suicide club

 

Genre : drame, inclassable, horreur (interdit aux - 16 ans)
Année : 2002
Durée : 1h39

Synopsis : 54 lycéennes se jettent simultanément sous une rame du métro, considéré comme un "fait divers", il s'agit en réalité d'une vague de suicides qui va se répandre à vive allure dans tout le pays. Kuroda, un détective est chargé de l'enquête.  

La critique :

Ecrivain, poète, réalisateur et scénariste japonais, Sion Sono connaîtra la gloire et la notoriété en dehors de ses frontières au début des années 2000 avec Suicide Club (2002). Par la suite, le cinéaste parviendra à imposer son style, souvent mélancolique et pessimiste, avec Love Exposure, Cold Fish et Noriko's Dinner Table. Pourtant, la carrière cinématographique de Sion Sono débute dès le milieu des années 1980. Mais il faudra patienter jusqu'en 2002, avec la sortie de Suicide Club, pour que le réalisateur se révèle enfin au grand public. A l'époque, Sion Sono séjourne à San Francisco.
En plein marasme, l'artiste aux multiples facettes s'ennuie de son pays et griffonne les premières lignes d'un roman, Jisatsu Sâkuru, qui va devenir (par la suite) le scénario de Suicide Club.

Quelques mois après la sortie du long-métrage, Sion Sono écrit un nouvel opuscule, Suicide Circle : The Complete Edition, qui s'inscrit dans la continuité de Suicide Club et destiné à éclairer les zones d'ombre du film. Projeté dans différents festivals, le long-métrage interroge le public et les critiques désarçonnés par cette oeuvre pessimiste, fuligineuse et presque expérimentale, située à mille lieux des grosses productions actuelles. Parallèlement, Suicide Club devient le nouveau film choc et phénomène. 
Sur la Toile, de nombreux cinéphiles jubilent et exaltent les qualités du long-métrage. Attention, SPOILERS ! 54 lycéennes se jetant sous les roues du métro de Tokyo, un site internet prophétisant des suicides collectifs, un ruban constitué de plusieurs centaines de carrés de peau humaine retrouvé par la police, un girls band de jeunes adolescentes chantant une pop aux paroles très ambiguës…

Suicide-Club

Quel vent de folie souffle sur la capitale japonaise ? L’inspecteur Kuroda et son équipe vont tenter de trouver une réponse à cette vague insensée de suicides et de mystères. Premier constat : Suicide Club est le fruit d'une longue réflexion, d'une profonde déréliction de son auteur principal, qui se mue peu à peu en colère contre le Japon lui-même, et plus précisément contre son gouvernement anomique.
Ce n'est pas seulement Sion Sono qui souffre d'une certaine solitude et mélancolie, mais un pays, une nation toute entière, à l'image de ces passagers d'un métro aux faciès hâves, décomposés et émaciés. Longue histoire d'une paupérisation et d'une incompréhension... 
Autant le dire tout de suite : Suicide Club est un film complexe qui mérite plusieurs niveaux d'analyse. 

Dès ses premières minutes, le film a le mérité de présenter les inimitiés. 54 lycéennes attendent tranquillement, le sourire béat, au bord d'une trame de métro. Ensemble et main dans la main, tel un cercle piaculaire, les jeunes éphèbes se jettent littéralement sur les rails du métro avec une joie non dissimulée. La mort ne se déroule plus dans la terreur, mais dans les rires et la bonne humeur.
La suite ? De longues effusions de sang, quelques cris d'orfraie, sans plus. La séquence se déroule presque dans l'indifférence générale. Evidemment, la médiasphère s'empare de l'affaire. Néanmoins, la presse semble ne pas trop se soucier de ce suicide généralisé. Paradoxalement, cette triste actualité suscite les railleries et les quolibets des journaux et des chaînes de télévision. 

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Une façon comme une autre de se voiler la face, d'occulter le profond marasme qui a gagné le Japon depuis plusieurs décennies. Telle est la diatribe dressée par Sion Sono. A partir de là, le cinéaste brouille volontairement les pistes. Le Japon est frappé par une vague de suicides, essentiellement des adolescents. Dans un premier temps, Suicide Club se mue en intrigue policière absconse.
Qui ou quoi est à l'origine de tous ces suicides ? Il semblerait que ce soit une étrange organisation... Une fausse piste. A moins que ce ne soit un site internet ou encore une secte dirigée par des tortionnaires sadiques et fallacieux. Là encore, les enquêteurs piétinent... 
Le scénario de Suicide Club est volontairement nébuleux et cherche clairement à décontenancer le spectateur.

Mission réussie en l'occurrence. A l'instar de Battle Royale, dans un style néanmoins très différent, Suicide Club souligne toute la distanciation qui s'est peu à peu immiscée entre le monde des adultes et celui de nos jeunes impubères. Dans Suicide Club, c'est toute la jeunesse qui semble être condamnée à la mort, à la solitude et à la putréfaction. A l'image de ces lycéens (encore une fois) qui se jettent du toit de leur école. Les corps broyés gisent sur le sol ensanglanté d'une cour de récréation anonyme.
Les scènes de suicide sont souvent très violentes et destinées à marquer les esprits. 
Pourtant, au détour de certaines séquences, cette fois-ci moins dramatiques, Sion Sono évoque plusieurs pistes subliminales. La clé de l'énigme semble se trouver dans une chanson enfantine à succès et qui multiplie les records d'audience à la télévision. Difficile d'en dire davantage...
Ainsi, Suicide Club s'apparente à une sorte de puzzle complexe, composé d'une myriade de tesselles que le spectateur se chargera de (re)constituer à sa manière. 
En résulte une oeuvre terriblement austère, énigmatique et amère. Suicide Club... Ou plutôt le suicide nippon.

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver