begotten

Genre : horreur, expérimental, gore, trash (interdit aux moins de 18 ans)

Année : 1991

Durée : 1h12

Synopsis : Version trash et gore de la création de la terre et de l'humanité.

 

Première critique :

Tout au long de ses tribulations et de ses pérégrinations, le blog Cinéma Choc s'est souvent polarisé sur le cinéma ésotérique et expérimental, convoquant par là même l'art ineffable de la pataphysique. Les chroniques concomitantes sur le site de La Nuit Obscure (Pierre-Luc Vaillancourt, 2011), Thundercrack! (Curt McDowell, 1975), Where the Dead Go To Die (Jimmy ScreamerClauz, 2012), Singapore Sling (Nikos Nikolaïdis, 1990), Emperor Tomato Ketchup (Shuji Terayama, 1971), ou encore La Montagne Sacrée (Alejandro Jodorowsky, 1973) - entre autres - ont érigé ce cinéma digressif vers des stratosphères à la fois éthérées et tortueuses.
C'était sans compter sur Begotten, réalisé par les soins d'E. Elias Merhige en 1991. Dire que ce long-métrage est complexe, amphigourique et peu accessible à la populace est un doux euphémisme.

En l'occurrence, le cinéaste appartient à cette classe cachectique du cinéma indépendant américain avec ses écueils et ses corolaires pécuniaires. Sa carrière cinématographique démarre vers l'orée des années 1980 via plusieurs longs-métrages, Implosion (1983), Spring Reign (1984) et A Taste of Youth (1985), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. Après la sortie de Begotten, E. Elias Merhige enchaînera avec Antichrist Superstar (1996), un clip vidéo diligenté et réalisé pour l'album éponyme de Marilyn Manson, L'Ombre du Vampire (2000), Suspect Zero (2004) et Din of Celestial Birds (2006).
Depuis le milieu des années 2000, le metteur en scène semble avoir subrepticement disparu des écrans radars.

begotten-2

Begotten fait partie de ces oeuvres trash, extrêmes et nébuleuses adulées et adoubées par les thuriféraires du cinéma gore. En l'espace de deux décennies (27 années pour être précis...), Begotten s'est arrogé le statut de film culte même si, paradoxalement, cette oeuvre reste relativement confidentielle. En résumé, ce n'est pas le genre de long-métrage que les producteurs se hasarderont à diffuser via une exploitation - même élusive - dans les salles obscures. De surcroît, Begotten sera victime de certaines acrimonies et récoltera les anathèmes de la censure.
Par exemple, le film est carrément interdit, honni et banni à Singapour en raison de ses âpretés sonores et visuelles. Reste à savoir si Begotten est bel et bien cet OFNI (objet filmique non identifié) affublé d'irrévérence et de saillies rédhibitoires. 

Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Inutile de mentionner la distribution, elle aussi rachitique, du film à moins que vous connaissiez les noms de Brian Salzberg, Donna Dempsey et Stephen Charles Berry ; mais j'en doute... Procéder à l'exégèse de Begotten est un exercice pour le moins périlleux puisque cette oeuvre éparse et indicible est inénarrable, voire indescriptible. Attention, SPOILERS ! (1) La  première scène débute avec la mise en scène d'un dieu suicidaire, saignant et s'étripant lui-même afin d'aboutir à sa propre mort (Dieu est mort et de sa mort naît le Monde). 
Une femme apparait (La Terre-Mère) de ses restes, s'éveille du corps gisant et s'imprègne de son éjaculat (représenté par son sang). Une fois enceinte, elle se met en route vers un paysage sans fin et complètement stérile, puis la grossesse se manifeste par l'avènement d'un adulte avec qui elle restera liée. 

téléchargement (2)

"Le Fils de la Terre" rencontre par la suite un groupe de nomades sans visage, qui le saisissent avec ce qui semble être des cordes. Le Fils de la Terre vomit ensuite plusieurs organes que les nomades acceptent alors comme des présents, avec frénésie. Les nomades apportent finalement l'homme à un feu puis le brûlent. "La Terre-Mère " retrouve ensuite son enfant ressuscité et le console. Elle l'attache alors par le cou (avec une corde) comme pour ne plus le laisser partir. Les nomades réapparaissent cependant pour la violer. Le "Fils de la Terre" est laissé seul pour pleurer sur le corps sans vie de sa génitrice. Un second groupe de personnages rentre en scène pour l'emporter et la démembrer.
Ils reviennent ensuite pour s'emparer du "Fils de la Terre" et, après l'avoir également démembré, le groupe enterre les restes dans le sol, ce qui a pour effet de rendre le site luxuriant de vie (naissance de la vie par le sacrifice de la mère et l'enfant).

Et un peu avant la fin, l'écoulement d'eau signifie la création de la vie humaine (1). A travers ce synopsis retors et alambiqué (merci le site Wikipédia !), Begotten s'apparenterait à une allégorie virulente de la Genèse et de la naissance du monde,  plus précisément de l'Humanité. C'est une façon, assez éloquente - il faut bien le dire, de voir et d'appréhender Begotten dans sa globalité. En effet, de nombreux détails anamnestiques attestent de cette primordialité. En gros, comprenez : la "Création"... Comme le corrobore le synopsis, il est donc bien question, dès le préambule du film, d'un Dieu qui agonise avant de donner naissance à une femme nantie d'un corps tuméfié et évoluant par la suite dans un paysage chaotique et dénué de toute substance relative à l'émergence de la vie.
Dans Begotten, tous les éléments, tous les menus détails concourent à décrire le cataclysme final, l'Armageddon pour être un peu plus péjoratif. 

téléchargement (3)

Même les protagonistes humains dénotent par leurs visages anonymes, masqués et/ou encapuchonnés. De facto, Begotten repose sur une analyse duale et antagoniste. En résumé, si Begotten peut être perçu comme une oeuvre sur la naissance du monde via des rituels reliés au paganisme et antithétiques à la foi judéo-chrétienne, il peut être aussi appréhendé comme une oeuvre putride, nihiliste et eschatologique. C'est sûrement la raison pour laquelle les divers protagonistes, par ailleurs anonymes, évoluent dans un décor austère mais étrangement bucolique.
E. Elias Merhige opacifie son propos via une musique agreste et entêtante qui s'agrémente et s'achemine sur la sonorité syntone de la nature. Puis, lorsque des individus procèdent à toute une consécution de supplices et de tortures, les résonances acoustiques deviennent plus lourdes, martelant incessamment une musicalité stridulante.

Sur ce dernier point, E. Elias Merhige ne verse pas dans la bienséance et cherche à estourbir durablement les persistances rétiniennes via plusieurs éviscérations, éructations et suffocations humaines. Par ailleurs, peut-on réellement parler d'êtres humains tant la galerie de personnages s'illustre justement par des lithographies sadiques, brutales et arborant un paysage frugal en perpétuelle évolution ? A moins que ce ne soit l'inverse. Sous nos yeux médusés, le panorama fuligineux se délite, s'étiole et se désagrège. Toutes ces afflictions, qu'elles proviennent du paysage ou des protagonistes en décrépitude, témoignent des tourments et des géhennes d'une Humanité vouée et condamnée à péricliter... Inexorablement. A moins que le film ne soit, in fine, qu'une parabole, voire une hyperbole sur un curieux rite sectaire et mortuaire destiné à juguler l'irascibilité de notre voûte céleste.

Par exemple, l'homme supplicié et la femme violée ne seraient que des offrandes et des victuailles généreusement prodiguées pour rasséréner des cieux peu cléments. C'est une autre façon de cerner Begotten sur sa durée évasive (à peine une heure et 12 minutes de bobine, générique y compris). On comprend mieux pourquoi cette oeuvre s'impose comme la quintessence du cinéma diligenté et sacralisé par E. Elias Merhige. A postériori, le cinéaste opportuniste restera confiné à ce seul long-métrage même s'il réalisera d'autres films ensuite.
Il ne retrouvera malencontreusement pas cette sagacité et cette outrecuidance de naguère, mimant malhabilement le Nosferatu de Murnau avec L'Ombre du Vampire. Pis, il se parera de nouvelles aspérités ombrageuses et ténébreuses avec Sin of Celestial Birds, mais sans réitérer avec les tonalités funestes et vespérales de Begotten, une oeuvre unique, métronome et soliste à part entière.

 

 

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Begotten


Seconde critique :

Pour le grand public, le nom d'E. Elias Merhige ne dit pas grand-chose. Mais pour les amateurs de films gore et expérimentaux, ils vous citeront Begotten, son film le plus sombre et mystique. ATTENTION SPOILERS ! La première scène du film montre un homme portant un masque en train de s'étriper. Après cette longue mutilation, une femme apparaît. Egalement masquée, elle tourne sur elle-même pendant de longues minutes, s'approche du cadavre de l'homme, et le masturbe afin de recueillir son sperme qu'elle étale sur son corps et ses parties intimes.
Après avoir enterré le cadavre, la femme qui est devenue enceinte se dirige vers une destination inconnue pour donner naissance à son fils.

Un homme couvert de boue (le fils de la femme) et étendu sur le sol se réveille en faisant une crise de tétanie. Un groupe de nomades se dirige vers lui et le transporte dans un autre endroit. Celui-ci vomit ses propres organes que les nomades considèreront comme des trophées. Après l'avoir attaché, ils le supplicient et le brûlent sans éprouvé le moindre remord.
L'homme ressuscite et retrouve sa mère, cette dernière l'attache avec une corde pour ne plus le laisser partir. Mais le groupe de nomades revient et viole la femme, son fils assistera impuissant à son calvaire. Un autre groupe de personnes masquées emmène la femme. A son tour, cette dernière est démembrée et subira le même sort que son fils.

begotten-6

Leurs restes sont enterrés dans le sol. Ce film n'est pas facile d'accès car totalement muet et une image noir et blanc saturée rend difficile sa compréhension pour le spectateur. De nombreuses références aux mythes religieux et païens sont représentées de manière symbolique : l'homme s'étripant avec le rasoir est un dieu qui se suicide pour donner naissance à la terre.
La femme qui joue avec le sexe de l'homme masqué est une représentation de la mythologie égyptienne antique, où Isis utilise le sexe de son mari assassiné Osiris pour donner naissance à Horus. Les restes des corps enterrés par les nomades représentent la naissance de la vie par le sacrifice de la mère et l'enfant. Sur la forme, Begotten n'est pas sans rappeler les films expressionnistes allemands des années 1920 (notamment ceux de Friedrich W. Murnau), mélangés à du David Lynch. 

Le film cherche clairement à choquer son public avec de nombreuses scènes de viol, de vomi et de démembrement. Fan du film, le chanteur Marilyn Manson contactera E. Elias Merhige, qui réalisera deux de ses clips, Cryptorchild (qui contient des extraits du film) et Antichrist superstarCertains pensent même que l'album Antichrist superstar aurait été calqué sur le film tellement les coïncidences entre les paroles des chansons et les événements du film sont nombreuses et troublantes.
Grand admirateur du cinéma expressionniste allemand, Mehrige réalisera en 2000 L'ombre du vampire avec John Malkovich et William Dafoe sur le tournage de Nosferatu (titre original de L'Ombre du Vampire). Bien qu'étrange et hypnotique, Begotten reste avant tout une curiosité du cinéma, un film énigmatique, à la poésie macabre et insondable.


Note : 15/20

Leatherface1974 Gegeartist