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Genre : horreur, action (interdit aux - 12 ans)
Année : 1975
Durée : 2h04

Synopsis : A quelques jours du début de la saison estivale, les habitants de la petite station balnéaire d'Amity sont mis en émoi par la découverte sur le littoral du corps atrocement mutilé d'une jeune vacancière. Pour Martin Brody, le chef de la police, il ne fait aucun doute que la jeune fille a été victime d'un requin. Il décide alors d'interdire l'accès des plages mais se heurte à l'hostilité du maire uniquement intéressé par l'afflux des touristes. Pendant ce temps, le requin continue à semer la terreur le long des côtes et à dévorer les baigneurs.  

La critique :

Au moment de la sortie de Les Dents de La Mer (Jaws dans la version originale) en 1975, Steven Spielberg n'est pas encore le réalisateur notoire qu'il va devenir par la suite. Pourtant, le cinéaste a déjà connu un premier gros succès quatre ans auparavant, avec Duel, un téléfilm d'action qui fait toujours référence aujourd'hui. Les Dents de la Mer est le second long-métrage de Steven Spielberg après Sugarland Express en 1973, qui n'a obtenu qu'un succès d'estime.
Lorsque Les Dents de la Mer sort au cinéma, le film bouleverse l'univers du cinéma hollywoodien. Il s'agit d'une oeuvre charnière, considérée également comme le tout premier blockbuster américain. Avec Jaws, Steven Spielberg obtient enfin la reconnaissance internationale.

Le réalisateur vient d'inventer une nouvelle forme de terreur dans le noble Septième Art, le requin mangeur d'hommes. Encore aujourd'hui, Les Dents de la Mer reste de loin le meilleur film de genre. Toujours imité mais jamais égalé. Par la suite, trois nouveaux épisodes seront réalisés. Hélas, la saga sombrera peu à peu vers le déclin. Parallèlement, Les Dents de la Mer inspire d'autres succédanés : La Mort au Large, Open Water, The Reef, Shark Attack, Tintorera et même de nombreux nanars horrifiques avec des squales gigantesques et pittoresques qui feront les beaux jours de la société Asylum.
Certains producteurs mercantiles tentent même de varier les inimitiés. Le requin est remplacé par un crocodile, des piranhas ou encore une pieuvre assoiffée de sang humain. Mais le concept reste peu ou prou identique.

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Les Dents de la Mer est aussi l'adaptation d'un roman éponyme de Peter Benchley. L'opuscule original s'inspire de plusieurs attaques de squales dans le New Jersey en 1916. Le producteur David Brown décide d'acheter les droits du livre pour une adaptation au cinéma. Celui-ci subodore tout le potentiel du roman. Quant à Steven Spielberg, il fait de nouveau appel à l'équipe technique de Sugarland Express. En outre, le cinéaste va connaître un tournage des plus difficiles.
Trois faux requins automates sont réalisés. Hélas, une fois sur place, les créatures animatroniques se révèlent plus ou moins obsolètes, ne parvenant pas à flotter. Parallèlement, Steven Spielberg et ses scénaristes sont obligés de revoir leur copie et d'apporter de nombreuses rectifications au script original.

Ensuite, les coûts de production dépassent largement le budget escompté. Pressé par ses financeurs, Steven Spielberg fulmine et le tournage se déroule dans un contexte houleux et tempétueux. Heureusement, le succès (énorme) sera au rendez-vous. La distribution du film réunit Roy Scheider, Lorraine Garry, Richard Dreyfuss, Robert Shaw, Murray Hamilton et Carl Gottlieb.
Attention, SPOILERS ! Terreur à la station balnéaire Amity Island. Alors que la haute saison vient à peine de débuter, une mystérieuse entité rôde près de la plage et attaque insidieusement le baigneur. Pour le shérif Martin Brody, nul doute possible : c'est un requin. 
Après l'examen d'un cadavre rejeté sur la plage, il interdit toute baignade et se met aussitôt à planter des panneaux de mise en garde.

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Les notables de la ville, soucieux de sauver la saison touristique, lui défendent toute initiative personnelle jusqu'au jour où un enfant est dévoré devant les yeux de centaines de touristes. Une prime est alors offerte à celui qui exterminera le monstre. Apparaît Quint, vieux routier des océans et chasseur de squales, qui va vivre aux côtés du jeune océanographe Matt Hooper et du shériff Martin Brody, sa plus fabuleuse aventure qui sera aussi sa dernière... En réalité, Les Dents de la Mer entretient de nombreuses analogies avec Duel, un téléfilm à succès sorti en 1971.
En résumé, remplacez le camionneur assassin par un requin, les longues routes désertiques et chaotiques par un océan, et vous obtenez Les Dents de la Mer.

Steven Spielberg n'y croyait plus. Après un tournage quasi apocalyptique, entre automates indociles, menaces de grève et dépassement de budget, la réussite du film tient du véritable miracle. Là aussi, on retrouve ce fameux "Duel" entre le shérif de la ville, Martin Brody, et un squale à l'appétit aiguisé et pantagruélique. Néanmoins, au-delà du roman original écrit par Peter Benchley, Les Dents de la Mer possède d'autres cordes à ses rets.
La principale se nomme Moby Dick d'Herman Melville, un célèbre roman publié en 1851, lui-même adapté en 1956 par les soins de John Huston. Fan de séries B de science-fiction et d'horreur de son enfance, Steven Spielberg rend aussi un vibrant hommage, au détour de certaines séquences, à L'étrange créature du lac noir de Jack Arnold.

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Dès ses premières images, Les Dents de la Mer a le mérite de plonger le spectateur en pleine immersion face à une terreur subjective. Un monstre aquatique est à la recherche de sa prochaine collation. Une jeune femme est happée par une créature qui reste toujours invisible à l'écran, la caméra s'attardant essentiellement sur les mouvements de l'eau, bientôt ensanglantée par des crocs, plus précisément des mâchoires acérées et infernales.
C'est d'ailleurs la traduction littérale (en français) de Jaws. Cette scène d'une violence inouïe est accompagnée par la musique métronomique de John Williams. Cette composition harmonique va elle aussi contribuer à l'immense succès du film.

Avec Les Dents de la Mer, Steven Spielberg devient le nouveau maître du suspense, une place qu'il chipe (si j'ose dire...) à Alfred Hitchcock, une autre référence majeure du film. Par certains aspects, Les Dents de la Mer n'est pas sans rappeler un autre sommet de terreur du cinéma hollywoodien : Les Oiseaux. Là aussi, la tension monte crescendo. Elle est ineffable, surprend toujours ses proies et repart invariablement dans le vide, la solitude et le silence.
Cette nouvelle menace est évidemment une figure emblématique de la mort. Incontestablement, l'ambiance anxiogène et viscérale des Dents de la Mer est aussi baignée par l'aura d'Alfred Hitchcock. 
De surcroît, Steven Spielberg établit une curieuse juxtaposition entre l'homme lui-même et le requin tueur.

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Le véritable requin, ce n'est pas forcément cette créature décimant les baigneurs d'Amity Island. Les vrais assassins, ce sont ceux qui envoient les touristes dans les crocs revanchards de la bête au nom du profit et dans un esprit de lucre. Autrement dit, le véritable requin du film, c'est ce capitalisme forcené, à satiété et jamais rassasié par l'appât du gain.
Ne nous y trompons pas, Les Dents de la Mer est un film d'action et d'horreur beaucoup plus profond qu'il n'y paraît. C'est aussi ce qui explique son raz-de-marée à travers le monde entier. Les épisodes suivants ne retrouveront jamais cette fougue et cette complexité.
Au mieux, ils se transformeront en série B de facture honnête (Les Dents de la Mer 2e Partie), au pire en infâme nanar (Les Dents de la Mer 4 : la Revanche). Bref, ce premier chapitre, totalement incontournable, a bien mérité son statut de classique du cinéma.

Note : 18/20

sparklehorse2 Alice In Oliver