Cinéma Choc

13 décembre 2018

Bad Milo ! (L'incarnation du fion... et du subconscient !)

bad Milo !

Genre : horreur, comédie horrifique (interdit aux - 12 ans)
Année : 2013
Durée : 1h25

Synopsis : Coincé entre un boulot qui l'ennuie et sa famille qui le brime, Duncan est loin d'être heureux. Sa vie tourne carrément au cauchemar lorsqu'il est pris de douleurs intestinales aigües. Il s'avère bientôt qu'une bestiole immonde et ultra-violente est à l'origine de ses maux...  

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Top_30_Horreur_Comedie/156065 pour déceler le Top 30 des meilleures comédies horrifiques. Dans cette liste foisonnante et exhaustive, les thuriféraires de ce registre pittoresque et cinématographique ne seront pas surpris de stipuler des oeuvres telles que Braindead (Peter Jackson, 1992), Evil Dead 2 (Sam Raimi, 1987), Street Trash (Jim Muro, 1987), Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004), Le Jour de la Bête (Alex de la Iglesia, 1995), Re-Animator (Stuart Gordon, 1985), Le Retour des Morts-Vivants (Dan O'Bannon, 1985), Vampire, vous avez dit vampire ? (Tom Holland, 1985), Horribilis (James Gunn, 2006), ou encore Bad Taste (Peter Jackson, 1987) ; pour ne citer que ces exemples faramineux et sérénissimes.

Certes, Bad Milo !, réalisé par les soins de Jacob Vaughan en 2013, n'est pas mentionné dans cette liste certes captivante, mais finalement subjective. Pourtant, cette ixième comédie horrifique n'a rien à envier à une concurrence apoplectique, et surtout à l'aune de toutes ces hâbleries gore et cinématographiques qui pullulent via le support vidéo, notamment en termes d'irrévérence et de truculence. Il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm0891048/) pour trouver quelques informations élusives sur le cinéaste Jacob Vaughan.
Depuis ses débuts cinématographiques, le metteur en scène s'est montré plutôt timoré et a surtout officié dans des courts-métrages, entre autres Jesus of Judson (1996) et Pleasureland (2001), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. 

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En l'occurrence, Jacob Vaughan a officié, en tant que chef monteur et opérateur, au tournage d'Angel of Death (Paul Etheredge, 2009), une série du Web qui s'est taillée une solide réputation sur la Toile. Pour le reste, et vous vous en doutez, Bad Milo ! n'a évidemment pas bénéficié d'une exploitation dans les salles de cinéma. Ce long-métrage indépendant et impécunieux a donc logiquement écumé les festivals. C'est dans ce même contexte de séjours festivaliers qu'il s'érige une réputation de comédie horrifique peu ragoûtante et surtout obnubilée par les miasmes et les matières fécales.
Sur ce dernier point, un grand nombre de productions du même acabit se seraient fatalement enlisés dans le film lourdaud, potache, balourd et pétomane ; un écueil que Bad Milo ! élude avec une remarquable sagacité.

Mieux, le métrage est même parvenu à recueillir les plébiscites de critiques unanimement panégyriques en dépit d'un sujet pour le moins périlleux et alambiqué. Reste à savoir si Bad Milo ! mérite (ou non) ces concerts de louanges et de flagorneries.
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de cette production horrifique et indépendante se compose de Ken Marino, Gillian Jacobs, Stephen Root, Peter Stormare, Mary Kay Place, Patrick Warburton et Kumail Najiani. Attention, SPOILERS ! (1) Duncan est le résultat de notre société de surconsommation.
Coincé entre un travail monotone ou il est persécuté par son supérieur hiérarchique et une famille recomposée très particulière, notre héros approche le « burnout », ou dans le meilleur des cas une bonne vieille dépression. 

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Mais lorsque son chef lui impose de licencier massivement ses propres collègues de travail et que sa mère lui présente son nouveau petit ami bien plus jeune que lui, c'est là goutte d'eau qui fait déborder le séant. Déjà troublé par de douloureux troubles gastriques chroniques, il est maintenant surpris de voir sortir de son arrière-train une bête aussi immonde que violente. Duncan la nomme tendrement Milo. Ce monstre, tapi bien au fond du rectum de Duncan, n'est autre que l'expression directe de l'inconscient de son hôte. Ainsi, il exécutera les envies de meurtres inavoués de ce dernier et cela même s’il n'est pas d'accord (1). A l'aune de cette exégèse, les laudateurs du cinéma bis auront aisément subodoré l'hommage, ainsi que la déférence matoise envers les séries B gore et horrifiques des années 1980.
On songe invariablement aux films de Frank Henenlotter et en particulier à Basket Case - Frère de Sang (1982), ainsi qu'à Elmer le remue-méninges (1988).

Dans les deux cas, la créature spécieuse et protéiforme fait partie intégrante d'un héros en déveine, soudainement mutilé dans son propre corps et/ou atteint d'une nouvelle forme de dissociation mentale : la dysmorphophobie. Toutefois, avec Bad Milo !, Jacob Vaughan n'a pas de telles aspérités allégoriques ni psychanalytiques. Néanmoins, cette série B impétueuse n'est pas cette épigramme un peu débile que l'affiche et son concept ubuesque le laissent présager. Sincèrement, qui aurait pu gager sur ce monstre issu des cavités fécales et intestinales ?
Personne... Sauf Jacob Vaughan qui se gausse de Duncan, un vulgaire quidam subrepticement victime de ses propres déjections. Là où n'importe quelle production égrillarde aurait probablement cédé aux salacités et autres trivialités excrémentielles, Bad Milo ! se polarise, à contrario, sur la psyché en déliquescence de son personnage principal.

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Milo, cette créature issue du rectum, est à la fois l'incarnation du fion... et du subconscient ! Tel est le diagnostic médical et dogmatique du psychologue de Duncan. Cette impureté fallacieuse et carnassière synthétise à elle seule les furibonderies de cet homme malmené par une société capitaliste et consumériste. Hélas, les personnages humains se font prestement chiper la vedette par ce monstre fétide. Chacune de ces apparitions aboutit inéluctablement à une myriade de saynètes funambulesques et ponctuées par quelques effusions sanguinolentes.
Malicieux, Jacob Vaughan exploite son monstre méphitique à satiété, un peu trop peut-être. Néanmoins, les amateurs de badinages et de bouffonneries seront ici en terrain connu et quasiment conquis même si - encore une fois - Bad Milo ! élude l'écueil de la balourdise et de la fumisterie sur pellicule. Pour toutes ces raisons, ce genre de production insolite et iconoclaste mérite notre totale sympathie. Cependant, dans un genre peu ou prou analogue, on lui préférera amplement et justement la filmographie de Frank Henenlotter.
Contrairement aux apparences, Bad Milo ! se montre étrangement policé et aurait pu (aurait dû...) probablement s'immiscer vers davantage d'impertinence, de nihilisme et d'incongruité. Cette production désargentée s'adresse exclusivement aux amateurs les plus patentés du cinéma bis. Les autres clabauderont et maronneront sans doute à raison contre l'inanité et la vacuité de ce genre de pellicule.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.strange-movies.com/critique-bad-milo.html


12 décembre 2018

Mandy - 2018 ("Enterrez-moi bien profond !")

mandy 2018

Genre : horreur, gore, trash, inclassable, expérimental (interdit aux - 16 ans)
Année : 2018
Durée : 2h01

Synopsis : Pacific Northwest, 1983. Red Miller et Mandy Bloom mènent une existence paisible et empreinte d'amour. Quand leur refuge entouré de pinèdes est sauvagement détruit par les membres d'une secte dirigée par le sadique Jérémie Sand, Red est catapulté dans un voyage fantasmagorique marqué par la vengeance, le sang et le feu... 

La critique :

Lors de la chronique du film Beyond the Black Rainbow (Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2017/10/27/35802550.html), l'auteur Taratata évoquait, dans son érudition transie de panégyrisme, un cinéaste - Panos Cosmatos - à la fois influencé par l'univers de George Lucas première période (THX 1138 en 1971) et le style nébuleux, épars et alambiqué de David Lynch. En outre, le fils de George Cosmatos n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour la science-fiction, les trips psychédéliques et sensoriels, ainsi que pour le cinéma bis. Ce style, pour le moins dénotatif et iconoclaste, décontenançait les critiques les plus circonspectes pour, in fine, aboutir à une oeuvre surréaliste et inspirée par les rythmes étouffants et endiablés de la pataphysique. Vous l'avez donc compris. Via son style transgressif et parfois indolent, Panos Cosmatos était prié de retourner dans ses pénates et d'abandonner l'idée de flagorner, un jour ou l'autre, un plus large audimat, en particulier le petit monde hollywoodien.

Que soit. Panos Cosmatos n'a pas de telles velléités pécuniaires. A contrario, Beyond the Black Rainbow appâtait certains cinéphiles entichés. Ces derniers languissaient d'impatience à l'idée de retrouver Panos Cosmatos derrière sa seconde réalisation, sobrement intitulée Mandy, et sortie en 2018. Cette oeuvre s'acoquine derechef avec l'ésotérisme et courtise à la fois le cinéma d'horreur, le gore et l'expérimental via des couleurs rougeaudes et criardes. Il suffit de prendre l'affiche du film pour s'en rendre compte. Evidemment, Mandy n'a pas bénéficié d'une large exploitation dans les salles obscures, tout du moins dans nos contrées hexagonales.
Pour les thuriféraires de Panos Cosmatos ("Pan" Cosmatos pour les intimes...), le long-métrage est néanmoins disponible en streaming et via le support vidéo. 

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Cette production extravagante s'est surtout illustrée dans divers festivals, notamment à l'Etrange Festival, au festival international du film de Catalogne et en hors compétition lors du festival de Cannes en 2018. Dire que Mandy a effarouché l'intelligentsia lors sa projection cannoise est un doux euphémisme ! Le film arbore présomptueusement sa star principale et prééminente en la personne de Nicolas Cage. Depuis quelques années, l'acteur jadis populaire n'est justement plus cette égérie flamboyante du cinéma hollywoodien. L'acteur est désormais célèbre pour ses déboires fiscaux et son appétence compulsive à collectionner les voitures de luxe et les bandes dessinées.
Depuis la sortie de Ghost Rider 2 : l'esprit de vengeance (Mark Nerveldine et Brian Taylor, 2012), le comédien contristé sévit essentiellement dans des productions subsidiaires ; comprenez des "séries B".

Nicolas Cage a donc enchaîné les tournages et les pellicules subalternes, entre autres Tokarev (Paco Cabezas, 2014), La Sentinelle (Paul Shrader, 2014), Dog Eat Dog (Paul Shrader, 2016), Vengeance (Johnny Martin, 2017), ou encore Mom and Dad (Brian Taylor, 2017). L'acteur naguère tonitruant est méconnaissable et gage désormais pour des productions désargentées et indépendantes, un choix pour le moins déconcertant. Hormis le comédien, la distribution de Mandy se compose également d'Andrea Riseborough, Linus Roache, Bill Duke, Richard Brake, Ned Dennehy, Olwen Fouere, Sam Louwyck et Hayley Saywell. Pour le reste, Mandy n'a pas vraiment laissé un souvenir impérissable lors de ses séjours festivaliers. Si certaines critiques dithyrambiques couvrent le film d'éloges et de plébiscites, la plupart des saillies se montrent dubitatives et admonestent une pellicule qu'elles jugent au mieux prétentiarde et fastidieuse. 

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Reste à savoir si le film mérite de tels opprobres et de telles gémonies. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Attention, SPOILERS ! En 1983, un homme, Red Miller, vit avec sa petite amie artiste Mandy dans les bois dans le Nord-Ouest Pacifique, isolée du monde. Un jour, elle est attirée par Jeremiah Sand, un chanteur folk devenu le gourou d'une secte. Avec l'aide d'une bande de bikers, les Black Skulls, Sand la kidnappe mais Mandy, après s'être moquée de lui, est brûlée vive sous les yeux de Red impuissant. Ivre de vengeance, Red assemble un arsenal d'armes improbables pour se venger de Sand et de ses admirateurs. Mais, peu à peu, le monde se modifie et ressemble à une peinture de sa fiancée défunte... Aux frontières du réel, rien ne l'arrêtera pour mener sa vendetta.
Mandy, le film, c'est tout d'abord la promesse du retour inespéré de Nicolas Cage. 

Cela fait longtemps, trop longtemps que le comédien, désormais en désuétude, n'a plus brillé ni érigé son talent dans une production cinématographique, qu'elle soit dispendieuse ou à l'inverse, impécunieuse. Sur la forme, Mandy s'apparente à un maelström curieusement fuligineux entre l'univers dystopique de Mad Max (la frénésie en moins), le film post-apocalyptique adventice, l'ésotérisme d'un David Lynch, l'horreur bancal, la critique des dérives sectaires (finalement peu présente à l'écran) et la pure régression vindicative. Réaliser une oeuvre amphigourique et incompréhensible en espérant que le cinéphile émérite puisse éventuellement piger quelque chose, c'est bien quand on célèbre.
Pour "Pan" Cosmatos, c'est encore trop tôt. En s'échinant à réaliser à tout prix une sorte de salmigondis filmique, le cinéaste perd son casting, ainsi que son audimat en cours de route.

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Visiblement bien conscient de cette débâcle artistique aux tonalités gore et rougeoyantes, "Pan" Cosmatos mise arrogamment sur sa star principale. Certes, la performance frénétique de Nicolas Cage en époux effarouché ne manquera pas de ravir ses laudateurs originels. Hélas, le comédien n'est plus que la caricature de lui-même, certes à des années-lumière de ses délires capillaires de naguère. Au moins, ce dernier a l'ingénieuse idée de ne plus nous imposer ses coiffures hirsutes ni ses exaltations capillotractées. Maigre consolation. Hélas, la chimère est de courte durée.
Décrit comme un OFNI (objet filmique non identifié) et comme le film le plus échevelé de l'année 2018, Mandy est en réalité un film régressif qui se veut être à la fois grandiloquent, cérébral et conceptuel. Seul souci et pas des moindres, les carences, les tares et les approximations sont un peu trop ostensibles pour ne pas courroucer le cinéphile avisé.

"Enterrez-moi bien profond !" scande un Nicolas Cage agonisant et atrocement supplicié par des tortionnaires forcenés. "Pan" Cosmatos aurait dû ouïr les exhortations de sa star principale pour cesser ce véritable supplice cinématographique. On nous promettait un cinéaste (donc, "Pan" Cosmatos...) en devenir. Nous voici affublé d'un nouvel artisan du cinéma bis, pas plus talentueux - finalement - que n'importe quel quidam un peu tâcheron sur les bords... Pour le fils de George Cosmatos, la "Pan" est bien réelle et révèle toutes les failles, les incohérences et les impondérables de son style faussement irrévérencieux. Et ce Mandy synthétise à lui seul toutes les fêlures profondes du metteur en scène. Gageons seulement que ce dernier se relèvera de cette déconvenue artistique et commerciale pour davantage se polariser sur des pellicules un peu moins absconses.
A défaut de tenir le film le plus écervelé de 2018, on tient en fait le plus beau pétard mouillé de l'année.

Note : 07/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

11 décembre 2018

Le Déclin de l'Empire Américain (Variances du bonheur personnel)

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Genre : drame, comédie, comédie dramatique 
Année : 1987
Durée : 1h35

Synopsis : Tandis que Rémy, Pierre, Claude et Alain, professeurs à la faculté d'histoire, préparent un dîner de gourmets, leurs compagnes, Dominique, Louise, Diane et Danielle, s'entraînent dans un club de musculation esthétique. Les hommes discutent des femmes, les femmes discutent des hommes. De ces deux conversations jaillissent le mensonge d'une époque et la volonté pour chaque protagoniste d'un bonheur individuel sans arrêt bafoué.     

La critique :

Le cinéma comique et dramaturgique s'est toujours passionné et enthousiasmé pour tenter de disséminer toute la complexité des relations entre les hommes et les femmes ; que ce soit sous l'angle d'une béatitude inaccessible (Les Noces Rebelles, Sam Mendes, 2008), d'une thérapie conjugale qui dérive vers des fariboles et des révélations impromptues (Thérapie de couples, Peter Billingsley, 2009), d'un vulgaire canidé qui vient troubler les relations déjà houleuses entre un mari volage et son épouse débonnaire (Trésor, Claude Berri, 2009), ou encore de tumultes conjugales qui déclinent vers des réminiscences douloureuses, à la limite de la psychanalyse et de l'hébéphrénie mentale (Antichrist, Lars Von Trier, 2009). Vous l'avez donc compris.
Même s'ils ne boxent pas forcément dans le même registre, tous ces longs-métrages, qu'ils soient dramatiques ou funambulesques, psalmodient - bon gré mal gré - un discours sociologique.

Entre la fin des années 1960 et l'orée des années 1970, les relations entre les hommes et les femmes se sont complexifiées, voire délitées pour s'abandonner au divorce de masse et se souscrire au diktat de la famille recomposée ; soit le nouvel apanage du consumérisme forcené. Telle est l'une des rhétoriques favorites ânonnées par le film Le Déclin de l'Empire Américain, réalisé par les soins de Denys Arcand en 1987. L'aspect phénoménologique de ce métrage est une évidence, voire une lapalissade, mais le film de Denys Arcand mérite, de prime abord, une analyse sourcilleuse et précautionneuse, tant cette comédie dramatique est complexe, nébuleuse et amphigourique.
Denys Arcand est un auteur québécois, à la fois populaire dans son pays et chez l'Oncle Sam. Le cinéaste, producteur et scénariste est donc parvenu à s'expatrier en dehors de ses frontières. 

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Le metteur en scène se distingue, entre autres, par son style iconoclaste et par sa vision eschatologique du monde. Oui, contre toute attente, Le Déclin de l'Empire Américain est bel et bien une oeuvre sur la fin du monde, en tout cas une oeuvre sur la fin de notre civilisation occidentale ; thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. La carrière cinématographique de Denys Arcand démarre vers l'orée des années 1960. On lui doit notamment des films tels que La Maudite Galette (1972), La Tête de Normande St-Onge (1975), Jésus de Montréal (1989), Joyeux Calvaire (1996), Les Invasions Barbares (2003), ou encore L'Âge des Ténèbres (2007).
Les deux derniers film mentionnés sont les suites directes de Le Déclin de L'Empire Américain et forment donc un triptyque.

Autant l'annoncer sans ambages. Le Déclin de l'Empire Américain est une oeuvre adoubée, encensée et même adulée (à raison...) par une certaine intelligentsia. Les critiques extatiques ont parfaitement cerné les rouages (et les roueries) d'un tel film, peu enthousiaste à l'aune du devenir de notre civilisation occidentale. Mieux, Le Déclin de l'Empire Américain va même s'octroyer plusieurs récompenses éminentes, notamment le prix FIPRESCI de la critique internationale lors du festival de Cannes en 1986, le meilleur film canadien et le prix du public du lors du festival international du film de Toronto. La distribution du film se compose de Pierre Curzi, Rémy Girard, Yves Jacques, Daniel Brière, Dominique Michel, Louise Portal, Dorothée Berryman, Geneviève Rioux et Gabriel Arcand.
Attention, SPOILERS ! (1) 
En automne, dans la région de Montréal, quatre hommes (Rémy, Pierre, Claude et Alain) et quatre femmes (Dominique, Louise, Diane et Danielle), universitaires pour la plupart, se préparent à passer leur weekend dans la maison de campagne du couple Louise et Rémy.

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Pendant que les hommes préparent le repas à la maison, les femmes pratiquent leurs exercices dans le gigantesque centre sportif universitaire. Durant les heures qui précèdent leurs retrouvailles, ils discourent sur leur vie, notamment sur leurs mœurs sexuelles. Les mêmes événements, relatés par les hommes et par les femmes, diffèrent parfois au point qu'on ne sait pas où se trouve la vérité. Les discussions des huit personnages, entamées dès leurs retrouvailles, se poursuivent au cours de leur repas et jusqu'au petit matin, apportant leurs lots de réflexions, découvertes et révélations qui ébranleront la vie de certains d'entre eux (1). Le préambule de Le Déclin de l'Empire Américain débute sur la scansion d'un Engels dogmatique : "Au bout d'un moment, la quantité devient une qualité".
Pour Denys Arcand, cette décadence de notre civilisation occidentale se traduit, in fine, dans la dégradation des relations entre les hommes et les femmes.

Les années 1970 et l'avènement de l'eudémonisme ont signé la dernière absoute du Patriarcat, emportant les hommes vers le délabrement du désir qu'ils pouvaient susciter en des temps immémoriaux. L'homme n'est plus cet objet de fascination originelle et les femmes se regimbent - sciemment ou inconsciemment - contre cet étiolement sociologique, dont les hommes (encore eux !) sont entièrement responsables. Au bout d'un moment et surtout au bout de plusieurs décennies d'avilissement, cette sénescence masculine a pour écueil et corolaire de marquer le déclin d'un Empire jadis flamboyant, pourtant promis à dominer le monde entier. La vérité ?
Ce même empire, naguère hégémonique, est sur le point de péricliter... Car castré par ce monde hédoniste, l'arrivée du Sida et ce refus d'assumer cette part de machisme qui consiste - non pas à mépriser la gente féminine comme l'a décidé arbitrairement la doxa dominante, mais à affirmer sa part de virilité.

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Toutes ces thématiques sont abordées sans fard par un Denys Arcand amer, corrosif et décontenancé par tant de pusillanimité. Le cinéaste contristé traite ces divers didactismes tantôt sous l'angle de la dérision, tantôt sous une mélancolie ostentatoire, tantôt à travers différentes révélations qui vont ébranler certains protagonistes en résipiscence. Evidemment, certains contempteurs médusés ne manqueront de tancer et de vilipender - à juste titre - une oeuvre faconde qui s'appesantit largement sur les introspections et les logorrhées de ses personnages.
Toutefois, difficile de ne pas apprécier, voire de s'esclaffer avec un plaisir non dissimulé, devant les dialogues d'une rare truculence. Denys Arcand s'ébaudit de ses divers protagonistes et signe une oeuvre profondément misanthrope.

Aux yeux du réalisateur, il n'y a pas de vainqueur. Hommes et femmes sont les grands perdants de cette paupérisation de la société occidentale. Cette déliquescence est la résultante intrinsèque de la victoire de l'individualisme et des variances du bonheur personnel. Telle est l'assertion péremptoire d'une quinquagénaire cacographe qui a parfaitement cerné l'essence et la genèse de cette décrépitude. A travers certaines répliques jubilatoires, le spectateur avisé relèvera une rhétorique essentiellement sexuelle qui tourne autour de l'adultère, de la félonie, du saphisme et du sadomasochisme, tout en décryptant différents personnages à l'agonie. 
Ce pénis, autrefois turgescent et ithyphallique, n'est plus cet objet de fascination archaïque décrété par les civilisations gréco-romaines, mais à contrario, un objet qui s'est peu à peu affaissé au nom de l'égalitarisme à tous crins, sujet que Denys Arcand aborde avec une certaine frilosité. 
Il faudrait sans doute une analyse beaucoup plus vétilleuse pour décrypter, cerner et sonder toutes les finasseries disséminées par Le Déclin de l'Empire Américain. Indiscutablement, le film de Denys Arcand doit être apprécié dans son intégralité, ce qui impose de visionner le triptyque dans sa globalité.

 

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_D%C3%A9clin_de_l%27empire_am%C3%A9ricain

10 décembre 2018

Le Bestiaire de l'Horreur : Jason Voorhees (Saga Vendredi 13)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose de revenir sur l'un des plus célèbres boogeymen du slasher, j'ai nommé Jason Voorhees, le croquemitaine échévelé de la saga Vendredi 13 ; à travers une vidéo présentée par Azz l'épouvantail dans le cadre du bestiaire de l'horreur (Source : https://www.youtube.com/watch?v=bcpaG8cJkM8)

Extremities (La femme courroucée était en noir)

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Genre : thriller 
Année : 1986
Durée : 1h29

Synopsis : 

Marjorie est une jeune femme qui travaille dans un musée et vit avec deux amies colocataires, Pat et Terry à Los Angeles. En sortant d'un supermarché, et en rentrant dans sa voiture, elle est attaquée au couteau par un assaillant masqué, qui l'oblige à le toucher sexuellement. Marjorie parvient à s'échapper, mais son agresseur a pu récupérer son portefeuille qui contient sa carte d’identité. Elle va à la police mais on lui dit, qu'ils ne peuvent pas faire grand-chose. Une semaine plus tard, alors que les colocataires de Marjorie sont au travail, son cauchemar recommence lorsque son agresseur (nommé Joe) pénètre dans sa maison, ayant utilisé ses renseignements personnels pour savoir où elle habite. 

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Rape_Revenge_La_totale_par_ordre_Chronologique/300487 pour déceler la liste foisonnante et exhaustive (136 films répertoriés tout de même !) des longs-métrages se réclamant du rape and revenge. Si le film intitulé La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972) lance définitivement ce registre cinématographique vers l'orée des années 1970, le genre acte pourtant sa naissance bien des années plus tôt, en particulier vers le début des années 1960 via La Source (Ingmar Bergman, 1960). Des oeuvres telles que Les Chiens de Paille (Sam Peckinpah, 1971), La femme Scorpion (Shun'ya Itô, 1972), Elle S'Appelait Scorpion (Shun'ya Itô, 1972), Crime à Froid (Bo Arne Vibenius, 1974), La Traque (Serge Leroy, 1975), ou encore Week-End Sauvage (William Fruet, 1977) se chargeront d'ériger une âpreté et une misanthropie ostentatoires.

Jadis, la femme effarouchée et atrocement suppliciée était clouée au pilori d'une hégémonie exclusivement masculine, telle une phallocratie tyrannique. Ce didactisme se devait de permuter pour transposer ce syllogisme à priori irrépressible. Corrélativement, le succès triomphal et inopiné du rape and revenge coïncide, peu ou prou, avec l'avènement du féminisme dans une société hédoniste et consumériste. Hommes et femmes doivent désormais culminer ensemble et à égalité sur le même piédestal ; au grand dam d'une masculinité courroucée et qui accepte, sans barguigner, de perdre son hégémonie ainsi que son patriarcat. La plupart des rape and revenge s'acheminent sur la même dialectique éprise d'égalitarisme et d'impartialité à tous crins.
D'un côté, les hommes dominent arrogamment la gente féminine et se comportent comme des rustres nantis de satyriasis.

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De l'autre, la femme est perçue comme un être vulnérable et justement victime des roueries et des pulsions concupiscentes d'une phallocratie un peu trop outrecuidante. Or, cette omnipotence fantasmagorique se doit d'être véhiculée à travers un genre cinématographique souvent virulent et archétypal. Certes, Extremities, réalisé par les soins de Robert Milton Young en 1986, n'a pas vraiment pour velléité de mimer et de paraphraser des oeuvres aussi irrévérencieuses que Les Chiens de Paille ou le terrible Crime à Froid. Toutefois, ce thriller, mâtiné de huis clos, s'agence sur le même didactisme. En gros, comprenez que l'homme est à la fois un chasseur et un prédateur aux tendances libidineuses.
C'est cette même libido qu'il faut minorer, castrer, châtier, claustrer, épurer et éventuellement cisailler, pour le plus grand désarroi de ce bourreau insatiable et de surcroît manipulateur. 
A la fois cinéaste, scénariste et producteur américain, Robert Milton Young possède une filmographie plutôt prolifique, mais guère éloquente.

En outre, le metteur en scène a essentiellement officié derrière des téléfilms ou des feuilletons télévisés. Il serait parfaitement futile de les citer puisque ces oeuvres subsidiaires n'ont même pas bénéficié d'une exploitation dans nos contrées hexagonales. En l'occurrence, Extremities fait figure d'exception notable puisque le film reste le métrage le plus proverbial de Robert Milton Young. La distribution de ce thriller se compose de Farrah Fawcett, James Russo, Alfre Woodard, Diana Scarwid et Sandy Martin. Parmi ce casting plutôt condensé pour l'occasion, on retrouve donc la belle Farrah Fawcett, l'une des stars de la série Drôles de dames (1976).
La carrière de la comédienne émérite ne se résume pas seulement à une seule et unique série télévisée. L'actrice sera par ailleurs saluée par les critiques pour ses prestations cinéphiliques.

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Si son rôle dans Saturn 3 (Stanley Donen, 1980) ne laisse pas vraiment un souvenir indélébile, ses prestations dans Le Prédicateur (Robert Duvall, 1998) et Docteur T et les femmes (Robert Altmann, 2000) sont unanimement encensées par les critiques. La presse dithyrambique regrette même que la comédienne ne soit pas plus souvent employée dans le noble Septième Art. Justement, le film de Robert Milton Young (donc Extremities, au cas où vous n'auriez toujours pas compris...) a pour vocation d'ériger le talent de Farrah Fawcett aux yeux de l'Amérique et même sur la scène internationale. Ce n'est pas un hasard si l'affiche du long-métrage arbore la vénusté de l'actrice comme principal argument de vente. Par ailleurs, Farrah Fawcett sera nominée aux Golden Globes en 1987 pour son illustre performance dans ce thriller à la fois retors et machiavélique.

A l'origine, le métrage est aussi l'adaptation d'une pièce de théâtre de William Mastrosimone. Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! (1) Marjorie (Farrah Fawcett) est une jeune femme qui travaille dans un musée et vit avec deux amies colocataires, Pat et Terry à Los Angeles. En sortant d'un supermarché, et en rentrant dans sa voiture, elle est attaquée au couteau par un assaillant masqué, qui l'oblige à le toucher sexuellement. Marjorie parvient à s'échapper, mais son agresseur a pu récupérer son portefeuille qui contient sa carte d’identité.
Elle va à la police mais on lui dit, qu'ils ne peuvent pas faire grand-chose. Une semaine plus tard, alors que les colocataires de Marjorie sont au travail, son cauchemar recommence lorsque son agresseur (nommé Joe) pénètre dans sa maison, ayant utilisé ses renseignements personnels pour savoir où elle habite (1). 

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Certes, la presse spécialisée et les critiques ont bien eu raison d'encenser, d'adouber et même de déifier la performance magistrale de Farrah Fawcett dans ce thriller à couteaux tirés. On sent l'actrice totalement investie et habitée dans ce personnage de femme assaillie, puis courroucée par une sorte de maniaque et de forcené intarissable. L'agression phallique se segmente en plusieurs étapes bien distinctes. Dans un premier temps, Joe (donc le serial killer échevelé) tarabuste Marjorie. Cette dernière interpelle la police. Mais il faut que le criminel passe à l'acte pour que nos forces de sécurité puissent éventuellement se montrer un peu moins pusillanimes.
Puis, Joe agresse Marjorie dans son véhicule. La jeune femme échappe de peu au viol et se réfugie dans sa demeure opulente.

La menace du tueur en série reste prégnante. Fallacieux, ce dernier ne tarde pas à se manifester et pénètre dans la maisonnée. Mais la dialectique comminatoire tend à s'intervertir... Contre toute attente, Marjorie parvient à renverser son oppresseur et même à le maintenir en captivité. A partir de là, Extremities repose sur la confrontation entre une Farrah Fawcett atrabilaire et un prisonnier obséquieux qui tente, malhabilement, de sauver sa peau. Bientôt, Marjorie est assistée, puis secondée par Patricia et Terry, ses deux meilleures amies. Les trois femmes en déveine doivent décider arbitrairement du sort du violeur. Dès lors, le film perd subrepticement de sa tension et de sa sagacité pour se transmuter en un téléfilm factice et de facture conventionnelle.
La doxa portée et prodiguée par Extremities est habilement agencée. L'homme est un agresseur phallique dont les tendances érotomanes et scopophiles doivent être à tout prix jugulées.

La femme reste la victime béate et infortunée d'une Phallocratie absolutiste que notre société et justice ont décidée de défendre et de protéger. C'est même la raison pour laquelle les viols sont toujours aussi prépondérants dans notre société occidentale et contemporaine. On croit fabuler... Vous l'avez donc compris. Le message dissimulé par Extremities est plutôt éloquent. Le film se veut être le dévot docile de la vulgate dominante. A contrario, le métrage s'inscrit dans le sillage et le continuum de tous ces rape and revenge qui reposent, eux aussi, sur le même axiome autocratique. Seule dissimilitude, Extremities perd de sa fougue et de son impétuosité après une petite heure de bobine.
In fine, le métrage de Robert Milton Young souffre de la comparaison avec une concurrence apoplectique en la matière. Sans le duo formé par Farrah Fawcett et James Russo, ce métrage déguisé en téléfilm aurait prestement sombré dans les affres de la fastidiosité et de la désuétude.

Note : 10.5/20 

sparklehorse2 Alice In Oliver


09 décembre 2018

Cabin Fever - 2002 (Anamnèse de la fièvre noire)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2002
Durée : 1h34

Synopsis : Trois jeunes hommes et deux jeunes filles ont loué une cabane dans la forêt pour y fêter la fin de leurs études et profiter des derniers jours de liberté avant d'entrer dans le monde du travail. Mais la fiesta tourne au cauchemar quand un ermite infecté par un mystérieux virus fait son apparition. Les cinq jeunes gens vont devoir faire face à ce terrible virus qui dévore les chairs de ses victimes... 

La critique :

Désormais, tout le milieu artistique et cinéphilique connaît l'intempérance d'Eli Roth pour les grivoiseries et l'irrévérence. A la fois producteur, acteur, scénariste et réalisateur, Eli Roth n'a jamais caché sa dilection ni son effervescence pour le cinéma d'horreur. Ses références ? Toujours la même ritournelle... Enfant, Eli Roth s'égayait et s'enthousiasmait déjà devant toute une panoplie de séries B érubescentes, ainsi que pour toute une ribambelle de classiques sérénissimes, parmi lesquels on citera Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), Blood Feast (Herschell Gordon Lewis, 1963), Délivrance (John Boorman, 1972), Les Chiens de Paille (Sam Peckinpah, 1974), La Colline a des Yeux (Wes Craven, 1977), ou encore La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972).
Alors qu'il n'est qu'un jeune éphèbe, Eli Roth s'amuse déjà à tourmenter et à supplicier son propre frère via une toute première création artistique, Splatter on the Linoleum.

Vers le milieu des années 1990, il suit des cours de cinéma à l'université de New York. C'est dans ce contexte qu'il participe et confectionne plusieurs courts-métrages d'animation. Corrélativement, Eli Roth s'accointe et s'acoquine avec David Lynch. C'est à la même époque qu'il griffonne les premières lignes scénaristiques de Cabin Fever, mais le film ne sortira qu'en 2002. La trame narrative évolue au fil des années. En outre, Eli Roth est accablé depuis sa tendre enfance par des troubles inflammatoires de la peau, plus connus sous le nom de psoriasis.
De facto, ce tout premier long-métrage se pare d'une allégorie sur les écueils et les corolaires de la maladie en termes d'effroi, d'angoisse, de chronicité et de réverbération sur l'entourage. Sur le fond comme sur la forme, Cabin Fever s'apparente donc à un ixième film de contamination, dans la grande tradition d'un The Thing (John Carpenter, 1982).

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Hélas, et vous vous en doutez, la comparaison s'arrête bien là. On peut presque considérer cette série B horrifique et rutilante comme une oeuvre estudiantine, qui préfigure néanmoins le didactisme gore et égrillard d'Hostel (2006). A l'époque, beaucoup de thuriféraires louangent les qualités (entre autres de mise en scène) d'Eli Roth, ainsi que son goût immodéré pour l'outrecuidance. Certains d'entre eux font même preuve de prescience et lui prédisent une illustre carrière dans le petit monde étriqué d'Hollywood. Certes, par la suite, Eli Roth corroborera partiellement aux espoirs placés en lui avec Hostel - Chapitre 2 (2007) et The Green Inferno (2013), le remake de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980) ; avant de se fourvoyer dans des productions ineptes et stériles.
En l'occurrence, le metteur en scène désappointera ses laudateurs de longue date avec Knock Knock (2015) et Death Wish, le remake (encore une fois...) d'Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974).

Si encore une fois, Cabin Fever fait office de série B impécunieuse (pléonasme !), le long-métrage s'est pourtant octroyé le statut de film culte avec les années, au point de devenir une référence proéminente et populaire aux Etats-Unis. Un remake éponyme sera tourné par Travis Zariwny en 2016, toujours avec la complicité béate d'Eli Roth en tant que producteur. Deux suites, Cabin Fever : Spring Fever (Ti West, 2009) et Cabin Fever : Patient Zero (Kaare Andrews, 2012), seront également réalisées dans la foulée. Le phénomène engendré par Cabin Fever premier du nom n'est pas prêt de s'estomper, pour le plus grand désarroi de certains cinéphiles avisés et bien conscients de l'anomie du cinéma d'horreur actuel... Mais ceci est un autre sujet...
Nanti d'un budget d'un peu plus d'un million de dollars, Cabin Fever remportera le pactole et se distinguera dans divers festivals (entre autres, le festival de Gérardmer en 2003).

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Le film érigera le nom d'Eli Roth dans le monde entier et lui ouvrira définitivement les portes d'Hollywood. Reste à savoir si Cabin Fever premier du nom mérite (ou pas...) de figurer parmi le bréviaire des oeuvres horrifiques et référentielles. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Rider Strong, James DeBello, Jordan Ladd, Cerina Vincent, Joey Kern et Giuseppe Andrews. Pour l'anecdote futile, Eli Roth vient lui aussi s'agréger parmi les animosités en se parant des frusques dilacérés d'un toxicomane.
Attention, SPOILERS ! (1) Trois garçons (Paul, Bert et Jeff) et deux filles (Karen et Marcy) ont loué une cabane dans la forêt pour y fêter la fin de leurs études et profiter des derniers jours de liberté avant d'entrer dans le monde du travail.

Mais la fête tourne au cauchemar quand un ermite infecté par un mystérieux virus fait son apparition. Les cinq jeunes gens vont devoir faire face à ce terrible virus qui dévore les chairs de ses victimes (1). Autant l'annoncer sans ambages. Contrairement aux apparences matoises, Cabin Fever n'est pas cet uppercut décrié par certains amateurs un peu trop patentés. En vérité, le film porte le sceau d'Eli Roth et annonce, sans sourciller, le reste de la filmographie du cinéaste fougueux et tempétueux. Mais l'impertinence n'est pas toujours synonyme de qualité ni de bienséance, loin de là.
Ainsi, la première partie, un brin lénifiante, s'appesantit largement sur les divers protagonistes. 
Durant cette première demi-heure, Eli Roth n'élude pas les archétypes habituels en réitérant cette bonne vieille rhétorique estudiantine. 

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Il faudra, en outre, composer avec un jeune homme pusillanime entiché de la belle Marcy, d'un adulescent trublion et pétomane et d'un couple particulièrement libidineux. Nos héros d'infortune ne pourront escompter sur l'aide de personne, pas même la police représentée par un agent sévèrement imbibé. Dès lors, Cabin Fever bouffe un peu... beaucoup... énormément à tous les râteliers. Tour à tour, le film se nimbe d'un humour lourdaud et égrillard pour se transmuter à postériori en huis clos gore et horrifique. Eli Roth s'acheminera sur le même syllogisme lors du tournage d'Hostel... Et c'est bien dommage tant Cabin Fever arbore un véritable potentiel.
Le film n'est jamais aussi passionnant lorsqu'il se polarise sur sa fièvre noire et sur son anamnèse, recélant par instants quelques moments de frousse et de fulgurance savamment déployés à l'écran.

Seul bémol et pas des moindres, Eli Roth opte pour les goujateries et les fariboles estudiantines. Le cinéaste phagocyte sciemment sa contamination exponentielle et omet son scénario en cours de route. Dommage aussi que le cadre bucolique et aux tonalités rougeoyantes soit traité avec autant de parcimonie. Même en termes d'exactions et autres éructations glaireuses et sanguinolentes, Eli Roth se montre curieusement policé ; d'où un certain embarras lors du générique final, celui d'une oeuvre éparse, inachevée et révélant à la fois toutes les failles et les lacunes du metteur en scène.
Pourtant, nonobstant certaines subterfuges roublards, Cabin Fever n'en demeure pas moins une oeuvre plutôt sympathique et attachante, à condition de la visionner pour ce qu'elle est ; une série B horrifique et subsidiaire.

Note : 11.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

08 décembre 2018

Cube Zero (Géométries variables)

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Genre : science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 2004
Durée : 1h37

Synopsis : Eric Wynn est un homme respectable qui travaille pour une compagnie dont il croit tout connaître. Son travail : surveiller des gens prisonniers d'une sorte de Cube, prison métallique étrange. Mais quand une innocente se fait capturer et est enfermée dans le Cube, Eric commence à comprendre qu'il y a quelque chose qui se passe derrière ce que raconte la compagnie pour laquelle il travaille. Décidant de ne pas se laisser faire, Eric décide d'entrer lui-même dans le Cube, pour sauver le maximum de gens. Mais l'horreur ne commence pas à l'intérieur du Cube, mais à l'extérieur. Ceux qui épient sont épiés, et la fin n'est que le commencement...   

La critique :

Certaines sagas horrifiques et/ou science-fictionnelles peuvent s'enorgueillir de reposer sur un concept à la fois roublard et mutin. C'est par exemple le cas de Cube premier du nom, réalisé par les soins de Vincenzo Natali en 1997, un long-métrage sorti à priori de nulle part et qui claustre ses héros détentionnaires dans une prison cubique et aux géométries variables. Pour une raison obscure, nos protagonistes d'infortune ont perdu la mémoire et toute réminiscence de leur passé.
Pourquoi sont-ils enfermés dans cette prison technologique ? Quelle est la nature exacte de ce cube aux étranges circonvolutions ? Est-ce une ixième expérience du gouvernement qui fomenterait fallacieusement de savants complots ? Qui ou quoi se trouve à l'extérieur de cette prison cubique ? Existe-t-il par ailleurs une issue ou une façon de se sortir de ses coursives tortueuses et piégeuses ?

Autant de questions et d'introspections qui convient le spectateur médusé à réflexionner sur la condition humaine. Telle est la principale rhétorique de Cube. Matois, Vincenzo Natali propose un curieux jeu de piste qui tergiverse entre la dystopie carcérale, le thriller à couteaux tirés, l'anticipation, la science-fiction, l'horreur et évidemment le film de prison. Succès surprise et pharaonique oblige, le premier chapitre devait, de prime abord, se transmuter en diptyque via un inévitable Cube 2 : Hypercube (Andrzej Sekula, 2002). Si ce deuxième volet a au moins le mérite de se démarquer de son auguste devancier, il n'en reste pas moins fort décevant.
Certes, Andrzej Sekula exploite avec plus ou moins de méticulosité le thème des univers parallèles, ainsi que les paradigmes concomitants de la théorie des cordes et de la science quantique. 

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Seul écueil et pas des moindres, Cube 2 s'enlise parfois... souvent dans d'interminables facondes, noyant le film dans une métaphysique absconse. Cependant, en dépit de certaines tares et impondérables et à condition de faire preuve de magnanimité, Cube 2 : Hypercube constituait une série B passable, en tout cas encore dans la lignée et le continuum de son illustre épigone. Si Cube 2 n'a pas bénéficié d'une sortie dans les salles obscures, le film caracole parmi les premières places lors de son exploitation en vidéo. Aux yeux des producteurs, ce genre de pellicule impécunieuse s'apparente comme la nouvelle poule aux yeux d'or. Il suffit simplement de coaliser un casting d'acteurs inconnus (et qui le resteront) dans un décor d'apparence frugale et de proposer quelques pièges à priori perspicaces.
Il était donc logique que le diptyque se transmue, un jour ou l'autre, en triptyque avec Cube Zero, réalisé par les soins d'Ernie Barbarash en 2004.

Comme l'intitulé l'indique, Cube Zero a pour aspérité de sonder et de décrypter la genèse de cette prison cubique. Après l'enfermement énigmatique et forcé dans le premier volet, puis la théorie quantique pour le second chapitre, quelle didactique pouvait être encore explorée par ce troisième et ultime opus ? Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Autant l'annoncer sans ambages. Cube Zero pâtit d'une réputation désastreuse auprès des thuriféraires de la franchise.
En vérité, ces derniers n'avaient déjà pas spécialement apprécié les directions nébuleuses et spinescentes de Cube 2 : Hypercube. En l'occurrence, Ernie Barbarash a pour vocation de visiter et de prodiguer de plus amples explications sur ce qui se situe à l'extérieur du cube, comme si l'Allégorie de la Caverne de Platon dévoilait sans fard ses ombres énigmatiques et malfaisantes. 

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A fortiori, le concept est plutôt séduisant. Mais Ernie Barbarash est-il le metteur en scène idoine pour décrypter les mystérieux arcanes de la prison cubique ? On peut sérieusement en douter à l'aune de sa filmographie erratique. En outre, Cube Zero constitue sa toute première réalisation. A postériori, le cinéaste enchaînera avec Hypnose 2 (200), Evil Game (2007), Harwired (2009), Assassination Games (2011), ou encore 6 Bullets (2012). La distribution de Cube Zero ne risque pas de vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Zachary Bennett, Stephanie Moore, Michael Riley, Martin Roach et David Huband ; mais j'en doute...
Attention, SPOILERS ! Eric Wynn est un homme respectable qui travaille pour une compagnie dont il croit tout connaître.

Son travail : surveiller des gens prisonniers d'une sorte de Cube, prison métallique étrange. Mais quand une innocente se fait capturer et est enfermée dans le Cube, Eric commence à comprendre qu'il y a quelque chose qui se passe derrière ce que raconte la compagnie pour laquelle il travaille. Décidant de ne pas se laisser faire, Eric décide d'entrer lui-même dans le Cube, pour sauver le maximum de gens. Mais l'horreur ne commence pas à l'intérieur du Cube, mais à l'extérieur. Ceux qui épient sont épiés, et la fin n'est que le commencement... A l'aune de cette exégèse, on peut légitimement ergoter et ratiociner sur le concept de ce troisième volet en forme de préquelle.
Sur le fond comme sur la forme, pourquoi s'échiner à explorer les origines tendancieuses de la prison cubique ?

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De surcroît, Cube 2 : Hypercube avait laissé un sérieux goût d'amertume. Cube Zero est-il apte à rééditer la sagacité et la philosophie dystopique du film de Nimrod Antal ? Hélas, et vous vous en doutez, la réponse est plutôt négative. Au moins, Ernie Barbarash a le mérite de délaisser les théories métaphysiques et quantiques au profit d'une relecture moderne de l'expérience de soumission à l'autorité diligentée par Stanley Milgram en son temps. De facto, Ernie Babarash s'ingénie à métamorphoser l'Allégorie de la Caverne en une dystopie bureaucratique, un peu à la manière d'un George Orwell avec son célèbre opuscule, 1984. Hélas, la comparaison s'arrête bien là.
Certes, des cobayes amnésiques sont condamnés à écumer les dédales et les circonvolutions sinueuses d'une prison de haute technologie et probablement ourdie en catimini par le gouvernement.

Mais à l'extérieur de cette forteresse, se tapissent des techniciens vétilleux qui contrôlent, sans barguigner, les moindres faits et gestes des détenus. A l'instar des prisonniers, eux aussi ignorent la nature pernicieuse de cette infrastructure rigoriste et régentée par une mystérieuse oligarchie. Aux yeux d'Ernie Barbarash, l'Allégorie de la Caverne se doit donc de rester dans la pénombre. Contre toute attente, Cube Zero se montre plutôt pingre en termes de révélations inopinées alors que ce troisième chapitre reposait, ni plus ni moins, sur cette promesse chimérique.
Les techniciens sont à leur tour épiés par leurs propres subordonnés. Pour survivre, ils doivent eux aussi suivre certaines injonctions meurtrières sans sourciller. Certes, à priori, Cube Zero repose sur un concept plutôt sagace. En vérité, le désappointement provient surtout du manque d'étayage dans un scénario souvent prolixe et fastidieux. En sus, ce troisième chapitre souffre d'une mise en scène anomique et rébarbative à laquelle s'agrègent de nombreuses fautes de raccord. 
Le film tergiverse continûment entre le film d'horreur à la mode du torture porn, la série B factice et cette métaphore sur le conditionnement humain, sans véritablement apporter de réponse. 
Le prologue final, plutôt malhabile par ailleurs, finira de parachever ce sentiment de désarroi vis-à-vis d'une trilogie qui aurait dû se conclure dès le premier chapitre.

Note : 08/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

07 décembre 2018

Impitoyable (Renaissance d'une légende)

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Genre : western 
Année : 1992
Durée : 2h11

Synopsis : Kansas 1880. William Munny, redoutable hors-la-loi reconverti dans l'élevage va, à la demande d'un jeune tueur, reprendre du service pour venger une prostituée défigurée par un cow-boy sadique. 

La critique :

Il se suffit de se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleurs_westerns/427136 pour déceler la liste foisonnante et exhaustive des cent meilleurs westerns de toute l'histoire du cinéma. Evidemment, un tel top 100 reste subjectif. Les thuriféraires de ce registre cinématographique ne manqueront pas de stipuler des oeuvres telles que L'homme qui tua Liberty Valance (John Ford, 1962), La Prisonnière du Désert (John Ford, 1956), La Horde Sauvage (Sam Peckinpah, 1969), Il était une fois dans l'Ouest (Sergio Leone, 1969), Butch Cassidy et le Kid (George Roy Hill, 1969), Il était une fois la Révolution (Sergio Leone, 1971), ou encore Le Train Sifflera Trois Fois (Fred Zinnemann, 1952) parmi les classiques incontournables et sérénissimes.

Vient également s'agréger Impitoyable, réalisé par les soins de Clint Eastwood en 1992. Dans le précédent paragraphe, nous citions les westerns prépondérants et incontournables. En l'occurrence, Clint Eastwood peut s'enhardir d'avoir tourné avec plusieurs cinéastes éminents qui ont revisité les contrées parfois tuméfiées de l'Ouest. Rappelons que Clint Eastwood reste le héros anonyme ("l'homme sans nom") de la trilogie du Dollar (Pour une poignée de dollars en 1964, Et pour quelques dollars de plus en 1965 et Le bon, la brute et le truand en 1966).
C'est avec la collaboration et la complicité de Sergio Leone et de Don Siegel que Clint Eastwood va s'aguerrir à la fois devant et derrière la caméra. 
L'épreuve se conclut par une mention des plus honorables avec Un Frisson dans la Nuit (1971), un thriller à couteaux tirés qui surprend les critiques les plus circonspectes. 

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Le comédien n'est pas seulement le flic insatiable et vindicatif de L'Inspecteur Harry (Don Siegel, 1971), mais aussi un metteur en scène orfèvre qui porte un regard contristé et amer sur notre société moderne et contemporaine. Avant la sortie d'Impitoyable, Clint Eastwood a déjà signé plusieurs oeuvres notables et notoires, entre autres L'homme des hautes plaines (1973), Honkytonk Man (1982), Pale Rider, le cavalier solitaire (1985), Bird (1988), ou encore Le Maître de Guerre (1986). Mais, aux yeux de l'intelligentsia hollywoodienne, Clint Eastwood n'est pas encore ce réalisateur proéminent qu'il va devenir par la suite via Impitoyable.
Pourquoi de tels plébiscites envers ce long-métrage ? Pour mémoire, à l'orée des années 1990, le western est déjà un genre anomique qui a subrepticement disparu des écrans radars.

Le registre n'ameute plus les foules dans les salles et n'exhorte pas les producteurs à financer de nouveaux films putatifs. Autant l'annoncer sans ambages. Avec Impitoyable, Clint Eastwood sait qu'il ne ranimera pas le western de son absoute hélas infrangible. A contrario, l'acteur et réalisateur - pour l'occasion - aspire à signer un vibrant hommage à ses augustes mentors, soit à ceux qui ont couronné et édifié sa filmographie sémillante par le passé. De facto, Impitoyable se veut être une véritable révérence au cinéma de Sergio Leone et Don Siegel en général et à leurs westerns désenchantés en particulier. Adoubé, encensé, adulé et salué par les critiques unanimement panégyriques, Impitoyable va également s'arroger plusieurs récompenses prestigieuses, notamment les Oscars du meilleur réalisateur, du meilleur montage et du meilleur film ; ainsi que le Golden Globe de la meilleure réalisation (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Impitoyable).

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La distribution du long-métrage se compose de Clint Eastwood lui-même (donc, encore une fois, devant et derrière la caméra), Gene Hackman, Morgan Freeman, Richard Harris, Jaimz Woolvett, Frances Fisher, Saul Rubinek, Anna Thomson et Rob Campbell. Attention, SPOILERS ! (1) Un soir de beuverie, un cow-boy de passage taillade gratuitement le visage d'une prostituée. L'homme et l'ami qui l'accompagnait sont aussitôt interpellés par le shérif de la ville. Déçues par une sentence jugée inadaptée (les deux hommes s'en tireront avec une taxe à destination du gérant de l'hôtel de passe pour compenser la «marchandise» détériorée) les autres prostituées lancent une récompense pour la mort des deux hommes. William Munny, ancien tueur aujourd'hui rangé depuis le décès de son épouse, décide d'accomplir l'exécution avec son ancien associé Ned et un jeune pistolero (1).

Certes, à l'aune de ce synopsis, le spectateur candide n'y verra qu'un western désabusé et revendiquant, derechef, la vindicte d'un ancien criminel plus ou moins repenti. Pourtant, les apparences sont trompeuses et Clint Eastwood signe, contre toute attente, une oeuvre protéiforme qui louvoie entre la pure vendetta, le western désillusionné et une analyse amphigourique d'un Ouest sauvage en pleine permutation. En outre, l
a dialectique d'Impitoyable repose sur deux personnages antinomiques. D'un côté, William Munny symbolise tout ce que la populace de l'Ouest méprise, rabroue et répudie. Ce n'est pas un hasard si l'ancien bandit se tient à l'écart de toute société civilisée dans une ferme encore plus esseulée, néanmoins avec la complicité de sa propre progéniture.
Le décès de son épouse a signé le déclin de cette ancienne terreur de l'Ouest. Et c'est justement cette légende, à priori moribonde, qui va renaître étrangement de ses cendres. 

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N'oublions pas que l'histoire des Etats-Unis, souvent fantasmagorique par ailleurs, recèle de mythes, de cowboys et de voyous populaires qui ont contribué à façonner une Amérique jadis flamboyante ; tout du moins selon la doxa populaire. Désormais, l'Oncle Sam n'a plus besoin de ces héros chimériques, encore moins de ces cowboys qui s'empoignent pour quelques dollars ou se démanchent avec les indiens. Et c'est exactement ce que narre, bon gré mal gré, Impitoyable. De l'autre, le shérif "Little Bill Daggett" synthétise à lui tout seul cette loi retorse et obséquieuse qui abhorre et admoneste ces mythes fantasmatiques. Le shérif pernicieux n'exècre pas seulement William Munny pour ce qu'il représente, mais aussi ces tueurs à gages aux accents trop "british", ainsi que leur irrévérence envers les us et les coutumes de l'Amérique. L'infortuné English Bob paiera cher pour son outrecuidance.

Corrélativement, Wiliam Munny est un animal claudicant et blessé. Clint Eastwood aussi. Le comédien orfèvre n'est plus cette figure hiératique ni cette gloire tonitruante de naguère. Désormais, l'acteur chenu chute de son fidèle destrier et ne parvient même plus à tirer correctement avec un revolver. Que soit. Cet état de dysboulie sévère sera de courte durée. L'alcool viendra subrepticement s'immiscer dans les animosités et réveillera les instincts les plus primitifs. Au contact de modestes gourgandines et de prostituées atrocement défigurées, William Munny retrouvera ses réflexes immémoriaux de meurtrier et se transmutera, peu à peu, en un tueur sanguinaire.
L'ancienne légende est de retour... Au grand dam de Little Bill Daggett désarçonné par ces rémanences et ces réminiscences du passé.

Point d'expiation ni de rédemption dans Impitoyable. Clint Eastwood signe un western profondément misanthrope. Personne ne trouve grâce aux yeux du metteur en scène, ni la loi incarnée par Little Bill Daggett, ni la fourberie savamment déguisée et symbolisée par un William Munny en déliquescence. Le décès brutal de Ned Logan, le meilleur ami de William Munny, parachèvera cette impression d'inertie, mais révèlera à l'inverse une autre facette de l'Ouest. 
Ce dernier doit désormais permuter et péricliter pour conter et opacifier une nouvelle Amérique, celle du capitalisme et de la Révolution Industrielle. Indubitablement, un film tel qu'Impitoyable mériterait sans doute une analyse beaucoup plus précautionneuse. On comprend mieux pourquoi, avec les années, cette oeuvre putride et méphitique s'est octroyée le statut de classique du noble Septième Art.

Note : 18/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=764

06 décembre 2018

Le Bestiaire de l'Horreur : Freddy Krueger (A nightmare on Elm Street)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose de revenir sur l'une des figures les plus emblématiques du cinéma d'horreur et en particulier sur Freddy Krueger, le boogeyman de la saga A Nightmare On Elm Street ; à travers une vidéo publiée par Azz l'épouvantail dans le cadre de l'émission "Le Bestiaire de l'horreur" (Source : https://www.youtube.com/watch?v=IA5QloeQ0Cs)

La Chute - 2004 (Berlin en première ligne)

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Genre : drame, historique, guerre 
Année : 2004
Durée : 2h30

Synopsis : Berlin, avril 1945. Le IIIe Reich agonise. Les combats font rage dans les rues de la capitale. Hitler, accompagné de ses généraux et de ses plus proches partisans, s'est réfugié dans son bunker, situé dans les jardins de la Chancellerie. A ses côtés, Traudl Junge, la secrétaire particulière du Führer, refuse de l'abandonner. Tandis qu'à l'extérieur la situation se dégrade, Hitler vit ses dernières heures et la chute du régime.      

La critique :

Certes, à juste titre, Adolf Hitler est souvent considéré comme l'incarnation du mal absolu et le dictateur le plus tristement populaire de l'Histoire de l'Humanité. Paradoxalement, même les historiens les plus érudits ont toutes les peines du monde à cerner sa véritable personnalité. Souvent considéré comme un maniaque, voire un paranoïaque sadique et responsable (entre autres) de l'extermination massive de plus de six millions de Juifs, le monstre tyrannique est finalement assez complexe à décrypter. Par exemple, on ignore les relations qu'il entretenait avec ses parents, ainsi que son enfance.
Même ses années estudiantines restent, encore aujourd'hui, nimbées par certains mystères ineffables. Qui était vraiment Adolf Hitler ? Quels sont les ressorts moraux, psychologiques et idéologiques qui ont conduit ce leader autocratique à appliquer, sans fard, la Solution Finale ?

Evidemment, sa personnalité ne pouvait pas échapper au noble Septième Art. Plusieurs longs-métrages et même des téléfilms tenteront d'appréhender et de discerner, tantôt sous l'angle historique, tantôt sous l'angle de la personnologie, tantôt (encore) sous l'angle de la truculence le personnage d'Adolf Hitler. Les cinéphiles les plus avisés ne manqueront pas de stipuler des oeuvres telles que Les dix derniers jours d'Hitler (Ennio De Concini, 1973), Max (Menno Meyjes, 2003), Le Triomphe de la Volonté (Leni Riefenstahl, 1935), Mein Kampf (Urs Odermatt, 2009), Le Dictateur (Charlie Chaplin, 1940), ou encore Hitler : la naissance du mal (Christian Duguay, 2003).
Vient également s'agréger La Chute, réalisée par les soins d'Oliver Hirschbiegel en 2004. A l'instar de Les dix derniers jours d'Hitler, La Chute se polarise sur les événements circonstanciels qui ont conduit Hitler à mettre fin à ses jours et à disperser ses cendres pour ne laisser aucune trace de son corps.

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La requête du dictateur sera ouïe par ses propres prosélytes qui s'attèleront doctement à la tâche. Sur ce dernier point, la mort d'Hitler est encore sujette à polémique. Les théories conspirationnistes évoquent, de façon coutumière, de savants complots ourdis par Staline et ses ouailles. Or, pour les historiens les plus férus de cette sinistre période, les témoignages sont suffisamment éloquents pour attester du suicide, puis de l'immolation d'Hitler ; ce qui explique pourquoi personne n'a retrouvé son corps, à l'exception de quelques dents qui ont miraculeusement survécu à ce carnage.
Mais La Chute n'a pas vraiment pour velléité de discutailler ni d'ergoter sur cette polémique futile et stérile. En outre, le film d'Oliver Hirschbiegel opte clairement pour la thèse historique et donc pour la mort d'Adolf Hitler par suicide.

A l'origine, La Chute est l'adaptation libre d'un opuscule, Der Untergang: Hitler und das Ende des Dritten Reiches de Joachim Fest, basé sur les mémoires de Traudl Junge et Melissa Müller (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chute_(film,_2004). Au moment de sa sortie, La Chute n'échappe pas aux quolibets ni aux saillies rédhibitoires d'une certaine intelligentsia. Cette dernière invective le film d'Oliver Hirschbiegel pour ses bienséances et sa magnanimité surprenante à l'égard de la personne d'Adolf Hitler. Pour ces mêmes critiques, la personnalité d'Hitler manque de finauderie. En l'occurrence, ce dernier serait (un verbe à mettre au conditionnel...) presque traité comme un être humain lambda et à part entière. Même l'aspect historique manquerait à priori de finasserie et de subtilité puisque les crimes contre l'Humanité (entre autres) ne seraient même pas évoqués... 

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Reste à savoir si La Chute mérite (ou non) de telles acrimonies. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara, Corinna Harfouch, Ulrich Matthes, Julianne Köhler, Heino Ferch, Christian Berkel, Matthias Habich, Thomas Kretschmann, Michael Mendl et André Hennicke. Attention, SPOILERS ! Berlin, avril 1945. Le IIIe Reich agonise. Les combats font rage dans les rues de la capitale. Hitler, accompagné de ses généraux et de ses plus proches partisans, s'est réfugié dans son bunker, situé dans les jardins de la Chancellerie. A ses côtés, Traudl Junge, la secrétaire particulière du Führer, refuse de l'abandonner.
Tandis qu'à l'extérieur la situation se dégrade, Hitler vit ses dernières heures et la chute du régime. A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas s'égayer, voire de s'enthousiasmer pour ce pan historique aussi apocalyptique que captivant.

Après douze années de domination en Europe, le nazisme est sur le point de péricliter et son leader absolutiste avec. Adolf Hitler ne souhaite pas que son corps putrescent et moribond soit ramassé, pendu puis éparpillé par les Soviétiques. Benito Mussolini, un idéologue italien, lui aussi transi de fascisme et de xénophobie a fini les deux pieds en l'air, exposé et humilié devant la populace. Adolf Hitler veut éviter une fin aussi calamiteuse et surtout exhorter le reste de la population berlinoise à défendre, bec et ongles, une capitale allemande chaotique et condamnée à faillir sous les bombes et les assauts répétés de l'Armée Rouge. Mais Hitler n'en a cure.
Si le chef despotique doit tomber, Berlin et l'Allemagne doivent à leur tour suivre le même fatum fatidique. Pour le leader oppresseur, c'est le rêve d'un Empire - Germania - qui s'écroule. 

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Le tyran rêvait de bâtir un nouvel Empire de Rome et d'édifier l'aryanisation de la race à son firmament. Hélas, toutes ces thématiques historiques, étatiques, politiques et idéologiques sont curieusement éludées par un Oliver Hirschbiegel un peu trop lapidaire. Rappelons que ce dernier reste aussi le réalisateur d'Invasion (2007) et de Diana (2013)... Pourquoi diantre avoir choisi pour un cinéaste aussi peu flamboyant pour décrypter le portrait d'un Adolf Hitler en sévère décrépitude ? Telle est la question qui suinte lors du générique final de cette dramaturgie historique sans relief.
Certes, la performance de Bruno Ganz, absolument bluffant et éblouissant sous les frusques décharnés du Führer, permettra de phagocyter l'inanité de cette production de facture conventionnelle. Certes, la mise en scène est plutôt soignée, un peu trop clinquante peut-être...

Un comble pour un long-métrage censé représenter l'une des périodes les plus ténébreuses de la Seconde Guerre mondiale. Pis, le huis clos se transmute subrepticement en partie d'agapes et de priapées. Certes, on subodore aisément le propos d'un Oliver Hirschbiegel curieusement policé et pusillanime. Ces festivités inopinées et plantureuses témoignent, in fine, de la fin d'un régime et d'une oligarchie qui refuse de voir et de comprendre l'ignominie de ses crimes. Hélas, encore une fois, l'approche manque de discernement et de probité. De facto, une autre question doit aussi se poser.
Est-il possible de cerner et d'appréhender la figure hégémonique d'Adolf Hitler sans se fourvoyer dans les archétypes habituels, ou encore dans une production absconse et qui souffre d'une réelle probité historique ? Indubitablement, Oliver Hirschbiegel n'est pas le cinéaste idoine pour porter une personnalité aussi complexe sur grand écran. 
Sans l'immense performance de Bruno Ganz, qui mime merveilleusement les trémolos frénétiques d'Adolf Hitler, La Chute serait - en outre - bien réelle, non pas pour le dictateur tristement notoire, mais pour le film lui-même. Ne serait-ce que pour Bruno Ganz, le métrage mérite la moyenne. C'est déjà très (trop ?) miséricordieux...

Note : 10/20 

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05 décembre 2018

The Stuff (Le yaourt nous tuera tous !)

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans avec avertissement)
Année : 1985
Durée : 1h33

Synopsis : Le Stuff est un yaourt très apprécié des américains. En réalité ce yaourt est composé de produits extraterrestres qui entraînent chez les consommateurs une dépendance qui va jusqu'à les transformer peu à peu en ectoplasmes. Une société de yaourts concurrente, engage un agent du FBI afin de comprendre pourquoi le Stuff fonctionne si bien, ce que celui-ci va trouver s'avère être bien étonnant...  

La critique :

Indubitablement, les années 1980 restent une décennie prolifique et plutôt bienséante en termes de productions horrifiques, qu'elles soient ambitieuses (The Thing, John Carpenter, 1982), effroyables (Shining, Stanley Kubrick, 1980), dispendieuses (Aliens : le retour, James Cameron, 1986), ou encore cérémonieuses (La Mouche, David Cronenberg, 1986). Corrélativement, les années 1980 permettent également à certaines séries B horrifiques d'affirmer et d'affiner leurs aspérités truculentes. Impression corroborée par Evil Dead (Sam Raimi, 1981), Evil Dead 2 (Sam Raimi, 1987) et l'avènement du slasher (Massacre au camp d'été, Robert Hiltzik, 1983).
Stuart Gordon avalise son tour ce goût immodéré pour le gore et l'irrévérence avec l'inénarrable Re-Animator en 1985.

D'autres bisseries désargentées disséminent elles aussi leur omnipotence dans les rayons étriqués des vidéoclubs. Les thuriféraires du genre citeront aisément Le Retour des Morts-Vivants (Dan O'Bannon, 1985), Basket Case (Frank Henenlotter, 1982), Maniac Cop (William Lustig, 1988), Prince des Ténèbres (John Carpenter, 1987), Hurlements (Joe Dante, 1981), ou encore Street Trash (James Michael Muro, 1987) parmi les pellicules les plus proverbiales. Vous l'avez donc compris. Les années 1980 coalisent à elles seules démonologie, paranormal, croquemitaines écervelés et zombies décrépits pour le plus grand bonheur des adulateurs extatiques.
Indiscutablement, The Stuff, réalisé par les soins de Larry Cohen en 1985, vient lui aussi s'agréger dans ce gigantesque bréviaire.

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Par ses gaudrioles, son discours politique et/ou idéologique et ses extravagances protéiformes, The Stuff est souvent comparé au remake éponyme de Le Blob (Chuck Russell, 1988), une autre référence du cinéma bis horrifique. Les amateurs décèlent également certaines accointances avec La Mouche, The Thing et L'Invasion des Profanateurs (Philip Kaufman, 1978). En outre, le nom de Larry Cohen rime invariablement avec le cinéma bis. Le metteur en scène, producteur et scénariste américain émérite est notamment célèbre pour être le démiurge de la série Les Envahisseurs (1967 - 1968). Mais Larry Cohen est aussi le réalisateur de Le Monstre est Vivant (1974), Meurtres Sous Contrôle (1976), Les Monstres sont toujours Vivants (1979), Epouvante sur New-York (1982), La Vengeance des Monstres (1987), ou encore L'Ambulance (1990).

Vous l'avez donc compris. The Stuff appartient à la catégorie des classiques du cinéma bis. Si le long-métrage s'est aisément inscrit dans la culture populaire aux Etats-Unis, le succès du film reste à l'inverse assez élusif, voire mineur, dans nos contrées hexagonales. Pour quelle raison ? Difficile de répondre avec une certaine minutie. En l'occurrence, le métrage a probablement souffert d'une certaine obsolescence avec le poids des années. A contrario, on pourrait réitérer cette même ritournelle à ses concurrents apoplectiques. La distribution de The Stuff se compose de Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Paul Sorvino, Danny Aiello et Patrick O'Neal.
Viennent également s'additionner - mais dans des rôles subsidiaires - Brooke Adams, Patrick Dempsey et Brian Bloom.

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Attention, SPOILERS ! (1) Un homme découvre une substance crémeuse au goût succulent semblant jaillir du sol et qui déclenche une addiction chez ceux qui la consomment. Bientôt le produit, baptisé « The Stuff », est commercialisé à travers tout le pays, déclenchant une frénésie telle que certains finissent par ne plus se nourrir que de l'étrange substance. Plusieurs citoyens, pressentant le danger pour la population, tentent d'éradiquer le produit. Parmi eux, David Rutherford, un espion industriel grassement payé par la concurrence pour découvrir le secret de la recette du « Stuff », ainsi que Jason, un jeune garçon qui refuse de goûter à la substance depuis qu'il l'a vue bouger toute seule dans son frigo (1).
A l'aune de cette exégèse et des précédents chapitres évoqués dans cette chronique, le spectateur avisé aura aisément subodoré la petitesse du budget du film.

En l'occurrence, Larry Cohen doit composer avec un budget anémique de deux millions de dollars, une paupérisation ostentatoire qui se ressent tout au long de The Stuff et de ses trucages en plastique dégoulinant de couleurs d'albâtre. Par son refus de verser dans l'excès d'hémoglobine et par cette volonté farouche d'afficher des couleurs opalescentes, The Stuff n'est pas sans rappeler Street Trash, par ailleurs réalisé deux ans plus tard. A contrario, The Stuff se montre plutôt philanthrope lorsqu'il s'agit de métamorphoser des Américains lambdas en des êtres dégoulinant de substances blanchâtres et gélatineuses. Dès lors, difficile de minorer l'impact, voire la proéminence, de The Stuff sur les amateurs du cinéma bis de l'époque. D'autant plus que le métrage se pare d'une introspection - certes lapidaire - sur l'industrie agroalimentaire et, en particulier, la malbouffe.

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Larry Cohen abhorre et admoneste une Amérique qu'il juge atone, amorphe, pusillanime et rattrapée par ses réflexes consuméristes. Sur le fond, The Stuff s'apparente donc à une parabole, voire à une hyperbole, d'un hédonisme ad nauseam que plus personne ne sera capable de juguler dans les années, voire les décennies à venir. Larry Cohen joue donc les vaticinateurs avisés avec plus ou moins de sagacité. De facto, difficile de croire à cette vague historiette d'espion industriel qui parvient à dénoncer et même à réfréner les ardeurs plantureuses d'un capitalisme globalisé et exponentiel.
A contrario, la recette ânonnée par Larry Cohen fonctionne sur la durée (à peine une heure et demie de bobine) élusive de cette pellicule impécunieuse. Le cinéaste se montre suffisamment magnanime pour que le spectateur hagard puisse adhérer à cette production éparse, paradoxalement victime de son propre concept. Curieusement, The Stuff ressemble, presque trait pour trait, à la doxa eudémoniste qu'il rabroue, répudie et gourmande en permanence. Chronique succincte aujourd'hui, mais sincèrement, je ne vois pas quoi dire de plus sur ce film.

Note : 12.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Stuff

04 décembre 2018

The ABCs Of Death (L'alphabet élégiaque de la mort)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2012
Durée : 2h03

Synopsis : 26 réalisateurs, 26 façons de mourir. 26 cinéastes proposent 26 courts métrages horrifiques, développés à partir de chacune des 26 lettres de l'alphabet. 

La critique :

Il serait sans doute un peu ridicule de recenser tous les films d'horreur qui traitent, avec peu ou prou de finauderie, la thématique de la mort, une dialectique peu enjouée, il faut bien le reconnaître... Les thuriféraires du cinéma trash en général et du Mondo en particulier ne manqueront pas de stipuler un long-métrage tel que Faces of Death (John Alan Schwartz, 1978), une oeuvre véhémente, putride et brutale qui scénarise la Faucheuse au cinéma. L'affiche érubescente du film nous promet béatement des morts bien réelles et flagorne, de facto, l'oeil scoptophile du spectateur transmuté en consommateur ingénu. Suicides, accidents routiers, exécutions sadiques, tortures orchestrées par une secte satanique célébrant la fin prochaine du monde...
Le film de John Alan Schwartz ne fait pas vraiment dans la dentelle et se veut être un véritable panorama magnanime en termes d'ignominies et d'exactions déversées béatement à l'écran.

A juste titre, Faces of Death écope de l'ultime réprobation via une interdiction aux moins de 18 ans. Le métrage est même banni et honni dans de nombreux pays, battant arrogamment le record d'interdiction à travers le monde. Pourtant, toutes les saynètes virulentes et sanguinolentes sont factices et sont tournées par des acteurs amateurs, parfois par John Alan Schwartz lui-même. Mais cette oeuvre censurée et maudite (tout du moins, au moment de sa sortie) a laissé derrière elle un souvenir hélas indélébile et va influencer plusieurs générations de films et de cinéastes.
Pendant plusieurs années, Eli Roth, le réalisateur de Cabin Fever (2002) et Hostel (2006) - entre autres, évoquera l'idée de signer un remake, avant de s'atteler, in fine, au tournage de The Green Inferno (2013), une version édulcorée de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980).

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Durant le tournage du film à sketches intitulé The ABCs of Death, sorti en 2012, plusieurs cinéastes éminents se réclameront justement de Faces of Death à travers ce nouvel attrait cinématographique pour la mort et ses diverses circonvolutions putrescentes. Mais l'objectif initial n'est pas de réaliser une oeuvre méphitique et aux tonalités mortuaires, soit un "death movie" pour arborer un terme beaucoup plus péjoratif ; mais de s'ébaudir de la Faucheuse quand elle survient inopinément. The ABCs of Death se compose donc de 26 segments, soit de 26 courts-métrages, tous étant réalisés par un metteur en scène différent. La liste des convives coalise plusieurs noms prédominants du cinéma d'horreur. Kaare Andrews, Angela Bettis, Ernesto Diaz Espinoza, Jason Eisener, Hélène Cattet, Bruno Forzani, Adrian Garcia Bogliano, Xavier Gens, Lee Hardcastle, Jorge Michel Grau, Noboru Iguchi, Thomas Malling, Anders Morgenthaler, Yoshihrio Nishimura, Banjong Pisathanakun, Simon Rumley, Marcel Sarmiento, Jon Schnepp, Srdjan Spasojevic, Timo Tjahjanto, Andrew Traucki, Nacho Vigalondo, Jake West, Ti West, Ben Wheatley, Adam Wingard et Yudai Yamaguchi font donc partie des précieux conviviats.

Dès lors, inutile de préciser que The ABCs of Death est un projet ambitieux qui a recueilli les acclamations et les vivats de critiques unanimement panégyriques. Reste à savoir si ce long-métrage, d'une durée académique de deux heures et trois minutes de bobine, mérite de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Toujours est-il que cette pellicule horrifique s'est notamment illustrée lors du festival international du film de Toronto et a coalisé toute une armada de thuriféraires. Surtout, The ABCs of Death vient s'agréger dans une catégorie plutôt erratique en termes de qualité cinéphilique, à savoir le film d'horreur aux diverses segmentations ; ce qui est souvent synonyme de déconvenue, de déconfiture, d'iniquité voire de fastidiosité sur la durée.
Néanmoins, le métrage va parvenir à s'auréoler d'une réputation plutôt flatteuse, notamment sur Internet et les réseaux sociaux, à tel point qu'une suite, The ABCs of Death 2 (2013) sera tournée dans la foulée, rééditant la même didactique scénaristique (26 courts-métrages et 26 réalisateurs, toujours sur le thème de la mort).

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Il serait donc parfaitement ridicule, voire funambulesque, de procéder à l'exégèse de The ABCs of Death et de s'appesantir sur chaque court-métrage. Mais en général, les films d'épouvante fragmentés en plusieurs sketches se segmentent en trois, quatre, voire cinq parties bien distinctes. Or, The ABCs of Death gage sur des sections filmiques de trois, quatre, cinq, maximum six minutes... (Chronomètre en main) probablement pour ne pas perdre ni décontenancer son spectateur en cours de séance. Ce concept crée une certaine promiscuité avec son audimat en convoquant une sorte d'alphabet élégiaque à consonance funeste, chaque lettre de l'abécédaire désignant une mort imminente...
Pas le temps de persifler ni de maugréer, de trouver le temps un brin longuet, d'exhorter le film à accélérer les inimitiés ni de regarder sa montre dans la foulée.

C'est toute la sagacité de ce format subdivisé en 26 courts-métrages, d'autant plus que The ABCs of Death varie les animosités. Certes, on retrouve les grands classiques du cinéma horrifique avec son lot de morts saisissantes, d'accidents impromptus et de quelques notes truculentes. Corrélativement, le métrage peut aussi s'enhardir de plusieurs parties animées ; ce qui donne parfois un peu cette impression de lire, sur un écran ouvert, une sorte de recette de cuisine destinée à appâter un large public.
Cependant, il faudrait se montrer particulièrement rustre et vachard pour ne pas reconnaître les arguties bien réelles de The ABCs of Death. Après Creepshow (George A. Romero, 1982) qui avait recueilli toute une pléthore de plébiscites au moment de sa sortie, le film d'horreur à sketches peut s'enorgueillir de détenir son nouveau bréviaire référentiel. 

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On comprend mieux les dithyrambes et les flagorneries même si, en fonction des sensibilités disparates, certains spectateurs maronneront - sans doute à raison - devant l'aspect parfois un peu trop satyriasique du film. Derechef, la mort subreptice est accablée par le sceau de la concupiscence... Et The ABCs of Death n'échappe pas à cette règle fatidique. A vrai dire, on le subodorait en catimini... Sur ce dernier point, la section signée Noboru Iguchi est une véritable démonstration de libido et d'irrévérence. En outre, le spectateur avisé ne sera pas surpris de retrouver le réalisateur de The Machine Girl (2008) et Zombie Ass : Toilet of the Dead (2011) derrière une nouvelle infamie de miasmes et d'insanités fécales. Puis, à d'autres moments, The ABCs of Death se transmue en une production déviante et dérangeante, abordant sans fard le torture porn et même la thématique, toujours spinescente, de la pédophilie... In fine, comment ne pas évoquer cette historiette relatant le calvaire, puis l'automutilation d'une jeune femme replète et victime des acrimonies de ses pairs ?
Dépitée et anathématisée, cette personne anonyme se décharnera sous les yeux ébaubis du spectateur médusé, laissant derrière elle quelques lambeaux de chair et un visage sérieusement émacié... Une telle saynète ne manquera pas d'estourbir durablement les persistances rétiniennes et continuera de nous tarabuster lors du générique final. Vous l'avez donc compris. Cette production, à la fois sarcastique et iconoclaste, n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. Chronique élusive aujourd'hui, mais sincèrement, je ne vois pas quoi dire de plus sur ce film.

Note : 15/20

 

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

03 décembre 2018

Begotten (Esotérisme, pataphysique et suffocations humaines)

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Genre : horreur, expérimental, gore, trash (interdit aux moins de 18 ans)

Année : 1991

Durée : 1h12

Synopsis : Version trash et gore de la création de la terre et de l'humanité.

 

Première critique :

Tout au long de ses tribulations et de ses pérégrinations, le blog Cinéma Choc s'est souvent polarisé sur le cinéma ésotérique et expérimental, convoquant par là même l'art ineffable de la pataphysique. Les chroniques concomitantes sur le site de La Nuit Obscure (Pierre-Luc Vaillancourt, 2011), Thundercrack! (Curt McDowell, 1975), Where the Dead Go To Die (Jimmy ScreamerClauz, 2012), Singapore Sling (Nikos Nikolaïdis, 1990), Emperor Tomato Ketchup (Shuji Terayama, 1971), ou encore La Montagne Sacrée (Alejandro Jodorowsky, 1973) - entre autres - ont érigé ce cinéma digressif vers des stratosphères à la fois éthérées et tortueuses.
C'était sans compter sur Begotten, réalisé par les soins d'E. Elias Merhige en 1991. Dire que ce long-métrage est complexe, amphigourique et peu accessible à la populace est un doux euphémisme.

En l'occurrence, le cinéaste appartient à cette classe cachectique du cinéma indépendant américain avec ses écueils et ses corolaires pécuniaires. Sa carrière cinématographique démarre vers l'orée des années 1980 via plusieurs longs-métrages, Implosion (1983), Spring Reign (1984) et A Taste of Youth (1985), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. Après la sortie de Begotten, E. Elias Merhige enchaînera avec Antichrist Superstar (1996), un clip vidéo diligenté et réalisé pour l'album éponyme de Marilyn Manson, L'Ombre du Vampire (2000), Suspect Zero (2004) et Din of Celestial Birds (2006).
Depuis le milieu des années 2000, le metteur en scène semble avoir subrepticement disparu des écrans radars.

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Begotten fait partie de ces oeuvres trash, extrêmes et nébuleuses adulées et adoubées par les thuriféraires du cinéma gore. En l'espace de deux décennies (27 années pour être précis...), Begotten s'est arrogé le statut de film culte même si, paradoxalement, cette oeuvre reste relativement confidentielle. En résumé, ce n'est pas le genre de long-métrage que les producteurs se hasarderont à diffuser via une exploitation - même élusive - dans les salles obscures. De surcroît, Begotten sera victime de certaines acrimonies et récoltera les anathèmes de la censure.
Par exemple, le film est carrément interdit, honni et banni à Singapour en raison de ses âpretés sonores et visuelles. Reste à savoir si Begotten est bel et bien cet OFNI (objet filmique non identifié) affublé d'irrévérence et de saillies rédhibitoires. 

Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Inutile de mentionner la distribution, elle aussi rachitique, du film à moins que vous connaissiez les noms de Brian Salzberg, Donna Dempsey et Stephen Charles Berry ; mais j'en doute... Procéder à l'exégèse de Begotten est un exercice pour le moins périlleux puisque cette oeuvre éparse et indicible est inénarrable, voire indescriptible. Attention, SPOILERS ! (1) La  première scène débute avec la mise en scène d'un dieu suicidaire, saignant et s'étripant lui-même afin d'aboutir à sa propre mort (Dieu est mort et de sa mort naît le Monde). 
Une femme apparait (La Terre-Mère) de ses restes, s'éveille du corps gisant et s'imprègne de son éjaculat (représenté par son sang). Une fois enceinte, elle se met en route vers un paysage sans fin et complètement stérile, puis la grossesse se manifeste par l'avènement d'un adulte avec qui elle restera liée. 

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"Le Fils de la Terre" rencontre par la suite un groupe de nomades sans visage, qui le saisissent avec ce qui semble être des cordes. Le Fils de la Terre vomit ensuite plusieurs organes que les nomades acceptent alors comme des présents, avec frénésie. Les nomades apportent finalement l'homme à un feu puis le brûlent. "La Terre-Mère " retrouve ensuite son enfant ressuscité et le console. Elle l'attache alors par le cou (avec une corde) comme pour ne plus le laisser partir. Les nomades réapparaissent cependant pour la violer. Le "Fils de la Terre" est laissé seul pour pleurer sur le corps sans vie de sa génitrice. Un second groupe de personnages rentre en scène pour l'emporter et la démembrer.
Ils reviennent ensuite pour s'emparer du "Fils de la Terre" et, après l'avoir également démembré, le groupe enterre les restes dans le sol, ce qui a pour effet de rendre le site luxuriant de vie (naissance de la vie par le sacrifice de la mère et l'enfant).

Et un peu avant la fin, l'écoulement d'eau signifie la création de la vie humaine (1). A travers ce synopsis retors et alambiqué (merci le site Wikipédia !), Begotten s'apparenterait à une allégorie virulente de la Genèse et de la naissance du monde,  plus précisément de l'Humanité. C'est une façon, assez éloquente - il faut bien le dire, de voir et d'appréhender Begotten dans sa globalité. En effet, de nombreux détails anamnestiques attestent de cette primordialité. En gros, comprenez : la "Création"... Comme le corrobore le synopsis, il est donc bien question, dès le préambule du film, d'un Dieu qui agonise avant de donner naissance à une femme nantie d'un corps tuméfié et évoluant par la suite dans un paysage chaotique et dénué de toute substance relative à l'émergence de la vie.
Dans Begotten, tous les éléments, tous les menus détails concourent à décrire le cataclysme final, l'Armageddon pour être un peu plus péjoratif. 

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Même les protagonistes humains dénotent par leurs visages anonymes, masqués et/ou encapuchonnés. De facto, Begotten repose sur une analyse duale et antagoniste. En résumé, si Begotten peut être perçu comme une oeuvre sur la naissance du monde via des rituels reliés au paganisme et antithétiques à la foi judéo-chrétienne, il peut être aussi appréhendé comme une oeuvre putride, nihiliste et eschatologique. C'est sûrement la raison pour laquelle les divers protagonistes, par ailleurs anonymes, évoluent dans un décor austère mais étrangement bucolique.
E. Elias Merhige opacifie son propos via une musique agreste et entêtante qui s'agrémente et s'achemine sur la sonorité syntone de la nature. Puis, lorsque des individus procèdent à toute une consécution de supplices et de tortures, les résonances acoustiques deviennent plus lourdes, martelant incessamment une musicalité stridulante.

Sur ce dernier point, E. Elias Merhige ne verse pas dans la bienséance et cherche à estourbir durablement les persistances rétiniennes via plusieurs éviscérations, éructations et suffocations humaines. Par ailleurs, peut-on réellement parler d'êtres humains tant la galerie de personnages s'illustre justement par des lithographies sadiques, brutales et arborant un paysage frugal en perpétuelle évolution ? A moins que ce ne soit l'inverse. Sous nos yeux médusés, le panorama fuligineux se délite, s'étiole et se désagrège. Toutes ces afflictions, qu'elles proviennent du paysage ou des protagonistes en décrépitude, témoignent des tourments et des géhennes d'une Humanité vouée et condamnée à péricliter... Inexorablement. A moins que le film ne soit, in fine, qu'une parabole, voire une hyperbole sur un curieux rite sectaire et mortuaire destiné à juguler l'irascibilité de notre voûte céleste.

Par exemple, l'homme supplicié et la femme violée ne seraient que des offrandes et des victuailles généreusement prodiguées pour rasséréner des cieux peu cléments. C'est une autre façon de cerner Begotten sur sa durée évasive (à peine une heure et 12 minutes de bobine, générique y compris). On comprend mieux pourquoi cette oeuvre s'impose comme la quintessence du cinéma diligenté et sacralisé par E. Elias Merhige. A postériori, le cinéaste opportuniste restera confiné à ce seul long-métrage même s'il réalisera d'autres films ensuite.
Il ne retrouvera malencontreusement pas cette sagacité et cette outrecuidance de naguère, mimant malhabilement le Nosferatu de Murnau avec L'Ombre du Vampire. Pis, il se parera de nouvelles aspérités ombrageuses et ténébreuses avec Sin of Celestial Birds, mais sans réitérer avec les tonalités funestes et vespérales de Begotten, une oeuvre unique, métronome et soliste à part entière.

 

 

Note : 17/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Begotten


Seconde critique :

Pour le grand public, le nom d'E. Elias Merhige ne dit pas grand-chose. Mais pour les amateurs de films gore et expérimentaux, ils vous citeront Begotten, son film le plus sombre et mystique. ATTENTION SPOILERS ! La première scène du film montre un homme portant un masque en train de s'étriper. Après cette longue mutilation, une femme apparaît. Egalement masquée, elle tourne sur elle-même pendant de longues minutes, s'approche du cadavre de l'homme, et le masturbe afin de recueillir son sperme qu'elle étale sur son corps et ses parties intimes.
Après avoir enterré le cadavre, la femme qui est devenue enceinte se dirige vers une destination inconnue pour donner naissance à son fils.

Un homme couvert de boue (le fils de la femme) et étendu sur le sol se réveille en faisant une crise de tétanie. Un groupe de nomades se dirige vers lui et le transporte dans un autre endroit. Celui-ci vomit ses propres organes que les nomades considèreront comme des trophées. Après l'avoir attaché, ils le supplicient et le brûlent sans éprouvé le moindre remord.
L'homme ressuscite et retrouve sa mère, cette dernière l'attache avec une corde pour ne plus le laisser partir. Mais le groupe de nomades revient et viole la femme, son fils assistera impuissant à son calvaire. Un autre groupe de personnes masquées emmène la femme. A son tour, cette dernière est démembrée et subira le même sort que son fils.

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Leurs restes sont enterrés dans le sol. Ce film n'est pas facile d'accès car totalement muet et une image noir et blanc saturée rend difficile sa compréhension pour le spectateur. De nombreuses références aux mythes religieux et païens sont représentées de manière symbolique : l'homme s'étripant avec le rasoir est un dieu qui se suicide pour donner naissance à la terre.
La femme qui joue avec le sexe de l'homme masqué est une représentation de la mythologie égyptienne antique, où Isis utilise le sexe de son mari assassiné Osiris pour donner naissance à Horus. Les restes des corps enterrés par les nomades représentent la naissance de la vie par le sacrifice de la mère et l'enfant. Sur la forme, Begotten n'est pas sans rappeler les films expressionnistes allemands des années 1920 (notamment ceux de Friedrich W. Murnau), mélangés à du David Lynch. 

Le film cherche clairement à choquer son public avec de nombreuses scènes de viol, de vomi et de démembrement. Fan du film, le chanteur Marilyn Manson contactera E. Elias Merhige, qui réalisera deux de ses clips, Cryptorchild (qui contient des extraits du film) et Antichrist superstarCertains pensent même que l'album Antichrist superstar aurait été calqué sur le film tellement les coïncidences entre les paroles des chansons et les événements du film sont nombreuses et troublantes.
Grand admirateur du cinéma expressionniste allemand, Mehrige réalisera en 2000 L'ombre du vampire avec John Malkovich et William Dafoe sur le tournage de Nosferatu (titre original de L'Ombre du Vampire). Bien qu'étrange et hypnotique, Begotten reste avant tout une curiosité du cinéma, un film énigmatique, à la poésie macabre et insondable.


Note : 15/20

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02 décembre 2018

Les Ailes de l'Enfer (Envolées pyrotechniques)

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Genre : action (interdit aux - 12 ans)
Année : 1997
Durée : 1h50

Synopsis : Con Air, c'est la division aéroportée de la police fédérale américaine qui assure le transport des détenus à travers le pays pour comparution devant la cour, urgence médicale ou transfert de prison à prison. Cameron Poe, récemment libéré sur parole, prend place à bord d'un de ces avions pour retrouver sa femme et sa fille, qu'il n'a encore jamais vue. A bord également, Cyrus Grissom, surnommé le virus et quelques-uns de ses comparses, qui doivent rejoindre un nouveau quartier de haute sécurité.    

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.cinetrafic.fr/top-film-action pour déceler le Top 100 des meilleurs films d'action. Evidemment, un tel classement reste, de facto, à la fois exhaustif et subjectif. Les thuriféraires de ce registre cinématographique ne manqueront donc pas de notifier le premier et le troisième chapitre de la saga Die Hard (Piège de Cristal et Une Journée En Enfer) réalisés respectivement par John McTiernan entre 1988 et en  1995, le diptyque Kill Bill : volume 1/Kill Bill : Volume 2 (Quentin Tarantino, 2003 et 2004), plusieurs épisodes de la franchise James Bond (notamment Casino Royale en 2006 et Skyfall en 2012), ou encore la saga consacrée aux pérégrinations et aux tribulations de Jason Bourne (à ce titre, La Vengeance dans la Peau est souvent considérée comme le volet le plus probant et le plus accompli de la série).

Vous l'avez donc compris. Le cinéma d'action rime immanquablement avec les saynètes extravagantes et pétaradantes, néanmoins nanties d'une trame narrative suffisamment éloquente pour ne pas berner le spectateur dans les méandres de la supercherie sur pellicule. En ce sens, le cas du film Les Ailes de l'Enfer, réalisé par les soins de Simon West en 1997, constitue à lui tout seul un véritable oxymore. Pour toutes les raisons que nous invoquerons dans cette chronique, ce métrage d'action iconoclaste, pur produit du cinéma hollywoodien, est à la fois adoubé et honni pour sa grandiloquence.
Finalement, Les Ailes de l'Enfer institue cette curieuse conjonction entre le blockbuster et le cinéma bis, soit cette coordination entre le cinéma dispendieux et un autre pan du Septième Art débarrassé du carcan de la prébende et d'une quelconque cohérence narrative ; thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.

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Toujours dans ce contexte houleux et de délicieux paradoxe, Les Ailes de l'Enfer est à la fois nommé aux Oscars dans la catégorie "meilleur son" et aux Razzie Awards dans la catégorie du film « manquant le plus de respect envers la vie humaine et les édifices publics » (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Ailes_de_l%27enfer). Nonobstant les invectives, les acrimonies et les quolibets, Les Ailes de l'Enfer toisera, sans dessiller, les sommets du box-office américain. En revanche, les critiques sont beaucoup plus pondérées et se fragmentent en deux sections bien distinctes. D'un côté, les contempteurs gourmandent et chapitrent un film d'action qu'elles jugent au mieux idiot et funambulesque. De l'autre, les laudateurs encensent et édifient un métrage magnanime et délicieusement "borderline". Sur ce dernier point, le film écope d'une classification "R" aux Etats-Unis.

Au Québec, il suscite derechef les épigrammes et les billevesées via une farouche réprobation. Le film est carrément interdit aux moins de 16 ans ! En France, il écope "seulement" d'une interdiction aux moins de 12 ans. Pourquoi de telles réprobations ? Sans doute à cause du rôle de sociopathe perverti, incarné par Steve Buscemi, qui flirte et s'acoquine avec une gamine de 5 ou 6 ans (tout au plus...). Evidemment, une telle saynète ne manquera pas d'effaroucher les esprits les plus circonspects. En outre, Les Ailes de l'Enfer constitue également la toute première réalisation de Simon West.
Par la suite, le cinéaste, producteur et scénariste britannique enchaînera avec Le déshonneur d'Elisabeth Campbell (1999), Lara Croft : Tom Raider (2001), Terreur sur la Ligne (2006), Le Flingueur (2011), ou encore Expendables 2 : Unité Spéciale (2012).

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Bref, pas de quoi s'égayer ni s'enthousiasmer devant une filmographie aussi erratique (pour être gentil...). A ce jour, Les Ailes de l'Enfer reste, sans aucun doute, le métrage le plus éloquent de Simon West. Hormis Steve Buscemi, déjà mentionné dans cette chronique, la distribution du film se compose de Nicolas Cage, John Malkovich, John Cusack, Ving Rhames, Danny Trejo, Colm Meaney, Nick Chinlund, Dave Chappelle, Rachel Ticotin et Monica Potter. Attention, SPOILERS ! (1) Cameron Poe est un Ranger de l'armée américaine. Le soir de son retour à la vie civile, voulant défendre sa femme des assauts d'un ivrogne, il le tue involontairement et doit passer 8 ans sous les verrous.
À sa sortie de prison, il est renvoyé chez lui à bord d'un avion
pénitentiaire dans un vol exceptionnel qui réunit les criminels les plus dangereux du pays, qui parviennent à prendre le contrôle de l'appareil sous la direction de l'assassin multirécidiviste Cyrus Grissom, surnommé "Cyrus le Virus".

Alors que les fédéraux au sol envisagent de détruire l'avion, le Marshal Vince Larkin s'y oppose, persuadé que Cameron est leur allié... (1) A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas fulminer après la bêtise insondable du scénario. Ce n'est un hasard si on retrouve des noms tels que Jonathan Hensleigh et Jerry Bruckheimer derrière les exactions, les pitreries et les envolées pyrotechniques de Les Ailes de l'Enfer ! Les deux hommes sont des figures habituelles (et incontournables ?) du cinéma d'action américain depuis le milieu des années 1990.
Difficile également de ne pas se gausser devant les délires capillaires de Nicolas Cage, de nouveau affublé d'une coiffure hirsute ! Pour le comédien, Les Ailes de l'Enfer constitue cette manne providentielle pour rattraper son retard sur un certain Bruce Willis qui caracole en tête de peloton via la saga Die Hard.

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En l'occurrence, Les Ailes de l'Enfer se distingue par son nihilisme partial. D'un côté, nous avons les gentils avec un Nicolas Cage, victime béate du couperet judiciaire et un John Cusack, en Marshal cabotin. De l'autre, nous avons les méchants qui coalisent, à eux seuls, tous les archétypes habituels du genre. Il faudra donc composer avec un psychopathe lettré et retors, un violeur incapable de réfréner ses satyriasis, un Afro-Américain transmuté en nouveau défenseur des opprimés et un homosexuel transi d'amour pour le travestisme et la culture transgenre !
Seul le cas de Garland Greeme, par ailleurs incarné par un Steve Buscemi plus sarcastique que jamais, fait figure d'exception notable. Pour son rôle, le comédien revêt les oripeaux d'un monstre forcené et drapé d'une camisole de force, un peu à la manière d'un Hannibal Lecter, l'anthropophagie en moins... 

La référence à Le Silence des Agneaux (Jonathan Demme, 1991) est prégnante, à défaut d'être éloquente. Paradoxalement, le taulard écervelé ne participera pas aux festivités et partira jouer à la poupée avec une gamine de passage. Ici, la pédophilie est évidemment suggérée et ne manquera pas d'effaroucher - sans doute à raison - les contempteurs les plus réfractaires. Via cette séquence pour le moins racoleuse, Les Ailes de l'Enfer affirme cette farouche velléité de ne pas céder aux injonctions de la doxa hollywoodienne, ainsi qu'aux bienséances habituelles.
Paradoxalement, le film verse allègrement dans la profusion de déflagrations prétentiardes et spectaculaires, à tel point qu'on ne sait plus qui tire sur qui et surtout pourquoi. Sur la forme, Les Ailes de L'Enfer correspond à la quintessence du blockbuster crétin, histrionique et assumant ses frasques débilitantes. Dans cette chienlit cinématographique, les dialogues brillent eux aussi par leur machisme ostensible, leur xénophobie latente et les répliques absconses. On se demande comment un acteur tel que John Malkovich a pu se laisser dévoyer par une production aussi exsangue.
Cependant, nonobstant toutes ses carences et ses impondérables, Les Ailes de l'Enfer reste un vrai plaisir coupable et corrobore, in fine, ce bon vieil adage régressif : "Plus c'est con, plus c'est bon !". Ma note finale fera donc preuve d'une incroyable mansuétude.

Note : 13/20 

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Ailes_de_l%27enfer

01 décembre 2018

Le bestiaire de l'horreur : Michael Myers (Le boogeyman d'Halloween)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose de revenir sur l'un des boogeymen les plus populaires du cinéma d'épouvante, j'ai nommé Michael Myers, le croquemitaine d'Halloween ; à travers une vidéo publiée par Azz l'épouvantail et disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=XVe7r4d4fho

La Vengeance est à Moi (Killing society)

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Genre : Drame, policier (interdit aux - 12 ans)

Année : 1979

Durée : 2h20

 

Synopsis : 

Chronique de la vie d'un escroc sans scrupule qui finira par assassiner sa maitresse. A travers un fait divers, Imamura entreprend ici une étude scientifique sans faille de la société japonaise. 

 

La critique : 

Avec Les Funérailles des Roses, chroniqué il y a un peu plus d'un an, je découvris un courant particulièrement méconnu dans le vaste univers du Septième Art : la Nouvelle Vague japonaise. Il est l'une de ces victimes cantonnées à un triste anonymat parmi les profanes et quand bien même le monde cinéphile ne se montre pas réellement intéressé par celui-ci. Pourtant, les critiques sont bel et bien à pointer vers les distributeurs guère enthousiastes sur l'édition de certains titres se monnayant à véritable prix d'or sur la Toile. Je renvoie au réalisateur maudit Shuji Terayama dont les films ne sont pas loin de la catégorie "introuvable". Dans la même optique, la VOSTFR n'est pas toujours présente et il s'agira pour certains de se diriger vers la VOSTA (et encore !).
Bref, après ce joyeux petit intermède, rappelons les grandes lignes du mouvement. A l'instar de la Nouvelle Vague française, leur point commun est bien d'apporter un souffle de fraîcheur à un cinéma jugé vieillissant. Il s'agissait de rompre avec les codes cinématographiques établis pour en refonder des nouveaux. Dans le cas du Japon, la lecture critique et analytique des conventions sociales était de tout premier plan. La rupture avec la superbe des héros d'autrefois, illustré par le chanbara, était fréquente. Aucun but de fédérer les réalisateurs autour d'une théorie commune. Les problématiques sociales en furent le fer de lance.

Dans un pays se relevant tant bien que mal des désastres passés et de la dictature militaire de Hirohito, la jeune génération d'après-guerre grandit dans un environnement exsangue. Les observations qu'ils verront seront à la base de la création de la Nouvelle Vague. Les réalisateurs incontournables émergent. Yasuzo Masumura, Masahiro Shinoda, Yoshishige Yoshida, Nagisa Oshima, Hiroshi Teshigahara ou Seijun Suzuki (pas encore présenté sur le blog mais ça arrivera), autant de noms prêtant à une leçon de cinéma. Il n'en fallut pas plus pour que j'en vienne à considérer ce mouvement comme l'un de mes préférés (voire le préféré !). Je n'irai pas à présenter tous les films de ce genre chroniqués car la liste est assez longue. Mais dans tous les noms que j'ai cités au-dessus, il en manque un crucial qui est Shohei Imamura que j'ai présenté avec son L'Evaporation de l'Homme, exercice de style jusqu'au-boutiste qui m'avait laissé dubitatif. Une première concernant la Nouvelle Vague.
M'arrêter à cet essai serait bien crétin de ma part et c'est ainsi que je poursuivais sa filmographie, cette fois-ci avec La Vengeance est à Moi. Oeuvre très importante, elle termine la longue période suivant l'échec commercial de son Le Profond Désir des Dieux durant laquelle il produisit des documentaires pour la télévision. Le film est basé sur des faits réels s'étant déroulé au Japon, perpétrés par le tueur en série Akira Nishiguchi, et sur un livre de Ryuzo Saki. A sa sortie, le succès critique et commercial est retentissant, donnant une visibilité à l'international pour Imamura avant que les 2 Palme d'Or ne suivent respectivement en 1983 et 1997. De quoi me mettre en confiance en gros ! 

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ATTENTION SPOILERS : Chronique de la vie d'un escroc sans scrupule qui finira par assassiner sa maitresse. A travers un fait divers, Imamura entreprend ici une étude scientifique sans faille de la société japonaise.

Synopsis court, histoire que l'on pourrait voir comme bancale, à priori, La Vengeance est à Moi n'est pas le genre de métrage qui pourrait directement relever notre intérêt à la lecture. On serait en droit de penser nous retrouver devant un énième film de serial killer qui n'apporterait rien au genre. Pourtant, il en est tout autre et l'on se rendra très vite compte que notre arrière-goût de scepticisme était erroné. Imamura a toujours eu cette passion pour l'anthropologie, se servant de ses films comme des cas d'étude d'une société japonaise en pleine déliquescence. A mes yeux, il serait bien le réalisateur de la Nouvelle Vague le plus impliqué dans la critique des conventions sociales. Pour citer un exemple, L'Evaporation de l'Homme témoignait de la crise sociale voyant des personnes fuir une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. Avec La Vengeance est à Moi, c'est un tout autre pari qui s'offre à nous. C'est l'observation d'un homme à la fois escroc et tueur en série.
Rien de neuf sous le soleil mais le traitement opéré sera à même de bouleverser les codes que nous nous sommes construits sur ce genre de procédé. Si l'on se place dans le contexte hollywoodien, il y a deux points de vue qui peuvent ressortir. Le premier sera le gangster stylisé, charismatique, dont la description n'est pas dénuée d'un certain lyrisme. Les films de Scorsese peuvent s'imbriquer dans cette catégorie. La seconde s'axe sur la dénonciation virulente des actes commis par le meurtrier. Le point de vue est plus mature et tout aussi orienté. Seulement, La Vengeance est à Moi va officier en dehors des sentiers balisés. Ce qui frappe directement est la déstructuration du récit. L'histoire démarre avec ce convoi sillonnant les routes avec, à son bord, Iwao Enokizu, le criminel. Sous les véhémences de la population insultant Iwao, on aboutit dans le commissariat où, narguant les inspecteurs, il en viendra à faire part des 78 jours séparant son premier crime de son arrestation.

C'est alors que va se profiler la personnalité dérangeante de Iwako et tout le traitement autour va d'autant plus déstabiliser le spectateur face à quelque chose d'inédit rencontré dans le serial killer movie. La pellicule va naviguer en dehors des codes habituels. La façon de procéder fonctionne comme un documentaire narrant les différents passages clés de ces fameux 78 jours, le tout avec en voix off le narrateur expliquant brièvement les faits. Secundo, Imamura porte un regard neutre d'observateur sur son personnage. Il ne le condamne pas, il ne le glorifie pas. Il se contente de filmer cet homme en dehors des lois sans qu'aucune explication ne soit apportée sur le pourquoi du comment. Pas d'enfance douloureuse, pas de rupture amoureuse, pas de rejet des autres, pas de société l'ayant écrasé sous les impôts. Aucune explication ne nous est apportée sur la raison de ses meurtres.
Le réalisateur ne juge pas, ne prend le parti de personne. L'optique du documentaire prend ici tout son sens dans le traitement du personnage. Une distance s'opère entre le meurtrier, de sorte qu'il est impossible d'éprouver quoi que ce soit envers lui, et encore moins de l'empathie. Visiblement, la vie humaine n'a pas la moindre valeur à ses yeux. Il tue comme ça, sans pulsion le guidant, sans envie. De ce constat, un mal-être surgit. Comment un homme peut en arriver à ce stade-là ? Quel est le facteur déclencheur ? Mais peu importe ce qui se passera, vous resterez là avec toutes vos questions en suspens. La Vengeance est à Moi est une expérience glaciale, terrifiante dans sa finalité, sans pour autant verser dans la violence grandiloquente où les meurtres s'accumulent, loin de là.

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La violence est avant tout psychologique, gagnant des sommets de neurasthénie propre à bouleverser le spectateur, même le plus endurci. Peu de sang au programme, bien que le double meurtre à coup de marteau pourrait faire bondir. Car c'est un autre point qu'il faut préciser, le meurtre est filmé sans auto-censure. Imamura filme les scènes de meurtre toujours avec ce détachement si perturbant. Il filme les cadavres comme s'ils étaient un élément tout à fait naturel du décor. Poursuivi par la police nationale, la traque est telle que des annonces sont diffusées pour trouver des témoins l'ayant probablement reconnu. Il est devenu l'un des hommes les plus recherchés du Japon. Pour se faire, il choisira de se créer une identité factice. C'est en se faisant passer pour un professeur d'université qu'il parviendra à nouer une liaison avec une femme qui deviendra sa maîtresse.
Manipulateur, calculateur et menteur aguerri, il intègre l'apparence et les attitudes d'un vrai professeur. Il se joue des relations. Mieux encore, il n'a en aucun cas les traits d'un homme louche. Son physique est celui de Monsieur Tout le Monde : souriant, aimable, bien coiffé, vêtements propres. Rien ne laisse transparaître sa psychopathie et ses pulsions de mort.

Pulsions reflétant cette société se noyant dans une violence absurde, incapable de réfréner ses dites pulsions. Adopter une telle démarche dans la manière de filmer les crimes avec insistance et plans rapprochés renforce cette impression de voyeurisme. Définitivement, La Vengeance est à Moi est un film cruel. Son traitement basé sur l'hostilité pourra en faire fuir plus d'un. Il n'y a pas de scènes d'action, d'explosions, de course-poursuites. Tout est dans une complaisance presque irréelle. Mettre en scène un calme quasiment religieux alors que les cas de corruption et les quelques meurtres sont aux abonnés présent est sacrément culotté. Mais que le résultat est payant !
Certes, la lenteur rédhibitoire de certains passages couplé à une longue durée en fait un long-métrage difficile d'accès. C'est d'ailleurs l'une des rares choses à reprocher à ce film qui s'éternisera parfois trop sur des séquences dont l'on se fout régulièrement. 

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Maintenant, l'habituel avant-dernier paragraphe portant sur l'aspect visuel, auditif et les acteurs. Alors, du point de vue esthétique, ne vous attendez pas à quelque chose de transcendant. Imamura ne se préoccupe pas d'esthétiser son film afin que l'on puisse se rincer les yeux. Le visuel est terne, parfois assez sombre, à l'image de son personnage. En revanche, la caméra se débrouille bien. On mettra l'accent sur la scène de l'étranglement de la maîtresse en plongée, donnant un aperçu clair de l'assassinat sous toutes ses coutures. Encore une fois, aucune concession. Musicalement parlant, le tout est assez discret et ne suscite guère l'émerveillement de nos tympans. Pour ce qui est des acteurs, autant dire que Ken Ogata, qui revêt les oripeaux du tueur, est tout simplement dantesque. Lui seul justifie le visionnage du film. Pourtant, il ne surjoue absolument pas.
Il est tout à fait naturel dans ses mimiques. Il parle normalement, il sourit mais, en parallèle, émet une froideur éprouvante. Comme l'image du dessus l'atteste, un vieillard est tué par ses soins sans raison apparente et tout en planquant son corps dans l'armoire, il boit une bouteille comme si de rien n'était. Comme quoi, il ne faut pas de grands moyens pour scotcher le cinéphile devant l'écran face à un anti-héros charismatique au possible dans son jeu naturel. Je m'avancerai même à dire que l'on tient là l'un des tueurs les plus marquants du cinéma. En contrepartie, les acteurs suivants ne peuvent soutenir la comparaison et, à l'exception de la maîtresse, ne parviennent aucunement à s'imposer à l'écran. Citons, entre autres, Rentaro Mikuni, Mitsuko Baisho, Mayumi Ogawa, Chocho Miyako et Nijiko Kiyokawa

Donc, s'il est clair que La Vengeance est à Moi ne sera pas l'un des meilleurs films de gangster de tous les temps en raison de certains problèmes délicats (durée tirant trop sur la longueur, personnages secondaires éclipsés), il peut quand même se targuer d'être dans le haut du panier. Cela est essentiellement dû au traitement conféré au serial killer dans sa manière d'appréhender l'acte de mort. Il n'a pas conscience de la valeur de la vie. Pour lui, tuer est un acte comme manger ou déféquer, un acte comme un autre. Sans motif apparent, il tue ainsi sans justification quelconque. Une telle observation va totalement à l'encontre des films du même genre où les cinéastes s'attardaient à expliquer le pourquoi du comment. Ici aucune raison, il assassine et c'est tout. Ce choix, s'il pourrait frustrer les personnes conditionnées aux poncifs hollywoodiens, en est pour le moins gagnant. La Vengeance est à Moi donne naissance à un malaise palpable. Il dérange, prête à la réflexion sur un homme tuant sans état d'âme, sans la moindre logique. Au final, un peu comme notre société dont il pourrait être vu comme une métaphore de la sauvagerie de notre civilisation. 

 

Note : 15/20

 

 

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30 novembre 2018

Il était une fois en Amérique (Le monde est à nous !)

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Genre : Drame, policier (interdit aux - 12 ans)

Année : 1984

Durée : 3h49 (4h11 en version intégrale)

 

Synopsis :

Il était une fois deux truands juifs, Max et Noodles, liés par un pacte d'éternelle amitié. Débutant au début du siècle par de fructueux trafics dans le ghetto de New York, ils voient leurs chemins se séparer, lorsque Noodles se retrouve durant quelques années derrière les barreaux, puis se recouper en pleine période de prohibition, dans les années vingt. Jusqu'au jour où la trahison les sépare à nouveau.

 

La critique :

Jusqu'à présent, un grand nombre de réalisateurs émérites de l'histoire du Septième Art ont pu s'enorgueillir de l'intérêt de ce modeste blog leur offrant l'honneur qu'ils méritent à juste titre. Cependant, à mon grand étonnement, j'ai pu remarquer qu'aucun film de Sergio Leone n'avait encore eu les faveurs de Cinéma Choc. Leone, un nom de famille résonnant dans le coeur des cinéphiles comme l'un des piliers majeurs du cinéma et comme l'un des plus grands réalisateurs italiens de l'histoire. Son nom fait écho dans notre inconscient collectif en renvoyant directement au très célèbre western spaghetti dont il en est quelque part le père spirituel en le popularisant, tandis que le western américain était en période de déclin. Et pourtant, s'il est adulé à notre époque, le passé en fut tout autre.
Si la réception du public est tout à fait honorable, il n'en sera pas de même pour la critique qui le snobera, le tançant par moment avec des diatribes profondément injustes. Ainsi, à la sortie de Pour Une Poignée de Dollars, un critique le criblera de balles en le nommant "réalisateur le plus surfait du siècle". Un autre lui lancera ce joli dithyrambe comme quoi son influence fut catastrophique sur l'histoire du cinéma. Je pense que nous pourrons nous arrêter là. Toujours est-il que son importance dans le Septième Art sera par la suite reconnue. Plusieurs réalisateurs importants le reconnaîtront comme ayant eu une influence indiscutable sur leur travail. Parmi les thuriféraires, on citera au premier rang le fameux Quentin Tarantino.

Comme quoi ses oeuvres élevées au rang de grand classique du cinéma tels Il était une fois dans l'Ouest et Le Bon, la Brute et le Truand ne récoltèrent pas les éloges qu'elles étaient en droit d'attendre. Pour une première sur le blog, je me retrouve à chroniquer son film testamentaire : Il était une fois en Amérique. Dernière pellicule qui vit mourir 5 ans plus tard son géniteur d'une crise cardiaque. S'il a lui aussi été propulsé au rang de film culte avec le temps, les démons n'ont fait que le poursuivre jusqu'à la fin de sa carrière. Accueil critique mitigé, déception cinglante au box-office, sortie pour le moins désastreuse aux USA et comble de tout, des protestations initiées par les mouvements féministes pour interdire le film, voyant d'un mauvais oeil les violences commises sur les femmes.
Comme quoi les polémiques ridicules ne datent pas d'hier. Réputé pour ses très long-métrages, Il était une fois en Amérique représente l'aboutissement d'un long travail étalé sur près de 12 ans, le chantier étant initié dès 1972. De plus, l'origine de ce projet se fit à travers le roman The Hoods de Harry Gray : une semi-autobiographie inspirée de la vie des truands Bugsy Siegel et Meyer Lansky. Vraisemblablement, sa fascination pour l'enfance des protagonistes lui rappelait sa propre enfance où lui aussi faisait les 400 coups avec ses camarades. Deuxième Sergio Leone qu'il m'ait été donné de voir après le superbe Il était une fois dans l'Ouest, c'est un énième défi de taille que je compte relever avec, je l'espère, brio.

original

ATTENTION SPOILERS : Il était une fois deux truands juifs, Max et Noodles, liés par un pacte d'éternelle amitié. Débutant au début du siècle par de fructueux trafics dans le ghetto de New York, ils voient leurs chemins se séparer, lorsque Noodles se retrouve durant quelques années derrière les barreaux, puis se recouper en pleine période de prohibition, dans les années vingt. Jusqu'au jour où la trahison les sépare à nouveau.

Autant dire que Leone n'a pas hésité une seconde pour mettre les petits plats dans les grands en cette année 1984. Douze ans de préparation pour la première production américaine du réalisateur s'éloignant du western pour s'immiscer dans le pur film de gangsters. Le but étant de retracer l'essentiel de la vie d'un jeune des bas-fonds new-yorkais, au beau milieu du quartier juif, tentant de se trouver une place dans ce monde. D'emblée de jeu, le cinéaste ne va aucunement opter pour une approche linéaire de son épopée. Il va se plaire à déstructurer les diverses dimensions temporelles, à adopter un point de vue antichronologique. Les repères spatio-temporels ne semblent plus suivre une ligne droite. Il était une fois en Amérique ne démarrera pas à la naissance du petit Noodles mais bien en 1933 quand celui-ci, s'extasiant dans une fumerie d'opium, a derrière lui des truands visiblement décidés à l'abattre. Après moult péripéties, un saut de 35 ans se fera en pleine gare pour aboutir en 1968 alors que Noodles a atteint le délicat âge de la vieillesse. Et puis, un troisième saut pour, cette fois-ci, 1922 où notre gangster découvre la vie sordide d'un quartier délabré. C'est une époque bien différente de celle que l'on connaît, dans le sens où l'instruction n'était pas obligatoire. Ceci fait que les enfants pouvaient vagabonder comme bon leur semblait. Pour l'exemple, un jeune rouquin sera cantonné à un rôle d'employé d'une boulangerie alors qu'il ne dépasse pas les 14 ans. Dans ces conditions, l'aspect sociologique est frappant.
La population n'est pas épanouie financièrement, les enfants sont entraînés dans des larcins de toute sorte. Où sont les parents ? Quel rôle ont-ils dans l'éducation de leurs bambins ? 

Livrés à eux-mêmes, Noodles et ses 4 compagnons d'infortune veulent se faire une place dans une société qui ne les prend pas seulement au sérieux mais les rejette. Ce sont des indésirables et sur base de ce postulat, pour tenter de gagner de l'argent, ils en viendront à outrepasser les règles juridiques. Le monde des gangsters s'offre à eux et tous ne rêvent que d'atteindre le sommet pour aspirer à une vie meilleure. Est-ce une conséquence de la politique américaine détournant la tête de ces laissés pour compte ? Difficile à expliquer. Quand bien même, c'est l'époque de la prohibition et avec ça un marché hautement lucratif pour les organisations criminelles cherchant à s'enrichir tout en réconfortant la populace. La prohibition sera le contexte principal d'Il était une fois en Amérique.
Elle sera ce qui permit à ce micro-gang de se faire un nom et de récolter le précieux pécule. Un avant-goût du capitalisme et du fameux credo "la fin justifie toujours les moyens". Peu importe ce qu'il faut faire, tant que l'argent rentre, alors c'est parfait. Cependant, les rivalités sont palpables et chacun essaie de bouffer l'autre pour devenir le leader. Noodles et Max en feront les frais face au gang de Bugsy qui les tabassera violemment. C'est dans ces conditions que l'on reconnaîtra le style transgressif de Leone qui ne s'est jamais privé de filmer la violence quand celle-ci est judicieuse. Si nous sommes, sans surprise, loin d'un aspect trash, autant dire qu'Il était une fois en Amérique ne va pas se priver de mettre en scène des séquences qui feraient fort bien bondir les plus timorés.

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La séquence la plus marquante est indéniablement la mort violente du jeune Dominic en ralenti d'une balle dans le dos alors que celui-ci s'enfuyait. Filmer la mort d'un petit enfant est un acte qui risquerait, à l'heure actuelle, de provoquer quelques jolis remous dans le milieu toxique du politiquement correct. Visiblement, Leone se fiche ouvertement de la bienséance entre un homme poignardé par Noodles jeune (ce qui lui vaudra une long séjour en taule), une scène de coït entre un policier et une mineure, une petite séance de torture (léère en comparaison des torture porn bien évidemment), du viol et bien sûr une belle petite série de meurtres. Mais voir en Il était une fois en Amérique une simple odyssée réalisée de manière académique serait une erreur de jugement grosse comme un éléphant. La manière de faire cohabiter les différentes époques de Noodles ne tient pas du hasard. 
La pellicule est avant tout une intense réflexion sur la vie, sur nos actes qui seront déterminants pour le futur que nous nous forgerons. Dans un monde où toutes les instances sont corrompues (police, justice, syndicats et j'en passe), il n'est pas évident de parvenir à acquérir un idéal d'existence. Noodles en a bien eu conscience à cet âge fatidique où l'on en vient à faire le bilan de sa vie. Que lui reste-t-il ? Ses amis sont morts, sa femme a été tuée et son amour de jeunesse qu'il n'aura jamais su séduire sont derrière lui. Il ne lui reste rien, si ce n'est des réminiscences de jadis. Alors que Max a opté pour la quête absolue du pouvoir et de l'appât du gain, Noodles est resté ce gamin du quartier juif avec ses idéaux évaporés et son espérance réduite à néant.

La quête du profit à tout prix ne serait-il qu'un combat vain et avec cela un bonheur n'étant autre qu'une chimère ? Définitivement, le rêve américain n'est pas accessible à tous et beaucoup se retrouvent laissés sur le carreau. Le meurtre de Dominic en sera l'exemple par excellence. En arrière-plan de son petit corps effondré par terre, le pont de Manhattan aussi resplendissant que grandiloquent, témoignant de la toute-puissance en devenir des USA après le chaos de la Première Guerre Mondiale. Cette notion de grandeur est en opposition avec ces rues à feu et à sang où les hommes et femmes meurent pour des broutilles. La formule christique est de se faire du flouze, encore et toujours du flouze, peu importe les combats menés, qu'ils soient malfaisants ou bienfaisants pour l'opinion publique. Le ralliement de la bande de Noodles et Max au combat des syndicats est un autre exemple de choix.
Le mode de vie capitaliste amené à se démocratiser de plus en plus montre déjà des signes défaillants et le risque d'y perdre des plumes et peut-être même sa vie. Preuve étant que Noodles en est une victime directe. Au nom de l'argent, il se retrouvera en prison pour 12 ans, perdant toute sa jeunesse derrière les barreaux froids d'une prison.

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A l'orée de telles ambitions scénaristiques, difficile que de ne pas se montrer déboussolé avant de rédiger cette chronique tant les niveaux de compréhension atteignent des pics inenvisageables. La manière de mettre en scène l'histoire sera sujet à controverse et ne pourra que diviser. Leone va beaucoup jouer sur les non-dits et les non-vus pour laisser au final notre interprétation faire le prolongement des différents chapitres de la vie de Noodles. Ne nous sera montré aucune scène durant les 12 ans de l'enfermement de Noodles, pas plus que la mort de ses amis si ce n'est la scène d'un camion brûlé, de bouteilles de whisky cassées et de cadavres de gangsters. Le passage du Noodles âgé scrutant les tombes de ses amis tous morts en 1933 semble confirmer les morts de son souvenir.
Sans surprise, ce choix pourra prêter à déception, surtout quand on sait que le scénario s'étale sur 3h49 de bobine. Peut-être la version longue permettrait de gommer ce mauvais point. Je me permettrais quand même de rappeler que Leone eut des pressions de la Warner Bros afin que le film ne dépasse pas 2h45. Pour lui, la durée idéale était de 6h mais la requête fut sans surprise refusée. Pareillement pour le montage de 4h25 refusé aussi, ce qui conduira à la version classique de 3h49. Mais le comble de l'histoire sera qu'une version (très très très) raccourcie de 2h19 sera distribuée aux USA où tout était replacé dans un ordre chronologique. Echec au box-office et critiques houleuses de rigueur. Un tel choix créa un vrai scandale et sera à l'origine de la dépression du cinéaste qui ne tournera plus de film jusqu'à sa mort.

Pour repartir sur une note largement plus optimiste, vous serez ravis d'apprendre que le réalisateur n'a rien perdu de son érudition en termes d'esthétisme. L'image est, on peut se le dire, somptueuse. On reste pantois devant la reconstruction de cette époque d'une crédibilité renversante. Rues, devantures de magasins, voitures de jadis, vêtements d'autrefois et j'en passe et des meilleurs. Tout est pensé, millimétré. A cela se rajoute les grands paysages new-yorkais. Je repense une fois de plus à ce pont en arrière-plan des 5 enfants marchant façon "le monde est à nous !". Pas étonnant que cette scène s'est retrouvée propulsée en couverture du film. Auditivement parlant, aucun faux pas à noter. Ennio Morricone dénote toujours son talent via de très belles mélodies parfaitement intégrées à chaque situation.
Et pour les acteurs ? Si je vous dis que Robert De Niro y est en temps qu'acteur principal, vous saurez aisément qu'un bon point est à accorder et vous avez raison. Son professionnalisme n'est plus à démontrer. Il gère à merveille son personnage et ses tourments, ses regrets passés. Froid, détaché mais terriblement attachant. Le reste du casting ne fait aucunement pâle figure. James Woods, Elizabeth McGovern, Joe Pesci, William Forsythe, James Hayden, autant de noms qui augmenteront le pedigree du film tant leur implication dans leur rôle est forte.

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Bref, nous pourrions encore continuer bien longtemps pour décrypter avec sagacité une telle histoire aux moult interprétations. Comme il est dommage de voir que la Warner Bros a saboté le projet dont la durée en était bien loin de la version originale. Oui, certains diront qu'il faut savoir endurer les 3h49 et ce n'est pas faux car vous pouvez réserver votre soirée si vous tenez à vous farcir tout le film d'un coup. Moi-même, je dois bien avouer avoir eu quelques faiblesses à certaines reprises mais, paradoxalement, j'aurais aimé avoir droit à un visionnage plus long, plus développé sur certains points, quitte à voir le film en deux fois. Quand on sait cela, on peut se permettre de réfuter les diatribes de certains concernant l'absence de profondeur de certains événements. La mort des compagnons en est le flagrant exemple. Leone savait qu'un tel scénario n'aurait pu atteindre le firmament si les 6h n'avaient pas été de mises.
Il était une fois en Amérique peut se voir comme un testament maudit qui aura asséné le coup de grâce à un génie du temps passé. Reste que la pellicule est une magnifique expérience de vie sur un homme amené à dresser l'amer bilan de sa vie, alors que les voyages entre passé et présent se font sous une harmonie impeccable. En vivant dans le danger et l'illégalité, les menaces sont d'autant plus importantes, impactant par la même occasion sur ses proches. L'assassinat d'Eve par vengeance étayera ce propos. Si je dois bien avouer ne pas encenser le film, je ne peux que me coucher devant une titanesque odyssée portée par un De Niro magistral. Il y aurait encore beaucoup à dire, ainsi je vous prierai de m'excuser sur la frugalité de cette chronique (ainsi que sur la note finale que certains verront comme une hérésie).

 

Note : 16/20 

 

 

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29 novembre 2018

Hellraiser : Judgement ("Jugement et rédemption pour ceux qui ouvrent la boîte maléfique")

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2018
Durée : 1h21

Synopsis : Les détectives Sean et David Carter sont en charge de l’affaire d’un serial killer violent qui terrorise la ville. En joignant leurs forces avec le détective Christine Egerton, ils plongent alors dans une spirale infernale d’horreurs qui pourrait bien en pas être de ce monde.

La critique :

Sur ce blog, nous avons déjà évoqué à maintes reprises plusieurs sagas horrifiques populaires, que ce soit les tribulations oniriques de Freddy Krueger (A Nightmare on Elm Street), les meurtres frénétiques de Michael Myers (la franchise Halloween), les coups de machette de Jason Voorhees (la saga Vendredi 13), ou encore les excès anthropophagiques de Leatherface (la série Massacre à la Tronçonneuse). Attention à ne pas minorer l'impact, ainsi que la proéminence de la saga Hellraiser, initiée par Clive Barker avec le bien nommé Hellraiser, le Pacte en 1987.
A travers ce premier chapitre, le cacographe, grimé des oripeaux soyeux de cinéaste avisé, conte les turpitudes de créatures infernales, les Cénobites, qui lutinent et s'acoquinent avec des êtres humains avides et cupides pour s'emparer de leurs âmes et s'adonner à des pratiques sadomasochistes.

Mais Hellraiser premier du nom pouvait s'enorgueillir d'un concept insolite via l'utilisation d'une boîte maléfique et de forme cubique pour baguenauder à travers différentes dimensions parallèles. Succès commercial oblige, le premier chapitre devait logiquement se transmuter en une franchise fastidieuse et interminable. Pourtant, les qualités inhérentes d'Hellraiser 2 : Les Ecorchés (Tony Randell, 1988) feront encore illusion, laissant inaugurer une franchise à la fois retorse et vétilleuse, en outre portée par le charisme de Doug Bradley, un comédien nanti des épines acérées de Pinhead.
Hélas, dès le troisième épisode, Hellraiser 3 (Anthony Hickox, 1992), la franchise se transmuera en une oeuvre moribonde incapable de transcender les fulgurances du chef d'oeuvre horrifique et putride de Clive Barker.

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Impression corroborée par Hellraiser : Bloodline (Kevin Yagher, 1996) qui s'ingénie à sonder la genèse du Cube et des Cénobites. Puis la saga retrouvera quelques exhalaisons de sagacité avec Hellraiser 5 : Inferno (Scott Derrickson, 2000) en se métamorphosant en thriller policier frénétique. Toutefois, pas de quoi s'égayer, encore moins pavoiser. Les opus suivants (Hellraiser : Hellseeker en 2002, Hellraiser : Deeder en 2005, Hellraiser : Hellworld toujours en 2005, tous réalisés par Rick Bota) avaliseront cette impression de déréliction.
Puis viendra le silence avant que Victor Garcia ne décide, inopinément, d'exhumer le mythe avec un abominable Hellraiser : Revelations (2011). Même Doug Bradley, figure emblématique de la saga, décidera de quitter subrepticement le navire, désormais exsangue de toute cohérence narrative.

Nouveau silence, nouvelle pause pour la franchise en décrépitude. Après sept années de purgatoire, Pinhead et ses Cénobites reviennent hanter nos écrans avec Hellraiser : Judgement, soit le dixième chapitre de la franchise. Mais pour quel résultat ? Est-on encore en droit d'attendre une once de perspicacité de la part de cette saga moribonde depuis Hellraiser deuxième du nom ? En l'occurrence, Hellraiser : Judgement est réalisé par les soins de Gary J. Tunnicliffe en 2018. Le metteur en scène est lui aussi une figure iconique de la franchise puisqu'il il a signé la quasi intégralité des maquillages et des effets spéciaux depuis Hellraiser 3. En sus, l'artiste orfèvre adoube, divinise et sacralise le premier volet signé Clive Barker. Hellraiser : Judgement est donc le sceau d'un adulateur de la saga.
Gary Tunnicliffe sait qu'il doit repartir sur de nouvelles bases, mais sans omettre l'univers méphistophélique de base.

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Hellraiser : Judgement n'a évidemment pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures et doit se contenter d'une sortie évanescente en DTV (direct-to-video). A l'instar de ses devanciers, le long-métrage doit composer avec un budget famélique et s'apparente donc à une série B indépendante. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la sortie d'Hellraiser : Judgement n'a pas vraiment (du tout...) déchaîné les passions, ni l'effervescence des thuriféraires de la première heure. Un doux euphémisme pour un épisode en mal de reconnaissance. Si Hellraiser : Judgement reçoit quelques plébiscites élusifs, il est victime de certains anathèmes rédhibitoires.
Pour de nombreux contempteurs, la saga Hellraiser appartient désormais au passé et il serait temps de phagocyter une franchise définitivement atone.

Derechef, Doug Bradley sera approché, voire convoqué pour endosser les oripeaux épineux de Pinhead, mais le comédien décline poliment l'invitation et juge le script inepte. C'est donc Paul T. Taylor qui est l'heureux élu. Viennent également s'agréger Damon Carney, Randy Wayne, Alexandra Harris, Heather Langenkamp, Gary Tunnicliffe (à la fois devant et derrière la caméra), Diana Goldner et John Gulager. En outre, le script d'Hellraiser : Judgement est plutôt lapidaire et se résume en deux lignes. Attention, SPOILERS ! Les détectives Sean et David Carter sont en charge de l’affaire d’un serial killer violent qui terrorise la ville. En joignant leurs forces avec le détective Christine Egerton, ils plongent alors dans une spirale infernale d’horreurs qui pourrait bien en pas être de ce monde.
A l'aune de cette exégèse, difficile de s'enthousiasmer (encore une fois...) devant Hellraiser : Judgement qui, sur la forme, partage de nombreuses accointances avec Hellraiser 5 : Inferno.

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A l'instar du cinquième essai réalisé par Scott Derrickson, Hellraiser : Judgement s'apparente à un thriller policier visant à démasquer un serial killer apparenté aux activités lucifériennes fomentées par Pinhead et ses fidèles prosélytes. Visiblement, l'essentiel du budget de Hellraiser : Judgement a été dépensé dans la conception du bestiaire, assez impressionnant pour l'occasion. En déférence vis-à-vis du travail amorcé par Clive Barker en son temps, Gary Tunnicliffe s'approprie la franchise et crée de nouvelles créatures monstrueuses et protéiformes.
Ainsi, durant sa première partie, Hellraiser : Judgement parvient à illusionner son audimat en se polarisant sur ce fameux bestiaire énigmatique. Certes, par d'habiles subterfuges, Gary Tunnicliffe tente de marcher dans le sillage et le continuum d'Hellraiser, le Pacte et mime le premier chapitre de Clive Barker avec beaucoup d'opportunisme.

"Jugement et rédemption pour ceux qui ouvrent la boîte maléfique" avertit le réalisateur dogmatique. Malencontreusement, Gary Tunnicliffe reste avant tout un technicien des maquillages et des effets spéciaux. Il n'est pas un metteur en scène orfèvre et encore moins le suppléant émérite de Clive Barker. En résulte un dixième volet apathique qui se fourvoie rapidement dans les affres de la fastidiosité lorsqu'il se centre sur ses protagonistes humains. En revanche, le film retrouve quelques exhalaisons funestes lorsqu'il s'achemine sur Pinhead et son escouade de créatures malaisantes.
Etrange paradoxe pour un dixième chapitre en demi-teinte, parfois nimbé par quelques fulgurances visuelles, hélas beaucoup trop fugaces pour convaincre sur une durée pourtant lapidaire (à peine une heure et vingt minutes de bobine). 

Note : 09/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

28 novembre 2018

Halloween - 2018 (Les entrailles de l'esprit du mal)

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Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 2018
Durée : 1h49

Synopsis : Laurie Strode est de retour pour un affrontement final avec Michael Myers, le personnage masqué qui la hante depuis qu’elle a échappé de justesse à sa folie meurtrière le soir d’Halloween 40 ans plus tôt.    

La critique :

Retour sur une saga horrifique et proverbiale, j'ai nommé Halloween, une franchise qui a signé son avènement et sa consécration via un premier chapitre en apothéose, Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978). Certes, pour les thuriféraires de l'épouvante, ce premier épisode marque la quintessence, ainsi que la naissance du slasher. Pourtant, pour les cinéphiles avisés, le genre trouve ses premières lettres de noblesse avec Black Christmas (Bob Clark, 1974). D'autres spectateurs érudits situent même les tous premiers reliquats quelques années auparavant avec La Baie Sanglante (Mario Bava, 1971). Toujours est-il que c'est bien le film de John Carpenter qui remporte le précieux pactole et qui apparaît, à l'époque, comme une oeuvre charnière.
Mieux, le métrage s'inscrit durablement dans la culture populaire américaine.

John Carpenter s'octroie le statut du maître de l'épouvante et invente une nouvelle forme de croquemitaine. Le cinéaste émérite se polarise sur un certain Michael Myers, un forcené évadé d'un hôpital psychiatrique. Quinze ans plus tôt, le criminel à peine âgé de six ans avait assassiné sa soeur de 16 ans. Pendant plusieurs années, le maniaque sera scruté, sondé et analysé par son psychiatre, le Docteur Loomis. Le diagnostic du médicastre est sans appel. Michael Myers n'est ni fou, ni forcément conscient de ses actes. Un oxymore. Il est le mal incarné, celui qui doit rester définitivement claustré et ostracisé de notre société moderne et contemporaine.
De retour à Haddonfield en 1978, le sociopathe a bien l'intention de perpétuer un nouveau massacre, au grand dam de Laurie Strode, une adulescente pudibonde. 

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Dès lors, John Carpenter réalise un slasher âpre et virulent, dont les tendances scopophiles ne sont pas évoquer les tropismes sexuels du serial killer du film Le Voyeur (Michael Powell, 1960). Succès commercial et pharaonique oblige, Halloween premier du nom devait se transmuter en une franchise lucrative et de qualité erratique. Magnanime, John Carpenter participera encore aux animosités dans Halloween 2 (Rick Rosenthal, 1981) et dans Halloween 3 : Le sang du sorcier (Tommy Lee Wallace, 1982). Mais le troisième opus essuie un camouflet et est unanimement chapitré par toute une pléthore de contempteurs acharnés. Dépité, John Carpenter délaisse la franchise à une myriade de tâcherons. Ces derniers se chargeront doctement d'avilir la saga vers les affres de la fastidiosité.
L'ultime absoute sera prononcée par un Halloween 6 (Joe Chapelle, 1995) de sinistre mémoire. On croyait la franchise définitivement inhumée.

Peut-être était-il temps pour Michael Myers d'exhaler son dernier soupir... Le croquemitaine échevelé effectuera encore quelques retours inopinés, notamment avec Halloween, 20 ans après (Steve Miner, 1998), un nouvel épisode qui marche dans le sillage et le continuum de Scream et de ses nombreux succédanés réalisés durant la décennie 1990. Le boogeyman au masque d'albâtre cèdera même aux modes concomitantes de la téléréalité et du found footage via un Halloween : Resurrection (Rick Rosenthal, 2002), qui commet l'exploit d'égaler la médiocrité et la cancrerie d'Halloween 6. Après plusieurs années de disette cinématographique et de tergiversations, la franchise se devait d'explorer la genèse psychopathique de Michael Myers. 
C'est dans cette dialectique que Rob Zombie s'attelle à un remake homonyme, puis à une suite quelques années plus tard. 

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A tort, son Halloween (2007) et son Halloween 2 (2009) sont stigmatisés par des critiques vachardes. Or, Halloween 2 reste probablement le chapitre le plus éloquent depuis celui de John Carpenter. Depuis la sortie élusive d'Halloween 2, qui a fait l'objet de curieux anathèmes, peu ou prou de nouvelles de Michael Myers. Le slasher est désormais obsolète. Mais le célèbre boogeyman se devait ressusciter un jour ou l'autre... Pendant longtemps, les producteurs hollywoodiens argueront et disserteront sur la sortie d'un Halloween 3D, mais le projet est prestement abandonné suite à la défection de Rob Zombie. De facto, plusieurs cinéastes seront approchés et envisagés pour signer un Halloween 3 putatif, entre autres Marcus Dunstan, puis Adam Wingard.
Puis, sans fard, John Carpenter s'invite parmi les inimitiés. Le metteur en scène intime les producteurs de financer un reboot qui serait la suite logique et inhérente de Halloween, la nuit des masques.

John Carpenter devient alors le producteur délégué d'Halloween, finalement réalisé par David Gordon Green en 2018. La simple évocation de ce cinéaste a le mérite de susciter quelques frayeurs puisqu'il reste le réalisateur de All the real girls (2003), Délire Express (2008), ou encore Baby-Sitter malgré lui (2012). En optant pour la suite directe à Halloween, la nuit des masques, John Carpenter et David Gordon Green font volontairement fi des chapitres qui suivront par la suite. Au moment de sa sortie, Halloween triomphe et culmine parmi les premières places du box-office.
En sus, les critiques sont unanimement dithyrambiques et encensent un slasher probe, virulent et même susceptible de faire ciller le film abominable de John Carpenter. Reste à savoir si Halloween, version 2018, mérite de telles idolâtries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...

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La distribution du film se compose de Jamie Lee Curtis, James Jude Courtney, Nick Castle, Judy Greer, Andi Matichak, Virginia Gardner, Will Patton, Haluk Bilginer et Toby Huss. Attention, SPOILERS ! (1) Une équipe de podcasteurs britanniques se rend aux États-Unis pour réaliser un reportage sur le massacre perpétré par le psychopathe Michael Myers lors de la nuit d'Halloween en 1978. Le reportage prend soudain une tournure macabre lorsque Myers parvient à s'évader lors d'un transfert vers un nouvel asile psychiatrique. Sa seule préoccupation est de se venger de Laurie Strode, la survivante du massacre. Après le traumatisme qu'elle a vécu il y a quarante ans, Laurie se prépare au retour de Michael Myers, négligeant ainsi sa fille, Karen, et sa petite-fille, Allyson, dans le but d'affronter une ultime fois le désormais célèbre tueur d'Halloween (1). A l'aune de cette exégèse qui constitue tout de même le onzième chapitre de la franchise, on pouvait légitimement ergoter et maronner après ce Halloween (2018).

La saga pouvait-elle renaître de ses cendres désormais éparses ? En vérité, la presse a sciemment omis le cas d'Halloween 2, version Rob Zombie, un ixième épisode qui permettait d'apprécier Michael Myers sous des oripeaux sanglants et vertigineux. Contrairement aux apparences, ce n'est pas Halloween (2018) qui détient le record de meurtres et d'éviscérations sanguinolentes, mais bel et bien le second opus réalisé par Rob Zombie neuf ans plus tôt. Par ailleurs, à l'aune ce reboot, on peut se demander si Rob Zombie n'aurait pas dû revêtir les frusques thaumaturgiques d'une franchise exsangue.
Si Halloween (2007) et Halloween 2 (2009) demeurent largement perfectibles, ces deux volets pouvaient au moins s'enhardir d'un certain didactisme à consonance familiale, sur fond de tragédie, de malédiction et de fantasmagorie déviante.

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Certes, le Halloween de David Gordon Green envoie prestement les quatrièmes, cinquièmes et sixièmes méfaits dans leurs pénates. Mais sur la forme comme sur le fond, cette résurrection est à peine supérieure à Halloween, 20 ans après ; à tel point que l'on pourrait légitimement invoquer un Halloween H40, ou un Halloween, 40 ans après (vous choisirez...). Autant l'annoncer sans ambages. La déception est de mise. La plus grande carence provient essentiellement d'un scénario lacunaire. Opportuniste, David Gordon Green opte pour l'hommage et la déification au film de John Carpenter.
Le cinéaste reprend les codes, les préceptes et les dogmes inhérents qui ont érigé le succès du tout premier chapitre en son temps : l'évasion de l'asile psychiatrique, le retour de Michael Myers dans la ville d'Haddonfield, ainsi que l'effroi qu'il suscite.

Oui, Myers synthétise à lui seul ce fameux mal incarné. Le célèbre boogeyman préfigure les entrailles du mal dixit le propre aveu de David Gordon Green. Hélas, cette assertion aurait mérité un bien meilleur étayage. Dès lors, on se contrefout fichtrement des intrigues subsidiaires qui nimbent ce onzième opus. Ainsi, difficile de s'égayer, voire de s'enthousiasmer pour les vicissitudes familiales de Laurie Strode, en sérieuse déliquescence avec sa fille. En vérité, Halloween (2018) retrouve une certaine luminescence lorsqu'il se polarise sur cette confrontation homérique entre son héroïne, désormais chenue, et un adversaire d'une redoutable pugnacité.
Vous l'avez donc compris. Hormis certaines apparences futiles, Halloween (2018) n'est pas ce slasher complexe, voire amphigourique décrié par certaines critiques extatiques. Il n'est qu'un tantième slasher de facture classique et conventionnelle, certes plutôt efficace, en particulier pour les néophytes qui apprécieront sans doute les nouvelles forfaitures de Michael Myers. En revanche, pour les thuriféraires de ce registre cinématographique, Halloween (2018) constituera au mieux un nouvel épisode obsolescent qui ânonne benoîtement les recettes éculées de jadis.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Halloween_(film,_2018)

27 novembre 2018

Martyrs - 2008 : représenter la violence (Présentation par PepperMan)

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Aujourd'hui, Cinéma Choc vous propose un débat autour du film Martyrs (Pascal Laugier, 2008) et de la thématique de la violence à travers une vidéo publiée par PepperMan et disponible sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=SwcXXMGwvJs