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genre: horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
année: 1973
durée: 2h02

l'histoire : En Irak, le Père Merrin est profondément troublé par la découverte d'une figurine du démon Pazuzu et les visions macabres qui s'ensuivent. Parallèlement, à Washington, la maison de l'actrice Chris MacNeil est troublée par des phénomènes étranges : celle-ci est réveillée par des grattements mystérieux provenant du grenier, tandis que sa fille Regan se plaint que son lit bouge. Quelques jours plus tard, une réception organisée par Chris est troublée par l'arrivée de Regan, qui profère des menaces de mort à l'encontre du réalisateur Burke Dennings. Les crises se font de plus en plus fréquentes. En proie à des spasmes violents, l'adolescente devient méconnaissable. Chris fait appel à un exorciste. L'Eglise autorise le Père Damien Karras à officier en compagnie du Père Merrin. 

La critique :

En 1971, le réalisateur, producteur et scénariste américain, William Friedkin, obtient enfin la reconnaissance avec French Connection, un film policier qui va rapidement acquérir le statut de film culte, voire même de classique du cinéma hollywoodien. A la base, William Friedkin n'est pas un grand amoureux du genre épouvante. Pourtant, l'écrivain William Peter Blatty cherche désespérément un réalisateur pour adapter son roman, L'Exorciste, sur grand écran.
Le livre original s'inspire d'une histoire vraie qui raconte la possession d'une adolescente par un démon et les tentatives de sa mère pour la guérir. Dans un premier temps, William Peter Blatty propose le scénario à Alfred Hitchcock qui décline poliment l'invitation.

D'autres grands noms du cinéma sont également approchés, entre autres, Stanley Kubrick, John Boorman (qui réalisera la suite, L'Exorciste 2 : L'Hérétique), Arthur Penn, Peter Bogdanovich et Mike Nichols. A chaque fois, les tentatives de William Peter Blatty se soldent par un échec. Mais l'auteur a apprécié le travail effectué par William Friedkin sur French Connection.
Contre toute attente, le réalisateur accepte de porter le projet "L'Exorciste" sur grand écran. Au niveau de la distribution, le long-métrage réunit Ellen Burstyn, Max Von Sydow, Lee J. Jacob, Kitty Winn, Jack MacGowran, Jason Miller, Linda Blair et Peter Masterson. Pour le rôle de Chris MacNeil, William Peter Blatty s'adresse à son amie, Shirley MacLaine.

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Mais l'actrice décline l'invitation prétextant un différend avec le célèbre écrivain. Plusieurs grandes actrices sont alors approchées pour le rôle : Audrey Hepburn, Anne Bancroft, Geraldine Page et Barbara Streisand. Finalement, c'est Ellen Burstyn qui est choisie pour incarner la mère de Regan. Quant à Linda Blair, encore méconnue à l'époque, elle participe à un immense casting réunissant 500 enfants.
Dans un premier temps, c'est une certaine April Winchell qui est l'heureuse élue. Hélas, la jeune actrice est victime d'une infection et nécessite une hospitalisation d'urgence. Linda Blair ne sait le pas encore : elle tient le rôle de sa carrière. Par la suite, d'autres grands noms sont évoqués pour participer au film : Marlon Brando, Jack Nicholson ou encore Paul Newman.

Comme un paradoxe, William Friedkin choisit de prendre des acteurs assez peu connus du grand public pour interpréter le Père Merrin (Max Von Sydow) et le Père Damien Karras (Jason Miller). Au moment de la sortie de L'Exorciste, les critiques sont assez partagées. Certaines y voient un film surprenant, troublant, angoissant et posant des questions essentielles sur les notions de bien et de mal. 
En revanche, d'autres le brocardent, l'admonestent et le vitupèrent. Le principal reproche ? L'Exorciste serait une sorte de film "pornographique religieux"... Bref, le long-métrage provoque un petit scandale dans la presse cinéma. Paradoxalement, ces diverses polémiques concourent à l'immense succès du film. Le public se précipite dans les salles obscures. Très vite, L'Exorciste devient le nouveau phénomène du genre horrifique.

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En réalité, le film de William Friedkin survient dans un moment important. En effet, entre le milieu des années 1960 et le début des années 1970, l'épouvante connaît une sérieuse panne d'inspiration. A l'époque, ce sont encore les films de la Hammer qui déplacent les foules dans les salles. Hélas, les longs-métrages de la firme britannique ne font plus recette.
Le public commence sérieusement à se lasser de ces êtres maléfiques déguisés en momie, Dracula, loup-garou et autres Frankenstein. L'Exorciste casse donc la dynamique de la Hammer pour placer l'horreur dans notre époque contemporaine, plus précisément dans la sphère intime et familiale. Attention, SPOILERS ! Regan, une jeune fille de 13 ans, vit avec sa maman, Chris MacNeil, une actrice qui entre deux tournages tente de concilier vie professionnelle et familiale.

Elle découvre que sa fille est victime de troubles du sommeil, d’agitations fréquentes et qu‘elle devient de plus en plus violente envers son entourage. Inquiète, elle consulte des cliniciens, neurologues et autres experts qui procèdent dans un premier temps à deux interventions très douloureuses, et à la fin desquelles une première explication est livrée sans que Chris ne soit rassurée ou convaincue.
Dans le même temps l’état de sa fille empire. Désespérée, confrontée à des docteurs qui ne semblent plus la comprendre, elle décide en dernier recours de se tourner vers un exorciste, le père Damien Karras. Premier constat, L'Exorciste premier du nom brille par une mise en scène rigoureuse, particulièrement austère, qui cherche à happer le spectateur à la gorge.

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Pourtant, William Friedkin prend son temps pour planter son décor et présenter ses divers protagonistes. Si l'essentiel de l'action se déroule dans une demeure cossue, prenant parfois la forme d'un huis-clos oppressant, certaines séquences se situent en extérieur. Le mal ne frappe pas seulement dans cette chambre d'éphèbe, devenue une sorte de sépulcre mortuaire, mais se manifeste également dans une église et dans certains couloirs d'un hôpital de la ville. 
Face à la maladie de Regan, la science moderne se révèle impuissante. Les médecins se transforment alors en médicastres, à la recherche d'une explication rationnelle. En vain. La médecine traditionnelle contre la foi religieuse. La réalité pragmatique face à la spiritualité et à la théologie.

Telles sont les dynamiques souvent incoercibles et inexpugnables de L'Exorciste. On ne convoque pas impunément un prêtre exorciste dans l'antre du Diable, semble nous dire William Friedkin. Pour le réalisateur, le mal ne se situe pas seulement à l'intérieur de la petite Regan. Il est également présent dans la vaste demeure de la jeune impubère.
Clairement, l'absence du patriarche se fait furieusement sentir. Quant à la mère de Regan, les démons s'ébaudissent de sa solitude amère. Même remarque pour le père Karras, éploré et endeuillé par la mort de sa maternelle. Le démon Pazuzu se jouera de ses failles et de ses faiblesses... Autrement dit, le mal est présent en chacun de nous. Et c'est ce qu'a parfaitement compris William Friedkin. 

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A travers cette lutte contre Pazuzu, chaque personnage doit finalement se battre contre ses propres démons. Si parfois le rythme du film est relativement lent, limite lénifiant, surtout dans sa première heure, le long-métrage offre néanmoins plusieurs séquences d'anthologie : un lit en lévitation, une tête version rotative, des jets de vomis verdâtres, un crucifix pointé au nez et à la figure d'une Regan transformée en bête satanique... Bref, tous ces ingrédients vont devenir de véritables classiques d'une nouvelle forme d'épouvante. Ils seront repris, photocopiés et même parodiés dans de nombreux films marqués à jamais par cette figure maléfique, au visage disgracieux, comminatoire et agonisant les prêtres de nombreuses avanies. William Friedkin semble lui-même fasciné et subjugué par les racines de ce mal, à l'image d'une introduction certes laconique, mais annonçant des temps plus sombres, mélancoliques et funestes.
Encore une fois, L'Exorciste réunit tous les éléments d'un classique du cinéma horrifique. Toujours imité mais jamais égalé.

Note : 18/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver