Cinéma Choc

26 septembre 2016

Opération Dragon (Bruce Lee à la conquête de l'Amérique)

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Genre : art martiaux (interdit aux moins de 12 ans)
Année : 1973
Durée : 1h38

Synopsis : Une compétition d'arts martiaux est organisée par un mystérieux Han, derrière lequel se cache un redoutable trafiquant de drogue. Lee, agent de renseignements occidental et spécialiste de kung-fu, tente de démanteler l'organisation criminelle.

La critique :

Après l'énorme succès de Big Boss en 1971, Bruce Lee devient la nouvelle star du continent asiatique. Une renommée qui se traduit l'année d'après avec La Fureur de Vaincre et La Fureur du Dragon. Dans ces deux nouvelles productions, le Petit Dragon ne se contente plus seulement de s'empoigner avec ses pairs. Désormais, l'artiste martial donne également à la leçon à de vils colonialistes européens.
Le petit asiatique est à la conquête du monde. Une ambition qui doit forcément traverser la frontière hollywoodienne, la plus spinescente. Toujours en 1972, Bruce Lee débute le tournage du Jeu de la Mort, un film dans lequel il affronte plusieurs adversaires dans une pagode. Parallèlement, l'acteur est appelé à tenir le rôle principal dans Opération Dragon. Changement de décor pour l'interprète asiatique.

Après plusieurs productions au budget plus ou moins famélique (surtout Big Boss), Bruce Lee franchit un palier supplémentaire vers la notoriété, celle qui doit le conduire vers la glorification internationale. Une étape qui passe évidemment par le succès d'Opération Dragon au cinéma. Il s'agit donc du seul et unique film hollywoodien de l'acteur asiatique. D'ailleurs, le long-métrage, réalisé par Robert Clouse, sortira trois semaines après la mort de Bruce Lee.
C'est donc dans un contexte d'oraison funèbre que le film va définitivement consacrer le Petit Dragon au rang de star, d'idole et même d'icône à travers le monde entier. Hormis le Petit Dragon, la distribution du long-métrage réunit John Saxon, Jim Kelly, Ahna Capri, Shih Kien, Bob Wall, Angela Wall et Bolo Yeung.

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A noter aussi les apparitions furtives de Sammo Yeung dans le rôle d'un combattant shaolin et la présence d'un certain Jackie Chan parmi les cascadeurs du film. Le match d'introduction du film, qui oppose par ailleurs Bruce Lee au ventripotent Sammo Hung, est aussi la dernière séquence tournée par le Petit Dragon au cinéma. Quant à Jackie Chan, ce n'est pas la première fois qu'il joue les cascadeurs intrépides. L'acteur, encore méconnu du grand public, avait déjà tourné dans La Fureur de Vaincre, déjà aux côtés de Bruce Lee. Pour la petite anecdote, il recevra un coup de bâton de la part de l'artiste martial lors d'une rixe dans un tunnel souterrain. Le cascadeur en déveine recevra néanmoins les excuses de son malheureux agresseur. A l'origine, le film devait s'intituler Blood and Steel en référence à la griffe d'acier de Han (référence Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Dragon), mais les producteurs se ravisent pour transmuter le titre en Opération Dragon.

Attention, SPOILERS ! (1) Lee, un membre du temple Shaolin, est contacté par la police qui lui demande d'infiltrer un tournoi d'arts martiaux. Ce tournoi se déroule sur une île appartenant à Han, un ancien moine Shaolin qui vit désormais du trafic d'opium et de la traite des blanches. Lee doit simplement rapporter des preuves pour que la police puisse arrêter Han, mais il apprend bientôt que ce sont des hommes de Han qui, trois ans auparavant, tentèrent d'enlever sa sœur, laquelle se suicida plutôt que de se faire prendre. Désormais, Lee a des comptes personnels à régler avec Han. (1)
Le personnage de Han s'inspire directement de la série des James Bond. Il s'agit d'un nouvel avatar du Docteur No. Pour le reste, Opération Dragon s'apparente à une véritable opération marketing avec pour objectif de transfigurer une nouvelle star du cinéma international : Bruce Lee.

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Après avoir accumulé les échecs et les déceptions lors de son passage aux Etats-Unis, l'artiste martial est à la conquête du rêve américain. Un rêve qui va enfin s'accomplir au moment où l'acteur décède (à priori...) d'un oedème cérébral. C'est donc Opération Dragon qui va contribuer à populariser les arts martiaux à travers le monde. Une hégémonie asiatique, en particulier chinoise, qui préfigure aussi l'avènement et l'emprise du continent sur le marché mondial.
Car Opération Dragon, c'est aussi cette juxtaposition entre différentes cultures. Il suffit de prendre les trois principaux protagonistes du film pour s'en convaincre. Si Bruce Lee interprète un agent probe et d'une incroyable vélocité, John Saxon joue les Américains moyens, obnubilés par le fric et les paris insensés.

Quant à Jim Kelly, il incarne un Afro-américain victime de la xénophobie policière. Evidemment, le film n'échappe pas aux caricatures et aux stéréotypes habituels. A cela s'ajoute un grand méchant chinois, trafiquant de drogue et prêt à toutes les turpitudes. C'est sans compter sur le courroux d'un Bruce Lee vindicatif et inlassablement poursuivi par le meurtre de sa soeur.
Qu'à cela ne tienne, lors d'un combat homérique contre un certain Oharra (Bob Wall), Bruce Lee assène un coup de pied brutal contre son adversaire. Bref, Opération Dragon offre une curieuse dichotomie entre plusieurs cultures, tout en pointant les grandes faiblesses d'une Amérique déjà libertaire (le consumérisme, la drogue, le sexe et la prostitution). A l'inverse, le film montre aussi un certain rapprochement et même quelques accointances entre ces mêmes protagonistes, pourtant très différents. 
Le long-métrage nécessite donc plusieurs niveaux de lecture. Evidemment, la séquence finale, qui se déroule dans une salle nimbée de miroirs, marquera définitivement les esprits. Bref, en dépit de quelques facilités scénaristiques et de caricatures souvent outrancières, Opération Dragon reste l'une des grandes références en matière d'arts martiaux.
Il inspirera de nombreux films et/ou avatars par la suite, entre autres, le fameux Kill Bill.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Dragon


25 septembre 2016

Cinema Of Death (Entre surréalisme et underground)

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Genre : courts-métrages, trash, expérimental (interdit aux - 18 ans)
Année : 2007
Durée : 1h23

L'histoire : Une compilation de 5 courts-métrages underground, extrêmes ou surréalistes dune durée variable, réalisés entre 1986 et 2005 qui abordent chacun de façon différente, le thème de la mort.

Les films : Adoration (1987/15 minutes/Réal: Olivier Smolders): Ce film a déjà fait l'objet d'une chronique le 29 mai 2014. Pour rappel, il s'agit de la reconstitution romancée et ultra stylisée d'un fait divers authentique. A savoir, le meurtre d'une étudiante hollandaise dans le Paris des années 80 par son petit ami japonais, Issei Sagawa qui, après l'avoir abattue, dévora en partie son cadavre.

Dislandia (2005/29 minutes/Réal: Brian M. Viveros & Eriijk Ressler): Dans une ambiance hors du temps, une petite fille portant un masque qui lui recouvre tout le visage, joue dans une maison abandonnée. Elle commence par dessiner des ronds sur des feuilles de papier. Puis, elle se met à peindre sur les murs, à peindre ses propres mains, à modeler de la boue, à jouer avec un parapluie...Le film a l'atmosphère franchement surréaliste, est très difficile d'accès. La pellicule sale, vieillie, granuleuse, avec des passages qui virent au sépia, donne à l'ensemble une tonalité quasi irréelle. 

Pig (1998/ 23 minutes/ Réal: Nico B.): Le film raconte le périple meurtrier d'un mystérieux tueur qui procède à des sacrifices selon un rituel satanique. Au cours de son voyage, il va rencontrer un inconnu qui va s'offrir à lui pour un cérémonial mystique qui s'achèvera dans l'horreur la plus monstrueuse. 

Hollywood Babylon (2000/ 4 minutes/ Réal: Nico B.): Un hommage à Kenneth Anger, le créateur du cinéma underground. Courte visite du Musée de la mort tout près de Hollywood. Un lieu discret et lugubre où sont exposés des photos de célébrités ou d'anonymes sur leur lit de mort, parfois même dans un état de décomposition avancé. 

Le Poème (1986/ 12 minutes/ Réal: Bogdan Barkowski): Dans une morgue, le corps d'un vieillard est le sujet d'une autopsie par un groupe de médecins légistes. Filmés en clair obscur, les murs de l'établissement sont totalement plongés dans l'obscurité et seul le cadavre est mis en lumière. On distingue à peine les gants des médecins qui opèrent sur lui vivisection, éviscération et découpage de crâne. Pendant que se déroule cette morbide opération, un conteur lit en voix off, des extraits du poème "Le bateau ivre" d'Arthur Rilbaud. Plus l'autopsie avance, plus le ton du conteur se fait grandiloquent. Lorsqu'on referme définitivement le sac mortuaire sur le cadavre, le narrateur arrête net son récit. 

La critique :

Dans la famille "films de barges", je demande Cinema of Death, un sérieux prétendant au titre de l'un des plus gros ovnis jamais présenté sur le blog. Plus expérimental, tu meurs... Ça tombe bien puisqu'il s'agit ici d'une série de courts-métrages qui exhibent la mort dans tous ses états et sous toutes les coutures. Je passerai rapidement sur Adoration que j'ai chroniqué hier et qui mérite le coup d'oeil, si vous êtes amateurs de curiosités. Le deuxième film, Dislandia, est de loin le plus étrange. 
Se déroulant comme un rêve éveillé, ce métrage d'une demi heure présente une petite fille qui évolue à sa guise dans une maison délabrée. Affublée d'un masque qui lui recouvre entièrement le visage, elle dessine, peint, casse des objets, marche au bord de l'eau, joue avec un parapluie... 
L'absence de quelconques repères nous prive de la moindre indication sur le lieu et l'époque dans lesquels se déroule l'action.

Totalement muet, bercé par des bruits métalliques désaccordés plus proches de sons subliminaux que d'une véritable musique, Dislandia ne suit aucun scénario et s'avère tout bonnement impossible à résumer. Pour vous donner une idée approximative de l'inaccessibilité de la chose, je dirai que ce film se situe entre Begotten et les premiers essais de David Lynch. Cette oeuvre nébuleuse et contemplative se ressent plus qu'elle ne se décrit et s'avère au final, proprement indicible.
Le quatrième court-métrage (je passe volontairement le troisième) a pour titre Hollywood Babylon. Très bref, il se veut être un hommage à Kenneth Anger, le créateur du cinéma gay underground, bien avant Andy Warhol. En 1959, Anger sort un brûlot qui révéla au grand public 
la face cachée et les secrets les plus sombres des stars hollywoodiennes de l'époque.

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Nico B., le réalisateur, balade sa caméra dans le Musée de la Mort, dont la création fut en partie née de la volonté de Kenneth Anger. On peut y voir des photos de célébrités et d'anonymes fraîchement décédés. Certains clichés montrent des suicidés ou des personnes abattues par balles. Un coin entier du musée est aussi consacré à des portraits de Charles Manson, bien vivant lui, par contre... Le cinquième film est Le Poème de Bogdan Barkowski, un essayiste franco-polonais.
L'histoire se résume à une véritable autopsie d'un vieillard tandis qu'en voix off, un narrateur lit des extraits du célèbre poème "Le bateau ivre" d'Arthur Rimbaud. En filmant en clair obscur, le réalisateur concentre uniquement la lumière sur le cadavre qui est lentement dépecé par plusieurs médecins. Tandis que l'autopsie progresse, le lecteur augmente peu à peu la tonalité de son récit pour s'arrêter brutalement lorsqu'on enferme le corps dans un sac mortuaire.


J'ai volontairement gardé le meilleur pour la fin. Il s'agit de Pig, le troisième court-métrage par ordre chronologique et déjà chroniqué par mes soins sur ce blog. Mais une petite piqûre de rappel me paraît nécessaire. Réalisé par Nico B. en 1998, ce film s'avère être sans conteste le point culminant de Cinema of Death. Fascinant, révulsant, Pig atteint de tel sommets dans le sadisme qu'il risque fort de provoquer chez certains des hauts le coeur et des retournements d'estomac... 
L'histoire est celle d'un tueur en série qui mutile méthodiquement ses victimes selon un rite satanique. Muni d'un attaché case où se trouvent ses instruments de torture, il parcourt la campagne américaine à la recherche de proies. En chemin, il rencontre un étrange auto-stoppeur qui a la tête entièrement recouverte de bandelettes. Entre cet inconnu et le tueur va se nouer une curieuse relation sadomasochiste totale et consentie. 
Arrivés dans une maison abandonnée, les deux hommes se préparent au sacrifice.

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Le tueur ouvre alors un petit livre intitulé "Why God premit evil ?", dans lequel est précisée l'exacte marche à suivre de la cérémonie sacrificielle à laquelle il va procéder. Un cérémonial mystique dont les tortures font vraiment froid dans le dos car les sévices à base d'aiguilles, de rasoir et de fil d'acier sont réellement effectués sans aucun trucage... Et les violences sont particulièrement gratinées : ingurgitation forcée de sang, pénis cousu par le gland directement relié aux tétons, cousus eux aussi, traçage au fil d'acier sur la peau (de façon à ce que le sang dessine le mot "pig" en coulant sur le torse de la victime), cisaillement du prépuce à la tenaille, injection de sang porcin par intraveineuse, etc. 
Des images absolument impressionnantes susceptibles de secouer le spectateur le plus endurci. Plus impressionnant peut être encore est le stoïcisme dont fait preuve l'acteur qui ne manifeste aucune émotion alors qu'il subit, pour de vrai, ces actes insensés ; un comportement beaucoup plus proche de la performance hardcore que du jeu de composition.

A noter que le rôle du tueur est interprété par Rozz Williams, le créateur et chanteur du groupe de death rock, Christian Death. Williams se suicidera par pendaison peu après le fin du tournage. Malgré son extrémisme, Pig se révèle fascinant et parvient à nous scotcher par son univers envoûtant et sa grande beauté visuelle, notamment avec une photographie noir et blanc superbe. Le réalisateur, à grand renfort d'images surréalistes et paraboliques, créé un climat complètement onirique qui sait nous faire oublier l'insoutenable pour mieux nous plonger dans un monde aux confins d'une autre dimension. Vraiment un gros choc et une sacrée découverte.
Voici donc Cinema of Death, une composition d'oeuvres toutes plus barrées les unes que les autres dans lesquelles les amateurs d'hallucinations cinématographiques devraient trouver largement leur compte. Que ce soit avec l'exercice de style épuré (Adoration), le shockumentary (Le Poème), l'ovni expérimental (Dislandia) ou bien le snuff mystique (Pig), Cinema of Death propose des images qui sortent vraiment de l'ordinaire. Des images chocs, réalistes, poétiques, terrifiantes, que le spectateur aura bien du mal à chasser de sa mémoire. A réserver donc à un public de cinéphiles curieux mais particulièrement avertis.


Note : ?

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore

 

24 septembre 2016

Adoration (Poésie anthropophagique)

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Genre : horreur, expérimental, court-métrage (interdit aux - 16 ans)
Année : 1987
Durée : 15 minutes

L'histoire : Tirée d'une histoire véridique ayant eu lieu en France aux début des années 80. La libre adaptation des faits concernant le meurtre d'un étudiant japonais cannibale sur sa jeune amie hollandaise, étudiante également. 

La critique :

Beaudelaire prétendait que "l'horrible est toujours beau". Partant de ce postulat, le cinéaste belge Olivier Smolders transpose à sa manière un fait divers effroyable qui eu lieu à Paris en juin 1981 : l'histoire du japonais cannibale Issei Sagawa, mais j'y reviendrai plus tard. Adoration fait partie d'une compilation de courts et moyens métrages, appelés Exercices Spirituels, qui retracent l'oeuvre si particulière de Smolders entre 1984 et 1999. Ce réalisateur absolument inclassable pratique un art assez difficile d'accès mais réellement fascinant. A la fois choquants, absurdes, surréalistes ou carrément métaphysiques, ses films ne trouvent pas d'équivalent dans le cinéma actuel. 
Tout juste pourrait-on déceler quelques vagues ressemblances avec les premiers essais de Lynch ou avec le cinéma génialement barré du canadien Guy Maddin.


Tourné dans un noir et blanc épuré, dans un décor minimaliste et quasiment dénué de tout dialogue, Adoration est moins un poème macabre que la tentative d'un cheminement spirituel. Le réalisateur dit vouloir sublimer l'horreur et la folie en transfigurant l'acte monstrueux du cannibalisme en message d'amour christique: "Prenez et mangez, ceci est mon corps...Adoration est donc un film d'horreur mystique. Attention spoilers: Dans un studio mal éclairé et peu meublé, un jeune japonais installe une caméra sur un trépied. Il accueille une jeune femme européenne et tous deux commencent à dîner. L'ambiance est détendue et, souriants, ils trinquent face à la caméra qui tourne en permanence. Quelques instants plus tard, le jeune homme réinstalle la caméra à même le sol et l'étudiante commence alors à lui donner lecture de poèmes tandis qu'il l'enregistre sur un magnétophone.
Soudain, il sort de la pièce, revient armé d'un fusil et abat la jeune femme à bout portant. Il redéplace la caméra et l'installe en hauteur. 

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Puis, il dénude le corps de sa victime, découpe des bouts de chair et commence à les déguster tout en se rapprochant de la caméra qu'il fixe longuement. Par la suite, il s'assoie et se met à écouter les enregistrements faits au préalable. Alors qu'il a déjà en partie découpé le corps, il se suicide en se faisant hara kiri. Le film de Smolders prend, en fait, quelques libertés avec la véritable histoire de Issei Sagawa. Dans la réalité, ce petit (1,52m) étudiant japonais ne s'est jamais suicidé.
Après avoir consommé durant trois jours une partie du corps (il prélèvera 7 kg de chair) de Renée Hatevelt, une étudiante hollandaise de 24 ans rencontrée à Paris, il découpa le cadavre et déposa les restes dans des valises. 
Mais, alors qu'il avait pris un taxi pour s'enfuir, à sa descente une des valises s'ouvrit et laissa échapper son sinistre contenu devant un couplé horrifié.

Il fut arrêté et jugé mais les experts psychiatriques le considérèrent comme mentalement irresponsable et il fut envoyé dans un asile au Japon. Sorti depuis, il est toujours actuellement sous étroite surveillance médicale. Olivier Smolders saisit l'opportunité de ce tragique fait divers pour mettre en scène un rituel initiatique, un cheminement intérieur. L'acteur principal procède à tout un cérémonial avant d'accueillir la jeune femme. Il place, déplace, ajuste sa caméra et veille minutieusement à chaque détail. Après le meurtre, il commence à manger la chair de sa victime, mais il enlève aussitôt sa chemise blanche souillée de sang comme pour se purifier intérieurement, à l'image d'un prêtre qui se lave les mains avant de communier et donc de recevoir le corps du Christ.
Smolders ose donc le parallèle entre le sacrilège et le sacré, mettant sur un même plan spirituel ces deux actes diamétralement opposés. 

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D'un point de vue stylistique, la froideur et la rigueur esthétique du réalisateur pourront rebuter de prime abord. Et il est vrai que son oeuvre a de quoi laisser perplexe tant son univers paraît étrange. Nous sommes ici en plein dans le cinéma d'auteur hyper confidentiel, très loin des films grand public. Adoration est le deuxième film d'Olivier Smolders et s'apparente avant tout à un exercice de style, tant sur la forme que sur le fond. Le réalisateur dit s'être inspiré de l'histoire de Sagawa, mais en aucune façon n'avoir voulu la retracer à l'identique. D'ailleurs, à l'origine, le film devait s'appeler Transsubstantiation, ce qui signifie, dans la tradition chrétienne, le mystère eucharistique de la transformation du corps en pain et du sang en vin. L'élément religieux et philosophique dépasse donc les enjeux humains et bassement corporels. Smolders joue sur la symbolique pour nous présenter son personnage non pas comme un monstre dégénéré, mais comme une sorte de "prêtre" qui s'adonnerait à un rituel sacré. 
A travers son univers trangressif, le réalisateur ne cesse de flirter avec les tabous, les interdits et les obsessions. De ce fait, bien que très dérangeant, Adoration hypnotise totalement le spectateur. En conclusion, ce cinéaste belge, totalement méconnu, mérite vraiment qu'on le découvre. Je vous invite à aller voir plusieurs trailers de ses courts-métrages disponibles sur YouTube afin de vous faire une idée plus précise sur le travail du bonhomme. A mon avis, les amateurs d'un cinéma qui sortent de l'ordinaire devraient, sans nul doute, y trouver leur compte. 


Note : 14,5/20

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore

23 septembre 2016

Welcome To The Jungle (Cannibal Holocaust chez les ploucs)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2007
Durée : 1h19

Synopsis : L'histoire effrayante de deux couples partis en vacances soit disant organisées. Croyants qu'ils pourraient retrouver Michael Rockfeller, ils s'aventurent dans la plus profonde jungle de Nouvelle Guinée. Totalement hors de leurs environnements habituels, très vite ils se disputent et décident de se séparer sans connaître l'horreur qui les attend


La critique :

Le genre cannibale au cinéma. Une histoire d'amour (si j'ose dire...) qui débute en 1972 avec Au pays de l'Exorcisme sous l'égide d'Umberto Lenzi. Mais c'est à Ruggero Deodato que revient la palme du "père" du cannibal movie avec sa trilogie infernale : Le Dernier Monde Cannibale (1977), le fameux Cannibal Holocaust (1980) et Amazonia : la jungle blanche (1985).
En outre, Cannibal Holocaust marque durablement les esprits. Interdit dans une soixantaine de pays en raison de véritables tortures et meurtres perpétrés sur des animaux, amputé de précieuses minutes, répudié et voué aux gémonies, le film est même traîné devant les tribunaux italiens. Ruggero Deodato est sommé de s'expliquer devant ses nombreux contempteurs. En réponse à Cannibal Holocaust, Umberto Lenzo réplique avec Cannibal Ferox un an plus tard (donc en 1981).

Après le film de Deodato, Cannibal Ferox devient à son tour la nouvelle égérie du genre cannibale. Un registre qui connaît donc son apogée durant les années 1980 avant de disparaître plus ou moins des radars. Puis dans les années 2000, le genre effectue une retour impromptu via de nombreux remakes et avatars, dont Welcome To The Jungle, réalisé par Jonathan Hensleigh en 2007, fait partie.
Donc merci de ne pas confondre le film avec la célèbre mélopée "hard rock" composée par les soins du groupe Guns N'Roses. Quant à Jonathan Hensleigh, le scénariste, producteur et réalisateur américain a surtout oeuvré dans les nanars à succès. Hormis Une Journée en Enfer (1995), on lui doit de nombreuses pellicules truculentes et pittoresques malgré elles : Jumanji (1995), Armageddon (1998), The Punisher (2004), Les Ailes de l'Enfer (1997) ou encore Next (2007).

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Autant dire qu'on tient là un véritable tâcheron, essentiellement spécialisé dans les films d'action ! Une filmographie peu éloquente à laquelle vient se rajouter Welcome To The Jungle. Inutile de mentionner les acteurs du film, à moins que vous connaissiez les noms de Sandi Gardiner, Callard Harris, Veronica Sywak, Nickolas Richey et John Leonetti ; mais j'en doute...
Le scénario du film est de facture classique et laconique. Attention, SPOILERS ! L'histoire effrayante (ah bon ?) de deux couples partis en vacances soit disant organisées. Croyants qu'ils pourraient retrouver Michael Rockfeller, ils s'aventurent dans la plus profonde jungle de Nouvelle Guinée. Totalement hors de leurs environnements habituels, très vite ils se disputent et décident de se séparer sans connaître l'horreur qui les attend

En tant que producteur et réalisateur qui brille surtout par son opportunisme, Jonathan Hensleigh joue à la fois la carte des cannibal movies des années 1970/1980 (en particulier Cannibal Holocaust) et celle du found footage, un autre genre à la mode depuis une bonne dizaine d'années. En vérité, Welcome To The Jungle n'est qu'une nouvelle séquelle ou un nouveau duplicata (vous choisirez) de Cannibal Holocaust dont il reprend... pardon duplique... pardon... photocopie la plupart des séquences.
Seule différence, ce sont deux caméras subjectives qui suivent les péripéties et les pérégrinations de deux couples d'étudiants. Dès lors, Jonathan Hensleigh nous propose un montage pourtant ambitieux mais amputé par son point de vue schizophrénique. 
Pour le spectateur avide de sensations trash et barbares, il faudra s'armer de patience (presque une heure tout de même !) pour voir le bout du nez d'un anthropophage à l'écran, au gran dam de nos protagonistes. 

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Avant de partir à l'aventure, notre équipe de bras cassés témoigne devant la caméra. Found footage oblige, le film nous impose de nombreuses conversations sibyllines. Visiblement, Jonathan Hensleigh joue sur deux grands classiques du cinéma horrifique, donc Cannibal Holocaust (que j'ai déjà cité) et Le Projet Blair Witch (Eduardo Sanchez et Daniel Myrick, 1999).
Hélas, et vous vous en doutez, la comparaison s'arrête bien là. Au mieux, Welcome To The Jungle nous propose un périple estudiantin. Avant d'échouer dans la jungle de Nouvelle Guinée, les deux couples devront se colleter avec des bandits de passage, histoire de remplir une pellicule qui brille surtout par son inanité et sa vacuité. Pour le reste, Welcome to The Jungle se résume à toute une série de péripéties ubuesques, surtout parsemées par les sérénades incessantes entre les quatre étudiants.

En l'occurrence, Jonathan Hensleigh élude volontairement la faune locale, probablement par souci d'économie. 
Puis suite à de nouvelles jérémiades, nos deux couples se séparent pour échouer finalement sur un radeau le long d'un fleuve. Après soixante minutes de bobine, le film montre enfin ses anthropophages à l'écran. Là encore, Welcome To The Jungle déçoit.
Derechef, Jonathan Hensleigh brille par son incompétence. Incapable d'exploiter son dédoublement filmique, le cinéaste finit par perdre ses protagonistes et le spectateur au passage. Pis, le réalisateur reprend à sa sauce (donc avariée...) la fameuse séquence d'empalement dans Cannibal Holocaust. Quant aux personnages du film, ils sont tellement caricaturaux et stéréotypés qu'on se contrefout royalement de leur sort, évidemment funeste. 
Bref, à force de bouffer à tous les râteliers, Jonathan Hensleigh nous propose un gros navet dans les règles, une sorte de Cannibal Holocaust chez les ploucs. Que dire de plus ?

Navet : Navet

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

22 septembre 2016

Deadpool (Super-héros régressif)

Deadpool

 

Genre : science-fiction, fantastique (interdit aux - 12 ans)
Année : 2016
Durée : 1h48

Synopsis : Deadpool est l'anti-héros le plus atypique de l'univers Marvel. A l'origine, il s'appelle Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d'un humour noir survolté, Deadpool va traquer l'homme qui a bien failli anéantir sa vie. 

La critique :

Les super-héros au cinéma ou une longue histoire d'amour qui débute dès 1913 avec Cabiria, réalisé par Giovanni Pastrone, et qui met en scène le super-héros Maciste, alors très populaire dans son pays. Evidemment, les hommes vêtus de collants et de capes érubescentes vont évoluer durant les décennies suivantes, comme l'attestent les sorties de Batman (Leslie H. Martinson, 1966), Danger : Diabolik ! (Mario Bava, 1968), L'Incroyable Hulk (Kenneth Johnson, 1979), Captain America (Rod Holcomb, 1979), ou encore Superman (Richard Donner, 1978), pour ne citer que ces exemples.
Entre le milieu et la fin des années 1990, le public commence à se lasser de ces hommes d'acier qui s'amusent à jouer aux apprentis justiciers. Qu'à cela ne tienne, la sortie de X-Men (Bryan Singer) en 2001 relance les inimitiés.

Pour une fois, un film ne se focalise plus seulement sur un seul super-héros mais sur une bande de mutants dotés de pouvoirs étranges. Dès lors, tous les héros populaires et sponsorisés par Marvel et toute une multitude de comics vont apparaître sur nos écrans. Que ce soit Elektra, Ghost Rider, Les Quatre Fantastiques, Iron Man ou encore Spider-Man, tous connaissent un relooking et triomphent dans les salles obscures, même si on relève quelques exceptions notables.
A contrario, certaines adaptations brillent avant tout par leur inanité et leur vacuité. Toutefois, le diagnostic ne fait aucun doute. Les super-héros effectuent leur grand retour au cinéma. Ils signent également l'avènement d'un cinéma pop corn et dicté par les principes rigoristes du blockbuster.

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L'objectif ? Non seulement flagorner le grand public et multiplier les séquences de conflagration dans une sorte de capharnaüm filmique, comme l'atteste la sortie de Avengers (Joss Whedon, 2012). Mais le spectacle ne doit plus se contenter d'affrontements titanesques. Il doit également s'enliser dans les productions grotesques, graveleuses et licencieuses. Impression corroborée par la sortie de Deadpool, réalisé par Tim Miller en 2016.
Pour la petite anecdote, ce mercenaire des temps modernes était déjà brièvement apparu dans X-Men Origins : Wolverine (Gavin Hood, 2009), qui brillait déjà par ses outrances et ses impudicités. A l'instar de ses nombreux devanciers, Deadpool va lui aussi connaître la gloire et la notoriété.

Le long-métrage se solde par un immense succès commercial, à tel point qu'une suite est déjà envisagée. Le film se doit également de respecter l'essence des comics originels. En outre, le super-héros affublé d'une tenue noire et rougeoyante se distingue surtout par son irrévérence et ses tendances psychopathiques. En résumé, le mercenaire ne fait pas de prisonnier et extermine presque toujours ses assaillants dans un bain de sang. La distribution du film réunit Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, T.J. Miller et Gina Carano. En l'occurrence, le scénario ne brille pas vraiment par sa sagacité et se résume en quatre petites lignes. Attention, SPOILERS ! 
Deadpool est l'anti-héros le plus atypique de l'univers Marvel. A l'origine, il s'appelle Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire.

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Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d'un humour noir survolté, Deadpool va traquer l'homme qui a bien failli anéantir sa vie. Le projet de réaliser Deadpool remonte au début des années 2000. Dans un premier temps, ce sont les Studios Marvel qui se chargent de griffonner les premières lignes du scénario. Puis en 2004, David S. Goyer est pressenti pour réaliser le film.
A l'époque, Ryan Reynolds est déjà envisagé pour interpréter ce personnage extatique et condescendant. Mais l'acteur doit se consacrer à d'autres projets. Le tournage de Deadpool est plusieurs fois prorogé.

Pour le reste, les critiques sont plutôt mitigées. D'un côté, nombreux sont les fans à exalter les qualités de cette nouvelle adaptation en collants rouges. A contrario, certaines critiques tancent et vitupèrent un long-métrage infatué, ubuesque et amphigourique. Que les choses soient claires. J'appartiens définitivement à la seconde catégorie. Pourtant, Ryan Reynolds et ses prosélythes nous promettaient un long-métrage subversif, gore et outrecuidant. Premier constat : le scénario du film se révèle rapidement obsolète et se résume à une banale histoire de vengeance.
Certes, Tim Miller s'attarde longuement sur la genèse de ce super-héros, de ses premiers émois amoureux avec la femme de ses rêves puis à sa longue léthargie dans une sorte de laboratoire médical, diligenté par des gangsters eux aussi affublés de super pouvoirs.

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Dans ce carcan filmique, deux X-Men (Colossus et Negasonic) viennent prêter main forte à Deadpool. Après l'avènement des Avengers au cinéma, Hollywood ne cherche même plus à cacher la bêtise de son produit. Entre plusieurs séquences d'action musclées et dénuées de cellules grises, le film revisite le calvaire de Deadpool. Il faudra donc supporter les longues homélies indécentes d'un Ryan Reynolds en mode cabotinage. Affreusement défiguré, le trentenaire est recueilli par une jeune femme noire et aveugle à la chevelure hirsute. Dès lors, Tim Miller s'emploie à verser, à chaque instant, dans les répliques grivoises et indécentes. Mais le cinéaste s'illusionne.
A aucun moment, il ne parvient à susciter le moindre rictus imbécile. Et pour ce qui est de l'aspect gore et sanguinaire, le réalisateur est prié de réviser sa copie. Il faudra donc patienter jusque la conclusion finale, elle aussi d'une rare cancrerie, pour voir différents membres (en images de synthèses) s'envoler sous les railleries et les quolibets. Sous ses fausses allures de production arrogante, le spectacle se montre curieusement policé. Rarement, une production estampillée "Marvel" ou "adaptation de comics" n'aura autant brillé par sa stupidité, ici volontairement affichée.
On se demande vers quel sommet de crédulité vont se fourvoyer Ryan Reynolds et ses ouailles pour un inévitable (hélas...) second chapitre.

Côte : Navet

sparklehorse2 Alice In Oliver


21 septembre 2016

La Fin du Monde - Nostradamus An 2000 (La fin absolue du monde)

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Genre : science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 1974
Durée : 1h28 (cut), 1h54 (uncut)

Synopsis : Au Japon, des événements étranges se produisent. Des limaces de taille surdimmensionnée font leur apparition dans les récoltes. Le professeur Nishiyama se rend sur place. Responsable de l'institut pour l'amélioration de l'environnement, il prend cette affaire très au sérieux et alerte les politiques que ces événements ne sont que le début d'une future catastrophe d'ordre mondiale. 

La critique :

La fin du monde au cinéma. De nombreux films se sont interrogés sur l'Apocalypse et la fin des temps. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Que ce soit en solitaire avec Je suis Une Légende (les versions de 1964 et de 2007), sous les yeux tétanisés de Nicolas Cage dans Prédictions (Alex Proyas, 2009), dans l'univers tumultueux de La Route (John Hillcoat, 2009) ou alors sous les bombes et les missiles nucléaires de Le Jour d'Après (Nicholas Meyer, 1983) ; l'aura de la fin du monde plane sur nos sociétés humaines comme une menace immarcescible.
Vient également s'ajouter La Fin du Monde - Nostradamus An 2000, réalisé par Toshio Masuda en 1974. Il est fort probable que ce long-métrage ait inspiré le film Virus de Kinji Fukasaku en 1980.

A la seule différence que La Fin du Monde - Nostradamus An 2000, comme son titre l'indique, s'inspire des prédictions "prophétiques" (vraiment un terme à minorer et à guillemeter) du célèbre médecin et astronome français. En effet, dans son ouvrage proverbial, Nostradamus a annoncé un grand cataclysme prenant la forme d'un Déluge, faisant notamment référence à la Bible et donc (encore une fois) à l'Apocalypse. Inutile alors de préciser que le film de Toshio Masuda a une vraie consonance religieuse et eschatologique. En outre, le long-métrage s'inscrit dans la dialectique des films de science-fiction et d'anticipation des années 1970, entre autres Soleil Vert (Richard Fleischer, 1974), L'Âge de Cristal (Michael Anderson, 1976) ou encore Silent Running (Douglas Trumbull, 1972). 

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A ce jour, La Fin du Monde - Nostradamus An 2000 reste un film méconnu du grand public. Toutefois, le film est souvent cité parmi les grandes références du genre apocalyptique. Au moment de sa sortie, le long-métrage déclenche les anathèmes et les invectives, notamment (1) d'associations de survivants des frappes atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, choquées notamment par la description faite des mutants cannibales et des survivants monstrueux (1).
De ce fait, pendant longtemps, le film sera voué à l'opprobre et aux gémonies. Il sortira d'ailleurs sous plusieurs titres : La fin du monde d'après Nostradamus, The Last Days of planeth earth et Catastrophe 1999 : The Prophecie of Nostradamus. Le film passe ainsi d'une durée initiale de 114 minutes à seulement 88 minutes.

Il existe donc une version censurée de précieuses minutes et une autre (intégrale) quasi impossible à dénicher. Jugé trop scandaleux en son temps, La Fin du Monde - Nostradamus An 2000 reste avant tout une fable écologique. Indubitablement, l'oeuvre de Toshio Masuda est un film visionnaire. Certes, Toshio Masuda reste un réalisateur essentiellement connu pour avoir participé à Tora ! Tora ! Tora ! (1970) en collaboration avec Richard Fleischer et Kinji Fukasaku.
Mais dans son pays, le cinéaste a signé de nombreux films à succès. En l'état, inutile de les mentionner puisqu'ils restent largement méconnus en France et surtout en dehors de leurs frontières nippones. Au risque de nous répéter
, La Fin du Monde - Nostradamus An 2000 reste un film visionnaire, non pas pour ses thèses un brin farfeluses, mais pour le véritable diktat écologique qu'il annonce, celui servi actuellement (et à profusion) par les médias.

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Attention, SPOILERS ! (2) Au Japon, des événements étranges se produisent. Des limaces de taille surdimmensionnée font leur apparition dans les récoltes. Le professeur Nishiyama se rend sur place. Responsable de l'institut pour l'amélioration de l'environnement, il prend cette affaire très au sérieux et alerte les politiques que ces événements ne sont que le début d'une future catastrophe d'ordre mondiale. Bientôt, d'autres phénomènes se produisent : réchauffement de la Terre, fonte des glaciers, mutations des animaux, catastrophes naturelles... Pour le professeur, les prédictions de Nostradamus concernant la fin du monde sont en train de se réaliser. Mais les politiciens ne veulent pas prêter attention à ses dires. (2)
Le scénario du film se base à la fois sur les prédictions de Nostradamus et sur les longues homélies prophétiques du Professeur Nishiyama.

Autant le dire tout de suite. Toshio Masuda ne fait pas dans la dentelle. En ces temps funestes, ce n'est pas seulement le climat qui change et qui vient carrément glacer l'Océan Pacifique sous les yeux ébaubis de marins de passage. C'est aussi le comportement de nos jeunes bambins qui taraudent les scientifiques. Ainsi, le spectateur assiste pantois à un jeune gosse qui calcule encore plus vite que le plus puissant ordinateur du monde. Hagards, Nishiyama et ses hommes se rendent dans des régions du monde menacées d'extinction. Ils sont alors assaillis par des chauves-souris géantes.
Ensuite, ce sont des hommes atteints par la lèpre qui se livrent au cannibalisme. Parallèlement, les rayons du soleil sont de plus en plus comminatoires, menaçant la surface terrestre d'une sécheresse incoercible.

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Comme un paradoxe, si les hommes sont bel et bien condamnés à disparaître de la surface de la planète, la Terre, elle, continuera de tourner ! Tel est le message (quasi) "copernicien" du film. Toshio Masuda opacifie son propos en s'appuyant sur de nombreuses images de documentaires : des peuplades affamées, des enfants au visage émacié, des explosions, des guerres ou encore une jeunesse qui se confine dans la drogue et autres substances illicites.
Telle est la rhétorique du cinéaste. Si le film impressionne surtout par son ingénuité, il laisse néanmoins une empreinte indélébile. Certes, le long-métrage n'est pas exempt de tout reproche. On pourra notamment pester et tonner contre la voix-off emphatique du narrateur, ainsi que sur des effets visuels un brin obsolètes et même assez pittoresques. Toutefois, plus de quarante ans après sa sortie, La Fin du Monde - Nostradamus An 2000 garde toujours le même impact.
D'un point de vue idéologique, il annonce (encore une fois) le diktat écologique actuel, culpabilisant les sociétés occidentales sur leur hédonisme et leur consumérisme.

Note : 14.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) informations obtenues sur : http://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/338-fin-du-monde-nostradamus-an-2000

(2) Synopsis du film sur : http://horreur.com/?q=node/2086

20 septembre 2016

La Fiancée de Frankenstein (Et Dieu créa la femme)

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Genre : horreur, épouvante 
Année : 1935
Durée : 1h10

Synopsis : Le Dr Frankenstein et sa créature ont survécu. Un savant fou, le Dr Pretorius, kidnappe la femme du Dr Frankenstein, et l'oblige à tenter de nouveau l'horrible expérience, dans le but cette fois de créer un monstre féminin

La critique :

Après l'immense succès de Frankenstein (1931), la firme Universal Monsters décide de produire un second chapitre, toujours sous l'égide de James Whale, qui ressort du tournage de L'Homme Invisible (1933). A l'origine, le deuxième opus doit s'intituler Le Retour de Frankenstein, mais la firme jurge le titre absurde car il attribue le nom du Monstre à son créateur. En l'état, le nouvel intitulé, donc La Fiancée de Frankenstein (1935), ne change pas grand-chose à ce paralogisme.
Dans le premier film, les inimitiés se terminaient dans la mort, le chaos et les conflagrations. Pourtant, la créature anonyme est bel et bien de retour. Telle est la dialectique de ce deuxième épisode. Mais James Whale tient à réaliser une suite ambitieuse et même supérieure à son illustre devancier.

On retrouve donc un certain nombre d'acteurs du premier chapitre. Boris Karloff endosse à nouveau les oripeaux putrides du "Monstre". Même remarque concernant Colin Clive et Ernest Thesiger qui sont toujours de la partie. Viennent également s'ajouter Valerie Hobson, Elsa Lanchester, Gavin Gordon, Douglas Walton et Una O'Connor. A l'instar du premier volet, La Fiancée de Frankenstein se solde lui aussi par un succès commercial. Mieux, le long-métrage est à nouveau louangé et plébiscité par les critiques et la presse cinéma. Les fans de la saga considèrent généralement La Fiancée de Frankenstein comme le meilleur film de la franchise. Reste à savoir si le long-métrage mérite un tel dithyrambe.
Réponse dans les lignes à venir. En l'état, La Fiancée de Frankenstein est aussi le dernier chapitre réalisé par James Whale.

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Dès 1939, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, un troisième volet, Le fils de Frankenstein, est conçu par les soins de Rowland V. Lee, mais sans retrouver la sagacité et la virulence de ses augustes prédécesseurs. Le scénario de La Fiancée de Frankenstein reprend là où les choses s'étaient arrêtées dans le précédent film. Attention, SPOILERS ! (1) Lord Byron, un soir d'orage, s'entretient avec les Shelley. Mary va leur raconter la suite de l'histoire de la créature de Frankenstein. 
Réfugiée dans les souterrains d'un moulin, la créature n'a pas succombé lors de l'incendie du laboratoire par les villageois révoltés. Capturé par des paysans, le Monstre parvient à s'enfuir, en semant la terreur autour de lui et trouve refuge dans la demeure d'un vieil ermite aveugle, qui lui apprend à parler. 

Pendant ce temps, Frankenstein reçoit la visite de l'étrange docteur Pretorius qui lui propose de créer une femme, et donner une compagne au Monstre. Il refuse, mais Pretorius, qui a trouvé et recueilli le Monstre, parvient à faire changer d'avis son collègue en faisant enlever sa femme, Elizabeth. Soumis, Frankenstein accepte. Dans leur laboratoire, les deux savants unissent leurs efforts et exposent le corps de leur création au Feu du Ciel. (1) Certes, à priori, le scénario de La Fiancée de Frankenstein se contente de dupliquer le premier volet. Or, après avoir exposé brièvement les événements du premier film, James Whale se concentre sur les péripéties de sa créature.
Le cinéaste humanise davantage son "Monstre". Contrairement à ce que le titre laisse supposer, la "fiancée" en question apparaît tardivement dans le film.

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Oui, le "Monstre" est toujours vivant, comme le claironne une villageoise effarouchée par l'apparition de ce dernier. L'abomination créée par Henry Frankenstein a survécu à la destruction d'un moulin en feu. Derechef, la créature est poursuivie par de nombreux assaillants. Au gré de ses pérégrinations, elle échoue par hasard dans la modeste cabane d'un homme aveugle. C'est la séquence clé du film, sûrement la plus mélancolique et la plus perspicace de la franchise.
Jusque-là tancé et répudié par les êtres humains, le "Monstre" conçu à partir de dépouilles humaines trouve le réconfort auprès d'un vieil homme aveugle. Du fait de sa cécité, l'ermite ne perçoit pas l'allure extravagante et quasi méphitique de son nouveau comparse. Pour la première fois de la saga, le "Monstre" peut compter sur un véritable ami.

Au contact de cet homme menant une vie ascétique, le "Monstre" éploré commence même à balbutier et à prononcer ses premières phrases, certes assez laconiques. Mieux, le "Monstre" découvre les péchés humains. Il boit de l'alcool et fume le cigare avec son nouvel acolyte. Hélas, cette amitié est bientôt contrariée par l'arrivée inopinée de la police. Ligoté puis promis à la potence sous les anathèmes et les quolibets, le "Monstre" est bientôt recueilli par le Docteur Pretorius.
C'est la seconde partie du film. Dès lors, le long-métrage oblique vers une nouvelle direction. En outre, le Docteur Pretorius est le digne épigone d'Henry Frankenstein. Ce dernier est toujours vivant. Lui aussi a survécu à l'insubordination de sa créature. Manipulé par son nouveau congénère, il accepte de créer une femme pour son monstre.

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Inlassablement poursuivi par le Complexe d'Icare, Henry Frankenstein est à nouveau victime de sa propre monstruosité, soit la thématique intrinsèque de la franchise. L'objectif de Frankenstein et de Pretorius n'est pas seulement de concevoir un homme, mais de lui donner une épouse. Dans sa folie et sa psychasténie mentale, le docteur Pretorius a fabriqué des germes qui seraient l'essence de cette phylogenèse. Une façon comme une autre de rectifier l'abomination créée par Henry Frankenstein à partir de dépouilles profanées dans des cimetières. Bref, James Whale approfondit davantage ses thématiques et pose à nouveau la question de cet humanisme primordial.
Au détour de l'amitié naissante entre la créature et un ermite de passage, le réalisateur pose aussi la question d'une homosexualité sous-jacente. Une homosexualité qui sera par ailleurs éludée et censurée par Universal Monsters. C'est aussi la raison pour laquelle le Docteur Pretorius tient tellement à livrer une femme à l'ignoble créature. Dommage que cette version soit encore tronquée de quelques précieuses minutes. Fidèle à son cinéma et à son sens inné de la mise en scène, James Whale signe plusieurs séquences de toute beauté. Oui, La Fiancée de Frankentein est bel et bien supérieur à son illustre prédécesseur. On tient donc là le plus beau film de la saga. Tout simplement.

 

Note : 19/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fianc%C3%A9e_de_Frankenstein

19 septembre 2016

American History X (Deux frères unis par la haine, déchirés par la vérité)

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Genre : drame (interdit aux - 12 ans)
Année : 1998
Durée : 1h59

Synopsis : A travers l'histoire d'une famille américaine, ce film tente d'expliquer l'origine du racisme et de l'extrémisme aux États-Unis. Il raconte l'histoire de Derek qui, voulant venger la mort de son père, abattu par un dealer noir, a épousé les thèses racistes d'un groupuscule de militants d'extrême droite et s'est mis au service de son leader, brutal théoricien prônant la suprématie de la race blanche. Ces théories le mèneront à commettre un double meurtre entrainant son jeune frère, Danny, dans la spirale de la haine.

La critique :

Avant le tournage d'American History X, sorti en 1998, le réalisateur, Tony Kaye, s'est surtout distingué dans les clips et l'univers de la publicité. En l'état, American History X est son tout premier long-métrage. Mais le cinéaste britannique a de grandes ambitions et souhaite réaliser un film controversé et polémique sur le sujet de la xénophobie, du racisme et de l'antisémitisme. Un sujet aussi douloureux que spinescent. Passionné par les questions sociales et même sociologiques de notre temps, Tony Kaye ne souhaite cependant pas prendre position.
American History X doit décrire la réalité de la plèbe et plus précisément de cette middle class américaine qui s'est fourvoyée dans ce nationalisme ambiant, à la fois régenté par le Ku Klux Klan (KKK) et les théories "nazillardes", plus prégnantes que jamais.

En l'occurrence, Tony Kaye répudiera et tancera son propre film au moment de sa sortie. En effet, le cinéaste furibond s'en prend violemment au directeur du studio New Line, Michael Luca. Ce dernier, mécontent de la version réalisée par Tony Kaye, modifie le montage final. Courroucé, Tony Kaye menace de quitter le plateau à plusieurs reprises. Pis, le cinéaste souhaite que son nom soit retiré du générique.
Qu'à cela ne tienne. American History X est plutôt bien accueilli par les spectateurs dans les salles. Même la presse ne cache pas son extatisme et délivre des critiques plutôt panégyriques. En outre, le long-métrage déclenchera la polémique escomptée. Précédé d'une réputation sulfureuse, le film est évidemment attendu au tournant. Reste à savoir si le métrage mérite une telle controverse. Réponse dans les lignes à venir.

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La distribution du film réunit Edward Norton, Edward Furlong, Beverly D'Angelo, Avery Brooks, Jennifer Lien, Ethan Suplee, Stacy Keach, Fairuza Balk et Elliot Gould. Attention, SPOILERS ! A travers l'histoire d'une famille américaine, ce film tente d'expliquer l'origine du racisme et de l'extrémisme aux États-Unis. Il raconte l'histoire de Derek qui, voulant venger la mort de son père, abattu par un dealer noir, a épousé les thèses racistes d'un groupuscule de militants d'extrême droite et s'est mis au service de son leader, brutal théoricien prônant la suprématie de la race blanche. 
Ces théories le mèneront à commettre un double meurtre entrainant son jeune frère, Danny, dans la spirale de la haine. Certes, le scénario d'American History X s'annonce à la fois exhaustif et passionnant puisqu'il retrace le parcours et la trajectoire de deux frères, Derek (Edward Norton) et Danny (Edward Furlong), tous deux englués dans des théories funestes et xénophobes.

Preuve en est avec Derek qui arbore fièrement une Croix Gammée sur son torse musculeux. Un simulacre pour mieux farder un discours familial déjà sous l'égide de l'intolérance et glosé par un patriarche hélas victime de quelques immigrés un peu trop bistrés. Un traumatisme familial et originel qui va se transmuter en vindicte racial pour le frère aîné, justement manipulé par Cameron Alexander (Stacy Keach), un théoricien turpide et véreux. Tony Kaye opacifie son propos via plusieurs flashback, le tout réalisé et asséné en noir et blanc. Hélas, Tony Kaye n'est pas Costa-Gavras et s'enlise dans le drame social redondant et moralisateur. Ainsi, American History X se divise en plusieurs parties bien distinctes.
La première s'attarde sur le parcours criminel de Derek Vinyard. 

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Irascible, le jeune homme commet l'irréparable et assassine deux afro-américains. Arrêté par la police puis écroué par le juge, Derek n'écope que de trois ans d'emprisonnement. Un oxymore. Mais peu importe, Tony Kaye n'élude aucun subterfuge. Si son petit frère avait témoigné, il aurait pris perpétuité... Second partie du film. En prison, Derek vit un séjour difficile. Répudié par les siens, des skinheads licencieux et violeurs à leurs heures perdues, le jeune homme s'accointe et s'acoquine avec un prisonnier "black".
Aidé par son ancien proviseur de lycée, Derek se découvre une véritable passion pour la littérature et les ouvrages griffonnés par Martin Luther King "himself". On croit rêver... Mais peu importe. Le message est stérile et aseptisé : Derek est sur la voie de la rédemption. 

Or, pendant ce temps, son frère, Danny, suit la même trajectoire incoercible. Lui aussi sous le joug de Cameron Alexander, le jeune éphèbe indocile se fourvoie dans le racisme et participe à plusieurs concerts de metal auréolés par les drapeaux nazis. Troisième et dernière partie du film, cette fois-ci en couleurs... Derek est de retour parmi sa famille. Mais ce dernier a changé et inquiète son entourage "nazillard". Sa fiancée et ses amis de jadis ne le reconnaissent plus. 
Mieux, Derek est carrément investi d'une mission avec la complicité de son ancien proviseur et de la police. Il doit sauver Danny de ce carcan xénophobe et antisémite. Evidemment, la fin se terminera dans les pleurnicheries, la mort et les cris d'orfraie. En l'état, difficile d'en dire davantage. Certes, Derek a réussi sa rédemption mais paie cher ses erreurs du passé, telle une spirale inextricable. 
C'est cette même boucle incoercible qui semble dicter le scénario d'American History X.
Pourtant, au détour de cette fameuse spirale de haine infernale, le discours péroré par Tony Kaye est pour le moins nébuleux et amphigourique. Confiné dans ses atermoiements, le long-métrage brille avant tout par sa vacuité et son inanité. Englué dans ses contrastes (l'utilisation du noir et blanc à satiété), Tony Kaye finit par perdre le fil de son sujet et par réaliser un objet curieusement obsolète, entre candeur, emphase et démagogie pompeuse. Seules les excellentes performances d'Edward Norton et Edward Furlong sauvent le film de la catastrophe et du navet intégral. 
A coup sûr, les bien-pensants apprécieront.

 

Note : 07/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

18 septembre 2016

Les Griffes de la Nuit - 1984 (Un, deux... Freddy te coupera en deux)

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Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 1985
Durée : 1h31

Synopsis : Nancy est une jeune adolescente qui fait régulièrement des cauchemars sur un homme au visage brûlé, avec un vieux pull déchiré et cinq lames tranchantes à la place des doigts. Elle constate d'ailleurs que parmi ses amis, elle n'est pas la seule à faire ces mauvais rêves. Mais bientôt, l'un d'entre eux est sauvagement assassiné pendant son sommeil. C'est ainsi que le groupe fait la connaissance de l'ignoble Freddy Krueger, qui se sert des cauchemars pour assassiner les gens qui rêvent de lui. Nancy comprend qu'elle n'a plus qu'une seule solution : si elle veut rester en vie, elle doit rester éveillée

La critique :

Décédé le 30 août 2015, Wes Craven laisse derrière lui une carrière prolifique. Sa première réalisation se nomme La Dernière Maison sur la Gauche (1972). Le film est le remake de La Source (Ingmar Bergman, 1960) et marque durablement les esprits par sa barbarie et son aspect morbide. Surtout, La Dernière Maison sur la Gauche devient le nouveau parangon du rape and revenge, un genre qui va définitivement s'imposer au cours des années 1970.
En 1977, Wes Craven confirme tous les espoirs placés en lui avec La Colline A Des Yeux, une autre pellicule horrifique notoire. Wes Craven s'affirme peu à peu comme le nouveau maître de l'épouvante en compagnie de John Carpenter. Des films tels que La Ferme de la Terreur (1981), L'Emprise des Ténèbres (1989), Le Sous-Sol de la Peur (1991) et la saga Scream assoient sa notoriété dans le petit monde de l'épouvante.

Vient également s'ajouter Les Griffes de la Nuit, sorti en 1985. Le long-métrage s'inscrit dans la mode des slashers. Après Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978) et Vendredi 13 (Sean S. Cunningham, 1980), Les Griffes de la Nuit préfigure une nouvelle figure emblématique de l'horreur. Son nom ? Freddy Krueger, ce croquemitaine au visage carbonisé et aux griffes acérées, qui surgit dans les cauchemars de jeunes éphèbes.
A l'instar de ses modèles, Les Griffes de la Nuit va lui aussi connaître un immense succès et plébiscite, non seulement auprès du public, mais dans divers festivals. Le long-métrage obtient le prix de la critique lors du festival international du film fantastique d'Avoriaz en 1985. 

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Aux Etats-Unis, Les Griffes de la Nuit (A Nightmare On Elm Street de son titre original) devient un nouveau phénomène de mode. Freddy Krueger vient d'évincer Jason Voorhees et Michael Myers de leurs pénates ! Succès oblige, le film sera suivi par sept nouveaux chapitres et un remake (Freddy : Les Griffes de la Nuit de Samuel Bayer et produit par Michael Bay en 2010).
Hélas, par la suite, la franchise ne retrouvera jamais la fougue, l'irrévérence et la virulence de ce premier volet. Certes, en 1994, Wes Craven reprendra les hostilités via un inévitable septième opus, Freddy sort de la Nuit. Mais en dépit de ses bonnes intentions, ce nouvel avatar décevra (presque) unanimement les fans de la saga. Et pourtant à la base, Wes Craven n'était pas favorable à une suite.

Mais en raison de sa rentabilité et de son succès commercial, le cinéaste est sommé de tourner une nouvelle conclusion finale, annonçant un nouveau chapitre. Au moment de sa sortie, Les Griffes de la Nuit est soumis aux principes rigoristes de la censure. Wes Craven est prié de rectifier certaines séquences jugées trop violentes. Dans un premier temps, le film est classé "R" (ce qui équivaut à une interdiction aux moins de 16 ans chez nous), avant d'être interdit aux moins de 12 ans par la suite.
La distribution du film réunit Heather Langenkamp, John Saxon, Robert Englund, Ronee Blakley, Johnny Depp (dont c'est la toute première apparition au cinéma), Jsu Garcia et Amanda Wyss. En l'occurrence, Les Griffes de la Nuit peut s'appuyer sur un scénario original.

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Attention, SPOILERS ! Nancy est une jeune adolescente qui fait régulièrement des cauchemars sur un homme au visage brûlé, avec un vieux pull déchiré et cinq lames tranchantes à la place des doigts. Elle constate d'ailleurs que parmi ses amis, elle n'est pas la seule à faire ces mauvais rêves. Mais bientôt, l'un d'entre eux est sauvagement assassiné pendant son sommeil.
C'est ainsi que le groupe fait la connaissance de l'ignoble Freddy Krueger, qui se sert des cauchemars pour assassiner les gens qui rêvent de lui. Nancy comprend qu'elle n'a plus qu'une seule solution : si elle veut rester en vie, elle doit rester éveillée
. Pour le scénario du film, Wes Craven s'est inspiré d'un fait divers qui l'avait terrifié durant son adolescence. A l'époque, le réalisateur ne le sait pas encore mais il va bientôt signer le nouveau parangon du slasher, appelé à devenir une franchise juteuse, à défaut d'être éloquente.

L'originalité du film et de son scénario tient dans son concept fuligineux ou plutôt dans cette frontière ténue entre réalité et onirisme cauchemardesque. 
Pis, les deux sont carrément confondus. Freddy Krueger est une ancienne figure d'un monde devenu trop adulte pour comprendre ce marasme adolescent. Cette rupture rédhibitoire est également marquée par cette incopréhension entre les interdits parentaux (le glas du Patriarcat) et cette insubordination adolescente, telle la "fureur de vivre".
Seul bémol, nos chers jouvenceaux se meurent, atrocement assassinés et découpés par les griffes du terrible Freddy. 
Dès lors, inutile de ferrailler avec le croquemitaine dans la réalité. Le rêve et plus précisément le cauchemar deviennent les seuls exutoires pour combattre la créature maléfique. 

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Narquois, Wes Craven se gausse de ses propres personnages via de nombreuses situations pittoresques. Ainsi, le cinéaste brouille volontairement les pistes et encore une fois cette frontière inextricable entre le rêve et la réalité. Au détour de plusieurs saynètes de frousse savamment troussées, Wes Craven rend parfois hommage à Shining (Stanley Kubrick, 1980), notamment à travers cette séquence durant laquelle du sang jaillit du lit d'un adolescent, l'hémoglobine venant poindre sur le plafond de la chambre et provoquant l'effroi de la police dubitative.
Volontairement, Wes Craven évite de donner trop d'informations sur sa star principale, donc le fameux Freddy Krueger. Certes, le cinéaste explore le passé morbide et meurtrier du croquemitaine mais sans trop se fourvoyer dans l'analyse de ce psychopathe. Seul petit bémol, la fin, visiblement remaniée à la demande de producteurs fallacieux et mercantiles, reste assez décevante et inaugure (évidemment) une suite (encore une fois) inévitable. Mais ne soyons pas trop sévères, on tient là un vrai classique (aujourd'hui) du cinéma horrifique.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

17 septembre 2016

Dressé Pour Tuer ("White Dog")

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Genre : horreur, drame (interdit aux - 12 ans)
Année : 1982
Durée : Un épisode de 45 minutes et quatre autres de 25 minutes

Synopsis : Après s'être fait renverser par une voiture, un chien blanc, dressé pour attaquer les hommes de couleur, est recueilli par Julie, une jeune femme qui cherche à lui faire oublier la haine. 

La critique :

L'agression animale au cinéma. En 1963, Les Oiseaux (Alfred Hitchcock) marque une rupture rédhibitoire dans le cinéma horrifique. Pour la première fois dans le Septième Art, l'homme est menacé d'extinction par une autre espèce, en l'occurrence volatile. L'animal volant préfigure aussi des temps funestes et eschatologiques. Impression corroborée avec la sortie des Dents de la Mer en 1975.
Cette fois-ci, le requin carnassier et à l'appétit pantagruélique inaugure l'apogée d'un capitalisme mercantile. Parallèlement, d'autres films de genre exploitent cette relation indicible entre l'homme et l'animal. C'est par exemple le cas d'Orca (Michael Anderson, 1977), Cujo (Lewis Teague, 1983), Day of the Animals (William Girdler, 1977) ou encore de Wilderness (Michael J. Bassett (2007).

Vient également s'ajouter Dressé Pour Tuer, réalisé par Samuel Fuller en 1982. La carrière cinématographique du cinéaste débute dès 1949 avec J'ai Tué Jesse James. Le réalisateur fait du western, des films de guerre et d'espionnage ses styles de prédilection. On lui doit notamment Port de Chine (1957), Ordres secrets aux espions nazis (1958), Police Spéciale (1964) et Au-Delà de la Gloire (1980). Parallèlement, le cinéaste signe plusieurs films ésotériques, philosophiques et personnels.
C'est par exemple le cas de l'inénarrable Shock Corridor (1963) et évidemment de Dressé Pour Tuer. Dans la sphère de l'agression animalière, en particulier des canidés, White Dog (de son titre original) reste un film assez méconnu du grand public. Librement adapté d'un roman de Romain Gary, Dressé pour Tuer a connu une sortie assez timorée dans les salles obscures.

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Pourtant, le long-métrage est régulièrement cité et même encensé par les fans du cinéma horrifique. Mieux, Dressé Pour Tuer est souvent répertorié parmi les meilleurs films du genre "agression animale", un registre en désuétude et souvent caricatural, comme l'attestent de nombreuses séries B au budget famélique. En outre, Dressé Pour Tuer est un film ambitieux.
Attention à ne pas réduire cette pellicule à un petit film d'horreur anomique ! En l'occurrence, White Dog flirte également avec le drame humain et animalier. Le long-métrage s'apparente aussi à un film philosophique. Bref, autant de thématiques passionnantes que nous aborderons dans la suite de cette chronique. La distribution du film réunit Kristy McNichol, Paul Winfield, Burl Ives, Jameson Parker et Dick Miller.

A noter les apparitions furtives mais néanmoins remarquées de Samuel Fuller et de Paul Bartel. Attention, SPOILERS ! (1) Julie, une jeune actrice, recueille un berger blanc suisse après l'avoir accidentellement renversé sur la voie publique. Elle l’emmène chez le vétérinaire et se prend soudain d'une certaine passion, même d'un attachement profond pour le chien. Mais elle se rend vite compte que le chien a été dressé pour tuer, mais, surtout, pour tuer les hommes et femmes noir de peau.
Julie refuse toute euthanasie et décide d'emmener le chien chez un dresseur d'un zoo, Keys (noir lui-même), pour lui enlever la haine et même le désir de tuer. (1) Indubitablement, Dressé Pour Tuer est un film complexe qui interroge sur plusieurs notions fondamentales, notamment le racisme ou plutôt la xénophobie comme un élément fondamental voire archaïque de notre cerveau primitif.

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Dès lors, Samuel Fuller s'engage sur un chemin escarpé mais sans jamais éluder cette question qui semble l'obnubiler tout au long du film. En soi, l'animal est un "chien blanc", à savoir un chien dressé pour tuer (comme l'indique le titre du film...) et assaillir les personnes de couleur "noir". Visiblement, Samuel Fuller tergiverse entre le film d'horreur classique (les attaques sanglantes du canidé) et le long travail de rééducation de l'animal aux crocs acérés.
Ce reconditionnement prévaut tout un tas de questions philosophiques. Est-il possible de changer la nature carnassière du chien meurtrier ? Cette xénophobie latente est-elle irrémédiable et profondément inscrite dans le cerveau reptilien ? Samuel Fuller sonde littéralement la psyché de son animal.

