Cinéma Choc

27 juillet 2017

Vampyr - 1932 (Métaphore vampirique)

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Genre : Fantastique, épouvante 

Année : 1932

Durée : 1h13

 

Synopsis :

Allan Gray s'installe un soir dans l'auberge du village de Courtempierre. Pendant la nuit, un vieillard lui rend visite et lui confie un grimoire sur le vampirisme et les moyens d'y faire face. Dès cet instant, Allan doit affronter et déjouer les pièges d'une femme vampire.

 

La critique :

Le mythe du vampire a toujours été un thème plébiscité du cinéma d'horreur et/ou d'épouvante, rendu célèbre par deux oeuvres majeures du cinéma fantastique, soit Dracula (1931) et Nosferatu (1922). Au fur et à mesure du temps, de nouvelles oeuvres ont apporté leur modeste pierre à l'édifice, sauf que bien souvent le résultat était soit au mieux passable ou fréquemment médiocre. Comment ne pas penser à la saga à succès Twilight qui est un bon exemple du détournement du mythe originel du vampire pour le transposer dans une vulgaire saga grand public ?
Malgré les deux classiques cités plus haut, on a souvent tendance à oublier une troisième oeuvre qui a, elle aussi, contribué à apporter ses lettres de noblesse. Vous l'avez deviné, il s'agit du film franco-allemand sobrement intitulé Vampyr, sorti en 1932 et réalisé par Carl Theodor Dreyer. Un réalisateur assez peu connu de Monsieur et madame tout le monde et l'air de rien, de pas mal de cinéphiles. 

De ses oeuvres les plus connues, exceptée Vampyr, on lui devra La Passion de Jeanne d'Arc ou dans un registre plus lointain, Gertrud, sorti en 1964. Le film chroniqué aujourd'hui est une oeuvre importante dans la filmographie du réalisateur car il s'agit ici de son premier film sonore. Pour autant, le réalisateur ne semble pas vouloir se délaisser de certains codes propres au cinéma muet mais j'y reviendrai par la suite. Vous l'avez compris, on a ici l'archétype même du film novateur ayant sombré dans l'oubli et dont on ne compte plus les exemples tant certains métrages ont injustement perdu leur notoriété au fil du temps. Il est temps maintenant de passer à la critique.

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ATTENTION SPOILERS : Allan Gray, un jeune voyageur, décide de faire un arrêt pour la nuit à l'auberge de Courtempierre. En plus des bruits et apparitions étranges, un vieil homme offre a Allan un livre sur les vampires. C'est le point de départ d'une aventure dans laquelle Allan devra déjouer les plans diaboliques d'une femme-vampire.

Il est nécessaire de dire que, du triptyque du film de vampire dont j'ai parlé, Vampyr est assurément l'oeuvre la plus étrange et la plus particulière. Une oeuvre difficile à cerner au premier contact et qui risque sérieusement de désarconner les trop rares spectateurs qui s'y seront essayés. Dreyer met en scène ici une transposition très personnelle du mythe vampirique à travers un récit se déroulant dans un village touché par cet étrange fléau. Les ingrédients classiques sont présents avec cette mystérieuse auberge, un héros itinérant, des complices du vampire et j'en passe.
Malgré les thèmes originels, Dreyer parvient à créer un film à part à la croisée du parlant et du muet. Ainsi, malgré la présence de la voix des acteurs, on décèle de nombreux intertitres. Un autre exemple est cet hommage à l'expressionnisme allemand où le cinéaste va beaucoup jouer sur les ombres et les décors. Le métrage s'éloigne du réalisme relatif de Dracula et de Nosferatu pour s'engouffrer dans une forme de surréalisme où la cohérence est fréquemment balayée pour obtenir ici une sorte de récit sensoriel et poétique. 

Dreyer mêle intelligemment poésie, fantastique et tragédie, le tout à la croisée du muet et du sonore. Logiquement, vous obtiendrez un récit lorgnant fréquemment du côté de l'OFNI sur les bords. De plus, malgré la présence du parlant, le réalisateur fait parler peu ses personnages. Ici point de paroles et de déclarations pour expliquer l'action, ce qu'il se passe à l'écran. Il convient au spectateur d'observer, d'analyser et de se laisser bercer par ce récit hypnotique. L'image parle d'elle-même et c'est une caractéristique encore propre au muet. Les personnages se comprennent sans se parler et disons le tout de suite, le traitement ne plaira pas à tout le monde.
Pourtant, il faut bien reconnaître que l'ambiance est fascinante et on remarque vite que Vampyr se dirige nettement vers un fantastique onirique que vers de l'épouvante réaliste et viscérale. En soit, on distingue vite en ce Vampyr une oeuvre forte et avant-gardiste.

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Dreyer filme bien ses décors et les met bien en valeur via une caméra léchée qui eut quelques petits ennuis. En effet, son style visuel subissa une transformation inattendue. En visionnant les premiers rushes, le directeur de la photographie et le réalisateur se rendirent compte qu'une lumière grise s'était réfléchie par erreur dans l'objectif. Mais contre toute attente, ils décidèrent de conserver l'aspect glauque de l'image qui accroissait le sentiment de mystère et d'irréalité du film. Très clairement, le choix fut judicieux et bascule l'ambiance dans une tonalité morbide et inquiétante. Difficile que de ne pas être charmé par ce style à travers des plans en extérieur ravissants. De même que la bande sonore a une grande importance et mêle sonorités tragiques et sonorités inquiétantes. 

Au risque de me répéter, le rêve est privilégié au détriment d'un scénario clair et concis. Celui-ci est volontairement confus et n'hésite pas parfois à brouiller les repères de temps et d'espace comme dans cet exemple où le héros passe d'une usine désaffectée à un bâtiment plus vétuste, sorte de maisonnette abandonnée, sans qu'il n'y ait une transition claire. Plusieurs fois, on sera déboussolé et même perdu devant certains enchaînements de situation face à un héros déambulant au fil de l'histoire devant un spectacle qu'il n'arrivera pas à vraiment cerner.
L'interprétation des personnages est assez difficile à cerner mais ils parviennent à se débrouiller correctement entre Julian West inquiétant dans la peau de ce voyageur aux yeux écarquillés. Le reste du casting se composera de Maurice Schutz, Sybille Schmitz ou encore Rena Mandel que je doute que vous connaissiez.

En conclusion, Vampyr est décidément une oeuvre bien difficile à cerner et ne pourra que désappointer le spectateur s'attendant à un récit classique. Loin de ces conventions, Dreyer s'aventure sur de nouveaux versants pour créer une transposition très personnelle du mythe légendaire du vampire. Un traitement qui ne plaira pas à tout le monde et qui transmute Vampyr en un film plus difficile d'accès qu'il n'en a l'air et qui repose davantage sur une thématique poétique que sur de l'épouvante plus réaliste. Scénario nébuleux et même évanescent dont on ne peut que déceler cette étrange impression d'évoluer dans un monde parallèle ayant ses propres logiques et ses propres métaphores (la faucheuse, le passeur symbole du rêve, la roue dentelée représentant le destin,...).
Indéniablement, Vampyr est un film sensoriel, difficile à analyser (à chroniquer aussi) et conviendra à ceux qui n'ont pas peur de se risquer vers un cinéma moins conventionnel. Distillateur d'un climat onirique mais étrange, perturbant et à de nombreuses reprises glauque, jouant beaucoup sur le visage et expression des personnages. Affiche stylisée d'une image inattendue mais belle et renforçant le mystère. Acteurs tout aussi mystérieux que le récit évanescent lui-même. Sans conteste, le film le plus riche en interprétations et en symboles du tryptique vampirique. 

 

Note : 15,5/20

 

orange-mecanique Taratata


Vendredi 13 - 1980 (La malédiction de Crystal Lake)

vendredi 13 (1980)

Genre : horreur, slasher (interdit aux - 16 ans)
Année : 1980

Durée : 1h32

Synopsis : En 1957, un jeune garçon, prénommé Jason, meurt noyé au camp de Crystal Lake. L'année suivante, les deux responsables du camp sont tués. Crystal Lake ferme. Mais en 1980, Steve Christy décide de le rouvrir un vendredi 13, jour anniversaire des décès survenus vingt-trois ans auparavant. Lors de la préparation du camp pour son ouverture, les moniteurs du centre disparaissent les uns après les autres pendant la nuit

La critique :

La carrière cinématographique de Sean S. Cunningham démarre dès les prémisses des années 1970. Au départ, le cinéaste cherche son style et hésite entre l'horreur, le thriller et la comédie dramatique. Toutefois, ses premiers essais (L'Amour à deux en 1971, Case of the Full Moon Murders en 1973 et Here Come The Tigers en 1978) passent totalement inaperçus et ne bénéficient même pas d'une sortie dans les salles obscures. Parallèlement, en 1972, il participe à la production de La Dernière Maison sur la Gauche, un rape and revenge réalisé par les soins de Wes Craven.
Ce long-métrage violent et érubescent permet à Sean S. Cunningham de se découvrir une passion pour le genre horrifique. Les sorties de Black Christmas (Bob Clarke, 1974), Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) et de Halloween : la Nuit des Masques (John Carpenter, 1978) marquent une rupture fatidique dans le cinéma d'épouvante.

Le croquemitaine, qui peut se cacher sous plusieurs visages monstrueux (entre autres, Leatherface et Michael Myers), s'adonne à des activités anthropophagiques et criminelles. Des sévices qui échappent à toute logique humaine et rationnelle. Fortement imprégné par cette culture en rupture avec l'horreur traditionnelle, Sean S. Cunningham souhaite réaliser la réponse à Halloween : la Nuit des Masques. Ce sera Vendredi 13, sorti en 1980. Mais le métrage de Cunningham possède d'autres références éminentes, notamment La Baie Sanglante (Mario Bava, 1971).
Le scénario de Vendredi 13 est écrit par Tom Miller qui souhaite créer un meurtrier intrinsèquement relié à la notion de maternité. Par la suite, le cacographe n'appréciera guère la suite donnée - le rejeton défiguré et démoniaque - par les nombreux épisodes qui suivront dans la foulée, et qui érigeront Jason Voorhees comme une figure machiavélique.

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Nanti d'un budget famélique et aux abonnés absents, Vendredi 13 premier du nom peut néanmoins s'appuyer sur l'érudition de Tom Savini derrière les maquillages du film. Si ce tout premier chapitre se solde par un immense succès commercial et signe l'avènement du slasher au cinéma, il essuie à l'inverse un véritable camouflet auprès des critiques et de la presse cinéma. Certains journaux spécialisés évoquent un slasher ridicule et affublé d'un croquemitaine encore plus grotesque.
Son succès inopiné va engendrer une saga de onze épisodes, ainsi qu'un remake homonyme, réalisé par les soins de Marcus Nispel en 2009. La distribution de ce premier volet réunit Betsy Palmer, Adrienne King, Harry Crosby, Laurie Bartram, Jeannine Taylor et Kevin Bacon. En outre, le scénario de Vendredi 13 est de facture basique et laconique.

Attention, SPOILERS ! En 1957, un jeune garçon, prénommé Jason, meurt noyé au camp de Crystal Lake. L'année suivante, les deux responsables du camp sont tués. Crystal Lake ferme. Mais en 1980, Steve Christy décide de le rouvrir un vendredi 13, jour anniversaire des décès survenus vingt-trois ans auparavant. Lors de la préparation du camp pour son ouverture, les moniteurs du centre disparaissent les uns après les autres pendant la nuit. Finalement, Vendredi 13, c'est ce retour aux pulsions primitives et archaïques. Il suffit de prendre le concept du film pour s'en rendre compte : un camp d'été, Crystal Lake, des étudiants qui festoient, badinent et s'acoquinent, une musique comminatoire et in fine, un mystérieux meurtrier qui assassine avec un opinel. 
A priori, rien de très irrévérencieux ni de particulièrement condescendant dans ce slasher égrillard et beaucoup trop classique pour susciter réellement l'adhésion.

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Cette recette anônnée par Sean S. Cunningham n'est qu'un avatar de Black Christmas et d'Halloween, la nuit des masques (deux films d'horreur déjà précités). A la seule différence que Vendredi 13 se veut encore plus prosaïque que ses augustes épigones. Ici, point d'atermoiement sur les divers protagonistes ni d'analyse sur leur psyché en déliquescence. Pas non plus de croquemitaine invincible, indicible et invulnérable. Juste une banale histoire de vengeance qui trouve sa genèse dans les années 1950. Finalement, Vendredi 13 s'inscrit dans l'insouciance de son époque et de ses principaux personnages. Il marque aussi la quintessence d'une époque hédoniste et libertaire.
Même les séquences sanguinolentes se montrent curieusement élusives et timorées : une hache assénée furtivement dans le crâne d'une mijaurée ou encore un couteau qui transperce la gorge d'un étudiant d'infortune...

La violence de Vendredi 13 se veut âpre et brute de décoffrage sans forcément verser dans la barbaque ni le viscéral. Le tueur de Vendredi 13 n'est qu'une version clonée du psychopathe de Psychose (Alfred Hitchcock, 1960). Hélas, Betsy Palmer ne possède pas le talent ni la virtuosité d'un Anthony Perkins. De surcroît, la comparaison avec le chef d'oeuvre hitchcockien s'arrête bien là. Seule réelle nouveauté, point de Laurie Strode ni de héros téméraire qui lutte farouchement contre ce mystérieux sociopathe. En outre, les différents étudiants sont tous interchangeables.
Vendredi 13 se contente de disséminer une ambiance à la fois tendue et goguenarde, dans la grande tradition des slashers des années 1980. Sa simplicité force presque le respect et en partie l'adhésion. On tient donc un slasher correct, probe, sobre et recommandable pour tout fan de films d'horreur qui se respecte. Malheureusement, Vendredi 13 ne possède pas non plus la fougue ni la folie jubilatoire d'un Halloween ou d'un Massacre à la Tronçonneuse. En résulte un slasher assez surcoté au final.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

26 juillet 2017

Hearts Of Darkness (Le tournage le plus fou de l'histoire du cinéma !)

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Genre : Documentaire

Année : 1991

Durée : 1h30

Synopsis : En 1976, le réalisateur Francis Ford Coppola part aux Philippines pour tourner son huitième film : Apocalypse Now, une adaptation du roman « Au Cœur des ténèbres » de Robert Conrad, transposé à la guerre du Vietnam. Sa femme Eleanor l’accompagne et sur la demande de son mari, elle réalise un documentaire sur le tournage. Cependant, elle choisit aussi d’enregistrer les conversations du réalisateur à l’insu de ce dernier. Bien vite, l’équipe se retrouve confrontée à des tas de problèmes, leurs nerfs sont mis à rude épreuve et petit à petit, le tournage sombre dans le chaos et la folie. Tout cela n’échappe pas à la caméra d’Eleanor Coppola.

La critique :

Apocalypse Now est aujourd’hui un classique, un film culte parmi les cultes, il est souvent cité comme l’un des plus grands films de guerre de tous les temps. Si l’histoire du film Apocalypse Now est fascinante et pleine de folie, l’histoire du tournage l’est au moins tout autant. Oui ce tournage restera dans les annales du cinéma comme l’un des plus fous des plus durs et donc des plus mémorables. Cette aventure, qui est l’une des plus folles de l’histoire du cinéma, a été immortalisée par la caméra d’Eleanor Coppola qui a également enregistré les conversations de son mari sans avertir ce dernier. 
En 1991, ses images sont récupérées par Fax Bahr et George Hickenlooper, qui réalisent ensuite des interviews de Coppola et de certains acteurs du film. Au final, cela aboutit sur un documentaire retraçant ce tournage démentiel, intitulé Hearts Of Darkness. Attention SPOILERS !

Nous sommes en 1976, Francis Ford Coppola est le roi du nouvel Hollywood. Auréolé de son succès avec les deux premiers Parrains et salué pour son film Conversation secrète,  Il est l’un des réalisateurs les plus en vogue des années 70. De plus, il a réussi à dompter une bonne partie du système Hollywoodien et à mettre les producteurs dans sa poche. Cependant, le succès des Dents de la Mer l’année précédente marque l’avènement du Blockbuster (films à gros budget et à grosses recettes). 
Le cinéma artistique pourrait s’éteindre. Coppola a bien l’intention de le remettre au premier plan en réalisant un film qui doit devenir son chef d’œuvre absolu. Il s’agit d’Apocalypse Now, une adaptation du livre de Robert Conrad « Au cœur des ténèbres », qui raconte le voyage d’un officier de la marine britannique qui remonte le Congo afin de retrouver un directeur commercial du nom de Kurtz.

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Ce dernier dirige un comptoir en pleine jungle et ne donne de nouvelles. C’est un vrai défi puisque même Orson Welles, véritable géant du septième art (qui avait adapté le livre de Conrad à la radio), s’est cassé les dents sur une adaptation au cinéma. Mais là où le pari est encore plus osé, c’est que l’histoire est transposée à la guerre du Vietnam afin de dénoncer le conflit. Le projet démarre au début des années 70, ce film doit lancer la société fondée par Coppola : American Zoetrope.
Le scénario est signé John Milius (qui reprend les lignes du livre de Conrad) alors que George Lucas pour sa part doit assumer la fonction de réalisateur. Cependant, à l’époque, personne ne veut d’un film dénonçant le conflit en cours au Vietnam craignant de s’attirer les foudres de la controverse. Le projet est abandonné mais Coppola le reprend au milieu des années 70. Il en sera le réalisateur, Georges Lucas ayant visiblement renoncé. 

Pour le tournage, Coppola choisit de partir aux Philippines, malgré les conseils défavorables qu’il a reçus de ceux qui ont tourné là-bas. Le casting sera composé d'Harvey Keitel dans le rôle titre, Marlon Brando (qui exige un cachet de 3 millions de dollars), Robert Duvall, Dennis Hopper, Laurence Fishburne, Sam Bottoms, Albert Hall et Frederic Forrest. Coppola a besoin de matériel militaire pour tourner son film. Cependant, l’armée américaine ne veut pas collaborer avec un film qui dénonce le Vietnam. Le réalisateur fait donc appel au président des Philippines, Ferdinand Marcos.
Celui-ci lui prête alors les fameux hélicoptères de l’une des plus célèbres scènes de l’histoire du cinéma : l’attaque de la cavalerie aéroportée sur la musique de Wagner. Mais Coppola ne peut pas avoir les hélicoptères quand il veut et le tournage prend du retard. 

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D’autres problèmes vont survenir, Coppola et ses monteurs analysent les premières scènes et soudain, le réalisateur ne veut plus d'Harvey Keitel et fait appel à Martin Sheen. Une fois de plus, le tournage prend du retard et le budget dépasse allègrement les frais impartis. Ensuite Coppola reporte la réalisation des scènes finales, ce qui n’est pas du goût de Marlon Brando. Ce dernier menace Coppola d’abandonner le tournage et de partir avec le million qu’il lui a payé d’avance. Coppola finira par le convaincre en prétextant qu’il est prés à le remplacer par Jack Nicholson ou Al Pacino. 
Cependant, le réalisateur rencontre d’immenses difficultés pour écrire la fin du film. Paralèlement,
 il choisit de tourner en pleine mousson. Un déluge dévaste tout le plateau et les décors. Coppola tente d'étouffer l’affaire mais la presse parle déjà de désastre financier.

On attend toujours le film de Coppola qui devrait être fini depuis longtemps. Toute l’équipe est à bout de nerf, surtout le réalisateur, qui va jusqu’à hypothéquer sa maison pour finir le film. Très vite, la drogue fait des ravages parmi le casting. L’acteur Martin Sheen s’investit à fond dans son rôle, à tel point qu'il fait une attaque cardiaque et frôle la mort. Martin Sheen risque d’être rapatrié. L’équipe continue à tourner avec une doublure (qui n’est autre que le frère de Martin Sheen), mais bien des passages nécessitant des gros plans ne sont pas réalisables sans l’acteur.
Mais Sheen finit par se remettre et reprend le tournage. Il faut encore tourner le final. C’est alors que Dennis Hopper fait son apparition. Cependant, il n’est pas du tout familiarisé avec son texte. Et il n’est pas le seul, Brando fait lui aussi son entrée.

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Coppola l’avait déjà rencontré avant le tournage et lui avait demandé de perdre du poids pour son rôle. Il devait arriver avec une carrure athlétique, ça sera tout le contraire et c’est un Brando obèse qui débarque. 
Pire, en parlant avec lui, Coppola réalise qu’il n’a pas lu le scénario comme il l’avait promis et qu’il ne connaît absolument pas son texte. 
Le réalisateur et l’acteur vont parvenir à transformer ces faiblesses en avantages. Coppola décide de filmer le gros corps de Brando de façon à le rendre monolithique. De plus, il fait appel à une doublure d'un mètre 98, ce qui confère au personnage du colonel Kurtz une certaine puissance. A ce titre, le documentaire propose plusieurs extraits des essais de Brando. 
Au final, son célèbre et tétanisant discours sur l’horreur doit tout à l’improvisation. Pourtant, certaines scènes seront difficiles à tourner puisque Brando refuse catégoriquement de tourner avec Dennis Hopper. Il faudra donc tourner les scènes en plusieurs fois avec les deux acteurs séparés. 

Alors que Coppola est au seuil de la folie (entre autres, il fera un malaise), le tournage finit par voir le bout du tunnel après 238 jours de dur labeur. Il faudra encore près de deux ans pour réaliser le montage du film. La partie de la PostProduction n’est pas évoquée dans le documentaire apparemment pour des raisons de longueurs. Tout au long du tournage, Coppola annonce que son film est mauvais et prétentieux. "Ca mérite 5/20" déclare-t-il. Le film sort finalement en 1979, il remportera la palme d’or du festival de Cannes, titre qu’il partage avec le Tambour de Volker Schlöndorff, les deux films étant ex-æquo. Il remportera également 2 Oscars et 2 Golden Globes. Au final, Coppola a réussi son pari.
Plus tard, le cinéaste déclarera : « Apocalypse Now n'est pas un film sur le Viêt Nam, c'est le Viêt Nam. Et la façon dont nous avons réalisé Apocalypse Now ressemble à ce qu'étaient les Américains au Viêt Nam. Nous étions dans la jungle, nous étions trop nombreux, nous avions trop d'argent, trop de matériel et petit à petit, nous sommes devenus fous ». 

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Le réalisateur dira même que par moment, il s’est pris pour le colonel Kurtz. Bref ce documentaire permet de découvrir l’un des tournages les plus fous et les plus éprouvants de l’histoire du cinéma. Images d’archives, enregistrements et aussi d’interviews qui rendent compte de l’état de Coppola et des ses acteurs durant le tournage. L’Edition définitive d’Apocalypse Now donne également la possibilité de regarder le documentaire Hearts Of Darkness avec les commentaires audio de Francis Ford et Eleanor Coppola (enregistrés séparément). Vous l'avez donc compris.
Le
 tournage très mouvementé d'Apocalypse Now est resté dans la légende et a donné lieu à plusieurs rumeurs, vraies ou fausses et parfois exagérées. Au spectateur de faire la part des choses donc mais indéniablement, Hearts Of Darkness reste un documentaire passionnant qui n’intéressera pas uniquement les passionnés de cinéma.

 

Note : 17/20

vince Vince

Un Justicier dans la Ville (Appliquer la loi du Talion)

un justicier dans la ville

Genre : policier, action (interdit aux - 12 ans)
Année : 1974

Durée : 1h34

Synopsis : La femme et la fille de Paul Kersey sont agressées dans leur appartement par trois voyous. Les malfaiteurs tuent la première et violent la seconde. Paul est détruit par ce drame. Le destin veut qu'on lui offre un colt en cadeau. Un soir, lui aussi est attaqué. Il tire et tue son agresseur. C'est le début d'une croisade solitaire et violente qui va le voir se muer petit à petit en un impitoyable justicier

La critique :

Le nom de Michael Winner rime à la fois avec le western, le film policier et le cinéma d'action. Sa carrière cinématographique débute dès 1964 avec Dans les mailles du filet. Ses films suivants, Le Corrupteur (1971), Le Cercle Noir (1973), Scorpio (1973), La Sentinelle des Maudits (1977), Le Grand Sommeil (1978) et Rendez-vous avec la mort (1988) contribuent à ériger sa notoriété. Ainsi, Michael Winner se taille la réputation d'un artisan honnête de la série B.
Mais c'est surtout Un Justicier dans la Ville - en anglais Death Wish - qui va définitivement le propulser au sommet de la gloire. Le long-métrage sort trois ans après L'Inspecteur Harry (Don Siegel, 1971), un film policier qui décrivait déjà une société américaine en pleine décrépitude et incapable d'endiguer une criminalité de plus en plus exponentielle.

Toutefois, c'est vraiment Death Wish premier du nom qui va lancer la mode du vigilante movie. Un genre qui va connaître son apogée entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980. Mad Max (George Miller, 1979), Légitime Violence (John Flynn, 1977), L'ange de la vengeance (Abel Ferrara, 1981) ou encore Vigilante : justice sans sommation (William Lustig, 1983) sont autant de pellicules qui susciteront le scandale, les invectives et les quolibets.
Tous s'inspirent plus ou moins d'Un Justicier dans la Ville, un long-métrage qui soulève la question de la vengeance expéditive, de l'auto-défense et donc de la loi du Talion. Thématiques sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement. A l'origine, le métrage s'inspire d'un opuscule de Brian Garfield et est produit par Dino de Laurentiis.

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La distribution du film réunit Charles Bronson, Hope Lange, Vincent Gardenia, Steven Keats, William Redfield, Stuart Margolin et Stephen Elliott. A noter aussi la toute première apparition à l'écran de Jeff Goldblum dans le rôle d'un voyou. Quant à Charles Bronson, il trouve un rôle sur mesure, celui de Paul Kersey, un redresseur de torts et surtout un personnage qui va marquer son illustre carrière. En effet, Un Justicier dans la Ville se solde par un immense succès commercial, non seulement aux Etats-Unis, mais aussi en Europe et surtout en France. Le long-métrage alimente les scandales et les acrimonies dans une société en pleine mutation, à la fois économique, culturelle et sociale.
Bientôt, le film de Michael Winner va se transformer en pentalogie et sera suivi par Un Justicier dans la ville 2 (Michael Winner, 1982), Le Justicier de New York (Michael Winner, 1985), Le Justicier braque les dealers (J. Lee Thompson, 1987) et Le Justicier : l'ultime combat (Allan A. Goldstein, 1995).

Attention, SPOILERS ! (1) Paul Kersey est un homme respectable travaillant dans un cabinet d'architectes et vivant avec sa femme, Joanna, et sa fille, Carol. Ancien objecteur de conscience pendant la guerre de Corée, Kersey est pacifiste et a horreur de la violence et des armes à feu. Après avoir passé des vacances ensoleillées avec sa femme, Paul est appelé d'urgence à l'hôpital car celle-ci a été violemment agressée en compagnie de sa fille dans leur appartement par trois voyous.
Seule sa fille s'en sort, profondément perturbée par son agression : elle ne parle plus et ne supporte plus qu'on la touche. 
Paul Kersey devient alors un homme brisé, noyant son chagrin dans son travail, il sait que les agresseurs de sa femme et de sa fille ne seront jamais retrouvés et que la police ne peut rien faire pour lui par manque d'information.

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Après un voyage d'affaire ayant pour but de le changer d'air, Kersey se voit offrir un revolver en guise de remerciement. Après avoir revu des photos de sa femme, Kersey se munit de son arme et décide de faire la seule chose qui pourrait le soulager. Il parcourt les rues, les parkings, le métro, afin d'attirer et de tuer tous les voyous qu'il rencontre et qui veulent l'agresser la nuit tombée.... La presse le nomme alors "Le Justicier".... L'inspecteur Frank Ochoa, chargé de l'affaire, le prend en chasse (1).
Finalement, Un Justicier dans la Ville pourrait s'apparenter à un western urbain. Rien n'a changé depuis le grand Ouest Américain, semble gloser Michael Winner. Quand il s'agit de partir à la chasse et de massacrer ses proies pour assouvir sa soif de vengeance, le cowboy solitaire prend son arme à la main. Ce cowboy taciturne et esseulé se nomme désormais Paul Kersey.

Face à l'incompétence de la police et de la justice, l'homme décide de partir en croisade contre les voyous et le grand banditisme. Michael Winner justifie ce comportement véhément et arbitraire par le meurtre et le viol de la femme et de la fille de Kersey. Ainsi, le cinéaste se centre sur le processus de déshumanisation de son personnage principal. Tout commence par une rixe contre un vulgaire quidam venu quémander de la monnaie. Puis, Paul Kersey s'affermit.
Cet ancien de la guerre de Corée voit sa fille neurasthénique se déliter. Tous les soirs, il arpente les rues sordides et asseulées de New York pour rendre sa propre justice. Contrairement à Harry Callahan, le héros de Dirty Harry, Paul Kersey reste invariablement impassible, inamical et acariâtre. En outre, difficile de s'attacher ou de s'enthousiasmer pour ce personnage cynique et acrimonieux.

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Pourtant, Paul Kersey préfigure à la fois le glas d'une société patriarcale et les prémices d'une société violente et consumériste. Paul Kersey, c'est aussi un visage chenu et harassé qui scrute un monde qu'il ne comprend plus. Cet architecte n'est plus un constructeur mais un destructeur, celui qui répudie, tance et admoneste une société égotiste et capitalistique en pleine déréliction. Paul Kersey, c'est finalement cette figure de naguère, celle qui sera ostracisée pendant plusieurs décennies avant d'effectuer un retour impromptu presque 45 ans après, avec l'élection de Donald Trump comme Président des Etats-Unis. Contre toute attente, la figure de Paul Kersey reste d'une étonnante actualité, celle d'une Amérique que l'on croyait alanguie et agonisante contre celle qui se veut résolument moderne, égocentrique et iconoclaste. Indubitablement, le film de Michael Winner soulève de nombreuses interrogations.
Cependant, Death Wish n'est pas exempt de tout reproche. Dans le même registre, on lui préférera largement L'Inspecteur Harry. De surcroît, Michael Winner n'est pas Don Siegel et sa mise en scène est, de ce fait, beaucoup moins stylisée. In fine, le propos péroré par le cinéaste accuse aussi certaines redondances. De facto, Un Justicier dans la Ville apparaît parfois comme un film idéologiquement et politiquement engagé (en gros, comprenez : "A droite ! Très à droite !")

 

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_justicier_dans_la_ville

25 juillet 2017

La Maison des Perversités (Empoisonnons les hommes !)

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Genre : Pinku eiga (interdit aux -16 ans)

Année : 1976

Durée : 1h16

 

Synopsis :

Minako Sayanomiya loue une chambre pour s’adonner en toute liberté à ses fantasmes. Son chemin va bientôt croiser celui du voyeur solitaire qui passe son temps à l'épier.

 

 

La critique : 

Curieux genre qu'est le pinku eiga, un style japonais unique en son genre, vestige d'un temps plus ou moins passé et qui a vu nombre de réalisateurs devenus cultes au fil du temps, l'un des plus célèbres étant entre autres Koji Wakamatsu. L'heure est venue pour moi d'enfiler mon costume de Père Castor et de vous donner un petit cours d'histoire sur ce genre étrange. Ainsi, les pinku eiga apparaissent dans une phase difficile de l'histoire du cinéma japonais. Lorsqu'au milieu des années 60 les foyers commencent à être largement équipés de téléviseurs, les grandes sociétés de production subissent un déclin d'audience inquiétant. Elles réagissent en produisant des films aux thèmes plus racoleurs, au centre desquels le sexe se mêle fréquemment à la violence. 
Dans ce contexte économique, le pinku eiga devient inévitablement un genre de cinéma commercial à petit budget. Les Jeux olympiques de 1964 furent également l'occasion, pour le gouvernement, de faire un peu de ménage au sein de la société dans l'objectif affiché de donner une image plus présentable du Japon. Les strip-teases et les films pornographiques furent interdits, ce qui contribua certainement à l'essor du pinku et à pousser le genre vers les grands studios et une plus forte visibilité.

Ainsi le premier pinku eiga qui marqua l'histoire fut Neige Noire de Tetsuji Takechi du fait de son procès pour obscénités en 1965, alors que les véritables premiers pinku eiga, pour lesquels le mot fut inventé, remontaient aux années 1962-1963 mais circulaient dans un réseau de distribution indépendant, au public restreint. Ce genre devint plus proche du cinéma d'exploitation vers la fin des années 60 jusque dans les années 70. Cependant, la popularité de ce style déclinera durant les années 80 avec l'apparition de films purement érotiques et pornographiques.
Les pinku eiga ne faisant pas de l'érotisme l'objet central du film au contraire du scénario relativement important. Fin de la parenthèse historique pour présenter un autre pinku eiga sur le blog en la personne du film au doux nom de La Maison des Perversités, sorti en 1976 et réalisé par Noboru Tanaka, d'après l'oeuvre originale de Edogawa Ranpo, réalisateur renommé de l'époque. Cependant, difficile de trouver des informations pertinentes sur ce film et encore plus une véritable chronique lui étant dédiée. Peut-être avez vous en face de vous la toute première (vraie) chronique sur ce film. 

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ATTENTION SPOILERS : Dans une pension bourgeoise, les résidents se livrent à toutes sortes de plaisirs sexuels, observés par Godha, le voyeur solitaire qui se cache dans le grenier et épie ces pensionnaires particuliers, lorsqu'il n'en empoisonne pas un à l'occasion en versant de la morphine dans sa tasse à travers le trou du grenier.

Etrange scénario que voilà et qui nous rappelle bien que La Maison des Perversités peut facilement être rangé dans la case des pinku eiga. Ceux qui s'attendaient à un film purement érotique ou pornographique peuvent faire demi tour car cette oeuvre ne jongle pas dans la même catégorie. En effet, on retrouve la caractéristique primordiale du pinku qui n'est autre que le montage en lui-même du récit. On a là bel et bien ce trait précis de l'érotisme au service du scénario, un style aux antipodes de la pauvreté du cinéma érotico-pornographique d'aujourd'hui où le scénario est absent et où les rapports sexuels se succèdent sans discontinuité. De fait, l'oeuvre parvient à créer un sentiment de curiosité, d'autant plus qu'elle se montre plus profonde qu'elle n'en a l'air. A travers cet étrange personnage du nom de Godha, Tanaka nous offre déjà un avant-goût de l'industrie du sexe que nous connaissons.
Une industrie où l'individu est poussé au voyeurisme et à ce désir de regarder le plus précisément possible les relations sexuelles. On pourra même aller plus loin en disant que cet homme caché dans les toits de la pension n'est qu'une métaphore duquel l'individu cherchera à satisfaire ses besoins à l'abri des regards indiscrets. D'une certaine manière, le réalisateur met en forme de manière assez subtile l'homme se satisfaisant seul et reclus devant une vidéo érotico-pornographique. 

Vous l'avez compris, La Maison des Perversités est loin du bête film de sexe et se montre plus intelligent qu'il n'en a l'air. Bien que le pinku eiga possède comme principale ressource érotique les diverses formes de perversion et de sadisme à l'égard des femmes, les rapports seront plutôt inversés. La femme principale de l'histoire n'est pas le genre d'être soumis au bon plaisir d'individus masculins. Bien au contraire, celle-ci est froide et machiavélique, décide de ses fantasmes et va progressivement nouer une relation avec Godha. Une symbiose à la fois harmonieuse et malsaine axée autour d'une sorte de vengeance personnelle envers une société patriarcale et dépravée.
On pensera à l'hypocrisie du prêtre catholique scandant la parole de Dieu mais n'hésitant pas à s'embarquer dans des délires de soumission avec les femmes. On pourrait presque voir en ce pinku un propos presque anarchique et qui n'est pas sans rappeler la relation entre Bonnie et Clyde. 

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Une relation jouant beaucoup sur le silence et les regards. Sans se parler, ils se comprennent et vont parvenir à se lier de manière dépendante l'un à l'autre. On comprend très vite qu'il y a une réelle mise en abîme au sein du récit et qu'un deuxième visionnage ne serait pas inutile pour bien déceler toutes les subtilités des idées principales. Au delà des idées principales, Tanaka n'hésite pas à verser de temps à autre dans le grotesque comme avec ce clown soumis ou ce fauteuil parlant, ce qui apporte un réel intérêt esthétique. Cette esthétique se répercutera aussi sur l'essence secondaire du pinku eiga qui est donc l'érotisme. Ici on est loin de la vulgarité des films porno actuels.
Au contraire, on décèle, sous ce climat de perversion et de machiavélisme, une certaine forme de douceur et de légèreté où le corps féminin est respecté. Tanaka n'insère aucune forme de réelle soumission (aucune forme de bondage par exemple) mais se contente de séquences érotiques soft où, principe de l'érotisme oblige, l'on ne verra aucune scène de pénétration en gros plan. A côté, les scènes de nudité se focaliseront sur la poitrine des femmes. 

En d'autres termes, sous ses airs de titre potentiellement extrême, il n'en sera rien et tout ce qui est purement physique se développera de manière légère et simple. L'image même du film est agréable, les décors sont raffinés, la caméra filme bien l'instant et ne dévie jamais de l'action. Bref, tout pourrait aller parfaitement bien mais quelques points gâchent cependant la séance et détruisent un peu le potentiel du film à se hisser très haut dans la qualité. Pour commencer, on tique un peu dans la représentation sous-exploitée de l'univers qui y est trait. Le réalisateur se focalise trop sur les personnages et oublie un peu son décor, son lieu et ne le met pas assez en évidence, d'autant plus que nous évoluons dans un cadre bourgeois, ce qui aurait pu encore renforcer la qualité esthétique de l'oeuvre.
Secundo, les errances perpétuelles de ces personnages dans cet univers perverti peuvent parfois lasser. On rentre parfois dans une sorte de tranche de vie où les personnages viennent et se croisent sans qu'un fil conducteur très flagrant ne soit mis en évidence, à la différence de Bonnie et Clyde où leur relation était claire dès le début. Ici, on navigue dans le flou, on doute de la relation et ce n'est que lors d'un empoisonnement que les choses commencent à se préciser. 

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Un petit rapport sexuel par-ci par-là et au bout d'un moment, la machine s'enchaîne et les empoisonnements se succèdent à un rythme assez exagéré. C'est un point qui pourra gêner. A plusieurs reprises, on a cette impression que le réalisateur se perd un petit peu par moment, ce qui empêche de vivre pleinement le récit. A côté, le jeu d'acteurs est tout ce qu'il y a de plus satisfaisant avec au casting Junko Miyashita, Renji Ishibashi ou encore Tokuko Watanabe. Notre couple malsain est de très bonne facture et interprète bien les personnages froids et antipathiques du récit.

En conclusion, il n'en est pas à douter que La Maison des Perversités est, sans contestation possible, un pinku eiga très intéressant de part ses thématiques passionnantes et annonçant la société d'aujourd'hui se complaisant dans un voyeurisme des rapports sexuels à l'abri des regards indiscrets. Tanaka tance la société patriarcale japonaise en la soumettant au sexe féminin qui est rendu tout puissant, directeur des fantasmes et possédant droit de vie et de mort sur elle. Bien que la relation de nos deux anti-héros est à la fois intéressante et complexe, celle-ci met un peu de temps à démarrer et apparaît fort trouble par moment. De fait, on pourra tiquer devant la perte de puissance de l'oeuvre. Quoi qu'il en soit, on est loin des films érotico-pornographiques décérébrés d'aujourd'hui mais bien en face d'un film social qui a des ambitions et par la même occasion un cri de révolte en lui. 

 

Note : 14/20

orange-mecanique Taratata


Ken le Survivant - La Série (La légende de l'homme qui sauva le monde)

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Genre : science-fiction, post-apocalyptique, animation, arts martiaux 
Année : 1984

Durée : 20 minutes environ

Synopsis : Après une attaque nucléaire dévastatrice, la Terre n'est qu'un vaste désert, où l'eau est devenu un bien plus précieux que l'or ou l'argent. Dans ce monde chaotique règne la loi du plus fort. A la recherche de sa bien-aimée, Ken est l'héritier de l'école d'arts martiaux Hokuto. Il utilise son art pour défendre les innoncents face à de redoutables experts en arts martiaux. 

La critique :

En 1983, Tetsuo Hara et Buronson publient un manga qui va bientôt devenir la nouvelle égérie du genre post-apocalyptique. Son nom ? Ken le survivant, soit Hokuto No Ken dans la langue nippone, ce qui signifie littéralement "Le poing de la Grande Ourse" (ou "le poing du Grand Chariot"). L'année d'après, donc en 1984, les deux auteurs décident de décliner la série de mangas en une série animée. 
Cette série sera diffusée en France entre la fin des années 1980 et le début des années 1990 dans Le Club Dorothée. En outre, Ken le survivant (connu aussi sous le nom de Fist of the North Star) suscite les anathèmes et les quolibets. La raison ? Pour la première fois à l'écran et sur une heure de grande écoute, des gamins voient des cervelles et des crânes exploser à l'écran, ces scènes de violence provoquant l'ire des parents et du comité de censure.

Mais les producteurs du Club Dorothée n'en ont cure. Toutefois, plusieurs saynètes, jugées trop barbares et sanguinolentes, sont nûment censurées. Parallèlement, les doubleurs français tentent de minorer la tonalité sombre du manga originel via un humour grivois et inapproprié. Sous la pression de la sphère politique - en particulier de Ségolène Royale - et de diverses associations familiales, Ken le Survivant s'arrête brutalement au 84e épisode, laissant les fans de la série pantois.
Pour la petite anecdote, le manga animé se divise en deux séries télévisées bien distinctes. La première, intituée Hokuto No Ken, comprend 109 épisodes et se conclut sur le combat final entre Kenshiro et Raoh (Raoul dans la version française). La seconde, intitulée Hokuton No Ken 2 et jamais diffusée en France, se déroule bien des années après cette lutte fratricide et comprend 43 épisodes.

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Aujourd'hui, c'est le cas de Hokuto No Ken premier du nom qui nous intéresse. En l'occurrence, cette première série d'épisodes se démarquera par ses dialogues en français ubuesques et éhontés. Les doubleurs tancent et admonestent une série japonaise qu'ils qualifient de "nazillarde". Pourtant, point de référence à la Croix Gammée ni au dictateur moustachu dans Ken le Survivant. Certes, durant plusieurs épisodes, l'homme du Hokuto Shinken doit se colleter avec l'Armée Divine, mais le guerrier donne une leçon à ces soldats cruels et barbares.
En outre, la série se veut plus sagace et complexe. Attention, SPOILERS ! (1) L'histoire se déroule dans ce qui était alors un futur relativement proche, sur une terre ravagée par une guerre nucléaire qui a eu pour conséquence l'évaporation de la plupart des mers et océans, tout comme la destruction d’une grande partie de la végétation.

Dans cet univers post-apocalyptique, les survivants sont soit d'humbles villageois essayant de survivre, soit des bandits vicieux regroupés en gangs qui s'adonnent aux pillages et à la persécution de ces villageois. Cependant, un artiste martial nommé Kenshiro (Ken dans la version française), un homme reconnaissable aux sept cicatrices qu'il porte sur le torse, a été choisi pour devenir le successeur d'un légendaire art assassin, le Hokuto Shinken (1).
Premier constat, l'univers de Ken le Survivant s'inspire en grande partie de celui de Mad Max (George Miller, 1979). Mais, très vite, le manga animé se détache radicalement du film de George Miller pour suivre la trajectoire d'un homme (donc Ken), destiné à sauver un monde en péril. De facto, le parcours de Kenshiro ressemble à un véritable périple initiatique.

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La première partie de Hokuto No Ken se centre longuement sur la bataille entre Shin et Kenshiro. Le premier a kidnappé la fiancée (Julia) de Ken. Ivre de vengeance, le guerrier de la Grande Ourse a bien l'intention de la récupérer. Dès lors, la série animée oblique vers plusieurs directions spinescentes et nous présente différentes écoles d'arts martiaux, le Hokuto Shinken et le Nanto Seiken principalement. Deux écoles millénaires qui sont destinées à s'affronter et à s'entretuer.
Au fur et à mesure de ses combats, Kenshiro s'aguerrit et porte sur lui le lourd fardeau de la tristesse, tel le martyr christique. Son épopée le conduira même à ferrailler contre ses propres frères : Jagi (Jagger dans la version française), Toki et Raoul. Ken le Survivant, c'est donc avant tout un univers foisonnant et exhaustif.

Le personnage de Kenshiro est à la fois inspiré par Bruce Lee, Clint Eastwood et le personnage de Max Rockatansky. En outre, la série animée a une vraie consonance oedipienne et homosexuelle. Certains adversaires de Ken, en particulier Rey, Uda et Souther, sont des guerriers en perte d'identité et de masculinité. Ces troubles identitaires sont majorés par une époque en déliquescence qui recherche désespérément son sauveur.
Ainsi, le monde se divise en deux camps bien distincts : les faibles et les opprimés défendus par Ken et les motards assoiffés de pouvoir, qui obéissent docilement au joug de Raoul. Au fil des années, Ken le Survivant va rapidement s'octroyer le statut de série culte. En l'état, difficile de ne pas pester et tonner après le doublage français des 84 premiers épisodes tant les dialogues dénaturent la genèse et l'esprit du manga originel. Et pourtant, Hokuto No Ken possède un charme indicible, celui d'une série animée violente, condescendante et érubescente, qui n'hésite pas à mutiler et à sacrifier plusieurs personnages essentiels de la série. Personnellement, j'avoue avoir une affection particulière pour ce manga animé, probablement parce qu'il symbolise en partie mon enfance et mon adolescence.
Ma note finale pourra donc paraître particulièrement clémente.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis de la série animée sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ken_le_Survivant

24 juillet 2017

Silenced (On ne touche pas aux enfants)

Silenced

Genre : Drame (déconseillé aux -18 ans en Corée/interdiction non mentionnée chez nous)

Année : 2011

Durée : 2h05

 

Synopsis :

Kang In-ho, un professeur d’arts plastiques, arrive dans une nouvelle école dont les élèves sont malentendants. Durement touché par le suicide de sa femme, il est enthousiaste à l’idée d’enseigner à ces enfants. Si ceux-ci sont d’abord distants et essayent de l’éviter, il va peu à peu réussir à gagner leur confiance. Jusqu’à ce que ceux-ci lui avouent un terrible secret.

 

 

La critique :

Une fois n'est pas coutume, retournons donc en Corée du Sud, pays de prédilection pour les cinéphiles en ce qui concerne le cinéma contemporain, et surtout celui spécialisé dans les thriller. Depuis déjà longtemps, ce pays a su se hisser parmi les références actuelles et ce n'est pas près de changer quand on voit encore ce qui sort aujourd'hui. Néanmoins, contre toute attente, ce cinéma reste connu majoritairement en superficie et beaucoup ne cherchent pas à aller plus loin, à creuser au-delà des classiques The Chaser, Old Boy ou encore I Saw The Devil. Les films injustement méconnus existent partout et la Corée n'y échappe pas non plus. L'heure est donc venue de présenter un film très peu connu dans nos contrées et portant le nom de Silenced, sorti en 2011 et réalisé par Hwang Dong-yeok, un réalisateur tout aussi peu connu.

Pour autant, si ce film est passé sous silence chez nous, ce ne fut pas le cas en Corée où il fut l'effet d'une véritable bombe et déclencha un scandale national. En effet, cette oeuvre traite d'une histoire douloureuse en se basant sur le roman de Gong Ji-yeong, inspiré de faits réels concernant des abus sexuels commis sur les étudiants sourds d'une école de Gwangju. Dès sa sortie, la censure le classe dans la section des films déconseillés aux mineurs mais cela n'empêchera pas cette oeuvre de remporter un immense succès au box-office où il restera à la première place durant deux semaines et totalisera près de 5 millions d'entrées. Il est vite devenu le film de l'affaire de la honte mais passons à la critique.

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ATTENTION SPOILER :Kang In Ho est le nouveau professeur d'arts de l'école pour enfants sourds Ja Ae, à Mujin. Loin de Séoul et de sa fille malade qu'il a laissée aux soins de sa mère, sa femme étant morte quelques années auparavant, Kang In Ho va faire la rencontre d'une jeune femme très engagée du nom de Seo Yu Jin.
Après quelques jours passés dans l'école et après avoir du payer une somme très importante au directeur pour s'être fait recommandé par le professeur Kim, il va se rendre compte que ces enfants malentendants sont victimes de sévices et de violences sexuelles. Alors que ces enfants sont déjà pour la plupart démunis, parfois orphelins, parfois complètement abandonnés, Kang In Ho va tout faire, avec l'aide de Seo Yu Jin, pour les défendre et faire reconnaître leurs droits en justice mais surtout, pour punir les adultes responsables de ces crimes sur ces enfants innocents et sans défense.

La plupart du temps, quand on visionne un film coréen, on retrouve toujours une petite touche d'humour bien placée et ne dénaturant jamais le propos du film. Dans le cas présent, oubliez vite cela car Silenced n'a absolument pas pour vocation de jouer à ça et traite de manière la plus sérieuse possible cette affaire qui déclencha un tollé dans le pays. Vous l'avez compris, le film s'embarque sur une pente très glissante en traitant du thème très sensible de la pédophilie et dans le cas présent, d'abus sexuels et de sévices sur mineurs. Que peut on en dire si ce n'est que le film vous laissera avec un goût très amer au générique de fin et élude déjà tout espoir dès le début du film ?
Le réalisateur nous livre ici un travail très impressionnant en terme de crédibilité et surtout de respect de l'affaire en adoptant un ton tantôt dramatique et tantôt un ton presque documentaire. On pourra dès lors diviser le film en deux parties très distinctes. La première partie nous conte l'arrivée du professeur dans la ville brumeuse de Mujin ainsi que son entrée au sein d'une école pour enfants sourds mais très vite, il ressent que quelque chose ne tourne pas rond dans l'attitude des enfants. Ceux-ci se montrent mutiques, hostiles et ont un profond malaise en eux. Ce n'est que lors du tabassage d'un enfant parmi un professeur que celui-ci prend conscience d'un réel problème au sein de l'école et commence à mener son enquête tout en découvrant petit à petit des secrets tous plus affreux allant de viols à des mauvais traitements.

La seconde partie voit le corps enseignant responsable être arrêté par la police et traduit devant un tribunal. Cependant, on apprendra très vite que ce n'est pas seulement les autres enseignants qui étaient au courant et laissaient faire mais qu'il y a aussi des policiers et même des personnes encore plus haut placées. La raison étant les hautes relations du directeur de l'école. L'affaire se transforme très vite en parodie grotesque qui risque vite de révolter le spectateur devant l'injustice face à laquelle les enfants font face. Quoi que l'on en dise, le traitement est brillant mais surtout bouleversant de part sa manière frontale d'aborder le sujet. Le cinéaste met en place une atmosphère anxiogène et oppressante permanentes au sein de son récit qui ne relâchera que très rarement (j'en parlerais après), voire jamais, l'intérêt du spectateur. Les enseignants, sous un masque de sympathie et d'hypocrisie, sont de véritables tortionnaires jouissant du mal qu'ils font aux enfants en les battant, en les touchant et voire en les violant. 

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A aucun moment, le réalisateur ne dévie son sujet dans le racoleur et le voyeurisme et respecte avant tout les enfants qui ont fait face à ces actes impardonnables. Ceci dit, la suggestion n'est que partielle comme lors de cette séquence de viol dans les toilettes où l'on verra simplement le corps du directeur de l'extérieur de la cabine, le tout avec les hurlements de la fillette en fond sonore. Et ce n'est qu'un exemple qui démontre que le réalisateur a su juguler correctement son sujet en équilibrant la balance du traitement frontal et du traitement respectueux du sujet. Le choc est annoncé et demeure constant tout au long des 125 minutes du récit tant dans le fait que presque tout le monde soit au courant mais que personne ne bouge que part l'injustice du procès que l'on soupçonne très vite d'être truqué.
Une manière pour Dong-yeok de tancer la justice coréenne connue pour ses affaires pas très justes et pas très équitables, d'autant plus que l'on a cette impression que le juge de la cour n'accorde pas de réelle confiance aux enfants humiliés. 

Silenced, au delà de son thème sensible, est surtout un pamphlet féroce et acide sur les dérives de l'argent et du pouvoir où les individus n'hésitent pas à briser des vies entières pour se sauver et masquer leur ignominie et leur absence totale d'empathie. Oui, l'argent et la réputation peuvent faire de gros dégâts quand ils sont employés à des fins malsaines et l'affaire ici en est le parfait exemple. Même si ce n'est pas du dégré de l'absurdité du procès du film Les Sentiers de la Gloire, on s'en rapproche parfois fortement. Indubitablement, Silenced marque durablement les rétines et choque le spectateur, sans compter que certains agresseurs ont été réintégrés en 2011 dans l'école et que la cour a décidé de clore le dossier. 

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Ces enfants, bien qu'abandonnés de leurs parents, retrouveront du réconfort auprès de leur professeur d'art, le héros de l'histoire donc, et de l'association des droits de l'homme. A ce niveau, le héros incarné par Gong Yoo que nous avons pu retrouver dans Dernier Train pour Busan, joue de manière bien plus juste, étant partagé entre le fait de ne vouloir aucun problème et ce besoin de sauver les enfants lié à son amour paternel envers sa fille dont il a dû mal à être pleinement présent. On a là une sorte de héros et d'homme normal à la fois. A côté, Jeong Yu-mi interprétant Seo Yu-jin joue aussi de manière juste. Il faudra aussi souligner l'interprétation magistrale des enseignants parfaits dans la peau de ces psychopathes pédophiles mais aussi des enfants vivant pleinement leur personnage.
Au niveau de l'esthétique du film, rien de clinquant, le film ne se base pas là-dessus et se contente du strict minimum en filmant correctement son récit via des plans posés. Une mise en scène qui, même si elle est très prenante, risque par moment de perdre son spectateur durant des séquences plus futiles que d'accoutumée. A ce niveau, c'est un peu dommage. 

En conclusion, Silenced est un drame coréen injustement méconnu et au delà de ça un drame tout court oublié de tout un chacun et qui n'aurait pas usurpé sa place au sein des grands drames actuels. Faisant disparaître dès le début toute notion d'espoir via une première scène choc, le métrage se montre bouleversant, révoltant et malmenant le spectateur devant tant d'injustice. Un tel ressentiment vient bien sûr du fait que l'histoire est réelle. De fait, il est difficile d'aimer le film en tant que tel mais on ne pourra s'empêcher d'être interpellé par ce récit tragique traité de manière chirurgicale et ne sombrant à aucun moment dans l'exploitation outrancière du malheur, le voyeurisme ou ce besoin de faire pleurer le spectateur lors de séquences touchantes des enfants déboussolés, terrorisés et se sentant abandonnés de tous, même de ceux en qui ils avaient confiance.
Une oeuvre qui n'a rien à envier en terme de qualité aux grands classiques coréens connus chez nous, bien que l'on pourra pester contre quelques séquences assez dispensables. Une oeuvre choquante, crue laissant un goût fort amer en bouche de part la corruption, l'aveuglement de certaines personnes et l'injustice. Une affaire pour laquelle certains se battent encore pour que la vérité éclate. Hautement recommandable bien qu'à réserver à un public averti. 

 

Note : 16,5/20

 

orange-mecanique Taratata

La Malédiction - 1976 (... Et le Roi des Ténèbres surgira...)

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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1976

Durée : 1h51

Synopsis : Ambassadeur des États-Unis à Londres, Robert Thorn réalise que son fils de cinq ans, Damien, n'est autre que la réincarnation de l'antéchrist. 

La critique :

Tout d'abord acteur, Richard Donner officie, dans un premier temps, dans des films expérimentaux et méconnus du grand public. Désarçonné par son propre jeu d'acteur, Richard Donner oblique alors vers le métier de réalisateur et travaille avec plusieurs cinéastes prestigieux, notamment John Frankenheimer, Sidney Lumet et Arthur Penn. C'est par l'intermédiaire de la télévision que le metteur en scène obtient son premier grand succès en réalisant un épisode de la série Au Nom de la Loi.
Il enchaîne alors avec X-15 (1961), Sel, poivre et dynamite (1968) et L'Ange et le Démon (1970). En 1973, la sortie de L'Exorciste de William Friedkin marque une rupture rédhibitoire dans le cinéma horrifique. Cette date fatidique marque aussi la fin de la Hammer, une firme de production principalement spécialisée dans les films d'épouvante.

Les démons et l'Antéchrist sont érigés par l'industrie hollywoodienne et s'immiscent peu à peu sur nos écrans, provoquant de nombreux cris d'orfraie dans les salles de cinéma. Les producteurs Harvey Berhnard, Mace Neufeld et Charles Orme sont bien conscients de ce nouveau phénomène et décident de confier la réalisation de La Malédiction à Richard Donner en 1976. Le film doit suivre la dialectique et la rhétorique pérorées par le chef d'oeuvre horrifique de William Friedkin.
Studieux, Richard Donner s'attelle à la tâche. Mission réussie pour le cinéaste. Non seulement La Malédiction s'octroie les ferveurs du public dans les salles obscures, mais le film est également encensé par les critiques et la presse cinéma. 
De facto, plusieurs suites (Damien : La Malédiction 2, La Malédiction Finale et La Malédiction 4 : L'Eveil) seront tournées dans la foulée. 

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Un remake, 666 : La Malédiction, sera même réalisé en 2006 par les soins de John Moore. A l'instar de L'Exorciste (déjà précité), de Shining (Stanley Kubrick, 1980), d'Amityville, la Malédiction (Stuart Rosenberg, 1979) et de Poltergeist (Tobe Hooper, 1982), La Malédiction va lui aussi s'arroger le titre de film culte et de classique du cinéma horrifique au fil des années. Reste à savoir si le long-métrage mérite un tel panégyrisme. Réponse dans les lignes à venir...
La distribution de ce premier chapitre réunit Gregory Peck, Lee Remick, David Warner, Billie Whitelaw, Patrick Troughton et Harvey Stephens. Pour la petite anecdote, de nombreux acteurs seront envisagés pour interpréter Robert Thorn, rôle finalement tenu par Gregory Peck, notamment Roy Scheider, Charlton Heston et William Holden.

Dans le cas de ce dernier, l'acteur acceptera finalement de jouer le rôle principal dans Damien : La Malédiction 2 (Don Taylor, 1978). Attention, SPOILERS ! Robert Thorn est ambassadeur des Etats-Unis à Londres. 
Plusieurs crimes étranges ont lieu dans son entourage. Keith Jennings, un photographe, et le père Brennan finissent par convaincre Thorn que son fils de cinq ans n'est pas le sien et n'est autre que l'Antéchrist. Premier constat, La Malédiction débute et se conclut sur un extrait de L’Apocalypse selon Saint-Jean. De facto, le film revêt à la fois des dimensions bibliques, théologiques, spirituelles et eschatologiques. Notre monde moderne est donc menacé de péricliter sous le joug de l'Antéchrist, ici symbolisé par un jeune gosse de cinq ans, Damien. 
D'ailleurs, son prénom est intrinsèquement relié au chiffre du Diable : 666. Toujours la même antienne. 

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En outre, La Malédiction repose sur un script basique et conventionnel. Il est donc question de meurtres sadiques et énigmatiques. Tout commence par une jeune forcenée qui se pend lors d'une réception donnée pour l'anniversaire de Damien. Puis, c'est une nourrice mystérieuse qui vient subrepticement prodiguer des soins au jeune bambin, le tout sous la complicité béate de Robert Thorn et de sa femme, Katherine (Lee Remick). Ici, point d'humour ni de gaudriole.
Richard Donner convie le spectateur au sein d'une enquête policière et fantastique qui conduit Robert Thorn à soupçonner sa propre progéniture. Un simulacre. L'ambassadeur n'est pas le géniteur de Damien. Pis, le jeune mouflet serait carrément le "produit" - si j'ose dire - de la Bête. Gare à ne pas contrarier les plans machiavéliques de l'Antéchrist sous peine d'être décapité ou attaqué par des canidés aux dents acérés !

Certes, on pourra déceler, ici et là, quelques baisses de rythme, parfois préjudiciables à la qualité du film. Néanmoins, l'intrigue est rondement menée et Richard Donner parvient à transcender son sujet. En l'occurrence, le long-métrage repose essentiellement sur des séries de crimes énigmatiques. Une logique qui sera réitérée dans les chapitres suivants, par ailleurs inférieurs à leur auguste modèle. Seul petit bémol, La Malédiction ne reproduit pas le choc asséné par d'autres classiques de l'épouvante, déja précités. Dans le même genre, on lui préférera évidemment le film de William Friedkin, ou encore Rosemary's Baby (Roman Polansky, 1968), dans lequel il était déjà question de l'avènement de l'Antéchrist. Mais ne soyons pas trop sévères, malgré ses quarante années au compteur, La Malédiction a plutôt bien traversé le poids des années.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

23 juillet 2017

Mysterious Skin (Enfance anéantie)

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Genre : Drame (interdit aux - 16 ans)

Année : 2004

Durée : 1h40

 

Synopsis :

A huit ans, Brian Lackey se réveille dans la cave de sa maison, le nez en sang, sans aucune idée de ce qui a pu lui arriver. Sa vie change complètement après cet incident : peur du noir, cauchemars, évanouissements...
Dix ans plus tard, il est certain d'avoir été enlevé par des extraterrestres et pense que seul Neil Mc Cormick pourrait avoir la clé de l'énigme. Ce dernier est un outsider à la beauté du diable, une petite frappe dont tout le monde tombe amoureux mais qui ne s'attache à personne. Il regrette encore la relation qu'il avait établie avec son coach de baseball quand il avait huit ans. Brian tente de retrouver Neil pour dénouer le mystère qui les empêche de vivre.

 

La critique :

Il y a des oeuvres ainsi, et tout le monde sera d'accord, dont on n'en attend pas beaucoup, que l'on va regarder parce qu'on a tout simplement rien d'autre à regarder et qui parviennent à vous abasourdir complètement. Aujourd'hui, l'heure est venue de vous parler du film qui m'aura le plus retourné comme une crêpe alors que je n'en attendais rien, en la personne de Mysterious Skin, sorti en 2004 et réalisé par Gregg Araki. Un réalisateur qui reste assez méconnu et ce, même des cinéphiles. Auteur de titres cultes pour ceux qui s'y sont essayés, tels The Doom Generation ou encore Nowhere, celui-ci revient à la charge avec un titre beaucoup plus sombre que ce qu'il a fait auparavant.
De fait, Mysterious Skin s'attaque à un thème très compliqué, très tabou et surtout très déstabilisant, à savoir la pédophilie. Une déviance qu'il est inutile de décrire et qui est à l'origine de nombreux désordres psychologiques chez l'enfant. 

Oeuvre assez méconnue comme son réalisateur, celle-ci est inspirée du livre homonyme de Scott Heim. Outre 3 récompenses remportée dans des festivals peu connus, le film créera la polémique en Australie où l'Australian Family Association réclama l'interdiction du film. En effet, certains craignaient que ces scènes ne servent de "manuel d'instruction" pour violeurs. A côté, durant le tournage, les enfants avaient un script différent et tournaient les scènes de viols sans les personnages adultes. Celles-ci étaient ensuite montées pour donner l'illusion qu'elles avaient été tournées en même temps. Vous l'avez compris, on tient là une oeuvre dérangeante et prêtant à débat. Maintenant, passons à la critique. 

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ATTENTION SPOILER : À Hutchinson, au Kansas, Neil vit avec sa mère célibataire au gré de la succession des petits amis de celle-ci. Au cours de l'été de ses 8 ans, Neil McCormick est sexuellement abusé par Heider, l'entraîneur de son équipe junior de baseball. Au cours de son adolescence, Neil se prostitue avec des hommes plus âgés, ce qui inquiète sa meilleure amie Wendy, ainsi qu'Eric, qui est amoureux de lui. Dans la même ville, le même été, Brian Lackey a oublié cinq heures de sa vie. Sa sœur l'a retrouvé dans la cave, le nez en sang. Lors de la fête d'Halloween suivante, cinq autres heures disparaissent de la mémoire de Brian. Celui-ci est régulièrement victime de saignements de nez et d'évanouissements soudains. Brian finit par croire qu'il a été enlevé par des extraterrestres. Plus tard, alors que Neil part vivre à New-York avec Wendy, Brian tente de se remémorer la soirée oubliée.

Si on devait faire l'inventaire des plus grands drames du XXIème siècle, il ne ferait aucun doute que Mysterious Skin se retrouverait dedans. Comme dit avant, Araki s'attaque à un thème très délicat à mettre en scène et susceptible de vite dégénérer en oeuvre scandaleuse par une tonalité racoleuse et voyeuriste. Fort heureusement, rien de ce type ne se produira et cela est dû au fait que l'acte pédophile physique n'est qu'une toile de fond au récit. Le réalisateur, à travers cette histoire, analyse de manière rigoureuse les abus sexuels et ses conséquences sur les enfants qui en sont victimes.
Il brosse le portrait de 2 victimes à la personnalité diamétralement opposée. Neil McCormick, dès l'âge de 8 ans, vouait une fascination aveugle pour son entraîneur et s'est laissé guidé de manière consciente et réjouissante dans des rapports sexuels immoraux. De l'autre côté, Brian Lackey a été abusé contre son gré sans pouvoir se défendre, ce qui fera naître un traumatisme tel qu'il en aura oublié tout ce qui s'est passé. Araki parvient donc à mettre en scène 2 personnalités bien distinctes qui ne se confondent pas. A travers cela, le cinéaste souligne que chaque enfant peut réagir de manière différente face à ces pratiques extrêmes.

Dans tous les cas, l'enfant ne pourra en sortir indemne et dès lors, sa psychologie sera altérée à jamais et impactera sévèrement sur toute son adolescence. Tandis que l'un ne saura ni aimer ni s'attacher, l'autre se renfermera et partira dans un délire paranoïaque. Cependant, Araki évite de justesse de ne mettre en cause que les abus sexuels car il y a une autre "pathologie", si je peux dire, qui peut tout autant altérer le devenir de l'enfant. Ceci n'est rien de plus que l'éducation et l'environnement familial qui y est lié. Alors que Neil aura comme mère, une débauchée nymphomane multipliant les rapports sexuels avec des hommes différents, Brian ne saura retrouver en son père un pilier pour le soutenir. Dans les deux cas, les pères sont absents et cela renforce le propos qu'un environnement familial austère ne peut que fragiliser déjà l'enfant et quand, en plus, l'acte pédophile s'y immisce...

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A travers le destin de ces deux adolescents, Araki met en scène une histoire passionnante par les rapports complètements différents que ces enfants entretiennent, tant par leur personnalité que face à leur entourage. Cependant, ce qui fait la grande force du film, est que le cinéaste traite de manière frontale la pédophilie et n'hésite pas à filmer ces moments, toujours avec beaucoup de retenue dans la mise en scène. Ainsi, le résultat fait naître une ambiance anxiogène, dérangeante et très sérieusement éprouvante qui en déstabilisera plus d'un par son caractère réellement choquant.
La première partie racontée un peu à la manière d'un roman pour rappeler le temps passé est de loin la plus malsaine quand l'entraîneur commence à passer du temps avec Neil pour finir par le faire rentrer chez lui et aboutir à l'irréparable. Pourtant, jamais on ne retrouvera de violence physique, l'entraîneur se montrera expert dans l'art de la manipulation et de la persuasion en disant que c'est normal d'embrasser ainsi que ce que je vous laisse imaginer d'autre. 

Loin du cliché que l'on a du pédophile, on a là un homme intègre, sociable et souriant dissimulant sa déviance derrière un masque de sympathie. Inévitablement, le traitement dérange et met mal à l'aise le spectateur et ça c'est signe de grande qualité. A aucun moment, on ne sombrera dans le racoleur, le voyeurisme, la gratuité ou la facilité. L'illusion est parfaite et les scènes d'abus donnent l'illusion que le tournage s'est fait entre l'enfant et l'adulte. Le traitement est brillant et n'est pas sans rappeler Funny Games dans sa manière de suggérer l'instant choc très précis, une suggestion qui restera, cependant, plus effacée que dans le cas de l'oeuvre d'Haneke.
Ce constat se fera aussi plus tard dans le récit lorsque Neil se livrera à de la prostitution juvénile consentie avec différents hommes, souvent âgés, comme pour retrouver l'affection que son entraîneur lui procurait. Une sorte de syndrome de Stockholm s'est développé avec le temps lorsqu'il prendra conscience de ce qu'il a vécu mais ne pourra se détacher de ces rapports sexuels immoraux. Là aussi le traitement sera tout autant réaliste, même lors de la séquence de tabassage dans la douche par un pédophile hargneux et cocaïnomane. 

A ce niveau, la prestation des acteurs est franchement exemplaire. La palme sera surtout décernée à Joseph Gordon-Levitt qui trouvera, sans trop de surprises, son plus grand rôle. Doté d'une personnalité touchante, complexe et au charisme certain, celui-ci crève littéralement l'écran sans jamais trop en faire. Au contraire, sa personnalité renfermée et même effacée font mouche. Les autres acteurs ne seront pas en reste avec Brady Corbet dans le rôle de Brian Lackey qui est beaucoup plus sensible et fragile, là où Neil aura un coeur de pierre et presque une absence totale d'empathie.
On parlera aussi de Bill Sage parfait dans la peau de cet entraîneur au visage souriant mais au fond répugnant. Le reste du casting se composera de Michelle Trachtenberg, Jeffrey Licon, Mary Lynn Rajskub ou encore Elisabeth Shue. Aucun faux pas n'est à noter et tous délivrent une prestation très convaincante, tant les personnages principaux que les personnages secondaires. Un détail très important et qui augmente davantage l'intérêt du film.

Mysterious_Skin

Au niveau de l'esthétique du film, Araki possède son propre style personnel et parvient à mêler une image colorée, clinquante avec un fond très noir et tragique. Une esthétique plus complexe qu'elle n'en a l'air car cette esthétique colorée se rapporte directement à l'enfance avec tous ces jouets, ces bonbons et ces couleurs flashy. La couleur ayant quelque chose de rassurant et d'apaisant sur l'enfant est ici choisie de manière judicieuse et ne prostitue pas le réalisateur en vulgaire plagieur car il conserve son propre style. A côté, la caméra est gérée de manière correcte, posée au cours des 1h40 de projection se déroulant sans temps mort tant le sujet nous tient par la gorge.
La bande sonore est toujours insérée au bon moment et est dans la tonalité du récit, tantôt plus enfantine, tantôt plus désespérée. 

En conclusion, Mysterious Skin s'immisce au rang d'un vrai chef d'oeuvre du septième art. Dénonçant les ravages sur la psychologie infantile des abus sexuels mais aussi l'environnement familial compliqué, Araki met en scène des gosses livrés à eux-mêmes dans une société parmi laquelle ils ne parviennent pas à s'intégrer comme il faut. Par le biais d'une ambiance glauque et malsaine en opposition avec cette image clinquante, le réalisateur choque et dérange par ce tabou très peu osé dans le monde cinématographique. Un tabou traité à la perfection et renforçant la notion même de drame dans laquelle Mysterious Skin s'imbrique parfaitement. Le final se révèle être déchirant et susceptible de rendre les yeux humides, mêmes aux plus résistants. Un véritable film choc qui se vit pleinement et qui risque de traîner longtemps en tête après le visionnage. Un drame injustement méconnu, mais culte chez ceux qui s'y sont essayés, qui mériterait à beaucoup plus de réputation et qui n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans compte tenu du climat austère et de la très forte violence psychologique.
Une oeuvre qui, personnellement, est située très haut dans mon classement de mes films préférés. A réserver cependant à un public averti. 

 

Note : 18,5/20

 

orange-mecanique Taratata

Johnny S'En Va-T-En Guerre - Johnny Got His Gun ("S.O.S., Au secours, Tuez-moi...")

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Genre : drame, guerre (interdit aux - 12 ans)
Année : 1971

Durée : 1h50

Synopsis : Durant la Première Guerre mondiale, un jeune soldat est blessé par une mine : il a perdu ses bras, ses jambes et toute une partie de son visage. Il ne peut ni parler, ni entendre, ni sentir mais reste conscient. Dans la chambre d'un hopîtal, il tente de communiquer et se souvient de son histoire. 

La critique :

Le nom de Dalton Trumbo ne vous évoque peut-être pas grand-chose et pourtant... Le cacographe, cinéaste, scénariste et producteur américain griffonnera de son nom et de son empreinte la fameuse liste noire et sera accusé de mettre en exergue ses influences communistes dans l'industrie cinématographique. Ainsi, l'auteur appartient au groupe fermé des "Dix d'Hollywood", un petit groupe de dissidents qui refusent de témoigner lors d'une enquête en 1947 concernant, justement, ces mêmes influences communistes. En tant que scénariste, Dalton Trumbo participe et collabore à plusieurs films notables et notoires, entre autres, Un nommé Joe (Victor Fleming, 1943), Les frères Rico (Phil Karlson, 1957), Exodus (Otto Preminger, 1960), Spartacus (Stanley Kubrick, 1960), L'Homme de Kiev (John Frankenheimer, 1968), ou encore Papillon (Franklin J. Schaffner, 1973).

C'est entre les années 1960 et les prémisses des années 1970 que Dalton Trumbo connaît la gloire et la consécration. En 1939, il écrit le roman Johnny Got His Gun et décide de transposer son opuscule à l'écran en 1971. Pour mémoire, le livre originel sort 21 ans après la Première Guerre Mondiale et dans un nouveau contexte de tension internationale, soit à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. En outre, l'opuscule est considéré comme un livre mythique et un chef d'oeuvre antimilitariste qui va asseoir sa notoriété durant la Guerre du Vietnam. De nombreux opposants, farouchement opposés à cette guerre, qu'ils jugent ubuesque et inutile, brandissent le livre de Trumbo lors de nombreux meetings politiques.
En l'occurrence, le roman s'inscrit durablement dans la culture hippie et hédoniste qui va naître durant les années 1970.

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Le scénario de Johnny S'en va-t-en guerre - soit le titre du film en français - est écrit évidemment par Dalton Trumbo lui-même mais aussi avec la collaboration de Luis Bunuel. Le long-métrage est même présenté en compétition au festival de Cannes en 1971 durant lequel il rencontre un véritable plébiscite en s'octroyant le Grand Prix Spécial du Jury, ainsi que le Prix FIPRESCI (ou le prix de la critique internationale). A juste titre, Johnny Got His Gun est aujourd'hui considéré comme un grand classique du noble Septième Art. Reste à savoir si le film mérite un tel panégyrisme.
Réponse dans les lignes à venir... La distribution du long-métrage réunit Timothy Bottoms, Kathy Fields, Marsha Hunt, Jason Robards, Donald Sutherland, Diane Varsi et Eduard Franz. A noter l'apparition furtive mais néanmoins remarquée de David Soul dans le rôle d'un soldat qui participe à une partie de cartes.

Attention, SPOILERS ! (1) Joe Bonham est un jeune Américain plein d'enthousiasme qui décide de s'engager pour aller combattre sur le front pendant la Première Guerre Mondiale. Au cours d'une mission de reconnaissance, il est gravement blessé par un obus et perd la parole, la vue, l'ouïe et l'odorat. On lui ampute ensuite les quatre membres alors qu'on croit qu'il n'est plus conscient. Allongé sur son lit d'hôpital, il se remémore son passé et essaie de deviner le monde qui l'entoure à l'aide de la seule possibilité qui lui reste : la sensibilité de sa peau.
Une infirmière particulièrement dévouée l'aide à retrouver un lien avec le monde extérieur. Lorsque le personnel médical comprend que son âme et son être sont intacts sous ce corps en apparence décédé, ils doivent prendre une décision médicale selon les valeurs et les croyances de l'époque (1).

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Si le scénario du film est écrit par Dalton Trumbo, l'auteur de l'opuscule originel décide néanmoins de s'éloigner de la structure narrative de son récit. Certes, le long-métrage reprend, quasiment, mot pour mot et ligne pour ligne, les principales thématiques de son livre. Cependant, le discours anônné par le film se veut moins martial et antimilitariste, se centrant davantage sur le supplice vécu par son héros principal, un certain Joe Bonham.
Après un générique qui entonne une musique syntonique et guerrière, l'introduction se focalise justement sur un Joe Bonham prenant la poudre d'escampette dans les tranchées. Puis c'est le son d'un tir à canon qui se fait entendre dans le ciel, jusque l'inexorable... Dès lors, le récit adopte un ton clinique, chirurgical et pour le moins radical.

Le diagnostic des médecins et des scientifiques est lui aussi inique, tristement limpide et brut de décoffrage. Cet homme recueilli dans les tranchées n'est pas vraiment, en tout cas physiologiquement, un cadavre. Oui, Joe Bonham a survécu mais son identité reste impossible à déceler en raison de l'état de décomposition et de démembrement avancé de son corps. L'infortuné n'a pas "seulement" - si j'ose dire - perdu ses deux bras et ses deux jambes.
Il a aussi perdu ses oreilles, son nez, sa bouche et sa langue. Il respire et est donc alimenté par plusieurs sondes et perfusions savamment disposées. 
Il n'est plus qu'un corps disloqué, un tronc cérébral doté encore d'un cerveau pour penser et "panser" les réminiscences de son passé. A travers le parcours escarpé de cet homme alangui et privé de l'usage de tous ses sens, Dalton Trumbo choisit de ne pas trop s'aventurer sur le terrain des champs de bataille. 

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Dès lors, la diatribe à la fois antimilitariste, anticapitaliste et farouchement engagée contre la corruption des gouvernements et des politiques, apparaît comme une simple formalité, comme une évidence. Contrairement à l'opuscule originel, Dalton Trumbo ne s'engage pas dans une bataille frénétique et idéologique contre les puissants et donc contre cette oligarchie qui envoie ses enfants - nos enfants - sur les champs de la mort, cette armée du capitalisme qui doit servir les vils desseins de la nation au nom du drapeau et de la liberté. De facto, Dalton Trumbo choisit de se focaliser presque exclusivement sur l'état de déréliction de son protagoniste principal.
Pour le réalisateur, c'est l'occasion ou jamais d'introspecter sur les questions de la vie, de la mort et plus largement sur la question du droit de donner cliniquement la mort. 

Plus qu'une tragédie ou qu'un film de guerre, Johnny Got His Gun s'ingénie à réflexionner sur la fin de vie, les soins palliatifs et l'acharnement thérapeutique. De surcroît, d'autres interrogations semblent tarabuster le cinéaste, notamment ce maintien forcé et presque forcené de contenir le malade dans sa décrépitude. A peine arrivé à l'hôpital, le cas pathologique et invraisemblable de Joe Bonham se résume à un simple décérébré. Le cerveau a subi des dommages irréparables et irréfragables. Joe Bonham n'est donc plus qu'un vulgaire cacochyme qu'il convient de claustrer à l'abri des regards.
Le jeune homme décrépit s'apparente désormais à une sorte de légume qui échappe à toute rationalité scientifique. 
En raison justement de la science et de la technicité, son corps doit à tout prix survivre pour percer les mystères de l'insondable. 

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Il y a, dans ce paradigme scientifique et médical, ce complexe d'Icare, un peu à la manière du mythe du Docteur Frankenstein. Mais Joe Bonham n'en a cure. Au fur et à mesure des jours, des semaines, des mois et des années qui passent, l'infortuné est inlassablement condamné à hyspotasier sur son propre sort. Ainsi, peu à peu, l'ancien soldat prend conscience de sa propre néantisation pour servir les vils desseins d'une science aseptisée et totalement déshumanisée. 
Le film établit un curieux antagonisme entre les pensées oniriques de Joe, qui dérivent vers une critique acerbe de la guerre, et son passé émaillé par les souvenirs de son patriarche et de sa petite amie avec qui il comptait se marier. Dalton Trumbo renforce cette dissonance via un récit volontairement tarabiscoté et de nombreuses fantasmagories cauchemardesques, ainsi que par l'alternance entre la couleur (le rêve) et le noir et blanc (la réalité). Ainsi, Joe Bonham se rêve en phénomène de foire.
Il souhaite que son corps soit exposé à la lumière du jour, que son cadavre en vie - le bel oxymore - soit visible aux yeux de la populace. Mais de telles affabulations sont évidemment chimériques. L'ancien soldat pense de plus en plus à sa propre mort. En résulte un film frontal, choc et d'une rare violence psychologique, à l'image de la conclusion finale, comme si l'agonie de Joe était intimement liée au martyr christique.

Note : 18/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Johnny_s%27en_va-t-en_guerre

22 juillet 2017

Seul Contre Tous - 1998 ("On naît seul, on vit seul, on meurt seul")

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Genre : Drame (interdit aux - 16 ans)

Année : 1998

Durée : 1h33

 

Synopsis :

1980. Sorti de prison, et après avoir abandonné sa fille pour laquelle il a des sentiments troublés, un ex-boucher chevalin décide de « remettre les compteurs à zéro » et de redémarrer sa vie. Seul, dans une société hostile, avec la vengeance au cœur.

 

La critique :

Après deux semaines de vacances pour le moins tumultueuses en événements et rudes pour mon foie, l'heure est venue de me remettre à ma passion du cinéma et donc de la chronique, le tout sous le "soleil" de la Belgique. Pour se faire, autant redémarrer en force avec une oeuvre phare et adulée des habitués de Cinéma Choc en la personne de Seul Contre Tous, réalisé par l'un des cinéastes français les plus polémiques de l'histoire en la personne de Gaspar Noé. Le réalisateur signe ici son premier long-métrage qui est la suite de son premier moyen-métrage remarqué, à savoir Carne sorti en 1991. Sept ans ont passé entre celui-ci et Carne. Non, il ne s'agit pas du fait que Noé ait fait déjà une pause dans son début de carrière mais il est bien question ici de difficultés de financement.
Ceci n'est guère étonnant dans un pays hostile aux oeuvres polémiques et à contre-courant de la bienséance ancrée comme une tumeur dans le paysage cinématographique.

Ainsi, comme dit avant, Gaspar Noé eut énormément de difficultés à réunir les fonds nécessaires à la réalisation de Seul Contre Tous, refusé par toutes les chaînes de télévision. Cela a résulté dans le fait qu'il dut lui-même financer ce film, ce qui explique donc cet intervalle aussi long. Noé, déjà dans ses débuts, défrayait la chronique et suscitait la polémique en même temps que la controverse quant au fait de son talent de cinéaste. De plus, une autre polémique apparaîtra au niveau de l'affiche du film avec la main de l'acteur serrant très fort la première lettre du mot "France" comme pour la détruire. Bref, on a ici un film parfait pour être chroniqué sur le blog.
Peut-on dire que Noé, au delà de ses détracteurs, a un réel talent ? Réponse dans la chronique.

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ATTENTION SPOILERS : Seul Contre Tous met en scène la dérive d'un ex-boucher chevalin, d'abord à Lille, puis à Paris où il s'installe à l'hôtel de l'Avenir et tente de refaire sa vie. Peu à peu, il se replie sur lui-même. Sans un sou et avec pour seul compagnon un révolver chargé de trois balles, il ne voit plus clairement quel est le moteur de sa vie. Son ventre lui crie de se nourrir. Son cerveau lui ordonne de se venger. Quant à son coeur... Au bout du tunnel, l'imprévu surgit toujours.

Vous l'avez compris, on tient là une oeuvre loin des comédies françaises. Ici, oubliez tout moment de rigolade, de joie ou d'espoir. Le réalisateur brosse le portrait d'un homme ravagé par la solitude dans une société qui ne le comprend pas et qui ne lui donne aucun répit. Très clairement, Noé n'y va pas avec le dos de la cuillère et malmène fortement le spectateur pris dans l'engrenage d'une vie triste, morne, sans espoir où l'individu est isolé, marginalisé et répudié par ses pairs, à un point tel que l'on en est étonné que le suicide ne soit pas arrivé plus tôt dans la vie de cet ex-boucher chevalin, condamné à une peine de prison après avoir défiguré le visage d'une personne innocente qu'il pensait avoir touché à sa fille. Qu'on se le dise, le résultat est passionnant mais surtout impressionnant dans la noirceur de cette vie maudite dès la naissance. Cela a eu fatalament des répercussions inévitables sur le mental de cet homme qui s'est petit à petit engouffré dans des pensées extrêmement sombres.
Maudissant en permanence l'humanité, celui-ci a sombré dans le racisme et l'homophobie mais plus encore dans une antipathie record. 

Cela est retransmis par le biais d'une voix off narrant les pensées du personnage. Une idée brillante complexifiant sa psychologie d'anti-héros. Cela permet au réalisateur de répudier fortement une société hypocrite et tout ce qu'il y a de plus anti-humaniste. Une société qui isole et met sur le banc de touche des individus qui n'ont pas eu de chance dans la vie. Une société malsaine où les rapports sociaux se limitent à la finalité de l'enrichissement personnel et de la récompense. Le personnage le dit clairement que quand un individu sombre et perd tout, le monde l'abandonne ainsi que tout ceux qui le côtoyait, que ce soit les connaissances ou les amis.
Et justement, Noé va encore plus loin en pourrissant la notion même d'amitié résidant dans le fait que les personnes chanceuses dès la naissance, intégrées socialement et professionnellement auront bien plus de chance d'avoir des amis sur qui compter alors qu'un marginal n'aura rien comme compagnon. Un propos pour le moins polémique et qui prête inévitablement à débat quand on sait que le personnage est antipathique et méprisant de base et on sait qu'une personne antipathique a bien du mal à se faire accepter et respecter des autres.

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De fait, dans sa recherche d'un nouveau boulot, il ne trouvera rien auprès de ceux qu'il connaissait et en qui il résidait un maigre espoir. Même la notion de rapport sentimental, de mariage et d'union entre 2 individus de sexe opposé est tout simplement déchiqueter car, comme le dit l'ex-boucher, une femme ne servirait qu'à "se vider les couilles et que même en baisant, on reste seul". Cela étant dû au fait que celui-ci a accepté, par dépit et du fait d'une situation financière stable de sa maîtresse, à se mettre en couple avec et d'avoir un enfant qu'il ne désire pas. Cette situation ne pourra que faire naître une misère sexuelle alors qu'à côté, ce boucher verra en lui apparaître d'étranges sentiments envers sa fille.
A travers cela, le réalisateur semble montrer que la misère sexuelle peut déboucher sur une folie interne débouchant, à son tour, lentement vers des déviances interdites. Vous l'avez deviné, on tient assurément là l'une des oeuvres les plus noires de tout le cinéma français, une oeuvre qu'il vaut mieux, et je suis sérieux, ne pas regarder quand on est dans une période de grande dépression. On a là une oeuvre qui mine le moral et nous fait regarder autrement la société dans laquelle on vit, bien que l'on ne pourra s'empêcher d'être par moment en désaccord avec le personnage, surtout dans les rapports amicaux. Enfin, c'est ce qui me concerne personnellement. 

La société est un thème récurrent dans la critique de nombreuses oeuvres mais rares sont les films à avoir été aussi jusqu'au boutiste dans leur critique. Noé ne critique pas vainement le pays et la société mais ne fait que mettre en lumière la vision d'un marginal ayant sombré dans un repli sur soi à force d'être abandonné de tous. Un repli sur soi qui mènera forcément à la haine de l'autre et surtout de l'étranger et parfois des homosexuels. Je ne vais pas m'éterniser mais comprenez que toute l'idéologie sous-jacente du récit est d'une profondeur assez hallucinante au point qu'une simple chronique ne serait pas suffisante pour mettre suffisamment en lumière les dérives de l'abandon social. 
Maintenant, il convient de parler du déroulement de l'oeuvre en elle-même. Sachez que le résultat est tout aussi bon et tiendra lui aussi le spectateur par la gorge à travers ces 93 minutes de froid et de noirceur. Le résultat de cette obscure tranche de vie aurait pu vite être bateau mais le résultat est là et le scénario suscite un réel intérêt car le déroulement est clair et précis et ne tourne jamais à vide, bien que quelques plans longs pourront agacer mais ce serait vraiment faire la fine bouche que de sévèrement condamner cela. La mise en scène met en lumière ce que j'ai dit auparavant et se focalisera dans 90% des cas sur ce boucher errant seul dans ces villes oppressantes, ce qui renforce l'abandon dont j'ai parlé plus haut. Bien que posée, la mise en scène reste d'une intensité remarquable et fait naître une très forte violence psychologique assommant le spectateur durant plusieurs séquences relativement choquantes, à l'image du tabassage de ventre de la maîtresse enceinte ou de la séquence finale. 

Seul_contre_tous

Concernant l'esthétique, celle-ci met en image exclusivement des environnements urbains rendus laids, austères et oppressants comme pour écraser ceux qui les fréquentent. L'image se pare d'une prédominance de couleurs jaunes sombres et brunes qui confèrent une remarquable identité visuelle magnifiée par une caméra filmant toujours bien l'action. Noé tente des choses aussi en insérant de courtes déclarations sur fond noir entre 2 scènes, des accélérations très rapides débouchant sur un gros plan du visage des personnages, sans oublier le compte à rebours annonçant que nous avons 30 secondes pour couper la projection du film avant le final. Ce style novateur est réussi et s'intègre bien au récit. Il conviendra aussi de souligner la prestation exceptionnelle de Philippe Nahon, parfait dans la peau de cet ex-boucher résigné et haineux, ne pouvant compter que sur lui-même.
Il parvient toujours à être juste dans son jeu d'acteur tout en conservant un visage très froid. On a là un acteur qui vit pleinement son personnage et qui mériterait à être plus mis en lumière que les incapables actuels. Les autres acteurs parviennent aussi à tirer leur épingle du jeu, bien qu'ils soient logiquement éclipsés par Nahon. Au niveau de la bande sonore, celle-ci est quasiment absente, si ce n'est au générique de début ou de fin et étant tout aussi sombre que le récit. 

En conclusion, difficile de dire que l'on a aimé Seul Contre Tous tant le film est glauque, d'une noirceur rare et d'une froideur glaciale dans son propos fortement austère. Indubitablement, le film ne plaira pas à tout le monde et risque de provoquer chez certains un sacré coup au moral. Pourtant, difficile de cacher les grandes qualités de ce long-métrage remplissant plus que bien son rôle par sa critique féroce d'une civilisation oppressant les individus et davantage les marginaux. Mettant en scène un ex-boucher répudié par ses pairs et abandonné par la société entière, y compris sa femme et ceux qu'il considérait comme des amis, la contestation est frappante, d'autant plus qu'on a une prestation de l'acteur principal proche de la perfection. Noé nous livre donc un film choc, à la violence psychologique très impressionnante et qui n'aura pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans.
Un film choc, bestial, très dur et violent mais au fond magnifique et émouvant montrant tout simplement un homme sensible et qui en a marre. On pourra par contre admettre des réserves quant à certaines tirades lâchées, preuve que l'on a là une oeuvre suscitant directement le débat. Voilà un premier essai de qualité qui hissera déjà Noé au rang des réalisateurs polémiques dont seuls les coincés persisteront à dire que celui-ci n'a aucun talent.

 

Note : 16/20

 

orange-mecanique Taratata

Dead Zone (La Zone Neutre)

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Genre : fantastique (interdit aux - 12 ans)
Année : 1983

Durée : 1h45

Synopsis : Johnny Smith, jeune professeur dans une petite ville de province, est victime d'un accident de la route, peu de temps après avoir raccompagné sa fiancée, Sarah. Il ne revient à lui qu'au bout de cinq années de coma. Sarah est à présent mariée. Il s'aperçoit que passé, présent et futur se confondent dans son esprit. C'est ainsi qu'il réussit à sauver d'un incendie l'enfant de son infirmière et qu'il révèle à son médecin que sa mère, qu'il croyait morte en déportation, est en fait toujours vivante.

La critique :

On oublie souvent de le dire et de le préciser. Mais, les tous premiers films de David Cronenberg, Stereo (1969) et Crimes of the Future (1970) en particulier, ont été financés par des sociétés de production pornographiques. Déjà, à l'orée de sa carrière, le jeune cinéaste montre un sérieux engouement pour les thèmes de la sexualité et de la transformation coporelle. Parallèlement, David Cronenberg se focalise aussi sur la médecine, la psychanalyse et les mutations imposées par le capitalisme hédoniste qui va connaître son apogée à partir des années 1970.
Mais, la plupart de ses films ne s'adressent pas vraiment au grand public, comme l'attestent les sorties de Rage (1977), Frissons (1975) et Scanners (1981), des pellicules à la fois gore et érubescentes. 

Toutefois, avec Vidéodrome en 1983, le style atypique de Cronenberg est enfin remarqué par l'industrie hollywoodienne. Désormais, le réalisateur doit signer un film "tout public". C'est dans cette logique et cette didactique que Paramount Pictures le charge de signer Dead Zone - ou The Dead Zone - la même année, un long-métrage fantastique adapté d'un roman éponyme de Stephen King. Cette fois-ci, pas question d'obliquer vers le film expérimental et/ou à consonance médicale ou neurobiologique, dans la lignée et le continuum de Scanners.
Dead Zone se doit de narrer une histoire simple, basique et laconique qui parle à n'importe quel quidam. Une requête entendue par David Cronenberg. 
En outre, Dead Zone s'octroiera les ferveurs du public et du box-office. 

DeadZone

Après La Mouche (1986), Dead Zone est probablement le métrage le plus populaire de Cronenberg. La distribution du film réunit Christopher Walken, Brooke Adams, Herbet Lom, Tom Skerritt, Anthony Zerbe, Colleen Dewhurst, Martin Sheen et Dean Sullivan. Attention, SPOILERS ! (1) À Castle Rock, dans l’État du Maine. Johnny Smith, professeur de collège ordinaire de la Nouvelle-Angleterre, accompagne son amie Sarah Bracknell à une fête foraine.
Le même soir, après avoir raccompagné son amie, il est victime d'un accident de la route et sombre dans le coma pendant cinq ans. À son réveil, son amie s'est mariée, et il découvre qu'il est doté du don de voir l'avenir ou le passé d'une personne en la touchant. 
Fortuitement, son « don » lui sert à aider la police à élucider un crime resté sans réponse, ce qui lui confère une certaine célébrité dans sa région.

Ce même don lui permet d'anticiper un accident tragique qui aurait dû arriver au jeune garçon qu'il instruit en tant que professeur particulier. Par hasard, il rencontre l'un des candidats à l'investiture à la Maison-Blanche américaine, Greg Stillson : en le touchant, il a une vision apocalyptique de l'avenir, où ce dernier, devenu président, déclenche la Troisième Guerre Mondiale en lançant une attaque de missiles atomiques. John Smith est alors face à un dilemme : que peut-il faire pour empêcher cela ? Doit-il aller jusqu'à tuer cet homme, un criminel de guerre et un fou apocalyptique en puissance ? (1) Pour la première fois de sa carrière, David Cronenberg n'est pas scénariste de son propre film et est donc chargé d'adapter sur grand écran l'opuscule d'un éminent cacographe.
Ce qui explique sans doute pourquoi le cinéaste se montre aussi timoré derrière la caméra.

deadzone3

Ici, peu ou prou de séquences spectaculaires et sanguinolentes, de cervelles qui giclent ad nauseam, ni d'individu qui se transmute en créature dolichocéphale et monstrueuse. David Cronenberg se contente donc de suivre assidûment les lignes du roman originel. Pourtant, le cinéaste signe une oeuvre assez troublante qui hésite entre la tragédie et le fantastique. Cronenberg peut notamment s'appuyer sur l'extraordinaire composition de Christopher Walken.
Dans le rôle de cet homme victime d'un accident de voiture puis affublé de dons de médiumnité, l'acteur livre une prestation impériale qui fait souvent oublier la relative banalité de la mise en scène. Difficile de reconnaître le style affiné de Cronenberg... A cela, s'ajoutent certaines facilités scénaristiques, comme par exemple ce président américain destiné à appuyer sur le bouton nucléaire...

Et pourtant... Contre toute attente, la recette anônnée par David Cronenberg fonctionne parfaitement sur la durée. De surcroît, le réalisateur propose également une réflexion sur la mort via l'existence d'une zone neutre. In fine, Dead Zone a aussi une vraie consonance théologique et eschatologique. Non, Johnny Smith n'a pas été touché par la Grâce divine. L'homme estropié vit son don de clairvoyance comme une véritable malédiction. David Cronenberg s'appuie même sur une dialectique inversée puisque Johnny Smith fait presque office de martyr christique.
Après son accident de voiture, cet ancien professeur voit sa mère exhaler son dernier soupir, puis son ancienne énamourée lui échapper... Inexorablement. En l'état, difficile de ne pas être désarçonné par l'histoire de cet homme irrémédiablement fauché par sa propre destinée. David Cronenberg a donc parfaitement saisi la genèse de l'opuscule de Stephen King.

 

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

21 juillet 2017

Les Assassins de l'Ordre ("La police est la meilleure alliée de la Justice")

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Genre : Policier / Drame

Année : 1971

Durée : 1h47

L'histoire : Un juge de province se voit confier l'instruction d'une affaire délicate, à savoir la mort d'un homme au commisariat à l'issue de son interrogatoire par des policiers. Le juge l'ignore encore, mais cette affaire houleuse va bouleverser sa vie et ses convictions.

La critique :

Nombreux sont les films qui traitent d'un sujet difficile et ne rencontrent, à leur sortie, qu'incomprehension en raison d'un traitement peu orthodoxe. Ces oeuvres tombent parfois dans un oubli injuste, c'est le cas du film Les Assassins De l'Ordre. A l'origine, le long-métrage est tiré d'un roman de Jean Laborde, chroniqueur judiciaire durant 14 ans, entre 1964 et 1978. L'homme a notamment couvert des affaires comme celle de Marie Besnard ou Gaston Dominici, il connaît donc bien la justice et ses rouages. L'homme écrivit parfois sous le pseudonyme de Raf Vallet, il est également l'auteur de Adieu Poulet, adapté au cinéma, avec Lino Ventura et Patrick Dewaere.
Les Assassins De L'Ordre est signé Marcel Carné, qui réalise ici l'un de ses derniers longs-métrages.

Il y dirige notamment, Jacques Brel, Charles Denner, Michael Lonsdale, Serge Sauvion, Didier Haudepin, ainsi que Boby Lapointe et Jacques Legras dans de petits rôles. L'histoire commence par une interpellation, celle de Maurice Saugeat, à son domicile. L'homme a un lourd passé judiciaire et se trouve soupçonné d'un braquage à son lieu de travail, un garage. Il est alors emmené au commissariat où il clame son innocence. Mais les trois policiers, persuadés de sa culpabilité, ne veulent rien entendre. Quelques jours plus tard, alors qu'il s'apprête à prendre bientôt des vacances méritées, Bernard Level, juge d'instuction dans une petite ville de province, se voit confié l'instruction de la mort d'un homme décédé au poste de police, à l'issue de son interrogatoire par des policiers. 
Il s'agit bien sur de Maurice Saugeat. La plaignante est sa femme, persuadée que son époux a été tabassé à mort par les fonctionnaires.

Les assassins de l ordre (2)

Le juge commence donc ses investigations qui le mènent rapidement à la culpabilité des trois policiers. Mais progressivement, une autre réalité se dessine. Face à la jeunesse qui souhaite l'arrestation des fonctionnaires et des témoignages accablants, Bernard Level finit par inculper les policiers. Commence alors une période sombre pour le juge, où toutes sortes de pressions sont exercées contre lui. D'abord, son fils sur qui on retrouve "par hasard" de la drogue, puis sa compagne, arrêtée pour recels et menacée d'expulsion. Mais le juge tient bon malgré tout. Pour autant, cela suffira-t-il à maintenir la vérité ? Sorti quelques années après les événements de mai 1968, dans une France encore en plein chamboulement, Les Assassins De l'Ordre ose évoquer un sujet pour le moins tabou : La corruption judiciaire et policière.
Les responsables ne prennent pas de gants pour parler d'un thème aussi brûlant, et le film évoque frontalement comment des policiers et un avocat vont faire pression sur un juge d'instruction jusqu'a réussir à le déconsidérer en public, ne lui laissant plus guère d'alternative sur son avenir professionnel.

Pourtant, notre homme deviendra malgré tout le héros de la presse et de la jeunesse révoltée de l'époque. A ce titre, on peut citer l'un des dialogues du film, prononcé par le personnage du juge : "Faut-il qu'il y ait deux justices, l'une pour les policiers et l'autre pour les non policiers ?". Il faut dire que les données de l'affaire fournies à Bernard Level ne laissaient que peu de doute :"Ne pas oublier que la police est la meilleure alliée de la Justice". Dans le rôle du personnage central, Jacques Brel est tout bonnement formidable, jouant parfois avec retenue ou en éclatant sa colère, comme dans cette scène où, complètement bourré, il profère des insultes devant la façade d'un commissariat. 
Le reste du casting ne démérite pas, notamment Michael Lonsdale en commissaire de police, et dont le comportement à l'égard du juge est une menace permanente, mais toujours sous jacente. 
Je pourrais citer aussi Charles Denner dont la prestation en avocat reconnu, mais véreux, est assez époustouflante. Film choc qui frappe dur sur un sujet sensible et difficile, Les Assassins De l'Ordre est un très grand film. Un oeuvre choc injustement oubliée et à redécouvrir urgemment. 

Note : 16/20

titi Titi

Merci Patron ! (I love Bernard Arnault)

merci patron !

 

Genre : documentaire
Année : 2016

Durée : 1h24

Synopsis : Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison. C'est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver. Entouré d'un inspecteur des impôts belge, d'une bonne soeur rouge, de la déléguée CGT, et d'ex-vendeurs à la Samaritaine, il ira porter le cas Klur à l'assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le coeur de son PDG, Bernard Arnault. Mais ces David frondeurs pourront-ils l'emporter contre un Goliath milliardaire ? Du suspense, de l'émotion, et de la franche rigolade. Nos pieds nickelés picards réussiront-ils à duper le premier groupe de luxe au monde, et l'homme le plus riche de France ?  

La critique :

Avant de devenir le fondateur et le rédacteur en chef du journal Fakir, François Ruffin a grandi dans la ville d'Amiens. Fils d'ouvrier, il obtient une Maîtrise de Lettres (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Ruffin) et entre dans une école de journalisme en 2000. Farouchement engagé à la gauche de la gauche (donc pour le Front de Gauche, au cas où vous n'auriez pas compris...), François Ruffin défend à l'inverse le protectionnisme.
Avec son tout premier film, Merci Patron !, sorti en 2016, François Ruffin se transforme en Michael Moore version prolétariat français. Présenté dans différents festivals, le long-métrage commence à susciter la polémique et les quolibets. Le documentaire bénéficie même d'une sortie dans les salles obscures et obtient un succès pour le moins inattendu.

Après seulement quatre mois d'exploitation au cinéma, Merci Patron ! a déjà enregistré plus de 500 000 entrées. Un véritable plébiscite pour un long-métrage destiné, à la base, à croupir aux affres des oubliettes. 
La "Médiacratie" et les réseaux sociaux jubilent et érigent le documentaire comme la nouvelle arme anarcho-syndicaliste. Merci Patron ! devient même la nouvelle égérie de journaux proverbiaux, notamment Le Monde, Le Journal du Dimanche, L'Obs, Télérama, Les Cahiers du Cinéma, ou encore Première. Le film s'octroie même les dithyrambes de la sphère sociologique et intellectuelle. Et pour cause. Merci Patron ! parle d'un sujet d'actualité : la mondialisation à outrance et ses corollaires pour de nombreux salariés, condamnés à postuler chez Pôle Emploi. Attention, SPOILERS ! 

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Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison. C'est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver. Entouré d'un inspecteur des impôts belge, d'une bonne soeur rouge, de la déléguée CGT, et d'ex-vendeurs à la Samaritaine, il ira porter le cas Klur à l'assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le coeur de son PDG, Bernard Arnault. Mais ces David frondeurs pourront-ils l'emporter contre un Goliath milliardaire ?
Du suspense, de l'émotion, et de la franche rigolade. Nos pieds nickelés picards réussiront-ils à duper le premier groupe de luxe au monde, et l'homme le plus riche de France ?

Finalement, Merci Patron !, c'est ce retour inopiné vers les thèses anarchistes et marxistes. Pour lutter contre Bernard Arnault et son armée de techniciens richissimes, il faut imposer la dictature du prolétariat. En outre, cette hégémonie prolétarienne se transmute ici en immense gaudiole, à la fois séditieuse et manipulatrice. Pour obtenir la charité d'un capitaliste mercantile qui délocalise ses usines en Bulgarie et en Pologne, il faut jouer de ruse et de stratégème à son tour.
Rapidement, le documentaire se transmue en une pièce de théâtre digne de Molière. Les Klur, une famille désargentée et menacée d'expulsion, s'engage dans une bataille désespérée contre Bernard Arnault. 
Une chimère. Pas pour François Ruffin qui multiplie les actions contre le groupe LVMH. 

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Contre toute attente, la supercherie fonctionne. Pourtant, au détour de ce documentaire, ce sont deux grands oxymores qui s'affrontent. L'un se nomme Bernard Arnault. Il détient la pécune, le capital, Carrefour, Kenzo, Christian Dior... Cet homme d'affaires français n'est qu'un autre "Citizen Kane", avide de conquête, de lucre et de pouvoir. Une autre facette du capitalisme, celui qui a érigé le luxe comme un moyen d'assouvir et d'assagir la classe politicienne.
Telle est la loi du marché, celle qui régit notre quotidien anomique. Et puis, il y a les Klur, cette famille qui vit à Poix-du-Nord, près de Valenciennes. Pour sauver cette famille de la banqueroute, Bernard Arnault va-t-il accepter de faire le trajet Poix-du-Nord/Pékin pour constater l'état de délabrement d'une région contristée par le chômage ?

Telle est la question ubuesque qui se pose en filigrane... De facto, Merci Patron ! s'inscrit dans ces documentaires engagés contre les fourberies du capitalisme actuel qui délocalise sans se soucier de l'exploitation d'une nouvelle forme d'impécuniosité : les travailleurs pauvres. Mais, Merci Patron !, c'est aussi cette étrange requiem en faveur de la plèbe, celle qui a, depuis longtemps, été oubliée, honnie et ostracisée par la classe politicienne. 
Qu'à cela ne tienne. Nos édiles financiers sont soucieux de l'image qu'ils véhiculent dans les médias et sur la scène internationale. 
Nouvel oxymoron. Pas moyen d'ébranler la tour Bernard Arnault... A moins de frapper directement à la source. En ce sens, Merci Patron ! ouvre une nouvelle ère dans le documentaire et dans la lutte vindicative des prolos : les actions directes destinées à faire vaciller le sommet du capitalisme. Ce n'est pas un hasard si l'affiche du film arbore altièrement la mention suivante : "L'arnaque en version lutte des classes". Une hérésie même si Ruffin et les Klur triomphent finalement du patron, entre autres, de Carrefour. 
Une façon comme une autre d'éviter l'insubordination de milliers d'ouvriers... Ou alors encore une autre façon de faire ouïr sa voix, même lorsqu'elle devient aphonique.
Encore un autre paradoxe... Bref, un tel documentaire mériterait sans doute un meilleur niveau d'analyse...

Note : ?

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

20 juillet 2017

Docteur Mabuse, Le Joueur (Hypnotisme machiavélique)

docteur mabuse le joueur

Genre : Thriller, film noir

Année : 1922

Durée : 2H35 (première partie), 1H55 (seconde partie)

L’histoire : Début des années 20, l’Allemagne est en proie à l’inflation, à l’affairisme et aux complots occultes. Dans ce contexte trouble, le docteur Mabuse, véritable génie du mal, sévit sous de faux visages et de fausses identités. Tour à tour joueur de poker, faux monnayeur, spéculateur, psychanalyste et hypnotiseur, Mabuse poursuit sa quête de pouvoir et de richesse en manipulant le destin des hommes. 

La critique :

Attention gros chef d’œuvre et un film majeur dans l’histoire du cinéma, j'ai nommé Docteur Mabuse, Le joueur, réalisé par Fritz Lang en 1922. A sa sortie, ce film connaîtra un immense succès et il fera de Fritz Lang le réalisateur le plus célèbre d’Allemagne. Mais plus que ça, le film aura une influence plus que majeure sur le cinéma mondial. Le film réunit Rudolf Klein-Rogge, Alfred Abel, Bernhard Goetzke, Gertrude Welker et Aud Egede Nissen, entre autres. Il se divise en deux parties.
Attention SPOILERS ! Première partie : Le joueur, une image de notre temps. Tout débute à la bourse, où le docteur Mabuse parvient à orchestrer de façon géniale et diabolique une opération de spéculation. Quand il ne joue pas les rôles de spéculateur, Mabuse donne des conférences de psychologie. Ce personnage machiavélique est prêt à commettre n’importe quel forfait pour s’enrichir ou pour obtenir du pouvoir. 

Fréquentant un cercle de jeu sous de fausses identités, il s’enrichit en hypnotisant ses adversaires. Le procureur Von Beck met alors tous les moyens en œuvre afin de mettre un terme à cette vague de crimes. Mais Mabuse dispose d’un réseau organisé et sa malveillance n’a d’égal que son intelligence. Tous ceux qui savent quelque chose n’ont pas l’occasion de parler ou n’osent pas se dresser contre Mabuse. Dans le cercle de jeu, le docteur va rencontrer le comte Told et il va s’éprendre de la comtesse. Il décide alors d'hypnotiser Told au cours d’une partie de Poker et à provoquer sa déchéance.
Cette première partie nous dresse donc le portrait de l’Allemagne du début des années 20. L’inflation frappe et le pays est en pleine crise. Dans ce contexte instable, on découvre le personnage du Docteur Mabuse prêt à profiter de la situation afin d’assouvir sa soif de pouvoir.

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Cette première partie permet donc de découvrir ce personnage. Autant dire qu’on tient là l’un des plus grands super vilains de l’histoire du Septième Art. Car, comme je l'ai déjà mentionné, Mabuse est un véritable génie du mal. Ce personnage doté d’une intelligence hors du commun exécute ses crimes sous de fausses identités et trouve toujours le moyen de contrôler le destin de ses victimes. On le voit dans cette première partie combler diaboliquement sa volonté de pouvoir sur les gens. Clairement le personnage de Mabuse doit énormément à son interprète, l’acteur Rudolf Klein-Rogge, qui confère au Docteur Mabuse toute sa puissance démentielle. 
Il faut dire aussi que notre homme a vraiment la gueule de l’emploi ! Par certains aspects, il est fort possible que le docteur Mabuse soit inspiré du personnage de Fantômas.

Au niveau de la mise en scène, Fritz Lang impose son talent et son génie visionnaire. On est ici dans l’expressionnisme à l’esthétique à la fois noire, baroque et somptueuse. Parallèlement, Docteur Mabuse, le jouer s'apparente parfois à une sorte de documentaire et comme un véritable témoignage d'une époque troublée et pleine de tensions. Le synopsis se déroule dix ans avant la montée du nazisme au pouvoir. Dans la première partie du film, Fritz Lang étudie la société allemande de l’époque à travers toutes ses classes sociales et ses divers aspects. 
Il met en scène tous les personnages de l’œuvre en présentant Mabuse comme le maître du grand jeu qu’est la vie (on peut évidemment faire le lien avec le titre). C’est lui qui a toutes les cartes en main et le procureur Von Beck ne semble par faire le poids face à un personnage aussi cupide.  

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Seconde partie : Inferno, une pièce sur les hommes de ce temps

Le docteur Mabuse n’est pas prêt de s’arrêter en si bon chemin. Toujours obsédé par son envie de faire chuter le comte Told, il s’acharne sur ce dernier afin de mettre la main sur la comtesse. Cependant, le Docteur, perturbé par ses changements fréquents d’identité et ses séances d’hypnose, commence à sombrer peu à peu dans la folie. Pendant ce temps, le procureur Von Beck tente de faire parler la danseuse Cara Carozza. Pour Mabuse, cela devient une nécessité d’éliminer cette dernière. Mais cela permet en réalité à Von Beck de le mettre sur sa piste.
Le docteur est alors prêt à tout pour se débarrasser de cet ennemi redoutable. Il conseille donc à Von Beck de se rendre à un congrès d’hypnose. En réalité, le congrès est dirigé par un Mabuse habilement déguisé. Au cours d’une séance d’hypnose il tente d’assassiner Von Beck.

Mais celui-ci échappe à la mort de justesse et comprend désormais le lien entre Mabuse et tous les crimes perpétrés. Von Beck fait alors prendre d’assaut la maison de Mabuse. Les sbires du docteur s’engagent dans une fusillade avec la police. Les hommes de Von Beck prennent le dessus et Mabuse n’a d’autre choix que de renoncer à la comtesse et de s’enfuir par un passage secret. Cependant, au cours de sa fuite, Mabuse sombre définitivement dans la folie.
Il revoit alors les fantômes de ses nombreuses victimes. En pleine crise de délire, Mabuse est retrouvé par Von Beck et ses hommes, il sera interné à l’asile et ce sera la fin de ses activités criminelles. Voilà donc pour la seconde partie qui est peut être encore plus fascinante que la première. Après nous avoir dépeint un personnage diabolique, Lang nous montre Mabuse devenir victime de sa propre personnalité psychopathique.

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Cette seconde partie se révèle donc encore plus sombre et encore plus riche en suspense. Fritz Lang signe alors un film culte et un véritable classique du cinéma. D’ailleurs, la légende veut que le cinéaste russe Sergueï Eisenstein, fasciné par le montage du film, se soit acharné à démonter et à remonter une copie du film pour le comprendre (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Docteur_Mabuse_le_joueur). Une fois encore, Docteur Mabuse, le joueur s’impose comme une étape majeure dans l'histoire du Septième Art.
Le film aura une énorme influence sur le cinéma.
Bien des décennies plus tard, Jonathan Demme transformera le Docteur Mabuse en Hannibal Lecter, le sociopathe de Le Silence des Agneaux. Le film de Fritz Lang connaîtra deux suites, Le Testament du Docteur Mabuse et Le Diabolique Docteur Mabuse
Docteur Mabuse, le joueur est donc un portrait à la fois somptueux et sombre de la société allemande de l’époque, encore marquée par sa défaite lors de la Première Guerre Mondiale. Bref, en quelques mots : une œuvre incroyable et fascinante.         

Note : 19,5/20

vince Vince

Scènes de la Vie Conjugale (Le premier grain de fiasco)

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Genre : drame
Année : 1973

Durée : 2h48

Synopsis : Quelques moments cruciaux de la vie d'un couple. Chronique qui s'etend sur vingt ans, en six chapitres. Le couple, en apparence solide, que forment Marianne et Johann, se délite à partir du moment où Johan s'éprend d'une jeune femme, Paula. 

La critique :

Scénariste, réalisateur et metteur en scène de théâtre, Ingmar Bergman s'est peu à peu imposé comme l'un des plus grands cinéastes de toute l'histoire du noble Septième Art. Sa filmographie débute dès 1946 avec deux films : Crise et Il pleut sur notre amour. Par la suite, Ingmar Bergman va signer de nombreux chefs d'oeuvre notoires et notables, entre autres, Le Septième Sceau (1957), Les Fraises Sauvages (1957), le trop méconnu La Source (1960), Persona (1966), Cris et Chuchotements (1972), La Flûte Enchantée (1975), ou encore Sonate d'Automne (1978).
Ses thèmes de prédilection ? La psychanalyse, l'analyse des comportements humains, la métaphysique, l'introspection et aussi cette fascination pour ce bon vieil adage de Stendhal : "Au premier grain de passion, il y a le premier grain de fiasco".

Un axiome que Bergman va tenter de décortiquer avec l'illustre Scènes de la Vie Conjugale, un autre long-métrage majeur de sa filmographie. A l'origine, Scènes de la Vie Conjugale est une série de six épisodes destinée à la télévision suédoise et sortie en 1973. L'année suivante, Ingmar Bergman décide de réaliser un condensé de cette série télévisée pour le cinéma. Un choix qui s'avère judicieux puisque le long-métrage remporte plusieurs récompenses, notamment le Golden Globe Award du meilleur film étranger. La distribution du film réunit Liv Ullmann, Erland Josephson, Bibi Andersson, Jan Malmsjö, Gunnel Lindblom et Anita Wall. En vérité, il est difficile de parler du scénario du film.
Tout d'abord, Scènes de la Vie Conjugale se divise en six chapitres - ou six épisodes - bien distincts : 
Innocence et panique, L'art de cacher la poussière sous les meubles, Paula, La vallée des larmesLes analphabètesEn pleine nuit dans une maison obscure quelque part sur terre.

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Attention, SPOILERS ! (1) Johan et Marianne forment un couple heureux qui étale son bonheur conjugal dans les pages d’un magazine à la mode. Une soirée en compagnie d’un couple d’amis, Peter et Katarina, tourne au pugilat entre leurs deux invités. Marqués, Johan et Marianne commencent à se poser des questions sur un bonheur qui est peut-être factice. Les tensions montent jusqu’à ce que Johan annonce à Marianne qu’il la quitte pour Paula son amante (1).
Scènes de la Vie Conjugale se propose d'analyser et de décortiquer la construction puis la déconstruction d'un couple - Johan et Marianne - à priori idyllique. Ainsi, la première partie du film s'ouvre sur une interview des deux énamourés. Premier constat, ce couple chimérique n'a pas traversé de véritable cataclysme. Johan et Marianne forment le couple idéal, certes avec quelques disputes qui émaillent sporadiquement leur quotidien, mais rien qui ne puisse à priori ébranler leur amour. 

Une chimère. Lors de cette interview élusive, une gène, un manque ou plutôt un grain de passion - comme le déclamerait Stendhal - semble s'être essoufflé, ventilé, escarpé depuis belle lurette. Preuve en est avec ce dîner durant lequel Johan et Marianne assistent, béats, à une violente dispute entre Peter et Katarina, un couple d'amis. En plein paradoxe de la passion, donc en pleine crise conjugale, les deux amants s'affrontent, s'invectivent, s'admonestent et s'agonisent d'injures.
Une autre réalité de la vie conjugale, celle que vous ne verrez jamais à la télévision, dans les journaux, dans les médias ou dans les sites de rencontre : toute relation conjugale est une lutte pour le pouvoir. Au fil du temps qui passe, le désir et la passion charnelle sont condamnés à s'étioler et à se désagréger. Inexorablement. 

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Au grand dam d'Ingmar Bergman qui tente de comprendre pourquoi le couple semble condamné à vaciller puis à péricliter au fil du temps qui passe. La maxime de Stendhal devient alors une sorte de prophétie paradoxale et universelle. Mutin, Ingmar Bergman s'emploie alors à sonder les signes, les regards ostentatoires et les relations houleuses qui vont peu à peu à s'immiscer entre Johan et Marianne. En soi, la scène de ménage entre Peter et Katarina n'est qu'un catalyseur de la future tempête à venir. Le troisième chapitre, intitulé sobrement Paula, marque un tournant fatidique et rédhibitoire.
Pour Johan et Marianne, c'est l'infidélité de monsieur qui va révéler cette faille et ce fossé inextinguible à l'intérieur du couple. Cette félonie, évidemment vécue comme une trahison, sonne le toxin de Marianne.

Dans l'incompréhension et le marasme total, la femme psychologue pense que c'est le manque de communication qui serait la cause primordiale et fondamentale de la faillite de son mariage. Une hérésie. Certes, hommes et femmes ne parlent pas le même langage et semblent condamnés à se méprendre et à converser invariablement dans le vide. Une réalité implacable. Et pourtant... Malgré la petite escapade avec Paula, Johan finit par revenir vers Marianne.
Pour Ingmar Bergman, ce n'est ni la communication ni forcément cette amitié de façade qui façonnent ou cimentent le couple à long terme, mais ce sentiment ineffable d'attachement, celui qui renvoie les hommes et les femmes à leurs pulsions reptiliennes et archaïques. 
Ainsi inconsciemment, la féminité serait synonyme de maternage, de procréation, de soins, de douceur et d'instinct profondément nourricier ; alors que la masculinité serait intrinsèquement reliée à la sécurité et à la virilité. 

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Mais au fil du temps, ces images puissantes et primitives sont destinées à s'écrouler et à se déliter, inéluctablement, renvoyant le désir et la passion obsessionnelle dans leurs pénates. Ainsi, le couple s'engouffre dans une routine, dans une certaine forme de lassitude et tente de trouver des excuses à leur manque d'appétit sexuel. Ce n'est pas un hasard si Ingmar Bergman filme cette crise conjugale comme un quasi huis-clos, comme si le couple était fondamentalement condamné à l'impasse, à mutuellement s'étouffer pour ensuite se séparer, pour finalement se retrouver...
C'est ce même oxymore, conséquence de la lutte pour le pouvoir, qui semble dicter l'essence et la genèse d'un couple censé fonctionner sur la durée. Avec Scènes de la Vie Conjugale, Ingmar Bergman réalise tout simplement le meilleur film sur la complexité des rapports entre les hommes et les femmes. Indubitablement, un tel long-métrage, aussi fascinant qu'archaïque, mériterait sans doute un meilleur niveau d'analyse.

 

Note : 19/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/scenes-de-la-vie-conjugale-bergman

19 juillet 2017

Le Testament du Docteur Mabuse (Naissance du film noir)

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Genre : Thriller, film noir

Année : 1933

Durée : 1H56

L’histoire : Devenu fou, Mabuse le génie du mal a été interné dans un hôpital psychiatrique. Pendant ce temps, d’autres crimes audacieux et particulièrement habiles sont commis un peu partout. Cette vague criminelle est en réalité dirigée par Mabuse qui, depuis sa cellule, utilise l’hypnose pour assouvir sa soif du mal.  

La critique :

Attention chef d’œuvre ! j'ai nommé Le Testament du Docteur Mabuse, réalisé par Fritz Lang en 1933. Ce film est la suite de Docteur Mabuse, le joueur, déjà réalisé par Lang en 1922. Ce premier film s’était imposé comme un chef d’œuvre majeur qui mettait en scène pour la première fois l’un des personnages les plus diaboliques de l’histoire du cinéma : le Docteur Mabuse. 10 ans après, Lang, au vu du contexte de l’Allemagne de l’époque, choisit de réaliser une suite : Le Testament du Docteur Mabuse. En réalité, à sa sortie en 1933, le film sera interdit par la censure nazie et longtemps, il sera considéré comme perdu. C’est aussi le second film parlant de Fritz Lang après M le Maudit.
Attention SPOILERS ! Le docteur Mabuse, redoutable criminel doté d’une intelligence hors du commun, a sombré dans la folie lors de son arrestation il y a bien des années.  

Depuis longtemps, Mabuse est interné dans un hôpital psychiatrique. Etendu dans son lit, le regard vide, sa main droite est la seule partie de son corps qui s’anime. Les médecins lui fournissent alors un crayon et du papier et la main du docteur se met à écrire des textes dont les psychiatres ne parviennent pas à saisir le sens. En réalité, Mabuse donne des ordres de futurs crimes. Il est parvenu à hypnotiser Baum, le directeur de l’asile et à travers lui, il remonte un réseau criminel pour assouvir sa soif de pouvoir. Le commissaire Lehmann mène l’enquête et est aidé par Kent, un bandit repenti.  
Le Testament du Docteur Mabuse est devenu l’une des œuvres les plus célèbres de Fritz Lang au fil des décennies. Le film a été réalisé en 1932 et sortira en 1933, soit l’année de l’arrivée d’Hitler au pouvoir. C’est pourquoi on attribue à ce film une forte portée politique que Fritz Lang a confirmée.

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Pourtant, la confirmation tardive des intentions de Lang a poussé l’historien Georges Sadoul à remettre en cause la portée du film. De même que le fait que Lang était marié à Théa Von Harbou, membre du parti Nazi, dont elle allait faire la propagande à travers le cinéma. Le fait que le film a été censuré par Goebbels à sa sortie n’est bien évidemment pas le fruit du hasard. C’est une preuve incontestable de la portée politique du film et du génie visionnaire de Fritz Lang (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Testament_du_docteur_Mabuse). 
Comment ne pas citer la scène dans laquelle Baum, hypnotisé par Mabuse, délivre un discours reprenant les idées du parti Nazi ? Tout au long du film, Lang place des doctrines du programme national-socialiste dans la bouche de ses personnages. 

Le cinéaste dénonce ici « les procédures terroristes d’Hitler » selon ses propres mots. Pour la petite histoire, Fritz Lang divorcera de Théa Von Harbou peu avant que cette dernière adhère au parti nazi. En effet, leur couple ne survit pas à la liaison entre Lang et l’actrice Gerda Maurus. De plus, le réalisateur ne supportait plus les idées nazies de son épouse. Lang sera par la suite sollicité par Hitler pour réaliser des films de propagande, mais refusera et prendra la fuite aux Etats-Unis.
De ce fait, Le Testament du Docteur Mabuse est le dernier film du cinéaste réalisé en Allemagne. Le film est remarquablement construit, à la façon de M le Maudit, le piège se refermant petit à petit (certains ont comparé la construction du film à une toile d’araignée). 
On retrouve une esthétique sombre et teintée par l’expressionisme.

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La mise en scène est superbe, la tension et le suspense montent crescendo. Le film met en place un climat froid et terrifiant. On retrouve Rudolf Klein-Rogge, toujours aussi diabolique, dans le rôle de Mabuse. Le reste du casting est composé d’Oskar Beregi, Otto Wernicke et Gustav Diessl. Lang signe donc un film profondément sombre dans lequel il fait part de ses inquiétudes concernant l’avenir de la société allemande. Le réalisateur a d’ailleurs toujours méprisé les idées nazies. Difficile de dire si Le Testament du Docteur Mabuse est supérieur à Docteur Mabuse, le joueur.
Toujours est-il que Lang livre une œuvre vespérale, complexe, choc et brillante qui étudie la nature du mal et qui annonce le film noir. Un chef d’œuvre visionnaire et un film majeur du cinéma allemand. En trois mots : à voir absolument. 

 

Note : 19/20

vince Vince

Mimic (Insectes anthropomorphiques)

Mimic

 

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1997

Durée : 1h42

Synopsis : Pour juguler une épidémie propagée par des insectes, le docteur Susan Tyler et son mari Peter Mann manipulent le code génétique des petites bêtes, créant ainsi une génération de clones qui détruit ses congénères. Trois ans plus tard, le remède a donné vie à une espèce mutante qui habite dans les sous-sols de la ville. Ces insectes ont maintenant la taille de l'homme et sont dotés d'un système de camouflage naturel, le mimétisme

La critique :

Dès son plus jeune âge, huit ans pour être exact, Guillermo del Toro se passionne pour l'univers cinématographique. Etudiant, il s'accointe et s'acoquine avec un certain Dick Smith. Ensemble, les deux hommes collaborent aux effets spéciaux et aux maquillages de Little Big Man (Arthur Penn, 1970) et de L'Exorciste (William Friedkin, 1973). A l'orée des années 1980, Guillermo del Toro édifie sa première société de production, Necropia (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillermo_del_Toro).
Après avoir réalisé deux courts-métrages (Dona Lupe et Geometria), Guillermo del Toro signe enfin son tout premier long-métrage, Cronos, en 1993. Ce tout premier essai lui permet de se distinguer au festival de Cannes et d'affiner son style aux yeux du grand public. En 1997, il décide donc de s'expatrier à l'étranger et notamment chez l'Oncle Sam.

Les producteurs Ole Bornedal et Bob Weinstein décident de lui confier la réalisation de Mimic, sorti en 1997. Ce second long-métrage est aussi l'adaptation cinématographique d'une "nouvelle éponyme de Donald A. Wollheim parue pour la première fois en 1942 dans la revue Astonishing Stories" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mimic_(film). A l'origine, Dimensions Films, qui finance le projet, souhaite que Mimic ne soit que l'un des nombreux segments d'un film à sketches.
Mais le projet est finalement prorogé. Mimic sera bel et bien un film à part entière. Néanmoins, Guillermo del Toro conserve un mauvais souvenir du tournage. En effet, les producteurs lui imposent plusieurs modifications de dernière minute dans le scénario du film.

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Furibond, Del Toro souhaite imprimer son style et n'a pas l'intention de suivre les directives imposées par une oligarchie hollywoodienne. Nanti d'un budget famélique (à peine 25 millions de dollars), Mimic remporte à l'inverse un succès d'estime dans les salles obscures. En outre, le long-métrage se démarque surtout par l'intermédiaire de la vidéo. Plusieurs suites, Mimic 2 : le retour ! (Jean de Segonzac, 2001) et Mimic 3 : Sentinel (J.T. Petty, 2003), seront même réalisées dans la foulée, mais sans la participation de Guillermo del Toro, qui vaque à d'autres occupations. 
La distribution de ce premier chapitre réunit Mira Sorvino, Jeremy Northam, Alexander Goodwin, Giancarlo Gianinni, Charles S. Dutton, Josh Brolin, Alix Koromzay et F. Murray Abraham. Attention, SPOILERS ! 

Pour juguler une épidémie propagée par des insectes, le docteur Susan Tyler et son mari Peter Mann manipulent le code génétique des petites bêtes, créant ainsi une génération de clones qui détruit ses congénères. Trois ans plus tard, le remède a donné vie à une espèce mutante qui habite dans les sous-sols de la ville. Ces insectes ont maintenant la taille de l'homme et sont dotés d'un système de camouflage naturel, le mimétisme. Finalement, Mimic, c'est aussi le retour aux vieux films d'épouvante et de science-fiction des années 1950.
Comment ne pas songer un instant à La Mouche Noire (Kurt Neumann, 1959), à Tarantula ! (Jack Arnold, 1955), ou encore à Soudain... Les Monstres (Bert I. Gordon, 1976), pour ne citer que ceux-là ? Pourtant, Guillermo del Toro parvient à transcender son récit.

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Le cinéaste, producteur et scénariste mexicain se détache de ses augustes épigones pour signer un film d'épouvante plus complexe qu'il n'y paraît. Studieux, le réalisateur prend son temps pour planter le décor et ses divers protagonistes. Ainsi, l'action se déroule presque uniquement dans les coins retranchés et claustrés d'un métro abandonné à la plèbe. Del Toro nous invite à sonder le quotidien de la populace et de ces gueux condamnés à croupir près des rames du métro de la ville.
Deux éminents entomologues, Susan Tyler et Peter Mann, mènent une enquête précautionneuse sur une invasion de cafards. Mais ces insectes ne sont pas ordinaires, loin de là. Avec le temps, cette nouvelle espèce animale, qui n'aurait rien à envier à la logique darwinienne, s'est transmutée en de formidables prédateurs destinés à menacer la vie humaine dans son territoire urbain.

Pis, ces insectes anthropomorphiques ont même appris à mimer le faciès humain et se terrent dans les coursives du métro. Au moins, Mimic a le mérite de sortir des sentiers battus (si j'ose dire...). 
En outre, Del Toro n'hésite pas à sacrifier et à mutiler quelques bambins intrépides. Par certaines analogies, Mimic n'est pas sans rappeler non plus le cinéma de David Cronenberg. Là aussi, il est aussi question de mutations, d'une atmosphère cafardeuse - c'est le cas de le dire - et d'un climat oppressant qui viennent bientôt tarabuster le quotidien de deux scientifiques aguerris.
Hélas, malgré ses bonnes intentions, Mimic n'est pas exempt de tout reproche. Si on saisit déjà toute la quintessence du cinéma de Del Toro, le film laisse tout de même un arrière goût d'inachevé. 
Par exemple, toute la seconde partie, qui se déroule directement sur le territoire des cafards protéiformes, est beaucoup trop classique pour susciter l'adhésion sur la durée. Mais ne soyons pas trop sévères. Pour un film des années 1990, Mimic a plutôt bien traversé le poids des années.
In fine, le long-métrage contient suffisamment de saynètes anxiogènes pour maintenir la tension sur la durée. 

Note : 14/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

18 juillet 2017

GSKD (L'antichambre de l'Enfer)

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Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : ?

Durée : 3h20

Synopsis : Dans des caves sordides, un "Monsieur Loyal" et plusieurs maîtresses gothiques soumettent des victimes expiatoires à des actes de tortures ininterrompus et insoutenables de cruauté. Réalisés sans aucun trucage et apocalyptiques de déshumanisation, les GSKD explosent les limites de la souffrance physique sciemment consentie et font vaciller la santé mentale du spectateur par leur violence graphique hors du commun. 

La critique :

Il y a bien longtemps que je n'avais plus pointé le bout de mes monstruosités sur Cinéma Choc. Il y a donc bien trop longtemps que vous dormiez du sommeil du juste, sans le moindre cauchemar à vous mettre sur le coin de l'oreiller ! Avouez que ce n'était pas normal. Comme ce n'est pas un petit infarctus qui allait me mettre définitivement k.o, je reviens avec du lourd, du très lourd même. À votre plus grand désarroi ! C'est même une bombe atomique que je m'apprête à larguer sur un blog quelque peu sevré (mis à part les Sadi-Screamsprésentés récemment par Taratata) d'abominations filmiques depuis les plusieurs semaines où je me suis absenté. GSKD : 4 lettres d'un anachronisme mystérieux pour définir l'enfer selon les japonais et leur cinéma ultra underground.
Que veut dire cette appellation mystérieuse ? Nous n'en saurons rien et en vérité, peu nous importe. Pour tout vous avouer, j'avais perdu vraiment tout espoir d'y mettre un jour la main dessus.

Et puis inopinément, le miracle a eu lieu au mois de mai dernier où lors d'une énième prospection sur Ebay, je réussissais à alpaguer (à des tarifs très sérieusement gratinés) ces galettes chimériques. Chimérique est bien le mot approprié pour qualifier ces films mystérieux et quasi mythiques. En effet, les GSKD sont tellement difficiles à trouver que vous avez certainement plus de chance de gagner le jackpot à l'Euro Million que de dégotter ces infamies nippones. Et ce, sur n'importe quel support vidéo existant. Pour vous donner un ordre d'idée, même les très confidentiels Eccentric Psycho Cinema ou Maléfices Porno sont largement plus accessibles ; c'est dire la difficulté d'accéder à l'acquisition de cette trilogie monstrueuse. Seul peut-être, l'infâme et ultra rarissime Debris Documentar peut se targuer d'être aussi introuvable...
Objets de fantasme absolu pour les collectionneurs de raretés hardcore, les GSKD affichent un niveau de perversité et de violence graphique hors du commun. Autant dire que le très culte (mais très endormi) Top 100 des films trash de Cinéma Choc viendra bientôt s'enorgueillir de ces nouveaux membres; et il seront positionnés dans les très hautes sphères du classement.

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Les GSKD sont des purs (si j'ose m'exprimer ainsi) films de tortures. N'y cherchez pas de quelconques humiliations depravées à grands coups de fluides corporels et autres matières fécales. Nous sommes bien loin des dérives hémétophiles des Vomit Enema Ecstasy ou des aberrations scatophiles des Gusomilk ; ici, rien de tout cela. Ici, de la torture et uniquement de la torture. Et toujours au dessus de la ceinture. Mais pas n'importe quelle torture : la totale, l'indicible, la pire que l'on puisse imaginer. Des sévices insensés que d'innocentes demoiselles se font un "devoir" d'endurer lors de séances intolérables de sadisme. Il va s'en dire que les supplices infligés sont filmés très lentement, très minutieusement et sans aucun trucage. Ainsi, comme lors de nombreux films extrêmes (souvent japonais d'ailleurs) que j'ai eu l'occasion de vous présenter, la notion de "jeu d'acteur" est à oublier impérativement au profit du terme "performance". Au vu de l'objet visuel hors norme auquel nous avons à faire, inutile également de faire état d'un quelconque scénario. Les seules concessions "artistiques" que les réalisateurs, inconnus évidemment, daignent concéder aux spectateurs sont de courts moments buccoliques où les futures victimes effectuent quelques balades ou s'ébattent dans des jardins publics... avant de se faire enlever par les psychopathes en toute fin de métrage.

Ces passages sont immédiatement éludés par une suite épileptique d'images qui annoncent les "aventures" sacrificielles du futur opus; le tout accompagné d'une musique techno-rock qui envoie du gros son. 
Les GSKD se présentent sous la forme d'une trilogie séquentielle où l'unité d'action se prolonge d'un opus sur l'autre et où l'on retrouve les mêmes participants dans des lieux identiques; en l'occurrence des caves sordides qui ressemblent furieusement à l'antichambre de l'enfer. Dans ces endroits lugubres, sévissent un gusse déguisé en Monsieur Loyal et quelques maîtresses gothiques bien azimutées qui infligent des souffrances au-delà de l'imaginable à des jeunes femmes soumises et consentantes. Suppliciées, déshumanisées, réduites à l'état de chairs en vrac, à de vulgaires poupées que l'on troue, que l'on perce, qu'on lacère... Mais consentantes...
Oui, s'il fallait à tout prix oser une quelconque analyse, on ne pourrait qu'ériger la soumission et l'humiliation au centre des thématiques principales de ces oeuvres dégénérées.

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Bienvenue donc au royaume du masochisme total et de la souffrance absolue ! Un royaume où les victimes n'ont de victimes que le nom et où les bourreaux n'en sont pas vraiment... Véritables symphonies des corps martyrisés, les GSKD, dans leur effroyable jusqu'au-boutisme, brisent les tabous éthiques, pulvérisent les principes moraux et hantent notre mémoire bien longtemps après leur visionnage. Il faut avouer que les sévices en eux-mêmes (et les captures d'écran en donnent un léger aperçu) atteignent de terrifiants sommets de sadisme. Que dire sinon que ces actes de tortures dépassent l'entendement humain ? À part les shockumentaries plus ou moins interdits et les death movies plus ou moins légaux, rien ne peut égaler la violence paroxystique dans laquelle évolue les GSKD.
Le visionnage de cet étalement de barbarie nécessite d'avoir l'estomac plus que bien accroché pour supporter une telle débauche d'horreurs, mais déjà la seule lecture des "réjouissances" proposées a de quoi donner la nausée.

Aussi, je ne saurai trop conseiller aux âmes sensibles de faire l'impasse sur les détails qui vont suivre : crucifixions de peaux entre les doigts, perforations et crucifixions de langue sur table en bois, scarifications extrêmes, coutures de bouche, coutures d'avants bras entre deux performeuses, coutures de paupière, introductions de canules dorsales avec plumes, seringues surmontées de bougies plantées dans le dos, roue de torture, perçages de mamelons, déstructuration faciale par d'innombrables aiguilles, véritable vampirisme (une dominatrice boit un verre rempli du sang qui dégouline des blessures de sa victime); la liste des sévices se prolonge à n'en plus finir.
À la fin de la projection, on ressort comme estourbi d'un mauvais rêve, la raison ébranlée et les certitudes chancelantes. En ressentant cette impression étrange d'avoir été les témoins d'actes irréels perpétrés par des ombres maléfiques plus proches de bêtes possédées que de véritables êtres humains. 
Avec l'impression de malaise qu'ils engendrent de par leur phénoménale puissance immorale, les GSKD incitent, malgré eux, à une réflexion inévitable sur les notions du bien et du mal.

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Un bien grand sujet pour des films aussi confidentiels et nébuleux. Comme je n'ai pas aujourdhui l'intention de me lancer dans une philosophie de comptoir, je laisserai à chacun le soin d'apporter ses réponses d'après ses propres convictions. En tout cas, nul ne s'étonnera qu'une fois encore, ce soit les japonais qui aient accouché d'oeuvres aussi cauchemardesques. Depuis plusieurs décennies déjà, les nippons étaient passés maîtres dans l'art de l'abjection cinématographique la plus outrancière. Cependant, leur "domination" en termes d'immondices vidéos (ne parlons même plus ici de cinéma) tend à s'effilocher au fil du temps. En effet, de nouvelles atrocités sur pellicule venues d'Europe et des Etats-Unis ont eu tendance à éclore de plus en plus vite ces dix dernières années; sur Internet principalement.
Ceci à grand renfort de trailers chocs et de rumeurs sur de prétendus (?) évanouissements lors de projections initiales, créant un "buzz immédiat sur la Toile, nouveau Graal publicitaire des temps modernes.

Le film expérimental ultra déviant "Flesh Of The Void" en est le dernier exemple en date. Ce fait établi, à quoi sert de placer le curseur toujours plus haut en matière d'insanités ? Confronté à des oeuvres à l'idéologie toujours plus transgressive et aux images toujours plus scandaleuses, le public lambda, déjà soumis à la pression d'une société hautement anxiogène, suffoque sous une violence graphique et psychologique qui l'accable toujours plus. Nous avons souvent tenté par le passé, ici même d'en chercher les raisons. Souvent en vain. 
De l'univers héméto-scatophile d'un Tohjiro à la brutalité quasi bestiale des pornos dysfonctionnels de Marco Malattia en passant par les monstrueuses compilations Most Disturbed Person On Planet Earth, l'agressivité sur les écrans ne connaît plus à l'heure actuelle, aucune limite. Et malgré leur plus totale confidentialité, les GSKD sont loin de dépareiller dans cette galerie de monstres filmiques engendrés par des "cinéastes" où se mêlent véritables génies de la contre-culture et obscurs imposteurs à l'affût de notoriété malsaine. Pourtant, depuis l'oeil tranché d'Un Chien Andalou de Bunuel en 1928, rien n'a véritablement changé. Le cinéma et plus tard la vidéo, ont toujours servi d'exutoires à l'homme pour exorciser ses démons intérieurs et tenter de les combattre en les affichant au grand jour.
En traitant le mal par le mal en quelque sorte. Quoiqu'il en soit, et malgré ces théories peut être un peu trop fumeuses, Cinéma Choc crée une fois de plus l'événement en présentant des films qui n'ont jamais été chroniqués nulle part ailleurs sur la blogosphère, qu'elle soit française ou étrangère. À titre personnel, je suis particulièrement heureux d'être de retour afin de vous présenter cette trilogie infernale dont la rareté n'a d'égale que la sauvagerie.
Excellents cauchemars à tous....

Note : ?

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Virus Cannibale (Lancez l'opération "Z" !)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 1980

Durée : 1h36

Synopsis : Un journaliste américain, informé par des écologistes, s'aperçoit qu'une centrale nucléaire fabrique un virus destiné a régler le problème de la surpopulation a la surface du globe. 

La critique :

Bien étrange destin que celui de Bruno Mattei, considéré à juste titre, comme le plus mauvais réalisateur de toute l'histoire du cinéma. Une gloriole qu'il partage avec Ed Wood, un autre parangon du cinéma Z. Dans un premier temps attiré par les films érotiques à forte consonance "nazillarde" (Hôtel du plaisir pour SS et KZ9 - Camp d'extermination, entre autres), Bruno Mattei se tourne successivement vers l'horreur, l'action, la science-fiction, le genre post-apocalyptique, les zombies et les cannibales, le tout agrémenté - le plus souvent - par des séquences nichons.
Son credo ? Reprendre certains blockbusters ou films à succès avec un style pour le moins inimitable. Un peu comme si le cirque Pinder tentait de mimer le cinéma de Steven Spielberg...

Curieux également que notre cher "zeddard" soit décédé d'une tumeur au cerveau en 2007... Jusqu'au bout, le sort semblera s'acharner contre lui... Parmi ces nombreux méfaits cinématographiques, les fans du cinéaste italien citeront aisément Les Rats de Manhattan (1984), Strike Commando - Section d'Assaut (1987), Robowar (1988), Zombi 3 (1989), ou encore Cruel Jaws (1995). Vient également s'ajouter Virus Cannibale, sorti en 1980, et souvent considéré comme le chef d'oeuvre "bisseux" et "nanardeux" de Bruno Mattei. Pour la petite anecdote, Virus Cannibale, de son titre original Virus, est sorti sous plusieurs intitulés, notamment L'enfer des morts vivants et Hell of the Living Dead
Afin de pouvoir exporter sa pellicule érubescente à l'étranger, en particulier aux Etats-Unis, Bruno Mattei sévit ici sous son pseudonyme de prédilection : Vincent Dawn.

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Virus Cannibale s'inscrit évidemment dans la rhétorique et le continuum de Zombie (George Romero, 1978) et de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), deux films gore qui ont largement marqué les persistances rétiniennes en leur temps. Dans le cas de Zombie, il marque un rupture rédhibitoire dans le cinéma horrifique. Les morts-vivants ne sont plus seulement de vulgaires cacochymes claudicants et menaçant le monde de néantisation.
Curieusement, ces créatures surgies d'outre-tombe ont conservé leurs réflexes de consommateurs hédonistes et libertaires. Dans le cas de Cannibal Holocaust, ce sont des journalistes turpides et avides de sensations extrêmes qui sont les victimes du courroux d'une tribu d'anthropophages. Pour Ruggero Deodato, c'est l'occasion ou jamais de vilipender une "Médiacratie" fallacieuse et appâtée par le lucre.

Le cinéaste signe également une métaphore sur nos comportements archaïques, primitifs, barbares et colonisateurs. Bon autant le dire tout de suite, avec Virus Cannibale, Bruno Mattei n'a pas pour vocation de signer une diatribe sur l'échec de notre civilisation occidentale. Ici, point de réflexion philosophique ni politique sur nos instincts reptiliens et notre tendance au voyeurisme. La distribution du film réunit Margit Evelyn Newton, Franco Garofolo, Selan Karay, José Gras, Josep Lluis Fonoll, Piero Fumelli et Patrizia Costa.
Attention, SPOILERS ! (1) Des morts reviennent à la vie peu de temps après leur décès à la suite d'un accident dans une centrale nucléaire en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
En relatant une prise d'otages faite par des écologistes
, une journaliste et son cameraman apprennent par ces derniers que des expériences étranges devant régler le problème de la surpopulation ont lieu dans cette centrale.

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Ils se rendent alors sur place accompagnés de quatre soldats d'élite en mission secrète afin de découvrir ce qui se passe réellement là-bas (1). Première question qui vient à l'esprit : comment décrire un tel OFNI (objet filmique non identifié) ? La réponse tient probablement dans les premières secondes du film et par cette voix-off et comminatoire qui augure le déclin d'une centrale nucléaire :  "Lancez l'opération Z ! Il y a des gammas négatifs dans le module Antares..."
Un jargon scientifique volontairement amphigourique. Au programme, des zombies bien sûr et surtout un étrange virus qui a transformé les habitants en monstres sanguinaires et anthropophages. Mais attention, ces créatures infectées par la radioactivité ne sont pas spécialement preuve de célérité.

Il faudra donc se contenter de figurants peinturlurés de vert et/ou de noir qui beuglent et se meuvent à la même vitesse qu'une tortue aux quatre pattes atrophiées ! Les victimes auraient probablement dix fois le temps de faire le tour de la planète en vélo ou à pied avant d'être dévorées par ces mystérieux cannibales. Mais, au lieu de prendre la poudre d'escampette, nos héros restent curieusement figés et paralysés par la peur, attendant patiemment de se faire croquer par nos chers zombies carnassiers.
Faute d'un véritable scénario, autre grand absent du "film" (vraiment un terme à guillemeter...), Bruno Mattei ponctue régulièrement son long-métrage de séquences animalières. Hélas, la plupart sont des reprises éhontées d'autres films à succès, notamment La Vallée (Barbet Schroeder, 1972).

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De surcroît, Bruno Mattei semble totalement méconnaître la faune locale. Par exemple, que viennent foutre des pélicans et des flamants roses dans la jungle de la Nouvelle Guinée ??? A sa décharge, le cinéaste n'est pas à son premier pillage cinématographique. Bruno Mattei... Enfin... Vincent Dawn se charge largement d'extorquer la bande originale de Zombie. Mais Virus Cannibale ne possédrait pas ce charme indicible s'il ne venait pas non plus renifler du côté d'Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971). A l'instar d'Alex DeLarge (le psychopathe d'Orange Mécanique), un des acteurs du film joue les mimes et entonne le refrain de Singin' in the rain devant ses acolytes médusés par tant de cancrerie et de médiocrité. Et sincèrement, je n'en finirais pas de citer des exemples complètement "nazebroques" de ce genre. Bref, Virus Cannibale, c'est avant tout une expérience cinématogra... pardon... une expérience unique. Car ce chef d'oeuvre du "nanar" et de la bisserie azimutée dépasse largement le carcan du cinéma pour être traité comme tel. D'ailleurs, à ce niveau de turlupinade, peut-on encore réellement parler de cinéma ? Telle est la question...

Côte : Nanar

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Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Virus_cannibale