ichi the killer

 

Genre : thriller, inclassable (interdit aux - 16 ans)
Année : 2001
Durée : 2h09

Synopsis : Un chef de gang a disparu, ainsi qu'une énorme somme d'argent qu'il avait en sa possession. Ses hommes se mettent à sa recherche, pensant d'abord à un coup d'une bande rivale. Mais ils découvrent rapidement que c'est un tueur professionnel qui se cache derrière toute cette affaire. 

La critique :

Takashi Miike fait partie de ces réalisateurs asiatiques (il est japonais...) prolifique, polémique et controversé. Auteur de nombreux films, on lui doit notamment Audition, qui s'impose au-delà de ses frontière nippones, Dead or Alive (1999), le terrible Visitor Q, Zebraman, Zatoichi, Crows Zero ou encore Yatterman. Vient également s'ajouter Ichi The Killer, sorti en 2001.
Véritable tout-à-tout, Takashi Miike est un réalisateur inégal, visiblement fasciné par la science-fiction, l'horreur, le thriller, les yakuzas et l'univers des mangas. En outre, Ichi the Killer est un mélange assez disparate de ces différents genres. Il s'agit également d'un film ambitieux.

A l'origine, le long-métrage est l'adaptation d'un manga homonyme d'Hideo Yamamoto. Au niveau de la distribution, Ichi the Killer réunit Tadanobu Asano, Nao Omori, Shynia Tsukamoto et Susumu Terajima. La présence de Shinya Tsukamoto parmi le casting est tout sauf aléatoire. En effet, l'acteur est aussi un réalisateur à l'origine de la mouvance cyberpunk, entre autres, avec son chef d'oeuvre expérimental et ultra violent, Tetsuo (1989). Certes, en apparence, le scénario d'Ichi the Killer est plutôt laconique et se résume en quelques lignes. Attention, SPOILERS !
Un chef de gang a disparu, ainsi qu'une énorme somme d'argent qu'il avait en sa possession. Ses hommes se mettent à sa recherche, pensant d'abord à un coup d'une bande rivale.

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Mais ils découvrent rapidement que c'est un tueur professionnel qui se cache derrière toute cette affaire. En vérité, difficile de résumer un OFNI (objet filmique non identifié) tel que Ichi the Killer. Film de yakuzas, thriller, oeuvre horrifique, ou encore une série de saynètes sur la vengeance... Ichi the Killer est un peu tout cela à la fois. En réalité, le long-métrage se démarque par ses trouvailles narratives, souvent surprenantes, et qui cherchent clairement à happer le spectateur ébaubi.
Le scénario se focalise essentiellement sur deux personnages au caractère diamétralement opposé : Kakihara et Ichi lui-même. Durant toute sa première partie, le long-métrage se concentre surtout sur la personnalité psychopathe de Kakihara.

Physiquement, ce criminel apparaît comme une sorte de Joker au sourire balafré, impavide et insensible aux coups assénés par ses nombreux ennemis. Il est le chef de fil d'un gang de yakuzas totalement à sa botte et qui craignent le courroux de ce serial killer, qui jubile à chaque nouvelle victime qu'il étrille et torture. En résumé, Kakihara est l'homme à éliminer, celui qui suscite la peur auprès de la pègre et même de toute la communauté japonaise. Quant à Ichi, ses meurtres sanglants ne tardent pas à déclencher à la fois l'admiration et la paranoïa de son nouvel ennemi, donc Kakihara. 
Clairement, le jeune homme ne fait pas dans la dentelle. Vêtu d'une tenue noire, il extermine, dilapide, tranche et découpe ses adversaires avec ses chaussures armées de lames rétractables. 

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Ses assassinats se terminent toujours dans la boucherie généralisée avec d'énormes effusions de sang, se transformant presque en fontaines érubescentes. Pourtant, malgré ses actes criminels et barbares, Ichi n'est pas le psychopathe assoiffé de chair humaine décrié par ses ennemis. Bien au contraire. Là encore, Takashi Miike cherche à décontenancer son audimat avec ce jeune homme fragile et éploré par un passé purement illusoire et chimérique. Contre toute attente, Ichi n'est qu'un instrument, un idiot utile manipulé par un troisième protagoniste, un certain Jijii (Shinya Tsukamoto).
Avec Ichi The Killer, Takashi Miike se moque donc des apparences. Ici, les faibles se transforment en mastodontes monstrueux et criminels. C'est par exemple le cas d'Ichi, décrit comme un être débonnaire et pusillanime, mais capable de trancher et d'exterminer tout un gang dans la seconde qui suit. Même remarque pour son étrange manipulateur.

A l'instar d'Ichi, Jijii se cache lui aussi derrière sa petite taille pour mieux dissimuler une force herculéenne, un peu à la manière d'un bodybuilder étranglant et broyant ses adversaires avec une incroyable dextérité. Dans Ichi the Killer, il existe donc cette étrange dialectique entre le maître et l'esclave. D'un côté, Kakihara est fasciné par les meurtres sanguinaires de son nouveau rival.
De l'autre, Ichi obéit sans barguigner à Jijii, qu'il considère comme un père et un modèle. Au contraire d'Ichi, Kakihara cherche son maître, celui qui sera capable de lui inspirer la peur, cette crainte qu'il recherche depuis des années. A travers plusieurs rebondissements, Takashi Miike renverse toutes ces figures symboliques.

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Ainsi, dans Ichi the Killer, les femmes sont souvent tabassées pour devenir à leur tour des bourreaux sadomasochistes prenant leur revanche sur cette virilité barbare et exacerbée. Finalement, Ichi The Killer est réalisé comme une oeuvre d'art à part entière, reposant sur une succession de priapées particulièrement violentes et obscènes. Le film s'adresse donc à un public averti et n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. Clairement, le long-métrage ne plaira pas à tout le monde.
Néanmoins, avec Ichi the Killer, Takashi Miike réalise probablement son film le plus accompli. Le long-métrage ne sombre jamais dans la démonstration tape-à-l'oeil, ni dans un scénario labyrinthique et alambiqué. Bref, nous sommes en présence d'une perle noire, d'une oeuvre totalement inclassable, gore, trash, irrévérencieuse et souvent fascinante.

Note : 16.5/20

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