lucy sky diamond

Genre : gore, expérimental, inclassable (interdit aux -16 ans)
Année : 1990
Durée : 59 minutes

Synopsis : Yoko, une jeune femme d'une trentaine d'années, se réveille dans une pièce sombre aménagée en chambre d'hôpital. Elle se lève et constate que les murs suintent de sang. Alertés par ses hurlements un médecin accompagné de son assistante accourent lui prodiguer des soins. Mais Yoko ignore qu'elle vient de tomber entre les mains de dégénérés prêts à tout pour assouvir leur soif de cruauté. 

La critique:

Oh le joli film de malades que voilà ! Vous avez certainement entendu parler de la célèbre série des Guinea Pig. Lorsque l'on évoque ce nom, les amateurs de pelloches japonaises barrées pensent inévitablement au fameux Flowers Of Flesh And Blood (1985) et à ses débordements graphiques ultra sanglants restés dans les mémoires. Si ce film est encore considéré comme un classique du gore trente ans après, la franchise périclita à la vitesse grand V au point de devenir une caricature d'elle-même, en sombrant de façon grotesque dans un humour graveleux.
La série s'arrêta donc officiellement au sixième numéro, Slaughter Special, réalisé en 1988. Pourtant, deux ans après, un septième opus très officieux vit le jour. Il se nomme Lucky Sky Diamond. Ce (long) moyen-métrage hyper confidentiel n'a cependant rien à voir avec l'esprit de la défunte série. 

S'il fallait situer (mais est-ce possible ?) l'univers de cette oeuvre bizarroïde, on pourrait dire qu'elle navigue entre le frénétique Tetsuo et le encore plus frénétique Rubber's Lover. Le gore en plus et le cyber punk en moins. Vous l'aurez compris, avec Lucky Sky Diamond, le réalisateur nippon, Izo Ishimoto, délivre un film psychotique et totalement inclassable.
Attention spoilers : Yoko, une jeune femme d'une trentaine d'années, se réveille sur un lit médical au milieu d'une pièce sombre curieusement aménagée en chambre d'hôpital. Au plafond, une lampe clignote sans arrêt, des organes sont empalés sur des barres en fer et une anguille tourne en rond dans un aquarium éclairé par une lumière verte phosphorescente.

images

 

Prise d'une crise d'angoisse et de convulsions épileptiques, elle se lève et voit soudain ses intestins se déverser au sol, tandis que les murs de la pièce se mettent à suinter de sang. Alertés par ses hurlements, un médecin et son assistante accourent lui administrer des tranquillisants. Il se trouve en fait que les deux énergumènes se révèlent être sévèrement névrosés et on comprend très vite que la pauvre Yoko va passer un très mauvais quart d'heure.
Encore assommée par les calmants, elle revoit, par flash backs, les circonstances de son enlèvement. Ses deux ravisseurs, eux, parlent souvent à des caméras disposées au plafond, ce qui sous-entend qu'ils rendent des comptes à une autorité supérieure.

Yoko sera tout d'abord tondue, allongée sur le ventre et entubée avant que le "chirurgien" ne lui découpe le crâne à la scie circulaire afin de lui prélever des morceaux de cervelle. Là, nous assistons à une scène hautement surréaliste : pendant qu'ils sont en train d'opérer, le docteur et son assistante entament quelques pas de danse endiablés pour finir par un rock'n roll !
Pire encore : l'assistante décide soudain de faire une petite gâterie au médecin qui, grisé dans l'euphorie du moment, laisse traîner sa main dans le crâne grand ouvert de la malheureuse Yoko, tout en malaxant son cerveau. Moment choisi par un énorme (vrai) cafard pour lui aussi, s'inviter dans la boîte crânienne avant de finir gobé tout cru et sans trucage par le médecin...

Parvenu à sa moitié, le film passe la sur multipliée au niveau du gore et de la folie furieuse. Sans que l'on sache pourquoi, le médecin et l'assistante disparaissent de l'histoire. Yoko décide alors de s'aventurer hors de la pièce initiale. Mal lui en prend puisqu'elle sera sauvagement agressée au couteau par une vahiné hystérique, puis par un zombie affublé d'un carton en guise de costume (!)
N'arrêtant pas une seule seconde de hurler, la jeune femme sera victime d'hallucinations morbides comme la vision de tripes cuisant dans un micro-ondes, entre autres. A mesure que le temps passe, son intégrité physique se détériore au point que ses boyaux sortent du ventre et que son crâne s'effrite par petits bouts. Le film s'achève sur un plan où, revenue dans la pièce sombre, elle se réfugie sous le lit alors qu'elle est devenue complètement folle.

lucky-sky-diamond

Voilà, voilà... Avouez que dans le genre agité du bocal, Lucky Sky Diamond se pose en spécimen de choix. Ishimoto (visiblement fan de John Lennon pour avoir choisi un titre de film pareil ainsi que le prénom de son "héroïne") ne s'embarrasse nullement d'une quelconque logique ni de la moindre crédibilité dans son histoire. Comment, par exemple, Yoko a-t-elle pu survivre les tripes à l'air durant la moitié du film ? Avec Ishimoto, c'est "Comprends-y quelque chose si tu peux" !
Par une ambiance froide et glauque, le réalisateur privilégie la forme au fond, dont il se soucie comme de sa première éviscération. Les acteurs sur-jouent. Nous y sommes habitués dans ce genre de productions subversives. Nous avons droit également à un bref moment (mais quel moment !) humoristique, comme il est fréquent d'en voir dans les Catégories 3, et que les réalisateurs insèrent volontiers au scénario afin de dédramatiser l'horreur des scènes auxquelles le spectateur assiste.

Il est très difficile, voire impossible, de définir la dimension dans laquelle évolue cet ovni. La quatrième, sûrement... Impossible aussi d'affirmer avoir aimé ou détesté ce film. On le subit, voilà tout. Et on reste encore hébété devant ce déferlement d'images agressives, souvent sans aucun sens, qui n'ont à priori, qu'un seul but : mettre le spectateur à l'envers.
Sur ce point, mission réussie car on ressort de la projection, lessivé des neurones. Même si, au premier abord, le film ressemble plus à un gros pétage de plombs qu'autre chose, tout "l'art" et le savoir-faire d'Ishimoto sont là. Il nous ballotte constamment entre un film d'horreur (presque) classique et l'instant d'après, il nous envoie un déluge de flashs alternatifs à nous griller les fusibles. A ce niveau d'expérimentation stylistique, et s'il n'adhère pas un tant soit peu à la démence du propos, le spectateur risque de décrocher très, (mais alors) très vite. 

Lucky Sky Diamond (LSD), c'est une expérience peu commune qui ne plaira vraiment pas à tout le monde. Peut-elle plaire à quelqu'un par ailleurs ? Méchant trip psycho-organique, LSD vous fera presque le même effet que la drogue du même nom et le plus légalement du monde... Clairement, l'une des oeuvres les plus chtarbées qu'il m'ait été données de voir depuis longtemps. Et, une fois de plus, elle est à mettre au crédit de nos amis japonais. Décidément, ils n'arrêteront jamais de nous surprendre !

Note: ?

TumblingDollOfFlesh Inthemoodforgore