En l'occurrence, on pourrait presque parler d'une sorte de schizophrénie irréfragable avec un dédoublement de la personnalité. Les protagonistes du film évoquent même une nouvelle version (cette fois-ci canidée) de Docteur Jekyll et Mister Hyde. De prime abord, le chien est un animal à priori affectueux et bienveillant. Hélas, le toutou n'est plus le meilleur ami de l'homme. Rudoyé par son ancien maître, il est programmé pour mordre et assaillir les Afro-Américains.
Un long travail de rééducation commence pour le canidé. Hélas, cette nouvelle "programmation" semble vouée à l'opprobre et aux gémonies, comme l'attestent les toutes dernières minutes du film. Certes, les détracteurs pourront toujours pester et tonner contre certaines facilités. A l'image de l'évasion de l'animal se terminant par le meurtre d'un homme noir dans une église.
La violence intrinséque à l'espèce animale (dont l'homme fait partie) semble incoercible, nous dit un Samuel Fuller visiblement fier de sa pellicule. Bref, si Dressé pour Tuer n'est pas forcément le nouveau grand chef d'oeuvre du Septième Art, il mérite clairement mieux que son statut de petit film anonyme.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dress%C3%A9_pour_tuer

16 septembre 2016

Halloween - 2007 (Tendances sociopathiques)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2007
Durée : 1h46

Synopsis : Un 31 octobre, à Haddonfield, Illinois, le soir de la fête des masques de Halloween... La vie du jeune Michael Myers, 10 ans, bascule. Troublé par des pulsions morbides, moqué par ses camarades d'école parce que sa mère est strip-teaseuse, harcelé par son beau-père, tourmenté par les premiers émois sexuels de sa soeur aînée, il revêt un masque en latex et, dans un accès de folie, assassine la moitié de sa famille au couteau de cuisine. A la suite de cette nuit de cauchemar, il est pris en charge par le Docteur Sam Loomis, un brillant pédopsychiatre, mais tue sauvagement une infirmière, précipitant le suicide de sa mère, désespérée.
Un 31 octobre, 17 ans plus tard. Toujours dissimulé derrière un masque et enfermé dans son mutisme, Michael s'échappe de la prison psychiatrique où il a grandi et recommence à semer des cadavres sur sa route. Convaincu qu'il est une incarnation du mal à l'état pur, le Docteur Loomis part sur sa piste. Celle-ci mène directement à Haddonfield, là où se trouve toujours la petite soeur de Michael, Laurie, seul membre de sa famille encore en vie

La critique :

2003. Une date fatidique dans l'histoire du cinéma horrifique hollywoodien. En effet, avec la sortie du remake de Massacre à la Tronçonneuse de Marcus Nispel, les spectateurs affluent dans les salles. Nostalgiques, ils regrettent ces figures machiavéliques et sadiques de jadis. Que ce soit Leatherface, Freddy, Jason Voorhees ou d'autres croquemitaires azimutés, tous subissent un relooking, sans néanmoins retrouver la fougue et la virulence du passé, celle des années 1970 et 1980.
Mais peu importe, le public répond presque toujours présent, comme l'attestent les succès de L'Armée des Morts (le remake de Zombie), La Dernière Maison sur la Gauche sous l'oeil avisé de Dennis Iliadis qui vient remplacer Wes Craven, La Colline a des yeux sous l'égide d'Alexandre Aja, ou encore Maniac sous la férule de Franck Khalfoun.

Vient également s'ajouter Halloween, réalisé par Rob Zombie en 2007, qui est évidemment le remake d'Halloween, la nuit des masques, un autre grand classique du cinéma horrifique. Rob Zombie a donc la lourde tâche de succéder à John Carpenter, le maître de l'épouvante et surtout le réalisateur de The Thing (1982), New York 1997 (1981), Christine (1983) ou encore le trop méconnu Prince des Ténèbres (1987). En outre, Halloween fait partie de ces sagas cultes et bankable des années 1980. 
Hélas, dès le troisième chapitre, la franchise se délite jusqu'à s'enliser dans les séries B obsolètes et impécunieuses. Dernier échec artistique en date, Halloween : Resurrection (2005) de Rick Rosenthal, qui avait pourtant réalisé Halloween 2 (1981). Conscients de la vacuité et de l'inanité de la saga, les producteurs décident néanmoins de relancer la franchise.

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Derechef, les spectateurs se passionnent pour les slashers et les remakes. C'est dans cette logique turpide et mercantile que se situe Halloween version 2007. En hommage à Hellraiser, il est prévu de réaliser un Michael Vs. Pinhead, mais cette idée saugrenue est rapidement abandonnée suite à l'échec commercial de Freddy contre Jason (Ronny Yu, 2003). Le projet d'un remake refait surface.
Dans un premier temps, Oliver Stone est pressenti pour réaliser cette nouvelle version d'Halloween. Mais le cinéaste est déjà sur le tournage de World Trade Center. Les producteurs optent alors pour Rob Zombie, qui voue une véritable fascination pour le long-métrage original. Le réalisateur contacte John Carpenter. Sous les précieuses instigations de ce dernier, Rob Zombie décide de signer son propre film, sans forcément reprendre le schéma narratif de son illustre devancier.

De facto, Rob Zombie conçoit Halloween à la fois comme un remake, un hommage et un prequel. La distribution du film réunit Scout-Taylor Compton, Malcolm McDowell, Tyler Mane, Danielle Harris, Kristina Klebe, Daeg Faerch, Brad Dourif, Sheri Moon Zombie et Udo Kier. Attention, SPOILERS ! Un 31 octobre, à Haddonfield, Illinois, le soir de la fête des masques de Halloween...
La vie du jeune Michael Myers, 10 ans, bascule. 
Troublé par des pulsions morbides, moqué par ses camarades d'école parce que sa mère est strip-teaseuse, harcelé par son beau-père, tourmenté par les premiers émois sexuels de sa soeur aînée, il revêt un masque en latex et, dans un accès de folie, assassine la moitié de sa famille au couteau de cuisine. A la suite de cette nuit de cauchemar, il est pris en charge par le Docteur Sam Loomis, un brillant pédopsychiatre, mais tue sauvagement une infirmière, précipitant le suicide de sa mère, désespérée.

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Un 31 octobre, 17 ans plus tard. Toujours dissimulé derrière un masque et enfermé dans son mutisme, Michael s'échappe de la prison psychiatrique où il a grandi et recommence à semer des cadavres sur sa route. Convaincu qu'il est une incarnation du mal à l'état pur, le Docteur Loomis part sur sa piste. Celle-ci mène directement à Haddonfield, là où se trouve toujours la petite soeur de Michael, Laurie, seul membre de sa famille encore en vie.
Evidemment, un tel remake se doit de soutenir la comparaison avec son illustre épigone. Halloween sous la plume affrétée de Zombie est-il le digne successeur d'Halloween, la nuit des masques ? Indubitablement, le remake de Rob Zombie est un long-métrage intéressant, mais néanmoins inférieur à l'original.

Contrairement à la grande majorité des remakes de ces dernières années, Halloween (2007) se montre particulièrement perspicace, notamment dans sa première partie. 
Ainsi, durant une bonne demi-heure, Rob Zombie tente de cerner le mythe et plus particulièrement la figure comminatoire de Michael Myers. Qui se tapit derrière ce masque d'albâtre ? Et surtout, quelles sont les raisons, les causes et les fondements de ces tendances sociopathiques ?
Rob Zombie cherche à résoudre l'énigme Myers en pointant cet alanguissement familial entre un patriarche éthylilque et licencieux, une mère de famille à la dérive et une soeur aînée qui s'accointe et s'acoquine avec son énamouré. 
Dans ce marasme inextinguible, Michael Myers tente de subsister. 

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Dans un premier temps, sa psychopathie sous-jacente se traduit par le meurtre d'animaux. A l'école, il est victime des acriminies et des quolibets de ses camarades. Qu'à cela ne tienne, le jeune gosse, véritable avatar d'Elephant (Gus Van Sant, 2004), s'en prend violemment à l'un de ses assaillants. Puis, la folie inextinguible se transmute en quasi parenticide. Interné dans un hôpital psychiatrique et suivi par le Docteur Loomis, Michael Myers se confine dans le silence.
Il grandit et se cache en permanence derrière plusieurs masques érubescents. La terreur n'a pas de visage, semble nous dire Rob Zombie. Le réalisateur suit les marches et le sillage du long-métrage de John Carpenter. Bien qu'inaboutie, cette première partie se démarque par sa sagacité et ses prises de risque.

Au moins, Rob Zombie a le mérite de se démarquer de son modèle. Hélas, après l'évasion de Michael Myers de l'asile, Halloween 2007 retombe dans ses travers, celui d'un slasher probe et largement au-dessus de la moyenne habituelle... Mais de facture classique et conventionnelle. Certes, par d'habiles subterfuges, Rob Zombie reprend la formule qui a fait le succès du film original : l'ombre de Myers qui disparaît puis réapparaît sans crier gare, une psychasthénie mentale qui ne trouve pas de réponse, des meurtres d'une rare violence et un croquemitaine synonyme d'effroi et de terreur. 
Entre hommage, remake et prequel, Halloween 2007, contrairement aux apparences, ne parvient pas vraiment à se démarquer de son auguste prédécesseur, même si on relève (ici et là) plusieurs différences notables. Enfin, le film n'atteint jamais la quintessence d'un Devil's Rejects (2005), la précédente réalisation de Rob Zombie.

Note : 13.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

15 septembre 2016

Un Après-Midi de Chien (Faites sauter la banque !)

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Genre : policier
Année : 1975
Durée : 2h04

Synopsis : Des gangsters débutants braquent une banque et se retrouvent cernés par la police et les médias. Ils prennent en otage les employés de la banque. Débute alors un cauchemar qui va durer des heures.

La critique :

On peut désormais classer Sidney Lumet parmi les grands réalisateurs hollywoodiens. On lui doit notamment plusieurs classiques du noble Septième Art, entre autres, Douze Hommes en Colère (1957), Serpico (1973), Le Prince de New York (1981), Le Verdict (1982) et Family Business (1989). Vient également s'ajouter Un Après-Midi de Chien, sorti en 1975.
A l'origine, le scénario du film, écrit par Frank Pierson, s'inspire à la fois d'un fait divers et d'un article d'un magasine (Life) publié par P. F. Kluge et Thomas Moore. Le titre original du film, à savoir Dog Day Afternoon, désigne les jours caniculaires du mois d'août aux Etats-Unis. Surtout, Un Après-Midi de Chien marque une rupture rédhibitoire dans le genre policier et plus précisément dans le registre du braquage de banque.

Ici, les pilleurs ne sont pas des criminels forcenés qui admonestent, rudoient, torturent et/ou assassinent les otages. En outre, les bandits sont de vulgaires quidams, soit "Monsieur et Madame Tout le Monde" si j'ose dire. Au moment de sa sortie, Un Après-Midi de Chien se solde un immense succès commercial. Pourtant, à la base, Sidney Lumet obtient difficilement les faveurs et l'accord de sa vedette principale, Al Pacino. La raison ? Le célèbre acteur du Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) incarne un homosexuel qui lutine et s'énamoure avec un autre homme en pleine opération "transgenre".
Sur ce dernier point, le film aborde toute une panoplie de thématiques sur lesquelles nous reviendrons par la suite. Hormis Al Pacino, la distribution du long-métrage réunit John Cazale, Peneloppe Allen, Charles Durning, Chris Sarandon et James Broderick.

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De surcroît, Un Après-Midi de Chien remportera plusieurs récompenses, notamment l'Oscar du meilleur scénario original, le meilleur montage, le prix du meilleur acteur pour Al Pacino et celui du meilleur second acteur pour Chris Sarandon. Reste à savoir si le film mérite un tel plébiscite. Attention, SPOILERS ! (1) À Brooklyn, durant une journée d'été, trois criminels entrent dans une banque pour la dévaliser. Un premier change d'avis et sort à peine le braquage commencé.
Restent Sonny et Sal qui se font remettre le peu d'argent présent dans la banque. 
Leur braquage dégénère et ils se retrouvent assiégés par la police dans la banque. Les policiers, bientôt rejoints par le FBI, tentent de négocier avec Sonny et Sal. Il s'avère bientôt que Sonny espérait, avec le butin du braquage, payer l'opération de changement de sexe de son mari Leon.

Le siège de la banque par la police fait bientôt l'objet de l'attention des médias. Les otages éprouvent une certaine sympathie pour les braqueurs. (1) Au risque de nous répéter, Un Après-Midi de Chien change radicalement la face du film de braquage. D'ordinaire, les voyous sont cagoulés ou masqués, morigènent les otages et narguent la police. Ici, rien de tout cela.
En l'occurrence, nos trois bandits d'infortune sont très vite réduits à quia. Dès leur entrée fracassante dans une banque de Brooklyn, l'un d'entre eux, trop froussard pour assurer le forfait, s'esbigne. Après seulement cinq petites minutes de bobine, notre petite équipe de voyous se résume seulement à deux acolytes. Leurs visages ne sont même pas masqués. Ce ne sont pas non plus des brutes épaisses qui inspirent la terreur aux employés de la banque.

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A contrario, ils se montrent même affables et courtois, en particulier Sonny (Al Pacino). Toutefois, ce dernier doit veiller au comportement un peu plus psychopathique de son fidèle comparse, Sal, qui se tient prêt à manier la gâchette contre les otages et même la police toute entière. D'une situation à priori banale (le braquage d'une banque), Sidney Lumet nous conte un drame humain.
Toutefois, le cinéaste a le mérite de ne jamais s'engourdir dans la tragédie ordinaire. Et pourtant, dès les premières minutes du film, la conclusion finale et le sort funeste des deux protagonistes sont déjà annoncés par un réalsisateur indocile, exaltant une Amérique marginale et hédoniste. Ce sont les deux thématiques principales du film. Un Après-Midi de Chien marque donc l'avènement une société libertaire et consumériste.

Ainsi, les rôles s'inversent. Moretti (Charles Durning), le policier chargé de l'affaire, est incarné par un acteur ventripotent et très vite dépassé par les inimitiés. Raillé et tancé par la foule, il devient le jocrisse et le nouveau bouffon de la presse. A contrario, Sonny se transforme en nouvelle égérie des médias, à la fois adulé par le public et même par ses propres otages.
Ici, c'est donc la racaille qui devient populaire alors que le flic se transmute en brute impavide et incompétente. Un oxymoron totalement assumé par un Sidney Lumet plus narquois que jamais. Le cinéaste s'ébaudit de cette situation rocambolesque et de ses personnages. Le réalisateur multiplie les péripéties les plus incongrues. Sonny se transforme en homosexuel marié à un futur transgenre. Ce dernier est appelé à la rescousse pour stopper les furibonderies de son époux.

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Parallèlement, la mère et l'ex-femme de Sonny viennent tonner le fils ou le mari désinvolte. On croit rêver. La police et le public aussi. Si le scénario se concentre presque exclusivement sur la figure de Sonny, sorte de parangon "loser" de l'hédonisme, le film n'oublie jamais ses personnages secondaires. Par exemple, Sal est la parfaite antithèse de Sonny, une sorte de psychopathe imprévisible et qui semble ne rien piger à la situation. Pis, celui-ci désire se retirer dans un pays à l'étranger, plus précisément dans l'Etat du Wisconsin, comme il l'assène à son fidèle comparse.
On passe ainsi du drame humain à la comédie goguenarde en passant également par le film policier. On pourrait même taxer Un Après-Midi de Chien de film visionnaire. Après avoir harangué et malmené les policier, Sonny, qui incarne l'apogée du consumérisme, sera arrêté et stoppé net dans sa fuite. Une sorte de destin funeste et inéluctable qui annonçait déjà avant l'heure le fiasco de cet eudémonisme.

 

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_apr%C3%A8s-midi_de_chien

14 septembre 2016

Un Français ("Frenchie" History X)

Un français

Genre : drame (interdit aux - 12 ans)
Année : 2015
Durée : 1h38

Synopsis : Avec ses copains, Braguette, Grand-Guy, Marvin, Marco cogne les Arabes et colle les affiches de l'extrême droite. Jusqu'au moment où il sent que, malgré lui, toute cette haine l'abandonne. Mais comment se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu'on a en soi ? C'est le parcours d'un salaud qui va tenter de devenir quelqu'un de bien.

La critique :

Le racisme a toujours inspiré le noble Septième Art. Une histoire qui commence dès 1915 avec Naissance d'une Nation (D.W. Griffith). A l'époque, le long-métrage suscite à la fois les louanges, notamment pour sa virtuosité technique et esthétique, et les quolibets, pour sa vision xénophobe et colonialiste. Répudié et vilipendé par ses pairs, D.W. Griffith réalise Intolérance en 1916 en réponse à ses nombreux contempteurs. En vérité, les deux films (donc Naissance d'une Nation et Intolérance, au cas où vous n'auriez pas suivi...) sont des fresques historiques et symptomatiques de leur époque.
Bien des années plus tard, c'est le film Dupont Lajoie (Yves Robert, 1975) qui provoque le scandale et les acrimonies, pour sa dénonciation (entre autres...) des ratonnades.

L'air de rien, le long-métrage marque une rupture rédhibitoire dans sa vision du racisme, à savoir une xénophobie partiale, manichéenne et à sens unique. En résumé, d'un côté, il y a l'homme blanc (souvent un français...) intolérant et qui ne supporte pas la présence sur son "territoire" du "Noir" et de "l'Arabe". Un propos corroboré par American History X (Tony Kaye, 1998).
Certes, comme son titre l'indique, il s'agit d'un film hollywoodien qui tente d'analyser les sources et les fondements de cette xénophobie, par ailleurs teintée d'antisémitisme, le long-métrage se confinant rapidement dans la caricature outrancière. Sous l'égide de SOS Racisme et de toutes ces associations se souciant d'une intolérance grandissante dans nos sociétés occidentales, de nombreux films deviennent malgré eux les nouveaux édifices de la bien-pensance.

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L'objectif ? Encore une fois, culpabiliser le "blanc" et le taxer à la fois de raciste et d'antisémite. Une thèse par ailleurs attestée par la montée de l'Extrême Droite en Occident, mais sans analyser les origines de cette décrépitude. C'est que ce tente de faire Diastème avec Un Français, sorti en 2015. La distribution du film réunit Alban Lenoir, Samuel Jouy, Paul Hamy, Olivier Chenille, Jeanne Rosa, Patrick Pineau et Lucie Debay. Au moment de sa sortie, Un Français essuie une rebuffade et se solde par un échec commercial.
De surcroît, le long-métrage passe (presque) totalement inaperçu dans les salles obscures. A contrario, le film suscite la controverse, notamment pour ses thématiques. Thématiques sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement. Attention, SPOILERS ! (1) Le film raconte, sur une période de 19 ans (de 1994 à 2003), l'histoire de Marco et de ses acolytes, Braguette, Grand-Guy et Marvin.

Ils sont ce que l'on appelle des boneheads et passent leurs journées à cogner des Noirs, des Arabes, et des Juifs, et à coller des affiches de l'extrême droite. Mais peu à peu, au fil des années, Marco se remet en question et décide de se repentir, de devenir quelqu'un de bien et d'abandonner cette haine et ce mépris. On va alors suivre le parcours d'un homme essayant par tous les moyens d'abandonner la colère, la violence et la bêtise qui le rongent pendant qu'autour de lui, à l'inverse, la société se radicalise de plus en plus et plusieurs personnes de son entourage, notamment sa petite amie et un de ses amis, tous deux décidés à garder leurs idéaux racistes, xénophobes, islamophobes, antisémites, homophobes... ne le reconnaissent plus. (1) Le cinéaste est bien conscient de toucher à un sujet à la fois sensible et spinescent.
Il élude ainsi tout parti pris et évite l'écueil d'Yves Robert avec Dupont Lajoie.

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Par certains aspects, le parcours de Marco n'est pas sans rappeler celui de Derek Vinyard (Edward Norton) dans le film American History X. A tel point que l'on pourrait peut-être évoquer, à travers le portrait de Marco, une sorte de "Frenchie history X", mais sans les travers du film de Tony Kaye. Evidemment et vous vous en doutez, Un Français possède à la fois son lot de fans et de détracteurs.
D'un côté, il y a ceux qui plébiscitent le travail de Diastème pour son propos audacieux. De l'autre, les contempteurs admonestent certaines facilités et redondances dans le (long) parcours de son personnage principal. En outre, difficile de qualifier Un Français comme le nouveau Dupont Lajoie ou American History X. Le film n'a pas de telles vélléités ni de telles aspirations. En l'état, au regard d'un propos parfois simpliste voire ingénu, Diastème aurait dû intituler son film "Un acteur", tant Alban Lenoir porte le long-métrage sur ses larges épaules.

Sur ce dernier point, Un Français fonctionne comme un documentaire, suivant inlassablement son personnage principal au gré ("mal gré") de ses pérégrinations. D'une sorte de skinhead licencieux, couard et égrillard, Marco se transmue peu à peu en jeune homme en quête de rédemption ou plutôt de rémission. Parallèlement à ce cheminement piaculaire, Diastème analyse l'évolution du discours du Front National, en évitant prestemment de citer le nom du parti.
On passe donc d'un discours xénophobe et comminatoire à de longues homélies édulcorées de toute connotation raciste voire fasciste. Hélas, en choisissant d'éluder toute question politique, pourtant inhérente à un tel sujet, Diastème perd parfois (souvent...) le fil de son sujet. D'où le sentiment d'assister à un film dénué de tout caractère idéologique. 

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Paradoxalement, le long-métrage est lui-même rattrapé par son fil conducteur. A aucun moment, le film ne parvient à analyser et/ou à pointer les origines de cette montée de l'Extrême Droite en France, à savoir cette plèbe et cette populace peu à peu délaissées par les partis politiques. Et pourtant, au détour de quelques saynètes furtives, le constat est édifiant. C'est d'ailleurs ce qui transparaît à travers le parcours et la quasi autoscopie mentale de Marco, à savoir que la "gauche" a abandonné le peuple alors que la "droite" a abandonné la Nation. Et c'est ce qu'a parfaitement compris le Front National.
C'est aussi ce qui explique son succès dans les bureaux de vote. Pourtant, Diastème esquive à nouveau ce sujet difficile. Le réalisateur préfère opter pour le long-métrage simple et laconique, privilégiant la longue déréliction de son personnage principal. De ce fait, Un Français laisse une impression mitigée, comme le sentiment d'un film inachevé. En revanche, le film convainc davantage lorsqu'il s'agrippe à la psyché de Marco, à cet homme inlassablement poursuivi par ses propres démons, notamment par ce divorce avec ses écueils et ses corollaires, laissant l'ancien skinhead dans sa neurasthénie et sa solitude.

Note : 11.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_Fran%C3%A7ais

13 septembre 2016

Les Chasses du Comte Zaroff (Partie d'échecs dans la jungle)

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Genre : aventure, survival 
Année : 1932
Durée : 1h03

Synopsis : Un chasseur de renom échoue sur une île à la suite d'un naufrage dont il est le seul survivant. Le comte Zaroff le recueille et le soigne, seulement, il se rendra bientôt compte que ce comte, raffiné et cultivé, entretient une mortelle passion pour la chasse. Las de la chasse conventionnelle, le mystérieux comte est à la recherche de nouveaux frissons

La critique :

Avant de débuter cette chronique, il serait de bon ton de distinguer les classiques du Septième Art et les grandes oeuvres qui ont bouleversé à jamais la vision du cinéma. Indiscutablement, Les Chasses du Comte Zaroff (The Most Dangerous Game de son titre original), réalisé par Enerst B. Schoedsack et Irving Pichel en 1932, appartient à cette dernière catégorie. Dire que le film a marqué (et continue de marquer) durablement le Septième Art est un doux euphémisme.
Pourtant, le long-métrage n'est pas forcément la pellicule ni la référence qui vient immédiatement à l'esprit. En outre, Les Chasses du Comte Zaroff pourrait s'apparenter à un immense chef d'oeuvre plébiscité par les cinéphiles avertis. Est-ce une oeuvre intellectuelle pour autant ? En outre, difficile de répondre à cette interrogation.

Oui, le film suscite et nécessite plusieurs niveaux de lecture. A contrario, le film étonne par la simplicité (voire l'ingénuité) de son scénario. En France, le métrage est sorti sous un titre au singulier (donc La Chasse du Comte Zaroff, au cas où vous n'auriez pas compris). Pourtant, régulièrement, c'est la dénomination plurielle qui est utilisée. Une bévue difficilement explicable mais qui est toujours d'actualité. A l'origine, Les Chasses du Comte Zaroff est l'adaptation d'une nouvelle éponyme de Richard Connell.
Derrère la caméra du film, on retrouve Ernest B. Schoedsack, le futur patriarche (si j'ose dire) de King Kong en 1933. D'ailleurs, les deux longs-métrages seront tournés dans la foulée. Ernest B. Schoedsack s'adjoint à la fois les services d'Irving Pichel et Merian C. Cooper pour la conception du film.

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Quant au titre original, The Most Dangerous Game, il a un double sens puisqu'il désigne à la fois le "jeu" et le "gibier" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Chasses_du_comte_Zaroff). La distribution du film réunit Joel McCrea, Faye Way (dont c'est le tout premier rôle au cinéma et que l'on retrouvera dans King Kong l'année d'après), Leslie Banks, Robert Armstrong, Noble Johnson et Steve Clemente.
Attention, SPOILERS ! Un chasseur de renom, Robert "Bob" Rainsford, échoue sur une île à la suite d'un naufrage dont il est le seul survivant. Le comte Zaroff le recueille et le soigne, seulement, il se rendra bientôt compte que ce comte, raffiné et cultivé, entretient une mortelle passion pour la chasse. Las de la chasse conventionnelle, le mystérieux comte est à la recherche de nouveaux frissons.

Certes, Les Chasses du Comte Zaroff ne joue pas dans la même cour que King Kong, une pellicule aussi ambitieuse que grandiloquente. En l'occurrence, The Most Dangerous Game est nanti d'un modeste budget. Pourtant, le film annonce déjà le futur mastodonte. On relève de nombreuses analogies entre les deux longs-métrages, entre autres, cet attrait pour la chasse (celle d'un gorille aux incroyables rotondités dans King Kong et celle de deux quidams dans The Most Dangerous Game).
La question est donc la suivante : pourquoi Les Chasses du Comte Zaroff s'est-il octroyé le statut de classique du cinéma ? Cette interrogation contient plusieurs éléments de réponse. Tout d'abord, le film surprend par la magnificence et la somptuosité de ses décors naturels. Ernest B. Schoedsack et ses techniciens nous convient sur une île en déshérence ou presque...

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Alors que Bob Rainsford échoue sur cette île, il découvre une longue route sinueuse et obombrée pour atterrir finalement dans la demeure cossue du Comte Zaroff. Les deux hommes partagent le même engouement pour la chasse. Dès lors, la caméra de Schoedsack se centre largement sur les visages et les mimiques des protagonistes. Le comte Zaroff se démarque essentiellement par un charisme énigmatique et un magnétisme quasi animal.
Ce faciès comminatoire est accompagné par d'autres figures machiavéliques et adeptes de la chasse. Parallèlement, l'antre de cette nouvelle bête démoniaque est nimbée par de nombreux objets symboliques qui font (encore une fois) référence à la chasse, à la prédation, à la guerre, aux champs de batailles et à la transgression.

Ce qui séduit immédiatement dès les premières images du film, c'est son caractère primitif et archaïque. Pour le Comte Zaroff, cette chasse à l'homme s'apparente à une simple partie d'échecs dans la jungle, comme il le claironne à ses futurs gibiers. L'être humain est appelé ici à s'avilir à l'état d'animalcule. Mais la dialectique peut néanmoins s'inverser. Dès lors, Les Chasses du Comte Zaroff se transmute en survival dans une jungle hostile.
Toutefois, le film ne se contente pas seulement de déployer une nature à la fois châtoyante et belliciste. L'air de rien, Ernest B. Schoedack dissémine plusieurs pistes philosophiques et même psychanalytiques. Impossible de ne pas y voir un caractère freudien, comme si le cinéaste voulait nous convier aux tréfonds de l'inconscience, de nos instincts primitifs et de notre cerveau reptilien.

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Durant ses péripéties, Bob Rainsford et sa compagne d'infortune, Eve Trowbridge, devront affronter leurs propres angoisses archaïques (notamment l'acrophobie et l'achluophobie). Puis, au détour d'une course poursuite effrénée, c'est un saurien qui surgit des marais (un autre endroit à consonance cauchemardesque digne de l'interprétation des rêves). D'ailleurs, ce n'est pas un hasard.
The Most Dangerous Game fera l'objet de nombreux remakes (notamment A Game of Death de Robert Wise, La chasse sanglante de Peter Collinson, La Comtesse Perverse de Jesse Franco ou encore Que la chasse commence d'Ernest R. Dickerson). 
De surcroît, des films tels que Predator (1987) et Délivrance (1974), ne sont finalement que des sous-fifres et de bien modestes épigones.
Non, John Mctiernan et John Boorman n'ont rien inventé. La quintessence de cette nature prosaïque et hostile se trouve dans l'imagerie vespérale de The Most Dangerous Game.

Note : 20/20

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12 septembre 2016

Vomit Gore 4 - Black Mass Of The Nazi Sex Wizard (Les enfants de Satan)

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Genre : gore, trash, extrême, underground, expérimental, inclassable (interdit aux - 18 ans)
Année : 2015
Durée : 1h06

Synopsis : (1) Pendant une sombre nuit de Noël, Angela nous transporte dans sa descente aux enfers du royaume satanique où plusieurs filles aux âmes torturées se vendent à Satan. (1)


La critique :

Suite et fin du cycle consacré à la tétralogie réalisée par Lucifer Valentine, avec le quatrième et dernier chapitre (pour le moment) de la franchise, soit Vomit Gore 4 : Black Mass of the Nazi Sex Wizard, sorti en 2015. Un intitulé prolixe et interminable pour désigner la suite finalement assez logique de la trilogie. Une trilogie qui se terminait sous les hurlements et les rejets émétiques d'Ameara LaVey et ses concurrentes sadomasochistes dans Slow Torture Puke Chamber (2010).
Hélas, le troisième opus avait laissé un arrière goût d'amertume aux fans irréductibles de la saga, celle d'une franchise inachevée et un brin redondante. Surtout, ce troisième volet se montrait curieusement plus timoré que le sanguinaire ReGOREgitated Sacrifice (2008).

Cette fois-ci, le but de Lucifer Valentine, à travers ce Vomit Gore 4 qui a au moins le mérite d'annoncer la couleur, est de marquer une rupture rédhibitoire avec ses illustres modèles. Le personnage d'Angela Aberdeen est promptement évincé de la partie vomitive par une autre (jolie) demoiselle, une certaine Sister S., elle aussi en proie à des visions sataniques le soir de Noël.
Mais vous pouvez promptement oublier et phagocyter les guirlandes, le sapin et la bonne vieille dinde de Noël au profit d'une orgie sanglante et peu ragoûtante, dont Lucifer Valentine détient le secret. Une mixture peu ragoûtante qui tente néanmoins de se diversifier, à l'image des premières minutes du film. Par quelques saynètes furtives, le cinéaste nous convie à scruter quelques scènes se déroulant en extérieur. Une première dans la tétralogie !

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Puis prestemment, Lucifer Valentine nous présente les inimitiés. Tout d'abord, en guise d'introduction, c'est une jeune femme qui dégurgite le contenu de son estomac à l'intérieur d'une baignoire, laissant apparaître le long intitulé de ce quatrième volet, donc Vomit Gore 4 : Black Mass of the Nazi Sex Wizard. Le long-métrage s'inscrit finalement dans le sillage et la continuité de Slow Torture Puke Chamber. Lucifer Valentine semble avoir délaissé cette musique stridente et cacophonique, ainsi que ce montage quasi épileptique, cherchant à tout prix à estourbir le spectateur.
En l'occurrence, le scénario se montre plus "accessible" (un terme néanmoins à guillemeter et à minorer) qu'à l'accoutumée. Selon le propre aveu de l'héroïne principale, la jeune femme et ses comparses seraient à la fois les suppôts et les esclaves de Satan !

"I am a child of Satan !" argue péremptoire la blondinette devant la caméra peu complaisante de Lucifer Valentine. 
De surcroît, le réalisateur nous convie dans un trip démoniaque et eschatologique, un chemin escarpé conduisant tout droit vers les limbes de l'enfer. Un voyage et un périple hallucinogènes consistant principalement à dégobiller le contenu du bol intestinal.
Impression corroborée par toute une série de priapées et de performances vomitives, urophiles et même cannibales. Ici, les jeunes femmes ne se contentent pas "seulement" (si j'ose dire...) de rejeter leur bol alimentaire. Derrière leurs longues séances d'émétophile près de la cuvette des toilettes, les jeunes femmes présentent toutes des visages émaciées, étrangement impavides, avant soudainement de pleurer puis de se morfondre devant la caméra de Lucifer Valentine.

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Après le suicide et la mort d'Angela Aberdeen, le cinéaste semble vouloir explorer les désillusions et les désagréments d'une poignée de jeunes femmes. Impression à nouveau corroborée par une bande son tétanisante, invariablement identique et régulièrement parsemée par des images subliminales. Cette iconographie satanique est parfois euphémisée par des extraits de dessin animé.
En l'état, Vomit Gore 4 est aussi l'épisode le plus volubile de la tétralogie. Tour à tour, les divers personnages du film témoignent. Toutefois, Lucifer Valentine se montre toujours aussi lapidaire sur les réelles intentions des protagonistes. Leur volonté ? Rejoindre Satan quelque part dans le purgatoire. Si le film n'échappe pas parfois à la caricature, à l'image de ces drapeaux nazillards qui nimbent régulièrement la pellicule, Vomit Gore 4 n'en demeure pas moins le chapitre le plus abouti et le plus éloquent de la franchise. Lucifer Valentine maîtrise parfaitement son sujet.
Mieux, au détour de plusieurs séquences toujours aussi sanguinolentes, le réalisateur nous expose le cas douloureux et spinescent de plusieurs jeunes femmes en pleine décrépitude. Devenues malgré elles des super consommatrices, elles rejettent désormais cette mixture "hédoniste" pour mieux s'adonner à Satan. C'est peut-être (sûrement ???) l'une des thématiques essentielles du film et finalement de la tétralogie.

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.horreur.com/?q=nid-5754%2Fvomit-gore-4-vomit-gore-4-black-mass-nazi-sex-wizard-2015-lucifer-valentine (critique du film par Nicolas Beaudeux)

11 septembre 2016

A Des Millions de Kilomètres de la Terre (L'invasion vient de Vénus)

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Genre : science-fiction
Année : 1957
Durée : 1h22

Synopsis : Un vaisseau spatial parti à la conquête de de la planète Vénus s'écrase dans la mer, libérant une créature appelée Ymir. 

La critique :

Parmi les nombreux artisans du cinéma bis, Nathan Juran reste un réalisateur et une référence incontournables. Le cinéaste s'est essentiellement spécialisé dans les westerns, les films d'épouvante, fantastiques et de science-fiction au cours de sa carrière. On lui doit notamment Une balle dans le dos (1949), Le château de la Terreur (1951), La légende de l'épée magique (1953), La chose surgit des ténèbres (1957), L'attaque de la femme de 50 pieds (1958), Le septième voyage de Sinbad (1958), Jack le tueur de géants (1962) et Les premiers hommes dans la Lune (1964).
Vient également s'ajouter A des millions de Kilomètres de la Terre, sorti en 1957. A tort, le long-métrage est souvent catalogué parmi les séries Z faméliques et impécunieuses, à cause en partie, de son image en noir et blanc.

Aujourd'hui, le film existe en dvd et bénéficie d'une version colorisée. En l'état, A des millions de kilomètres de la Terre (20 Million Miles to Earth de son titre original) est une série B symptomatique de son époque, donc des années 1950. Le film bénéficie surtout de la participation et des effets spéciaux et visuels (en stop motion) de Ray Harryhausen.
Par le passé, le célèbre créateur a déjà fait ses preuves dans plusieurs séries B notoires, notamment dans Monsieur Joe (Ernest B. Schoedsack, 1949), Le Monstre des Temps Perdus (Eugène Lourié, 1953) et Le Monstre vient de la Mer (Robert Gordon, 1955). A l'époque, Ray Harryhausen ressort du tournage haletant et harassant de Les Soucoupes Volantes Attaquent (Fred F. Sears, 1956), une autre série B qui a largement contribué à populariser le nom de Ray Harryhausen. 

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Pour 20 Million Miles To Earth, le technicien est dépêché sur place pour concevoir un extraterrestre monstrueux, débarqué d'une planète à priori hostile, la fameuse étoile du Berger, donc Vénus. Autant le dire tout de suite. A des millions de kilomètres de la Terre justifie surtout son visionnage pour les magnifiques effets spéciaux conçus par Ray Harryhausen.
La distribution du film réunit William Hopper, Joan Taylor, Frank Puglia, John Zaremba, Tito Vuolo et Arthur Space. A noter l'apparition furtive mais néanmoins remarquée du même Ray Harryhausen dans le rôle d'un homme apparaissant dans un zoo. Attention, SPOILERS ! (1) 
Une énorme fusée tombe dans la mer à proximité d'une flottille de pêche du village sicilien de Gerra.

Des pêcheurs téméraires, Verrico et Mondello, secondés par le gamin Pepe, réussissent à sauver deux de ses occupants avant qu'elle ne soit engloutie par les flots. Les survivants, le colonel Calder et le docteur Sharman, s'avèrent être des membres d'une expédition américaine de retour de Vénus, leur engin ayant dévié de sa trajectoire. Un jeune gosse, Pepe, trouve sur le rivage un cylindre en verre et en extirpe une sorte de cocon gélatineux.
Il va immédiatement le vendre comme une curiosité de la mer au docteur Leonardo, un zoologiste qui travaille non loin de là dans son laboratoire ambulant en compagnie de sa petite fille Marisa, médecin en devenir. Cette dernière est appelée en renfort au chevet des blessés et Calder recueille les notes de Sharman avant que celui-ci expire : ils ont rapporté un spécimen animal de leur expédition. 

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Avec l'aide de la délégation militaire américaine arrivée à la rescousse et des autorités italiennes, Calder, remis sur pieds, part à la recherche du cylindre. Pendant ce temps, dans la caravane des Leonardo, le cocon libère une créature miniature. Calder et ses troupes se lancent à la poursuite des Leonardo au moment où ceux-ci découvrent avec stupéfaction que la créature grandit rapidement. (1)
Hélas, cette dernière parvient à s'escarper et sème la terreur et le chaos dans la capitale romaine. 
Seule petite originalité de cette série B anomique, la provenance de la créature. Pour une fois, l'extraterrestre ne vient pas de Mars mais de Vénus. Pendant longtemps, l'étoile du Berger sera considérée comme une planète jumelle de la Terre avant que les scientifiques ne découvrent, bien des années plus tard, un monde à l'atmosphère étouffante, avoisinant les 450 degrés Celcius à sa surface.

Exempt du petit cours d'astronomie, Nathan Juran mise essentiellement sur la complexion étrange de son animal aux couleurs verdâtres. A des millions de Kilomètres de la Terre joue plus ou moins habilement sur les peurs ancestrales de la Guerre Froide : l'arrivée impromptue d'un extraterrestre aux intentions à priori bellicistes, un contexte anxiogène et de paranoïa ambiante et un monstre soumis aux effets délétères de la gravité. En effet, notre atmosphère terrestre le transforme rapidement en une créature gigantesque et décimant tout sur son passage.
Sur la forme, 20 Million Miles To Earth ressemble à un nouvel ersatz de King Kong, la "belle" en moins. Visiblement en manque cruel d'inspiration, Nathan Juran élude toute humanisation de sa créature.

Cette dernière se contente seulement de grandir puis de prendre la fuite, intarissablement poursuivie par les hommes. Décrite comme ignoble et monstrueux, l'extraterrestre n'est finalement qu'un prédateur comme les autres, s'attaquant à la faune locale pour satisfaire son appétit pantagruélique. En outre, ce sont plutôt les hommes qui se montrent turpides et pernicieux, cherchant à tout prix à capturer et à effrayer l'extraterrestre vénusien. Pour le reste, pas grand-chose à signaler, si ce n'est un combat homérique entre Ymir (c'est le nom de la créature...) et un éléphant évidemment animé en stop motion et par les soins de Ray Harryhausen. On regrettera aussi des personnages humains inconsistants, ainsi qu'un scénario un brin redondant. Pour le reste, A des Millions de Kilomètres de la Terre séduira avant tout les aficionados du cinéma bis et/ou les grands amoureux des films de SF des années 1950.
En quelques mots : sympathique mais dispensable...

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_des_millions_de_kilom%C3%A8tres_de_la_Terre

10 septembre 2016

Jodorowsky's Dune (Vers la quintessence spirituelle)

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Genre : documentaire
Année : 2013
Durée : 1h25

L'histoire : En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de "Dune" au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes "El Topo" et "La Montagne sacrée", accepte. Il rassemble alors ses "guerriers" artistiques, dont Jean Giraud (Moebius), Dan O'Bannon, Hans-Ruedi Giger et Chris Foss qui vont être de toutes les aventures cinématographiques de science-fiction de la fin du siècle ("Star Wars", "Alien", "Blade Runner", "Total Recall" etc.). L'équipe de production recherche 5 millions de dollars pour finaliser le budget et se heurte à la peur des studios hollywoodiens qui craignent le tempérament de Jodorowsky... 

La critique :

Certes, parmi les plus grands classiques de la science-fiction et plus particulièrement du space opera, le grand public répondra probablement 2001, l'Odyssée de l'Espace (Stanley Kubrick, 1968) et Star Wars - Chapitre 4 : Un Nouvel Espoir (George Lucas, 1977). Vient également s'ajouter Dune, réalisé par David Lynch en 1984. Toutefois, le long-métrage est, encore aujourd'hui, sujet à de nombreuses controverses, notamment pour sa qualité, qui divise les grands amoureux de la science-fiction et surtout du roman éponyme de Frank Herbert.
En outre, Jodorowsky's Dune (Frank Pavich, 2013) se focalise sur ce véritable phénomène et plus particulièrement sur un projet pharaonique, mené d'une main de fer et sous la quasi hégémonie d'Alejandro Jodorowsky.

Après avoir provoqué les épigrammes et les quolibets avec Fando et Lis en 1967, le film ayant carrément déclenché une émeute au festival d'Acapulco, Alejandro Jodorowsky invente le Midnight Movie avec El Topo (1970), un western métaphysique qui devient rapidement la nouvelle égérie de nombreux artistes, notamment Andy Warhol et John Lennon, qui exaltent les qualités (entre autres, artistiques) de cette pellicule atypique et ésotérique.
Trois ans plus tard, Jodorowsky confirme tous les espoirs placés en lui avec La Montagne Sacrée. Si le long-métrage essuie un camouflet aux Etats-Unis, il obtient, à l'inverse, les ferveurs du public européen, notamment italien. L'univers déployé par "Jodo" sur pellicule sonne surtout le toxin d'un cinéma indépendant et anti-hollywoodien.

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L'art doit clairement s'exprimer et ne doit plus être brimé ou récusé par les préceptes de producteurs séditieux et pusillanimes. Dans cette démarche à la fois libertaire et artistique, Alejandro Jodorowsky est alors approché par un producteur français, Michel Seydoux. Impressionné par les talents et le magnétisme du réalisateur chilien, Michel Seydoux souhaite financer le prochain long-métrage de Jodorowsky. Extatique, ce dernier répond immédiatement "Dune !".
Non seulement, ce projet ambitieux et titanesque doit dépasser le fameux 2001, L'Odyssée de l'Espace en termes de succès et de notoriété, mais il doit également s'ériger comme le plus grand film du monde et de toute l'histoire du cinéma. Dune se doit d'atteindre la quintessence spirituelle en transcendant le divin et les spectateurs ébaubis sur leur siège.

C'est dans ce contexte que "Jodo" fait appel aux soins du dessinateur français Moebius. Enthousiastes, les deux hommes collaborent, griffonnent, dessinent et passent des nuits entières à gloser sur le scénario du film. En résulte une immence planche dessinée en forme de story board, cette dernière présentant chaque séquence, chaque personnage, chaque mouvement, chaque décor ou chaque vaisseau à la complexion phallique et étrange. Hagard, Jodorowsky découvre l'univers exhaustif et foisonnant inventé par Frank Herbert. Immédiatement, le cinéaste chilien y voit une consonance spirituelle.
De facto, chaque planète du film sera accompagnée par une musique planante et ésotérique. Alejandro Jodorowsky s'adjoint alors les services de Magma et de Pink Floyd pour composer la bande originale du film.

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Dune doit devenir cette expérience à part entière et sublimer l'art comme une partie fondamentale et élémentaire d'une nouvelle forme de métempsycose. Le spectateur doit être amené et emmené dans de nouvelles dimensions divines et subliminales. Avant Star Wars, Jodorowsky avait déjà cerné cette fascination et cette fantasmagorie pour ces forces ineffables, celles qui régentent à la fois la mythologie et la destinée. En ce sens, le héros de Dune, Paul Atréides, ne doit pas devenir une sorte de chevalier Jedi luttant contre l'oppression et le joug de l'Etoile de la Mort.
Le jeune homme, seulement âgé de 12 ans, doit s'ériger comme une sorte de prophète prêchant la bonne parole. Pour les effets spéciaux du film, Jodorowsky fait appel à l'érudition de Dan O'Bannon qui participera, quelques années plus tard, à la conception du xénomorphe d'Alien, le huitième Passager (Ridley Scott, 1979).

Parallèlement, Jodorowsky a déjà commencé à sonder son futur casting : David Carradine, Salvador Dali, Brontis Jodorowsky (le fils aîné de la famille), Orson Welles, Mick Jagger, Udo Kier et Amanda Lear complètent la distribution. Pour "Jodo" et ses prosélythes, il ne manque plus que la généreuse prodigalité d'un studio américain, soit cinq millions de dollars pour enfin commencer le tournage.
Hélas, sur place, "Jodo" et ses ouailles essuient une rebuffade. Certes, tous les studios, en particulier Universal et Walt Disney, exaltent les qualités du script. De leur propre aveu, ils n'ont jamais lu un scénario aussi captivant et ambitieux. Mais Hollywood et son armada de capitalistes craignent le tempérament de "Jodo". Pugnace, ce dernier refuse de céder à la tentation du lucre et du merchandesing

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Peu à peu, le projet Dune se délite et suscite le désappointement de tous ses augustes participants. Michel Seydoux fulmine. Il ne reverra plus Jodorowsky. Dan O'Bannon non plus. Ulcéré, Moebius retourne lui aussi dans ses pénates. Furibond, Jodorowsky ne s'en remettra jamais. Il lui faudra presque seize longues années avant de revenir derrière la caméra de Santa Sangre (1989). Nul doute que la sortie de Dune aurait changé à jamais la facette du cinéma, à la fois la façon de filmer et de transcender d'autres dimensions cosmiques et spirituelles. Mais à l'époque, personne n'y était encore préparé.
Il faudra probablement plusieurs décennies pour accepter le concept ésotérique et philosophique de Dune selon Jodorowsky. Quant à la version filmique proposée par David Lynch, elle provoquera chez Jodorowsky un rictus imbécile. Ou lorsque l'opuscule de Frank Herbert est dévoré par les requins hollywoodiens. Bien des années plus tard, ces derniers fourvoieront le public à coup de robots et de super-héros infatués et anomiques. Triste époque.

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

09 septembre 2016

Frankenstein - 1931 (Le récupérateur de cadavres)

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Genre : horreur, épouvante 
Année : 1931
Durée : 1h10

Synopsis : Henry Frankenstein est un jeune scientifique qui rêve de créer un être humain à l'aide de ses connaissances. En compagnie de son assistant Fritz, les deux hommes vont concrétiser ce dessein à partir de morceaux de cadavres mais l'expérience va tourner au cauchemar. En effet, le monstre à qui les savants ont greffé le cerveau d'un criminel, va échapper à leur contrôle et commettre plusieurs meurtres. 

La critique :

Certes, le nom de la firme "Universal Monsters" risque de ne pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, entre 1923 et 1960, la société de production américaine va devenir célèbre et s'affirmer comme le parangon du cinéma fantastique et d'épouvante. Dans les années 1920, Universal Monsters adapte principalement des romans dans le cadre du cinéma muet. Des adaptations telles que Le Fantôme de l'Opéra, Notre-Dame de Paris et Le Bossu de Notre-Dame assoient sa notoriété.
Puis, les choses s'accélèrent dans les décennies suivantes avec Dracula (Tod Browning, 1931), Le Loup-Garou (George Waggner, 1941) et L'étrange créature du lac noir (Jack Arnold, 1954). Vient également s'ajouter Frankenstein, réalisé par James Whale en 1931.

A l'origine, ce film d'épouvante est tiré d'une pièce de théâtre, elle-même basée sur le célèbre roman de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne. Dans un premier temps, plusieurs essais sont tournés avec l'acteur Bela Lugosi dans le rôle de ce scientifique turpide et avide de découverte. Le film est alors tourné par Robert Florey. Mais le cinéaste n'est pas spécialement convaincu par les premières images. En compensation, les producteurs de Universal Monsters lui confient alors la réalisation de Double Assassinat dans la rue Morgue, toujours avec Bela Lugosi.
Qu'à cela ne tienne, le projet Frankenstein est confié aux soins de James Whale. A son tour, le cinéaste confie le rôle du "Monstre" anonyme à un certain Boris Karloff. Ce rôle va le rendre éminemment célèbre. 

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Pourtant, à l'époque, l'acteur possède déjà une filmographie exaustive et s'est déjà fait remarquer dans Le Dernier des Mohicans (1920), La frontière humaine (1925), Le Corsaire Masqué (1926) et Le Passeport Jaune (1931). Mais avant Frankenstein, le public ne connaît pas encore le visage hâve et quasi méphitique de Boris Karloff. Viennent également s'ajouter les noms de Colin Clive, Mae Clarke, John Boles, Edward Van Sloan, Frederick Kerr et Dwight Frye.
Pour les maquillages du "Monstre", James Whales fait appel à l'érudition de Jack Pierce. En outre, ce dernier s'inspire des opérations chirurgicales effectuées sur le cerveau pour concevoir le visage de la créature. Au moment de sa sortie, Frankenstein obtient un succès triomphal dans les salles obscures.

De surcroît, les critiques sont unanimement panégyriques. Mieux, le long-métrage s'inscrit durablement parmi les grands classiques du cinéma d'épouvante. Certains journaux spécialisés le classent parmi les cents meilleurs films jamais réalisés. En apparence, le scénario de Frankenstein est à la fois basique et laconique. Attention, SPOILERS ! Henry Frankenstein est un jeune scientifique qui rêve de créer un être humain à l'aide de ses connaissances. En compagnie de son assistant Fritz, les deux hommes vont concrétiser ce dessein à partir de morceaux de cadavres mais l'expérience va tourner au cauchemar.
En effet, le monstre à qui les savants ont greffé le cerveau d'un criminel, va échapper à leur contrôle et commettre plusieurs meurtres. Dès les premières minutes de bobine, James Whale a le mérite de présenter les inimitiés. 

