Cinéma Choc

28 mars 2017

Scarface - 1932 ("The world is yours")

scarface 1932

 

Genre : policier

Année : 1932

Durée : 1h33

L’histoire : Chicago, au début des années 30, la prohibition a permis la montée du grand banditisme. Tony Camonte, un homme de main balafré sans foi ni loi est ambitieux et compte bien étancher sa soif de pouvoir. Pour cela, il n’hésite pas à liquider son patron, il mène alors une guerre face aux autres gangs et bâtit un véritable empire du crime.

La critique :

Attention chef d’œuvre absolu ! Scarface de Howard Hawks, soit l’archétype du film de gangsters. Quand on parle de Scarface, les gens pensent souvent au film de Brian De Palma, sorti en 1983. 
Pourtant, il ne faut pas l’oublier la version de 1983 est un remake d’un film éponyme réalisé par Howard Hawks en 1932. Avec ce film, Hawks donne ses lettres de noblesse au film de gangsters. Attention SPOILERS ! Il ne faut pas l’oublier mais entre les années 20 et le début des années 30, l’Amérique a connu la prohibition qui interdit la vente de boissons alcoolisées. 
Cette restriction a cependant grandement contribué à la montée du grand banditisme. On ne parle plus que des gangsters dans les journaux.  Il y en a un qui parvient à devenir une star de la profession.

Cet homme, c’est évidemment Al Capone, également surnommé « Scarface », soit « Le balafré » en raison d’une cicatrice au visage due à un coup de rasoir. De tels personnages inspirent le cinéma. En 1931, sur les écrans, apparaît L’Ennemi public, chef d’œuvre en or de William Wellman, qui lance définitivement le genre. L’année suivante, c’est au tour de Howard Hawks de creuser plus profond le filon. Il réalise Scarface sur un scénario de Ben Hecht. Il s’entoure d’acteurs comme Paul Muni, Georges Raft, Henry Gordon, Ann Dvorak et Karen Morley. Le film est produit par le richissime et légendaire Howard Hughes.
Le film suit en fait les traces de Tony Camonte, un petit truand de Chicago qui effectue le sale boulot pour un caïd du nom de Johnny Lovo. Mais très vite, il se montre ambitieux, commence à séduire la femme de son patron et à prendre des initiatives personnelles.

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Il grimpe les échelons et prend pour slogan « The World is yours » ("Le monde est à vous"). Il devient alors une menace pour Lovo qui tente de le faire assassiner, mais Camonte échappe aux tueurs et abat Lovo. Il prend sa place, son argent, sa femme et commence à bâtir un empire du crime en éliminant les autres gangs. Cependant, Camonte a une faiblesse, sa sœur avec laquelle il a une relation ambiguë, ne supportant pas qu’un homme s’approche de cette dernière. 
Les choses dégénèrent lorsque Guino Rinaldo, son ami de toujours, a une relation avec cette dernière. Camonte devient fou et tout se terminera dans son appartement aux allures de Bunker par une fusillade avec la police. 
Il est évident que Scarface, pour son personnage principal, s’inspire ouvertement de la vie d’Al Capone.

Au niveau de la réalisation, Hawks réalise une prouesse, il établit les codes du genre et sa mise en scène aura une grande influence sur le film noir. Le long-métrage contient de nombreuses séquences cultes. Au hasard, on citera le personnage du gangster surgissant de l’ombre en sifflotant et en jetant une pièce dans sa main avant de commettre le meurtre, la course poursuite dans les rues de Chicago, ou encore la crise de folie de Camonte dans la fusillade finale après la mort de sa sœur.
Pour l’anecdote pour certaines scènes, les mitraillettes étaient chargées à balle réelle et des décors ont vraiment été saccagés, on s’en rend compte sur plusieurs scènes où les impacts sont clairement réels. Dans Scarface, point de code d’honneur comme on peut en voir dans d’autres films du genre, les gangsters n’ont aucun scrupule et tuent à tort et à travers.

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Mais surtout, le film est ponctué d’un humour noir irrésistible qui rend la tonalité encore plus féroce. Autre point fort du film, son rythme effréné qui nous entraîne dans les fusillades et les courses poursuites, en passant par les réglements de compte et les meurtres crapuleux. A sa sortie Scarface déclenchera un véritable scandale et sera accusé de faire l’apologie du banditisme. C’est d’ailleurs à la suite de ce scandale que sera mis en place le Code Hays sur la restriction de la violence dans les films américains. Cependant, le métrage sera un véritable succès dans les salles. 
Il est clair que le film a eu une influence énorme et pas seulement sur le remake de Brian De Palma, mais bien sur le cinéma en général. Aujourd’hui encore, Scarface reste indéniablement un must du film de gangsters et un chef d’œuvre d’humour noir, qu’on ne se lasse pas de revoir. 

Note : 19/20

vince Vince


Entretien Avec Un Vampire ("Qui boira de mon sang aura la vie éternelle")

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Réalisation : Neil Jordan

Année : 1994

Genre : Fantastique (interdit aux - 12 ans)

Durée : 2h02

L'histoire : Un jeune journaliste rencontre un homme étrange à l'allure aristocratique, qui va lui faire de biens étranges confidences et dévoiler un monde que le journaliste n'aurait jamais cru réel.

La critique :

Décidément, les fans d'histoires de vampires furent particulièrement gâtés en ce début des années 90. D'abord avec la version baroque du Dracula de Francis Ford Coppola puis, deux ans plus tard avec l'adaptation d'un roman d'Anne Rice écrit dans les années 70, et devenu une référence incontournable pour qui aime les suceurs de sang. Je parle du livre Interview With A Vampire, titre qui sera repris pour la version cinéma. Comble de bonheur, le film de Neil Jordan (qui avait déja oeuvré dans le fantastique durant les années 80 avec le très étrange La Compagnie Des Loups) s'offre un casting tout ce qu'il y a de plus royal : Brad Pitt, Antonio Banderas,Thandie Newton, Stephen Rea, ainsi que la française Laure Marsac pour un petit rôle (c'est la victime d'Armand dans la scène du théatre).
A noter que le personnage du journaliste devait être interprété par River Phoenix, mais celui-ci décéda peu avant le début du tournage et fut remplacé par Christian Slater, qui reversa l'integralité de son cachet à une association dont s'occupait River Phoenix.

En outre, le film est dédié à l'acteur défunt. Quant au personnage de Claudia, beaucoup de jeunes comédiennes auditionnèrent, dont Christina Ricci et Evan Rachel Wood, mais, ce fut finalement Kirsten Dunst qui fut l'heureuse élue.  Enfin, le rôle le plus convoité fut celui de Lestat, le cruel vampire. A l'origine, Anne Rice souhaitait qu'il soit joué par Rutger Hauer, mais, après que furent approchés Daniel-Day Lewis et Johnny Depp, ce fut Tom Cruise qui obtint le rôle à la surprise générale (le comédien n'avait jamais joué un personnage méchant).
L'histoire commence à San Francisco, par une nuit claire. Dans un appartement, un journaliste du nom de Daniel Malloy s'apprête à enregistrer les confidences d'un homme étrange, nommé Louis, qui lui avoue qu'il est un vampire.

 

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Face à l'incrédulité du journaliste, l'homme raconte alors son parcours. C'est au sortir d'une taverne, durant le XVIIIe siècle, que Louis croise Lestat, un vampire cruel et cynique qui lui fait cadeau de la vie éternelle avant d'en faire son disciple. Mais Louis n'approuve pas cette existence à boire du sang humain et se refuse à tuer, ce qui provoque la colère de Lestat. Pourtant, un soir, Louis craque tandis qu'il tient une fillette dans ses bras et la mord au cou. Lestat, ayant assisté au spectacle, transforme l'enfant en vampire afin de s'assurer que Louis ne le quittera pas.
Le trio voit passer les années et les siècles. Si Claudia, la fillette, est une apprentie docile et prolifique, elle finit par se rebeller contre Lestat, à qui elle tend un piège.

Contraints de fuir, Louis et l'enfant qui, malgré son apparence physique de petite fille, est désormais une femme à l'intérieur, se rendent en Europe. Sur place, ils croisent le chemin d'un cirque dirigé par des vrais vampires aux ordres d'Armand, un immortel extrêmement puissant qui, immédiatement, souhaite faire de Louis son compagnon. Par son récit, Louis souhaite faire comprendre au journaliste que la vie d'immortel n'est pas plus simple que celle des humains, mais celui-ci, captivé par le récit, ne comprendra pas les choses de la même manière. Neil Jordan réalise une véritable plongée dans le monde de la nuit et des vampires avec une profondeur qu'aucun film n'a jamais atteint. 
Mais le film reste également sidérant par ses thématiques. Qu'une grosse production comme celle-ci n'hésite pas à parler ouvertement d'homosexualité, d'homoparentalité, voire d'inceste, sans jamais tenter de contourner ou même minimiser ces sujets ; demeure encore aujourd'hui totalement incroyable pour un film qu'on pourrait penser (à tort) formaté.

 

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Pourtant, les faits sont là : la relation qui unit Louis à Lestat ou même le désir qu'éprouve Armand pour le même personnage s'affiche sans ambiguïté. Le film évoque clairement une homosexualité sous-jacente. Ce n'est pas un hasard si Louis et Lestat sont devenus des emblèmes pour les couples homosexuels. Mais, outre ses thèmes brûlants et complexes, Neil Jordan n'en oublie pas pour autant qu'il réalise un film de genre et une histoire de vampire. Illustrant des scènes gothiques en diable en même temps que des passages parfois terrifiants (Lestat qui tombe dans le piège de Claudia et pourrit littéralement sur place), le film reste aussi une ode crépusculaire à l'amour. 
Porté par un casting absolument époustouflant (par exemple, Tom Cruise est simplement génial dans la peau de Lestat) et une réalisation somptueuse au service d'une histoire belle et terrifiante, Entretien Avec Un Vampire demeure un des meilleurs films de vampire et une oeuvre essentielle à découvrir de toute urgence.

Note : 18/20

 

titi Titi

27 mars 2017

Necromentia (Highway To Hell)

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Genre : Horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)

Année : 2009

Durée : 1h20

 

Synopsis :

Un homme, fou de chagrin après la mort de sa femme, ne pense qu’à la ressusciter. Un barman s’imagine être victime d’une machination de sa maîtresse pour le tuer. Un autre homme ne pense qu’à retrouver son frère dans l’au-delà. Autant d’histoires qui mèneront ces personnages à invoquer les ténèbres en se gravant une planche de Ouija à même la peau. Mais les règles de l’enfer sont bien entendu à multiples tranchants.

 

La critique :

Retour pour une nouvelle plongée dans le monde mal aimé du cinéma horrifique avec en cerise sur le gâteau du trash. En gros, tout ce qu'il faut pour qu'un long-métrage de ce genre soit répudié et craché dessus par une presse étroite d'esprit. Si, sans surprises, on retrouve un amoncellement de daubes sans intérêt, on pourra de temps à autre retrouver 2-3 bons films un minimum travaillés mais même là, la presse ne sera que peu encourageante et craintive de cette démocratisation "abusive" de la violence. Une des principales influences chez les cinéastes n'est autre que la saga Hellraiser, née de l'imagination délirante de Clive Barker, principalement reconnu pour cette série alors qu'il aura également exercé dans le monde du jeu vidéo avec l'oeuvre moyenne Jericho.
En l'état, Necromentia, réalisé par Pearry Reginald Teo, peut également se rajouter aux films influencés par l'univers de Barker.

Nanti d'un budget plutôt serré dont je n'ai pas eu connaissance de la taille de la liasse de billets, le film n'a, bien évidemment, pas bénéficié d'une sortie en salles et s'est vu sortir en direct-to-dvd, ce qui n'est pas rassurant quand l'on voit que, à la grosse louche, 90% des films de ce genre sont recalés dans la case des navets. Bien qu'il y ait des exceptions, à l'image de The Collection et de sa suite The Collector, on pourra désormais rajouter cette petite oeuvre réalisée en 2009 dans le cercle extrêmement VIP des bons films direct-to-dvd. Ce film, non content de s'inspirer de Hellraiser, va tâter un terrain davantage glissant n'étant autre que le torture porn avec cette fois-ci, à la grosse louche, 95% des films qui seront des navets. Le réalisateur est donc conscient de la tâche et des enjeux auxquels il s'attaque.
Réaliser un bon film de ce genre n'est pas chose aisée en plus de ne recevoir aucun encouragement de la presse traditionnaliste. Fort heureusement, le pari sera plus que correctement réussi.

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ATTENTION SPOILERS : Le film se divise en 3 segments que l'on pourrait croire sans rapport au début mais tous étroitement liés. Le premier segment voit Hagen, un coiffeur fou de chagrin, conserver le corps de son épouse en pratiquant sur elle des actes de nécrophilie tout en espérant la ramener à la vie. Le deuxième segment se base sur Morbius, un barman muet, victime d'une machination de sa maîtresse pour le tuer. Le troisième et dernier segment fait la connaissance de Travis, criblé de dettes et en plein décrochage de l'héroïne, devant s'occuper de son frère handicapé et aux tendances suicidaires quand il est chez lui et dont le métier est maître SM. Pourtant, un tragique incident fait que celui-ci ne pensera qu'à retrouver son frère dans l'au-delà. Autant d'histoires qui inviteront ces personnages à invoquer les ténèbres en se gravant une planche de Ouija à même le corps, mais les règles de l'enfer sont bien évidemment à multiples tranchants.

Voilà pour les hostilités avec ce synopsis peu ragoûtant annoncant déjà la couleur de cette oeuvre, à savoir un long-métrage poisseux et à l'ambiance putride, malsaine et austère. A partir de l'introduction, Reginald Teo vous happe entre ses bras pour vous lâcher dans son film et ne vous récupérer qu'au générique de fin. Autant dire tout de suite que nous ne sommes pas face à une oeuvre sans fond et sans forme car Necromentia traite de questionnements existentiels inscrits en chacun de nous et dans le fondement même de l'humanité qui est, entre autres, ce double paradoxe de la fascination et de la peur de la mort. Un thème retrouvé et traité intelligemment dans tout film nécrophile qui se respecte à la différence que l'on échappera avec bonheur aux scènes d'"amour" et autres démonstrations physiques de cette déviance qui seront suggérées. Le réalisateur met en scène un personnage paumé du nom de Hagen obsédé par le fait de ressuciter sa compagne tuée quelques temps auparavant et qui n'aura de cesse de se questionner sur la finalité de notre vie face au cadavre putrescent de son épouse.

De manière indirecte, Necromentia traite de manière correcte de la finalité de chaque homme et femme dont le point commun se révèle être le fait de retourner six pieds sous terre pour ensuite disparaître décomposé. Autant dire que rabaisser le film à un vulgaire torture porn est d'une stupidité abyssale car l'on retrouvera aussi un autre thème inhérent à l'humanité, à savoir le rapport de l'homme à la chair et sa faculté innée à s'auto-infliger des blessures pour se purifier d'un péché commis.
Un clin d'oeil qui sera surtout adressé à l'église catholique aux temps de l'Inquisition. Ces deux thèmes essentiels seront centraux au thème principal de la mort qui n'aura de cesse que de planer tout au long du film et qui parvient vraiment à créer une ambiance bien particulière.

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Mais Hellraiser n'est pas l'une des sources majeures d'influence de Necromentia car une autre saga très connue a aussi fait le fruit d'inspirations diverses à savoir la série Saw où il est question, comme dit plus haut, du rapport de l'homme à la chair et de règles à respecter. On pourrait, dans un long-métrage de ce genre, se dire que Necromentia n'est qu'un énorme bouillon de culture sans originalité et pourtant, force est de constater que l'oeuvre possède son propre style et parvient à se démarquer remarquablement de la concurrence, avec son lot de monstres tous plus étranges et impressionnants que les autres ; où un grand soin a été apporté aux maquillages et aux effets spéciaux.
Les personnages humains ont eu aussi subi un minimum de travail. Ici, nous ne sommes pas face à Mr et Mme Tout le Monde mais face à des paumés, des refoulés du système évoluant dans la crasse et la décrépitude et dont seule une mort certaine pourra les délivrer de leur condition.

Difficile de ne pas y voir une allusion à la fatalité de la vie. En ce sens, Necromentia est une oeuvre d'un pessimisme fort marqué concernant la condition humaine vouée à la destruction dans sa finalité. Cette sensation de refoulement peut se voir facilement tout au long de l'histoire où ces personnages évoluent dans la solitude, tantôt seuls à se parler à eux-mêmes et tantôt à deux voire plus mais assez rare pour être souligné. Exception faite pour le café vers la fin du film et les décors très succints des ghettos où l'on peut vaguement situer l'action.
Aucune mention de ville ou de pays ne sera au rendez-vous pas plus que le sentiment de foule. Une brillante mise en image de personnages condamnés à être rejetés par la société.

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L'esthétisme du film tient, lui aussi, une place prépondérante vu qu'un grand soin y sera aussi apporté. Empreint d'une esthétique gothique avec ces relents perpétuels de couleurs brune, jaune et orangée rappelant étrangement les flammes de l'enfer, Necromentia crée aussi son propre style au point que nous sommes bien forcés d'admettre que Reginald Teo n'est pas un manche et s'est vraiment décarcassé pour mettre à la vie un film bien différent des débilités racoleuses sortant par caisses.
Il n'y aura pas non plus de tromperie sur la marchandise car le film délivre bien la marchandise avec ses scènes de nécrophilie ou encore de sadomasochisme et peut se parer de séquences gores marquantes, à l'image de la pendaison du frère handicapé avec les intestins de son surveillant, le tout assisté par un curieux cochon psychopathe adepte du chant du suicide.

Vous l'aurez compris, les âmes sensibles seront gré d'aller faire un petit tour car le film n'est pas avare en projections de sang et en violence d'où son interdiction, pleinement justifiée, aux moins de 16 ans. Parlons aussi de la bande sonore aux tonalités mortuaires et toujours très bien intégrées à l'ambiance poisseuse et dérangeante du récit. Un détail non négligeable apportant davantage de la consistance au film. Bien sûr, tout n'est pas rose et Necromentia a aussi ses défauts avec, pour commencer, une prestation en dent de scie des personnages qui ne nous inspirent pas suffisamment de sympathie pour que l'on s'attache vraiment à eux. Inutile de mentionner ces personnages inconnus, à savoir Layton Matthews, Chad Grimes, Santiago Craig ou encore Zelieann Rivera.
Le manque de budget se fait furieusement ressentir par moment où les ténèbres se résument à un simple couloir parsemé de tuyaux de canalisation.

Parlons aussi de la narration toujours très juste avec ces trois histoires partageant de nombreux liens étroits entre elles qui seront révélés au fur et à mesure de l'avancée du scénario. La construction scénaristique fait que nous commencons par la fin et que nous finissons par là où tout a commencé, ce qui crée une intrigue labyrinthique dans l'ensemble mais tout à fait compréhensible même sans une concentration accrue. En conclusion, on peut décemment dire que nous nous retrouvons face ici à un petit bijou du direct-to-dvd, n'évoluant jamais dans le trash racoleur et se permettant d'apporter une consistance non négligeable grâce à moult sujets traités, entre autres, l'homme face à la mort, le rapport de l'homme à la chair, le sacrifice de soi et la fatalité. On aurait pu espérer un peu plus de profondeur mais ce sont des points importants qui font pas mal grimper la côte finale.
Aucune sympathie ne se dégage du film tant des humains que des démons et pourtant, à la fin, nous serons surpris de voir que nous avons été charmés tout au long par un film gore travaillé et intelligent, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Si la maladresse est parfois visible à l'écran, on aurait tort de descendre gratuitement ce film qui peut, à juste titre, être considéré comme l'une des plus belles surprises du cinéma gore et trash de ces dernières années.

 

Note : 14/20

 

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King Kong 2 (Il revient et il n'est pas content...)

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Genre : fantastique
Année : 1986
Durée : 1h45

Synopsis : New York 1976. King Kong gît au pied du World Trade Center. Il n'est pas mort et une équipe de médecins et chercheurs de l'Institut d'Atlanta le recueille et rétablit ses fonctions biologiques. Seulement Kong donne des signes de faiblesse et l'implantation d'un coeur artificiel s'impose. C'est alors qu'un aventurier, Hank Mitchell, découvre, dans la jungle de Bornéo, un gigantesque gorille femelle, Lady Kong qu'il revend à l'Institut. 

La critique :

La carrière cinématographique de John Guillermin débute dès la fin des années 1940. Pourtant, il lui faudra patienter jusqu'en 1957 pour connaître son premier succès, avec Traqué par Scotland Yard. Ainsi, John Guillermin devient le nouveau parangon de la série B. Il s'illustre notamment avec Le crime était signé (1958), La plus grande aventure de Tarzan (1959), Les Canons de Batasi (1964), Le Crépuscule des Aigles (1966) et Le Pont de Remagen (1969).
Puis, en 1974, le cinéaste britannique connaît enfin la consécration avec La Tour Infernale, un classique du cinéma catastrophe et d'action. Suite à cet immense succès commercial, les producteurs lui confient la réalisation du remake de King Kong en 1976.

John Guillermin a donc la lourde tâche de succéder à Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, solides réalisateurs du King Kong de 1933 et surtout les pionniers d'un nouveau genre, le monstre qui vient semer le chaos et la désolation dans la ville. Si King Kong s'inscrit dans le sillage et la dialectique de Le Monde Perdu (Harry O. Hoyt, 1925), il apparaît néanmoins comme un film novateur et aux grandes ambitions. Le long-métrage peut en effet s'appuyer sur l'érudition de Willis O'Brien, le maître (incontesté) de la stop-motion, celui qui formera (plus tard) un autre esthète du cinéma, Ray Harryhausen.
Mutin, John Guillermin reprend les grandes lignes du scénario original. Blockbuster oblige, le film s'octroie un casting de prestige et ne fait plus appel à la stop-motion. C'est donc un acteur qui endosse les oripeaux du costume de King Kong.

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Le procédé n'est donc pas nouveau. Jack Bernhard est même le tout premier cinéaste à employer de vulgaires quidams pour revêtir les carcasses en plastique de dinosaures et de tyrannosaures dans l'inénarrable L'Île Inconnue (1948). Certes, John Guillermin signe un remake probe et largement recommandable. Toutefois, cette nouvelle version ne possède pas la fougue, l'ingéniosité ni la nonchalance de son auguste modèle.
Mais peu importe, le King Kong de 1976 se solde, derechef, par un succès colossal. A contrario, le film désappointe les fans du matériel original, laissant un arrière goût d'amertume. C'est dans ce contexte houleux et tempêtueux que John Guillermin décide de signer une suite, King Kong 2, en 1986.

Pourtant, la fin du précédent King Kong ne laissait pas présager de nouvelles péripéties puisqu'on y voyait un gorille à l'agonie et périr sous les balles de militaires aguerris. De facto, difficile de comprendre le scénario de ce second chapitre, justement voué à l'opprobre et aux gémonies. Attention, SPOILERS ! (1) A Manhattan, King Kong escalade une des deux tours du World Trade Center, avec Dwan dans une de ses mains. Arrivé au sommet, il la dépose, et c'est le moment que choisissent les trois hélicoptères qui se trouvaient à proximité pour ouvrir le feu sur lui.
Affaibli par la multitude des impacts qu'il subit, King Kong réussit néanmoins à en détruire un. Mais ce dernier effort le fait vaciller et il chute dans le vide. Gisant aux pieds des deux tours
, le rythme cardiaque en constante diminution, jusqu'au silence le plus complet, le "roi Kong" est mort.

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Dix ans plus tard, à l'Atlanta Institute, des battements de cœur similaires se font entendre. Dans une salle chirurgicale hors normes, King Kong est là, allongé, le cœur faible, dans un profond coma, mais en vie. Des scientifiques viennent de mettre au point un coeur artificiel à la taille du malade. Mais malgré les 7 millions de dollars que vaut ce nouveau cœur, la transplantation ne peut se faire.
En effet, King Kong a perdu trop de sang et toute opération chirurgicale importante, sans une transfusion sanguine 
conséquente, l'enverrait à une mort certaine. C'est alors qu'un aventurier, Hank Mitchell, découvre, dans la jungle de Bornéo, un gigantesque gorille femelle, Lady Kong qu'il revend à l'institut. King Kong reçoit donc du sang de la part de la femelle, ce qui le fait sortir de son profond coma et King Kong va découvrir l'amour fou à ses cotés (1).

Inutile de le préciser, mais plus personne ou presque ne se souvient de King Kong 2... Et tant mieux ! Répudié et honni au moment de sa sortie, ce second chapitre se solde (logiquement) par un bide commercial. Jessica Lange et Jeff Bridges, les deux acteurs du remake de 1976, ne reprennent pas leurs rôles respectifs et sont donc remplacés par Linda Hamilton et Brian Kerwin, en mode cabotinage.
Pour la petite anecdote, King Kong 2 sera même nommé aux Razzie Awards pour les pires effets spéciaux. Sinon que retenir de cet incroyable navet ? Premièrement, l'affiche du film, qui montre le visage atrabilaire de King Kong, est auréolée de la mention suivante : "Il revient et il n'est pas content...". En outre, le vieux singe est plongé dans une sorte de sommeil léthargique. Non, suite aux péripéties du remake de 1976, King Kong n'est pas mort. 

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Heureusement, un autre primate vit dans la forêt du coin. Aussitôt dit, aussitôt fait. La femelle, une certaine Lady Kong (outch...) est kidnappée et laissée aux mains des scientifiques. Son sang permet de ressusciter le roi Kong. Mais les deux tourtereaux n'ont pas l'intention d'obéir doctement aux consignes de savants avilis par l'appât du lucre et du merchandesing. S'ensuivent alors de longues saynètes oiseuses s'attardant largement sur les batifolages et les convolages des deux anthropoïdes.
On croit rêver ! Dans ce marasme cinématographique, même les effets spéciaux se révèlent désuets et obsolètes. On comprend mieux pourquoi ce second chapitre a été nominé aux Razzie Awards. A nouveau, King Kong et sa dulcinée devront se colleter avec l'armée. Heureusement, ils sont protégés par Linda Hamilton et son fiancé, farouchement engagés dans la cause écologiste. Bon, est-il nécessaire de s'appesantir plus longuement dans tous ces détails fastidieux ? 
En l'occurrence, King Kong 2 n'a même pas le charme d'un bon vieux nanar. Que dire de plus ? Ah oui... Si quelqu'un a aimé ce film, qu'il me téléphone de toute urgence...

Côte : Navet

sparklehorse2 Alice In Oliver

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26 mars 2017

Batman v Superman : L'Aube de la Justice (Le pouvoir d'éradiquer la Terre)

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Genre : science-fiction, fantastique, action
Année : 2016
Durée : 2h33

Synopsis : Craignant que Superman n'abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l'affronter : le monde a-t-il davantage besoin d'un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d'un justicier à la force redoutable mais d'origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l'horizon

La critique :

C'est par l'intermédiaire de la publicité que le réalisateur, Zack Snyder, va asseoir sa notoriété, notamment pour son style unique et son sens de la narration. C'est dans ce contexte que les producteurs lui confient la réalisation de L'Armée des Morts en 2004, le remake de Zombie (George A. Romero, 1978). Contre toute attente, cette nouvelle version est adulée par les fans et même par la presse cinéma.
Un plébiscite et un succès international qui lui ouvrent logiquement les portes d'Hollywood. Zack Snyder ne tarde pas à imprimer sa marque de fabrique dans l'univers étriqué du blockbuster. 300 (2007), Watchmen : Les Gardiens (2009), Sucker Punch (2011) et Man Of Steel (2013) le placent immédiatement parmi les cinéastes "bankable" du moment. Vient également s'ajouter Batman v Superman : L'Aube de la Justice, sorti en 2016, et qui est aussi la suite de Man of Steel.

Evidemment, un tel concept suscite un réel enthousiasme. Pour la première fois au cinéma, le super-héros kryptonien (donc Superman) et le justicier de Gotham (donc Batman) sont priés de s'empoigner dans une production dispendieuse, soit 250 millions de dollars tout de même ! Pourtant, l'idée de réunir Superman et Batman sur grand écran ne date pas d'hier.
Dans les années 2000, le projet est plusieurs fois prorogé. Parallèlement, Christopher Nolan annonce la sortie de Batmans Begins puis d'une trilogie. Superman Returns (Bryan Singer, 2006) sort lui aussi dans la foulée. Batman v Superman aboutit finalement en 2014, suite au succès de Man Of Steel. En outre, la distribution de Batman v Superman est impressionnante. 

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Ben Affleck, Henry Cavill, Amy Adams, Jesse Eisenberg, Diane Lane, Laurence Fishburne, Jeremy Irons, Holly Hunter, Gal Gadot, Kevin Costner et Patrick Wilson complètent un casting pléthorique. Si le film effectue un excellent démarrage lors de son exploitation au cinéma, il doit néanmoins se colleter avec la concurrence, notamment avec Captain America : Civil War (Anthony et Joe Russo, 2016) et Deadpool (Tim Miller, 2016). Parallèlement, les critiques se montrent peu enthousiastes.
Batman v Superman ne serait qu'un blockbuster infatué et supplémentaire dans l'univers corseté des super-héros. 
Entre Marvel et DC Comics, la guerre est déclarée. Pour écrire le scénario du film, Zack Snyder fait appel à l'érudition et à la collaboration de Chris Terrio et David S. Goyer. Les deux cacographes affinent et peaufinent un script nébuleux et alambiqué. 

Attention, SPOILERS ! (1) Ayant peur que les actions d'un super-héros semblable à un dieu ne soient pas contrôlées, le redoutable justicier de Gotham City se confronte au Messie des temps modernes de Metropolis, alors que le monde se demande de quel sorte de héros il a vraiment besoin. Et alors que Batman et Superman sont en guerre l'un contre l'autre, une nouvelle menace surgit, mettant l'humanité face à un danger d'une ampleur sans pareil (1). 
Indubitablement, le long-métrage de Zack Snyder se situe dans le sillage et la continuité de la trilogie amorcée par Christopher Nolan. En l'occurrence, Batman v Superman s'inscrit dans la dialectique et la rhétorique de The Dark Knight, le chevalier noir (2008). A l'instar du film de Christopher Nolan, Batman v Superman se veut résolument implacable, parfois assez retors et nébuleux dans son scénario, prenant ainsi ses distances avec sa concurrence. 

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Hélas, Zack Snyder n'est pas Christopher Nolan. Si on sent un véritable effort d'écriture, le film ne parvient pas (ou trop rarement) à transcender son récit et ses personnages. De facto, difficile de se passionner pour les péripéties de Clark Kent et de Bruce Wayne, appelés à ferrailler contre un autre bad guy encore plus redoutable, Lex Luthor. En outre, c'est le célèbre génie criminel, interprété par l'excellent Jesse Eisenberg, qui vient voler la vedette aux deux super-héros. 
Dans ce véritable carcan d'effets spéciaux et de séquences d'action homériques, Wonder Woman vient s'ajouter aux animosités. Malheureusement, le scénario a bien du mal à justifier sa présence et sa nécessité. Hagarde, la princesse reliée à la mythologie grecque fait office ici de vulgaire quidam, luttant bon gré mal gré, avec ses deux nouveaux acolytes. 

En vérité, l'intérêt de Batman v Superman repose essentiellement sur cette dichotomie entre Bruce Wayne et Clark Kent, sans doute la thématique la plus captivante de ce blockbuster. Superman devient un héros du passé. Conspué et répudié par les Terriens, il devient une menace pour la paix, au grand dam de Batman, qui se doit de lutter contre le super-héros kryptonien.
"Le pouvoir d'éradiquer la Terre". C'est sur cette phrase comminatoire et emphatique que viendront se parachever les débats lors d'un ultime procès, puis d'une inévitable rixe entre Batman et Superman.
Autant de failles judicieusement exploitées par Lex Luthor. Pourtant, malgré sa grandiloquence, la magie opère et fonctionne sur quelques rares saynètes élusives. Batman v Superman s'adresse avant tout aux aficionados de Marvel et de DC Comics. En l'occurrence, les fans les plus irréductibles seront en terrain connu et quasiment conquis. Les autres risquent de s'interroger sur l'utilité de ce blockbuster assez famélique.

Note : 11/20

 

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(1) Synopsis du film sur : http://www.premiere.fr/film/Batman-v-Superman-L-Aube-de-la-Justice


25 mars 2017

Balada Triste (La complainte d'un clown)

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Genre : Comédie noire, drame, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 2010

Durée : 1h47

 

Synopsis :

Dans l’enceinte d’un cirque, les singes crient sauvagement dans leur cage tandis qu’à l’extérieur, les hommes s’entretuent sur la piste d’un tout autre cirque : la guerre civile espagnole. Recruté de force par l’armée républicaine, le clown Auguste se retrouve, dans son costume de scène, au milieu d’une bataille où il finira par perpétrer un massacre à coup de machette au sein du camp national. Quelques années plus tard, sous la dictature de Franco, Javier, le fils du clown milicien, se trouve du travail en tant que clown triste dans un cirque où il va rencontrer un invraisemblable panel de personnages marginaux, comme l’homme canon, le dompteur d’éléphants, un couple en crise, dresseurs de chiens mais surtout un autre clown : un clown brutal, rongé par la haine et le désespoir, Sergio. Les deux clowns vont alors s’affronter sans limite pour l’amour d’une acrobate, la plus belle et la plus cruelle femme du cirque : Natalia.

 

La critique :

Aujourd'hui, nous voici à nouveau pour un nouveau rendez-vous avec le cinéma hispanique qui n'a eu de cesse de se démarquer depuis de nombreuses années, surtout en ce qui concerne le cinéma d'horreur, avec quelques grands noms tels que la saga des REC (où nous ne retiendrons que les 2 premiers) ou encore La Secte sans Nom, pour ne citer que ceux là. De fait, l'Espagne s'est taillée au fur et à mesure du temps une certaine reconnaissance et sympathie des amateurs d'oeuvres violentes au scénario travaillé (si... si ça arrive) et à l'innovation certaine qui fait que nombres d'entre elles remporteront des prix dans les grands festivals. A toute cette liste d'oeuvres plébiscitées, nous pouvons désormais rajouter le curieux et déjanté Balada Triste de son vrai nom hispanique Balada Triste de la Trompeta, réalisé par Alex de la Iglesia connu entre autres, pour avoir réalisé Le Jour de la Bête, déjà chroniqué sur le blog, Le Crime Farpait ou encore Mes Chers Voisins.

Nanti d'un beau petit budget de 7 millions de dollars, le film sera présenté dans divers festivals et récoltera de prestigieuses récompenses comme le Lion d'argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise, ou encore le Méliès d'or au festival international du film de Catalogne. On pourra aussi rajouter la bagatelle de 18 nominations à ce Balada Triste suivi de critiques assez élogieuses. En gros, tout ce qu'il faut pour plaire et qui démontre les qualités certaines d'un réalisateur nous ayant pondu un film d'une originalité certaine, où la comédie noire cohabite avec la folie pure.
Qu'il en soit ainsi, nous pouvons à présent passer à la critique de cette oeuvre. ATTENTION SPOILERS : En pleine Guerre civile espagnole, un clown est recruté de force par les troupes républicaines. Cruel, il massacre des combattants nationalistes à coup de machette avant d'être arrêté puis détenu. Il ne laissera qu'une consigne à son fils, un gage ultime de bonheur : la vengeance. Des années plus tard, son fils, Javier, devenu clown à l'instar de son père est engagé dans un cirque dominé par Sergio. Nous sommes à la fin de l'ère franquiste, en 1973. Les deux clowns, l'un triste, l'autre Auguste, vont se livrer une bataille mortelle pour conquérir le cœur d'une belle acrobate, Natalia.

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Quel étrange et original synopsis que voilà où ce bon vieux Alex de la Iglesia se fait un malin plaisir à nous larguer dans l'étrange monde du cirque et tous ses personnages plus farfelus les uns que les autres ! Comme une critique le mentionne sur la pochette du film, on tient assurément là l'un des films les plus originaux de cette année 2010. Non content de nous faire évoluer dans l'univers du cirque, le réalisateur transpose son histoire dans une des plus cruelles périodes de l'histoire contemporaine espagnole qui n'est autre que la période où les franquistes, avec à leur tête le colonel Franco, contrôlaient l'Espagne, surtout rendue célèbre par le massacre de Guernica.
Peu de films ont traité cette période de l'histoire et autant dire que nous sommes directement plongés dans l'histoire où celle-ci démarre lors de la 2ème guerre mondiale avec ses bombes, ses soldats républicains en pleine insurrection enrôlant de force une troupe de cirque et les soldats du gouvernement les prenant en chasse. Ce passage ne durera que très peu car très vite, le reste de l'histoire aura lieu après la guerre, mais dans un pays toujours gouverné par Franco. 

L'idée d'y intégrer une dimension historique était osée mais inutile de rechercher ça et là une crédibilité historique certaine car jusqu'à preuve du nouvel ordre, Franco ne s'est jamais fait mordre par un clown complètement cinglé. Un point qui fâchera sans doute ceux qui s'attendaient à un minimum de reproduction historique, mais il n'en sera rien car Balada Triste repose avant tout sur un énorme trip déjanté ne se souciant que très peu de la crédibilité de cette période. On aime ou on n'aime pas, mais c'est souvent le principal reproche entendu au sujet de ce film.
Néanmoins, il serait bien réducteur de voir en ce film, une oeuvre maladroite car malgré tout, le long-métrage exerce une curieuse attraction sur le spectateur qui, tout en étant lancé dans une histoire abracadabrante, assistera aux différentes exactions de l'époque avec au programme les traditionnelles exécutions sommaires de tout régime fasciste qui se respecte, les arrestations violentes sans mobile préalable et le contrôle des médias. 

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Si De la Iglesia ne fait pas de reproduction historique fidèle, il parvient à critiquer et à montrer ce qui se passait à cette époque. Bien sûr, un point accessoire qui pourra encore fâcher car Balada Triste ne cherche pas à réellement dénoncer les méfaits de l'époque. Ce n'est de toute façon pas son but. De même, le film brasse de nombreux genres et n'hésite pas à mélanger habilement la comédie noire, le drame, le thriller ou encore la folie pure, où des séquences brutales et d'une violence assez marquée, sont tournées en ridicule au point que nous finissons par être amusés, à l'image de Javier effondré sur la cible du jeu et tabassé à coup de marteaux de fête foraine parce que Sergio voulait un cadeau en même temps qu'il se vengait de voir sa dulcinée entre les mains de ce clown triste.
Balada Triste se pare de nombreuses séquences délirantes où le grotesque est tel qu'il parvient presque à mettre mal à l'aise comme dans la séquence du massacre à la machette par le clown au début du film. Si l'appellation "comédie" caractérise effectivement le long-métrage, il est nécessaire de se rendre compte que nous ne tenons pas là une comédie tout public.

Plus que tout, le film ne lésine pas sur la violence avec ces soldats massacrés à la machette, des personnages tabassés au marteau, à la trompette (vous avez bien lu !), au crochet, moult fusillades, supplices individuels et j'en passe. On ne pourra pas dire que Balada Triste n'a pas volé son interdiction aux - 12 ans. Le réalisateur crée un climat glauque et froid où la violence en est rendue presque comique voire jouissive mais surtout stylisée, et ce ne sont pas les plans, les cadrages, l'esthétisme et les maquillages qui seront en reste car toute la dimension artistique est traitée de manière plus que correcte. La dimension du spectacle est omniprésente et curieusement cohérente bien que, encore une fois, le grotesque est disséminé à tous les étages. Autant dire tout de suite que le film n'est pas à prendre au sérieux, ce que vous aurez sans doute deviné.

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Comment ne pas aborder la dimension artistique sans faire référence à la prestation des acteurs avec cette Natalia, incarnée par Carolina Bang, à la fois sensuelle, sensible et d'une beauté radieuse s'énamourant de Sergio, incarné par Antonio de la Torre, plus que crédible dans le rôle de ce clown bipolaire tantôt joyeux et amoureux (dans le bon sens du terme, je précise) des enfants et tantôt ivre, agressif voire psychopathique ? Javier, le personnage principal incarné par Carlos Areces, tire aussi son épingle du jeu sous les traits d'un clown à la personnalité complexe rongée par la tristesse, la vengeance et une folie latente qui explosera arrivé à la moitié du film, pour faire place à un clown psychopathe complètement incontrôlable. Ces deux personnages, Javier et Sergio, se voueront une haine féroce qui pourrait curieusement rappeler ces deux camps, les franquistes et les révolutionnaires.
Deux anti-héros avec d'un côté, un clown machiavélique et manipulateur et de l'autre, un clown assoiffé de meurtre et de vengeance.

En conclusion, Balada Triste est décidément une oeuvre bien étrange qui pourrait être apparentée à un gros mixeur rempli de genres différents, le tout aboutissant à un style unique en son genre à la fois burlesque mais glauque, et qui n'est pas sans rappeler Killer Joe, où l'on retrouvait déjà des scènes bien malsaines, si elles étaient prises au premier degré, tournées de manière à en faire des séquences hilarantes. Un gage de réussite bien que l'on pourra pester sur une reproduction historique détournée à 360°, des personnages externes au trio assez peu attachants et sur une fin qui s'éternise un peu.
Pour autant, De la Iglesia a plus que correctement rempli son cahier des charges en nous livrant une comédie poisseuse et violente qu'il serait bon de ne pas mettre entre les mains des jeunes enfants, dont certains doivent être encore hantés par le clown tueur de Ca. Décidément, le thème clownesque détourné de manière malsaine n'a pas encore dit son dernier mot.

 

Note : 15/20

 

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Visions Of Suffering (Du "Iskanov" pur jus !)

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Genre : Horreur, expérimental (interdit aux moins de 16 ans)

Année : 2006

Durée : 2 heures

L’histoire : En Russie, un homme est victime de terrifiants cauchemars. A son réveil, il entend des voix étranges et menaçantes provenant de son téléphone. Il fait venir un réparateur qui lui affirme que des démons, également appelés vampires, peuvent parvenir à s’introduire dans le subconscient lorsqu’il pleut et entraîner la victime dans leur monde. Mieux vaut ne pas s’endormir.

La critique :

Attention film de malade ! J’ai nommé Visions Of Suffering, réalisé en 2006, par Andrey Iskanov. Ce réalisateur russe avait déjà surpris avec son film Nails, un premier essai qui annonçait déjà son style surréaliste, déboussolant et ultra violent. Ici, le réalisateur russe revient à la charge avec un film dans la même lignée que Nails, mais qui se veut beaucoup plus ambitieux, en s’engageant dans le registre du film d’horreur. Attention SPOILERS ! 
Tout d’abord, que dire du scénario ? Franchement, je dois avouer que je n’ai pas vraiment tout saisi à l’histoire, certains passages du film étant totalement incompréhensibles ! Visiblement, la confusion est volontaire pour créer le malaise chez le spectateur ou du moins, on peut dire qu’Iskanov n’a que faire de la cohérence.

En fait, voilà ce que l’on peut dire de l’histoire : Un homme est victime de cauchemars relatifs à la mort et à la souffrance. A son réveil, il se rend compte que son téléphone regorge de quelques bizarreries, puisqu’il émet le son de voix menaçantes et terrifiantes qui l’incitent à tuer. Notre homme fait venir un réparateur et celui-ci lui parle alors de démons, également appelés vampires qui, par temps de pluie, s’introduisent dans le subconscient et amènent la victime dans leur monde dans lequel ils l’agressent. Peu après cette révélation, le réparateur est assassiné par les démons qui encerclent l’immeuble. 
Le personnage principal parvient alors à utiliser le téléphone et à joindre sa copine dans un night club. Mais cela permettra aux vampires de localiser cette dernière.

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Pendant ce temps, ailleurs dans la ville (qui paraît être Moscou), un prêtre est également victime de ces mêmes cauchemars. Ce dernier part à la recherche de drogues. A partir de ce moment-là, l’histoire se veut de plus en plus alambiquée. Il est donc difficile de s’y retrouver dans les détails, mais on peut dire que les vampires passent à l’action. Par son style visuel, Visions of Suffering est très proche de Nails. Filtres, images subliminales, agressions sonores et une réalisation étrange qui semble sortie d’un film amateur. Clairement, le budget n’est visiblement pas au rendez vous. 
Certains effets sont douteux alors que d’autres sont plutôt réussis. Au final, ce n’est pas vraiment l’histoire qui paraît compter dans Visions of Suffering, mais essentiellement le visuel.

Iskanov propose une expérience au spectateur en lui donnant simplement une vision d’un cauchemar, d’où l’aspect confus et incohérent du film. Pour ses influences, Iskanov cite volontiers Argento, Buñuel et Tsukamoto, ce qui se ressent dans ce cinéma expérimental. Au niveau du casting, on retrouve Alexander Schevchenko, déjà présent dans Nails. L’acteur paraît plus à l’aise et livre une bonne performance. On retrouve également Andrey Iskanov en personne qui interprète le rôle du prêtre. Le reste du casting est composé d’Alexandra Batrumova, Victor Silkin et Irina Nikitina, des noms qui ne parleront probablement à personne, à part peut être celui de l’actrice Yukari Fujimoto, à qui Iskanov donnera le rôle principal dans son terrible Philosophy of a Knife.
Visions of Suffering contient également son lot de séquences violentes, comme c’est souvent le cas avec Iskanov.

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Mention spéciale pour une séquence où une jeune femme se fait sauvagement tabasser. Mais on retiendra évidemment les scènes de meurtre gores et outrancières. Une fois encore, l’acteur Alexander Schevchenko, qui est également le compositeur attitré d’Iskanov, livre une BO envoûtante et terrifiante qui constitue la majeure partie de ce film atmosphérique. Vous l’aurez compris, Visions of Suffering en rebutera plus d’un par sa violence et surtout par sa confusion totale et volontaire. 
De même que la réalisation et le style peuvent finir par agacer. Mais le gros défaut de Visions of Suffering est sa durée de deux heures. Clairement, le film aurait gagné à durer une demi-heure de moins. Il reste donc une œuvre trash et expérimentale, dont la réalisation pourra franchement paraître brouillonne, mais là encore, ça semble être le style défini par Iskanov avec Nails et de plus, le budget ne doit pas s’élever bien haut. Tout comme les autres œuvres du cinéaste russe, il est difficile d’évaluer ce film OFNI, vraiment éloigné de toutes les conventions habituelles.

Note : ?

vince Vince

24 mars 2017

Matrix ("Suis le lapin blanc")

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Genre : science-fiction 
Année : 1999
Durée : 2h15

Synopsis : Programmeur anonyme dans un service administratif le jour, Thomas Anderson devient Neo la nuit venue. Sous ce pseudonyme, il est l'un des pirates les plus recherchés du cyber-espace. A cheval entre deux mondes, Neo est assailli par d'étranges songes et des messages cryptés provenant d'un certain Morpheus. Celui-ci l'exhorte à aller au-delà des apparences et à trouver la réponse à la question qui hante constamment ses pensées : qu'est-ce que la Matrice ? Nul ne le sait, et aucun homme n'est encore parvenu à en percer les defenses. Mais Morpheus est persuadé que Neo est l'Elu, le libérateur mythique de l'humanité annoncé selon la prophétie. Ensemble, ils se lancent dans une lutte sans retour contre la Matrice et ses terribles agents

La critique :

Andy et Larry Wachowski (devenus entre temps et respectivement Lilly et Lana Wachowski) se sont passionnés très tôt pour le noble Septième Art. Leurs réalisateurs de prédilection se nomment Alfred Hitchcock, Roman Polanski et Brian de Palma. En 1996, les frères Wachowski signent leur tout premier long-métrage, Bound, un thriller policier et nimbé de séquences érotiques.
Parallèlement, les deux cinéastes déploient un univers science-fictionnel fascinant et polysémique avec la trilogie Matrix, un savant mélange entre cyberpunk, action et de nombreuses considérations philosophiques. Aujourd'hui, c'est tout le premier chapitre, donc Matrix (1999), qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes. En raison de son succès mondial, le film sera suivi par Matrix Reloaded (2003) et Matrix Revolutions (2003).

Dès sa sortie au cinéma, le premier Matrix s'octroie immédiatement le statut de film culte. Pour certains fans, Matrix appartient même à la catégorie de ces films multigénérationnels et donc aux grands classiques de l'univers science-fictionnel. Les critiques et la presse cinéma obliquent dans ce sens et se montrent unanimement panégyriques. Reste à savoir si Matrix, premier du nom, délivre bel et bien l'uppercut annoncé. Réponse dans les lignes à venir.
D'ailleurs, le long-métrage obtiendra de nombreuses distinctions et notamment plusieurs oscars : meilleur montage, meilleurs effets visuels, meilleur montage de son et meilleur mixage sonore (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Matrix).

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La distribution de Matrix réunit Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Laurence Fishburne, Hugo Weaving, Gloria Foster, Joe Pantoliano, Marcus Chong et Matt Doran. Pour le rôle de Neo, finalement tenu par Keanu Reeves, plusieurs acteurs seront envisagés, notamment Johnny Depp, David Duchovny et Leonardo DiCaprio. De surcroît, le rôle de l'agent Smith sera proposé à Jean Reno, déjà sur le tournage du remake de Godzilla (sic...). La richesse de Matrix tient essentiellement dans son scénario, pour le moins ésotérique. Attention, SPOILERS ! Programmeur anonyme dans un service administratif le jour, Thomas Anderson devient Neo la nuit venue. Sous ce pseudonyme, il est l'un des pirates les plus recherchés du cyber-espace. A cheval entre deux mondes, Neo est assailli par d'étranges songes et des messages cryptés provenant d'un certain Morpheus.

Celui-ci l'exhorte à aller au-delà des apparences et à trouver la réponse à la question qui hante constamment ses pensées : qu'est-ce que la Matrice ? Nul ne le sait, et aucun homme n'est encore parvenu à en percer les defenses. Mais Morpheus est persuadé que Neo est l'Elu, le libérateur mythique de l'humanité annoncé selon la prophétie. Ensemble, ils se lancent dans une lutte sans retour contre la Matrice et ses terribles agents. C'est donc à partir de ce script foisonnant et exhaustif que les frères Wachowski éploient des références pléthoriques. Si le film propose une nouvelle variation du roman 1984 (George Orwell, 1948), il arbore d'autres ambitions technologiques, visionnaires et même révolutionnaires.
De surcroît, Matrix s'inspire largement de la thématique du miroir et donc de l'univers d'Alice au pays des merveilles (Lewis Carroll, 1865).

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"Suis le lapin blanc", telle est la courte phrase emphatique qui apparaît sur l'ordinateur de Thomas Anderson, alias Neo. De facto, l'univers de Matrix est intrinsèquement relié à la philosophie et notamment à l'Allégorie de la Caverne (Platon). Autrement dit, notre monde civilisé, à priori bien réel, n'est qu'un leurre et un simulacre savamment déguisés par une nouvelle forme d'hégémonie, cette fois-ci régentée par les machines. Factice, notre société est façonnée et gouvernée par des machines provenant d'un univers parallèle. Bienvenue dans la Matrice !
Toutefois, depuis leur univers, les robots peuvent se fourvoyer à la réalité. De ce fait, Matrix emprunte aussi à la cosmologie via l'existence d'univers parallèles. Par conséquent, un tel film nécessite évidemment plusieurs niveaux d'analyse et fait appel à l'érudition du spectateur.

Ainsi, chacun pourra avoir sa propre vision de Matrix. Toujours est-il que le long-métrage s'inscrit dans cette culture numérique et technologique et donc sous le diktat des réseaux sociaux et du consumérisme. Certes, les contempteurs pourront tonner et pester contre toutes ces références pétulantes. Par exemple, Matrix s'inspire largement des films d'action asiatiques.
Ensuite, on pourra déplorer l'abondance d'effets visuels, ainsi qu'une certaine grandiloquence, notamment dans la manière d'agencer un scénario parfois un peu trop alambiqué. A cela, s'ajoutent de longues moralines philosophiques cherchant à décontenancer le spectateur avisé. Jamais une telle diatribe sur l'hédonisme ad nauseam et la technologie luxuriante n'aura autant ressemblé à la doxa qu'elle est censée vitupérer.

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In fine, les différents interprètes, Keanu Reeves en tête, ne parviennent pas vraiment à transcender leurs personnages, par ailleurs eux aussi déshumanisés. Nouvel oxymore. De facto, difficile de se passionner et d'adhérer à leurs péripéties, ainsi que pour la mission quasi mystique de Thomas Anderson, appelé à devenir "l'Elu", soit celui qui doit nous débarrasser du joug des machines. Pourtant, la magie opère durant les deux heures et quinze minutes de bobine.
Rarement, un film de science-fiction n'aura visité et exploré autant de thématiques, déchaînant à la fois les passions, les débats, les discussions et les polémiques. Car Matrix, c'est aussi cette réflexion spinescente sur les forces incoercibles qui nous gouvernent, celles qui dictent nos choix, nos idées et nos pulsions, même les plus archaïques. Corsetés par leurs propres thématiques, Andy et Larry Wachowski ne retrouveront jamais cette fougue et cette nonchalance dans les (deux) épisodes qui viendront par la suite.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

23 mars 2017

A Snake of June (Pluie sentimentale)

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Genre : Drame, thriller, érotique (interdit aux - 16 ans)

Année : 2002

Durée : 1h17

 

Synopsis :

Standardiste la journée, simple femme au foyer au sein d'un couple qui n'a jamais connu de heurts le soir, Rinko a tout de la fille sans histoires. Sa vie va néanmoins basculer le jour où un homme mystérieux va faire irruption dans son quotidien, et la menacer de dévoiler tous ses secrets à son mari.

 

La critique :

Nous voici arrivé au terme de cette série de films dédiés à Shinya Tsukamoto et chroniqués par mes soins avec, pour finir, ce film au doux et étrange nom de A Snake of June, cette fois-ci (petit clin d'oeil à Marebito où je me suis rendu compte que ce n'était pas lui le réalisateur) vraiment réalisé par lui-même. Au risque de me répéter depuis 2 chroniques, inutile de venir reparler du bonhomme sachant que je l'ai présenté en long et en large au point que j'ai fini par presque connaître sa vie intime. Que soit, le Japon étonne et fascine toujours en faisant naître d'obscures et mystérieuses pellicules à l'image de ce film très particulier et surprenant. Le moins que l'on puisse dire est que ce long-métrage a fait du chemin, car il aura en effet écumé près de 8 mois de festivals avant de connaître une exploitation en salle au Japon. Et je ne parle pas ici d'obscurs festivals du fin fond du Tadjikistan, mais bien de prestigieux festivals, tels la Mostra de Venise ou encore le festival de Cannes.

A cela, vous pouvez également rajouter des destinations de choix comme Toronto, Hong-Kong ou encore Singapour pour ne citer que ces endroits et vous pouvez vite vous rendre compte que le film n'est pas passé inaperçu chez les cinéphiles, ce qui n'est pas le cas du grand public mais ce n'est pas étonnant, c'est du cinéma difficile d'accès après tout. Et qui dit vie épanouissante et reconnaissance dans les festivals, dit forcément nominations et récompenses à la clé.
Ainsi, 3 prix et 2 nominations dont le prix de la meilleure direction artistique au festival international du film de Catalogne ou encore le prix du jury à la Mostra de Venise sont à mentionner. On a déjà vu pire comme pedigree d'un film. Il est bon aussi de mentionner que A Snake of June restera, à n'en point douter, avec Tetsuo l'un des films où Tsukamoto se sera le plus impliqué. Non content d'être acteur, réalisateur et scénariste, il s'est également occupé de la production, du montage et de la photographie. On peut dire qu'il aura été plus que courageux sur ce coup-là. Reste à voir si son implication titanesque a permis d'accoucher d'un bon film.

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ATTENTION SPOILERS : Opératrice pour un centre d’appel anti-suicide, Tatsumi mène une existence monotone auprès de son vieux mari, un riche homme d’affaire obsédé par la propreté. Un jour, elle reçoit un paquet de photos la surprenant dans ses jeux érotiques solitaires. Le mystérieux expéditeur la contacte par téléphone, et dit avoir été sauvé du suicide par la persuasion de Tatsumi. Sous prétexte d’un chantage, il amène la jeune femme à se réaliser dans ses fantasmes, en échange des négatifs compromettants. Voilà un synopsis qui a de quoi intriguer tant par le mystère se cachant entre ses lignes que par le scénario à contre-courant des gros délires réalisés et assumés par Tsukamoto.
Ici, le réalisateur s'attaque au phénomène de la sexualité au sein du couple, un thème devenu un véritable problème sociétal au Japon où la pudibonderie a atteint des niveaux inquiétants, au point que le gouvernement essaie par tous les moyens d'augmenter le taux de natalité.

Ainsi, l'âge moyen ne cesse d'augmenter tandis que de plus de plus d'hommes comme de femmes ne sont pas impliqués dans une relation et que de moins en moins de jeunes ont des rapports sexuels. La misère sexuelle est telle qu'une industrie du porno développée autour du célibat et de la virginité a vu le jour tandis qu'à côté, les poupées en caoutchouc plus vraies que natures s'arrachent dans les magasins et que des femmes déguisées en écolières offrent un peu d'affection aux hommes seuls dans des bars à câlins. On peut assurément remarquer cette thématique dans cette vie de couple, comme dit dans le synopsis, on ne peut plus monotone. Ainsi, le soir, Rinko Tatsumi rejoint le lit conjugual quand à côté, son mari préferera dormir sur le fauteuil. L'absence d'amour, de sentiments et de sexualité est ici remarquablement bien traité où les personnages évoluent dans une atmosphère triste et désespérée.
Un symbole bien sûr qu'une vie sans aimer et sans être aimé conduit, malheureusement et inévitablement, à la tristesse et la solitude. Cela étant retransmis subtilement par la pluie continue coulant à flots telles des larmes de rage et d'abnégation. 

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La pluie est justement centrale dans ce récit et représente beaucoup de choses. Juin, pour faire référence au titre, est la saison des pluies au Japon soit celle qui inonde Tokyo durant tout le film. Paradoxalement, si les décors pluvieux amplifient le sentiment de tristesse émanant de ce couple, on peut voir que la pluie est vue comme symbole de la vie et c'est cette même pluie qui permettra de réanimer le couple. L'eau est vue comme un catalyseur ravivant la vie à tout niveau, même au niveau des sentiments de l'être humain. Un clin d'oeil brillant qui font de A Snake of June, un film subtil et intelligent.
Face à cet individu omniscient obligeant Rinko à s'adonner aux pulsions exhibitionnistes profondément ancrées en elle tandis que son mari, Shigeiko, sera lui face à ses pulsions voyeuristes lors de cette scène où il se masturbera derrière un muret tandis que Rinko fera usage de son vibromasseur et se déshabillera sous la pluie face à un inconnu, le mystérieux individu ravive ce qui semble être éteint depuis bien longtemps. Tsukamoto indique clairement que le sexe est le ciment du couple sans quoi un couple ne peut tenir face aux dangers tels que l'infidélité ou la rupture.

Le réalisateur sème le trouble et très vite cet étrange personnage, incarné par Tsukamoto lui-même, nous apparaît comme sauveur d'une situation désespérée. Il n'est pas inutile de mentionner que A Snake of June bénéficie d'une véritable dimension dramatique. En dehors de ça, Tsukamoto oblige, le film sera fatalement difficile d'accès avec une narration semant le trouble dans l'esprit du spectateur où le point de vue de Rinko, puis celui de son mari, seront successivement mis en scène. Un pari ingénieux mais dangereux désarçonnant par moment au point qu'on aura ça et là des scènes difficilement compréhensibles. Assurément, A Snake of June devra bénéficier d'au moins 2 visionnages pour être pleinement compris.
Pourtant, si l'on pourrait crier à l'imposture et à la "branlette intellectuelle", ne caractérisant absolument pas le film, ce long-métrage nous garde sous hypnose et on suit sans problème le destin de ces 2 personnages plongés dans les méandres d'un bouleversement majeur à venir dans leur couple.

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Cette hypnose est surtout induite par une direction artistique qui n'aura pas usurpé son prix de la meilleure direction artistique tant le film nous laisse bouche bée devant ce noir et blanc bleuté apportant une touche de surréalisme en plus de nous fournir de superbes plans. On peut dire que Tsukamoto a pleinement réussi son travail sur la photographie comme lors de cette superbe séquence, déjà mentionnée, de cette femme sous la pluie usant de son vibromasseur. Une séquence que l'on pourrait trouver vulgaire au premier abord mais d'une surprenante sensualité ne tombant jamais dans le vulgaire ou le putassier, et ce malgré la masturbation du mari. Le tout face à une caméra prenant des clichés en continu avec le flash permettant de montrer l'apparition de la vraie Rinko.
A mes yeux, une des plus belles séquences vues dans le cinéma japonais. N'oublions pas non plus la performance des acteurs où l'on retrouvera Rinko incarnée par Asuka Kurosawa nous offrant une prestation touchante et délicate ainsi que Shigehiko incarné par Yuki Kohtari, cependant plus absent.

Un petit mot également à la bande sonore réalisée par Chu Ishikawa, ayant déjà fait ses preuves auparavant avec Tetsuo, et qui nous offre encore du bon travail. En conclusion, A Snake of June clotûre en beauté mes chroniques de Tsukamoto nous livrant ici un drame déchirant, voire même un énorme cri de douleur envers cette société plongeant de plus en plus dans la misère sentimentale et sexuelle. A aucun moment, la dimension érotique du récit ne vient bouffer ou ternir le message du réalisateur parfaitement à l'aise dans la création d'un film diamétralement différent de ce qu'il a eu l'habitude de créer, et qui pourtant fascine et nous tient absorbés devant notre écran.
Ce qui ne veut pas dire que le film est facile d'accès car on a ça et là l'intégration des scènes étranges commes ces hommes avec un masque sur la tête observant Rinko. A Snake of June peut aussi se targuer d'avoir une réelle identité visuelle où l'esthétique imprégnée de la pluie a une très grande importance tout au cours du récit. On tient là l'une des meilleures oeuvres de Tsukamoto qui peut pleinement être vue comme une vraie oeuvre sensorielle donc, logiquement, pas de note finale. 

 

Note : ??? (mais un chef d'oeuvre pour moi)

 

orange-mecanique Taratata

 

Ilsa, La Louve des SS (Bienvenue au camp n°9 !)

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Genre : horreur, drame, Nazisploitation (interdit aux - 16 ans)
Année : 1975
Durée : 1h36

Synopsis : Ilsa, diabolique gardienne d'un camp de concentration, mène des terribles expérimentations médicales sur les détenues. Elle tente de démontrer que les femmes peuvent plus facilement supporter la douleur que les hommes et par conséquent, devraient être autorisées à partir se battre au front. 

La critique :

A tort, le film Portier de Nuit, réalisé par Liliana Cavani en 1973, est souvent considéré comme la référence de la Nazisploitation, un genre qui va connaître son apogée dans les années 1970. Le principe est à la fois basique et lapidaire. Ce sous-genre, qui hésite entre l'horreur, le drame et l'érotisme à tendance sadomasochiste, consiste à montrer d'odieux tortionnaires nazis commettre des actes barbares et sauvages (souvent à caractère sexuel) sur des prisonniers, la plupart du temps des jeunes femmes.
Si Portier de Nuit marque, en effet, une rupture fatidique en narrant une romance amoureuse entre une ancienne déportée et un officier nazi, le long-métrage se révèle beaucoup plus complexe et perspicace. Par ailleurs, certains producteurs décèlent dans ce film un immense potentiel.

Potentiel qu'ils comptent bien exploiter à travers des oeuvres outrancières et racoleuses, comme l'attestent les sorties de SS Camp 5 : l'enfer des femmes (Sergio Garrone, 1977), Le Camp des filles perdues (toujours réalisé par Sergio Garrone, 1976), Train Spécial pour Hitler (Alain Payet, 1977), ou encore Des filles pour le bourreau (Cesare Canevari, 1977).
Contrairement aux apparences, Portier de Nuit n'est pas le tout premier film de la Nazisploitation. Cette gloriole est attribuée à Les Fiancées d'Hitler (Werner Klingler, 1961) qui est donc le tout premier long-métrage à dénoncer une autre facette des camps de la mort : l'exploitation du sexe, la torture ad nauseam et des expériences biologiques, chimiques et médicales pratiquées sur des prisonniers transformés en cobayes. 

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Un filon outrancier, ordurier et lucratif qui va être exploité par une autre saga spécieuse et turpide. J'ai nommé Ilsa, une tortionnaire "nazillarde" et érotomane qui passe son temps à coïter et à supplicier ses nombreuses victimes. Une tétralogie qui débute avec Ilsa, la louve des SS (Don Edmonds, 1975) et se poursuit avec Ilsa, Gardienne du Harem (Don Edmonds, 1976), llsa, la tigresse du Goulag (Jean LaFleur, 1977) et Ilsa, Ultimes Perversions (Jesus Franco, 1977).
A l'instar de Portier de Nuit, la saga Ilsa va devenir le parangon de la Nazisploitation grâce à son exploitation immodérée du nazisme et de ses nombreuses perfidies. Au programme : une commandante nazie revêche et libidineuse, d'imposantes protubérances, des saynètes érotiques, de la torture, des séquences trash et des expériences médicales à profusion.

En outre, c'est le cas d'Ilsa, la louve des SS qui nous intéresse aujourd'hui. La distribution du film réunit Dyanne Thorne (véritable égérie de la saga), Gregory Knoph, Tony Mumolo, Maria Marx (rien à voir avec Karl... Désolé !), Nicolle Riddell et George Buck Flower. En l'occurrence, le long-métrage de Don Edmonds ne brille pas vraiment par ses subtilités scénaristiques. Pourtant, au moment de sa sortie, le film suscitera les invectives et les quolibets en écopant d'une interdiction aux moins de 18 ans, notamment pour sa violence gratuite et ses parties de débauches sexuelles. 
Une interdiction minorée par la suite et qui passera à moins de 16 ans quelques années plus tard. Attention, SPOILERS ! Ilsa, diabolique gardienne d'un camp de concentration, mène des terribles expérimentations médicales sur les détenues. 

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Elle tente de démontrer que les femmes peuvent plus facilement supporter la douleur que les hommes et par conséquent, devraient être autorisées à partir se battre au front. En vérité, Ilsa, la louve des SS ne fait qu'exploiter la recette des films gore et sexuels des années 1960. Une tendance déjà en vogue et martelée par 2000 Maniacs (Herschell Gordon Lewis, 1964), qui annonce ce futur engouement pour l'extrême et la "Sexploitation". A la seule différence que Don Edmonds remplace des villageois fallacieux et concupiscents par d'abominables "nazillards".
Là aussi, le film se réduit au strict minimum : un casting méconnu du grand public (hormis la fameuse Dyanne Thorne) et surtout un budget famélique. Ainsi, l'essentiel du long-métrage se déroule à l'intérieur voire à l'orée d'un camp de concentration.

"Bienvenue au camp n° 9 !" s'écrie la fameuse Ilsa, qui jubile à l'idée de torturer de nouveaux prisonniers. L'objectif ? Servir les vils desseins du Troisième Reich pour une éventuelle guerre bactériologique. Toutefois, point ici de critique ni de diatribe de cette guerre meurtrière et technologique. En l'occurrence, Ilsa, la louve des SS va vraiment signer l'avènement de la Nazisploitation. Plutôt magnanime en termes de tortures et d'expériences médicales, Don Edmonds ne nous épargne aucun détail.
Narquois, le cinéaste verse volontairement dans le trash et les saynètes peu ragoûtantes : une femme affreusement carbonisée qui exhale son dernier soupir sur le corps à moitié dévêtu d'Ilsa, une prisonnière dont le visage est presque entièrement tuméfié, des vers qui arpentent les plaies béantes d'une autre suppliciée et j'en passe... 
Parallèlement, le réalisateur nous propose toute une série d'agâpes et de bacchanales. A coup sûr, Ilsa, la Louve des SS ravira les amateurs de sensations fortes et extrêmes. Les autres seront priés de rebrousser chemin et de quitter précipitamment leur siège devant la cancrerie de cette production un brin obscène.
Il sera donc nécessaire de visionner cette fumisterie au second, voire même au troisième degré. Par conséquent, ma note principale pourra paraître extrêmement clémente.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

22 mars 2017

Afrique 50 (Le documentaire maudit)

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Genre : Documentaire

Année : 1950

Durée : 17 min

 

Synopsis :

Caméra à la main, René Vautier filme le quotidien des africains soumis à la colonisation française.

 

La critique :

Afrique 50 ou le nom d'un documentaire ayant fait l'effet d'une bombe dans le paysage cinématographique français au moment de sa sortie et signé de la main de René Vautier dont la vie fut décidément très mouvementée. Ainsi, dès son plus jeune âge, Vautier sera un fervent militant au sein de la Résistance durant la seconde guerre mondiale avant d'être diplômé de l'IDEHC, puis adhérent au sein du parti communiste français. En 1949, il part pour l'Afrique suite à une commande de la Ligue française de l'enseignement pour montrer les conditions de vie dans les villages de Côte d'Ivoire, ou encore du Sénégal, dans le but de mettre en valeur la "mission éducative" de la France dans ses colonies.
Mais rien ne se passera comme prévu et Vautier, âgé de seulement 21 ans et indigné par le spectacle et toute la manipulation mensongère (ou fausse propagande, c'est comme vous voulez), va filmer le vrai visage de l'Afrique colonisée.

Cela aura de très graves conséquences pour lui par la suite. Très vite, la police saisit les négatifs du film même si le réalisateur aura conservé heureusement quelques copies qui seront diffusées clandestinement. Ainsi, Afrique 50 sera interdit pendant plus de 40 ans et vaudra au réalisateur plusieurs mois d'emprisonnement. Si ça ce n'est pas un film à scandale, alors je ne vois pas ce que c'est. Pour ne rien arranger, le film peut se targuer de sortir à une période phare où les premières protestations de militants anti-colonisation commençaient à germer au sein de la France et sera jugé comme un des catalyseurs aux révoltes, car il sera le premier film anti-colonialiste français.
Afrique 50 peut, à juste titre, être considéré comme l'un des films français les plus polémiques et indésirables sortis à ce jour.

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Compte tenu de l'aspect documentaire du court-métrage et de sa durée très réduite d'à peine 17 minutes, il est inutile d'indiquer la mention "spoiler". Et pourtant, malgré ses 17 minutes au compteur, Afrique 50 est d'une richesse assez incroyable et parvient à dénoncer voire même à scandaliser ceux n'ayant aucun regard ni aucune conscience de ce qui se passait de l'autre côté de la Méditerrannée. Sous prétexte d'une mission éducative destinée à éduquer les africains et à moderniser leur pays, les colons n'hésitaient pas à purement les réduire en esclavage. Ainsi, le court-métrage peut être divisée en 2 parties très distinctes. La première plante le décor et décrit la vie des habitants d'un village où la vie est rythmée par la pêche, où les filets sont tressés à la main et où les enfants jouent avec une courge en guise de balle de football. En apparence, tout semble calme et paisible. 
Mais très vite, la deuxième partie va dénoncer sévèrement les conditions de vie de ces africains soumis à l'esclavage et l'exploitation abusive. Peu de choses nous seront épargnées entre les rafles de colons qui tueront femmes comme enfants, séquences bien sûr suggérées où l'on verra les traces de sang sur les murs, sans la moindre empathie, ces africains qui font sortir un bateau de l'eau alors que les caïmans sont présents dans l'eau, ces africains occupés à faire tourner les manivelles d'un pont au lieu d'utiliser des machines électriques, ces africains occupés à paver eux-mêmes une route alors que des machines mécaniques pourraient le faire.

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Et tout cela dans un souci de rendement affichant déjà les prémisses du mauvais capitalisme car comme dit le réalisateur : "Le nègre coûte moins cher". Bref, le film, malgré sa courte durée, est un condensé très efficace de toutes les cochonneries et abus de l'époque. Un signe de très grande qualité à n'en point douter. Au niveau de l'architecture du film, il y a forcément peu de choses à dire. Ce qui frappe directement est le caractère "clandestin" du film avec cette image quelque peu floue et avec une introduction et une fin très succincte. De même, il n'y a forcément pas non plus d'acteurs si ce n'est la voix off de René Vautier, parlant tantôt sous un ton de documentaire et dans la deuxième partie, sur un ton d'indignation. Le peuple filmé ne participe jamais et n'est logiquement jamais interrogé.
Le réalisateur se contente de suivre leurs tâches habituelles à la solde des colonisateurs venus apporter l'esclav... l'occidentalisation, pardon. Enfin, les plans et les cadrages n'ont pas pour but d'être esthétiques ni travaillés car Afrique 50 n'est de toute façon pas destiné à être une oeuvre d'art esthétique.

En conclusion, Afrique 50 est un documentaire affichant qualité sur qualité sans le moindre temps mort tout en étant très complet. Vautier ne nous épargne aucun détail sans toutefois rentrer dans le voyeurisme et le putassier. Servi par une musique typique africaine accompagnant cette visite honteuse à laquelle la France a directement participée sous fond de corruption et d'exploitation, on tient là une vraie oeuvre sulfureuse et dérangeante témoignant d'un temps pas si lointain où la société n'avait aucun scrupule à employer des personnes de couleur jugées "inférieures" aux blancs.
Septante ans que le film existe et il continue toujours de choquer. Le réalisateur a sans nul doute pondu un des documentaires les plus scandaleux mais aussi l'un des plus révélateurs sur une situation cachée au grand public. A noter que le court-métrage est disponible dans son intégralité sur Youtube. Chronique plutôt courte comparé à celles habituelles mais vu la durée, je ne sais pas quoi dire de plus sur ce film auquel je ne saurais mettre de note en raison de son caractère dérangeant.
Il n'empêche que Afrique 50 est pour ainsi dire indispensable pour mieux appréhender l'époque du colonialisme et ses dérives à la fois sur les exploités et sur la population française désinformée de toutes ces pratiques.

 

Note : ???

 

orange-mecanique Taratata

Frissons - 1975 (L'homme est un parasite)

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Réalisation : David Cronenberg

Année : 1975

Genre : HORREUR (interdit -18 ans)

Durée : 1h27

 

L'histoire : Dans un appartement, un médecin pratique des tests en utilisant un parasite très dangereux. Lorque la créature s'échappe dans l'immeuble, le cauchemar commence pour les locataires.  

La critique :

Attention, voici une oeuvre complètement barrée et surtout totalement dingue, mais pas dénuée de sens pour autant. Produit, notamment, par la société d'Ivan Reitman (le réalisateur des S.O.S Fantômes, mais oui), Frissons est le film qui révéla son réalisateur, David Cronenberg qui, jusqu'ici, avait signé deux oeuvres plus confidentielles et un film pornographique. L'oeuvre commence par nous présenter le cadre unique où va se dérouler le film, à savoir un immeuble moderne (pour l'époque, bien sûr) à travers la voix d'un vendeur immobilier vantant le produit et ses multiples avantages.
Tandis qu'un couple visite des appartements en milieu d'après midi, ceux-ci sont loin de se douter que, dans une des chambres, un homme vient d'attraper une jeune femme avant de la jeter sur un canapé.

Puis, après l'avoir étranglée, il lui colle un sparadrap sur la bouche avant de l'allonger sur une table. La jeune femme est deshabillée et le type lui ouvre le ventre avec un scalpel, puis verse de l'acide à l'intérieur du corps. Lentement, notre homme se tranche ensuite la gorge en regardant son ouvrage. Peu de temps après, un des locataires de l'immeuble vient rendre visite à la jeune femme et découvre le carnage, mais pour autant, ne préviendra personne.
C'est le médecin travaillant dans la clinique privée de l'immeuble qui prévient la police, et l'on découvre que le type ayant pratiqué l'ouverture du corps de la jeune femme était médecin, tandis que l'autre victime demeurait une jeune fille bien sous tout rapport en apparence.

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En vérité, c'était surtout une fille qui avait une clientèle d'hommes mariés, dont parmi eux, plusieurs locataires de l'immeuble et notamment l'homme qui découvre la scène du crime. La vérité est que le scientifique travaillait sur la création d'un parasite censé remplacer un organe vital chez l'être humain et se nourrissant uniquement de son sang. Pendant ce temps, l'homme qui a découvert les corps est arrivé à son travail, mais fait preuve d'un comportement pour le moins étrange.
Revenu chez lui, il manifeste des symptômes inquiétants (il crache du sang par le balcon, avec un jet qui atterrit sur le parapluie d'une mamie qui se promène, c'est d'ailleurs la première fois qu'on verra le parasite ramper dans l'herbe). Dans le même temps, une locataire de l'immeuble se fait attaquer par une drôle de bestiole.

Car la réalité de cette endroit tranquille, où tout est mis en place pour le confort, va peu à peu virer au cauchemar pour les habitants. L'experience du scientifique a réussi et le parasite a déjà pondu des oeufs dans le corps de plusieurs personnes (la plupart sont des hommes ayant couché avec la jeune femme du début). Désormais, la contagion se répand et toute personne en contact avec la créature devient un fou porté sur le sexe et le meurtre. Personne ne pourra y échapper, que ce soit une femme nymphomane amoureuse de sa meilleure amie (incarnée par Barbara Steele), ou une petite fille attaquée avec sa mère dans un ascenseur. Vous l'aurez compris, le film reste, encore aujourd'hui, une oeuvre bien barge, choc, gore et qui fut d'ailleurs interdite au moins de 18 ans à sa sortie. 
A noter d'ailleurs qu'on retrouve dans les rôles principaux, Lynn Lowry, qui avait joué également dans un autre film bien dingo sorti au début des années 1970 : I Drink Your Blood, ainsi que dans The Crazies de George Romero.

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Pourtant, le tournage ne fut pas de tout repos pour David Cronenberg, notamment à cause du climat tendu entre lui et l'actrice Barbara Steele qui n'appréciait pas vraiment les méthodes de travail du jeune réalisateur. A travers cette histoire de parasite se multipliant par contact violent et parfois sexuel, le réalisateur signe surtout ce qui allait devenir avec les années une véritable métaphore sur le virus du S.I.D.A. Avec des moyens réduits et un lieu unique (l'action ne sort, encore une fois, jamais de l'immeuble hormis à la fin), David Cronenberg signe un film qui n'a rien perdu de sa force et de son coté bien barré avec des scènes impossibles à refaire aujourd'hui (imaginez un film avec une gosse qui embrasse à pleine bouche un adulte). On retrouve d'ailleurs, dans ce film certains thèmes fétiches du réalisateur, comme une inclinaison pour la science et les expériences, le thème de la chair en mutation (une femme habitée par le parasite a le visage déformé) et un refus des compromis et du happy end (encore une fois, personne n'en sortira indemne). Bref, un très bon film devenu culte et la révélation d'un futur grand réalisateur. 

Note : 15/20

titi Titi

21 mars 2017

Visceral - Between The Ropes Of Madness (Traumatisme cérébral)

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Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 2013

Durée : 1h16

Synopsis : Un boxeur à la dérive sombre dans la folie la plus totale. Obéissant docilement à une démone adepte du fétichisme, le fou furieux kidnappe des personnes anonymes qu'il torture, viole et dilapide... 

La critique :

Pour les amateurs d'agapes et de priapées, merci de surveiller le cinéma d'horreur sud-américain via une loupe binoculaire ! Déjà en 2007, Mariano Peralta provoquait les anathèmes et les quolibets avec Snuff 102 qui, comme son titre l'indique, jouait la carte du snuff movie en suivant les exactions et les insanités d'un serial killer. Lors de sa projection, le long-métrage, jugé trop extrême, provoque carrément la nausée et la poudre d'escampette de plusieurs spectateurs ulcérés.
Honni, voué à l'opprobre et aux gémonies, Snuff 102 devient néanmoins la nouvelle égérie du cinéma trash. Puis, c'est au tour de Lex Ortega de s'illustrer avec deux autres films tout aussi sulfureux et polémiques, j'ai nommé Atroz (2015) et Mexico Barbaro (2014).

A leur tour, les deux longs-métrages suscitent les acrimonies, les invectives et les foudres de la censure. 
La raison ? Atroz et Mexico Barbaro décrivent, avec plus ou moins de sagacité, la déliquescence d'un pays, le Mexique, à la merci de la mafia et d'une nouvelle forme de barbarie : des victimes, kidnappées de façon brutale et aléatoire, sont condamnées à subir les ignominies de criminels de passage. Vient également s'ajouter Visceral - Between the Ropes of Madness, réalisé par un certain Felipe Eluti - inconnu au bataillon - en 2013.
Il faut se rendre sur le site IMDb (source : http://www.imdb.com/title/tt2091331/?ref_=nm_knf_t2) pour trouver quelques informations élusives sur ce jeune cinéaste. 

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En 2011, Felipe Eluti a déjà oeuvré et participé à La Mujer de Ivan, réalisé par Francesca Silva. En l'occurrence, l'uppercut asséné par Visceral provient du Chili, une autre contrée qu'il va falloir surveiller (aussi) de plus près. En outre, la distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Carolina Salles, Felipe Ruiz, Valentina Varela et José Manuel Garcia, mais j'en doute... Nanti d'un budget impécunieux, Felipe Eluti s'invite lui aussi parmi ce casting famélique. Attention, SPOILERS ! (1) Un boxeur perd le plus grand combat de sa vie.
Il finit par abandonner son rêve et découvre que la vie n'en vaut pas la peine. Ces vivants autour de lui ne sont pas dignes non plus. C'est pourquoi, il libère une entité qui le tourmente et le pousse à plonger dans la folie pour ensuite, commettre d'innombrables tortures et meurtres.

Ce sera sa manière de se battre pour ce qu'il était autrefois. Diminuer le nombre de vies pour valoriser la sienne (1). Autant l'annoncer de suite. Les amateurs de barbaque, de gore et de tripailles sanguinolentes seront en terrain connu et quasiment conquis. Parmi les augustes références de Felipe Eluti, comment ne pas citer le cinéma de David Lynch, toutefois en nettement plus violent et surtout, celui d'Andrey Iskanov ? Par certaines accointances, néanmoins relatives, Visceral n'est pas sans rappeler le tout premier film du réalisateur russe, Nails (2003).
Dès l'introduction, le cinéaste chilien a le mérite de présenter les inimitiés. 
Un boxeur à la dérive frappe sur une jeune femme ligotée et littéralement transformée en sac de frappe. Ainsi, la caméra à la main, Felipe Eluti filme au plus près la longue décrépitude de son personnage principal. 

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Au niveau de la mise en scène, Visceral s'apparente quasiment à un documentaire expérimental. En outre, Felipe Eluti s'ingénie à sonder et à décortiquer la psyché anomique de son boxeur dépravé. Inlassablement poursuivi par une démone incube, le sportif lubrique semble obéir à des voix fallacieuses et irrépressibles, comme si ce dernier avait subi un traumatisme cérébral après un énième combat sur le ring. Son cas psychopathologique évoque probablement une forme de schizophrénie psychopathique. A la merci de ses pulsions sadomasochistes et de ses hallucinations visuelles et auditives, le boxeur chilien s'adonne aux pires bestialités. Au programme des tristes réjouissances, on relève toute une série d'énucléations, puis un pénis turgescent qui pénètre le faciès tuméfié d'une jeune femme anonyme, ou encore plusieurs clous savamment plantés dans les os et la chair d'une autre mijaurée.

Mais, est-il réellement nécessaire de s'appesantir plus longuement sur tous ces détails mortifères ? 
La réponse est évidemment négative. Indubitablement, Felipe Eluti montre une certaine érudition derrière sa caméra ensanglantée, surtout pour un tout premier long-métrage. Toutefois, Visceral n'est pas exempt de tout reproche. Certes, le film justifie pleinement son intitulé et son interdiction aux moins de 18 ans. Certes, le cinéaste chilien ne fait pas dans la dentelle ni dans la complaisance.
Cependant, le scénario, assez laconique et conventionnel par ailleurs, se révèle rapidement redondant. 
D'où l'impression, parfois, d'assister à une pellicule gore relativement chimérique, et qui se résume à toute une série d'amoralités. Mais ne soyons pas trop sévères. Dans son genre, Visceral délivre largement... abondamment... excessivement... plantureusement... profusément la marchandise ! A réserver, néanmoins, à un public particulièrement averti.

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://horreur.com/?q=nid-5515/visceral-between-rope-madness-visceral-entre-las-cuerdas-de-la-locura-2013-felipe-eluti (chronique du film par Nicolas Beaudeux)

Le Cobaye (Tron : l'héritage)

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Genre : science-fiction 
Année : 1992
Durée : 1h48

Synopsis : Jobe Smith, simple d'esprit et souffre-douleur de la ville, interesse vivement un de ses voisins, le docteur Angelo, genie de l'electronique, qui est l'inventeur d'un programme qui stimule l'intelligence des animaux

La critique :

La carrière cinématographique de Brett Leonard débute dès la fin des années 1980 avec le méconnu Re-Animator Hospital (1989), un film d'horreur qui rend largement hommage, comme son titre l'indique, à Re-Animator (Stuart Gordon, 1986). La suite de sa filmographie ? Un vaste et immense champ de navets qui confine le cinéaste parmi les tâcherons notoires.
Programmé pour Tuer (1995), Man-Thing (2005) et Highlander : le Gardien de l'Immortalité (2007), son dernier méfait en date, le relèguent dans la catégorie des réalisateurs répudiés par le petit monde hollywoodien. Seul Feed, un thriller mâtiné de torture porn et qui s'accapare le scénario de Seven (David Fincher, 1995), lui permet de s'acheter un simulacre de notoriété.

Vient également s'ajouter Le Cobaye, sorti en 1992. En l'occurrence, The Lawnmower Man (le titre original du film) reste le long-métrage le plus proverbial de Brett Leonard. De surcroît, le film est une sorte de ripopée entre la nouvelle de Stephen King, La Pastorale, et Tron (1982), le célèbre métrage de Steven Lisberger. D'ailleurs, Le Cobaye est même annoncé comme une adaptation de l'opuscule griffonné par Stephen King. Une information vite réfutée par le cacographe qui assigne les producteurs en justice.
Un procès remporté par Stephen King. Le nom du célèbre grimaud est alors retiré de l'affiche du film. En outre, Le Cobaye s'apparente davantage à une nouvelle séquelle de Tron ou plutôt comme une sorte de Tron : L'Héritage (Joseph Kosinski, 2010) avant l'heure.

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Certes, au début des années 1990, Internet est encore cantonné dans les affres des oubliettes. Mais le film préfigure déjà l'avènement de la technologie numérique et d'un univers virtuel. Des thématiques que nous aborderons par la suite... La distribution de The Lawnmower Man réunit Jeff Fahey, Pierce Brosnan, Jenny Wright, Mark Bringleson, Geoffrey Lewis, Jeremy Slate, Dean Norris et Austin O'Brien.
Conçu comme une sorte de série B, tout du moins comme un long-métrage au bugdet impécunieux, Le Cobaye se solde par un succès commercial, non seulement au cinéma, mais également par l'intermédiaire de la vidéo. 
A tel point qu'une suite, donc Le Cobaye 2, verra le jour en 1996, cette fois-ci sous l'égide de Fahrad Mann. Concernant l'opuscule original, il est bien question d'un simple d'esprit qui tond le gazon.

Hélas, la comparaison avec la nouvelle de Stephen King s'arrête bien là ! Le speech est donc le suivant. Jobe Smith, simple d'esprit et souffre-douleur de la ville, intéresse vivement un de ses voisins, le docteur Angelo, génie de l'électronique, qui est l'inventeur d'un programme qui stimule l'intelligence des animaux. Ou lorsque le trublion du village se transmute en génie du mal ou plutôt en nouveau messie d'un univers virtuel incontrôlable. Sous ses faux airs de film science-fictionnel, Le Cobaye est avant tout une oeuvre mystique, largement influencée par la figure christique.
Ainsi, Brett Leonard dissémine, ici et là, plusieurs séquences se déroulant dans une église. Magnanime, le cinéaste prend fait et cause pour Jobe, un benêt largement conspué et répudié par son entourage, et notamment par un prêtre.

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Devenu le cobaye d'un scientifique aguerri, Jobe se transforme rapidement en criminel cybernétique, obnubilé par cette nouvelle technologie qui lui permettrait de contrôler les réseaux électriques, informatiques et téléphoniques. Peu à peu, Jobe se transmue en une entité effrayante et diabolique. Il devient peu à peu cette nouvelle figure machiavélique, au grand dam du prêtre, qui y voit une réincarnation de l'AntéChrist. Finalement, Le Cobaye, c'est un peu ce mélange fuligineux entre Tron et La Malédiction (Richard Donner, 1976). Mais le film propose également une nouvelle variation du thème de Frankenstein, à la seule différence que la créature de The Lawnmower Man se déshumanise au fil du récit, pour se transformer en une sorte de machine incontrôlable, arpentant les recoins et les anfractuosités d'un univers virtuel et exponentiel.

Certes, le scénario de Le Cobaye se révèle perspicace et même visionnaire dans les thématiques qu'il aborde. Hélas, le long-métrage n'est pas exempt de tout reproche. En outre, la trame scénaristique échappe rapidement à Brett Leonard, incapable de transcender ses sujets spirituels et eschatologiques. Heureusement, le cinéaste peut s'appuyer sur l'excellente partition de Jeff Fahey en histrion du village. Enfin, Le Cobaye est victime de ses effets spéciaux surannés et obsolètes.
Si au moment de sa sortie, le film apparaissait aux yeux du grand public comme une oeuvre quasi révolutionnaire, The Lawnmower Man reste un long-métrage désuet et complètement dépassé aujourd'hui, la faute à une armada technologique qui s'est largement développée en l'espace de deux décennies. Inutile de comparer Le Cobaye avec les pellicules modernes et consuméristes qui exploitent davantage les procédés et les effets numériques.

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

20 mars 2017

La Quatrième Dimension - Pour les Anges (Scène de rue en été)

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Genre : fantastique
Année : 1959

Durée : 25 minutes environ

Synopsis : Le 19 juillet 1960, Lew Bookman est un camelot-vendeur âgé de 68 ans qui réalise sans grand succès ses dernières ventes. Un homme habillé de noir, vient l’avertir qu’il l’emmènera le soir même, à minuit. Bookman refuse de le suivre et parvient à le tromper en passant un marché de dupes avec lui. Furieuse d'avoir été jouée, la Mort provoque un accident qui blesse gravement une petite fille qui « prend la place » de Bookman : elle mourra à minuit, l'heure à laquelle Bookman devait mourir. 

La critique :

Est-il encore nécessaire de présenter La Quatrième Dimension - aka The Twilight Zone (dans la langue de Shakespeare) - cette célèbre série télévisée américaine qui a connu un succès triomphal entre 1959 et 1964, soit cinq saisons au total et comprenant 138 épisodes ? A la lisière entre la science-fiction et le fantastique, La Quatrième Dimension propose à chaque fois un épisode différent et présenté par Rod Serling, à la fois le créateur et le narrateur de la série.
Aujourd'hui, le blog Cinéma Choc vous propose une critique et une analyse de Pour les Anges, soit le deuxième épisode de la saison 1. Rod Serling, à la fois le créateur et le scénariste de The Twilight Zone, s'adjoint les services et l'érudition de Robert Parrish à la réalisation.

Ce cinéaste américain s'est notamment distingué avec L'Enfer des Tropiques (1957), L'Aventure du Rio Grande (1959), Casino Royale (1967) et Danger, Planète Inconnue (1969). La distribution de ce second épisode réunit Murray Hamilton, Ed Wynn, Dana Dillaway, Overholts et Merrit Bohn. Attention, SPOILERS ! (1) Le 19 juillet 1960, Lew Bookman est un camelot-vendeur âgé de 68 ans qui réalise sans grand succès ses dernières ventes. Un homme habillé de noir (la « faucheuse »), vient l’avertir qu’il l’emmènera le soir même, à minuit. Bookman refuse de le suivre et parvient à le tromper en passant un marché de dupes avec lui. Furieuse d'avoir été jouée, la Mort provoque un accident qui blesse gravement une petite fille qui « prend la place » de Bookman. Elle mourra à minuit, l'heure à laquelle Bookman devait initialement mourir.

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Déterminé, Bookman va tout essayer pour que la Faucheuse rate son rendez-vous. Il se lance alors dans le plus grand boniment de sa vie et parvient à faire rater son rendez-vous à la Mort (1). Après Solitude, un premier épisode pour le moins claustrophobique, Rod Serling euphémise la tonalité mortifère de la célèbre série science-fictionnelle. En l'occurrence, Pour les Anges s'ouvre de façon banale sur une scène de rue d'été. Lew Bookman, camelot-vendeur de son état, présente divers objets et vêtements de sa collection à la populace. Mais le monsieur chenu, toutefois en parfaite santé, fait surtout l'admiration des enfants. Le vieil homme s'acoquine et sympathise avec Maggie, une fillette de cinq ou six ans (tout au plus). Parallèlement, la Mort vient subrepticement s'immiscer dans le quotidien de Lew Bookman.

Contre toute attente, la Mort ne revêt pas les oripeaux d'un croquemitaine ni d'une faucheuse au physique ingrat et squelettique. En l'occurrence, la Mort s'apparente ici à un homme d'apparence normale, à la chevelure gominée et aux vêtements parfaitement apprétés. Pantois, Lew Bookman croit en une mauvaise gaudriole. Mais le vieux vendeur s'illusionne. Jamais, la Mort n'aura ressemblé d'aussi près à une sorte de ministère bureaucratique et administratif.
Désormais, il est même possible de négocier les conditions de son décès. Mais gare à ne pas contrarier le pas empressé de la célèbre faucheuse sous peine de subir ses furibonderies ! Le cas de Lew Bookman n'est finalement qu'une croix supplémentaire dans le cahier des charges régenté par la Faucheuse.

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Certes, le vendeur replet tente bien d'esquiver une mort prochaine. La raison évoquée ? Lew Bookman désirerait jouer son dernier boniment et le consacrer au firmament. Une requête qui sera seulement entendue et possible dans la quatrième dimension... En l'état, difficile d'en dire davantage. Mais déjà, à l'époque, Rod Serling tance et admoneste une société morbide qui considère la mort comme une simple formalité bureaucratique. Heureusement, Lew Bookman n'en a cure. 
Par d'habiles stratégèmes, le soixantenaire égrillard va permettre à la fameuse Maggie d'échapper à un destin funeste. Le vieux camelot-vendeur peut partir en paix, évidemment doté de sa fameuse malette contenant (entre autres) des cravates et des montres défiant toute concurrence. 
Même la Mort se laisse appâter par le lucre et le vil marchandage. Telle est la conclusion finale de cet épisode aussi attendrissant que cynique.

Note : 15/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_1_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_2_:_Pour_les_anges

Pernicious (Et un torture porn supplémentaire...)

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Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2014
Durée : 1h30

Synopsis : Trois jolies jeunes filles passent l’été en Thaïlande afin d’enseigner l’anglais à la population locale. Leur aventure va rapidement tourner au cauchemar lorsque les trois amies libèrent l’esprit d’une enfant tuée dans d’affreuses circonstances. L’esprit n’a qu’une chose en tête, la vengeance

La critique :

Toujours la même ritournelle. Dans le petit monde étriqué et galvaudé du torture porn, on en revient toujours aux deux mêmes références : Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006), en sachant que ces deux films empruntaient déjà à l'horreur des années 1970, Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) et Face à la Mort (John Alan Schwartz, 1978) principalement. James Wan et Eli Roth n'ont donc rien inventé.
Mais leurs pellicules outrageuses et polémiques permettent de relancer les inimitiés, notamment via de nombreux remakes (La Colline A Des Yeux, I Spit On Your Grave et La Dernière Maison sur la Gauche, entre autres). Parallèlement, certains direct-to-dvd (DTV) parviennent à susciter les anathèmes et les quolibets.

C'est par exemple le cas de A Serbian Film (Srdjan Spasojevic, 2010), The Human Centipede - First Sequence (Tom Six, 2010) et de The Bunny Game (Adam Rehmeier, 2010) qui s'octroient les foudres de la censure et de la controverse. Pis, ces longs-métrages sont carrément bannis au Royaume-Uni, notamment pour leur exposition gratuite et grandiloquente de la violence.
Visiblement, la torture, le viol et les sensations extrêmes sont les nouveaux filons prisés par les amateurs du cinéma trash. Et c'est ce qu'a parfaitement compris James Cullen Bressack. En 2012, le jeune cinéaste opportuniste signe Hate Crime. Si le film ne bénéficie pas d'une sortie dans les salles, il suscite néanmoins les acrimonies, notamment sur le sol britannique. Cette histoire de trois néo-nazis qui filment leurs meurtres, leurs tortures et leurs exactions sur une famille juive, provoque évidemment les furibonderies de la censure.

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Paradoxalement, la sortie de Hate Crime permet à James Cullen Bressack de sortir du carcan de l'anonymat. Le cinéaste devient le nouveau parangon de l'horreur et de l'outrecuidance. Son nouveau film, à savoir Pernicious (2015), était donc attendu au tournant. Au moins, l'affiche ne fait pas dans la dentelle puisqu'on y voit une langue cadenassée par une sorte de tenaille et une gorge menacée par la lame acérée d'un opinel. Les amateurs du cinéma trash sont prévenus : Pernicious sera un long-métrage gore et extrême. Tout du moins, c'est ce que laisse présager l'affiche du film...
De surcroît, Pernicious est auréolé d'une réputation sulfureuse et serait même le digne épigone de Saw et Hostel. Le nouveau film de James Cullen Bressack est-il le nouvel uppercut annoncé ?

Réponse dans les lignes à venir... La distribution de Pernicious réunit Ciara Hanna, Emily Roya O'Brien, Jackie Moore, Russell Geoffrey Banks et Byron Gibson. Attention, SPOILERS ! Trois jolies jeunes filles passent l’été en Thaïlande afin d’enseigner l’anglais à la population locale. Leur aventure va rapidement tourner au cauchemar lorsque les trois amies libèrent l’esprit d’une enfant tuée dans d’affreuses circonstances. L’esprit n’a qu’une chose en tête, la vengeance.
Alors quoi de neuf dans l'univers étriqué du torture porn ? En outre, le scénario de Pernicious reprend les grandes lignes d'Hostel, à la seule différence que le film s'écrit au féminin. Une direction spinescente prise par le même Eli Roth avec Hostel - Chapitre 2 (2007). 

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Toutefois, point de pays de l'Europe de l'Est ni de prostituée aguicheuse et érotomane au programme. Cette fois-ci, les inimitiés se déroulent sous un soleil de plomb et plus précisément sur un site touristique en Thaïlande. Pernicious se démarque de ses prédécesseurs par son aura démonologique et surnaturel. Alors que nos trois héroïnes s'acoquinent et s'énamourent de trois étudiants bellâtres et libidineux (toujours la même antienne...), elles réveillent par mégarde l'esprit d'un enfant conservé dans une statuette. Hélas, ce même esprit méphistophélique conserve des pouvoirs puissants et insoupçonnés, transformant les trois mijaurées en bourreaux adeptes de la torture.
Au menu des réjouissances : une énucléation et bel et bien une langue arrachée par une tenaille savamment aiguisée. 

J'espère que vous avez bien lu la phrase précédente. En effet, hormis son affiche rutilante et cette courte saynète avec son lot de tortures diverses et débridées, Pernicious brille avant tout par sa vacuité et son inanité. Le reste du film n'est que bavardages et conversations oiseuses. Clairement, on se contrefout royalement du sort des différents protagonistes. Pis, cette histoire fuligineuse d'esprit vengeur se transmute en réglement de compte entre les trois jeunes femmes.
Possédées par un démon incube, Alex et ses comparses mènent leur propre enquête sur les origines de cet esprit diabolique. 
Hélas, à aucun moment, James Cullen Bressack ne parvient à transcender son sujet ni son scénario, pour le moins famélique. On finirait presque par regretter les errances et le côté pondéré du déjà décevant Hostel - Chapitre 2. Mais enfin, où est passé le réalisteur du terrible Hate Crime ? Reste une belle photographie qui érige les couleurs châtoyantes et érubescentes de la Thaïlande, mais c'est trop peu pour sauver Pernicious de ce qu'il est : un sérieux navet dans les règles ! 
En l'état, Pernicious n'est qu'un torture porn supplémentaire qui surfe sur le succès d'I Spit On Your Grave (Steven R. Monroe, 2010), dont il reprend certains ingrédients. Visiblement, cette vindicte au féminin a de beaux jours devant elle, au grand dam du torture porn... et du spectateur !

 

Côte : Navet

sparklehorse2 Alice In Oliver

19 mars 2017

La Quatrième Dimension - C'est Une Belle Vie (Les mystères de la quatrième dimension)

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Genre : fantastique
Année : 1961

Durée : 25 minutes environ

Synopsis : (1) Anthony Fremont est un garçonnet capricieux de six ans qui a un pouvoir extraordinaire : il peut faire disparaître les gens, les animaux et les objets, les envoyant « dans le champ de maïs ». Il a d'ailleurs vidé le village de ses voitures et de ses chiens. Par conséquent, tout le monde a peur de lui et le flatte continuellement pour ne pas le mettre en colère. Un soir, ses parents organisent une soirée télévision, dont Anthony fabrique le programme. En colère face à cette situation tyrannique, Dan Hollis, un voisin qui fête son anniversaire, se rebelle contre l'enfant, mais les autres invités terrifiés n'osent le soutenir, et Anthony fait disparaître Dan Hollis. La peur continue de régner (1). 

La critique :

Est-il encore nécessaire de présenter La Quatrième Dimension - aka The Twilight Zone (dans la langue de Shakespeare) - cette célèbre série télévisée américaine qui a connu un succès triomphal entre 1959 et 1964, soit cinq saisons au total et comprenant 138 épisodes ? A la lisière entre la science-fiction et le fantastique, La Quatrième Dimension propose à chaque fois un épisode différent et présenté par Rod Serling, à la fois le créateur et le narrateur de la série.
Aujourd'hui, le blog Cinéma Choc vous propose une critique et une analyse de C'est Une Belle Vie, soit le huitième épisode de la saison 3. Cet épisode est aussi l'adaptation d'une nouvelle éponyme de Jerome Bixby. D'ailleurs, le cacographe vient prêter main forte à Rod Serling, le créateur de The Twilight Zone, pour scénariser ce nouvel épisode.

James Shaldon, inconnu au bataillon, assure la réalisation. La distribution de ce huitième épisode réunit Bill Mumy, John Larch, Cloris Leachman, Don Keefer, Jeanne Bates, Max Showalter et Alice Frost. Attention, SPOILERS ! (1) Anthony Fremont est un garçonnet capricieux de six ans qui a un pouvoir extraordinaire : il peut faire disparaître les gens, les animaux et les objets, les envoyant « dans le champ de maïs ». Il a d'ailleurs vidé le village de ses voitures et de ses chiens.
Par conséquent, tout le monde a peur de lui et le flatte continuellement pour ne pas le mettre en colère. Un soir, ses parents organisent une soirée télévision, dont Anthony fabrique le programme. En colère face à cette situation tyrannique, Dan Hollis, un voisin qui fête son anniversaire, se rebelle contre l'enfant, mais les autres invités terrifiés n'osent le soutenir, et Anthony fait disparaître Dan Hollis. La peur continue de régner (1).

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Premier constat, C'est une belle vie débute de façon incongrue et par une présentation de Rod Serling, toujours fidèle au poste. Le célèbre démiurge de la série science-fictionnelle nous présente tout d'abord la carte des Etats-Unis. La situation est alors exposée par un Rod Serling solennel : "Un beau matin, il y a quelques temps de cela, le reste du monde a disparu". Seul le petit village de Pitsville a survécu et semble avoir été épargné par ce mystérieux phénomène.
Hélas, les habitants de Pitsville vivent dans la terreur et sont perpétuellement menacés par un "monstre". Mais ce monstre n'est pas une créature hideuse sortie tout droit d'un livre de science-fiction. Ce "monstre" n'est autre qu'un jeune gosse de six ans, Anthony Fremont, au sourire narquois et au caractère atrabilaire.

Gare à ne pas contrarier les caprices et les moindres désidératas de ce bambin au visage mutin sous peine de disparaître dans un mystérieux champ de maïs ! Voilà pour les inimitiés ! Pour Rod Serling, c'est l'occasion ou jamais de présenter une communauté isolée et claustrée dans ses propres mensonges. Pour survivre, il faut toujours arborer un sourire infatué et surtout ne pas effaroucher le jeune Anthony Fremont. Dès lors, l'épisode accumule les petites anecdotes fantastiques tout en se montrant assez élusif sur ce qui a conduit cette petite communauté à accepter le joug d'un jeune bambin de six ans.
A l'époque, Rod Serling avait-il déjà perçu la future hégémonie de l'enfant-roi dans notre société consumériste ? A moins que cet épisode ne soit une allégorie sur cette petite communauté américaine qui s'est réfugiée dans la bien-pensance et n'est donc plus capable de communiquer. En l'état, difficile de répondre tant le producteur et scénariste se montre évasif dans son propos. Certes, Rod Serling tient un vrai bon concept, mais ne parvient pas réellement à l'exploiter ni à transcender son sujet. A l'image de la conclusion finale, assez décevante par ailleurs.
Par ailleurs, le créateur de The Twilight Zone esquive ce chemin escarpé en arguant les mystères de la quatrième dimension. Bref, sans être foncièrement honteuse, cette nouvelle historiette ne se montre guère éloquente. A réserver uniquement aux fans de La Quatrième Dimension. Que dire de plus ?

Note : 11/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_8_:_C.27est_une_belle_vie

Possession - 1981 (Vers les tréfonds de l'âme humaine)

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Réalisation : Andrzej Zulawski

Année : 1981

Genre : Horreur (interdit aux - 16 ans)

Durée : 2h04

L'histoire : Après un long voyage, un homme retrouve sa femme et son fils. Mais rapidement, il se rend compte que le comportement de cette dernière a changé. Peu de temps après, celle-ci lui révèle avoir un amant, mais refuse d'en dire plus. L'homme décide alors d'engager un détective privé mais, il est loin de se douter du secret que cache son épouse.

La critique :

Attention, aujourd'hui, je vais aborder sur ce blog un film totalement barré et complètement différent, j'ai nommé Possession, réalisé par Andrej Zulawski. C'est en 1978 que le cinéaste à l'idée de cette oeuvre pour la première fois, alors qu'il est en plein divorce douloureux. Mais, il ne tournera finalement le film que deux années plus tard. Entre temps, le cinéaste s'est lancé dans la création d'un autre projet : "Le Globe D'Argent", mais neuf jours avant la fin du tournage, les autorités Polonaises interviennent et font tout arrêter. Zulawski se retrouve alors déclaré indésirable dans son propre pays.    
Le tournage de Possession se fera à Berlin mais sera extrêmement difficile, notamment à cause du caractère particulier du réalisateur et d'Isabelle Adjani qui, à cet époque, s'est taillée une réputation d'actrice impossible.

Pour l'anecdote, l'actrice sortira du film dégoûtée d'elle-même et déclarera ne plus jamais vouloir aller aussi loin dans ses rôles. Une fois terminée, l'oeuvre est présentée à Cannes où l'actrice obtient le prix d'interprétation. Le film fait alors la tournée d'autres festivals et récolte de nombreux autres prix. Mais, dans le même temps, le long-métrage d'Andrzej Zulawski commence à se tailler une réputation d'oeuvre particulière. D'ailleurs, le film sera remonté pour son exploitation aux États-Unis et restera interdit en Allemagne jusqu'en 2009. Isabelle Adjani tient donc le premier rôle au coté de Sam Neill. L'oeuvre part d'une idée simple et se voit complétée par les obsessions du cinéaste qui nous raconte l'histoire d'un type nommé Marc, qui rentre à Berlin après un long voyage.

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Il retrouve sa femme, Anna et son petit garçon, Bob. Mais quelque chose cloche dans le comportement de la jeune femme. Rapidement, elle avoue à Marc avoir un amant. Celui-ci devient alors fou de rage et tente de découvrir la vérité. Il découvre d'abord le nom d'un type, Klaus. Mais l'homme avoue n'avoir plus de nouvelle d'Anna depuis longtemps. Tandis que la jeune femme reste muette face aux menaces et supplications de son mari, plusieurs personnes commencent à disparaître. 
Difficile de résumer en détail ce film dont le spectacle tient du jamais vu. Sorte de cri de colère du cinéaste, film violent en même temps qu'une véritable plongée dans la folie (l'interdiction aux moins de 16 ans est largement justifiée), l'oeuvre demeure tout simplement unique et assurément, ne plaira pas à tout le monde.

Porté par les interprétations de Sam Neill (qui, la mème année, tournait le troisième épisode de la saga La Malédiction), parfait en mari cocu toujours fou amoureux de sa femme et voyant celle-ci lui échapper, et Isabelle Adjani, dont l'interprétation complètement hystérique renforce le pouvoir du récit, le film est aussi une analyse des rapports d'un couple qui ne s'entend plus, car incapable de dialoguer autrement que par des cris et des menaces. Pourtant, face à l'échec de son mariage, il est évident que Marc aime toujours sa femme et même la présence d'Helen, l'institutrice de Bob qui est également le sosie d'Anna (rôle également joué par Isabelle Adjani), ne pourra le détourner de celle qu'il aime, en dépit du fait que la maîtresse n'est pas insensible au charme de Marc. Oeuvre métaphysique complexe, mais fascinante, Possession ne se rattache à aucun stéréotype et alterne des scènes et des dialogues complètement fous, comme ce passage où Isabelle Adjani se tord de douleur en hurlant dans un couloir de métro avant que du liquide visqueux ne lui sorte de partout.

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Il faut également voir le petit Bob plonger dans une baignoire remplie d'eau dans laquelle il finit par se noyer. Et l'oeuvre contient de nombreuses scènes totalement barrées, d'autant qu'Andrzej Zulawski ne se soucie pas de la cohésion du montage (on passe parfois d'une scène à l'autre comme si la précédente n'avait pas existé) et ne facilite jamais la compréhension du spectateur. Enfin, le film ne s'embarrasse d'aucun tabou, qu'il soit sanglant ou sexuel, le réalisateur n'hésite d'ailleurs pas à montrer son actrice faisant l'amour avec une créature visqueuse (créée par Carlo Rambaldi, à qui on doit le King Kong de 1976 et le E.T. de Steven Spielberg)? ou assassinant un type avec un morceau de bouteille en verre. Encore une fois, difficile de décrire le spectacle proposé, mais le film demeure assurément une oeuvre à découvrir de toute urgence. Un spectacle en forme de puzzle, exigeant envers le spectateur une attention particulière et une réflexion de tous les instants. 
Un voyage sans retour vers les tréfonds de l'âme humaine. Bref, vous l'aurez compris, ce film considéré à juste titre comme culte est une oeuvre horrifique unique (je l'ai déja dit, non ?), un spectacle sans tabou et qui peut déranger, n'hésitant pas à nous emmener très loin, mais dont on ne ressort pas indemne. Une oeuvre qui marque durablement.   

Note : 16/20

titi Titi

18 mars 2017

Logan (L'arme "X")

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Genre : science-fiction, action (interdit aux - 12 ans)
Année : 2017

Durée : 2h07

Synopsis : Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui. 

La critique :

On n'y croyait plus. Si en l'an 2000, le premier X-Men, réalisé par Bryan Singer, avait signé le toxin et l'apogée des mutants au cinéma, la suite de la franchise s'était surtout distinguée par ses atermoiements et son erratisme. Après un troisième chapitre, X-Men : l'affrontement final (Brett Ratner, 2006), qui a unanimement désappointé les fans, la saga semblait plus ou moins condamner à se dévoyer dans les productions (reboot et séquelles y compris) stériles.
A la rigueur, seuls X-Men : le commencement (Matthew Vaughn, 2011) et Wolverine : le combat de l'immortel (James Mangold, 2013) avaient permis d'entretenir l'illusion. Quant à James Mangold, le cinéaste peut désormais s'appuyer sur une filmographie riche et exhaustive : Cop Land (1997), Walk the Line (2005) et le remake de 3h10 pour Yuma (2007) sont autant de réussites.

Certes, les années ont passé mais le réalisateur américain ne s'est pas laissé dévorer ni fourvoyer par les requins hollywoodiens. Après avoir brillé avec Wolverine : le combat de l'immortel, James Mangold est de retour dans la saga X-Men avec Logan, sorti en 2017 et actuellement dans les salles. Mutin, le cinéaste n'a pas l'intention de se laisser malmener ou diriger durant le tournage de ce nouvel épisode, le dixième - tout de même - de la saga.
James Mangold griffonne le scénario du film avec la participation de Michael Green et David James Kelly. En outre, le script de Logan reprend les grandes lignes de la série de comics, intitulée Old Man Logan. Pour James Mangold, pas question de céder à la tentation du lucre. En l'occurrence, Logan doit à la fois s'inspirer et se nimber du climax des plus grands westerns hollywoodiens.

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De surcroît, le long-métrage écope d'une interdiction aux moins de 12 ans et d'une classification "R" aux Etats-Unis. La distribution du film réunit Hugh Jackman qui reprend derechef le rôle de Wolverine, Patrick Stewart, Dafne Keen, Boyd Holbrook, Stephen Merchant, Elizabeth Rodriguez, Richard E. Grant et Eriq La Salle. Attention, SPOILERS ! Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. 
Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui. Premier constat. Vous pouvez oublier et phagocyter les précédents épisodes de la saga X-Men, ainsi que toute cette ribambelle de super-héros qui ont envahi nos écrans depuis plus de quinze ans maintenant.

Non, Logan n'est pas vraiment un film de super-héros dans la pure tradition du genre, tout du moins dans la tonalité de toutes ces productions infatuées, démesurées et stéréotypées qui sortent à la pelle. Certes, le scénario de Logan repose toujours sur la même dialectique : la place des mutants dans notre société moderne et contemporaine. Mais avant d'être un film de super-héros, Logan reste avant tout un western audacieux et ingénieux. Western dans lequel Wolverine est devenu un certain James Howlett, un personnage harassé, en pleine déliquescence, réfugiant son amertume dans l'alcool.
L'homme blessé est resté un loup solitaire, toujours en contact avec le Professeur Xavier, son mentor de jadis et celui qui l'a sauvé de ses pulsions primitives et archaïques. Mais le professeur émérite n'est plus cette égérie de naguère. 

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A l'instar de Wolverine, lui aussi s'est confiné dans la neurasthénie mentale, gisant quelque part dans le désert. Ces deux super-héros qui ont triomphé des roueries de Magneto ne sont plus que les oripeaux d'un lointain passé. L'humanité les a oubliés, répudiés, ostracisés... Logan et le professeur Xavier sont méconnaissables. Les mutants ? Tous décédés. L'école flamboyante de Xavier ? Elle n'est même pas évoquée et semble elle aussi inhumer dans les tréfonds des abîmes. 
Et pourtant, les mutants n'ont jamais réellement cessé d'exister. Désormais, ils sont le fruit d'expériences génétiques et militaires, destinées à servir les vils desseins de l'armée et de l'Oncle Sam. Tous sont devenus des armes "X" et sont les dignes épigones de Wolverine. Au grand dam de Logan et de Xavier.

Ainsi, Logan s'apparente à un périple chimérique vers l'Eldorado de Candide. Une hérésie pour Logan qui découvre le subterfuge dans une bande dessinée consacrée aux X-Men. Mais ce voyage vers cet Eden, vers cet empyrée terrestre, est-il aussi illusoire qu'il n'y paraît ? Pas pour Laura, la fille de Logan, bientôt rejointe par un groupuscule d'enfants eux aussi mutants et guerroyant contre ceux qui les ont enfermés, mutilés, semoncés, torturés... Indubitablement, Logan, c'est à la fois cette quête vers une vallée perdue et la description d'un monde anomique sur le point de péricliter. 
James Mangold ne cède jamais à la facilité. Ici point d'Iron Man, de Hulk ni de Thor pour débarquer subrepticement et sauver la veuve et l'orphelin. La tonalité de Logan se veut radicale et brute de décoffrage. Ce nouvel opus de la saga marque donc une rupture fatiditique et rédhibitoire, non seulement dans la franchise, mais aussi dans le petit univers - que l'on croyait étriqué - des super héros. Plus rien ne sera jamais pareil. En outre, ce Logan, sorti des burnes de James Mangold, risque sérieusement de désarçonner les fans de la première heure. 
Malicieux, James Mangold offre à ce vieux loup solitaire, digne des meilleurs westerns crépusculaires, la conclusion qu'il mérite depuis belle lurette. On connaissait évidemment la volonté farouche de Hugh Jackman de raccrocher les griffes. Même remarque concernant Patrick Stewart. On tient donc là un film violent, d'une sagacité sidérante, mais auquel il manque une séquence vraiment spectaculaire pour susciter réellement l'enthousiasme.

Note : 15/20

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Darkman 3 : Die Darkman Die (Le visage des ténèbres)

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Genre : fantastique 
Année : 1996
Durée : 1h27

Synopsis : Autrefois brillant généticien, Peyton Westlake est devenu une sorte de mutant suite à un événement dramatique. Depuis, il combat le crime et continue ses expériences sur sa peau synthétique, essayant de retrouver une forme la plus humaine possible. Sa force surhumaine intrigue un gangster qui cherche à s'emparer de son secret. Pour arriver à ses fins, il va utiliser un appât : une magnifique femme déguisée en médecin. 

La critique :

Le nom de Bradford May ne doit pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, le cinéaste américain s'est essentiellement illustré dans des séries télévisées, notamment Shérif, fais-moi peur !, L'Enfer du Devoir, Nash Bridges, Tremors et J.A.G. Parallèlement, Bradford May réalise plusieurs téléfilms notables, entre autres, La créature des profondeurs (1998) et Astéroïde (1997).
Fasciné par l'univers des comics, la littérature de science-fiction, les films d'épouvante et les super-héros, Bradford May s'attelle à la réalisation de Darkman 2 : le retour du Durant (1995). Le cinéaste a donc la lourde tâche de succéder à Sam Raimi, réalisateur de Darkman premier du nom (1990). Hélas, sur la forme, Darkman 2 s'apparente à un vulgaire téléfilm, indigne de son auguste prédécesseur.

Peu enthousiaste à l'idée de reprendre le rôle de Peyton Westlake, Liam Neeson abandonne les oripeaux de ce scientifique au visage tuméfié. Il est alors remplacé par Arnold Vosloo, un acteur essentiellement remarqué dans des séries télévisés. Néanmoins, on a pu apercevoir l'interprète américain dans des rôles secondaires, notamment dans Chasse à l'homme (John Woo, 1993), 1492 : Christophe Colomb (Ridley Scott, 1992), La Momie (Stephen Sommers, 1999), Le Retour de la Momie (Stephen Sommers, 2001) et Cody Banks, agent secret (Harald Zwart, 2003).
Grâce à Darkman 2, Arnold Vosloo obtient enfin un premier rôle au cinéma. Malheureusement, cette suite désappointe unanimement les fans et la presse cinéma.

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Conscient de ce désastre filmique, Bradford May s'ingénie et signe un troisième chapitre, justement intitulé Darkman 3 : Die Darkman Die, en 1996. L'objectif est donc de retrouver à la fois l'essence et le panache du premier volet. Hormis Arnold Vosloo qui revêt à nouveau le costume lacéré de Peyton Westlake, la distribution du film réunit Jeff Fahey, Darlanne Fluegel, Roxann Dawson et Nigel Bennett. Quant à Sam Raimi, le futur réalisateur de Spider-Man officie derrière la production de ce troisième opus.
Attention, SPOILERS ! Autrefois brillant généticien, Peyton Westlake est devenu une sorte de mutant suite à un événement dramatique. Depuis, il combat le crime et continue ses expériences sur sa peau synthétique, essayant de retrouver une forme la plus humaine possible. Sa force surhumaine intrigue un gangster qui cherche à s'emparer de son secret.

Pour arriver à ses fins, il va utiliser un appât : une magnifique femme déguisée en médecin. Enfin, les scénaristes ont eu la bonne idée d'abandonner le personnage de Robert Durant, le bad guy du premier volet. Décédé dans le premier film, le criminel effectuait un retour inopiné dans le second chapitre. Pour remplacer l'illustre Sam Raimi, les producteurs font appel à l'érudition de Bradford May.
Hélas, le cinéaste n'est qu'un vulgaire tâcheron, incapable de transcender les péripéties de son protagoniste principal. Avec Darkman 3, le réalisateur a bien l'intention de rectifier le tir et de gommer, en partie, les erreurs du second chapitre. Que les fans se rassurent. Darkman 3 se révèle largement supérieur à son triste épigone. En l'état, Darkman 3 s'apparente surtout à une séquelle et/ou à un remake du film de Sam Raimi.

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Malicieux, Bradford May s'approprie les ingrédients qui ont fait le succès du premier chapitre. En outre, le metteur en scène s'attarde longuement sur la psyché de son super-héros famélique et nous gratifie de plusieurs séquences oniriques. Si Peyton Westlake n'est plus un phénomène de foire, il reste cependant confiné dans les affres des ténèbres. Après avoir déjoué les plans diaboliques de Robert Durant, le scientifique doit désormais se colleter avec un nouvel ennemi, en la personne de Peter Rooker (Jeff Fahey). En outre, ce bad guy est le digne épigone de Robert Durant.
Cupide et avide de pouvoir, le forcené cherche à s'approprier la force de Darkman en créant plusieurs mutants. Hélas, cette bonne idée est rapidement évincée et tourne au petit pugilat de comptoir. Darkman 3 se révèle bien plus perspicace lorsqu'il sonde la neurasthénie mentale de son super-héros en plein marasme. En revanche, le long-métrage perd de sa fougue et de son irrévérence dans ses séquences d'action, beaucoup trop conventionnelles pour susciter l'adhésion.
Bref, un nouvel épisode attachant mais en demi-teinte, qui saura néanmoins convaincre les fans du premier chapitre. C'est déjà pas mal.

Note : 12.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver