Cinéma Choc

18 juin 2019

Crows Zero (Conquérir le lycée des corbeaux)

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Genre : Action, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 2007

Durée : 2h09

 

Synopsis :

Genji Takiya fait sa rentrée en classe de terminale au lycée Suzuran, surnommé le "lycée des corbeaux", un des lycées les plus violents du Japon. Son but est de s'imposer comme le boss de l'établissement, objectif recherché par la majorité des lycéens qui fréquentent celui-ci, afin de dépasser son père, le chef d'une bande de yakuzas qui avait échoué à devenir le leader lorsqu'il était élève à Suzuran. Mais pour cela, il lui faudra en découdre avec celui qui est le plus proche d'y arriver, Tamao Serizawa.

 

La critique :

Depuis mon intronisation en tant que chroniqueur sur Cinéma Choc, je n'ai pu faire sans aborder à plusieurs reprises des films qui m'étaient chers au niveau des souvenirs qu'ils ravivaient. Le simple fait de citer leur nom rappelant irrémédiablement ma jeunesse pas si éloignée que ça mais que je vois partir petit à petit au fur et à mesure que je me rapproche du marché de l'emploi. Que nous ayons 20 ans, 40 ans ou 60 ans, on a toujours quelques films nous rendant nostalgique du temps passé. Il est d'ailleurs plutôt cocasse que je ne me sois pas encore penché sur l'une des pierres angulaires de ma modeste cinéphilie avant aujourd'hui. Crows Zero, un titre qui résonne immédiatement en moi, faisant apparaître des étoiles dans mes yeux. Vous trouvez que je m'emporte un peu trop ?
Eh bien oui et non car j'ai bien du mal à cacher mon engouement face à un film qui, sans le savoir, aura une influence capitale sur mes goûts cinématographiques actuels. Oui car il n'est ni plus ni moins que le tout premier film japonais que j'ai visionné ! Pour un thuriféraire comme moi du Septième Art nippon, nul doute que ce n'est pas quelque chose à prendre à la légère. Et cette rencontre se fit par pur hasard, fin d'année 2010, dans un Media Markt de ma région. J'avais alors 16 ans et en farfouillant par curiosité les DVD, je tombais sur ce que je vous présente ici. Une pochette qui retint mon attention et que je fis basculer du côté arrière pour en apprendre plus. "Lieu : lycée le plus violent du monde", tel fut les premiers mots que je lus.

Il faut bien sûr se remettre dans le contexte d'une époque juvénile où le divertissement et l'extravagance devaient être les fers de lance d'un film pour me faire vibrer. A cela vous rajoutez cette obsession maladive pour la violence au cinéma, une curiosité inhérente à moi-même (sans vouloir me jeter des fleurs) et un concept que je trouvais tout simplement génial. Ayant été dans l'incapacité de l'acheter, je fis un détour pour voir la bande annonce sur YouTube. Au cours du visionnage, obtenir ce métrage devenait de plus en plus indispensable ! Pire encore, j'appris, directement après la fin de la bande annonce, qu'un deuxième épisode était déjà sorti. Un trailer encore plus fou, plus sauvage qui me faisait bondir d'excitation. Les fêtes de fin d'année approchèrent et, par extension, Noël.
Voilà l'occasion rêvée pour faire ma précieuse requête. Requête exaucée par mon parrain et ma tante à qui je dédie ce billet (bien qu'ils ne me liront pas) car ils déboursèrent la somme d'argent nécessaire pour m'ouvrir au cinéma asiatique et allumer cette flamme devenue inextinguible avec tous les métrages qui ont transité depuis lors. Autant préciser d'avance qu'il me sera très difficile de réfréner mon extatisme et de parler en toute objectivité. 

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ATTENTION SPOILERS : Genji Takiya fait sa rentrée en classe de terminale au lycée Suzuran, surnommé le "lycée des corbeaux", un des lycées les plus violents du Japon. Son but est de s'imposer comme le boss de l'établissement, objectif recherché par la majorité des lycéens qui fréquentent celui-ci, afin de dépasser son père, le chef d'une bande de yakuzas qui avait échoué à devenir le leader lorsqu'il était élève à Suzuran. Mais pour cela, il lui faudra en découdre avec celui qui est le plus proche d'y arriver, Tamao Serizawa.

En visionnant avec une joie débordante ce Crows Zero un vendredi soir, je fis la rencontre de Takashi Miike. Un nom qui ne m'interpella pas à l'époque vu que je n'avais pour ainsi dire aucun quelconque savoir du cinéma du Soleil Levant et que mes connaissances cinématographiques en général étaient, au mieux, médiocres. Néanmoins, sans le savoir, je me retrouvais en face d'un ponte du cinéma déjanté, ahurissant, pouvant même être sacrément violent. En atteste Ichi The Killer, Audition et Visitor Q qui ne faisaient pas dans la dentelle.
En l'occurrence, on se retrouvera bien loin de ces excès avec un Miike visiblement très en forme pour l'occasion puisqu'il se lance dans une adaptation de Crows, un manga à grand succès dépeignant un lycée ultraviolent où des bandes d'adolescents s'affrontent quotidiennement. Crows Zero s'annonce alors comme une préquelle au manga original envers qui il ne partage que le même lieu, ainsi que quelques clins d'oeil via des personnages phares de la série. Visionné un nombre incalculable de fois depuis mes seize ans, c'est avec un regard plus mature que je me relançais une énième fois dans l'aventure aux côtés de Genji Takiya tentant de prendre le contrôle de Suzuran. Si je ne visualisais jadis qu'un film de combat survolté et spectaculaire, une analyse en profondeur m'amenait à me rendre compte que Crows Zero avait beaucoup plus à offrir qu'un simple film de castagne qui ne reposerait sur rien d'autre que d'assurer un spectacle sans temps mort.

Ceci m'amenait à penser que certaines critiques passèrent complètement à côté du métrage, ne résumant la chose qu'à une ritournelle de combats ad vitam aeternam, l'accusant même de mollesse à certains passages. Bon, tout cela restait marginal car les critiques se montrèrent pour le moins élogieuses avec un grand succès commercial à la clé. Mais que soit, Miike, reconnu pour ses talents d'hystérique à l'imagination débridée, va sur ce coup totalement adhérer aux codes stricts du genre. Ainsi, les spectateurs terre-à-terre seront priés de bien se rendre compte que Crows Zero mêle avec maestria l'absurde et le réalisme. Ce qui ne mettra pas longtemps à se faire voir quand le représentant des lycéens de Suzuran se fait frapper sur la tribune dans une première séquence emblématique et qu'une bagarre générale éclate en ce jour de rentrée des classes. Fait directement observable : la désintégration complète des relations professeurs et élèves qui ne se parlent pas et ne se comprennent pas.
Plus aucune communication n'est possible, laissant transparaître une fracture complète entre deux générations qui ne s'entendent plus. Propos corroboré quand l'on suit Genji évoluant dans une sphère familiale d'une austérité record où les rapports père-fils (on ne sait pas où est la mère) sont troubles. Genji rêve de faire mieux que son père envers lequel il éprouve une rancune tenace. La génération parentale a semble-t-il perdu le contrôle de ses propres éléments se retrouvant cantonnés dans un établissement de non-retour où les exclus du système scolaire tentent de se faire une place, voire de s'imposer dans une société qui les rabroue. Les rares avis extérieurs à Suzuran sont pour le moins négatifs.

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Les lycéens de Suzuran, tout au long du récit, semblent évoluer en vase clos, juste entre eux, ne sortant que rarement de leur microcosme. Ce qui est avant tout prouvé par le fait qu'ils sembleraient être les chefs de Suzuran. Ils ne sont jamais vus en classe, les professeurs semblent être absents. Un autre symptôme de l'incompétence totale des autorités enseignantes fermant les yeux et laissant les étudiants régler leurs affaires entre eux dans le sang. Comble de tout, les filles sont quasiment inexistantes. Il ne s'agit plus d'école "scolaire" mais d'école de la vie où se battre est nécessaire pour réussir. Mais pour réussir, il n'y a pas de place pour l'individualisme et Genji l'apprendra car, dans un environnement aussi hostile reflétant une société ultraviolente en déshérence, créer des alliances est une condition sine qua non pour ne pas se faire écraser. Le sens de l'honneur semble sacralisé à Suzuran.
Les valeurs de loyauté, de courage, de détermination et de sacrifice de soi sont rencontrées dans les différentes parties. Même si certains semblent être de purs animaux, ils ont en eux le sens de l'amitié, de l'entraide. L'ascension de Genji pourrait, dès lors, se voir comme une acquisition de ces différentes valeurs symbolisant le passage vers l'âge adulte pour se confronter ensuite à la jungle urbaine. 

Crows Zero navigue dans différentes zones en traitant à la fois de la fracture générationnelle, de l'incompétence des parents dans leur éducation tout en accusant une société banalisant leur violence. Pour se faire, Miike fait passer le spectateur à travers une myriade d'expérimentations scénaristiques variées. Le métrage conjugue des éléments drôles (le personnage de Ken) à des éléments dramatiques (Tokio atteint d'une tumeur cérébrale) sans jamais écarter ce qui fait la force de Crows Zero, à savoir ses bastons titanesques et enjouées dans le plus pur esprit du manga où la démesure ne semble pas avoir de frontières. Le fameux combat final résume à lui seul tous les codes mis en avant. Au final, l'oeuvre se doit d'être vue au second degré, en annihilant tout sérieux car justement le réalisme n'est pas de la partie. Les changements météorologiques du dernier combat sont l'exemple le plus représentatif. On passera d'une pluie torrentielle à un splendide coucher de soleil pour finir sur la nuit naissante, le tout en 20-25 minutes, de mémoire. 

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On mentionnera une image de qualité certaine avec une aisance dans la manière de filmer faisant en sorte que la brutalité des combats se suit avec une lisibilité certaine. Jamais brouillonne, la caméra filme bien tout ce qu'il se passe. Un gros point est à mentionner dans la reconstitution parfaite des décors recréant à merveille un lycée perverti par une violence hors norme. Les murs sont jonchés de tags, les architectures sont précaires et usées. Une bonne interaction avec l'environnement se fait. Genji envoyant d'un énorme coup de genou Chuta traversant la porte de la classe est un bel exemple. La bande son peut se targuer d'être géniale avec des morceaux rocks et autres mélodies rythmées qui risquent fort bien de vous rester en tête pour un bon moment.
Et pour en rajouter davantage, Crows Zero se pare de personnages hauts en couleurs, charismatiques, attachants d'un côté comme de l'autre et qui ont tous leur utilité au cours de l'histoire, et dont certains ont un look plutôt original dans la droite lignée des bosozoku. Les frères Mikami viennent directement en tête. Au casting, on citera Shun Oguri, Takayuki Yamada, Kyosuke Yade, Kaname Endo, Hisato Izaki, Yusuke Izaki, Tsutomu Takahashi, Dai Watanabe, Sosuke Takaoka, Shunsuke Daito, Suzunosuke Tanaka et Meisa Kuroki mais il y en aurait encore beaucoup d'autres qui mériteraient d'être cités.

Bref, ce fut dur mais je pense être arrivé à canaliser un minimum mon panégyrisme face à une nostalgie d'époque, un pur film de ma jeunesse qui m'aura procuré beaucoup d'émotions et qui, près de 10 ans plus tard, continue toujours à me fournir un énorme plaisir à chaque fois que je me décide à le regarder une fois de plus. D'ailleurs, pour la petite info superfétatoire, c'est une tradition pour moi de regarder les deux l'un à la suite de l'autre sur la même soirée. Ce qui fait que vous avez déjà une idée de la prochaine chronique qui suivra. Certes, les critiques ne le retiendront sûrement pas parmi les métrages proéminents de Miike mais pourtant Crows Zero a bien plus à offrir en maturité qu'un simple film de baston écervelé. Encore faut-il accepter le style plus difficile d'accès qu'il n'en a l'air car dans la droite lignée des mangas de combats survoltés où il n'y a pas de place pour le réalisme. Ce qui pourra se répercuter sur quelques facilités scénaristiques un peu décevantes. 
Malgré tout, on se laisse prendre au jeu, en posant son cerveau sur le côté sans ne jamais fermer les yeux sur un propos s'adressant en priorité aux jeunes. Crows Zero est un peu un film pour jeunes qui sera peut-être moins bien compris par les cinéphiles plus âgés. Pourtant, dans le coeur de ceux qui ont grandi avec, il conserve toujours la même force de frappe, nous renvoyant avec un sentiment de nostalgie, l'espace d'une soirée, au temps d'une insouciante jeunesse.

 

Note objective : 15/20

Note non objective : 18/20

 

 

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17 juin 2019

Avengers : Infinity War (Marvel : vers l'infini et l'au-delà...)

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Genre : fantastique, action, science-fiction
Année : 2018
Durée : 2h36

Synopsis : Les Avengers et leurs alliés devront être prêts à tout sacrifier pour neutraliser le redoutable Thanos avant que son attaque éclair ne conduise à la destruction complète de l’univers. 

 

La critique :

A raison, on n'attendait plus rien de l'univers, in fine corseté et dégingandé, des super-héros. Depuis l'avènement du film X-Men (Bryan Singer, 2000) à l'orée des années 2000, les super-héros n'ont cessé de pulluler dans les salles obscures, de la production faramineuse (la trilogie Spider-Man amorcée par Sam Raimi), de la pellicule désuète (Elektra, Rob S. Bowman, 2005) jusqu'au nanar écervelé (Catwoman, Pitof, 2004), au grand dam d'un audimat hébété. Personne n'est dupe. A force de sévir et de prospérer, tous ces super-héros annoncent de sinistres présages entre Marvel et DC Comics.
La guerre est nûment déclarée et le spectateur abêti en sera pour ses frais. Qui, des deux firmes proéminentes, va réussir à s'imposer et à remporter cette bataille frénétique, et au grand dam de la populace ?

La réponse est aussi simplissime que lapidaire. En dépit de quelques rarissimes fulgurances, la palme de l'ingéniosité échoit, sans sourciller, à l'industrie Marvel. Exempt le cas de Watchmen : les Gardiens (Zack Snyder, 2009), DC Comics peine réellement à convaincre et à renouveler son bestiaire (si j'ose dire...). Que ce soit Suicide Squad (David Ayer, 2016), Batman V Superman : l'aube de la justice (Zack Snyder, 2016), Green Lantern (Martin Campbell, 2011), Man of Steel (Zack Snyder, 2013), ou encore Justice League (Zack Snyder, 2017), toutes ces productions lénifiantes ont essuyé un camouflet artistique, à défaut d'être commercial, puisqu'elles continuent de flagorner un public apathique et peu exigeant en termes de qualités cinéphiliques.
A l'origine, Justice League devait être conçu, pensé, réalisé et ratiociné comme la nouvelle bombe explosive dans l'univers des super-héros, décimant toute la concurrence apoplectique sur son passage.

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Justice League ne sera qu'un pétard mouillé, révélant ainsi toute la frilosité de l'entreprise. Surtout, toutes ces productions grandiloquentes et estampillées DC Comics se ressemblent et ne parviennent guère à faire ciller l'hégémonie rogue de Marvel dans cette globalisation mercantiliste et lucrative. En l'occurrence, c'est bien Marvel qui possède son joyau sérénissime et voluptuaire. Ce dernier se nomme les Avengers, des super-héros issus de l'imagination fertile et foisonnante de grimauds patentés. Partant d'une collusion formée par Thor, Hulk, Iron Man, l'homme-fourmi et la guêpe, cet aéropage va subrepticement s'accroître via l'arrivée massive d'autres super-héros aguerris.
Si Iron Man (Jon Favreau, 2008) avait ouvert les inimitiés vers le milieu des années 2000, la franchise devait s'amorcer vers une fédération de "vengeurs", voués à la cause de l'Oncle Sam en particulier, du monde en général, voire de l'univers dans la moindre de ses anfractuosités.

Ainsi, Avengers (Joss Whedon, 2012) et Avengers : l'ère d'Ultron (Joss Whedon, 2015) culminaient arrogamment les firmaments du box-office américain. La saga devait inéluctablement se poursuivre via Avengers : Infinity War (Anthony et Joe Russo, 2018) et Avengers : Endgame (Anthony et Joe Russo, 2019). Aujourd'hui, c'est le cas d'Avengers : Infinity War qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes. Oui, de temps à autre, Cinéma Choc cède aux caprices et aux désidératas de la doxa hollywoodienne pour vous proposer (pour vous imposer ?) des billets un peu moins ésotériques qu'à l'accoutumée. Pour la faribole superfétatoire, Avengers : Infinity War se soldera par un succès pharaonique au box-office américain et corroborera l'omnipotence de Marvel sur DC Comics. Par ailleurs, la véritable guerre ne concerne même plus DC Comics, mais celle entreprise entre Marvel et Walt Disney qui s'est arrogé la franchise Star Wars comme nouvelle égérie ; de quoi préfigurer de nouvelles querelles entre les deux firmes absolutistes. 

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Mais ceci est un autre sujet... Toujours est-il qu'Avengers : Infinity War recueillera les dithyrambes unanimes d'une presse extatique. Reste à savoir si ce troisième opus mérite de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de ce blockbuster se compose de toute une ribambelle de comédiens orfèvres, notamment Robert Downey Jr., Josh Brolin, Chris Evans, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Chris Pratt, Benedict Cumberbatch, Elizabeth Olsen, Chadwick Boseman, Tom Holland, Gwyneth Paltrow, Benicio del Toro et Samuel L. Jackson. Quant à Bradley Cooper et Vin Diesel, les comédiens émérites viennent prêter leur acuité vocale à des super-héros en déveine. Attention, SPOILERS !
(1) Le vaisseau asgardien en déroute, avec notamment à son bord Hulk, Thor et Loki, est arraisonné par Thanos, venu récupérer le précieux tesseract, contenant une des pierres d'infinité qui lui accorderont la toute-puissance.

Parvenu à s'échapper, Hulk arrive sur Terre et prévient Doctor Strange de la venue imminente de Thanos. Devant la menace qu'il représente, Tony Stark se résout à contacter Captain America pour reformer les Avengers. Mais Thanos et ses sbires sont déjà arrivés à New York et sèment le chaos sur leur passage (1). Certes, à raison, les contempteurs effarouchés pourront gourmander et vilipender une production opulente et probablement symptomatique du blockbuster hollywoodien actuel. Certes, pour cerner et comprendre les enjeux parfois nébuleux d'Avengers : Infinity War, le spectateur ingénu sera exhorté à visionner et/ou à revoir ses illustres devanciers.
De facto, il est assez aisé de discerner tout le mercantilisme de l'entreprise. Mais peu importe... Via ses deux précédents homologues, Marvel a prouvé qu'il possédait de sérieuses arguties dans sa besace.

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Et autant l'annoncer sans ambages. Nonobstant ses apparats matois, Avengers : Infinity War ne déroge pas à la règle. A travers ses deux heures et trente-six minutes de bobine, le spectateur est convié à baguenauder entre la Terre et les confins de l'univers, d'une planète à une autre, d'un système solaire à un autre, voire d'une dimension parallèle à une autre. Ce périple presque initiatique nous enjoint à rencontrer Thanos, aussi tyrannique que paradoxalement humain. Enfin, Marvel peut s'enorgueillir d'un grand super vilain, digne des plus vils oppresseurs de notre temps.
Pis, les Avengers infortunés sont carrément stigmatisés et ostracisés au profit de cette figure autocratique, aussi avide que cupide. L'armure robotique et technologique d'Iron Man se délite devant les pouvoirs frénétiques de Thanos.

Captain America laisse apparaître une barbe drue pendant que le Docteur Bruce Banner ne parvient plus à se métamorphoser en Hulk, cette créature bestiale et primitive, une arme redoutable dont sont privés nos héros guignards. La bête olivâtre et robuste est en pleine dissidence contre son propre scientifique démiurgique. Naguère flamboyants, tous ces super-héros ne sont, in fine, que des ombres fugaces sous la férule d'un Thanos potentat. Le monde des super-héros change pour céder à une certaine forme de sénescence et de décrépitude. Telle est la leçon dogmatique à retenir de cet Avengers : Infinity War. Franchement, qui aurait gagé sur un tel subterfuge, surtout pour un blockbuster prétendument aseptisé ? En résulte un troisième chapitre en apothéose et savamment agencé par les frères Russo.
Si leur réalisation reste plutôt pondérée, les deux frangins font le job et assurent allègrement le spectacle, évidemment au faîte de sa gloire.

Il faudrait se montrer particulièrement rustre et vachard pour ne pas reconnaître et discerner les qualités et les vertus de ce blockbuster titanesque. Seul bémol et pas des moindres, cette production gargantuesque et présomptueuse est parfois victime de certaines chutes de rythme et de choix digressifs qui pourront éventuellement décontenancer les adulateurs, comme les néophytes. Si l'ambiance contristée sied magnifiquement à cette nouvelle aventure, elle est parfois galvaudée par une ironie intempestive et symbolisée par l'arrivée des gardiens de la galaxie.
A la mélancolie exacerbée des Avengers en déliquescence, les gardiens de la galaxie chineurs préfigurent cette ingénuité en discordance avec la tonalité générale et ténébreuse du film. 
Mais que les thuriféraires se rassérènent... Via Avengers : Infinity War, Anthony et Joe Russo remplissent doctement leur office, et même bien plus encore...

Note : 14/20

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(1) Synopsis du film sur : https://www.programme-tv.net/cinema/9181718-avengers-infinity-war/

16 juin 2019

Les "Mondo", les shockumentaries et les death movies : ceux qu'il faut voir et éventuellement retenir...

Vous l'avez sans doute subodoré, voire remarqué, mais depuis quelques temps maintenant (aisément plusieurs mois), Cinéma Choc entreprend une rétrospective des "Mondo", des shockumentaries et des death movies qui pullulent dans le cinéma underground. Si la plupart côtoient les affres et les écueils de l'opportunisme et de l'inconvenance, certains méritent tout de même qu'on s'y attarde. Tous les films évoqués dans ces lignes ont été et/ou seront bientôt chroniqués sur Cinéma Choc. Nous vous convions à lire les billets en vous rendant dans les index des films ou dans la section "rechercher" (colonne droite du blog). Voici donc la liste, que l'on espère foisonnante et exhaustive, de toutes ces pellicules à visionner et éventuellement à retenir :

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A Certain Kind of Death (Blue Hadaegh et Grover Babcock, 2003) : chronique à venir... Un shockumentary très éloigné des death movies habituels et qui se polarise sur la mort et en particulier sur l'isolement social nimbe l'ultime trépas.

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The Act of Seeing with One's Own Eyes (Stan Brakhage, 1971) : "Ce film se singularise des shockumentaries adventices et habituels via une exploration chirurgicale des cavités et des excavations du corps humain. Le film ne cède jamais à la tentation du "Mondo", ni du consumérisme à satiété pour arborer une dilection probe et sincère pour la mort, et plus précisément pour la dissection de macchabées".

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Addio Ultimo Uomo (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1978) : "Corrélativement à toutes ces saynètes de boucherie et de sauvagerie pratiquées sur des animaux d'infortune, le film se centre aussi sur notre propre société insouciante et n'hésite pas à montrer quelques scènes pornographiques pour justifier ses allocutions souvent ordurières".

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Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966) : "La barbarie va augmenter crescendo pour atteindre son paroxysme avec des exécutions sommaires présentées sans détour, des mutilés de guerre filmés en gros plan et l'exposition complaisante de corps disloqués jonchant les rues où se sont déroulées les guérillas urbaines..."

arquivos da morte black

Arquivos Da Morte Black (?, 2007) : "Ici, la mort, sous ses aspects les plus méphitiques, transparaît à travers des assassinats, des suicides, des enfants estropiés, voire des nourrissons victimes de malformations et d'excroissances et, in fine, des accidents routiers d'une rare brutalité".

black metal veins

Black Metal Veins (Lucifer Valentine, 2012) : chronique du film à venir... Un shockumentary âpre et extrême sur les effets délétères de la drogue.

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La Bombe - The War Game (Peter Watkins, 1962) : "Produit par la BBC, The War Game pose le postulat d'une hypothétique Troisième Guerre Mondiale. A partir de là, quelles seraient les conséquences immédiates de cette bombe atomique ? Ses corollaires sur les survivants, les cadavres et la population ?"

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Buried in the Sand - The Deception of America (Mark Taylor, 2004) : "A travers un documentaire choc, témoignant sur la réalité des exactions perpétrées par l'armée irakienne du temps de Saddam Hussein, le journaliste Mark Taylor nous présente des images interdites, saisies par les soldats américains. Une compilation de vidéos réelles sur cette période de terreur qui a entraîné l'Amérique aux confins d'une guerre à la barbarie d'un autre âge".

c'est arrivé près de chez vous

C'est Arrivé Près de Chez Vous (1992) : "Iconoclaste, trash, corrodant, incisif et violent, C'est Arrivé près de chez Vous rompt avec la morosité d'un cinéma beaucoup trop pudibond pour proposer, à l'inverse, un spectacle à la fois abject, condescendant et jubilatoire".

cibo di violenza

Cibio Di Violenza (Bazz Hancher, 2015) : chronique du film à venir... sur un shockumentary anthropophagique et forcément polémique.

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The Dark Side of The Porn - The Real Animal Farm (2005) : chronique du film à venir... Une série documentaire qui se polarise sur l'industrie pornographique et en particulier sur le film Animal Farm, un long-métrage porno danois déviant et qui traite de la zoophilie...

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Death2Kuffar (?, 2008) : "Death2Kuffar se transforme alors rapidement en foire aux horreurs quand femmes et enfants (dont les plus jeunes ne paraissent pas avoir 10 ans) sont passés à trépas via le joug du couteau".

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Death File Red (?, 1998) : "Le film montre ostensiblement des dépouilles d'adultes, de femmes, de vieillards et d'enfants sans distinction et dépérir sous un soleil de plomb, inlassablement assaillis par des brachycères qui se délectent de leurs sueurs et de leur chair en putréfaction". 

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Death Scenes 2 (Nick Bougas, 1992) : "Lors de son ultime segment, Death Scenes 2 se centre sur d'interminables opérations chirurgicales, à fortiori des corps utilisés par des étudiants en médecine pour apprendre tous les arcanes de l'ondothologie expérimentale".

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Der Weg Nach Eden (Robert Adrian Pejo, 1995) : "Froid comme l’enfer et tranchant comme le scalpel, Der Weg Nach Eden est une œuvre qui remue l’estomac par son abrupte réalité".

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Des Morts - Of The Dead (Thierry Zeno, 1979) : "Des images surprenantes, choquantes, parfois insoutenables, qui ne sont pourtant que le témoignage le plus authentique de différentes cultures de la mort à travers le monde".

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Ensuring your place in Hell (?, 2000) : "cet OFNI morbide, qui suinte la putréfaction et le macabre par tous les trous de la pellicule, évolue dans une atmosphère à congeler un iceberg et à donner des envies urgentes de suicide aux spectateurs les plus optimistes".

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Executions (David Herman et Arun Kumar, 1995) : "De la condamnation à mort d'un simple criminel sous la guillotine à la solution finale par gazage des nazis dans les camps de concentration en passant par les génocides du Rwanda ou de l'ex-Yougoslavie, les réalisateurs nous présentent sans détour l'horrible panel des atrocités commises par l'homme tout au long du vingtième siècle".

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Faces of Death (John Alan Schwartz, 1978) : Sans doute le film prodrome du genre "death movie", qui s'inspire lui-même de Mondo Cane, soit le long-métrage pionnier du "Mondo".

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Facing Reality (Brian Gibson, 2010) : chronique du film à venir... Mais autant dire qu'il tabasse celui-là ! Désolé de ne pas en révéler davantage...

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German Concentration Camps Factual Survey (Alfred Hitchcock et Sidney Bernstein, 1944/2014) : "Ainsi, German Concentration Camps Factual Survey conglobe et conglomère les images et les lithographies les plus mortifères".

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Inhumanities (Harvey Keith, 1989) : "Inhumanities remplit doctement son office et n'a pas à rougir de la métaphore avec les death movies les plus brutaux de sa catégorie".

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Junk Films (Kiyotaka Tsurisaki, 2006) : "L'image la plus choquante étant certainement celle d'un homme dont le visage a été au trois quart arraché par le pare buffle d'un 4X4".

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The Killing Of America (Leonard Schrader et Sheldon Renan, 1982) : "The Killing of America permet de revisiter la culture américaine sur plusieurs décennies, les années 1960 et 1970 principalement. Il reste sans doute l'un des "Mondo" les plus pertinents et les plus perspicaces autant par ce qu'il montre, autant par ce qu'il dénonce".

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La Mémoire Meurtrie - Memory of the Camps (Alfred Hitchcock et Sidney Bernstein, 1945/1985) : "Ce documentaire oublié rappelle que le devoir et le travail de mémoire ne doivent jamais défaillir... Plus jamais !"

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Mondo Cane (Gualtieri Jacopetti, Max Cavala et Franco Prosperi, 1962) : "Certes, les siècles et les millénaires se sont écoulés depuis l'Âge de Pierre. Pourtant, l'homme reste intrinsèquement relié à ses pulsions primitives à travers des rites ancestraux, cultuels et séculaires. Tel est le message ânonné par Mondo Cane".

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Mondo Magic (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1975) : "Ce shockumentary se polarise sur des coutumes et des traditions ancestrales qui consistent, entre autres, à se baigner et à se sustenter des déjections urinaires et anales d'animaux, l'objectif expiatoire étant d'obtenir et de recevoir la miséricorde des cieux, par ailleurs peu cléments".

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Most Disturbed Person On Planet Earth - The Movie et Most Disturbed Person On Planet Earth 2 (Thomas Extreme, 2013 et 2014) : ""Les ignominies présentées à l'écran sont si nombreuses que leur description en deviendrait fastidieuse, sans intérêt et pour tout dire, sadique".

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Orozco The Embalmer (Kiyotaka Tsurisaki, 2001) : "Orozco The Embalmer est un death movie. C'est-à-dire un film qui présente de véritables morts à l'écran. Que ce soient des cadavres ou des décès en direct, ici pas d'artifices ni d'effets spéciaux. Le death movie, ce n'est pas du cinéma, mais le réel avec son lot de banales atrocités".

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Philosophy Of A Knife (Andrey Iskanov, 2008) : Souvent considéré comme l'un des films les plus brutaux et extrêmes de sa catégorie. Si Philosophy of a Knife ne mérite pas de telles acrimonies, il reste néanmoins un film extrême, underground et irrévocable sur un sujet évidemment polémique.

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Savage Man Savage Beast (Antonio Climatti et Mario Morra, 1975): "Beaucoup plus trash que Mondo Cane et bien moins factice que Faces Of Death, ce métrage italien est doté d'atouts non négligeables et d'une idéologie moins nauséabonde que certains spécimens de son acabit".

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Sorgoï Prakow - My European Dream (Rafaël Cherkaski, 2013) : "Sous ses faux airs de film touristique et de pseudo documentaire, Sorgoï Prakov s'apparente bel et bien à une allégorie sur le processus de déshumanisation".

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The Strange and the Gruesome (Gorgon Videos, 1999) : "The Strange and The Gruesome fait donc figure de "Mondo" iconoclaste et transgresse les syllogismes triviaux et routiniers des "Mondo" habituels".

Terriens

Terriens - Earthlings (Shaun Monson, 2005) : "Earthlings pointe et morigène les effets délétères de la mondialisation. La grande force de ce capitalisme fallacieux repose sur sa capacité à transformer nos pulsions primitives et reptiliennes en produits de consommation courante".

Threads

Threads (Mick Davis, 1984) : "Plus qu'une analyse sociologique sur la fin du monde et d'une nation en particulier, le film psychanalyse un capitalisme qui s'adapte à cette situation de conflagration globale. Pour assainir les populations, les gouvernements instaurent des régimes militaires et totalitaires".

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Torture Made In USA (Marie-Monique Robin, 2010) : "Diffusé sur la chaîne Arte en 2011, ce documentaire est soutenu par plusieurs organisations, dont Amnesty International. Autant le dire tout de suite. Il s'agit d'un documentaire choc, scandale et éminemment polémique, ainsi que politique".

traces of death

Traces of Death (Damon Fox, 1993) : "Si Traces of Death se singularise, c'est par cette appétence pour le bistouri via l'exploration des cavités abdominales, l'équarrissage du corps humain dans la moindre de ses anfractuosités intestinales, et évidemment par cette avidité pour l'exploration du cerveau et de ses diverses circonvolutions neuronales".

true gore

True Gore (M. Dixon Causey, 1987) : "True Gore est le film qui a établi les bases du shockumentary tel que nous le connaissons aujourd'hui. Surpassant par l'agressivité de son visuel bon nombre d'oeuvres soi-disant chocs beaucoup plus récentes, il s'en démarque aussi par le brio d'une réalisation inventive, à défaut d'être géniale".

 

Contracted (Juste quelques irritations intempestives)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2013
Durée : 1h24

Synopsis : Après avoir passé la nuit avec un inconnu, Samantha ressent des troubles inexpliqués. Son corps se décharne, ses ongles s'arrachent... Mais qui est l'homme qui l'a contaminé ? 

 

La critique :

Dans l'univers corseté des zombies, c'est sans doute La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968) qui remporte la palme de l'outrecuidance et qui fait figure d'auguste bréviaire. A l'époque, le film de George A. Romero déchaîne les passions et les acrimonies circonstanciées. Inlassablement semoncé et invectivé, Night of the Living Dead - de son titre originel - devient l'objet de toutes les fantasmagories, surtout pour une censure sévèrement courroucée. A l'origine, ce long-métrage indépendant n'est pas destiné à s'arroger la couronne voluptuaire de film culte, voire de classique incontournable et sérénissime. Et pour cause... Puisque La Nuit des Morts-Vivants écope, de prime abord, de l'ultime réprobation, soit d'une interdiction aux moins de 18 ans.
Le film se pare d'une introspection allégorique sur les chamboulements sociologiques et sociétaux que traverse l'Amérique vers la fin des années 1960.

Chez la communauté afro-américaine, l'irascibilité gronde et réclame des droits civiques à équité des citoyens blancs et lambda. Les mouvements frénétiques des zombies, la chasse régentée par des tireurs patentés réactivent, entre autres, les réminiscences douloureuses et guerroyeuses de la Guerre du Vietnam. Et c'est ce qu'a parfaitement cerné un George Romero atrabilaire et en dissidence contre son propre pays. Ainsi, le cinéaste et producteur devient le nouveau chantre de l'horreur, et La Nuit des Morts-Vivants s'octroie les ferveurs du public extatique lors de sa diffusion en salles lors des séances de minuit. Le film est même promu parmi les Midnight Movies et assoit durablement son hégémonie.
En l'occurrence, George A. Romero fera de cette métaphore politique et idéologique son principal leitmotiv, un syllogisme qu'il rééditera et poursuivra avec opiniâtreté à travers Zombie (1978), Le Jour des Morts-Vivants (1985), Le Territoire des Morts (2005), Chronique des Morts-Vivants (2008) et Le Vestige des Morts-Vivants (2009).

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Pourtant, vers le milieu des années 1980, le public commence sérieusement à se lasser des toutes ces ellipses sociologiques et préfèrent opter pour le gore et la goguenardise. Ainsi, Le Jour des Morts-Vivants est supplanté par la sortie, en concomitance, de Le Retour des Morts-Vivants (Dan O'Bannon, 1985). Cette fois-ci, l'horreur version putrescente oblique vers le sarcasme et le déchaînement de barbaque et de tripailles. Aujourd'hui, on ne compte même plus les séries B et les séries Z désargentées qui amalgament, avec peu ou prou de sagacité et d'ingéniosité, les didactismes conjugués de Night of the Living Dead et de Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004).
Dans tous les cas, ces productions oscillent toujours vers la même rhétorique funeste. Un groupe d'individus doit se colleter et étriller une véritable armada de zombies décrépits, qui plus est, dans une société amorphe et condamnée à se paupériser sous la menace de temps eschatologiques.

Corrélativement, d'autres bisseries tentent de se démarquer et optent pour une inoculation corporelle et individuelle. Les thuriféraires de zombies carnassiers n'omettront pas de stipuler Moi, Zombie : chronique de la douleur (Andrew Parkinson, 1998), une série B notoire qui se polarisait sur le cas d'un homme qui, après avoir été mordu par un macchabée, se transmute subrepticement en mort-vivant anthropophage. Indubitablement, le long-métrage indépendant d'Andrew Parkinson a durablement estourbi les persistances rétiniennes en son temps.
Un théorème que tente de rééditer Contracted, réalisé par la diligence d'Eric England en 2013. Nanti à la fois des oripeaux de cinéaste, de producteur et de scénariste, Eric England a essentiellement sévi dans le registre horrifique. 

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On lui doit notamment des oeuvres telles que Madison County (2011), Chilling Visions : 5 senses of fear (2013), Get The Girl (2017) et dernièrement Josie (2018). A ce jour, Contracted reste donc sa réalisation la plus proverbiale qui a, par ailleurs, écumé les séjours dans divers festivals. C'est dans ce contexte que cette série B gore et adventice s'est forgée une certaine probité, se soldant par un petit succès commercial. Il faut croire que le film a suffisamment remporté de satisfécits, de plébiscites et de prébendes pour engendrer une suite, Contracted : Phase 2 (Josh Forbes, 2015), en attendant un troisième chapitre (Contracted : phase 3), pour le moment putatif.
Sur la Toile et les réseaux sociaux, les avis sont en revanche beaucoup plus pondérés. Si certains adulateurs applaudissent le nouvel effort d'Eric England, d'autres contempteurs admonestent un long-métrage trivial et putassier qui ne débouche sur aucun étayage, ni aucune réflexion.

Reste à savoir si Contracted premier du nom justifie ou non son visionnage. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de premier épisode se compose de Najarra Townsend, Caroline Williams, Alice Macdonald, Kathie Stegeman, Matt Mercer et Charley Koontz. Attention, SPOILERS ! (1) Samantha vit une période trouble. Un travail à peine alimentaire dans un resto, un retour sous le toit familial plus contraint que volontaire et un coming-out tardif que ses proches lui reprochent toujours. Pour s’assurer qu’elle n’a pas emprunté une impasse, Sam, au terme d’une soirée bien arrosée, se permet une partie de jambes en l’air avec un représentant du sexe opposé sur la banquette arrière d’une voiture. 
L’inconnu, bas exécuteur d’un soir, oublie les civilités et néglige de refiler à la jeune lesbienne son numéro de portable.

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En revanche, gentleman accompli, il s’est bien assuré de lui transmettre ses affections génitales. Désespérée, seule, Samantha constate dès le lendemain le dérèglement de son anatomie quand, en lieu et place des traditionnelles coulées menstruelles, jaillit un abondant jet de raisiné accompagné de quelques petits morceaux de chair... (1) Certes, à l'aune de cette exégèse élusive, Contracted pourrait s'assimiler à une nouvelle allégorie préventive sur les effets nocifs et délétères des MST, ce qui est loin d'être une première dans le cinéma horrifique.
Pour souvenance, le cinéma d'épouvante avait déjà réactivé cette peur moderne et contemporaine dans des registres divergents, notamment dans The Thing (John Carpenter, 1982) et La Mouche (David Cronenberg, 1986).

Si, en apparence, Contracted ne partage aucune accointance avec ces classiques horrifiques et somptuaires, il est bien question d'une transformation, et presque d'un cas de métempsychose qui voit une belle jeune femme, Samantha, se muer en une morte-vivante anthropophage. La sénescence débute par quelques irritations intempestives, mais dérive prestement vers un véritable décharnement corporel. On en revient toujours à cette corrélation immanente avec Moi, Zombie : chronique de la douleur. Hélas, la métaphore s'arrête bien là...
Vous l'avez donc compris. Contracted, en dépit de son théorème scénaristique, n'a strictement rien inventé et vient donc à la fois quémander du côté du film d'Andrew Parkinson et chez David Cronenberg ; avec cependant beaucoup moins de finauderie et de perspicacité.

Certes, le métrage horrifique et indépendant d'Eric England se veut beaucoup plus profond que son ellipse ostensible sur les ravages du Sida ou d'une quelconque forme de MST. Il est aussi question ici du délitement de l'individu dans une société consumériste, eudémoniste et aphone, dans laquelle la communication s'effrite pour s'amorcer vers un festival d'incompréhension, de silence, d'anomie, puis de cannibalisme ad nauseamCertes, Eric England transparaît comme un honnête artisan du cinéma bis. De facto, Contracted doit s'appréhender comme un long-métrage subalterne, qui peut néanmoins s'appuyer sur l'interprétation vétilleuse de sa vedette primordiale, la jolie Najarra Townsend.
Mais pour le reste, Contracted ne restera pas dans les annales et flagornera encore moins les adulateurs invétérés du cinéma gore. Ces derniers subodoreront sans sourciller les références et les habiles matoiseries du film, toutefois plutôt probe et recommandable.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://cinemafantastique.net/Contracted.html

15 juin 2019

La Marque du Tueur (Papillon de riz)

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Genre : Drame, policier, thriller, expérimental (interdit aux - 12 ans)

Année : 1967

Durée : 1h31

 

Synopsis :

Le tueur numéro 3 devient la cible de ses commanditaires après avoir raté un contrat. Alors qu’il se défait sans mal des hordes d’assassins envoyés à sa suite, il trouve le réconfort auprès de ses maîtresses. Mais le défi ultime s’annonce quand le mystérieux tueur numéro 1, dont personne de vivant n’a jamais vu le visage, se met également à ses trousses.

 

La critique :

Décidément, il s'en passe des choses sur Cinéma Choc ! Alors qu'Alice In Oliver nous gratifie, avec toute son érudition habituelle, d'un titanesque cycle consacré aux shockumentaries et death movies, je m'en tiens à mon objectif, et par extension à mon irréfragable envie, de vous faire profiter de l'excellence de la Nouvelle Vague japonaise. Courant malheureusement trop peu connu chez nous, et même beaucoup trop sous-estimé, il est pourtant un brillant témoignage d'un héritage cinématographique nippon indiscutable de par sa profondeur et son exigence qui n'est plus à démontrer. Mais pas que, puisqu'il s'imbrique à une époque trouble, témoignant des profondes mutations d'un Japon entrant dans une nouvelle ère. L'heure est à la lutte sociale et à l'émergence du capitalisme.
En parallèle, la télévision bouleverse l'hégémonie du Septième Art qui, pour survivre, décide de balayer le classicisme d'alors pour promouvoir de nouveaux cinéastes novateurs qui contribueront à changer radicalement les règles cinématographiques. Toujours le même leitmotiv que je présente quasi systématiquement depuis Les Funérailles des Roses qui marqua mon entrée dans ce fantastique courant. Depuis août 2017, je m'évertuais à vous présenter le plus professionnellement, et à intervalles réguliers, les emblématiques cinéastes et leurs oeuvres de pointe pouvant avoir droit à une place dans nos colonnes. 

Il y a un petit temps de ça, je vous parlais d'un nouveau cinéaste abordé, en la personne de Seijun Suzuki avec Histoire d'une Prostituée. Cette oeuvre tout à fait singulière et osée bouleversait les codes établis. Et pour cause, Suzuki fut assimilé à l'enfant difficile de la Nikkatsu avec qui il entretenait des relations plutôt bouillonnantes. La raison tenait de l'embarrassement du studio pointé du doigt pour ses productions déviantes, à un point que la mauvaise publicité en venait à contrebalancer les entrées financières. Des entrées considérées comme trop rachitiques pour les films de Suzuki. C'est en 1967 que le divorce éclata promptement et sans sommation.
La Marque du Tueur est le film de trop, celui qui brisera nette la carrière du cinéaste. Accusé d'être incompréhensible, honteux, amoral, invendable, le nouveau métrage de son auteur suscite d'âpres polémiques. Dans le même temps, Suzuki recevait le soutien d'étudiants, de critiques et de réalisateurs (Nagisa Oshima entre autres). Les protestations iront jusqu'à prendre forme dans la rue lors d'une manifestation aux portes du studio. Rien n'y changera et il sera condamné pour subsister à tourner des publicités, vu que les cinq grands studios refusent de l'employer. Vous aurez compris que La Marque du Tueur s'immisça avec le temps comme la pellicule maudite, la plus célèbre, la plus représentative même de la folie créative de son géniteur, allant jusqu'à atteindre la consécration inespérée de film culte. Un film, donc, qui ne pouvait échapper à notre oeil avisé !

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ATTENTION SPOILERS : Le tueur numéro 3 devient la cible de ses commanditaires après avoir raté un contrat. Alors qu’il se défait sans mal des hordes d’assassins envoyés à sa suite, il trouve le réconfort auprès de ses maîtresses. Mais le défi ultime s’annonce quand le mystérieux tueur numéro 1, dont personne de vivant n’a jamais vu le visage, se met également à ses trousses.

Pour la petite info, La Marque du Tueur était un film que j'avais depuis longtemps dans mon collimateur et qui était censé ouvrir la danse pour aborder l'oeuvre de Suzuki sur le blog. Problème de taille : son inaccessibilité en téléchargement gratuit ralentit mes ardeurs. Fort heureusement, le film était disponible sur Amazon, moyennant une modique somme d'une quinzaine d'euros. Le plan était de profiter de mon chèque cadeau d'anniversaire pour l'acheter mais c'est en me rappelant que Piratebay existait que je pus l'acquérir gratuitement, mais en VOSTA. Ce qui m'a fait tirer un peu la gueule, en dépit de connaissances correctes de la langue de Shakespeare, car aucun sous-titre français n'était dispo sur Internet. Mais croyez bien que ce n'est qu'une question de semaines avant que je ne l'obtienne en support physique tant la fascination s'offrit à moi durant toute cette trop courte séance de 91 minutes.
Voilà, comme ça, c'est dit et vous avez une idée de la note finale ! Il est des films ainsi dégageant une odeur caractéristique qui fait que vous sentez que vous allez adorer la séance. Et quand, en plus, vous conjuguez des photos dont l'esthétique est à tomber par terre, alors le métrage se transforme en une quête que vous devez obtenir à tout prix. Mais cette pulsion cinéphile est à double tranchant car soit l'extase des sens sera de la partie ou soit la déception d'en avoir trop attendu sera au rendez-vous. Pas de demi-mesure possible ! Cependant, croyez bien que la réputation du film en tant que création surréaliste n'est pas sans fondements. Et pourtant, tout démarre d'un contexte, je dirais, rudimentaire. 

Goro Hanada est le numéro 3 dans la hiérarchie des malfaiteurs japonais à qui l'on confie des contrats, en l'occurrence des assassinats. Il a aussi une maîtresse avec qui il entretient des rapports houleux mâtinés de sexe et de mauvais traitements. Hanada est un gangster dans toute sa plus pure essence, une véritable machine à tuer régie uniquement par les pulsions animales. Au cours de l'histoire, une étrange femme du nom de Misako Nakajo va lui demander d'assassiner un homme. Au moment de l'instant fatidique, un papillon se pose devant la lunette de son fusil de précision. Il abat une innocente dans la rue, rate son contrat et est désormais poursuivi par ses commanditaires. A priori, tout porterait à croire que La Marque du Tueur ne repose que sur la simplicité et une certaine forme de banalité. Pourtant, c'est au-delà du simple film de gangster que nous évoluons, bien bien loin des contrées traditionnalistes avec ses règles prédéfinies que Suzuki fait voler en éclats.
Ce n'est pas par hasard que la constatation se fait puisqu'il a écrit lui-même le scénario avec quelques amis. Pour la première fois, il peut travailler sur un scénario dont il est le seul maître et avec lui les moyens importants de la Nikkatsu qui, politique du studio oblige, lui fournissait des libertés indispensables à la finalisation de son projet. Dans ces conditions, il peut laisser libre court à son imagination débordante d'artiste au sens propre comme au sens figuré pour accoucher d'un bijou de noirceur dépeignant un monde criminel particulièrement dérangeant où aucune cohabitation avec le monde extérieur ne se fait. 

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Dans le film, le syndicat du crime est représenté comme un microcosme évoluant en vase clos. Ces malfrats ayant développé une obsession pour le meurtre vivent entre eux, partageant les mêmes codes tribaux dans une organisation existentielle qui n'est basée sur rien d'autre que la mort. Ils ne peuvent se laisser aller à l'amour, avoir des amis ou s'éprendre d'une passion (comme le cinéma par exemple). Ils ne peuvent compter sur personne d'autre qu'eux-mêmes car le danger est partout. En dehors de leurs missions, leur vie est vide de sens, ne se résumant qu'aux besoins les plus élémentaires (manger, boire, faire ses besoins). Ils ont réussi l'exploit de s'extirper de la condition de l'homme moderne vouant un culte à l'hédonisme, aux plaisirs de la vie de tous les jours.
Ces assassins sont devenus de vulgaires machines aliénées où seuls le sexe et le meurtre les font vibrer dans une société dont ils ont fait abstraction. La sociopathie est, dès lors, une condition sine qua non dans un milieu qui, paradoxalement, est soumis à la doxa du monde moderne glorifiant un culte de la réussite. Une réussite à tout prix même si elle implique d'écraser l'autre. 

Quand on connaît les conditions de travail au Japon, on ne s'en étonne que peu. Les changements socio-économiques transparaissent clairement dans le film. L'heure est à la performance, l'efficacité. Il faut être le premier pour jouir du respect et des félicitations des éminences criminelles. Une moralité qui vaudra à Suzuki des accusations d'anarchiste vu qu'il accuse un fonctionnement régalien voué à l'échec touchant à toutes les strates sociales. Mais pour lui, ce stakhanovisme moderniste n'est qu'une chimère car il implique nécessairement de se désolidariser de ses valeurs d'empathie pour grimper au sommet, participer à une compétition dont l'important est de gagner par tous les moyens possibles face à une concurrence acharnée. Le rêve de Hanada après le coup fatal sera de supplanter le numéro 1.
Un geste qui s'accomplira dans le plus grand des chaos. Dénonçant l'excellence en ne la traduisant que comme une vision éphémère des choses, il ne fait aucun doute que La Marque du Tueur dut choquer à son époque car il attentait directement à la vision du travail fort peu orthodoxe d'un Japon désormais connu pour son manque d'épanouissement évident des salariés dans le monde du travail. 

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Mais toute cette géniale analyse n'est que la première partie d'une expérience inattendue qui font que La Marque du Tueur peut être décemment vu comme une oeuvre inégalable en son genre et dont il n'existe aucun équivalent cinématographique. Ceci provient du style "suzukien" d'un cinéaste repoussant son style au-delà des frontières du jusqu'au boutisme. Il détourne et retourne les codes du genre en les triturant, propulsant La Marque du Tueur à des années-lumière du traditionalisme du cinéma de gangster. Il en résulte une réinvention complète du film de gangster où l'expérimentation est le centre névralgique d'un film on ne peut plus formaliste.
Le retour au noir et blanc apporte déjà beaucoup au scénario en accentuant cette atmosphère inquiétante, surréaliste, parfois frôlant même le fantastique. L'exemple des murs de la maison de Misako recouverts de papillon est un exemple sautant aux yeux. Il en résulte un choix absolument renversant de qualité où le minimalisme et le choix des décors subliment une esthétique à nous faire tomber par terre. Je pense que l'abondance d'images dans cette chronique vous donne une idée de ce que j'ai pensé de la qualité d'image. Mais attention ! L'histoire ne s'arrête pas là, bien loin de là même puisque Suzuki s'amuse d'expérimentations visuelles et de mise en scène jusqu'à la saturation.

Pour faire court, La Marque du Tueur est un tableau retranscrivant toutes les envies intrinsèques d'un auteur pouvant enfin se lâcher et exposer à la vue de tous son propre style. Effets de reflet, perspectives retravaillées, découpage serré, incrustations d'images dans le cadre, gros plans absurdes, objets proéminents filmés avec une importance surpassant les personnages dans certaines scènes. Avec le temps, à mesure que Hanada développe une obsession morbide envers Misako, le temps se distord, les effets s'accentuent et la tournure des événements devient paranoïaque, à l'image du cerveau embrumé de Hanada. On pourra noter deux superbes effets de style qui concernent à filmer à travers le trou de la serrure et à travers la lunette du fusil (voir images au-dessus).
Les lieux sont austères, se résumant à des bâtiments abandonnés, des appartements avec peu de détails. La froideur est persistante, glaciale à l'image d'une morale très sombre véhiculée. Et je n'ai cité qu'une petite partie de ce que l'on peut trouver. Pour la bande son, elle se gratifie d'une irréprochable qualité, apportant de la consistance à l'atmosphère générale. Pour les acteurs, on s'enorgueillira d'un jeu tout à fait impeccable. Jo Shishido est admirable dans la peau de ce gangster, de même que Anne Mari interprétant à merveille la mystérieuse Nasako Mikajo. On citera Koji Nanbara, Isao Tamagawa et Mariko Ogawa parmi les principaux. 

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Il y aurait encore certainement beaucoup de choses à dire sur La Marque du Tueur tant il est fascinant, percutant. Plus de cinquante ans après sa sortie, cette oeuvre émérite n'a rien perdu de sa puissance de frappe. Nanti d'un second niveau de lecture narrant un univers sordide ne reposant que sur de la vacuité existentielle, il attaque un ésotérisme entraînant un ravage continu dans son sillage. Pire encore, les acteurs du terrain sont conscients de leur condition, donnant libre cours à une maïeutique pervertie par un effroyable désintérêt envers leur destinée susceptible de disparaître en une seule balle bien placée tirée vers eux. Suzuki, et c'est un euphémisme, a sur ce coup fait fort en créant un véritable petit bijou dans lequel il a déversé toute sa passion pour accoucher d'un résultat confirmant la splendeur de la Nouvelle Vague japonaise. Un conglomérat d'innovations et d'expérimentations condensés en 91 minutes qui se doit d'être découvert grâce à sa singularité moderniste.
Autant être clair, bref et direct, La Marque du Tueur n'est ni plus ni moins qu'un film indispensable pour tout cinéphile qui se respecte. Encore trop méconnu chez nous, sa filmographie mérite de s'y intéresser urgemment sous peine de passer à côté d'un talent confirmé ayant sombré bien malgré lui en déshérence à cause de sa volonté de bousculer l'ordre établi. 

 

Note : 17,5/20

 

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14 juin 2019

Saga Alien (Critique et analyse de la saga en vidéo par Dirty Tommy)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose une critique et une analyse de la saga Alien en vidéo par les soins et la diligence de Dirty Tommy (Source : https://www.youtube.com/watch?v=S8qPY1Bg690)

Yéti - Le Géant D'Un Autre Monde (Sasquatch, Bigfoot ou l'abominable homme des neiges ?)

yeit le géant d'un autre monde

Genre : fantastique
Année : 1977
Durée : 1h33

Synopsis : Une équipe découvre dans les glaces du Groenland, le corps d'un Yéti congelé. Morgan Hunnicut, un industriel, persuade son ami le Professeur Waterman de diriger l'opération « Décongélation du Yéti ». Mais, une fois décongelée, la créature parvient à s'échapper, et elle n'est pas très commode... 

 

La critique :

Ce n'est un secret pour personne. Dans les années 1930, la sortie de King Kong (Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, 1933) marque une rupture fatidique et rédhibitoire dans l'histoire du Septième Art en général. Pour la première fois dans l'histoire du cinéma fantastique en particulier, Willis O'Brien, le concepteur érudit de la créature et le génial démiurge de la technique de la stop motion (image par image), donne vie à l'un des plus prodigieux colosses, une sorte de gorille de taille cyclopéenne qui s'énamoure d'une aventurière bien humaine.
Pourtant, sur la forme comme sur le fond, King Kong premier du nom n'est, in fine, qu'un avatar de Le Monde Perdu (Harry O'Hoyt, 1925), un autre long-métrage fantastique qui signe le grand retour des dinosaures à la surface de notre planète, et par ailleurs perclus sur une île oubliée, parfois au centre de la Terre, voire à la lisière de nos pôles (nord ou sud selon les velléités).

Paradoxalement, c'est bien King Kong qui va remporter le précieux pactole et s'arroger la couronne de film culte et de classique sérénissime. La trame narrative obéit toujours à la même allégeance et envoie un groupe d'expéditeurs, aussi chevronnés que téméraires, se colleter avec des créatures issues de l'ère paléontologique. Dans cette litanie de dinosaures dolichocéphales, c'est le tyrannosaure, aussi titanesque que carnassier, qui s'octroie à la fois les ferveurs et les cris d'orfraie d'un public médusé. Seul King Kong était donc en mesure de contrarier l'omnipotence du théropode autocratique. Ainsi, le monstre aux allures anthropomorphes et doté d'une âme humaine va engendrer de nombreux épigones, la plupart du temps des séries B adventices et fauchées comme les blés. 
Qu'ils se nomment Godzilla (Ishiro Honda, 1954), Rodan (Ishiro Honda, 1956), Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993), Cloverfield (Matt Reeves, 2008), ou encore Jack le tueur de géants (Nathan Juran, 1962), toutes ces pellicules ne sont, in fine, que des palimpsestes, plus ou moins indigestes, de Le Monde Perdu et de King Kong.

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En raison de son succès pharaonique au box-office, King Kong sera maintes fois exhumé de ses sépulcres, que ce soit par l'entremise d'un nouvel épisode opportuniste (Le Fils de Kong, Ernest B. Schoedsack, 1933), d'un remake éponyme (King Kong, John Guillermin, 1976), d'une suite amphigourique (King Kong 2, John Guillermin, 1986), d'une version opulente et somptuaire (King Kong, Peter Jackson, 2005), le nanar décérébré (Konga, John Lemont, 1961), deux homologues asiatiques (King Kong contre Godzilla et La Revanche de King Kong), puis récemment, un dernier succédané en date (Kong Skull Island, Jordan Vogt-Roberts, 2017). 
En l'occurrence, le monstre gargantuesque n'éludera pas l'écueil de la série Z et du nanar échevelé. Le Colosse de Hong-Kong (Ho Meng-hua, 1977), The Mighty Gorga (David L. Hewitt, 1969), ou encor Itoka le monstre des galaxies (Kazui Nihonmatsu, 1969) sont autant d'inepties funambulesques sur pellicule.

Vient également s'agréger Le Yéti, le géant d'un autre monstre, réalisé par la "diligence" (vraiment un terme à guillemeter et à minorer...) de Gianfranco Parolini en 1977. Pour la faribole superfétatoire, le metteur en scène transalpin sévit ici sous le pseudonyme de Frank Palmer ; une façon comme une autre d'expatrier cette "bisserie" au-delà de ses terres ritales, et plus particulièrement chez l'Oncle Sam. A la fois comédien, producteur, scénariste et évidemment réalisateur, Gianfranco Parolini est un pur produit (si j'ose dire...) de la série B impécunieuse. 
Les thuriféraires du metteur en scène (mais enfin, qui sont-ils ?) n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Samson contre Hercule (1961), Hercule se déchaîne (1962), Ursus l'invincible (1964), ou encore Les trois fantastiques supermen (1967).

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Dès lors, inutile de préciser que le cinéaste ne possède pas une carte de visite particulièrement voluptuaire. En l'occurrence, Yéti, le géant d'un autre monde rencontrera les ferveurs du site Nanarland via une chronique avisée et sarcastique (Source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-yeti-yeti-le-geant-dun-autre-monde.html). Reste à savoir si ce nanar subalterne mérite de tels épigrammes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Donal O'Brien, Mimmo Crao, Antonella Interlenghi, Tony Kendall et John Stacy. 
Attention, SPOILERS ! Une équipe de scientifiques découvre, dans les glaces du Groenland, le corps d'un Yéti congelé.

Morgan Hunnicut, un industriel, persuade son ami, le Professeur Waterman, de diriger l'opération « Décongélation du Yéti ». Mais, une fois décongelée, la créature parvient à s'échapper, et elle n'est pas très commode... Tout du moins en apparence... Car en réalité, ce yéti serait doué d'empathie, de bienveillance et même d'une once d'humanité. Certes, plus de quatre décennies séparent le King Kong de Merian C. Cooper et Yéti, le géant d'un autre monde de Gianfranco Parolini. Pourtant, c'est bien le classique soyeux de 1933 qui remporte l'assaut final sans émettre le moindre balbutiement.
En des temps immémoriaux, le cinéma fantastique ressuscitait l'ère oryctologique via la technique de la stop motion et proposait un formidable bestiaire via une floraison de stégosaures et de diplodocus à l'appétit pantagruélique. 

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Faute de budget, Yéti, le géant d'un autre monde n'aura que pour modeste offrande une sorte d'homo sapiens gigantesque qui grogne, gémit et glapit à la moindre incartade. Les présentations liminaires sont presque interminables et s'ingénient à déceler la véritable identité de ce nouvel homme des cavernes. La question est, entre autres, de savoir si nos joyeux scientifiques doivent aussculter un sasquatch, un Bigfoot ou l'abominable homme des neiges... Une question passionnante (sic...) qui se conclura par ailleurs sur un camouflet théorétique.
A fortiori, le sasquatch... L'abominable homme des neiges... Le yéti (?) serait un lointain ancêtre de l'être humain et dissimulerait les arcanes les plus incommensurables de notre existence sur notre vaste planète. Vous avez bâillé durant ces anagogies fastidieuses ?

Rassurez-vous, c'est normal ! Bienvenue dans Yéti, le géant d'un autre monde ! Non, cette production aventureuse n'est pas ce nanar abominable, ni cette pellicule aussi fantasque qu'il prétend être. En l'occurrence, le long-métrage de Gianfranco Parolini côtoie dangereusement les affres de la désuétude et du "naveton" avarié. Sans les apparitions fantaisistes de son abominable homme des neiges, le film ne serait pas ce nanar épouvantable, mais une sorte de série B obsolescente. Rien que pour le faciès hagard de son homme de Cro-Magnon, et surtout pour cette dichotomie, hélas ostensible, entre le monstre lui-même et les protagonistes en déveine qui l'entourent ; Yéti, le géant d'un autre monde justifie son visionnage, à condition bien sûr d'être un thuriféraire patenté de nanars joliment désuets ! Rarement, d'un point de vue technique et des effets spéciaux, d'une rare hideur, un métrage n'aura fait preuve d'une telle incompétence. 

Ignominieux, les effets de dilatation et d'élargissement illustrent surtout l'impéritie de Gianfranco Parolini à filmer convenablement un monstre conçu à partir d'un vrai acteur humain. Manifestement, le metteur en scène a toutes les peines du monde à faire émerger son monstre dans une foule éruptive et bientôt molestée par le colosse lui-même. La suite, vous la connaissez... Même sans avoir vu le film... Si le métrage élude l'écueil de la conclusion pleurnicharde, la créature ira se tapir quelque part dans la grotte du coin, inlassablement stigmatisée et ostracisée par la populace humaine.
Toujours la même antienne... De facto, Yéti, le géant d'un autre monde apparaît comme un émule désargenté de King Kong, puisqu'il reprend le même didactisme narratif ; à la seule dissimilitude que les inimitiés ne se déroulent pas dans une forêt tropicale, mais sur des terres gelées et sous les fracas houleux d'un vent furibond et tempétueux. Là aussi, le gorille... pardon... Le yéti s'entiche et s'acoquine d'une adulescente, aussi insignifiante que transparente. 
En sus, Gianfranco Parolini ne nous refuse aucune excentricité et nous affuble d'un jeune mouflet aphone qui retrouvera subrepticement son acuité vocale devant la stature robuste et drue du monstre à l'étonnante chevelure. Tout un programme ! Toujours faute de budget, Yéti, le géant d'un autre monde ne propose aucun (je ne dis bien "aucun") combat colossal entre son yéti amorphe et autre une bête féroce et acariâtre. 
Vous l'avez donc compris. A l'aune de ce nanar décrépit, c'est surtout l'ennui abyssal qui guette cette production infortunée, derechef à la lisière du navet.

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver

13 juin 2019

Arquivos Da Morte Black ("Noir, c'est noir. Il n'y a plus d'espoir")

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Genre : Shockumentary, death movie, "Mondo", horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans/interdit aux - 21 ans dans certains pays)

Année : 2007

Durée : 59 minutes

 

Synopsis :

Après avoir chroniqué Arquivos Da Morte Corpos, Cinéma Choc vous propose un nouveau segment, cette fois-ci intitulé Arquivos Da Morte Black. La mort, le trash, l'âpreté et le barbarisme sont ici repoussés jusqu'au bout de leur primitivisme pour arborer un programme putride et nimbé par toute une litanie de cadavres... Ou lorsque l'horreur a rendez-vous avec la putréfaction...

La critique :

Vous l'avez sans doute subodoré : la déviance, l'extrême, le gore, l'expérimental et l'underground sont en pleine effervescence depuis plusieurs semaines, voire depuis quelques mois sur Cinéma Choc. En l'occurrence, le blog s'est allègrement polarisé sur le "Mondo", le death movie et le shockumentary. Récemment encore, le site prodiguait comme offrandes impudentes des titres tels que The Act of Seeing With One's Own Eyes (Stan Brakhage, 1971), Death Faces - Dying Last Seconds Of Life (Steve White, 1988), Traces of Death 4 - Resurrected (Damon Fox, 1996), Africa Ama (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1971), Mondo Magic (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1975), ou encore Faces of Snuff (Shane Ryan, 2016) parmi les shockumentaries les plus véhéments et outrecuidants.
Hélas, les plus vils contempteurs de Cinéma Choc seront derechef furibonds puisque le cycle consacré aux "Mondo" et aux death movies adventices se poursuit, inexorablement...

Que soit. Pour ceux et celles qui suivent quotidiennement l'actualité du blog, ils connaissent désormais la genèse du "Mondo" et du death movie. Pour le "Mondo", c'est le bien nommé Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962) qui acte et officialise la naissance de ce pur produit du cinéma horrifique et d'exploitation. La trame narrative obéit toujours, peu ou prou, à la même ritournelle et consiste à scruter et à discerner les us et les coutumes de peuplades oecuméniques à travers le monde. Tantôt virulentes, tantôt pittoresques, tantôt iconoclastes, les saynètes s'enchevêtrent pour former une sorte de salmigondis filmique et de périple transgressif.
Bien des années plus tard, John Alan Schwartz réitérera le même syllogisme régressif et dénotatif via Faces of Death, soit Face à la Mort (1978).

Le death movie est né et le "documenteur" vérité (un oxymore...) de John Alan Schwartz va évidemment inspirer et engendrer de nombreux épigones. Qu'ils se nomment Faces of Gore (Todd Tjersland, 1999), German Concentration Camps Factual Survey (Sidney Bernstein et Alfred Hitchcock, 2004), War Atrocities - The Horrors Of War (Geof Bartz, 1983), True Gore (M. Dixon Causey, 1987), ou encore Orozco The Embalmer (Kiyotaka Tsurisaki, 2001), tous ces death movies prennent pour prétexte la dame faucheuse afin de mettre en exergue la déréliction, la scopophilie et la paupérisation d'une société hédoniste et agonisante.
En vérité, ce registre cinématographique se nourrit et se sustente lui-même de ce même eudémonisme pour afficher arrogamment un spectacle résolument âpre et outrancier.

Tel est le principal leitmotiv du death movie. Cette obédience est également l'antienne mortuaire de la série des Arquivos Da MortePour souvenance, l'auteur Taratata, dans son omniscience teintée de panégyrisme, avait déjà chroniqué Arquivos Da Morte Corpos (1999, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/05/11/37258846.html#c75921477) dans les colonnes de Cinéma Choc et décrivait un death movie d'une rare fulgurance, dans lequel s'empilaient de véritables floraisons de cadavres décharnés, disséqués, atrophiés, putréfiés et anatomisés. Rappelons que cette expérience cinéphilique et singulière dénotait par l'absence de tout réalisateur derrière la caméra... Tout du moins, ce dernier restait curieusement anonyme ; ce qui opacifiait cette sensation d'étrangeté et surtout de documentaire "vérité".

En l'occurrence, Arquivos Da Morte Black, sorti en 2007, ne déroge pas à la règle. Quel cinéaste, ou plutôt quel trublion, se tapit derrière cette production mystérieuse ? Encore une fois, ce sont le mutisme et la circonspection qui font office de piètres réponses. Seule certitude, la série des Arquivos Da Morte est issue du circuit asiatique et underground, et n'est pas sans rappeler la franchise consacrée à Death File, une saga qui, elle aussi, se focalisait sur toute une litanie d'anecdotes morbides et de macchabées atrophiés. Pour la faribole superfétatoire, tous les segments stipulés et frappés par le sceau "d'Arquivos da Morte" sont interdits aux moins de 18 ans dans nos contrées occidentales, mais il semblerait que certaines de ces productions aient même écopé d'une interdiction aux moins de 21 ans !
Rien que ça ! En outre, Arquivos Da Morte Black a même été banni, honni et voué aux gémonies dans plus d'une quarantaine de pays.

Telle est, par ailleurs, la mention mortifère et scandée par l'oriflamme de cet objet filmique non identifié (OFNI). Mais ne nous égarons pas et revenons à ce qui nous intéresse, soit à l'exégèse d'Arquivos Da Morte Black. Attention, SPOILERS ! Après avoir chroniqué Arquivos Da Morte CorposCinéma Choc vous propose un nouveau segment, cette fois-ci intitulé Arquivos Da Morte Black. La mort, le trash, l'âpreté et le barbarisme sont ici repoussés à leur paroxysme pour arborer un programme putride et nimbé par toute une litanie de cadavres... Ou lorsque l'horreur a rendez-vous avec la putréfaction... Sinon, c'est tout ? Non, cette fois-ci, ce n'est pas tout... 
En tout cas, pas seulement... Dès le préambule, le narrateur annonce solennellement les animosités. Toutes les saynètes présentées ne sont ni truquées, ni falsifiées, ni galvaudées ; mais à contrario la triste réverbération de la réalité...

En l'occurrence, Arquivos Da Morte Black se fractionne en plusieurs sections bien distinctes. Ici, la mort, sous ses aspects les plus méphitiques, transparaît à travers des assassinats, des suicides, des enfants estropiés, voire des nourrissons victimes de malformations et d'excroissances et, in fine, des accidents routiers d'une rare brutalité. Les supplices animaliers viennent aussi agrémenter les tristes réjouissances. Pour ceux qui abhorrent et exècrent les forfaitures et les tortures pratiqués sur la faune, merci de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates ! Dans ce registre outrancier, Arquivos Da Morte Black regorge de toute une myriade d'anecdotes putassières, notamment lorsque des individus affamés procèdent à l'équarrissage de chiroptères pour mieux les tortorer à postériori. Ensuite, ce sont des enfants, à l'appétit insatiable, qui se sustentent et se délectent de la chair de modestes rapiats. 

Si sur notre continent occidental, le rat est intrinsèquement larvé à l'inoculation de la peste ; dans les contrées orientales, il fait figure à contrario de met sapide. Le paragraphe consacré aux accidents de la route est probablement le plus impressionnant et sans doute le plus malaisant, surtout lorsque la police intervient pour sortir le cadavre écrabouillé d'un individu totalement méconnaissable après avoir accidentellement atterri sous la roue plantureuse d'un camion. L'inhumation du corps se déroulera sous les cris d'orfraie et les sanglots stridulants. En l'état, difficile d'en dire davantage...
En concomitance, Arquivos Da Morte Black se pare d'une introspection élusive sur notre archaïsme primitif. Ramenés et avilis à leur état sauvage, les hommes se comportent comme de véritables animaux hégémoniques, surtout lorsqu'ils dominent éhontément les firmaments de la chaîne alimentaire. Ils tueront et massacreront des animaux, ils extermineront et étrilleront la faune et la flore pour dépeupler notre planète, ils commettront des déprédations, des viols, des crimes et des félonies pour assouvir leur besoin intarissable de meurtrir. Vous l'avez donc compris. 
Si, antérieurement, Cinéma Choc a déjà chroniqué des avanies et des abjections encore plus répugnantes, Arquivos Da Morte Black mérite néanmoins de figurer dans le Top 250 des films trash, extrêmes et scandaleux diligentés par Inthemoodforgore (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/03/18/37177484.html). Dans la lignée des Death File et autres Mondo Magic, Arquivos Da Morte Black reste donc réservé à un public extrêmement averti. 

Note : 12.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

12 juin 2019

Arquivos Da Morte Mulheres (Le convoi des cadavres féminins)

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Genre : Shockumentary, death movie, horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans/interdit aux - 21 ans dans certains pays)

Année : 2007

Durée : 1h20

 

Synopsis :

La série des Arquivos Da Morte revient pour un nouvel épisode où meurtres, accidents, suicides et autopsies se succèdent à cadence industrielle en se polarisant sur le sexe féminin. Tous sont le témoignage d'une mort non naturelle, sans effets spéciaux ou quelconque trucage. Elle expose la mort véritable à un cinéphile qui ne retrouvera son souffle qu'arrivé au bout du tunnel.

 

La critique :

Alors que les shockumentaries et autres death movies déferlent sur Cinéma Choc depuis quelques mois, une question me taraudait : Allais-je moi aussi apporter ma petite pierre à l'édifice de ce genre sulfureux qu'il n'est plus nécessaire de présenter vu que le boss du blog s'en est chargé plus d'une fois ? Ayant réfléchi plus d'une fois à cette éventualité, ma curiosité et ma scopophilie ressortirent gagnantes en jetant mon âme dans les tréfonds d'une noirceur présente depuis des temps immémoriaux : la mort. Hantant l'inconscient collectif, elle est tout aussi bien source de terreur que source d'envie pour ceux n'aspirant plus à une vie qui les a délaissés à la suite d'échecs ou de malheurs indépendants de leur volonté. Me jeter dans un tel projet ne devait pas se faire sans suite car il eut été plus que nécessaire de vous faire partager mes impressions face à l'innommable. Au détour du prestigieux top 250 construit par les soins d'Inthemoodforgore (Inthemood pour les intimes), un nom retint mon attention.
Confidentialité record, pas de réalisateur connu, pas de chronique en français donc tout ce qu'il fallait pour susciter mon appétence envers le mystérieux. Avec Arquivos Da Morte Corpos, je pénétrais dans une des franges les plus austères du Septième Art, mettant de côté mon restant d'âme, ma raison et mon éthique pour me livrer face à la définition de la terreur psychologique. Seulement, ce genre multipliait les prouesses de médiocrité et de banalité. Pas évident de trouver une chrestomathie de qualité. Un certain nombre d'anthologies mortuaires décrites avec érudition par Alice In Oliver (Bad Cops, Inhumanities 2 : Modern Atrocities entre autres) ne convainquirent pas.

Cependant, avec une présence très bien classée dans le top 250, nous partions avec une valeur sûre et excessivement trash de surcroît. Nul besoin de dire que Arquivos Da Morte Corpos fut une expérience éprouvante à plus d'un titre de par sa barbarie hors norme et sa froideur à même de congeler de l'azote liquide. Les très rares courageux à s'y être jetés décrivent un métrage profondément choquant. Néanmoins, pour ceux qui voudraient voir "s'il n'y a pas moyen de", sachez que cet opus est présent dans son intégralité sur YouTube. Par la suite, Alice In Oliver s'attaqua, dans toute son érudition teintée de panégyrisme, aux segments Black et Guerra, qui n'y allaient pas avec le dos de la cuillère. Alors, pourquoi b**del de m**de Taratata se retrouve une seconde fois derrière la chronique d'un death movie, et en particulier d'un des nombreux recueils de cette série ?
Je vous rassure. Je n'en ai pas la moindre idée. Il est vrai que la qualité de Corpos fut plus qu'au rendez-vous (si, si ! Ce n'est pas une blague !) et, visiblement, une voix intérieure me disait de retenter le coup. Mais je vous préviens d'entrée de jeu que ça sera potentiellement la dernière fois que je jouerais dans cette cour. Je mets potentiellement car je suis devenu tellement imprévisible depuis le début de l'année qu'il vaut mieux ne pas tirer de conclusions hâtives sur la chose.

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ATTENTION SPOILERS : La série des Arquivos Da Morte revient pour un nouvel épisode où meurtres, accidents, suicides et autopsies se succèdent à cadence industrielle en se polarisant sur le sexe féminin. Tous sont le témoignage d'une mort non naturelle, sans effets spéciaux ou quelconque trucage. Elle expose la mort véritable à un cinéphile qui ne retrouvera son souffle qu'arrivé au bout du tunnel.

Faites donc place à Arquivos Da Morte Mulheres et sa splendide affiche dont on détecte quelques subtiles accointances avec l'affiche de la dernière comédie mainstream française ! Après un rapide petit tour sur Google Traduction version portugais-français, il apparaissait que ce spicilège allait se centrer, comme le titre en anglais le disait, sur les femmes mortes. Les mauvaises langues diront que c'est une façon comme une autre de promouvoir le féminisme. Ce charmant sexe allait donc avoir droit aux honneurs, façon de parler, d'une compilation les mettant en valeur dans toute leur beauté la plus morbide. Nous retrouvons alors toute la polémique engendrée qui frappa les Arquivos Da Morte avec une effroyable censure les ayant bannis de 40 pays et une interdiction aux moins de 21 ans qui toucha certains endroits. Pas de trace de ça au niveau de l'Hexagone ou, dans mon cas, de la Belgique.
Les renseignements sont tout ce qu'il y a de plus inaccessibles, un peu à l'image de Mulheres qui fut un calvaire à obtenir sur la Toile en version gratuite, en comparaison de certains autres que l'on retrouvait sans mal sur YouTube. Certains le trouveront sur le site dédié mais garde à vous car on tombe sur une version raccourcie d'un tout petit peu moins de 40 min mais qui ne piquait pas de nez pour vous envoyer une déflagration de violence hors norme. En tombant sur un site désormais introuvable, j'eus la joie de l'obtenir moyennant quelques sueurs froides de peur de tomber sur une avalanche de malware. Il n'en fut heureusement rien.

Avec une gargantuesque joie et histoire de clôturer la journée sous une note de douceur, j'enclenchais vers 1h45 du matin précises le visionnage après en avoir parlé à ma copine, ma foi fortement ouverte d'esprit. De là à ce qu'elle regarde, il y a un ravin qu'elle ne franchira sans doute jamais. Il faut dire que peu de personnes sur Terre accepterait de tâter la vision de leur propre hantise. Une vision leur rappelant que tout ce qu'ils ont bâti, tous leurs souvenirs, leurs rires, leurs rêves et leurs ambitions peuvent s'évaporer à jamais en une fraction de seconde.
On ne le dira jamais assez mais la vie est fragile. On ne sait pas ce qu'il peut advenir de nous dans un an, un mois, une heure ou même une minute. Parvenir à ce constat déclencherait pour beaucoup une drastique cassure de leur optimisme durant un temps X. Car n'oublions pas que la seule chose que ne saura jamais dompter l'Homme est la Grande Faucheuse qui nous emportera tous tôt ou tard sans que nous ne puissions rien y faire. Voilà pour la petite mise en bouche ! Et si vous ne vous êtes pas défénestrés entre temps ou que vous n'ayez pas couru jusqu'à la pharmacie la plus proche pour vous gaver de benzodiazépines, vous serez ravi de pouvoir entrer un peu plus dans le vif du sujet pour un nouveau voyage en enfer. Un enfer beaucoup trop réaliste car il est le seul enfer sur Terre.

 

Mulheres 1

Sous cette délicieuse image, je me vois dans l'obligation de vous dire que ce qui va suivre à présent risque de provoquer quelques sueurs froides aux plus aventureux ou tout simplement de belles nausées aux personnes les plus impressionnables. Car pour me répéter, TOUT est absolument réel ! Oubliez les Faces of Death et consorts car aucun CGI ne sera d'application. Et tout ce que je peux dire est que les femmes passeront un sale quart d'heure dans cette anthologie d'une effroyable violence tant visuelle que morale. Il serait vain de faire un inventaire détaillé de toutes les vidéos amateurs prises, dévoilant avec panache l'abominable à l'écran dans toute sa plus horrible réalité. Meurtres, accidents et suicides se suivent sans discontinuer, tandis qu'une autopsie sur un corps de femme sera pratiquée en parallèle, faisant office d'interlude entre les mini films.
Un processus qui fait toujours son effet de déstabilisation, d'autant qu'il est filmé avec précision sous toutes les coutures. Evoluant dans un milieu médical, je me dois de vous avouer que ce fut ce qu'il y a de plus "light", façon de parler, dans Mulheres. Pour le reste, vous prendrez cher et quand je dis cher, c'est vraiment cher ! Disloquées, désarticulées, écrasées, massacrées sans raison apparente, coupées en deux ou décapitées, il y en aura pour tous les goûts. En comparaison de Corpos affichant les corps putréfiés, Mulheres traite des cadavres frais et ne masquera pas le sang résultant d'une mort non naturelle.

Bien que le carnage de la situation n'évolue pas en intensité, chaque segment choque en raison de la contemplation d'un vrai mort face caméra. La mort d'une femme qui avait une vie, des amis, des projets de vie, un homme. Solliciter son empathie serait bien la dernière des choses à faire histoire de réfréner (un petit peu) le choc que l'on se ramasse en pleine poire. Le trait choquant sera subjectif à tout un chacun. Certains seront horrifiés de l'autopsie tandis que d'autres seront marqués par les suicides. En ce qui me concerne, les suicides et les accidents de la route ont été les trucs vraiment très durs à encaisser. Par exemple, difficile d'oublier la vue atroce de cette femme dont la tête est passée sous la roue d'une voiture (voir deuxième image). Difficile d'encaisser la vision de cet homme pendu (mais ça tient surtout de raisons personnelles) qui a, semble-t-il, tué sa famille. Je ne développerai pas plus en détails cette femme broyée par une camionnette. Ou quand l'horreur graphique repousse les frontières de l'impensable. De là à dire si oui ou non Mulheres est plus trash que Corpos, il y a un pas que je ne franchirai pas. En revanche, Mulheres a un peu trop tendance à ratiociner dans sa mise en scène.
Pour faire court, le narrateur parle trop alors que les faits parlent d'eux-mêmes. Pas besoin de l'ouvrir pendant 2 min alors que se taire aurait pu rendre l'atmosphère davantage plus lourde. Une erreur assez fâcheuse que l'on ne retrouvait pas dans Corpos.

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Maintenant, si nous nous risquons d'aborder l'esthétique de la chose, on pourra décemment dire que Mulheres ne brillera pas par la beauté de son image. Surprenant n'est-ce-pas ? Mais nous ne pouvons que saluer le professionnalisme de la qualité des vidéos superbement bien filmées, ne nous épargnant rien du tout, alors que les court-métrages flous sont légions dans le monde du shockumentary. On a un aspect documentaire relativement bien foutu. Pour la bande son, on rechignera à juste raison sur des musiques pas toujours adaptées à la tonalité des lieux.
Des musiques rythmées avec un mort en face, c'est une fameuse erreur. Et pour les acteurs, que pouvons-nous dire de plus qu'il n'y en a forcément aucun ? On retrouve toujours la vision de la vie paradoxale de la population contemplant la mort avec dégoût sans pourtant ne détourner les yeux. Encore une fois, une dénonciation de la scopophilie de l'humanité admirant ce qui la fait fuir quand elle se rapprochera d'elle.

En conclusion, une fois n'est pas coutume, Arquivos Da Morte Mulheres remplit son objectif de malmener à son paroxysme le courageux cinéphile qui ne fera que contenir sa respiration dans un voyage au bout de l'enfer qu'il n'est pas prêt d'oublier. Le mystérieux compositeur n'y va pas de main morte dans l'horreur graphique en annihilant une grosse partie du monde du death movie par sa bestialité ahurissante mâtinée d'un réel travail de fond et de structure. Ce qui est suffisamment rare pour être souligné. De là à dire que j'ai aimé, ne nous mentons pas que je serai tout à fait incapable de vous répondre. Maintenant, mon analyse m'oblige à dire que nous avons là un bon produit qui tentera les laudateurs patentés de ce cinéma ma foi fort peu goûteux moralement.
Dès lors, une nouvelle empreinte malfaisante s'est déversée sur Cinéma Choc par la rédaction d'un billet d'un death movie inédit sur la Toile française. Le tout avec un sourire démoniaque que vous ne retrouverez probablement plus jamais. Probablement, car avec 2 death movies au compteur, il se pourrait que le vieil adage "jamais 2 sans 3" ne se concrétise. Mais ça, vous le saurez dans le futur ! 

 

Note : 11/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

11 juin 2019

Le Dictateur - 1940 (La démocratie est factice et la liberté est odieuse)

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Genre : comédie, satire
Année : 1940
Durée : 2h04

Synopsis : Dans le ghetto juif vit un petit barbier qui ressemble énormément à Adenoid Hynkel, le dictateur de Tomania qui a décidé l'extermination du peuple juif. Au cours d'une rafle, le barbier est arrêté en compagnie de Schultz, un farouche adversaire d'Hynkel

 

La critique :

Que se passe-t-il sur Cinéma Choc ? Quelle mouche a piqué le blog ? Le site, dans son incompétence crasse, aurait-il cédé face aux injonctions de certains commentateurs médusés devant une telle modicité ? Non, vous ne rêvassez pas, vous n'affabulez pas. Charlie Chaplin, le chantre de la satire et de la comédie goguenarde, est en première ligne sur Cinéma Choc ! Pourtant, cet artiste émérite, à la fois acteur, réalisateur, producteur, réalisateur et compositeur britannique, a entièrement sa place sur le site, ne serait-ce (au moins) que pour ses sarcasmes, ses épigrammes et son irrévérence. Dès sa plus tendre enfance, le jeune Charlie Chaplin doit subir les fracas du marasme familial.
Son père fait partie des abonnés absents et sa mère est internée en hôpital psychiatrique ; ce qui n'empêche pas le bambin de batifoler déjà sur scène dès l'âge de cinq ans !

C'est ainsi que le jeune marmot s'aguerrit sur scène et qu'il joue, entre autres, les pantomimes. Bien des années plus tard, alors qu'il n'est encore qu'un adulescent, Charlie Chaplin est repéré par un imprésario et part embrasser une carrière aux Etats-Unis. Pourtant, une fois sur place, Charlie Chaplin refuse de céder aux désidératas de la doxa élitiste et joue les autodidactes. L'artiste émérite souhaite réaliser ses propres films. Il n'a cure des objurgations de certains producteurs qui aimeraient le voir baguenauder dans des productions un peu plus policées.
Charlie Chaplin se veut être l'un des chantres comiques d'une certaine décadence sociétale, témoignant des grands maux de son époque, celle qui a vécu, ou plutôt survécu à l'anomie de la Première Guerre Mondiale, puis à l'hégémonie de l'industrie moderne dans nos contrées occidentales. 

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Le Kid (1921), La Ruée vers l'Or (1925), Le Cirque (1928), Les Lumières de la Ville (1931) Les Temps Modernes (1936), Monsieur Verdoux (1947), Les Feux de la Rampe (1952) et Un Roi à New York (1957) sont autant de chef d'oeuvres soyeux et sérénissimes qu'il convient de souligner dans cette chronique. Et ne nous y trompons pas, la majorité de ces films somptuaires mériteraient sans doute de figurer dans les colonnes de Cinéma Choc, ne serait-ce que pour leur outrecuidance et leurs diverses gaudrioles. Le cinéma de Charlie Chaplin prévaut essentiellement pour cette analyse archétypale d'une société qui se délite et périclite sous l'essor et l'égide d'une nouvelle forme de capitalisme, une globalisation subrepticement mécanique, et qui voit poindre le Taylorisme, comme une sorte de potentat qui avilit l'homme au travail.

Tel sera, par ailleurs, le principal apanage de Les Temps ModernesA partir des années 1930, les conflits grondent à travers l'Europe et le monde entier. Le communisme est au faîte de sa gloire et de sa quintessence, pendant que le nazisme toise les firmaments de l'Allemagne via l'ascension autocratique d'Adolf Hitler dès 1933. La face du monde change, inexorablement... Finaud, Charlie Chaplin relève quelques accointances physiques avec le célèbre tyran moustachu. A quelques similitudes, les deux hommes portent peu ou prou les mêmes bacchantes, ils sont de petite taille et sont nés la même année à seulement quelques jours d'intervalle.
Surtout, en dépit de leurs divergences (c'est un doux euphémisme !), Charlie Chaplin et Adolf Hitler sont issus de milieux populaires et modestes.

Tous les deux proviennent et appartiennent à la plèbe et ont parfaitement cerné ce tropisme de la populace pour embrasser davantage de nationalisme et de doxa populiste. C'est dans ce contexte de tension internationale et à la veille de la Seconde Guerre mondiale que Charlie Chaplin entreprend le tournage de Le Dictateur, une comédie satirique qui ne sortira qu'en 1940. Hélas, cette acerbité à l'égard du chancelier germanique ne sied guère à Joseph Goebbels, le ministre de l'Education du Peuple et de la Propagande, et pour cause... Puisque le "nazillon" absolutiste passe pour un rustre et une sorte de trublion du village. Si le long-métrage est projeté à Londres, il ne sortira en France qu'en 1945 et subit le courroux exacerbé de la censure. Evidemment, Hitler et son gouvernement impérial n'apprécient guère les rodomontades et les salacités de Charlie Chaplin.

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Sous ses faux airs de comédie égrillarde, Le Dictateur, en plus d'être une diatribe allégorique contre le despote germanique, revêt les oripeaux d'une véritable apologie de la démocratie, et donc de son expansion en Europe. Pour Charlie Chaplin, c'est grâce aux principes démocratiques que la paix et la pérennité pourront être durablement préservées. Hélas, la démocratie est fébrile et peut aisément vaciller face à n'importe quelle féodalité, surtout quand cette dernière aspire à reconquérir toute l'Europe, voire le monde entier. A contrario, il semblerait, selon certaines sources historiques, qu'Adolf Hitler aurait visionné Le Dictateur en privé et à deux reprises.
Si le long-métrage fait office de satire, il peut presque s'apparenter à une sorte de dystopie politique et idéologique, et de facto comme un film de propagande puisqu'il reprend les cryptonymes de "Führer" pour désigner indirectement Adolf Hitler, et de "Dulce" pour semoncer ostentatoirement Benito Mussolini.

A l'instar de Les Temps Modernes, Le Dictateur est souvent répertorié parmi les plus grands chefs d'oeuvre de Charlie Chaplin. Depuis plusieurs décennies, le film s'est même accaparé la couronne voluptuaire de classique indémodable du cinéma. Reste à savoir si Le Dictateur mérite de tels dithyrambes et de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Hormis Charlie Chaplin en pleine duplicité et qui interprète à la fois un barbier juif et le dictateur de la Tomenia, la distribution du film se compose de Paulette Goddard, Jack Oakie, Reginald Gardiner, Henry Daniell, Grace Hayle et Carter DeHaven. Attention, SPOILERS !
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Lors de la Première Guerre mondiale, dans un pays imaginaire nommé la Tomenia et ressemblant beaucoup à l'Allemagne, un soldat maladroit sauve la vie d'un pilote de chasse nommé Schultz. 

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Tous deux réussissent à s'enfuir en avion mais l'appareil s'écrase et le soldat est blessé. Devenu amnésique, il passe de longues années à l'hôpital, coupé du monde. Entre-temps, la Tomenia est devenue un régime dictatorial et fasciste, dirigé par Adenoïd Hynkel (une caricature d'Adolf Hitler), et les Juifs sont persécutés comme sous le régime nazi. Finalement le soldat s'enfuit de l'hôpital et reprend son métier de barbier dans sa boutique, qui fait désormais partie du ghetto juif. Le barbier est lui-même juif et peu au courant de l'évolution politique et sociale de son pays, ni du fait qu'il est un parfait sosie du dictateur. Arrêté lors d'une rafle, il est accusé de comploter contre le régime d'Hynkel et se retrouve en camp de concentration avec Schultz. Tous les deux finissent par s'évader au moment où la Tomenia envahit l'Österlich. Finalement, les soldats confondent les deux personnages : Hynkel est arrêté comme fugitif tandis que le barbier pris pour le dictateur est contraint de prendre sa place et d'improviser un discours à la radio (1).

Indubitablement, via Le Dictateur, Charlie Chaplin fait montre à la fois de roguerie et de médiumnité. Qui pouvait prédire, dès 1940, que l'Allemagne fasciste d'Hitler conduirait son pays hôte et l'Europe toute entière dans la chienlit, le marasme et la déréliction ? Qui aurait eu le courage et la témérité, toujours en 1940, de dénoncer la réclusion des Juifs dans des ghettos ? Personne... Sauf Charlie Chaplin qui a parfaitement compris les duperies et les fourberies funestes orchestrées par les nazis. Nonobstant ses facéties et son aspect enjoué, Le Dictateur n'en reste pas moins un film grave, se concluant par ailleurs sur un discours solennel, une allocution durant laquelle Charlie Chaplin n'est plus ce barbier juif anonyme et empoté, ni même cette figure prototype d'Adolf Hitler. 
Lors de cette longue emphase, il devient enfin lui-même, harangue ses interlocuteurs, mais aussi - et beaucoup plus loin - la scène internationale.

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Rappelons qu'à l'époque, les Etats-Unis se gaussaient encore de l'avènement d'Hitler et de ses exactions en Allemagne et déjà dans plusieurs pays européens. Charlie Chaplin, lui, avait déjà subodoré le massacre et presque l'Holocauste à venir, celui qui décimera, étrillera et lapidera plus de six millions de juifs, ainsi que des tziganes et des résistants politiques dans les camps de la mort nazis. Dans son omniscience, teintée de mélancolie, Charlie Chaplin avait déjà exhalé cette indicible horreur. Le préambule du film montre avec un certain raffinement que la Seconde Guerre mondiale n'est que la consécution de la Première, avec néanmoins beaucoup plus de turpitude ; en raison (entre autres) d'une extermination de masse et qui deviendra plus tard la Shoah.
Audacieux et intemporel, Le Dictateur reste sans aucun doute le film le plus engagé politiquement de Charlie Chaplin.

Si certains esprits chagrins et éventuellement négationnistes pourront le percevoir et l'appréhender comme une oeuvre de propagande, Le Dictateur reste, de prime abord, une production allégorique et elliptique. 
Adolf Hitler en prend pour son grade en passant, tour à tour, pour un vulgaire histrion, à la fois avide, licencieux et cupide. Dans le même syllogisme, Benito Mussolini est perçu lui aussi comme une sorte de benêt et de nigaud du village. Hélas, ces deux oppresseurs patentés seront directement responsables de crimes de guerre et de crimes contre l'Humanité.
Derechef, le superbe film de Chaplin rappelle à quel point la démocratie est faillible, chancelante et chétive. In fine, nos oligarques européens qui vantent et louent justement la République, sont décrits par Chaplin, comme des édiles et des technocrates pusillanimes. Déjà, à l'époque, personne n'ignorait les ignominies perpétrées par le Troisième Reich. Bref, vous l'avez compris. On pourrait argumenter, disserter et introspecter longuement sur la portée de cette oeuvre atemporelle, aussi perspicace que brillantissime.

 

Note : 19/20

sparklehorse2 Alice In Oliver  

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dictateur

10 juin 2019

Battle Royale 2 - Requiem (Critique et analyse du film en vidéo par le Fossoyeur de films)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose une critique du film Battle Royale 2 - Requiem (Kenta et Kinji Fukasaku, 2003) via une analyse et une vidéo publiées par le Fossoyeur de films (Source : https://www.youtube.com/watch?v=Ux7Mc2kD_q0)

The Act Of Seeing With One's Own Eyes (Face à la mort... Cette fois-ci, la vraie...)

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Genre : shockumentary, death movie, trash, extrême, documentaire, inclassable, expérimental (interdit aux - 18 ans)
Année : 1971
Durée : 32 minutes

Synopsis : Le réalisateur américain Stan Brakhage pénètre avec sa caméra dans l’un des lieux interdits et terrifiants de notre culture : la salle d’autopsie. C’est un endroit dans lequel, à l’inverse, la vie est chérie, car elle existe pour affirmer qu’aucun de nous ne peut mourir sans que l’on sache exactement pourquoi. C’est une salle pleine d’effroyables intimités où notre vague cauchemar de mortalité prend le nom et le visage d’autres. 

 

La critique :

Vous l'aurez sans doute subodoré... Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose un nouveau shockumentary dans ses colonnes... C'est désormais l'un des travers, voire l'un des principaux leitmotivs du blog depuis quelques semaines, voire depuis plusieurs mois. Cinéma Choc vous propose, depuis quelques temps, toute une litanie morbide de death movies virulents, corrosifs et outrecuidants. Sur la forme comme sur le fond, tous ces "documenteurs", transis de factualité et de véracité (un oxymore...), ne sont, in fine, que des palimpsestes funestes et opportunistes de Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara) et de Faces of Death (John Alan Schwartz, 1978).
De facto, le shockumentary et le death movie s'acheminent intrinsèquement vers le "Mondo" et ont pour vocation de sonder, de scruter et de discerner les us et les coutumes oecuméniques de peuplades séculaires.

Toujours la même antienne... Via Faces of Death, soit Face à la Mort dans nos contrées hexagonales, John Alan Schwartz, qui sévit sous le pseudonyme de Conan Le Cilaire, reprendra sans sourciller le syllogisme harangueur de Mondo Cane. Seule dissimilitude et pas des moindres, Faces of Death proposera un périple mortuaire à travers le monde via des exécutions sadiques, des supplices proférés sur des animaux, des dérives sectaires, des accidents routiers et sportifs et même la sentence capitale pour émailler un programme outrancier et trivial.
Ainsi, Mondo Cane et Face à la Mort vont générer et engendrer toute une pléthore d'épigones. Que ces derniers se nomment The Killing of America (1982), Africa Ama (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1971), Mondo Magic (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1975), Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966), Addio Ultimo Uomo (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1978), ou encore Faces of Snuff (Shane Ryan, 2016), tous ces shockumentaries sont transis par la mort, la déréliction et la brutalité d'une humanité exsangue.

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Pis, tous ces death movies reflètent sans fard toute notre scopophilie obsessionnelle, voire maladive. Ils représentent également la quintessence d'une certaine forme de véridicité et d'analyse sur notre monde en décrépitude. Or, la plupart du temps, toutes ces productions iconoclastes et digressives sont factices et interprétées par des acteurs amateurs et anonymes, une façon comme une autre de duper le spectateur candide et hébété. A contrario, la piperie mercantiliste fonctionne allègrement pour flagorner un audimat de plus en plus fastueux et revendiquant toujours plus d'âpreté et de violence. Comprenez bien : tous ces films sont truqués, tronqués et falsifiés pour imposer le diktat d'une authenticité évidemment séditieuse. Tous ces films sont peu ou prou mensongers, à l'exception notable de The Act of Seeing with One's Own Eyes, réalisé par la diligence de Stan Brakhage en 1971.

Alors là, attention, via ce court-métrage mortifère (un doux euphémisme...), Cinéma Choc pénètre dans une autre dimension, cette fois-ci bien réelle ! Pas question de leurrer, d'illusionner ni d'escroquer un public circonspect. Il suffit de regarder le didactisme narratif du film pour s'en rendre compte. Attention, SPOILERS ! Le réalisateur américain Stan Brakhage pénètre avec sa caméra dans l’un des lieux interdits et terrifiants de notre culture : la salle d’autopsie. C’est un endroit dans lequel, à l’inverse, la vie est chérie, car elle existe pour affirmer qu’aucun de nous ne peut mourir sans que l’on sache exactement pourquoi. C’est une salle pleine d’effroyables intimités où notre vague cauchemar de mortalité prend le nom et le visage d’autres. Décédé en 2003, Stan Brakhage reste sans doute l'un des cinéastes indépendants les plus prolifiques dans le cinéma ésotérique et expérimental.

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A tout jamais, le metteur en scène restera marqué, estourbi et imprimé par le film Traité de bave et d'éternité (Isidore Isou, 1951) qui, par ailleurs, a fait l'objet d'une chronique avisée dans les anfractuosités de Cinéma Choc (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2018/03/14/36218746.html). Ainsi, Stan Brakhage cherchera éperdument à innover et à imposer son style dénotatif. Window Water Baby Moving (1959) filmera la naissance du premier enfant de l'artiste, une expérience qu'il réitérera lors de l'éclosion (si j'ose dire...) de son troisième marmot (Thig Line Lyre Triangular, 1961). Quant à Sirius Remembered (1959), le "film" (vraiment un terme à guillemeter et à minorer) montrera sans fard la décomposition du fidèle canidé de la famille Brakhage.
Evidemment, la rhétorique putride de The Act of Seeing With One's Own Eyes ne pouvait qu'attiser la curiosité et l'appétence de Cinéma Choc !

Le court-métrage appartient aussi à la trilogie de Pittsburgh. Il est précédé par Eyes (1970) et est suivi par Deus Ex (1971). A travers ce cycle infernal, "Stan Brakhage filme les trois institutions du contrôle des corps : la police, l’hôpital et la morgue. Il ne s’agit pas de dénoncer, mais de produire des documents : montrer à l’être humain comment regarder en face, de ses propres yeux, ces expériences limites que sont le crime, la maladie et la mort, en le faisant pénétrer dans ces lieux où ces expériences sont cadrées, régulées, symbolisées" (Source : https://www.centrepompidou.fr/cpv/agenda/event.action?param.id=FR_R-4a2d33f95fc984136126d5f9e256e351&param.idSource=FR_E-4a2d33f95fc984136126d5f9e256e351). En outre, il serait particulièrement ardu, voire épineux, de décrire un tel court-métrage, si ce n'est qu'il s'agit d'un véritable death movie.

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Cependant, ce film se singularise des shockumentaries adventices et habituels via une exploration chirurgicale des cavités et des excavations du corps humain. Le film ne cède jamais à la tentation du "Mondo", ni du consumérisme à satiété pour arborer une dilection probe et sincère pour la mort, et plus précisément pour la dissection de macchabées. Autant l'annoncer sans ambages. The Act of Seeing With One's Own Eyes ne badine pas avec la barbaque rougeoyante et justifie amplement son interdiction aux moins de 18 ans. Le film enterre et inhume à plate couture tous ces concurrents apoplectiques en la matière, justement à cause de cette même authenticité.
Et pour produire l'effet escompté, Stan Brakhage n'a pas besoin de recourir à une musique dissonante et stridulante, ni de s'éparpiller dans les saynètes outrageantes.

En l'occurrence, aucune musique ni aucun effet sonore n'agrémente ce programme rutilant. The Act of Seeing With One's Own Eyes peut donc être répertorié parmi les death movies muets et aphones, relevant derechef de la pure expérimentation sur pellicule. De facto, difficile de décrire, même avec parcimonie, un court-métrage tel que The Act of Seeing With One's Own Eyes, si ce n'est que ce shockumentary s'égrène sur une durée élusive de 32 minutes de bobine. A l'époque et même probablement encore aujourd'hui, le court de Stan Brakhage fait figure de documentaire inédit et quasi révolutionnaire, ne serait-ce que pour ce qu'il montre ; à savoir la mort dans toute sa putréfaction, ainsi que des corps décortiqués et anatomisés par des médicastres chevronnés, des entrailles à la moelle épinière, en passant par les rugosités et les circonvolutions intestinales.
Il ne serait pas surprenant qu'un tel OFNI (objet filmique non identifié) soit montré aux étudiants de médecine, en particulier pour ceux qui ont attrait et vocation à l'odontologie chirurgicale. En ce sens, The Act of Seeing With One's Own Eyes dépasse le cadre même du cinéma et joue dans une toute autre catégorie. Dès lors, inutile de préciser que ce court-métrage, d'un barbarisme inouï, peut aisément s'ingérer dans le Top 250 des films trash, extrêmes et scandaleux (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2019/03/18/37177484.html) diligenté par l'omniscience d'Inthemoodforgore. Parfaitement non notable, donc !

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

09 juin 2019

Meurtres sous Contrôle (Que la volonté de Dieu soit faite)

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Genre : Thriller, policier, fantastique (interdit aux - 12 ans)

Année : 1976

Durée : 1h31

 

Synopsis :

L'inspecteur Nicholas enquête sur une série de meurtres sans mobile apparent dans la ville de New York, dont les différents auteurs prétendent tous avoir agi à la demande de Dieu.

 

La critique :

Depuis la nuit des temps, la religion n'a eu de cesse d'interpeller et de questionner l'homme sur ce qu'il y au-dessus de lui. Sommes-nous le fruit de l'évolution ayant pris sa source là où tout a commencé, au Big Bang, ou alors une force au-dessus de nous nous a mise au monde ? Cette question ne manque pas de susciter les anathèmes, et plus que jamais dans une société marquée par un retour en force de la religion tentant de se placer au-dessus de l'Etat pour imposer son diktat à tous, et par extension aux gens qui ne partagent pas les mêmes convictions. D'un côté, les scientifiques et autres cartésiens se basant sur les preuves scientifiques, de l'autre les religieux se basant sur la Bible, Coran, Torah ou autres. A une époque où la bien-pensance et le politiquement correct nécrosent une société par leur pratique de l'autruche, il était logique que les conséquences irrémédiables des débats religieux soient vues comme tabous afin d'éviter d'éventuelles perturbations sociales.
Aucun besoin de dire que par le biais des arts et de la culture, des personnalités historiques reconnues ou plus confidentielles se sont intéressées à cette thématique aussi passionnante que complexe. La peinture, le théâtre, l'opéra, la littérature virent également la bande dessinée, le manga et même le jeu vidéo. Bien sûr, le cinéma n'y échappe pas et de courageux réalisateurs ne se privent pas de relever le défi et de bousculer les règles de bienséance au grand dam des fermés d'esprit et des obscurantistes. 

A peu de choses près, la sortie d'un film de ce genre s'auréole parfois de quelques grincements de dents ou pire. L'exemple de La Dernière Tentation du Christ vit une sortie plutôt enflammée, sans mauvais jeux de mots. La Passion du Christ ne se priva pas de déclencher une amère polémique. Même constat pour La Religieuse et surtout Les Diables dont le séisme qu'ils provoquèrent se fait encore ressentir. Ceci étant les exemples les plus connus car des métrages comme Des Hommes et des Dieux ou Ordet, en plus de recueillir les dithyrambes, sortirent sans être frappé de l'animosité d'intégristes fous à lier. Pléonasme je sais ! Visiblement, le dénommé Larry Cohen avait lui aussi envie d'apporter sa modeste contribution à ce sujet spinescent. Il est évident que le personnage n'est pas un illustre inconnu des cinéphiles et surtout des férus de petits films horrifiques satiriques.
Indubitablement, c'est avec Le Monstre est Vivant que sa réputation se fera par la houlette d'un bébé mutant tueur semant la terreur autour de lui. On lui devra aussi Epouvante sur New York et The Stuff, par ailleurs déjà chroniqués sur le blog. Peut se rajouter à cette filmographie Meurtres sous Contrôle, ou God Told Me To de son titre originel. Pour le coup, un titre bien meilleur que sa traduction à peine torchée ! Impossible de trouver des informations élusives sur diverses critiques houleuses. Bien au contraire vu qu'il a même su s'arroger du statut de film culte et a marqué le festival d'Avoriaz, malgré une confidentialité de tout premier ordre. En ce qui me concerne, je n'ai appris son existence que bien plus tard par le biais de l'excellente "La liste qui dérange et perturbe" de SensCritique avec 368 films au compteur. Je me permets de vous poster le lien pour les intéressés (https://www.senscritique.com/liste/La_liste_qui_derange_et_perturbe/4421 ).

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ATTENTION SPOILERS : L'inspecteur Nicholas enquête sur une série de meurtres sans mobile apparent dans la ville de New York, dont les différents auteurs prétendent tous avoir agi à la demande de Dieu.

Il était évident qu'avec un synopsis de ce genre, il ne fallait pas attendre longtemps pour que je me rue dessus les étoiles dans les yeux. Ainsi, malgré tous mes films attendant patiemment leur tour, Meurtres sous Contrôle eut le privilège du film VIP passant devant tout le monde pour une séance en fin de soirée après un classique du film d'horreur qui ne m'a pas spécialement plu. Tout laisse à penser que ce métrage s'apparente à une petite pellicule assez rudimentaire et aux moyens financiers limités. Ce qui n'est pas faux pour le deuxième point mais là n'est qu'un détail. Car si l'appréhension guette, couplée à une certaine excitation frénétique, Larry Cohen ne se prive aucunement de calmer l'assemblée par une scène d'introduction particulièrement dérangeante. Un tireur isolé tue une dizaine de passants au hasard dans les rues de New York, se délectant de les abattre comme des chiens du haut du grand réservoir pour se jeter dans le vide le sourire aux lèvres.
Avant cela, il déclare à l'inspecteur Nicholas que Dieu lui avait ordonné de faire ça. Pensant avoir à faire à un illuminé, ou dirais-je un cas isolé ou même un loup solitaire (deux expressions très à la mode à notre époque), il se rend vite compte qu'un certain vent de folie touche des personnes se transmuant en psychopathe sans raison apparente, tuant des citoyens juste comme ça, à la demande de Dieu disent-ils. Un homme qui poignarde des gens au supermarché, un massacre lors du défilé irlandais ou un père soulagé d'avoir abattu sa femme et ses enfants. Nul doute que l'on en arrive vite à comprendre et à confirmer sa place dans la liste, la première séquence nous mettant dans le bain.

Bien sûr, Cohen n'a pas de telles velléités de verser dans le bourrin, le putassier juste pour exciter un peuple avide de meurtres sans aucun fond derrière. Car Meurtres sous Contrôle est avant tout une diabolique dénonciation de l'impact des sectes, de l'obscurantisme et de l'emprise de la religion quand elle prend le pas sur la logique, la raison et la conscience d'un homme. Un parallèle est à faire entre ce New York plongé dans un chaos religieux et le Moyen-Âge où on tuait des personnes jugées hérétiques à tort et à travers en se proclamant de la "volonté de Dieu". A la différence que le meurtre n'émane plus du clergé mais de la population. Personne n'est à l'abri et toute personne est susceptible d'être tuée. Pas de jugement qui ne tienne. La volonté de Dieu est de tuer sans sommation. Pour les personnes les plus fragiles psychologiquement, les plus influençables, il est inquiétant de voir qu'on peut leur faire gober n'importe quoi, même si ça nécessite qu'elles recourent à la violence.
Rapport aux sectes dont les moyens d'existence sont souvent plus que louches, multipliant les prévarications à outrance, et étranglant leurs adeptes à la solde d'un gourou tout puissant. En fin de compte, ces sectes ne sont pas éloignées des travers des grandes religions cultivant ce goût prononcé pour la violence quand elle peut servir leurs intérêts, ramener de nouveaux fidèles ou annihiler une religion concurrente. Alors que la religion, dans sa représentation classique, est perçue comme pure, source de tolérance, d'humilité, de sagesse et de pardon, l'obscurantisme ne fait que semer le chaos, la désolation et la fracture sociale.

 

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Et c'est là que ce dérangeant constat s'impose sans commune mesure. En se plaisant de semer la terreur, la religion d'essence pieuse ne fait qu'un avec le Diable qui cultive lui aussi cet amour prononcé pour répandre le mal autour de lui. Dans ce cas précis, christianisme et satanisme ne font qu'un dans leurs objectifs et leur finalité. Mais ce constat peut bien sûr être étendu aux autres religions. Il n'y a pas que le christianisme qui peut être tancé là-dessus. Dire ça aurait pu me valoir il y a quelques siècles à me retrouver aux prises avec l'Inquisition, pendu ou expédié sur le bûcher au "nom de Dieu" alors qu'il n'a jamais voulu cela. Mais c'est bien une admirable démonstration des intégristes qui, au final, n'ont rien compris des enseignements bibliques, préférant une autorité religieuse dictatoriale qui punirait les infidèles en les jetant droit dans les flammes de l'enfer.
Si le tout est empreint de provocation, difficile de reprocher à un réalisateur très en forme la présence de nombreux questionnements sur l'essence même de cette Foi que les fous triturent, dénaturent selon leurs propres interprétations souvent faussées. 

Alors que Meurtres sous Contrôle démarre dans la tradition du simple polar, Cohen va obliquer dans des directions osées en versant dans le polar mâtiné de thriller pour finir droit dans la case du fantastique quand les pouvoirs divins seront de mise, alors que la quête de réponse se fera toujours plus en profondeur. Autant dire que ce mix, pour le coup très inhabituel, fonctionne plus que bien et étale au grand jour les ambitions d'un réalisateur désireux d'aller à contre-courant du classicisme type. Seulement, aussi pétri de bonnes intentions qu'il soit, le film n'est pas exempt de tout reproche, loin de là. Plusieurs défauts rédhibitoires feront tiquer, à commencer par une durée bien trop courte donnant l'impression que tout file à vitesse grand V sans prendre non plus un minimum son temps.
Certes, il n'y aura pas de problèmes d'intensité mais le goût de trop peu ressort. Un rallongement de 20 bonnes minutes aurait été indispensable. Secundo, les meurtres présentés se retrouvent exclusivement avant la première moitié du métrage. Plutôt frustrant ! Enfin, mais ça sera subjectif, les révélations à propos du personnage principal ne seront pas vraiment de bon goût. L'impression d'un "concours de bites" entre lui et ce prophète des temps modernes, pour le coup génial dans son apparence, ressort quelque peu.

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Niveau esthétique, on reste sur une patte visuelle purement années 70 avec cette impression de couleurs vieillies et d'image kitsch. Meurtres sous Contrôle ne bercera pas vos rétines devant une superbe image absente, bien que certaines scènes à l'image de celle juste au-dessous sont tout à fait plaisantes. De même, les plans et cadrages seront de qualité certaine pour bien visualiser ce qui se passe à l'écran. Pour le son, ça reste rudimentaire et, sans surprise, les musiques religieuses seront de la partie à certains endroits. Enfin, pour déborder sur l'habituelle partie de la prestation des acteurs/actrices, tout ce petit monde s'en sort bien, sans non plus transcender leurs personnages. On cite au casting Tony Lo Bianco, Deborah Raffin, Sandy Dennis, Sylvia Sydney et Sam Levene pour les principaux. 

En conclusion, nous pouvons décemment dire que Meurtres sous Contrôle est un thriller probe, honnête et pour le moins efficace qui a le mérite de se démarquer du genre pour incorporer une dimension fantastique et même horrifique durant certains passages. On peut compter sur Cohen pour nous gratifier d'un flot de scènes déstabilisantes. Il faut voir comment le père assassin décrit avec béatitude les événements qui ont conduit à ce qu'il abatte sa fille comme du gibier. Il faut voir aussi le massacre du début. On tient un petit métrage qui ne pète pas plus haut que son cul et qui devrait, en toute logique, plaire aux inconditionnels de cinéma original et houleux à condition de ne pas être trop difficile sur les tares inhérentes d'un récit qui aurait mérité à être plus étendu et mieux exploité.
Pour le coup, le potentiel a été un peu laissé de côté et c'est bien dommage car tous les ingrédients étaient là pour donner naissance à un pur chef d'oeuvre. Pour les intéressés, ceux-ci seront ravis de savoir que le film est dispo en intégralité ET en français sur YouTube, ainsi qu'en très bonne version sur le nouveau Zone Téléchargement. Pour ceux qui souhaiteraient le support physique, il va falloir lâcher une "petite" somme d'argent pour l'obtenir. Bref, une réalisation recommandable. Que dire de plus ?

 

Note : 13/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

 

 

 

08 juin 2019

Prochainement sur Cinéma Choc

Comme l'indique le titre de ce nouvel article, voici sans plus attendre les films à venir dans les prochains jours, prochaines semaines et prochains mois sur Cinéma Choc. Pour chaque film, j'ai précisé quel serait l'intitulé de la chronique entre parenthèses.

 

The Act Of Seeing With One's Own Eyes (Face à la mort... Cette fois-ci, la vraie...)
Apocalypse Now (L'horreur... L'horreur... L'horreur !) 
Arquivos Da Morte Black ("Noir c'est noir. Il n'y a plus d'espoir")
Arquivos Da Morte Guerra (La guerre et la mort sont hélas indissociables)
Arquivos Da Mort Guerra Civil (La guerre n'engendre que la mort et la désolation)
Arquivos Da Morte Mulheres (Le convoi des cadavres féminins) : chronique de Taratata
Avengers : Infinity War (Marvel : vers l'infini et l'au-delà...)

Bagman - Profession : Meurtrier (Splatter zone)
Bird Box
 (Regarde et le monde se purifiera)
Black Metal Veins (La seringue sur le gâteau)

Comedown (A la lisière des ténèbres)
Contracted
 (Juste quelques irritations intempestives)
Crows Zero (Conquérir le lycée des corbeaux) : chronique de Taratata
Crows Zero 2 (Corbeaux vs crânes d'oeuf) : chronique de Taratata

Demolition Man (Meurtre, mort, détruire)
Le Dictateur
 - 1940 (La démocratie est factice et la liberté est odieuse)

Facing Reality - 2010 ("Can you face the reality ?")

Hanger - 2009 (Freak show)
L'Heure du Loup (L'heure où celui qui n'a pu s'endormir affronte sa plus violente angoisse) : chronique de Taratata

I Never Left The White Room (Visions of suffering)
Les Incorruptibles (Sus au régime d'Al Capone !)

Leaving Neverland (Le premier jour du reste de ta vie)

Mad Max Au-Delà du Dôme du Tonnerre (Deux hommes entrent, un homme sort)
Meurtres sous Contrôle (Que la volonté de Dieu soit faite) : chronique de Taratata

Le Sacrifice - 1986 (Le film testament de Tarkovski) : chronique de Taratata

This Violent World - Savana Violenta (Le monde est cruel et impitoyable)
Transformers 3 - La Face Cachée de la Lune
(Les Decepticons ne laisseront jamais les humains en paix)
Transformers 4 : L'Âge de l'Extinction ("Signalez toute menace extraterrestre suspecte")

La Vallée de Gwangi (Humanoïdes à caractère humain)

Yéti, Le Géant D'Un Autre Monde (Sasquatch, Bigfoot ou l'abominable homme des neiges ?)

 

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Midnight Movies - Du Film Marginal Au Film Grand Public (Séances pour insomniaques)

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Genre : documentaire 
Année : 2006
Durée : 1h26

Synopsis : Un documentaire original qui explore le parcours de six films cultes des années soixante-dix. Entre 1970 et 1977, ces six films à petit budget, montrés aux séances de minuit, ont influencé la manière de faire et de voir les films, ils ont réinventé le médium en dépassant les frontières du mauvais goût et des tabous sociaux. Assister aux "films de minuit" est devenu un marqueur social, intellectuel, cinéphilique et culturel, un rite de passage pour toute une jeune génération en crise. 

 

La critique :

A la fin des années 1960, les Etats-Unis traversent une véritable crise sociologique, idéologique, politique et identitaire. Ce marasme est à la fois émaillé par l'insubordination de la communauté afro-américaine et par l'assassinat de Martin Luther King en 1968. La révolte gronde au sein même de la société américaine. Les Etats-Unis envoient sa jeunesse agonir et exhaler son dernier soupir sur les terres vietnamiennes. L'oncle Sam ne s'en remettra pas, sa jeunesse en dissidence non plus. Plusieurs mouvements concomitants apparaissent et réclament un peu moins de rigorisme de la part d'un gouvernement jugé potentat. Corrélativement, l'impact est également culturel.
Les femmes s'émancipent d'un joug dit masculin. La pornographie acte et officialise sa naissance au cinéma. Les mouvements féministes abhorrent et vilipendent une phallocratie, elles obtiennent par ailleurs le divorce de masse et s'affranchissent, entre autres, de l'hégémonie du patriarcat.

Evidemment, de tels chamboulements sociétaux ne pouvaient pas bien longtemps escarper au noble Septième Art. Le cinéma s'empare de cette véritable frénésie furibonde. La violence s'installe durablement sur nos écrans rougeoyants et même dans les salles obscures, quitte même à courroucer la censure. Ainsi, des films tels que Délivrance (John Boorman, 1972), Les Chiens de Paille (Sam Peckinpah, 1971), Un justicier dans la ville (Michael Winner, 1974), L'Inspecteur Harry (Don Siegel, 1971) et Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971) instaurent ce sentiment de défiance et de désappointement contre une société vouée à péricliter, et clouée sur les piloris de l'hédonisme et d'une vendetta expéditive. Parallèlement, Le cinéma aspire à se départir d'une doxa dominante et de productions jugées beaucoup trop aseptisées pour flagorner une populace calomnieuse, voire séditieuse.

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Des artistes tels qu'Andy Warhol et John Waters, qui prônent la liberté d'expression et condamnent la duperie orchestrée par une certaine oligarchie, décident d'attiser davantage cette flamme incandescente. Le Septième Art doit se libérer de ses chaînes et proposer de nouvelles productions iconoclastes. C'est ainsi que naissent les Midnight Movies, à savoir "une catégorie de films à petit budget diffusés tard le soir au cinéma dans les séances de minuit ou par les chaînes de télévision locales aux Etats-Unis. Ce phénomène de la diffusion à minuit de films décalés a démarré au début des années 1970 dans les agglomérations urbaines telles que New York pour ensuite se propager dans tout le pays.
Elle s'est poursuivie jusqu'en 1977" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Midnight_movie_(cat%C3%A9gorie_de_films).

A l'époque, John Waters et ses fidèles prosélytes croient ingénument que leur insurrection sera le nouvel apanage de ce cinéma marginal et indépendant. Paradoxalement, tous ces films transgressifs, digressifs et insolites deviendront la norme, celle qui adule, vénère et divinise le consumérisme et l'eudémonisme à tous crins. C'est par ailleurs ce que tente de discerner le documentaire, intitulé Midinight Movies : du film marginal au film grand public, et réalisé par la diligence de Stuart Samuels en 2006. Attention, SPOILERS ! Un documentaire original qui explore le parcours de six films cultes des années soixante-dix. Entre 1970 et 1977, ces six films à petit budget, montrés aux séances de minuit, ont influencé la manière de faire et de voir les films, ils ont réinventé le médium en dépassant les frontières du mauvais goût et des tabous sociaux. 

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Assister aux "films de minuit" est devenu un marqueur social, intellectuel, cinéphilique et culturel, un rite de passage pour toute une jeune génération en crise. Ainsi, plusieurs films retracent la quintessence, ainsi que l'avènement du Midnight Movie durant la décennie 1970. Ces derniers se nomment principalement El Topo (Alejandro Jodorowsky, 1970), La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968), The Harder They Come (Perry Henzell, 1972), The Rocky Horror Picture Show (Jim Sherman, 1975), Eraserhead (David Lynch, 1977) et Pink Flamingos (John Waters, 1972).
Viennent également s'agréger d'autres influences majeures et prédominantes, notamment Reefer Madness (Louis Gasnier, 1936) et Freaks, la monstrueuse parade (Tod Browning, 1932). A l'orée des années 1970, c'est El Topo qui se solde par un succès impromptu.

L'histoire de ce pistoléro, diligentée par l'érudition d'Alejandro Jodorowsky, émerveille un public unanimement extatique. Pourtant, ce western, transi d'ésotérisme, de vindicte et de psychanalyse, n'est pas voué à flagorner un large audimat, d'autant plus que le film se veut être une véritable expérience cinématographique, acheminant son héros d'infortune à se repentir pour son insatiable brutalité. A postériori, Alejandro Jodorowsky ne rééditera pas une telle performance lucrative, mais l'artiste chilien se laissera - en partie - dévoyer par ce succès inopiné.
Ce n'est qu'à postériori qu'il comprendra et appréhendera les fourberies de la machine hollywoodienne. La Nuit des Morts-Vivants met en exergue une Amérique xénophobe et atone. Via ses lithographies guerroyeuses et mortuaires, le film réactive, bon gré mal gré, les belligérances flagrantes de la guerre du Vietnam. 

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De surcroît, un afro-américain devient la star sérénissime d'un film d'épouvante, dans lequel il est question à la fois d'infanticide, de parricide et de cannibalisme. Tous les ingrédients sont donc coalisés pour susciter quelques cris d'orfraie dans les salles. The Harder They Come corrobore cette révolte afro-américaine et est nimbée par une musique raffinée, le reggae, un genre très en vogue durant les "seventies". The Rocky Horror Picture Show s'apparente lui aussi à une production discordante, éparse et cérémonieuse en côtoyant, tour à tour, l'horreur et la comédie musicale. 
Pink Flamingos
dénote par ses affabulations et ses prévarications sur pellicule. Divine, un travesti ventripotent, culmine arrogamment en tête d'affiche et se sustente des flatulences d'un canidé. Il n'en faut pas davantage pour faire de ce bibendum la nouvelle égérie du cinéma trash et underground.

A juste titre, John Waters et son public de cerveaux échevelés jubilent. Lors de ses séances de minuit, dédiées aux insomniaques, le public se confine dans les substances illicites. John Lennon et la culture hippie s'abreuvent de tous ces protagonistes vandales qui bravent tous les tabous et les interdits admonestés par notre société bien-pensante. L'essor du midnight movie se termine vers la fin des années 1970 via un film inclassable et expérimental, Eraserhead. Si le long-métrage est unanimement salué, courtisé, voire sacralisé par les critiques, ainsi que par une certaine oligarchie artistique, le film se solde par un succès plutôt modeste dans les salles obscures...
Et pour cause... Puisqu
e public ne comprend guère les élucubrations cauchemardesques d'une telle pellicule, sans doute trop baroque et fantasque à l'époque.

Autant l'annoncer sans ambages. Le documentaire de Stuart Samuels est souvent captivant et permet de réactiver ce cinéma impudent de naguère. Malencontreusement, Midnight Movies - Du film marginal au film grand public n'est pas exempt de tout grief. Par exemple, les cas de Reefer Madness et de Freaks, la monstrueuse parade, qui ont pourtant influencé et inspiré toute une génération de cinéastes éberlués, sont à peine invoqués. On pourrait également étayer notre argumentaire en ajoutant Harold et Maude (Hal Ashby, 1971), ainsi que Le Graphique de Boscop (Sotha et Georges Dumoulin, 1976), deux autres films qui ne sont même pas stipulés par le documentaire. 
Mais c'est juste histoire de gloser, d'ergoter et de faire la fine bouche sur les précieux reliquats d'un certain pan du cinéma ; celui qui se chine de la norme, et qui transmute la déviance et la roguerie comme de nouvelles prescriptions harangueuses.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

07 juin 2019

Death Faces - Dying : Last Secondes Of Life (Death movie et introspection sur le cannibalisme)

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Genre : "Mondo", shockumentary, death movie, gore, horreur, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 1988
Durée : Une heure

Synopsis : Narré par la voix-off du professeur Bizarro Blackston, Death Faces, aka Dying - Last Seconds Of Life, est un nouveau shockumentary qui se polarise sur les rituels anthropophages, tout en amalgamant des images et des archives historiques, ainsi que des accidents routiers et sportifs. A la fin, c'est la mort qui vient assaillir des éminents hommes politiques, ou parfois des individus lambda. 

 

La critique :

Encore un shockumentary sur Cinéma Choc ! Encore un... Pour le plus grand désarroi des fidèles prosélytes du blog, soit cinq ou six personnes dans le monde, et en comptant les auteurs du site eux-mêmes ! A travers cette introduction liminaire, vous aurez pu remarquer que le nombre famélique de thuriféraires de Cinéma Choc s'est partiellement amplifié, passant de trois ou quatre quidams, au chiffre astronomique de six olibrius... Un record ! Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, Cinéma Choc vous assène, sans jamais ciller, de toute une litanie de shockumentaries peu ou prou déviants. Que les plus réfractaires d'entre vous se rassérènent.
A travers ces lignes hétéroclites, nous ne commettrons pas l'offense de réitérer la genèse du shockumentary, même s'il convient de rappeler que les premiers balbutiements remontent à Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962), soit le film prodrome en termes de périple insolite à travers le monde.

Bien des années plus tard, John Alan Schwartz transmutera l'épiphénomène du shockumentary en death movie âpre et virulent, via Faces of Death, soit Face à la Mort (1978) dans nos contrées hexagonales. Le "documenteur" de John Alan Schwartz n'est, in fine, qu'un palimpseste opportuniste de Mondo Cane. Seule dissimilitude et pas des moindres, le réalisateur démiurgique métamorphose le syllogisme hâbleur de Mondo Cane en voyage mortuaire. Ainsi, les exécutions sadiques, les diverses impudicités proférées sur des animaux, les accidents routiers et sportifs, les dérives sectaires et même la sentence capitale sont exposés sans fard devant les yeux ébaubis du spectateur hébété.
Fort d'un succès mirobolant dans les vidéoclubs, Faces of Death engendre et génère toute une pléthore d'épigones. 

Qu'ils se nomment Faces of Snuff (Shane Ryan, 2016), Mondo Magic (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1975), Faces of Gore (Todd Tjersland, 1999), Traces of Death (Damon Fox, 1993), Addio Ultimo Uomo (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1978), The Killing of America (1982), ou encore Banned From Television (Joe Francis, 1998), tous ces shockumentaries, transis de death movies, ont pour attrait de flagorner notre hédonisme et notre scopophilie obsessionnelle, voire maladive. Au cours de ses pérégrinations iconoclastes, le "documenteur" s'est tantôt focalisé sur l'Oncle Sam (L'Amérique Interdite, Romano Vanderbes, 1977), le continent asiatique (Shocking Asia, Rolph Olsen, 1974), la paupérisation de l'Afrique (Africa Addio, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966) et même les affabulations outrancières de la belle ville de Saint-Tropez (Saint-Tropez Interdit, Georges Cachoux et José Benazeraf, 1985).

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Pour le moment, personne ne s'était encore focalisé sur l'anthropophagie... Personne sauf Death Faces, connu également sous le cryptonyme de Dying : Last Seconds Of Life, et réalisé par la diligence de Steve Whight en 1988. Même en scrutant le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm1353179/?ref_=tt_ov_dr), on ne trouve aucune information, même succincte, sur ce mystérieux Steve Whight. A priori, Death Faces serait sa seule et unique réalisation. Dire que ce shockumentary tient de l'objet rarissime et ultra confidentiel, tient du doux euphémisme.
En l'occurrence, ce "documenteur" est quasi introuvable sur la Toile, à moins de déverser l'intégralité de sa pécune sur des sites comme Amazon ou EBay. C'est en raison de cette même raréfaction que Death Faces s'est constitué, à contrario, une certaine réputation auprès des louangeurs du cinéma underground.

Dying : Last Seconds of Life reste donc un objet filmique amplement recherché et prisé par les collectionneurs les plus patentés ; ce qui n'est pas forcément un gage de qualité. Evidemment, l'intitulé de ce death movie réactive les tonalités morbides et méphitiques de Faces of Death via un titre paronyme, voire presque éponyme. Pour la faribole superfétatoire, Death Faces est connu sous plusieurs monogrammes, entre autres Dying : Last Seconds of Life Part II, Death Faces 4, ou encore Beyond Reality. En raison du mystère qui plane autour de ce death movie, Death Faces ne pouvait qu'attiser la curiosité, ainsi que l'appétence de Cinéma Choc.
Death Faces possède-t-il suffisamment d'arguties pour faire ciller l'hégémonie - presque arrogante - de Faces of Snuff et son apoplexie de succédanés ?

Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Attention, SPOILERS ! Narré par la voix-off du professeur Bizarro Blackston, Death Faces, aka Dying - Last Seconds Of Life, est un nouveau shockumentary qui se polarise sur les rituels anthropophages, tout en amalgamant des images et des archives historiques, ainsi que des accidents routiers et sportifs. A la fin, c'est la mort qui vient assaillir des éminents édiles politiques, ou parfois des individus lambda. Vous l'avez donc compris. A l'instar des death movies habituels, Death Faces ne dénote guère par cette exégèse furtive, ni par sa trame narrative aux abonnés absents.
Quant au cannibalisme, qui serait à fortiori le sujet proéminent de cette nouvelle prévarication sur pellicule, il apparaît certes en filigrane. 

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En vérité, toutes les saynètes anthropophagiques seraient des reprises éhontées d'autres films et documentaires sur le même sujet. Autant l'annoncer sans ambages. Niveau gore, les amateurs de sensations trash sont sommés de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates. Même le néologisme de "death movie" est totalement usurpé pour laisser place à un shockumentary adventice, sorte d'élucubration fantaisiste sur la mort, et en particulier sur le cannibalisme. Ainsi, Death Faces passe, sans sourciller, d'extraits disparates de véritables (?) anthropophages à des courses de formule 1, puis à des assassinats politiques.
L'Afrique n'est pas en reste, puisque nous assistons béatement à tout un florilège de rituels proférés par des populations séculaires.

En l'état, Death Faces s'accointerait et lutinerait davantage avec Mondo Cane et Shocking Asia, ne serait-ce que pour cette introspection pour l'ethnologie, et surtout pour sa forme étrangement doucereuse, voire timorée. Pour ce qui est du versant anthropologique, le film remplit partiellement son office et s'apparente parfois à un documentaire vérité. Alors que le film semble enfin tangenter vers la direction idoine, il se centre subrepticement sur des lithographies mortuaires de la Seconde Guerre Mondiale. De facto, difficile de discerner les corrélations entre le cannibalisme et les exactions commises par le Troisième Reich, si ce n'est que la brutalité et l'infamie sont immanentes à l'âme humaine.
Toujours la même antienne... Dans cet exercice, Death Faces pourra éventuellement flatter les néophytes, à condition de supporter la voix dissonante et un peu trop emphatique d'un certain professeur Bizarro Blacskton. 
Indubitablement, Death Faces ne recule devant aucune matoiserie, peu ou prou finaude, pour faire avaler son édifice hélas chancelant. Les laudateurs du cinéma trash et underground ne seront pas dupes et n'y verront qu'un death movie pingre, aussi lapidaire que conventionnel, en dépit d'une durée élusive, à peine une heure de bobine. Bref, ce Death Faces désappointe autant qu'il achale, et côtoie aventureusement les affres du "naveton" avarié.

Note : 06/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

06 juin 2019

Les plus gros uppercuts assénés par Inthemood : retour sur les films les plus sulfureux chroniqués par l'auteur démiurgique

Aujourd'hui, Cinéma Choc publie un billet un peu particulier. Ce n'est plus un secret pour personne. L'auteur Inthemoodforgore a estourbi le blog de toute une litanie de chroniques scandaleuses, gore, trash et outrageantes. L'article du jour a donc pour vocation de procéder à une rétrospective de tous ces films sulfureux qui ont fait les beaux jours de Cinéma Choc. Par déférence pour Inthemoodforgore et son raffinement stylistique, chaque film présenté sera suivi par un bref extrait de la chronique. Je vous exhorte également à revisiter et à lire (relire...) toutes ces chroniques avisées et publiées par un auteur érudit, avisé et passionné.

 

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Buried in the Sand : The deception of America (David Wald, 2004) : "Autant vous dire que l'on ressort de la projection complètement K.O., comme nauséeux, abasourdi par de telles abominations".

Cannibal_-_Aus_dem_Tagebuch_des_Kannibalen

Cannibal (Marian Dora, 2006) : "Si Cannibal relate avant tout un horrible fait divers entre deux êtres pervers, le réalisateur ajoute également à l’histoire une forte dimension psychologique sur le thème de la possession".

channel 309

Channel 309 (Marco Malattia, 2014) : "Channel 309 représente un tel sommet de débauche et de violences sexuelles qu'il n'est pas superflu de prévenir les âmes sensibles avec les avertissements d'usage".

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Christian B. (Marian Dora, 1996) : "Bouleversant du début à la fin, Christian B. est une de ces oeuvres qui perturbe autant qu'elle fait réfléchir".

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Deadly Interrogation 2 (John Marschall, 2007) : "John Marschall a mis le paquet pour retourner l'estomac des spectateurs et il a réussi haut la main son entreprise".

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Death2Kuffar (?, 2008) : "D'une violence quasi insoutenable, le film se hisse à des sommets d'abominations qu'il est difficile de retranscrire".

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Der Weg Nach Eden (Robert Adrian Pejo, 1995) : "Sans atteindre les extrémités infernales des shockumentaries nippons, Der Weg Nach Eden n’en représente pas moins un spectacle d’une grande agressivité visuelle".

images

Des Morts - Of The Dead (Thierry Zeno, 1979) : "Le documentaire contient bon nombre de sacrifices animaliers, d'autopsies, le décès d'un malade en direct et en point d'orgue, l'exécution d'un combattant rebelle philippin qui finit enterré alors qu'il respire encore".

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Eccentric Psycho Cinema (Shinji Imaoka, 1998) : "Eccentric Psycho Cinema, c’est du hardcore pur et dur qui ne s’impose aucune limite de moralité".

ensuring your place in hell

Ensuring Your Place In Hell (?, 2000) : "Monstre ectoplasmique du cinéma ultra underground, ce shockumentary absolument hors du commun n'avait pas vocation à être vu par un large public".

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Executions (David Herman, Arum Kumar et David Monaghan, 1995) : "L'horreur est humaine ; tel aurait pu être le titre de ce shockumentary. Un documentaire argumenté et riche d'images d'archives parfois très rares, qui se démarque de ses congénères par l'intelligence et la sagacité de son propos".

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Flesh of the Void (James Quinn, 2017) : "Flesh Of The Void n'est pas un film qui retranscrit le cauchemar indicible d'un enfer ; c'est l'enfer lui-même qui s'est invité sur la pellicule d'un réalisateur en proie aux pires tourments existentiels".

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The Gateway Meat (Ron DeCaro, 2008) : "Tourné en underground et à la limite de l’amateurisme, le film de Ron DeCaro représente un immense défouloir dans lequel l’amateur de sensations fortes vient assouvir (...) ses instincts les plus avilissants"

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Genki Genki 21 (Daikichi Amano, 2009) : "Des saynètes où la violence et l'érotisme, puis la pornographie, évoluent crescendo jusqu'à basculer dans un chaos d'entrailles, de sperme et de sang".

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Graphic Sexual Horror (Anna Lorentzon et Barbara Bell, 2009) : "Non, Graphic Sexual Horrorn'est pas seulement un documentaire pornographique et sadomasochiste érigeant le bondage comme la quintessence du plaisir sexuel. Le film d'Anna Lorentzon et de Barbara Bell apparaît quasiment comme le témoignage mortifère d'un autre pan du porno".

GSKD (Cinéaste et date inconnus) : "GSKD : 4 lettres d'un anachronisme mystérieux pour définir l'enfer selon les japonais et leur cinéma ultra underground".

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Gusomilk - Episodes 1, 2, 3 et 4 (?, 2005 - 2014) : "Déjà maîtres dans "l'art" du sadomasochisme hard et de l'émétophilie sans limite, force est de constater que les nippons le sont aussi dans celui de la scatophilie la plus extrême, celle que l'on ne rencontre qu'aux tréfonds de l'ultra underground sulfureux, antre de toutes les démesures et toutes les aberrations".

headless

Headless (Arthur Cullipher, 2015) : "Headless (...) place le curseur de la violence à un niveau très largement supérieur aux vieux classiques qui ont hanté les cauchemars des adolescents de l'époque".

her name was torment

Her name was Torment (Dustin Mills, 2014) : "Le côté expérimental de l'oeuvre ne doit pas faire oublier que Her Name Was Torment est avant tout un film d'horreur. Une horreur terriblement graphique, qui n'épargne rien au spectateur dans les moindres détails de sa monstruosité".

house of sin

House Of Sin (Carter Stevens, 1982) : House of Sin (...) franchit un pas supplémentaire dans les déviances extrêmes et annonce, avec plus de trente ans d'avance, le déferlement d'excès graphiques étalés sans vergogne aujourd'hui sur la totalité des médias audiovisuels".

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Junk Films  (Kiyotaka Tsurisaki, 2006) : "Dans un style de pur reportage et sans aucun artifice, Tsurisaki saisit l'instantané de différentes situations mortelles. Caméra au poing, le réalisateur ne lésine pas sur les images chocs et nous propose souvent des plans insoutenables".

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Juvenile Crime (Gunji Kawasaki, 1997) : "uvenile Crime est un film ultra underground, quasiment inconnu, même des spécialistes du cinéma asiatique. Il se peut que l'extrême violence de sa réalisation et le douloureux sujet dont il traite soient les causes principales de la totale opacité qui entoure ce film".

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Kuso Limitless (Tohjiro, 2011) : "Évidemment Kuso Limitless est une oeuvre signée d'un Tohjiro pur jus, si je puis oser cette formule. Et le maître affiche une forme olympique avec un programme de festivités  en totale adéquation avec ses fondamentaux : du hardcore brutal, des fluides corporels à profusion et de l'humiliation perverse".

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The Life and Dead of a Porno Gang (Mladen Djordjevic, 2009) : "En moins de deux heures de bobine, le film de Mladen Djordjevic accumule à peu près tout ce que l'on peut de pire en matière de bassesse humaine : urophilie, sodomie masculine, snuff animalier, fellation d'un travesti sur un cheval, échange de seringues entre séropositifs et j'en oublie volontairement".

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Most Disturbed Person On Planet Earth - The Movie et Most Disturbed Person On Planet Earth 2 (Thomas Extreme CinemaGore, 2013 et 2014) : "Les ignominies présentées à l'écran sont si nombreuses que leur description en deviendrait fastidieuse, sans intérêt et pour tout dire, sadique".

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The Motel Files and Other Random Cuts (Marco Malattia, 2014) : "The Motel Files inflige au spectateur un maelstrom d'images en furie, mixées, compressées en un tourbillon dyslexique qui donne le tournis".

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NF713 (Michael Stamp, 2009) : "Si NF713n'est pas le snuff que certaines rumeurs annonçaient, le film n'en est pas moins d'une violence inouïe".

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No Vaseline (Marco Malattia, 2013) : "A l'opposé de l'industrie pornographique classique qui se contente de satisfaire la demande masturbatoire d'une clientèle essentiellement masculine par les produits généralistes et formatés, Malattia lui, en prend l'exact contre-pied pour plonger le spectateur dans un abîme de tourments sensoriels".

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Orozco The Embalmer (Kiyotaka Tsurisaki, 2001) : "Révoltant, traumatisant, Orozco The Embalmer l'est sans aucun doute. Il l'est d'autant plus que Tsurisaki n'hésite pas à faire étalage de cette horreur abrupte avec une certaine complaisance".

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Pain Gate : Scrum (?, 2014) : "Oui, Pain Gate : Scrum s’affiche tel un spectacle barbare, scandaleux, presque intolérable pour qui n’est pas un minimum aguerri à ce genre d’œuvres basées uniquement sur la « performance » et donc réalisées sans aucun trucage".

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Savage Man Savage Beast (Antonio Climati et Mario Morra, 1975) : "Considéré par beaucoup comme l'un des mondos les plus violents jamais réalisés, Savage Man Savage Beast n'a pas usurpé sa réputation en présentant un florilège d'images chocs".

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Sick : The life and death of Bob Flanagan (Kirby Dick, 1997) : " Ici, le spectateur est confronté de plein fouet non seulement à une maladie pernicieuse, mais aussi à son "traitement" radical par le malade lui-même".

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Snuff R73 (Collectif Snuff R73 § Clinton Teale, 2015) : "Snuff R73 rejoint sans aucun problème les horreurs du diptyque Most Disturbed Person On Planet Earth au sommet des pires immondices filmiques jamais créées pour composer un trio infernal au sommet de cette triste pyramide".

Squirmfest

Squirmfest (Susumu Saegosa, 1989) : "Incontestablement, nous tenons là un énorme poids lourd du cinéma trash dans ce qu'il a de plus infect et de repoussant".

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Tales From Deep Hell (Davide Pesca, 2016) : "En 2016, Davide Pesca, nouveau venu dans le cinéma extrême, fait grimper le niveau de plusieurs crans et accouche de Tales From Deep Hell, un film trash surpuissant qui mêle fantastique, gore et performances hardcore".

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The Taming of Rebecca (Phil Prince, 1982) : "Adepte d'une pornographie ordurière, Phil Prince accable le spectateur de détails ignobles qui lui donne la gerbe plus qu'il ne lui file le gourdin".

true gore

True Gore (M. Dixon Causey, 1987) : "Le snuff animalier n'est pas en reste avec une truie grillée vivante au chalumeau thermique ou un chat, vivant lui aussi, dont le crâne est partagé en deux afin d'en disséquer le cerveau".

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Tumbling Doll Of Flesh (Tamakishi Anaru, 1998) : "Effroyablement glauque, cette monstruosité filmique représente le voyage ultime au bout de l'horreur".

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Vomit Enema Extasy et Vomit Enema Extasy 2 (Tohjiro, 2009 et 2010) : "En ce qui me concerne, cette infamie cinématographique (?) représente le dernier pas de l'homme dans sa régression vers un avilissement total".

 

Coup d'Etat - 1973 (Plan de renouveau nippon)

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Genre : Drame, historique, expérimental (???)

Année : 1973

Durée : 1h50

 

Synopsis :

Dans ce por­trait du révo­lu­tion­naire Ikki Kita et de sa ten­ta­tive de coup d'État en 1936, Yoshida donne un nou­veau sens à la bio­gra­phie, lais­sant les ondu­la­tions de la pen­sée radi­cale pren­dre leur pro­pre tra­jec­toire.

 

La critique :

Je sais ce que vous vous dites à la lecture du synopsis : "Qu'est-ce qu'il a encore ramené sur Cinéma Choc celui-là ?". Et vous avez raison ! Qu'est-ce que j'ai ramené ? Je laisse cette question en suspens pour l'instant mais je dois bien avouer vouloir d'une petite accalmie niveau trash pour l'instant, afin de me ressourcer avant ce qui va débarquer dans un futur très proche (et croyez-moi que ça ne va pas y aller avec le dos de la cuillère !). Me ressourcer ? Vraiment ? Pas après avoir visionné cette pellicule très particulière en son genre. Et le mot est faible ! Une énième fois, c'est avec le sourire aux lèvres que je reviens avec un film de la prestigieuse, méconnue et sous-estimée Nouvelle Vague japonaise, partie intégrante d'un amour irréfragable envers le vieux cinéma nippon.
Plus d'une fois, je suis revenu sur l'exégèse de cette parcelle d'un cinéma honteusement peu mentionnée dans certaines encyclopédies cinématographiques. Que les esprits se permettent de souffler car je ne ferai pas un autre laïus exhaustif sur l'avènement de ce cinéma si ce n'est qu'il émergea d'un temps difficile pour le cinéma japonais malmené par la démocratisation croissante de la télévision. Une génération de cinéastes troublés par la Deuxième Guerre mondiale passée et les tensions sociales croissantes ont été quelque peu sollicités pour redonner un coup de souffle et aussi mettre fin à l'hégémonie du classicisme de Ozu, Mizoguchi et Naruse. Voilà les grandes lignes mais si vous remontez dans mes anciennes chroniques, à l'instar de Les Funérailles des Roses qui fut la première du style à être chroniquée, vous pourrez compter sur une définition un peu plus complète de ce courant.

Courant qui vit éclore des talents inespérés et, comble de tout, proprement inconnus d'une très grande majorité de la population de part chez nous. Ayant été comblé par mes trois premiers films de cette Nouvelle Vague (dont deux situés dans mon top 10), je voulais m'investir d'une mission qui est de vous faire découvrir le plus de pellicules s'articulant avec les codes de Cinéma Choc car tous n'entrent pas dans ses critères. Je prends l'exemple du très beau Le Lac des Femmes que je n'ai pas chroniqué car il s'agissait simplement d'un film d'amour désespéré.
A peu de choses près, il me semble avoir abordé au moins une fois la plupart des grandes pontes de ce courant mais ce n'est pas une raison pour s'arrêter. Les fanas de cinéma exigeant, pointilleux, anticonformiste, élitiste, peut-être même bobo seront enjoués de savoir que Yoshishige Yoshida (souvent appelé Kiju Yoshida) va revenir parmi nous pour clôturer décemment son cycle politique constitué de deux métrages d'importance qui m'auront donné d'énormes sueurs froides à chroniquer. Le premier, le splendide Eros + Massacre et ses 3h30 de visionnage philosophique. Le second, Purgatoire Eroïca, encore plus poussé dans l'expérimental, indéfinissable et qui fut à l'origine de l'un des plus difficiles billets que j'ai pu rédiger. Restait le troisième qui ne pouvait échapper aux faveurs du blog. A l'origine, il devait être chroniqué peu après le second mais comme le dit le vieil adage "mieux vaut tard que jamais". 

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ATTENTION SPOILERS : Dans ce por­trait du révo­lu­tion­naire Ikki Kita et de sa ten­ta­tive de coup d'État en 1936, Yoshida donne un nou­veau sens à la bio­gra­phie, lais­sant les ondu­la­tions de la pen­sée radi­cale pren­dre leur pro­pre tra­jec­toire.

Et voilà ! Comme d'habitude, avec Monsieur Yoshida, je me retrouve pantois devant la composition d'une chronique qui lorgnera clairement plus vers l'épreuve de force que vers le long fleuve tranquille. Ayant voulu glaner de plus amples informations sur l'Internet français, ce fut un désastre car il n'y avait pour ainsi dire pratiquement aucun site qui le détaillait de manière professionnelle. C'est alors que je tentais de me ressasser les deux expériences précédentes de son "triptyque révolutionnaire" axé sur les courants politiques frappant un Japon dans une période trouble. Avec Coup d'Etat, le réalisateur se redirige vers la structure de Eros + Massacre, tous deux caractérisés par la dimension du biopic. Si son auguste devancier traitait de l'anarchiste et poète Sakae Osugi, c'est à Ikki Kita que revient le privilège de bénéficier d'une adaptation cinématographique. Une petite parenthèse historique s'impose. Qui est cette personnalité ? Né en 1883 et mort en 1937, Ikki Kita était un intellectuel nationaliste japonais considéré comme un penseur d'extrême-droite. Il était nostalgique de la toute puissance impériale, des traditions et de l'indépendance du Japon vis-à-vis de l'étranger.
En 1936, avec les troupes contestataires de l'Armée Impériale, il va participer à la tentative du coup d'état connu sous le nom de l'incident du 26 février. Il sera finalement arrêté, jugé et exécuté (merci Wikipédia même si ta fiabilité n'est pas toujours de 100%). Dans le fond, dit comme ça, on pourrait s'attendre à une biographie standard dans la lignée de nombres qui soient sorties au cours du temps. Mais c'est sans compter sur le style sans nulle autre pareil de Yoshida qui va se faire un malin plaisir à annihiler les barrières du Septième Art pour imposer son propre style.

"Du point de vue du pouvoir, la gauche comme la droite, la révolution socialiste comme le régime impérialiste, ont les mêmes bases et ne sauraient être que des phénomènes parallèles.". Des propos décrits par lui en personne. Si l'on se risque à effectuer une comparaison, nous serions tentés de dire que Coup d'Etat pourrait être une combinaison du travail des deux oeuvres précédentes. D'abord, la dimension du biopic prise dans Eros + Massacre, de l'autre l'analyse socio-politique de groupes révolutionnaires observée dans Purgatoire Eroïca. Ikki Kita est comme Sakae Osugi, à savoir un penseur suscitant respect, attention et crédibilité. Lors de l'assassinat du président du groupe financier Yasuda par Asahi, un militant inspiré par les idées de Kita s'étant donné la mort par après, Kita va réaliser que ses pensées ont été traduites en actes. L'esprit de son livre "Plan du renouveau nippon" sera vu par les révolutionnaires comme une bible sur laquelle ils se baseront afin de mener à bien leurs projets.
Néanmoins, une fracture évidente est à pointer du doigt, s'inscrivant clairement dans la thématique traitée dans Purgatoire Eroïca. Une thématique évidente qui peut s'observer depuis la nuit des temps et encore maintenant en ces temps de troubles politiques. Comme vous devez sans doute le savoir, pour qu'un mouvement perdure dans le temps et soit efficace, il est indispensable qu'il bénéficie d'une structure d'action claire, précise et ordonnée. En l'occurrence, dans le cas présent, tout est disparate. Il ne semble pas y avoir d'organisation, ni de schémas d'action pensés. Tout ne laisse transparaître que chaos et incompréhension. Les militants se cherchent dans un mouvement qui les dépasse.

 

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Cette observation sera plus qu'évidente quand un jeune soldat, ardent patriote épris des idées de Kita, reçoit l'ordre de faire sauter une centrale électrique. Le courage lui fera défaut au dernier moment, incapable de mener à bien cet ordre. Avant de s'engager dans cela, aucune instruction de passer à l'action n'a été lancée, un sous-officier clame que le complot a échoué. La finalité de tout ceci est que les conspirateurs vont attaquer Nishida, l'ami de Kita, car pour eux Nishida est un traître. Si on lit attentivement ce paragraphe, que peut-on en tirer ? Un commandement désorganisé, des ordres lancés à la hâte et une violence absurde qui semble être sans le moindre fondement. Dans ces conditions, comment un mouvement peut-il perdurer et acquérir en crédibilité ?
Pire encore, il n'y a rien de conjoint entre les contestataires et l'idéologue vu que celui-ci refuse de donner des directives précises car les actes ne sont pas de son domaine, bien qu'il explique au soldat le sens du complot. En d'autres termes, c'est la confusion qui règne et cette confusion ne pourra que mener à la défaite d'un groupement qui n'a, semble-t-il, jamais été en mesure de tenir efficacement les rênes de la situation à un moment ou à un autre. 

L'autre parallélisme à faire est dans l'observation de ces nouvelles générations rêvant d'un idéal, loin de ce qu'il se trame actuellement au Pays du Soleil Levant. Elles sont guidées par une cause commune, un rêve global, n'aspirant toutes qu'à une vie meilleure qui leur permettra émancipation morale, épanouissement intellectuel et fierté existentielle. Cela étant représenté par ce soldat et ses yeux dans lesquels on peut voir une flamme de révolution brûler mais l'arme dans l'histoire est le courage et pour susciter le courage, il faut de la motivation. Or, comment motiver les troupes avec une structure de commandement absconse ? Même avec toute la volonté du monde, Yoshida prouve qu'un but commun s'acquiert par la solidarité. De cette biographie ne ressort que le drame et l'échec d'un complot avorté sans que le moindre rayon de soleil n'en vienne à booster des troupes que l'on ne verra quasiment jamais.
Un coup d'état basé sur du vide en fin de compte. Une question indispensable se pose : Coup d'Etat est-il difficile d'accès ? Alors, je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps car oui, sans surprise, le cinéaste se plaît dans son cinéma intellectuel et exigeant tout en baignant dans une lenteur de mise en scène non négligeable. Toutefois, il peut se voir comme le film le plus facile d'accès en comparaison des deux autres, et surtout de Purgatoire Eroïca, qui incorporaient une dimension expérimentale radicale. Ici, le doute persiste car il y a peu de dialogues philosophiques et métaphysiques. Reste à voir si vous saurez, malgré tout, endurer les 110 minutes.

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Et, au vu des images, un constat irrémédiable ressort. Yoshida n'a rien perdu de sa maestria à mettre en scène avec panache un film de toute beauté visuelle. "De la simplicité naquit l'excellence", voilà un terme que nous pourrions lui attribuer. On pourrait un peu le voir comme l'antithèse de réalisateurs comme Luchino Visconti qui se plaisaient à créer des décors fourmillant de détails. Ici, tout est épuré, d'un rendu triste et froid à l'image des protagonistes. Le noir et blanc peut être éclatant comme il pourra tendre dans le très sombre si l'on se base sur certaines séquences en intérieur. Une fois de plus, les cadrages sont toujours aussi bons. On apprécie la grande profondeur de champ dans ces longs couloirs comme celui de l'hôpital qui en est le plus flagrante illustration.
Au niveau auditif, les bruitages sont plutôt bons, ne prenant jamais une trop grosse place dans l'espace. Enfin, pour les acteurs, je vous laisserai seul juge de leur prestation volontairement monolithique qui se voyait déjà dans Purgatoire Eroïca. Cette dureté émanant d'eux semble naître d'une absence totale d'ambition, reflétant à son tour un manque évident de charisme. Un leader charismatique est la condition sine qua non pour magnétiser les troupes. L'histoire nous l'a suffisamment démontré, en bien ou en mal. Citons les principaux acteurs : Rentaro Mikuni, Yasuyo Matsumura, Yazuo Miyake, Akiko Kurano et Todahiko Kanno.

Ainsi soit-il, le cycle de Kiju Yoshida (ou Yoshishige Yoshida), consacré aux grands mouvements politiques, se voit finalement terminé dans une constellation de neurones broyés et éparpillés. Nul besoin de dire que cette trilogie m'aura donné du fil à retordre pour en voir le bout mais aussi une satisfaction de chroniquer des films rares et très peu représentés sur la Toile française (à l'exception de Eros + Massacre, bien plus connu si l'on peut dire). Que les esprits hostiles à cela se rassurent, Coup d'Etat est le film le plus facile d'accès de cette anthologie tout en n'écartant nullement une réelle difficulté d'accès qui risquera de faire fuir une grande majorité de la population. Film bobo hipster ?
Peut-être bien vu la dégaine du métrage mais quoi que l'on en dise, il est un archétype du cinéma de pointe, élitiste même, qui se doit d'être découvert par pure culture cinéphile. Si Eros + Massacre est incontestablement le chef d'oeuvre de ce cycle, attention à ne pas minorer la très bonne qualité de ses deux frères cadets qui posent de nombreux questionnements existentiels. Une chose est sûre, c'est que si vous recherchez des films riches en second niveau de lecture, alors Yoshida sera un cinéaste parfait pour vous. Une nouvelle fois, la Nouvelle Vague japonaise a frappé le blog d'une autre pellicule de choix, sans en être un incontournable non plus. Cependant, ne nous cachons pas que mon stock de films de ce genre à rentrer dans les colonnes du blog diminue mais ne croyez pas que ça sera fini de sitôt. 

 

Note : 14,5/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

05 juin 2019

Ichi The Killer (Critique et analyse du film en vidéo par les chroniques sous alcide)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose une critique et une analyse du film Ichi the Killer (Takashi Miike, 2001) publiée par les Chroniques sous alcide qui nous propose une vidéo disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=vpPB11OGoTc

Simetierre - 1989 (Quelque fois, la mort est préférable...)

simetierre 1989

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1989
Durée : 1h42

Synopsis : La famille Creed quitte Chicago et vient s'installer dans les environs de Ludlow, une paisible bourgade du Maine. Leur maison jouxte un cimetière d'animaux familiers situé sur les anciennes terres sacrées des indiens Micmacs. Le seul voisin des Creed est un vieil ermite. Une série d'accidents sanglants va rapidement transformer la vie des Creed en véritable cauchemar. 

 

La critique :

Aujourd'hui et même depuis plusieurs décennies, Stephen King est considéré l'un des chantres éminents du roman d'épouvante, mais pas seulement. Le célèbre grimaud possède d'autres solides arguties dans sa besace et a également sévi dans le fantastique, l'heroic fantasy, le thriller, la dramaturgie et même le registre policier. Pendant longtemps, il sera vilipendé et stigmatisé pour ce côté populaire et parfois pour une écriture qui manquerait (un verbe à mettre au conditionnel...) d'étayage, voire de perspicacité. Mais peu importe, le cacographe attise prestement les ferveurs du noble Septième Art. De nos jours, on ne compte même plus les productions cinématographiques issues, inspirées (librement ou non), voire adaptées d'un opuscule ou d'une nouvelle de Stephen King.
A juste titre, le maître de l'épouvante s'est arrogé la couronne de figure notoire, voire proverbiale dans la culture américaine.

Mieux, son cryptonyme voluptuaire s'est même expatrié à l'étranger et donc en dehors de ses frontières américaines. Les thuriféraires de Stephen King n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Carrie au bal du Diable (Brian de Palma, 1976), Creepshow (George A. Romero, 1982), Shining (Stanley Kubrick, 1980), Les démons du maïs (Fritz Kiersch, 1984), Dead Zone (David Cronenberg, 1987), Les Evadés (Frand Darabont, 1994), Stand By Me (Rob Reiner, 1986), Christine (John Carpenter, 1983), The Mist (Frank Darabont, 2007), Misery (Rob Reiner, 1990), ou encore La Ligne Verte (Frank Darabont, 1999) parmi les adaptations les plus probantes.
Vient également s'additionner Simetierre, réalisé par la diligence de Mary Lambert en 1989. Cette dernière a tout d'abord démarré sa carrière cinématographique dans le clip vidéo.

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C'est dans ce contexte qu'elle signe les vidéos clips de Madonna, notamment Like A Virgin, Borderline et Like A Prayer. Mary Lambert réalise son tout premier long-métrage vers le milieu des années 1970, Rapid Eye Movements (1977), par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales. A postériori, elle enchaînera avec Siesta (1987), Grand Isle (1991), Le prix du désir (1997), Les Sorcières d'Halloween 2 (2001), Urban Legend 3 - Bloody Mary (2005), Mega Python Vs. Gatoroid (2011) et dernièrement L'île du mensonge (2015).
Simetierre reste donc sa réalisation la plus notoire, à tel point que Mary Lambert sera également l'instigatrice d'une suite, sobrement intitulée Simetierre 2 (1992). Par ailleurs, le film originel a récemment connu un remake éponyme, cette fois-ci réalisé par les soins de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer en 2019.

Simetierre premier du nom se soldera par un succès pharaonique au box-office américain et parviendra même à s'ériger, durant trois semaines, à la première place (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Simetierre_(film,_1989). Sagace, Mary Lambert s'adjoint les services et l'érudition d'un Stephen King émérite derrière le scénario de cette adaptation cinématographique. Mieux, au fil des années, Simetierre s'octroie hâtivement la couronne fastueuse de film culte en raison de son sujet morbide, à savoir la perte d'un enfant, puis prestement ressuscité par les imprécations d'un cimetière maléfique. Corrélativement, Simetierre remporte le prix du public lors du festival international du film fantastique d'Avoriaz.
Reste à savoir si cette production horrifique mérite autant de louanges et de dithyrambes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... 

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Pendant longtemps, Tobe Hooper et Tom Savini seront sérieusement envisagés, et même approchés pour réaliser ce film. Mais pour des raisons d'emploi du temps, les deux augustes réalisateurs déclineront poliment l'invitation. Le long-métrage échoit alors entre les mains peu expertes de Mary Lambert, un choix pour le moins déconcertant puisque cette dernière est surtout abonnée aux téléfilms et aux longs-métrages adventices. La distribution de Simetierre premier du nom se compose de Dale Midkiff, Denise Crosby, Fred Gwynne, Miko Hughes, Brad Greenquist, Blaze Berdahl et Susan Blommaert. A noter que Stephen King lui-même vient s'agréger aux inimitiés dans le rôle d'un prêtre.
Pour la faribole superfétatoire, c'est Bruce Campbell qui devait initialement tenir le rôle principal, celui de Louis Creed, mais finalement Dale Midkiff lui sera préféré.

Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film ! Attention, SPOILERS ! La famille Creed a la très mauvaise idée de quitter Chicago pour s'installer dans les environs de Ludlow, paisible bourgade du Maine. Leur maison jouxte un cimetière d'animaux familiers qui se trouve être sur les terres sacrées des indiens Micmacs. Ils ont pour unique voisin un étrange et vieil ermite. Une série d'accidents mortels va transformer en cauchemar la paisible vie des Creed. Un terrible accident arrive au petit Gage, il se fait écraser par un camion et personne n'a pu le sauver.
Détruit par cette tragédie, Louis Creed décide d'enterrer son fils dans le cimetière indien pour qu'il revienne à la vie... Indubitablement, Simetierre est marqué par le sceau irréfragable de Stephen King. 
L'auteur orfèvre dirige sourcilleusement les opérations sur le plateau de tournage, ainsi qu'un scénario qu'il maîtrise, affine et diligente à la perfection.

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C'est sûrement pour cette raison que Simetierre est autant imprimé par cette ambiance macabre et méphitique. En outre, il est difficile de cerner le style cérémonieux de Mary Lambert. Certes, la réalisatrice remplit doctement son office et se contente de suivre précautionneusement les instigations emphatiques de Stephen King. Car autant l'annoncer sans ambages. La mise en scène de Simetierre n'est pas la qualité proéminente du film. En outre, la réalisation fait davantage songer à un téléfilm subalterne. Si Simetierre peut s'enhardir d'un sujet spinescent, à savoir la perte éminemment douloureuse d'un enfant, il souffre curieusement d'un manque flagrant d'étayage.
Pourtant, tous les éléments sont ici coalisés pour signer un grand film d'épouvante : la famille américaine guillerette et lambda, un cimetière qui jouxte leur demeure opulente, un vieil ermite qui semble connaître les mystérieux arcanes de ce lieu lugubre et comminatoire, des vieux fantômes qui réactivent la mémoire sinistre de cette nécropole et, in fine, des animaux revanchards et exhumés de leurs sépulcres.

Ainsi, Simetierre amalgame sans fard des zombies putrescents et des enfants criminels sur fond d'homicide, d'infanticide et de parricide ; de quoi révulser et estomaquer les persistances rétiniennes. Paradoxalement, tous ces sujets sont traités avec parcimonie. Avaricieuse, Mary Lambert se polarise presque exclusivement sur le drame familial, mais omet de peaufiner ses divers protagonistes. En sus, il faudra aussi se contenter de maquillages et d'effets spéciaux joliment surannés. Pourtant, Simetierre cogne, étrille et rudoie là où ça fait mal. Sur la forme, on pourrait le voir et le considérer comme un nouvel avatar de Shining (déjà susmentionné dans ses lignes), l'épouvante et la neurasthénie jubilatoire en moins. Mais là aussi, il est bien question d'une famille qui se délite et périclite sous l'égide d'une terreur ineffable. Sur ce dernier point, Simetierre offre et opacifie quelques moments de grâce, aussi solennels que gravissimes. Cependant, nonobstant certains attributs et certaines qualités indiscutables, Simetierre n'est pas non plus cet uppercut abominable, et encore moins ce film culte et somptuaire décrié par certains laudateurs un peu trop extatiques. En l'état, Simetierre reste un long-métrage d'épouvante tout à fait probe et recommandable, mais qui aurait sans doute mérité un metteur en scène beaucoup plus vétilleux pour parfaire et étayer certaines thématiques mélancoliques. Pour une fois, la réalisation d'une nouvelle version - un remake en l'occurrence - se justifie amplement.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver