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Genre : thriller (interdit aux - 12 ans)
Année : 1981
Durée : 1h21

Synopsis : Une jeune femme, violée deux fois le même jour, décide la nuit venue de parcourir les rues sombres de New York en tuant de son calibre 45 tous les hommes qui l'approchent. 

La critique :

Entre le milieu des années 1970 et le milieu des années 1980, deux sous-genres cartonnent au cinéma et en vidéo : le rape and revenge et le vigilante movie sur fond lui aussi de vengeance expéditive et de loi du Talion. Dans le rape and revenge, on relève plusieurs classiques du genre : Day of the Woman, Thriller - A Cruel Picture et La Dernière Maison sur la Gauche (la version de 1972).
Quant au thriller urbain (donc le vigilante movie), en 1974, c'est Un Justicier dans la ville, de Michael Winner, qui provoque à la fois la polémique et les anathèmes de la critique et de la presse cinéma. En 1981, Abel Ferrara décide nûment de mélanger les deux (donc le rape and revenge et le vigilante movie) avec L'Ange de la Vengeance.

Le long-métrage est un hommage appuyé à Thriller - A Cruel Picture et Un Justicier dans la VilleA l'époque, Abel Ferrara n'est pas encore le réalisateur célèbre qu'il va devenir par la suite avec des films tels que The King of New York, Bad Lieutenant, Snake Eyes, The Addiction, Nos Funérailles, ou encore Body Snatchers. Au début des années 1980, Abel Ferrara cherche à se construire une certaine notoriété et crédibilité dans le milieu du noble Septième Art. 
Talent qu'il met largement en exergue dans L'Ange de la Vengeance. Au niveau de la distribution, le film ne réunit pas d'acteurs très connus. Seule la regrettée Zoë Lund (décédée par overdose en 1999) fait figure d'exception. Quant à Abel Ferrara, il fait une apparition furtive, par ailleurs dans la peau d'un violeur masqué. 

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Attention, SPOILERS ! Thana est muette et travaille dans un atelier de confection en compagnie d'autres jeunes femmes. Elle est très jolie et son handicap n'empêche pas son patron de la draguer. En rentrant chez elle, elle est attirée par un braqueur avec un masque de clown dans une ruelle. Il la viole. Thana retourne chez elle. Un cambrioleur est en train de visiter son appartement.
Il la viole à son tour. Elle le tue puis le découpe en morceaux. Thana se met alors à assassiner les hommes qui tentent de l'approcher tout en affichant une sexualité agressive. Dans un premier temps, comment ne pas évoquer le destin tragique et funeste de Zoë Lund ? L'Ange de la Vengeance va lui permettre de faire décoller sa carrière au cinéma.

Gravure de mode, parangon de vénusté et de sensualité, Zoë Lund devient la nouvelle égérie de plusieurs photographes. Quelques années plus tard, elle collaborera à nouveau avec Abel Ferrara sur Bad Lieutenant en tant que coscénariste. 
Second constat, encore une fois, L'Ange de la Vengeance partage de nombreuses analogies avec Thriller - A Cruel Picture.
Là aussi, il est question d'une jeune femme muette, incapable de répondre aux joutes verbales de ses assaillants. Comme un symbole, Thana (Zoë Lund) représente cette féminité en proie aux satyriasis de la gente masculine. Dans un premier temps, le film la présente comme une victime impuissante et silencieuse, destinée à subir le courroux, la violence, la virilité barbare et la domination masculine.

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Mais très vite, Thana se transforme elle aussi en prédateur meurtrier appliquant une justice expéditive. Ce ne sont pas seulement les violeurs qui font l'objet de sa vengeance, mais l'univers masculin dans son intégralité. Tous ceux qui s'approchent d'elles, qui se montrent un peu trop téméraires ou libidineux, sont impitoyablement éliminés et exécutés. 
L'air de rien, L'Ange de la Vengeance marque une nouvelle ère, une nouvelle étape dans cette revendication féministe. Il ne faut plus seulement se hisser au même niveau que les hommes, il faut aussi les anéantir, les ridiculiser et symboliquement les déviriliser, les castrer. En ce sens, L'Ange de la Vengeance apparaît presque comme la suite logique de Thriller - A Cruel Picture.

Onze ans après le chef d'oeuvre de Bo Arne Vibenius, le féminisme ne doit pas seulement s'imposer dans la société, il doit détruire les hommes. Il doit devenir de plus en plus rédhibitoire, omnipotent et inquisitorial. Dans L'Ange de la Vengeance, ce ne sont plus les hommes qui sortent leur "calibre". C'est une jeune femme qui arbore à la fois une tenue provocante pour mieux appâter la virilité et afficher fièrement un calibre 45. 
Souillée à jamais, Thana devient "Une Justicière dans la Ville", un peu à la manière de Charles Bronson dans le célèbre film de Michael Winner.
Mieux encore, Thana se transforme en ange purificateur et piaculaire en prenant l'apparence d'une bonne soeur, symbole à la fois de la pureté qui vient légitimement réclamer vengeance.

 

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Dans le film d'Abel Ferrara, tous les hommes, qu'ils soient violeurs ou non, sont présentés comme des êtres perfides, atrabilaires et fallacieux. A l'image du patron de Thana, un homme qui se conduit comme un satrape despotique auprès de ses employées. Thana lui fera payer très cher son outrecuidance. La vengeance atteint son paroxysme dans sa séquence finale.
Encore une fois, tous les hommes sont nûment assassinés. Coupables ou pas. Thana ne fait pas de prisonniers. 
Nouveau symbole, la dernière victime de Thana sera un travesti. Même transformé en femme, l'homme doit être impitoyablement éliminé. Avec L'Ange de la Vengeance, Abel Ferrara impose un style qui va devenir sa marque de fabrique par la suite : une mise en scène soignée et des gros plans serrés sur les visages de ses protagonistes.
En l'occurrence, Zoë Lund est
totalement habitée par son personnage. Pour le spectateur, impossible de ne pas être fasciné par sa sensualité, sa beauté froide et inaccessible. Avec L'Ange de la Vengeance, Zoë Lund devient l'égérie de la caméra lancinante et obsédante d'Abel Ferrara. Bref, un vrai coup de maître dans son genre.

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver