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Genre : death movie, trash, shockumentary (interdit aux - 18 ans)
Année : 1979
Durée : 1h38

Synopsis : Entre 1975 et 1977, Thierry Zeno fit le tour du monde pour délivrer un documentaire choc sur les différents rites et cérémonies mortuaires propres à chaque pays. Il s'est rendu notamment au Népal, au Mexique et en Thaïlande. En saisissant parfois l'instantané d'une mort en direct, ce documentaire se révèle être d'une violence graphique absolument impressionnante. 

La critique :

Vase de Noces, ça vous quelque chose ? Ce film expérimental et ô combien barré, réalisé par Thierry Zeno en 1974, a fait le scandale en son temps et reste toujours interdit dans plusieurs pays. Si vous ne le connaissez pas encore, ne loupez pas la chronique de ce film qu'Alice In Oliver ne manquera certainement pas de faire tôt ou tard. Un an après cet ovni zoophile (Oui, Vase de Noces raconte l'histoire "d'amour" d'un fermier avec sa truie), Thierry Zeno, jeune réalisateur belge furieusement déjanté, se consacre à un périple de deux ans à travers le monde.
Son but ? Faire découvrir aux spectateurs les rites mortuaires de chaque pays qu'il a visité. Certes, le sujet n'est pas des plus gais, mais Zeno tient à nous faire partager ses découvertes, et dans les moindres détails. Vous l'aurez donc compris, Des Morts est un documentaire choc, sans concession, qui mélange allègrement Mondo et Death Movie.

Il a beau avoir été tourné il y a quarante ans, certaines choses demeurent immuables et la mort restera toujours le tabou ultime de nos sociétés occidentales. Mais comment est-elle célébrée dans les autres civilisations ? Zeno pose sa caméra et se contente d'un rôle de spectateur. Les images qu'il a ramenées de son voyage sont suffisamment éloquentes pour se suffire à elles-mêmes. Des images surprenantes, choquantes, parfois insoutenables, qui ne sont pourtant que le témoignage le plus authentique de différentes cultures de la mort à travers le monde.
Attention, SPOILERS ! Le documentaire s'ouvre sur la veillée d'une morte en Thaïlande. Autour d'elle, famille et proches chantent des chants religieux. La cérémonie de deuil durera trois jours. Cérémonie au cours de laquelle, cinq boeufs seront sacrifiés par cinq hommes différents. Dépecés sur place, ils serviront de repas aux nombreux convives.

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On pose alors la défunte sur un brancard fait de branchages et on l'évente pour éloigner les mauvais esprits. A noter l'atmosphère plutôt joyeuse de ces funérailles qui se déroulent dans une ambiance de kermesse. Zeno nous amène ensuite aux Etats-Unis où, tout d'abord, un croquemort fait l'article en vantant les qualités du dernier cercueil "à la mode". Puis, nous avons droit à un embaumement, avec tous les actes viscéralement répugnants que cet exercice comporte.
Retour en Europe et en Belgique plus précisément, où l'on assiste à un enterrement tout ce qu'il y a de plus classique. Arrivé au Mexique, le réalisateur s'intéresse à un patient en phase terminale tandis qu'il interviewe aussi le rescapé d'un incendie. Les Mexicains qui, eux, cultivent un bien étrange rapport à la mort avec leur fameux "Jour des Morts", toujours célébré en grandes pompes.

Le cinéaste termine son périple en visitant le Népal, où une crémation a lieu en place publique, et en Corée du Sud, où la mort d'une femme déclenche une hystérie collective parmi ses proches. Contrairement au célèbre Face à la Mort, le shockumentary de Thierry Zeno n'est pas un fake. Tous les faits rapportés à l'écran sont absolument authentiques et c'est en cela que Des Morts est impressionnant. Car autant vous prévenir, ce film est fortement déconseillé aux personnes sensibles.
Outre les images morbides liées au sujet, le documentaire contient bon nombre de sacrifices animaliers, d'autopsies, le décès d'un malade en direct et en point d'orgue, l'exécution (ratée) d'un combattant rebelle philippin qui finit enterré alors qu'il respire encore. On pourrait peut-être taxer le réalisateur d'une surenchère dans les macabres sensationnalistes.

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Cependant, Zeno fait preuve d'une certaine retenue dans l'approche des événements. Ce sont les faits qui donnent aux images un caractère sensationnel. Certes, le réalisateur aurait pu s'abstenir de filmer au plus près l'exécution sommaire et l'agonie du soldat philippin... Depuis les temps ancestraux et depuis qu'il a eu conscience de la finalité de son existence, des sarcophages de l'Egypte antique à nos cercueils, l'homme a toujours honoré ses défunts. Le réalisateur propose donc ce tour d'horizon mondial des rites et célébrations funéraires. Certes, vu avec nos yeux d'occidentaux, les us et les coutumes mortuaires de certains pays peuvent nous paraître étranges voire barbares.
Pourquoi diable, en Thaïlande, exécuter cinq boeufs pour honorer la mémoire d'une vieille dame ? Au Népal, pourquoi immoler en place publique un cercu
eil aussi beau qu'un palais portatif ?

Zeno ne prend pas position, il constate juste toutes les différences qui existent entre les hommes et les rites vernaculaires propres à chaque région et à chaque ethnie, d'appréhender la mort. Pas de voix-off, pas de musique, juste l'instantané et la force brute de l'image. Zeno n'a en rien voulu sur-dramatiser son propos. Pas besoin de choquer gratuitement pour que le spectateur reçoive l'uppercut visuel de plein fouet. Rarement, l'approche de la mort, des morts et de ceux qui leur survivent aura été abordée de manière aussi sincère. D'ailleurs, les professionnels ne s'y sont pas trompés puisque le film a obtenu le Grand Prix du long-métrage au festival de San Antonio en 1981.
Des Morts a été présenté par la suite lors de nombreux colloques et séminaires, et cela pendant plus de dix ans. Mais en 1978, la mise en scène pleine d'esbroufe du premier opus de Face à la Mort va définitivement changer la donne. Fini l'authenticité. Désormais, les accidents, les atrocités de la vie, les morts en direct, se doivent d'être présentés comme des spectacles à part entière. Quitte à les scénariser un peu (beaucoup)... Thierry Zeno n'a pas dû rigoler tous les jours pendant les deux ans de tournage.
Quant à nous, difficile de ne pas se sentir touchés par ce documentaire puisque le sujet dont il est question nous concernera tôt ou tard. Au final, Des Morts se révèle être une oeuvre puissante, aussi choquante que fascinante, mais réellement essentielle d'un point de vue ethnologique.

Note: 16/20

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