THX-1138-1-copie-1

 

Genre : anticipation, science-fiction
Année : 1971
Durée : 1h28

Synopsis : Au XXVe siècle, dans une cité souterraine qui ressemble à une termitière humaine où chacun s'identifie par un code de 3 lettres et 4 chiffres, THX 1138 est un technicien tout à fait ordinaire travaillant sur une chaîne d'assemblage de policiers-robots. Un jour, il commet pourtant un acte irréparable : lui et sa compagne LUH 3147 font l'amour dans une société qui l'interdit formellement. Pour THX 1138, c'est désormais la prison qui l'attend.

La critique :

On ne présente plus George Lucas, le père de la saga Star Wars. Avant l'immense succès de La Guerre des Etoiles, le réalisateur affiche clairement son indépendance. C'est dans ce contexte qu'il s'accointe et sympathise avec Francis Ford Coppola. Ensemble, ils fondent la société de production Zoetrope. George Lucas signe alors un contrat avec la Warner Bros.
Il écrit également plusieurs scénarios de divers courts-métrages, entre autres, THX 1138 : 4EB/Electonic Labyrinth. Francis Ford Coppola est séduit par les premières ébauches du scénario. La Warner Bros aussi. Le court-métrage se transfigure en long-métrage, sobrement intitulé THX 1138, et réalisé en 1971. Hélas, au moment de sa sortie, THX 1138 se solde par un échec commercial.

Paradoxalement, plusieurs cinéastes et producteurs apprécient le travail de George Lucas sur le film. Ensuite, les critiques sont unanimement panégyriques. Au fur et à mesure des années, THX 1138 va acquérir le statut de film culte pour devenir aujourd'hui un classique du noble Septième Art. THX 1138 est aussi le résultat de multiples influences et références : 2001, l'Odyssée de l'Espace (Stanley Kubrick) qui fascine George Lucas, l'univers de Philip K. Dick, La Cité des Astres d'Arthur C. Clarke, Metropolis de Fritz Lang et bien sûr, 1984 de Georges Orwell.
Conçu comme un film d'art et d'essai, THX 1138 s'inscrit dans la tonalité des productions d'anticipation et de science-fiction de son époque (la fin des années 1960 et les années 1970), entre autres, Soleil Vert, La Planète des Singes, Le Survivant, Solaris, Apocalypse 2024 ou encore L'Âge de Cristal.

THX-Laser-Age-Inline

Au niveau de la distribution, THX 1138 réunit Robert Duval, Donald Pleasence, Maggie McOmie, Don Pedro Colley, Ian Wolfe et Matthew Robbins. Attention, SPOILERS ! Dans une société souterraine du futur, les hommes vivent sous sédatifs. Ils sont socialement brimés par un pouvoir totalitaire et invisible au sein d'un univers blanc monochrome.
Sous l'impulsion de sa compagne LUH 3417, l'ouvrier THX 1138 accepte de fuir avec elle. En conflit avec le chef de LUH 3417 (SEN 5241) qu'il dénonce, THX 1138 se retrouve finalement aussi en prison. THX 1138 est inculpé d'avoir enfreint la règle du sexe interdit avec LUH 3417 et pour n'avoir pas pris certaines des drogues obligatoires. Les deux hommes s'enfuient de prison à l'aide d'un hologramme humain.

Mais SEN 5241 renonce à quitter la cité. THX 1138 y parvient après avoir découvert que LUH 3417 a été exécutée. A travers THX 1138, George Lucas aborde plusieurs thématiques complexes et passionnantes : une cité souterraine qui n'est pas sans rappeler les décors à la fois vétustes et énigmatiques de Metropolis, un pouvoir hégémonique qui semble être dirigé par une caste, une sorte d'oligarchie et/ou d'intelligentsia qui dicte une autorité irréfragable, avec tout un tas de préceptes et de règles reposant sur le principe de pureté. George Lucas opacifie son propos avec un décor totalement immaculé.
Dans THX 1138, tous les individus sont vêtus d'immenses toges aux couleurs d'albâtre. Ils sont tous rasés et surveillés par des robots policiers portant des masques ferrugineux.

THX1138_1284765049

La répression est donc assurée par une sorte de junte quasi militaire. En outre, ces édiles robotisés sont capables d'établir des contacts sociaux avec les humains. Néanmoins, leur accoutrement n'est pas sans rappeler les officiers nazis. Dans THX 1138, l'amour est interdit. Le désir est banni. Seul l'onanisme est encore autorisé. Dans cette société despotique et dévirilisé, des programmes érotiques sont encore proposés afin de mieux contrôler une population aveulie et totalement assouvie.
Le thème de la religion est également abordé, notamment par la profusion d'images subliminales. Elle est utilisée à des fins de soumission, de contrôle d'une éventuelle insubordination et dans un effort de production. Sur ce dernier point, George Lucas donne assez peu d'informations sur l'économie en place.

L'homme est devenu un producteur docile et servile. Avec THX 1138, George Lucas revisite l'Allégorie de la Caverne (Platon) en proposant une dichotomie (notamment dans sa conclusion finale) entre la cité souterraine, un univers obombré ; et le monde extérieur, symbolisé par un paysage crépusculaire. A l'époque, George Lucas affiche clairement ses revendications marxistes.
Il l'ignore encore. Ce cinéaste encore étudiant, prônant la rébellion et l'anarchie contre le système en place, va peu à peu devenir l'instrument et l'idiot utile d'un capitalisme de plus en plus hédoniste et totalitaire. George Lucas va se muter en une sorte de gourou appâté et annihilé par le merchandising, l'univers hollywoodien, la mondialisation, l'explosion d'une économie de marché et par cet esprit de lucre. Plus qu'un paradoxe, un oxymore. Les policiers robots et retors de THX 1138 se transfigureront par la suite en soldats immaculés de l'Empire dans Star Wars.
Autrement dit, George Lucas sombrera lui aussi du côté obscur. De surcroît, THX 1138, malgré d'indéniables qualités, paraît un peu désuet aujourd'hui. Le film a bien souffert du poids des années. Ce film d'étudiant s'est lui aussi transformé en une production digitale, galvaudée par le pouvoir de l'image et celui d'un univers moderne et aseptisé.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver