henry portrait d'un serial killer

 

Genre : thriller (interdit aux - 16 ans)
Année : 1982
Durée : 1h23

Synopsis : La vie et les "exploits" macabres de l'un des tueurs en série les plus monstrueux de toute l'histoire des Etats-Unis : Henry Lee Lucas. Comme tous les serial killers, Harry possède un double visage, celui d'un homme ordinaire sans histoire, et un autre qui l'entraine dans une folie meurtrière sans précédent en compagnie de son ami et collègue Otis Toole. 

La critique :

Henry Lee Lucas, un nom tristement célèbre... Ce serial killer est toujours vivant mais croupit dans une des nombreuses prisons des Etats-Unis. Henry Lee Lucas commet son premier meurtre à l'âge de 14 ans. En 1960, il assassine sa mère. Par la suite, le tueur en série devient un redoutable prédateur avec presque deux cents crimes à son actif, uniquement des femmes.
Souffrant de dissociation mentale, Henry Lee Lucas échappe de justesse à la peine capitale, commuée à la prison à perpétuité. Evidemment, sa personnalité inspire le noble Septième Art. En 1986, John McNaughton réalise Henry, Portrait d'un Serial Killer, qui constitue également le tout premier long-métrage du cinéaste.

A l'origine, Henry, portrait d'un serial killer devait sortir au cinéma en 1986. Mais le film rencontre les foudres et les anathèmes de la censure américaine. Jugé trop violent et malsain, le long-métrage ne sort finalement que quatre ans plus tard, donc en 1990. Rapidement, Henry, portrait d'un serial killer devient un film culte auprès des amateurs de thrillers. 
Doté d'un budget modeste voire misérable, le film obtient un vif succès en vidéo. Il sera même suivi par un second chapitre, Henry, portrait d'un serial killer 2, cette fois-ci réalisé par les soins de Chuck Parello en 1998. La distribution du film ne réunit pas des acteurs très connus. Seul Michael Rooker, dans le rôle du tueur psychopathe, fait figure d'exception.

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Viennent également s'ajouter Tom Towles et Tracy Arnold. Attention, SPOILERS ! La vie et les "exploits" macabres de l'un des tueurs en série les plus monstrueux de toute l'histoire des Etats-Unis : Henry Lee Lucas. Comme tous les serial killers, Harry possède un double visage, celui d'un homme ordinaire sans histoire, et un autre qui l'entraine dans une folie meurtrière sans précédent en compagnie de son ami et collègue Otis Toole. Certes, le scénario du film s'inspire de la vie de Henry Lee Lucas, mais John McNaughton ne souhaite pas réaliser une retranscription fidèle des forfaits perpétrés par ce malade mental.
En l'occurrence, John McNaughton se documente sur plusieurs tueurs psychopathes et pervers. Il écrit le scénario avec la collaboration de Richard Fire.

En outre, Henry, portrait d'un Serial Killer n'est pas le film gore outrancier vilipendé et répudié par la censure américaine, loin de là. Le long-métrage se concentre sur le quotidien de trois personnages : Otis, un ex-taulard, dont la vie se résume à son boulot de pompiste ou à dealer de came à de jeunes étudiants. Quant à Henry, il partage l'appartement avec Otis et mène (à priori) une vie sans histoire.
Taciturne et solitaire, il s'accointe et s'éprend de Becky, la soeur d'Otis, qui débarque un jour à Chicago pour y trouver du boulot. La jeune femme décide de vivre dans le même appartement mais ignorent les activités criminelles de ses deux nouveaux colocataires. Le scénario du film se concentre donc sur la vie misérable de trois individus abandonnés de tous, trois prolétaires en fin de compte qui tentent de survivre dans une société anomique, individualiste et indifférente.

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En vérité, Henry, portrait d'un Serial Killer appartient à la catégorie de ces films crus, nihilistes et sans concession qui marquent aussi la fin et le crépuscule d'une certaine forme du cinéma d'horreur. Le long-métrage s'inscrit continûment dans la logique de L'Eventreur de New York (Lucio Fulci, 1982) et de Maniac (William Lustig, 1980). Néanmoins, Henry, Portrait d'un Serial Killer se démarque totalement de ses modèles par sa violence putride, indicible, incompréhensible et surtout par ce regard voyeuriste qui vient s'immiscer dans les rues sombres de la basse société.
Henry est finalement le symbole, cette figure démoniaque qui surgit des ténèbres pour kidnapper, assassiner et torturer des jeunes femmes anonymes, au gré des rencontres et du malheureux hasard.

A partir des années 1990, ce psychopathe sera échangé et troqué contre un nouveau modèle standard de terreur, le croquemitaine de Scream, hélas beaucoup plus consensuel et symbolisant un cinéma pop-corn et mercantile, flattant les plus bas instincts d'un public adolescent peu exigeant en termes de qualités cinématographiques. Henry, Portrait d'un Serial Killer, c'est aussi la fin d'une époque, le glas d'un style de cinéma qui a des "couilles" et de la suite dans les idées.
D'ailleurs, ce n'est pas un hasard. Henry, portrait d'un serial killer reste à ce jour le meilleur film de John McNaughton. Lui aussi sera dévoyé et dévoré par la machine Hollywood en sombrant dans des productions juvéniles à succès (Sexcrimes).

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En un sens, Henry, Portrait d'un Serial Killer s'apparente presque à un film de la Nouvelle Vague. A l'instar de son personnage principal, John McNaughton arpente les rues obombrées d'une immense cité américaine, un terrain de chasse comme un autre pour Henry. Paradoxalement, le tueur s'est parfaitement intégré dans la société. En outre, ce criminel présente différentes facettes, à tel point que l'on pourrait évoquer un cas délirant et paranoïde d'hébéphrénie mentale.
Avec Becky, la soeur d'Otis, Henry se montre étrangement courtois, avenant, galant et affable. Paradoxalement, la nuit, avec son ancien compagnon de cellule (Otis), il sillonne les rues de la ville à la recherche d'une nouvelle proie.

Sur ce dernier point, le film adopte un point de vue quasiment documentaire, qui a probablement influencé un autre thriller de qualité : C'est Arrivé Près de Chez Vous (Rémy Belvaux, 1992). Henry et Otis agressent uniquement des femmes. Pire encore, ils décident de filmer leurs exploits. De retour à leur appartement vermoulu, ils revoient leurs meurtres et se délectent de leurs tortures.
Contre toute attente, John McNaughton choisit de montrer les crimes en différé, suggérant l'horreur et laissant le soin au spectateur d'imaginer les supplices infligés aux victimes. Pourtant, très vite, le film se heurte volontairement à une impasse. La personnalité d'Henry est indéchiffrable : mythomane, impuissant, pervers ou manipulateur ? Probablement tout cela à la fois, sans néanmoins apporter de réponse, à l'image de l'affiche du film, avec ce tueur au regard carnassier dont le reflet mire toute la complexité.
Dans son genre, Henry, portrait d'un Serial Killer reste probablement l'un des thrillers les plus choquants et les plus éprouvants des années 1980. Une référence donc. 

Note : 17/20

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