Cinéma Choc

20 novembre 2017

Les 7 Jours du Talion (Justice personnelle pour les pédophiles)

19481879

Genre : Thriller, drame (interdit aux - 16 ans)

Année : 2010

Durée : 1h51

 

Synopsis :

Bruno Hamel, chirurgien, aspire à une vie paisible avec sa femme et sa fille Jasmine, jusqu'au jour où cette dernière est kidnappée et violée. À partir de ce moment, il décide que la justice est insuffisante pour lui et enlève le violeur le jour de son procès. Il envoie une note aux policiers spécifiant qu'il va torturer le monstre pendant sept jours, qu'il l'exécutera et qu'ensuite, il se rendra aux policiers pour faire face à la justice.

 

La critique :

Certes, le cinéma canadien n'est pas le cinéma qui se montre le plus connu de tout un chacun et sans doute le nom de PodZ ne vous dira peut-être pas grand chose. PodZ ou, de son vrai nom, Daniel Grou commença sa carrière dans la publicité en réalisant des films pour diverses compagnies telles que Molson ou encore McDonald's. Il réalisa aussi une soixantaine de vidéoclips pour des groupes ou des artistes québecquois. Rien d'éloquent mais à la fin des années 90, il commence à réaliser des séries télévisées anglo-canadiennes d'horreur. En 2003, il remportera un prix pour son téléfilm Exils.
Ici encore, rien qui ne suscite suffisamment d'attention. Il faudra, ainsi, attendre 2010 pour voir le petit bonhomme faire son apparition en tant que réalisateur de films d'envergure. Cependant, quelqu'un connaît L'Affaire Dumont ou Miraculum ?

Vous l'avez compris, PodZ est cantonné à une relative confidentialité, sauf pour un film. Son tout premier film du nom de Les 7 Jours du Talion dont les critiques se montreront soit mitigées, soit dithyrambiques, en raison d'un sujet hautement sensible. Difficile de trouver quelconque information notoire si ce n'est que le film est une adaptation du roman éponyme de Patrick Senécal. Une adaptation, cependant, très libre car il y a un grand nombre de différences entre les deux oeuvres et des scènes manquantes ou supprimées. Quoi qu'il en soit, c'est la même formule qui revient, à savoir un film méconnu qui aura son petit quart d'heure de gloire en étant chroniqué ici. Est-ce que ce film, auréolé d'un certain parfum de polémique lors de divers festivals de films où il fut présenté, a su combler nos attentes en démarrant le visionnage ? Réponse dans la critique.

maxresdefault

ATTENTION SPOILERS : Bruno Hamel, chirurgien, menait une vie tranquille avec sa conjointe Sylvie et sa fille Jasmine, jusqu’au jour où cette dernière est victime d'un meurtre sordide commis par un dangereux psychopathe sexuel. L'arrestation du principal suspect lui fait découvrir l'impuissance de la justice à faire condamner le meurtrier. Il décide donc de se faire justice lui-même en planifiant minutieusement son coup et enlève l'assassin pour ensuite l'emmener vers un endroit sûr.
Il envoie un message aux policiers spécifiant qu’il compte torturer son otage pendant une semaine et qu’il l’exécutera ensuite avant de se rendre aux policiers pour faire face à la justice. L'enquêteur Hervé Mercure doit à tout prix retrouver Bruno et son prisonnier avant la fin de l'ultimatum.

Voilà ! Vous le sentez ce parfum de scandale et de polémique qui émane du synopsis et qui démarre déjà la sélection vu que nombre de personnes ne sauront ou ne voudront pas le regarder ? Dans le monde cinématographique, et plus que jamais aujourd'hui à notre époque où la bien-pensance nécrose l'art, il y a tout un tas de thèmes tabous, voire intouchables. PodZ choisit donc de s'attaquer à l'un des sujets les plus bouillants qui est la pédophilie. Inutile de vous faire un dessin de ce que c'est ! Un sujet bouillant de notre société où la population n'hésite pas à hurler à la mise à mort d'individus qui ont osé toucher à un enfant. Ainsi, le cinéaste démarre rapidement les hostilités en laissant la petite fille d'un couple aisé, le père étant chirurgien, se promener dans la rue pour vendre des tickets.
A travers une fenêtre, ce plan sera le dernier que nous verrons de cette fillette vu que l'on ne verra pas l'enlèvement et, bien sûr, pas la suite des événements. Sans nouvelles, les parents commencent à se mobiliser, rapidement suivis par la police diffusant des avis de recherche. La découverte fatale se fera avec le père qui verra le corps de sa fillette en état de pré-décomposition après avoir été violentée et violée. N'espérez pas voir quelconque censure sur le cadavre ! PodZ n'y va pas de main morte et calme d'emblée de jeu les spectateurs en osant montrer l'interdit : la mort d'un enfant face caméra.

Cette vision insoutenable amorcera la lente chute de cette famille. Chute qui n'en sera que plus grande lorsqu'ils verront à la télévision le suspect principal et entendront la peine ridicule qu'il devrait, au maximum, purger. Alors que la mère se montrera étrangement calme et acceptera cette situation fataliste, le père prépare son plan de kidnapping pour enlever, séquestrer, torturer et enfin tuer celui qui a ôté la vie à sa fille. A travers ce récit houleux, c'est l'occasion pour le réalisateur de brosser le principe de justice personnelle et de la notion de vengeance n'ayant jamais été aussi présents, à une époque où le laxisme est devenu omniprésent dans les pitoyables instances juridiques.
Aujourd'hui, en 2017, une agression avec violence n'est même pas passible de faire de la prison et ce qu'on appelle les "fichés S" n'en sont pas. Il n'y a qu'à voir les publications extrêmement virulentes sur les réseaux sociaux de personnes se sentant abandonnées face à cette justice. PodZ met en avant cet état de plongée et de neurasthénie mentale qui en résulte lorsqu'un individu en vient à faire justice lui-même. Bruno Hamel est ce monsieur tout le monde qui en a plein le cul du laxisme juridique et qui décide de régler ses affaires tout seul, sans l'aide de sa femme, et dans la plus pure illégalité.

7-jour-du-talion-image

Le cinéaste indique clairement que, lorsqu'un individu est empli de ce sentiment de vengeance et de haine incontrôlable, il en vient à perdre son humanité et toutes ses barrières morales pour redescendre au rang de l'agresseur. L'originalité, à ce niveau, réside dans le fait que c'est le père qui est l'individu hargneux dans l'histoire. Alors que, dans l'inconscient collectif, la mère est vue comme la personne la plus attachée à son enfant, celle-ci se montrera absente et c'est le père qui prendra son rôle. Secundo, l'homme ivre de vengeance n'est pas un marginal mais un homme intègre, éduqué et cultivé. Pire encore, il incarne la profession de donner et sauver des vies.
Profession qui se transmutera en bourreau sadique qui n'est pas sans rappeler une certaine forme de Docteur Mengele. Le médecin a ici pleinement le droit de vie et de mort sur sa victime, prise définitivement entre ses serres pour ne plus être relâchée.

Ce qui divisa l'opinion publique est qu'un ramassis de pseudo-cinéphiles s'attendaient à une sorte d'ersatz de torture porn où les tortures les plus gores et putassières auraient été présentes. Il n'en est rien et ceux qui rechercheraient un semblant de Saw ou d'Hostel peuvent aller faire un petit tour. Les 7 Jours du Talion est un drame social profond qui ne met pas en premier plan la torture mais s'acharne à filmer, sans artifice, la psychologie de ce père dépassé et rongé par le deuil de sa fille qu'il ne veut pas reconnaître. Ses confrontations avec le violeur se feront toujours sans le moindre dialogue sortant de sa bouche. De médecin intègre, il est devenu bourreau impassible n'éprouvant aucun ressenti particulier à lacérer et maltraiter un corps humain. Il y a bien ici la destruction même de ce qui fait l'humanité de l'individu. Et pas seulement, vu que la population ne sera pas épargnée et se rangera du côté de Bruno Hamel lors des recherches lancées pour le retrouver.
Des témoignages de parents, dont leur fille a été retrouvée morte affluent à la TV, défendent Hamel et l'encouragent. Même dans la police, les agents ne manifesteront guère d'entrain à retrouver coûte que coûte le bourreau, estimant qu'il mérite quelque part son châtiment.

7 days írás

Les 7 Jours du Talion est un brillant reflet de notre société condamnant avec fermeté la pédophilie au point de vouloir tuer les pédophiles. Face à un tel laxisme juridique, la société civilisée se désincarne progressivement de son humanité et commence à vouloir remettre d'application la peine de mort. Plus qu'un film choc, on est avant tout dans l'analyse sociologique et anthropologique. Evidemment, et comme dit avant, les relations bourreau-victime seront toujours sous tension avec le pédophile suppliant d'arrêter les sévices. Sévices qui ne vont clairement pas de main morte.
On se souviendra tous de l'écrasement du genou à la masse, une scène à même de protéger nos genoux inconsciemment en la voyant (tout en ayant lâché un cri de stupeur en bonus). Le sadisme aura toujours un trait réfléchi et intelligent vu que Hamel tient à garder en vie sa victime en la mettant sous perfusion et en ayant recours à toute une série de choses allant des anesthésiants aux respirateurs artificiels. Chaque scène de torture suscitera l'effroi du spectateur, des scènes en opposition totale avec le calme apparent de cette forêt à perte de vue. Le point culminant sera la scène de l'opération, très dure à encaisser psychologiquement.

C'est à cet instant précis que nos opinions se battent entre elles car un sentiment d'empathie commence à naître face à cet homme subissant la férocité et la sauvagerie d'un médecin ayant sombré dans la folie. Mais, à côté, on se rappelera toujours de l'acte impardonnable qu'il a fait. Qu'on se le dise, PodZ s'en sort à merveille dans sa mise en scène. Une mise en scène que certains jugeront lentes, comparé aux succédanés évoluant dans ce style, l'intelligence en moins mais qui tient sans problème à la gorge le spectateur qui aura accepté le rythme. Oui, malgré les 1h50 de durée, il y a peu de passages à vide et le récit ballote dans un jeu du chat et de la souris (forces de l'ordre VS Bruno Hamel) se finissant en apothéose avec une fin, loin du classique stéréotype des gentils policiers réussissant leur boulot à la perfection.

527581

Pour ce qui est de l'aspect esthétique, l'image n'est pas particulièrement belle. En soit, cela n'a rien de surprenant vu le décor austère dans lequel nous évoluons, soit un chalet transformé en antichambre de l'enfer. Les plans et les cadrages sont précis et rigoureux, parfois larges, parfois plus oppressants et avec de fréquents gros plans sur le visage de Hamel et de sa victime, afin de capter au mieux leurs expressions faciales. Pour ce qui est de la bande sonore, il convient de dire que Les 7 Jours du Talion est l'un des rares films dépourvu de musique.
Ce choix s'explique en grande partie pour amplifier la lourdeur et le sentiment d'austérité des sévices et des conditions inhumaines dans lesquels le pédophile est séquestré. Bien sûr, ce choix pourra être vu comme rasoir pour certains mais j'ai apprécié l'audace. Enfin, le casting est assez remarquable avec Claude Legault terrifiant dans la peau de ce médecin ivre de sang. Martin Dubreuil est tout autant excellent dans le rôle de ce pédophile. Outre ceci, le reste des personnages se débrouillent bien, à savoir Rémy Girard, Fanny Malette ou encore Pascale Delhaes. Un tournage qui, je pense, a dû être éprouvant psychologiquement compte tenu du sujet.

En conclusion, Les 7 Jours du Talion est l'un de ces drames qui choquent et marquent durablement le public par le biais d'un sujet tabou et abordé de manière frontale. Loin de toute influence néfaste du torture porn, PodZ met en avant un nombre impressionnant de thématiques tournant autour du sujet de la pédophilie : sentiment de vengeance incontrôlable, opinion publique en faveur de châtiments physiques, policiers ne croyant guère en les instances juridiques, désintégration morale d'un individu pris dans la spirale d'une violence le dépassant. Le cinéaste confère un second niveau de lecture très intelligent et ne s'embarque jamais dans le putassier et le racoleur, malgré des scènes de violence très dures. A ce niveau, l'interdiction aux moins de 16 ans était absolument nécessaire !
Certes, si on pourra pester sur un rythme parfois léthargique et certaines scènes frôlant l'amateurisme (l'intervention de policiers dans des maisons soupçonnées d'être le fief de Hamel), le pedigree du film est largement rempli. Une oeuvre de très grande qualité, injustement comprise par un public ignorant et/ou bien-pensant. Bon, il est vrai que le parti pris dans le film n'est pas très objectif ou subtil mais qui n'éprouverait pas une haine viscérale envers un meurtrier pédophile ? La peine de mort serait-elle la meilleure solution pour ce type de personne ayant touché à la pureté ? C'est là-dessus que je finirai la chronique.

 

Note : 16/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 


Ilsa, Gardienne du Harem (Ilsa au pays de l'or noir)

Ilsa-gardienne-du-harem

Genre : horreur, gore, trash, érotique, Nazisploitation (interdit aux - 18 ans à sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1976
Durée : 1h33

Synopsis : Ilsa est de retour...Elle travaille maintenant pour un Sheik arabe en l'aidant à "importer" des jeunes femmes pour les transformer en véritables esclaves sexuels. La fille d'un millionnaire américain, une star de cinéma et une championne équestre rejoignent le harem. 

La critique :

Pour les thuriféraires du cinéma trash, licencieux et extrême, la Nazisploitation (ou la Naziexploitation) est un sous-genre de la Sexploitation et de tous ces films gore qui ont pullulé entre le milieu des années 1960 et durant les années 1970. Tout commence avec Blood Feast ou Orgie Sanglante (Herschell Gordon Lewis, 1963), considéré comme le tout premier film gore de l'histoire du cinéma. La recette ? Un serial killer ou une communauté de sociopathes dégénérés kidnappe des touristes de passage et s'adonnent à une suite d'agapes et de priapées à base de tortures et de mets humains savamment tortorés. C'est le grand retour de la barbaque et des atrocités sanguinaires avec pour vocation de dénoncer l'avènement d'une société consumériste qui se délite et se livre aux pires instincts primitifs.
Une dialectique corroborée par la sortie de 2000 Maniaques, toujours réalisé par Herschell Gordon Lewis en 1964.

Evidemment, la Nazisploitation se nourrit de cette tendance psychopathique via le retour inopiné du Troisième Reich et de ses tortionnaires azimutés. Le magnifique Portier de Nuit (Liliana Cavani, 1974) est souvent considéré comme le parangon de la Naziexploitation, à tort... Puisque le long-métrage conte avant tout une romance amoureuse se déroulant en pleine hégémonie hitlérienne... Le concept la Nazisploitation ? Toujours la même antienne...
De la torture ad nauseam, de l'érotisme racoleur à la limite de la pornographie soft, un camp ou une prison militaire transformée en laboratoire expérimental et en un nouvel antre de l'horreur. Le film de Liliana Cavani inspire et engendre de nombreux épigones, notamment Salon Kitty (Tinto Brass, 1976), Les Déportés de la section spéciale SS (Rino Di Silvestro, 1976), Des filles pour le bourreau (Cesare Canevari, 1977), ou encore Train spécial pour Hitler (Alain Payet, 1977).

21405-image-01

Vient également s'ajouter Ilsa, Gardienne du Harem, réalisé par Don Edmonds en 1976, et qui constitue le second volet d'une tétralogie. Le long-métrage est précédé par Ilsa, la louve des SS (Don Edmonds, 1976), et est suivi par Ilsa, la tigresse du goulag (Jean LaFleur, 1977) et Greta, la tortionnaire (Jesus Franco, 1977). Certes, la série des Ilsa paraît joliment désuète de nos jours. Pourtant, à l'époque, les films sont diffusés dans certaines salles de cinéma indépendantes avec une interdiction aux moins de 18 ans. Evidemment, Ilsa, Gardienne du Harem n'échappe à cette rhétorique et remporte un succès colossal via le support vidéo, le métrage flattant outrageusement notre voyeurisme, dans la plus grande tradition de la Nazisploitation. Pour l'anecdote, la pellicule de Don Edmonds inspirera un autre métrage horrifique, le bien nommé Incredible Torture Show (John M. Reed, 1976) - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ilsa,_gardienne_du_harem.

Ce second chapitre marque le retour (pas vraiment impromptu) de Dyanne Thorne, une actrice qui a débuté sa carrière à l'orée des années 1960, mais qui connaîtra son apogée via la tigresse Ilsa, un personnage auquel elle reste toujours associée et pour cause... Puisque la blondinette participe et officie pour le régime nazi dans des parties de bacchanales, suppliciant ses victimes avec un réel extatisme. Hormis la comédienne, la distribution du film se compose de Michael R. Thayer, Victor Alexander, Inga Lindestrom, Tanya Boyd et Marilyn Joi. Attention, SPOILERS !
Après avoir servi les vils desseins du Troisième Reich, Ilsa se retrouve dans un pays du Moyen-Orient et travaille pour le compte d'un marchand d'esclaves. A la tête d'un harem, la tortionnaire kidnappe des jeunes femmes. Pour les pauvres mijaurées, le cauchemar ne fait que commencer...

ilsa208

Vous l'avez donc compris. L'intérêt (c'est bien un grand mot) d'Ilsa, Gardienne du Harem ne repose pas vraiment sur son scénario, plutôt famélique en l'occurrence... En outre, difficile réellement d'assigner ce second chapitre comme un pur produit de la Nazisploitation puisque les événements ne se déroulent pas sous le régime Aryen et ses relents de peste concentrationnaire. Cette fois-ci, changement de décor, les velléités se déroulant sous un soleil de plomb et sous les rires sardoniques de gardiens patibulaires. Hormis ces rectifications, rien de neuf à l'horizon.
On prend les mêmes (ou presque) et on recommence. La formule fallacieuse et pernicieuse reste peu ou prou identique. Ainsi, Ilsa, Gardienne du Harem se divise en trois parties bien distinctes. Les deux premières raviront les adulateurs de grivoiseries hitlériennes et autres parties de jambes en l'air.

La première section se polarise sur les activités peu scrupuleuses d'Ilsa. A la solde d'un odieux émir, la blondinette se charge de rééduquer des prisonnières indociles. Et gare à celles qui auraient la mauvaise idée de s'escarper ou de se regimber contre les directives despotiques d'Ilsa ! Moins racoleur que le précédent chapitre, Isla, Gardienne du Harem respecte néanmoins le cahier des charges. Au menu des tristes réjouissances, plusieurs énucléations, une femme suppliciée et savamment tortorée par des insectes gloutons, des décharges électriques et bien sûr quelques amputations...
En résumé, les amateurs de ce sous-genre seront en terrain connu et quasiment conquis. Les autres pesteront et clabauderont à raison contre une pellicule volontairement putassière et outrancière, à l'instar des autres épisodes de la saga. 

images

La seconde partie du film se centre sur les dilections amoureuses de la prêtresse du plaisir et de la torture. Ilsa s'acoquine et s'énamoure d'un espion américain. Violentée à son tour, Ilsa est carrément violée par un homme hideux, bossu et scrofuleux sous les rires sarcastiques de son ex-"employeur". Enfin, la dernière section, beaucoup plus classique dans son schéma narratif, tourne à l'insurrection et au film d'évasion. Voilà pour l'ensemble des inimitiés !
Au risque de me répéter, ce second volet ravira les fans (s'ils existent encore aujourd'hui...) de la saga Ilsa. Les autres, et en particulier les amateurs de sensations extrêmes et érubescentes, trouveront cette pellicule joliment surannée, reflétant par la même occasion une autre époque, désormais bien lointaine. Souvenez-vous. C'était naguère lorsque certains films en dissidence s'affranchissaient des valeurs morales et judéo-chrétiennes d'une société occidentale en pleine révolution économique et culturelle. A réserver aux adulateurs et aux nostalgiques de la Nazisploitation, donc, soit cinq personnes dans le monde. Ma note finale pourra paraître particulièrement clémente.

Note : 09/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

19 novembre 2017

Bunny Lake a disparu (Enfant réel ou imaginaire ?)

Bunny_Lake_a_disparu

Genre : Drame, policier, thriller (interdit aux -12 ans)

Année : 1965

Durée : 1h47

 

Synopsis :

Ann Lake vient d'emménager à Londres avec sa fille Bunny. Alors qu’elle va la chercher à l'école, la jeune fille est introuvable et personne ne semble se souvenir d'elle. Chargé de l'enquête, le lieutenant Newhouse découvre qu'Ann avait une amie imaginaire prénommée Bunny. Il se met alors à sérieusement douter de l’existence de la fillette.

 

La critique :

Otto Preminger est l'exemple type de cinéaste, parmi les plus importants de l'âge d'or hollywoodien, à avoir quitté l'Europe dans les années 30, à la fois pour fuir le climat extrêmement tendu de l'époque marqué par l'avènement progressif du nazisme (il était juif) mais aussi pour profiter de l'opportunité professionnelle offerte par les studios américains, en l'occurrence la 20th Century Fox. Pourtant, sa carrière de réalisateur démarra dans son pays natal, l'Autriche, avec Die Grosse Liebe (Le Grand Amour) en 1931 mais son premier long-métrage hors Europe sera réalisé en 1936 avec Under Your Spell. Compte tenu de son accent autrichien, il est souvent cantonné dans des rôles d'espions ou d'officiers nazis lorsqu'il officie en tant qu'acteur. A ce moment, l'acteur-réalisateur n'est pas encore forcément connu mais 1945 marquera l'avènement de sa carrière montante avec Laura, un film noir et psychologique qui deviendra un classique du genre.

Par la suite, alors que l'époque était propice aux polars, Preminger devient progressivement une figure incontournable de la Fox mais, las du système hollywoodien, il s'éloigne pour produire ses propres films. Des films qui se basaient sur des sujets sensibles tels que la drogue, un procès pour viol ou encore la création de l'état d'Israël. Parmi ses films les plus connus, on citera volontiers Laura, Rivière sans Retour ou encore L'Homme au Bras d'Or. Mais ce n'est pas le cas du film dont nous allons parler aujourd'hui, à savoir Bunny Lake a Disparu qui, contre toute attente, n'est pas souvent cité en premier quand on parle de la filmographie du cinéaste.
Certains avancent qu'il s'agirait de la dernière oeuvre majeure d'un cinéaste autrefois encensé. Soit, le film serait une adaptation du roman éponyme d'Evelyn Piper qui se montre très différente dans sa résolution finale. Ce choix pourrait s'apparenter au traumatisme général provoqué par la fin de Psychose qui engendra toute une série de productions plus ou moins réussies tentant de surfer sur la vague du suspens psychiatrique. Ceci dit, peut-on dire que Bunny Lake a Disparu est dans la case des productions réussies ? Réponse dans la critique.

el-rapto-de-bunny-lake-6

ATTENTION SPOILERS : A Londres, Ann Lake, une mère affolée, s'adresse à Scotland Yard pour retrouver sa petite fille, Bunny, disparue mystérieusement. L'inspecteur Newhouse est saisi de l'affaire. Il commence par interroger la jeune femme. Mère célibataire, Ann Lake est venue d'Amérique à Londres en compagnie de Bunny rejoindre Stephen, son frère journaliste. Un soir, Bunny n'est pas rentrée de l'école. Depuis, sa mère ne l'a pas revue. Toutefois, Newhouse commence à douter des déclarations d'Ann Lake. En effet, il n'y a ni jouets, ni vêtements de fillette à la maison et les registres de l'école ne portent aucune trace de l'inscription de Bunny. En dehors de Stephen et d'Ann, l'enquêteur ne trouve personne qui ait connu ou aperçu la petite fille.

Je pense qu'il est inutile de préciser cette évidence que nous tenons là un synopsis diablement efficace, à même de susciter l'envie de visionnage à toute personne amateur de thriller. Je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps car Bunny Lake a Disparu est à mettre, sans contestation possible, dans la case des plus grands thrillers psychologiques des années 60 (et pas que !). Il est d'ailleurs étonnant que le film se pare d'une confidentialité assez surprenante, compte tenu de ces qualités hors pair. On a d'ailleurs d'autres exemples avec La Fosse aux Serpents et Shock Corridor qui sont assez peu mentionnés et qui ont été chroniqués sur le blog pour les intéressés.
Ici, exit l'hôpital psychiatrique et place dans un monde à ciel ouvert. Preminger axe son récit sur la hantise de toute mère un minimum responsable, à savoir la perte de son enfant. Et, clairement, il démarre très rapidement les hostilités avec Ann Lake se rendant à la garderie pour rechercher sa petite Bunny, introuvable après de multiples recherches à l'intérieur de l'école. La police est mise sur l'affaire et c'est une descente aux enfers qui va commencer.

Bunny Lake a Disparu s'inscrit entièrement dans la case du thriller psychologique car la police, apprenant que la femme avait autrefois une amie imaginaire, va commencer à douter de la santé mentale de cette mère désemparée par la situation à laquelle elle fait face. Et si tout cela n'était qu'une illusion et que Ann fantasmait dès le départ sur un enfant imaginaire ? Là est toute la subtilité de la chose car Preminger brosse des thématiques originales pour les années 60 en abordant l'imagination désordonnée enfantine et les désordres psychologiques intenses tels que la schizophrénie paranoïaque.
On le sait, l'imagination quand nous sommes enfant est fertile et sujette à tout un tas de pensées loin de l'innocence que nous pouvons penser. Je citerai le film choc Viva La Muerte qui exposait brillamment ce que j'essaie de dire. Et, malheureusement, certains enfants développent des traits comportementaux inquiétants en fantasmant sur un(e) ami(e) imaginaire afin de se rassurer et de combler une éventuelle solitude due à des problèmes de communication avec les enfants de leur âge.

bunny_lake_a_disparu_port-folio

Ainsi, pour en revenir au récit, la mère va commencer à être ciblée comme folle par les instances policières et ne trouvera de réconfort qu'auprès de son frère, dont on aurait juré qu'il était son mari, la première fois que nous le rencontrions. Ce qui fait la grande force de Bunny Lake a Disparu est cette mise en scène millimétrée, chirurgicale et entraînant le spectateur dans la perdition la plus totale. Preminger déstabilise son spectateur qui ne sait pas s'il doit croire la version de la police ou cette mère martelant que sa fille existe. Le cinéaste s'amuse à brouiller intelligemment les pistes tout en le saupoudrant d'inspirations d'autres genres cinématographiques, en l'occurrence le fantastique.
Ce ressenti va surtout s'expliquer par le monde environnant coïncidant avec un certain onirisme malsain. La société, au fur et à mesure du visionnage, semble sombrer aussi psychologiquement. Toute une galerie de personnages font leur apparition entre cette directrice éprouvant un plaisir étrange, presque sadique à se repasser en boucle ses disques de cauchemars enfantins ou encore ce propriétaire mentalement instable éprouvant des désirs inquiétants envers Ann Lake. Ce point culminant sera bien sûr atteint lors de l'entrée d'Ann dans le magasin de poupée au beau milieu de la nuit où l'atmosphère est tout autant cauchemardesque.

Vous l'avez compris, Preminger allie avec une virtuosité certaine le thriller, le drame, le suspens, l'enquête policière et les tonalités fantastiques. L'intrigue démarrant de jour va s'achever dans une nuit semblant être sans fin, propice aux pensées les plus hallucinatoires et à l'hébéphrénie mentale, les personnages principaux revenant à leurs traits enfantins. Quelque part, on peut comprendre que Bunny Lake a Disparu n'a pas su s'imposer dans les références majeures de la filmographie de Preminger, compte tenu d'une certaine forme d'avant-gardisme pour le thriller de l'époque. Cependant, on ne peut que constater que le long-métrage a très bien vieilli et ce, à tout point de vue. Les 107 minutes se suivent sans déplaisir et ne tournent jamais à vide car Preminger va à l'essentiel et comme je l'ai dit, la mise en scène tout comme la narration sont précis et chirurgicaux. L'intensité est palpable et ne fait que grimper, en parallèle avec le comportement de plus en plus frénétique de Ann.

bunny-lake-is-missing

Pour ce qui est de l'aspect esthétique, Preminger fait preuve d'un talent certain car il parvient à combiner plans larges et le caractère oppressant, le tout avec une caméra étonnamment calme dans ses mouvements. La mise en scène n'est pas sans rappeler un trait contemplatif dans la manière de filmer. Si la bande sonore n'est pas inoubliable, on sera frappé par l'atmosphère très particulière et dérangeante, et encore maintenant à notre époque. Celle-ci oscille entre réalité et illusion. Peut-être que tout ceci n'est qu'un rêve éveillé ? A ce sujet, la dernière séquence apporte son lot d'explications et renforce le caractère fantastico-psychologique en versant dans la plus pure folie. Mais je n'en dirai pas plus !
Pour ce qui est du casting, Carol Lynley est impeccable dans la peau de cette mère désemparée par une situation qui la dépasse. Keir Dullea incarne lui aussi très bien ce rôle de frère épaulant sa soeur. Un frère pas aussi stable psychologiquement que nous pourrions le penser. Pour le reste, on notera la présence de Ada Ford, Elvira Smollett, Clive Revill, Lucie Mannheim ou encore Finlay Currie. Ceux-ci sont tous corrects, il n'y a rien d'autre à dire.

En conclusion, Bunny Lake a Disparu est un énième film souffrant de la pathologie cinématographique la plus grave, qui est l'injuste manque de reconnaissance. Preminger nous livre ici un récit très particulier où nombre de genres cohabitent en totale synergie pour accoucher d'un résultat surprenant et diablement efficace. Le cinéaste confronte la folie émergeante d'une femme persuadée que son enfant existe et que celui-ci a été kidnappé à des policiers la soupçonnant d'être schizophrène. Mais ses affirmations sont-elles vraies ? Là est le génie de Preminger de brouiller complètement la pensée profonde du spectateur qui ne sait pas quelle version croire.
Une folie qui semble se répercuter sur le monde environnant révélant ses traits de personnalité les plus mauvais (le désir d'écoute des cauchemars d'enfant, les pulsions sexuelles, la lâcheté). Et si notre civilisation n'était après tout qu'un gigantesque hôpital psychiatrique à ciel ouvert ? La folie n'est peut-être pas canalisée uniquement dans des hôpitaux psychiatriques fermés. C'est sur cette question philosophique que je terminerai ma chronique d'un film hautement recommandable qui mériterait une vraie mise en lumière, malgré une fin que certains jugeront absconses.

 

Note : 17/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

12 Jours de Terreur - Panique à New Jersey (Les vraies "Dents de la mer")

12joursdeterreur

Genre : horreur, épouvante 
Année : 2004
Durée : 1h28

Synopsis : Le calme estival d'une station balnéaire est brusquement interrompu après qu'un nageur local ait été dévoré par un requin. La police et les autres autorités considèrent ce drame comme un incident isolé, car les requins tuent rarement les humains, encore moins le long de la côte. Mais le requin attaque de nouveau, plongeant la petite ville dans un climat d'horreur pendant 12 jours.  

La critique :

On oublie souvent de le dire et de le préciser. Mais Les Dents de la Mer (1975), le chef d'oeuvre horrifique de Steven Spielberg, est l'adaptation cinématographique d'un opuscule éponyme de Peter Benchley. Publié en 1974, le roman revêt rapidement les oripeaux d'un best-seller vendu à plusieurs millions d'exemplaires à travers le monde. Matois, Steven Spielberg s'approprie le roman originel et le transmute en blockbuster lucratif pour les besoins du cinéma hollywoodien.
Surtout, "Spielby" rectifie le script à moult reprises. Ainsi, le squale aux incroyables rotondités toise le haut de l'affiche, atteignant des hauteurs stratosphériques. Une dialectique qui sera reprise par la suite via une tétralogie à la qualité déclinante, et inspirant de nombreux épigones, entre autres, La Mort au Large (Enzo G. Castellari, 1981), soit Les Dents de la Mer version transalpine.

Pour Steven Spielberg, la nature carnassière du requin doit surtout dévoiler les tréfonds de l'âme humaine avec ses relents de couardise et de perniciosité. Ainsi, le vrai requin, ce n'est pas forcément ce poisson gargantuesque qui décime les touristes dans une station balnéaire des Etats-Unis, mais ces technocrates et ces édiles politiques qui régentent un système lucratif et capitaliste. Pour Peter Benchley, le cacographe de l'opuscule homonyme, le requin symbolise avant tout sa passion et sa fascination pour le monde sous-marin. L'auteur voue aussi une certaine dilection pour tous ces monstres aquatiques qui surgissent des bas-fonds de l'océan. Ainsi, le squale de Les Dents de la Mer s'inscrit dans le sillage et le continuum de Moby Dick, un roman d'Herman Melville.
Corrélativement, un autre grimaud, Richard Fernicola, s'empare du roman de Peter Benchley.

12_jours_3

Le livre s'inspirerait donc d'un fait divers qui s'est déroulé en 1916, un squale décimant les touristes d'une station balnéaire. Jack Sholder décide de transposer le roman en adaptation filmique, soit 12 Jours de Terreur, ou Panique à New Jersey, et réalisé en 2004. Point de sortie au cinéma mais un simple téléfilm diffusé plusieurs fois sur les chaînes de télévision américaine. Quant à Jack Sholder, le metteur en scène fait partie de ces honnêtes artisans du cinéma bis.
Sa carrière cinématographique débute en 1981 avec Carnage, réalisé par Tony Maylan, un slasher sur lequel il officie en tant que monteur. Son travail, sa minutie et son érudition sont immédiatement remarqués par les producteurs. L'année suivante, ils lui confient son tout premier long-métrage, Dément (1982). Viennent également s'agréger La Revanche de Freddy (1985), Hidden (1987), ainsi que plusieurs épisodes de séries télévisées.

En outre, les fans de Freddy Krueger lui reprocheront pendant longtemps la suite consacrée aux aventures oniriques du croquemitaine aux griffes acérées. A tel point que Jack Sholder se confinera peu à peu dans les affres des oubliettes, sombrant parfois dans les réalisations ineptes et stériles (Arachnid en 2001...). Pour 12 Jours de Terreur, Jack Sholder décide de transposer et de respecter l'opuscule de Richard Fernicola à la ligne et à la virgule près. Précautionneux, le cinéaste fait appel à Tommy Lee Wallace derrière la production de ce téléfilm horrifique.
La distribution de 12 Jours de Terreur se compose de Colin Egglesfield, John Rhys-Davies, Mark Dexter, Sean Higgs et Jenna Harrison. Attention, SPOILERS ! Le calme estival d'une station balnéaire est brusquement interrompu après qu'un nageur local ait été dévoré par un requin.

12jours_4

La police et les autres autorités considèrent ce drame comme un incident isolé, car les requins tuent rarement les humains, encore moins le long de la côte. Mais le requin attaque de nouveau, plongeant la petite ville dans un climat d'horreur pendant 12 jours. Premier constat, l'affiche de 12 Jours de Terreur remplit largement son office via la gueule d'un requin qui vient tarabuster deux plongeurs dans l'océan. Pour les thuriféraires de Les Dents de la Mer et autres agressions aquatiques à caractère titanesque, prière de quitter leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates !
12 Jours de Terreur n'a pas pour vocation de réitérer les fulgurances et les prouesses techniques du film de Steven Spielberg. 
En vérité, Panique à New Jersey a surtout une consonance historique en plongeant (c'est le cas de le dire) le spectateur au milieu des années 1910, soit dans une Amérique baignant dans une certaine insouciance.

Hélas, un requin affamé vient troubler cette apparente tranquillité. Ici, point de squale atteignant des proportions démesurées, mais un simple requin de trois ou quatre mètres qui tortore les infortunés dans une station balnéaire. En outre, la présence de ce squale échappe à toute rationalité scientifique. Un tel poisson ne devrait pas se trouver dans ces eaux peu clémentes. Pis, l'animal vient carrément happer un jeune bambin aux abords d'une rivière. Si le téléfilm cherche clairement à se démarquer de Jaws premier du nom, il réitère à l'inverse certains de ses archétypes.
Ainsi, il faudra se contenter d'un héros intrépide qui ne parvient pas à convaincre ses propres hiérarques, d'un vieux marin campé par un John Rhys-Davies en mode pilotage automatique, et évidemment de scientifiques ignares et incompétents.

De facto, 12 Jours de Terreur adopte prestement son rythme de croisière, entre un ennui poli et certaines saynètes d'agression élusives. Nonobstant les mentions "fait divers" et "inspiré d'une histoire vraie", le téléfilm ne parvient jamais (ou trop rarement) à surnager et à transcender son sujet, la faute à des personnages faméliques et à un scénario rébarbatif. Inutile aussi d'attendre des séquences de carnage rutilantes. Sur ce dernier point, Jack Sholder se montre plutôt pingre, à l'exception d'une jambe d'un nageur savamment dévorée. En s'ingéniant à respecter à tout prix ce fait divers historique, Jack Sholder réalise une pellicule anomique et curieusement policée, à la limite parfois de l'indigence. Toutefois, 12 Jours de Terreur parvient parfois à susciter l'adhésion lorsqu'il se polarise sur cette vieille Amérique des années 1910 avec une certaine pointe de nostalgie.
Une autre époque en somme. Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout...

Note : 08.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

18 novembre 2017

Prochainement sur Cinéma Choc

Comme l'indique le titre de ce nouvel article, voici sans plus attendre les films à venir dans les prochains jours, prochaines semaines et prochains mois sur Cinéma Choc. Pour chaque film, j'ai précisé quel serait l'intitulé de la chronique entre parenthèses.

 

L'abominable Dr. Phibes (Vers les ténèbres...)
Amityville : The Awakening ("Kill Them All !")
AVP : Alien Vs. Predator (Dans la Banquise, personne ne vous entendra bailler)

Baise-Moi (Seules contre tous)
Berberian Sound Studio (L'horreur fait partie de la condition humaine)

Candyman 2 (Gardez les lèvres closes et ne prononcez pas son nom !)
Christine - 1983 (Comment tuer ce qui n'est pas vivant ?)
Citadel (Sentir la peur et la laisser partir...)
Class of 1999 (Etudier ou se faire tuer)
Critters (Le plus célèbre avatar de Gremlins)
Crocodile Fury (Mais qu'est-ce que c'est que ça ???)

The Deadly Spawn (La chose venue d'un autre monde)
Death Note 2 : The Last Name
(Kira, le dieu du nouveau monde)
Death Race - Course à la Mort
(Les gladiateurs de l'an 2000)
La Dernière Maison sur la Gauche - 2009 (Dennis Iliadis reviste Wes Craven à "La Source")
Détour Mortel - Last Resort (Juste pour se rincer à l'oeil)
The Devil's Rejects ("Tutti ! Putain de tutti frutti !")
Die Hard 4 : Retour En Enfer (Toujours au mauvais endroit, au mauvais moment)
District 9 (Centre de détention provisoire pour "Crevettes")

Extraterrestrial (Evitez de vous faire prendre !)

Le Fils de Frankenstein ("Maker of monsters")
From Hell
 (Celui par qui le XXe siècle est né)

Graphic Sexual Horror (Bondage et sadomasochisme extrêmes)
Green Room (Partie de paintball)

Halloween 5 - La Revanche de Michael Myers (La malédiction de Michael Myers)
The Hamiltons (Qu'est-ce que le bonheur ?)
Hush - Pas Un Bruit (Home invasion aphonique)

I Spit On Your Grave - 1978 - Day Of The Woman (Féminisme castrateur)
Ilsa, Gardienne du Harem
(Ilsa au pays de l'or noir)

Karaté Kid - 2010 (Les aventures d'un jeune Afro-Américain en Chine)

The Last Winter (Il n'y a pas de retour possible)
Leatherface - 2017 (Parenté dégénérative)
Leatherface : Massacre à la Tronçonneuse 3 (Une vraie famille de dégénérés !)
Lifeboat (Surtout garder son sang-froid)
La Liste de Schindler
(Nuit et Brouillard)

La Malédiction de Chucky (Chucky en mode léthargique)
Mister Babadook ("Et quand mon masque tombera, plus douce la mort te semblera")
Morse (L'anti Twilight)
Mort Ou Vif (La loi doit retrouver son étoile)

Night Of The Living Deb (Apocalypse zombie)

Orgie Sanglante - Blood Feast (Le premier film gore de l'histoire du cinéma)

Phantom Of The Paradise (Du côté de chez "Swan")
Poltergeist 2 (Rien ne meurt jamais)
Prédictions - 2009 ("Seuls les élus partiront")

Le Quatrième Homme - 1983 ("Basic Instinct")

Rambo 2 : La Mission ("Pour survivre à la guerre, il faut devenir la guerre !")
Le Retour de Chucky - Cult Of Chucky
 (Toujours plus démoniaque !)

The Sacrament ("Immersionisme")
S.O.S. Fantômes
- 1984 ("Who you gonna Call ? Ghostbusters !")
Spider-Man 3
(Légères fluctuations sur la "Toile")
SSSSnake, le cobra (La créature la plus dangereuse de la Création)

X-Men 2 (Tous les mutants doivent mourir)

12 Jours de Terreur - Panique à New Jersey (Les vraies "Dents de la mer")
187 : Code Meurtre (Ce film a été écrit par un professeur)

 

Posté par Alice In Oliver à 14:41 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


The Machine Girl (Le bras de la vengeance)

the machine girl

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans) 
Année : 2008
Durée : 1h36

Synopsis : La vie d'une jeune fille bascule le jour où un groupe de yakuzas massacre sa famille et la torture en lui coupant le bras gauche. Décidée à se venger, elle se construit alors une mitraillette en guise de prothèse.  

La critique :

Il faut remonter à 1927 et la sortie de Metropolis, réalisé par Fritz Lang, pour trouver les premiers relents du genre cyberpunk, un registre qui mélange allègrement dystopie (politique, religieuse et/ou idéologique), science-fiction, anticipation et une société en pleine décrépitude. A travers Metropolis, Firtz Lang décrit un monde paupérisé, à la fois ultra moderne et corrompu par un capitalisme qui confronte deux classes sociales : les technocrates qui détiennent la pécune et le capital et les prolétaires avilis par un système pernicieux. Au fil des décennies, le cyberpunk va évoluer vers d'autres stratosphères, transformant l'homme en machine monstrueuse et dolichocéphale.
Impression subodorée par des films tels que Tetsuo (Shinya Tsukamoto, 1988) et Blade Runner (Ridley Scott, 1982).

Dans tous les cas, les longs-métrages relatifs au cyberpunk décrivent une humanité en péril, voire un monde factice et numérique sous le joug des machines et/ou d'une intelligence artificielle. 
C'est par exemple le cas de la trilogie Matrix, amorcée par les frères (Andy et Larry) Wachowsky. Inutile alors de préciser que le genre cyberpunk a grandement influencé la culture nippone et en particulier le manga. Akira (Katsuhiro Otomo, 1988), Appleseed (Katzuyoshi Katayama, 1988) et Ghost in the Shell (Mamoru Oshii, 1995) sont autant de tentatives eschatologiques explorant un monde à l'agonie.
En l'occurrence, le film de Shinya Tsukamoto, donc Tetsuo (déjà précité), a laissé une empreinte indélébile, influençant toute une pléthore de films joyeusement décérébrés, mais beaucoup moins expérimentaux. C'est par exemple le cas de Meatball Machine (Yudai Yamaguchi et Jun'ichi Yamamoto, 2005) et de Tokyo Gore Police (Yoshihiro Nishimura, 2008).

machine-girl-2_758_426_81_s_c1

Vient également s'ajouter The Machine Girl, réalisé par Noboru Iguchi en 2008. En tant que scénariste, cinéaste et producteur, le metteur en scène japonais compte plus d'une cinquantaine de films à son actif, par ailleurs inconnus dans nos contrées occidentales. Et pour cause... puisque Noboru Iguchi a essentiellement réalisé des films pornographiques. En outre, The Machine Girl reste probablement son long-métrage le plus proverbial, juste après The ABC's Of Death (2012), une pellicule horrifique réalisée avec la collaboration de Ti West, Adam Wingard et Lee Hardcastle.
En l'occurrence, Noboru Iguchi n'a jamais tari d'éloges et de dithyrambes envers Tetsuo, la principale source d'inspiration de The Machine Girl. La distribution du film se compose de Minase Yashiro, Ryôsuke Kawamura, Asami Sugiura, Kentaro Shimazu, Honoka et Nobuhiro Nishihara.

Attention, SPOILERS ! (1) Ami est une jeune lycéenne japonaise. Ses parents s'étant suicidés après avoir été accusés de meurtre, elle vit seul avec son petit frère : Yu, avec lequel elle entretient des relations fortes et pleines d'amour. Malheureusement Yu est victime de racket, se faisant détrousser par une bande de jeunes dont le chef, Sho Kimura, est le fils d'un yakuza local. Un jour, alors qu'ils sont encore une fois victimes de violences, Yu et son ami Takeshi sont tués par la bande de voyous qui les jettent du haut d'un immeuble abandonné. Résolue à punir la mort de son frère, Ami se rend chez les différents membres du gang mais (1) subit une défaite sévère.
Torturée et violentée, elle perd son bras gauche. A l'agonie, Ami est alors recueillie par les parents de Takeshi. 

téléchargement (1)

Ces trois-là forment alors une collusion, bien décidés à exterminer la bande de yakuzas. Désormais affublée d'une mitrailleuse à la place du bras gauche, Ami est bien décidée à entreprendre sa vengeance sanguinaire. Sur la forme, The Machine Girl s'apparente donc à un curieux maelström entre Tetsuo (toujours la même ritournelle...), l'univers du sentaï, la culture du manga et le film gore sérieusement débridé. Via l'apparition de cette jeune éphèbe armée d'une mitrailleuse à la place du bras gauche, le long-métrage fait évidemment référence à Planète Terreur (Robert Rodriguez, 2007) et ses zombies décrépits. Autre référence et pas des moindres, le cinéma de Takashi Miike, lui aussi influencé par les films d'action et de yakuzas. The Machine Girl ressemble également à une version toute aussi érubescente d'Ichi the Killer (Takashi Miike, 2001).

Paradoxalement, c'est aussi le gros écueil de The Machine Girl. A force de renâcler à tous les styles et à tous les râteliers, le long-métrage de Noboru Iguchi éprouve les pires difficultés à se démarquer d'une concurrence litanique. 
De facto, le film souffre inévitablement de la comparaison avec Tetsuo et ses nombreux avatars. Surtout, The Machine Girl peine à transcender son récit, pour le moins anémique. Viennent également s'ajouter de nombreuses chutes de rythme, hélas préjudiciables à la qualité du film. Après un début en fanfare, The Machine Girl se polarise sur le passé de son héroïne (Ami) en déveine. Du suicide de ses parents jusqu'à la mort atroce de son petit frère, en passant par l'amputation de son bras gauche suite à une rixe avec des yakuzas, l'infortunée accumule les fêlures. Bien que lourdement handicapée, Ami peut néanmoins entreprendre son entreprise de vengeance. 

téléchargement (2)

Après une première partie longuette et fastidieuse, le long-métrage retrouve enfin de sa superbe dans une dernière demi-heure en apothéose. Noboru Iguchi ne nous refuse aucune excentricité rutilante. Dans The Machine Girl, le sang gicle à satiété, les corps explosent, les boyaux s'évaporent et les têtes en plastique volent sous le regard hébété de sa principale protagoniste. C'est aussi la principale qualité de cette pellicule rougeoyante, soit sa capacité à accumuler les saynètes outrageantes, sans toutefois dissimuler les prothèses et le sang confectionné à base de sauce tomate.
Nul doute que le film séduira les adulateurs d'un cinéma gore et parfois extrême. En l'état, The Machine Girl n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. A contrario, le métrage désappointe lorsqu'il se centre sur ses divers personnages. En outre, difficile de ressentir la moindre once de compassion pour Ami tant cette jouvencelle paraît misanthrope et peu amène. De surcroît, les acteurs peinent réellement à briller et à se transcender dans cette production un tantinet famélique.
A réserver aux irréductibles du genre, donc.

 

Note : 10.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Machine_Girl

17 novembre 2017

Dossier : Jésus Franco

téléchargement

 

JESUS FRANCO : FILMOGRAPHIE COMMENTÉE

 

1961 : Jésus Franco (né en 1930 en Espagne) passe derrière la caméra pour la première fois après une carrière de critique de cinéma avec L’Horrible docteur Orloff, produit par Eurociné (studio pour lequel le cinéaste est amené à retravailler, notamment pour le script de Terreur cannibale) et qu’il scénarise. Dans le rôle-titre, on retrouve Howard Vernon qui sortait tout juste du tournage de Le Diabolique docteur Mabuse chez Fritz Lang où il côtoyait Gert Fröbe (Goldfinger). L’acteur devint une figure récurrente des films du cinéaste par la suite et signe là sa meilleure prestation. Le script de Gritos en la Noche (titre original) qui parle d’un homme faisant des expériences chirurgicales pour soigner sa fille, n’est pas sans rappeler un certain Les yeux sans visage de George Franju sorti deux ans auparavant. Il existe deux versions de ce film, une française et une espagnole, la seconde étant plus longue que la première de cinq minutes. Le succès du film fut tel que Franco en tourna deux remakes : La Vengenza del doctor Mabuse (1970) et le moins connu Les Prédateurs de la nuit (1988).

1962 : Le Sadique baron Von Klaus. Disponible en « dvd Mad » du magazine cinématographique « Mad Movies », Le Sadique baron Von Klaus (La Mano de un Hombre Muerto en espagnol) est le premier film que le cinéaste signe sous pseudo, à savoir Jess Frank. Il s’agit d’une production hispano-française (comme L’Horrible docteur Orloff) dans lequel on retrouve Howard Vernon ainsi que Eurociné à la production et Godofredo Pacheco en tant que chef opérateur, ce dernier ayant d’ores et déjà œuvré sur. Dès son second film, Franco s’est donc déjà construit une petite équipe fétiche, affirmant sa volonté de retravailler avec les mêmes techniciens de films en films.
L’histoire est la suivante : dans un petit village, des jeunes filles sont sauvagement assassinées et les soupçons se portent sur un certain baron Von Klaus (Howard Vernon évidemment) dont les ancêtres ont une histoire on ne peut plus macabre... Visuellement, Franco commence à s’affirmer clairement dans ce film, faisant un usage remarquable du Cinémascope. Encore une fois, par analogie avec son précédent long-métrage, Le Sadique baron Von Klaus possède plusieurs versions, la version française étant comme toujours plus courte que les autres, la scène de meurtre du pré-générique ayant notamment été amputée. Il est intéressant de savoir que le film est adapté d’un roman écrit par un certain David Khunne, qui n’est autre que Jésus Franco en personne !

 

horri dr O

 

1964 : Les Maîtresses du docteur Jekyll. Possédant un intéressant titre original, à savoir El Secreto del doctor Orloff (ce qui suppose que le film est la suite de L’Horrible docteur Orloff), Les Maîtresses du docteur Jekyll est l’un des films les plus oubliés de Jésus Franco, et est resté dans l’esprit des cinéphiles pour la présence d’un robot meurtrier aux ordres du docteur (Jekyll ? Orloff ?).

1965 : Dans les griffes du maniaque. De son titre original Miss Muerte, également connu sous le nom de Le Diabolique docteur Z, ce quatrième film du cinéaste est pour le moins intéressant. Écrit par Jean-Claude Carrière (qui devait rédiger peu de temps plus tard le script de Cartes sur table, toujours de Jésus Franco) et mis en musique par Daniel J. White avec qui Franco avait déjà travaillé à l’occasion de Le Sadique baron Von Klaus, Dans les griffes du maniaque repose comme bien d’autres films d’horreur de l’époque sur une classique rivalité Bien/Mal, mais qui est néanmoins traitée avec un admirable savoir-faire, comme le souligne également Laurent Aknin dans son excellent « Les Classiques du cinéma bis » en disant « Avec Orloff, il s’agit sans doute du sommet de sa période dite « classique » à propos du film de Jésus Franco.

1965 : Cartes sur table (Cartas boca arriba). Après avoir failli tourner Le Masque de Fu-Manchu (1965) avec Christopher Lee (à ne pas confondre avec The Mask of Fu-Manchu, chef d’œuvre de Charles J. Brabin) finalement tourné par Don Sharp, Jésus Franco réalise son premier film « à stars » vu que Cartes sur table réunit Fernando Rey et Eddie Constantine (qui tournait la même année dans Alphaville de Jean-Luc Godard). Non content de le réaliser, Franco scénarise également son film, prêtant main forte à Carrière. Le film se classe fièrement parmi ma liste personnelle des films les plus barrés du cinéma puisqu’il y est question d’une machine à « zombifier les humains ».
Du reste, Cartes sur table n’est non pas produit par Eurociné mais par Hesperia Films, comme c’est le cas de Dans les griffes du maniaque. Particulièrement « moderne » et « stylisé » malgré le fait qu’il soit tourné en noir et blanc, le film est le premier des deux que tournera Jésus Franco avec Eddie Constantine, le suivant étant Ça barde chez les mignonnes (1966).

 

maitresses dr jekyll

 

 1967 : Besame Monstruo ! Il s’agit d’une super rareté. Introuvable, il n’y a presque aucune information à donner sur le film.

1967 : Sadisterotica. Faisant lui-même une apparition dans ce film, Jésus Franco a tourné Sadisterotica pour s’amuser, il semblerait. Très efficace, ce long-métrage restera dans les mémoires pour l’apparition cocasse qu’y fait le cinéaste, qui se fait assassiner par Adrian Hoven.

1967 : Necronomicon. Amateurs d’OFNIS, les OFNIS vous appellent !! Effectivement, Necronomicon est un film des plus inclassable, au même titre que le quasi expérimental Les Cauchemars naissent la nuit, tourné trois ans plus tard. Au niveau du casting, on retrouve toujours Howard Vernon, dans un rôle magnifique. Personne n’oubliera jamais Necronomicon d’ailleurs, et pour de nombreuses, très nombreuses raisons : la scène de danse entre Vernon et Janine Raynaud, par exemple.
On voit déjà apparaître dans Necronomicon le personnage de Lorna, ici danseuse de cabaret et qui reviendra dans Lorna l’exorciste en 1974. Tournant autour d’une histoire de sadomasochisme, Necronomicon est une œuvre très perturbante qui compte à coup sûr parmi les meilleurs films de Franco, qui signa également le scénario, une fois de plus. Pour l’anecdote, Howard Vernon a toujours soutenu que Fritz Lang avait adoré le film...

1968 : Marquis de Sade : Justine (Les Infortunes de la vertu). Cette adaptation de Sade est la première du cinéaste, qui y reviendra par la suite à plusieurs reprises, notamment avec Les Inassouvies dont le titre original n’est autre que De Sade 70 ! En ce qui concerne Justine, je l’ai découvert récemment et sans être emballé le moins du monde. Car il faut bien le dire, Justine est un des plus beaux ratés de la carrière de Franco, qui n’offre aucune profondeur à son adaptation.
Le reste de l’année 1968 fut très prolifique, mais deux des films réalisés par Franco lors du reste de cette année ne peuvent être visionnés en zone 2, et je doute fort qu’ils existent ne serait-ce qu’en zone 1. Pour votre information, il s’agit de 99 Mujeres et de Fu-Manchu y el beso de la Muerte.

 

marquis de s

 

1968 : Sumuru – la cité sans hommes. Artus Films a eu la bonne idée de rééditer ce film, tout comme Les Inassouvies et Le Miroir obscène, autre perle rare de la carrière du cinéaste. Tourné au Brésil, le film bénéficie de ce fait d’un cadre naturel vraiment très beau mais n’évite pas les poncifs du genre, l’idée départ étant déjà franchement moisie (des films où les femmes martyrisent les hommes, on en a vu des tonnes, dans tous les pays !), le tout alourdi par des longueurs interminables. Et comme le souligne Gilles Esposito page 64 du numéro 271 de Mad Movies, « la chose vaut surtout pour son côté outrageusement pop » ajoutant que le film pâtit d’un scénario « pour le moins confus ». On ne peut que le rejoindre sur ces deux points !

 1969 : Paroxysmus/Venus in Furs. Distribué par AIP (le studio de Roger Corman !), le film est un trip inoubliable, jazzy et profondément sixties !

1969 : De Sade 70 (Les Inassouvies). Production germano-hispano-anglaise, De Sade 70 marque le grand retour de Jésus Franco qui signe là son premier bon film depuis deux ans ! Bénéficiant d’un excellent casting porté par Paul Muller (Les Cauchemars naissent la nuit), Maria Rohm et Christopher Lee. Également connu sous le nom de Into Perversion (qui fait écho à Perversion Story de Lucio Fulci qui sort en même temps), le film est une adaptation de « La Philosophie dans le boudoir » de Sade. Particulièrement osées, les scènes de sexe sont les plus réussies de la carrière du cinéaste, particulièrement inspiré pour l’occasion.

1970 : Grande année pour le cinéaste !! Il tourne coup sur coup Le Juge sanglant (?), Le Comte Dracula et Vampyros (?) ainsi que Les Nuits de Dracula (dont Christophe Lemaire croyait qu'on n’y voyait pas les dents de Lee) et El Diablo viena de Akasawa. Mais nous allons plutôt nous pencher sur le cas d’Eugénie et des Cauchemars naissent la nuit.

 

cauchemars naissent la n

 

En ce qui concerne Eugénie, nous dirons tout d’abord qu’il marque les retrouvailles du cinéaste avec le studio Eurociné. Une nouvelle fois penché sur la frontière (ici plus que ténue) entre le bien et le mal, le film permet au cinéaste de  retrouver une seconde fois Paul Muller dans le rôle principal, c’est-à-dire celui du père adoptif d’Eugénie Radeck. Il est à noter que Jésus Franco joue lui aussi dans le film (dont il a d’ailleurs signé le scénario).

Pour ce qui est de Les Cauchemars naissent la nuit, il fut tourné au Lichtenstein (comme 50% d’Eugénie) et peut aisément être considéré comme le film le plus poétique du cinéaste (voire ce plan sur des fesses blanches dans une chambre sombre ne pleine nuit). C’est la dernière collaboration du cinéaste avec l’acteur Paul Muller. Réédité en dvd récemment, le film rappelle, comme le fait justement remarquer Laurent Aknin, Les Mains d’Orlac.

1971 : Autre année faste de la carrière de Jésus Franco : Elle a tué en extase, Las Vampiras , La Fille de Dracula, El Muerto hace las Matelas mais aussi et surtout Dracula prisonnier de Frankenstein qui demeure à ce jour l’un des chef d’œuvre de Franco à mes yeux. L’année suivante, Franco devait continuer dans cette voie avec La Malédiction de Frankenstein.

1973 : Franco revient au docteur Orloff dans Les Yeux de Sinister docteur Orloff mais à partir des années 70, son œuvre va prendre une tournure résolument érotique voire pornographique, comme on le voit en 73 avec La Comtesse aux seins nus, The Erotic Adventures of Maciste dans l’Atlantide, Le Miroir obscène (avec Howard Vernon) et le très amusant Christina : princesse de l’érotisme.

1974 : Franco tourne un petit « hit » bis avec le très Z Lorna l’exorciste qu’il signe Clifford Brown. Tourné dans notre beau pays, le film (produit par CFFP) réunit Jésus Franco lui-même et Howard Vernon au casting. D’ailleurs, il est temps de regarder un peu la filmographie de cet acteur. On pourrait croire qu’il a passé sa vie dans les films de Jésus Franco, mais c’est faux : il a également tourné Alphaville pour Jean-Luc Godard, L’Inconnu de Shandigor pour Jean-Louis Roy, La Rose écorchée pour Claude Mulot et Les Orgies du docteur Deed (ou Orloff, ça dépend des traductions) pour Santos Alcoccer. Pour ce qui est de Lorna l’exorciste, s’il y a des intéressés, vous le trouverez également sous le titre de Les Possédées du Diable, Les Possédées du démon et tout simplement Lorna.

Je crois qu’il vaut mieux s’arrêter là. Mis à part Le Sadique de Notre Dame (1979) dans lequel Franco joue le rôle-titre et Gemidos del Placer (1983) qui fut interdit aux moins de 18 ans en Espagne, la suite de ses films furent fort peu intéressants, à l'exception de Les Prédateurs de la nuit (1988) avec Brigitte Lahaie et Caroline Munro.

Citons tout de même :

Snakewoman, Tueur de Barbies vs Dracula, Le Trésor de la déesse blanche, Marie-Cookie et le tueur de tarantula à huit pattes à vous, Vampire Junction, Lust for Frankenstein, Voodoo Passion, Tender Fleish, The Mansion of the Living-Dead, Revenge of the Maison Usher, Le Tombeau des morts-vivants, Dorianna Grey, Mondo Cannibale et tant d’autres...

Dans tous les cas, il est certain que Jésus Franco est un grand cinéaste bis qui, dans sa recherche plastique sur le sexe, l’amour, la violence et le sadomasochisme, a conçu une œuvre inégale, extrême, unique et fascinante, portée sur la chair dans tous ses états.

J’espère que ce modeste billet lui fait honneur. En espérant que vous avez appris deux-trois trucs,

 

Sources : Les Classiques du cinéma fantastique de Jean-Marie Sabathier, Les Classiques du cinéma bis de Laurent Aknin, Mad Movies n°271

 

 

103330369Hdef

Super Inframan (Poings éclairs !)

the-super-inframan-affiche

Genre : science-fiction, arts martiaux
Année : 1975
Durée : 1h28

Synopsis : La planète est menacée par le réveil d'une étrange démone, prisonnière depuis plus de 10 millions d'années dans les entrailles de la Terre. Entourée de monstres maléfiques, elle s'apprête à conquérir le monde et à exterminer l'espèce humaine. Mais un groupe de scientifiques va s'opposer à eux en mettant au point une arme redoutable : le super héros Inframan ! 

La critique :

La Shaw Brothers ou cette société hongkongaise principalement spécialisée dans la production de films d'arts martiaux. Initiée par quatre frangins dans les années 1920, la firme devra patienter jusqu'à la fin des années 1950 avant de connaître ses premiers relents de notoriété, notamment avec L'ombre enchanteresse (1959), une comédie dramatique. C'est vraiment à partir du milieu des années 1960 que la Shaw Brothers se tourne et se spécialise vers les films d'arts martiaux.
L'Hirondelle d'Or (King Hu, 1966), Un seul bras les tua tous (Chang Cheh, 1967), Le retour de l'hirdondelle d'or (Chang Cheh, 1968), Le Bras de la vengeance (Chang Cheh, 1969), Les 13 fils du dragon d'or (Chang Cheh, 1970), La Rage du Tigre (Chang Cheh, 1971), ou encore La Main de Fer (Chang-haw Chung, 1972) sont autant de pellicules qui vont contribuer à ériger la Shaw Brothers au firmament de la gloire.

Par la suite, la Shaw Brothers se tourne vers la kung-fu comedy, un genre qui va connaître sa quintessence entre le milieu et la fin des années 1970, notamment avec Le Singe fou du kung-fu (Liu Chia-Liang, 1979). Exempt tous ces classiques, la Shaw Brothers compte évidemment quelques nanars à son actif en se tournant vers le fantastique, notamment avec l'inénarrable Le Colosse de Hong-Kong (Ho Meng-Hua, 1977), une copie éhontée de King Kong (John Guillermin, 1976).
Vient également s'agréger Super Inframan, réalisé par un certain Shan Hua en 1975. Cette production impécunieuse profite du succès et de la vague du Kaiju Eiga, un registre cinématographique qui a atteint son paroxysme avec Godzilla (Ishiro Honda, 1954) et ses suites funambulesques. Via cette pellicule science-fictionnelle, le but de la Shaw Brothers est de conquérir le coeur d'un public pré-pubère.

SuperInframan1

Mission réussie en l'occurrence puisque le long-métrage se soldera par un succès colossal sur ses terres hongkongaises. Mieux, Super Inframan bénéficiera, bien des années plus tard, du plébiscite des adulateurs du cinéma bis, en particulier des fans de nanardises joyeusement ringardes et déglinguées du bulbe ! Sur ce dernier point, le long-métrage ne se refuse aucune excentricité et peut s'enorgueillir, désormais, du statut de film culte ; inspirant au passage, de nombreux produits dérivés, entre autres Power Rangers, X-Or ou encore Bioman. Autant d'avatars décérébrés qui auront l'heur de s'installer durablement dans nos contrées hexagonales, et même dans le monde entier.
La distribution du film se compose de Danny Lee, Terry Liu, Wang Hsieh, Yuan Man-Tzu et Lin Wen-wei. A noter aussi l'apparition furtive mais néanmoins remarquée d'un certain Xia Long.

Son nom ne doit pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, ce dernier se transmutera par la suite en un clone éhonté de Bruce Lee dans plusieurs films de la Bruceploitation. Une star en devenir (sic...) ! Quant à Danny Lee, le comédien peut s'enhardir d'une filmographie foisonnante et exhaustive. On a ainsi pu voir l'acteur dans Frères de Sang (Chang Cheh, 1973), City on fire (Ringo Lam, 1987), The Killer (John Woo, 1989), ou encore dans Just Heroes (John Woo, 1989).
Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de Super Inframan ! Attention, SPOILERS ! La planète est menacée par le réveil d'une étrange démone, prisonnière depuis plus de 10 millions d'années dans les entrailles de la Terre. Entourée de monstres maléfiques, elle s'apprête à conquérir le monde et à exterminer l'espèce humaine.  

the-super-inframan-mechant1

Mais un groupe de scientifiques va s'opposer à eux en mettant au point une arme redoutable : le super héros Inframan ! Visionner Super Inframan, c'est comme regarder un vieil épisode de X-Or avec tous ces effets désuets et périmés, ces cascades improbables effectués en plein ciel et même dans les nuages (les trampolines étant à peine dissimulés), ces bruitages cacophoniques, ces "pioupiou" qui vrombissent d'armes laser, ces monstres dolichocéphales surgis de nulle part si ce n'est d'un costumier probablement aviné, et un scénario griffonné sur un timbre-poste.
Ici, l'histoire (c'est bien un grand mot) se résume à des méchants provenant du centre de la Terre et qui souhaitent s'emparer de notre planète. L'Humanité est donc menacée de néantisation... Heureusement, les scientifiques disposent d'une arme redoutable et elle se nomme Super Inframan.

Ce soldat bionique est nanti d'une tenue rougeoyante et autres couleurs sémillantes. En outre, difficile de ne pas s'esclaffer devant ce cyborg à visage humain doté d'un casque aux yeux globuleux et aux antennes rotatives ! Pour vaincre ses principaux assaillants (un homme plante, un homme montagne et une punaise avariée, entre autres...), notre héros robotique dispose d'une véritable armada militaire. Que les thuriféraires de productions joyeusement kitschs et ringardes se rassurent.
Oui, Super Inframan vole bien dans le ciel. Oui, ses bras sont dotés de lasers et ses mains sont affublées de la puissance de l'éclair. De quoi faire ciller la reine des neiges, ainsi que son escouade de squelettes azimutés. 
D'ailleurs, on se demande pourquoi la reine potentat et acariâtre ne tente pas de pulvériser Super Inframan, d'autant plus qu'elle connaît son point faible. 

the-super-inframan-monstre-et-compagnie

Pour l'anecdote, l'homme bionique est vulnérable en l'absence de la lumière du Soleil... Mais Super Inframan, c'est aussi cette curieuse dichotomie entre la sériosité affichée et cette goguenardise quasiment involontaire qui parsème cette pellicule laconique (à peine une heure et 28 minutes de bobine). Pour le spectateur avisé, il faudra fermer les yeux sur la vacuité et l'inanité du scénario, ainsi que sur la caducité des effets spéciaux. Même les séquences martiales sont horripilantes d'incompétence et de bêtise. Visiblement, Danny Lee n'est pas un expert chevronné du combat et peine à se mouvoir dans son costume corseté. Pourtant, il lui faudra affronter un homme plante qui ressemble davantage à une chenille dégingandée. Même remarque concernant l'homme montagne et ne parlons même pas de cette punaise géante, par ailleurs écrasée par la botte géante de notre androïde de pacotille ! Viennent également s'ajouter deux créatures en forme de trombone (véridique !) et montées sur d'étranges ressorts, le réalisateur poussant le vice jusqu'à faire rebondir les deux boîtes de conserve sur le crâne ! Un grand moment de solitude ! Voilà pour l'ensemble des velléités !
En l'état, Super Inframan fait office de série B joliment surannée qui devrait logiquement ravir les "nanardophiles".

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver

16 novembre 2017

Lunacy - Les Fous (Maddin + Lynch + Méliès + Jodorowsky + Burton + Gilliam + Bunuel + tous les autres cinglés = Svankmajer !)

Lunacy-2005

Genre : drame, fantastique, inclassable, expérimental (interdit aux - 16 ans)
Année : 2005
Durée : 1h58

Synopsis : Jean Berlot est un jeune homme profondément perturbé depuis le décès de sa mère, morte de folie. Sujet à de violentes hallucinations, il cause de nombreux dégâts dans une chambre d'hôtel. Au restaurant de l'établissement, un étrange individu l'invite à sa table et paie les dégradations que Jean a occasionnées. L'homme, vêtu à la façon d'un contemporain du XVIIIe siècle, prétend être le Marquis de Sade. Il recueille d'abord Jean chez lui puis, pour essayer de le guérir de sa démence passagère, il ne trouve pas mieux que de l'inviter dans un asile d'aliénés où règnent l'anarchie et le chaos.

La critique :

Le cinéma de Lynch vous laisse de glace ? Le style de Jodorowsky vous ne vous paraît pas assez déjanté ? Vous vous assoupissez devant les films de Bunuel ? Ne cherchez plus, j'ai ce qu'il vous faut pour dérider vos tristes mines déconfites de cinéphiles blasés. Essayez donc l'univers de Jan Svankmajer et vous m'en direz des nouvelles ! Franchement, cela m'étonnerait beaucoup que vous soyez déçus ! Au royaume des réalisateurs fortement secoués de la pulpe, le spécimen tchèque règne en maître absolu et bat tous les records. Un cinéma plus barge de nos jours, ça va être dur, mais alors très dur à trouver... Puisque c'est la première fois (mais certainement pas la dernière) que parlons de Jan Svankmajer sur le blog, il est nécessaire de faire un minimum sa connaissance.
À la sortie de ses études d'arts appliqués, le jeune Svankmajer, né en 1934, rejoint le célèbre théâtre de marionnettes Lanterna Magika de Prague, en 1962. Fortement influencé par le surréalisme et le maniérisme, il réalise son premier court-métrage en 1964, à l'âge de trente ans, puis intègre le Groupe Surréaliste de Prague en 1970, dont il est toujours un membre éminent.

Parmi ses oeuvres hormis Lunacy dont nous parlons aujourd'hui, on retiendra Alice (1988), son long-métrage initial, Conspirators of Pleasure (1996), Otesanek (2000) et Surviving Life (2010). Svankmajer a prévenu que "Les Insectes", en tournage actuellement, sera le dernier film de sa carrière. Ce film, entièrement financé par crowdfunding (financement participatif sur Internet), devrait sortir sur les écrans en décembre 2018. La marque de fabrique du réalisateur tchèque est avant tout l'improvisation et l'animation. Lui-même avoue que son style est profondément inspiré par ses débuts au théâtre et son passé de marionnettiste. La rencontre avec le peintre surréaliste cubain, Jorge Cammacho, a été aussi déterminante pour que Svankmajer trouve définitivement son style; un style fait de plans animés en stop-motion insérés dans la réalité, de situations ubuesques, de scènes grandiloquentes et de délires visuels. Un esthétisme qui ne ressemble à rien de connu.
Magicien de l'image, Svankmajer est aussi un prestidigitateur du son. Lunacy est un régal pour les oreilles tant la bande sonore a été travaillée pour offrir au spectateur d'insondables détails auditifs qui rehaussent l'importance d'une scène et en décuplent la force d'impact. Sur ce point, la ressemblance avec les films des frères Quay est frappante. Ceux qui ont eu l'occasion de visionner Institut Benjaminta ou L'accordeur De Tremblements De Terre s'en apercevront tout de suite. 

lunacy


La chronique à venir, s'approchant plus du dithyrambe que du billet impartial, autant évacuer immédiatement les points négatifs de cette oeuvre très haut perchée. Jan Svankmajer manque de moyens financiers, c'est évident. S'il compense cette lacune par une fantastique créativité, il ne peut rien contre la fadeur de l'image, terne et délavée, identique à celle d'un téléfilm allemand de milieu d'après-midi sur France 3. Autre point (un peu) rédhibitoire : Lunacy est un film assez bavard ; toutefois, les dialogues ne sonnent jamais creux au vu des thèmes philosophiques abordés par les protagonistes.
Voilà tout ce que j'ai pu trouver pour faire pencher la balance du mauvais côté. C'est tout ? C'est tout. Le reste tient plus du feu d'artifice que du pétard mouillé tant le film fourmille d'idées et pétille de surprises. Au vu de la qualité de ce métrage, on ne peut que regretter, qu'un cinéaste de la trempe de Jan Svankmajer, reste totalement inconnu en dehors de son pays d'origine. Inutile évidemment de préciser que la sortie de Lunacy en 2005 passa inaperçue en France. Quel dommage qu'une telle oeuvre ait été condamnée à l'anonymat le plus complet !

Sans, pour autant, atteindre les sommets formels et rhétoriques d'un chef d'oeuvre absolu comme L'incinérateur De Cadavres (Juraj Hertz,1968), Lunacy appartient pourtant déjà, par sa prodigieuse inventivité, au panthéon du cinéma tchèque et même européen. Je parierai fort que le(a) premier(ère) qui osera faire un pas en direction de ce cinéma complètement allumé, va très vite en devenir accro... Attention spoilers : Jean Berlot est un jeune homme déjà psychologiquement perturbé lorsqu'il vient de perdre sa mère, morte de folie. Sur le retour des funérailles, il s'arrête dormir dans un hôtel. Au cours de la nuit, il est pris de violentes hallucinations et détruit tout le matériel de sa chambre. À l'heure du déjeuner, et alors que les propriétaires de l'établissement viennent lui demander des comptes, un homme étrange invite Jean à sa table et se propose de régler toutes les détériorations occasionnées.
Vêtu tel un gentilhomme du siècle des lumières et coiffé d'une perruque de Lord, le mystérieux individu prétend être le Marquis de Sade. En voyant Jean désemparé, "l'aristocrate" le recueille dans son château. Mais dès le premier soir, Jean est témoin d'une orgie blasphématoire où le soi-disant Marquis s'adonne aux sacrilèges et à la phallocratie, entouré de jeunes femmes toutes entièrement soumises à sa lubricité diabolique. 
Profondément pieux, Jean est ulcéré à la vue de cette scène. Il est sur le point de quitter le château lorsque son hôte parvient habilement à l'attendrir et à le convaincre de rester.

Lunacy-2005-movie-sileni-3

 

En proie à des crises convulsives de plus en plus violentes, la santé mentale de Jean se délite rapidement. Pour tenter d'enrayer ce processus, le Marquis à l'idée saugrenue d'emmener le jeune homme dans un asile dirigé par un directeur pour le moins original qui laisse les patients, tous plus aliénés les uns que les autres, livrés à eux-mêmes sans les contraindre à un quelconque règlement de discipline ou de sécurité. Dans cet établissement isolé et vétuste, Jean rencontre Charlotte, une infirmière dont il tombe amoureux. Celle-ci lui révèle que le véritable directeur est emprisonné au sous-sol et que les fous ont depuis longtemps, pris le contrôle de la maison psychiatrique...
Apparaissant à l'écran avant que le film ne commence, Jan Svankmajer déclare : "Mesdames et messieurs. Le film que vous allez voir est un film d'horreur, avec tout ce que ce genre comporte de bassesses. Il ne s'agit donc pas d'art. D'ailleurs, l'art est déjà presque mort. Il a été supplanté par des publicités vantant le reflet de Narcisse à la surface de l'eau. Considérez ce film comme un hommage infantile à Edgar Allan Poe, à qui j'ai emprunté certains motifs, ainsi qu'au Marquis de Sade de qui le film tire son ton blasphématoire et ses idées subversives. Le sujet de ce film n'est rien de moins qu'un débat idéologique sur la façon de diriger un asile d'aliénés. Il y a, en effet, deux manières de diriger ce type d'institution, toutes les deux aussi extrêmes. L'une est la liberté absolue, l'autre la méthode rigide et conservatrice. Mais il en existe une troisième qui combine et cumule les pires aspects des deux autres. Et c'est celle-là que je vous invite à découvrir."

Au moins, Svankmajer a le mérite de nous prévenir des hostilités. Néanmoins, il fait cette déclaration en la frappant au coin d'une certaine provocation ; affirmer que l'art est mort pour type tel que lui, c'est quand même gonflé. En matière d'art, c'est peu dire Svankmajer en connaît un rayon. Touche-à-tout surdoué, le bonhomme n'a pas uniquement que le titre de réalisateur sur sa carte de visite. À l'instar d'Alejandro Jodorowsky, Svankmajer a pratiqué une multitude d'activités artistiques. Lunacy est une oeuvre nécessitant un minimum d'ouverture d'esprit et un maximum de "bargitude" pour en apprécier véritablement toute la quintessence. Quand des poulets se transforment tout seuls en plats cuisinés ou que des morceaux de viande viennent danser sans raison au beau milieu d'une scène, il est impératif pour le spectateur de garder le contrôle de ses neurones au cours du visionnage, au risque de devenir autant azimuté que le réalisateur. Mais Jan Svankmajer est loin d'être aussi mentalement détraqué qu'on voudrait bien le croire. Sa seule véritable folie, c'est celle du cinéma, à qui il voue une passion démesurée. Et en amoureux transi du Septième Art, le réalisateur émaille son oeuvre d'un nombre incalculable d'allusions à un nombre incalculable de films.

Lunacy-big_1000_420_90_c1

 

Ainsi, beaucoup de grands classiques ont droit à un moment ou un autre, à leur petit clin d'oeil. Un cinéphile confirmé (mais aussi le spectateur moins aguerri) peut d'ailleurs s'amuser à repérer les nombreuses oeuvres auxquelles Svankmajer rend hommage tout au long de ce film abracadabrantesque. Bourré de références allant de Saló (évidemment puisque Sade) à Evil Dead, de La Clepsydre aux films gothiques de la Hammer (évidemment puisque Poe), à Vol Au-Dessus D'un Nid De Coucou ou même à L'exorciste, lorsqu'une fille adopte la posture de "l'araignée" exécutée par (la doublure de) Linda Blair dans le film de William Friedkin, Lunacy est un énorme gloubi boulga cinématographique où chacun voit ce qu'il veut y voir. Cependant, le scénario a beau être tordu à souhait, l'histoire tient bien la route et les acteurs sont très convaincants. Je ne vous ferai pas l'injure de vous présenter Pavel Liška, Jan Třïska, Anna Gaeslerová ou Jaroslav Dušek tant ces comédiens sont célèbres dans heu... leurs quartiers.
Tiens, en parlant de quartiers : et si les vraies stars du film, ce n'étaient pas ces morceaux de barbaque qui traversent le métrage inopinément sans qu'ils aient quelque chose à voir avec l'histoire ? Svankmajer, le cinéaste, rappelle au spectateur avec un amusement non dissimulé, qu'il fut en son temps un marionnettiste réputé et un spécialiste de l'art graphique. Filmés en stop-motion ultra accélérée, ces steaks, entrecôtes et poulets sortent des murs, défilent au pas cadencé ou esquissent des danses frénétiques au son d'une petite musique énervante qui vient rompre net le rythme de la scène dans laquelle ils s'immiscent.

Comme pour offrir une respiration au spectateur, une sorte de page récréative. Ces instants d'animation loufoques représentent, bien évidemment, le symbole de la folie sous-jacente de Jean qui, et on le constatera à la fin du film, ne s'est jamais réellement estompée. Reste la scène choc. Scène qui justifie à elle seule l'interdiction aux moins de seize ans dont le film est frappé. Elle intervient assez tôt, dans le premier tiers du film, et coïncide avec l'arrivée de Jean au château de l'auto proclamé "Marquis de Sade". Non content d'adopter les coutumes vestimentaires de son illustre inspirateur, le faux Marquis en pratique également les moeurs scandaleuses.
Ainsi, le soir où il vient de recueillir Jean, il se livre à une cérémonie démoniaque durant laquelle il plante des clous dans un crucifix de taille humaine, tout en apostrophant Dieu. Messe blasphématoire où viennent s'ajouter les péchés de gourmandise et de luxure. Au pied du célébrant, sont attablés trois hommes qui dégustent un énorme gâteau. Trois jeunes femmes se glissent alors sous la table pour leur prodiguer une fellation. La situation, évidemment simulée, n'en ait pas moins rendue troublante par l'expression extasiée des individus.

sileni2

Le maître de cérémonie, affublé d'une soutane d'évêque, se pare d'un masque de bouc et force lui aussi, une jeune femme (on saura par la suite qu'il s'agissait de Charlotte, la fiancée de Jean) à lui procurer du plaisir en se glissant sous la soutane. La scène se déroulant devant l'énorme crucifix, elle n'en devient encore que plus choquante. Puis, les vestales nues sont positionnées à quatre pattes et le "Marquis" comme possédé par ses actes infâmes, peint sur leur croupe une croix rouge sur laquelle il distille quelques hosties. Cette cérémonie scabreuse se terminera par le viol collectif d'une jeune femme par le groupe soudain transformé en créature bestiale assoiffée de sexe.
Une scène que n'aurait pas reniée Pier Paolo Pasolini ou Ken Russell ! Le reste du film, s'il continuera sur un rythme effréné, n'atteindra plus jamais ces sommets outranciers. La comparaison avec Saló ou The Devils s'arrête donc là... 
La perversion de Sade saupoudrée au mystère de Poe, le tout assaisonné à la sauce gratinée de Svankmajer, eh bien ça donne Lunacy. Un film piquant à servir très chaud. Un film fou qui parle de fous, réalisé par un fou. Mais quel fou ! Un réalisateur à l'immense puissance créatrice qui ne s'interdit absolument aucune limite dans son art subversif.

Cinéaste total, Svankmajer s'amuse à torturer les images, à décaler les situations, à ralentir le rythme pour mieux l'accélérer par la suite, à passer de la fantaisie à la gravité, du burlesque au graveleux, comme il lui plaît et avec une facilité déconcertante. Le talent, quoi. Avec Lunacy, Jan Svankmajer atteint un délire visuel inédit (sauf par lui-même) depuis longtemps au cinéma. Gratuites ou bien à propos, ses inventions graphiques et scénaristiques s'autorisent toutes les audaces, même les plus improbables. Cet improbable qu'il place lorsque bon lui plaît, au coeur du cartésien ; il entrevoit une possibilité et s'y engouffre aussi sec. Il ose. Et à l'instar des cons, les génies ça ose tout ; c'est même à ça qu'on les reconnaît, eux aussi. Et le spectateur dans tout ça ? Plongé dans un maelström de sentiments, il s'interroge. Qu'est-il donc en train de regarder ? Une comédie ? Un drame ? Un film d'horreur ?
Non, il est en train de regarder Lunacy, un ébouriffant spectacle en "Absurdie", magistralement orchestré par un très grand maestro de la pellicule. Il est en train de regarder un film de fous. Et s'il tente de suivre Svankmajer dans ses délires, on ne peut que lui souhaiter bon courage !

Note : 17,5/20

TumblingDollOfFlesh Inthmoodforgore

Contamination - 1980 (Les cocons viennent de Mars)

Contamination-poster-1-460x675

 

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1980
Durée : 1h35

Synopsis : Après la découverte d'un cargo contenant des oeufs libérant une substance hautement dangereuse, une scientifique, un inspecteur de police et un ancien astronaute vont faire équipe pour mener l'enquête. 

La critique :

Pour ceux qui n'ont pas l'heur de connaître le nom de Luigi Cozzi, le réalisateur transalpin fait partie de ces honnêtes artisans du cinéma bis. Sa carrière cinématographique débute en 1969 avec le méconnu Le Tunnel sous le monde. Pour Luigi Cozzi, il faudra faire preuve de longanimité et attendre 1973 pour connaître enfin les aléas de la notoriété avec Quatre mouches de velours gris. Le cinéaste italien enchaîne alors avec Starcrash, le choc des étoiles (1979), un plagiat éhonté de Star Wars, chapitre 4 : Un Nouvel Espoir (George Lucas, 1977), puis avec Hercule (1983), Les Aventures d'Hercule (1985), Sinbad (1989), Nosferatu à Venise (1988), ou encore Paganini Horror (1989).
Vient également s'ajouter Contamination, sorti en 1980, un film d'épouvante qui vient marcher dans le sillage et le continuum d'Alien : le huitième passager (Ridley Scott, 1979).

A l'époque, le chef d'oeuvre science-fictionnel de Ridley Scott marque une rupture fatidique et rédhibitoire via une nouvelle menace particulièrement belliqueuse : le xénomorphe. Evidemment, Alien : le huitième passager inspire et engendre de nombreux épigones, notamment Alien Dead (Fred Olen Ray, 1980), Alien : la créature des abysses (Antonio Margheriti, 1989), Alienator (Fred Olen Ray, 1990), ou encore La Mutante (Roger Donaldson, 1995).
Toutes ces pellicules sont autant de productions impécunieuses qui tentent de mimer, avec plus ou moins de sagacité, le huis clos spatial et horrifique de Ridley Scott. Contamination s'inscrit lui aussi dans cette dialectique et dans cette tentative chimérique d'apporter sa modeste pierre à l'édifice. De surcroît, Luigi Cozzi possède un budget minimaliste pour réaliser cette série B.

21006887_20130517220514206

Reste à savoir si le cinéaste va parvenir ou non à transcender son sujet. Réponse dans les lignes à venir... Contrairement à Ridley Scott, Luigi Cozzi ne souhaite pas s'aventurer sur des terres trop onéreuses. De facto, point de xénomorphe ni de créature vorace et protéiforme dans Contamination ni de saynètes spatiales, toujours pour des raisons pécuniaires. Si le long-métrage se solde par un bide commercial lors de sa distribution en salles, il s'octroie, à l'inverse, les ferveurs du public par l'intermédiaire du support vidéo. La distribution du film se compose de Ian McCulloch, Louise Marleau, Marino Masè, Siegfried Rauch et Gisela Hahn. Attention, SPOILERS !
(1) Un cargo accoste le port de New York. Phénomène étrange : il semble ne pas y avoir d'équipage. Quatre policiers montent à bord et font une macabre découverte.

Les hommes sont entièrement déchiquetés et d'étranges œufs visqueux jonchent le sol. Voulant examiner ces objets maléfiques de plus près, trois des policiers vont exploser en effleurant leur surface. Le survivant, aidé par des agents fédéraux, décide de trouver l'origine de cette menace. Il y a urgence, la contamination est déjà mondiale… (1). Sur la forme, Contamination s'apparente à un curieux maelström entre Alien, le huitième passager (déjà précité) et L'Invasion des Profanateurs (Philip Kaufman, 1978). A l'époque, le cinéma d'horreur et de science-fiction transalpin duplique à satiété les plus grands succès du box-office. Ce n'est donc pas seulement le film de Ridley Scott qui subit un relooking, mais aussi Les Dents de la Mer (Steven Spielberg, 1975) qui se transmute subrepticement en La Mort au Large (Enzo G. Castellari, 1981), ou encore Mad Max (George Miller, 1979) qui se transmue en 2019, après la chute de New York (Sergio Martino, 1983).

Contamination-1980-movie-6

Parmi toutes ces copies avariées, certaines tirent néanmoins leur épingle du jeu pendant que d'autres sombrent dans les affres des oubliettes et de la nanardise. En outre, Contamination constitue une honnête série B horrifique à condition de faire abstraction de son budget famélique ainsi que de plusieurs impondérables. Le premier et pas des moindres, une interprétation en demi-teinte. Mention particulière aux interprètes masculins un peu trop falots et qui ne parviennent pas à transcender leurs personnages respectifs. Les premières minutes de Contamination laissent inaugurer un film gore et sérieusement débridé via l'explosion de corps humains. 
En l'occurrence, c'est le contact avec des cocons visqueux et verdâtres qui semble provoquer l'étrange contamination.


Pourtant, au fil des minutes, Contamination délaisse cet aspect trash et érubescent au profit d'une enquête précautionneuse. 
Le colonel Stella Holmes et son aéropage débarquent dans un pays d'Amérique du Sud. Dès lors, Contamination revêt à la fois les oripeaux d'un film d'espionnage et d'un thriller horrifique. Hélas, en dépit d'un scénario plutôt bien troussé, le long-métrage accuse néanmoins quelques redondances, ainsi que plusieurs longueurs superflues.
Mais au moins, le métrage a le mérite de se démarquer d'Alien et de toutes ces séries B anémiques qui pulluleront durant les années 1980. 
Toutefois, il manque à cette bisserie désargentée une voire plusieurs séquences jubilatoires. Contamination se suit donc avec un ennui poli, ne parvenant jamais (ou presque) à transcender son récit. En l'occurrence, Luigi Cozzi adopte une mise en scène beaucoup trop clinique et chirurgicale pour susciter l'adhésion sur la courte durée de cette pellicule (à peine une heure et 35 minutes de bobine). In fine, le long-métrage de Luigi Cozzi apparaît aujourd'hui comme un film joliment désuet et victime - encore une fois - de son budget anomique.
Bref, autant de tares et de carences qui ne justifient pas la moyenne.

Note : 09/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Contamination_(film,_1980)

15 novembre 2017

Hitcher - 1986 (Le tueur de la route)

hitcher 1986

Genre : thriller, policier (interdit aux - 12 ans)
Année : 1986
Durée : 1h37

Synopsis : Jim Halsey accepte de convoyer une voiture à travers les Etats-Unis pour s'éviter des frais de voyage onéreux. Par une nuit pluvieuse il prend en auto-stop un dénommé John Ryder, un personnage étrange et inquiétant. Jim comprend très rapidement qu'il a affaire à un tueur psychopathe et réussit à se débarrasser de son dangereux compagnon de route. Dès lors, une course poursuite commence entre Ryder et sa proie, qui endosse malgré elle les meurtres de son poursuivant. Injustement accusé de plusieurs meurtres, Jim est poursuivi par la police et ne trouve personne à qui se confier, sauf peut-être Nash, une serveuse qu'il est forcé de prendre en otage

La critique :

C'est à partir de 1983 que le réalisateur américain, Robert Harmon, débute sa carrière cinématographique via un court-métrage, China Lake. Trois ans plus tard, il enchaîne avec son tout premier long-métrage, Hitcher, un film policier et d'action, qui va contribuer à ériger sa notoriété. Présenté dans divers festivals, le métrage remporte le prix du festival du film policier de Cognac. Par la suite, Robert Harmon connaîtra des fortunes diverses avec Eyes of An Angel (1991), Cavale sans Issue (1993), Le Peuple des Ténèbres (2002) et Highwaymen : la poursuite infernale (2004).
En outre, c'est bien Hitcher qui reste son long-métrage le plus proverbial. Aujourd'hui, nous vous proposons justement une chronique de ce film policier dans nos colonnes. Si le long-métrage fait l'objet d'un véritable plébiscite dans les festivals, il reçoit, à l'inverse, un accueil mitigé dans les salles obscures.

Pourtant, Hitcher va s'arroger le statut de film culte au fil des années. Les thuriféraires le citent souvent comme une référence du road movie meurtrier, un peu à la manière de Duel (Steven Spielberg, 1971), un film qui va largement influencer le scénario d'Hitcher. Mais pas seulement. Le film de Robert Harmon s'inspire également d'un épisode de la série La Quatrième Dimension, à savoir L'Auto-Stoppeur (saison 1, 1959). Hitcher reprend donc peu ou prou la même thématique avec un serial killer qui décime, massacre, étrille et dilapide ceux qui ont le malheur de croiser sa route.
L'auto-stoppeur sociopathe apparaît non seulement comme une sorte de fantôme surgissant de nulle part, mais aussi comme un révélateur des turpitudes de l'âme humaine. Thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.

8b097f78dc3561a136b6a32c72256e1d-the-hitcher-1986

Si le film a essuyé un camouflet lors de sa distribution dans les salles, il se solde néanmoins par un succès commercial via le support vidéo. Suffisamment pour engendrer une suite fastidieuse, Hitcher 2 : Retour en Enfer (Louis Morneau, 2003), ainsi qu'un remake homonyme, lui aussi prosaïque. Pour l'anecdote, Robert Harmon tournera plus de trois heures de bobine pour le premier montage du film. Mais les producteurs, David Bombyk, Edward S. Feldman, Kip Ohman, Paul Lewis et Charles R. Meekers, lui somment d'euphémiser ses ardeurs. Consciencieux, Robert Harmon divise la durée initiale quasiment par deux, pour une durée finale d'une heure et 37 minutes de pellicule.
Un choix judicieux. La distribution du film se compose de C. Thomas Howell, Rutger Hauer, Jennifer Jason Leigh, Jeffrey DeMunn et John M. Jackson.

Le cas de C. Thomas Howell mérite qu'on s'y attarde quelque peu. A l'époque, le comédien apparaît comme la nouvelle grande vedette masculine des années 1980. Tout le monde lui promet une carrière fulgurante. Hélas, l'interprète se fourvoiera essentiellement dans des séries B impécunieuses. Entre la fin des années 1990 et l'orée des années 2000, sa carrière est au point mort, ou presque. Dépité, C. Thomas Howell accepte même de reprendre le rôle de Jim Halsey dans Hitcher 2.
En 2016, on le retrouvera dans L'Attaque des Donuts Tueurs, réalisé par Scott Wheeler. Jadis, l'interprète s'était illustré dans E.T. l'Extra-Terrestre (Steven Spielberg, 1982) et dans Outsiders (Francis Ford Coppola, 1983). Une époque désormais bien lointaine... 
Voilà pour la petite parenthèse et la digression... Mais ne nous égarons pas et revenons au synopsis d'Hitcher premier du nom !

hitcher

Attention, SPOILERS ! Jim Halsey accepte de convoyer une voiture à travers les Etats-Unis pour s'éviter des frais de voyage onéreux. Par une nuit pluvieuse il prend en auto-stop un dénommé John Ryder, un personnage étrange et inquiétant. Jim comprend très rapidement qu'il a affaire à un tueur psychopathe et réussit à se débarrasser de son dangereux compagnon de route. Dès lors, une course poursuite commence entre Ryder et sa proie, qui endosse malgré elle les meurtres de son poursuivant. Injustement accusé de plusieurs meurtres, Jim est poursuivi par la police et ne trouve personne à qui se confier, sauf peut-être Nash, une serveuse qu'il est forcé de prendre en otage.
Certes, Hitcher s'inscrit à la fois dans le registre du thriller, de l'action et du film policier. Pourtant, par certaines accointances, le long-métrage n'est pas sans rappeler le premier Mad Max (George Miller, 1979).

A l'instar du chef d'oeuvre vrombissant de George Miller, Hitcher se déroule lui aussi sur des routes désertiques et sous un soleil de plomb. En l'occurrence, le psychopathe, l'énigmatique John Ryder, s'apparente à une version débridée de Max Rockatansky. Là où le héros de Mad Max revêtait les oripeaux d'un guerrier de la route, John Ryder, lui, prend l'apparence d'un criminel de la route. Ces deux-là ne sont pas si différents. Seule nuance, et pas des moindres, Robert Harmon se montre volontairement élusif sur la personnalité de John Ryder. Quand est-il né ?
De quelle région vient ce mystérieux sociopathe ? Pourquoi poursuit-il avec autant de pugnacité l'infortuné Jim Halsey ? Autant de questions qui resteront inertes et sans réponse. 
A l'image justement de Jim Halsey qui s'interroge sur l'acharnement farouche de son agresseur.

the-hitcher-long

Qu'à cela ne tienne. Quelques temps plus tard, le jeune homme couard et timoré croise derechef la route du psychopathe. Jim tente d'alerter les nouveaux passagers ainsi que la police et bientôt le FBI. Une chimère. Dès lors, une chasse à l'homme s'engage et Jim devient évidemment la proie à abattre... Tout du moins, dans un premier temps. Lors de cette première section, Robert Harmon se polarise sur la relation malsaine qui se tisse entre Jim et son ex-ravisseur.
Au fil de ses aventures et de ses pérégrinations, Jim s'éprend et s'énamoure de Nash (Jennifer Jason Leigh). Mais bientôt, la belle est à son tour capturée par John Ryder. Lubrique, le tueur s'amuse à la torturer. En l'état, difficile d'en dire davantage... La confrontation entre Ryder et Halsey tourne au règlement de compte et au road movie frénétique.

La proie devient alors le chasseur, John révélant à Jim sa nature animale et primordiale. Personne, pas même Nash ni la police, ne viendra s'interférer entre leurs inimitiés. En résulte une relation évidemment ambiguë et à forte consonance homosexuelle. 
La rencontre avec John Ryder correspond donc à un long périple initiatique, mais aussi à une sorte d'initiation et de retour aux fondements d'un homme bestial, barbare et sauvage. D'un jeune homme pudibond et policé, Jim Halsey va bientôt se transmuter en un redoutable prédateur, criant haro sur celui qui a décimé son énamouré.
Robert Harmon maîtrise parfaitement son sujet et signe un thriller policier aux allures fantastiques et horrifiques. Cependant, en dépit de ses qualités inhérentes, Hitcher n'est pas exempt de tout reproche. En effet, difficile de ne pas pouffer devant les badauderies et les impérities des policiers, plus benêts que jamais. Un défaut rédhibitoire et préjudiciable au film qui pâtit parfois de certaines redondances et errances scénaristiques. Que soit. 
Si Hitcher ne risque pas de contrarier l'hégémonie de Duel sur le road movie, le long-métrage n'en demeure pas moins une excellente surprise et une vraie réussite.
C'est déjà pas mal !

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

1984 - Le Film, 1984 ("Le crime par la pensée n'entraîne pas la mort. Il est la mort")

1984-nineteen-eighty-four-1984-1

Genre : anticipation, science-fiction (interdit aux - 12 ans)
Année : 1984
Durée : 1h53

Synopsis : Manipulant et contrôlant les moindres détails de la vie de ses sujets, Big Brother est le chef spirituel d'Oceania, l'un des trois Etats dont la capitale est Londres. Le bureaucrate Winston Smith travaille dans l'un des départements. Mais un jour il tombe amoureux de Julia, ce qui est un crime. Tous les deux vont tenter de s'échapper, mais dans ce monde cauchemardesque divisé en trois, tout être qui se révolte est brisé.

La critique :

Scénariste, producteur et réalisateur britannique, Michael Radford débute sa carrière cinématographique à l'orée des années 1980 via un documentaire, Van Morrison in Ireland. Il enchaîne alors avec plusieurs longs-métrages notoires, notamment Sur la route de Nairobi (1987), Le Facteur (1994), Le marchand de Venise (2004), Le Casse du Siècle (2007) et La Mule (2011). En 1984, il décide de transposer le roman anticipationnel de George Orwell, justement intitulé 1984.
Pour l'anecdote, ce n'est pas la première fois que le célèbre opuscule fait l'objet d'une adaptation cinématographique. Déjà, en 1954, Rudolph Cartier s'était essayé à l'exercice via un téléfilm britannique, sans néanmoins laisser un souvenir impérissable. Même remarque concernant le réalisateur Michael Anderson via un long-métrage cinématographique éponyme.

Le roman de George Orwell est jugé inadaptable au cinéma, notamment pour sa portée politique, philosophique et idéologique, difficilement transposable sur une pellicule cinématographique. Si la version de Michael Radford n'obtient qu'un succès d'estime lors de sa sortie en salles, le long-métrage suscite à l'inverse des avis unanimement dithyrambiques, obtenant par ailleurs le prix du meilleur film lors des Evening Standard British Film Awards et lors du festival de Fantasporto. 
Reste à savoir si 1984 (ou Nineteen Eighty-Four) mérite un tel panégyrisme. Réponse dans les lignes à venir. Plus de 65 ans après sa sortie, l'opuscule de George Orwell continue de fasciner et d'influencer le cinéma d'anticipation et de science-fiction. Des films tels que V pour Vendetta (James McTeigue, 2006), Equilibrium (Kurt Wimmer, 2002) et Brazil (Terry Gilliam, 1985) s'inspirent directement de l'univers "orwellien".

images (3)

Pour mémoire, le roman originel est une dystopie à consonance politique qui dénonce un système autocratique et totalitaire influencé à la fois par les régimes fascistes et communistes, en particulier staliniens. De facto, difficile de retranscrire, via une adaptation cinématographique, une telle société despotique dictée, entre autres, par la surveillance permanente, la manipulation de masse, le mensonge et l'utilisation d'un langage dévoyé (le novlangue) consistant à réduire la pensée, ainsi que toute diatribe du régime. Pour Michael Radford, la tâche s'annonce particulièrement difficile.
La distribution de 1984 - le film se compose de John Hurt, Richard Burton, Suzanna Hamilton, Cyril Cusack et Gregor Fisher. Attention, SPOILERS ! (1) En 1984, le monde est divisé en trois parties : l'Oceania, l'Estasia et l'Eurasia

Ces trois nations sont en guerre. Winston, un simple employé au service de Big Brother, va commettre un crime par la pensée et vivre un amour avec une jeune femme. Winston vit dans un très modeste appartement. On découvre que la société est divisée en trois parties : le Parti intérieur, le Parti extérieur et les Prolétaires, les Prolétaires vivent dans des zones spéciales. Le maître de l'Océania est Big Brother, dont le portrait est affiché sur tous les murs et télécrans.
Son visage est le suivant : il a une petite moustache, son visage semble vouloir rassurer mais aussi montrer une certaine sévérité. Les gens disposent chez eux de télécrans, sorte de télévision qui peut les regarder, les entendre et les réprimander au besoin. L'opposant politique de Big Brother est Emmanuel Goldstein. Les restrictions alimentaires sont très dures, ainsi que les libertés et les mouvements des gens, sauf pour les prolétaires, qui sont considérés comme des animaux (1).

images

Premier constat, Michael Radford a parfaitement cerné la quintessence du roman originel via une adaptation probe et fidèle. Ainsi, le film s'ouvre sur l'assertion suivante : "Qui gouverne le passé gouverne le présent. Qui gouverne le présent gouverne l'avenir". Dans une telle société, ce n'est pas que l'histoire qui est annihilée, mais aussi la mémoire. Ainsi, l'histoire est réécrite de façon à falsifier les faits, par ailleurs sans cesse modifiés. Dans ce monde cauchemardesque, c'est un souverain potentat, Big Brother, qui impose le diktat et la doxa d'une société bureaucratique, visiblement diligentée par des technocrates. Michael Radford opacifie son propos en nimbant sa pellicule de couleurs sépia, ce qui n'est pas sans rappeler, par certaines accointances, la tonalité de Stalker (Andreï Tarkovski, 1979).
Pourtant, sur la forme, le film de Michael Radford s'apparente à un curieux maelström mélangeant malhabilement un contexte politique délicat et une situation internationale des plus alambiquées.

Par exemple, difficile dans le film de faire la distinction entre l'Oceania, l'Eurasia et l'Estasia et donc de comprendre les belligérances entre ces trois pôles mondiaux. 
La police de la pensée est rapidement éludée, tout comme les différents ministères régentés par un régime dictatorial et totalitaire. Bien conscient des écueils de son scénario, Michael Radford décide de se polariser sur l'histoire d'amour entre Julia et Winston Smith. Hélas, la mise en scène, beaucoup trop théâtrale et dramaturgique, pâtit d'une interprétation en demi-teinte. Mention particulière à Suzanna Hamilton qui ne parvient pas vraiment - du tout - à transcender cette jeune femme en pleine insubordination contre le régime.
En revanche, rien à redire sur les prestations de John Hurt (dans le rôle de Winston Smith) et de Richard Burton (dans le rôle d'O'Brien).

téléchargement (1)

En outre, c'est surtout John Hurt qui tire son épingle du jeu et apporte beaucoup de modestie et de sensibilité à ce quarantenaire alangui et bientôt torturé pour crime de la pensée. "Le crime par la pensée n'entraîne pas la mort. Il est la mort !" déclame péremptoirement un Winston Smith médusé. Evidemment, dans une telle société totalitaire, l'amour est interdit. Toute pensée belliciste à l'égard de Big Brother doit être révoquée. Impitoyablement. Le long-métrage retrouve enfin toute sa magnificence dans sa dernière partie lorsque Winston Smith est écroué puis reprogrammé.
Dommage que le prisme du langage et de ses corollaires ne soit pas davantage évoqué. Curieusement, Michael Radford choisit d'éluder le champ de la pensée via le novlangue, un langage condensé et codifié. De facto, difficile d'adhérer totalement à cette version cinématographique en partie dévoyée, en raison d'une approche théorique parfois galvaudée et de choix scénaristiques discutables voire inappropriés. Par exemple, pourquoi évoquer l'enfance de Winston Smith alors qu'elle ne sert en rien le scénario du long-métrage ? Nul doute qu'un tel roman aurait probablement mérité une version cinématographique de trois heures pour réellement magnifier l'opuscule originel.
C'est sans doute pour cette raison que 1984 - le film reste encore aujourd'hui confiné dans les affres des oubliettes. Mais ne soyons pas si sévère. Michael Radford réalise une adaptation plutôt éloquente en dépit de menus détails qui ne manqueront pas de faire tiquer les adulateurs du roman de George Orwell.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/1984_(film,_1984)

14 novembre 2017

Le Samouraï (Symphonie mystique pour polar majeur)

le samouraï

Genre : policier
Année : 1967
Durée : 1h42

Synopsis : Jef Costello, un tueur à gages taciturne et solitaire, exécute un contrat en supprimant Martey, le patron véreux d'une boîte de nuit. Seule Valérie, la pianiste de l'établissement, a surpris le criminel au sortir de son forfait. Arrêté, Costello est formellement reconnu par un client de la boîte alors que, contre toute attente, la pianiste affirme ne l'avoir jamais vu lors de la confrontation qui les oppose. Dans quel but le protège-t-elle ? Une fois libéré, le tueur tente alors de remonter la filière jusqu'à ses mystérieux employeurs. Mais très vite, il se retrouve cerné entre la police persuadée de sa culpabilité et des commanditaires qui veulent à présent l'éliminer. Traqué de tous côtés, Costello voit l'étau se resserrer autour de lui jusqu'à le pousser à sa perte. 

La critique :

"Il n'y a pas plus profonde solitude que celle du samouraï, si ce n'est celle du tigre dans la jungle... peut-être..."' Le Bushido, livre du Samouraï. Avec cette citation introductive à la première image du film, le réalisateur Jean-Pierre Melville annonce clairement la couleur : nous n'allons pas regarder un polar comme les autres. En effet, si Le Samouraï appartient au genre "policier" au sens littéral du terme, cette oeuvre contemplative et introspective dépasse de loin le cadre classique du genre avec les truands d'un côté et les policiers de l'autre. Jean-Pierre Melville, déjà porté aux nues par la critique pour ses oeuvres antérieures, a déjà près de vingt ans de carrière derrière lui lorsqu'il réalise Le Samouraï. De ses débuts dans Le Monde Du Silence à L'armée Des Ombres tournée l'année précédent Le Samouraï, Melville a su imprégner le cinéma français de son style et de son univers où la solitude, l'échec et la mort sont des thèmes récurrents et prépondérants. Ses films sont quasiment tous devenus des classiques instantanés, encensés par la critique et plébiscités par le public.
Trois ans après Le Samouraï, Melville fera de nouveau appel à Alain Delon qu'il accompagnera de Bourvil, d'Yves Montand et de Gian-Maria Volonte (sacrée distribution) dans l'autre sommet de sa filmographie, Le Cercle Rouge.


Au fil des décennies, Le Samouraï est devenu le symbole du polar existentiel, référence absolue de réalisateurs tels John Woo (The Killer, 1989), Jim Jarmush (The Ghost Dog La Voie Du Samouraï, 1997) ou encore Nicolas Winding Refn (Drive, 2011). Le film de Melville a ainsi totalement imprégné de son aura la culture populaire asiatique et japonaise en particulier. C'est avant tout grâce à cette oeuvre mythique qu'Alain Delon est un devenu presque un dieu vivant au Pays du Soleil Levant. Vénération toujours très vivace de nos jours. On peut apprécier ou pas Alain Delon, l'homme. Sa présomption légendaire et assumée, a fasciné ou exaspéré des générations de cinéphiles.
Mais le Delon de cette époque était au faîte de sa gloire et au sommet de son art. Et force est de constater que la prestation d'Alain Delon, l'acteur, est tout simplement magistrale. Par une posture monolithique, un minimum de paroles (le premier mot est prononcé seulement sept minutes après le début du film), une précieuse économie de gestes et une totale maîtrise de son rôle, il parvient à créer un personnage inoubliable.

455960

Froid, impassible et impénétrable, en chapeau de feutre et gants blancs, Delon EST le samouraï. Par un jeu minimaliste et minéral, l'acteur fait du personnage de Costello un automate, un métronome sans passion, sans états d'âme, mû par l'unique but d'exécuter son contrat. Le film de Melville réalisé en 1967, est unanimement considéré comme l'un (le ?) des plus grands polars du cinéma français. Et qui pourrait trouver à redire à cela ? Cinquante ans tout juste après sa sortie, cette oeuvre envoûtante n'a rien perdu de sa puissance mystique, de sa beauté glaciale et de son ambiance hypnotisante. Car Le Samouraï, c'est avant tout une atmosphère unique en son genre.
Melville, en maître-orfèvre de l'onirisme et des effets sensoriels, place son histoire dans un Paris à la limite de l'artificialité. Une ville baignée par des couleurs bleues nuit légèrement irisées. Un Paris statufié, traversé par les ombres furtives de personnages qui ont perdu toute identité. Des portes s'ouvrent, des regards se croisent, des silhouettes descendent des escaliers dans une ville fantomatique. Au petit matin, le tueur, à peine libéré de son interrogatoire, s'engouffre dans un taxi qui fonce dans les rues désertes encore toutes engourdies par les pluies lancinantes de la nuit.

L'image épurée à l'extrême semble avoir été imprimée sur papier glacé ; la musique jazz aux relents d'électro composée par François de Roubaix, tend à engourdir le spectateur et à le maintenir dans un état de léthargie somnambulique sans toutefois que son attention ne puisse se détacher un seul instant de cette histoire policière qui flirte aux frontières de la transcendance fantasmagorique. Le Samouraï est une oeuvre aussi minimaliste dans sa réalisation brute qu'elle est éminemment complexe sur les thématiques qu'elle aborde : le rapport à un code d'honneur fondé sur le sacrifice et la loyauté, la recherche désespérée de la paix intérieure, la solitude d'un homme qui court inéluctablement à sa perte (c'est-à-dire vers la mort)... La destinée d'un homme est écrite à l'avance ; rien ne peut la bouleverser. Le thème est cher à Melville. Ce thème qu'il retravaillera de manière plus poussée encore dans Le Cercle Rouge où cette fois-ci, ce seront plusieurs hommes dont les routes s'entrecroiseront tout au long du film pour se réunir inéluctablement dans l'affrontement final. 
Au niveau de la distribution, Delon "écrase" ses partenaires par sa seule présence. Tous ou presque sont destinés plus ou moins aux rôles de faire valoir. Signalons tout de même les performances intéressantes de François Périer en commissaire teigneux et de la mystérieuse Cathy Rosier, actrice et mannequin martiniquaise à la carrière cinématographique aussi fulgurante que fut sa mort d'une rupture d'anévrisme en 2004.

 

critique-le-samourai-melville4

 

Attention spoilers : Samedi 4 avril, 18 heures. Jef Costello, fume une cigarette sur son lit. Dans quelques heures, il va exécuter un nouveau contrat et tuer Martey, le patron d'une boîte de nuit. En attendant, il va concevoir son alibi avec une minutie chirurgicale. Il vole une voiture et fait changer les plaques d'immatriculation, se rend chez Jeanne, sa maîtresse, avec laquelle il s'accorde sur les horaires, puis rencontre des partenaires de jeu dans un hôtel pour les prévenir de son arrivée tardive à la partie de poker en cours. Il peaufine les préparatifs de son crime en n'omettant aucun détail. À l'horaire prévu, il entre dans l'établissement, s'introduit dans le bureau de Martey et l'abat de trois balles. C'est alors qu'il croise Valérie, la pianiste de la boîte, qui allait prendre sa pause.
Très vite arrêté, Costello est néanmoins libéré faute de preuves et sur la base de faux témoignages. S'il est normal que Jeanne, sa maîtresse, ait menti en sa faveur, pourquoi cette pianiste a-t-elle déclaré ne pas l'avoir reconnu alors qu'elle se trouvait à deux pas de lui après qu'il ait commis son crime ? Quel est son rôle dans cette histoire? Aurait-elle un lien quelconque avec les employeurs de Jef ? Pris en tenaille par les hommes d'un commissaire particulièrement tenace et suspicieux et ses anciens commanditaires qui veulent désormais l'éliminer, Costello va tenter de remonter le cours de sa propre histoire et de survivre dans une ville dangereuse où la mort le guette désormais à tous les coins de rue. En vain.


Tel un tigre traqué dans une jungle hostile, Jef Costello se débat pour rester en vie. Pour Delon, Melville a composé un personnage sur mesure. Dénué de toute expression, économe de tous sentiments, le samouraï, froid comme la mort, traverse le film tel un fantôme en gabardine. Costello ne parle pas, il réplique : "Je ne perds jamais. Jamais vraiment"... Rien ne l'émeut, rien ne le perturbe, rien ne le déstabilise. 
Au sourire d'une jeune femme qui attend le même feu vert, il n'accorde aucune attention, restant de marbre derrière les vitres embuées de sa voiture. Au commissaire qui le bouscule dans ses derniers retranchements, il oppose une fin de non-recevoir par des justifications courtes, concises et abruptes. Sa défense repose sur un alibi en béton armé et il le sait. Cette carapace se fissure pourtant à deux reprises dans le film, lorsque Costello émet un geste (bref et pudique) de tendresse à l'égard de ses "protectrices", Jeanne et Valérie. Ce seront ses seuls moments d'humanité...
Le Samouraï est un digne descendant du film noir mais aux codes déstructurés par son réalisateur. Melville sublime le genre policier en créant ses propres rituels qui magnifient le métrage en une célébration funèbre confinant à la tragédie antique. De même, le cinéaste modernise la manière de voir un film. Ainsi, il fait participer le spectateur en lui réclamant une attention particulière à tous les détails ; qu'ils soient vestimentaires, scripturaux ou comportementaux.

XVMc721f2f4-1ac7-11e7-9883-1c20607b562d

Le spectateur ne doit plus se contenter de voir et donc de subir l'action; il doit regarder, scruter, s'impliquer directement dans les situations qui lui sont proposées. Ce déchiffrage optique implique une concentration analytique de tous les instants. C'est pour cela que malgré son rythme anesthésiant, Le Samouraï n'en absorbe que plus la capture visuelle. Et le visuel reste indéniablement le point fort du film. Dès la scène introductive, la caméra transfigure l'appartement de Costello par un jeu de lumières fait de transparence et de noir et blanc. Alors que des volutes s'évaporent dans un rayon de soleil traversant les fenêtres, la chambre du tueur, grise et monacale, est plongée dans un silence que seuls entrecoupent les brefs piaillements d'un serin en cage.
Puis, l'image se met à trembler au rythme d'une étrange pulsation qui semble distordre le plan. À la fois lisible et opaque, statique et mouvante, matérialiste et spirituelle, cette scène inaugurale instaure dès ses premiers instants, le climat très particulier dans lequel va se dérouler le film. Cette atmosphère mêlant la réalité tangible et le mysticisme hiératique est aussi l'occasion pour Melville, de se référer, discrètement mais en permanence à la culture japonaise.

L'histoire du Samouraï représente bien plus qu'une simple chasse au criminel ; c'est un voyage silencieux au plus profond de l'âme humaine. De ses tourments les plus inavouables, de ses turpitudes les plus enfouies et malgré tout, de son désir farouche de survie. Costello n'est pas un kamikaze : il n'a pas envie de mourir. Mais il sait intimement et depuis le début de sa traque, que l'engrenage dans lequel il est pris lui sera fatal. Tôt ou tard. 
Jean-Pierre Melville a réalisé ici un film immense et donne naissance au polar existentiel dont l'influence sera considérable pour quantité de réalisateurs à travers le monde.
Et au Japon, de vague célébrité européenne, Alain Delon passa au statut d'une icône artistique, de divinité cinématographique. 
Traversant l'écran et la mémoire des spectateurs tel une ombre chimérique, le tueur mutique Jef Costello restera à jamais comme le rôle phare dans la longue et prestigieuse carrière l'acteur. Et Le Samouraï, comme le film le plus emblématique de ce très grand réalisateur qu'était Jean-Pierre Melville, hélas trop tôt décédé. Rares sont les véritables cinéphiles à n'avoir jamais vu Le Samouraï, mais si jamais il s'en trouvait parmi vous à être dans ce cas, vous seriez bien inspirés de combler très rapidement cette (grosse) lacune. Le chef d'oeuvre melvillien est un immense classique du polar, du cinéma français et du cinéma tout court. Un film obsessionnel absolument unique.
Une oeuvre majeure dans l'histoire du Septième Art qui frise la perfection de la première à la dernière minute. À visionner de toute urgence. 


Note : 19,5/20

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore

Rocco ("Ma sexualité est mon démon")

rocco

Genre : documentaire (interdit aux - 16 ans)
Année : 2016
Durée : 1h43

Synopsis : Rocco Siffredi est à la pornographie ce que Mike Tyson est à la boxe : une légende vivante. Sa mère aurait voulu qu’il soit curé, il est devenu acteur porno avec sa bénédiction, consacrant sa vie à un seul dieu : le Désir. En trente ans de métier, Rocco Siffredi aura visité tous les fantasmes de l’âme humaine et se sera prêté à toutes les transgressions. Hardeur au destin exceptionnel, Rocco plonge dans les abîmes de son addiction au sexe et affronte ses démons dans ce documentaire en forme d’introspection. Le moment est aussi venu, pour le monstre sacré du sexe, de raccrocher les gants. Pour tourner la dernière scène de sa carrière, Rocco a choisi ce documentaire. Une galerie de personnages – famille, amis, partenaires et professionnels du porno – l’accompagne jusqu’à cette sortie de scène spectaculaire. Des repas de famille à Budapest aux tournages de films pornographiques à Los Angeles, des ruelles italiennes d’Ortona aux villas américaines de la Porn Valley, le film déroule l’histoire d’une vie hantée par le désir et révèle en filigrane les coulisses du X, derrière le scandale et l’apparente obscénité. 

La critique :

L'acteur pornographique Rocco Siffredi est désormais âgé de 53 printemps. Pourtant, le comédien continue de fasciner le monde du X et même au-delà de cet univers galvaudé. Tout le monde ou presque connaît le nom de Rocco Siffredi, soit l'acteur le plus populaire dans le petit monde débridé de la pornographie. Surnommé l'étalon italien, Rocco Siffredi doit essentiellement sa notoriété grâce à son pénis dur, ithyphallique et à la taille cyclopéenne (entre 23 et 25 centimètres).
L'interprète a même joué pour le cinéma plus traditionnel avec Romance (Catherine Breillat, 1999) et Anatomie de l'enfer (2004), deux longs-métrages que l'on préférera phagocyter. Il était donc temps de consacrer un documentaire sur cette légende du cinéma pornographique avec le bien nommé Rocco, réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai en 2016.

Inutile de revenir sur la carrière pornographique de ce maître étalon puisque Rocco Siffredi compte plus de 1500 films à son actif et plus de 5000 partenaires. Evidemment, ce nouveau mythe du Roi Salomon a le mérite d'éveiller l'enthousiasme et la curiosité. Pas tant que ça déclame un Rocco Siffredi péremptoire. Ce documentaire a donc pour vocation de brosser le portrait intimiste de cet homme atypique, aussi bien à l'écran que dans sa vie familiale, conjugale et personnelle ; et d'analyser la genèse d'une telle érotomanie, cette pulsion inextricable qui pousse ce prince désormais chenu du porno à batifoler dans un milieu étriqué, réglementé et impitoyable. 
Au détour d'une conversation, c'est un vieil acolyte de Rocco Siffredi qui reconnaît la brutalité de cet univers fantasmagorique et régi par les lois irréfragables du capitalisme.

La carrière du comédien débute dès l'orée des années 1990. En l'espace de trois décennies, l'industrie du X a évolué vers d'autres stratosphères, entre des scènes de hard quasi animales, des comédiens libidineux qui rudoient de pauvres femmes à travers des séquences orgiaques, et des actrices qui ne perdurent pas (la plupart du temps) dans le métier, en moyenne entre quatre et six mois. Pour Rocco, cela fait désormais trente ans qu'il exerce cette profession sous l'aval de son épouse, Rosa Carraciolo, et de ses enfants, Lorenzo et Leonardo. Pour réaliser un tel documentaire sur fond de biopic et de révélations parfois scabreuses, Thierry Demaizière et Alban Teurlai diligentent une enquête précautionneuse.
Attention, SPOILERS ! Rocco Siffredi est à la pornographie ce que Mike Tyson est à la boxe : une légende vivante. 

543655

Sa mère aurait voulu qu’il soit curé, il est devenu acteur porno avec sa bénédiction, consacrant sa vie à un seul dieu : le Désir.  En trente ans de métier, Rocco Siffredi aura visité tous les fantasmes de l’âme humaine et se sera prêté à toutes les transgressions. Hardeur au destin exceptionnel, Rocco plonge dans les abîmes de son addiction au sexe et affronte ses démons dans ce documentaire en forme d’introspection. Le moment est aussi venu, pour le monstre sacré du sexe, de raccrocher les gants. Pour tourner la dernière scène de sa carrière, Rocco a choisi ce documentaire.
Une galerie de personnages – famille, amis, partenaires et professionnels du porno – l’accompagne jusqu’à cette sortie de scène spectaculaire. 
Des repas de famille à Budapest aux tournages de films pornographiques à Los Angeles, des ruelles italiennes d’Ortona aux villas américaines de la Porn Valley, le film déroule l’histoire d’une vie hantée par le désir et révèle en filigrane les coulisses du X, derrière le scandale et l’apparente obscénité. 

Derrière ses oripeaux de documentaire focalisé sur le monde du hard, avec ses actrices à la beauté vénéneuse et ses mâles qui suintent la brutalité et la testostérone, Rocco - le film marque aussi l'ultime révérence d'un comédien abonné aux bacchanales. 
Ainsi, le documentaire s'ouvre sur un Rocco Siffredi exsudant sous la douche, le long-métrage filmant le sexe (pour une fois) détumescent de l'acteur. Contre toute attente, Thierry Demaizière et Alban Teurlai font preuve de pudibonderie et élude l'écueil du documentaire complaisant et putassier qui consisterait à explorer l'autre facette du monde pornographique. Rocco - le film s'apparente quasiment à un exercice de psychanalyse, sondant et explorant la psyché d'un acteur qui a érigé sa légende grâce à son pénis proéminent.
Pourtant, au fil des minutes, le comédien italien évoque son besoin le plus irrévocable, celui de forniquer et de coïter dans les tournages.

Rocco_film_2016

Cette pulsion primitive et archaïque constitue, à l'inverse, son démon et son antithèse. D'où proviennent ces pulsions reptiliennes ? Pourquoi ce besoin irrépressible de dominer, voire même de martyriser ses partenaires sexuels, dans les longs-métrages pornographiques ? Pourquoi ces films réitèrent peu ou prou un scénario identique (ou presque) ? Pourquoi cette fascination charnelle repose-t-elle sur ce jeu de domination, de manipulation et finalement de pouvoir ?
Bref, Thierry Demaizière et Alban Teurlai vont-ils parvenir à percer les mystères insondables de cet acteur hors du commun ? Il est étonnant de constater que tous ces experts chevronnés du X et du sexe sont de formidables ignares en la matière. La réponse se trouve dans la littérature et dans cette civilisation gréco-romaine transformant le Phallus - le membre en érection - en objet d'adoubement, de sacralisation et de divination.

Ainsi, le Phallus se transmute en Fascinus. En résumé, les hommes ont besoin de fasciner, de prédater et de transgresser pendant que les femmes ressentent la nécessité d'aimer et de trouver l'heureux élu, celui qui, justement, doit éveiller cette fascination ancestrale et assurant la pérennité d'une civilisation occidentale. Ainsi, Rocco Siffredi se raconte, de son enfance à sa relation quasi oedipienne avec sa mère. Le souvenir de cette dernière le poursuit. Inexorablement.  
Mais Rocco - le film, c'est aussi cette liaison inhérente entre le désir (Eros) et la mort (Thanatos). Finalement, la pulsion sexuelle n'est jamais satisfaite. Rocco Siffredi ressent expressément le besoin de coïter ailleurs, de multiplier les expériences sensuelles et de jouer incessamment avec ce désir mortifère, celui qui le conduit à tout essayer, des rapports sexuels consentis avec des femmes sexagénaires, jusqu'à des séries d'agapes et de priapées avec de jeunes mijaurées qui ont quasiment l'âge de ses propres fils (entre 19 et 21 ans). 

Mais la réalisation d'un tel documentaire ne doit pas détourner le comédien de la réalité. Sans cesse rattrapé par ses propres démons (la sexualité et ses corollaires), le comédien souhaite tourner un ultime film pornographique, très symbolique et (évidemment) phallique pour l'occasion, et destiné à signer ses adieux dans le monde du X. Indubitablement, Rocco - le film est un documentaire souvent passionnant qui n'élude pas toujours les digressions, ainsi que les longueurs superflues. 
Surtout, le long-métrage ne parvient pas vraiment à évacuer le mystère qui auréole cet acteur hors norme (c'est le cas de le dire) même s'il prodigue de nombreuses informations sur ses satyriasis incoercibles. Cependant, Rocco - le film justifie amplement son visionnage et éventuellement de déverser sa bourse.

Note : 13/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

13 novembre 2017

Le Château de l'Araignée (Pris dans la toile du destin)

throne-of-blood-1

Genre : Drame, chanbara

Année : 1957

Durée : 1h51

 

Synopsis :

Dans le Japon féodal, alors que les guerres civiles font rage, les généraux Washizu et Miki rentrent victorieux chez leur seigneur Tsuzuki. Ils traversent une mystérieuse forêt où ils rencontrent un esprit qui leur annonce leur destinée : Washizu deviendra seigneur du château de l’Araignée, mais ce sera le fils de Miki qui lui succèdera. Troublé par cette prophétie, Washizu se confie à sa femme, Asaji. Celle-ci lui conseille alors de forcer le destin en assassinant Tsuzuki.

 

La critique :

Si mes souvenirs sont bons, cela fait maintenant trois oeuvres du génie Kurosawa à avoir été chroniqués par mes soins. Un cinéaste que l'on ne présente plus et qui a acquis, aujourd'hui, la réputation d'un des plus grands réalisateurs de tous les temps (et à juste titre !). Un cinéaste qui est un peu, en quelque sorte, le porte-étendard du vieux cinéma japonais ayant permis au monde de découvrir le septième art nippon. De fait, un grand nombre de ses films se sont hissés parmi les grands classiques du cinéma. A tout hasard, on pourra citer le cas de Rashômon, Kagemusha et bien sûr Les Sept Samouraïs qui s'est hissé dans le podium des plus grands films de tous les temps.
Autant de superlatifs pour mettre en confiance ceux qui pourraient, éventuellement, ne pas connaître le réalisateur en lisant actuellement cette chronique. Sur ce, le billet d'aujourd'hui sera consacré à Le Château de l'Araignée, sorti en 1957. 

Il convient de dire que ce film est une adaptation de Macbeth, une pièce de théâtre de William Shakespeare. Le lieu de l'intrigue étant transposé dans le Japon médiéval, et plus précisément sur les pentes du mont Fuji d'où a été construit le décor extérieur du château. De fait, Kurosawa déclara que le film fut très compliqué à réaliser car il n'y avait pas assez de monde pour construire le décor et qu'ils étaient loin de Tokyo. En revanche, des Marines avaient une base dans les environs et ceci furent d'un grand secours avec l'aide supplémentaire d'une unité de la police militaire.
C'était pour la petite anecdote toujours amusante à savoir. Inutile de dire que Le Château de l'Araignée remportera un grand succès au moment de sa sortie avec deux prix (meilleur acteur pour Toshiro Mifune et meilleure actrice pour Isuzu Yamada) ainsi qu'une nomination au Lion d'Or lors de la Mostra de Venise. Actuellement, le film a été propulsé parmi les chefs d'oeuvre du cinéma japonais et jouit d'une réputation plus que flatteuse quand on fait mention de la filmographie de Kurosawa.

ThroneofBlood

ATTENTION SPOILERS : Dans le Japon féodal, deux samouraïs, Washiru et Miki, de retour dans le château de leur suzerain, sont récompensés pour leurs exploits. Mais tous deux sont troublés. Alors qu'ils faisaient route vers le château, dans la forêt attenante, ils ont été visités par un esprit qui leur a révélé l'avenir : Washiru doit devenir le seigneur du château et le fils de Miki lui succédera. Sous l'influence de sa cupide femme, Washiru succombe à la tentation et entreprend de réaliser la prédiction. Il élimine son suzerain et assassine aussi Miki. Mais le fils de ce dernier parvient à s'échapper.

Certes, ce n'est pas le synopsis le plus attractif qui soit pour le profane mais se baser sur ce détail serait bien malheureux. On ne va pas se mentir, combien de films ne nous ont pas tentés simplement à cause d'un synopsis bancal alors qu'au final, la séance fut admirable. En l'occurrence, Le Château de l'Araignée marque un tournant rédhibitoire avec le chanbara classique tel que nous le connaissons. En cause, l'intégration d'une dimension fantastique mêlée à un contexte social houleux où guerres de clans sont monnaies courantes. Mais pas la dimension fantastique à l'occidental, je précise ! Oubliez toute forme de screamer, d'apparitions mystérieuses en permanence, le tout sous fond d'une intrigue vue et revue. Ici, le fantastique n'est retransmis que par le biais d'un esprit de la forêt, auquel feront face deux samouraïs, chantant une mélopée lancinante sur la question de l'homme.
On le sait, Kurosawa est un fervent défenseur du pacifisme, une conviction qu'il n'a jamais cachée dans ses films et qui se retrouve encore ici. L'humanité est condamnée à ne jamais pouvoir s'émanciper de ces désirs de violence et de sang inscrits au plus profond de ses gènes. L'animosité de l'individu est pleinement intégrée en lui, dès que les barrières morales, éthiques et de justice s'effondrent. 

Ensuite, en analysant le récit, on se rend compte que le fantastique n'est pas là pour faire joli ou innover mais elle a une connotation bien spécifique, bien utile et reflétant bien l'éthique nippone. En effet, l'esprit, prédicateur de l'avenir, va leur annoncer la prophétie quant à leur futur. Un avenir marqué par la toute-puissance de seigneur et qui devrait, visiblement, s'effectuer sans encombre mais rien ne se passera comme prévu. L'amitié de longue date de ces deux samouraïs va s'effriter à cause de la paranoïa et de l'ambition malsaine de Washiru, le tout aidé par une femme cupide et sans éthique. Cette tournure des événements est à mettre en lien avec la mélopée de l'esprit de la forêt, annonciatrice du drame qui se produira par la suite. Par le biais de cet acte de félonie, Kurosawa met en lumière le fait que l'homme est prêt à toutes les bassesses pour accéder à la gloire et à la toute-puissance qu'il pourrait jouir sur une population. A travers ce film, c'est donc une réflexion sur une ambition démesurée qui sera à l'origine de la lente déshumanisation du héros et de son inéluctable chute.
Et, encore selon Kurosawa, le destin parvient toujours à punir l'individu qui a construit sa vie sur le crime, le mensonge et l'hypocrisie. Le Château de l'Araignée, par le biais de sa dimension fantastique, n'est pas éloigné d'un certain trait éducatif et moral.

chateau_araignee_05

Vous l'avez compris, le fantastique est traitée de manière subtile et intelligente, tout en restant, physiquement, hors champ du récit. Pourtant, à chaque instant, on sent cette présence surnaturelle et omnisciente, planant sur une histoire, dans l'absolu, classique avec ses trahisons et règlements de compte. C'est une particularité qui est rarement rencontrée dans le cinéma et que j'ai déjà mis en lumière dans la chronique de Cemetery of Splendour, à savoir, une présence surnaturelle évanescente, quasi sensorielle mais que l'on parvient à sentir. Un autre point qu'il est nécessaire de relever est cet état de fait que Le Château de l'Araignée est éloigné des codes propres au chanbara.
Ici, le héros n'est en aucun cas un samouraï vertueux, honnête et intègre mais bien un félon manipulateur évoluant avec une femme à l'aura démoniaque. L'oeuvre est, dans une certaine mesure, une descente aux enfers où le trait héroïque fait place au trait pusillanime vu que Washiru va, par tous les moyens, tenter de s'éloigner des soupçons commençant à peser sur sa misérable personne. 

