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Genre : pornographique, fantastique, inclassable (interdit aux – 18 ans)
Année : 1981
Durée : 1h18

Synopsis : Une jeune femme est enfermée dans un hôpital psychiatrique. Là, elle est soumise à des expériences par stimulations électriques. Derrière une glace sans tain, deux scientifiques observent ses réactions tandis qu’elle se laisse submerger par des fantasmes totalement fous.

La critique :

Night Dreams, littéralement en français, « Les rêves que l’on fait la nuit ». Tout un programme… Avant tout, veuillez s’il vous plaît oublier qu’il s’agit d’un film pornographique car le cas est très particulier et  quasiment unique. Le blog, Cinéma Choc, n’a pas pour vocation, loin s’en faut, d’aborder le genre très spécifique de porno. Mais quelques fois, nous en parlons. Encore faut-il que cela concerne soit des grands classiques, soit des roughies américains ultra violents, ou éventuellement des ovnis trash (comme l’infâme Corps de Chasse présenté récemment). Night Dreams, lui, n’appartient à aucune de ces catégories. Et pourtant, quelle découverte ! Que ceux qui connaissent le film lèvent le doigt ! Personne ?
Normal, j’étais comme vous il n’y a pas si longtemps. Mais quel film ! 
Le terme de chef d’œuvre est rarement employé pour qualifier un film pornographique. Mais là, je l’utilise volontiers. Francis Dhelia, le réalisateur, a fait preuve d’une incroyable inventivité pour compenser le manque évident de moyens de cette œuvre tournée en six jours. Du X, d’accord, mais du X cinq étoiles. Night Dreams, c’est une folle déclaration d’amour au cinéma par le biais de la pornographie. Et ça, c’est du jamais vu.

Ainsi, chaque fantasme de l’héroïne est représenté sous forme de tableau qui rappelle une scène culte de l’histoire du cinéma ou bien, un film célèbre. Chaque scène se déroule dans un contexte particulier : le film d’horreur, le western, le péplum, etc. Parmi les évocations les plus fragrantes, Dhelia revisite le Pulsions de Brian de Palma (c’est lui d’ailleurs qui créa la fameuse affiche représentant des jambes de femmes en bas résilles), le Magic de Richard Attenborough, ainsi que le célébrissime Lawrence d’Arabie de David Lean. On peut également y apercevoir plus brièvement des références à Psychose, Dracula, Eraserhead, Midnight Express, La machine à explorer le temps et bien d’autres…
Le réalisateur nous gratifie même d’une publicité pour du cacao qu’il détourne en version hard et qui est à hurler de rire ! Si j’osais, je dirais que dans Night Dreams, les acteurs s’envoient au septième ciel pour rendre hommage au septième art. Attention, SPOILERS !

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Une jeune femme est retenue prisonnière dans une clinique psychiatrique. Bardée de capteurs d’électrodes, elle est soumise à des expériences sensorielles par deux scientifiques qui, cachés derrière un miroir sans tain, l’observent et notent scrupuleusement ses moindres faits et gestes. Chaque décharge électrique provoque chez la jeune femme des désirs érotiques qui se métamorphosent à l’écran en tableaux libertins, librement transposés dans un genre cinématographique précis.
Pour son rêve dans le western, elle partagera un trio lesbien au coin d’un feu de camp, vêtue façon Calamity Jane, sur une musique de Johnny Cash. Pour son fantasme horrifique, notre charmante névrosée se retrouvera dans une pièce obscure et aura à faire avec Dracula lui-même. Et lorsqu’elle commencera à dégrafer la braguette du vampire, c’est un bébé monstrueux qui sortira de son pantalon en guise de sexe ! Dans ses hallucinations, la jeune femme se voit aussi l’héroïne d’un péplum dans les bras d’un apollon nu et immobile.

