Cinéma Choc

17 février 2020

Captured Mother and Daughter : She Beast (Aussi puissant qu'un épisode d'Inspecteur Derrick)

4888f3f2b3

Genre : Thriller, pornographie, trash (interdit aux - 18 ans)

Année : 1987

Durée : 1h15

 

Synopsis :

Une écolière japonaise est victime du suicide de son ami proche, se jetant du haut d'un bâtiment, et de l'indifférence de ses camarades de classe à ce triste spectacle. Plus tard, elle entre dans un groupe de voyous qui vont violer sa mère avant qu'elle ne reçoive le même traitement pour être ensuite contrainte à la prostitution.

 

La critique :

C'était il y a maintenant quelques mois, lors d'un énième voyage sur le site ultra spécialisé Wipfilms, je fis la rencontre par inadvertance d'un diptyque au détour des suggestions proposées. Captured For Sex était son nom et tout ce joyeux programme semblait laisser présager de l'outrecuidant, du scandaleux, de l'extrême. Si le premier opus s'illustrait par sa nullité et sa capacité record à causer cinq bâillements à la minute chez le spectateur, le deuxième répondit aux attentes en offrant des séances de torture dignes de ce nom qui ne semblaient pas être simulées. Ceci dit, si la révulsion était au rendez-vous, on restait loin encore des authentiques films de torture que Cinéma Choc, dans toute sa munificence, vous a chroniqué avec décharges d'adrénaline à la clef lors de la lecture.
Vous allez sans doute me demander pourquoi je parle de ce temps passé plus ou moins lointain. Tout simplement car une autre découverte était de la partie dans ces fameuses suggestions de films mais lassé par ce genre de cinéma que j'avais abordé avec un peu trop de radicalité, je m'en retournais au beau Septième Art, comédie sentimentale comme SF, thriller, horreur (etc), qui me faisait vibrer. Captured Mother And Daughter : She Beast, un nom à rallonge qui vous donne le temps de cuire vos pâtes avant de finir de le citer, s'engonçait dans ces pellicules lointaines à être sur ma liste, destinées à être chroniquées avant 2050. 

Il faut dire que la présentation sur le site laissait présager un film âpre pour le commun des mortels, sans oublier cette petite étincelle de curiosité inexplicable. Mais comme je vous me disais, je ne la perdis pas de vue pour un visionnage futur mais il n'était pas dans mes priorités. Seulement le dernier choc en date par mes soins via un MASD-004 d'une horreur sans nom se faisait lointain. Un petit métrage trash/extrême se devait de rentrer dans la danse. L'opportunité fut toute prouvée pour ce Captured blablabla She Beast. En raison d'un Web français totalement silencieux, c'était farfouiller sur des sites dans une langue étrangère que je me devais de faire pour obtenir quelques petits renseignements sur tout cela. Par l'intermédiaire d'un site polonais, j'appris que cette réalisation fauchée signée Nobuyuki Saito, prenant le pseudonyme de Mizumaru Saito pour l'occasion, était l'une des dernières grandes créations softcore de la Nikkatsu. L'homme n'est visiblement pas un inconnu et s'est vite spécialisé dans la cinématographie coquine, en dépit d'une carrière fort courte s'étalant de 1978 à 1989 avec, tout de même, 9 films à son actif. Effectivement, il ne faut pas disserter 300 ans sur le scénario de ce genre d'oeuvres peu ambitieuses, ni solliciter d'importants budgets pour les réaliser. Les notes ne sont toutefois guère élogieuses.
La note la plus haute est recensée par IMdb avec un 6,4/10. Ce qui peut potentiellement, et malgré tout, mettre en confiance.

Captured-Mother-and-Daughter-She-Beast-0-36-00-106

ATTENTION SPOILERS : Une écolière japonaise est victime du suicide de son ami proche, se jetant du haut d'un bâtiment, et de l'indifférence de ses camarades de classe à ce triste spectacle. Plus tard, elle entre dans un groupe de voyous qui vont violer sa mère avant qu'elle ne reçoive le même traitement pour être ensuite contrainte à la prostitution.

Je tiens à vous dire que Captured Mother And Daughter : She Beast ne va pas me faire faire un long billet, en comparaison du dernier pondu par mes soins, car il ne donne ni l'envie de s'éterniser dessus, ni n'a les moyens à ce que l'on développe un éventuel propos sous-jacent. Certains disant qu'il illustre la laideur de la vie et le malheur frappant certaines femmes. Effectivement, les réseaux de prostitution clandestine sont une cruelle réalité. Les victimes prises dans cet engrenage inhumain doivent subir contre leur volonté des maltraitances sexuelles et viols à répétition. L'homme n'est pas représenté sous son meilleur jour car tous les protagonistes masculins sont laids, amoraux et se complaisent dans des satyriasis dépravés où l'amour et la sensualité du coït sont une notion inconnue chez eux. Certes, Saito filme et semble dénoncer le destin incertain de cette gente féminine mais... Qu'est-ce qu'on fait chier p**ain ! Malgré une maigre durée de 75 minutes, le temps est long avant de voir le bout d'un tunnel de vacuité, où absolument rien ne tient en laisse le cinéphile. Bien que le film soit dénué de tout sous-titres, même anglais, on se demande bien où se trouve l'intrigue et si elle est présente.
On devine vite qu'elle est délaissée de toute saveur, de tout peps, préférant se focaliser sur un quotidien morne et sans surprise. Saito filme le vide : l'écolière mangeant des nouilles devant la TV, de longues facondes soporifiques étant l'apanage du film. Et à l'occasion, un petit rapport sexuel par-ci, par-là, vite expédié pour, à nouveau, se fourvoyer dans le néant.

J'inviterai alors les aficionados de cinéma extrême à ne surtout rien attendre de ce Captured blablabla en termes de sensations fortes. Les bacchanales sont d'une simplicité et d'une fadeur indécentes. On décèle çà et là quelques petits soubresauts. La fille forcée en train de crier qu'elle ne veut pas se faire pénétrer. Une ou deux claques, un téton brûlé à la cigarette ou l'écolière la tête noyée à plusieurs reprises dans la baignoire. Seule l'ultime séquence sexuelle, plutôt dérangeante par ailleurs, voit la jeune fille assister au viol collectif de sa mère. Désespérée face à l'innommable pour elle, elle cherche à fuir tout visuel, tout bruit jusqu'à s'enfermer dans le frigo. Et voilà c'est tout pour la partie déviance ! Si le film n'est nullement extrême, on a bien du mal à lui attribuer la mention trash ne provenant en fin de compte que de cette scène peu orthodoxe. C'est plutôt pingre !
Les séquences de pénétration sont floutées par un cercle blanc de 50 m2. Ce qui n'est pas vraiment esthétique. Le seul mérite de ce salmigondis de va-et-vient est ce que ça relève le rythme lancinant régissant l'histoire, le tout couplé à une atmosphère insipide où l'oppression se fait très rarement ressentir, sinon n'est ni plus ni moins que négligeable. 

Captured-Mother-and-Daughter-She-Beast-1-06-52-626

Et ne vous attendez pas à une petite remontada sur la question technique. L'image est d'une monotonie type et les décors sont insipides, se résumant à de piètres appartements et à quelques scènes bancales en ville. Pour le coup, le "Captured" qui est censé avoir une consonance négative semble bien loin de ce que l'on était en droit de s'attendre. Une fille "capturée" se baladant tranquillement en ville ? Mouais... Pour le reste, la mise en scène est conventionnelle. Bref rien de croustillant sous le soleil. Le son lui est quasi inexistant et est dans le meilleur des cas cliché au possible.
Enfin, pour ce qui est du casting, c'est de l'amateurisme, du bancal, du manque total de charisme qui fait que l'on y croit. Dans mon infinie mansuétude, je me permettrai de les citer : Asako Maekawa, Yoshihiro Kato, Yudo Yoshikawa, Yuko Chiba, Kikujiro Honda, Kiyomi Ishii, Ikumi Shimoida et Koichi Ueda. Faites-moi signe si vous en connaissez au moins un.

Et voilà, c'est déjà la fin de ce petit objectif merdique et sans saveur qu'il m'ait été donné de faire. Fainéantise de ma part de clôturer déjà ce boulot ? A vous de juger mais quand il n'y a rien à se mettre sous la dent en termes de sujet(s) intéressant(s) et quand en plus vous priez le ciel que le film se finisse pour retourner à d'autres occupations plus intéressantes, il ne faudra que rarement attendre de la chronique qu'elle remplisse 5 pages recto-verso. Encore que s'il était, indépendamment de sa volonté, amusant par sa nanardise, on pourrait développer et s'amuser à la rédaction, comme j'en ai eu le cas avec Slaughter Disc. Dans le cas présent, ça se prend un peu trop au sérieux pour ce qu'il y a à raconter. Une fois de plus, l'étincelle de curiosité me déçoit, m'amenant de nouveau sur le chemin inintéressant des somnifères mal torchés. Une pellicule pseudo-trash qui ne malmènera que les êtres les plus sensibles du système solaire, les autres pourront encaisser le sourire aux lèvres le """choc""". Captured Mother And Daughter : She Beast, un nom aussi long pour un fond aussi creux. Quelle ironie !

 

Côte : Navet

 

 

orange-mecanique   Taratata


16 février 2020

Dead Ant (L'attaque des fourmis géantes)

dead ant

Genre : horreur (interdit aux - 12 ans)
Année : 2017
Durée : 1h27

Synopsis : Le groupe de glam-metal Sonic Grave est l'auteur d'un seul succès. Alors que ses membres embarquent pour Coachella dans l'espoir de réaliser un come-back, ils sont confrontés à une menace d'un autre monde. 

 

La critique :

Retour à l'agression animale. Que les adulateurs de Cinéma Choc (mais enfin, qui sont-ils ?) se rassérènent. A travers cette chronique indolente et fastidieuse, nous ne commettrons pas l'offense d'itérer la genèse ni l'historique de ce sous-registre du cinéma d'exploitation. Pour souvenance, c'est avec Les Oiseaux (Alfred Hitchcock, 1963), puis avec Les Dents de la Mer (Steven Spielberg, 1975) que ce genre carnassier connaît ses premiers rudiments et linéaments. Dans Les Oiseaux, la terreur survient du ciel et plus précisément d'un néant à la fois invisible et indicible.
En l'occurrence, Alfred Hitchcock ne fournit aucune explication rationnelle sur ces assauts subreptices qui assaillent les habitants d'une petite communauté américaine. Une décennie plus tard, Steven Spielberg s'inspirera de ce syllogisme pour réaliser Les Dents de la Mer.

Cette fois-ci, la terreur est aquatique et surgit des tréfonds des océans. Mais pour "Spielby", le vrai requin, ce n'est pas ce poisson plantureux qui tortore quelques infortunés touristes de passage, mais ces édiles politiques qui sacrifient la populace au nom du lucre et de la saison estivale. Certes, Les Oiseaux et Les Dents de la Mer sont des productions dispendieuses et luxuriantes. Mais en raison de leur succès inopiné, ces blockbusters soyeux vont davantage s'accointer avec l'univers de la série B. Preuve en avec Piranhas (Joe Dante, 1978), le seul film d'horreur d'agression aquatique à rivaliser avec Les Dents de la Mer, dixit les propres aveux de Steven Spielberg "himself".
Bientôt, les requins, les volatiles et les piranhas doivent s'évincer et s'oblitérer au profit d'agressions beaucoup plus exotiques.

_mg_1887-h_2018

 

Les abeilles (L'inévitable catastrophe, Irwin Allen, 1978), les guêpes (Deadly Swarm, Paul Andresen, 2003), les mouches (Infested, Josh Olson, 2002), les moustiques (Skeeter, Clark Brandon, 1994), les cafards (Voyage au bout de l'horreur, Terence H. Wickless, 1988), les mantes religieuses (La chose surgit des ténèbres, Nathan Juran, 1957) et même les sauterelles furibondes (Beginning of the End, Bert I. Gordon, 1957) deviennent les principaux apanages du cinéma bis. Viennent également s'additionner nos "amis" (si j'ose dire...) les fourmis. Evidemment, nos chers formicidés ne pouvaient pas échapper bien longtemps au cinéma horrifique.
Ainsi, les thuriféraires du genre n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Them ! - Des Monstres Attaquent la ville (Gordon Douglas, 1954), Phase IV (Saul Bass, 1974), L'empire des fourmis géantes (Bert I. Gordon, 1977), ou encore Insects (Fred Olen Ray, 2005).

Dans toute cette litanie de productions impécunieuses, c'est évidemment Them ! - Des Monstres Attaquent la Ville qui fait référence et voeu d'obédience. Mais depuis les années 1950, la Guerre Froide et la menace nucléaire ne font plus vraiment recette et n'ameutent plus les spectateurs dans les salles. Avec Dead Ant, sorti en 2017, Ron Carlson a pour aspérité de faire ciller l'hégémonie rogue de cette série B désormais obsolescente. En l'occurrence, le nom de Ron Carlson ne doit pas vous grand-chose et pour cause, puisque le cinéaste est issu du circuit indépendant.
Humoriste et spécialiste de la rodomontade, il signe plusieurs sketches "diffusés lors de la cérémonie de remise des ESPY Awards sur la chaîne ESPN" (Source : http://festival-gerardmer.com/2019/project/dead-ant/). 

deadant

Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages, il s'affaire à son tout premier film, Tom Cool (2009), et enchaîne avec Midgets Vs. Mascots (2009) et All American Christmas Carol (2013). Carl Carlson apparaît donc presque comme un noviciat dans l'univers cinématographique. Le metteur en scène n'a jamais caché son engouement, ni son effervescence pour le cinéma bis. En ce sens, Dead Ant fait évidemment voeu d'allégeance à ce cinéma de naguère. Contre toute attente, cette production désargentée se solde par des critiques plutôt dithyrambiques.
Certes, ce n'est pas Dead Ant qui revivifie un genre en désuétude. Mais, au moins, cette série B adventice s'illustre par sa truculence et sa promptitude, de quoi ravir les laudateurs du cinéma horrifique. Preuve en est.

Si le film ne bénéficie pas d'une distribution dans les salles obscures, il se distingue dans les festivals, notamment à Gérardmer. Reste à savoir si Dead Ant justifie - ou non - son visionnage. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... La distribution du film se compose de Tom Arnold, Sean Astin, Martin Blasick, Natasha Blasick, Jake Busey, Michelle Campbell, Angelica Cassidy et Ewart Chin. Attention, SPOILERS ! Les membres de Sonic Grave, un groupe de rock has been, veulent tenter un comeback au festival de Coachella qui a lieu chaque année dans le désert californien. 
En chemin, ils décident de faire un rapide détour pour acheter des substances hallucinogènes auprès d’un vieux chef indien. Ce dernier les avertit qu’ils doivent impérativement respecter la nature lorsqu’ils seront sous l’emprise de ces drogues car sinon les conséquences seraient désastreuses. 

hqdefault

Faisant fi des consignes, ils vont devenir la cible de fourmis surdimensionnées très affamées… Encore une fois, ce n'est pas Dead Ant qui risque de faire vaciller l'omnipotence de certains classiques sérénissimes. Them ! et Beginning of the End (déjà susdénommés dans cette chronique) peuvent dormir tranquillement sur leurs deux esgourdes ! Certes, à l'instar de ces glorieux antécesseurs, Dead Ant réactive la rhétorique comminatoire des radiations nucléaires et de fourmis nanties d'incroyables rotondités. Toutefois, il n'est pas question ici d'exhumer l'ère atomique.
Bien conscient de l'inanité et de la vacuité de sa série B, Ron Carlson lorgne vers le hard rock, l'accoutumance aux opiacés et surtout la gaudriole. En ce sens, Dead Ant fait office de pur plaisir coupable. 

Les divers protagonistes sont au mieux des crétins patentés. Tous sont de parfaites caricatures ambulantes. Dès le préambule, Dead Ant affiche ses aspérités matoises. Une jeune femme entièrement dénudée court dans le désert, inlassablement poursuivie par une fourmi gargantuesque. Vous l'avez donc compris. Dead Ant ne brille pas vraiment par sa bienséance ni son raffinement stylistique. A contrario, le métrage de Ron Carlson n'a pas de telles velléités. Mais, au moins, Dead Ant ne pète pas plus haut que son arrière-train. Sur ces entrefaites, les comédiens en disgrâce se font chiper la vedette par les formicidés de service, très en forme pour l'occasion.
Certes, derechef, ce n'est pas Dead Ant qui risque de bouleverser ni d'imprimer le noble Septième Art, en particulier le cinéma horrifique. Pourtant, force est de constater que cette série B, à la fois triviale et béotienne, remporte aisément les suffrages, ne serait-ce que par sa bonhommie communicative... 
Et rien que pour cela, Dead Ant mérite au moins les congratulations de Cinéma Choc, tout du moins une mention "assez bien", ni plus ni moins.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

15 février 2020

Hellraiser, Le Pacte (Présentation du film en vidéo par Le Quartier Interdit)

téléchargement (1)

Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose de revenir sur Hellraiser, Le Pacte (Clive Barker, 1987) via une présentation du film en vidéo par Le Quartier Interdit (Source : https://www.youtube.com/watch?v=uYUInXnR2GM).

Golden Glove (Les démons du nazisme sont toujours présents)

golden glove film

Genre : horreur, gore, trash, thriller (interdit aux - 16 ans)
Année : 2019
Durée : 1h50

Synopsis : Hambourg, années 70. Au premier abord, Fritz Honka, n’est qu’un pitoyable loser. Cet homme à la gueule cassée traîne la nuit dans un bar miteux de son quartier, le « Gant d’or » (« GoldenGlove »), à la recherche de femmes seules. Les habitués ne soupçonnent pas que Honka, en apparence inoffensif, est un véritable monstre.  

 

La critique :

Il faut se rendre sur le site Topito et en particulier sur le lien suivant (Source : http://www.topito.com/top-serial-killers) pour dénicher et déceler le Top 10 des serial killers américains les plus flippants de l'histoire des Etats-Unis. Bien triste recensement par ailleurs... Que soit. D'Albert Fish à Jeffrey Dahmer, en passant par Ted Bundy et John Wayne Gacy, toutes ces personnalités psychopathologiques ont fait voeu d'allégeance à la nécrophilie, l'anthropophagie et l'ignominie. Indubitablement, les tueurs en série les plus populaires et les plus médiatiques se tapissent chez l'Oncle Sam.
Si, à raison, la société exècre et abhorre ce genre d'individu, paradoxalement leur personnalité déviante passionne aussi bien la presse spécialisée que les experts les plus chevronnés. Par exemple, Stephen King, le célèbre grimaud de la littérature d'épouvante, n'a jamais caché sa dilection pour John Wayne Gacy.

Pour l'anecdote superfétatoire, ce sociopathe se grimait en clown et en saltimbanque pour appâter et enjôler les enfants hospitalisés en service d'oncologie. Corrélativement, cet individu replet, unanimement décrit comme un bon père de famille, séquestrait, ligotait et suppliciait ("Blind, torture, kill") des hommes dans sa cave. La police découvrira, effarée, plus d'une vingtaine de cadavres. En l'occurrence, Stephen King s'inspirera de ce renégat pour son roman Ca. Hélas, les serial killers ne sévissent pas seulement aux Etats-Unis. En France, les psychopathes les plus tristement notoires se nomment Henri Landru, Emile Louis, Jacques Fruminet, Guy Georges ou encore Michel Fourniret.
Hélas, l'Allemagne n'est pas en reste et possède elle aussi son florilège de maniaques, d'aliénés et de décérébrés. 

 

Golden-Glove-de-Fatih-Akin-la-critique

 

 

 

 

 

Des noms tels que Karl Denke, Volker Eckert, ou encore Jurgen Bartsch ont hélas imprimé la population, ainsi que les médias germaniques. Ce n'est pas aléatoire si ces individus écervelés ont suscité les appétences, non seulement de la littérature, mais aussi du noble Septième Art. Preuve en est avec Fritz Honka, un tueur en série allemand, qui a essentiellement sévi entre 1971 et 1974. Evidemment, ce serial killer ne doit pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, cet homme falot, insignifiant et de petite taille (1.65 m environ) étrillera plusieurs prostituées dans la ville de Hambourg.
On lui connaît au moins quatre meurtres épouvantables. Fritz Honka conservait précieusement les cadavres chez lui, les tronçonnait, puis collectait les "denrées" (si j'ose dire) dans son appartement vétuste. C'est de façon totalement aléatoire qu'il sera appréhendé par la police.

Le film Golden Glove, réalisé par la diligence de Fatih Akin en 2019, retrace enfin son histoire et ses ignobles forfaitures. Ne cherchez pas. En raison de sa brutalité et de son âpreté, Golden Glove n'a pas eu l'heur de connaître une exploitation dans les salles obscures. A juste titre, le long-métrage est interdit aux moins de 16 ans. Dixit les propres aveux de certaines critiques médusées, on tient là l'un des thrillers les plus sadiques de ces dix dernières années. A contrario, ces mêmes critiques se montrent plutôt dithyrambiques et acclament ce nouvel effort de Fatih Akin.
Reste à savoir si Golden Glove mérite - ou non - de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... 
A la fois acteur, scénariste, cinéaste et producteur, Fatih Akin démarre sa carrière cinématographique via plusieurs courts-métrages, notamment Sensin - Du bist es ! (1995) et Getürkt (1996), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales.

B9720352031Z

 

Il enchaîne alors avec son tout premier long-métrage, L'Engrenage (1998). Viennent également s'additionner Julie en juillet (2000), Solino (2002), Head-On (2004), Crossing the Bridge - The Sound of Istambul (2005), De l'autre côté (2007), Soul Kitchen (2009), Polluting Paradise (2012) et In The Fade (2017). Fatih Akin est donc un metteur en scène issu du cinéma indépendant. Toutefois, le réalisateur s'est déjà illustré dans divers festivals. A travers sa filmographie, Fatih Akin explore des thématiques telles que l'immigration, mais aussi les plaies encore béantes et douloureuses du nazisme, notamment en Allemagne où les fêlures restent omniprésentes. Et c'est exactement ce que traduit son dernier film en date, Golden Glove.
La distribution de ce thriller horrifique se compose de Jonas Dassler, Margarethe Tiesel, Katja Studt, Dirk Böhling, Hark Bohm, Uwe Rohde, Lars Nagel et Greta Sophie Schmidt.

Attention, SPOILERS ! Hambourg, années 70. Au premier abord, Fritz Honka, n’est qu’un pitoyable loser. Cet homme à la gueule cassée traîne la nuit dans un bar miteux de son quartier, le « Gant d’or » (« GoldenGlove »), à la recherche de femmes seules. Les habitués ne soupçonnent pas que Honka, en apparence inoffensif, est un véritable monstre. Son modus operandi ? Fritz Honka invite des mijaurées dans son appartement, les alcoolise, les viole, puis les mutile jusqu'à ce que mort s'ensuive. Dès le préambule, Fatih Akin annonce les animosités. Fritz Honka, interprété par l'excellent Jonas Dassler (par ailleurs méconnaissable), découpe à la scie une prostituée qui gît encore sur le sol de son appartement.
Aucun détail ne nous épargné. Toutefois, l'équarrissage et l'écurage de la malheureuse sont davantage suggérés...

F_1_The_Golden_Glove

 

Cette scène d'ouverture (presque un incipit en fin de compte...) est à la fois brutale, nihiliste et viscérale. Pas de doute, avec Golden Glove, Fatih Akin a pour vocation de nous retourner l'estomac. Dans cet exercice, le cinéaste germanique accomplit doctement son office. La suite des belligérances ? La vie morose et monotone de Fritz Honka obéit peu ou prou au même syllogisme oisif. Le serial killer mène une vie de farniente. Ainsi, ses journées débutent et se terminent dans un bar, endroit dans lequel il s'isole, s'abandonne et s'avine. Au détour de ce quotidien monocorde, Fatih Akin brosse le portrait d'une Allemagne amorphe et exsangue, que ce soit l'ancienne génération encore imprimée par les perniciosités du nazisme, ou cette nouvelle jeunesse poltronne et débonnaire.
Toutefois, ces cicatrices essaimées par les fantômes du Troisième Reich auraient mérité un bien meilleur étayage.

Pendant presque deux heures de bobine, Golden Glove louvoie et tournicote dans tous les sens pour chercher une quête d'espoir ou une forme de résilience. Une chimère... Tout condamne son protagoniste principal à se liquéfier et à se tuméfier... Inexorablement... Indubitablement, Golden Glove est un long-métrage particulièrement misanthrope. Fatih Akin n'épargne personne, que ce soit son serial killer de service ou les pauvres gueux qui l'entourent. Cependant, ce thriller horrifique n'est pas exempt de tout grief. Sans l'immense performance de Jonas Dassler, Golden Glove ne vaudrait pas grand-chose. Pis, le film est victime de ses propres louvoiements et atermoiements.
Ainsi, on note çà et là quelques chutes de rythme et de tension, hélas préjudiciables au film. Toutefois, Golden Glove parvient tout de même à estourbir durablement les persistances rétiniennes, ne serait-ce que par cette virulence qui se dissout à la fois dans une once de truculence et de condescendance.

 

Note : 12.5/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

14 février 2020

Jugement à Nuremberg (Par amour pour notre patrie)

Jugement_a_Nuremberg

Genre : Drame, historique

Année : 1961

Durée : 3h06

 

Synopsis :

En 1948, le juge Haywood est envoyé à Nuremberg pour présider le procès de quatre magistrats allemands accusés de trop de complaisance à l'égard du régime Nazi. L'un d'eux, Janning, se renferme dans un silence méprisant et, en écartant les témoignages et les films sur les camps de concentration, dit qu'il n'a fait qu'appliquer la loi en vigueur.

 

La critique :

Je me suis surpris, dans mon travail global de chroniqueur cynique, que les films traitant de la Seconde Guerre mondiale avaient été peu abordés par mes soins. Pourtant, il y en a un certain nombre qui ne démériteraient pas à trouver une place sur Cinéma Choc. Ceci dit, j'avoue ne pas accorder trop d'importance aux réalisations un peu plus "classiques", si je puis dire, dans leur déroulement de grande ampleur façon Le Jour le Plus Long pour m'inciter à en parler avec vous, en dépit de ses qualités indiscutables. J'avoue préférer les créations un peu plus timorées, privilégiant le second niveau de lecture au combat. A ce jour, après prospection de longue durée, seulement 4 oeuvres ayant trait à cette époque ont été dissertées par mes soins. Pluie Noire nous contant le désespoir des rescapés de Hiroshima, Kanal sur la question d'une Varsovie assiégée par la machine de mort nazie et L'Armée des Ombres qui se polarisait sur la résistance française. Le point commun est que l'on peut tous les considérer comme des très grands films, voire même des chefs d'oeuvre pour certains.
Extérieur à ce niveau d'excellence, il y eut La Rafle mais, pour vous situer ce que j'en pense, je préférerais encore compter les brins d'herbe dans mon jardin que de me retaper un visionnage de ce truc. Bref, la WWII a été et reste encore une source d'inspiration majeure pour le cinéma, compte tenu de ses ravages sans précédent et de sa monstruosité. Un dernier point qui sera le centre névralgique de l'oeuvre choisie, à savoir Jugement à Nuremberg

Donc comme vous le savez sans doute, le lendemain de la capitulation ne s'est pas faite en mode "Désolé les gars, on a fait une connerie. Sans rancune hein !". Plus que jamais, il a fallu redéfinir la géopolitique du monde, mettre en place des organismes chargés de faire régner une paix durable, reconstruire l'Europe et également traduire en justice ceux qui avaient participé de près ou de loin aux crimes de guerre nazis. Rudolf Höess, Klaus Barbie, Alfred Rosenberg ou Joachim Von Ribbentrop sont autant de figures tristement célèbres incarnant ce qui se fait de plus sombre chez l'être humain et qui seront poursuivis lors du célèbre Procès de Nuremberg intenté par les puissances alliées.
Outre les compensations financières à part, ce tribunal d'exception avait avant tout une visée idéologique de condamner fermement ceux qui ont envoyé à l'abattoir des millions de victimes et, ainsi, de faire honneur à ces pauvres âmes sur qui le couperet nazi s'était abattu. Nuremberg, alors en zone d'occupation américaine, va voir se succéder durant plusieurs mois les condamnations de dignitaires et d'adhérents au NSDAP avec à la clef peines de mort, enfermements à vie ou alors acquittements, le tout suivant la gravité des actions qu'ils ont commises ou auxquelles ils ont contribué. Nul doute qu'un procès d'une aussi grande ampleur ne pouvait échapper à l'oeil avisé du Septième Art, soit sous forme documentaire ou sous forme de film. Ca sera ce dernier cas qui fera l'objet de notre attention. Pour l'anecdote superfétatoire, par le passé, Cinéma Choc vous avait fait l'offrande du grand classique De Nuremberg à Nuremberg

 

film-jugement-a-nurember-kramer

Il ne sera toutefois pas question de procéder à une reconstitution des têtes pensantes du nazisme mais bien de se focaliser sur le procès des juges qui mirent en oeuvre la loi nazie. Telle est la mission de Stanley Kramer qui va choisir de s'attaquer à une lourde page de l'histoire, donc à un lourd défi pour mener ses ambitions jusqu'au bout. Le nom de Kramer derrière n'étonnera pas certains, le cinéaste n'ayant jamais caché son appétence pour les problématiques sociales que la plupart des studios évitaient à l'époque. Le racisme, la guerre nucléaire, la cupidité, le créationnisme ou les causes et effets du fascisme sont autant de thèmes spinescents.
Si la réception critique s'est souvent montrée inégale, il a été récompensé à de nombreuses reprises, a suscité les dithyrambes de nombre de personnalités du milieu parmi lesquelles Steven Spielberg et Kevin Spacey et peut même s'enorgueillir d'avoir eu la première étoile du Walk Of Fame attribué à sa personne. A l'heure actuelle, le culte dont il jouit est non négligeable et ce n'est pas Jugement à Nuremberg qui va remettre cela en cause puisqu'on le cite comme son grand chef d'oeuvre, mais trêve de verbiages et passons à la chronique.

ATTENTION SPOILERS : En 1948, le juge Haywood est envoyé à Nuremberg pour présider le procès de quatre magistrats allemands accusés de trop de complaisance à l'égard du régime Nazi. L'un d'eux, Janning, se renferme dans un silence méprisant et, en écartant les témoignages et les films sur les camps de concentration, dit qu'il n'a fait qu'appliquer la loi en vigueur.

jugement-nuremberg-large2

Donc précisons alors de ne pas vous attendre à quelconque combat quel qu'il soit vu que la guerre a été officiellement terminée. Une séquence de début sur un Nuremberg ravagée par la folie nazie nous montre toute l'étendue de l'idéologie mortifère qui a semé des hectolitres de sang dans son sillage, quand bien même il faudra imputer la relance économique et la construction d'autoroutes parmi les rares bonnes mesures du NSDAP. Ne soyons pas non plus trop manichéen sur la question ! Mais l'heure est à la condamnation de quatre juges qui ont oeuvré pour le régime nazi au lieu de s'en désolidariser, de promouvoir leur humanité avant la totale dévotion à une dictature belliqueuse. La crainte, comme dans tout récit historique tragique, aurait été de faire primer les émotions sur la raison, de se complaire dans une sorte de dégueulasse prostitution de l'histoire à des fins discutables de mièvrerie et de vouloir faire pleurer dans les chaumières.
En gros, à la neutralité et à l'objectivité de l'histoire, on préférera miser sur le larmoyant pour mettre des personnes facilement influençables de son côté. Cette pratique ne tablant aucunement sur l'intelligence du spectateur. Fort heureusement, cela ne sera pas le cas ici. Kramer, dans sa plus grande érudition, connaît ce genre de procédés amoraux. Au contraire, il va brouiller la notion de bien et de mal en invitant le cinéphile à plonger dans la personnalité de l'accusé.

Le constat est là. Ce sont des hommes qui se sont retrouvés face à la prise du pouvoir par les nazis ayant instauré une dictature oppressant parfois jusqu'à la mort ceux qui ne se retrouvent pas dans le programme politique. Qu'auriez-vous fait ? Rejoindre les rangs de la résistance au risque de mourir et de laisser une femme et ses enfants dans le besoin ou subir la tyrannie ? Tyrannie qui aura réussi à sortir la population du marasme économique. Tel est l'épicentre de ce débat. Pourrions-nous comprendre des allemands qui ont vécu de plein fouet cela ? Qui plus est quand il s'agit des USA qui sont arrivés comme des chiens dans un jeu de quille en 1944. Bon ok, leur implication dans la victoire des alliés est à préciser mais sans l'aide de la Russie, soit les vrais héros, allez savoir ce qu'il en serait advenu. D'ailleurs, le réalisateur ne cherche pas à idéaliser les américains en héros libérateurs.
Il les met dans une position paradoxale de justiciers de pacotille alors que quelques mois avant, ils balançaient Little Boy et Fat Man sur Hiroshima et Nagasaki. Il convient de préciser que la sortie de Jugement à Nuremberg eut lieu en plein milieu de la Guerre Froide. L'Occident inquiet de l'avancée du bolchévisme en Europe de l'Est craignait que celui-ci débarque dans ses contrées. Il ne fallait pas s'attirer davantage l'ire de la population allemande, sa coopération pouvant être utile pour limiter la puissance soviétique. La minimisation des crimes nazis perpétrés apparaissant comme une opportunité judicieuse pour servir ses propres intérêts.

arton3049-1450x800-c

Mais au-delà de cela, le monde avait-il vraiment la volonté de mettre fin à la vision hitlérienne avant que celle-ci n'embrase le monde ? N'y aurait-il eu aucune réflexion chez les alliés pour ne pas voir se profiler un autre carnage ? Car là aussi, Kramer va fustiger l'attitude lâche et l'attentisme des forces alliées qui ont laissé faire les choses au lieu de prévoir la catastrophe. Pire encore, le Vatican est pointé du doigt pour sa passivité, ainsi que les USA pour avoir collaboré dans le réarmement du Troisième Reich. L'avocat de la défense criera même que si l'Allemagne est responsable, alors le monde l'est aussi. Ce qui n'est, en fin de compte, pas faux quand on réalise l'inaction des différents gouvernements internationaux devant l'arrivée de Hitler au pouvoir et des nombreux discours antisémites et d'appels à la haine à l'encontre des juifs qui tendaient à se normaliser.
Et parmi ceux-ci des juges qui ont dû subir de force un idéal politique qui subordonnait la notion de justice au profit de l'impact envers la nation, la pervertissant par amour pour leur patrie. Se posera alors aussi la question de savoir si la justice réside dans le coeur des hommes, dans leur faculté de différencier le bien et le mal ou dans les autorités politiques, aussi nauséabondes peuvent-elles être. 

Mais Jugement à Nuremberg nous apporte aussi une analyse de la psyché du quidam allemand pro-NSDAP, de la population qui, en fin de compte, en savait beaucoup moins sur ce qu'il se passait. Les horreurs de la Shoah n'étaient pas diffusées dans le collectif, très certainement pour ne pas provoquer un revirement idéologique chez une large partie de l'électorat dont les limites dans l'inhumanité existaient encore. Evidemment, la honte accable les allemands, rongé par la culpabilité de telles horreurs. Ils disent qu'ils ne savaient pas ou plutôt ne voulaient pas savoir. Tels des autruches, ils s'engonçaient dans l'ignorance afin de ne pas remettre en cause une guerre sur laquelle ils avaient pressés le bouton du démarrage. Ainsi, Jugement à Nuremberg nous interroge constamment au point que nous en arrivons presque à entrer en phase d'introspection, alors que se déroule en harmonie avec nos ressentis personnels la procédure judiciaire où les avocats de l'accusation et de la défense se battent becs et ongles sans pour autant se complaire dans une grossière surexposition.
Les plus belles plaidoiries allant dans le sens de la défense avec face à lui une accusation haineuse, manichéenne, manquant d'argumentation et qui ira jusqu'à sombrer dans le voyeurisme en diffusant un film sur l'arrivée des américains dans les camps de Dachau et de Bergen-Belsen, histoire de tirer l'opinion publique en sa faveur. Alors que nous pensions être du côté de l'accusation, Kramer nous dupe et nous place dans une certaine position d'empathie du côté de la défense.

Jugement-a-Nuremberg1

Néanmoins, sachez tout de même que ces grosses 3h ne se dérouleront pas uniquement en huit-clos et que nous suivrons plusieurs fois les juges et avocats en dehors du tribunal. Ces séquences, dont certaines sont assez facultatives, nous en apprennent plus sur la mentalité de chacun, semblant beaucoup plus soulagé d'évoluer dans la vie nocturne allemande que dans un tribunal anxiogène. Mais si certains accuseront une lenteur de mise en scène, beaucoup plus posée que Autopsie d'un Meurtre (pour ne citer qu'un exemple), il est difficile de se soustraire de l'intensité omniprésente magnifiée par des témoignages où les émotions ressurgissent vite et où les avocats s'emportent parfois. En revanche, en étant tatillon, on pourra s'offusquer du peu de considération pour les victimes non-juives tels les homosexuels et les tziganes. Car oui, il n'y a pas que ce peuple qui a souffert de l'infamie de la Shoah ! Pour dévier brièvement sur toute la partie technique, on ne pourra que se féliciter de l'excellente mise en scène de Kramer donnant vie à sa caméra, la faisant flotter en apesanteur dans la salle par le biais de travellings très judicieux. Le recours aux brusques zooms sur le visage amplifie l'accroche.
La question du son reste plutôt basique. Enfin, Jugement à Nuremberg a la chance de pouvoir compter sur un casting titanesque de grands talents et de stars internationales, toutes étant parfaitement dans la peau de leur personnage. On peut citer Spencer Tracy, Burt Lancaster, Richard Widmark, Marlene Dietrich, Maximilian Schell, Judy Garland et Montgomery Clift et William Shatner parmi les principaux. Bref, du très lourd !

Je dois donc avouer mon étonnement de ne pas avoir découvert plus tôt cette pépite amplement récompensée. Est-ce le fait d'un aveuglement indépendamment de ma volonté ou d'une mise en lumière réduite d'un film qui aurait toute sa place dans les écoles en cours d'histoire. Loin de la crétinerie, des astuces beaucoup trop faciles, des exagérations de mise en scène du style "les nazis au visage très méchant gueulant des Sieg Heil et Heil Hitler toutes les 5 minutes", Jugement à Nuremberg est une leçon de cinématographie pour le moins culottée pour l'époque. Il n'était pas de bon ton, une quinzaine d'année après la fin de la Seconde Boucherie mondiale, d'accuser pas seulement les allemands mais les forces alliées des crimes de grande ampleur commis.
Très intelligent, il privilégie autant l'aspect documentaire que le drame psychologique, humanisant ces juges contraints par la force et la dissuasion d'être à la solde du Führer. Le leitmotiv étant qu'il est impossible pour un non allemand de les comprendre et de se mettre à leur place. Un film passionnant et puissant qui déchaînera les passions. Pour le coup, on tient là un très bon devoir de mémoire aux côtés de titres aussi prestigieux que La Liste de Schindler et Nuit et Brouillard. Rien que ça !

 

Note : 17,5/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 


13 février 2020

Urotsukidoji 2 - L'Enfant Errant (Transcendance des trois mondes)

urotsukidoji 2

Genre : horreur, gore, trash, extrême, pornographie (interdit aux - 18 ans)
Année : 1991
Durée : 1h22

Synopsis : Alors qu'Amano continue à chercher le Chojin, le démon dont le destin est de réunir le monde des humains, des hommes-bêtes (les Makais) et des démons (les Jiyujinkais), le jeune Nagumo reste fortement troublé par ses récentes expériences. Mais ce timide adolescent est-il réellement le Chojin ? Son cousin Takeaki agit curieusement depuis une transfusion de sang et intéresse de très près Myunhi Hausen Jr, un dangereux mégalo, fils d'un ancien dignitaire nazi. Amano réussira-t-il à terminer sa quête ? Les trois mondes seront-ils enfin réunis ?  

 

La critique :

Traduit du japonais, le terme "Hentai" signifie à la fois "métamorphose", "transformation" et "perversion". Dans la culture occidentale, ce néologisme renvoie à l'univers du manga et plus précisément à un genre qui amalgame sans fard trash, gore et pornographie ad nauseam. Généralement, le Hentai met en exergue une sexualité débridée (sans mauvais jeu de mots...), la plupart du temps non consentie et se déroulant sous les stridulations et les supplications de la victime. Saphisme, fétichisme, sadomasochisme (ou bondage), triolisme, viol et candaulisme sont les principaux apanages du Hentai. 
Mais ce genre rutilant n'est pas seulement un condensé de stupres, d'impudicités et de bacchanales à tous crins. Le Hentai s'accointe et s'acoquine également avec l'horreur, l'eschatologie, le gore et la science-fiction. Aux yeux du Hentai, l'Humanité est victime de ses propres vices et de son appétence pour l'hédonisme à satiété.

Dans tous les cas, le Hentai rime avec le "X", mais version japonaise. Le sexe est explicitement montré et les protagonistes sont généralement immatures et imberbes. Quant à la pénétration, elle est souvent floutée pour des raisons de censure et surtout inhérente à une culture nippone curieusement pudibonde vis-à-vis de cette même copulation. L'interdiction aux moins de 18 ans est évidemment de rigueur. Que soit. Les thuriféraires de ce sous-registre du cinéma underground n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Prison School (2011 - 2017), Shimoneta (2012 - 2016), Queen's Blade (2009), Shinmai Maou No Testament (2012 - 2019), ou encore Nee, Chanto Shiyou Yo ! (2005) parmi les métrages (ou séries) animés notables et éventuellement notoires.
Vient également s'agréger Urotsukidiki - La Légende du Démon, réalisé par la diligence d'Hideki Takayama en 1989.

87241c1cbfed5546f3e324c84210cba7

Adapté d'un manga de Toshio Maeda, c'est pourtant la version cinématographique qui va ériger la notoriété d'Urotsukidoji dans l'univers de l'animé en général, et dans le manga en particulier. Par son âpreté, sa virulence et son barbarisme à tous crins, Urotsukidoji - La Légende du Démon (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2015/06/27/31997627.html) marque cette rupture fatidique et fait office de long-métrage animé quasi révolutionnaire. Pourtant, l'oeuvre originelle est délestée de tout tropisme pour le sadisme et s'achemine sur plusieurs scénarii putatifs.
Opportuniste, Hideki Takayama voit dans ce matériel un immense potentiel, qu'il exploite et dérive vers les ignominies, les viols, les créatures sémillantes et autres impudicités de circonstance. Dans Urotsukidoji, ce sont des adulescentes qui sont copieusement assujetties à des démons lubriques et pervers.

Chaque coït se conclut par l'explosion (ou l'implosion...) de la malheureuse. A l'époque, les jeunes éphèbes en manque de sensations sanguinolentes exultent. Urotsukidoji - La Légende du Démon se solde non seulement par un succès pharaonique sur ses terres nippones, mais s'exporte aussi dans nos contrées hexagonales, au grand dam des associations parentales, sérieusement effarouchées pour l'occasion. Grisé par ce succès inopiné, Hideki Takayama va transmuter le premier chapitre en une saga lucrative et mercantiliste. Ainsi, Urotsukidoji 2 - L'Enfant Errant (Hideki Takayama, 1991), Urotsukidoji 3 - Le Retour du Démon (Hideki Takayama, 1994) et Urotsukidoji 4 - Apocalypse (Noboru Aikewa, 1996) seront produits et réalisés dans la foulée. 
Aujourd'hui, c'est le cas du second chapitre, soit Urotsukidoji 2 - L'Enfant Errant (au cas où vous n'auriez pas suivi...), qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes éparses.

1302251_poster_scale_480x640

 

Cette suite consécutive reprend donc là où les choses s'étaient arrêtées dans le premier volet. Pour souvenance, le premier Urotsukidoji s'acheminait sur le scénario suivant : selon la légende, trois univers coexistent sur notre planète : le monde des humains, le monde des hommes-bêtes (Jiyujinkai), et le monde cauchemardesque des démons (Makai), capables de se fondre dans le corps de jeunes filles. Tous les 3000 ans, naît Chojin, un démon qui a le pouvoir d'unir ces trois mondes en une Terre d'éternité. Mais qui est le Chojin ? Réponse, c'est un adolescent oisif et lascif (Nagumo) qui a pour responsabilité de coaliser les trois univers. Dans Urotsukidoji 2, Nagumo n'est plus ce thaumaturge censé sauver une humanité en décrépitude. C'est donc sur ce nouveau chemin escarpé que s'immisce cette seconde segmentation. Aux yeux des adulateurs de longue date, Urotsukidoji 2 fait évidemment référence et voeu d'obédience.

A raison, ces derniers sacralisent et déifient une suite toujours aussi brutale, déviante et violente. A l'instar de son auguste antécesseur, Urotsukidoji 2 - L'Enfant Errant est soumis à l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans. A contrario, certains contempteurs fustigent une suite tautologique et fastidieuse qui accumule les saynètes pornographiques à défaut d'un véritable scénario. Autant l'annoncer sans ambages. Cinéma Choc se situe clairement dans cette seconde catégorie. Mais trêve de palabres et de verbiages, et passons à l'exégèse du film.
Attention, SPOILERS ! 
Alors qu'Amano continue à chercher le Chojin, le démon dont le destin est de réunir le monde des humains, des hommes-bêtes (les Makais) et des démons (les Jiyujinkais), le jeune Nagumo reste fortement troublé par ses récentes expériences.

images

 

Mais ce timide adolescent est-il réellement le Chojin ? Son cousin Takeaki agit curieusement depuis une transfusion de sang et intéresse de très près Myunhi Hausen Jr, un dangereux mégalo, fils d'un ancien dignitaire nazi. Amano réussira-t-il à terminer sa quête ? Les trois mondes seront-ils enfin réunis ? Vous l'avez donc compris. Rien n'a changé depuis Urotsukidoji premier du nom. Sur ce dernier point, Urotsukidoji 2 - L'Enfant Errant s'agence sur un script peu ou prou analogique. En résumé, les démons ont toujours soif de sexe et de vengeance.
Nos jeunes éphèbes sont toujours enkystés et inféodés à leurs pulsions archaïques et libidineuses. Mais ce qui faisait le charme du premier opus est ici dévoyé dans une série d'agapes et de priapées rutilantes. Certes, la pornographie franchit un palier supplémentaire dans la scabrosité et l'indécence.

Cependant, le gore, le trash et les morceaux de barbaque sont les grands absents de cette seconde forfaiture sur pellicule. Niveau scénario, Urotsukidoji 2 s'oriente vers le même syllogisme, à savoir cette quête éphémère d'une nouvelle figure omnipotente et tutélaire. Toutefois, même lors du prologue final, nous n'aurons pas plus d'informations sur l'identité de ce messie chimérique. Formellement, Urotsukidoji 2 - L'Enfant Errant réitère la même recette famélique que son illustre devancier, mais avec beaucoup moins de finauderie et de célérité. Quid de la fin du monde ? 
Quid de ces temps funestes et eschatologiques, ainsi que de ces démons qui fomentent de savants complots contre l'humanité ? Là aussi, Urotsukidoji 2 élude de se glisser sur cette route alambiquée, même si cette suite évoque promptement la transcendance des trois mondes. En l'état, Urotsukidoji 2 - L'Enfant Errant ne flagornera que les irréductibles de la première heure. Les autres gloseront et péroreront à raison contre la vacuité de ce second chapitre cataclysmique. Une sacrée gabegie en somme. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout...

 

 

Note : 07.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

12 février 2020

Faces Of Death 6 (Personne n'échappe à la mort)

faces-of-death 6

Genre : horreur, gore, trash, extrême, documentaire, shockumentary, death movie, "Mondo" (interdit aux - 18 ans)
Année : 1996
Durée : 1h22

Synopsis : La saga Faces of Death est de retour via un sixième et dernier opus, le bien nommé Faces of Death 6. Cette ultime segmentation est censée conclure la franchise rougeoyante en apothéose. Ce death movie explore la mort à travers diverses segmentations bien distinctes : les us et les coutumes qui nimbent les rituels anthropophagiques dans certaines tribus de l'Afrique Noire, le commerce d'opiacés et de stupéfiants, les meurtres et les autolyses et les exécutions de criminels de guerre après le Procès de Nuremberg. Sur ce dernier point, il s'apparente presque à un avatar éhonté de Mondo Cane 4, chroniqué récemment sur Cinéma Choc.

 

La critique :

Faces of Death, un nom qui résonne comme une sorte de tambour battant et qui rimaille avec le cinéma underground et d'exploitation. A tort, le film de John Alan Schwartz, sorti en 1978, est souvent considéré comme le long-métrage prodrome en matière de death movie. Pourtant, c'est le court-métrage The Act of Seeing With One's Own Eyes (Stan Brakhage, 1971) qui reste l'oeuvre d'avant-garde et référentielle. Formellement, Faces of Death, soit Face à la Mort dans l'idiome de Molière, s'inspire davantage de Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962), un "documenteur" dont il reprend le syllogisme harangueur.
Seule dissimilitude et pas des moindres, Faces of Death se polarise davantage sur la mort, la scabrosité et la putréfaction.

Telle est, par ailleurs, la principale admonition de l'affiche rutilante du film : "Quand la mort n'est pas du cinéma !". Ainsi, Faces of Death prodigue toute une pléthore de saynètes gore et érubescentes. Au programme des tristes réjouissances, nous assistons, effarés, à des accidents mortels de la route, des exécutions sommaires, ou encore à des autolyses. Pis, nous sommes même conviés à visionner la sentence capitale (par électrocution) sur un détentionnaire lambda. Or, la plupart des séquences sont truquées, falsifiées et éhontément exploitées par un John Alan Schwartz opportuniste. Banni, voué à l'opprobre et aux gémonies dans plus de quatre-vingts pays, Faces of Death devient le nouveau long-métrage à abattre pour une censure sérieusement courroucée.
A ce jour, Face à la Mort détient toujours le triste record du nombre d'interdiction à travers le monde.

A contrario, cette réputation sulfureuse participe à édifier la notoriété de ce "documenteur". Faces of Death s'arroge le titre suprême de fameux Saint-Graal, activement prisé et recherché par les thuriféraires du cinéma underground. En raison de son succès inopiné, Faces of Death engendre toute une pléthore d'épigones. Qu'ils se nomment Arquivos Da Morte, A Certain Kind Of Death (Blue Hadaegh et Grover Babcock, 2003), Inhumanities (Harvey Keith, 1989), Death Scenes (Nick Bougas, 1989), ou encore True Gore (M. Dixon Causey, 1987), tous ces death movies ne sont, in fine, que des palimpsestes de Faces of DeathA raison, John Alan Schwartz exulte.
L'auteur démiurgique décide de transmuer le premier chapitre en une saga interminable et mercantiliste. Autant l'annoncer sans fard. 

Aucun des épisodes consécutifs ne réitérera le choc ni la virulence du tout premier Faces of Death. Pis, dès le troisième opus (le bien nommé Faces of Death 3), la franchise suinte sérieusement la naphtaline. Bien conscient de la décrépitude de la série, John Alan Schwartz réactivera les plaies béantes de l'indécence avec un Faces of Death 4 (1990), plutôt magnanime en termes d'ignominies et de turpitudes. En l'occurrence, difficile d'évoquer le cas de Faces of Death 5 (1995), puisque nous n'avons pas encore décelé ce death movie rarissime et introuvable, que ce soit en vidéo ou sur la Toile et les réseaux sociaux. Toujours est-il que la saga se parachève avec une sixième et ultime forfaiture, Faces of Death 6, sorti en 1996. Pour l'anecdote superfétatoire, il existe trois versions différentes de Faces of Death 6. La première a été publiée par les éditions Gorgon et semble avoir mystérieusement disparu des écrans-radars.

La seconde serait une compilation des meilleurs moments (si j'ose dire...) des quatre premiers chapitres. Quant à la troisième version, elle serait une sorte de condensé entre Faces of Death - The Millenium (Morenzo Lunoz Jr., 1996) et Mondo Cane 4 (?, 1992). Faces of Death 6 se compose donc essentiellement de scènes déjà entrevues dans d'autres death movies peu ou prou analogiques. Mais trêve de palabres et de verbiages, et passons à l'exégèse de ce death movie. Attention, SPOILERS ! La saga Faces of Death est de retour via un sixième et dernier opus, le bien nommé Faces of Death 6Cette ultime segmentation est censée conclure la franchise rougeoyante en apothéose.
Ce death movie explore la mort à travers diverses segmentations bien distinctes : les us et les coutumes qui nimbent les rituels anthropophagiques dans certaines tribus de l'Afrique Noire, le commerce d'opiacés et de stupéfiants, les meurtres et les autolyses et les exécutions de criminels de guerre après le Procès de Nuremberg. 

Sur ce dernier point, il s'apparente presque à un avatar éhonté de Mondo Cane 4, chroniqué récemment sur Cinéma Choc. Evidemment, rien n'a changé depuis la sortie du premier Faces of DeathEn l'occurrence, Faces of Death 6 marche dans le même sillage et continuum morbide. Toutefois, depuis la fin des années 1970 (soit la date de sortie du premier Face à la Mort), le monde a changé et a connu de nombreuses permutations. Le long préambule de Faces of Death 6 s'appesantit allègrement sur certains rites tribaux de l'Afrique Noire. Il est, entre autres, questions de sévices et d'exactions pratiqués sur des animaux (en particulier sur des sangliers et des marcassins fracassés et mutilés jusqu'à l'ultime trépas). Le cannibalisme est évidemment de mise, mais est davantage suggéré. 
Sur ce dernier point, Faces of Death 6 réitère les saynètes déjà entrevues dans Africa Addio et autres Africa Ama, deux shockumentaries déjà susdénommés dans cette chronique. 

Puis, sans fard, Faces of Death 6 enchaîne alors sur des séries de tornades qui ont saccagé certaines régions des Etats-Unis. Autant l'annoncer sans fard. Toute cette section, pour le moins fastidieuse, s'étale au moins sur vingt minutes de bobine. En mode pilotage automatique, John Alan Schwartz remplit benoîtement son office. Puis, la segmentation suivante se focalise sur le trafic de stupéfiants. Faces of Death 6 réitère donc les lithographies mortuaires de Drugs - A River Of No Return (Stelvio Massi, 1992). Là aussi, il est question d'enfants et de jeunes mères qui agonisent, puis dépérissent à cause des effets délétères de la cocaïne et de l'héroïne.
Puis, Faces of Death 6 oblique alors vers les meurtres et les suicides. 
Toute une litanie de cadavres sont exposés à l'écran.

Entre décomposition et putréfaction, les dépouilles présentent parfois des mutilations et des excoriations sévères. Le spectateur éberlué assistera même à l'opération, puis à l'excision chirurgicale d'un homme d'une trentaine d'années. Sa cavité abdominale sera entièrement dépecée, tuméfiée et anatomisée, tout comme ses circonvolutions neuronales. Vous l'avez donc compris. Faces of Death 6 ne badine pas avec la barbaque ni la tripaille. Seul bémol et pas des moindres, ce shockumentary se contente de psalmodier ses sinistres antécesseurs, tout en renâclant vers d'autres death movies adventices. Faces of Death 6 repose toujours sur la même antienne, à savoir que personne n'échappe à la mort. Depuis l'avènement de cette saga sur le cinéma underground, John Alan Schwartz s'est échiné à disséminer incessamment ce message, avec plus ou moins de raffinement et de célérité.
In fine, Faces of Death 6 n'élude pas non plus l'écueil de la redondance en se terminant sur l'exécution de criminels de guerre. 
En gros, rien de neuf à l'horizon si ce n'est un pur produit d'exploitation, produit et réalisé avec un certain dilettantisme.

 

Note : 08/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

11 février 2020

Rêves à vendre (Echelle onirique de Richter)

Reves_a_vendre

Genre : Expérimental, inclassable, fantastique

Année : 1947

Durée : 1h20

 

Synopsis :

Joe est un homme ordinaire qui vient de signer un contrat pour louer une chambre. Alors qu’il se demande comment il va faire pour payer le loyer, il s’aperçoit qu’il peut voir se dérouler le contenu de son propre cerveau en fixant ses yeux dans un miroir. Il se rend compte ensuite qu’il peut appliquer ce don aux autres et crée une entreprise où il va vendre à ses clients, frustrés et neurotiques en tout genre, des rêves sur mesure d’après ce qu’il a pu découvrir de leur esprit. La salle d’attente est bondée dès le premier jour de son activité.

 

La ritique :

Avec maintenant largement plus de 400 chroniques, je pense être en mesure de vous dire que j'ai très certainement touché à tout ce qui pouvait être possible et inimaginable pour se retrouver sur le blog. Les films expérimentaux ont bien sûr été de la partie, s'accompagnant toujours de maux de tête à chaque lettre tapée sur le clavier. J'ai pu aborder des films proprement inabordables et incomparables à plusieurs reprises, nonobstant quelques cruches d'absinthe de premier choix. Sauf que là, je peux dire que je ne vais vraiment pas m'attaquer à n'importe quoi. L'inabordable avec un grand I ou le Mal de tête avec un grand M pour résumer. Vous croyez que j'exagère ?
Et si je vous disais avoir ressenti la même sensation d'avoir eu ma cervelle dans une centrifugeuse qu'en me confrontant à de l'ICPCE, me croiriez-vous ? Il va pourtant bien falloir. Partagé entre l'enchantement d'avoir appris l'existence d'une perle pareille et de maudire le destin me demandant d'analyser ce que j'avais vu, j'étais seul face au générique de fin. Ne pas en parler sur Cinéma Choc relèverait de la pire hérésie qui soit, surtout à l'aune d'un Web français pour le moins pingre sur la question. En même temps, ça peut se comprendre que les cinéphiles soient découragés au point de ne pas accoucher de plus de 10 lignes sur une telle expérimentation visuelle. 

Mais croyez-moi que la réflexion a été longue et tendue pour mobiliser suffisamment de courage à en faire une chronique. Impossible n'est toutefois pas Taratata mais autant vous spoiler d'avance en vous confiant que je ferai une petite pause sur la question du cinéma expérimental après cela. Que soit, tout démarra par l'intermédiaire d'un forum où un beau contributeur établit une liste d'oeuvres underground et oubliées. Parmi celles-ci, une pellicule, avec d'autres, retint mon attention. Dreams That Money Can Buy aussi appelé sobrement Rêves à Vendre dans sa traduction française, et signée Hans Richter. Un allemand d'origine naturalisé américain, qui sévit en même temps dans la peinture, la sculpture et le Septième Art. Il ne faudra pas longtemps à la sortie de ses études pour se lier d'intérêt à l'expressionnisme avant de s'engager quelques années plus tard dans le mouvement dadaïste où nous retrouvions entre autres Luis Buñuel qui, à l'instar de Richter, n'a jamais caché son extatisme pour le surréalisme.
S'il commence en tant que peintre, il va vite se jeter dans les bras du cinéma puisque, dès 1921, il accouche de Rhythmus 21, un court-métrage de 3 minutes, sorte de croisement entre peinture et cinéma qui... vaut le détour. Toujours est-il que ses ambitions restent encore modestes et qu'il se contente de créer des petites vidéos. Mais en 1947, les choses changent avec Rêves à Vendre débarquant avec ses gros sabots dans le petit paysage cinématographique après trois années de réalisation.

maxresdefault

ATTENTION SPOILERS : Joe est un homme ordinaire qui vient de signer un contrat pour louer une chambre. Alors qu’il se demande comment il va faire pour payer le loyer, il s’aperçoit qu’il peut voir se dérouler le contenu de son propre cerveau en fixant ses yeux dans un miroir. Il se rend compte ensuite qu’il peut appliquer ce don aux autres et crée une entreprise où il va vendre à ses clients, frustrés et neurotiques en tout genre, des rêves sur mesure d’après ce qu’il a pu découvrir de leur esprit. La salle d’attente est bondée dès le premier jour de son activité.

S'il est majoritairement écrit, produit et réalisé par Richter, son oeuvre se réfère plutôt au concept de film à sketchs puisque plusieurs artistes ont contribué à ce film (Max Ernst, Marcel Duchamp, Man Ray, Alexander Calder, Darius Milhaud et Fernand Léger). Ceux-ci ont collaboré à l'écriture, à la musique ou même à la réalisation de certains segments. Rêves à Vendre a donc tous les traits d'un travail de groupe, d'une anthologie à la gloire de l'art surréaliste. Sa sortie ne passe pas inaperçue. Les critiques se montrent décontenancées par le résultat final mais louangent la qualité générale du projet. En outre, le métrage peut se targuer d'avoir remporté le Prix de la contribution la plus originale au progrès du cinématographe lors du Festival International du Film de Venise.
Cette réputation plus que favorable lui permit alors de s'ériger comme un classique incontournable du cinéma surréaliste. Les choses ayant bien changé aujourd'hui puisqu'il est l'une de ces malheureuses victimes à avoir sombré dans l'anonymat. Bien sûr, nous pourrions comprendre cela. Même la préparation mentale la plus optimale ne peut préserver toutes nos facultés de logique et de raisonnement de l'impact que représente cette cruauté maltraitant notre cervelle en la plaçant en position de fonte neuronale. Pourtant, le concept même est d'une simplicité enfantine. Un homme comme tant d'autres, en découvrant ses capacités d'autoscopie mentale autant sur lui que sur les autres, va leur permettre de renouer des liens avec la dimension du rêve en en fabriquant des sur mesure pour chacun d'entre eux. 

Tout cela est génialissime, mais essayez maintenant de vous lancer dans une analyse sérieuse de tout ça et là vous comprendrez toute la difficulté de la situation. Un début de réponse va se faire dans le synopsis même où il est question de personnalités frustrées qui, visiblement, ne sont guère épanouies dans leur vie. Un lien de corrélation pourra être établi avec la conception freudienne du rêve où une partie des réponses à nos questions trouveront leur origine dans le célèbre ouvrage L'Interprétation du Rêve de Sigmund Freud, père de la psychanalyse. Selon ses théorisations, le rêve n'est ni absurde, ni magique, il est avant tout l'accomplissement d'un désir.
Il a donc un but de satisfaction pour le rêveur. En supprimant les rêves, ce mécanisme inconscient du souhait n'est plus et les personnes se retrouvent alors en position de fragilisation psychologique, privées d'un bien-être majeur. En consultant Joe, elles font, d'une part, preuve de leur aveu de faiblesse et d'autre part souhaitent refonder un lien, établir une nouvelle communication avec leur inconscient. La démarche de Joe qui n'est pas seulement onirique a avant tout une visée sociologique en ayant recours à un traitement psychanalytique bénéfique pour ses patients. 

hqdefault

Sur base d'un accord mutuel entre les deux parties, il va sonder leur esprit et ainsi les amener à redécouvrir ce bonheur perdu. Au cours d'une histoire qui n'en est pas une va se succéder différents clients ayant tous chacun leurs propres attentes, menant alors à la fabrication de songes singuliers. Au travers de ces séquences hallucinatoires et entretenant un lien très intime avec le cinéphile, celui-ci quitte un temps le semblant de réalité de cet appartement isolé on ne sait où sans qu'il n'y ait le moindre repère chronologique et topologique pour nous situer. Nous acquérons le statut d'observateur direct de cette audacieuse machinerie lunaire nous déconnectant du monde réel.
Le spectateur se retrouve alors dans un état de stase, hypnotisé par cette expérience hors norme, se demandant s'il n'est pas lui aussi soumis à ces fantasmagories transfigurant les âmes soumises au minutieux travail de Joe. Balloté dans des dimensions alternatives et crépusculaires, au plus profond de l'essence même de l'Homme, les paysages se font et se défont au rythme de Joe reconverti en un Morphée omnipotent. 

Chaque plongée offre de nouvelles sensations. Une femme quelque peu bipolaire dont le rêve préfabriqué voit des mannequins dialoguer et s'animer sous fond d'un scénario évanescent. Un homme voit une femme allongée dans un lit à baldaquin aux rideaux rouges. Une petite boule dorée monte dans sa bouche pour l'avaler, sourire et s'endormir et à côté un homme voyeur regardant la scène derrière des barreaux de prison. Une autre séquence filme un cinéma où les spectateurs seront invités à reproduire les positions de l'acteur de cette pellicule non identifiable. Un voleur cette fois va s'évader dans une illusion de disques en rotation après avoir eu recours à une situation grotesque pour arriver à ce qu'il puisse lui aussi rêver. Incontestablement, le rêve le plus impressionnant concernera un vieil homme aveugle plongé dans un cirque fait de petits personnages joyeusement animés et conçus à partir de matériaux insignifiants (fil de fer, bouchons, petites pièces métalliques ou en bois).
Les mouvements brillants et précis de cette petite troupe valent à eux seuls l'obligation de visionner Rêves à Vendre. De son côté, la petite fille l'accompagnant va fantasmer sur différents mobiliers tournant inlassablement. Enfin, le dernier phantasme va se faire sur Joe lui-même voyant son double dans la salle d'attente. Ca sera la seule et unique scène en dehors de l'appartement où un public se transforme en échelles, où des cordes insolites l'incitent à grimper, où la peau de son visage devient bleue, où ses amis prendront feu.

dreams

Bref, vous voyez un peu le tableau de tout cela. Nous ne sommes pas du tout dans le cas de rêves simples et rudimentaires. Et tout ça se fait sans le moindre effet spécial, ce qui en est d'autant plus fabuleux. Le tout est superbement rendu par une image en couleurs vieillotte mais fourmillant de détails et d'une colorimétrie crépusculaire du plus bel effet. Aucun ensoleillement n'est à noter. On croirait presque être dans une ambiance de cauchemar. La composition musicale est généralement enjouée, aux notes jazzy du plus bel effet. Point très important à mentionner, les personnages ne parlent pas directement car leur voix est en contre-champ, ce qui offre un rendu tout à fait surprenant. On pourrait presque voir en cela une quasi communication télépathique.
La partie la plus délicate sera du coup la prestation indéfinissable du casting dont on se passera de tout commentaire si ce n'est de citer les acteurs principaux qui sont Jack Bittner, Libby Holman, Josh White, John La Touche, Ethel Beseda, Samuel Cohen, Jo Fontaine-Maison et Anthony Laterie. Faites-moi signe si vous en connaissez au moins un.

Ainsi soit-il, je suis finalement arrivé au bout de ce long, lent et douloureux billet à l'origine de sueurs froides, de maux de crâne et de bégaiements. Un billet où la concentration devait être telle que j'en suis arrivé à couper le petit fond sonore provenant de la radio. Un silence de cathédrale indispensable et par la même occasion la sollicitation brève et concise des caractéristiques de la psychanalyse et des recherches menées par Freud. Voyez comme j'ai dû aller loin dans ma motivation pour parvenir à écrire un article un minimum présentable. Et Dieu sait que c'est, dans l'absolu, un domaine très austère pour moi pour que je parvienne à m'y intéresser. Mais là est tout le génie de Richter à avoir su me familiariser avec plaisir avec la psychologie et même, dans l'absolu, avec la philosophie. Mais tous ces paragraphes ne peuvent décemment raconter un chef d'oeuvre aussi particulier que Rêves à Vendre, qui se doit d'être vécu pleinement sous peine de passer à côté d'une expérience unique, jusqu'au-boutiste, fascinante et fourmillant d'originalité et de bonnes intentions.
Il est fou de se dire que de tels métrages pouvaient exister à cette époque. Quoi qu'il en soit, c'est un devoir presque culturel de faire ressurgir cette pellicule rarissime disponible en intégralité sur YouTube. Toutefois, comprenez bien que sa difficulté d'accès extraterrestre ne pourra que mener au débat et que seule une ouverture d'esprit suffisamment grande vous permettra d'apprécier en long et en large ce petit bijou onirique, sensoriel et somnambulique. Et effectivement, Freud avait totalement raison car c'est si bon d'émerger d'un long rêve !

 

Note : Regardez-le !

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

 

10 février 2020

Evil Ed (Présentation du film en vidéo par Le Quartier Interdit)

téléchargement

Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose de revenir sur Evil Ed (Anders Jacobsson, 1997) via une présentation en vidéo (Source : https://www.youtube.com/watch?v=1d8ZjI4XNHw&t=1s) du film par Le Quartier Interdit.

 

Posté par Alice In Oliver à 14:32 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

Mondo Cane 4 (Encore et toujours un monde de chiens...)

mondo cane 4

Genre : horreur, gore, trash, extrême, documentaire, shockumentary, death movie, "Mondo" (interdit aux - 18 ans)
Année : 1992
Durée : 1h22

Synopsis : La saga Mondo Cane est de retour, mais sans l'aval de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, les auteurs démiurgiques du "Mondo". Bienvenue dans Mondo Cane 4 ! Cette fois-ci, ce shockumentary, mâtiné de death movie, explore la mort à travers diverses segmentations bien distinctes : les us et les coutumes qui nimbent les rituels anthropophagiques dans certaines tribus de l'Afrique Noire, le commerce d'opiacés et de stupéfiants, les meurtres et les autolyses et les exécutions de criminels de guerre après le Procès de Nuremberg.  

 

La critique :

Personne n'y aurait songé. Personne ne l'aurait même imaginé, voire subodoré. Si je vous évoque le titre de Mondo Cane, quelle serait votre réponse ? Quels seraient vos principaux argumentaires ? Oui, je sais... Vous commencez sérieusement à vous lasser de ce genre impudent qui apparaît ponctuellement dans les lignes de Cinéma Choc. Mais je suppose que vous seriez capables de mentionner les noms de Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara derrière ce "documenteur". Sans doute, seriez-vous en mesure de mentionner le diptyque formé par Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962) et Mondo Cane 2 - L'incroyable vérité (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1963). En l'occurrence, les trois comparses, issus du journalisme, vont se transmuter en cinéastes et devenir les auteurs démiurgiques du "Mondo", un néologisme synonyme de "documenteur".

Présenté au festival de Cannes, Mondo Cane (1962) estourbit outrageusement les persistances rétiniennes. Le principe ? Ce shockumentary sonde et explore les us et les coutumes de peuplades séculaires. Ainsi, Mondo Cane revêt à la fois une dimension iréniste, anthropologique et séculaire. Tantôt virulentes, tantôt pittoresques, tantôt outrecuidantes, les saynètes stridulantes apportent leur modeste écot dans une sorte de panorama de l'horreur. Or, toutes les séquences sont falsifiées, truquées, éhontées et savamment fomentée par Gualtiero Jacopetti et ses fidèles prosélytes.
Les scènes sont donc interprétées par des acteurs amateurs et anonymes. Le "Mondo" est né et il ne cessera de pulluler après la sortie de Mondo Cane. Preuve en est avec Mondo Cane 2, déjà notifié dans cette chronique. 

Beaucoup moins éloquente, cette suite soporative se compose essentiellement de séquences qui n'ont pas été retenues pour Mondo Cane premier du nom. Mais peu importe, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi jubilent. Contre toute attente, Mondo Cane se solde par un succès pharaonique et flagorne les amateurs patentés du cinéma underground. Bien conscients de ce nouvel épiphénomène, les deux compères se polarisent sur la paupérisation de l'Afrique et de son exploitation fallacieuse par le capitalisme via Africa Addio (1966) et Les Négriers (1971).
Le "Mondo" franchit encore un palier supplémentaire dans la turpitude et l'indécence. Il est à la fois question de tortures, de lubricités et de snuffs animaliers exposés à l'écran. 
Le phénomène Mondo Cane est en marche.

Ce "documenteur" inspire et engendre toute une pléthore d'épigones. Les thuriféraires de ce sous-registre du cinéma d'exploitation n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Mondo Magic (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1975), Africa Ama (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1971), Addio Ultimo Uomo (Alfredo et Angelo Castiglioni, 1978), Shocking Asia (Rolf Olsen, 1974), ou encore L'Amérique Interdite (Romano Vanderbes, 1977) parmi les films notables et éventuellement notoires. Mais à juste titre, on pensait que c'en était fini de Mondo Cane. Si Gualtiero Jacopetti et ses affidés refuseront obstinément de tourner un troisième chapitre, les producteurs n'ont cure de leur obstination.
Ainsi, un Mondo Cane 3, rebaptisé Mondo Cane Oggi (Stelvio Massi, 1985), verra le jour deux décennies plus tard.

Ce troisième opus est également connu sous le cryptonyme de Savage World Today, une façon comme une autre d'exporter le film sur la scène internationale. Puis, un Mondo Cane 2000 - L'incredibile (Gabriele Crisanti et Stelvio Massi, 1988) sera produit trois ans plus tard. En outre, difficile d'évoquer plus amplement ces deux nouveaux épisodes puisqu'ils ne sont même pas sortis en vidéo en France. En sus, pour les visionner (éventuellement sur YouTube), il faudra se contenter d'une version italienne délestée du moindre sous-titre. Toujours est-il que c'est bien Mondo Cane 4, sorti en 1992, qui constitue le dernier chapitre d'une saga rutilante.
En vérité, il s'agit du cinquième volet de la franchise. Quel réalisateur se tapit derrière cette cinquième prévarication sur pellicule ?

En l'occurrence, impossible de répondre à cette question puisque l'on ne glane aucune information sur ce mystérieux Mondo Cane 4, si ce n'est que cet ixième "documenteur" a été distribué par un éditeur allemand et qu'il est soumis à l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans. Pour souvenance, Mondo Cane premier du nom avait pour principal apanage de se centrer sur notre société en décrépitude. Ce n'est pas un hasard si l'intitulé du film - Mondo Cane (au cas où vous n'auriez pas compris...) - signifie, traduit de l'italien, "un monde de chiens".
Quel sera alors le discours péroré par ce quatrième (cinquième...) opus ? Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... Attention, SPOILERS ! La saga Mondo Cane est de retour, mais sans l'aval de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, les auteurs démiurgiques du "Mondo".

Bienvenue dans Mondo Cane 4 ! Cette fois-ci, ce shockumentary, mâtiné de death movie, explore la mort à travers diverses segmentations bien distinctes : les us et les coutumes qui nimbent les rituels anthropophagiques dans certaines tribus de l'Afrique Noire, le commerce d'opiacés et de stupéfiants, les meurtres et les autolyses et les exécutions de criminels de guerre après le Procès de Nuremberg. Evidemment, rien n'a changé depuis la sortie du premier Mondo Cane. Mondo Cane 4 marche dans le même sillage et continuum morbide.
Toutefois, depuis l'orée des années 1960, le monde a changé et a connu de nombreuses mutations. Mondo Cane 4 se montre particulièrement opportuniste en analysant certains rites tribaux de l'Afrique Noire à travers les exactions pratiquées sur des animaux (en particulier sur des sangliers et des marcassins fracassés et mutilés jusqu'à l'ultime trépas).

Le cannibalisme est évidemment de mise, mais est davantage suggéré. Puis, sans fard, la segmentation suivante se focalise sur le trafic de stupéfiants. Mondo Cane 4 réitère donc les lithographies mortuaires de Drugs - A River Of No Return (Stelvio Massi, 1992). Là aussi, il est question d'enfants et de jeunes mères qui agonisent, puis dépérissent à cause des effets délétères de la cocaïne et de l'héroïne. Puis, Mondo Cane 4 oblique alors vers les meurtres et les suicides. Toute une litanie de cadavres sont exposés à l'écran. Entre décomposition et putréfaction, les dépouilles présentent parfois des excoriations sévères. Le spectateur éberlué assistera même à l'excision chirurgicale d'un homme d'une trentaine d'années. Sa cavité abdominale sera entièrement dépecée, tout comme ses circonvolutions neuronales. Vous l'avez donc compris. Mondo Cane 4 ne badine pas avec la barbaque ni la tripaille.

Seul bémol et pas des moindres, ce shockumentary n'entretient, in fine, aucune filiation avec son auguste homologue. Toujours est-il qu'il flagornera John Alan Schwartz via Faces of Death 6 (1996), un sixième opus opportuniste qui repose - peu ou prou - sur le même didactisme scabreux, puisqu'il est aussi question d'anthropophagie, de drogues, de meurtres et d'abominations perpétrées durant la Seconde Guerre mondiale. Mondo Cane 4 s'approxime davantage à un death movie dans la lignée d'un Faces of Gore (Todd Tjersland, 1999) et d'un Traces of Death (Damon Fox, 1993), deux autres pellicules rougeoyantes qu'il psalmodie à satiété.
Cette quatrième forfaiture ne partage finalement que peu d'accointances avec le tout premier Mondo Cane. Pour souvenance, ce « Mondo » montrait parfois une once de truculence. Or, Mondo Cane 4 n’a plus pour appétence d’obliquer vers les épigrammes. La série s'est donc dévoyée vers les affres de la modicité et de la complaisance. Mondo Cane 4 n'élude pas non l'écueil de la redondance en se terminant sur l'exécution de criminels de guerre. 
En gros, rien de neuf à l'horizon si ce n'est un pur produit d'exploitation, qui ravira néanmoins les adulateurs du cinéma trash.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

09 février 2020

Urge To Kill - Attack Of The Killer Computer (Les tribulations d'un producteur à l'ère du numérique)

urge to kill

Genre : horreur, érotique, inclassable, expérimental (interdit aux - 16 ans)
Année : 1989
Durée : 1h22

Synopsis : (1) Les aventures sexuelles de Bono Zoro, un producteur de disques comptant profiter de sa position pour palper de jeunes chanteuses en devenir. Mais en plus du sens des affaires, notre homme a le vice de l'informatique. Un ordinateur qu'il nomme S.E.X.Y. gère entièrement sa garçonnière, de la douche au magnétoscope, en passant par les lampes à bronzer, répondant au doigt et à l’œil aux attentes de son propriétaire, enregistrant même ses performances charnelles. Manque de chance, l'incessant ballet de gourdes et prostituées finit par saturer la mémoire de la brave machine. S.E.X.Y. devient possessive au point de vouloir effacer toutes potentielles rivales de chair et de sang ... Et se permet même d’apparaître sous la forme d’une bimbo futuriste peinte de dorure verdâtre à même la peau (1). 

 

La critique :

Le cinéma underground recèle de pellicules régressives, transgressives et dénotatives. Ce n'est pas aléatoire si l'éditeur Uncut Movies s'est spécialisé dans les films trash, et en particulier vers des productions rarissimes et singulières. Il suffit de regarder leur catalogue et leur collection pour se rendre compte de l'éclectisme du cinéma underground. Par exemple, le cinéma gore germanique tient une place prépondérante dans le catalogue Uncut Movies. Ainsi, des auteurs tels qu'Andreas Bethmann (Exitus Interruptus, Demon Terror et Angel of Death 2), Timo Rose (Barricade) et Andreas Schnaas (Antropophagous 2000) sont des auteurs plébiscités par Uncut Movies.
Les productions Troma viennent également s'additionner aux inimitiés via l'inénarrable Poultrygeist - Night of the Chicken Dead (Lloyd Kaufman, 2006).

La particularité d'Uncut Movies ? Tous les films répertoriés dans leur catalogue ont été édités à seulement mille exemplaires et sont généralement soumis à l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans. Parmi toutes ces productions rutilantes, on trouve à la fois des séries B, des séries Z, ainsi que des longs-métrages amphigouriques et probablement réalisés lors de soirées un peu trop avinées. Preuve en est avec Urge To Kill, aussi connu sous le nom d'Attack of the Killer Computer, et réalisé par la diligence de Derek Ford en 1989.
Ce metteur en scène britannique est loin d'être un néophyte dans l'industrie cinématographique. En l'occurrence, on tient ici un véritable parangon du cinéma d'exploitation, en particulier dans les "sexy movies", et donc dans des productions qui louvoient entre épouvante et érotisme. Tout un programme !

téléchargement (2)

Les thuriféraires du cinéaste (mais enfin, qui sont-ils ?) n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que This, That and the Other (1969), Groupie Girl (1970), The Wife Swappers (1970), Secret Rites (1971), Suburban Wives (1971), Commuter Husbands (1972), Sex Express (1975), The Sexplorer (1975), ou encore What's Up Superdoc ! (1978) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires... Toutefois, cette susdite notoriété est évidemment à minorer puisqu'aucun des films notifiés n'a connu une distribution - même élusive - dans nos contrées hexagonales. A ce jour, Urge To Kill reste sans aucun doute le métrage le plus proverbial de Derek Ford.
Vous l'avez sans doute compris, renâclé et même subodoré. On tient là un véritable tâcheron du cinéma bis et d'exploitation.

Quant à Urge To Kill, les avis des adulateurs du cinéma trash sont plutôt pondérés. Si certaines critiques extatiques louent et déifient le film pour son aspect à la fois bordélique et iconoclaste, d'autres contempteurs se montrent beaucoup plus dubitatifs. Ces mêmes dépréciateurs brocardent et admonestent une pellicule, certes inconvenante, mais qui manque singulièrement d'hémoglobine et de barbaque pour satisfaire son audimat. Reste à savoir si Urge To Kill mérite - ou non - le visionnage. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique...
En outre, le long-métrage de Derek Ford a écopé d'une interdiction aux moins de 16 ans. Toutefois, il est vrai qu'à l'aune des belligérances, Urge To Kill ne mérite pas une telle réprobation. Il doit sa réputation sulfureuse sa seule présence dans le catalogue Uncut Movies et jouit d'une réputation plutôt flatteuse auprès de certains invétérés du cinéma underground.

téléchargement (3)

La distribution de cette bisserie impécunieuse risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Peter Gordeno, Sarah Hope Walker, Jeremy Mark, Tiga Adams, Sarah Jane Palmer, Sally Ann Balaam, Maria Harper et Joanne Breck ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! (1) Les aventures sexuelles de Bono Zoro, un producteur de disques comptant profiter de sa position pour palper de jeunes chanteuses en devenir. Mais en plus du sens des affaires, notre homme a le vice de l'informatique. Un ordinateur qu'il nomme S.E.X.Y. gère entièrement sa garçonnière, de la douche au magnétoscope, en passant par les lampes à bronzer, répondant au doigt et à l’œil aux attentes de son propriétaire, enregistrant même ses performances charnelles.
Manque de chance, l'incessant ballet de gourdes et prostituées finit par saturer la mémoire de la brave machine.

S.E.X.Y. devient possessive au point de vouloir effacer toutes potentielles rivales de chair et de sang ... Et se permet même d’apparaître sous la forme d’une bimbo futuriste peinte de dorure verdâtre à même la peau (1). Non, l'avènement du numérique et de l'informatique n'est pas le seul leitmotiv du cinéma de science-fiction. Dans le cas d'Urge To Kill - Attack of the Killer Computer, on pourrait à la fois invoquer une oeuvre qui louvoie entre l'anticipation (mais très peu, finalement), l'horreur (toujours de façon évasive), l'érotisme fleur bleue, l'ésotérisme et l'expérimental.
Indubitablement, Urge To Kill est un film marqué et scellé à tout jamais par la décennie 1980. Ici, les couleurs sont à la fois criardes, irisées et fluorescentes. De facto, merci d'oblitérer l'affiche du film ! Certes, cette oriflamme rougeoyante arbore une jeune femme qui se sustente de quelques gouttelettes de sang imprégnant le bout d'une hache.

téléchargement (1)

Un argument de vente comme un autre... Seul bémol et pas des moindre, les aficionados de gore et de tripailles risquent d'être sérieusement décontenancés par l'absence de toute érubescence. Côté trash, Urge To Kill se montre particulièrement parcimonieux. Les amateurs patentés de boyaux et d'éviscérations à tous crins sont donc priés de quitter expressément leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates. Formellement, Urge To Kill n'a pas de telle velléités sanguinolentes. En outre, Urge To Kill suinte avant tout le dilettantisme à plein nez.
Derek Ford a toutes les peines du monde à diriger ses comédiens, très en peine pour évoquer la moindre expression faciale. Mention particulièrement à Peter Gordeno et son sourire cabotin. Non, Urge To Kill n'est pas cette oeuvre soyeuse qui imprimera et estourbira le noble Septième Art, loin de là.

Le long-métrage de Derek Ford se situe à la lisière du nanar et du navet patenté. En l'occurrence, le film échappe de justesse à notre courroux fatidique par cette curieuse fascination qu'il procure. Cette même dilection se trouve sans doute dans cette diatribe du consumérisme que le métrage déploie en filigrane. Au niveau scénaristique, Urge To Kill - Attack of the Killer Computer narre, in fine, les tribulations d'un producteur à l'ère du numérique. Bon gré mal gré, ce long-métrage préfigure notre appétence pour la technologie, le confort, l'eudémonisme et cette vie de farniente. Ce n'est pas aléatoire si le film s'approxime à une sorte de huis clos faussement anxiogène, et se déroulant exclusivement dans l'appartement opulent de son héros principal.
En l'occurrence, le producteur débonnaire paiera cher pour son oisiveté et cette recherche avide de placidité. Hélas, ces thématiques, pourtant captivantes, auraient mérité un bien meilleur étayage. A raison, les adeptes du cinéma d'horreur n'y verront qu'un film joyeusement obsolescent, voire lénifiant. Les autres trouveront peut-être dans cette oeuvre quelques arguties à revendre. Mais, dans l'ensemble, Urge To Kill reste tout de même un film indolent, aussi curieux que désappointant. Ma note finale fera donc preuve de miséricorde...

Note : 09/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.ecranbis.com/2014/01/the-urge-to-kill-critique-et-test-dvd.html

08 février 2020

Mademoiselle - 2016 (Girls just wanna have fun)

Mademoiselle (1)

Genre : Drame, thriller (interdit aux - 12 ans avec avertissement)

Année : 2016

Durée : 2h25

 

Synopsis :

Corée du Sud, sous la domination nippone des années 30. Sook-Hee est engagée comme servante d’une riche japonaise, dame Hideko, laquelle vit recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Sook-Hee obéit aux ordres du comte Fujiwara, lequel en a après la fortune de dame Hideko.

 

La critique :

Depuis le temps, faut-il encore que je m'évertue à procéder à l'exégèse du cinéma coréen ? Certains, lassés que je ressasse constamment les mêmes observations, me répondront un "NON" poli mais face à de nouveaux visiteurs quotidiens, il serait sage d'éviter de faire preuve de paresse. Le leitmotiv est toujours le même. Depuis de nombreuses années, la Corée du Sud s'est imposée comme destination de choix pour s'extasier devant des thrillers sombres respectant les codes élémentaires du genre, à commencer par balayer tout manichéisme, niaiserie ou coolitude. La froideur, l'oppression et la fin désagréable en sont son apanage comme de nombreux exemples l'ont illustré par le passé, et que je ne citerai pas parce que nous les connaissons tous.
Bref, une nouvelle journée pour un nouveau film coréen avec derrière le célébrissime Park Chan-wook que nous ne présentons plus puisqu'on lui doit Old Boy, que certains érigent comme représentant majeur du Septième Art national. Il est vrai que l'on pourrait le voir comme oeuvre prodrome dans la popularité grandissante de cette patrie sur la scène cinématographique où elle peut être vue sans hésitation comme une incontournable référence dans le genre du thriller. 

De manière paradoxale, Chan-wook fait souvent débat dans les milieux cinéphiles. Certains lui reprochant son maniérisme scénaristique et sa réalisation prétentieuse. Ainsi, chacune de ses nouvelles créations suscite curiosité et interrogations diverses. En 2016 paraît ce qui est, actuellement, toujours son dernier long-métrage au nom sobre qui est Mademoiselle. Mis en compétition pour la grandiloquente Palme d'Or du Festival de Cannes, il repartira bredouille, malgré les bonnes critiques. Toutefois, il fait plus de sensation ailleurs et remporte plusieurs récompenses comme le titre de "Meilleur film en langue étrangère" à la 71ème cérémonie des British Academy Film Awards.
De son côté, les dithyrambes ne manquent pas d'affluer du côté des critiques spécialisées, tandis qu'il remporte un très grand succès en salles dans son pays d'origine. En contrepartie, il suscita quelques controverses du comité de contrôle qui transforma son interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement, en interdiction aux moins de 16 ans lors de sa diffusion télévisée. Certaines scènes ayant pour le moins dérangé les observateurs qui y virent ce que l'on peut considérer comme un thriller psychologico-érotique. 

mademoiselle

ATTENTION SPOILERS : Corée du Sud, sous la domination nippone des années 30. Sook-Hee est engagée comme servante d’une riche japonaise, dame Hideko, laquelle vit recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Sook-Hee obéit aux ordres du comte Fujiwara, lequel en a après la fortune de dame Hideko.

Adapté du roman britannique Du Bout des Doigts, Chan-wook va transposer cette histoire à la colonisation japonaise de la Corée dans les années 1930. Une période trouble qui vit une domination impitoyable du Soleil Levant puisant matières premières, denrées agricoles, main d'oeuvre à bas coût pour leurs usines et femmes transformées en esclaves sexuelles. L'entente n'est pas au beau fixe mais là n'est pas l'objectif (malheureusement) du film d'étoffer un peu ce contexte peu connu de nous. Mademoiselle va se focaliser sur une histoire d'une complexité typiquement "Chan-wookienne" qui ne quittera que peu ce gigantesque manoir transformé en antichambre de la souffrance psychologique. Comme on en a souvent eu l'habitude, tout n'est pas tout blanc ou tout noir puisque nous démarrons avec une anti-héroïne, pickpocket professionnelle qui va offrir ses services à un escroc dont l'objectif est d'épouser une richissime dame vivant recluse dans son domaine.
L'intérêt pour Sook-Hee étant de faire main basse sur une partie de la fortune de Hideko et surtout sur ses bijoux afin de quitter la pauvreté et partir ailleurs, en Chine vraisembablement. Hideko apparaît alors comme une femme asservie, terrorisée par son oncle se languissant de ses fantasmes incestueux et l'obligeant à participer à des clubs de lecture où elle lit de la pornographie sadique à des aristocrates dépravés. 

Deux mondes coexistent entre la caste des riches, cultivés et lettrés s'enorgueillissant du pouvoir suprême, de la luxure et des écrits du Marquis de Sade et la caste des pauvres qui n'ont d'autres choix que de voler, arnaquer et comploter pour espérer vivre au lieu de survivre. Bien sûr, ce microcosme représente les rapports tumultueux des riches japonais et de leur emprise sur les coréens pauvres et exploités. Une parabole que l'on pourrait s'attendre à peu subtile mais c'est sans compter sur Hideko apparaissant comme la plus humaine parmi celles-ci alors qu'elle est du côté des dominants. Du moins dans la première partie sur les trois composant l'oeuvre mais je n'irai pas plus loin pour garder le plaisir de la découverte et le suspens car Mademoiselle sait galvaniser l'attention du cinéphile pris au piège d'une machination de grande ampleur où aucun détail n'est laissé au hasard. Chan-wook se plaisant à le retourner comme une crêpe à plusieurs reprises et prônant la réconciliation entre deux peuples.
On est dans une optique pacifiste où il s'agit de dénoncer les travers belliqueux de deux nations qui ont beaucoup plus en commun que ce qu'elles peuvent prétendre. De ce bourbier naissant sur un rapport de puissances vain et factice, le pardon proviendra de l'union entre Sook-Hee et Hideko qui se découvriront une attirance mutuelle l'une envers l'autre.

mademoiselle-39

C'est à ce niveau que se verra toute la dimension érotique d'une beauté sublime, jamais vulgaire, jamais voyeuriste. Elle mêle l'amour impossible au plaisir charnel. Le pardon proviendra alors de la passion, de l'union de deux êtres provenant de deux contrées en guerre. Les guérillas sont un tant mises de côté et surtout ne concernent pas tous les éléments des deux populations, désirant avant tout vivre en paix et profiter de leurs plaisirs individuels. Pour la première fois, les deux filles vont atteindre une extase qu'elles n'ont jamais connu par avant. Se construisant initialement sur une démonstration pour Hideko de à quoi ressemblera le rapport sexuel une fois qu'elle sera mariée au comte, le premier rouage se mettra en place pour une suite de grande ampleur.
Mais comme dit ci-dessus, le récit grandement malin va nous entraîner dans toute une succession de flash-backs pour connaître la vérité, les tenants et les aboutissants de ce plan sordide où les intérêts personnels écrasent les autres, même si cela signifie de causer leur fin inéluctable.

Chaque personnage a en lui une part diabolique qui n'a en fin de compte aucun intérêt et ne peut mener en aucun cas au bonheur. Exprimer son moi interne, ses vrais ressentis est d'autant plus judicieux pour accéder à l'épanouissement qui serait autrement perverti. Si tout ce programme semble un peu cul-cul la praline sur le papier au premier abord, pas d'inquiétude là-dessus puisque la patte coréenne fait des miracles. Chan-wook mélange le fétichisme, la violence, le sexe, l'amour et la mort pour un cocktail détonnant. Les excès sont de la partie quand on assiste béatement à une scène de torture dans ce fameux sous-sol. L'interdiction mise en place ne découle donc pas uniquement des séquences de coït.
Seulement, la partition est souvent la même concernant le déroulement des événements, épousant souvent une agaçante complexité risquant de miner la totale compréhension s'il arrive au spectateur d'avoir un petit coup de mou ou de temporairement décrocher. La construction d'une trame labyrinthique n'est pas chose aisée et nous en conviendrons tous là-dessus, mais la plus grande force de Mademoiselle est en même temps sa plus grande faiblesse. En dehors de ça, on a bien du mal à trouver autre chose de rédhibitoire. On est surpris de voir vite le bout des 2h25 composant ce semi huis clos.

mademoiselle-photo-3-mademoiselle-956311

Il ne faudrait pas faire l'impasse sur toute la plastique du film contribuant pour beaucoup à sa réussite. Admiratif devant la beauté formelle de l'oeuvre, nos rétines voient se succéder plans magnifiques sur plans magnifiques, que cela concerne le jardin, la forêt ou les diverses salles du manoir. Magnifiant les espaces et les corps, le cinéaste développe une esthétique chic comme elle le sera vue dans cette fameuse salle de lecture. Certains protesteront sans doute sur un côté publicitaire et tape-à-l'oeil enrobant le résultat final en dissimulant ses tares sous une couche de douceur visuelle. Environnement cultivé oblige, les arts ont une place prépondérante et nous verrons de très jolies estampes dont la célèbre "Le rêve de la femme du pêcheur" du peintre japonais Hokusai.
Pareillement pour la bande son toute aussi fascinante et mélancolique dans son genre, ne noyant jamais les situations individuelles sous un flot de mélodies shakespeariennes de mauvais augure. Et cela serait mal venu de ne pas parler de l'excellente interprétation de Kim Min-hee et Kim Tae-Ri incarnant respectivement Dame Hideko et Sook-hee, si belles et fusionnelles dans leur rôle. Les félicitations pourront aussi être attribuées à Ha Jung-woo, Cho Jin-woong et Moon So-ri.

D'un point de vue purement personnel, Park Chan-wook ne m'a jamais totalement emballé en dehors de Old Boy qui fut, comme pour beaucoup, mon premier film que je vis de lui. Sympathy For Mister Vengeance m'avait fait roupiller, tandis que j'étais resté un peu sur ma faim avec Thirst, ceci est mon sang, nonobstant d'évidentes qualités. L'espoir ressurgit avec Lady Vengeance qui me faisait revivre, sans toutefois l'atteindre, le très beau moment que j'avais vécu avec Old Boy. Hier, je pus enfin reformuler le compliment que j'attendais de dire depuis des années : "Chan-wook m'a foutu une grosse claque". Voilà comment je pourrais résumer au mieux mon billet d'une oeuvre mélodramatique de grande envergure où les apparences sont toujours trompeuses. Intelligent à plus d'un titre, il ne défend pas systématiquement les coréens qui ont aussi leurs défauts.
Leur arrivisme les faisant tourmenter certaines personnalités aisées qui n'ont pas une vision condescendante de ce peuple colonisé. Une romance dure germant sur la saleté humaine où seul le plaisir sexuel leur permet de s'évader de leur condition. Un rapprochement de deux âmes que la guerre sépare sans que l'une ne domine l'autre (cf la relation lesbienne ne tenant pas du hasard puisque les deux sexes sont les mêmes et sont une analogie des deux peuples se trouvant donc au même niveau). Le tout s'achevant sur un ravissant finish. Mademoiselle peut définitivement se targuer d'être parmi les grands films coréens. La manipulation n'ayant que rarement pris un goût aussi... littéraire.

 

Note : 16,5/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

07 février 2020

La Quatrième Dimension - Le Film ("Vous voulez vraiment claquer des dents ?")

La_Quatrieme_Dimension film

Genre : fantastique, épouvante
Année : 1983
Durée : 1h42

Synopsis : Quatre épisodes de La Quatrième dimension revisités par quatre grands cinéastes hollywoodiens... 

 

La critique :

"Il existe une dimension au-delà de ce qui est connu de l'Homme ; c'est une Dimension aussi vaste que l'Univers et aussi éternelle que l'Infini : elle est à la croisée de l'ombre et de la lumière, de la science et de la superstition, elle est le point de rencontre des ténèbres crées par les peurs ancestrales de l'Homme et de la lumière de son savoir, c'est la dimension de l'imagination, un domaine que nous avons baptisé... La quatrième dimension". Telle est la longue emphase liminaire de la série La Quatrième Dimension, soit The Twilight Zone dans l'idiome de Shakespeare.
Produite entre 1959 et 1964, cette série télévisée fantastique et d'épouvante, réalisée par la diligence de Rod Serling, sera diffusée pour la première fois sur la chaîne de télévision américaine CBS. Dixit les propres aveux de son auteur démiurgique, La Quatrième Dimension a pour principal leitmotiv "de frapper le téléspectateur, de le choquer par la chute toujours inattendue, surprenante et singulière de chacune de ces histoires".

Ainsi, cette série télévisée se fragmente en cinq saisons, soit 138 épisodes de 25 minutes et 18 épisodes de 50 minutes. Il serait évidemment fastidieux de décortiquer chaque saison, ainsi que chaque épisode de The Twilight Zone, d'autant plus que ce n'est pas le but de cette chronique. Toujours est-il que cette série fantastique et horrifique aborde déjà, avec beaucoup de prescience et de finauderie, les nouvelles tares d'une société encore tarabustée par la fin de la Seconde Guerre mondiale et surtout par les premiers balbutiements de la Guerre Froide. Dans La Quatrième Dimension, les principales thématiques oscillent entre la peur du nucléaire et d'une Troisième Guerre mondiale putative, de la folie des hommes, de notre propre esseulement et condition humaine.
Il s'agit d'amener le spectateur à ergoter et ratiociner sur des questions à la fois objectives, normatives et métaphysiques.

3839_backdrop_scale_1280xauto

 

Par ailleurs, le concept même de quatrième dimension renvoie notamment à l'astronomie et plus largement à la science quantique. Pour Rod Serling, la quatrième dimension correspondrait à un univers ineffable, où il est à la fois question de temps, de philosophie et d'esprit. Or, ce même concept coalise un champ beaucoup plus vaste et hétéroclite. Beaucoup d'épisodes vont estourbir les persistances rétiniennes et marquer plusieurs générations de cinéphiles et de cinéastes. Parmi les épisodes les plus référencés, on peut notamment stipuler les titres suivants : "Comment servir l'homme" (Saison 3, épisode 24), "Solitude" (Saison 1, épisode 1), "L'Abri" (Saison 3, épisode 3), "Les envahisseurs" (Saison 2, épisode 15), ou encore "Cinq personnages en quête d'une sortie" (Saison 3, épisode 14).
Chaque épisode de La Quatrième Dimension part d'une situation à priori anodine qui débouche subrepticement vers le fantastique, le fantasmagorique et le paranormal.

Même les plus éminents cinéastes américains ont fait voeu d'allégeance à cette série prédominante et incontournable. Il était donc logique, qu'un jour où l'autre, John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller s'associent pour produire et réaliser La Quatrième Dimension - Le Film, sorti en 1983. Contre toute attente, cette adaptation de la célèbre série télévisée n'éludera pas le couperet du scandale et de la polémique. Lors du tournage, l'acteur Vic Morrow et deux enfants vietnamiens décèdent dans un accident d'hélicoptère.
John Landis est sommé de d'expliquer devant les tribunaux. Après de longs louvoiements et atermoiements, le metteur en scène sera finalement acquitté. Pour le reste, La Quatrième Dimension - Le Film a reçu un accueil plutôt mitigé de la part des critiques et des médias spécialisés. 

730623_1600x450

En outre, les principales saillies admonestent une adaptation un peu trop timorée. Avec John Landis, George Miller, Steven Spielberg et Joe Dante derrière la caméra, les spectateurs étaient légitimement en droit d'attendre une adaptation beaucoup plus probante et soyeuse. Or, La Quatrième Dimension - Le Film se contente benoîtement de mimer et de psalmodier certains épisodes de la série originelle. Or, une telle adaptation méritait sans doute un peu plus de malice et d'imagination. Telle serait sans doute la leçon dogmatique prodiguée par Rod Serling lui-même à l'aune de ce long-métrage. Reste à savoir si La Quatrième Dimension - Le Film mérite - ou non - de telles circonspections. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...
Ainsi, cette adaptation se fractionne en plusieurs segmentations bien distinctes : un prologue, puis quatre sketches à vocation horrifique.

La distribution de ce long-métrage se compose de Dan Aykroyd, Albert Brooks, Scatman Crothers, Bill Quinn, Kathleen Quinlan, Dick Miller, Nancy Cartwright et John Lithgow. Attention, SPOILERS ! (1) Prologue : Une route déserte, au beau milieu de la nuit. Dans une voiture, deux hommes jouent à se faire peur. Evidemment, la situation dérape lorsque le conducteur pénètre dans la quatrième dimension... Premier épisode (Remake de l'épisode "La grandeur du pardon") : En sortant d'un bar où il a émis haut et fort ses opinions racistes, Bill se retrouve dans la peau d'un Juif en France occupée, dans celle d'un Noir pourchassé par le Ku Klux Klan et dans celle d'un Asiatique en pleine guerre du Viêt Nam. Son cauchemar se termine dans un train en route pour un camp de concentration.
Seconde épisode (remake de l'épisode "Jeux d'enfants") : Dans un hospice de vieillards, un certain monsieur Bloom réapprend l'enfance aux pensionnaires, qui retrouvent miraculeusement l'apparence de leur enfance.

image_2

Troisième épisode (remake de l'épisode "C'est une belle vie") : Un jeune garçon utilise d'étranges pouvoirs pour retenir prisonnier dans un univers de dessin animé un groupe de gens qu'il force à jouer sa famille. Quatrième et dernier épisode (remake de l'épisode "Cauchemar à 20 000 pieds") : Un homme paniqué de prendre l'avion, voit une étrange créature (gremlin en anglais) juchée sur l'aile, en train de dépecer le moteur. En tirant un coup de feu à travers le hublot, il met en fuite le monstre. À l'atterrissage, on constate que Valentin n'est pas aussi fou qu'il en a l'air. Il quitte l'aéroport dans une ambulance conduite par le passager du prologue (1).
Depuis la sortie de La Quatrième Dimension entre la fin des années 1950 et l'orée des années 1960, nombreuses sont les séries à avoir paraphrasé la série mythique de Rod Serling.

Même le noble Septième Art tentera lui aussi de s'immiscer dans cette dimension énigmatique. Le found footage, les Paranormal Activity, ou le cinéma d'épouvante de James Wan doivent leurs principaux atours à La Quatrième Dimension. Hélas, personne ni aucun film n'est parvenu à réitérer la frousse ni l'effroi de cette série anthologique. Pas même La Quatrième Dimension - Le Film. Pourtant, le prologue inaugure une adaptation affable et munificente. Contre toute attente, John Landis et son consortium de réalisateurs pourtant aguerris sabordent l'essence même de la série de Rod Serling. Pour souvenance, The Twilight Zone (la série) reposait - entre autres - sur une conclusion finale en apothéose, serinant inlassablement le spectateur par sa turpitude.
Or, à l'exception du chapitre final de ce long-métrage, le bien nommé "Cauchemar à 20 000 pieds", La Quatrième Dimension - Le Film se montre beaucoup trop doucereux et croquignolet pour convaincre sur la durée.

téléchargement

 

"Vous voulez vraiment claquer des dents ?", telle est la question posée lors d'un préambule plutôt efficace. Hélas, la suite s'achemine sur une route escarpée. Faute d'effroi et de tressaillements, le long-métrage gage surtout sur les épigrammes et les gaudrioles. Sous l'égide de "Spielby" et de son équipe, le matériel de Rod Serling se transmue en satire sardonique. Non seulement, les quatre courts-métrages prodigués ne reproduisent absolument pas le choc des épisodes qu'ils rabâchent à satiété, mais en plus les diverses segmentations manquent singulièrement d'éloquence. Certes, certains thuriféraires de longue date apprécieront peut-être cette adaptation en mode référentiel, ainsi que de nombreux clins d'oeil qui mentionnent la série de Rod Serling.
Mais, en l'occurrence, le spectateur hébété devra se contenter de vaches maigres et d'une adaptation à la fois pingre et frugale. On aurait aimé que Steven Spielberg et ses prosélytes nous surprennent en nous conviant dans l'antre du fantastique et de l'horreur. Sur ce dernier point, Steven Spielberg et ses ouailles nous entraînent dans une adaptation plutôt honorable qui ravira peut-être les néophytes. 
A raison, les adulateurs de longue date préféreront derechef se polariser sur la série. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout...

Note : 11.5/20

 

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Quatri%C3%A8me_Dimension_(film)

 

06 février 2020

Moi, Zombie - Chronique de la Douleur (Présentation du film en vidéo par Le Quartier Interdit)

image

Aujourd'hui, Cinéma Choc revient sur Moi, Zombie - Chronique de la Douleur (Andrew Parkinson, 1998) via une présentation du film en vidéo par Le Quartier Interdit (Source : https://www.youtube.com/watch?v=FPMGNkMSFUk).

La Dernière Maison sur la Plage (La dernière maison sur la gauche, volume 2)

dernière maison sur la plage

Genre : horreur, thriller, rape and revenge (interdit aux - 16 ans)
Année : 1978
Durée : 1h26

Synopsis : Trois criminels en fuite se réfugient dans une maison sur la plage. Ils y trouvent un groupe de jeunes femmes, venues répéter leur pièce de théâtre. Planqués, les trois brigands mèneront la vie dure aux filles retenues en otages... 

 

La critique :

Ce n'est pas la première fois que Cinéma Choc, votre blog favori (oui, vous avez le droit de vous gausser et de vous esclaffer...), se polarise sur le rape and revenge. Pour souvenance, c'est le film La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972) qui acte et officialise la naissance de ce sous-registre du cinéma bis et d'exploitation. Ce dernier obéit - peu ou prou - à la même ritournelle. Une jeune femme frêle et pudibonde est victime des railleries, puis des satyriasis de voyous de passage. Laissée pour morte, cette dernière se relèvera de ses excoriations et de ses blessures.
Elle se transmute alors une femme furibonde et vindicative qui a juré haro sur ses vils oppresseurs. Pour l'anecdote superfétatoire, Wes Craven n'a jamais caché les corrélations matoises entre La Dernière Maison sur la Gauche et La Source (Ingmar Bergman, 1960), soit le film prodrome en matière de rape and revenge.

Mais c'est pourtant The Last House On Dead End Street qui remportera l'accessit et le précieux pactole. En raison de son barbarisme et de sa virulence, le long-métrage écope, de prime abord, d'une interdiction aux moins de 18 ans et n'échappe pas au couperet acéré de la censure. A contrario, cette polémique participe à ériger la notoriété de ce rape and revenge. La Dernière Maison sur la Gauche influence et génère toute une pléthore d'épigones. Les thuriféraires du genre n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que L'été meurtrier (Jean Becker, 1983), Le Vieux Fusil (197), Oeil pour Oeil (Meir Zarchi, 1978), La Traque (Serge Leroy, 1975), Crime à froid (Bo Arne Vibenius, 1974), Irréversible (Gaspar Noé, 2002), L'ange de la vengeance (Abel Ferrara, 1981), ou encore The Horseman (Steven Kastrissios, 2008) parmi les longs-métrages notables.

dernière-maison-sur-la-plage-bannière-600x339

 

En l'occurrence, la décennie 1970 est marquée par toute une floraison de rape and revenge. Cette époque est bouleversée par la mutation des moeurs. Le patriarcat et la phallocratie sont priés de se phagocyter au profit d'une gente féminine sévèrement courroucée et qui réclame davantage d'émancipation. Et c'est exactement ce que traduit, bon gré mal gré, le rape and revenge même s'il sied de notifier que le genre comporte toute une kyrielle d'oeuvres profondément misogynes. Preuve en est avec La Dernière Maison sur la Plage, soit La settima donna de son titre originel, et réalisé par la diligence de Francesco Prosperi en 1978.
Evidemment, vous aurez sans doute subodoré les contiguïtés mutines entre ce pur produit d'exploitation et La Dernière Maison sur la Gauche.

Opportunistes, les producteurs transalpins profitent de la vague du rape and revenge et de la notoriété du film de Wes Craven pour expatrier La Dernière Maison sur la Plage au-delà de ses frontières italiennes. Quant à Francesco Prosperi, le metteur en scène rital est issu du cinéma bis. On lui doit notamment Requiem pour une canaille (1968), Deux trouillards en vadrouille (1970), Le devoir conjugal (1970), Le coriace (1971), Les aventures incroyables d'Italiens en Russie (1973), L'autre côté du parrain (1973), ou encore L'Emprise des cannibales (1980). On tient donc là un véritable tâcheron chevronné (si j'ose dire...) de la série B.
En outre, La Dernière Maison sur la Plage reste sans doute son long-métrage le plus proverbial. 
Les avis et les critiques sont plutôt circonspects. 

FA_image_00049106

Si certains adulateurs du rape and revenge encensent les qualités erratiques de cette production impécunieuses, d'autres tancent et fustigent un thriller horrifique beaucoup trop académique. Reste à savoir si La Dernière Maison sur la Plage justifie - ou non - son visionnage. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... Toujours est-il que le film de Francesco Prosperi écope d'une interdiction aux moins de 16 ans. Certes, La Dernière Maison sur la Plage fait davantage office de huis clos et de thriller. Pourtant, il est généralement répertorié dans la catégorique horrifique. La distribution de ce rape and revenge ne risque pas de vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Florinda Bolkan, Ray Lovelock, Flavio Andreini, Stefano Cedrati, Sherry Buchanan, Laura Tanziani, Laura Trotter et Karina Verlier ; mais j'en doute...

Attention, SPOILERS ! (1) Après un braquage sanglant dans une banque s'achevant par la mort d'un passant (une femme mourra plus tard des suites de ses blessures), trois malfrats prennent la fuite à bord d'une DS Citroën. Leur butin en poche, les braqueurs ont besoin de trouver rapidement une planque avant la mise en place de barrages de police. Leur choix se porte sur une belle villa isolée au sommet d'une colline et au bord de la mer. Le trio, composé d'Aldo, Walter et Nino, doit aussi composer avec les ennuis mécaniques de leur véhicule. Ils ne savent pas encore que la propriété appartient à une institution religieuse, et que ses occupants du moment sont de jeunes étudiantes venues passer quelques jours dans cet endroit idyllique afin de préparer leurs examens de fin d'année. 
Elles sont cinq au total, plus une femme de ménage, sans oublier Soeur Cristina, chargée de l'encadrement.

téléchargement (2)

 

Les truands investissent les lieux. Dès lors, ils vont se livrer aux pires exactions envers les malheureuses : humiliations, viols, jusqu'au meurtre... (1). Si La dernière maison sur la plage entretient évidemment quelques accointances narquoises avec La Dernière Maison sur la Gauche, la métaphore s'arrête bien là. En termes de qualité, on se rapproche davantage de La Maison au fond du Parc (Ruggero Deodato, 1980), une oeuvre gore et trash qui ne restera pas vraiment dans les annales. Au niveau de sa matrice et de son référentiel, La Dernière Maison sur la Plage fait également voeu d'obédience à Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971). Là encore, la comparaison s'arrête bien là.
Si le cheminement scénaristique du film est plutôt rudimentaire via un schéma narratif des plus prévisibles (un cambriolage, des truands qui assaillent la gente féminine, de la torture, du viol et une vengeance irréfragable), l'interprétation est loin d'être inoubliable.

Au mieux, les comédiens sont amorphes, voire monolithiques. Sur ces entrefaites, il est difficile d'adhérer aux inimitiés ambiantes, ainsi qu'à ces parties d'agapes et de priapées. Nonobstant son prologue final en apothéose, La Dernière Maison sur la Plage suinte la misogynie à plein nez. La conclusion finale n'est qu'une habile finauderie pour tenter d'esquiver les furibonderies des mouvements féministes. Pour le reste, La Dernière Maison sur la Plage s'approxime à une sorte de huis clos anxiogène qui louvoie incessamment entre le thriller, le home invasion l'horreur et les lascivités de circonstance. Côté gore, les aficionados les plus patentés du genre sont sommés de quitter prestement leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates. Que reste-t-il alors de La Dernière Maison sur la Plage ?
Réponse : un rape and revenge dans la tonalité et la filiation de ses illustres homologues, mais guère davantage. Maigre consolation, au détour de toutes ces belligérances, le spectateur probablement frustré pourra au moins se contenter d'un thriller turpide et malsain. 
Allez, par miséricorde, nous attribuerons une mention passable, mais le film mérite sans doute moins, beaucoup moins...

 

 

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/2004-derniere-maison-sur-la-plage-la 

05 février 2020

Les Conspirateurs du Plaisir (Jouir sans entrave)

x2jEm9vKkqRm54FQ31n1PWEgsf4

Genre : Comédie dramatique, fantastique, expérimental (interdit aux - 12 ans)

Année : 1996

Durée : 1h22

 

Synopsis :

Le film suit tour à tour six personnages dans leurs activités de préparation d'accessoires ou de dispositifs érotiques étranges et inattendus.

 

La critique :

Bon, j'avoue avoir longuement réfléchi sur comment démarrer avec un minimum de professionnalisme cette chose que j'ai vu il n'y a même pas une heure, alors que je devrais être en train de bosser sur mon mémoire. Mais soit, le mal est fait de toute manière ! Je ne me permettrais pas d'avouer que je suis cinglé. Vous le savez aussi bien que moi. C'est donc entendu sur ce point-là. Ce qui est fou de se dire est que plus vous vous êtes plongés dans le cinéma expérimental et plus vous semblez croire à chaque fois qu'il ne peut plus y avoir quoi que ce soit pour vous impressionner. Vous pensez avoir tout vu, tout ce qu'il y a de plus inimaginable et douteux. Pourtant, il y a toujours une petite pellicule bien perfide pour vous rappeller à l'ordre et vous surprendre encore. Il fallait s'y attendre quand je me décidais à un petit accès de folie de visionner une création du sieur Jan Svankmajer.
Un ponte du surréalisme tchèque connu notamment pour ses films d'animation qui influencèrent des figures aussi éminentes que les Frères Quay, Tim Burton ou Terry Gilliam. Gare toutefois à ne pas vous attendre à une solide réputation en dehors des milieux cinéphiles, le cinéma tchécoslovaque ayant, auprès de certains, toujours eu cette petite aura de conglomérat de métrages pour hipsters anticonformistes. Une pensée cynique et ignorante, mais les clichés ont la vie dure !

Il était quasiment évident que Cinéma Choc allait se pencher sur son cas tôt ou tard et il l'a fait à deux reprises, d'abord avec Les Fous, puis avec Alice qui reste sa réalisation la plus connue. D'un point de vue personnel, j'avoue l'avoir trouvé très surcoté mais je vous renvoie à ma chronique pondue très exactement le 10 septembre 2018. Je ne partais pas alors avec un énorme engouement mais il est stupide de s'arrêter sur une mauvaise expérience car le futur laisse parfois de belles surprises. Chose qui s'est passée en ce temps de midi, en dégustant quelques tartines, devant Les Conspirateurs du Plaisir. Je dois vous confier avoir eu un vrai coup de coeur sur la pochette anglaise reflétant au mieux l'esprit déjanté de ce que j'ai vu sur ces 1h22 de wtf non-stop qui sont passés comme une lettre à la poste. Je me doutais que ce visionnage n'allait certainement pas rester sans suite et que j'en viendrai, peut-être, à en parler sur le blog. Mais ce doute a vite fait place à une obligation morale de mettre ce truc étrange en évidence. Ne pas l'aborder en chronique n'aurait été que sacrilège pour ce site aussi transgressif que jusqu'au-boutiste. Un pur produit du surréalisme tchèque d'une authentique subversion, qui fut longtemps interdit ou censuré par le pouvoir communiste en place. 

Capture

ATTENTION SPOILERS : Le film suit tour à tour six personnages dans leurs activités de préparation d'accessoires ou de dispositifs érotiques étranges et inattendus.

La messe est dite dès le générique de début où nous voyons des croquis explicites de pratiques érotiques étranges et surréalistes. Aucun doute, nous n'évoluerons pas dans le registre du conventionnel pour notre plus grand bonheur. Ces dessins sont-ils issus de temps anciens ou ont-ils été faits spécialement pour le tournage ? Nous n'en savons rien mais la première option n'étonnerait guère. Le semblant de trame narrative met en scène six individus loufoques effectuant un cheminement minutieux dans la construction de dispositifs à but vraisemblablement érotique. La finalité étant d'atteindre ce fameux épanouissement psychique dont nous avons quasiment tous besoin. Svankmajer se place dans une vision froide et accusatrice de l'ancienne dictature communiste qui, systématiquement, s'accompagne d'une politique liberticide et de contrôle des esprits. Les individus doivent se conformer à des règles communes et vigoureusement mises en place. Il ne peut y avoir d'éléments perturbateurs ou pensant autrement et s'ils existent, leur seule opportunité de survie est de se terrer à l'abri de tous.
A peu de choses près, Les Conspirateurs du Plaisir va s'apparenter à une mise en abyme du communisme puisqu'il représente le quotidien d'individus isolés, vivant en marge de la société pour vivre leur vie telle qu'il la désire. Ils ne font de mal à personne et veulent juste exister tels qu'ils sont, sans se forger une carapace, un masque pour cacher leur véritable personnalité. Ils désirent exprimer ce qu'ils sont réellement.

Ce désir est beau mais dans l'absolu, ça ne fonctionne pas comme ça. L'uniformisation des goûts, des idées et des envies empêche ou tout du moins pratique une politique d'ostracisation des gens différents, anticonformistes. On sombre alors dans une malsaine dissimulation de ses plaisirs par peur des jugements des autres. On se met à l'abri des regards indiscrets. L'envie prend alors la tournure d'une pratique antisociale qu'il ne faut pas exprimer en public. Plus que jamais aujourd'hui, cet état d'esprit s'insinue dans toutes les anfractuosités sociales via les modes en tout genre imposant une doxa claire et définie. Néanmoins, cette observation concerne Monsieur et Madame tout le monde. Dans la recherche du plaisir insolite, les castes s'abolissent. Il n'y a plus de hiérarchisation entre celles-ci car le prolétaire peut être sujet à des pulsions ubuesques autant que le bourgeois.
La rencontre, et je dirais même plus, la réconciliation sociétale se fait par le prisme de la recherche du plaisir. Le seul domaine où il n'y a pas d'ascendant de l'un sur l'autre. De plus, si la communication entre les êtres ne se fait pas nécessairement par la parole, elle peut se faire par le simple contact physique ou visuel. On se promène sur un trottoir, traversons une rue sans nous douter que ceux que nous verrons cacheront peut-être en eux des fantasmes inavouables pour le commun des mortels.

234606_backdrop_scale_1280xauto

Les Conspirateurs du Plaisir, comme vous vous en douterez, ne se limitera pas aux obsessions classiques tels que l'urophilie, la scatophilie ou le fétichisme des pieds. Svankmajer va beaucoup plus loin que ça en percutant son scénario sur le mur du fantastique où ces "freaks mentaux" vont s'évader dans un univers où tout devient possible et où les frasques les plus inimaginables peuvent devenir réalité. Les objets de tous les jours prennent une vocation à but pulsionnel où leur caractère inanimé est proprement supprimé. L'imaginaire, cher au réalisateur, va finir par dépasser le rationnel et embrigader ces humains dans une sphère en dehors de tout réalisme possible.
La dévotion de n'importe quel outil au service du pratiquant mettant en rythme un rituel personnel dans un univers de solitude psychologique. Et croyez bien que vous risquez fort bien de vous demander si tout tourne correctement dans la tête de son auteur ! Là est tout le génie du surréalisme d'annihiler le normalisme pour laisser le champ libre à la pensée libertaire.

Une relation étrange entre deux voisins dont l'homme adoptera le comportement d'un coq et un semblant d'apparence. Une factrice s'insérant des miettes de pain dans tous les orifices possibles du visage. Un libraire obsédé par la présentatrice d'une émission d'information, qui finira par sombrer dans un orgasme en transformant sa télévision. Je pourrai encore vous citer cette même présentatrice donnant ses orteils à lécher à des carpes ou ce fétichiste se complaisant dans la fabrication de gadgets illogiques faits de clous, de brosses et pièces métalliques pour se masser le corps. Bref, vous voyez un peu la situation laissant constamment vos yeux exorbités devant la richesse débordante de ces parades sentimentales grotesques, parfois à consonance érotique.
Les dispositifs mécaniques et/ou électroniques conçus sont hallucinants d'ingéniosité et ne méritent pas d'être pleinement décrits sous peine de gâcher la surprise. A cela est ajouté le péché mignon de Svankmajer qui est l'ajout de poupées animées. Ces poupées célébreront définitivement le triomphe fantasmagorique dans des séquences hallucinatoires. Bref, la courte durée du soft passe très vite et l'on en veut toujours plus. Ceci dit, inutile de vous attendre à l'exhibitionnisme de parties intimes et de rapports sexuels comme le synopsis pourrait le laisser penser. Il faut être clair là-dessus. 

vol3-c-conspi06

Enfin, les impressions de faire face à une image austère et dure ne sont pas infondées puisque sont filmés des décors poussiéreux, des appartements vieillots ayant l'allure de sordides greniers, d'imaginariums sensiblement dépravés ou encore de repères de savants fous. La prise de risque est gagnante dans les choix faits et la tournure des événements comme cette corrélation entre certains personnages avec une garde-robe. Cette entrée et sortie du meuble pourrait se voir comme un passage d'un monde vers un autre où le songe devient toujours plus tenace. Le son est particulier en ce sens que seule la musique classique est maître des lieux quand elle est sollicitée.
Parfois, elle renvoie à l'opéra. Son utilisation ne tient pas du hasard puisque l'opéra est aussi en liaison à l'imaginaire. D'ailleurs, en dehors de ça et de quelques bruits environnants, les personnages ne parlent pas. L'absence de toute forme de dialogues renvoie à ce quasi instinct de survie de ne pas vouloir communiquer afin de se préserver des acrimonies diverses des personnes "normales". Du coup, difficile de juger la prestation des acteurs que nous citerons avec Petr Meissel, Gabriela Wilhelmova, Barbora Hrzanova, Anna Wetlinska, Jiri Labus et Pavel Novy.

Comme la tournure de la chronique le mentionne, c'est avec un énorme sourire de satisfaction et comblé que je ressors de cette expérience singulière pouvant se targuer de peser très haut dans l'expérimental. Comédie dramatique burlesque ou tout du moins une fresque de la jouissance sans entrave, Les Conspirateurs du Plaisir dénonce l'asservissement du regard de la société sur les pratiques de chacun, la moralisation qui en résulte, voire les quolibets et autres sarcasmes. Le film pourrait se voir comme un produit intégré dans l'époque des années 70 où tout était plus ou moins permis puisqu'elle s'apparente à un cri de rage envers l'émancipation de l'être. Elle promeut l'anarchie morale et le refus des conventions en tançant les tenanciers d'un goût purement subjectif.
Elle est une ode à la liberté personnelle et à l'affranchissement de nos envies profondes. "Abolissons la critique et soyons vrais dans notre comportement", tel pourrait être le credo de cette oeuvre pour le moins atypique et intemporelle puisque la persécution dictatoriale a fait place à une démocratie assombrie par les tendances populaires mettant au ban de la société celui qui n'est pas normal. En fin de compte, dictature ou non, on ne remplacera jamais la nature humaine dans son goût prononcé pour le dédain envers les anormaux, les parias. Mais est-elle seulement capable de définir pourquoi une chose est normale et pas l'autre ? Telle est la question.

 

Note : 16/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

04 février 2020

Je Ne Suis Pas Un Monstre (Les vrais "Elephant Man")

Je_ne_suis_pas_un_monstre

Genre : documentaire, "documenteur", shockumentary, "Mondo" (pas d'interdiction mentionnée)
Année : 1987
Durée : 42 minutes 

Synopsis : Je ne suis pas un Monstre, soit I Am Not A Freak dans l'idiome de Shakespeare, est un shockumentary qui se polarise sur les "freaks", à savoir ces individus considérés comme hideux et monstrueux, mais qui appartiennent pourtant à notre société contemporaine. Aujourd'hui, ces personnes à part entière ne sont plus ces individus pestiférés de jadis. Ils ne travaillent plus dans des cirques et ne sont plus exploités par de vils propriétaires. Ainsi, Je Ne Suis Pas Un Monstre conglomère les témoignages de ces personnes authentiques, tout en relatant leur mode de vie, ainsi que leurs relations avec leur famille et leur proche entourage. 

 

La critique :

Vous l'avez sans doute compris, renâclé, voire subodoré. Le "Mondo", le shockumentary et le death movie sont de retour dans les colonnes éparses de Cinéma Choc. Que les adulateurs du blog (mais enfin qui sont-ils ?) se rassérènent. A travers cette chronique, nous ne commettrons pas l'offense d'itérer la genèse et l'historique du "Mondo", même s'il sied de rappeler que c'est le film Mondo Cane (Gualtiero Jacopetti, Franco Prosperi et Max Cavalara, 1962) qui acte et officialise la naissance ce genre impudent. Le principe de ce long-métrage choc et iconoclaste ?
Toujours la même antienne... D'une façon générale, le "Mondo" a pour principale aspérité de sonder et de discerner les us et les coutumes de peuplades séculaires à travers le monde. Tantôt virulentes, tantôt pittoresques, tantôt outrecuidantes, les saynètes stridulantes font office de documentaire transi de véracité.

Pourtant, tout est factice, truqué, falsifié et éhonté. Les susdites peuplades en dissidence sont en réalité des comédiens amateurs et anonymes. Sur la forme, le "Mondo" revêt des dimensions à la fois sociologiques et anthropologiques et a notamment pour appétence de semoncer une société en dissonance et victime de ses propres turpitudes. Sur le fond, le "Mondo" s'approxime davantage à un programme opportuniste et racoleur. Contrairement à certains apparats matois, le "Mondo" n'a pas vraiment pour vocation de brocarder notre société égotiste et consumériste.
En vérité, il en est la quintessence, le condensé idoine. Le "Mondo" a surtout pour objectif de flagorner notre scopophilie, ainsi que notre tropisle pour l'eudémonisme. En raison de son succès inopiné, Mondo Cane influence et engendre toute une pléthore d'épignes, à tel point que toutes les contrées exotiques et toutes les déviances seront relatées via des productions peu ou prou analogiques.

Ainsi, le continent asiatique sera lui aussi scruté (Shocking Asia, Rolf Olsen, 1974), tout comme l'Oncle Sam (ou les Etats-Unis si vous préférez...) sera à son tour dévoyé (L'Amérique Interdite, Romano Vanderbes, 1977). L'Afrique deviendra même l'un des terrains de chasse (si j'ose dire...) privilégiés de certains producteurs peu scrupuleux. Des "Mondo" tels qu'Africa Addio (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1966), Les Négriers (Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, 1971), Africa Ama (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1971), Mondo Magic (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1975), ou encore Addio Ultimo Uomo (Angelo et Alfredo Castiglioni, 1978) franchissent encore un palier supplémentaire dans l'indigence et l'indécence à tous crins.
Cette fois-ci, il n'est plus seulement question de cerner les us et les coutumes à travers le monde, mais de se polariser sur diverses lubricités et même des séquences de snuff animaliers.

Mais au moins, toutes ces pellicules transgressives ont pour velléité de dénoncer la paupérisation de l'Afrique et de son exploitation par le capitalisme. Corrélativement, le "Mondo" s'accointe et s'acoquine avec des productions truculentes et dénotatives. Ainsi, les villes de Paris et de Saint-Tropez seront vulgarisées à travers les caméras, peu en verve, de José Bénazéraf et Georges Cachoux via Saint-Tropez Interdit (1985) et de Jean-Louis van Belle avec l'inénarrable Paris Interdit (1969). Vous l'avez donc compris. Le "Mondo" reste avant tout du pur produit du cinéma underground et d'exploitation destiné à sustenter l'appétit pantagruélique d'un public peu exigeant en termes de qualités cinématographiques. Preuve en est avec Je Ne Suis Pas Un Monstre, aka I Am Not A Freak dans l'idiome de Shakespeare, et réalisé par la diligence (hum...) de Kirby Dick en 1987.

Dire que ce documentaire ("documenteur"...) profite de l'essor du "Mondo" pour exposer en vitrine des êtres totalement dissolus dans notre société tient du doux euphémisme. Evidemment, un tel shockumentary ne pouvait pas escarper bien longtemps à la plume affûtée de Cinéma Choc. Evidemment l'intitulé de ce documentaire, à savoir Je Ne Suis Pas Un Monstre (au cas où vous n'auriez pas suivi...), fait évidemment voeu d'allégeance au film Elephant Man (David Lynch, 1980), un drame dans lequel le héros infortuné (John Merrick) prononçait solennellement cette emphase dogmatique : "I'm not a animal ! I'm not an elephant ! I am a human being !" ("Je ne suis un animal ! Je ne suis pas un éléphant ! Je suis un être humain !"). Curieusement, le superbe long-métrage de David Lynch est souvent répertorié dans l'épouvante, voire le fantastique, alors que l'histoire de John Merrick est authentique.

Mieux, le film fait lui aussi voeu d'obédience à un autre chef d'oeuvre soyeux et sérénissime, Freaks - La Monstrueuse Parade (Tod Browning, 1932). Il est donc question ici d'êtres difformes, condamnés hélas à décrépir un jour ou l'autre de leur propre monstruosité... C'est d'ailleurs la question qui se pose en filigrane. Qui est le monstre ? Ces êtres informes et disgracieux ? Ou notre société qui a les rabroués, nargués, gourmandés et ridiculisés ? Pour l'anecdote superfétatoire, Tod Browning sera injustement taxé d'exploiter ces individus insolites lors du tournage de Freaks - La Monstrueuse Parade. Que dire alors de Kirby Dick avec Je Ne Suis Pas Un Monstre ?
Autant l'annoncer sans ambages. On tient sans doute là le ou l'un des "Mondo" les plus fallacieux et obséquieux jamais réalisés.

En l'occurrence, Je Ne Suis Pas Un Monstre n'est pas vraiment un "Mondo" dans la pure tradition du genre, mais plutôt un documentaire factieux et destiné à enjôler les spectateurs américains lors de sa diffusion à la télévision. En outre, Kirby Dick est loin d'être un noviciat dans l'industrie cinématographique puisqu'on lui doit Private Practices - The Story of a Sex Surrogate (1986), Sick - The Life and Death of Bob Flanagan, Supermasochist (1997), Chain Camera (2001), Twist of Faith (2004), Outrage (2009), Secret Wild Attic (2010), ou encore The Invisible War (2012). Mais trêve de palabres et de verbiages et revenons à l'exégèse de ce shockumentary.
Attention, SPOILERS ! Je ne suis pas un Monstre, soit I Am Not A Freak dans l'idiome de Shakespeare, est un shockumentary qui se polarise sur les "freaks", à savoir ces individus considérés comme hideux et monstrueux, mais qui appartiennent pourtant à notre société contemporaine.

Aujourd'hui, ces personnes à part entière ne sont plus ces individus pestiférés de jadis. Ils ne travaillent plus dans des cirques et ne sont plus exploités par de vils propriétaires. Ainsi, Je Ne Suis Pas Un Monstre conglomère les témoignages de ces personnes authentiques, tout en relatant leur mode de vie, ainsi que leurs relations avec leur famille et leur proche entourage. Que dire de plus sur ce shockumentary au mieux insipide ? Au mieux, on préférera se gausser devant de telles perniciosités. Ainsi, Je ne suis pas un monstre amalgame sans fard un homme atteint de la même maladie qu'Elephant Man, à savoir le syndrome de Cloves (une excroissance congénitale lipomateuse avec des malformations vasculaires), des soeurs et des frères siamois, un homme tronc, ou encore un jeune éphèbe (un certain Mickey...) atteint de la progéria (maladie génétique extrêmement rare qui provoque des changements physiques qui ressemblent fort à une sénescence accélérée de ceux qui en sont atteints).

Voyeuriste et condescendant, Je ne suis pas un monstre ne se contente pas seulement de filmer en gros plan les faciès tuméfiés de ses différents protagonistes. Leur vie quotidienne est ainsi exposée sans fard à l'écran. Par exemple, on assiste, médusés, à l'arrivée (remarquée...) de l'homme le plus petit du monde dans une salle de bowling. Sur ces entrefaites, I Am Not A Freak se polarise également sur les commentaires sentencieux de leur entourage, que ce soit la femme la plus grosse du monde, en passant par cet asiatique nanti d'une dentition au niveau de la cavité auditive. 
Est-il réellement opportun de s'appesantir plus lourdement sur ce programme soporifique ? La réponse est évidemment négative. Hélas, Je Ne Suis Pas Un Monstre démontre, derechef, que le "Mondo" ne recule devant aucune excentricité pour satisfaire l'appétit plantureux de son audimat. Certes, il serait sans doute aisé de fustiger et de vilipender ce documentaire pour ce qu'il est. Encore une fois, on préférera s'esclaffer devant ce genre de fadaise, qui suinte à la fois la vacuité et l'inanité. Pour le reste, on tient sans doute là l'un des films les plus idiots relatés dans les lignes et les rubriques malencontreuses de Cinéma Choc...

 

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver

03 février 2020

Justice League (Les Avengers peuvent dormir en paix)

justice league

Genre : science-fiction 
Année : 2017
Durée : 2 heures

Synopsis : Après avoir retrouvé foi en l'humanité, Bruce Wayne, inspiré par l'altruisme de Superman, sollicite l'aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d'une attaque apocalyptique…  


La critique :

Ce n'est un secret pour personne. Cela fait désormais deux décennies que les super-héros prolifèrent dans la sphère cinématographique. C'est sans aucun doute le premier X-Men (Bryan Singer, 2000) qui relance l'engouement et l'effervescence de l'audimat pour ces "hommes" (parfois des extraterrestres), subrepticement nantis de pouvoirs pharaoniques. Sur ces entrefaites, les firmes Marvel et DC Comics peuvent entamer les belligérances. Désormais évincé de la course pour le podium, DC Comics tente d'ébranler l'hégémonie rogue de Marvel dans l'univers galvaudé des super-héros. Peine perdue, une autre firme omnipotente, Walt Disney, a déjà préempté la saga Star Wars pour la soudoyer vers de nouvelles trilogies, séquelles et spin-off.
Un jour ou l'autre, elle aussi viendra s'immiscer dans cette série de rixes et de martialités.

Paradoxalement, ce tropisme pour les super-héros traduit aussi l'anomie de l'industrie hollywoodienne actuelle. Entre les films de super-héros qui pullulent à tous crins, les gros films d'action aseptisés, les reboots, les séquelles, les spin-off et les remakes (bis repetita), le blockbuster américain s'illustre surtout par ses productions exsangues et analogiques. Heureusement dans cette ribambelle de super-héros (et héroïnes...), on relève tout de même quelques pellicules soyeuses. Les thuriféraires du genre n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Spider-Man (Sam Raimi, 2002), Avengers (Joss Whedon, 2012), Iron Man (Jon Favreau, 2008), The Dark Knight - Le Chevalier Noir (Christopher Nolan, 2008), Les Gardiens de la Galaxie (James Gunn, 2014), Kick-Ass (Matthew Vaughn, 2010), Logan (James Mangold, 2017), Captain America - First Avenger (Joe Johnston, 2011), ou encore Hellboy (Guillermo Del Toro, 2004) par les blockbusters notables et éventuellement notoires.

ba399e87659dcaed499b0ca9d168320c

 

Mais un jour ou l'autre, tous ces super-héros devaient se liguer et se coaliser afin de vaincre des forces machiavéliques et ineffables. Ainsi, la franchise Avengers affichait des scores mirobolants au box-office américain et à travers le monde. Iron Man, Thor, Captain America, Hulk et d'autres trublions devaient se concerter pour empêcher notre planète dans le chaos et sous le joug d'extraterrestres guerroyeurs, le tout sous l'assentiment ingénu de l'Oncle Sam. Toujours la même antienne... Evidemment, une production telle que Justice League, réalisée par les soins de Zack Snyder en 2017, a pour velléité de faire ciller l'impérium des Avengers, et plus précisément le césarisme de Marvel sur l'univers des super-héros. La justice league est donc pur produit de DC Comics.
Cette fois-ci, cette collusion associe Batman, Flash, Aquaman, Wonder Woman et Cyborg afin de combattre les forces du mal.

On ne présente plus Zack Snyder. En l'espace d'une quinzaine d'années, le producteur, scénariste et cinéaste chevronné est devenu l'un des parangons du blockbuster américain. 
On lui doit notamment L'armée des morts (2004), 300 (2007), Watchmen - Les Gardiens (2009), Sucker Punch (2011), Man of Steel (2013), ou encore Batman V Superman - L'aube de la justice (2016). La genèse de Justice League remonte au milieu des années 2000, au moment du tournage de Superman Returns (Bryan Singer, 2006). A l'époque, les scénaristes aspirent déjà à adjoindre une équipe à l'homme d'acier. Malencontreusement, Superman Returns se solde par un fiasco commercial et le projet est finalement différé. Puis, Christopher Nolan commence à griffonner plusieurs scénarii.
Quoi qu'il advienne, il sera le grimaud de Justice League.

justice_league09_4_0

Le projet échoit entre les mains de Zack Snyder. Justice League sort sur nos écrans en 2017. Hélas, à l'instar de Superman Returns onze ans plus tôt, le long-métrage est un désastre commercial, tout du moins aux Etats-Unis. A l'étranger, Justice League se solde par des scores honorables. Une suite est alors envisagée, mais certains producteurs se montrent plutôt circonspects à l'idée d'itérer une nouvelle rebuffade commerciale. Même les critiques ne se montrent guère dithyrambiques et fustigent une production atone et inapte à revivifier un genre lui aussi moribond.
Surtout, Justice League souffre inévitablement de la métaphore avec la saga Avengers, une série beaucoup plus éloquente et luxuriante. Reste à savoir si Justice League est bel et bien la déconfiture annoncée.

Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de ce blockbuster plantureux (pléonasme !) se compose de Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Ezra Miller, Jason Momoa, Ray Fisher, Jeremy Irons, Connie Nielsen, Amy Admas, Diane Lane, J.K. Simmons, Ciaràn Hinds, Amber Heard et Joe Morton. Viennent également s'agréger les caméos de Robin Wright, Kevin Costner, Laurence Fishburne et Willem Dafoe. Justice League peut au moins s'enhardir de coaliser un casting sérénissime. Attention, SPOILERS ! Après avoir retrouvé foi en l'humanité, Bruce Wayne, inspiré par l'altruisme de Superman, sollicite l'aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite.

Justice-League-Ben-Affleck-Batman-Gal-Gadot-Wonder-Woman-F-780x438

Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d'une attaque apocalyptique… Autant l'annoncer sans ambages. Les Avengers peuvent dormir sereinement sur leurs deux esgourdes. Sur la forme, Justice League s'approxime à une sorte de vulgarisation crasse de son illustre antécesseur. Victime de son propre processus d'écriture, Justice League peine à mettre en exergue ses principaux protagonistes. Pour ce qui est des personnages secondaires, Aquaman en tête, ils sont expressément oblitérés.
Chaque rencontre d'infortune se déroule en toute hâte et élude tout enjeu dramatique et scénaristique. Flash passe pour une sorte d'histrion qui amalgame les facéties et les épigrammes.

Wonder Woman devient une justicière erratique qui finit par disparaître dans ce panorama sans relief. Batman est incarné par un Ben Affleck en mode apathique, visiblement encore encombré par ses kilos superflus. Mais la palme de l'indigence revient sans doute à Cyborg, dont la morphologie hideuse fait peine à voir à l'écran... Rarement, un blockbuster aussi opulent aura montré de telles carences. Même certaines images de synthèse sont approximatives et reflètent, bon gré mal gré, les innombrables défectuosités de ce blockbuster inconséquent. Alors que reste-t-il de Justice League ? Réponse : pas grand-chose, ou alors peu ou prou...
Si ce n'est que l'on relève parfois, çà et là, quelques fulgurations élusives. A condition de phagocyter le "bad guy" de service, un certain Steppenwolf. Ce dernier n'est pas le Thanos des deux derniers Avengers, loin de là. 
Il n'est pas cette figure antinomique ni ce grand prince belliqueux doté à la fois de robustesse, de paradoxes et de fringants oripeaux. Non, Justice League n'est pas ce "naveton" avarié et décrié par une presse un peu trop sarcastique. Mais le résultat final suinte le dilettantisme à plein nez. Zack Snyder ne s'en remettra pas, la ligue des justiciers non plus. On exhortera alors les studios à se dispenser d'une suite putative. Si le bilan final n'est pas forcément calamiteux, il s'en rapproche néanmoins allègrement...

 

 

Note : 06.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

02 février 2020

La Saison de la Terreur (Point de chute)

La_Saison_de_la_terreur

Genre : Drame, érotisme, pinku eiga (interdit aux - 16 ans)

Année : 1969

Durée : 1h18

 

Synopsis :

À la fin des années 60, au Japon, un étudiant est mis sur écoute, mais son comportement n'a rien de celui de l'activiste qu'on le soupçonne d'être.

 

La critique :

Contrairement à ce que certains peuvent penser, cela ne date pas seulement depuis quelques mois que Cinéma Choc s'est pris d'un sérieux intérêt pour l'un des réalisateurs japonais les plus sulfureux, en la personne de Koji Wakamatsu. Il faut remonter précisément au 26 novembre 2016, date où le pilier du blog Alice In Oliver, dans toute l'érudition que vous lui connaissez, nous présentait le très bon et mystérieux Les Anges Violés. Un titre qui mettait parfaitement en avant l'ambiance austère, métaphysique et complexe si singulière à son géniteur. Par la suite, il m'ait été donné de m'attaquer à ce que certains considèrent comme son chef d'oeuvre, j'ai nommé Quand l'Embryon part Braconner. Pour la petite information, c'est le premier métrage de lui que je visionnais pour un résultat au-dessus de toutes mes attentes. A ce moment-là, les billets concernant Wakamatsu se réduisaient à peau de chagrin et avec des intervalles extrêmement longs. Il y a quelques mois, je me disais qu'il ne serait pas plus mal de lui rendre hommage en chroniquant l'essentiel de son oeuvre à avoir été exploité de par chez nous.
Malheureusement, en comparaison de sa filmographie complète, ce qui nous est offert reste honteusement moindre. Mais bon, ne soyons pas défaitistes car j'ai encore en stock quatre films, or celui-ci, avant de clôturer cette passionnante rétrospective. 

En un temps assez court, nous sommes arrivés à ce que ce démiurge atteigne 12 billets à lui être consacré, faisant de ce cinéaste celui qui a suscité le plus d'attention de notre part (pour le nombre de commentaires, là c'est autre chose hélas...). C'est à La Saison de la Terreur de montrer le petit bout de son nez. Un autre cru peu mis en lumière, condamné à vivre dans l'ombre des grands classiques de son auteur sans qu'on ne lui accorde une attention similaire, à l'instar de Running In Madness, Dying In Love, Shinjuku Mad et La Femme qui Voulait Mourir qui, eux non plus, ne suscitent pas l'engouement alors qu'ils ont de solides arguments à revendre pour rivaliser avec les plus connus.
Il est lui aussi né en 1969, soit la même année que Va va Vierge pour la Deuxième Fois, La Vierge Violente et Naked Bullet. Une année prolifique en termes de créations qui ont mis les critiques d'accord sur le talent sans nul autre pareil du nippon sulfureux qui semait la provocation juste et habile. Wakamatsu était ce que l'on pourrait appeler un révolutionnaire défiant l'ordre établi, les choix discutables du gouvernement et se voulait être une sorte de représentant des mouvements populaires. Peu étonnant quand on voit ses convictions anarchistes et qu'il n'a jamais caché son intérêt pour la mouvance d'extrême gauche. 

La-Saison-de-la-terreur-3

ATTENTION SPOILERS : À la fin des années 60, au Japon, un étudiant est mis sur écoute, mais son comportement n'a rien de celui de l'activiste qu'on le soupçonne d'être.

Et comme l'on était en droit de s'en douter, La Saison de la Terreur est fidèle aux fondamentaux du genre avec un Wakamatsu toujours dans une optique de scénario simple, allant droit au but sans s'embarrasser des circonvolutions diverses et variées. La trame est tout ce qu'il y a de plus idiote. Deux policiers s'installent dans l'appartement d'une dame coopérant avec les services pro-gouvernementaux. Cet appartement se trouve en face de celui d'un jeune qui est soupçonné d'être un activiste impliqué dans l'incendie d'une ambassade, très certainement américaine. Il a été dénoncé par une personne capturée et voit son appartement être mis sur écoute par les deux flics chargés d'écouter ses conversations. L'objectif étant de recueillir suffisamment de preuves pour l'arrêter. Il va sans dire que l'on songe directement à l'excellent La Vie des Autres reposant sur le même principe. 
A voir si von Donnersmarck s'en est inspiré. Mais l'on songe aussi à Les Secrets derrière le Mur puisque l'histoire évolue aussi en vase clos dans une cité HLM terne et sans vie. Dans cette apocalypse sociale, le temps n'est qu'une composante sans intérêt. L'espoir semble être un rêve inaccessible. Arriver dans ce cloaque peut se traduire comme le point de chute. Et pour cause, la vie de cet étudiant n'est guère enviable. Il vit en concubinage avec deux filles et passe son temps à dormir, manger, se balader un petit peu dans la cité et surtout à forniquer abondamment. Rien d'autre qui ne se profile. Une vie fade et sans intérêt. Il n'y a ni activités, ni distractions. Pour passer le temps dans cette oppression constante, les personnes cherchent à s'évader dans le sexe.

Cette dimension érotique est dénuée d'envie charnelle. Elle apparaît comme une procédure mécanique sans émotions ou tout du moins comme un besoin élémentaire sans fond. La fornication est vide de sens, déshumanisée, désincarnée. Une succession de bacchanales sans plaisir amoureux. La politique rejoint vite cet état d'esprit, Wakamatsu ne s'étant jamais privé de tancer le capitalisme et de l'incorporer dans le rapport fusionnel des deux sexes opposés. La surconsommation infeste le sexe qui se voit devenir trivial, bestial, au lieu d'être sensuel et passionné. Le sexe rejoint l'état d'esprit de ces lieux de perdition : glacial. Tout cela est la résultante d'un contexte socio-économique défavorable pour les nouvelles générations voyant d'un très mauvais oeil la direction dans laquelle se dirige le Japon.
Outre la rancoeur tenace envers l'Oncle Sam à avoir causé des plaies béantes (cf Hiroshima et Nagasaki), ils dénoncent un pouvoir politique à la solde de ses anciens bourreaux pratiquant une ingérence malsaine, d'où la propagation insidieuse du capitalisme dans toutes les strates sociétales. Un pouvoir qui tend bien sûr à réprimer l'opposition par la force comme l'histoire nous l'a tristement démontré avec ses nombreux morts et blessés. Les deux policiers seront les représentants du gouvernement envoyés dans cette cité. 

La-Saison-de-la-terreur-6

Toutous utiles du système, ils défient ceux qui cherchent à conserver leur identité, leurs us et coutumes parasités par la mentalité américaine. Ils retranscrivent aussi par leurs paroles le célèbre adage "la fin justifie les moyens" car ils ont la possibilité légale de maltraiter physiquement un suspect pour le faire parler. Outre la prostitution du pouvoir nippon qui est dénoncée, il y a aussi ses travers antidémocratiques, sa surveillance orwellienne et son atteinte évidente à la liberté d'expression bridant l'émancipation de sa population. Pourtant, les deux policiers que l'on pense être en position de force finiront par sombrer indirectement dans la main de l'étudiant.
Constamment interpellés par son mode de vie hédoniste qui lui donne d'être taxé de raté, ils se plongent dans l'ennui de son existence, au point que leur propre rythme de vie en vient lui aussi à sombrer dans la vacuité, se calquant sur celui de leur cible. Le corps policier perd sa toute-puissance, prisonnier de leur suspect, pathétiquement rangé derrière un enregistreur à espérer obtenir ce qui leur permettra d'aboutir à leur jouissance suprême, leur raison de vivre : l'arrestation. 

Pourtant, il n'en sera rien puisqu'ils apprendront par la suite que leur homme est un ancien activiste qui a décidé de tourner le dos au combat. Il est devenu un fainéant qui a préféré accepter le fatalisme, un mode de vie vain influencé par une présence étrangère et hégémonique. Il a abdiqué, laissé son honneur de japonais de côté, ses valeurs fondamentales pour se prostrer chez lui. Il dénonce, en parallèle, les déviances des activistes dont les méthodes sont parfois hasardeuses, incertaines. Il faut repenser le combat mais ce n'est certainement pas en ayant son cul posé dans un lit et la b*te dans le vagin d'une demoiselle que l'on y arrivera. Pour mener à bien une révolution, il faut un plan de lutte, des idées claires, un programme, un schéma d'action.
D'un côté comme de l'autre, l'inaction est vitupérée tout comme les moyens peu convaincants. Dans tous les cas, ne rien faire amènera au plan final des drapeaux japonais et américains se confondant. Une métaphore de la perte d'identité nippone noyée dans l'idéal américain et, en toile de fond, effacé, le rapport sexuel qui, là aussi, perd sa substance et ses caractéristiques de jadis. Vous l'avez compris, La Saison de la Terreur, en l'espace de 78 minables minutes, parvient à traiter d'un grand nombre de thématiques tout en réussissant à nous captiver alors qu'il filme le néant, la nonchalance et l'immobilisme de la situation. Un état de fait qui ne sera pas partagé par tout un chacun car cela contribue accessoirement à sa difficulté d'accès beaucoup plus forte que pour ses autres métrages.

56258744

A une durée judicieuse qui ne fait en sorte de ne jamais installer l'ennui (mais tout est subjectif), nous pouvons compter sur l'habituelle beauté du noir et blanc made in Wakamatsu, qui est décidément ce qui se fait de mieux esthétiquement parlant. Le travail est toujours aussi beau avec les contrastes. Les décors sont réduits à leur plus simple expression. A l'exception des derniers moments où nous traversons une rue marchande et un final riche en symbolique, l'histoire se déroule exclusivement dans cette cité se traduisant comme une succession de blocs gris insipides et sans chaleur. Les pièces sont tout autant hostiles. On ne va pas se cacher que le noir et blanc permet d'amplifier la froideur des lieux. Au niveau du son, les musiques sont peu fréquentes mais s'insèrent toujours dans le style que nous connaissons tous à force de visionner ses oeuvres (industrielles, quelques consonances jazzy).
Et bon, la direction d'acteurs est toujours fidèle à ce que l'on voit dans les autres pellicules de Wakamatsu, soit indescriptible mais de qualité certaine. Citons Ken Yoshizawa, Yuko Ejima, Tomomi Sahara, Hiroshi Imaizumi, Mitsuru Kanda et Hitomi Suma. Casting minimaliste comme vous le voyez !

Une fois n'est pas coutume, Wakamatsu n'a de cesse de nous interpeller sur un passé révolu dans lequel il a évolué et qu'il parvient à traiter de manière à le rendre passionnant. Passionnant au point de vouloir courir à la première librairie du coin pour acheter un bouquin traitant du Japon de l'après Seconde Guerre Mondiale. Encore une fois, il ne fait que confirmer, sans trop de difficultés, sa propension à donner ses lettres de noblesse au pinku eiga, un genre vu comme désuet à notre époque mais si fascinant. La dimension érotique omniprésente n'empiète jamais sur la profondeur du scénario, ne se cachant jamais derrière un ersatz de script pour justifier des paires de nichons. Celle-ci est une partie importante, certes, mais non centrale d'une histoire palpitante accusant la direction idéologique du Japon tournant le dos à son histoire, sa force d'âme et son envergure nationale, risquant de devenir un état fantoche. Une accusation autant lancée à la face de révoltés étroits d'esprit que d'hommes passifs.
Même la condition féminine rétrograde est semoncée quand on voit cet étudiant infantilisé par ses deux femmes lui amener bière, journal et s'offrant machinalement à lui. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce très bon pinku eiga, injustement snobé, qui nous rappelle que dénaturer notre identité nationale pour un gloubi-boulga mondialisé sans culture et sans passé ne peut être que suicidaire pour la pérennité d'une nation et ce qu'elle a à offrir aux yeux du monde.

 

Note : 14,5/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

01 février 2020

Driller Killer (Présentation du film en vidéo par Le Quartier Interdit)

téléchargement (1)

Aujourd'hui, Cinéma Choc revient sur Driller killer (Abel Ferrara, 1979) via une présentation du film en vidéo par Le Quartier Interdit (Source : https://www.youtube.com/watch?v=hiODkCaRS2c&t=1s).