lors du visionnage, nous laissant là la bave dégoulinante à la fin de la projection. Officiellement, selon les rares spécialistes, c'est à The Adventures of Denchu Kozu que nous pouvons attribuer la paternité du genre. Deux ans plus tard, Shinya Tsukamoto récidivait, après ce court-métrage très intéressant, au fameux et culte Tetsuo qui posa définitivement les bases du genre.
Il sera un exemple pour divers cinéastes désireux de triturer cérébralement les cinéphiles aventureux. La popularité sera telle qu'il se fera reconnaître à l'international, bénéficiant des dithyrambes du fameux Quentin Tarantino qui avait un temps songé à en faire un remake. Heureusement ou malheureusement, c'est vous qui choisirez, ce projet n'aboutira jamais.

Outre les deux premiers Tetsuo, Cinéma Choc a pu vous gratifier de deux pépites méconnues du genre, à savoir Rubber's Lover et 964 Pinocchio, toutes deux de Shozin Fukui. A l'inverse, le minable Meatball Machine a eu droit à ses faveurs dans nos colonnes. Peut se rajouter le méconnu moyen-métrage Anatomia Extinction, réalisé par Yoshihiro Nishimura qui n'est pas du tout un inconnu pour les friands de cinéma japonais qui tâche. Oui, car ce n'est ni plus ni moins que le réalisateur de Tokyo Gore Police mais aussi de pellicules toutes plus wtf les unes que les autres (Vampire Girl vs Frankenstein Girl, RoboGeisha ou Helldriver). On notera également sa participation derrière The Profane Exhibit et dans The ABCs of Death. A fortiori, le métrage d'aujourd'hui serait le tout premier projet du bonhomme. N'ayant vu aucune autre création faite par ses soins, je ne pourrai décemment pas effectuer de comparaisons entre ses débuts et son travail actuel. 

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ATTENTION SPOILERS : Dans un futur proche, le Japon est touché par la surpopulation. C'est alors qu'une étrange maladie génétique transformant les humains en serial killer fait surface.

Si certains sceptiques pouvaient voir dans le cyberpunk japonais un énorme délire paroxystique sans logique à regarder sous acide, je me permettrais de les écarter de ce stéréotype qui a la dent dure. Il est vrai que, à première vue, on ne s'attendrait à rien d'autre qu'un trip épileptique. Bon, il faut admettre que nombre de pellicules n'allaient pas chercher plus loin que ça car ce n'était tout simplement pas leur but. D'autres avaient plus d'ambition. J'en reviens au cas de Tetsuo dénonçant avec subtilité les travers d'une société envahie par la technologie, noyant ses individus sous un flot toujours plus continu d'informations dont les conséquences en font que ceux-ci sombraient dans la plus totale neurasthénie. Nishimura n'a pas pour objectif de s'attaquer à cette passionnante dialectique et les corollaires résultants. Non, il va plutôt avoir dans son collimateur l'une des grandes inquiétudes de notre époque actuelle, n'étant autre que la surpopulation. Inquiétudes d'autant plus renforcées quand on pense à Tokyo même (hors agglomérations) concentrant quasiment la population totale belge.
La première scène résume à elle seule la chose avec cet homme blond au beau milieu d'un trottoir bondé. Visiblement, les pouvoirs publics semblent avoir pris conscience de ce phénomène mais plutôt que de proposer des solutions pacifiques, ceux-ci se contentent de lancer des messages d'alerte par le biais d'une journaliste allant même jusqu'à scander l'élimination d'une partie de la population pour le bien de l'humanité.

Réduire la population humaine par tous les moyens serait une alternative idéale. Anatomia Extinction évolue dans la déshumanisation la plus outrancière, présentant en long et en large une Tokyo asphyxiée par ses citadins. Un scoop radiophonique diffusera la quantité de gaz nocifs en ppm dans l'atmosphère dans la plus totale normalité. Rarement Tokyo n'a eu un rendu aussi sale et oppressant dans sa finalité. Pire encore, les véhicules de police sont dotés d'un dispositif ludique affichant un certain nombre de points lorsque l'on écrase des passants. Un vieillard ou un enfant vaudra plus qu'un homme normal. Une exagération typiquement nippone qui n'en est pas mauvaise loin de là vu que Nishimura assume le caractère sarcastique de son oeuvre, du moins dans certaines limites.
Bref, cet homme blond est un homme stressé, étouffé, oppressé qui, un soir, verra un travesti qui le suivait se faire sauvagement assassiner par un serial killer monstrueux. Car, de fait, depuis quelques temps, une vague de crimes sévit dans la ville, le tout relayé avec enthousiasme par la même journaliste aussi empathique que Mère Thérèsa. Problème : ceux-ci étaient auparavant des hommes normaux ayant contracté une maladie génétique inconnue. Les symptômes sont tant physiologiques que psychologiques. Une espèce d'organe indescriptible battant comme un coeur semble être le centre névralgique des pouvoirs qu'ils ont acquis. Ils ont, entre autres, développer une résistance surhumaine et la faculté de lancer des objets tranchants organiques. 

 

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L'agression que subira le héros principal le verra peu à peu basculer dans la folie. En parallèle, il cherche à comprendre pourquoi, selon les dires de son bourreau, il a été sélectionné comme rat. Sa piste remontera à une étude scientifique sur la physiologie du stress. Stress pouvant être induit dans une situation de surpopulation. Les expériences menées sur des rats ont montré une augmentation drastique de l'agressivité, au point de violer les rates et de manger les petits ratons. Charmant ! Pourtant, on se rend compte que cet article scientifique fantasque, je présume, est loin d'être farfelu. Soumis à un climat anxiogène, l'individu en vient à avoir son mental déstabilisé.
Cette sensation d'intrusion, d'être envahi de toute part, d'oppression ne peuvent que très certainement induire anxiété et énervement. De là à postuler que cela engendrerait des meurtres sauvages, il y a un pas que je ne franchirai pas. Toujours est-il que les psychopathes du récit seront de simples désaxés ayant perdu tout contact avec la société.

Cette maladie en question n'est que métaphorique, soulignant la démence irréversible. Si l'on peut reprocher à Anatomia Extinction de ratiociner sur l'impact démographique de la surpopulation par tous ces flash télévisés, force est de constater que le métrage a beaucoup à nous offrir, qui plus est sur une durée fort courte qui aurait méritée d'être rallongée. Avec un tel sujet, choisir une durée de 54 minutes laisse un arrière-goût d'inachevé car 20 minutes minimum n'auraient pas été de refus. Point important à préciser, il est inutile d'attendre un pétage de plomb de mise en scène avec caméra épileptique, lumières agressives et scintillantes. Anatomia Extinction se pare d'une mise en scène relativement posée pour du cyberpunk (ceci équivalant à un montage nerveux pour le cinéma normal).
On aura çà et là des scènes très énervées mais sans virer dans l'indescriptible, sauf durant la dernière partie où tout part dans tous les sens.

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Comme je l'ai laissé supposer avant, on s'ébaudit devant une capitale à l'ambiance lourde, étouffante, très pesante, sombre et sacrément glauque où la part d'humanité est inversement proportionnelle à l'augmentation de la population. L'image flirtant souvent avec les lumières rouges offre un cachet intéressant. Pour la bande son, on retrouve le classique du cyberpunk où mélodies dark sont en accointance avec les bruitages industriels. Pas de surprise donc de ce côté-là. L'interprétation des acteurs fait suite aussi au jeu surjoué de base où nous retrouvons au casting Kisei Ishizuka, Jun Sasaki, Chikako Tone, Tomoko Haseyama et Ikuko Uemura pour ne citer qu'eux.
Je ne pourrais bien évidemment pas finir cette chronique sans dire 2 mots sur les séquences gore et outrancières d'Anatomia Extinction se révélant plutôt pas mal, bien que l'obscurité persistante pourrait gêner. Une femme démembrée suspendue, une tête décapitée et du sang qui vole. Pas de quoi hurler au traumatisme malgré une interdiction aux moins de 16 ans justifiée.

Anatomia Extinction fut donc ce moyen-métrage découvert totalement par hasard sur YouTube et dont je salue ma curiosité d'avoir tenté une expérience inattendue au résultat très recommandable. Il est dommage que quelques menus problèmes entachent le visionnage, à commencer par une durée trop courte mais aussi à des zones de mystère frustrantes sur l'origine de cette maladie trop traitée en surface, même si nous distinguons la métaphore. De là à voir en ce film un indispensable du cyberpunk, je n'irai pas jusque-là mais, compte tenu de la faible longueur, ça serait une erreur que de ne pas y jeter un coup d'oeil. Autant dire que les questionnements fleurissent après le visionnage vu que chaque jour passant, la surpopulation devient un enjeu de plus en plus sérieux.
Quelles mesures faudrait-il adopter pour contrer cela ? Nul ne le sait mais ce qui est sûr est que l'éthique ne saura être de mise dans un futur sans doute bien plus proche qu'on ne le pense. 

 

Note : 13/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

04 février 2019

My Friend Dahmer (Genèse d'un serial killer)

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Genre : drame 
Année : 2017
Durée : 1h47

Synopsis : L'histoire du tueur en série américain Jeffrey Dahmer, de sa dernière année de lycée à deux semaines après la fin des cours, qui l'amène à commettre son premier meurtre. 

 

La critique :

C'est hélas une évidence, voire une lapalissade. Notre société hédoniste et consumériste voue une dilection, voire une fascination morbide pour tous ces serial killers et prédateurs qui transgressent justement les mêmes tabous totémiques de notre monde occidental. Les noms les plus tristement notoires se nomment, entre autres, Ed Gein (surnommé le "Boucher de Plainfield"), Henry Lee Lukas (souvent considéré comme le pire tueur en série de l'histoire des Etats-Unis), Ted Bundy, John Wayne Gacy, Charles Manson, ou encore Edmund Kemper.
Vient également s'agréger Jeffrey Dahmer. En l'occurrence, ce sociopathe, surnommé le "cannibale de Milwaukee", avouera 17 meurtres entre 1978 et 1991 (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeffrey_Dahmer).

Ses proies ? Des hommes homosexuels qu'il flagorne et séduit pour mieux les attirer chez lui afin de commettre des forfaitures d'une barbarie inouïe. Ses rituels sadiques suivent toujours peu ou prou la même obédience sauvage. Après avoir endormi, médicamenté et/ou drogué ses victimes, Jeffrey Dahmer ampute les membres de ses proies et les dévore, pour ensuite les enterrer dans son jardin. Il est donc à la fois question de nécrophilie et d'anthropophagie. Selon certaines sources policières qui se sont polarisées sur les éléments anamnestiques de ces déviances criminelles, la genèse de cette scission incoercible va se cristalliser au moment du divorce des parents de Jeffrey Dahmer.
Le jeune éphèbe timoré doit alors supporter sans barguigner les crises histrioniques de sa maternelle, ainsi que la débonnaireté ostentatoire de son patriarche.
 

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Jeffrey Dahmer est donc un jouvenceau sans repère, dont l'âme et l'esprit vont peu à peu s'amenuiser pour laisser place à des démons intérieurs profondément enfouis dans le cerveau archaïque. Evidemment, l'étude et l'analyse de ce serial killer ont inspiré la culture populaire américaine. En 2002, le cinéma propose un premier biopic via Dahmer le cannibale (David Jacobson, 2002), un thriller assez bancal qui ne laisse pas un souvenir impérissable. Bien des années plus tard, c'est au tour d'une autre adaptation, intitulée My Friend Dahmer et réalisée par les soins de Marc Meyers en 2017, de mettre en exergue l'esprit écervelé du tueur en série.
A l'origine, le long-métrage est aussi l'adaptation éponyme d'un roman graphique de John "Derf" Backderf. En outre, My Friend Dahmer fait office de production américaine indépendante et n'a donc pas bénéficié d'une grande distribution dans les salles de cinéma.

En l'occurrence, le film a surtout écumé les séjours festivaliers et a été à la fois sélectionné et projeté en avant-première lors festival du film de Tribeca. Si le métrage de Marc Meyers ne remporte aucune récompense éminente, il s'auréole à contrario d'une réputation plutôt flatteuse. Les critiques sont plutôt unanimes et couvrent de louanges un drame juvénile reflétant les failles et les profondes meurtrissures de l'adolescent Dahmer. Pour l'anecdote futile, My Friend Dahmer constitue la quatrième réalisation de Marc Meyers. La distribution du film se compose de Ross Lynch, Alex Wolff, Vincent Kartheiser, Anne Heche, Dallas Roberts et Harrison Holzer.
Attention, SPOILERS ! L'histoire du tueur en série américain Jeffrey Dahmer, de sa dernière année de lycée à deux semaines après la fin des cours, qui l'amène à commettre son premier meurtre.
 

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Certes, le scénario de My Friend Dahmer est plutôt lapidaire, mais s'inspire (encore une fois) du roman graphique de John Backderf. Le grimaud et dessinateur a bien connu le tueur en série, tout du moins lors de ses jeunes années estudiantines. Pis, l'auteur s'est même accointé avec le serial killer, décrit par son entourage comme quelqu'un d'avenant, mais d'une très grande fébrilité. C'est cette même fébricité que tente d'analyser, avec plus ou moins de méticulosité, Marc Meyers. Narquois, le metteur en scène dissémine quelques pistes élusives.
Le film se focalise, entre autres, sur l'éthylisme de ce jouvenceau impénitent qui tente de noyer ses démons intérieurs et sa contrition dans l'alcool. My Friend Dahmer analyse notamment les rapports délicats que ce jeune homme entretient avec sa famille.

En outre, il s'agit d'une famille cossue et lambda, soit le pur produit de la "middle class" américaine ; celle du divorce de masse et de la dislocation parentale, très en verve entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980. Et puis, il y a aussi cette pédérastie latente qui nimbe le personnage tout au long de son adolescence. Sans compter cette asocialité ostensible qui débouche sur des railleries et les quolibets de ses camarades de lycée. Indubitablement, Jeffrey Dahmer est un éphèbe atypique, aussi énigmatique qu'inquiétant. Ainsi, il devient, bon gré mal gré, la nouvelle égérie d'une petite bande de camarades. Le temps de quelques petites mutineries adolescences, Jeffrey Dahmer se transforme en pitre, voire en vulgaire histrion, puis en marionnette maladive.
Ses crises clastiques laissent songer à un cas inexpugnable d'hébéphrénie et de dissociation mentale. 

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Rien n'y personne ne pourra désormais réfréner les pulsions sadiques et mortifères de ce monstre hélas en devenir. Chez Jeffrey Dahmer, les excoriations et les meurtrissures sont à la fois béantes et prégnantes. Malencontreusement, nonobstant une analyse parfois vétilleuse, Marc Meyers échoue à réaliser ce qui aurait dû s'apparenter à un thriller, et non à un drame prépubère, souvent victime de ses longues facondes. C'est d'autant plus dommageable que le film adopte et affine réellement son rythme de croisière lorsque Jeffrey Dahmer se transmute concrètement en un maniaque revêche et impitoyable, l'un de ses amis échappant de peu au supplice infernal.
My Friend Dahmer
se contente d'être un ixième biopic qui escompte presque uniquement sur la précellence de ses interprètes homériques.

A ce titre, l'acteur Lynch Ross incarne magnifiquement cet adolescent en berne et qui sombre inopinément dans des états de cataplexie mentale. En fait, Marc Meyers se trompe presque de sujet. Sur le fond, on se fout de savoir quelle était l'adolescence de ce jeune éphèbe pulsionnel et terriblement complexé, d'autant plus que l'analyse n'apporte pas, in fine, véritablement de réponse. Oui, Dahmer a souvent un comportement asocial et s'enferme dans sa cabane dans laquelle il collectionne des animaux décédés. Oui, ses parents s'invectivent et sont les complices béats du comportement parfois trivial de leur progéniture. Mais en quoi ces éléments fugaces constituent-ils des preuves irréfutables de la sociopathie naissante de Jeffrey Dahmer ? En réalité, My Friend Dahmer aurait dû démarrer là où il a choisi de se conclure. Seul bémol et pas des moindres, Marc Meyers s'échine à signer une dramaturgie adolescente. Or, le film aurait dû davantage se muer en thriller machiavélique et ineffable relatant le vrai Jeffrey Dahmer, celui qui mutile, démembre, viole et tortore ses victimes d'infortune.
Si My Friend Dahmer constitue sur la forme une analyse parfois intéressante, il n'en demeure pas moins un drame déconcertant, ne serait-ce que dans ses choix narratifs et dans ce refus opiniâtre de laisser place à sa principale figure sociopathique. Une petite gabegie en somme...

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

03 février 2019

Horrible High Heels (Le marché du cuir en plein boom)

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Genre : Thriller, policier, horreur (interdit aux - 18 ans à Hong-Kong, interdit aux - 16 ans chez nous)

Année : 1996

Durée : 1h37

 

Synopsis :

Des personnes disparaissent mystérieusement dans un quartier de Hong Kong. Parallèlement, un magasin qui confectionne des chaussures voit son stock de cuir et ses ventes se développer. Y aurait-il un lien ? La police enquête.

 

La critique :

Si le blog a pu chroniquer à de nombreuses reprises cette frange bien particulière que l’on nomme « Cat III », je suis bien forcé d’admettre que ma participation dans le domaine n’atteignait ni plus ni moins que le 0 jusqu’à présent. Conscient de ce dramatique état de fait, une réparation d’urgence s’imposait dans le but de diversifier toujours davantage mon travail. Bien que la plupart d’entre vous doivent sans doute savoir de quoi il est question, je me permettrai aussi de faire une petite introduction en la matière (et non, ce n’est pas pour tenter de gonfler artificiellement la longueur de ma chronique !). Officiellement, la première commission de censure du cinéma hongkongais fut créée en 1953, mais il faudra attendre le début des années 80 pour voir apparaître des coupes dans quelques films sanglants, dont Tsui Hark et John Woo en seront de bien malheureuses victimes.
Ce n’était, cependant, rien en comparaison du couperet réservé à certains films à connotation politique, au vu de l’autoritarisme du régime. Autre coup de théâtre, une loi votée en 1988 réservait aux représentants de l’Etat le droit de couper des séquences jugées offensantes et c’est là où les catégories hongkongaises virent leur apparition.

La catégorie I était attribuée aux films tout publics, la catégorie 2 fut scindée en IIA pour les films interdits aux enfants et IIB pour les films interdits aux jeunes adolescents et aux enfants. Enfin, notre fameuse catégorie III désignait les films interdits aux moins de 18 ans, ce qui correspond à l'interdiction aux moins de 16 ans dans nos contrées. Pour accéder à ce grade, rien de plus simple. Un peu de sexe équivaut à atteindre le classement maximal, au contraire de la violence devant atteindre un certain palier d’indécence. Si l’on en vient à aborder les grands classiques s’étant forgés une réputation culte, on citera le génialissime The Untold Story, mais aussi Ebola Syndrome, Daughter of Darkness ou Red To Kill. Il semblerait qu’une autre pellicule se soit taillée un certain succès, allant jusqu’à être considéré comme un classique. Son nom : Horrible High Heels, réalisé par un trio, à savoir Chan Wai-On, Chow Cheung et Mao Chiang-Pang. Comme le dit, le vieil adage revisité, « trois têtes valent mieux qu’une », les chances de mettre en scène une réussite étaient de la partie. Pépite ou fiasco ?

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ATTENTION SPOILERS : Des personnes disparaissent mystérieusement dans un quartier de Hong Kong. Parallèlement, un magasin qui confectionne des chaussures voit son stock de cuir et ses ventes se développer. Y aurait-il un lien ? La police enquête.

La moindre des choses à dire avant même de rentrer dans le vif du sujet est que parvenir à rédiger cette chronique fut pour le moins laborieux. Ce n'est pas tant de décrire la simplicité du métrage mais plutôt ce qu'il aura fallu que je fasse pour le faire. Inutile de dire que trouver gratuitement Horrible High Heels ne se fait pas au premier claquement de doigt. Je pouvais toujours me faire voir pour tomber sur une version téléchargeable mais, comme une providence, le "métrage complet" m'attendait sur YouTube. La durée de 1h12 était pratique car je pouvais caler ça très facilement sur une soirée. Arrivé au générique de fin avec l'impression que l'on se soit ouvertement foutu de ma gueule sur l'appartenance de ce métrage à la Cat III, je réalisais très vite en regardant en détail les caractéristiques techniques de la pellicule pour la rédaction qu'il y avait quelque chose qui clochait.
Cette version de 1h12 n'était mentionnée nulle part et tous les sites faisaient mention d'une durée de 1h37. Les rouages de mon cerveau me firent vite déduire que j'eus le malheur de tomber sur la version censurée et, qui plus est, remastérisée. J'en parlerai plus tard. En d'autres termes, toutes les séquences choquantes furent balayées pour laisser la place à un résultat catastrophiquement insipide. Taratata se fit donc arnaquer en beau terme sans sous-titres, qui plus est. Après ça, je n'avais pas le coeur à faire des recherches pour me taper une deuxième fois la séance.

Néanmoins, je refusais de rester cantonné au pigeon roulé dans la farine et, étonnamment, je tombais vite sur un site de streaming qui me proposa la version complète avec sous-titres anglais. Ces génies les ayant mis en blanc, un certain nombre de phrases furent illisibles mais n'entachèrent pas le visionnage d'une histoire rudimentaire où il est question d'un marché de chaussures en cuir un peu barbare vu que ce cuir est fait de peau humaine. Cette peau étant issue de victimes sauvagement assassinées par un psychopathe masqué. Au moins, l'intro présente les inimitiés où le père, gérant de l'entreprise en question se fera tuer, démembrer et arracher la peau.
Déjà à ce moment-ci, cette scène n'était pas présente dans la version dispo sur YouTube. Le fils, sans nouvelle de son père, désormais ad patres, commence à devenir inquiet et s'en va prévenir les autorités ouvrant une enquête. Leur médiumnité impressionne vu qu'à partir de personnes disparues, ils font un lien avec l'entreprise familiale, allant jusqu'à analyser une paire de chaussures pour découvrir l'effroyable vérité et se lancer à la traque des coupables. Chapeau les gars ! Seulement, tous les employés ne sont pas impliqués dans cette affaire. L'entreprise, tournant en vase clos, est le théâtre de cruelles choses se déroulant à l'abri des regards indiscrets. Mon raisonnement intérieur me pousserait à penser que Horrible High Heels pourrait se voir comme une critique acerbe du capitalisme à outrance et du consumérisme atteignant des extrêmes tels que le corps humain devient une marchandise exploitable sans état d'âme pour se retrouver sur les étalages de la prestigieuse société de consommation.

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L'idée n'est, en soi, pas stupide du tout et apporterait une profondeur assez inattendue à un métrage qui en vient à se planter souvent sur bon nombre de points, alors que l'idée farfelue s'il en est, n'était pas inintéressante. Elle aurait même pu donner naissance à un véritable petit nanard jouissif, ringard mais terriblement attachant. Autant vous dire très rapidement que comme Cat III, vous risqueriez d'être bien décontenancés devant un cahier de charges étrangement timoré. Alors que les pontes du genre vous noyaient sous une déferlante d'hémoglobine et de tripailles, Horrible High Heels ne sollicite le trash qu'à de rares occasions. En tout et pour tout, on aura juste le père et Wendy, la petite amie de Tien, qui verront le courroux du furieux masqué avec, je rappelle, démembrements, décapitation et arrachage de peau. Même si ces traitements s'avèrent peu ragoûtants, on reste désappointé par le caractère "choc" de ces scènes ne mettant jamais mal à l'aise en quoi que ce soit.
Frustrant ! La seule séquence dérangeante sera celle de Wendy forcée de se frotter le corps avec une tête décapitée pour la lécher ensuite. C'est bien peu ! Qu'y a-t-il d'autre au programme ? Et c'est là que l'on se rendra compte à quel point cette production pue à des kilomètres l'opportunisme.

Horrible High Heels, c'est un melting-pot ratissant à tous les étages, puisant son inspiration dans presque tous les genres possibles. On navigue entre le drame d'amour passionnel, l'enquête policière, le thriller gore, l'érotisme, le film de combat, le film d'action et quelques séquences comiques. Forcément, n'attendez pas que le film développe son identité propre. Les plus coquins d'entre vous seront ravis d'une dimension érotique bien plus présente que le trash où copulations et viols seront de la partie. On en viendrait presque à dire que la pellicule doit sa présence dans la Cat III juste grâce au sexe. Parce que, en fin de compte, l'intérêt ne va pas plus loin que les maigres scènes sanglantes et que les parties de jambe en l'air, d'un beau rendu pour ces derniers, je dois bien l'avouer.
On se fiche éperdument de cette trame de mauvais film d'amour stéréotypé et de cette piètre enquête policière où policiers pratiquant les arts martiaux n'apporteront guère de piment dans les combats de karaté. Les gunfight dans la dernière partie du récit ne s'apparenteront à rien de plus qu'à un ersatz de John Woo. Tien, transformé en combattant surentraîné esquivant les munitions de lance-grenades et fusillant "avec style" ses ennemis aura au moins ce "mérite", si je puis dire, de nous décocher un sourire gêné. 

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Si l'on en vient à aborder l'esthétique, la qualité de l'image en tant que telle n'est pas laide mais ne va pas chercher plus haut. Elle se contente du minimum syndical, n'allant pas plus loin que la normalité. Je me permettrais de vous dire que le travail sur les cadrages est correct et que l'action n'est pas brouillonne. On voit bien ce qui se passe. Alors, pour la bande sonore, j'en reviens à cette fameuse version remastérisée où, à AUCUN moment, le film ne se passait de fond sonore, multipliant les mélodies de vieux drama ringard, les symphonies plus sombres avec des transitions à hurler de rire tant le tout s'agençait mal. Cerise sur le gâteau, ils ont été piochés une partie de l'OST du film Demain Ne Meurt Jamais. Fort heureusement, cette overdose parasitaire ne sera pas d'actualité dans la version de 1h37. Je ne pourrais pas non plus finaliser la chronique sans parler du pitoyable travail des dialoguistes car (et j'ai compté !), on recensera 33 fois le nom "Sherry" cité, rapport à l'héroïne principale s'appelant comme ça. Et dites-vous bien que la version de 1h12 ne comptât pas loin du double.
On en arrivait presque à développer une crise d'urticaire à chaque "Sherry" prononcé. C'est à se demander d'où sort cette version. Bon et pour les acteurs maintenant ? Leur interprétation est typiquement série B, voire Z, pour certains. On retrouve tous les ingrédients du genre : réactions téléphonées, jeu d'acteur et expressions surjouées. Au casting, Chow Yuk-Ling, Lam Chak-Ming, Dick Wei, Suen Tong, Lin Hsiao-Lan, Shing Fui-On, Yue Shut-Man et Billy Chow

En conclusion, le premier mot qui me vient quand je pense à Horrible High Heels est le terme "bâtard", car c'est exactement ce qu'il est : un film bâtard où les trois cinéastes ont été piochés leurs influences ici et là pour tout condenser en un métrage. Voir se succéder, dans un laps de temps pas spécialement long, une crise de jalousie amoureuse, un combat de karaté, un viol et une boucherie sanguinaire, ça fait un peu pitié. Bien dommage quand on sait qu'il y avait un léger second niveau de lecture à en tirer. Dès lors, je ne pourrai que trop bien réfréner les ardeurs de ceux tentés par cette expérience en leur disant qu'il ne faut rien attendre de spécialement extrême et encore moins de déviant.
L'expérience reste cruellement soft et ne bousculera pas vos estomacs, même ceux des moins endurcis. C'est la déception qui est de mise, voyant Horrible High Heels s'afficher comme un film sans recherche, sans identité, manquant d'ambition et multipliant les séquences soit ratées (le gunfight final complètement à la masse), soit indirectement rigolotes (le rat croqué par le criminel qui en boit son sang avec un rictus tout sauf crédible). Peut-être n'étais-je pas dans un bon jour, suis-je trop exigeant et que mes attentes étaient trop élevées pour ce film mais sincèrement, je doute fort que les amateurs de Cat III puissent s'ébaudir devant un résultat tenant plus de la cocasserie que du repoussant. 

 

Côte : téléchargement (1) PS : Je crois que cette expression de Wendy représente au mieux ma tête tout au long du visionnage

 

 

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