Le ballet corporel auquel tous deux se livreront, touchera au sublime puisque les deux acteurs feront vraiment l’amour devant la caméra. La scène la plus fameuse reste celle où, sous une tente dans le désert, l’héroïne s’abandonne à trois bédouins (dont l’un ressemble comme un jumeau à Peter O’Toole) fumant le narguilé, pour un triolisme bercé par d’inaudibles murmures extérieurs. Cette scène est interprétée avec tant de fragilité et Dhelia la filme avec tant de retenue qu’on frôle le grandiose.
Une fois les expériences terminées, les deux scientifiques rejoignent leur cobaye qui leur dit : « On se revoit la semaine prochaine ? », et eux de répondre : « Avons-nous vraiment le choix ? ». 16000 dollars, six jours de disponibilité et six personnes pour constituer son équipe. Voilà le dilemme auquel était confronté Francis Dhelia avant le tournage de son film.

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Avec un tel cahier des charges et un autre réalisateur que lui, nul doute que le résultat aurait tourné à la catastrophe, et que cela aurait donné un étron cataclysmique. Mais l’aventure Night Dreams a dû être touchée par la grâce et c’est tout le contraire qui se produisit. Rappelez-vous cette même année 1981, un jeune réalisateur faisait face, lui aussi, à un problème du même genre. Il s’appelait Sam Raimi. Pourtant, avec deux trombones usagés et un incroyable savoir-faire, il fit de son Evil Dead un classique du film d’horreur. Francis Dhelia réalisa un tour de force encore plus grand puisque son génie créateur amena Night Dreams à être considéré par beaucoup de spécialistes comme le plus grand chef d’œuvre devant une telle inventivité dans la mise en scène et devant l’incroyable pouvoir de séduction que possède ce film.
A son échelle, tout est parfait : la reconstitution des plans cultes au cinéma, le choix de la musique (superbement recherchée d’une scène à une autre), les jeux de lumière, l’incroyable sensualité des jeux d’acteurs (pourtant inconnus), sans compter le petit twist final auquel on ne s’attend pas. Bref, un sans-faute. Et ici, pas d’insanités, pas de dialogues orduriers, aucune violence. Uniquement de la douceur dans la création.

Mais Night Dreams c’est aussi, et avant tout, un vibrant cri d’amour envers le cinéma tout entier. Dhelia est un passionné, fin connaisseur de ses classiques, et ça se voit. Il faut être vraiment fortiche pour arriver à amener le bébé monstrueux d’Eraserhead au détour d’une scène (en théorie) pornographique. Et que dire de la scène avec les bédouins ? Certainement, l’un des moments les plus troublants que j’ai vus dans un film, tous genres confondus. Ah, si Dhelia avait disposé d’un plus gros budget, quel monument n’aurait-il pas réalisé ? Je sais qu’ils sont nombreux les réfractaires à ce genre très particulier qu’est le X.
Certains, peut-être, hésitent à franchir le pas. La faute certainement à la décadence trash qui a accentué la chute du genre avec le temps (croyez bien que je regrette aussi ces temps bénis où la pornographie n’était pas qu’une usine à masturbation). 
Si tel est le cas, pourquoi ne pas vous jeter sur Night Dreams ? Je vous garantis que ce film n’a rien qui puisse heurter la sensibilité d’une personne majeure.
Au bout de vingt minutes, vous ne ferez plus attention aux actes sexuels (qui n’ont rien de choquant). Vous aussi, vous vous prendrez au petit jeu qui consiste à deviner quelle scène de quel film le réalisateur est en train de reproduire… Il n’a peut-être pas la puissance comique d’un Pretty Peaches, le chic d’un Devil In Miss Jones ou la folie d’un Thundercrack !
Pourtant, Night Dreams demeure la référence ultime en termes de qualité pornographique. Et je suis particulièrement heureux d’avoir pu vous présenter ce chef d’œuvre méconnu qui mérite vraiment d’être redécouvert par une nouvelle génération de cinéphiles.

Note : 18.5/20

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