Cinéma Choc

25 février 2017

Misery (Coup de blizzard)

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Genre : thriller (interdit aux - 12 ans)
Année : 1990
Durée : 1h47

Synopsis : Paul Sheldon, romancier et créateur du personnage de Misery dont il a écrit la saga est satisfait. Il vient enfin de faire mourir son héroïne et peut passer à autre chose. Il quitte l'hôtel de montagne où il a l'habitude d'écrire et prend la route de New York. Pris dans un violent blizzard, sa voiture dérape dans la neige et tombe dans un ravin. Paul Sheldon doit son salut à Annie Wilkes, infirmière retraitée qui vit dans un chalet isolé. Annie est justement une supporter inconditionnelle de la belle Misery. 

La critique :

Parmi les nombreux ouvrages de Stephen King, le maître de la littérature d'épouvante, certains opuscules sont plus personnels et introspectifs. C'est par exemple le cas de Dead Zone, Ca et Le Corps, une nouvelle sur l'adolescence publiée dans le recueil Différentes Saisons. Vient également s'ajouter Misery, publié en 1987. Déjà, à l'époque, Stephen King est au faîte de la gloire.
Si le livre s'inspire librement d'une nouvelle, The Man who loved Dickens, d'Evelyn Waugh, il invente un nouveau concept. On connaissait le procédé du film dans le film, mais pas celui du "livre dans le livre". Ainsi, la star d'un roman, la fameuse Misery, vient s'immiscer dans le quotidien ou plutôt le calvaire de Paul Sheldon, un écrivain à succès. Mutin, Stephen King transforme ce huis clos hivernal en géhenne inextricable, s'interrogeant par ailleurs sur sa propre postérité.

Evidemment, un tel scénario inspire une adaptation cinématographique éponyme et réalisée par les soins de Rob Reiner en 1990. En outre, le producteur et réalisateur américain a signé plusieurs films notoires, entre autres, Quand Harry Rencontre Sally (1989), Spinal Tap (1984), Des hommes d'honneur (1992), Le Président et Miss Wade (1995) ou encore Les Fantômes du passé (1996).
Ce n'est pas la première fois que Rob Reiner adapte un roman ou une nouvelle de Stephen King au cinéma. En effet, le cinéaste s'est déjà distingué avec Stand By Me en 1986. Mais, avec Misery, Rob Reiner s'attaque à un tout autre registre : le thriller matiné de huis clos et obombré par les tempêtes hivernales. La distribution du film réunit James Caan, Kathy Bates, Lauren Bacall, Frances Sternhagen et Richard Farnsworth.

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De surcroît, Rob Reiner joue les Alfred Hitchcock via une courte apparition et dans le rôle d'un pilote d'hélicoptère. Attention, SPOILERS ! (1) Romancier à succès, Paul Sheldon est le créateur de la saga Misery, mais, pour son dernier roman, il a décidé de faire mourir son personnage qui lui a apporté le succès afin de passer à autre chose. Après avoir fini d'écrire son tout nouveau roman, il quitte le chalet où il se ressource. Au volant de sa voiture, une Ford Mustang 1965, sous un blizzard, la visibilité sur la route étant presque nulle, il finit par avoir un accident et est secouru par Annie Wilkes, une infirmière, admiratrice de Misery. Gravement blessé, il est soigné par cette infirmière apparemment bienveillante, qui vit seule dans une maison isolée, mais Paul ne va pas tarder à voir sa convalescence tourner au cauchemar quand Annie, lisant le dernier roman de Misery, découvre que son héroïne préférée est morte.

Elle va alors le séquestrer afin qu'il écrive un nouveau livre intitulé Le Retour de Misery, faisant revenir à la vie le personnage que Paul a voulu faire disparaître. Paul va devoir tenter de sortir vivant de cet enfer avant qu'Annie ne commette l'irréparable. (1) Premier constat, à travers ce synopsis exhaustif, on retrouve certains éléments bien connus de l'univers de Stephen King, notamment cette brume (The Mist...) sourdant du néant et préfigurant une menace indicible.
C'est donc à l'abri des regards qu'une certaine Annie Wilkes vient secourir un Paul Sheldon à l'agonie. En l'occurrence, ce personnage énigmatique est quasiment le pendant féminin du croquemitaine, à la seule différence que cette femme bedonnante arbore un visage (en apparence) courtois et magnanime.

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Infirmière émérite (enfin si on veut...), cette dernière prodigue des soins à son nouveau convive dans son chalet claustré au milieu de nulle part. Mais, très vite, l'endroit enneigé se transmute en goulag et en huis clos étriqué. Pis, le grimaud, confiné dans son lit puis dans une chaise roulante, est la victime de sa libératrice, hélas transformée en bourreau et en tortionnaire. Rob Reiner s'ébaudit de cet oxymoron et complexifie volontairement son récit.
Par certains aspects, le film n'est pas sans rappeler certains faits divers, notamment le meurtre de John Lennon par un fan écervelé. En l'occurrence, la trajectoire de Paul Sheldon est tout aussi funeste et comminatoire. Si Rob Reiner respecte les grandes lignes de l'opuscule original, on relève tout de même quelques différences notables.

Effarouché par le livre de Stephen King, le cinéaste décide d'éluder rapidement certaines séquences gore et stridulantes. C'est par exemple le cas lorsque Annie Wilkes brise les deux pieds de Paul Sheldon. Toutefois, Misery (le film) ne repose pas uniquement sur le duo ou plutôt sur l'affrontement entre Kathy Bates et James Caan... Même si le chalet distille, ici et là, plusieurs détails qui reflètent la psychopathie sous-jacente de cette infirmière. Réduit à quia, le grimaud découvre plusieurs articles de presse et le scandale qui nimbe ce personnage hébéphrénique.
La figure de Paul Sheldon est indissociable de l'héroïne qu'il a créée, donc la fameuse Misery, un personnage de fiction qui a contribué à façonner sa notoriété. Mais l'auteur souhaite mettre un terme définitif à ses aventures, au grand dam d'Annie Wilkes, provoquant ainsi l'ire de la sociopathe.

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Dès lors, le scénario se complexifie au fil du récit. Le prochain roman ne doit plus être l'opuscule de Paul Sheldon mais suivre le cheminement psychopathique de la tortionnaire azimutée. Les notions de temps et d'espace tiennent ici une place prépondérante. Dans ce carcan anxiogène, Rob Reiner s'interroge sur la personnalité de l'écrivain et sur ce qui le différencie de son univers fantasmagorique. Une césure qui échappe évidemment à toute logique rationnelle, comme l'atteste l'extatisme d'Annie Wilkes.
Le bourreau peut aussi se transformer en libérateur et inversement. Quant au blessé, il peut se transmuer à son tour en criminel. Derechef, la dialectique s'oblitère et se renverse au fil du récit. Bref, ce coup de blizzard délivre bel et bien l'uppercut annoncé sans verser dans l'outrance ni l'excessivité. In fine, Rob Reiner peut s'appuyer sur la composition magistrale de Kathy Bates, plus terrifiante que jamais.

Note : 16/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Misery_(film)


24 février 2017

La Quatrième Dimension - La Petite Fille Perdue (Imbrications interdimensionnelles)

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Genre : fantastique, science-fiction
Année : 1962

Durée : 25 minutes environ

Synopsis : En pleine nuit, Chris et Ruth Miller sont réveillés par les pleurs de leur petite fille Tina, 6 ans. Bien qu'il cherche sa fille, Chris ne la trouve pas, mais il continue de l'entendre, et la voix vient de sous le lit de l'enfant. Le chien court sous le lit et disparaît lui aussi brusquement. Aidés par Bill, un ami professeur de physique, le couple cherche leur enfant et le chien. Bill comprend qu'une porte s'est brusquement ouverte sur la quatrième dimension, et que la fille et l'animal y sont entrés

La critique :

Est-il encore nécessaire de présenter La Quatrième Dimension - aka The Twilight Zone (dans la langue de Shakespeare) - cette célèbre série télévisée américaine qui a connu un succès triomphal entre 1959 et 1964, soit cinq saisons au total et comprenant 138 épisodes ? A la lisière entre la science-fiction et le fantastique, La Quatrième Dimension propose à chaque fois un épisode différent et présenté par Rod Serling, à la fois le créateur et le narrateur de la série.
Aujourd'hui, le blog Cinéma Choc vous propose une critique et une analyse de La Petite Fille Perdue, soit le 26e épisode de la saison 3. Ecrit par Richard Matheson (à qui l'on doit déjà plusieurs opuscules de prestige, notamment L'Homme Qui Rétrécit et Je suis une légende, entre autres) et réalisé par Paul Stewart, la distribution de ce nouvel épisode réunit Charles Aidman, Robert Sampson, Sarah Marshall et Tracy Stratford.

Attention, SPOILERS ! (1) En pleine nuit, Chris et Ruth Miller sont réveillés par les pleurs de leur petite fille Tina, 6 ans. Bien qu'il cherche sa fille, Chris ne la trouve pas, mais il continue de l'entendre, et la voix vient de sous le lit de l'enfant. Le chien court sous le lit et disparaît lui aussi brusquement. Aidés par Bill, un ami professeur de physique, le couple cherche leur enfant et le chien.
Bill comprend qu'une porte s'est brusquement ouverte sur la quatrième dimension, et que la fille et l'animal y sont entrés. Grâce à ses connaissances mathématiques, Bill dessine la porte sur le mur derrière le lit. Ils n'ont que quelques minutes pour faire venir l'enfant jusqu'à la porte avant que celle-ci ne se referme pour toujours (1). En l'occurrence, La Petite Fille Perdue marque un tournant rédhibitoire dans The Twilight Zone.

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En effet, pour la première fois, l'existence d'une quatrième dimension est clairement évoquée par l'un des principaux protagonistes, en l'occurrence Bill (Charles Aidman), un éminent scientifique qui possède de solides connaissances sur la science quantique. Pour Rod Serling, la quatrième dimension ne correspond pas seulement au temps qui passe. Elle constitue également un univers parallèle qui semble échapper à toute logique rationnelle. En l'occurrence, Rod Serling joue les visionnaires et fait preuve de médiumnité. Nous ne sommes qu'en 1962, mais déjà à l'époque, le créateur de The Twilight Zone annonce l'existence "d'imbrications interdimensionnelles".
Un jargon scientifique corroboré par Bill lui-même à un couple éploré par la disparition de leur fillette de six ans (tout au plus...). 

Pour Rod Serling, il existe dans notre monde contemporain, déjà sous l'égide de la technologie et de la science moderne, des réalités et des mondes qui nous échappent. Mondes qui seraient en corrélation avec notre propre univers sans que nous en ayons conscience. Rod Serling l'ignore encore, mais il vient de donner naissance à la théorie des cordes, plus connue sous le nom de la physique quantique. En résumé, notre monde serait traversé par d'autres dimensions.
Dimensions dans lesquelles nous pouvons, par inadvertance, nous infiltrer. Pis, ces dimensions invisibles pourraient même influencer le cours de notre existence... en particulier dans La Quatrième Dimension ! Mais Bill et ses fidèles prosélythes doivent faire preuve de vaillance et de pugnacité pour vaincre un monde parallèle qui semble échapper à toute explication scientifique.

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Après avoir minutieusement fouillé toutes les pièces de la maisonnée, le scientifique et ses ouailles parviennent à dessiner une porte fictive à l'aide d'une craie. Pour le patriarche, Chris Miller (Robert Sampson), il est temps d'aller chercher sa fillette de l'autre côté du miroir (ou plutôt du mur...). Hélas, ce nouveau monde n'a rien d'un Eldorado. Confinée dans les ténèbres et dans un monde crépusculaire, la petite Tina (Tracy Stratford) pousse des cris d'orfraie.
Le fidèle canidé de la famille part à sa rescousse. Le père fait évidemment preuve de mansuétude et passe à travers cette porte fictive et interdimensionnelle... Mais pas à n'importe quelle condition... C'est d'ailleurs la grande révélation de cet épisode. Cette interpénétration dimensionnelle est appelée à se refermer. Inexorablement. Tenu vaille que vaille par le scientifique aguerri, Chris parviendra à ramener Tina dans notre monde réel. L'abnégation du savant finira par payer.
Sans son soutien indéfectible, une partie du corps de Chris serait restée à jamais dans cette autre dimension, l'autre moitié gisant dans notre réalité... Bref, on tient là un épisode complexe qui fait appel à l'érudition du spectateur avisé. Pour les fans, La Petite Fille Perdue constitue l'un des épisodes les plus savoureux et surtout les plus effrayants de toute la série. Bien des années plus tard, cet épisode inspirera, entre autres, le scénario de Poltergeist (Tobe Hooper, 1982).

Note : 16/20

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(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_26_:_La_Petite_Fille_perdue

Halloween 2 - 1981 (Le "Mal" est toujours en liberté)

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Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 1981
Durée : 1h31

Synopsis : Michael Myers, échappé de l'hôpital psychiatrique, sème de nouveau la terreur dans la petite ville d'Haddonfield. Les habitants fêtent Halloween, la nuit des sorcières et la police a bien du mal à démasquer le meutrier. 

La critique :

1978. Une date éminente dans l'histoire du cinéma horrifique avec la sortie d'Halloween, la nuit des masques, réalisé par John Carpenter. Le film signe l'avènement du slasher au cinéma grâce à Michael Myers, un sociopathe qui se cache derrière un masque d'albâtre. Si le long-métrage se solde par un succès triomphal, il marche dans le sillage et la continuité de Black Christmas (Bob Clark, 1974), souvent considéré comme le tout premier slasher.
Pour certains cinéphiles avisés, le genre connaît même ses prémisses et son apogée avec Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) et Le Voyeur (Michael Powell, 1960). En vérité, Halloween la nuit des masques signe surtout la quintessence du croquemitaine au cinéma, de ce tueur énigmatique et insaisissable, au grand dam du Docteur Loomis, le psychiatre de Michael Myers.

Suite au succès commercial du premier film, les producteurs, Irwin Yablans et Mustapha Akkad, envisagent rapidement une suite. Ce sera Halloween 2, cette fois-ci, réalisé par Rick Rosenthal en 1981. Peu enthousiaste, John Carpenter décide néanmoins de griffonner le scénario du film, avec la collaboration de Debra Hill. Halloween 2 doit respecter l'essence du premier chapitre et surtout ne pas s'enliser dans une franchise turpide et mercantile.
Une hérésie. Bientôt, le tueur d'Haddonfield se transmutera en une saga fastidieuse, puis en remakes (Halloween en 2007 et Halloween 2 en 2009) sous l'égide de Rob Zombie. A l'instar d'Halloween, la nuit des masques, le remake subira lui aussi un relooking, toujours sous la caméra ensanglantée de Rob Zombie.

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A l'origine, Halloween 2 version Rick Rosenthal est censé clôturer la saga en apothéose. Dans un premier temps, Irwin Yablans et Mustapha Akkad envisagent de tourner un film d'horreur en 3D, mais cette idée saugrenue est rapidement évincée au profit d'un slasher classique et dans la grande tradition du premier. La distribution du film réunit Jamie Lee Curtis, Donald Pleasence, Dick Warlock, Lance Guest, Leo Rossi, Tawny Moyer, Ana Alicia et Ford Rainey.
Contrairement à son illustre devancier, Halloween 2 se soldera par un bide commercial. Tout du moins, il ne renouvellera pas les performances (financières) de son auguste épigone. Quant au scénario du film, il reprend les choses là où elles se sont arrêtées dans le premier volet.

Attention, SPOILERS ! Après la frénésie meurtrière le soir d'Halloween, (1) Michael Myers demeure dans les parages, après avoir été touché par le docteur Loomis, à six reprises. Désormais, il est dans un hôpital où Laurie Strode est soignée. Et c'est d'ailleurs la raison de sa présence car il veut la trouver pour la tuer. Mais l'équipe entière du shérif est à sa recherche. Cependant, seuls Loomis et Brackett sont certains de la présence de Myers, d'autres croient qu'il est mort carbonisé.
Durant sa cavale, Myers va encore laisser échapper foule de meurtres. (1) Vous l'avez donc compris. Le scénario ne brille pas vraiment par sa sagacité ni son ingéniosité. En résumé, on prend les mêmes (ou presque...) et on recommence. A la seule différence (notable) que John Carpenter n'est plus derrière la caméra.

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Pour Halloween 2, le cinéaste fait appel à l'oeil avisé de Tommy Lee Wallace. Mais celui-ci, occupé à d'autres projets, se désiste. John Carpenter obtient alors l'approbation de Rick Rosenthal, qui signe donc son tout premier long-métrage. Mutin, ce dernier applique à la lettre et à la virgule près la recette qui a fait le succès du premier film. Halloween 2 débute donc sur la disparition inopinée de Michael Myers. Le sociopathe vient de recevoir six balles dans le corps, mais il se tapit encore quelque part dans la ville d'Haddonfield. Blessée et effarouchée, Laurie Strode est hospitalisée en urgence.
Le cauchemar n'est pas terminé, loin de là. Premier constat, la musique terrifiante du premier film a elle aussi subi quelques changements pour se transformer en bande sonore électronique et stridulante.

En outre, Rick Rosenthal ne parvient jamais (ou trop rarement) à reproduire le choc de son prédécesseur. De surcroît, le cinéaste accumule les séquences sanglantes et duplique, à satiété, les saynètes horrifiques du premier volet : l'apparition impromptue de Myers dans le rétroviseur d'un véhicule, une chasse au boogey man dans la ville et un croquemitaine à priori invulnérable qui assassine à la chaîne.
Si Halloween 2 ne parvient pas vraiment à se démarquer du premier volet, il reste néanmoins un slasher tout à fait recommandable ; notamment dans sa dernière partie, lorsque Michael Myers pénètre enfin dans l'enceinte de l'hôpital. 
Ensuite, malgré son statut de slasher "bâtard", Halloween 2 dissémine, ici et là, quelques petites peccadilles. Ainsi, le long-métrage effectue un rapprochement familial (et surprenant) entre la figure comminatoire de Myers et celle de Laurie Strode, reliés à jamais par ce trauma originel. A l'inverse, Halloween deuxième du nom signe également la fin de la franchise, tout du moins, en termes de qualité. Seul, Halloween 3 : Le Sang du Sorcier (Tommy Lee Wallace, 1983) proposera une autre vision d'une nuit cauchemardesque et sous l'égide d'une terrible malédiction.
Par la suite, la franchise s'enlisera dans les suites stériles. Il faudra attendre 2007 et le remake de Rob Zombie pour voir le sociopathe renaître de ses cendres.

Note : 12.5/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film  sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Halloween_2

23 février 2017

Murder Set Pieces (Chronique d'un serial killer)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans) 
Année : 2004
Durée : 1h31

Synopsis : Un photographe de mode est atteint de pulsions meurtrières envers les modèles qu'il rencontre au hasard. La soeur de sa petite amie développe des soupçons prononcés envers cet être cynique et froid, jusqu'à mettre sa jeune vie en péril. 

La critique :

Indiscutablement, c'est un parfum d'hérésie et de scandale qui nimbe Murder Set Pieces, réalisé par Nick Palumbo en 2004. Précédé d'une réputation sulfureuse, voué à l'opprobre et aux gémonies, le long-métrage ne sortira en France qu'en 2007, direction le bac à dvd. Dans d'autres pays, notamment en Irlande, en Norvège et au Royaume-Uni, Murder Set Pieces est carrément banni.
D'une durée initiale d'une heure et 31 minutes (pour être précis), le film se voit écourté de 23 précieuses minutes, pour un format (cut) de 68 minutes au final. La raison ? Murder Set Pieces ne fait pas dans la dentelle et montre plusieurs séquences réalistes de tortures, de meurtres et de viol sur des jeunes femmes et même des adolescentes. A l'origine, le long-métrage est conçu comme le remake de Maniac (William Lustig, 1980).

Pour mémoire, le film de William Lustig fait désormais partie des grands classiques du cinéma horrifique. Cette plongée dans les ténèbres et dans la psyché d'un psychopathe marque durablement les persistances rétiniennes. Au moment de sa sortie, Maniac suscite lui aussi les invectives et les quolibets. Joe Spinell, plus terrifant que jamais, interprète le sociopathe et ce prédateur qui torture et supplicie des jeunes femmes anonymes dans les bas-fonds de la ville.
Avec Murder Set Pieces, l'objectif de Nick Palumbo est de proposer une nouvelle lecture de cette figure machiavélique, tout en déployant d'autres thématiques, notamment le nazisme, l'antisémitisme et les attentats du 11 septembre. Ce mal semble incarné par les tares de notre société consumériste et hédoniste. 

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Telle est l'idéologie prégnante de Murder Set PiecesHélas, le long-métrage est taxé de "raciste" par ses nombreux contempteurs. Ce qui explique toute la controverse et la censure autour de cette oeuvre scandaleuse et polémique. Reste à savoir si cette pellicule est bel et bien l'uppercut annoncé. En outre, la réponse est plutôt pondérée. Une thèse que nous développerons par la suite.
La distribution du long-métrage réunit Sven Garrett, Tony Todd, Cerena Vincent, Gunnar Hansen, Edwin Neal et Jade Risser. En outre, le scénario de Murder Set Pieces est de facture classique et conventionnelle. Attention, SPOILERS ! Un photographe de mode est atteint de pulsions meurtrières envers les modèles qu'il rencontre au hasard. La soeur de sa petite amie développe des soupçons prononcés envers cet être cynique et froid, jusqu'à mettre sa jeune vie en péril.

Certes, sur la forme comme sur le fond, Murder Set Pieces est bien le digne épigone de Maniac. Mais William Lustig, réalisateur du film initial, tance et vilipende la pellicule de Nick Palumbo. Non, Murder Set Pieces ne deviendra pas et ne sera pas le remake officiel de Maniac. En l'occurrence, il faudrait plutôt parler d'un remake officieux. Nick Palumbo est fustigé par son idole et doit se résoudre à sortir le film sans l'aval de son mentor. Et pourtant, les 45 premières minutes de Murder Set Pieces sont plutôt mitigées. Contre toute attente, le long-métrage n'est pas le festival de gore et de tripailles annoncées, tout du moins, dans sa première partie, assez fastidieuse, il faut bien le dire.
Ainsi, cette première section se centre sur le quotidien et les activités professionnelles de son tueur en série.

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En outre, le psychopathe du film ne ressemble pas vraiment à Leatherface, le "maniac" de Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974). Bien au contraire. L'homme est même régulièrement aguiché par de belles jeunes femmes. Ensuite, le criminel les entraîne chez lui pour des prétextes futiles, à chaque fois pour prendre des clichés de leur joli minois. Puis, la série de photographies se transforme en viol puis vers une descente inextinguible vers les limbes de l'enfer, plus précisément dans la cave ensanglantée du forcené. Alors que ce dernier s'adonne à son exercice favori, à savoir ses longues séances de musculature, plusieurs cadavres de femmes gisent et exhalent leur dernier soupir.
C'est la seconde partie du film, cette fois-ci beaucoup plus sanguinolente. En l'occurrence, Nick Palumbo fait preuve d'ingéniosité dans les meurtres et les tortures infligées aux victimes.

Murder Set Pieces brille surtout par son nihilisme et son réalisme brut de décoffrage, Nick Palumbo ne nous épargnant aucun détail morbide. Les activités sexuelles et meurtrières du sociopathe inquiète une jeune éphèbe qui se retrouve dare-dare entre plusieurs dépouilles atrocement mutilées. Chaque meurtre est régulièrement entrecoupé par des flashback, puis par des images des attentats du 11 septembre. Le psychopathe du film voue une véritable fascination pour les exactions perpétrées par les nazis. Hélas, on ne comprend pas très bien le rapport, à priori intrinsèque, entre ses activités psychopathiques et cette fantasmagorie sous-jacente.
De surcroît, l'interprétation de Sven Garrett en maniaque sexuellement aboulique n'aide pas vraiment le film à déployer ses thématiques eschatologiques. D'où une impression assez mitigée lors du générique final. Si en matière de gore et de séquences extrêmes, le long-métrage tient les promesses annoncées, il n'atteint jamais la quintessence de Maniac ni de Massacre à la Tronçonneuse, deux oeuvres déjà précitées. En outre, Frank Khalfoun, le réalisateur du remake officiel et homonyme sorti en 2015, rendra une copie bien plus éloquente. Ce qui méritait d'être souligné.

Note : 11/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

22 février 2017

Modus Anomali - Le Réveil de la Proie (L'homme devient une proie pour l'homme)

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Genre : Thriller, survival (interdit aux moins de 12 ans)

Année : 2012

Durée : 1H27 

L’histoire : Au cœur d’une immense forêt inconnue, un homme se réveille après avoir été enterré vivant. Il n’a plus aucun souvenir de ce qui s’est passé et de qui il est. Mais il va vite réaliser qu’il est en réalité la proie d’un tueur sadique qui veut l’éliminer lui et le reste de sa famille perdue dans la forêt.

La critique :

L’une des mes claques cinématographiques les plus récentes est un film indonésien réalisé par un certain Joko Anwar en 2012. Ce film, c’est Modus Anomali : Le réveil de la proie. A sa sortie, le film a reçu un accueil mitigé. Certains médias y ont vu un coup de maître (comme Mad Movies par exemple), d’autres en revanche, ont aussi trouvé le film invraisemblable et ennuyeux (comme TF1 News, c’est dire la référence !). Pour ma part, je ne crierai pas au génie mais presque. 
Je me situe donc évidemment dans la première catégorie. Car en effet, ce film, méconnu du grand public, repousse certaines limites cinématographiques. En réalité, Modus Anomali ressemblerait à un croisement entre DélivrancePredatorVendredi 13 et Funny Games.

Il est d’ailleurs assez difficile de parler de ce film sans trop en dire, un peu comme pour L’Echelle de Jacob (même si les deux n’ont strictement, mais alors strictement rien à voir !). Attention SPOILERS ! Un homme enterré vivant se réveille et parvient à sortir de sa sépulcre. Il réalise alors qu’il est perdu en plein cœur d’une gigantesque forêt inconnue. Il prend son portable et se rend compte qu’il n’y a plus aucun contact. Il réalise soudain qu’il ne se souvient plus de rien, ni même de son propre nom. 
Il se met alors à courir, paniqué dans la forêt, à la recherche d’aide. Dans son portefeuille, il trouve des photos de lui et de sa famille dont il n'a presque plus aucun souvenir. Dans la forêt, il finit par trouver une petite maison en bois. A l’intérieur, se trouve notamment un caméscope branché sur la télé et sur lequel il y a un mot demandant de visionner la vidéo.

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L’homme exécute l’ordre et découvre sa femme enceinte en train de se faire percer le ventre à coup de couteau par un chirurgien masqué. Paniqué, l’homme cherche à fuir mais en reprenant le caméscope, il découvre des films de famille dans lesquels il voit sa défunte femme ainsi que sa fille et son fils. Pensant que ces deux derniers sont peut-être encore en vie, il décide de les retrouver. Mais la nuit tombe sur la forêt et bien vite, il comprend qu’il est pisté par un tueur sadique. 
Pire, il réalise qu’il est piégé dans une sorte de « labyrinthe » conçue par le tueur et dans lequel se trouvent des indices énigmatiques (des réveils cachés à plusieurs endroits) et morbides (des cadavres mutilés et pourris avec des indications taillées sur le corps). Tout cela ressemble à un jeu de piste macabre qui mène vers une solution.

Mais laquelle ? Modus Anomali prend clairement dès le départ l’allure du survival par excellence. L’homme moderne se retrouve ici livré à lui-même dans une forêt hostile. Devenu une proie, il doit retrouver son instinct primitif pour survivre. Il devra aussi composer avec ce que la nature lui offre pour tenir le coup et fabriquer des pièges contre son ennemi. C’est d’ailleurs plus ou moins la philosophie de la plupart des grands survivals de genre. Modus Anomali n’est donc pas sans rappeler Délivrance ou encore Predator. A la différence que le film d’Anwar pousse le débat encore plus loin et propose un traitement assez personnel. En premier lieu, parlons de la réalisation. 
L’un des points forts du film. Anwar parvient à capter des images magnifiques de cette forêt qui paraît être un gigantesque océan d’arbres et de terre.

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Ensuite, le réalisateur entretient très bien ce climat sauvage et archaïque. Calme et paisible le jour. Terrifiant et dangereux la nuit tombée. La réalisation d’Anwar se veut d’ailleurs parfois contemplative. Le rythme est lent par moment et il y a au final très peu de dialogues dans le film. Le réalisateur préfère installer lentement mais sûrement un climat anxiogène. Et c’est sur cet aspect que Modus Anomali marque de nombreux points positifs. Anwar sait très bien gérer la tension et le suspense pour faire monter une angoisse oppressante. Il choisit de nous placer dans la peau de son personnage principal pour que l’on partage toutes ses émotions. Il a recours également à plusieurs procédés ingénieux. 
Par exemple, faire apparaître des lueurs étranges et indéfinies au loin dans la forêt. Il rend aussi les traqueurs de notre homme plus terrifiants en les faisant d’abord apparaître de loin.

On distingue ainsi leur silhouette en train de se rapprocher lentement tels des fantômes. Clairement, Anwar maîtrise son sujet et la réalisation sert un scénario remarquable sur lequel je reviendrai plus loin. Au niveau du casting, on a aussi droit à des acteurs très convaincants. Bien sûr, on est surtout marqué par la prestation de Rio Dewanto. L’acteur est totalement investi dans son rôle et sait très bien jouer sur la personnalité de son protagoniste. Il contribue largement à la qualité du film. 
Les autres sont eux aussi très crédibles mais beaucoup moins mis en valeur. Concernant l’ambiance sonore du film, Modus Anomali ne contient pas de musique. Tout le fond est composé de bruitages de la forêt sauvage, entretenant une fois encore l’immersion et l’angoisse. L’un des seuls défauts du film est peut-être sa courte durée.

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On ne peut pas blâmer le réalisateur qui a été contraint de travailler à l’économie et ne pouvait donc pas se permettre un film trop longuet. Comme je l’ai déjà souligné, sur le fond, Modus Anomali se situe dans la lignée de Délivrance et de Predator. Il est ici question d’un homme moderne qui, pour survivre, doit retrouver ses instincts animaux et primitifs. Sauf qu’ici l’homme n’est pas un militaire et doit tenter de retrouver sa famille. Par certains aspects, Modus Anomali n'est pas sans rappeler Les Chasses du Comte Zaroff. L’homme devient une proie pour l’homme. 
Cependant ici, tout prend la dimension d’un jeu de piste, d’un véritable labyrinthe avec des indices dissimulés partout dans la vaste forêt. Le tout s’apparente à une gigantesque énigme. Quelque part, on pourrait parler d'un survival iniatique.

La réponse à cette énigme, le personnage principale finira par la trouver et on comprendra alors toute la portée du film. Je dois donc en parler pour conclure mon analyse personnelle. ATTENTION GROS SPOILERS ! CEUX QUI N’ONT PAS VU LE FILM, SAUTEZ LE PARAGRAPHE CI-DESSOUS, NE LE LISEZ SURTOUT PAS ET REPORTEZ-VOUS A LA PROCHAINE MENTION « Fin des gros Spoilers » ! La découverte de ce jeu de piste sera donc une boîte contenant une seringue remplie de drogue. 
Drogue qui, après de violents maux, va faire retrouver sa mémoire à notre homme. On va donc le voir sous un autre jour. Notamment quand il s’en prend à une famille de vacanciers. On va alors passer par un long stade d’incompréhension avant de saisir ce qu’il est vraiment en train de faire. On réalise que depuis le début, il est le tueur et qu’il se met lui-même dans la peau d’une proie pourchassée par ses anciennes victimes.

L’histoire est clairement tordue mais géniale et surtout remarquablement mise en scène. Joko Anwar est méticuleux et a bien pris soin de placer tous les détails nécessaires pour rendre le tout le plus crédible possible. Modus Anomali nous parle donc bien d’un retour à l’instinct animal et donc à l’instinct de proie. L’homme trouve sa jouissance dans la persécution, la terreur, le danger, la souffrance et la douleur. De plus, cet homme comme on le découvre dans la seconde partie, semble réellement avoir une famille qui vit loin de lui. Il apparaît donc comme un personnage du commun mais qui, peut-être blasé de la vie du quotidien, retrouve la jouissance par l’extrême. 
Modus Animali met en scène une forme de masochisme primitif et quasi initiatique qui se révèle vraiment fascinant. Il pousse le débat plus loin en mettant en avant, non pas seulement un masochisme uniquement physique, mais aussi moral (l’homme est déchiré quand il découvre qu’il vient de tuer ceux qu’ils croient être ses enfants). FIN DES GROS SPOILERS ! Modus Animali se révèle être bien plus - beaucoup plus - qu’un simple survival, c’est un film qui pousse le genre dans ses derniers retranchements et délivre une thèse vraiment fascinante et dérangeante à la fois. 
Modus Anomali aurait pu avoir une vraie dimension sociale et presque philosophique. Hélas, ce dernier aspect n'est pas suffisamment étayé pour convaincre sur la durée. Joko Anwar est donc un réalisateur à surveiller de très près. Ce Modus Anomali est un essai plus que concluant et donc à voir absolument.                

Note : 16,5/20

vince Vince


Tetsuo 2 : Body Hammer (La technologie nous tuera)

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Genre : Science-fiction, fantastique, expérimental (interdit aux -16 ans)

Année : 1992

Durée : 1h23

 

Synopsis :

Tomoo Taniguchi et son épouse Kana vivent paisiblement auprès de leur jeune fils Minori. Un jour, l'enfant est enlevé et mis en pièce sous les yeux des parents par un monstrueux skinhead. Fou de douleur, le père se retrouve captif d'une organisation vouant un culte au dieu de la destruction. Il devient le cobaye psychique et virtuel du savant.

 

La critique :

Continuons donc dans notre série de films japonais avec ce nouvel OFNI directement sorti, encore une fois, du cerveau de Shinya Tsukamoto dont je ne vois plus l'intérêt de présenter sachant que les 2 précédentes chroniques ont dû suffisamment faire le boulot pour bien connaître le bonhomme ainsi que son talent. Soit, il y a de cela quelques jours, je vous avais présenté le premier épisode de cette série sérieusement dézinguée du bulbe et donnant l'impression au spectateur d'avoir été drogué tout au long de la séance. Ainsi, Tetsuo : The Iron Man, sorti en 1989, avait envoyé un gros coup de pied dans les bijoux de famille du cinéma japonais en promouvant un nouveau genre de cinéma, le cyberpunk, dont les fers de lance sont la création d'une ambiance industrielle ou du moins artificielle, un très haut niveau de violence et de gore ainsi que l'absence totale de concessions faites au spectateur.
Il ne faut pas être Einstein pour savoir qu'un tel style cinématographique ne peut plaire et ne peut être recommandé à tout le monde. Ce qui fait que, malgré sa reconnaissance certaine chez les cinéphiles, le cyberpunk restera néanmoins assez confidentiel et n'arrivera pas à percer chez les non-initiés pour acquérir une réelle popularité. C'est tout l'inconvénient du cinéma expérimental.

Si Tsukamoto eut un mal de chien considérable pour créer son petit bébé 3 ans auparavant, suite à une popularité encore inexistante, on voit que les choses ont ici bien changé et que celui-ci put bénéficier d'un budget plus élevé que ses 3 bouts de ficelles et 2 tuyaux de cuivre du premier opus. Indirectement, on se dit que cette fois-ci, la saga pourrait enfin avoir la reconnaissance qu'elle mérite sauf que ce 2ème opus souffrira également d'un beau flop auprès du public tout comme le premier.
Incohérence quand tu nous tiens. Qu'à cela ne tienne, cette suite, souvent considérée comme un remake du premier, recevra plusieurs nominations dans différents festivals ainsi que le corbeau d'argent au festival international du film fantastique de Bruxelles en 1992. Tetsuo 2 se retrouve face à un gros défi : devoir succéder à un premier opus synonyme de bombe nucléaire et dont le choc se fait encore ressentir aujourd'hui. Défi réussi ? Réponse dans la chronique.

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ATTENTION SPOILERS : Un couple de trentenaires japonais se promènent dans une galerie commerçante jusqu'à ce que leur jeune fils Minori se fasse enlever par 2 individus louches et à mi-chemin entre punk et skinhead. Parvenant à le récupérer tant bien que mal, ce n'est que pour mieux le perdre quelques temps plus tard sauf que la tragédie sera de mise cette fois-ci vu que le garçon sera massacré par l'un des skinhead. Apprenant que c'est au père que ces hommes en voulaient, on assistera à l'enlèvement de celui-ci par des membres d'une mystérieuse organisation, dont les 2 hommes faisaient parti, vouant un culte au dieu de la destruction pour se servir de lui comme cobaye mi-homme, mi-machine. FIN DES SPOILERS. Voilà pour les hostilités d'un titre qui, encore une fois, ne fait pas dans la dentelle.
En vérité, si ce deuxième opus est souvent considéré comme un remake, ce n'est pas entièrement vrai car il y a des différences non négligeables qui font de ce titre, une oeuvre complètement différente tout en étant spirituellement liée au premier opus si je peux dire. Ce qui frappe directement, c'est encore le thème de l'enfermement urbain cloisonnant et asphyxiant les individus piégés dans cette atmosphère anxiogène et à ce niveau, Tsukamoto renforce encore ce thème en intégrant des buildings à perte de vue, conférant un sentiment d'inconfort lors du visionnage.

Le pari est entièrement réussi et étouffe le spectateur pris dans un engrenage de couloirs et de décors industriels. Paradoxalement, les décors inspirent beaucoup moins le malaise que ceux de The Iron Man de même que l'ambiance générale. La thématique majeure du premier film étant l'influence de la technologie sur l'individu est une fois de plus présente ici mais avec des nuances. Tout d'abord, si l'individu se transformait "naturellement" en machine dans le premier volet, ici il va devenir contre son gré et suite à l'influence de personnes malintentionnées, une machine.
La critique de l'eugénisme et des expérimentations scientifiques déjà dénoncées dans The Iron Man font leur réapparition ici, mais sembleraient plutôt cibler et faire un clin d'oeil aux expériences peu éthiques pratiquées il y a des années par les célèbres bourreaux que nous connaissons. Certes, le monde scientifique a subi de profondes réformes éthiques quant à l'expérimentation animale et surtout humaine, mais comme je dis, l'année 1992 n'est pas 2017, donc ne cachons pas qu'il y avait peut-être des choses douteuses à l'époque dans les labos.

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D'autre part, Tetsuo 2 semble plutôt tourner son sujet vers l'humanité cherchant à transcender sa propre condition afin de s'élever au niveau de Dieu lui-même. On pourra vérifier cela dans cette scène où de nombreux hommes (cyborgs ???) seront en train de soulever des masses exagérément conséquentes de fonte. Cela pourrait témoigner de ce désir à repousser les limites physiques de son corps afin d'atteindre une forme d'invincibilité. Mais la force physique ne fait pas tout et l'élément crucial pour booster la puissance physique (je renvoie au parallèle sur l'eugénisme) est justement la machine en elle-même qui offre un aspect ici beaucoup plus déshumanisé puisqu'elle est systématiquement synonyme de destruction et de massacre. Par le simple fait de la voir en parfaite synergie avec le héros principal, incarné encore une fois par Tomorowo Taguchi et les quelques hommes du film, on peut y voir une métaphore intéressante des pulsions meurtrières voire auto-destructrices semblant être inhérentes à la condition humaine.

Lorsque les personnages du film fusionnent avec la machine, on voit tout de suite leur absence totale de réflexion comme si la machine influerait sur la psychologie humaine en la déraisonnant et en parasitant ce qui fait de l'homme un être civilisé. Thématique que l'on pouvait observer dans le premier épisode mais avec un rendu métaphorique observé ici comme beaucoup plus barbare. Le tableau dressé de l'humanité est une fois de plus nihiliste et semble dire que l'humanité est déjà condamnée.
Un point intéressant est de se rendre compte que le dieu de la destruction vénéré par cette mystérieuse secte dont on ne connaît que très peu de choses, n'est en fin de compte que la machine elle-même et Tsukamoto ne se prive pas d'intégrer plusieurs scènes de brasiers sortant d'énormes fourneaux, accentuant ce côté dévastateur. Sans oublier les quelques séquences subliminales renforçant cette impression d'évoluer en plein cauchemar.

Par le thème de la destruction traitée tout au long du film, Tetsuo 2 ferait presque office de brûlot anarchiste surtout durant l'avant-dernière scène finale où l'appel au carnage est scandé par une énorme entité mécanique, un joli clin d'oeil au juggernaut vu à la fin de The Iron Man et dont on peut le voir ici en une réplique encore plus gigantesque. Tsukamoto rappelle encore ici que la technologie ne peut amener qu'à la destruction de la civilisation si elle n'est pas régulée.
Le dernier plan sur ce qu'on devine être Tokyo et ses buildings en miettes renforce cette impression. Buildings qui pourraient être comparés à des néo-tours de Babel avec ces hommes tentant par tous les moyens de se rapprocher de Dieu. Quoiqu'on en dise, si le propos n'est pas aussi cisaillant et violent que The Iron ManBody Hammer ne prend pas ses spectateurs pour des cons en les noyant sous un flot de violence sans but, mais leur offre des pistes complexes de réflexion sur le monde qui les entoure. 

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Les films Tetsuo peuvent vraiment être considérés comme des oeuvres intemporelles. On pourrait également y voir une critique détournée de la religion que Tsukamoto voit plus comme quelque chose de mal que l'inverse sur le devenir de la société mais cette thématique reste, à mon sens, un brin obscure pour être suffisamment analysée. Il était aussi intéressant d'observer cette séquence de poursuite où personne ne semble être préoccupé par l'enlèvement d'un jeune enfant, sentiment bien retransmis dans le métro. L'individualisme remarqué dans la société occidentale est pointé du doigt sans que le réalisateur n'ait à s'enfoncer dans des leçons de morale débiles. Passons maintenant à la réalisation et comme dit en haut de la chronique, le budget plus conséquent se fait ressentir mais pas seulement, une refonte a été faite à tout point de vue et le constat peut laisser dubitatif ceux qui ont été subjugués par The Iron Man.

Tout d'abord, le noir et blanc laisse la place à la couleur avec des nuances oranges et bleues plus marquées que les autres couleurs, ce qui apporte un sentiment d'être en dehors de toute réalité, mais en contrepartie, fait perdre en esthétique. De même, la bande sonore toujours faite par Chu Ishikawa est beaucoup moins marquante que dans le premier film où on avait vraiment ces musiques noisy semblant sorties tout droit des enfers. Là, ça se montre moins glauque et pas spécialement bien pensé pour les thèmes sombres observés dans le film. Enfin, ceux qui ont vu Tetsuo premier du nom ont tous en mémoire la réalisation susceptible de déclencher de violentes convulsions chez les épileptiques photosensibles.
Est-ce le cas ici ? Oui et non car si on observe des moments de trip dignes du premier volet qui étaient omniprésents, ceux-ci se montreront bien plus rares pour au final apporter une réalisation plus posée. Ca fâche un peu quand on était amoureux du style de The Iron Man

On pourra par contre saluer la prouesse de Tsukamoto à nous avoir cette fois-ci offert un véritable scénario au fil conducteur logique permettant d'atténuer le caractère trop underground observé dans le premier volet. Sans surprise, n'allez pas croire que le film reste accessible à tout un chacun car le tout reste fort expérimental en plus de ne pas lésiner sur l'ultraviolence avec ces balles de plasma projetées par ces extensions mécaniques, rappelant un fusil, sortant de l'abdomen et qui vont transformer en gruyère les petits téméraires qui se décideront à tenter le diable, le tout dans un beau festival de projections de sang. Idem pour cette séquence où le skinhead tiendra les 2 poignets arrachés du jeune enfant en rigolant. On a vu plus joyeux comme séquence.
En conclusion, Tsukamoto réalise ici une "suite" digne d'intérêt, glauque et étrange où moult thématiques complexes s'entrecroisent. Cependant, force est de constater que Body Hammer n'arrive ni à rivaliser et encore moins à supplanter le premier récit, la faute sans doute à un jusqu'au-boutisme moins marqué et à une ambiance d'apocalypse moins renforcée. Néanmoins, on peut applaudire Tsukamoto de ne pas avoir sorti une bête refonte sans intérêt dont Hollywood a le secret mais un deuxième volet différent, centré sur un même sujet mais en explorant d'autres pistes intrinsèquement liées. Pari réussi mais The Iron Man restera de loin le meilleur épisode de la série.

 

Note : 14,5/20

 

orange-mecanique Taratata

 

 

21 février 2017

Paranormal Activity 2 (L'interprétation du vide)

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Genre : épouvante, horreur 
Année : 2010
Durée : 1h31

Synopsis : L'esprit démoniaque du premier Paranormal Activity est de retour, et c'est une nouvelle famille fraîchement installée dans une belle demeure qui va en faire les frais. 

La critique :

Il fallait s'en douter. Suite au succès colossal et commercial du premier Paranormal Activity en 2009, un second chapitre, donc Paranormal Activity 2, est rapidement envisagé et même tourné dans la foulée. En outre, Paranormal Activity 2 fait à la fois office de suite et de préquelle puisque le film se déroule 60 jours avant la mort de Micah et se termine après la mort de l'infortuné.
Pour le reste, Oren Peli, réalisateur du premier opus, a cédé sa place à un certain Tod Williams, mais officie toujours derrière le scénario du film. Quant à son successeur, ce dernier s'est surtout distingué avec Lignes de Vie, en 2004. Toutefois, Tod Williams est essentiellement connu pour ses accointances et ses convolages avec l'actrice Famke Janssen de 1995 à 2000. A l'instar de son illustre devancier, Paranormal Activity 2 est conçu, pensé et réalisé comme un film d'horreur indépendant.

Une chimère en dépit, il est vrai, de son budget famélique pour ce genre de production. Toutefois, le long-métrage est estampillé et sponsorisé par la Paramount et Dreamworks. Ces deux grandes sociétés capitalistes ont parfaitement cerné l'ampleur de ce nouveau phénomène. En effet, le premier Paranormal Activity a ameuté les foules dans les salles. Surtout, il signe l'avènement et le grand retour du found footage dans le cinéma d'épouvante.
Paranormal Activity 2 n'a donc pas pour vocation de bouleverser les codes et les préceptes établis par son auguste épigone. En outre, on prend les mêmes ou presque... Et on recommence ! Malicieux, Tod Williams a bien l'intention d'appliquer à la lettre la formule de son devancier.

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De facto, le scénario de ce second chapitre brille avant tout par sa vacuité et son inanité. Attention, SPOILERS ! Une famille s’installe dans une nouvelle demeure. Les caméras sont là, les esprits aussi... La nuit, quand chacun dort, il se passe d’étranges phénomènes. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout ! En vérité, Paranormal Activity 2 pourrait presque s'apparenter à un quasi remake du premier.
Seules différences notables, Tod Williams et ses prosélythes se focalisent sur une autre famille tout en reprenant les deux principaux protagonistes du premier volet. Pour le reste, le film reste peu ou prou identique avec les mêmes dynamiques démonologiques et comminatoires qui ne tardent pas à se manifester à l'intérieur et à l'extérieur de la maisonnée.

Déguisé en suite et/ou en préquelle (finalement, on ne sait plus très bien...), le film s'ouvre sur la fin du premier opus. Puis, la caméra subjective, véritable "star" de la franchise, se centre sur des événements antérieurs mais annonciateurs de cette présence méphistophélique. Dès lors, Paranormal Activity 2 se focalise sur la famille de Kathie, l'héroïne possédée du premier.
Pour Tod Williams et ses scénaristes, le "mal" semble trouver ses fondements et ses origines dans la généalogie familiale. 
Toutefois, le cinéaste et ses ouailles éludent prestemment ce dernier aspect pour se concentrer à nouveau sur plusieurs caméras (six au total). Certes, ici et là, le spectateur médusé sera convié à sonder et à analyser plusieurs phénomènes dits "paranormaux" : une porte qui s'ouvre et qui claque inopinément, un canidé qui aboie et qui semble suspecter une présence démoniaque, des individus en mode somnambulique qui arpentent et sillonnent les longs-couloirs de la maisonnée...

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Finalement, Paranormal Activity 2, c'est un peu l'interprétation du vide. Ou comment, à partir de quelques aboiements ou objets qui se meuvent discrètement dans l'habitat hanté, susciter la peur, l'effroi ou des cris d'orfraie ? A l'instar de son modèle, ce second chapitre provoquera lui aussi son lot d'atermoiements et d'interrogations, sans néanmoins apporter de réponse.
Sagace, Tod Williams reprend la recette de Le Projet Blair Witch (Eduardo Sanchez et Daniel Myrick, 1999), mais sans posséder le génie ni le talent de son modèle. D'où la sensation (désagréable) d'assister à un spectacle relativement fastidieux (pour être gentil...). Mais Paranormal Activity 2, c'est aussi cette formule gagnante. L'objectif n'est pas d'innover mais de flagorner un public déjà conquis à l'avance. Ici, on se fout royalement de la qualité du montage et de la mise en scène.
L'ingéniosité et l'inventivité sont totalement évincées au profit d'une production obsolète qui prend ses fans pour de vulgaires histrions. La saga Paranormal Activity est en marche avec sa pléthore de navets. Et le phénomène commercial n'est pas prêt de s'estomper.

Côte : Navet

sparklehorse2 Alice In Oliver

20 février 2017

Blade Runner (Science-fiction ténébreuse)

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Genre : Science -fiction (interdit aux moins de 12 ans)

Année : 1982

Durée : 1h52

L’histoire : En 2019, la colonisation de l’espace est en plein essor. La génétique a fait d’énormes progrès, permettant de créer un nouveau type d’androïde baptisé « réplicant ». Les réplicants sont d’apparence semblable à celles des humains mais n’éprouvent aucun sentiment. Ils sont utilisés pour les missions les plus dangereuses dans l’espace. Cependant depuis une mutinerie sanglante dans une colonie spatiale, les réplicants ont été rendus illégaux sur Terre. Des Agents spéciaux, les « Blade Runner », sont chargés de les traquer et les éliminer. On n’appelle pas cela une exécution mais un « retrait »   

La critique :

Attention aujourd’hui, du lourd sur Cinéma Choc puisqu’en fait, je me décide à chroniquer l’un des monuments de la science-fiction, j’ai nommé Blade Runner de Ridley Scott, réalisé en 1982. Ce film s'inspire librement du roman, "Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" de Philip K.Dick. En réalité, Blade Runner est souvent considéré, par beaucoup d’amateurs de science fiction, comme la dernière étape majeure du genre. Et pour cause, Blade Runner est un film totalement ambitieux avec lequel Ridley Scott entend bien redonner un nouveau souffle à la science-fiction.
Il faut dire aussi que le réalisateur a déjà contribué au renouvellement du genre avec son film précédent, Alien, le huitième passager. Cependant, Alien et Blade Runner n’ont au final que très peu de choses en commun.

Ici, Scott cherche à évoquer une vision futuriste et dantesque de notre monde. En réalité, il existe sept versions en tout de Blade Runner, dont 4 devenues célèbres : la version US de 1982, la version internationale de 1982, la version Director’s cut de 1992 et la version Final cut de 2007. Ce sont ces quatre versions que cette chronique englobera, donc. Attention SPOILERS !
Dans le futur, la génétique a beaucoup évolué. Un nouveau type d’androïde a été mis à jour, les « réplicants » (ou répliquant). Il s’agit d’androïdes très évolués qui ressemblent en tout point aux humains physiquement, mais qui intérieurement, sont conçus pour être dénudés de sentiments et d’émotions. Les réplicants sont alors utilisés pour servir les hommes et sont notamment envoyés dans l’espace pour effectuer des missions extrêmement dangereuses.

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La Tyrell Corporation, qui crée ces androïdes, a mis au point une nouvelle génération de réplicant, le Nexus 6, un modèle ultra perfectionné. Cependant les membres de cette génération sont à l’origine d’une mutinerie sanglante dans une colonie de l’espace. Ayant massacrés l’équipage de tout un vaisseau, ces réplicants ont échappé au contrôle des humains. Les réplicants ont été rendus illégaux sur Terre. Une nouvelle brigade spéciale, les « Blade Runner », sont chargés de les traquer et de les supprimer. La suppression d’un réplicant n’est pas appelée exécution mais « retrait ».
Los Angeles 2019, une métropole « sur-polluée » où règne sans cesse un climat pluvieux. Dans cet univers cauchemardesque, Rick Deckard, un ancien Blade Runner, est arrêté par Gaff, un énigmatique inspecteur de police passionné d’origami.

Il amène Deckard au siège de la brigade des Blade Runner pour rencontrer leur chef, Bryant. Ce dernier, qui fut jadis le supérieur de Deckard, lui demande de reprendre du service pour éliminer 4 réplicants de la génération Nexus 6, qui auraient réussi à revenir sur Terre.  Un Blade Runner du nom de Holden a déjà payé le pris cher pour avoir traqué ces 4 androïdes. Deckard va avoir affaire à forte parti, les 4 réplicants étant composés de « deux mâles », Léon et Roy (le chef) et « deux femelles », Pris et Zhora. Cependant, Deckard se pose une question : pourquoi ces réplicants sont revenus sur terre ? 
Il devra enquêter au sein de la Tyrell corporation et dans les bas-fonds de Los Angeles pour tenter d’obtenir une réponse. Mais rien ne l’a préparé à ce qu’il attend et à ce qu’il va découvrir.

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Voilà donc pour la trame principale qui met en scène une véritable traque dans une Los Angeles futuriste et ravagée par la pollution. Ce qui frappe en premier lieu dans Blade Runner, c’est l’ambiance que Ridley Scott met en place. Une fois encore, on se retrouve plongé dans une Los Angeles cauchemardesque, sombre, ultra polluée, dans un climat de pluie constant avec des grattes-ciels impressionnants et intimidants, et des tours-cheminées desquelles s’échappent des jets de flammes. 
Dès les premières images, Scott place son spectateur dans le malaise et dans cette cité terrifiante et irréelle qui est très influencée par la Metropolis du film éponyme de Fritz Lang. Mais l’ambiance ténébreuse du film serait également inspirée par l’Apocalypse Now de Coppola, mais aussi du film noir des années 40, comme le Grand Sommeil

En réalité, Blade Runner mélange différents types d’influences comme on le verra  tout au long de cette chronique. Pour autant, le film conserve une identité propre. Pour en revenir à l’ambiance du film, on se doit d’évoquer les décors impressionnants (la pyramide de la Tyrell Corporation, les grattes-ciel ténébreux, les bâtiments et leurs intérieurs). Ces décors très réussis renvoient immédiatement à un autre aspect incroyable du film, son esthétique. Car oui Blade Runner possède une phénoménale richesse visuelle. A travers les extérieurs et les intérieurs des bâtiments, les costumes, les maquillages, les différentes couleurs parfois sombres, parfois psychédélique et rigoureuses, Blade Runner nous en met plein la vue et c’est un véritable trésor visuel. D’ailleurs à travers ces images, se véhiculent également de nombreuses symboliques mais aussi pas mal de pub pour Coca Cola, Marlboro, Pan Am, Toshiba, pour ne citer que ceux-là.

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On peut aussi évoquer  l’éclairage et le jeu avec les ombres et les lumières. Sur ce point, certains effets évoquent directement le Citizen Kane de Welles mais encore une fois le film noir, qui reste l’une des influences majeures du film. Visuellement, Blade Runner est probablement le film le plus abouti et le plus réussi de Ridley Scott. Le film aura, en ce sens, une grande influence sur la mode du Cyber-Punk. Et que serait l’ambiance du film sans la musique envoûtante de Vangelis ? 
En effet, la bande son très riche crée une ambiance particulière. A ma première vision du film, j’avais été surpris par certains choix de musiques, qui ne me paraissaient pas vraiment en accord avec les scènes qu’elles accompagnent. Cela dit, ce décalage se comprend finalement à travers l’histoire du film où le bien et le mal ne sont pas définis par les personnages que l’on croit. 

Au niveau de la réalisation, Scott se montre très inspiré en parvenant à établir beaucoup de suspense et beaucoup de tension (notamment sur le final véritablement apocalyptique). On a évoqué l’éclairage, on pourrait également évoquer de nombreux plans, celui de la pyramide de la Tyrell, celui de l’œil de Léon, de la colombe de Roy s’élevant dans le ciel pour signifier sa mort. Mais on peut surtout évoquer les plans utilisés pour filmer la gente féminine. Car oui c’est l’un des aspects les plus frappants de Blade Runner. Scott filme les femmes comme personne, tantôt fragiles tantôt fatales. 
Parfois même comme de véritables plantes vénéneuses. Là encore, on peut voir une réorchestration de la femme fatale du film noir. On pourrait s’étendre longtemps sur la forme du film, c’est d’ailleurs un des aspects sur lequel les quatre versions du film se rejoignent plus ou moins.

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C’est plus au niveau du fond et de l’évolution des personnages que les versions diffèrent. Les personnages, parlons en justement. Le principal est donc celui de Deckard, un ancien Blade Runner qui reprend du service. Le personnage doit beaucoup à l’interprétation de Harrisson Ford qui livre une de ses meilleures prestations. Ici, il n’incarne pas un rôle de « dur » habituel, son personnage est beaucoup plus profond et plus fragile qu’il n’y paraît. De plus, les quatre différentes versions permettent de le voir de façon différente. On a ensuite le personnage de Rachel, la secrétaire de la Tyrell, qui se révèle bien vite être un réplicant à part, puisqu’elle possède une mémoire affective. 
Là encore, Sean Young se révèle à la hauteur dans le rôle de ce personnage ambigu. Ensuite comment ne pas évoquer le personnage de Roy, le chef des réplicants, hallucinant de par l’interprétation folle de Rutger Hauer ?

Ce protagoniste se révèle particulièrement fascinant et de ce fait, en impose pendant tout le film. Hauer parvient à conférer à son personnage un mélange de force physique et de spiritualité. Comment oublier certaines de ses citations, celle où il rencontre Chew, le créateur des yeux des réplicants : « Chew, si vous pouviez voir les choses que j’ai vues avec vos yeux », ou encore  lors de la séquence finale apocalyptique : « Quelle expérience de vivre dans la peur ! Voilà ce que c’est d’être un esclave ». Mais surtout son célèbre monologue : « J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir ». On peut même dire qu’au final, Roy apparaît en quelque sorte comme le véritable héros du film. Son obsession à retrouver son créateur en fait presque une revisite du mythe de Frankenstein. On retrouve également Darryl Hannah, sublime et sexy dans le rôle de Pris. 
Le reste du casting est composé par William Sanderson, Joe Turkel, Joanna Cassidy et Brion James, entre autres. Par la suite, les quatre versions différentes possèdent des spécificités qui leur sont propres. C’est pourquoi je décide de les aborder brièvement l’une après l’autre.

 

La version US de 1982

La trame principale est donc bien là, Deckard traque les réplicants. La principale différence de cette version est sa narration. En effet ici, Scott a recours à une voix off qui est celle de Deckard lui-même racontant ainsi son histoire. Ce procédé, qui sera par la suite banni du film, permet pourtant de mieux comprendre certains aspects de Blade Runner, ainsi que le personnage de Deckard et son amour pour Rachel. Cette version contient également une fin plus heureuse. 
En effet, lorsque Deckard prend la fuite avec Rachel, on les voit tous les deux s’en aller dans un paysage clair à travers les montagnes. A ce propos, il paraît que plusieurs prises de vues aériennes sont des rushes du début Shining. Cette fin crée un contraste particulier par ce changement de paysage tirant presque le film vers le conte. Scott, pour autant, a avoué ne pas vraiment apprécier cette version.

 

La version internationale de 1982

Elle est quasiment semblable à la version US. Cependant, des passages ont été rajoutés pour augmenter la violence du film, notamment la scène où Roy enfonce ses doigts dans les yeux de Tyrell, la scène où il s’enfonce un clou dans la main ou encore le combat entre Pris et Deckard. Cette violence supplémentaire permet de donner plus de punch au film, mais également de créer de nouvelles symboliques.

 

La version  Director’s cut de 1992

Cette version, basée sur la version US, apporte un changement majeur par rapport aux deux précédentes. Tout d’abord, la voix off a été retirée. De même que la scène finale montrant Deckard et Rachel dans les montagnes. Cependant d’autres scènes, suggérant que Deckard serait un réplicant, ont été rajoutées.  Voilà un parti pris intéressant. Enfin parti pris, façon de parler, car le film reste très ambigu sur cette nouvelle révélation. Scott ne s’engage pas vraiment et préfère laisser le spectateur se faire sa propre idée. Pendant longtemps, cette version est restée la seule disponible en DVD.     

La version Final Cut de 2007.

C’est la version la plus complète et la préférée de Ridley Scott. Il s’agit de la version Director’s cut avec quelques scènes supplémentaires (notamment les scènes de violence de la version internationale de 1982). Le tout a été restauré, ce qui rend un résultat encore plus sublime. Tout comme celle de1992, il est sous-entendu que Deckard soit un réplicant mais une fois encore, cela reste ambigu. C’est donc probablement la meilleure version qui existe.

Ces 4 versions ont donc leurs spécificités mais au final, elles se rejoignent toutes sur le fond. Avec Blade Runner, Ridley Scott évoque un futur sombre et déshumanisé, où la faune et la flore ont quasiment disparu. Mais Blade Runner montre la déshumanisation de façon originale à travers les réplicants. Ces êtres conçus comme étant artificiels et apparemment dénués de sentiments et d’émotions, se révèleront être les personnages les plus touchants du film, plus humains que les humains eux-mêmes. Quelque part, on peut voir dans cette « humanisation » un écho au 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick et à son HAL 9000 (ou Carl). C’est aussi ce qui fait l’originalité de Blade Runner qui brouille les limites entre « bons » et « méchants ». Dans le fond, le film est loin d’être manichéen.
Blade Runner se révèle être un sommet de la science fiction, un film très riche visuellement qui mélange film noir, thriller et anticipation avec une ambiance apocalyptique. Clairement, Ridley Scott signe ici l’un des meilleurs films du genre. A mes yeux, ça reste la plus grande réussite du réalisateur. Un film culte à voir absolument.

 

Note : 18,5/20

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Centre Terre, 7e Continent (Voyage au centre de la Terre)

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Genre : fantastique, aventure
Année : 1976
Durée : 1h29

Synopsis : C'est à l'aide de sa fabuleuse machine, la Taupe, que le professeur Perry creuse des galeries jusqu'au centre de la Terre. Là se tapit la cité de Pellucidar, dominée par les Mahars, bizarres créatures volantes au regard fulgurant. 

La critique :

A juste titre, le réalisateur producteur et scénariste britannique, Kevin O'Connor, est souvent considéré comme un honnête artisan du cinéma bis puisqu'on lui doit Frissons d'Outre-Tombe (1973), Le Trésor de la Montagne Sacrée (1979), Nuits de Cauchemar (1980) ou encore La Maison des Spectres (1982). Parallèlement, Kevin O'Connor officie largement pour la télévision, avec plusieurs séries télévisées notoires (Cosmos 1999, Pour l'amour du risque, Nord et Sud 2, Le Retour de Sherlock Holmes, Les Douze Salopards et Diana, princesse de Galles principalement).
Mais le cinéaste est aussi un grand amoureux de The Lost World (Le Monde Perdu en français), réalisé par Harry O. Hoyt en 1925, qui est l'adaptation d'un roman éponyme de Conan Doyle, le "papa" (si j'ose dire) de Sherlock Holmes.

En effet, en 1975 et en hommage à l'oeuvre originale, il signe Le Sixième Continent, une série B d'aventure fantastique qui va bientôt se décliner en tétralogie, avec Centre Terre, 7e Continent (1976), Le Continent Oublié (1977) et Les Sept Cités d'Atlantis (1978). Aujourd'hui, c'est le cas de Centre Terre, 7e Continent (At The Earth's Core dans la langue de Shakespeare) qui nous intéresse. Si la franchise initiée par Kevin O'Connor partage de nombreuses analogies avec Le Monde Perdu, elle se rapproche davantage d'un autre opuscule, Voyage Au Centre de la Terre, écrit par Jules Verne et déjà adapté en 1959 par les soins d'Henry Levin.
Pourtant, à l'origine, Centre Terre, 7e Continent est l'adaptation d'un autre roman, Au Coeur de la Terre, d'Edward Rice Burroughs. 

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En vérité, le livre de Burroughs ne se démarque pas vraiment de celui griffonné par Jules Verne. Là aussi, il est question d'un monde étrange habité par une tribu humaine et surtout par des créatures étranges et préhistoriques. La distribution du film réunit Doug McClure (déjà présent dans Le Sixième Continent), Peter Cushing, Caroline Munro, Cy Grant, Godfrey James et Sean Lynch.
Au niveau du casting, il est assez surprenant de retrouver Peter Cushing, plutôt habitué aux rôles de savant ou de scientifique (le Professeur Van Helsing) condamné à s'empoigner avec les créatures de la Hammer. Hélas, durant le tournage de Centre Terre, 7e Continent, l'acteur britannique est réduit à l'état de cacochyme par une maladie et une fièvre qui le confinent dans son lit en dehors des séquences réalisées en studio.

Ce qui explique son teint livide et ses maigres apparitions dans cette nouvelle aventure. Pour le reste, le scénario de At The Earth's Core est de facture classique et conventionnelle. Attention, SPOILERS ! C'est à l'aide de sa fabuleuse machine, la Taupe, que le professeur Perry creuse des galeries jusqu'au centre de la Terre. Là se tapit la cité de Pellucidar, dominée par les Mahars, bizarres créatures volantes au regard fulgurant. Par certains égards, le script du film n'est pas sans rappeler celui de La Machine A Explorer le Temps (George Pal, 1960). 
Certes, il n'est pas question ici de voyage temporel mais d'un périple souterrain qui conduit deux scientifiques dans un monde préhistorique et dicté par une autocratie de type animal. 

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Des sortes de ptérodactyles (Les Mahars) règnent en maîtres et semblent exercer une influence hypnotique sur les habitants de ce nouveau monde. Pis, cette société primordiale s'est avilie dans le cannibalisme et les rituels morbides et sanguinaires. Ainsi, plusieurs jeunes femmes sont régulièrement servies en pâture aux créatures volantes. Le principal intérêt de Centre Terre, 7e Continent repose essentiellement sur son bestiaire, pour le moins extravagant.
Au hasard, nous citerons ce crapaud, aux incroyables rotondités, crachant des flammes et qui finit par exploser lorsqu'il se retrouve en bas d'un précipice. Le long-métrage étonne sans cesse par son ingénuité avec ce peuple primitif qui arbore un bec de lièvre. Sur ce dernier point, Kevin Connor a toutes les peines du monde à masquer son faible budget via des maquillages grossiers et aléatoires.
Pas de doute, on nage bel et bien en pleine série B avec son lot d'artifices, de conflagrations, de péripéties et de rebondissements inopinés. 
Pourtant, force est de constater que l'on ne s'ennuie pas une seule seconde durant cette aventure. Si la trame scénaristique reste assez prévisible, Centre Terre, 7e Continent étonne par son rythme endiablé. Enfin, côté casting, Dough McClure et Caroline Munro font le job. Guère plus. Clairement, leur performance ne restera pas dans les annales du cinéma.
A l'image de Peter Cushing, assez timoré pour l'occasion. Un peu trop peut-être... Et pourtant, en dépit de ses défauts, cette petite production impécunieuse remplit largement son office et possède un charme indicible. C'est déjà pas mal.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

 

19 février 2017

All Night Long - 1992 (Gros pétard mouillé)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans chez nous, interdit aux - 18 ans à Hong-Kong)
Année : 1992
Durée : 1h30

L'histoire : Alors qu'ils attendent à un passage à niveau, Shinji, Kensuke et Tetsuya sont les témoins d'un meurtre particulièrement odieux. Soudés par cette douloureuse expérience, les trois jeunes hommes vont rapidement se lier d'amitié. Alors qu'ils projettent de faire une fête, l'un d'eux est agressé et sa petite amie, violée. Retrouvant les auteurs de l'agression, les adolescents basculent alors dans une débauche de violence jusqu'au bout de la nuit. 

La critique :

Rassurez-vous, je ne vous parlerai pas du vieux tube homonyme de Lionel Richie ! Non, mon billet porte sur un film japonais homonyme. Un film qui parle de jeunesse et d'ultra violence, tiens ça faisait longtemps... Précédé d'une sulfureuse réputation, voici All Night Long de Katsuya Matsumura. Premier opus d'une franchise dont le sixième et dernier épisode date de 2009, ce film est régulièrement cité comme l'une des références de l'horreur asiatique. 
Le réalisateur dirigera les deux séquelles suivantes avant de commettre en 1995, le très controversé Concrete-Encased High School Girl Murder Case, film choc qui retrace l'effroyable martyr de l'étudiante Junko Furuta à la fin des années 80 (et dont je vous conseille de lire la chronique sur le blog). Pour autant, All Night Long est-il le feu d'artifice annoncé ?

Hé bien pas du tout, mais alors du tout. Comment dit-on "gros pétard mouillé" en japonais ? Voici un film très largement surestimé. La déception est donc à la hauteur de l'attente, mais j'y reviendrai plus tard. Attention spoilers ! Shinji est étudiant tout comme Tetsuya. Kensuke lui, est chômeur mais aussi un riche fils à papa. Tous trois se trouvent par hasard à attendre la levée des barrières d'un passage à niveau. Une jeune femme qui patientait également est soudain agressée et poignardée par un déséquilibré. Témoins de cette scène choquante, les trois jeunes surmontent leur peur et réussissent à mettre en fuite le fou furieux sans parvenir pour autant à sauver la jeune femme.
Dans un premier temps traumatisés, les ados vont très vite se lier d'amitié bien qu'ils n'aient pas grand-chose en commun. Ils décident d'organiser une méga fête avec alcool et filles à gogo.

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Le problème, c'est que ces trois parfaits losers accumulent les échecs sociaux en même temps que les déboires sentimentaux. Le plus malchanceux est Tetsuya avec son look d'ado binoclard, mal dans sa peau, qui suce son pouce aussitôt qu'il est trop fortement émotionné (!) Des trois, seul Shinji parvient à débuter une relation avec une fille, totalement hystérique au demeurant. Un soir, alors qu'il commence à flirter dans une rue mal éclairée, le couple se fait agresser par une bande de voyous. 
La fille est violée et enlevée par le groupe tandis que Shinji est sévèrement passé à tabac. Dès qu'il reprend ses esprits, il court alerter ses deux amis. Kensuke lui prête alors un fusil à pompe. Très vite, les trois adolescents retrouvent le repaire de la bande et se lancent dans une expédition punitive, s'entraînant mutuellement dans un déchaînement de violence sans limite et sans pitié...

Il faut bien reconnaître qu'il n'y a pas grand-chose à sauver dans ce film. Présenté comme l'un des plus gros chocs du cinéma asiatique de ces vingt (et quelques) dernières années, All Night Long est une très grande déception. Et cela, sur quasiment tous les points. La réalisation est molle, faiblarde, apathique. Alors que l'on s'attend à une succession quasi ininterrompue de scènes gore, nous avons droit, après le premier meurtre, à soixante dix minutes de palabres interminables et sans intérêt. 
Oui, le réalisateur met une heure dix à nous présenter ces trois ados maladroits (et peu sympathiques) en prise avec leur libido post pubère. Leur but : se taper une meuf ou au moins, en ramener une à la fameuse soirée sous peine de passer pour un con. L'intrigue est donc rasoir au possible. L'interprétation, saupoudrée de ces expressions exagérées qui caractérisent le cinéma nippon, est limite énervante. Les filles en font des caisses par leurs airs maniérés ; la palme revenant à la petite amie de Shinji qui frôle la syncope à chaque réplique.

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Les garçons ne sont pas en reste par l'exubérance de leurs mimiques insupportables. De vraies têtes à claques... Alors, on se dit qu'il y aura les vingt dernières minutes et le règlement de compte entre les jeunes pour rattraper le coup. On se dit qu'à coup sûr, on va avoir droit à notre quota de sensations fortes et que All Night Long va enfin lancer les hostilités. Mais là encore, le film déçoit. Évidemment, l'affrontement final est violent et assez gore mais très loin de l'insoutenable spectacle que certains commentateurs se faisaient un plaisir de décrire. Sur le même thème, Irréversible de Gaspar Noé va beaucoup plus loin dans la brutalité et le trash. Pour une fois que la comparaison joue en faveur d'un film français, ne nous privons pas de le souligner. Bref, All Night Long a tout de l'oeuvre surcotée par les médias et les internautes. Sincèrement, on aurait pu s'attendre à autre chose de la part du réalisateur du terrible Concrete-Encased. Il faut croire qu'en 1992, Matsumura fourbissait encore ses armes puisqu'il s'agit là de son tout premier film. J'ai du mal pourtant à lui trouver des excuses tant il tape à côté de la plaque. 

L'étude sociologique qu'il fait de la jeunesse japonaise m'a laissé pour le moins perplexe. En dehors du constat (facile) que cette jeunesse s'occidentalise vitesse grand V, le cinéaste nous la présente d'une façon peu flatteuse et surtout très manichéenne. Pour lui, les jeunes nippons sont soit des fainéants, soit des incapables, soit des psychopathes en puissance. C'est un peu restrictif tout ça. Quitte à faire une oeuvre qui se veut être un instantané de son époque, il aurait fallu creuser un peu plus Monsieur Matsumura, plutôt que de s'attarder honteusement sur une histoire à l'eau de rose entre post adolescents encore boutonneux. Non, ce film n'a pas du tout répondu à mes attentes. 
Il n'a même pas réussi à me surprendre par la contre exploitation du sujet, comme l'avait fait récemment Psycho Suicide Dolls. C'est donc un constat d'échec sans appel pour la première réalisation de Katsuya Matsumura. Par la suite, il paraîtrait que le réalisateur a rectifié le tir lors des deux épisodes suivants en proposant des films beaucoup plus gore. Ne les ayant pas encore vus, je n'en serai que plus circonspect, vu la douche prise avec ce premier opus. 
Avec All Night Long, il y a clairement tromperie sur la marchandise car on se rapproche beaucoup plus de la purge indigeste que de la claque cinématographique. Ce qui démontre, une fois de plus, qu'il faut se montrer plus que jamais méfiant avec les films à la réputation un peu trop tapageuse. Desolé Katsuya mais t'as tout faux sur coup là...


Côte : Navet

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Tetsuo : The Iron Man (La technologie nous perdra)

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Genre : Horreur, science-fiction, expérimental (interdit aux - 16 ans)

Année : 1989

Durée : 1h05

 

Synopsis :

Apres un accident d'automobile, un homme voit son corps muter en une sorte d'aimant ramassant tous les détritus métalliques de la société. Film phare du jeune cinéma underground japonais.

 

La critique :

Aujourd'hui, nous voici face à la deuxième chronique de cette série consacrée au cinéma japonais underground, toujours avec l'un des représentants majeurs de ce monde qui n'est autre que Shinya Tsukamoto, l'un des réalisateurs les plus barrés et dont le doute concernant sa santé mentale se fait furieusement ressentir à chaque visionnage d'un de ses films. En ce jour, je vais m'atteler à la chronique de son film le plus connu, le plus représentatif de son univers et peut-être même son meilleur. Un film dont j'avais appris l'existence il y a de nombreuses années déjà dès l'âge de mes 14 ans, mais dont le visionnage de la bande annonce me bousilla le restant de ma journée.
Près de 6 ans plus tard, je me réconciliais avec cette pellicule complètement hallucinante, réconciliation on ne peut plus réussie car il peut se targuer de faire partie de mon cercle VIP dédié à mes films préférés. Puis 2 ans plus tard, je m'asseyais à nouveau dans le canapé pour me délecter d'un second visionnage et enfin arriver à la rédaction de la chronique qui lui est consacrée.

Comme toujours, démarrons avec une petite parenthèse historique liée au film en lui-même. Contrairement à ce que l'on peut croire, Tetsuo n'est pas le premier métrage pondu par Tsukamoto car 2 ans auparavant, il sortit un court-métrage ahurissant et inclassable du nom de Denchu Kozo, bien trop méconnu mais qui posa déjà les bases de son style, à savoir un montage épileptique et une ambiance poisseuse (pour résumer de manière extrêmement grossière). Et 2 ans plus tard naquit Tetsuo : The Iron Man dont le tournage fut plus que mouvementé. Tourné avec les moyens du bord (Tsukamoto arpentait les décharges pour trouver les affaires nécessaires à la création des décors du film) et le salaire d'un ouvrier arménien, il aura fallu près de 2 ans pour arriver à la fin du projet, d'autant plus que ses collaborateurs le lâcheront un à un. Vers la fin, le réalisateur sera quasiment tout seul pour finir le montage.
Une catastrophe ?? Absolument pas puisque le film remportera plusieurs prix, notamment le prix du meilleur film au Fantafestival en 1989 et le prix du public au festival du film fantastique de Suède.

Mais l'impact de Tetsuo ne s'arrêtera pas là car il acquérera, au fur et à mesure des années, le statut de film culte qui influencera tout un pan du cinéma japonais, à savoir le genre cyberpunk, un style expérimental souvent ultra-violent mais aussi intelligent et complexe dont Tetsuo en est l'emblème. Ce succès permettra la création de 2 volets suivants qui sortiront respectivement en 1992 et en 2007. Enfin, pour apporter davantage de prestige au film, Tarantino, subjugué par ce premier volet, annoncera la création d'un remake qui ne restera malheureusement qu'à l'état de projet.
Une adaptation par ce réalisateur aurait été intéressante mais qu'à cela ne tienne, Tsukamoto put asseoir déjà sa notoriété certes modeste (c'est tout le problème du cinéma expérimental) mais loin d'être négligeable. Maintenant passons à l'analyse de ce film.

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ATTENTION SPOILERS : Le film s'ouvre sur un homme qui s'entaille profondément la cuisse et insère une tige filetée dans la blessure. Trouvant ensuite des vers dans la blessure, il s'enfuit et est heurté par une voiture. Le conducteur se débarrasse du corps. Le lendemain, le conducteur constate qu'un morceau de métal sort de sa joue. Poursuivi dans le métro par une femme dont le corps est envahi par le métal, il se métamorphose peu à peu en un monstre de métal. Qu'on se le dise dès le départ, Tetsuo n'est pas un film normal (normal me direz vous) mais pourrait s'apparenter à une gigantesque métaphore sur notre société actuelle et la société de demain. En effet et plus que jamais, l'humanité est entrée dans une nouvelle ère dédiée à la technologie rendue omniprésente et surtout de plus en plus indispensable pour s'assurer une vie normale en société. Les grands écrans, les smartphones, Internet à outrance dont les entreprises se servent de plus en plus. Désormais, on peut effectuer de simples virements directement depuis notre smartphone. On peut mesurer nos battements cardiaques simplement grâce à une petite application.
L'humanité devient de plus en plus noyée devant un flux de plus en plus important d'informations transitant toujours plus vite (journal télévisé, publicités, presse people).

Informations modelées à la guise par quelques personnes mal intentionnées (ou encore à des fins politiques) permettant très vite de biaiser l'opinion publique et les capacités de réflexion et de discernement de tout un chacun. En observant 30 secondes ce constat, ce n'est pas impressionnant d'être un peu inquiet de ce que pourrait être la suite des évènements. Déjà près de 30 ans avant, Tetsuo assénait un bon gros coup de pied dans la fourmillière en dénoncant la tournure malsaine de cette société s'engouffrant naïvement dans une overdose de technologie. Et quel choc !
On est face ici à un brûlot acide contre ce monde ultra-connecté mais, qualité admirable, sans jamais s'enfoncer dans une leçon de morale vaine et larmoyante qui décrédibiliserait le propos. Tetsuo met le nez du spectateur dans sa propre merde tout en l'invitant à réfléchir sur ce qu'il a vu car l'histoire inexistante n'est, en fin de compte, qu'un prétexte pour happer le spectateur par la gorge et lui balancer un solide uppercut.

Et c'est là où Tetsuo relève vraiment du génie, c'est que, en l'espace de la courte durée de 1h05, il parvient à traiter un nombre impressionnant de thématiques liées à une société de plus en plus dépendante de la technologie et surtout envahie par celle-ci. Ce n'est pas étonnant de voir cet homme, incarné par Tomorowo Taguchi, se transformer en une entité de métal, une jolie métaphore liée à l'individu de base évoluant dans un environnement électronique de plus en plus persistant à tel point que l'exposition intempestive influera sur sa propre composition physique.
On pourrait déjà y voir une critique de l'eugénisme. 
De même, Tsukamoto est persuadé que la technologie sera telle qu'elle influera également sur notre psychisme en le nécrosant pour aboutir à un être dépourvu de toute logique et ayant sombré dans la folie. On peut apercevoir cette séquence dès le début avec cette femme monstrueuse, incarnée par Nobu Kanaoka, poursuivant notre homme dans une dédale sombre de tunnels semblant être sans fin. 

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C'est une thématique loin d'être fantaisiste quand on voit que nombre d'individus sont devenus des assistés voués à une dépendance à la technologie sans laquelle ils se montrent complètement déboussolés (incapacité de rechercher l'information par eux-mêmes par exemple). La transformation physique et psychique progressive observée chez les personnages est en parfaite corrélation avec cette technologie davantage envahissante au fur et à mesure des années.
Mais si Tetsuo traite dans les règles de l'art l'influence de la technologie au niveau de l'individu même, il va encore plus loin en traitant cette influence au niveau de la civilisation même et des rapports étroits entre les individus. Cela peut se vérifier lors de courtes séquences épileptiques avec notre héros projeté à toute vitesse à travers le décor, une manière de dire que l'information est transmise de manière toujours plus rapide ou simple branlette intellectuelle ?

Difficile à dire mais il y a matière à creuser là-dessous. On peut aussi poursuivre avec ces séquences télévisées affichant des personnages en plein rapport sexuel et cette femme dire "Arrête, nous sommes épiés". Ici Tsukamoto traite du voyeurisme malsain que l'on peut clairement observer dans la vie de tous les jours sur Internet ou via la presse people. La technologie impliquerait par conséquent l'entrée de cette civilisation s'immiscant dans la vie de tout un chacun, les épiant et les dénigrant, passage que l'on peut observer avec ces rires de bébé que l'on pourrait interpréter comme des rires de méchanceté d'individus immatures que Tsukamoto compare à des nourrissons.
Clairement, Tetsuo est un film fascinant à analyser et offre de nombreuses pistes d'exploration en plus de nous offrir une réelle dimension anthropologique. Tsukamoto dans un autre passage semble penser que le refus à avoir recours à la technologie impliquerait directement la mort de l'individu. Certes, pas la mort physique de l'individu, mais plutôt une mort sociale où l'individu serait marginalisé, oublié de cette société qui le verrait comme un paria.

Cela ne vous rappelle pas les réseaux sociaux ? Plus que jamais, beaucoup ont ce besoin de s'afficher aujourd'hui sur Internet, de quémander de l'attention, de montrer les bonnes facettes de leur vie en omettant les mauvaises et de rechercher davantage de relations sociales. Des plateformes comme Facebook, Instagram ou encore Snapchat sont indirectement ciblées par Tetsuo (je me dénonce, je suis sur ces 3 plateformes *rire jaune*). De mémoire, j'ai rarement vu un film aussi complet dans la critique et si cette partie est irréprochable, il serait fort irrespectueux de ne pas aborder l'architecture même du film qui, encore une fois, est très bien pensée et offre encore davantage de remarques.
Au fur et à mesure du film, on peut remarquer une ville morte sans habitants, un peu comme si, de manière paradoxale, l'individu ultra-connecté serait isolé contre son gré et n'existerait que de manière connectée. Fréquentant les transports en commun quasiment tous les jours, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à tous ces gens rivés sur leur smartphone sans se parler, sans se regarder et pas seulement des personnes isolées mais des groupes d'amis.

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L'environnement industriel et gangrené par le métal, le cuivre et autres matériaux est rendu volontairement laid et austère en plus d'être étouffant, ce qui permet d'aboutir à une ambiance non seulement de cauchemar mais aussi claustrophobe. C'est une autre thématique chère au réalisateur dont j'avais déjà parlé dans ma précédente chronique sur Haze et que l'on retrouve ici, qui est le sentiment d'enfermement urbain, avec cet homme de métal noyé dans ces bâtiments abandonnés, ces couloirs et ces rues sans âme qui vive. Au delà de ça et comme vous avez sans doute dû le remarquer, ce moyen-métrage n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans en raison d'un niveau très élevé de violence plaçant ce film comme une oeuvre extrême (dans les limites du raisonnable bien sûr).
Le réalisateur ne lésine pas sur les plans courts et bien centrés des chairs en décomposition ou des projections importantes de sang. Encore une fois, un autre thème cher au réalisateur est traité et qui n'est autre que le rapport de l'homme à la douleur. 
Eludant toute narration complexe autour des quelques personnages présents dans le récit, Tsukamoto crée une oeuvre sensorielle où le spectateur est noyé dans une réalisation épileptique et fortement agressive qui risquera fortement de le décontenancer.

Cette rapidité volontairement exagérée de la mise en scène pourrait être liée à cette technologie ayant plus un effet bordélique qu'apaisant sur la société. Le noir et blanc permet davantage d'apporter une tonalité sombre, malsaine et glauque amplifiant le trait fortement nihiliste de ce film affichant de manière cauchemardesque, l'auto-destruction de cette société qui n'en a pas du tout l'air consciente. La mise en scène est un hic qui ne plaira pas du tout à tout le monde et qui fait de Tetsuo un film davantage expérimental voire totalement inclassable.
Les musiques aux tonalités industrielles et synonymes de chaos urbain finissent d'apporter une énorme consistance à cette pellicule transgressive. 
En conclusion, Tetsuo, sous ses airs de gros bordel hyper speed, est une véritable analyse sociologique et anthropologique d'une société vouée à sa propre perdition et à sa destruction dans le plus grand chaos. Il est nécessaire bien sûr de ne pas recommander ce film à tout le monde en raison de la violence et du jusqu'au boutisme assommant le spectateur, avant de définitivement l'enterrer via un final complètement apocalyptique qui, à mon sens, ne devrait pas d'être raconté ici juste pour la surprise. Difficile de ressortir indemne de ce trip absolument indescriptible semblant avoir été réalisé sous un cocktail de LSD, MDMA, XTC, amphétamines et cocaïne.
Il est de ces films qui ont le don de souffler littéralement le spectateur et Tetsuo en est un de ceux-là. Féroce, cauchemardesque, terrifiant tant dans l'atmosphère que dans ses dénonciations et sans la moindre bribe de concession, voici l'une des références du cinéma choc.

 

Note : 18/20

 

orange-mecanique Taratata

 

18 février 2017

Star Wars : Episode 2 - L'Attaque des Clones (Les prémisses de la Force)

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Genre : science-fiction, space opera
Année : 2002
Durée : 2h22

Synopsis : Depuis le blocus de la planète Naboo par la Fédération du commerce, la République, gouvernée par le Chancelier Palpatine, connaît une véritable crise. Un groupe de dissidents, mené par le sombre Jedi comte Dooku, manifeste son mécontentement envers le fonctionnement du régime. Le Sénat et la population intergalactique se montrent pour leur part inquiets face à l'émergence d'une telle menace.
Certains sénateurs demandent à ce que la République soit dotée d'une solide armée pour empêcher que la situation ne se détériore davantage. Parallèlement, Padmé Amidala, devenue sénatrice, est menacée par les séparatistes et échappe de justesse à un attentat. Le Padawan Anakin Skywalker est chargé de sa protection. Son maître, Obi-Wan Kenobi, part enquêter sur cette tentative de meurtre et découvre la constitution d'une mystérieuse armée de clones.  

La critique :

La sortie de Star Wars : Episode 1 - La Menace Fantôme en 1999 a laissé derrrière elle un arrière goût d'amertume. Les causes et les raisons sont multiples. Premier constat, les effets spéciaux obsolètes des années 1970 et 1980 sont évincés au profit d'immenses écrans verts, d'où l'impression de visionner un long-métrage désuet et totalement désincarné. De surcroît, malgré la profusion d'images numériques, La Menace Fantôme ne parvenait jamais à retrouver la fougue et la virulence de jadis.
Depuis Le Retour du Jedi, George Lucas s'est fourvoyé dans le lucre et le merchandesing. Avec cette nouvelle trilogie en forme de prequel, l'objectif est d'analyser la figure méphistophélique de Dark Vador, ce Jedi transformé en machine, qui a pourtant porté jadis le nom d'Anakin Skywalker.

Si La Menace Fantôme s'est soldé par un succès triomphal dans les salles obscures, Star Wars oblige ; le film suscite, à l'inverse, les anathèmes et les acrimonies. Les fans de la saga vitupèrent un long-métrage dénué de tout enjeu politique et idéologique au profit d'une production mercantile et destinée à flagorner le jeune public, via le personnage de Jar Jar Binks, en mode histrionnique.
Mais les bouffonneries et les cabrioles de cet extraterrestre protéiforme ne parviennent pas à masquer un scénario indigeste (et indigent). Conscient de la vacuité et de l'inanité du premier opus, George Lucas tente de rectifier le tir avec Star Wars : Episode 2 - L'Attaque des Clones, sorti en 2002. Derechef, le film cartonne au cinéma et obtient même des critiques plutôt enthousiastes. 

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En l'état, difficile de faire pire que son prédécesseur. Reste à savoir si le long-métrage parvient (ou non) à renouer avec cette frénésie du passé. Réponse dans les lignes à venir. La distribution de L'Attaque des Clones réunit Hayden Christensen, Ewan McGregor, Natalie Portman, Samuel L. Jackson, Christopher Lee, Frank Oz (qui prête sa voix à Yoda), Ian McDiarmid, Pernilla August, Rose Byrne et Anthony Daniels. Attention, SPOILERS ! Depuis le blocus de la planète Naboo par la Fédération du commerce, la République, gouvernée par le Chancelier Palpatine, connaît une véritable crise.
Un groupe de dissidents, mené par le sombre Jedi comte Dooku, manifeste son mécontentement envers le fonctionnement du régime. 
Le Sénat et la population intergalactique se montrent pour leur part inquiets face à l'émergence d'une telle menace.

Certains sénateurs demandent à ce que la République soit dotée d'une solide armée pour empêcher que la situation ne se détériore davantage. Parallèlement, Padmé Amidala, devenue sénatrice, est menacée par les séparatistes et échappe de justesse à un attentat. Le Padawan Anakin Skywalker est chargé de sa protection. Son maître, Obi-Wan Kenobi, part enquêter sur cette tentative de meurtre et découvre la constitution d'une mystérieuse armée de clones.
Les questions restent peu ou prou identiques : George Lucas a-t-il retenu la leçon de La Menace Fantôme ? Enfin, L'Attaque des Clones va-t-il retrouver la fulgurance de jadis ? A juste titre, L'Attaque des Clones est souvent considéré comme le chapitre le plus romantique de la franchise.

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George Lucas gomme en partie les bévues de La Menace FantômeIci point de Jar Jar Binks ou presque... Tout du moins, George Lucas nous épargne au moins ses facéties au profit d'un spectacle plus adulte et beaucoup plus mature. Hélas, le cinéaste ne parvient toujours pas à transcender son récit, visiblement beaucoup plus occupé à officier sur les effets spéciaux, les images de synthèse, les séquences numériques et les incrustations de gigantesques écrans verts.
Toujours la même ritournelle. Certes, depuis les événements de La Menace Fantôme, Anakin Skywalker a grandi. Il n'est plus ce jeune gosse féru de mécanique et de robotique. Désormais sous l'égide des chevaliers Jedi, le jeune apprenti doit apprendre à maîtriser la Force, mais surtout sa colère.

Ici, la mort de la mère tient une place prépondérante. Furibond, Anakin Skywalker retourne sur sa planète d'origine et extermine les hommes des sables. Bilieux, le chevalier Jedi commence à s'interroger sur les réelles velléités de son mentor, Obi-Wan Kenobi. Les prémisses du côté obscur ne tardent pas à se faire ressentir, notamment lorsque le jeune homme s'ingénie à protéger sa fiancée, Padmé. Hélas, le chevalier atrabilaire pressent déjà un immense péril.
Une faille que Dark Sidius compte bien exploiter... Malheureusement, la romance entre les deux énamourés ne parvient jamais à captiver et/ou à susciter une once d'intérêt. L'Attaque des Clones souffre également d'un scénario retors et alambiqué. 
De facto, difficile de se passionner pour ces nouvelles péripéties, ainsi que pour ces histoires subalternes qui ponctuent régulièrement le récit. Certes, ce second chapitre se suit sans déplaisir, en tout cas, avec un ennui poli.
Bref, si L'Attaque des Clones se révèle bien supérieur à La Menace Fantôme, le "soldat" Star Wars est toujours en convalescence.

Note : 11.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

17 février 2017

Amityville, La Maison du Diable - 1979 (Aura démoniaque)

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1979
Durée : 1h58

Synopsis : Amityville, 13 novembre 1974. Dans une maison bourgeoise, un jeune homme, dans un accès de deémence, massacre ses parents, ses frères et ses soeurs. Quelque temps plus tard, cette maison est mise en vente à un prix défiant toute concurrence. La famille Lutz l'achète sans connaître la tragédie qui s'y est déroulée

La critique :

Le paranormal et la possession satanique et démoniaque. Un genre qui va devenir l'apanage du cinéma d'épouvante avec la sortie de L'Exorciste (William Friedkin, 1973). A l'époque, ce long-métrage, inspiré d'un fait divers, marque une rupture rédhibitoire avec les films produits par la Hammer. L'horreur ne concerne plus les vieilles figures méphistophéliques et comminatoires (Dracula, la Momie, le loup-garou et la créature de Frankenstein principalement), mais se situe dans notre époque moderne et contemporaine.
Impression corroborée par La Malédiction (Richard Donner, 1976), Shining (Stanley Kubrick, 1980) et Poltergeist (Tobe Hooper, 1982). Vient également s'ajouter Amityville, la Maison du Diable, réalisé par Stuart Rosenberg en 1979. En outre, le film est l'adaptation d'un roman, The Amityville Horror : A true story, de Jay Hanson, lui-même inspiré d'un fait authentique.

Mieux, le cas d'Amityville reste le fait divers le plus connu, le plus sondé et le plus médiatisé concernant une activité paranormale et démoniaque. Encore aujourd'hui, cette affaire continue d'alimenter la polémique et les paralogismes, comme l'atteste la sortie récente de The Conjuring 2 : Le cas Endfield (James Wan, 2016). A l'instar de L'Exorciste, de La Malédiction et de Poltergeist, Amityville, la maison du Diable va lui aussi engendrer une trilogie, avec Amityville 2 : Le Possédé (Damiano Damiani, 1982) et Amityville 3D : Le Démon (Richard Fleischer, 1983), ainsi qu'un remake quasi homonyme en 2005.
En 2017, un nouveau chapitre, Amityville : The Awakening, est d'ores et déjà déjà annoncé. Ce nouvel opus sera par ailleurs réalisé par le français Franck Khalfoun.

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En l'occurrence, Amityville, la Maison du Diable s'inscrit dans cette tendance commerciale, cherchant clairement à profiter de cette affaire sordide et funeste, qui a largement marqué le public en son temps. Ainsi, les producteurs du film colportent des rumeurs sur d'étranges événements qui auraient eu lieu pendant le tournage. Pis, Stuart Rosenberg et ses scénaristes parlent même de complots ourdis par le maire d'Amityville, ce que ce dernier a toujours démenti.
La distribution du long-métrage réunit James Brolin, Margot Kidder, Rod Steiger, Don Stroud, Murray Hamilton et John Larch. Attention, SPOILERS ! (1) Amityville
, banlieue de New York, le 13 novembre 1974. Dans une maison bourgeoise, un jeune homme, dans un accès de démence, tue à coups de fusil ses parents, ses frères et ses sœurs.

À son procès, il affirme avoir été possédé par une voix lui ordonnant de tuer tous les siens. Quelque temps plus tard, la maison est mise en vente à un prix défiant toute concurrence. La famille Lutz l'achète, malgré la tragédie qui s'y est déroulée. Ils n'y resteront que vingt-huit jours alors que des phénomènes paranormaux se produisent. (1) Certes, avec les années, Amityville, la Maison du Diable s'est octroyé le statut de film culte et même de classique du genre démoniaque et satanique.
Pourtant, au moment de sa sortie, le long-métrage récolte surtout des avis mitigés. En outre, difficile de ne pas y voir une production mercantile et publicitaire, destinée à flagorner le grand public dans le sens du poil (façon de parler...). De surcroît, le film entretient volontairement les fantasmes populaires assénés par la presse et les médias au moment des faits.

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D'ailleurs, plusieurs éminents experts, dont les époux Warren (The Conjuring 2) font partie, parleront d'un canular savamment orchestré par la famille Lutz, en particulier leur fille, possédée par le Diable en personne. Certes, certains clichés (le plus célèbre montrant un membre de la famille en lévitation) tarauderont les scientifiques, incapables d'apporter une explication rationnelle.
Toutefois, certains psychiatres évoquent tout simplement un cas d'hystérie. En l'état, difficile de prendre position dans cette polémique. Mais force est de constater qu'Amityville est devenu la nouvelle égérie en termes de sponsors et de merchandesing. Ou lorsque le Diable s'immisce dans les rouages (et les roueries) du capitalisme et de l'industrie cinématographique.

Telle est l'impression mitigée à la vision de ce film d'épouvante de facture classique et conventionnelle. La grande force d'Amityville, la Maison du Diable repose essentiellement sur le design et l'aura comminatoire qui se dégage de l'étrange demeure. En l'occurrence, Stuart Rosenberg confère à cet habitat familial un visage presque anthropomorphique, à l'image de ces deux fenêtres prenant la forme de véritables yeux luminescents. En outre, Stuart Rosenberg bouffe un peu... beaucoup... énormément à tous les râteliers. Une petite touche de L'Exorciste via une possession démoniaque qui se transmute en hystérie collective et un soupçon de Shining, via la séquence de la hache.
Narquois, le cinéaste se centre essentiellement sur la psyché de ses différents protagonistes. 

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Dans un premier temps, c'est un prêtre qui sombre dans une forme de neurasthénie mentale. Puis, c'est une nonne qui prend la poudre d'escampette dès son arrivée dans la maisonnée. Là aussi, la tension monte crescendo. Toutefois, peu ou prou de surprise au programme. Si le film pose en effet tout un tas de questions sur les activités démonologiques qui se déroulent dans la maison, le scénario reste plutôt lapidaire sur cette folie immarcescible qui s'empare peu à peu des membres de la famille.
Niveau réalisation, c'est le minimum syndical avec cette sensation de visionner un téléfilm de facture honnête, guère plus. Concernant l'interprétation, le constat est quasiment identique. Si Josh Brolin et Margot Kidder tirent leur épingle du jeu, les deux acteurs réitèrent la performance de Jack Nicholson et Shelley Duvall dans le même Shining, la fougue et l'aliénation en moins.
Visiblement, leurs personnages sont interchangeables. Bref, si Amityville, la Maison du Diable n'était pas auréolé de la mention "histoire vraie", le long-métrage ne présenterait qu'un intérêt très limité. 

 

Note : 11.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Amityville_:_La_Maison_du_diable

16 février 2017

Psychose - 1960 (Schizophrénie sous-jacente)

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Genre : thriller (interdit aux - 12 ans)
Année : 1960
Durée : 1h49

Synopsis : Marion Crane en a assez de ne pouvoir mener sa vie comme elle l'entend. Son travail ne la passionne plus, son amant ne peut l'épouser car il doit verser une énorme pension alimentaire le laissant sans le sou... Mais un beau jour, son patron lui demande de déposer 40 000 dollars à la banque. La tentation est trop grande, et Marion s'enfuit avec l'argent. Très vite la panique commence à se faire sentir. Partagée entre l'angoisse de se faire prendre et l'excitation de mener une nouvelle vie, Marion roule vers une destination qu'elle n'atteindra jamais. La pluie est battante, la jeune femme s'arrête près d'un motel, tenu par un sympathique gérant nommé Norman Bates, mais qui doit supporter le caractère possessif de sa mère.
Après un copieux repas avec Norman, Marion prend toutes ses précautions afin de dissimuler l'argent. Pour se délasser de cette journée, elle prend une douche..
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La critique :

On oublie un peu trop souvent de le dire et de le préciser. Mais il faudra attendre 1954 avant de voir Alfred Hitchcock, réalisateur, producteur et scénariste britannique, triompher au cinéma, avec Le Crime Etait Presque Parfait. Et pourtant, l'illustre carrière du cinéaste débute dès les prémisses des années 1920. A l'époque, Alfred Hitchcock tourne essentiellement des films muets, notamment les trop méconnus L'Ombre Blanche (1923), Abnégation (1924), Le Jardin du Plaisir (1927) ou encore Les Cheveux d'Or (1927). A partir des années 1930, Alfred Hitchcock signe plusieurs films notables (Les 39 Marches, L'Homme qui en savait trop et Une femme Disparaît principalement).
C'est ainsi qu'il commence à séduire et à flagorner un large public. Mais, selon les fans, Alfred Hitchcock atteint son apogée dans les années 1950 et 1960.

Sueurs Froides (1958) et La Mort Aux Trousses (1959) lui permettent d'asseoir sa notoriété. Toutefois, c'est vraiment l'année 1960 qui marque sa quintessence, avec la sortie de Psychose. Peu avant le tournage de ce futur grand classique du cinéma, Alfred Hitchcock tombe fortuitement sur une chronique de l'opuscule original, Psycho, de Robert Bloch. Le livre s'inspire d'un tueur en série authentique, le tristement célèbre Ed Gein, le boucher de Plainfield.
Enthousiaste, Alfred Hitchcock se lance un défi : réaliser une pellicule avec de modestes moyens financiers et en noir et blanc, tout en visant le maximum d'efficacité. Avec la collaboration de Joseph Stefano, le cinéaste britannique s'attelle à l'écriture du film. En outre, Alfred Hitchcock souhaite raconter une histoire simple, qui débute sur le personnage de Marion Crane, une jeune femme qui dérobe une forte somme d'argent à son patron.

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Mutin, Alfred Hitchcock complexifie son récit. L'épopée de la jeune femme doit la conduire dans un motel en déshérence ou presque... et tenu par l'étrange Norman Bates. Dans l'opuscule original, le sociopathe est un homme ventripotent et d'une quarantaine d'années. Pourtant, Hitchcock décide brusquemment de changer la figure psychopathique au profit d'un jeune homme en apparence affable et courtois. Mais ces bienséances sont trompeuses, semble nous dire le scénariste "so british".
Pour la distribution de Psychose, Alfred Hitchcock s'adjoint les services d'Antony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam, John McIntire et Simon Oakland. Attention, SPOILERS ! Marion Crane en a assez de ne pouvoir mener sa vie comme elle l'entend.

Son travail ne la passionne plus, son amant ne peut l'épouser car il doit verser une énorme pension alimentaire le laissant sans le sou... Mais un beau jour, son patron lui demande de déposer 40 000 dollars à la banque. La tentation est trop grande, et Marion s'enfuit avec l'argent. Très vite la panique commence à se faire sentir. Partagée entre l'angoisse de se faire prendre et l'excitation de mener une nouvelle vie, Marion roule vers une destination qu'elle n'atteindra jamais.
La pluie est battante, la jeune femme s'arrête près d'un motel, tenu par un sympathique gérant nommé Norman Bates, mais qui doit supporter le caractère possessif de sa mère. Après un copieux repas avec Norman, Marion prend toutes ses précautions afin de dissimuler l'argent. Pour se délasser de cette journée, elle prend une douche..
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Si Psychose s'est octroyé le statut de classique du cinéma avec les années, il obtient, à l'inverse, des critiques plutôt mitigées au moment de sa sortie. A fortiori, Psychose ne serait pas à la hauteur de la réputation du cinéaste et n'atteindrait pas la quintessence de Sueurs Froides et de La Mort Aux Trousses. Parallèlement, lors de sa projection dans les salles obscures, le long-métrage suscite les anathèmes et les quolibets. En l'occurrence, c'est surtout la (fameuse) séquence de la douche qui provoque les acrimonies. Certains journalistes s'offusquent de cette nudité affichée et exaltée par la caméra ensanglantée. De surcroît, la presse tance et fustige un crime barbare et abominable.
Qu'à cela ne tienne, les critiques intellectuelles vont rapidement se raviser et ériger Psychose au sommet d'un nouveau genre : le thriller à la première personne... ou plutôt aux deux personnes.

Une fois n'est pas coutume. Alfred Hitchcock prend son temps pour planter son décor et ses divers protagonistes. Ainsi, Psychose fonctionne un peu en trompe-l'oeil, tout du moins, dans son introduction. Comme nous l'avons déjà souligné, les premières minutes du film se centrent sur l'épopée de Marion Crane. Harassée de fatigue, la jeune femme s'arrête dans un motel et fait la connaissance de Norman Bates. Dès lors, le long-métrage se focalise sur la psyché de son sociopathe.
Même le décor semble refléter la schizophrénie sous-jacente de ce personnage, notamment cet engouement pour les oiseaux empaillés, une passion bien étrange, mais aussi cet attrait pour les miroirs et surtout pour ce voyeurisme. Extatique, Norman Bates épie sa future proie se dévêtir. Puis, la voix sarcastique de sa mère se fait ouïr à travers l'immense bâtisse.

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Sous les instigations de sa marâtre, le jeune homme commet l'irréparable. Vêtu d'oripeaux féminins, le psychopathe assassine et mutile Marion Crane dans sa douche. Inutile de revenir sur l'ingéniosité de cette séquence, aussi courte qu'astucieuse. Cette saynète sanglante et élusive sera étudiée, analysée, ratiocinée et "radioscopée" (si j'ose dire) par de nombreux fans. Certes, cette scène, d'une violence inouïe, sera souvent imitée mais jamais égalée.
D'autres thématiques sont également abordées, notamment cette appétence pour la mort et la rencontre avec le cadavre de la mère. Dans le cerveau en déréliction de Norman Bates, la marâtre est toujours vivante. Souffrant probablement d'autoscopie mentale et de troubles dissociatifs de la personnalité, le meurtrier prend l'identité de sa maternelle le temps d'un crime.

A l'instar de Le Voyeur (Michael Powell, 1960), Psychose nous convie dans la psyché en décrépitude du sociopathe. L'air de rien, le film aborde des thématiques très modernes. On en revient toujours à ce voyeurisme morbide qui consiste à scruter, à travers le trou d'un mur, cette nudité clairement exposée. Bien des années plus tard, ce procédé pervers et turpide se transmutera en "Loft" et plus précisément en Big Brother, nouvel apanage de la société consumériste et des réseaux sociaux. On trouve déjà, dans Psychose, les prémisses du slasher, ainsi que cette fascination pour les serial killers, ces sociopathes énigmatiques et insaisissables, qui transgressent, assassinent et commettent l'irréparable.
Plus de 65 ans après sa sortie, le film d'Alfred Hitchcock reste toujours un classique indémodable... et incontournable.

Note : 19/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

15 février 2017

Maléfices Pornos (Eros devient Thanatos)

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Genre : pornographie, horreur, trash (interdit aux - 18 ans) 
Année : 1976

Durée : 1h01 ou 1h15

Synopsis : Un mari impuissant, stimulé par la lecture de Meurtres vaudou, rêve, l'espace d'une nuit, aux supplices qu'il inflige à trois jeunes femmes puis à un hercule avant de se débarrasser de sa femme grâce à un bain d'acide sulfurique. 

La critique :

Attention à ne pas caricaturer uniquement le genre pornographique à une série de lubricités et de parties de jambes en l'air ! Il s'agit donc de distinguer la pornographie des années 1970 et celle qui nous est infligée depuis deux ou trois décennies. En outre, la pornographie des seventies exalte le triolisme, l'échangisme, le candaulisme, le lesbianisme et le libertinage. La pornographie devient donc l'apanage d'un mouvement féministe qui s'octroie le droit de s'emparer du désir masculin.
Et c'est ce qu'a parfaitement compris Eric de Winter avec Maléfices Pornos. Au fil des années et des décennies, Maléfices Pornos va devenir rapidement un objet de culte, à la fois pour les amateurs du cinéma trash et de pornographie déviante. Pour la première fois, un film porno fait même l'objet d'une analyse vétilleuse de la part de la presse intellectuelle en raison de son idéologie sous-jacente...

Sujet sur lesquel nous reviendrons... A ce sujet, "la Revue du Cinéma N° 384 de juin 1983 précise en page 55 : « Il est de ces films qui vibrent longtemps dans la mémoire. Et lorsqu'il s'interroge sur l'origine du charme, le spectateur ne sait comment il s'élabore. Maléfices Pornos appartient à la race très rare des films obsédants ... » (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mal%C3%A9fices_Pornos). Réalisé en 1976, Maléfices Pornos ne sort que deux ans plus tard.
La commission de censure de l'époque s'interroge sur les messages, entre autres à caractère xénophobique, véhiculés par le film. Mais pas seulement... Certes, la séquence de fin montre un afro-américain qui subit les impudicités d'une femme sadique et érotomane, ainsi qu'une émasculation dans les règles, l'infortuné étant réduit à l'état d'animalcule.

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Evidemment, une telle séquence est jugée raciste et renvoie, selon les contempteurs, à l'esclavagisme. Toujours selon certains détracteurs, Maléfices Pornos ferait donc la promotion d'une idéologie fascisante et fallacieuse. Heureusement, point de croix gammée ni de doxa provenant de l'Extrême Droite dans ce film. Cependant, en raison de ses nombreuses scènes de barbarie gratuite, le long-métrage ne sortira que deux ans plus tard (donc, en 1978).
Reste à savoir si Maléfices Pornos mérite ou non sa réputation sulfureuse... Réponse dans les lignes à venir. La distribution du film réunit Gilbert Servien, Laurence Legras, Manu Pluton, Christine Chanoine et Evelyne Biancchi. Gilbert Servien est donc le seul acteur notoire de cette distribution famélique.

L'interprète a surtout joué des rôles secondaires au cinéma. On a notamment pu l'apercevoir furtivement dans Furia à Bahia pour OSS 117 (André Hunebelle, 1965), La Ligne de Démarcation (Claude Chabrol, 1966), Fantômas contre Scotland Yard (André Hunebelle, 1966), Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), ou encore dans Je sais rien, mais je dirai tout (Pierre Richard, 1973). En l'occurrence, Gilbert Servien et Eric de Winter ont déjà collaboré ensemble dans un autre film pornographique, Lèvres Humides (1976). Le scénario de Maléfices Pornos se démarque notamment par son ingéniosité et sa sagacité. Attention, SPOILERS ! 
Un mari impuissant, stimulé par la lecture de Meurtres vaudou, rêve, l'espace d'une nuit, aux supplices qu'il inflige à trois jeunes femmes puis à un hercule avant de se débarrasser de sa femme grâce à un bain d'acide sulfurique.

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Premier constat, Maléfices Pornos s'inscrit dans un registre particulier, à savoir le "Cavern Bondage", une sorte de huis clos qui mélange l'érotisme hard et le sadomasochisme "soft". Second constat, les deux protagonistes principaux, l'homme et la femme, sont des personnages anonymes, renvoyant intrinsèquement à une sorte de genèse primordiale, à cette quintessence de l'humanité et donc à cette phylogenèse. En outre, difficile de ne pas y voir une allégorie sur l'essence du désir, lorsque Eros devient Thanatos. Quant à Phallos, il devient cet objet de fascination et de domination masculine...
A condition que le sexe ithypallique ne soit pas condamné à la détumescence. Or, il est bien question d'un homme impuissant qui assiste béat au plaisir de son épouse dans les bras d'un vulgaire quidam (c'est le début du film...).

Afin de retrouver un pénis turgescent (phallus/fascinus), l'homme recourt à la sorcellerie et aux rites sataniques. S'ensuivent alors une série d'agapes et de priapées sanguinaires. Nul doute qu'à l'époque, tous ces rituels sanglants ont probablement effarouché l'audimat. Hélas, force est de constater que Maléfices Pornos a bien souffert du poids des années.
Aujourd'hui, le long-métrage ne vaut que pour sa rareté et son côté quasi introuvable, d'autant plus qu'il existe deux versions du film, une de 61 minutes (disponible sur le site xhamster) et une autre de 75 minutes, visiblement ponctuée de séquences peu ragoûtantes. En l'état, difficile d'en dire davantage. Maléfices Pornos est à la fois un film pornorgraphique (comme son titre l'indique), une pellicule horrifique et un long-métrage expérimental, par ailleurs tourné avec les moyens du bord.
In fine, Maléfices Pornos pourrait se résumer à une sorte de vengeance du sexe masculin qui assouvit son désir éteint en ayant recours à l'extrême et plus précisément à des rituels funéraires. D'une certaine façon, il s'agit d'un film visionnaire qui, déjà à l'époque, préfigurait la pornographie actuelle.

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

14 février 2017

The Wicker Man - 1973 (L'île des hérétiques)

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Genre : horreur, épouvante, fantastique
Année : 1973

Durée : 1h39

Synopsis : Sur une île de la Manche où d'ordinaire rien ne se passe, des disparitions d'enfants finissent par alerter la police. L'enquête met au jour des évènements étranges. La population semble se livrer à des cérémonies d'un autre âge.

La critique :

Le début des années 1970 marque la fin de l'hégémonie de la Hammer, cette firme britannique principalement spécialisée dans les films d'épouvante. Dracula, la momie, Frankenstein et le loup-garou sont prestement évincés et sommés de retourner dans leurs sépulcres au profit d'une horreur beaucoup plus contemporaine. En ce sens, l'année 1973 en particulier sonne pratiquement la dernière absoute de la célèbre société de production. Cette année-là, William Friedkin réalise L'Exorciste.
Le cinéaste signe le nouveau parangon du genre horrifique à travers l'histoire d'une jeune éphèbe, Regan McNeil, possédée par une entité démonologique. Parallèlement, un autre long-métrage britannique va bientôt s'adjuger lui aussi le titre de film culte et de classique de l'épouvante.

Son nom ? The Wicker Man (en français, Le Dieu d'Osier), réalisé par Robin Hardy en 1973. Par la suite, le cinéaste se montrera curieusement pondéré, ne tournant plus un seul film ou presque... Bref, on le connaît seulement et uniquement pour The Wicker Man. Néanmoins, le métrage va rapidement s'installer parmi les cent meilleurs films de toute l'histoire du cinéma selon le British Film Institute.
Reste à savoir si The Wicker Man mérite un tel panégyrisme. Réponse dans les lignes à venir... Adapté d'un opuscule écrit par David Pinner, The Wicker Man connaîtra même un remake homonyme, réalisé par les soins de Neil LaBute et avec Nicolas Cage, en 2006. A ce sujet, ce "fameux" remake est précédé d'une réputation pour le moins désastreuse. Mais ce n'est pas le sujet de cette chronique.

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La distribution de cette première version réunit Edward Woodward, Christopher Lee, Diane Cilento, Ingrid Pitt, Britt Ekland et Lindsay Kemp. De nombreuses anecdotes auréolent le tournage du film. Certaines allégations prétendent que Rod Stewart tentera d'acheter toutes les copies de The Wicker Man. Furibond, le chansonnier ne souhaite pas que le public découvre Britt Ekland, sa fiancée de l'époque, à moitié dépoitraillée. Autre anecdote : Christopher Lee acceptera de tourner gratuitement pour compenser le budget famélique du long-métrage.
L'acteur british ne le regrettera pas, déclarant que The Wicker Man constitue le meilleur film de son immense carrière. Au moment de sa sortie, le film de Robin Hardy devient rapidement un objet de culte pour les fans de musique psychédélique. Mais pas seulement...

De surcroît, les cinéphiles le perçoivent comme un véritable OFNI (objet filmique non identifié) du cinéma. Attention, SPOILERS ! (1) Le sergent Neil Howie, de la police métropolitaine, reçoit une lettre lui signalant la disparition dans l'île de Summerisle d'une petite fille, Rowan Morrison. Il s'y rend et découvre une île livrée au néo-paganisme où dominent les cultes païens, et où le sacrifice rituel a encore apparemment cours. La population locale semble ignorer l'existence de Rowan, puis admet que la jeune fille est partie et que son corps a été enterré sans autopsie.
Howie exhume le cercueil, mais ne trouve à l'intérieur qu'un lièvre mort. 
Le sergent, chaste et puritain, réagit violemment à ces vices que le Lord local semble autoriser et même promouvoir. 

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Incapable de repartir de l'île pour chercher du renfort, il tente seul de sauver Rowan qu'il espère encore en vie. Et c'est en participant aux fêtes du premier mai qu'il la découvre avant qu'elle ne soit sacrifiée. Mais le piège élaboré par Lord Summerisle se referme (1). Que les choses soient claires, The Wicker Man n'a pas usurpé son statut d'OFNI ni de film culte. En vérité, difficile de parler de The Wicker Man tant le film est surréaliste, atypique et quasi expérimental.
Le long-métrage s'apparente à une curieuse ripopée entre le fantastique, l'épouvante, le thriller et l'enquête policière. Le film de Robin Hardy ne se contente pas seulement de briser la dialectique pérorée depuis plusieurs décennies par la Hammer. En outre, difficile de ne pas y voir une oeuvre visionnaire sur le devenir d'une société condamnée à péricliter sous le poids de l'eudémonisme.

Premier constat, The Wicker Man, c'est un voyage dans une contrée, plus précisément sur une île, qui a adopté des moeurs libertaires, au grand dam d'un sergent de police, Neil Howie. Ce dernier répudie et admoneste les comportements quasi sociopathiques des habitants de l'île. Par exemple, ces derniers révèrent et déifient le phallus comme une sorte de Dieu qu'il faut régulièrement adouber. Pour Neil Howie, pas de doute. Tous les habitants de l'île sont des hérétiques et des âmes pécheresses asservies par le joug de Lord Summerisle (Christopher Lee), le maître de l'île.
Chaste et pudibond, Neil Howie luttera farouchement contre les préceptes de cette nouvelle communauté. Son abnégation lui coûtera cher. De facto, The Wicker Man peut s'apparenter à une sorte d'allégorie sur cet esprit iconoclaste, dont le but est clairement d'éliminer cette oligarchie réfractaire, au nom de toujours plus de plénitude et de liberté.

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Contre toute attente, la tonalité est tout sauf morbide. En l'occurrence, Robin Hardy privilégie les couleurs vives. C'est d'ailleurs ce qui surprend lors du visionnage du film, à savoir cette dichotomie entre la noirceur du sujet et la façon quasi festive dont sont traitées les thématiques morbides. Ce n'est pas un hasard si The Wicker Man suscitera son lot d'invectives et de controverses car il est bien question ici d'un néo-paganisme qui doit supplanter la société consumériste et dite civilisée.
Sur ce dernier point, de nombreuses copies du film ont été brûlées. Selon certaines rumeurs, il existerait au moins trois versions différentes du film... Une allégation qui n'a jamais été corroborée par Robin Hardy, le cinéaste préférant taire sagement le secret... Certains fans de The Wicker Man considèrent également le long-métrage comme une métaphore sur le mouvement hippie et sa fausse mansuétude... En l'état, difficile de se prononcer.
Mais nul doute que The Wicker Man possède bien un discours à la fois idéologique, politique, théologique et radical sur l'échec voire la mort d'une civilisation.

Note : 18/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dieu_d'osier

13 février 2017

Paranormal Activity (Le démon en sommeil)

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Genre : épouvante, horreur 
Année : 2009
Durée : 1h26

Synopsis : Un jeune couple suspecte leur maison d'être hantée par un esprit démoniaque. Ils décident alors de mettre en place une surveillance vidéo durant leur sommeil afin d'enregistrer les évènements nocturnes dont ils sont les victimes. Les images récupérées de septembre à octobre 2006 ont été montées en un film de 86 minutes, "Paranormal Activity"

La critique :

2008. Une date fatidique dans l'histoire du cinéma de science-fiction avec la sortie de Cloverfield (Matt Reeves) au cinéma. Si le long-métrage s'approprie les codes et les préceptes du kaiju eiga, dans la grande tradition de Godzilla (Ishiro Honda, 1954), le film relance également la mode du found footage. En 1999, Le Projet Blair With (Eduardo Sanchez et Daniel Myrick), pourtant nanti d'un modeste budget, avait déjà ameuté les spectateurs dans les salles.
Un succès triomphal et inopiné qui n'échappe pas à Oren Peli, soucieux de reproduire le choc asséné par les plus grands classiques du cinéma horrifique, notamment Les Dents de La Mer (Steven Spielberg, 1975) et Psychose (Alfred Hitchcock, 1960). 

A la seule différence que Paranormal Activity, sorti en 2009, ne se déroulera pas dans les eaux profondes ni dans un motel en déshérence, mais tout simplement dans la demeure d'un couple lamba. En vérité, Paranormal Activity est le digne épigone du Projet Blair Witch. A l'instar de son devancier, lui aussi fonctionne sur une formule basique et laconique.
Nanti d'un budget impécunieux, le film se déroulera dans un habitat et plus précisément dans une chambre martelée par le fracas d'une porte, de lumières qui s'allument ou s'éteignent sans explication rationnelle et par une présence fantômatique ou démoniaque à l'aura comminatoire. Ainsi, le long-métrage prend la forme d'un documentaire et serait le témoignage vidéo de Katie et Micah, témoins de phénomènes paranormaux.

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Evidemment, Paranormal Activity n'est qu'un leurre et un simulacre. Mais peu importe, Oren Peli s'ébaudit de la situation et opte pour deux acteurs amateurs et inconnus au bataillon. Présenté dans différents festivals, Paranormal Activity obtient le prix du meilleur film indépendant. Même des réalisateurs de prestige, notamment Steven Spielberg, exaltent les qualités de ce long-métrage.
Mutin, le film se nimbe d'une réputation sulfureuse. Paranormal Activity serait même le film le plus effrayant de tous les temps ! Fort de son immense succès, le long-métrage va bientôt se décliner en immense saga mercantile, avec son lot de suites, de séquelles et de préquelles, censées nous raconter les origines, les fondements et même les atermoiements de ses divers protagonistes.

Mieux, Paranormal Activity signe l'avènement du found footage. Une recette juteuse qui va engendrer de nombreux succédanés (entre autres, Paranormal Entity produit par Asylum), dont le public, essentiellement pré-pubère, est friand. Pourtant, force est de constater que le film divise l'opinion. D'un côté, les fans érigent le long-métrage d'Oren Peli comme le nouveau parangon du cinéma d'épouvante. A l'inverse, certaines critiques parlent tout simplement d'une arnaque commerciale.
En l'état, difficile de ne pas adhérer à la seconde théorie. Attention, SPOILERS ! Un jeune couple suspecte leur maison d'être hantée par un esprit démoniaque. Ils décident alors de mettre en place une surveillance vidéo durant leur sommeil afin d'enregistrer les évènements nocturnes dont ils sont les victimes.

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Les images récupérées de septembre à octobre 2006 ont été montées en un film de 86 minutes, "Paranormal Activity". Premier constat. Force est de constater que le scénario ne brille pas vraiment par sa sagacité. Finalement, Paranormal Activity, c'est Poltergeist (Tobe Hooper et Steven Spielberg, 1982) décliné en found footage. Contre toute attente, Paranormal Activity reflète parfaitement l'anomie du cinéma horrifique actuel. Inutile ici de rechercher la moindre idéologie sous-jacente.
Contrairement à Poltergeist (déjà précité) ou encore à L'Exorciste (William Friedkin, 1973), le film n'analyse pas le délitement familial ni sociétal. En vérité, Paranormal Activity ne fait que flatter nos tendances voyeuristes et consuméristes. D'une certaine façon, le film pourrait se concevoir comme une version horrifique de Loft Story.

Confinés dans une pièce et filmés par une caméra vidéo, les deux principaux protagonistes sont condamnés à ratiociner et à gloser sur les événements paranormaux dont ils sont victimes. Hélas, le phénomène n'est pas nouveau. Par le passé, Kathie a déjà été frappée par des activités démonologiques. Toutefois, Oren Peli élude volontairement les explications rationnelles. Même les professionnels affublés de dons télépathiques ou médiumniques sont priés de s'abstenir.
C'est peut-être la seule réelle nouveauté de Paranormal Activity. Face à ce démon invisible, Katie et son énamouré semblent totalement délaissés et esseulés. Personne ne viendra les secourir. Pourtant, Oren Peli n'exploite pas vraiment (ou pas assez) ce sentiment de confinement et de solitude, préférant s'attarder sur les images assénées par sa caméra subjective.

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De facto, difficile de se passionner ou de s'attacher aux deux principaux protagonistes. A juste titre, les contempteurs pourront tonner et pester contre la pauvreté et la futilité des effets spéciaux : une porte qui claque, un souffle qui se fait sentir ou encore des traces de pas dans la maisonnée... Contre toute attente, la formule fonctionne par intermittence... Notamment lorsqu'Oren Peli se centre sur cette tension palpable et permanente. Narquois, le réalisateur reprend la même formule déployée par Eduardo Sanchez et Daniel Myrick dans Le Projet Blair Witch
Bref, sans crier au génie, encore moins au film culte, Paranormal Activity n'est pas forcément le "naveton" décrié par ses nombreux détracteurs. Contrairement aux myriades d'avatars qui sortiront par la suite, force est de constater que Paranormal Activity se montre légèrement supérieur à la moyenne habituelle. Ma note finale pourra donc paraître clémente.

Note : 11/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

Les Premiers Hommes dans la Lune (Existence sélénite)

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Genre : science-fiction 
Année : 1964
Durée : 1h43

Synopsis : Pensant être les premiers hommes à poser un pied sur la Lune, une expédition américaine atterrit en 1964 sur le satellite. Les astronautes y découvrent un drapeau anglais et un message relatant une précédente venue d'hommes des dizaines d'années auparavant. Intriguée, l'ONU ouvre une enquête qui débouche chez un vieil homme de l'époque victorienne, Arnold Bedford, interné en maison de retraite, qui leur raconte son aventure.  

La critique :

Au fil des années, le nom de Nathan Juran, réalisateur, scénariste et directeur artistique américain, s'est rapidement imposé parmi les honnêtes artisans du cinéma bis. La carrière du cinéaste débute dès les prémisses dès années 1940. Dans un premier temps, Nathan Juran réalise plusieurs westerns notoires, Tulsa (1949), Une Balle dans le Dos (1949) et Quand la poudre parle (1953), qui rencontrent leur public dans les salles obscures.
Mais Nathan Juran voue également une fascination pour le cinéma fantastique et de science-fiction, comme l'attestent les sorties de La légende L'Epée Magique (1953), Jack le tueur de géants (1962), A des millions de kilomètres de la Terre (1957), L'Attaque de la femme de 50 Pieds (1958) et Le Septième Voyage de Sinbad (1958).

Vient également s'ajouter Les Premiers Hommes dans la Lune, sorti en 1964. A l'origine, le film est la seconde adaptation d'une nouvelle de H.G. Wells, la première (First Men In The Moon de Bruce Gordon et J.L.V. Leigh) datant de 1919. En ce sens, on pourrait donc parler d'un remake. Au milieu des années 1960, Neil Armstrong et ses compagnons de fortune n'ont pas encore effectué leurs premiers pas sur l'astre lunaire. A l'époque, les Etats-Unis et la Russie se mènent une bataille spatiale, technologique et cosmologique pour savoir qui atteindra en premier le sol sélénite.
La suite, vous la connaissez. Mais la guerre froide ne se traduit pas seulement par la menace nucléaire et atomique. Elle a déjà lieu dans notre vide intersidéral, celui régi par les mouvements des planètes et des satellites. 

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Toutefois, peu ou prou de velléités martiales ni de consonance belliqueuse dans Les Premiers Hommes dans la Lune sous l'égide de Nathan Juran. En outre, le cinéaste fait fi de tout contexte politique et/ou idéologique au profit d'une pellicule soignée mais d'une grande ingénuité. De facto, le film de Nathan Juran s'apparente davantage à un hommage appuyé à Le Voyage dans la Lune (George Méliès, 1902). La distribution du long-métrage réunit Edward Judd, Martha Hyer, Lionel Jeffries, Miles Malleson et Norman Bird. Attention, SPOILERS ! Pensant être les premiers hommes à poser un pied sur la Lune, une expédition américaine atterrit en 1964 sur le satellite.
Les astronautes y découvrent un drapeau anglais et un message relatant une précédente venue d'hommes des dizaines d'années auparavant.

Intriguée, l'ONU ouvre une enquête qui débouche chez un vieil homme de l'époque victorienne, Arnold Bedford, interné en maison de retraite, qui leur raconte son aventure. Il est amusant de constater que le film de Nathan Juran annonce malgré lui le scénario de Capricorn One (Peter Hyams, 1977). Non, les Américains ne seraient pas les premiers à avoir foulé le sol de la Lune. Une thèse qui sera soutenue bien des années plus tard par les Russes. Pis, le périple lunaire de Neil Armstrong et Buzz Aldrin ne serait qu'un leurre et un simulacre, savamment orchestrés par la NASA.
Exempt ce petit cours d'histoire voire d'astronomie, Nathan Juran s'adjoint les services et l'érudition de Ray Harryhausen, celèbre pour avoir popularisé la technique de la stop-motion au cinéma.

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La première partie du film se distingue par sa goguenardise. Ici, point de discours scientifique ou de longue homélie sur le voyage lunaire. Les futurs explorateurs de la Lune badinent sur le long périple qui les attend. Le long-métrage déploie enfin toute sa virtuosité lorsque le module se pose enfin sur le sol lunaire. Sur place, les astronautres découvrent un monde souterrain peuplé par des sortes d'insectes qui vivent dans la pénombre et à l'abri des radiations mortelles du Soleil.
Plutôt fidèle à l'opuscule original, Les Premiers Hommes dans la Lune surprend par la richesse et la somptuosité de ses décors. Un grand soin a été apporté à la confection des décors et à l'animation des différents extraterrestres. D'une certaine façon, cette vie alien et souterraine n'est pas sans évoquer nos fourmilières terrestres.

Ainsi, certains Sélénites sont voués aux travaux pénibles pendant que leurs supérieurs ratiocinent et essaient de communiquer avec leurs convives humains. Si la stop-motion reste la principale technique utilisée, Nathan Juran fait parfois appel à de vrais acteurs pour endosser des costumes d'insectes. De ce fait, le film se transmute rapidement en pellicule entomologique. Pour nos chers insectes, l'homme est perçu comme un futur colonisateur. La Lune pourrait ainsi devenir un futur empirée terrestre dans les décennies ou les siècles à venir. Sur place, nos explorateur découvrent des galeries parsemées de glaces et de couleurs châtoyantes. A l'instar d'Hergé dans On A Marché sur la Lune, Nathan Juran hypostasie sur la présence d'eau sur nos astre lunaire. Le cinéaste joue les visionnaires et les techniciens avisés dans cette pellicule aussi candide qu'attachante. Tout d'abord réalisé en noir et blanc, le film bénéficiera par la suite de la colorisation. Hélas, le long-métrage se soldera par un bide commercial. 
Pendant longtemps, Les Premiers Hommes dans la Lune sera tancé et répudié (injustement) par de nombreux contempteurs, puis se rachètera un regain de popularité au fil des années.

 

Note : 14.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

12 février 2017

Found (Qui est le monstre ?)

Found

 

Genre : horreur, drame, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2012

Durée : 1h43

Synopsis : Marty a douze ans. Détesté par ses camarades de classe, il supporte le réel en trouvant refuge dans la BD et les films d’horreur qu’il consomme à longueur de journées. Lorsqu’il découvre une tête planquée dans le sac de son frère et comprend que ce dernier est un tueur en série, son monde s’écroule.

La critique :

Dans le cinéma d'épouvante, l'horreur est souvent reliée au petit monde de l'adolescence. Que ce soit sous l'angle du slasher (les sagas Freddy, Vendredi 13 et Halloween, entre autres), sous l'angle de la sorcellerie et du found footage (Le Projet Blair Witch par exemple), sous l'angle de la possession démoniaque (L'Exorciste, William Friedkin, 1973), ou encore sous l'angle du fait divers (The Girl Next Door, Gregory Wilson, 2007), l'adolescence semble intrinsèquement corréler aux sentiments d'effroi, de terreur et de solitude. Et ce qu'a parfaitement compris Scott Schirmer avec Found en 2012 et qui marque aussi sa toute première réalisation.
En outre, le long-métrage n'a pas bénéficié d'une sortie dans les salles de cinéma.

Mais nul doute que l'on entendra à nouveau parler de ce choc frontal. C'est surtout lors de l'étrange festival en 2013 que Found a suscité la polémique et la controverse. Depuis de nombreuses années, le genre horrifique est à la recherche de sa nouvelle égérie, de ce film gore et trash capable de marquer durablement les persistances rétiniennes. Ne cherchez plus.
Cet OFNI (objet filmique non identifié) se trouve sous vos yeux et se nomme (au cas où vous ne l'auriez toujours pas compris...) Found. Inutile de mentionner les acteurs, à moins que vous connaissiez les noms d'Ethan Philbeck, Gavin Brown et Phyllis Munro ; mais j'en doute... 
A priori, le scénario de Found est de facture basique et conventionnelle. Attention, SPOILERS ! Marty a douze ans. 

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Détesté par ses camarades de classe, il supporte le réel en trouvant refuge dans la BD et les films d’horreur qu’il consomme à longueur de journées. Lorsqu’il découvre une tête planquée dans le sac de son frère et comprend que ce dernier est un tueur en série, son monde s’écroule. A l'origine, Found est l'adaptation d'une nouvelle éponyme de Todd Rigney. En l'occurrence, la première partie du film est plutôt classique et s'attarde longuement (mais précisément) sur le quotidien fastidieux et malheureux de Marty, un jeune éphèbe de 12 ans. Durant cette première section, Scott Schirmer se montre curieusement timoré, sondant et analysant un collégien répudié, rudoyé et brimé par ses camarades de classe.
Marty trouve alors refuge dans l'univers étriqué des bandes dessinées et dans le cinéma horrifique.

L'objectif ? Trouver ce fameux Saint Graal, ce long-métrage trash et extrême qui provoquera des cauchemars et des cris d'orfraie. En outre, Marty tombe presque fortuitement sur une petite série B, sobrement intitulée "Headless" ("Acéphale" en français). A priori, cette bisserie gore et impécunieuse se révèle assez inoffensive en dépit de sa profusion d'étripages dans les règles.
Mais Marty voit, à travers les exactions du psychopathe du film, les propres ignominies perpétrées par son frère, Steve. 
Dès lors, le petit monde de Marty s'écroule. L'univers de l'adolescence est prié de s'évincer au profit d'une réalité beaucoup plus macabre et morbide. Tout d'abord fasciné par l'aura charismatique dégagée par son frère aîné, Marty change radicalement de comportement. C'est la seconde partie de Found

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D'un adolescent conspué et morigéné par ses pairs, Marty se transmute en un être perfide et vindicatif prêt à cogner et même à guerroyer contre un autre camarade de collège. Gare à ne plus effaroucher l'adolescent sous peine de provoquer ses furibonderies et ses pulsions les plus archaïques. En outre, c'est bien le frère aîné qui réveille l'animal qui sommeille en Marty. Qui est le monstre ?
Celui qui commet des crimes barbares et abominables ? Ou ceux qui se tapissent derrière la religion, des pensées et des idéologies oiseuses et bienséantes ? D'ailleurs, le jouvenceau se regimbe même contre l'autorité patriarcale. Une hérésie. Même le père bilieux ne parvient pas à calmer les ardeurs de Marty. Bientôt, l'adolescent est défendu bec et ongles par son frère aîné.

Dès lors, Found prend un tournant radical et rédhibitoire, entraînant le jeune adolescent (et le spectateur) dans une spirale infernale, où il est à la fois question d'inceste, de viol, de meurtre et plus précisément de parenticide. C'est la troisième et dernière partie du film... En l'état, difficile d'en dire davantage. Found peut alors être analysé sous plusieurs angles. Soit comme un thriller horrifique qui dépeint une schizophrénie sociopathique pour le moins effrayante...
Soit comme un nouveau film gore sur une adolescence en proie à ses propres pulsions et paradoxes. Ou soit encore comme une critique au vitriol de la middle class américaine avec ses longues moralines sur la paix, la béatitude et la façon de se comporter en société... 
Pour un tout premier long-métrage, Scott Schirmer fait preuve d'une incroyable audace et d'une profonde maturité. Certes, certains contempteurs décèleront, ici et là, un manque flagrant de budget.
Mais ne soyons pas trop sévères, Found n'a clairement pas usurpé son statut de film culte en devenir. Dans sa dernière partie, le long-métrage délivre bien l'uppercut annoncé.

Note : 16/20 

sparklehorse2 Alice In Oliver

11 février 2017

Haze (Un endroit charmant)

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Genre : Epouvante, horreur, expérimental (interdit aux - 16 ans)

Année : 2005

Durée : 48 min

 

Synopsis :

Un homme se réveille seul et amnésique, dans ce qui semble être une immense grotte. Dans cet endroit lugubre, il tente de trouver une sortie et de se rappeler de ce qui lui est arrivé.

 

La critique :

Cette toute première chronique démarre la panoplie de toute une série de films japonais tantôt expérimentaux, tantôt lugubres, tantôt gore ou voire même les 3 à la fois, qui arriveront au fur et à mesure de ces prochains mois. Si ces chroniques se concentreront essentiellement sur l'un des réalisateurs chéris de tous les fans de cinéma choc et qui n'est autre que Shinya Tsukamoto, ce ne sera bien évidemment pas le seul car arriveront aussi les tous premiers films d'horreur japonais.
Aujourd'hui, chronique plutôt courte compte tenu de la courte durée de 48 minutes de ce moyen-métrage, Haze, pas si vieux que ça (à peine 12 ans) et réalisé donc, si vous ne l'aviez pas remarqué, par Shinya Tsukamoto qui a su s'imposer durablement dans le monde du cinéma avec son film le plus emblématique qui est Tetsuo, oeuvre choc et pamphlétaire envers notre société sombrant peu à peu dans la dépendance électronique.

Malheureusement, ce film restera sans doute le seul vraiment connu du grand public car les autres, excepté pour les cinéphiles, les fans d'expérimental et de cinéma japonais, n'auront pas le même succès. Moi-même, j'ai appris récemment l'existence de ces films (faut dire que je ne m'étais pas intéressé de près à sa filmographie. Pourquoi ? Je ne sais pas et je ne comprends pas car Tetsuo est l'un de mes films préférés). Soit. Ces prochaines chroniques se rajouteront aux autres chroniques du cinéma japonais très prisé de ce blog compte tenu de l'innovation et de l'absence de limites qui ont accouché de pellicules foncièrement infâmes pour le commun des mortels et à même de dégueuler sur l'écran de son ordinateur en les lisant pour les plus sensibles.
Vous me connaissez, pas de ça ici présent et place à un film très étrange, bizarre et autres qualificatifs s'y rapportant, tourné en à peine 13 jours, et en provenance de l'esprit quelque peu inquiétant de ce grand réalisateur.
 

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Quand vous connaissez un peu l'énergumène derrière la caméra, il n'est pas difficile de se rendre compte que ces films sont difficiles d'accès et jusqu'au boutistes, parfois trop (avoir visionné la bande annonce de Tetsuo quand j'avais 14 ans fut une très mauvaise idée). En l'occurrence, on retrouve ici tout ce qu'il faut pour faire fuir le spectateur lambda ou du moins le décontenancer et attiser la curiosité de ceux qui s'y prêteront au jeu. Bref, attelons nous à ce film. 
ATTENTION SPOILER : Un homme se réveille, enfermé dans sorte de labyrinthe souterrain, tellement exigu, qu'il peut à peine s'y déplacer. Il ne se souvient ni d’où il vient ni comment il est arrivé dans cet enfer. À l'abdomen, il a une blessure profonde et douloureuse. Il commence à se déplacer dans les confins étroits de ce labyrinthe, en tentant de survivre aux pièges mortels omniprésents.

Il doit parfois se déplacer à la force de ses dents. Dans un lieu rempli de membres arrachés et putrescents, il rencontre alors une femme, elle aussi amnésique, et tentent ensemble de trouver des réponses en vain. Alors que l'homme est prêt à abandonner, la femme décide de déblayer un passage dans un égoût. En la suivant, il la perd de vue... FIN DES SPOILERS. Voilà, comme vous pouvez le voir, le scénario est relativement simpliste mais comme d'habitude, en ce qui concerne Tsukamoto, intriguant et à même de susciter la curiosité chez n'importe quel amateur de thriller (après, pour tous les garder devant l'écran, c'est une autre paire de manches).
Ici, comme je l'ai dit auparavant, on retrouve tout ce qui fait la force et le style du réalisateur à savoir une réalisation épileptique, une narration obscure et de la violence. A cela, va se rajouter une atmosphère vraiment glauque de par l'approche inhabituelle de l'horreur dans laquelle s'embarque Tsukamoto.

Ainsi, le film démarre sans prologue et nous plonge dans ce lieu inquiétant et très étroit au point que l'acteur principal, incarné par Shinya Tsukamoto lui-même, a bien de la chance de ne pas avoir le moindre surpoids. Qu'on se le dise, je suis un fan d'ambiances malsaines mais celui-là est un poids lourd du genre car il a vraiment déclenché chez moi un malaise qui m'a pas mal poursuivi par la suite. Nous sommes entraînés avec l'acteur dans l'obscurité et le silence le plus total et rien qu'avec cela, Tsukamoto crée déjà un sentiment d'oppression s'intensifiant lors de bruits lointains de type industriel (je ne sais pas si je me fais bien comprendre mais aucun autre terme ne me vient à l'esprit).
Les plans forcément très rapprochés étouffent davantage le spectateur évoluant avec ce personnage dans ces ténèbres en dehors de l'espace et du temps, un point qui, encore une fois, intensifie le malaise suscité par Haze

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Comme le nom du film l'indique ("haze" voulant dire "brume" en français), l'histoire reste très nébuleuse de par les tenants et les aboutissements de l'histoire ainsi que de l'état mental du personnage vidé de toute sa mémoire. Un titre bien choisi compte tenu de cette plongée dans l'inconnu présente tout au long du film. En gros, sur ce premier point, comprenez bien que Haze possède une vraie ambiance qui en déstabilisera plus d'un et dont on peut faire un parallèle intéressant avec un grand film récent, où les personnages évoluaient aussi dans des espaces exigus en dehors du temps, et qui n'est autre que Cube.
Evidemment, si les idées sont rapprochées, la narration n'est pas la même et 
Haze se montre bien plus expérimental. En outre, le film ne se contente pas de se reposer sur de l'obscurité, mais n'hésite pas à nous gratifier de belles séquences de cet homme et de cette femme toute aussi mystérieuse que lui, progressant dans une salle remplie de corps démembrés, de victimes exposées aux pièges mortels semés un peu partout dans cet endroit.

Au risque de me répéter, le film est tout sauf chaleureux et ce n'est pas l'avant dernière séquence de cet homme paniqué croyant voir quelque chose tout au fond de cet espèce de tunnel qui arrivera à nous rassurer. Une séquence mémorable jouant beaucoup sur cette peur inconsciente du noir présente chez beaucoup de gens car c'est en cela que l'obscurité est si terrifiante, vu que l'on ne peut voir ce qu'elle renferme. L'air de rien, cette séquence courte a une petite dimension psychologique qui n'est pas souvent vue dans le cinéma. Jouer sur l'obscurité, faire travailler notre imagination en même temps que le personnage lui-même est un défi extrêmement difficile que Tsukamoto a su relever et ça a le mérite de faire de ce moyen-métrage, une curiosité à voir de toute urgence.
Le problème est que tout n'est pas parfait et quelques défauts gênants s'immiscent entâchant le visionnage. Tout d'abord, si la réalisation épileptique fonctionnait à merveille dans Tetsuo, elle ne fonctionnera absolument pas ici lors de, heureusement, rares séquences où l'on a du mal à déceler un peu ce qui se passe.

La faute à l'obscurité qui n'aide pas dans ces moments là. A cela, rajoutez cette séquence de prisonniers, massacrés par on ne sait trop quoi, qui gâche aussi le visionnage car le personnage est pourtant en position de bien observer le carnage mais la caméra part dans un trip hallucinogène, au point que l'on ne distingue pas l'action. C'est gênant. Mais si ces défauts restent globalement excusables, on ne pourra pas en dire autant de la fin en complet désaccord avec l'ambiance de terreur originelle. On a un peu cette impression que Tsukamoto a perdu son récit en cours de route et ne sait pas trop comment le finir et forcément, on aboutit à une fin opaque et très décevante. 
En conclusion, on a ici un moyen-métrage de qualité on ne peut plus correct, mais présentant quelques problèmes assez agaçants, cassant un peu le plaisir du visionnage. Evoluant dans un cadre digne de faire crier des claustrophobes et dans une ambiance réellement glauque et malsaine, on est face à une réalisation à mi-chemin entre la nervosité et le calme apparent.

Le fait de créer un film court élude tout principe de narration complexe aux personnages travaillés et fait place à un film davantage sensoriel. Haze n'oublie pas aussi d'intégrer les thèmes chers aux réalisateurs, entre autres le rapport de l'homme à la douleur et le sentiment d'enfermement urbain, thèmes retrouvés encore une fois dans Tetsuo. Dans le sillage de Tetsuo sans malheureusement l'atteindre en qualité, Haze se trouve être une curiosité très particulière axée sur cette peur primaire qu'est le noir et rien que pour cela, il mérite d'être visionné.
Néanmoins, le film ne plaira pas à tout le monde et peut laisser un arrière-goût à la fin du visionnage qui pourra vite disparaître après avoir remis ses idées en place. Compte tenu de la construction expérimentale du récit, il est donc logique de ne pas savoir mettre de note précise à cette bizarrerie cinématographique, renouant avec le jusqu'au boutisme de ses premiers films qu'il avait peu à peu abandonnée.

 

Note : ???

 

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