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Genre : fantastique, inclassable, expérimental (interdit aux - 16 ans)
Année : 1977
Durée : 1h22 (cut) / 1h28 (uncut)

Synopsis : Dans les immenses espaces des plaines canadiennes, une belle jeune femme est mortellement atteinte par des coups de feu. Un homme étrange nommé Gabriel et doté de pouvoirs surnaturels la ramène à la vie. Alors qu'elle n'a plus aucun souvenir de son passé, l'être mystique va lui réapprendre le sens des choses et lui redonner goût à la vie. Entre la créature céleste et la créature terrestre va se nouer un amour aussi passionnel qu'impossible.

La critique :

1977 marque définitivement la courte période de provocation dont Carole Laure aura fait preuve à ses débuts d'actrice. L'Ange et la Femme constituera donc pour l'actrice canadienne le troisième et dernier volet d'un (faux) triptyque sulfureux, commencé avec La mort d'un bûcheron en 1973, et poursuivi l'année suivante avec le célébrissime Sweet Movie. Après, sa carrière opérera un virage à 180 degrés puisqu'elle tentera alors sa chance en France, où elle effectuera ses débuts dans La Menace, sous la direction d'Alain Corneau et aux côtés d'Yves Montand. Un tout autre univers.
Mais revenons à L'Ange et la Femme. Oeuvre étrange et mystérieuse s'il en est, le film de Gilles Carle traîne derrière lui une réputation à la nébulosité subversive. Réputation due essentiellement à une scène qui fit couler beaucoup d'encre à l'époque et dont nous reparlerons plus tard. Il n'est pas évident d'aborder un tel film tellement il pourrait se revendiquer d'influences multiples. Celles de Bunuel et de Cocteau sautent aux yeux tant le film est imprégné d'un surréalisme asynchrone et contemplatif.

On perçoit également dans les effets visuels une certaine filiation avec l'expressionnisme allemand des années 1930, évidemment très modernisé. Et à tout cela, on pourrait ajouter un soupçon de l'univers lynchéen, période Eraserhead. Bref, un style déroutant qui pourra rebuter le spectateur de prime abord, l'intriguer par la suite, et pourquoi pas le subjuguer au final. Personnellement, c'est le cheminement que j'ai effectué en regardant pour la première fois cet objet filmique non identifié (OFNI).
L'action se concentre essentiellement sur deux personnages, les autres n'ayant que des rôles de faire valoir. Aux côtés de Carole Laure, c'est son mari Lewis Furey (épousé l'année précédente) qui interprète l'ange Gabriel. Furey fut et reste aujourd'hui un auteur-compositeur ainsi qu'un metteur en scène de réputation internationale. Un touche-à-tout hyper talentueux qui, cependant, ne persévérera pas très longtemps en tant qu'acteur. Attention, SPOILERS ! Fabienne, une belle jeune femme, est poursuivie et abattue par un groupe de bandits lancés à sa poursuite.

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Laissée pour morte dans la neige, elle est recueillie par un jeune homme qui vit dans une maison isolée, à la lisière des forêts. L'homme est en fait l'ange Gabriel qui s'est réincarné sous forme humaine. Fasciné par la beauté de Fabienne, il guérit ses plaies puis la ressuscite. Mais la jeune femme, devenue amnésique et lunaire, a totalement oublié son passé et même jusqu'à son propre nom. D'abord effrayée par la personnalité surnaturelle de son sauveur, Fabienne prend la fuite. 
Mais épuisée, elle tombe à quelques pas de la maison. De cet instant, une relation fusionnelle va s'installer entre l'ange et la femme. Au fur et à mesure, Gabriel lui réapprend la signification des choses et lui redonne goût à l'existence. Il l'initie à la musique et aux plaisirs de l'amour dans lesquels ils vont tous les deux s'abandonner à corps perdus. Il lui communique aussi quelques-uns de ses pouvoirs divins, dont celui d'enflammer des arbres par la pensée. En même temps que Fabienne tombe, à son tour amoureuse de cet être mystique, elle retrouve peu à peu la mémoire et avec les circonstances des événements qui l'ont amenée à ce funeste sort.

Elle entreprend contre l'avis de Gabriel de remonter le fil des événements en se rendant à la ville où elle retrouve ses anciens bourreaux. Et l'histoire va se répéter. A nouveau, ils la kidnappent et la tuent dans la plaine enneigée. Mais cette fois-ci, Gabriel ne sera plus là pour la sauver. En dépit d'un prix au festival du film fantastique d'Avoriaz en 1978, L'Ange et la Femme se verra contraint à une diffusion extrêmement confidentielle lors de sa sortie. Introuvables dans les vidéos clubs pendant des années, les rares copies du film ne sont généralement présentées que dans une version amputée de six minutes par rapport à l'originale, quand ce n'est pas sous la forme d'un moyen métrage de 42 minutes.
La faute à une censure imbécile qui jeta l'opprobre sur une scène d'amour entre les deux acteurs principaux, surtout en raison d'une fellation pratiquée par Carole Laure sur son partenaire. Beaucoup de bruit pour rien en vérité puisque la scène se déroule dans une quasi obscurité et qu'en plus, Carole Laure et Lewis Furey étaient mari et femme à l'époque.

 

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Et 38 ans après, ils le sont toujours ! Jugée scandaleuse à l'époque, cette scène et la controverse qui s'en suivit feraient presque sourire aujourd'hui. En tout cas, Gilles Carle nous livre un film absolument inclassable. Un film dont les 45 minutes initiales sont d'une lenteur extrême. Pourtant jamais on ne ressent cette lourdeur soporifique que l'on aurait pu redouter aux premiers instants du visionnage. Et cela grâce à l'atmosphère onirique que le réalisateur a su installer au fil de l'histoire et qui submerge peu à peu le spectateur. Le silence envoûtant des grands espaces, un noir et blanc saturé, la musique chaotique, la neige éclatante contrastant avec l'intense pénombre dans laquelle se déroulent les scènes tournées à l'intérieur : tout contribue à rendre l'ambiance presque irréelle.
Le côté fantastique des événements, lui, ne sert en fait que de prétexte à une histoire d'amour impossible que l'on devine perdue d'avance. Au niveau de l'interprétation, le couple Carole Laure/Lewis Furey ne donne pas dans la fulgurance, se contentant du minimum (sauf durant la scène d'amour, interprétée avec ardeur) comme s'ils avaient été engourdis par le froid saisissant dont on devine sans peine qu'il a dû rendre le tournage difficile. Même s'il ne peut être considéré comme un pur film expérimental, L'Ange et la Femme conserve une vraie part de mystère et dégage une aura indéfinissable qui le fait sans cesse osciller entre rêve et réalité. Assez difficile d'accès, cette oeuvre singulière et hypnotique sera à conseiller principalement à des cinéphiles confirmés, qui recherchent l'expérience d'un cinéma différent.

Note : ?

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