Cinéma Choc

26 avril 2018

Le Manoir du Chat Fantôme (L'être humain est une pelote de laine pour le chat)

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Genre : Fantastique, épouvante, horreur (interdit aux - 12 ans)

Année : 1958

Durée : 1h09

 

Synopsis :

Un docteur s'installe dans un vieux manoir avec sa femme. La terreur s'installe après qu'elle ait fait une série de cauchemars.

 

La critique :

A la grande déception de certains, l'heure est venue pour nous de faire face à la chronique du dernier Japanese Horror Classics qui fut initié avec l'excellent Onibaba, les tueuses. Autant le dire, pour tous les passionnés du cinéma d'horreur, cette pentalogie reste assurément une valeur de choix pour passer une très bonne soirée cinéphile. Loin du carcan lamentablement étroit et sans originalité de notre cinéma d'horreur contemporain, cette anthologie a le mérite de faire office d'une bouffée d'air frais. Ambiance et noirceur en sont les maîtres mots. De l'avant-gardisme morbide d'Onibaba, en passant par l'histoire d'amour macabre de Kuroneko, le folklore inquiétant de Kwaïdan et le chaos généralisé de Jigoku, tous ont en commun trois choses : grande qualité, professionnalisme et originalité. Soyons, cependant, honnêtes, il est logique que ce type d'horreur ne convienne pas au public populaire. Difficiles d'accès et loin des poncifs avariés auxquels certains y sont habitués, oui les Japanese Horror Classics sont des pépites du septième art mais certainement pas des oeuvres revendiquées et célébrées par la population.

Il est donc temps de parler du dernier opus du nom de Le Manoir du Chat Fantôme réalisé par Nobuo Nakagawa. Ce nom vous dit quelque chose ? Rien d'étonnant puisque c'est le cinéaste de Jigoku qui récidive en clôturant l'anthologie. Peu connu, créateur d'oeuvres très confidentielles telles Koheiji est vivant ou Les Fantômes du Marais de Kasane, Jigoku reste la pellicule qui lui permit d'avoir les projecteurs sur lui pour les amateurs de cinéma plus ou moins extrême. Non sans verser dans les débordements outranciers de notre époque autant dire que le film ne lésinait pas sur la violence alors qu'il sortit en 1960. Un traitement inouï pour l'époque. Mis à part ça, que dire de plus sur ce fameux Manoir du Chat Fantôme ? Eh bien rien de spécial ! Aucune anecdote notoire et souvent vu comme l'opus oublié au regard des autres qui avaient mis la balance très haut.
Introduction fort courte, à mon grand regret. Pourtant, ce n'est pas parce que l'on ne sait rien raconter sur l'histoire autour du film qu'il est insignifiant. Des chefs d'oeuvre qui sont vus comme inexistants, cela existe ! Que dire du métrage d'aujourd'hui ?

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ATTENTION SPOILERS : Un médecin se remémore ses mystérieuses expériences félines dans une vieille maison hantée. Par le maître du film d'horreur Nakagawa Nobuo qui lancera la mode d'un nouveau cinéma de genre: "le Film de yôkai", où la part belle sera faite aux terrifiants chats fantômes.

Plutôt intriguant ! Mais que veut dire le terme "yokai" ? Eh bien cela regroupe beaucoup de termes aussi variés qu'esprit, fantôme, démon ou apparition étrange. Un type de créatures surnaturelles issues tout droit du folklore japonais. Leur nombre est très important et est sujet à un tas de comportements divers allant de l'espièglerie, à la malveillance ou même la chance si on en arrive à les croiser. Vous vous douterez bien que la chance ne sera pas de rigueur dans ce métrage inhabituellement plus court que la moyenne vu qu'il fera à peine plus d'une petite heure.
De quoi être utilisé comme petit avant-goût à une réelle soirée ou quand on a eu une journée exténuante à heures sup' avec un boss qui nous a emmerdé et un souper à préparer. Très surprenant d'ailleurs que ce petit Manoir du Chat Fantôme. L'histoire démarre dans un hôpital plongé dans une obscurité oppressante toute sauf propice au bien-être psychologique des malades. Dans ce lieu déroutant, la caméra flottante nous amène dans un bureau où un homme va se remémorer une bien étrange histoire. Ayant une femme souffrant de la tuberculose, il a dû se résoudre à quitter Tokyo pour s'installer en campagne. Là, une grande maison vétuste surnommée simplement "la maison hantée" gît, ténébreuse, dans les environs. Au moment de franchir l'enceinte, il semblerait que le couple ne soit pas seul et comme de fait, un esprit félin semble hanter le domaine. 

Cet esprit va se délecter de la terreur de la jeune femme qu'il s'amusera à tourmenter. Il ira jusqu'à tuer violemment un chien un peu trop aboyeur. Exténué par ce mode de vie, le médecin va consulter avec l'aide d'une de ses connaissances une sorte de prêtre. Mais que peut bien vouloir cet esprit ? Quel acte le couple a-t-il provoqué pour subir le courroux du yokai ? Le prêtre leur racontera l'histoire qui a mené jusqu'à la malédiction de cette maison. D'un point de vue scénaristique, c'est une double mise en abîme, si on peut appeler ça comme ça. Façon Inception, un film dans un film lui-même dans un film. Rassurez-vous, absolument rien de compliqué n'est au programme et le tout se suit sans anicroche. C'est par le biais d'une construction scénaristique audacieuse et pour le moins passionnante que Le Manoir du Chat Fantôme suscitera un réel intérêt, bien au-delà de ce que nous étions en droit d'attendre. Pourtant, le plaisir s'arrêtera bel et bien là ! A la différence de ses 4 aînés qui pouvaient reposer sur un superbe second niveau de lecture, le film ici se montre bien plus simple d'approche.
Certes, nous pourrions voir en la réincarnation d'un homme assassiné, le reflet d'un acte malfaisant ne pouvant rester impuni. Un meurtrier ne peut s'extirper de sa condition après assassinat et se devra de vivre avec son fardeau pour le restant de ses jours. C'est en théorie bien évidemment mais certains fous dangereux ne semblent pas se soucier de la mort qu'ils ont engendré. Du coup, le niveau de lecture est assez flou. Dans tous les cas, Le Manoir du Chat Fantôme, soyons honnêtes, est certainement le moins ambitieux des Japanese Horror Classics.

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Le caractère moins ambitieux provient aussi d'une courte durée le transmutant en moyen-métrage. Forcément, nous n'avons pas le temps de nous attacher comme il faut aux personnages. C'est assez râlant car il y avait vraiment moyen de développer davantage pour au moins rajouter 20 minutes. Le potentiel était là pour en faire un long-métrage. On remarque très vite cela car certains passages sont trop brusques, trop rapides. Oui, il n'y a à aucun moment de temps mort mais il faut savoir jongler entre les deux. Parfois, aller trop à l'essentiel peut détruire un récit qui aurait permis de s'accrocher davantage, de se familiariser avec certains personnages.
Cependant, Nakagawa ne s'est pas embourbé dans le médiocre, loin de là. Son yokai semble indestructible, hors d'atteinte de la force des mortels et cache un secret bien plus sombre qu'il n'en a l'air. Au risque de me répéter, le récit, outre sa courte durée, est le grand point fort du film. 

Pour ce qui est de l'aspect esthétique, Nakagawa confirme toute son érudition mais tourne son film en deux temps. Si la plus grosse partie narrant l'histoire de la maison est en couleurs, les parties contemporaines et dans l'hôpital seront dans un style de noir et blanc bleuté visuellement très intéressant. Certains plans sont de toute beauté et forcent le respect à l'image de ce jardin fleuri anciennement comme vétuste actuellement. Une grande importance a été apportée à l'esthétique et à cette ambiance où l'horreur est davantage tournée vers le folklore que vers ce besoin de faire peur au spectateur. Non, ne comptez pas sur Le Manoir du Chat Fantôme pour ne pas savoir fermer les yeux de la nuit.
L'ambiance ne se prive pas de fasciner le spectateur et le côté glauque qui en résulte est transmuté en une forme d'adoration. La bande sonore reste assez sommaire et l'interprétation des acteurs ne sera pas inoubliable. On citera au casting Toshio Hosokawa, Midori Chikuma, Fuji Satsuke ou encore Shin Shibata

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En conclusion, il est indiscutable que Le Manoir du Chat Fantôme est une oeuvre très intéressante et aux antipodes de ce que notre cinéma a l'habitude de sortir. Privilégiant essentiellement une atmosphère épatante sur le folklore du pays du Soleil Levant, Nakagawa a fait de son film, une oeuvre mature et agréable. Il est dommage qu'une certaine simplicité réside dans un second niveau de lecture, disons-le, quasi absent. Il est dommage d'avoir affaire à une courte durée qui n'avait pas lieu d'être. Sans surprise, ce n'est pas ce Manoir qui bousculera la première place tenue par Jigoku dans la filmographie du réalisateur. Ainsi s'achève ces chroniques portant sur une pentalogie injustement méconnue du public. Une pentalogie donnant ses lettres de noblesse au genre en le complexifiant sous un regard nouveau. Les Japanese Horror Classics c'est cette courte série de films à la qualité exemplaire.
Une qualité déclinante à partir du 4ème (je sens que mon assassinat sera proche si Inthemood lit cette phrase), certes, mais qu'est-ce que l'on aimerait avoir ce genre de qualité déclinante restant toujours dans le domaine du très grand moment de cinéma. Les Japanese resteront cet emblème révolu sans équivalent cinématographique qu'il est indispensable de mettre en avant plan. Un emblème à la distribution perfectible dont Le Manoir du Chat Fantôme en serait peut-être bien le plus compliqué des cinq à trouver. A travers cette construction narrative façon Inception, nous avons un regard différent sur ces petites boules de poils qui risqueraient fort bien d'être vos amis le jour où vous déciderez de vous venger. 

 

Note : 15/20

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Jack Le Tueur de Géants - 1962 (Dans les griffes du magicien Pendragon)

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Genre : fantastique, heroic fantasy, aventure 
Année : 1962
Durée : 1h29

Synopsis : En l'An 1000 dans les Cornouailles, le roi Mark exile le Prince Noir. Pour se venger, il fait enlever la fille du roi par un géant. Mais le fils d'un humble fermier, Jack, sera quémandé par le roi pour sauver sa fille des griffes du géant. Son chemin sera semé d'embûches et de monstres fabuleux...  

La critique :

Promis à une carrière d'architecte, Nathan Juran abandonne finalement ses études et même son futur travail d'orfèvre pour se consacrer, totalement, au métier de dessinateur pour le compte de la société R.K.O. C'est dans ce contexte que Nathan Juran affine et peaufine son style d'artiste avisé sur les tournages de The Loves of Edgar Allan Poe (Harry Lachman, 1942), Le Fil du Rasoir (Edmund Goulding, 1946), ou encore L'Orchidée Blanche (André De Toth, 1947) en se parant des atours de directeur artistique. Pour Nathan Juran, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à l'orée des années 1950 pour signer son tout premier long-métrage, Le Mystère du Château Noir (1952).
Après un détour élusif par le western (Quand la poudre parle en 1953), Nathan Juran se découvre une véritable fascination pour le cinéma fantastique et de science-fiction.

Impression corroborée par la sortie de La Légende de l'Epée Magique (1953), une série B qui accrédite sa passion pour le cinéma bis. Viennent également s'agréger La chose surgit des ténèbres (1957), A des millions de kilomètres de la Terre (1957), Le cerveau de la planète Arous (1957), L'Attaque de la femme de 50 pieds (1958), ou encore Le Septième Voyage de Sinbad (1958). Le nom de Nathan Juran devient alors indissociable du cinéma bis.
Le metteur en scène prise et affectionne toutes ces histoires fantaisistes relatives aux contes, à des héros crânes et opiniâtres, aux épopées héroïques, ainsi qu'à des créatures féériques, célestes et/ou gargantuesques. 
Le Septième Voyage de Sinbad (précédemment mentionné) bénéficie de la technique de la stop-motion et surtout de l'érudition de Ray Harryhausen, un autre parangon de la série B. 

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Le Septième Voyage de Sinbad reste également le long-métrage le plus notoire de Nathan Juran et le cinéaste souhaite rééditer ce petit exploit commercial dans les salles obscures. C'est pour cette raison qu'il s'attelle à la réalisation de Jack le Tueur de Géants en 1962, film pour lequel il retrouve Kerwin Mathews qui interprétait justement le fameux Sinbad... dans Le Septième Voyage de Sinbad (au cas où vous n'auriez toujours pas compris...).
L'acteur se révélera en 1955 avec le film On ne joue pas avec le crime de Phil Karson et collectionnera les aventures fantastiques au cinéma, que ce soit dans Les Voyages de Gulliver (Jack Sher, 1960), OSS 117 se déchaîne (André Hunebelle, 1963) et Banco à Bangkok pour OSS 117 (André Hunebelle, 1964
). Puis, après ces succès populaires, le comédien disparaîtra subrepticement des radars.

Pour le tournage de Jack le tueur de géants, Nathan Juran ne bénéficie plus de la dextérité de Ray Harryhausen, le technicien vaquant à d'autres projets cinématographiques. Le travail est donc diligenté par d'autres techniciens beaucoup moins émérites, ce qui se ressent lors du visionnage du film. C'est aussi la raison pour laquelle Jack le tueur de géants est souvent répertorié parmi les nanars azimutés en raison de ses montres grotesques et funambulesques. Reste à savoir si le métrage mérite réellement de figurer parmi les mauvais films sympathiques.
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Hormis la présence de Kerwin Mathews, la distribution du film se compose de Judi Meredith, Torin Thatcher (qui interprétait déjà un vil magicien dans Le Septième Voyage de Sinbad... Bis repetita...), Walter Burke, Don Beddoe, Barry Kelley et Dayton Lummis.

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Attention, SPOILERS ! (1) L'ignoble sorcier Pendragon, banni d'Angleterre, veut s'emparer du trône de Cornouailles en faisant abdiquer le roi et en épousant sa ravissante fille, la princesse Elaine. Il la fait enlever par un de ses serviteurs, un immense géant, mais Jack, un modeste fermier, parvient à le tuer et sauve ainsi la belle captive. Mais Pendragon n'a pas renoncé à ses sombres desseins (1). Une nouvelle ruse du magicien permet de transformer Elaine en une ignoble sorcière sous l'emprise d'un terrible sortilège. Pour rompre le charme, Jack devra se colleter avec plusieurs créatures étranges, cruelles et monstrueuses. A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas considérer Jack le tueur de géants comme un remake officieux (et à peine déguisé) de Le Septième Voyage de Sinbad.
Le même acteur (Kerwin Mathews) rempile pour une aventure similaire mais sous un autre pseudonyme (Jack au lieu de Sinbad).

Thorin Thatcher joue derechef les magiciens cupides et fallacieux. Le scénario est peu ou prou analogue, à la seule différence que Jack n'est pas marin (contrairement à Sinbad...), mais un modeste fermier sans histoire qui sauve la belle d'un sort funeste. Seule différence et pas des moindres, les effets spéciaux et visuels de Jack le Tueur de Géants ne sont plus prodigués par Ray Harryhausen. De facto, Jack le Tueur de Géants souffre inévitablement de la comparaison avec son auguste devancier. En effet, difficile de ne pas ergoter ni clabauder sur la piètre qualité de la stop-motion.
D'ailleurs, les nouveaux techniciens se contentent de copier - limite de parodier - l'excellent travail de Ray Harryhausen sur Le Septième Voyage de Sinbad. Certes, cet avatar joliment obsolète s'intitule Jack le Tueur de Géants

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Pourtant, les géants se comptent sur les doigts atrophiés de la main. Pour information, vous ne verrez que deux créatures de taille cyclopéenne dans cette bisserie impécunieuse. De surcroît, le design chancelant des montres anthropomorphes peine réellement à convaincre (voir la photo ci-dessus). Pour le reste, Nathan Juran se montre plutôt magnanime en termes d'actions et de saynètes joyeusement surannées. Heureusement, le film possède un solide bestiaire avec des squelettes sévèrement dégingandés, des spectres et même des morts-vivants putrescents ! 
En fait, le charme délicieusement périmé du film ne repose pas vraiment sur les épaules malingres de Kerwin Mathews, plutôt timoré pour l'occasion, mais sur ses décors kitchs, ses costumes défraîchis et ses couleurs bigarrées et ringardes !

Même pour une oeuvre du début des années 1960, Jack le Tueur de Géants apparaît comme une pellicule désuète. Toutefois, difficile réellement de parler de nanar en dépit de ce combat avarié entre une sorte d'ophidien et un géant bicéphale. En l'état, Jack le Tueur de Géants possède un charme ineffable, celle d'une bisserie désargentée qui a sérieusement accusé le poids des années. Pour une fois, la réalisation d'un remake éponyme par les soins de Bryan Singer en 2013 est totalement justifiée. Ensuite, force est de constater que l'on ne s'ennuie jamais.
Néanmoins, cette aventure truculente et rocambolesque s'adresse presque exclusivement au jeune public ou aux fans invétérés du cinéma bis, soit ceux et celles qui se délectent de productions presque anachroniques. Ma note finale fera donc preuve d'une étonnante mansuétude car objectivement, le film mérite moins, beaucoup moins...

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

25 avril 2018

South Park, le film ("Bigger, longer and uncut")

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Genre : film d'animation, comédie (interdit aux - 12 ans)
Année : 1998
Durée : 1h21

Synopsis : Quatre garnements ont réussi à assister a la projection d'un film canadien de Terrance et Phillip interdit au moins de dix-huit ans. Tétanisés de bonheur et transportés au septième ciel, Stan, Kyle, Kenny et Cartman n'ont plus qu'une idée : transmettre leur savoir à leurs copines et copains verts d'envie. Bientôt les enseignants sont impuissants face à l'anarchie qui s'installe. Alertées, les mères s'unissent pour que leurs rejetons se calment mais par leurs méthodes expéditives provoquent la guerre entre le gouvernement canadien et la Maison-Blanche.    

La critique :

On omet trop souvent de le dire et de le préciser, mais avant devenir le célèbre démiurge de la série d'animation South Park, Trey Parker est tout d'abord passé par l'école Troma. Repéré par Lloyd Kaufman pour sa condescendance et ses truculences, Trey Parker démarre sa carrière cinématographique dès les années 1990 avec Cannibal ! The Musical (1993), un long-métrage justement produit par la firme indépendante Troma. Trey Parker n'a jamais caché son appétence pour les épigrammes et les gaudrioles, impression corroborée par la sortie d'Orgazmo (1997) qu'il produit, écrit, scénarise et réalise. Corrélativement, Trey Parker s'accointe et s'acoquine avec Matt Stone. Ensemble, les deux comparses créent la série télévisée d'animation South Park.
A ce jour, la série compte 20 saisons pour environ 275 épisodes (277 pour être précis...).

En l'espace de deux décennies, South Park s'est octroyé le statut de série culte et même de phénomène populaire. South Park s'est peu à peu imposé dans la culture américaine notamment en invitant de nombreuses célébrités à jouer leur propre rôle, mais surtout en arborant un ton salace et irrévérencieux. Pour Matt Stone et Trey Parker, il était donc temps de transmuter ce phénomène à la fois salace et proverbial en un long-métrage cinématographique, justement intitulé South Park - Le Film, et sorti en 1998. Certes, ce film d'animation est produit et financé à la fois par Warner Bros et Paramount Pictures. Toutefois, pas question pour Matt Stone et Trey Parker de minorer leurs ardeurs.
Non seulement South Park - Le film se doit de respecter l'essence et l'esprit de la série originelle, mais il doit aussi afficher ostentatoirement son outrecuidance.

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A ce jour, South Park - Le film détient le triste record du nombre d'obscénités déversées à l'écran, ce qui lui vaudra une mention R (restricted) par la Motion Picture Association of America (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/South_Park,_le_film). En France, le film est "seulement'" (si j'ose dire...) interdit aux moins de 12 ans pour des raisons analogues. Pis, South Park - Le Film est même entré dans le Livre Guiness des Records pour ses outrances et ses vulgarités. Toutefois, résumer South Park - Le Film à une oeuvre uniquement putassière serait bien réducteur.
Matt Stone et Trey Parker tancent et exècrent au plus haut point une société américaine justement obscène. En ce sens, South Park - Le Film doit être considéré comme une parodie de cette middle class américaine, celle qui s'est justement laissée appâter par le consumérisme ; thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.

Si Matt Stone et Trey Parker prêtent gentiment leurs voix à plusieurs personnages éminents du film, d'autres acteurs viennent participer aux inimitiés, notamment Isaac Hayes, Jennifer Howell, Minnie Driver, George Clooney et Brian Dennehy. Attention, SPOILERS ! Quatre garnements ont réussi à assister à la projection d'un film canadien de Terrance et Phillip interdit au moins de dix-huit ans. Tétanisés de bonheur et transportés au septième ciel, Stan, Kyle, Kenny et Cartman n'ont plus qu'une idée : transmettre leur savoir à leurs copines et copains verts d'envie.
Bientôt les enseignants sont impuissants face à l'anarchie qui s'installe. Alertées, les mères s'unissent pour que leurs rejetons se calment mais par leurs méthodes expéditives provoquent la guerre entre le gouvernement canadien et la Maison-Blanche.

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Une aubaine pour Satan qui, aidé par Saddam Hussein, tente de revenir sur Terre pour semer le chaos et la désolation. On pouvait légitimement craindre une telle adaptation cinématographique. Il n'est jamais aisé de transposer une série télévisée de 20 minutes en un long-métrage animé de 80 minutes de bobine. Autant l'annoncer de suite. Matt Stone et Trey Parker relèvent la gageure haut la main, à tel point que South Park - Le Film se révèle même plus probant que la série télévisée elle-même.
Par ailleurs, le métrage se soldera par un succès pharaonique, non seulement au box-office américain, mais aussi dans nos contrées hexagonales. Au moins, l'affiche du film a le mérite d'annoncer les animosités via la scansion suivante : "Bigger, longer and uncut", soit "Plus long, plus grand et pas coupé" en français. 
A ce sujet, merci gentiment d'ignorer la version française et de privilégier la version originale, ne serait-ce que pour ses chansons grivoises et débridées, notamment "Blame Canada", un morceau qui remportera pourtant l'Oscar de la meilleure chanson.

Mais South Park - Le Film, c'est avant tout un cri de désinvolture contre une Amérique abêtie et alanguie par ses propres goujateries. Telle est par ailleurs l'introduction impudente du film qui débute par la chanson Mountain Town. En deux minutes, Trey Parker et Matt Stone dressent une critique au vitriol d'un microcosme urbain habité par des bouseux. Personne ne trouve grâce aux yeux des deux comparses, que ce soit le gouvernement, les parents, les vieillards, les enfants et même le milieu artistique. Pour asséner leur message, Trey Parker et Matt Stone n'ont pas vraiment pour vocation de verser dans la demi-mesure, quitte à sombrer dans l'outrance et les épigrammes à profusion.
Oui, South Park - le Film est une oeuvre profondément misanthrope. C'est très simple, tout le monde en prend pour son grade, tout le monde y passe ou presque... 

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Que ce soit le gouvernement américain pour ses mesures draconiennes et ses tendances xénophobes, la censure, les médias coupables de complaisance, d'inculture et de félonie, certains artistes que Stone et Parker vilipendent et admonestent (notamment Winona Rider et Barbara Streisand qui sont taillées pour l'hiver) et bien sûr l'éducation parentale en tête de liste. Certes, le long-métrage confine souvent aux gauloiseries et autres pitreries totalement gratuites (la démonstration de ping-pong de Winona Rider ! Encore elle !). Pourtant, South Park - Le Film reste une oeuvre éminemment politique et idéologique, à la fois rebelle et libertaire.
Pour Matt Stone et Trey Parker, la démocratie américaine se pare des plus beaux atours d'une République pour mieux farder ses tendances scopophiles et autocratiques. 

Ainsi, toute une propagande est diligentée pour entrer en guerre contre le Canada, l'ennemi suprême, celui qu'il faut narguer, ostraciser, gourmander, vilipender, répudier, rudoyer et lyncher. Mais ce pays aurait pu tout aussi bien se nommer l'Irak ou la Corée du Nord. Tout dépend, in fine, du bon vouloir et des doctrines décrétées par une oligarchie qui régente notre quotidien, ainsi que le nouvel ennemi à abattre. Par ses roueries et ses blasphèmes, la propagande politique et médiatique désigne un ennemi à occire et à éliminer sans jamais remettre en question ses propres pulsions archaïques et primitives. Ce n'est pas un hasard si Satan en personne requiert les doctrines despotiques d'un Saddam Hussein satyriasique pour asseoir son hégémonie sur la Terre. 
Les délires pétomanes de Terrance et Philippe ne doivent pas masquer une problématique essentielle, à savoir cette scission irrémissible et générationnelle qui s'est peu à peu immiscée entre des parents pusillanimes et une jeunesse en déliquescence. Indubitablement, Trey Parker et Matt Stone s'identifient et se reconnaissent à travers les tribulations de Kyle, Stan, Cartman et Kenny. Eux aussi sont issus de cette plèbe et sont les anciens enfants perdus de cette même populace. South Park - Le Film serait-il donc le nouvel ennemi à abattre ? Pas vraiment...
C'est tout le paradoxe de ce long-métrage hystérique et jubilatoire. 
Pour conquérir et convaincre leur public, Matt Stone et Trey Parker utilisent, in fine, les mêmes méthodes radicales que celles employées par cette oligarchie politique, médiatique et hiératique. Vous l'avez donc compris. Sous ses faux airs de comédie potache, South Park - Le film mérite et nécessite une analyse précautionneuse. J'espère donc que vous me pardonnerez pour la frugalité de cette chronique.

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

24 avril 2018

Vadias Do Sexo Sangreto (Samba, Kafka, Cashaça !)

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Genre : comédie, gore, trash, hardcore (interdit aux - 18 ans)
Année : 2008
Durée : 30 minutes 

Synopsis : Un homme est trompé par sa petite amie qui lui préfère une jolie blonde. Entre deux disputes, le trio amoureux se retrouve confronté à un serial killer nécrophile et bedonnant qui durant sa jeunesse, fut violé par 48 prêtres. Le sadique a pris l'habitude pour le moins malsaine de collectionner les vagins de ses victimes. Ça va faire très mal !

La critique :

Les films d'horreur qui s'exportent du Brésil ne sont pas légion. On peut même dire qu'ils sont extrêmement rares dans nos contrées européennes. En tout cas, leur réputation ne dépasse que peu souvent les frontières de leur pays. Mis à part le cas bien particulier de José Mojica Marins, dont le dernier film, l'ultra violent Embodiment Of Evil, fera l'objet d'une prochaine chronique, le pays de la Samba n'a jamais présenté à un public international, un film qui dépote. Et pourtant, Dieu si les brésiliens sont des petits vicieux, de gros cochons même ! Cochons est d'ailleurs un terme des plus appropriés puisque ce sont eux les véritables spécialistes du porno zoophile avec des films comme Emoções Sexuais De Un Caballo (1986) ou encore le diptyque 24 Horas De Sexo Ardente (1985)/ 48 Horas De Sexo Alucinante (1987) signé Mojica Marins, encore lui. Mais voilà qu'en 2008, déboule dans le milieu du cinéma underground, un court-métrage commis par un certain Petter Baiestorf.
Gore outrancier et pratiques sexuelles déviantes, les deux mamelles (si je puis m'exprimer ainsi) du cinéma trash sont ici réunies dans un film complètement amateur et déjanté : Vadias Do Sexo Sangreto. Autant vous prévenir de suite, cet ovni filmique qui part dans tous les sens envoie méchamment le matos.

Le film ne dure que trente minutes mais il ne laisse pas une seule seconde de répit au spectateur tant les situations d'un mauvais goût sans limite et toutes les transgressions défilent à une vitesse folle. Là, vous vous dites "Houla, ça doit être un sacré morceau, celui-là!". Oui mais non en fait, car l'incroyable amateurisme de l'oeuvre, son foutoir innommable et ses situations hilarantes d'absurdité font qu'il est quasiment impossible de garder son sérieux devant ce "spectacle" improbable. Parce que Vadias Do Sexo Sangreto est avant tout un énoooorme délire potache réalisé entre copains. Clairement tourné sous substances illicites, le film peut s'envisager comme un très gros melting pot foutraque dans lequel le réalisateur aurait déversé toutes les folies visuelles qui se bousculaient dans les recoins de sa caboche. Et cela devait bien bouillonner sous la cafetière de Petter Baiestorf car on ressort de la projection complètement incrédule en se demandant si l'on n'a pas halluciné...
Persistances rétiniennes assurées ! Comment dire ? Trop atypique pour être qualifié de nanar, trop sympathique pour être traité de navet, Vadias Do Sexo Sangreto est une ICTA (Improbabilité Cinématographique Totalement Aware), un film qui évolue dans une dimension parallèle aux confins du kafkaïen.

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Quoiqu'il en soit, Baiestorf frappe fort. Il nous propose une bizarrerie frappadingue qui ne se préoccupe absolument pas d'une quelconque logique et nous offre quelques moments ubuesques d'anthologie. Petter Baiestorf se soucie de la cohérence de son "scénario" comme de sa première chaussette. Ici, tout n'est qu'illogisme et barbarie insolite. Vadias Do Sexo Sangreto est une orgie de violence burlesque où des personnages libidineux aussi intelligents qu'un demi-neurone de Paris Hilton et aussi charismatiques que des bigorneaux fermentés, se retrouvent agressés par un serial killer gras du bide sérieusement désaxé. Le synopsis tient sur un confetti et le réalisateur a eu mille fois raison d'écourter la durée de son film. Un long-métrage n'eut pas été une bonne idée et en eut sûrement fait une daube indigeste. Le format court est idéal pour transposer à l'écran cette histoire à dormir debout mais tellement barge qu'elle en devient terriblement attachante. Incompréhensible...
Attention spoilers : Le film démarre en s'attardant deux longues minutes sur le vagin d'une femme qui se masturbe langoureusement. Puis, dans une prairie, un quinquagénaire bedonnant assassine une blonde filiforme.

Nous retrouvons cependant ladite blonde la scène d'après, en train de faire l'amour avec une brune plantureuse au grand désarroi du petit ami de cette dernière. L'homme avait été auparavant forcé d'avaler une petite radio par un psychopathe chevelu et du ventre de l'infortuné, proviennent des airs musicaux diffusés sur les radios locales. Puis, l'histoire part complètement en live puisque les personnages se font tuer les uns après les autres mais réapparaissent frais comme des gardons à la séquence suivante. Flashbacks ou uchronisme ? Seul Petter Baiestorf peut répondre à cette question ! Pour vous la faire courte, un serial killer chauve et ventripotent (véritable sosie de Bob Hoskins) surgit et commence à dézinguer tout ce joli petit monde. Des combats à la tronçonneuse moisis, une éviscération anale, des jets de sperme et d'hémoglobine seront au programme, mais toujours dans la joie et la bonne humeur.
À la fin du film, le serial killer offrira un bouquet de fleurs à ses victimes (ne cherchez pas à comprendre) et leurs aventures s'achèveront sur une samba où les quatre protagonistes s'enlaceront enamourés, en se faisant des câlins tous mignons.

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Bienvenue dans Vadias Do Sexo Sangreto ! Si on l'ajoute la fumette et la sniffette, la Cashaça (boisson alcoolisée brésilienne de 40°) a dû sûrement couler à flot durant le tournage de cet objet filmique non identifié. Je ne vois pas d'autre explication à ce pétage de plomb général et à cette frénésie communicative. Reste que malgré sa gigantesque vacuité, ce film de barges offre une demi-heure de bonheur aux amateurs de cinéma "différent". Dans ce format et ce concept, je ne vois que le mythique I Love Snuff de Jean-Louis Costes qui puisse soutenir la comparaison avec la furia de cet engin filmique brésilien. Quelques détails sur les réjouissances ? Oui, oui !
Bon, d'accord. Côté gore, nous aurons droit à une éventration à la tronçonneuse, à une éviscération par l'anus (!) suite à un fist fucking maousse, à un découpage de vagin (et à sa dégustation par le serial killer), à une ingurgitation forcée de transistor, ou bien encore à une fille qui plonge sa tête dans le poitrail fraîchement ouvert de sa victime. Poitrail ouvert à l'aide de ses seules mains... vachement fortiche la nana !

Côté mauvais goût, un peu d'urophilie sera au programme accompagnée d'un soupçon de nécrophilie, de lesbianisme torride et des indispensables viols outrageants. Et pourtant... Et pourtant, ce ne sont pas toutes ces horreurs qui doivent retenir notre attention, mais bien plus la façon dont elles sont traitées par le réalisateur. C'est là que les substances illicites entrent en scène. Le début du court-métrage est tout d'abord commenté en voix-off par un narrateur déchaîné. Comme le film ne possède évidemment ni doublage ni sous titres, c'est le portugais qui est de rigueur. Et c'est peut-être ce détail qui rend le métrage si drolatique avec ces aigus stridents dans les voix, à la manière des commentateurs hystériques de matches de football. Le narrateur nous explique que le serial killer nécrophile a été violé durant son enfance par 48 prêtres. Cela lui donne de sérieuses circonstances atténuantes !
Et Baiestorf de nous présenter celui qui est certainement le tueur en série le plus sympa de l'histoire du cinéma. Arrive donc cet hurluberlu bedonnant et dégarni qui commence à prendre des poses comiques face à la caméra. Cette même caméra tient aussi lieu de confidente à l'autre psychopathe du film, un chevelu au look de biker (joué par Baiestorf lui-même) qui s'adresse régulièrement au spectateur, à la manière de Michaël Pitt dans Funny Games US et qui se sert de l'objectif comme d'une glace afin de se repeigner !

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Aucun personnage n'a de nom et peu importe d'ailleurs, au vu de la trame scénaristique aussi épaisse que le fil à couper le beurre. On se fout royalement de leur sort tant ils sont inconsistants et peu attachants hormis notre serial killer, bien sûr. Les acteurs (sur)jouent comme des pieds, la caméra de Baiestorf est tantôt tremblotante tantôt épileptique, les bastons frisent le surréalisme avec des coups qui passent à un mètre des belligérants. Quant aux poursuites, elles se déroulent à deux à l'heure, au grand maximum. Mais j'ai gardé le meilleur pour la fin : au cours d'une scène de torture, une fille est abusée sexuellement. Sa copine se rebiffe et enfonce sa main si profondément dans l'anus du violeur qu'elle en ressort tripes et entrailles (au point où on est, on se fiche pas mal de la crédibilité).
Ouille, que ça brûle ! Voici donc notre agresseur agressé à son tour, un long saucisson d'organes pendouillant de son fion malmené, prit d'une envie irrépressible de se tremper le fondement dans la rivière la plus proche. Une scène filmée au ralenti et accompagnée d'une petite musique à la Benny Hill qui vaut son pesant de cacahuètes. Vraiment, cette scène est à se pisser dessus !

Le malheureux apaise tant bien que mal sa douleur sous le regard goguenard d'un vieux pêcheur barbu. Lequel pêcheur, curieux de la situation, ira tranquille se masturber jusqu'à éjaculation sur le postérieur d'une fille suspendue et au préalablement torturée dans la forêt. Bien mal en prit au vieux barbu puisqu'il finira par y passer lui aussi. Le film n'est pas à proprement parler pornographique, mais il frôle le genre d'un poil de pubis. Aucune scène de pénétration ou de fellation n'est montrée de façon explicite, mais une obscénité dérangeante est tout de même affichée tout au long du film, justifiant ainsi pleinement son interdiction aux mineurs. Comment définir, une telle cacophonie visuelle ?
Absurde mais géniale, nullissime mais irrésistible, gore mais amusante, Vadias Do Sexo Sangreto est une oeuvre qui accumule les paradoxes tout en s'attirant, de facto, l'adhésion d'un spectateur hébété mais conquis. Laissez donc votre cerveau au vestiaire le temps d'une petite trentaine de minutes et pénétrez dans l'univers azimuté de Petter Baiestorf.

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Une chose est sûre : les aficionados de mauvais goût seront aux anges devant ce maelström à la fois dépravé et hilarant. Ah, au fait, Vadias Do Sexo Sangreto peut se traduire littéralement comme "Chiennes de sexe sanglant". Pour l'occasion, le film est en parfaite adéquation avec son titre. Depuis 2008, Baiestorf a continué son petit bonhomme de chemin en signant trois autres méfaits cinématographiques. Deux films coréalisés avec d'autres cinéastes cariocas, Dark Sea en 2013 et The Black Fables en compagnie de José Mojica Marins, le maître absolu de l'horreur (sérieuse) brésilienne, l'année suivante. En 2015, il tourna en solo, 13 Weird Stories.
N'en n'ayant vu aucun des trois, je ne pourrai vous dire si ces opus sont du même calibre que Vadias Do Sexo Sangreto, mais je n'en pas serais pas surpris outre mesure. La décence vis-à-vis du noble Septième Art m'interdira d'attribuer une quelconque note à cette perle trépanée de la bobine, mais j'espère vous avoir donné envie de jeter dessus sans plus attendre. Vous ne serez pas déçus... 
Une chronique enthousiaste pour un film affligeant ? Peut-être, mais des films affligeants comme ça, je veux bien en déguster tous les dimanches. Un gros plaisir coupable, en somme. À consommer de toute urgence et sans aucune modération !

Note : ???

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Du Big Bang Au Vivant (L'univers, ce grand illusionniste)

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Genre : documentaire
Année : 2010
Durée : 1h27

Synopsis : (1) Notre planète « vivante » est la seule que connaisse l’humanité pour l’instant. Mais nous déployons une ardeur étonnante à l’exploration et la recherche des « autres ». Et cette nouvelle frontière suscite de vives passions. Jean-Pierre Luminet, cosmologiste, et Hubert Reeves, astrophysicien, entraînent les spectateurs dans une aventure scientifique inédite. En tant que guides et investigateurs principaux, ils décodent pour nous les images merveilleuses du télescope spatial Hubble et de la sonde WMAP. À leurs côtés, une équipe de chercheurs avant-gardistes et passionnés travaille dans l’ombre, scrute, et décortique le cosmos grâce à des instruments de plus en plus sophistiqués et à la puissance de leur imagination (1).  

La critique :

Le site Apar (source : http://www.apar.tv/cinema/30-documentaires-scandaleux-polemiques-subversifs-et-controverses-a-voir-ici-en-integralite/) répertorie une liste de "30 documentaires scandaleux, polémiques, subversifs et controversés" parmi lesquels on trouve le film de Iolande Cadrin-Rossignol, donc Du Big Bang au Vivant, sorti en 2010. A l'aune de cette liste foisonnante et exhaustive, il est difficile de comprendre la présence d'un tel documentaire.
A fortiori, le film de Iolande Cadrin-Rossignol n'a rien de polémique ni de scandaleux, si ce n'est (peut-être...) pour certains prosélytes ou fervents admirateurs de la foi religieuse et donc farouchement opposés à tout ce a attrait à l'agnosticisme... Réalisatrice, productrice et scénariste canadienne, Iolande Cadrin-Rossignol a essentiellement oeuvré dans les courts-métrages et les séries de documentaires.

Les thuriféraires de la cinéaste citeront aisément La question que je me pose (1973), Un pays, un goût, une matière (1976), Au nom de tous les dieux (1996), ou encore Hubert Reeves - conteur d'étoiles (2003). 
La réalisatrice n'a donc jamais caché son extatisme pour l'astronomie, l'astrophysique, la cosmologie et les théories quantiques. Il n'est donc pas surprenant de la retrouver derrière le documentaire intitulé Du Big Bang au Vivant. En allant sur le site concerné (source : http://www.dubigbangauvivant.com/), il est stipulé que ce documentaire "est un projet multiplateforme francophone sur la cosmologie contemporaine. Une dizaine de grands scientifiques, dont Hubert Reeves et Jean-Pierre Luminet, racontent les plus importantes découvertes dans le domaine de la cosmologie dans une odyssée spectaculaire de la naissance de l'Univers jusqu'à l'apparition de la vie sur Terre".

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Hubert Reeves fait désormais partie des grands parangons de la communauté scientifique et en particulier de l'astrophysique. Corrélativement, il milite pour la cause écologique et environnementale. Jean-Pierre Luminet est lui aussi un spécialiste éminent de l'astrophysique, en particulier de la cosmologie et de tout ce qui est relatif aux trous noirs. Avec de tels scientifiques, Du Big Bang Au Vivant possède évidemment de solides arguties dans sa besace, le principal écueil étant de sombrer dans un documentaire trop technique, nébuleux et alambiqué. Or, il n'en est rien.
En tant qu'astrophysicien, Hubert Reeves s'est toujours considéré comme une sorte de vulgarisateur scientifique. De facto, Du Big Bang Au Vivant, comme son titre l'indique, a pour vocation d'expliquer la genèse des premières luminescences du Big Bang jusqu'à la Création du vivant, donc des premières bactéries jusqu'aux premiers pas timorés de l'espèce humaine.

En une heure et 27 minutes de bobine, Du Big Bang au Vivant a donc pour mission de nous raconter l'histoire de l'univers, soit environ 13.7 milliards d'années. Une gageure pour le moins compliquée... Que soit. Pour débuter une telle épopée cosmologique, le documentaire se polarise, de prime abord, sur notre système solaire composé de huit planètes (Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune) et d'une pléthore de lunes et d'astéroïdes.
Pendant plusieurs millénaires, l'homme était persuadé que l'univers était immuable et qu'il se délimitait à la Terre et au Soleil, jusqu'à la découverte d'un système beaucoup plus complexe. Pour la religion, la Terre est le centre d'un univers stérile, claustré et étriqué. L'astronomie connaîtra un tournant fatidique et rédhibitoire au début du XXe siècle avec les découvertes d'Einstein et via sa théorie de la relativité. 

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La gravité fait partie des forces prédominantes de l'univers et semble façonner l'essentiel de notre cosmos. Pourtant, à l'époque, Einstein est persuadé que l'univers se condense, justement à cause de l'attraction gravitationnelle... Or, Edwin Hubble découvre l'existence d'une autre galaxie, Andromède. Pis, l'univers serait composé de plus d'une centaine de milliards de galaxies et serait d'une taille incommensurable, dépassant l'imagination la plus fertile. Non seulement, l'univers ne serait pas sur le point de rétrécir mais connaîtrait le mouvement inverse.
A chaque instant, à chaque seconde, il ne cesse de s'agrandir défiant les barrières de l'espace, de la lumière et du temps. Une telle découverte laisse les astronomes dubitatifs. Les théories d'Einstein méritent d'être révisées, au grand dam des astronomes avertis.

Il existerait d'autres forces invisibles dans l'univers qui seraient encore plus puissantes et plus denses que la gravité. Ces deux forces inextinguibles se nomment la matière noire et l'énergie sombre. Ce sont elles qui gouvernent à la fois l'équilibre et l'expansion du cosmos, ainsi que les lois de l'infiniment grand et du monde infinitésimal (ou le monde quantique). Pour mieux comprendre ce qui se produit à l'échelle de l'atome, les scientifiques ont érigé un accélérateur de particules en Suisse. En discernant les lois de ce monde infinitésimal, on espère aussi comprendre la genèse du Big Bang, à savoir ces premières lumières qui ont dicté la suite de l'histoire universelle régie par la formation de trous noirs, de galaxies, de planètes jusqu'à la création de la vie sur Terre.
Aujourd'hui, on sait que l'univers contient un certain nombre d'éléments chimiques de base (notamment l'hydrogène et le carbone) nécessaires à l'éclosion de la vie. 

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Or, le Soleil, notre étoile mère, est une sorte d'immense centrale nucléaire contenant essentiellement de l'hélium et de l'hydrogène. Sans le Soleil, pas de vie sur Terre. En ce sens, nous pouvons considérer l'espèce humaine comme des rémanents de notre étoile-mère, et plus largement, comme des rémanents du Big Bang. La question qui se pose en filigrane, c'est dans quel endroit de l'univers pourrions-nous à nouveau trouver de la vie, même sous forme bactérienne ?
Aujourd'hui, les espoirs reposent sur Mars, mais aussi sur Titan (une lune de Saturne) ou encore sous le sol gelé d'Europe (une lune de Jupiter). Néanmoins, pour trouver des formes complexes de vie, il faudra sortir de notre système solaire et dénicher des étoiles susceptibles d'abriter des formes vivantes. Toute la problématique actuelle consiste à voyager vers des distances titanesques. 

Or, même en atteignant la vitesse de la lumière (soit 300 000 kilomètres par seconde), le périple interstellaire risque de durer très longtemps, trop longtemps. L'idée serait donc de défier la vitesse de la lumière en gagnant justement du temps sur la lumière elle-même, une théorie qui rejoint la littérature de la science-fiction, via les trous de ver. Ces trous de ver correspondent, en physique, à des objets hypothétiques permettant d'accéder d'un point à un autre dans l'univers. 
D'une certaine façon, on pourrait les comparer à des portes ou plutôt à des tunnels spatio-temporels. A l'heure actuelle, nous n'avons toujours pas détecté la moindre once de vie dans l'univers. Mais une telle hypothèse reste fortement probable en raison de l'immensité même de l'univers. De surcroît, grâce à des télescopes modernes, nous avons pu déjà détecter des exoplanètes à priori habitables et/ou analogues à la Terre.

Mais nous ne savons pas si ces planètes potentielles abritent ou non la vie... ou seraient favorables à l'émergence de la vie. D'autres sujets passionnants sont abordés par ce documentaire, notamment la mort du Soleil, les étoiles à neutrons, les trous noirs, la naissance des étoiles, les explosions et les rémanents de supernova et toutes les questions qui nimbent la matière noire et l'énergie sombre ; entre autres ! Vous l'avez donc compris. Du Big Bang au Vivant est un documentaire captivant qui s'adresse à la fois aux passionnés et aux néophytes.
Par contre, lors du générique final, je n'ai toujours pas compris pourquoi (en quoi...), ce film mérite de figurer parmi les documentaires polémiques et scandaleux... 
In fine, on peut aussi ergoter sur la présence et donc la chronique de ce documentaire dans les colonnes de Cinéma Choc...

 

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.senscritique.com/film/Du_Big_Bang_au_vivant/10594413


23 avril 2018

Destination Finale 3 ("Nous sommes tous égaux devant la mort")

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2005
Durée : 1h33

Synopsis : Pour fêter la fin de l'année scolaire, Wendy et ses amis ont décidé de se retrouver dans un parc d'attractions. La soirée s'annonce comme la plus fun de l'année. Pourtant, au moment d'embarquer dans un immense roller coaster, Wendy a un terrible pressentiment. Alors que tous les autres se moquent d'elle, elle quitte l'attraction avec Kevin. Quelques instants plus tard, horrifiée, la jeune fille voit les wagons lancés à toute allure sortir des rails à une hauteur vertigineuse, tuant ses amis. Elle et quelques autres viennent de manquer le rendez-vous que leur avait fixé la mort. Ils vont découvrir que ce n'est pas forcément une chance. Peu de temps après, le destin rattrape brutalement l'un des survivants. Wendy comprend que, sur les photos qu'elle a prises lors de cette tragique soirée, certains indices semblent désigner les prochaines victimes et ce qui les attend... 

La critique :

Réalisateur, producteur et scénariste américain d'origine chinoise, James Wong quitte Hong Kong dès l'âge de dix ans pour s'expatrier aux Etats-Unis. C'est lors de ses jeunes années estudiantines qu'il se passionne pour le cinéma en griffonnant plusieurs scénarii de films ou de courts-métrages hypothétiques. Puis, lors de ses tribulations aux Etats-Unis, James Wong s'accointe et s'acoquine avec Glen Morgan, un autre scénariste émérite. Ensemble, les deux hommes rédigent le scénario du film De sang froid (Penelope Spheeris, 1985). Par la suite, James Wong se polarise sur l'écriture de plusieurs épisodes de séries télévisées notoires, entre autres 21 Jump Street (1989 - 1990), Booker (1989), X-Files (1993 - 1997), Space 2063 (1995 - 1996), ou encore Millennium (1996 - 1998).
Mais James Wong possède d'autres arguties dans sa besace.

C'est dans ce contexte qu'il signe son tout premier long-métrage en l'an 2000 avec Destination Finale. Contre toute attente, ce film d'épouvante mâtiné de slasher remporte un succès inattendu et triomphal dans les salles obscures. James Wong jubile. Ce premier chapitre va bientôt se transmuter en pentalogie lucrative et mercantile avec Destination Finale 2 (Richard Ellis, 2003), Destination Finale 4 (David Richard Ellis, 2009) et Destination Finale 5 (Steven Quale, 2011).
Pour le troisième chapitre, évidemment intitulé Destination Finale 3, la franchise retrouve son auguste démiurge. Pour James Wong, pas question de changer ni de bouleverser une formule gagnante. Toutefois, à l'instar de Les Dents de la Mer 3 (Joe Alves, 1983) ou encore de Meurtres en 3 Dimensions (Steve Miner, 1982) en leur temps, James Wong aspire à réaliser un film d'horreur en 3D.

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Pour exhumer l'épouvante de ses pénates et susciter les cris d'orfraie dans les salles, il faut donc ressortir les bonnes vieilles recettes éculées. A contrario, James Wong ne souhaite pas obliquer vers les saynètes ubuesques et grotesques et abandonne cette idée alambiquée. Corrélativement, le tournage de Destination Finale 3 est émaillé par de nombreuses galéjades. Extatique, James Wong annonce que le troisième volet sera le long-métrage le plus virulent et le plus effrayant de la franchise, ce qui ne manque pas d'effaroucher les critiques et certains médias spécialisés.
Reste à savoir si le réalisateur sera apte ou non à tenir une telle gageure. En l'occurrence, la formule ânonnée par la franchise est désormais bien connue des thuriféraires via cette dame faucheuse qui annonce une mort imminente, un héros ou une héroïne affublé(e) de dons de médiumnité et plusieurs étudiants qui tentent d'échapper à une tragédie déjà annoncée.

La saga Destination Finale repose donc sur ce concept un brin rébarbatif : comment échapper à un sort funeste et fatidique ? Existe-t-il un moyen de modifier cette dialectique mortifère ? La distribution de ce troisième chapitre se compose de Mary Elizabeth Winstead, Ryan Merriman, Kris Lemche, Alexz Johnson, Jesse Moss et Gina Holden. A noter aussi la participation de Tony Todd qui vient prêter sa voix comminatoire au Diable en personne lors de la fête foraine.
Attention, SPOILERS ! Pour fêter la fin de l'année scolaire, Wendy et ses amis ont décidé de se retrouver dans un parc d'attractions. La soirée s'annonce comme la plus fun de l'année. Pourtant, au moment d'embarquer dans un immense roller coaster, Wendy a un terrible pressentiment. Alors que tous les autres se moquent d'elle, elle quitte l'attraction avec Kevin. 

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Quelques instants plus tard, horrifiée, la jeune fille voit les wagons lancés à toute allure sortir des rails à une hauteur vertigineuse, tuant ses amis. Elle et quelques autres viennent de manquer le rendez-vous que leur avait fixé la mort. Ils vont découvrir que ce n'est pas forcément une chance. Peu de temps après, le destin rattrape brutalement l'un des survivants. Wendy comprend que, sur les photos qu'elle a prises lors de cette tragique soirée, certains indices semblent désigner les prochaines victimes et ce qui les attend... Autant l'annoncer de suite.
Les adulateurs de la franchise seront ici en terrain connu et quasiment conquis. Vous avez louangé et idolâtré les deux premiers volets ? Alors, vous devriez logiquement prisé et adoré, derechef, ce troisième volet. En l'état, Destination Finale 3 n'est ni supérieur ni inférieur à ses deux augustes devanciers.

Après les décès en hécatombe du premier opus puis les accidents de la route impromptus du deuxième essai, la franchise oblique de nouveau dans une autre direction. Malicieux, James Wong nous convie dans les fantasmagories et les luminescences de la fête foraine avec ses manèges virevoltants dans tous les sens, ses montagnes russes sensationnelles et ses trains de l'horreur menant directement vers les limbes de l'enfer. Un endroit idéal pour Dame Faucheuse qui ourdit toujours de savants complots. Reste à savoir comment la mort va s'abattre et s'orchestrer sur une bande d'étudiants festoyeurs.
Evidemment, ce troisième chapitre n'élude par les archétypes habituels. 
Il faudra donc se contenter de deux bimbos ingénues et abonnées aux séances d'ultras violets, ainsi qu'à quelques règlements de compte estudiantins sans grand intérêt. 

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Pourtant, au-delà de ces bons vieux poncifs, Destination Finale 3 remplit doctement son office en assurant cette mécanique incoercible de la peur. On a beau connaître la formule éculée par avance, on s'étonne encore à tressaillir et à s'éprendre de ce jeu diabolique et pervers. James Wong fait montre d'une certaine érudition derrière la caméra et nous gratifie de saynètes gore savamment aiguisées. Rien de sensationnel non plus, mais ce troisième opus se veut un peu plus radical qu'à l'accoutumée, n'hésitant pas à dévêtir deux jolies donzelles pour ensuite les carboniser, et même à couper en tranches ou à broyer des protagonistes avec cette once de roublardise et de truculence.
Ce troisième volet peut aussi s'enhardir d'une héroïne sagace et opiniâtre en la personne de Mary Elizabeth Winstead. L'actrice sort des conventions habituelles pour revêtir les oripeaux d'un personnage fort, pugnace, charismatique et surtout crédible. Seul petit bémol et pas des moindres, on pourra légitimement pester et clabauder après certaines séquences ou images de synthèse un peu trop prégnantes, surtout lorsqu'il s'agit d'éployer l'hémoglobine à l'écran.
L'intérêt de Destination Finale (quel que soit le chapitre...) ne réside plus vraiment dans ses élucubrations scénaristiques, mais dans la cruauté et l'inventivité de ses mises à mort. Sur ce dernier point, Destination Finale 3 fait encore montre d'ingéniosité. Pas transcendant mais tout à fait fréquentable !

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

22 avril 2018

The Neon Demon (Le défilé des pétasses)

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Genre : Thriller, horreur (interdit aux - 12 ans)

Année : 2016

Durée : 1h58

 

Synopsis :

Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d'autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

 

La critique :

Comme en tout temps, des réalisateurs polémiques ont toujours existé, déclenchant les anathèmes et quolibets. Michael Cimino ou Stanley Kubrick, paix à leur âme, pour ne citer que deux classiques. Jean-Luc Godard n'a pas démérité sa place de réalisateur le plus détesté de la Nouvelle Vague par toute une frange des cinéphiles. David Lynch aussi ne s'est pas mal défendu, de même que Béla Tarr. Côté réalisateurs encore actifs, Apichatpong Weerasethakul (15 secondes pour écrire ce nom), Lars Von Trier et Paul Thomas Anderson sont des emblèmes, mais aussi Nicolas Winding Refn. Only God Forgives, Valhallah Rising. Voilà deux titres qui traînent derrière eux d'acerbes critiques.
Pourtant, force est de constater que le danois a su se forger une certaine réputation et chaque nouveau projet suscite un grand intérêt. L'heure est donc venue de s'intéresser à son dernier bébé ayant suivi la même tournure que les deux autres cités avant dans la réception du public. Je veux bien sûr parler du très connu The Neon Demon

Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes, les critiques seront divisées, au point que certaines hueront carrément le film à la fin de la projection. Si certaines idolâtrent, tels les controversés Cahiers du Cinéma qui ont quand même été jusqu'à mettre cette pellicule en numéro 3 de leur top 10 de l'année 2016, d'autres taclent et vitupèrent. La seule récompense obtenue sera au festival de Boston avec le prix de la meilleure photographie. Il conviendra de dire que The Neon Demon sera flanqué d'une interdiction aux moins de 17 ans aux USA, ce qui a de quoi susciter la curiosité des amateurs de thriller glauques. L'air de rien, il est assez étonnant de ne pas trouver plus d'infos croustillantes sur un film que l'on pensait riche en anecdotes diverses, au vu de sa réputation.
Dans tous les cas, avec Refn, soit ça passe, soit ça casse. Personnellement, Drive et Only God Forgives sont brillamment passés alors que Valhallah Rising s'est cassé la gueule en beauté. De quel côté se trouvera le démon du néon ?

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ATTENTION SPOILERS : Jesse, une jeune fille souhaitant devenir mannequin, se rend à Los Angeles pour réaliser son rêve. Celui-ci tourne très vite au cauchemar lorsqu'elle réalise qu'elle est l'objet de tous les désirs de femmes obsédées par sa beauté et sa vitalité et qui sont prêtes à tous les moyens nécessaires pour s'en emparer.

Etrange et original synopsis que voilà ! Au sein d'un cinéma contemporain en situation inquiétante de panne d'inspiration, on ne peut pas dire que nous nous situons dans ce domaine-là. Après nous avoir fait voyager dans un Bangkok subliminal, Refn nous invite du côté de Los Angeles pour suivre une mineure à la beauté irréelle du nom de Jesse rêvant de percer dans le mannequinat. L'histoire démarre directement sur les chapeaux de roue avec ce shooting photo macabre où la nymphe est déguisée en morte fraîchement égorgée. Une séquence s'enorgueillissant d'une beauté assez difficile à exprimer et tenant plus d'un ressenti personnel. Ce photographe lui permettra, par le biais de ces clichés, de prendre contact avec une agence de mannequinat tout en se liant d'amitié avec une belle maquilleuse du nom de Ruby. Ceci sera un tremplin pour cette petite quidam vivant dans un motel pourri de banlieue. Chacune de ces apparitions déclenche comme un souffle d'irréalité et de perversion psychologique.
Telle une succube, cependant, dénuée de toute pensée destructrice, elle est objet de convoitise, tant des hommes que des femmes. Sa rencontre avec un photographe réputé et aussi agréable qu'une porte de prison en sera une démonstration pertinente. Subjugué par sa beauté, il lui demandera de se déshabiller pour glorifier sa chair par ses clichés. A peu de choses près, The Neon Demon n'est pas sans rappeler un certain Maps To The Stars qui avait aussi, en son temps, déclenché la polémique chez les thuriféraires de David Cronenberg. Nous étions invités à suivre un microcosme VIP se reposant sur la gloire et la célébrité mais se reposant aussi sur une apparence factice cachant un profond côté dégueulasse. La comparaison s'arrêtera bien là car, à défaut de ne pas s'attaquer au Hollywood entier, Refn va se concentrer sur la répugnance du milieu de la photographie, du shooting et des défilés. 

Souvent, certains se sont aventurés à voir en ce film une oeuvre engagée, féministe et il est vrai que l'on ne peut pas nier cela. Dans ce milieu pourri, les femmes ne sont vues que comme de la chair malléable qu'il convient de sublimer afin de répondre à des standards de beauté extrêmement stricts. Bien évidemment, beaucoup ne peuvent passer la première étape de sélection et certaines, déjà très belles, doivent parfois avoir recours à la chirurgie esthétique et autres liposuccions. La dénonciation d'un univers à des années-lumière de cet ersatz d'apparence joyeuse et paillettée est traitée avec succès, sans jamais ratiociner à tous les étages. Les faits parlent d'eux-mêmes.
Pire encore, non sans vouloir afficher la femme comme un objet physique, Refn va se lancer dans une analyse comportementale de ce milieu. La réponse ne fait que renforcer le trait pourri des adhérents de ce domaine. La concurrence fait rage entre chaque participante. L'envie et le désir se mêlent à la jalousie et à la haine. L'hypocrisie est reine. Les personnages semblent désincarnés de toute humanité et n'éprouvent que mépris envers les autres. Dédaigneux et présomptueux, aucun ne suscite la moindre once de respect de notre part. Autant dire que Jesse décrite, par des hommes réputés du milieu de la mode, comme parfaite va bousculer ce petit milieu. Certaines ne pourront encaisser psychologiquement cela.

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Disons-le clairement, les filles de ce milieu sont de vraies pétasses creuses et hautaines dont seule leur beauté les rend intéressantes. Voulant être désirées et regardées, elles ne peuvent pas approuver que d'autres leur fassent de l'ombre. L'hypocrisie suinte de tous les pores de leur peau à tel point qu'il est rare d'avoir eu à l'écran des filles moralement aussi vulgaires, aussi déshumanisées. Contre toute attente, au lieu d'opérer vers un banal récit de petites messe-basses et de vengeances de gamines, le récit déviera vers le fantastique. Les réactions prendront une tournure volontairement illogique, irrationnelle. Chacune de ces séquences parvient à nous interpeller.
Cannibalisme, meurtres, esthétisation du sang et même une séquence de nécrophilie lesbienne. De quoi nous étonner qu'un tel traitement puisse se retrouver exposé à Cannes. Refn a au moins le mérite d'avoir su faire un film avec des couilles et qui sache se démarquer. Le tout sera, à plusieurs reprises, entrecoupé par de courts passages psychédéliques ultra-colorés de toute beauté. L'air de rien, The Neon Demon reste un film bien plus difficile d'accès qu'il n'en a l'air. Néanmoins, ce qui aurait pu être une pellicule dont le potentiel aurait pu rivaliser avec Drive ne peut soutenir la comparaison. 

Un réel problème entache la projection et il s'agit du déroulement scénaristique. A peu de choses près, rien ne décolle jamais vraiment. Nous suivons les errances de Jesse voyant sa carrière augmenter alors que la haine et la convoitise augmentent proportionnellement de leur côté. Visiblement, aucune personne n'est en mesure de résister à son attraction et toutes semblent sombrer psychologiquement. Les hommes hypnotisés d'un côté et les femmes hargneuses partagées entre un désir sexuel refoulé et des envies meurtrières. Certes, la "poursuite" dans la maison (un terme à mettre vraiment entre guillemets) réveille une forme d'inanité scénaristique mais ça s'arrêtera là.
Rien ne nous tient en laisse et le scénario semble flotter bêtement sans qu'un fil conducteur explicite avec des intrigues grimpant en intensité ne parviennent à agripper le spectateur. On peut expliquer ça simplement par le fait que Refn a privilégié l'esthétique au détriment du reste. L'aspect visuel supplantant l'aspect scénaristique.

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Car, justement, parlons-en de l'esthétique. Je ne vais pas vous faire un dessin en vous disant que tout adorateur d'un visuel kitsch a de grands risques de transformer son salon en océan de bave. Clinquant et aux frontières de la perfection, The Neon Demon impressionne et affirme cet état de fait comme quoi la beauté physique féminine doit être en accord avec une esthétique, elle aussi, d'une grande beauté. Il est évident que certains trouveront le style tape-à-l'oeil et vomitif. Si vous n'avez pas apprécié Only God Forgives pour ce paramètre, n'espérez même pas apprécier ce nouveau cru. Dans tous les cas, ça passe ou ça casse et, vous me connaissez maintenant bien, c'est parfaitement bien passé. Les cadrages et plans sont toujours bien pensés avec un choix de couleurs toujours judicieux.
La prédominance de colorations rosées et bleutées est à mentionner. Ca s'éloigne de l'overdose de couleurs rougeâtres de Only God Forgives. Autre point majeur : pour tous ceux qui apprécient la musique électronique, vous jouirez en entendant une merveilleuse bande sonore que vous risquez fort bien de ne pas oublier. Enfin, on ne peut finaliser cette chronique sans parler des actrices. Soyons honnêtes, Elle Fanning, dans le rôle de Jesse, hypnotise par sa beauté surnaturelle mais peut parfois paraître un peu cruche et caricaturale dans son jeu volontairement timide maladif. Jena Malone, Bella Heathcote et Abbey Lee sont parfaites en salopes de service, nous partageant entre attirance et dégoût. Une petite mention sera à attribuer évidemment à Monsieur Keanu Reeves en très bon tenancier vulgaire de motel. En soi, chaque acteur, hors actrice principale, s'en sort avec les honneurs.

Donc, The Neon Demon est un peu ce genre de film casse-gueule à chroniquer car il est ce métrage qui ne pourra que diviser ceux qui s'y seront essayés. Pourtant, difficile de ne pas reconnaître ses innombrables qualités en terme de niveau de lecture et de beauté graphique. Les dimensions esthétiques et sonores sont à créer des syncopes, tandis que les actrices ne pourront que nous coller à notre siège. Par contre, on ne peut que râler devant une intrigue qui semble avoir été jeté aux oubliettes pour ne se concentrer que sur l'ambiance et le visuel. On s'interrogera aussi sur une présupposée dimension horrifique difficile à déceler. Mais voilà, j'admets revendiquer haut et fort que The Neon Demon m'a fait passer une bonne soirée. Nul doute qu'une pellicule sensorielle et atypique de ce style ne pourra que créer le débat parmi les cinéphiles. Une beauté pernicieuse maligne.
Un métrage vicieux dont il faudra faire fi du problème du scénario et d'une fin en queue de poisson pour l'apprécier. Hypnotique, certes, mais avant tout une diatribe virulente sur un milieu pouvant se targuer d'être d'une beauté externe cristalline mais d'une beauté intérieure tenant la comparaison avec un étron canin. Joyeux défilé ! 

 

Note : 14,5/20

 

 

lavagem-cerebral-final Taratata

Over The Top - Le Bras de Fer (Faire le vide et laisser parler la testostérone)

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Genre : action, sport
Année : 1987
Durée : 1h33

Synopsis : Chauffeur routier solitaire, Lincoln Hawk est rongé par un divorce et par la culpabilité d'avoir abandonné un fils qu'il n'a jamais vu, Michael. Lorsque Lincoln - sur les conseils de son ex-femme - part chercher son fils à l'Académie Militaire, il se cogne à l'agressivité de ce dernier. Pour Lincoln, le seul moyen de prouver à son fils - et à lui-même - qui il est réellement, c'est de remporter le championnat du monde de Bras de fer de Las Vegas !   

La critique :

Le nom de Menahem Golan reste indissociable du cinéma bis, que ce soit en tant que producteur, scénariste et réalisateur. Ainsi, la carrière cinématographique du metteur en scène débute vers le milieu des années 1960 avec La Fille de la Mer Morte (1966), une oeuvre inconnue au bataillon et inédite dans nos contrées hexagonales. Mais dès les années 1970, Mehahem Golan va faire du cinéma d'action son véritable apanage via plusieurs longs-métrages aux titres évocateurs, notamment Opération Thunderbolt (1977), L'Implacable Ninja (1981), Un Justicier dans la Ville 2 (Michael Winner, 1982), Le Justicier de Minuit (J. Lee Thompson, 1983), Portés Disparus 2 (Lance Hool, 1985), Invasion U.S.A. (Joseph Zito, 1985), ou encore Superman 4 (Sidney J. Furie, 1987).
Sa spécialité ? Le cinéma d'exploitation avec des comédiens musculeux et athlétiques.

Il n'est donc pas surprenant de retrouver Menahem Golan derrière la caméra d'Over The Top - Le Bras de Fer, sorti en 1987. Pour ce nouveau film d'action, Menahem Golan retrouve son fidèle cousin, un certain Yoram Globus, un autre nom bien connu du cinéma bis. Pour Over The Top, les deux comparses requièrent le talent et l'érudition de Sylvester Stallone, un acteur en pleine ascension à l'époque, d'autant plus que le comédien ressort du tournage harassant de Rocky 4 (1985).
Corrélativement, Sylvester Stallone vient de parachever le tournage de Cobra (George Cosmatos, 1986), un nanar d'action qui essuie un camouflet au box-office américain. A contrario, le film se solde par un succès pharaonique dans les vidéoclubs, en particulier en France, ce qui permet de rembourser le budget imparti. Toutefois, selon le propre aveu de Sylvester Stallone, sa longue traversée du désert débute réellement avec Over The Top.

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A ce sujet, l'acteur déclarera péremptoirement : « Le pire, c'est quand j'ai fait "Over the Top". Parce que je l'ai fait pour l'argent. Et le jour de la sortie du film, au Chinese Theater qui peut contenir 1500 personnes, il y en avait 40 ! Et encore ! Des gens qui étaient venus là par hasard : une mère allaitant son enfant, des gens parlant tout haut et disant : "Mais qu'est-ce que c'est que cette merde ?!" J'ai pensé : "C'est mon karma ! Ça m'apprendra à juste faire un film pour l'argent !!!"
C'était le début de beaucoup de problèmes...
 » (source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-overthetop-over-the-top.html). C'est vrai que par la suite Stallone enchaînera avec Haute Sécurité (John Flynn, 1989), Rambo 3 (Peter MacDonald, 1988) et Tango et Cash (Andrei Konchalowsky, 1989) ; ou comment exhumer définitivement (ou presque...) sa carrière en trois étapes successives...

La quatrième sera mortifère puisqu'elle se nommera Rocky 5 (John G. Avildsen, 1990), corroborant l'état lymphatique de Stallone... A l'instar de Cobra, Over The Top se solde derechef par un bide commercial, surtout aux Etats-Unis. A contrario, en France et à l'étranger, le film rapporte suffisamment de pécune et de bénéfices pour rembourser ses frais de production. Reste à savoir si cette pellicule mérite de tels anathèmes et donc de figurer parmi les nanars avariés.
Réponse à venir dans la chronique... Hormis la présence de Stallone dans le rôle principal, la distribution du film se compose de Robert Loggia, Susan Blakely, Rick Zumwalt et David Mendenhall. Attention, SPOILERS ! (1) Lincoln Hawk est un très modeste routier pratiquant le bras de fer. Son ex-femme Christina Cutler-Hawk est issue d'une famille bourgeoise ayant rejeté Lincoln.  

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Gravement malade, cette dernière lui demande de s'occuper de leur fils Michael qu'il n'a pas vu depuis dix ans. Michael, dont l'enfance a été marquée par une éducation stricte et bourgeoise transmise par son grand-père, va découvrir son père en faisant la route avec lui dans son camion. Au départ, une vaste frontière idéologique sépare le père et le fils. Mais à travers les étendues désertiques, les deux finissent par se rapprocher. Mais le grand-père de Michael, jugeant Lincoln indigne et craignant pour son petit-fils décide de tout faire pour le récupérer.
Parallèlement à tout cela, Lincoln a l'intention de participer au tournoi international de bras de fer se déroulant prochainement à Las Vegas, dont le vainqueur remportera 100 000 dollars et un camion flambant neuf... (1)

A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas s'esclaffer devant un synopsis aussi farfelu et funambulesque. Par le passé, le cinéma d'action s'était déjà focalisé sur plusieurs sports de combat (notamment le kung-fu, le kickboxing et la boxe anglaise, entre autres), mais pas encore des tournois de bras de fer, un sport qui semble uniquement passionner un public américain transi par la sudation et la testostérone. A l'époque, Stallone avoisine déjà la quarantaine bedonnante et aspire à épouser des rôles un peu plus complexes. A fortiori, Over The Top doit lui permettre d'obliquer dans cette nouvelle direction en jouant à la fois les durs à cuire et les patriarches au grand coeur.
De facto, le film de Menahem Golan fonctionne sur un duo pour le moins impromptu, l'association entre un Sylvester Stallone en chauffeur routier et son fiston pudibond. 

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A priori, ces deux personnages antagonistes devraient logiquement se maudire puisque Stallone est issu de la plèbe alors que le jeune éphèbe vit dans la soie et dans une demeure cossue. Mais peu importe, le fils finit par apprivoiser ce paternel, surtout lorsque le grand-père s'en mêle et fait arrêter le père par la police. Vous avez baillé durant ces longues explications fastidieuses ? Rassurez-vous, c'est normal ! A aucun moment, l'alchimie entre Sylvester Stallone et son jeune partenaire (un certain David Mendenhall) ne parvient à transporter ce film d'action faussement dramatique vers une once ou un semblant de sagacité. L'intérêt (vraiment un terme à guillemeter et à minorer...) d'Over The Top se situe bien évidemment dans ce tournoi final de bras de fer, qui doit conclure le film en apothéose.

Dès lors, Menahem Golan ne se refuse aucune excentricité et nous gratifie de portraits de sportifs débauchés et hurlant frénétiquement sur leurs adversaires. D'ailleurs, Stallone le reconnaît lui-même. Pour gagner, il tourne sa casquette, fait le vide dans son esprit (ce qui n'a pas l'air trop difficile) et laisse parler la testostérone. 
Que le comédien en déveine se rassérène. Ses déboires familiaux seront bientôt résolus après sa victoire attendue au tournoi de bras de fer et surtout après avoir remporté la coquette somme de deux millions de dollars.
Conjointement, le film n'élude pas les poncifs et les bonnes vieilles moralines habituelles ; à tel point qu'Over The Top ferait presque passer Rocky 4 pour un chef d'oeuvre de pragmatisme, de réflexion et de perspicacité. Après le générique final, on comprend mieux pourquoi Stallone a autant clabaudé et fulminé après cette production indigente qui a bien mérité le titre peu glorieux de nanar azimuté.

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Bras_de_fer

21 avril 2018

Le Chat à Neuf Queues (C'est toi le chat !)

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Genre : Policier, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 1971

Durée : 1h55

 

Synopsis :

Le gardien d'un institut spécialisé dans la recherche génétique est agressé. Le journaliste Carlo Giordani, aidé d'un aveugle, mènent l'enquête et découvrent que des chercheurs de l'institut travaillaient sur le facteur XYY qui, selon eux, se retrouveraient chez les personnes enclines à la violence et à la criminalité. Une série de meurtres débute alors et vise à empêcher la progression de l'enquête.

 

La critique :

Et une fois de plus, nous nous retrouvons du côté du cinéma transalpin qui a eu, à de nombreuses reprises, les faveurs de Cinéma Choc, en raison d'un genre bien spécifique qui a su s'imposer comme solide auprès des cinéphiles passionnés de thriller et d'horreur en tout genre. Je veux bien sûr parler du giallo dont l'origine remonterait à La Fille qui en savait trop de Mario Bava. Il peut être vu comme le précurseur majeur du style vu que Six Femmes pour l'Assassin introduira le concept du célèbre meurtrier masqué avec une arme brillante dans sa main gantée de noir.
Très rapidement le concept prendra de l'ampleur et une myriade de pellicules verra le jour, de même que certains cinéastes devenant avec le temps des emblèmes majeurs du genre. Les noms de Lucio Fulci, Mario Bava et Dario Argento sortiront très souvent en premier. C'est d'ailleurs ce dernier qui nous intéressera aujourd'hui avec Le Chat à Neuf Queues. Le dernier film chroniqué sur le blog de sa célèbre trilogie animalière composée de L'Oiseau au Plumage de Cristal et de 4 Mouches de Velours Gris. C'est grâce à ce triptyque qu'Argento accèdera au statut de maître du giallo et de réalisateur culte, par la même occasion.

Mais d'où sort ce nom si énigmatique ? En réalité, un chat à neuf queues est un instrument de torture n'étant rien d'autre qu'un fouet composé d'un manche en bois auquel sont fixées neuf cordes ou lanières de cuir et dont chaque extrémité mobile se termine par un noeud. Au moins, c'est précis dès le départ. L'air de rien, si l'oeuvre remporta un franc succès, Argento a les poils qui se hérissent quand on en parle, le considérant comme le moins abouti de tous ses films. Les reproches concerneront la production la jugeant comme avare en liberté. Un temps de tournage limité et un casting international imposé en seront les deux facteurs. Sous ses dehors de film mal aimé et intégré dans une courte première période "rationnelle" avant de bifurquer dans le paranormal empreint d'horreur baroque, pouvons-nous dire que Le Chat à Neuf Queues saura faire honneur à son auguste prédécesseur ? 

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ATTENTION SPOILERS : Le gardien de l'institut Tirzi, un établissement spécialisé dans les recherches génétiques, a été assassiné. Un voisin aveugle, Franco Arno, et sa jeune nièce sont entendus dans le cadre de l'enquête en tant que potentiels témoins auditifs, Franco ayant entendu, le soir du meurtre, deux hommes discuter dans une voiture garée devant l'institut. L'affaire intéresse grandement Carlo Giordani, un journaliste curieux et fouineur qui, aidé par Arno, tente bientôt de découvrir le meurtrier en suivant la même piste que la police. Un travail d'envergure : pas moins de neuf possibilités se présentent à eux. D'autres décès sont encore à déplorer...

Voilà un synopsis qui a de quoi susciter un certain intérêt pour tout cinéphile. Argento a ce mérite de dérouler son récit au beau milieu d'un domaine original qui n'est autre que la recherche génétique. Il est évident qu'à l'époque, les recherches autour de cette discipline n'en étaient qu'à leurs premiers balbutiements et que tout cela alimentait les fantasmes les plus insolites, les plus utopistes mais aussi les plus alarmants. En l'occurrence, le réalisateur va s'axer autour du caryotype d'un individu. Comme vous devez, peut-être, le savoir, notre ADN est sous forme de chromosomes lorsque la cellule n'est pas soumise à la mitose (la division cellulaire en gros).
Evidemment cette organisation chromosomique n'est pas intouchable et des altérations et autres mutations peuvent être rencontrées. Certaines allant même jusqu'à l'obtention de trois chromosomes sexuels au lieu de deux : XXY ou syndrome de Klinefelter, XXX ou syndrome triple X et enfin XYY bêtement appelé syndrome 47,XYY. Cette mutation n'a pas été choisie au hasard pour être au centre du récit vu que la maladie a alimenté de fantasques fictions comme étant le "chromosome du criminel". Ces allégations illogiques remontaient aux années 60 et 70, ce qui fait que Le Chat à Neuf Queues est un pur film d'époque. 

Il faut d'ailleurs savoir qu'il n'est pas le premier à avoir mis en scène ce fameux XYY. Alien 3, un épisode de New York, police judiciaire et la série de jeux Hitman en ont déjà repris la thématique. Les individus possédant un tel caryotype détraqué seraient donc plus enclins à la violence et au meurtre. Autant dire que la pellicule s'affranchit de toute considération scientifique et est amenée à évoluer dans un registre un peu plus fantastique. Mais loin d'avoir percé le mystère du XYY, les scientifiques ont l'objectif de recourir à la thérapie génique afin de mettre en évidence les bébés portant l'altération afin de les isoler de la société et éviter qu'ils ne sèment de potentiels troubles sociétaux.
Une idée que l'on ne saurait juger comme pernicieuse ou non. Le thème de l'eugénisme va en ressortir inévitablement. Vaut-il mieux mettre en cage dès le début de potentiels criminels ou les laisser grandir en espérant qu'ils aient recours à une éducation irréprochable ? La question mérite d'être posée si nous nous plaçons dans l'idée fantasque du chromosome criminel. Au moins, Argento pose une question épistémologique qui n'est pas dénué d'un certain intérêt. Ceci dit, il n'ira pas plus loin et aucune analyse un poil poussée des dangers de la thérapie génique et des dérives de l'eugénisme ne seront posés sur la table. Un peu décevant sans compter ce concept de pyramide chromosomique qui m'échappe. Peut-être est-ce dû au fait que je n'ai été que deux fois en un an au cours de génétique et que le 10/20 tomba par miracle sans que je n'étudie en grande profondeur le cours ? Question, ma foi, fort pertinente.

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Bref, le meurtre d'un gardien va semer le trouble dans la direction du centre pensant avoir affaire au début à un cas d'espionnage industriel. Un excentrique aveugle anciennement journaliste, à l'existence quelque peu morne, élevant seul sa petite nièce, va s'intéresser à cette affaire, en compagnie d'un jeune journaliste. Ils vont finir par vite se rendre compte que les meurtres vont s'enchaîner afin de ralentir la progression de leur enquête qui permettra de faire éclater la vérité au grand jour. Si aucun élément ne lie ce film à L'Oiseau au Plumage de Cristal, ils reprennent pourtant les caractéristiques traditionnelles du giallo, ce qui explique le fait qu'ils soient souvent comparés.
La déstabilisation de l'enquête sera un point central et aura pour effet de brouiller les pistes. Le spectateur se retrouve confronté à une histoire labyrinthique dont il ne détient à aucun moment la clef. Argento va s'amuser de ce sentiment de perdition et d'impossibilité à émettre des soupçons sur le moindre personnage. Espionnage industriel ? Traître parmi la direction ? Personne extérieure ? A aucun moment, il ne vous sera donné d'indice explicite. L'identité de l'assassin ne sera révélée qu'à la fin du film, dans les dernières minutes, en surprenant le spectateur, lors d'une scène durant laquelle le meurtrier tente d'éliminer la personne qu'il traque. 

Autant le dire, Argento frappe assez fort avec ce métrage rendant hommage à sa première oeuvre. L'accent sera énormément focalisé sur la tension omniprésente et la subtilité narrative des enchaînements. Nous n'évoluons pas dans un cadre balisé et stéréotypé où rien ne nous surprend, ne nous tient en laisse. Le Chat à Neuf Queues a cette accroche qui fait que nous tenons à connaître le fin mot de l'histoire. Les quasi 2 heures de visionnage se suivront sans guère d'anicroche, à moins d'être vraiment réfractaire au style. Problème de taille : la fin.
Ce n'est pas la première fois que ce point est rencontré chez le cinéaste. Le dénouement, outre le fait d'être décevant via un assassin ratiocinant un peu trop sur le pourquoi de ses actes, sera expéditif. Beaucoup trop expéditif à un tel point que cela en devient indécent. Certes, c'est un peu une figure de style propre au giallo mais ça ne passe pas avec moi. Je ne dis pas d'éterniser sa fin durant 35 minutes mais il y a un minimum...

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Au niveau esthétique, le tout est assez classique sans accent forcé sur les lumières. La caméra filme bien les environnements et chaque séquence d'intérêt. Les séquences de meurtre feront tout pour oppresser le spectateur via des gros plans, parfois en vue subjective. On appréciera aussi le gros plan sur l'oeil maléfique du personnage apparaissant brutalement lors de certains passages. A noter que les yeux du tueur et ses mains seront ceux de Dario Argento en personne. La bande sonore, signée le célèbre Ennio Morricone, fait des merveilles. Au casting, on retrouvera le charismatique James Franciscus dans le rôle de ce journaliste téméraire. Karl Malden est bien intégré dans la peau de son aveugle curieux. Catherine Spaak affiche sa beauté de mante religieuse en fille du gérant de l'institution scientifique.
Pour le reste, peu de choses à dire. Les acteurs se débrouillent correctement en ne surjouant jamais leur personnage. Du bon boulot !

En conclusion, nous pouvons, sans conteste dire, que Le Chat à Neuf Queues est un grand film un peu trop éclipsé par les pellicules surnaturelles à venir du réalisateur. Avec une histoire d'apparence simple, Argento garde notre attention en éveil tout en nous laissant dans un flou persistant sur les événements à venir. Il brouille admirablement bien le spectateur sans que celui-ci ne voie son intérêt diminuer. De manière personnelle, il est dommage qu'Argento n'ait pas étoffé un peu plus les dangers d'un eugénisme à la frontière de l'immoralité. Cela aurait pu apporter plus de consistance et de profondeur à un film parfaitement ancré dans son époque par ses thématiques fantaisistes tout sauf crédibles. On pourra aussi reprocher un clap de fin indécent tant le trait expéditif est violent.
Cependant, le tout fonctionne plus que bien et le cinéaste peut bien se targuer de nous offrir une franche réussite qui devrait séduire tout amateur de thriller. A une époque où la recherche scientifique n'a jamais été aussi productive et innovante, des questions d'ordre éthique et épistémologique ont indubitablement fait leur apparition. Face à une course au perfectionnement de l'être humain, en arriverons-nous à des dérives d'ordre discriminatoire ou financière ? Une dystopie effrayante où l'humain ne serait vu que comme une machine perfectible et malléable. 26 ans plus tard, Bienvenue à Gattaca nous mettait en garde sur les dangers moraux de l'eugénisme. Dans une optique différente de ce chef d'oeuvre, accepteriez-vous de voir votre enfant XYY enfermé à sa naissance pour éviter qu'il ne trouble la société et cause votre déshonneur ? 

 

Note : 15/20

 

 

lavagem-cerebral-final   Taratata

Red State (Portrait d'une Amérique en apostasie)

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Genre : thriller, horreur, drame (interdit aux - 12 ans)
Année : 2011
Durée : 1h28

Synopsis : Trois adolescents vivant dans le Midwest américain répondent sur Internet à une annonce promettant des relations sexuelles. Ils sont loin de se douter qu'ils vont tomber entre les mains d'une secte d’extrémistes religieux aux intentions macabres.   

La critique :

A tort, on euphémise l'impact et la nocuité des sectes, souvent déguisées en églises ou en associations spirituelles, aux Etats-Unis. Le phénomène devient de plus en plus problématique et exponentiel pour ce pays imprégné à la fois par la culture WASP (White Anglo-Saxon Protestant) et la religion judéo-chrétienne. Depuis les tous premiers colons et les premières vagues d'émigration, l'Amérique a toujours revendiqué une multitude d'appartenances religieuses, que ce soit par diverses branches du Protestantisme ou par cette recherche de foi ou de réponse spirituelle.
C'est aussi la différence entre une république laïque (par exemple, la France) et une autre forme de république qui a choisi de coaliser la religion et la spiritualité à la notion de communauté. Mais face au délitement de la cellule familiale, à l'avènement du divorce de masse, à la fin du Patriarcat et surtout face à un individualisme de plus en plus prégnant dans notre société, certaines personnes fébriles se sont laissées flagorner par des mouvements religieux à caractère tendancieux.

Pis, certaines sectes jouent désormais un rôle prédominant dans les structures et les différentes stratosphères de notre société. Par exemple, de nombreux acteurs américains revendiquent et se réclament de la scientologie. L'Eglise scientologique s'est même peu à peu imposée dans la politique et représente désormais un véritable conglomérat, ainsi qu'un nombre de suffrages conséquents pour tout candidat (toute candidate...) qui a pour vocation de se présenter à la Maison Blanche. Qu'elles se nomment la scientologie, les évangéliques ou encore les enfants de dieu, les sectes dérangent et alertent à la fois par leurs doctrines, leurs roueries et leurs controverses.
Ainsi, de nombreuses productions cinématographiques (américaines et britanniques essentiellement...) évoquent cette érection en puissance de ses mouvements sectaires et leurs dérives possibles. 

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Parmi ces augustes références, nous pourrons aisément citer Rosemary's Baby (Roman Polansky, 1968), Les Vierges de Satan (Terence Fisher, 1968), The Wicker Man (Robin Hardy, 1973), La ferme de la terreur (Wes Craven, 1981), ou encore La Secte de Waco (Dick Lowry, 1993). Vient également s'agréger Red State, réalisé par Kevin Smith en 2008. En outre, le cinéaste, scénariste et producteur américain fait partie de ces parangons du cinéma indépendant.
Les thuriféraires du metteur en scène citeront aisément Clerks : les employés modèles (1994), Dogma (1999), Père et Fille (2004), Clerks 2 (2006), Zack et Miri font un porno (2008), ou encore Top Cops (2010). Plutôt habitué aux comédies hâbleuses et goguenardes, Kevin Smith décide d'obliquer vers une toute autre direction avec Red State, qui s'apparente à la fois à un thriller en forme de huis clos, ainsi qu'à une nouvelle tragédie américaine.

Curieusement, le film est souvent répertorié parmi les longs-métrages horrifiques. Mais, avec Red State, Kevin Smith a pour velléité d'explorer d'autres contrées cinématographiques. Présenté au festival international de Catalogne, Red State s'est octroyé le prix du meilleur film et a recueilli des avis presque unanimement dithyrambiques. Reste à savoir si le métrage mérite de telles flagorneries. Réponse dans les lignes à venir... Kevin Smith choisit de distribuer son film lui-même, une décision qui ne manquera pas de faire tiquer et maronner certains producteurs avisés lors de la présentation de Red State au festival de Sundance. La genèse du film remonte à l'année 2006.
Déjà, à l'époque, Kevin Smith annonce péremptoirement qu'il a l'intention de réaliser un thriller horrifique à la violence rédhibitoire. 

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Pour le scénario du film, il s'inspire du révérend Fred Phelps, une personnalité en vogue aux Etats-Unis notamment pour ses propos homophobes et ses mouvements à la fois politiques, religieux et universitaires. La distribution de Red State se compose de Michael Parks, John Goodman, Melissa Leo, Michael Angarano, Kyle Gallner, Stephen Root, Nicholas Braun et Kevin Pollak. Attention, SPOILERS ! (1) Trois jeunes se rendent à un rendez-vous avec une femme mâture afin d'avoir des relations sexuelles. Mais ils vont rapidement se retrouver drogués puis capturés par une secte de fanatiques religieux menée par un pasteur fou furieux, Abin Cooper, pour qui homosexuels, débauchés et pornographes mènent le monde à sa fin. Aussi, pour purifier ce dernier, décide-t-il de s'en débarrasser.
Dans le même temps, l'agent de l'ATF Keenan se voit ordonné de prendre d'assaut la propriété de la secte car celle-ci posséderait des armes à feu en quantité (1).

A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas s'extasier devant le synopsis de Red State. En outre, Kevin Smith traite un sujet spinescent, entre autres le fanatisme religieux, avec beaucoup de diligence. Pourtant, la première partie du film augure un thriller horrifique dans le sillage d'un énième torture porn, un peu à la manière d'Hostel (Eli Roth, 2006) premier du nom. Sur la forme, on se demande même pourquoi Kevin Smith a choisi de se polariser sur les tribulations d'une triade d'adolescents libidineux. Mais le cinéaste masque ingénieusement l'habile subterfuge pour opposer, à posteriori, le point de vue belliciste du pasteur Abin Cooper au discours, beaucoup plus pusillanime, tenu par Keenan.
Dès lors, Kevin Smith se focalise, avec beaucoup de componction, sur les longues emphases idéologiques d'un prédicateur déguisé en révérend ou en pasteur.

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Ainsi, la parole divine se transmute en une vindicte personnelle contre les juifs, les homosexuels, les musulmans et une société qui périclite vers la déchéance. La parole de Dieu est dévoyée par d'étonnantes tortuosités. Si la Bible prône la paix, l'amour et la fraternité, il est aisé, pour ce pasteur factice et bonimenteur, de détourner les Ecritures Saintes afin de les métamorphoser en chants guerroyeurs. Ses fidèles dévots se transforment même en soldats pour éliminer et occire tout ce qui ressemble de près ou de loin à un vil mécréant. 
Les réunions spirituelles prennent à la fois la forme d'invocations divines, de prières mais aussi d'exécutions, de tortures, de supplices et de mises à mort diligentées par la voix doucereuse d'un pasteur autocratique. Indubitablement, Red State possède de solides arguties dans sa besace et fonctionne plutôt malicieusement durant sa première heure.

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atteint sa quintessence lorsque le film se centre sur le portrait d'une Amérique en apostasie qui semble avoir oublié sa foi et ses valeurs de naguère ; un sujet sur lequel Kevin Smith évite de s'aventurer... Ensuite, le long-métrage redevient beaucoup plus classique lorsqu'il se transforme en thriller martial. A ce sujet, l'épilogue final ne manquera pas, derechef, de désarçonner le spectateur médusé. Si Red State remplit doctement son office, il ressemble pourtant à n'importe quel thriller dénonçant le fondamentalisme religieux ainsi que les dérives sectaires.
En l'état, Red State n'est pas ce choc ou cet uppercut décrié par certains avis un peu trop panégyriques. Néanmoins, en dépit de quelques menus détails, Red State parvient à frapper et à cogner là où ça fait mal, continuant de tarauder après son générique final. Plutôt une bonne surprise, surtout pour un direct-to-video (DTV).

Note : 13.5/20

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(1) Synopsis du film sur : http://www.strange-movies.com/critique-red-state.html

20 avril 2018

Amadeus (Requiem pour Wolfgang Amadeus Mozart)

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Genre : biopic, historique
Année : 1984
Durée : 2h33

Synopsis : A Vienne, en novembre 1823. Au coeur de la nuit, un vieil homme égaré clame cette étonnante confession : "Pardonne, Mozart, pardonne à ton assassin !" Ce fantôme, c'est Antonio Salieri, jadis musicien réputé et compositeur officiel de la Cour. Dès l'enfance, il s'était voué tout entier au service de Dieu, s'engageant à le célébrer par sa musique, au prix d'un incessant labeur. Pour prix de ses sacrifices innombrables, il réclamait la gloire éternelle. Son talent, reconnu par l'empereur mélomane Joseph II, valut durant quelques années à Salieri les plus hautes distinctions. Mais, en 1781, un jeune homme arrive à Vienne, précédé d'une flatteuse réputation. Wolfgang Amadeus Mozart est devenu le plus grand compositeur du siècle. Réalisant la menace que représente pour lui ce surdoué arrogant dont il admire le profond génie, Salieri tente de l'évincer.

La critique :

Né dans l'ancienne Tchécoslovaquie, Milos Forman est devenu orphelin dès sa plus tendre enfance. Alors qu'ils ont prêté allégeance à la résistance, ses parents sont déportés dans le camp d'Auschwitz durant la Seconde Guerre Mondiale. Cette expérience traumatique va évidemment marquer les jeunes années de Milos Forman. Bien qu'élevé par ses propres frères, il souhaite épouser une carrière dans le cinéma. Dès l'orée des années 1960, il se lance dans la réalisation de courts-métrages, entre autres L'audition (1963) et S'il n'y avait pas de guinguettes (1963).
Toujours en 1963, il signe son tout premier long-métrage, L'as de pique. Mais vers la fin des années 1960, le Printemps de Prague l'oblige à s'expatrier sur les terres américaines. Le gouvernement tchécoslovaque l'ostracise et le dénigre.

Milos Forman sait qu'il ne pourra plus jamais revenir dans son pays natal. Que soit. Une fois débarqué aux Etats-Unis, il connaît son premier succès international avec Taking Off (1971), une comédie musicale goguenarde. Mais c'est évidemment Vol au-dessus d'un nid de coucou (1975) qui le propulse au firmament de la gloire. Ce drame psychiatrique est en réalité une parabole, voire une hyperbole, sur le régime totalitaire tchécoslovaque.
A cette filmographie déjà éloquente et exhaustive, Milos Forman rajoute d'autres films notoires, notamment Ragtime (1981), Hair (1979), Valmont (1989), Larry Flynt (1996), Man on the moon (1999), ou encore Les Fantômes de Goya (2006). Vient également s'agréger Amadeus, sorti en 1984, et qui est aussi l'adaptation d'une pièce de théâtre homonyme de Peter Schaffer. 

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Un tel long-métrage vient corroborer toute la prééminence de Milos Forman sur le Septième Art en général. Depuis la sortie de Vol au-dessus d'un nid de coucou, chaque nouveau film du réalisateur tchécoslovaque est scruté au tournant. Les thuriféraires de Milos Forman en auront pour leur pécune puisque Amadeus est désormais considéré comme un film culte et même comme un classique du noble Septième Art, s'érigeant à la 53e place du top 100 des meilleurs films de tous les temps selon l'American Film Institute. De surcroît, Amadeus s'arroge huit oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleure direction artistique... et j'en passe...) pour être, in fine, consacré au firmament du box-office américain. Une vraie performance pour un métrage de plus de deux heures et demie de bobine, et même presque trois heures pour le director's cut.

Reste à savoir si Amadeus mérite de telles flagorneries... Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film de compose de Tom Hulce, F. Murray Abraham, Elizabeth Berridge, Simon Callow, Roy Dotrice, Christine Ebersole et Jeffrey Jones. Pour l'anecdote, l'acteur F Murray Abraham sera contacté par la production durant le tournage de Scarface (Brian de Palma, 1983), tout en ignorant qu'il devait tenir le rôle principal, celui de l'ennemi le plus farouche de Wolfgang Amadeus Mozart. Quant à Tom Hulce qui incarne le jeune prodige, le comédien cérémonieux passera plus de quatre heures par jour à pratiquer le piano afin de mieux s'imprégner de son rôle. 
Attention, SPOILERS ! (1) Vienne, novembre 1823Au cœur de la nuit, un vieil homme égaré clame cette confession : « Pardonne, Mozart, pardonne à ton assassin ! »

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Sa chambre étant verrouillée, ses serviteurs tentent de l’allécher avec des friandises mais n’entendent que des sons étouffés suivis d’un cri tranchant. La porte enfoncée, ils se trouvent nez à nez avec le vieillard noyé de sang. Cet homme est Antonio Salieri, jadis musicien réputé et compositeur de la Cour. Dès l’enfance, il s’est voué tout entier au service de Dieu, s’engageant à le célébrer par sa musique au prix d’un incessant labeur et de sa chasteté. Pour prix de ses sacrifices, il réclame la gloire éternelle. C’est alors que le monde entend parler d’un jeune garçon du nom de Wolfgang Amadeus Mozart, promu à travers toute l’Europe par son père Léopold.
Son brio enchante les plus grands personnages et les cours les plus brillantes. En revanche, Salieri est déçu par son propre père, qui désapprouve ses ambitions musicales ; sa mort accidentelle permettra à son fils de prendre sa revanche et d’entamer une carrière au faîte de laquelle on le nomme compositeur de la cour de l’empereur mélomane Joseph II.

Son talent lui vaut durant quelques années les plus hautes distinctions. En 1781 cependant, le jeune Mozart fait irruption à Vienne, précédé d’une flatteuse réputation, mais sans grande éducation. Mozart est en voie de devenir le plus grand compositeur du siècle. Salieri en est le premier convaincu. Quand on a du talent mais qu’on est confronté au génie, comment survivre ? Comprenant la menace que représente pour sa carrière le jeune Mozart, Salieri essaie de l’évincer tout en l’approchant pour savoir pourquoi il est si doué (1). Evidemment, les historiens ou les adulateurs de Mozart les plus émérites ne manqueront pas de tiquer ou de maronner après certaines libertés ou menus détails qui viennent s'interposer entre la fiction et la réalité. Première dissimilitude et pas des moindres, il semblerait que Salieri n'ait jamais orchestré l'assassinat de son plus grand rival. 

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Mieux, il ne se serait même jamais opposé au talent de Mozart de quelque manière que ce soit. En l'état, difficile de répondre avec précision ou avec parcimonie puisque la relation entre Salieri et Mozart est sujette, elle aussi, à de nombreuses controverses. Sur la forme, Amadeus s'apparente davantage à une déclaration d'amour à la musique en général et au génie de Wolfgang Amadeus Mozart en particulier ; plutôt qu'à un long-métrage historique. En vérité, Milos Forman signe une oeuvre nébuleuse qui tergiverse entre l'opéra guilleret, le drame alambiqué, la vindicte personnelle et le film métaphysique empreint de spiritualité. En fait, Amadeus démarre réellement lorsque Salieri rencontre pour la première fois le jeune prodige. En public, Mozart le nargue et se gausse du compositeur italien.
Mais l'humiliation n'est pas seulement publique. Elle provient de la voix de Dieu lui-même.

Tel est le châtiment approprié aux médiocres. Cette musique euphonique et majestueuse ne sera pas symbolisée ni interprétée par un homme pieux, courtois, magnanime, philanthrope et au service de Dieu, mais par une sorte de jeune vaurien, pétomane, égrillard, outrancier, hâbleur et sournois qui s'esclaffe de la cour, du Roi et des doctrines politiques de son époque. Si Salieri cherche à évincer Mozart de la Cour, il devient à l'inverse son plus fervent admirateur, pestant et louangeant à la fois une musique gracieuse, jouée par Dieu lui-même, et convoquant toute une myriade de sentiments et de thématiques antagonistes : l'amour, la haine, la joie, la colère, la jalousie, la vie, la mort, l'absolution...
Mais à travers les décennies et les siècles, c'est bien Mozart qui imposera (apposera...) sa marque indélébile, celle d'une musique philharmonique qui traverse la nuit des temps pendant que la musique de Salieri se désagrège, se délite et sombre peu à peu dans l'oubli.

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Pis, lors d'une partie de débauche, d'agapes et de priapées, Mozart parodie une oeuvre musicale de Salieri et la perfectionne devant un monarque incrédule. Oui, Mozart est bel et bien ce musicien et ce mélomane orfèvre, ainsi que le meilleur compositeur de tous les temps. En secret, Salieri se comporte comme un ignoble félon et ourdit des complots contre ce concurrent qu'il déifie et sacralise. La punition divine est éternelle glose un Milos Forman goguenard.
En filigrane, se posent aussi les questions de la Mémoire et de l'empreinte universelle... Plus qu'un biopic ou encore un film historique qui respecterait à la lettre les déboires d'un Mozart en alcoolique impénitent, Amadeus s'apparente davantage à une allégorie sur la Création et son insondable origine. Milos Forman étaye et opacifie son propos via des séquences majestueuses, imbriquant savamment l'espace, la musique et le temps. C'est probablement pour cette raison que le talent de Mozart se transmutera peu à peu en une folie irrévocable, son talent embrassant carrément la quintessence divine, et même jusqu'à son ultime soupir. Vous l'avez donc compris. 
Une telle oeuvre cinématographique mériterait sans doute une analyse beaucoup plus précautionneuse. 
J'espère donc que vous me pardonnerez pour la frugalité de cette chronique.

 

Note : 18.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Amadeus_(film)

19 avril 2018

R-Point (Horreur et guerre peuvent-ils cohabiter ?)

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Genre : Horreur, épouvante, guerre (interdit aux - 12 ans)

Année : 2004

Durée : 1h47

 

Synopsis :

Fin 1972, alors que les troupes coréennes d'apprêtent à rentrer au pays, l'Etat-major reçoit des messages radio de soldats déclarés morts quelques six mois plus tôt. Tae-in Choi est envoyé sur le terrain pour une mission de sauvetage avec un peloton d'éclaireurs. A peine arrivés sur le point d'extraction, les soldats de Choi meurent un à un, dans des conditions étrangement similaires à celles des soldats qu'ils venaient rechercher.

 

 

La critique :

Dans l'histoire du cinéma, certains réalisateurs se sont amusés à mélanger des genres parfois insolites pour apporter leur petite touche d'originalité. Si certains mélanges sont devenus monnaie courante tels la comédie dramatique ou le drame de guerre, d'autres, au contraire, se sont aventurés sur des pentes très glissantes. Ainsi, on a pu assister à l'apparition de comédies horrifiques, d'un mélange d'horreur et de science-fiction, et même de films mêlant l'horreur et le film de guerre. Oui, ça existe ! C'est très rare mais ça existe ! Si nous pensons inévitablement à Dog Soldiers qui est, sans doute, (tout est relatif bien sûr) le plus connu de ce style, d'autres pellicules bien plus confidentielles ont vu le jour tels La Tranchée, Forteresse Noire ou Outpost. Malgré les nombreux points communs entre les deux genres, l'horreur et la guerre ont rarement fait bon ménage lors de leurs mixages.
On pourra dénombrer quelques réussites, à l'instar des deux premiers (le troisième en demi-teinte d'après de rares critiques). Vient également s'ajouter R-Point, signé Kong Su-Chang. Un cinéaste peu voire très peu connu dans nos contrées.

Scénariste de base, le monsieur a fini par se tourner vers la réalisation propre de ses idées en démarrant, en 2002, avec le méconnu La 6ème Victime qui obtint des critiques favorables, à défaut d'être transcendantes. Deux ans plus tard, il se lance dans un projet beaucoup plus ambitieux. Un défi de taille qui est donc R-Point et qui, lui aussi, répètera la réception de son prédécesseur. De quoi nous rassurer au vu de l'inanité assez inquiétante du cinéma horrifique actuel. Six ans plus tard, après être disparus des radars, Su-Chang finit par récidiver dans l'horreur guerrière avec The Guard Post (ou G.P. 506) recevant des critiques un poil moindres. Ceci étant dit, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, le film d'aujourd'hui est natif de la Corée du Sud qui s'est suffisamment illustrée par le passé sur le blog comme l'un des pontes du cinéma avec ses thrillers glaçants et ses policiers hautement rythmés.
Face à un cinéma occidental toujours plus aseptisé, R-Point a un double objectif : parvenir à se hisser au-delà de la moyenne globale actuelle du cinéma d'horreur et rendre hommage à l'excellence et l'exigence de son pays natal. Avec ce long-métrage, premier du genre chroniqué sur le blog, pouvons-nous dire que horreur et guerre savent bien cohabiter ?

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ATTENTION SPOILERS : Fin 1972, alors que les troupes coréennes d'apprêtent à rentrer au pays, l'Etat-major reçoit des messages radio de soldats déclarés morts quelques six mois plus tôt. Tae-in Choi est envoyé sur le terrain pour une mission de sauvetage avec un peloton d'éclaireurs. A peine arrivés sur le point d'extraction, les soldats de Choi meurent un à un, dans des conditions étrangement similaires à celles des soldats qu'ils venaient rechercher.

A l'orée de ce synopsis, il serait un peu malhonnête de ne pas éprouver un minimum de curiosité devant ce mystère nimbant un récit plutôt original au vu de la maigre quantité de films d'horreur guerrière. Dès le départ, Su-Chang n'y va pas de main morte. Des soldats attablés captent d'étranges signaux d'un soldat appelant à l'aide et martelant que lui et sa compagnie vont tous mourir, le tout avec une voix d'outre-tombe à glacer le sang. Au moins, les hostilités sont lancées dans le bon sens du terme et le récit peut démarrer en prenant place dans les dernières années de la guerre du Vietnam. Un véritable bourbier inutile dont les USA qui n'ont plus rien à prouver comme étant les plus gros fouteurs de merde de l'histoire, en ont été d'importants instigateurs.
Les soldats coréens sont rappelés au pays mais la captation des ondes radio d'un régiment décimé il y a six mois convainc l'Etat-major d'enquêter sur cette drôle d'affaire. Un lieutenant déshonoré à la réputation de boucher est sollicité pour être le meneur d'un petit bataillon de 9 soldats, dont lui (retenez bien cette information !), bien décidés à faire la lumière sur toute cette histoire. Seulement l'endroit où ils doivent se rendre a très mauvaise réputation. Rapidement, des événements, d'abord anodins, vont laisser la place à cette impression d'être épié par une présence inconnue. L'histoire ne prendra que toute son ampleur lorsque la petite escouade sera face à un gigantesque temple brumeux et délabré. Su-Chang va, marche par marche, faire grimper l'histoire en intensité en optant pour un traitement bien différent de ce que notre cinéma a l'habitude de faire. 

Une force inconnue est tapie dans cette nature désolée. La mort semble avoir pris le contrôle de cet univers en dehors du temps dont le bataillon n'en sortira jamais ou du moins ne sait pas en sortir. La cause étant un écriteau mortuaire stipulant qu'une fois entré dans cette zone, il sera impossible d'en réchapper. Effectivement, les soldats commenceront à tourner en rond. On pourrait, au final, déceler un subtil second niveau de lecture dans le fait que cet écriteau représente la ligne rouge à partir duquel un soldat ne saurait s'extirper de sa condition. Autant le dire, aller jusque-là relèverait d'une certaine branlette intellectuelle pour justifier la vacuité d'un second niveau de lecture, cependant tout à fait assumé. N'espérez pas voir la moindre parcelle de diatribes sur l'absurdité du bourbier vietnamien, ni une analyse poussée de la condition guerrière. R-Point n'a pas ces objectifs et se contente de rester plus conventionnel sans chercher à péter plus haut que son cul.
Le pire est que le traitement fonctionne de manière assez efficace. Conscient du fait que l'objectif du film se mariera difficilement à l'exigence d'une critique géopolitique et des ravages psychologiques de la guerre, le réalisateur va opter à fond pour la carte de l'horreur pure à la japonaise, loin de la stupidité revue et revue des grosses ficelles de notre cinéma horrifique.

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Si on notera un ou deux screamer faciles, l'essentiel de l'ambiance se jouera au niveau sensoriel. Su-Chang est conscient du gros potentiel sous-jacent pour mettre le spectateur en condition de malaise et il parvient à l'exploiter de manière habile. R-Point va s'amuser avec le cinéphile et le placer en situation d'hostilité permanente face à un sombre mystère paranormal. La grande force est de se baser sur la sensation d'inconfort face à l'inconnu. Nous sommes au même rang que ces soldats perdus, incapables de savoir ce qu'il se passe, et essayant de trouver un sens rationnel à ces faits nébuleux. L'incompréhension va, lentement mais sûrement, déstabiliser l'équilibre mental de ce bataillon pourtant soudé. Sans être pompeux, le cinéaste illustre bien cet état de fait comme quoi l'Homme a besoin de mettre une explication sur chaque circonstance car il en va de sa stabilité psychologique.
L'inconnu est quelque chose qui fait peur et ne pas savoir apporter une explication tangible peut mener à la folie complète. Subrepticement, les dissensions commenceront à toucher de plein fouet le groupe. Les rapports sociologiques vont être perturbés. La peur prendra le pas sur le contrôle de soi. Aucun doute n'est permis, un massacre se prépare.

Indubitablement, R-Point surprend et balaie les critiques s'attendant à un énième film d'horreur insipide. Le film ne cherche pas à faire sursauter son spectateur mais à le placer, au risque de me répéter, en situation d'inconfort par le biais d'une atmosphère glauque et oppressante. Loin de toutes balises étroites, on ne sait jamais le trajet de l'histoire tirant tantôt vers le macabre ou l'insolite. Des bâtons d'encens brûlant dans un temple sans qu'il n'y ait âme qui vive aux alentours, l'apparition de mystérieux soldats américains, une femme habillée en blanc tourmentant Tae-in-Choi. Et je pourrais encore continuer longtemps. De ce trait sensoriel en ressort un rythme posé, sans le moindre artifice, presque contemplatif mais où il se passe toujours quelque chose.
Si certaines baisses de rythme se font ressentir, le tout tient suffisamment l'attention du spectateur qui saura accepter une mise en scène où lenteur finement régulée et tension permanente cohabitent en très bons amis. Il est cependant dommage que Su-Chang perde de vue dans la toute dernière partie son récit par le biais d'une fin un peu trop elliptique où, au final, nous n'en saurons pas plus. Le mystère restera encore suffisamment persistant pour décevoir les spectateurs plongés dans la folie d'un régiment perdant pied avec tout rationnel. Au final, ce fameux domaine nommé R-Point peut se voir comme un éternel recommencement mais je n'en dirai pas plus.

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Maintenant, parlons un peu de l'esthétique du récit. Il est évident que les rares versions proposées en ligne ne brilleront pas par leur image léchée. Cependant, on ne peut réfuter le fait que le réalisateur s'est appliqué sur les décors environnants en les filmant avec professionnalisme. La nature est filmée comme étouffant ces soldats et s'éloigne de toute beauté immaculée. Les herbes sont très hautes, les chemins en forêt étroits et sombres, une eau sale, des cavernes oppressantes et bien sûr un temple vétuste. Même au niveau des décors, un certain inconfort en résulte. La bande sonore parvient à être bien intégrée à la tonalité globale mais on rechignera devant certains choix très discutables comme durant cette poursuite d'un soldat croyant avoir vu quelque chose dans la forêt.
D'ailleurs, parlons-en de ces soldats qui, avec une fin en demi-teinte, constituent le gros problème de R-Point. Autant être bref, à l'exception du lieutenant, tous jouent comme des pieds, surjouent outrageusement leur rôle. Ils éclipsent la bravoure du soldat par leur QI rivalisant avec celui d'un pied de chaise. Le choix des dialogues est souvent à pleurer. Comment une telle erreur a pu être commise en intégrant un jeu d'acteur de série Z à un résultat global plus que satisfaisant ? Il est à noter qu'une version VF est disponible. Ce qui est très étonnant pour un métrage aussi confidentiel. Je ne vais pas vous faire de schémas en disant que les voix françaises n'arrangent pas les choses.

Mais, en conclusion, on ne peut réfuter le fait que R-Point est un film d'une grande sympathie, bourré de bonnes intentions et qui a su exploiter assez adroitement son potentiel. Partant d'une idée de départ originale et très intéressante, le réalisateur a su imposer un style loin de la faiblesse majeure du cinéma d'horreur-épouvante. R-Point peut se voir, avant tout, comme un récit à l'ambiance sensorielle qui a le mérite de surprendre et mettre mal à l'aise le cinéphile.
Se déchargeant de tout excès d'effets sanguinolents et de gore outrancier, il place la violence physique là où il faut sans exagération. L'histoire suscite un intérêt constant. Le réalisateur assume son style et, à aucun moment, ne prend ses spectateurs pour des cons. Au contraire, il leur fait vivre une horreur davantage psychologique et ça c'est un excellent point. Comme il est dommage de se rendre compte que la fin n'a pas su être gérée de manière subtile (on voit l'objectif du réalisateur mais il n'a pas su l'amener adroitement) et que la quasi-totalité des acteurs qui ne méritent même pas d'être mentionnés à l'exception de Kam Woo-Sung en lieutenant, affichent une prestation médiocre.
Sans quoi, on aurait pu se targuer d'être face à une pépite injustement méconnue. Mais ne boudons pas notre déplaisir, R-Point est une oeuvre tout à fait recommandable qui mérite d'être un peu plus connue. Un plaisir dont il ne faut pas espérer de rapidité dans la mise en scène. Nul doute qu'entre les mains d'un Na Hong-Jin ou d'un Bong Joon-Ho, nous aurions eu un chef d'oeuvre majeur du cinéma coréen. Qui sait, peut-être qu'un jour, ces génies se prendront d'intérêt pour l'horreur guerrière...

 

 

Note : 13,5/20

 

lavagem-cerebral-final   Taratata

The Room - 2003 (Le mystère Tommy Wiseau)

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Genre : comédie dramatique, drame, romance
Année : 2003
Durée : 1h40

Synopsis : Johnny est très amoureux de sa fiancée Lisa, qu'il a l'intention d'épouser. Mais cette dernière ne l'aime plus vraiment et le trompe avec Mark, son meilleur ami.     

La critique :

Ah... Je vous vois venir... La première question qui vous taraude est évidemment la suivante : que vient foutre une romance ou une comédie sentimentale sur le blog Cinéma Choc ? A fortiori, rien ne justifie la présence de The Room, réalisé par Tommy Wiseau en 2003, sur un site consacré à la fois aux films chocs, violents, extrêmes et érubescents... Mais pas seulement. Rappelons que le blog a aussi pour apanage les objets filmiques non identifiés (OFNI), une catégorie à laquelle appartient The Room. Car ce film, c'est avant tout un nom... Que dis-je ??? C'est surtout un monogramme et une nouvelle effigie dans le monde galvaudé du noble Septième Art, j'ai nommé Tommy Wiseau.
Rien que son nom et son personnage demeurent une énigme. Il suffit de se rendre sur sa fiche Wikipédia de cet... euh... artiste (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tommy_Wiseau) pour se rendre compte de ce véritable phénomène.

Même la date de naissance de Tommy Wiseau est sujette à de nombreuses interrogations et controverses. Selon certaines allégations de l'intéressé, l'acteur, producteur, scénariste et réalisateur (entre autres...) serait né en 1968 ou en 1969. Mais, à priori, ses origines polonaises le trahissent puisqu'il serait né dans un pays du bloc de l'est et plus précisément en Pologne en 1955 (en tout cas, durant les années 1950). Evidemment, toutes ces affabulations trahissent une mégalomanie ostensible que Tommy Wiseau déploie enfin à l'écran dans The Room, une comédie dramatique et sentimentale qu'il réalise, produit, écrit et scénarise de la première lettre jusqu'au dernier point fatidique.
Ce n'est pas un hasard si le film est souvent considéré, par certains thuriféraires euphoriques, comme l'anti Citizen Kane (Orson Welles, 1941) ou le Citizen Kane des mauvais films (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Room).

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De surcroît, The Room est même devenu l'une des nouvelles effigies du site Nanarland (source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-room-the-room.html). En effet, en l'espace seulement de quelques années, The Room s'est arrogé le statut de film culte. The Room, c'est avant tout une histoire, un tournage particulier et controversé, des rumeurs ainsi que de nombreuses galéjades. C'est donc cette étonnante curiosité cinématographique que nous allons tenter de décortiquer dans nos colonnes... Bienvenue dans The Room, souvent décrié comme le nanar ultime, celui capable de renverser l'hégémonie de Plan 9 From Outer Space (Ed Wood, 1959) en son temps et de Turkish Star Wars (Cetin Inanç, 1982) en particulier ! En l'état, difficile de comparer ces trois OFNI puisqu'ils ne boxent pas du tout dans la même catégorie.

Les adulateurs de bisseries et de gaudrioles azimutées en seront pour leur frais. Dans The Room, point de créature atypique et aux incroyables rotondités, de stock-shots incongrus ni d'effets spéciaux surannés. Toute l'absurdité tient dans les lignes de dialogue prolixes, dans des palabres interminables et dans des ritournelles visiblement assumées, mais pas seulement. The Room, c'est finalement le principe et surtout la mythologie de Narcisse qui s'appliquent au cas de Tommy Wiseau ; cas qui prend littéralement forme à travers une pellicule cinématographique.
Finalement, The Room, c'est presque un cas d'école et surtout un cas de psychanalyse, comme si la mégalomanie de Wiseau se devait, un jour ou l'autre, de toiser le haut des oriflammes. Un opuscule, par ailleurs intitulé The Disaster Movie, reviendra sur les conditions de tournage, ainsi que sur la personnalité de Tommy Wiseau. 
 

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Le roman sera même adapté, dix ans plus tard, par James Franco via une adaptation cinématographique éponyme. En outre, le tournage du film sera émaillé par de nombreuses difficultés, notamment pour l'attitude désinvolte et extravagante de Tommy Wiseau, ainsi que pour un format de caméra (HD et/ou 35 mm) qui décontenancera et provoquera la démission de plusieurs chefs opérateurs (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Room). 
La distribution de The Room se compose bien évidemment de Tommy Wiseau qui incarne le rôle principal, à savoir celui de Johnny, un être affable et magnanime, considéré par ses proches comme une sorte d'ange avenant et magnanime (pléonasme !), toujours courtois et philanthrope quelles que soient les circonstances. On comprend mieux pourquoi sa dulcinée, Lisa, commence sérieusement à se lasser de cet être profondément fastidieux.

Toutefois, cette dernière est une manipulatrice à la fois compulsive et obsessionnelle qui s'énamoure de Mark, le meilleur ami de Johnny. Dès lors, le long-métrage s'embarque dans toute une série de quiproquos et d'interrogations sibyllines, d'autant plus que Lisa et Johnny doivent bientôt convoler. Corrélativement, la belle annonce la naissance d'un futur bébé lors d'une fête organisée pour l'anniversaire de Johnny. Au final, tout le monde est au courant des parties de débauche entre Lisa et Mark...
Tout le monde sauf Johnny. Tout du moins, ce dernier renâcle l'habile subterfuge en enregistrant les conversations téléphoniques entre sa fiancée et son meilleur ami. D'un point de vue technique et de la mise en scène, les saynètes amoureuses et/ou de disputes se déroulent uniquement dans trois pièces : soit dans une chambre (d'où l'intitulé du film), soit dans un salon opulent, soit sur la terrasse située en haut d'un building. 

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A partir de là, les différents personnages de cette romance au mieux insignifiante déambulent et errent sans motif apparent. Leur apparition ou leur disparition de l'écran se justifie uniquement par leur entrée (ou leur sortie) de la pièce principale. Que les amateurs d'érotisme raffiné se rassérènent. Oui, vous assisterez béatement à quelques saynètes de copulation. Toutefois, rien de grave si ce n'est que les batifolages sont, à chaque fois, ponctués par une musique indigente et sirupeuse. Surtout, là où le film s'étend sur une durée académique de 100 minutes environ, la problématique présentée aurait pu s'étaler au mieux sur cinq minutes de bobine !
Et c'est finalement ce qui définit le mieux The Room, à savoir cette vacuité intersidérale ainsi que cette inanité abyssale qui jalonnent ce long-métrage prosaïque.

A cette débauche de médiocrité, viennent également s'agréger des personnages subsidiaires sans relief. La palme de la nullité revient aisément au personnage de Denny, une sorte d'adulescent qui ne justifie jamais sa présence, si ce n'est pour afficher un sourire d'ahuri permanent. Même remarque concernant le couple formé par Mike et Michelle. Car c'est aussi cela The Room, la présence impromptue de divers protagonistes inutiles, si ce n'est pour bâfrer des mets sapides ou pour copieusement s'aviner. Ce qui caractérise aussi The Room, c'est l'absence ou presque de mouvement, que ce soit d'un point de vue de la caméra ou des divers protagonistes, curieusement statiques.
Lorsque les personnages sont présents à l'écran, ils sont soit assis, soit debout et attendent studieusement qu'un semblant de dialogue se déroule. 

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Bien conscient de l'oisiveté de ses divers protagonistes, Tommy Wiseau passe parfois à l'action (enfin "action", c'est un bien grand mot...) en nous imposant quelques passes de football américain entre Johnny et ses deux plus fidèles prosélytes. Dès lors, Tommy Wiseau se glisse sur un chemin escarpé. Pour le cinéaste, le problème de communication serait la plus grande tare de notre société hédoniste et consumériste. C'est sûrement la raison pour laquelle personne ne comprend la bienveillance de Johnny et qu'il se retrouve accusé par sa propre fiancée de violence conjugale. 
En résumé, Johnny est un être à la fois hégémonique et exceptionnel alors que sa dulcinée et ses propres amis sont des personnes félonnes et pusillanimes. Tommy Wiseau opacifie son propos via une rixe entre un Mark dépité et un psychologue qui ne sert strictement à rien !

En filigrane, l'acteur, producteur, scénariste et réalisateur met en exergue les écueils et les corolaires de la confiance aveugle. C'est d'ailleurs ce que Tommy Wiseau cherche à faire transparaître via une affiche de cinéma à son effigie et arborant un visage étrangement bovin et impavide, confirmant derechef cette mégalomanie ostentatoire. Tommy Wiseau... Quand tu nous tiens... Bref, il faudrait sans doute un mémoire professionnel, voire une thèse foisonnante et exhaustive, pour décrypter toute la bêtise de ce drame soporifique. Pour une fois, un nanar culte n'a pas usurpé sa réputation harangueuse et sulfureuse. Toutefois, The Room s'adresse aux "nanardeurs" aguerris.
En l'occurrence, les néophytes seront priés de préserver leurs pauvres petits neurones via une préparation psychologique. Une telle séance cinématographique interroge, de facto, sur les fondamentaux du Septième Art et, qui plus est, sur ses impondérables. En ce sens, le cas maladif de The Room constitue à lui tout seul un autre pan du cinéma. Mais à ce point et à ce niveau de calamité peut-on encore réellement parler de cinéma ???

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver

18 avril 2018

Sátántango - Le Tango De Satan (Un chef d'oeuvre monumental)

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Genre : drame
Année : 1994
Durée : 7h40 (version intégrale)

Synopsis : Un groupe d'âmes perdues erre dans la plaine hongroise balayée par le vent. Dans une immense ferme collective livrée à l'abandon, les quelques rares autochtones végètent et complotent les uns contre les autres. Une rumeur se propage soudain sur le retour de deux anciens habitants des lieux, Irimiás et Petrina, que l'on donnait pour morts depuis plus d'un an. Parmi le groupe en proie aux affres du désespoir et de la déliquescence, certains y voient alors le signe d'une arrivée de Messies salvateurs. D'autres, par contre, redoutent l'avènement de Satan. Mais tous sans exception, semble terrifiés par l'apparition imminente des deux hommes.

La critique :

Sátántango, le film monumental du hongrois Béla Tarr figure en très bonne place dans le classement des métrages les plus longs de l'histoire du cinéma. Une oeuvre démesurée dans sa durée qui ne pouvait pas passer sa route sans terminer un jour ou l'autre, sur les étagères de ma vidéothèque. En novembre dernier, j'acquis donc le dvd de ce film mythique moyennant un très coup gros de canif dans un budget qui était déjà sérieusement en berne. Mais on est collectionneur ou on ne l'est pas ! Béla Tarr est un réalisateur qui ne laisse personne indifférent. Tantôt porté aux nues par "l'intelligentsia" des cinéphiles qui voit en lui l'un des derniers géants du Septième Art, tantôt honni par une autre frange du public, plus "populaire" qui trouve, lui, son cinéma insipide, d'une platitude sans nom et d'un vide intersidéral. La preuve qu'il ne laisse pas indifférent, Les Harmonies Werkmeister chroniquées par Taratata il y a quelques semaines, avaient provoqué en leur temps, un engouement certain sur Cinéma Choc.
Étonnant ? Pas tant que ça. Car en dehors de la qualité d'écriture de cet article et de son titre quelque peu énigmatique, ce film inconnu par la plupart, a bien mérité l'intérêt que certains blogueurs lui ont témoigné. C'est un fait : un cinéaste tel que Béla Tarr ne peut que provoquer débats et polémiques. À l'instar d'Andreï Tarkovski, la filmographie de Tarr se limite à quelques longs-métrages.

Neuf au total entre 1979 et 2011. C'est peu. Mais quantité ne faisant pas qualité, le cinéaste hongrois prend son temps pour accoucher de ses films. L'éloge de la lenteur : voilà ce qui caractérise le cinéma de Béla Tarr. Une lenteur écrasante, hypnotique, qui donne à ses oeuvres un cachet unique et inimitable. Le style du cinéaste magyare est reconnaissable entre mille : un noir et blanc somptueux, des acteurs au faciès atypique (des "gueules", comme on le dit souvent), des éléments météorologiques déchaînés, des êtres à la dérive accablés de misère et de solitude, des plans séquences qui s'étendent sur de très longues minutes, des silences, un environnement hostile et une action (inaction serait un terme plus approprié) qui s'étire à l'infini, donnant la sensation au spectateur d'évoluer dans un univers où toute notion temporelle s'est évaporée. On conçoit aisément qu'un tel cinéma puisse en rebuter plus d'un.
Difficiles d'accès, très exigeants d'approche, les films de Béla Tarr sont qualifiés à la fois de soporifiques et de prétentieux par ses détracteurs. Bref, le cinéma d'auteur dans toute sa splendeur. Avant Sátántango qui est unanimement considéré comme son chef d'oeuvre et le sommet de sa carrière, Béla Tarr né en 1955, avait seulement cinq films à son actif : Le Nid Familial (1979), L'outsider (1981), Rapports Préfabriqués (1982), Almanach d'Automne (1985) et surtout Damnation (1988), sans doute l'oeuvre la plus pessimiste du cinéaste et l'un des films les désespérés de l'histoire du Septième Art.

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Par la suite, viendront s'ajouter Les Harmonies Werkmeister (2000), L'Homme De Londres (2007), remake d'un classique du cinéma français de 1943 réalisé par Henri Decoin, et Le Cheval De Turin (2011), "testament" cinématographique du réalisateur qui estima, après ce film, avoir atteint les limites de son art. D'avoir dit tout ce qu'il avait eu à dire. Peut-être, un jour, reviendra-t-il sur sa décision ? Après tout, il y a des réalisateurs bien plus âgés qui officient encore ! Avec Sátántango, Béla Tarr aborde deux thématiques essentielles. Tout d'abord, il se livre à une féroce dénonciation du communisme et de son système politique implacable qui fut à l'origine de l'appauvrissement d'une Hongrie minée par la décrépitude. La ferme où se situe l'histoire est à l'abandon ; elle périclite à l'instar d'un pays tout entier qui a subi pendant des décennies, le joug totalitaire de l'ex-URSS.
Béla Tarr dénonce également les turpitudes les plus profondes de l'âme humaine, sa lâcheté devant l'adversité, sa perversité intrinsèque et ses peurs irrationnelles face à l'inconnu. Dans ces grandes steppes balayées par les vents et soumises à des pluies incessantes, quelques hommes perdus au milieu de nulle part, plutôt que de s'entraider, complotent les uns contre les autres, animés par une cupidité délétère.

Dans ce climat de suspicion permanente, tous les tourments qui rongent ces âmes torturées sont exposés au spectateur. Ode immobile au désespoir, Sátántango c'est 460 minutes sans discontinuer de pluie, de tempête et de meurtrissures psychologiques sans une seule seconde d'éclaircie. Que celle-ci soit dans le ciel ou dans les têtes. Autant dire qu'il ne vaut mieux pas regarder ce film si l'on est dépressif, sous peine de se mettre une balle avant la fin de la projection. Attention spoilers : Dans une grande ferme collective où ne subsistent plus que quelques habitants et un troupeau de vaches, la misère frappe de plein fouet. Livrés à eux-mêmes, les autochtones végètent et complotent les uns contre les autres. La raison de ces manigances semble être un magot dont on ne connaît pas la provenance.
Dans ce climat de défiance où les uns couchent avec les femmes des autres, où tout le monde suspecte tout le monde, soudain une rumeur parcourt la communauté : Irimiás et Petrina, deux anciens habitants de la ferme morts il y a plus d'un an, auraient été vus au village et seraient sur le chemin du retour. Aussitôt, c'est la panique et tous voient en ce retour, une manifestation surnaturelle.

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Pour certains, elle est divine et vient pour redonner espoir et prospérité au groupe ; pour d'autres, c'est Satan lui-même qui va débarquer dans cette ferme délabrée et punir ses habitants de leurs exactions. En fait, les dénommés Irimiás et Petrina, petits escrocs sans envergure qui végétaient tout simplement en prison, avaient préféré laisser courir le bruit de leur mort afin de mieux abuser à leur retour, de la frayeur et de la crédulité de leurs anciens compagnons. Les deux hommes réapparaissent à l'occasion du décès tragique d'une petite fille. Lors d'un discours mortuaire émouvant, Irimiás le beau parleur, convainc les habitants de la ferme de lui donner leurs économies en leur promettant de meilleures perspectives d'avenir, ailleurs loin de la ferme maudite. Sombre chimère...
Quasiment deux fois plus long qu'Autant En Emporte Le Vent, Sátántango rien que par son visionnage, constitue déjà une sacrée gageure pour un spectateur lambda. Quant à chroniquer ce film-fleuve, cela révèle d'un défi pour le moins casse gueule. J'ai tenté de le relever de mon mieux. Quelle tristesse, quelle sinistrose ! Mais quelle maestria ! Dieu que ce film est pessimiste ! Et sublime à la fois !

De son style unique, Béla Tarr magnifie un univers sale et crasseux en une symphonie à la beauté visuelle inimaginable. Par un talent et un savoir-faire hors pair, le technicien hongrois transforme des champs gorgés de boue en des prairies de papier glacé, des jours pluvieux tristes à mourir en spectacles dantesques et des visages flétris en fresques où chaque histoire de vie se contemple comme un tableau de maître. Quant à la scène où des ivrognes dansent le "Tango de Satan" dans un cloaque mal famé, elle aurait fort bien pu tourner au grotesque, mais le réalisateur en fait un ballet tragicomique qui emporte le spectateur dans un tourbillon où toute la vacuité de l'existence humaine est montrée à la fois avec désespérance et légèreté. Cette poésie musicale dure à elle seule, plus d'une demi-heure...
Le temps, la pesanteur, l'alanguissement, voilà les ennemis absolus des contradicteurs du cinéaste. Comment leur faire comprendre que Béla Tarr a le talent hors du commun pour rendre tout cela sublime ? Évidemment, il faut pouvoir supporter, au sens physique du terme, ces scènes interminables où le réalisateur peut s'attarder 5 minutes sur des gouttes de pluie qui viennent fouetter une vitre, ou 7 minutes trente (j'ai chronométré) sur un troupeau de vaches qui sortent d'une étable. Un cinéma contemplatif qui peut s'avérer usant psychologiquement et qui peut plonger certains dans un état semi comateux, j'en conviens.

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Mais que de beauté s'élève de ces images ! Visuellement, ce film se hisse sans difficulté au niveau des plus grandes réussites esthétiques de l'histoire du cinéma. Béla Tarr n'a jamais utilisé que le noir et blanc ; ceci pour montrer aux spectateurs que ses films ne sont en rien un quelconque reflet de la réalité mais bien de pures créations artistiques. La mélancolie qui s'en dégage atteint au plus profond de l'âme et ne peut que bouleverser le plus blasé d'entre nous. Un cinéma de transcendance. Sátántango est divisé en douze sections généralement clôturées par un narrateur qui résume la situation à l'instant final de la dite section. D'une longueur hors norme (sept heures et quarante minutes), le film est uniquement composé de plans séquences. Cent cinquante au total dont chacun s'étend en moyenne sur trois minutes. Mais certains peuvent approcher le quart d'heure...
Il faut accepter cette lenteur infinie qui est la marque de fabrique du réalisateur. Il faut accepter de se soumettre à ce vague à l'âme, de se laisser écraser par cette chape de plomb psychologique pour mieux pénétrer dans l'atmosphère unique de contemplation, de mysticisme et d'introspection que nous offre le génial cinéaste.

Somptueux au niveau formel, Sátántango est, à l'inverse, d'une noirceur apocalyptique sur le fond de son propos. Cette dichotomie n'en rend que plus intense la philosophie de cette oeuvre. Tarr n'a absolument aucun espoir en l'homme et met un point d'honneur à démontrer son intime conviction. Tous les travers, les tourments et les bassesses de l'être humain, sont ici disséqués et exposés au grand jour. Aucun des protagonistes ne suscite ne serait-ce qu'un soupçon de sympathie. Pas même Esike, une gamine d'une dizaine d'années, qui s'amuse à torturer de longues minutes durant, un chat qu'elle finit par empoisonner par de la mort-aux-rats.
Pour rien, par méchanceté gratuite et désoeuvrement. La gosse sera d'ailleurs "punie" en mourant d'une pneumonie à la suite d'une nuit d'errance sous les pluies diluviennes, le cadavre raidi du chat sous le bras... 
Quant aux adultes, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Tous sont vils, pleutres et ne pensent qu'à leur propre intérêt en s'échinant à escroquer leurs voisins du mieux qu'ils le peuvent. En dépit de leur état misérable, Béla Tarr ne s'apitoie pas sur leur sort (tout du moins, en apparence) et s'attache à les montrer sans complaisance, dans leurs côtés les plus cupides et crapuleux. Cette avidité d'une vie meilleure, il ne la souhaite pas pour la communauté mais uniquement pour leur petite personne, quitte à écraser le voisin sans vergogne.

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Le réalisateur les affuble aussi d'une étroitesse d'esprit et d'une crédulité rétrograde lorsque tous s'affolent à l'idée que les "fantômes" de leurs anciens compagnons puissent revenir parmi eux. Des croyances d'un autre âge qui confinent à la débilité mentale, que la pauvreté, la solitude et le désespoir ont engendré. Et quelle est la cause de cet état de fait ? Le communisme, évidemment. Le communisme, doctrine athée qui ordonne à ses subordonnés un diktat de pensée en leur intimant l'abandon de toute espérance spirituelle. Au cours de l'une des scènes finales, les protagonistes se couchent dans une grange en planifiant avec enthousiasme leurs projets d'avenir, tandis que la caméra fixe une chouette, symbole du malheur dans les temps anciens, comme pour indiquer aux spectateurs que ces futurs projets sont déjà voués à l'échec. Et le narrateur de décrire un chapelet qui tombe dans une baignoire et flotte comme un serpent.... Un cinéma accusateur, dénonciateur et politique.
Et au final, une réussite absolue dans tous les domaines. Un cinéphile qui se définit comme tel se doit impérativement d'avoir pris la peine de sacrifier près de huit heures de sa vie pour visionner ce film démesuré. Croyez-moi, le sacrifice ne sera pas bien grand tant vous resterez époustouflés par les sommets atteints. Béla Tarr au zénith de son art. Et de l'Art, tout simplement. Alors, Sátántango n'aurait-il aucun défaut ? Non, aucun. Pas même sa durée hors du commun qui n'est nullement rédhibitoire tant cette entreprise filmique colossale est d'une puissance philosophique à la portée incommensurable. Un chef d'oeuvre qui se positionne ni plus ni moins, en tant que l'une des oeuvres les plus importantes de l'histoire du cinéma. Point barre.

Note : 20/20

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore

Faces Of Gore (Dans le sillage de Faces Of Death...)

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Genre : horreur, gore, trash, extrême, documentaire (interdit aux - 18 ans)
Année : 1999
Durée : 1h18

Synopsis : Dans le sillage de Faces Of Death, aka Face à la Mort, ce nouveau shockumentary étudie les phénomènes liés à la mort suite à un accident, un suicide ou un assassinat. 

La critique :

Ce n'est désormais plus un secret pour personne, en tout cas, pour ceux qui suivent régulièrement les chroniques de ce blog (soit trois ou quatre individus en déveine dans le monde...), le genre Mondo ou le Mondo Movie (c'est la même chose...) acte sa naissance dès l'orée des années 1960 avec Mondo Cane (Franco Prosperi, Gualtiero Jacopetti et Paolo Cavara, 1962). Ce pseudo documentaire (un "documenteur"...) nous convie à faire le tour du monde pour décrypter les us et les coutumes, ainsi que les pratiques culturelles et cultuelles à travers des séquences à la fois violentes, truculentes et iconoclastes. Au gré des contrées visitées, ce sont différentes peuplades qui s'égaient, s'étripent, dansent ou se mutilent en fonction de certains rites séculaires.
Présenté au Festival de Cannes en 1962, Mondo Cane estourbit durablement les persistances rétiniennes.

Le style "documenteur" est né et influence de nombreux avatars. Opportunistes, Franco Prosperi et Gualtiero Jacopetti réitèrent l'habile subterfuge avec Mondo Cane 2 (1963), Africa Addio (1966) et Les Négriers (1971). A chaque fois, les cinéastes s'accaparent des images de la réalité pour retranscrire nos pulsions archaïques et primitives sur pellicule. Or, Mondo Cane et ses nombreux épigones ne sont que des leurres savamment déguisés pour flagorner nos tendances scopophiles. 
Bien avant l'avènement de la société consumériste, Gualtiero Jacopetti et ses fidèles prosélytes avaient déjà subodoré cette prédilection pour le voyeurisme. Le Mondo devient donc le nouveau leitmotiv de tout un pan du cinéma horrifique. Ce registre cinématographique connaît sa quintessence entre l'orée des années 1970 et le milieu des années 1980.

A tort, on euphémise parfois l'impact de Faces of Death (John Alan Schwartz, 1978). Sagace, le même John Alan Schwartz, qui sévit par ailleurs sous le pseudonyme de Conan le Cilaire, s'approprie le concept de Mondo CaneSeule divergence et pas des moindres, ce nouveau "documenteur" explore à sa manière les différentes facettes de la mort, que ce soit à travers des accidents de la route, des suicides, des meurtres abominables commis par des sectes sataniques, des exactions - cette fois-ci bien réelles - perpétrées sur des animaux et même une exécution sur la chaise électrique.
Or, tout est factice ou presque... Si Faces of Death suscite les anathèmes et les quolibets à l'époque, John Alan Schwartz révélera le terrible stratagème bien des années plus tard. A l'instar de Mondo Cane en son temps, la plupart des saynètes érubescentes sont interprétées par des acteurs amateurs.

Mais peu importe, le spectateur ingénu se laisse curieusement dévoyer par cette affiche rougeoyante arborant la mention suivante : "Quand la mort n'est pas du cinéma...". Que soit. En l'état, malgré son côté grivois et cette fascination pour la surenchère, Faces of Death engendre à son tour de nombreux homologues. Les thuriféraires du cinéma trash et extrême citeront aisément Traces of Death (Damon Foxx, 1993) et surtout Faces of Gore (Todd Tjersland, 1999).
Aujourd'hui, c'est le cas de Faces of Gore qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes... Il faut croire que ce nouveau "documentaire" (vraiment un terme à guillemeter...) a connu son heure de gloire dans les vidéoclubs puisque deux nouveaux épisodes, donc Faces of Gore 2 (Todd Tjersland, 2000) et Faces of Gore 3 (Todd Tjersland, 2000), seront réalisés dans la foulée.

Derrière ce premier chapitre racoleur, on trouve un nom bien connu du cinéma gore en la personne de Matt Jaissle qui officie en tant que technicien du film. Ce dernier signera plusieurs pellicules bien connues des adulateurs du cinéma extrême, notamment Back From Hell (1992), The Necro Files (1997), Legion of the Night (1995), 300 Killers (2010), et dernièrement Necro Files 3000 (2017). Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de Faces of Gore premier du nom !
Attention, SPOILERS ! Ce nouveau shockumentary revisite à sa façon les phénomènes liés à la mort sous les yeux et les commentaires avisés d'un certain Docteur Van Gore. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout ! Vous l'avez donc compris. A l'aune de ce synopsis, difficile de ne pas considérer Faces of Gore comme un remake, au mieux un avatar, de Faces of Death.

Seule petite discordance, là où Face à la Mort s'appesantissait sur des décès en direct, Faces of Gore se polarise, lui, sur des cas post-mortem. Paradoxalement, ce choix inopiné atténue malgré lui l'impact des saynètes mortuaires présentées. Autre détail prépondérant, le préambule de Faces of Gore débute par cet aphorisme dogmatique. En l'occurrence, pas question pour Todd Tjersland de leurrer son public. Toutes les séquences montrées seraient (toujours à mettre au conditionnel...) bien réelles ! En l'état, difficile d'infirmer cette introduction comminatoire puisque toutes les saynètes présentées se déroulent, sans exception, sur le continent asiatique, en particulier au Japon.
A fortiori, les autorités locales semblent peu regardantes sur la présence d'une caméra qui filme, en catimini, des cadavres putrescents.

Ainsi, Faces of Gore se segmente en plusieurs parties bien distinctes. La première section consiste en une présentation exhaustive des accidents de la circulation. Au menu des tristes réjouissances, ce sont principalement des conducteurs en déveine qui ont atterri la tête la première contre le pare-brise de leur automobile. Le spectateur assiste donc médusé à plusieurs gros plans acérés sur des crânes sévèrement tuméfiés ; ce qui semble expliquer l'intitulé du film.
Que les amateurs de sanguinolences se rassérènent. Oui, ils en auront pour leur argent... Oui, il va y avoir du gore même si on relève une certaine récursivité dans les situations. Cérémonieux, Todd Tjersland s'ingéniera à cheminer vers des thématiques aussi spinescentes que les suicides et les assassinats, avec toujours cette prédilection pour les opérations à coeur ouvert (c'est le cas de le dire...) et plusieurs morceaux de cervelles savamment éparpillés...
Toujours la même antienne... 
En l'état, Faces Of Gore n'a donc pas usurpé son interdiciton aux moins de 18 ans. A l'instar de Faces of Death en son temps, le long-métrage sera lui aussi banni et interdit dans plusieurs pays. Toutefois, rien de neuf à l'horizon si ce n'est que ce "documenteur" (documentaire ?) réitère les mêmes fulgurances sanglantes que son auguste épigone. Les fans invétérés du genre apprécieront peut-être ce remake officieux. Les autres, qu'ils soient néophytes ou éventuellement des fans du cinéma trash, maronneront à raison contre la vacuité et l'inanité d'une telle production.

Note : 08/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

17 avril 2018

La Bataille de Tchernobyl (Le plus grave accident nucléaire de l'histoire ou "Le mensonge 86")

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Genre : documentaire
Année : 2006
Durée : 1h35

Synopsis : 

(1) 26 avril 1986. Le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl connaît une augmentation de puissance incontrôlable qui débouche sur une énorme explosion. Elle libère dans l’atmosphère des particules radioactives dans des proportions jamais vues jusqu’à présent. Pendant plusieurs jours, les habitants de la région vont pourtant vivre comme si de rien n’était, inconscients du danger invisible qui les guette. Après l’évacuation, encore reste-t-il à trouver une solution à une situation inédite dans l’histoire : comment reboucher le réacteur ? Empêcher la radioactivité de continuer à se répandre par les flancs éventrés de la Centrale ? Dans ce documentaire, Thomas Johnson raconte l’histoire des “liquidateurs”, ces hommes qui ont donné leur vie ou leur santé pour réduire l’impact de Tchernobyl sur les générations futures…  (1)

La critique :

Certes, parmi les documentaires chocs et subversifs qui ont estourbi durablement les persistances rétiniennes, certains thuriféraires citeront évidemment Shoah (Claude Lanzmann, 1985), De Nuremberg à Nuremberg (Frédéric Rossif, 1989), Nuit et Brouillard (Alain Resnais, 1955), Le Cauchemar de Darwin (Hubert Sauper, 2003), ou plus récemment The Act of Killing - L'Acte de Tuer (Joshua Oppenheimer, 2012). Vient également s'agréger La Bataille de Tchernobyl, réalisé par Thomas Johnson en 2006. Ce documentaire est aussi une production issue de nos contrées hexagonales (cocorico !) qui revient, comme son titre l'indique, sur les écueils et les corolaires de l'explosion du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl.
Aussi est-il nécessaire de procéder à l'exégèse de ce documentaire. Attention, SPOILERS ! 

26 avril 1986. Le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl connaît une augmentation de puissance incontrôlable qui débouche sur une énorme explosion. Elle libère dans l’atmosphère des particules radioactives dans des proportions jamais vues jusqu’à présent. Pendant plusieurs jours, les habitants de la région vont pourtant vivre comme si de rien n’était, inconscients du danger invisible qui les guette. Après l’évacuation, encore reste-t-il à trouver une solution à une situation inédite dans l’histoire : comment reboucher le réacteur ?
Empêcher la radioactivité de continuer à se répandre par les flancs éventrés de la Centrale ? 
Dans ce documentaire, Thomas Johnson raconte l’histoire des “liquidateurs”, ces hommes qui ont donné leur vie ou leur santé pour réduire l’impact de Tchernobyl sur les générations futures… 

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Evidemment, un tel sujet, pour le moins apocalyptique, a le mérite d'éveiller la curiosité, d'autant plus que le documentaire s'appesantit non seulement sur la catastrophe en elle-même, mais aussi sur ses conséquences à long terme, ainsi que sur le silence qui a nimbé ce désastre international. A fortiori, ce documentaire a été diffusé sur la chaîne France 3 mais en seconde partie de soirée... On comprend mieux pourquoi surtout à l'aune des images qui sont assénées et qui s'entrechoquent pour mieux abasourdir le spectateur ulcéré. Inutile de le préciser, mais La Bataille de Tchernobyl est non seulement un documentaire terrifiant, mais aussi un long-métrage nécessaire pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants d'une telle catastrophe. Contre toute attente, même le gouvernement soviétique de l'époque, en particulier le Président Mikhaïl Gorbatchev, ne sont informés que d'une éventration du réacteur numéro 4, tout du moins dans un premier temps...

A aucun moment, il n'est fait mention d'une explosion... De prime abord, c'est le caractère à la fois sournois et secret de l'information, ainsi que de la communication, qui interroge tout au long de ce documentaire. Suite à l'explosion du réacteur numéro 4, les autorités de l'époque sont incapables de mesurer le taux de radioactivité. Pourtant, les retombées chimiques et radioactives dépassent les chiffres et les prévisions les plus alarmistes, et pas seulement sur la ville de Prypiat qui jouxte la centrale nucléaire, mais aussi sur des pays frontaliers tels que l'Ukraine et la Biélorussie. Les populations locales ne sont même pas évacuées. Ce n'est que 48 heures après la catastrophe que le Président Gorbatchev est informé de la nocuité des faits, ainsi que d'une explosion au coeur de la centrale nucléaire.
Pour éviter un désastre à l'échelle internationale qui risquerait de radier (ou plutôt d'irradier) environ cent millions d'individus à travers toute l'Europe, l'armée soviétique diligente à la fois des militaires, des civiles et des volontaires. 

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Plus de 500 000 personnes seront dépêchées sur place pour tenter d'enrayer la situation. Leur sacrifice permettra seulement de diminuer le taux de radioactivité de 35%. Quelques jours plus tard, les premiers bulletins d'information sont diffusés à travers l'Europe. En résumé, les informations se veulent plutôt rassurantes. Le nuage radioactif ? Il ne risque pas de traverser les frontières soviétiques à cause, dit-on, du sens inverse des vents. Encore de nouvelles fadaises.
En vérité, il est fort probable que le nuage se soit immiscé dans les contrées occidentales, et notamment en France. A priori, le nuage radioactif aurait même balayé la Corse où on relève, depuis une dizaine d'années, une augmentation inquiétante et inexplicable (sic...) des cancers de la thyroïde. Certains spécialistes de la catastrophe de Tchernobyl parlent du "mensonge 86" pour évoquer le scandale de Tchernobyl, ainsi que toutes les affabulations qui ont été perpétrées sur ses conséquences délétères.

Pour empêcher le magma en fusion de se propager, des hommes sont envoyés sur place pour étouffer le coeur en fusion et construire un immense sarcophage. Ce n'est pas seulement l'avenir de la Russie qui est menacé, mais aussi l'avenir du monde entier. Des hommes se sacrifient à la sale besogne pour juguler le taux de radioactivité. Ils doivent travailler en toute hâte. Evidemment, personne ne les informe de la nocuité d'une telle radioactivité. Mais il s'agit bien là d'une nouvelle forme de guerre, en l'occurrence invisible. Un goût de métal, puis des céphalées avertissent les liquidateurs du risque qu'ils encourent pour leur propre santé. Plusieurs milliers de ces liquidateurs décéderont quelques jours, quelques semaines, quelques mois, voire quelques années plus tard.
Mais peu importe. Afin de mieux farder les écueils de ce désastre, aucune étude ni aucune statistique ne sera publiée. 

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Sur ce dernier point, la catastrophe de Tchernobyl est toujours sujette à de nombreuses controverses, notamment sur les victimes directes de ce cataclysme. Certains scientifiques alarmistes effectuent néanmoins des analyses sur la faune et la nature locale. Même vingt ans après la débâcle de Tchernobyl, les arbres, l'eau et la nourriture sont toujours imprégnés par un fort taux de radioactivité. Quant aux liquidateurs, ils seront abandonnés à leur triste sort, ne seront même plus aptes à travailler et seront donc condamnés à écumer leurs derniers jours dans des lits d'hôpitaux.
La radioactivité a profondément modifié leurs structures métaboliques. Lymphatiques, ils arborent déjà des physiques de vieillards décrépits dès l'âge de 40 ans. Mais encore une fois, peu importe. Personne ne se soucie de leur sort, les laissant croupir dans leurs modestes pénates.

Bien que recouvert par un sarcophage, le réacteur numéro 4 risque, à tout moment, de vaciller et de péricliter. Vingt ans après sa construction, le gouvernement soviétique envisage d'ériger un second sarcophage. Hélas, un tel chantier nécessite un budget astronomique. De surcroît, la catastrophe de Tchernobyl a précipité la Russie dans une spirale infernale de déflation économique. Aujourd'hui encore, la zone de Tchernobyl et la ville de Prypiat restent inhabitables.
A ce jour, aucune étude n'a été publiée sur les conséquences réelles d'un tel désastre à long terme. 
Mais selon certaines sources fiables, l'explosion du réacteur numéro 4 correspond à deux fois le taux de radiation émis par les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki. A fortiori, de tels chiffres devraient amener les scientifiques et les capitalistes de notre temps à ratiociner davantage sur les écueils et les corolaires de l'atome, surtout lorsque ce constituant fondamental de la matière échappe aussi aisément à notre vigilance. Bref, un documentaire à la fois terrifiant et éloquent... et à visionner de toute urgence !

Note : 16.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du documentaire sur : https://www.serial-lectrice.com/bataille-tchernobyl-thomas-johnson/

16 avril 2018

Dead A Go! Go! (Yamanouchi, le retour... foireux !)

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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 1999
Durée : 1h26

Synopsis : Quatre personnes fraîchement suicidées arrivent dans une pièce aux murs de briques. Là, elles sont interviewées par un jeune homme costard-cravaté qui leur fait raconter les circonstances exactes de leur mort et ce qui les a poussé à commettre l'irréparable. À la fin de chaque histoire, celui-ci explique au spectateur,  par le biais d'un schéma, l'origine de la mort occasionnée par l'acte suicidaire.

La critique :

Dites donc, cela faisait un bail que nous n'avions plus parlé de Daisuke Yamanouchi sur Cinéma Choc. Avouez que ça vous manquait (non, je rigole !). Petite piqûre de rappel : Daisuke Yamanouchi est un réalisateur japonais bien secoué de la pulpe pour ne pas dire complètement frappadingue, qui possède un style disons euh... très personnel. Alors le spectateur qui recherche la finesse, la réflexion profonde ou l'analyse psychologique d'une oeuvre, est prié d'aller faire un petit tour le temps de cette chronique. Car chez le psychopathe nippon, tout n'est qu'excès, provocation et mauvais goût. Et cela est TOTALEMENT assumé ! Revendiqué même. Très connu des amateurs de cinéma trash et déviant, Yamanouchi n'a pourtant sévi que quatre années durant dans le milieu du cinéma underground, de 1999 à 2003 (avec un bref retour en 2013). Et définitivement, 1999 reste sa grande année.
Durant cette saison, le réalisateur (un terme hasardeux pour qualifier Yamanouchi !) commit ses plus grands attentats filmiques : Blood Sisters, Red Room (Red Room 2 sortira en 2000), Girl Hell 1999 et bien évidemment, le sommet de sa filmographie Mu Zan E aka Muzan-e qui flirte de très près avec les références les plus extrêmes de la catégorie.

Tous ces films ont déjà été chroniqués sur Cinéma Choc. Tous sauf un : Dead A Go! Go! lui aussi réalisé en 99, année décidément très prolifique. Je fondais pas mal d'espoirs en cette pellicule dégénérée et régressive. Espoirs déçus en l'occurrence puisque notre Daisuke était visiblement en très petite forme lors du tournage. Certes, la déviance est toujours là, plus présente que jamais, mais pour le reste on repassera. Pourtant, cela partait bien avec, pour une fois, une idée assez intéressante de scénario. Interviewer des suicidés juste après leur mort ; les questionner sur les motivations qui les ont poussé à cet acte définitif : le propos était original. Hélas, Yamanouchi très peu concerné, anéantit cette ébauche d'inspiration par une réalisation anémique. Dead A Go! Go! est donc une sacrée déception.
Il est vrai que la note de 1,8/10 sur le site IMDb n'était pas de matière à nous rassurer. Et de fait, la très mauvaise qualité du film ne fait que se confirmer au fil des minutes où le spectateur attendra en vain les fulgurances ignominieuses qui caractérisent le style outrancier du réalisateur. Malgré quelques (trop) rares passages subversifs et immoraux, nous sommes bien loin de la qualité de Mu Zan E, de la perversité des Red Room ou du gore foisonnant de Blood Sisters.

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Si l'on excepte le navet intersidéral Kyoko Vs Yuki (un moyen-métrage réalisé en 2000), Dead A Go! Go! est à ce jour le plus mauvais film de Daisuke Yamanouchi que j'ai eu l'occasion de visionner. Un film qui m'a tout l'air d'avoir été tourné sur commande, à la va-vite, entre deux oeuvres qui auraient été plus ambitieuses et travaillées. Autrement dit, l'impasse est fortement conseillée même pour les fans (s'il en reste encore) les plus acharnés du cinéaste nippon... Attention spoilers : Le film est séparé en quatre histoires. Des individus qui se sont suicidés sont interviewés dans l'au-delà sur les circonstances qui les ont poussé à commettre l'irréparable. Un jeune journaliste costard-cravaté accueille ces personnes fraîchement décédées dans un pièce sommaire aux murs de briques et recueille leurs témoignages. Cas n°1 : un quinquagénaire dégarni, dont la famille est complètement à la dérive, perd les pédales.
Tiraillé entre une femme dépressive et une fille revêche qu'il surprend en train de faire l'amour avec un inconnu patibulaire, l'homme finira par se pendre. Cas n°2 : une jeune femme prise de force par son amant se taillade les veines et se noie dans sa baignoire. Cas n°3 : aucun protagoniste n'est présenté sinon une caisse remplie d'entrailles prise de secousses face à l'intervieweur de l'au-delà.

Cas n°4 : une lycéenne, souffre-douleur de ses camarades, se suicide en se tranchant la jugulaire. Post mortem, elle se retrouve agressée par les autres suicidés ainsi que le jeune journaliste  devenu un mort-vivant à son tour. Comme je le soulignais plus avant, le postulat de départ avait de quoi séduire dans son originalité. Mais de deux choses l'une : soit Yamanouchi a trop forcé sur le saké durant le tournage, soit il avait rencard avec une geisha et il était pressé d'en finir ! Car il y a un nombre incalculable d'incohérences scénaristiques dans ce film. Les cas n°1 et n°4 en particulier sont assez incompréhensibles puisque l'on voit les protagonistes se suicider dans une première version, puis être assassinés (ou assassiner eux-mêmes) dans une deuxième.
Dans le cas initial, accablé par ses malheurs familiaux, le quinquagénaire met fin à ses jours. Soit. Mais, l'instant d'après, la même scène nous est exposée différemment et là, il se fait assassiner étouffé par une corde, par sa propre fille et l'amant de celle-ci. Même topo lors du quatrième et dernier segment, où la lycéenne maltraitée revient de l'au-delà pour massacrer ses tortionnaires.

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What's the fuck ??? J'avoue n'avoir compris qu'à moitié ces passages uchroniques dans un film qui n'avait déjà pas besoin de cela pour flirter allègrement avec la daube indigeste. Reste le cas n°3 où le réalisateur ne prend même pas la peine de composer une histoire puisqu'il se contente de présenter une caisse remplie de barbaques visqueuses dont le "journaliste fantôme" aura bien du mal à récolter les impressions. Bref, passons. Autre point défavorable : le gore. Ou plutôt l'absence de gore (pour un Yamanouchi, bien entendu). Le foldingue nippon, d'habitude si généreux en matière de tripailles, est sur ce point aussi bien timoré. Dead A Go! Go! reste très en deçà du quota d'hémoglobine qui caractérise habituellement les excès du japonais furieux. Le film ne se limite qu'à quelques effets spéciaux, de plus, très approximatifs : un oeil exorbité (peu réaliste), quelques taillages de veines, des coups de couteaux distribués avec une extrême parcimonie et une caisse d'organes gluants qui semblent avoir été conçus comme des "trucages" des années cinquante. J'en rajoute une couche avec ce qui me parait des erreurs de raisonnement basique. En effet, il faudra m'expliquer comment un étranglement peut provoquer une énucléation ou bien encore, comment le fait de se couper la jugulaire puisse aboutir à un geyser sanglant en haut du crâne. Nul besoin d'avoir fait des études de médecine pour s'affliger de ces incongruités...

Tout cela n'est pas franchement reluisant. Alors, pour sauver la face et rehausser (un tout petit peu) le niveau, Daisuke Yamanouchi nous offre des séquences sexuelles scabreuses et immorales à souhait dont il a le secret ; certaines frôlant la pornographie soft. C'est en début de métrage que l'on a droit au passage le plus transgressif. Le père de famille constate avec effroi (mais intérêt) que sa fille fait une fellation à un inconnu dans son garage. Voyeur, l'homme se cache pour observer les ébats des tourtereaux. Lorsque le couple entame les hostilités sexuelles, le quinquagénaire pervers est pris d'une sévère érection. Cette scène sous-entend clairement un désir incestueux du patriarche bedonnant vis-à-vis de sa progéniture. Le vieil homme se jette alors sur l'amant de sa fille au cours d'une lutte à la rivalité malsaine. Mal lui en prend d'ailleurs puisque l'autre, bien plus jeune et bien plus fort, l'étranglera avec une grosse corde. Voilà du Yamanouchi comme on l'aime !
Hélas, ce sera la seule séquence digne de retenir notre attention dans ce film dont les 86 minutes semblent s'éterniser tant le spectateur s'ennuie. Quant à l'aspect purement cinématographique, c'est du low coast comme d'habitude. Des décors réduits à leur plus simple expression, des images en DV et en sus, une interprétation qui frôle le degré zéro de crédibilité. Aïe, aïe, aïe !

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Réalisateur devenu culte auprès des adeptes d'un cinéma qui dépasse les bornes, Daisuke Yamanouchi ne faisait pas dans la demi-mesure. Son style licencieux, fait d'agressivité et de surenchère, a conquis un nombreux public avide de sensations fortes. Il n'en reste pas moins que la qualité globale de ses oeuvres a de quoi laisser perplexe. Mis à part Mu Zan E qui fait figure d'exception tant par ses qualités intrinsèques que sa violence graphique, force est de constater que le niveau du réalisateur volait aux basses altitudes à la fois de la ceinture et de la médiocrité. Dead A Go! Go! enfonce encore un peu plus la moyenne générale. Nippon mais mauvais pourrait-on dire...
Au final, on ressort très déçu de la projection et on se demande bien comment notre cher Daisuke a pu traiter un concept initial si prometteur par-dessus la jambe pour en faire un produit vidéo fermenté, totalement impropre à la consommation. Lerőkādosā Shi Yamanouchi !

Côte : Navet

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Broken - 1992 ("Happiness in slavery")

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Genre : underground, clip musical, horreur, gore, trash, extrême, expérimental (interdit aux - 18 ans)
Année : 1992
Durée : 20 minutes

Synopsis : (1) Un psychopathe torture une personne choisie au hasard, puis la force à regarder des clips de Nine Inch Nails (1).            

La critique :

Une fois n'est pas coutume. Le blog Cinéma Choc glane aussi les avis et l'érudition de ses fidèles commentateurs. Lors de la chronique du film Flesh of the Void (James Quinn, 2017, source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2018/03/20/36241701.html#comments), un certain Plug-in-lust a mentionné, avec beaucoup de minutie et de déférence, le court-métrage intitulé Broken, et réalisé par les soins de Peter Christopherson en 1992.
Ce court-métrage possède pour particularité de coaliser à la fois le cinéma underground, le gore, le trash, l'extrême, la torture, le sadomasochisme ad nauseam et l'expérimental, le tout entrecoupé de divers clips musicaux (Wish, Help me i'm in hell, Happiness in slavery et Gave Up) du groupe de metal industriel américain Nine Inch Nails.

Pour mieux comprendre et cerner les attributs et la singularité de Broken, encore faut-il se polariser sur le groupe Nine Inch Nails lui-même et en particulier sur l'album éponyme, lui aussi sorti en 1992. 
Nine Inch Nails, c'est avant tout une aura charismatique et quasi hégémonique sous la férule, presque despotique et exclusive, de Trent Reznor ; à la fois compositeur, musicien, instrumentiste, producteur et chanteur. L'artiste protéiforme affectionne tout particulièrement les albums concepts et complexes (si j'ose dire...), transis par les thématiques du chaos, de l'agonie, de l'eschatologisme, de la violence, de la mort ou de la prégnance de certaines religions, mais aussi et surtout de la décrépitude d'une société eudémoniste et arc-boutée dans ses fêlures et son consumérisme.
Pour marteler son message, pour le moins âpre et rédhibitoire, Trent Reznor insiste lourdement sur l'aspect visuel, notamment lors de concerts fulgurants et luminescents. 

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Sa culture et ses références pléthoriques, parmi lesquelles on trouve des artistes tels que Ministry, Killing Joke, David Bowie, Alice Cooper et même Depeche Mode (entre autres...), deviennent alors les nouvelles effigies du milieu underground. Les thuriféraires de ce registre citent aisément Broken, The Downward Spiral (1994) et The Fragile (1999) parmi les albums les plus rémanents de Nine Inch Nails. Le disque Broken est originellement conçu comme la réponse véhémente au label TVT qui souhaite dévoyer l'univers de Trent Reznor vers d'étonnantes tortuosités.
En outre, TVT exhorte l'intéressé à euphémiser ses ardeurs. Heureusement, la requête de TVT ne sera pas ouïe par le chanteur atrabilaire. C'est même un véritable doigt d'honneur qu'il assène au label discographique.

De l'aveu même de Trent Reznor, Broken sera un EP ("extended play") inspiré par le souffle de la destruction (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nine_Inch_Nails) et de la néantisation. Le musicien requiert alors les soins et la dextérité de Peter Christopherson pour réaliser un court-métrage homonyme, donc Broken (au cas où vous n'auriez pas suivi...). En raison de ses diverses impudicités et de son extrême violence, le film ne sera jamais diffusé et sera même banni, inlassablement ostracisé et voué à l'opprobre et aux gémonies. Selon certaines sources fiables, il existerait, à fortiori, quelques copies pirates en VHS de ce court-métrage. Donc, avis aux collectionneurs et/ou aux amateurs de Nine Inch Nails pour déceler cet OFNI (objet filmique non identifié). Que les amateurs de sensations fortes se rassérènent...
Il existe néanmoins un lien sur la Toile pour dénicher ce trésor d'indécence (source : https://archive.org/details/NineInchNails-Broken#, encore une fois, merci à Plug-in-lust pour sa mansuétude et son omniscience !). 

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Trent Reznor reste probablement la personne la plus avisée pour évoquer le cas si particulier de Broken et pour s'enhardir du scandale qui a auréolé la pellicule au moment de sa sortie : "Ce n’était pas une décision consciente de faire la chose la plus vulgaire que nous pouvions envoyer à la presse, alors que l’on pourrait facilement le croire. Mais c’était une chance pour moi de finalement être capable de faire quelque chose que je voulais sans avoir à demander à quiconque son putain d’avis.
La question s’est posée : Jusqu’où peut-on aller ? J’ai dit aussi loin que l’on pense qu’il le faut, oublions que c’est un vidéo clip, oublions les standards et la censure. Heureusement ou malheureusement, suivant du coté où l’on se place, c’est "indiffusable". Nous savions lorsque nous le faisions que nous irions trop loin, que l’on atteignait les limites de ce qui est diffusable à la TV américaine, mais ca nous intéressait.

Quand on a fini, on a pensé - au moins 10 minutes - à en faire une version Edit pour être vue... mais c’était ça que je voulais, j’avais exprimé la chanson du mieux possible que je pouvais. Ce n’était pas une idée calculée de mettre le pénis de quelqu’un dans une vidéo". (source : http://ninfrance.free.fr/histoire/histoire9.html). En l'état, difficile de narrer, avec une certaine méticulosité, un court-métrage de la trempe de Broken, puisque ce film de vingt minutes ne contient pas vraiment de scénario ni de schéma rationnel. 
A contrario, on subodore tout de même une trame narrative, assez frêle, il faut bien le dire. 
C'est donc ce que nous allons tenter de décrypter et de métaboliser à travers nos colonnes. Attention, SPOILERS ! Broken débute sur une pendaison, puis s'achemine instantanément sur toute une série de tuyauteries et de canalisations conduisant dans une immense salle de bains. 

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Un homme, entièrement drapé de frusques à caractère fétichiste, git de douleur et pour cause... puisque l'infortuné est affublé d'un énorme tuyau de douche dans la cavité buccale et éructe régulièrement de l'eau par les différents orifices. Puis la séquence cauchemardesque s'arrête pour ensuite se centrer sur les activités ignominieuses d'un tueur en série. Dès lors, la réalisation onctueuse de Peter Christopherson se transmue en une pellicule amateur, voire à un snuff movie à la violence rédhibitoire. Le maniaque oblige sa victime à mater plusieurs clips musicaux du groupe Nine Inch Nails.
L'homme mutilé et supplicié est même suspendu au plafond d'une cave pour supporter les impudicités de son tortionnaire. Puis, derechef, le court-métrage oblique vers une autre direction pour cette fois-ci se focaliser sur un homme entièrement dévêtu et ingurgitant un repas frugal.

L'homme en question dévore même à pleines dents des centaines de brachycères s'apposant sur la nourriture. Puis, sans fard, un nouveau clip de Nine Inch Nails fait irruption. Cette fois-ci, c'est au tour d'un quarantenaire de subir les rouages d'une machine infernale qui étrille et dilacère la victime à coup de broyeurs et de perforeuses. La peau, éparpillée en lambeaux, ressort d'une sorte de mixeur rutilant. In fine, Broken se conclut de nouveau sur son psychopathe originel. Le forcené arrache le sexe turgescent de sa victime et s'imbibe du sang abondant de ce dernier.
La séance débouche sur une séquence de viol et même de nécrophilie sur une dépouille putrescente et bientôt disséquée à coup de scalpel et d'opinel. Le sociopathe s'acharne sur sa proie en anatomisant ses tripes, ses organes, ses boyaux et ses viscères. Clap de fin ou presque... 
Puisque Broken se termine de la même façon qu'il avait débuté, donc sur une pendaison. En l'état, difficile d'analyser et de ratiociner sur un tel court-métrage, pour le moins alambiqué.
A travers Broken, Peter Christopherson parvient à conjecturer les fantasmagories de Trent Reznor sur pellicule via les thématiques prédominantes de l'autodestruction, de la torture, de la mort, de la violence, de la putréfaction et de l'annihilation. Toujours la même ritournelle... 
Difficile également de ne pas ressortir estourbi, voire estomaqué, d'une telle séquence chirurgicale tant le long-métrage cherche à faire ciller (vaciller...) nos persistances rétiniennes.
Pas de note finale pour ce court-métrage, aussi énigmatique que répugnant...

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

15 avril 2018

Les films à venir sur Cinéma Choc

Comme l'indique le titre de ce nouvel article, voici sans plus attendre les films à venir dans les prochains jours, prochaines semaines et prochains mois sur Cinéma Choc. Pour chaque film, j'ai précisé quel serait l'intitulé de la chronique entre parenthèses.

 

Agwau (Réveiller les vieux démons du passé)
Amadeus
(Requiem pour Wolfgang Amadeus Mozart)
Amazonia - L'Esclave Blonde (Inspiré d'une histoire authentique)

Barricade - 2007 (La colline a des yeux, 3e partie)
La Bataille de Tchernobyl
(Le plus grave accident nucléaire de l'histoire ou "Le mensonge 86")
Broken - 1992 ("Happiness in slavery")

Le Cheval de Turin (La philosophie du chaos ou le chaos de la philosophie)
Le Couvent de la Bête Sacrée
(Nonnes hérétiques)
Creep - 2004 (Dernier métro avant minuit)

Dead A Go! Go! (Yamanouchi, le retour... foireux !) : chronique d'Inthemoodforgore
Destination Finale 3
("Nous sommes tous égaux devant la mort")
Du Big Bang Au Vivant (L'univers, ce grand illusionniste)

Faces Of Gore (Dans le sillage de Faces Of Death...)

Gomorra - 2008 ("A qui croyez-vous faire la guerre ?")

Horrible - Rosso Sangue (Régénération cellulaire)

Ilsa, La Tigresse du Goulag (Ilsa au pays des soviets)
L'Invasion Martienne - Teenagers From Outer Space
(Emincé de homard extraterrestre)

Jack Le Tueur de Géants - 1962 (Dans les griffes du magicien Pendragon)
Jesus Camp
("Renaître" pour obtenir le Salut)
Jurassic Park (Le monde perdu selon Steven Spielberg)

King Kong - 1976 (Gorille dans la brume)

Leviathan - Razortooth (Gare aux anguiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiillllllllllllllllllllllllleeeeeeeeeeeesssssssssssss !!!!!!!!!!!!!!!)
Le Locataire - 1976 (Appartement maudit)

Mom and Dad - Parents Indignes (Infanticides de masse)
Le Monde Perdu : Jurassic Park
(Indiana Jones et le continent oublié)

Over The Top - Le Bras de Fer (Faire le vide et laisser parler la testostérone)

Razorback (La chose surgit du désert)
Rec 3 Génesis ("Les morts ont abandonné leur propre demeure")
Rec 4 : Apocalypse (En quarantaine préventive)
Red State
(Portrait d'une Amérique en apostasie)
The Ritual (Randonnée vers la peur)
The Room - 2003 (Le mystère Tommy Wiseau)

Shuttle (Convoi pour la mort)
S.O.S. Fantômes 2 (Esprits psycho-magnétiques)
South Park, le film ("Bigger, longer and uncut")

Vendredi 13 - Chapitre 9 : Jason Va En Enfer (Inoculation de la terreur)
Vertige
(The Descent rencontre Détour Mortel)
Le Voyage Fantastique
("L'homme est le vrai centre de l'univers")

Warm Bodies (Se sentir un peu moins mort)

X-Men (La mutation est la clé de l'évolution)

100 Tears (Il va y avoir du gore)

 

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The Gerber Syndrome (Symptomatologie grippale)

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Genre : horreur, épouvante, found footage, "documenteur" (interdit aux - 12 ans)
Année : 2011
Durée : 1h28

Synopsis : En 2008, un nouveau virus est répertorié comme extrêmement contagieux et mortel. Alors qu'une équipe de télévision effectue un reportage sur le sujet, une pandémie mondiale se déclare... 

La critique :

Depuis la sortie de La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968), le genre zombies décrépits a évolué vers de nombreuses stratosphères. Par exemple, pour Romero, les créatures claudicantes et anthropophages préfigurent la dernière absoute d'une civilisation occidentale condamnée, avec le temps, à péricliter. Inexorablement. C'est sûrement la raison pour laquelle le cinéaste américain nimbe ses pellicules suivantes (entre autres, Zombie en 1978, Le Jour des Morts-Vivants en 1985 ou encore Le Territoire des Morts en 2005) de consonances politiques et idéologiques.
Corrélativement, il faut aussi admettre que les zombies putrescents siéent à merveille à un contexte d'infection, de pandémie et de temps eschatologiques. Tel était par ailleurs l'apanage de la tétralogie consacrée à Rec et agencée par les soins de Jaume Balaguero et Paco Plaza.

Malicieux, les deux réalisateurs ibériques sont parvenus à mélanger horreur, huis clos, contamination et found footage, tout en s'inspirant (voire même en s'emparant...) du concept et du scénario de Démons (Lamberto Bava, 1985), à la seule différence que les animosités ne se déroulent plus dans un cinéma, mais dans un immeuble assailli par des zombies et encerclé par la police. The Gerber Syndrome, réalisé par Maxi Dejoie en 2011, reprend peu ou prou la même rhétorique, à savoir que cette série B transalpine se polarise sur les effets délétères d'une inoculation exponentielle.
Ingénieux, Maxi Dejoie adopte à la fois un ton documentaire et celui du found footage en réalisant une sorte de reportage télévisé sur un virus qui échappe à toute logique scientifique et rationnelle. Quant au cinéaste lui-même, on ne trouve presque aucune information sur sa filmographie.

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A fortiori, The Gerber Syndrome constituerait son tout premier long-métrage. En outre, Maxi Dejoie serait un thuriféraire du cinéma horrifique italien, un registre cinématographique qui contient toute une pléthore de références, notamment Suspiria (Dario Argento, 1977), Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), L'Enfer des Zombies (Lucio Fulci, 1980), ou encore Le Corps et le Fouet (Mario Bava, 1966), pour ne citer que ces augustes références.
Inutile de le préciser, mais The Gerber Syndrome, Il Contagio de son titre original, n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures. Néanmoins, le film est facilement disponible en streaming ou via le support vidéo. Inutile aussi de mentionner la distribution de cette pellicule, à moins que connaissiez les noms de Valentina Bartolo, Ettore Nicoletti, Beppe Rosso, Pia Lanciotti, Sax Nicosia et Federico Tolardo ; mais j'en doute...

Attention, SPOILERS ! En 2008, un nouveau virus est répertorié comme extrêmement contagieux et mortel. Alors qu'une équipe de télévision effectue un reportage sur le sujet, une pandémie mondiale se déclare... Le reportage se déroule alors sur les terres transalpines pour comprendre la genèse ainsi que les corolaires de ce nouveau virus. En état d'alerte, les autorités médicales et policières ne cachent pas leur inquiétude. Le reportage suit à la fois les pérégrinations d'un agent de sécurité et chasseur de zombies à ses heures perdues, les témoignages d'un médicastre et une famille qui tente de sauver leur fille d'une contamination inextinguible. Premier constat, le réalisateur du film, Maxi Dejoie, aurait dû davantage s'enquérir et se méfier en abordant un sujet aussi spinescent.
Ce n'est pas la première fois qu'une série B horrifique lutine et s'acoquine avec le genre "contaminés". 

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Pourtant, durant sa première demi-heure, The Gerber Syndrome fait vaguement illusion. Sourcilleux, Maxi Dejoie décrit avec beaucoup de componction les écueils de cette nouvelle forme de contamination. Le cinéaste opte pour un réalisation en forme de reportage et/ou de documentaire et accumule les témoignages oculaires. Mais qu'ils soient médecins, scientifiques, édiles politiques ou de simples individus lambdas issus de la plèbe, tout le monde ignore les origines du virus.
Certes, le préambule de The Gerber Syndrome débute sur cet avertissement emphatique : "Il existe plus de 400 virus qui sont répertoriés et leur nombre augmente régulièrement. Plusieurs centaines de milliers de personnes meurent de contamination chaque année à travers le monde". A posteriori, ce sont des individus contaminés qui sont claustrés dans un centre d'internement, un bâtiment énigmatique dans lequel les infectés reçoivent des traitements médicaux. 

Hélas, à ce jour, il n'existe aucun remède contre ce virus particulièrement nocif. Les conditions d'enfermement, voire de détention, sont alors dénoncées par les médias et de puissants lobbyings humanistes. Une chimère, d'autant plus que Maxi Dejoie élude d'obliquer sur ce chemin escarpé. Paradoxalement, c'est sur cet aspect politique que le film s'avère le plus captivant. Seul souci, là aussi, le long-métrage fait montre de pudibonderie.
Certes, à priori, The Gerber Syndrome possède de solides arguties dans sa besace surtout lorsqu'il se centre sur cette symptomatologie grippale. Car c'est aussi cela The Gerber Syndrome, à savoir cette peur inhérente pour la grippe, ses écueils et ses effets secondaires. Pour Maxi Dejoie, notre civilisation occidentale est directement menacée par cette nocuité virale. 

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Les premières manifestations démarrent par une légère fébricule, des céphalées récurrentes puis par des signes inquiétants d'apoplexie cérébrale pour dériver vers un état d'agitation incontrôlable. A ce sujet, Maxi Dejoie réitère les chiffres sans appel de la grippe espagnole. Seul bémol et pas des moindres, The Gerber Syndrome est beaucoup trop prolixe et policé pour susciter l'intérêt sur la durée. En résumé, cette pellicule languissante se suit avec un ennui poli, guère plus. 
A force de se focaliser sur les interminables logorrhées de ses divers protagonistes, le long-métrage phagocyte et oblitère ses morts-vivants méphitiques. Exempt quelques attaques promptes et élusives, 
The Gerber Syndrome ne propose presque aucune saynète horrifique digne de nom. Il faudra se contenter de quelques éructations et expectorations évasives. 
Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout ! En voulant adopter le ton du documentaire et du réalisme irrévocable, Maxi Dejoie semble oublier qu'il réalise bien un film et non un vrai reportage. Et ce ne sont pas les tribulations de cet agent de sécurité dans une cité italienne, ni les mésaventures d'une famille agonisante qui permettent au long-métrage de sortir de sa léthargie ni de sa frilosité. En l'état, Maxi Dejoie se montre beaucoup trop pusillanime et avaricieux en termes de gore, d'action, de barbaque et de tripailles.
In fine, le cinéaste ne parvient même pas à transcender son sujet. 
Dommage car The Gerber Syndrome possède pourtant un réel potentiel. Ma note finale fera donc preuve d'une infinie mansuétude car objectivement, cette série B anémique mérite moins, beaucoup moins...

Note : 09.5/20

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