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Le célèbre cinéaste nous convie en pleine oraison funèbre sous le regard hébété d'Henry Frankenstein et de son assistant. Le savant recueille des dépouilles dans son laboratoire. Son but ? Jouer à "Dieu" et créer à son tour une sorte de curiosité de la nature, un être conçu à partir de plusieurs morceaux de cadavres. Cuistre, fallacieux et condescendant, Henry Frankenstein est fier de sa nouvelle progéniture : "It's alive ! It's alive !" s'écrie ce nouveau "génie" des temps modernes.
Hélas, son acolyte, Fritz, a commis une erreur fondamentale. Lors d'une expédition nocturne, l'assistant a subtilisé le cerveau malade d'un tueur en série notoire. C'est ce cerveau démentiel qui va constituer à la fois le substrat et la psyché de la créature anonyme. Le "Monstre" semble alors condamné à perpétrer d'odieux forfaits.

Telle est la question posée en filigrane par James Whale. Le cas d'Henry Frankenstein soulève aussi la question de l'eugénisme. C'est même la thématique intrinsèque du film. Lors d'une courte homélie, c'est un éminent professeur de chirurgie qui explique à ses étudiants dociles la différence entre un cerveau "normal" et celui d'un esprit dérangé. Le chirurgien pointe alors plusieurs circonvolutions et rugosités comme les explications scientifiques et rationnelles d'un comportement inapproprié.
Nous ne sommes qu'en 1931 et pourtant, le long-métrage préfigure déjà les théories pernicieuses et antisémites du Nazisme et du Troisième Reich. 
Un gouvernement propagandiste et autoritaire qui connaîtra hélas son avènement deux ans plus tard en Allemagne. Atteint par le Complexe d'Icare, Henry Frankenstein glose et pérore devant ses congénères. 

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Il ignore encore que sa nouvelle progéniture va se retourner contre lui. C'est donc un destin funeste qui attend le professeur et sa future épouse, en plein convolage. La séquence "clé" est évidemment celle se déroulant près d'un lac. Lâchée malgré elle en pleine nature, la créature fait la connaissance d'une jeune fillette. Tout d'abord rétif, le "Monstre" s'accointe et sympathise avec cette dernière. Puis de façon totalement involontaire, la créature noie la fillette.
Toute la cruauté du film transparaît à travers cette saynète lapidaire. Le "Monstre" est condamné à devenir un paria et à sonner le toxin d'une communauté archaïque et primitive. C'est cet étrange paradoxe qui est sans cesse souligné par la virtuosité de James Whale. Un oxymoron corroboré par de nouvelles questions : Qui est le véritable "monstre" ? Henry Frankenstein ? Les hommes ? Ou cette créature sans cesse répudiée, malmenée et tancée par la société dite "moderne" ? 
Mais le film n'aurait pas le même impact sans la magnifique performance de Boris Karloff, qui transcende la caméra par sa démarche claudicante et son regard à la fois terrifiant et candide. Bref, en deux mots : parfaitement indispensable !

Note : 18/20

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08 septembre 2016

Slow Torture Puke Chamber (Chaos, confusion, vomi)

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Genre : gore, trash, extrême, underground, expérimental, inclassable (interdit aux - 18 ans)
Année : 2010
Durée : 1h15

Synopsis : Une prostituée boulimique parle de son enfance perturbée et dérangée tout en étant sexuellement torturée


La critique :

Suite du cycle consacré à la tétralogie Vomit Gore de Lucifer Valentine. Une saga qui semble suivre un cheminement nébuleux et amphigourique. A travers Slaughtered Vomit Dolls (2006), premier volet de la série, Lucifer Valentine explorait la psyché malade d'une jeune adulte, Angela Aberdeen, âgée de 19 ans. En proie à des visions maléfiques et schizoïdes, la jeune femme s'adonnait à d'étranges rituels sanglants et sataniques, où il était à la fois question de sexe, de tortures, de viol, d'anorexie mentale et de prostitution. Le film se terminait sur le suicide de la pauvre jeune femme.
Fin de la pellicule. A juste titre, Slaughtered Vomit Dolls marque durablement les esprits. Place désormais à ReGOREgitated Sacrifice, réalisé deux ans plus tard (donc en 2008).

Fidèle à son style, Lucifer Valentine accélère les inimitiés via un montage frénétique et épileptique, appuyant davantage sur les séquences trash, gore et peu ragoûtantes, à base de cannibalisme et d'émétophilie. Ce second chapitre de la franchise suivait à nouveau les "aventures" (si j'ose dire) d'Angela Aberdeen, cette fois-ci confinée dans une dimension parallèle.
ReGOREgitated Sacrifice est souvent considéré comme le volet le plus extrême de la saga. A l'origine, Slow Torture Puke Chamber devait être conçu et réalisé comme le dernier opus de la franchise.
Le long-métrage doit boucler la trilogie en apothéose. Sorti en 2010, le film sera néanmoins suivi, cinq ans plus tard, par un quatrième opus au titre évocateur, Vomit Gore 4 : Black Mass of the Nazi Sex Wizard

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Alors quoi de neuf sur la planète "Lucifer Valentine" ? Visiblement, Slow Torture Puke Chamber doit marquer une rupture rédhibitoire avec les deux précédents chapitres de la saga. Lucifer Valentine abandonne ce montage frénétique et ne cherche plus forcément à estourbir le spectateur d'images ultra violentes. Sur la forme, Slow Torture Puke Chamber s'apparente à un huis clos claustrophobique.
Le personnage d'Angela Aberdeen est toujours de la partie. Mieux, elle tient même une place prépondérante, enchaînant les séquences d'urophilie à une vitesse fulgurante. C'est d'ailleurs l'étiquette ou plutôt la marque de fabrique de ce troisième volet, à savoir cette fascination et cette étrange attirance pour les paraphilies. Ainsi, le spectateur est convié à mater d'interminables séquences d'urines, que ce soit dans une baignoire, dans un lavabo et même dans plusieurs bocaux.

Par conséquent, difficile de juger les différents interprètes. Ameara LaVey, véritable "héroïne" (si j'ose dire...) de la saga, s'adonne à son exercice favori. Au détour d'une séquence, la jeune actrice qui impressionne par sa vélocité, parvient même à s'uriner dans la bouche ! Toutefois, l'interprète trouve ici une autre concurrente de poids, une certaine Hope Likens, qui elle aussi, accumule les performances "hard". Parmi les différentes insanités affichées devant la caméra érubescente de Lucifer Valentine, la jeune femme multiplie à son tour les séances d'émétophilie.
Pis, après avoir longuement tortoré une sorte de fraisier avec des insectes vivants, Hope Likens dégurgite la mixture à divers endroits pour le moins inattendus : une baignoire, un lavabo et dans plusieurs verres savamment disposés.

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Par la suite, Slow Torture Chamber se transmute soudainement en film pornographique à tendance sadomasochiste. Le spectateur assiste béat à une longue séance d'onanisme avec un crucifix. Puis la masturbation se transforme en viol se déroulant dans la souffrance, la douleur et les tintinnabulations de la victime. A nouveau, Lucifer Valentine explore la psyché de sa protagoniste principale, nous transportant à la fois dans l'enfance, l'adolescence et les souvenirs d'Angela Aberdeen.
Puis, sans fard, le cinéaste s'adonne à une séquence de démembrement intestinal, cette dernière aboutissant à l'extraction sanglante d'un nourrisson. C'est à partir de là que Slow Torture Puke Chamber se confine dans l'outrance et la vulgarité. Certes, à nouveau, Lucifer Valentine ne nous épargne rien, avec ce bourreau qui torture, dilacère, supplicie et dévore le jeune bambin.

Pis, la progéniture est carrément broyée dans un mixeur avant d'être avalée puis (évidemment) dégobillée. Cette séquence, à priori abominable, sombre rapidement dans le navet ordurier et involontaire. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard. Slow Torture Puke Chamber est souvent considéré (et à juste titre) comme le volet le plus faible de la saga. 
Et pourtant, à l'instar des deux précédents chapitres, Slow Torture Puke Chamber parvient encore à susciter une certaine curiosité, certes assez malsaine, il faut bien le dire. Drôle de façon de conclure la trilogie. Mais que les fans se rassurent.
Lucifer Valentine poursuivra les hostilités avec le fameux Vomit Gore 4 (déjà évoqué dans cette chronique). En l'état, Slow Torture Puke Chambre reste un chapitre relativement décevant. A réserver aux fans invétérés de la franchise, donc.

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

07 septembre 2016

German Angst (Descente aux enfers dans le Berlin underground)

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Genre : horreur, drame (interdit aux - 18 ans)
Année : 2015
Durée : 1h47

Synopsis : Trois métrages réalisés par trois cinéastes différents. Trois histoires d'amour, de sexe, de vengeance et de mort. Des histoires totalement dissociées qui n'ont, comme seul point en commun, que de se dérouler à Berlin. Une anthologie choc sur les tourments qui hantent la nature humaine et la mémoire d'une Allemagne encore loin d'être guérie de ses vieux démons. 

La critique :

23 ans. 23 ans que Jorg Buttgereit n'avait plus réalisé un vrai film. Depuis 1993 et le très sordide Schramm, l'inoubliable réalisateur du mythique Nekromantik a pris son temps. Durant cette longue période loin des plateaux, Buttgereit se consacra à la réalisation de documentaires, de vidéos clips ou apporta son immense savoir-faire en matière d'effets spéciaux à des oeuvres réalisées par d'autres (La Petite Mort de Marcel Walz, par exemple). Ce fut donc un petit événement que la sortie de German Angst en 2015, un film collégial auquel Buttgereit collabora en compagnie de deux autres cinéastes teutons beaucoup moins connus mais néanmoins extrêmement talentueux, Michal Kosakowski et Andreas Marschall.
Autant le dire tout de suite, le segment mis en scène par Buttgereit ni le plus impressionnant ni le plus captivant, mais nous y reviendrons. German Angst se révèle au spectateur comme un voyage cauchemardesque où il plongerait dans la psyché déstructurée d'êtres humains à la dérive. Le film est d'une noirceur abyssale et d'une dureté psychologique difficilement soutenable.

Par certains (lointains) aspects, il s'apparenterait au Family Portraits de Douglas Buck qui, en son temps, dénonçait de manière abrupte et sans concession les maux inextricables qui rongent l'Amérique profonde. Ici, ce sont les problèmes de l'Allemagne qui sont passés au crible. L'Allemagne d'hier et celle d'aujourd'hui. Un pays héritier d'un passé lourd comme du plomb, parfois encore en proie à ses vieux démons, et de nos jours, emporté par les nouvelles ivresses qui gangrènent les sociétés modernes.
A travers ses trois histoires violentes et dramatiques, German Angst met en avant le côté sombre qui sommeille en chacun d'entre nous, le plaisir coupable de la transgression des règles et présente sans fard l'homme dans les tréfonds les plus condamnables de sa nature. Avec toujours la mort au bout du chemin... Attention, SPOILERS ! Final Girl (Jorg Buttgereit, 23 minutes) : Dans un appartement sans âme, une jeune fille voue une véritable passion à ses cochons d'inde. En voix-off et sur un ton monocorde, elle détaille le processus de castration des rongeurs. Peu après, nous découvrons qu'elle séquestre son père, attaché sur un lit. Pourquoi ? Parce que le paternel a égorgé sa femme lors d'une dispute qui a dégénéré. Pour venger sa mère, la jeune femme torturera lentement le coupable jusqu'à ce que mort s'ensuive.

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Make a wish (Michal Kosakowski, 35 minutes) : Un couple de jeunes amoureux polonais sourds muets se promènent dans un parc de Berlin. Tout en flirtant, ils pénètrent dans une vieille bâtisse abandonnée. La jeune femme raconte alors à son ami l'histoire de sa grand-mère qui assista au massacre des habitants de son village par des soldats allemands durant la guerre. Peu après, le couple est agressé par une bande de néo-nazis qui va lui faire subir un véritable calvaire.
Mandragore (Andreas Marshall, 49 minutes) : Eden est un photographe de mode blasé et vaniteux. Un soir, il donne rendez-vous à une inconnue par Internet dans une discothèque underground de Berlin, le Mabuse. La fille ne vient pas. Sans y prêter attention, le photographe se retrouve totalement subjugué par Kira, une gogo danseuse à la beauté foudroyante. Après un flirt et deux rails de cocaïne dans les toilettes du night-club, Kira abandonne Eden dans la foule et sort de l'établissement en compagnie de quelques amis. Eden suit le groupe et arrive devant un appartement transformé en club privé. Dans ce lieu mal famé, Kira et d'autres membres du club, s'adonnent à des plaisirs sexuels fétichistes et à des expériences sensorielles par le moyen d'une substance mystérieuse : la fleur de mandragore. Désireux de revoir la jeune femme à tout prix, Eden parvient à intégrer le groupe et la descente aux enfers commence...

German Angst est un film dur. Très dur. Le deuxième segment "Make a wish" de Michal Kosakowski, atteint à lui seul des sommets d'horreur psychologique. D'origine polonaise, le réalisateur n'a rien oublié des abominations dont les nazis se rendirent coupables envers ses aïeux durant la seconde guerre mondiale. A travers l'histoire d'un jeune couple agressé par une bande de néo-nazis, Kosakowski établit un douloureux parallèle entre passé et présent. Les flash back qui émaillent le long-métrage montrent une armée allemande sans aucune pitié et abjecte de barbarie (un nourrisson fracassé contre un tronc d'arbre) envers la population autochtone. Avec l'agression raciste et sauvage dont sont victimes ces deux amoureux sourds et muets, l'histoire se répète. L'Allemagne n'a-t-elle donc pas fini de régler ses comptes avec ses vieux démons ? Il faut croire que non d'après le réalisateur.
A ce racisme ordinaire, Kosakowski ajoute un élément supplémentaire à la cruauté de la martyre dans un silence qui met le spectateur d'autant plus mal à l'aise.

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Le point culminant arrivera avec l'immolation du jeune homme dans un container sous les rires et les insultes ds néos-nazis déchaînés, vitupérant leur haine. "Mandragore" d'Andreas Marshall est sans aucun doute le segment le plus travaillé esthétiquement. Se déroulant dans les bas-fonds du Berlin contemporain, l'histoire s'intéresse à un photographe, imbu de lui-même, qui est à la recherche de plaisirs interdits et d'expérimentations nouvelles, va subir une irrémédiable descente aux enfers jusqu'au point de non retour. A mi chemin entre le drame horrifique et une histoire d'amour perdue d'avance, le moyen métrage de Marschall se déroule tel une expérimentation sous acides dans les entrailles d'un Berlin énigmatique, rythmée par une bande son hard-techno hypnotique.
Assommé de substances illicites, le principal protagoniste finit par sombrer dans une démence irrationnelle en semant la mort autour de lui. Le réalisateur fait habilement se perdre le spectateur dans un chaos de sensations où tous les repères se distendent progressivement.

En suivant le personnage dans ses régressions nocturnes, on s'égare dans les méandres de sa mémoire devenue erratique où il est bien difficile de différencier la brutale réalité de l'hallucination. Venons-en à présent au premier segment "Final Girl", le premier film réalisé par Jorg Buttgereit depuis très longtemps. Oserais-je affirmer, au risque de désappointer les nombreux fans du réalisateur, que son métrage est le plus faible de cette anthologie ? Sans être totalement inintéressante, l'histoire d'une jeune fille dévorée par la vengeance et qui torture lentement son père, n'a rien de fulgurante.
Certes, Buttgereit a l'art d'instaurer un climat oppressant et profondément dérangeant, mais la structure narrative du film est terriblement lente et la voix-off monotone de la jeune femme ne fait qu'accentuer cette sensation d'immobilisme. Les amateurs de gore devront aussi se contenter du minimum puisque le cinéaste ne propose qu'un égorgement (ultra réaliste, il est vrai) et une castration suggérée.
On a connu Buttgereit bien plus audacieux. Mais que cettte relative réticence ne nous fasse pas perdre de vue la qualité globale du film. German Angst peut se targuer de représenter l'une des meilleures anthologies germaniques réalisée depuis bien longtemps. Rien que pour le terrible segment "Make a wish", cette oeuvre mérite d'être vue et appréciée à sa juste valeur en tant que témoignage sociologique sur les afflictions d'une Allemagne qui, entre le poids du passe et les errances d'aujourd'hui se déchire encore souvent en un conflit intérieur, à la recherche d'une réconciliation impossible avec elle-même.

Note : 16/20

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