Nous sommes donc bel et bien dans le camp du mauvais personnage où Kurosawa nous amène à le suivre, ce qui n'est pas en rapport avec la pensée du chanbara. La fin est aussi dans cette tonalité vu qu'elle se fera sous forme de "happy-end inverse" (je ne sais pas si cette expression est explicite mais vous comprendrez en voyant la fin). Bref, on navigue aux antipodes du style classique et ce n'est pas pour déplaire vu que le cinéaste a su faire preuve de son traditionnel professionnalisme divin.
De fait, le film se suit sans temps mort mais toujours avec ce rythme posé et éloigné de tout artifice notoire. L'intensité est donc constante au cours de ces 110 minutes de bobine ne s'éloignant jamais de l'objectif initial. Les événements s'enchaînent bien et toujours en crédibilité. Ceux qui recherchent le talent de Kurosawa seront donc en terrain conquis.

film-le-chateau-de-l-araignee8

Vous serez aussi en terrain conquis concernant l'aspect esthétique du film vu que l'image est toujours à tomber par terre. Les plans de ces étendues arides à perte de vue sont somptueux, sans oublier la séquence dans la forêt enveloppée de brouillard où la bave ne peut que couler de notre bouche. Encore une fois, le réalisateur démontre toujours son talent légendaire à tout niveau. La bande sonore agressive et criarde fait mouche et s'amplifie durant des révélations importantes ou retournements de situation, certes prévisibles. Enfin, il ne faut surtout pas oublier le jeu d'acteur avec ce bon vieux Toshiro Mifune, l'acteur fétiche de Kurosawa, toujours aussi impeccable dans la peau de ce félon de Washiru, manipulé par sa femme et à la mentalité détestable. Sa prestation atteindra d'ailleurs des sommets dans la scène finale où ses propres archers lui tirent dessus de vraies flèches.
Ceci permettait de renforcer le réalisme de ses expressions faciales. Fallait avoir du courage pour accepter de faire cette séquence ! Isuzu Yamada est tout autant excellente dans la peau de cette arriviste prête à tout pour que son mari prenne le pouvoir. Pour les autres, on notera Minoru Chiaki, Akira Kubo ou encore Takashi Shimura. Malheureusement, si leur prestation est crédible, rien qui ne soit à relever.

Mais en conclusion, Le Château de l'Araignée est une autre grande réussite du maître Kurosawa, n'ayant pas usurpé son statut de film culte. On tient là un long-métrage loin de l'idée que nous nous faisons du chanbara. Ici, le personnage principal est un lâche, un manipulé et un félon et le tout baigne dans une atmosphère fantastique très étrange. Il en résulte une ambiance mystique et sombre qui place Le Château de l'Araignée dans un coin à part de la filmographie du réalisateur. Un long-métrage audacieux et étrangement cohérent reflétant la perte de bravoure d'un individu.
L'exemple type de récit parabolique où l'ascension, au début, s'achève dans une chute vertigineuse, à la fin. Que soit, Le Château de l'Araignée est un bijou du cinéma nippon et un indispensable pour tout cinéphile. Que dire de plus ?

 

Note : 17,5/20

 

 

orange-mecanique   Taratata

 

Funny Games U.S. ("Et vous, qu'est-ce que vous en dites ?")

funnygames us 2007

Genre : thriller (interdit aux - 16 ans)
Année : 2007
Durée : 1h51

Synopsis : Ann, George et leur fils Georgie sont en route vers leur résidence secondaire pour y passer l'été. Leurs voisins, Fred et Eva, sont déjà arrivés et ils décident de se retrouver tous le lendemain matin pour une partie de golf. Tandis que son mari et son fils s'affairent sur leur voilier récemment remis en état, Ann commence à préparer le dîner. Tout à coup, elle se trouve face à face avec un jeune homme extrêmement poli, Peter, un des invités de ses voisins, venu, à la demande d'Eva, lui emprunter quelques oeufs. Ann s'apprête à les lui donner quand soudain, elle hésite. Comment Peter est-il entré dans leur propriété ? Les choses prennent vite un tour étrange et débouchent sur une explosion de violence. 

La critique :

Est-il encore nécessaire de présenter Michael Haneke, un réalisateur et scénariste autrichien, qui s'est illustré à plusieurs reprises au festival de Cannes ? Parmi les films du metteur en scène, les thuriféraires de Michael Haneke citeront probablement Le Septième Continent (1989), Benny's Video (1992), La Pianiste (2001), Caché (2005), ou encore Le Ruban Blanc (2009). Vient également s'ajouter Funny Games, sorti en 1997, et qui reste sans aucun doute le long-métrage le plus populaire du cinéaste autrichien. Présenté sur la Croisette la même année, le film déchaîne les passions et les acrimonies d'une presse ulcérée. Pour d'autres, Funny Games serait carrément le digne épigone d'Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971). A l'instar du chef d'oeuvre anticipationnel de Stanley Kubrick, Funny Games interroge sur la violence, et plus particulièrement sur le rapport que notre quotidien entretient avec cette même âpreté.

Influencé par les travaux d'Andreï Tarkovski et de Pier Paolo Pasolini, Michael Haneke sonde, analyse et dissèque cette barbarie à travers les yeux d'une société hédoniste, égotiste et consumériste. Depuis Orange Mécanique, ce rapport à la violence a franchi encore une étape supplémentaire vers le précipice. Tel était le message esquissé par Funny Games. Mais le film étant d'origine autrichienne, il peine réellement à traverser ses frontières en dépit des tumultes provoquées lors de sa présentation au festival de Cannes. Certes, le film se taille une solide réputation un peu partout en Europe mais ne parvient pas à toucher le public américain. C'est dans cette optique que Michael Haneke décide de réaliser un remake, sobrement intitulé Funny Games U.S., et sorti en 2007, soit dix ans après la version originale. Reste à savoir si ce remake va réussir (ou non) à éveiller l'intérêt de l'Oncle Sam...

 

funny-games-us-3

 

En l'occurrence, cette version "U.S." réveille surtout les furibonderies ibériques en écopant d'une interdiction aux moins de 18 ans en Espagne. Chez nous, le film sera tout simplement interdit aux moins de 16 ans. Malicieux, Michael Haneke décide de réaliser peu ou prou la même pellicule. Ainsi, les dialogues, les plans et les séquences sont identiques au premier film. Seule différence et pas des moindres, Michael Haneke décide de changer son casting et fait appel à l'érudition de stars hollywoodiennes. La distribution de Funny Games U.S. se compose donc de Naomi Watts (également productrice du film), Tim Roth, Michael Pitt, Brad Corbet, Davon Gearhart, Boyd Gaines et Siobahn Fallon Hogan.
Attention, SPOILERS ! Ann, George et leur fils Georgie sont en route vers leur résidence secondaire pour y passer l'été.

Leurs voisins, Fred et Eva, sont déjà arrivés et ils décident de se retrouver tous le lendemain matin pour une partie de golf. Tandis que son mari et son fils s'affairent sur leur voilier récemment remis en état, Ann commence à préparer le dîner. Tout à coup, elle se trouve face à face avec un jeune homme extrêmement poli, Peter, un des invités de ses voisins, venu, à la demande d'Eva, lui emprunter quelques oeufs. Ann s'apprête à les lui donner quand soudain, elle hésite.
Comment Peter est-il entré dans leur propriété ? Les choses prennent vite un tour étrange et débouchent sur une explosion de violence. 
A l'aune de cette exégèse et de ce remake, la question reste invariablement la suivante : pourquoi réaliser exactement le même film dix ans après ? En outre, la réponse de Michael Haneke paraît légèrement obsolète. 

 

funny-games-us-4

 

A l'origine, Funny Games premier du nom est un film européen. Alors pourquoi vouloir s'octroyer les ferveurs du public américain ? L'explication tient sans doute dans un fait divers qui a ébranlé l'Amérique toute entière : la fusillade de Columbine perpétrée par deux jeunes lycéens. Ce pogrom laisse une cicatrice indélébile. Presque vingt ans après les faits, ce massacre interroge sur le rapport que notre jeunesse entretient avec l'image. Cela questionne aussi sur l'influence des médias, des films, des artistes et des jeux vidéo. Mais pas seulement.
Pour Haneke, il ne s'agit pas d'accuser ni d'incriminer une personne ou une entité en particulier, mais plutôt d'analyser les raisons d'une colère grandissante. A l'instar de Gus Van Sant avec Elephant (2003), Michael Haneke déploie sa caméra dans un environnement familial, à priori avenant et sécure. Une chimère.

Selon le propre aveu de Tim Roth, qui interprète le patriarche, le tournage sera particulièrement éprouvant. Fait du hasard. Le comédien qui incarne son fils à l'écran, un certain Devon Gearhart, ressemble trait pour trait à son propre fils (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Funny_Games_U.S.). Depuis la version de 1997, rien n'a changé pour Michael Haneke. Le cinéaste reste un merveilleux directeur d'acteurs. La performance des comédiens américains est donc peu ou prou similaire à celle psalmodiée par les interprètes autrichiens. Très investie dans le film, Naomi Watts est probablement la comédienne la plus bluffante du casting. Michael Pitt et Brady Corbet, dans le rôle des deux jeunes sociopathes de service, ne sont pas en reste. Rarement, deux acteurs seront parvenus à susciter autant de crépitements et d'effroi chez le spectateur. Funny Games U.S. possède donc les mêmes qualités que son illustre devancier. 

 

 

funny-games-u-s

 

De facto, les thématiques explorées par Michael Haneke sont elles aussi identiques. La violence n'est plus vraiment perçue comme telle mais comme un jeu qui prend des allures sociopathiques et réglementé par deux tortionnaires. Evidemment, l'interrogatoire des deux forcenés débouche inextricablement vers une impasse. Pas de parents alcooliques, pas de drogues, pas de sévices corporels ni d'inceste familial. La raison se trouve ailleurs et probablement dans les failles et dans l'échec d'une cellule sociétale et familiale qui a périclité depuis belle lurette. 
Soumis à ses propres pulsions, l'enfant en manque d'autorité, de repère et de patriarche se regimbe, trouve son réconfort dans la violence ou dans des groupuscules politiques, idéologiques et/ou religieux. Finalement, Funny Games s'inscrit dans le continuum d'Orange Mécanique.

Ipso facto, Funny Games U.S. obéit lui aussi à la même rhétorique. A l'instar de son modèle, la version américaine convie le spectateur à scruter au plus près la violence. Au détour d'une menace et d'un nouveau jeu sadique, nous sommes invités à prendre part au débat. Ce dernier s'achèvera dans la mort, les sanglots et la putréfaction. "Et vous, qu'est-ce que vous en dites ?", interroge un Brady Corbet factieux et goguenard. Que Michael Haneke se rassure, Funny Games U.S. produit toujours le même malaise. Pourtant, la même question reste invariablement en suspens.
Quelle est l'utilité d'un tel remake, surtout pour réitérer les mêmes effets délétères ? 
En l'état, difficile de répondre avec précision tant cette nouvelle version désarçonne, à la fois par son récit, mais aussi pour son opportunisme. Parfaitement non-notable, donc !

Note : ?

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

12 novembre 2017

Le Train sifflera trois fois (Un colt contre quatre)

20292498

Genre : Western, drame

Année : 1952

Durée : 1h25

 

Synopsis :

Alors qu'il s'apprête à démissionner de ses fonctions de shérif pour se marier, Will Kane apprend qu'un bandit, condamné autrefois par ses soins, arrive par le train pour se venger. Will renonce à son voyage de noces et tente de réunir quelques hommes pour braver Miller et sa bande. Mais peu à peu, il est abandonné de tous.

 

La critique :

Dans mes lointains souvenirs, cela fait depuis le glauque et très bon Une Balle Signée X que je ne m'étais plus attelé à chroniquer un western sur le blog. Il est temps de réparer tout ceci avec une deuxième chronique qui concernera cette fois-ci le très connu Le Train Sifflera 3 Fois, réalisé par Fred Zinnemann. Un réalisateur qui n'a pas spécialement marqué le monde du cinéma car nombre de ses oeuvres ne sont que peu souvent citées. Certes, on se souviendra de lui pour Tant Qu'il y Aura des Hommes mais connaissez-vous seulement Une Poignée de Neige, Oklahoma! ou encore Les Horizons sans Frontières ? Personnellement, ce n'est pas mon cas.
Que soit, l'oeuvre chroniquée aujourd'hui est sa deuxième et dernière oeuvre qui a su se forger une réputation au cours du temps. Une sacré réputation puisqu'il fut sélectionné par le National Film Registry en 1989 pour son importance culturelle, historique ou esthétique. Partant de ce fait, on peut déjà être un minimum en confiance, surtout qu'il rafla quelques Oscar et Golden Globes.

Pourtant, à sa sortie, le film divise profondément les critiques. En cause, l'oeuvre est une dénonciation du maccarthysme mais se démarque complètement des westerns de l'époque, ce à quoi j'y reviendrai dans la suite. L'acteur, John Wayne, a profondément détesté ce film qu'il qualifia de "un-American" par sa condamnation de la majorité silencieuse et d'une certaine lâcheté citoyenne. Pour certaines critiques, le film sera qualifié d'anti-western. Mais, quoi qu'on en dise, Le Train Sifflera 3 Fois eut une réelle influence sur certaines oeuvres connues comme Rio Bravo ou Outland. Pour la petite anecdote amusante, Jean-Marie Pallardy parodia le titre du film dans une production érotique de 1975, du nom de L'Arrière-train sifflera 3 Fois, dont le scénario n'a évidemment aucun rapport avec le film original. 

arton6232

ATTENTION SPOILERS : Hadleyville, une calme petite bourgade de l'Ouest américain. Will Kane vient de mettre un terme à ses dangereuses fonctions de shérif pour épouser la jeune Amy, une ravissante Quaker. Le couple est sur le point de quitter les lieux. C'est alors que Kane apprend la libération de Frank Miller, qu'il a autrefois fait condamner. Frank arrivera par le train de midi avec la ferme intention de se venger. En dépit des supplications d'Amy, Kane décide de retarder son départ pour affronter le bandit, par ailleurs attendu par ses cruels acolytes. Il compte sur les habitants de Hadleyville, mais ceux-ci se défilent.

Un synopsis à la fois simple mais stimulant à la lecture, à même de susciter un minimum de curiosité, que ça soit pour les cinéphiles ou les profanes. En soi, peut-on dire que ce film a su endurer le poids des années ? La réponse est, bien sûr, oui mais je ne serai pas aussi dithyrambique que certains. Ceci dit, on peut légitimement dire que Le Train Sifflera 3 Fois s'enorgueillit d'une thématique passionnante axée sur la psychologie des foules. Zinnemann montre de manière explicite la lâcheté de toute une population, se détournant de celui qui a su les défendre au péril de sa vie, plutôt que de prendre les armes et ne former plus qu'une seule entité soudée.
Quelque part, le film n'est pas sans rappeler une dénonciation de l'individualisme, se renforçant chaque jour qui passe dans notre société où la cohésion semble s'effriter lentement mais sûrement. L'aboutissement fatal se résumant à un semblant de civilisation déshumanisée. Il n'est peut-être pas si étonnant que le film dérangea certaines personnes mais je me fais une idée dans quel état d'esprit ces personnes étaient !

Vous avez compris, le réalisateur s'éloigne de la bravoure et de la virtuosité des westerns traditionnels pour se centrer sur un récit sombre, loin de toute forme d'héroïsme et ce, à tout niveau, vu que même le héros principal admettra avoir peur. Il sera constamment tiraillé entre son besoin de faire justice, de défendre sa vie et les siens ou de partir avec sa bien-aimée, alors que même ses plus proches amis l'abandonneront ou l'inciteront à partir. Pire encore, des habitants de Hadleyville prendront le parti de Frank Miller et ne se rangeront pas derrière leur représentant de la loi.
Nous sommes donc en terrain hostile et l'habitué des westerns gentils aura bien du mal à s'habituer au début car, je l'ai dit, il y a une démarcation nette avec le conformisme d'alors. En cause, il n'y aura que très peu de scènes d'action et celles-ci se concentreront toutes à la fin où le shérif se retrouvera seul, face au danger. Le fatalisme fera toujours corps avec le héros et tout retournement de situation niais avec la population se rangeant au dernier moment derrière Kane, est à rayer de la liste. Le caractère sombre sera là de A à Z. Le cinéaste assume son style et c'est un point plus que défendable.

192143

Pourtant, malgré cette relative absence de scènes d'action, Zinnemann parvient à susciter suffisamment notre attention pour ne pas s'amuser à regarder le papier peint du mur d'en face. L'intensité est assez remarquable alors que les tribulations sans fin du shérif dans cette ville austère se succèdent minute après minute. Certains pesteront sur un caractère redondant de la chose, ce qui peut s'avérer compréhensible si on n'adhère pas au style. Ceci dit, le cinéaste va à l'essentiel et ne s'empresse pas de rajouter des séquences inutiles à son long-métrage, ce qui explique la durée relativement courte de 85 minutes. Ce qui explique aussi la courte durée de 28 jours de tournage vu que le réalisateur ne dépassait pas les trois prises par scène. Enfin, un point à préciser dans la mise en scène, est que celle-ci se déroule approximativement en temps réel, comme l'illustrent les plans récurrents montrant le cadran de l'horloge du bureau du shérif. De fait, l'action du film débute à 10h40 pour se terminer peu après midi, ce qui est en accord avec la durée de l'oeuvre.

Pour ce qui est de l'aspect esthétique, une autre caractéristique majeure fut l'emploi du noir et blanc, un choix rarissime pour les westerns de 1952. Pourtant, et j'essaierai de mettre de côté mon engouement habituel pour le noir et blanc, les plans sont somptueux avec de très belles scènes sur la ville et les décors champêtres. Les cadrages sont aérés mais les images d'horloges seront de plus en plus grosses et de plus en plus souvent montrées au fur et à mesure que la menace approche. En ce qui concerne la bande sonore, d'un point de vue personnel, la musique omniprésente "Si toi aussi, tu m'abandonnes" fut exaspérante et mal intégrée dans diverses séquences.
La répétition n'était pas nécessaire et caser la chanson au début du film aurait plus que suffi. Au niveau du jeu d'acteur, on appréciera la présence de Grace Kelly dont c'est le premier grand rôle et dont nous ne présentons plus le charme irréel dont elle se pare. Gary Cooper est efficace dans le rôle de ce shérif désespéré et au regard froid. Le reste du casting se composera de Thomas Mitchell, Katy Jurado, Otto Kruger, Ian MacDonald, Harry Shannon ou encore Lee Van Cleef. Leur interprétation, si elle n'est pas inoubliable, est tout ce qu'il y a de plus crédible. Un problème, par contre, c'est que l'on ne s'attache pas aux méchants, la faute à leur absence constante pour ne se centrer que sur Kane.

Train sifflera 9

En conclusion, Le Train Qui Sifflera 3 Fois est, sans surprise, un western de qualité certaine qui n'a pas usurpé sa bonne réputation aux yeux des amateurs du genre. Si la mise en scène peut paraître rudimentaire et sans réelle dimension épique, on a droit à une analyse de la psychologie des foules se réfugiant dans un individualisme malsain, et qui n'est pas sans rappeler l'époque dans laquelle nous vivons. Alors, oui, la mise en scène a pris un petit coup de vieux surtout dans le combat final avec ces réactions peu crédibles quand un individu est touché. Oui, la musique pourra agacer.
Oui, certains trouveront peut-être le déroulement des événements redondant. Cependant, l'attraction est de mise et tout type d'espoir naïf est balayé, ce qui crée une vraie dimension dramatique, s'achevant en apothéose avec une fin, à la fois brusque, expéditive mais dans la parfaite tonalité de ce que l'on espérait. Si je n'irais pas jusqu'à le classer au National Film Registry, on tient là un très bon film de genre parfait pour une courte soirée cinéphile.

 

Note : 15/20

 

orange-mecanique Taratata

Le Retour de l'Inspecteur Harry (Le crime ne reste jamais impuni)

Le_Retour_de_l_inspecteur_Harry

Genre : policier (interdit aux - 12 ans)
Année : 1983
Durée : 1h57

Synopsis : Violée dans sa jeunesse par une bande de brutes de la petite ville de San Paulo, l'artiste peintre Jennifer Spencer décide de retrouver chacun de ses agresseurs et de les tuer. Excédée par ses méthodes et soucieuse d'éviter les foudres de la presse, l'administration policière décide d'envoyer l'inspecteur Harry Callahan loin de San Francisco. Chargé d'enquêter sur un meurtre à San Paulo, il va faire la connaissance de Jennifer... 

La critique :

On oublie souvent de le dire et de le préciser. Mais avant de devenir la star et le héros taciturne et solitaire de la trilogie du Dollar, Clint Eastwood a essentiellement tourné dans des séries B impécunieuses. Le comédien effectue sa toute première apparition au cinéma dans La revanche de la créature (Jack Arnold, 1955), puis dans Tarantula ! (Jack Arnold, 1955), sans être néanmoins mentionné au générique des deux films. Pour Clint Eastwood, il faudra s'armer de patience et attendre l'année 1964 avant de connaître les joies de la notoriété avec Pour Une Poignée de Dollars, réalisé par Sergio Leone, et qui marque la consécration de l'acteur, ainsi que la quintessence du western spaghetti au cinéma.
Sous l'aval de Sergio Leone qui devient bientôt son mentor, Clint Eastwood affine son style et ses personnages durant les tournages.  

En 1971, il signe son tout premier film, Un Frisson dans la Nuit, un thriller qui rencontre un succès d'estime, surtout auprès de la critique. Jusqu'ici engoncé dans des rôles de dur à cuir et de redresseur de torts, le comédien et cinéaste montre une autre facette de sa personnalité énigmatique, celui d'un homme à la fois sensible et opiniâtre bientôt tarabusté par une jeune femme sociopathe. La même année, il tourne L'Inspecteur Harry, un autre long-métrage qui va contribuer à ériger sa popularité. Au moment de sa sortie, ce film policier suscite les acrimonies et les quolibets.
Derechef, Clint Eastwood se bonifie sous l'oeil bienveillant et avisé de Don Siegel, son second mentor selon le propre aveu de l'acteur. L'interprète revêt à nouveau les oripeaux de l'inspecteur Callahan dans Magnum Force (Ted Post, 1973), puis dans L'inspecteur ne renonce jamais (James Fargo, 1976).

18877918

Entre le milieu des années 1970 et l'orée des années 1980, le vigilante movie et le rape and revenge sont devenus les nouveaux parangons d'un cinéma brutal et revendicatif, que ce soit sous la férule de Charles Bronson avec Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974), ou sous la direction de Meir Zarchi avec Day of the Woman (1978). Ces registres virulents et implacables incitent Clint Eastwood à réaliser le quatrième opus de la saga Dirty Harry, justement intitulé Le Retour de l'Inspecteur Harry, et sorti en 1983. A l'origine, le long-métrage devait constituer un film unique et donc sans rapport avec les aventures de Harry Callahan. Le script s'inscrit dans le sillage et le continuum des rape and revenge des années 1970, Sondra Locke incarnant une femme vengeresse et massacrant ses tortionnaires.
Mais Joseph C. Stinson n'en a cure et modifie le script à maintes reprises.

Pour le cacographe, il est temps de remettre l'inspecteur Harry Callahan sur les rails. Il propose le scénario à Clint Eastwood, immédiatement séduit par la tonalité féministe du projet. Hormis Clint Eastwood et Sondra Locke, déjà précités, la distribution de ce quatrième volet se compose de Pat Hingle, Bradford Dillman, Paul Drake, Audrie J. Neenan, Michael Currie et Albert Popwell. Attention, SPOILERS ! Violée dans sa jeunesse par une bande de brutes de la petite ville de San Paulo, l'artiste peintre Jennifer Spencer décide de retrouver chacun de ses agresseurs et de les tuer.
Excédée par ses méthodes et soucieuse d'éviter les foudres de la presse, l'administration policière décide d'envoyer l'inspecteur Harry Callahan loin de San Francisco. Chargé d'enquêter sur un meurtre à San Paulo, il va faire la connaissance de Jennifer... 

image_3

On attendait évidemment beaucoup de Le Retour de l'inspecteur Harry, surtout avec Clint Eastwood devant et derrière la caméra. Si ce film revêt une quelconque importance, c'est surtout dans la rencontre et dans cette liaison à la fois amoureuse et tumultueuse qui se noue entre l'acteur et Sondra Locke, une jolie blondinette aussi frêle que vindicative, à la vie comme à l'écran. Hormis cette anecdote cinématographique et cette amourette, ce quatrième chapitre marque surtout le déclin de la franchise.
Déjà, dès le précédent chapitre, L'Inspecteur ne Renonce jamais, la franchise avait montré de sérieux signes d'alanguissement, se rattrapant péniblement lors de sa conclusion finale. Bien conscient du maigre potentiel de ce quatrième volet, Clint Eastwood se contente d'ânonner la formule de ses illustres prédécesseurs.

C'est donc sans surprise que l'on retrouve un Harry Callahan en indélicatesse avec ses supérieurs. Fidèle à ses méthodes expéditives, l'inspecteur indocile laisse derrière lui de nombreux cadavres. Pusillanime, sa hiérarchie ne souhaite plus faire la une de la presse à scandale. Harry Callahan est prié de réfréner ses ardeurs ainsi que son étonnante outrecuidance. L'inspecteur n'a rien perdu de sa verve et multiplie les épigrammes : "Écoute pouilleux, pour moi tu n'es qu'une merde de chien qui s'étale sur un trottoir. Et tu sais ce qu'on fait d'une merde de ce genre ? On peut l'enlever soigneusement avec une pelle, on peut laisser la pluie et le vent la balayer ou bien, on peut l'écraser. Alors, si tu veux un bon conseil d'ami, choisis bien l'endroit où on te chiera !".
Corrélativement, l'inspecteur est désormais affublé d'un molosse. 
Une façon comme une autre d'ajouter une dose de goguenardise à un thriller policier qui n'en avait pas besoin.

images

A contrario, Le Retour de l'inspecteur Harry adopte parfois un ton beaucoup plus sérieux et comminatoire via le personnage de Jennifer Spencer. En outre, la blondinette, évidemment interprétée par Sondra Locke, vient carrément chiper la vedette à l'inspecteur Callahan. Dès lors, le long-métrage tergiverse entre le film policier aux tendances machistes et le drame teinté de revendications féministes. Un oxymore. Hélas, en dépit de rarissimes bonnes idées, Le Retour de l'inspecteur Harry peine réellement à convaincre, la faute à un scénario famélique se résumant, in fine, à une banale histoire de vengeance. "Le crime ne reste jamais impuni, même dix ans après les faits" semble claironner un Clint Eastwood néanmoins dubitatif. Certes, l'inspecteur n'a pas vraiment euphémisé ses opinions politiques à l'égard des voyous qui échappent au couperet acéré de la justice.

A l'inverse, c'est aussi lui qui tente de jouer les intercesseurs entre Jennifer et ses assaillants. Là aussi, une chimère puisque l'assaut final se terminera dans le sang, les balles, le meurtre et les cris d'orfraie. De surcroît, le long-métrage souffre inévitablement de la comparaison avec d'autres thrillers vindicatifs, notamment L'Ange de la Vengeance (Abel Ferrara, 1982). Si Clint Eastwood fait le job, l'acteur reste néanmoins en mode cabotinage, à l'image finalement du canidé qui l'accompagne. Même remarque concernant Sondra Locke dans le rôle de cette femme justicière et vénéneuse. Bref, rien de sensationnel dans ce quatrième chapitre redondant mais qui se suit avec un ennui poli.
Cependant, l'épisode suivant, L'inspecteur est la dernière cible (Buddy Van Horn, 1988), finira de parachever une saga en décrépitude.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

11 novembre 2017

Mother - 2009 (L'amour d'une mère pour son fils)

mother-bong-joon-ho-L-1

Genre : Drame, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 2009

Durée : 2h10

 

Synopsis :

Une veuve élève son fils unique Do-joon qui est sa seule raison d'être. A 28 ans, il est loin d'être indépendant et sa naïveté le conduit à se comporter parfois bêtement et dangereusement, ce qui rend sa mère anxieuse. Un jour, une fille est retrouvée morte et Do-joon est accusé de ce meurtre. Afin de sauver son fils, sa mère remue ciel et terre mais l'avocat incompétent qu'elle a choisi ne lui apporte guère d'aide. La police classe très vite l'affaire. Comptant sur son seul instinct maternel, ne se fiant à personne, la mère part elle-même à la recherche du meurtrier, prête à tout pour prouver l'innocence de son fils.

 

La critique :

J'ai été un peu plus rapide aujourd'hui pour chroniquer un nouveau film coréen avec un intervalle d'à peine 2 jours depuis le sympathique mais méconnu Handphone. Ici, je vous propose de retourner encore avec moi dans la belle Corée du Sud que nous ne présentons plus en termes de qualité cinématographique. Aujourd'hui, on délaisse le cinéma underground coréen pour se recentrer sur son cinéma plus connu par le biais d'un des réalisateurs les plus célèbres et respectables, en la personne de Bong Joon-ho. Ce nom résonnera sans nul doute dans l'esprit du spectateur car c'est le cinéaste qui fut à l'origine d'oeuvres notoires et reconnues comme Memories of Murder, The HostSnowpiercer, et dernièrement Okja manquant encore un peu de reconnaissance.
Bref, une vraie pointure que je vais remettre à nouveau sur le devant de la scène avec une troisième chronique concernant Mother. A ne pas confondre avec le film du même nom de Darren Aronofsky sorti cette année !

Le cinéaste délaisse donc l'enquête policière basée sur des faits réels et le film de gros monstre pour se centrer sur un drame social ambitieux dans son approche. Le moins que l'on puisse dire est que le tournage ne fut pas une sinécure, en ce sens que la recherche du lieu de tournage se résuma à une calamité. De fait, Joon-ho, afin de reconstituer le village de la mère du film, envoya des repéreurs divisés en 4 équipes durant 9 semaines. Chaque équipe parcourra un total de 80 000km de route avec une bagatelle de 40 000 photos au total rapportées de leur périple national.
Je vous laisse faire vos propres recherches sur la suite des événements car l'introduction serait aussi longue qu'une chronique mais comprenez qu'une équipe continuait à travailler tout au long du tournage. L'intérêt ? Car, fidèle à sa réputation de pays en travaux constants, il est souvent arrivé que l'endroit idéal ait été repeint lorsque l'équipe arrivait pour le tournage. Ca doit être frustrant... Bref, on sera amusé de voir une telle séquence tournée à un endroit X en Corée et une autre tournée à l'autre bout du pays. Présenté en sélection officielle à Cannes dans la section "Un certain regard", Mother recevra des critiques panégyriques à sa sortie. Les controversés Cahiers du Cinéma iront jusqu'à le classer 10ème dans la liste des meilleurs films de l'année. En gros, tout ce qu'il faut pour mettre en confiance le spectateur.

Mother

ATTENTION SPOILERS : Do-joon, 28 ans, est l'unique raison de vivre de sa mère. Le jeune homme, un peu simplet, agit parfois de façon tellement naïve que cela en devient dangereux. Un jour, une jeune fille est retrouvée morte, et Do-joon est accusé. Entre un policier paresseux qui ne pense qu'à boucler son enquête et un avocat incompétent et vénal qui refuse de gaspiller son énergie pour une affaire aussi peu lucrative, la mère ne peut compter que sur elle-même pour innocenter son fils. Armée d'un courage hors norme et d'un instinct maternel démesuré, elle part, seule, à la recherche du meurtrier de la jeune femme.

Une fois n'est pas coutume, on en arrive à éprouver de la curiosité face à un synopsis intriguant et à même de susciter la curiosité de n'importe quel spectateur. Mais qui dit "synopsis intriguant" ne veut pas forcément dire "film de grande qualité". Sauf que, derrière la caméra, il y a Bong Joon-ho, ce qui fait que Mother est, sans surprise, un autre film de grande qualité du réalisateur. Comme dit dans l'introduction, Joon-ho a des ambitions bien plus différentes en se concentrant sur le calvaire d'une mère prête à tout pour prouver l'innocence de son fils. En soi, dans l'inconscient collectif, la mère est vue comme la tendresse incarnée réconfortant plus que quiconque son enfant.
Ce n'est pas pour rien que, enfant, quand on se blessait, on hurlait "MAMAN !". Une tendresse profondément enracinée et constante qui ne quitte jamais la charmante maman. Une tendresse mais aussi un amour sans borne biaisant toute notion d'objectivité chez la mère, persuadée que son fils ne peut être quelqu'un faisant le mal autour de lui. Ce que nous allons retrouver dans ce récit avec une maman poule envers son fils, déficient mental, qu'elle couve et protège par tous les moyens. On ne saura, en revanche, rien sur l'absence totale du père. Est ce qu'il abandonna sa femme au moment de l'accouchement ou de la grossesse ? Le mystère reste entier.

Qu'on se le dise, Joon-ho a su être tout à fait professionnel dans la création d'une liaison puissante entre cette mère déchirée par l'incarcération de son fils, arrêté comme suspect principal dans l'affaire du meurtre violent d'une adolescente connue pour avoir des moeurs légères. C'est une occasion de plus pour le réalisateur de critiquer la justice coréenne, reconnue pour ne pas toujours être juste dans le déroulement de ses affaires. On en a le brillant exemple avec ces inspecteurs interrogeant de manière sèche et parfois même agressive un déficient mental n'ayant pas conscience de ce qu'il se passe. A cela, vous rajoutez l'incompétence notoire de la police avec son lot de policiers véreux et paresseux, ainsi que des avocats peu orthodoxes et vous obtenez le cocktail gagnant de la malchance parfaite si vous êtes amenés à vous retrouver là-bas devant les tribunaux (bon, il y a peu de chance pour que ça nous arrive mais sait-on jamais..). Qu'on se le dise ce genre de dénonciation fait toujours mouche et est tournée au deuxième degré. On pourra l'observer avec cet avocat ivre, dans une sorte de bar, accompagné de deux poupées à ses côtés qui se sont fait passer dessus par tout le monde sauf par le métro. A ses côtés, il y aura des juges, au bord du coma éthylique, dormant sur la table. Du grand art ! 

mother_korean_movie-7

Mais s'il y a bien quelque chose qui frappe, c'est le traitement choisi par le réalisateur pour mettre en scène son histoire. Un traitement différent de ce à quoi on s'attendait car l'enquête n'est pas, à proprement parler, le véritable fil conducteur. Le point central réside bien dans cette forte relation mère-fils semblant être indestructible et au-dessus de tout. Autant le dire, on tient là une relation vraiment touchante avec cette mère désemparée par ce qui lui arrive et qui va remuer ciel et terre pour ramener son fils auprès d'elle. Alors oui, ça peut paraître quelque peu niais dit comme ça mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans un drame/thriller coréen et comme dans tout drame/thriller coréen qui se respecte, il n'y a aucune quelconque forme de chaleur. Dépassée par les événements, la mère va commencer à perdre le contrôle d'elle-même, de ses propres pulsions jusqu'à avoir recours à des moyens illégaux afin d'en apprendre plus sur ce qui s'est réellement passé. Joon-ho parvient à apporter un aspect dérangeant à son récit par cette contradiction qu'a la mère de vouloir faire éclater la vérité et rendre justice alors que ses actes pour y arriver sont punissables aux yeux de la justice. Le cinéaste clôturant son récit par un faux happy-end prolongeant ce trait dérangeant qui fut amorcé à partir de, environ, la moitié du film. 

Si on parle en termes d'intensité du récit, celle-ci est à la fois constante et posée par le biais d'un rythme faussement léthargique. Un rythme qui pourra décontenancer ceux qui s'attendaient à plus de remous comme ce fut le cas dans les trois oeuvres que j'ai citées dans l'introduction. Dans Mother, les événements s'enchaînent calmement, il n'y a pas cette puissante dimension de suspens qui fait que l'on aura les yeux écarquillés tout au long du visionnage.
Pourquoi un tel revirement ? Car le cinéaste privilégie avant tout le trait dramatique par rapport à la notion de thriller qui est au service du drame. On peut saluer Joon-ho d'innover dans ses réalisations et de toujours faire preuve de régularité en terme de qualité. Mother est un drame aux relents de thriller (je ne suis pas d'accord avec le terme de thriller dramatique car, dans ce cas de figure, le drame est au service du thriller, hors c'est l'inverse ici) se savourant pleinement.

mother3

Pour ce qui est de l'esthétique, on retrouve toujours cette caméra à l'image léchée avec de grands plans très aérés sur les superbes décors ruraux. Le trait est net et Joon-ho filme toujours bien avec l'action avec des cadrages pensés. On appréciera aussi les effets de lumière de belle qualité comme cette séquence où Do-joon est ivre dans un café de campagne. La bande sonore aux multiples accents dramatiques parvient à renforcer cette puissance inhérente au long-métrage. Pour ce qui est du casting, on retrouve Kim Hye-ja qui est sans surprise la grande star du film.
Déjà considérée comme une idole dans son pays avec 47 années de carrière d'actrice, elle habite complètement son personnage de mère ravagée par la tristesse de perdre le fils qu'elle aime par dessus tout. Elle porte carrément la tension dramatique sur ses épaules à elle seule. Won Bin, dans le rôle de Do-joon, se montre très attachant et juste dans son jeu d'acteur. Inutile de mentionner les autres acteurs qui ne se révèlent guère importants. 

En conclusion, Mother est une autre grande réussite à rajouter au palmarès de génie de Bong Joon-ho qui confirme sa réputation d'être parmi les meilleurs cinéastes coréens actuels. Plus qu'une simple enquête policière, le réalisateur met avant tout en lumière cette connexion puissante liant une mère et un fils qu'elle chérit plus que tout. Une connexion qui ne sera pas sans conséquence car elle ira jusqu'à plonger cette mère dans des situations qu'elle aura bien du mal à contrôler. Nanti d'une durée de 130 minutes se suivant sans trop de déplaisir pour tous ceux qui sauront accrocher au rythme inhabituel du réalisateur, l'oeuvre se pare de critères esthétiques de qualité évidente et d'une solide interprétation. Il en résulte un VRAI drame, loin de toute forme d'espoir naïf et de happy-end vomitifs à l'occidental, à même de créer un ressenti très particulier dans l'esprit du spectateur arrivé à une fin, disons-le, sublime.
Mother est cruel tout en étant beau et cet énième exemple ne fait que continuellement confirmer ma réputation de thuriféraire du cinéma coréen. Merci Bong Joon-ho !

 

Note : 17/20

 

orange-mecanique Taratata

 

Evil Dead - 2013 ("Cette nuit, vous allez tous mourir !")

evil dead 2013

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2013
Durée : 1h30

Synopsis : Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois. Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix. Les plus épouvantables des forces vont se déchaîner sur eux… 

La critique :

Sam Raimi avait pourtant juré qu'on ne l'y reprendrait pas. Non, il n'y aura pas, il n'y aura jamais d'Evil Dead 4. Dans les années 1980, la trilogie et son héros d'infortune, Ash Williams, ont toisé le haut de l'affiche, remportant un joli pactole à ses producteurs avides et mercantiles. Mais Sam Raimi n'en a cure et ne souhaite pas se fourvoyer dans une franchise ubuesque et lucrative. Toutefois, l'idée d'un nouvel épisode, cette fois-ci alternatif, germe dans l'imagination fertile de son célèbre démiurge. Depuis la trilogie Evil Dead, Sam Raimi a connu la gloire à Hollywood via une autre trilogie, celle consacrée aux aventures et aux pérégrinations de Peter Parker, alias Spider-Man.
Mais le cinéaste et producteur n'a jamais réellement exhumé son passé d'amoureux du cinéma bis. 
Il sait qu'il doit sa notoriété grâce à Evil Dead et à son livre à l'aura comminatoire, le Necronomicon.

Il fait donc appel aux soins et à l'érudition d'un jeune réalisateur uruguayen, Fede Alvarez, pour signer un reboot éponyme d'Evil Dead en 2013. Avant ce projet, le cinéaste fougueux et intrépide ne compte aucun long-métrage à son actif. Que soit. Le metteur en scène sud-américain peut déjà s'enorgueillir de plusieurs courts-métrages, notamment Los Pocillos (2001), El Ultimo Alevare (2003), El Cojonudo (2005) et Ataque de Panico ! (2009).
Aux yeux de Sam Raimi, c'est suffisant pour confier la mise en chantier d'un reboot d'Evil Dead, bientôt auréolé du statut de remake. Parallèlement, Sam Raimi souhaite avoir un regard avisé sur le tournage d'Evil Dead version 2013, toujours avec la collaboration de Bruce Campbell et de Robert G. Tapert, en tant que producteurs. 

Evil Dead 2013 Fede Alvarez

Pour Bruce Campbell, toujours attaché à cette saga qui l'a propulsé au sommet de la notoriété, pas question de reprendre le rôle d'Ash Williams, l'acteur préférant désormais vaquer à d'autres projets. Surtout, ce reboot ou remake ne doit pas se laisser appâter par les financiers d'Hollywood. Ainsi, plus de 750 000 hectolitres de sang (780 000 hectolitres pour être précis... Merci Wikipédia !) sont utilisés au cours du tournage. Bientôt, Evil Dead, sous la houlette de Fede Alvarez, se voit attribué de la couronne du film le plus gore de l'histoire du cinéma horrifique. Une lapalissade.
Premier constat, le métrage est bel et bien exploité dans les salles obscures, mais suscite, à l'inverse, les foudres de la censure, en particulier aux Etats-Unis. De surcroît, Evil Dead (2013) pulvérise le box-office américain malgré une classification "Rated R", ce qui équivaut à une interdiction aux moins de 16 ans avec avertissement chez nous. 

Qui dit nouvelle version, dit aussi de nouveaux acteurs. La distribution du film se compose de Jane Levy, Shiloh Fernandez, Lou Taylor Pucci, Elizabeth Blackmore et Jessica Lucas. Attention, SPOILERS ! Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois. Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix. Les plus épouvantables des forces vont se déchaîner sur eux… Inutile de préciser que ce remake, maquillé en reboot, était particulièrement attendu par les thuriféraires du film originel. 

téléchargement (1)

Reste à savoir si Evil Dead version 2013 remplit (ou non) son office. Réponse dans les lignes à venir... Depuis une quinzaine d'années maintenant, le cinéma hollywoodien nous affuble du retour impromptu de ses anciennes gloires horrifiques de jadis. Que ce soit Massacre à la Tronçonneuse (Marcus Nispel, 2003), La Colline a des Yeux (Alexandre Aja, 2006) ou encore La Dernière Maison sur la Gauche (Dennis Iliadis, 2009), tous connaîtront un relooking, plus ou moins éloquent. Certes, les adulateurs du matériel originel retrouveront les ingrédients qui ont érigé le succès du premier volet réalisé par Sam Raimi en son temps, à savoir cette forêt luciférienne, une malédiction sur fond de sorcellerie, une cabane claustrée au milieu de nulle part, un livre démoniaque qui exhume les cadavres de leurs sépulcres... Mais contrairement à la série B horrifique de jadis, cette nouvelle version d'Evil Dead se voit nanti d'un budget dispendieux pour l'occasion. 

Finis les bouts de ficelle, les décors en carton-pâte ou encore les créatures animées par le biais de la technique de la stop motion ! Evil Dead (2013) sera un remake moderne et Fede Alvarez a bien l'intention de se démarquer de son illustre homologue. Les fans de la première heure sont donc priés de phagocyter cet humour truculent et funambulesque au profit d'un film d'horreur beaucoup plus traditionnel. Par certaines accointances, Evil Dead renoue avec les films gore et érubescents des années 1980. On pense notamment à Lucio Fulci et à ses macchabées de Frayeurs (1980).
Hélas, Fede Alvarez n'est pas Lucio Fulci, tout du moins, pas encore. Certes, le cinéaste uruguayen n'est pas un manchot derrière la caméra et nous gratifie de plusieurs séquences particulièrement rutilantes. Toutefois, peu ou prou de surprises au tableau de bord. 

téléchargement

En dépit de son intitulé, qui fait évidemment référence à une ancienne gloriole horrifique du passé, Evil Dead (2013) reste un film gore de facture conventionnelle. Certes, les esprits les moins aguerris pousseront peut-être quelques tintinnabulations devant ces corps qui se délitent, ces tronçonneuses qui rugissent, ou encore devant ces morts-vivants surgissant d'outre-tombe. A contrario, les amateurs de sensations sanguinolentes risquent d'être sérieusement ébranlés par ce spectacle inerte et stérile. Il suffit de prendre les divers protagonistes pour s'en rendre compte.
A défaut de Bruce Campbell, désormais trop chenu pour affronter les forces lucifériennes, il faudra se contenter de son pendant féminin. Ce féminisme revendiqué n'est pas forcément le problème d'Evil Dead (2013). Le souci concerne surtout l'exploitation de ses personnages.

En outre, il faudra se contenter d'une toxicomane qui tente de se débarrasser de son accoutumance. Bien conscient du maigre potentiel de son casting et par ailleurs de son scénario, Fede Alvarez élude prestement cette direction spinescente pour mieux se polariser sur les inimitiés. En résultent une orgie sanglante et une suite d'agapes et de priapées sans grande conséquence. En vérité, Evil Dead version 2013 n'est pas forcément un mauvais film d'horreur.
Le seul écueil, et pas des moindres, est qu'il se nomme justement Evil Dead. Mais au moins, Fede Alvarez tente de s'approprier et de renouveler la célèbre trilogie horrifique des années 1980 sans pour autant verser dans le fan service. Evidemment, on notera ici et là quelques clins d'oeil furtifs aux séries B agencées par Sam Raimi en son temps. Que soit. En dépit de ses bonnes intentions, ce remake (reboot ?) déçoit.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver