old boy 2003

Genre : thriller, drame, inclassable (interdit aux - 16 ans)
Année : 2004
Durée : 1h59

Synopsis : A la fin des années 80, Oh Dae-Soo, père de famille sans histoire, est enlevé un jour devant chez lui. Séquestré pendant plusieurs années dans une cellule privée, son seul lien avec l'extérieur est une télévision. Par le biais de cette télévision, il apprend le meurtre de sa femme, meurtre dont il est le principal suspect. Au désespoir d'être séquestré sans raison apparente succède alors chez le héros une rage intérieure vengeresse qui lui permet de survivre. Il est relâché 15 ans plus tard, toujours sans explication. Oh Dae-Soo est alors contacté par celui qui semble être le responsable de ses malheurs, qui lui propose de découvrir qui l'a enlevé et pourquoi. Le cauchemar continue pour le héros.  

La critique :

Passionné par la philosophie analytique, Park Chan-Wook délaisse ses premières amours et commence à travailler dans l'industrie du cinéma à partir de 1988. Grand admirateur des films d'Alfred Hitchcock, il s'intéresse évidemment à l'art du suspense, au thriller et à la mise en scène. En 1992, Park Chan-Wook réalise son premier film, Moon is the sun's dream.
Hélas, très vite, Park Chan-Wook doit trouver les finances nécessaires pour continuer son travail d'orfèvre derrière la caméra. Son film suivant (3 Members) n'attire pas spécialement les foules dans les salles. Il craint alors de ne plus pouvoir réaliser. Heureusement, son troisième long-métrage, Joint Security Area, attire plus de cinq millions de personnes dans les salles obscures.

Parallèlement, Park Chan-Wook commence à travailler sur une trilogie qui porterait sur le thème de la vengeance. En 2002, Sympathy for Mister Vengeance déclenche la polémique et les anathèmes en raison de sa violence. Park Chan-Wook devient alors un réalisateur controversé. Statut qu'il confirme avec son film suivant, Old Boy, sorti en 2004. A l'origine, le long-métrage est l'adaptation d'un manga (en huit volumes) de Nobuaki Minegishi et Garon Tsuchiya. 
Old Boy est donc le second volet d'un triptyque sur le thème de la vengeance. Il sera suivi par Lady Vengeance en 2005. Rapidement, Old Boy devient un véritable phénomène, non seulement dans son pays (la Corée du Sud), mais au-delà de ses frontières. Le long-métrage obtient plusieurs récompenses, entre autres, le Grand Prix du Jury au festival de Cannes en 2004. La presse cinéma et les critiques sont unanimement dithyrambiques.

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Reste à savoir si Old Boy est bel et bien l'uppercut annoncé. Réponse dans les lignes à venir. Le film inspire plusieurs remakes : un long-métrage indien, intitulé Zinda (2005) et l'inévitable remake américain réalisé par les soins de Spike Lee en 2013. Quant à la distribution du film, elle risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Choi Min-Sik, Yu Ji-Tae, Kang Hye-Jeong et Oh Dal-Soo. Mais j'en doute... Attention, SPOILERS !
Alors qu'il s'apprêtait à fêter l'anniversaire de sa fille, Oh Dae-su est arrêté par la police pour ivresse sur la voie publique. Arrivé plus tard, son ami, Joo-hwan, persuade les policiers de le laisser repartir. Mais, sur le chemin du retour, Oh Dae-su est enlevé. Il est ensuite séquestré dans une pièce, sans savoir par qui ou pourquoi, avec pour seul lien avec l'extérieur une télévision, par laquelle il apprend que sa femme a été assassinée, qu'il est le principal suspect du meurtre et que sa fille a été confiée à des parents adoptifs.

Oh Dae-su passe le temps en s'entraînant à boxer contre les murs et en essayant de creuser un tunnel pour s'échapper. Relâché quinze ans plus tard, toujours sans explication, Oh Dae-su se voit confier un téléphone et est contacté par le commanditaire de son enlèvement alors qu'il est dans un restaurant. Après avoir dévoré un poulpe vivant, il s’évanouit et Mi-do, la chef cuisinière, est prise de compassion et le recueille chez elle. Oh Dae-su tente maladroitement d'avoir des relations sexuelles avec elle mais est repoussé par Mi-do, qui lui avoue néanmoins qu'elle est elle aussi attirée par lui.
Nargué par le mystérieux commanditaire de son enlèvement, qui communique par messagerie internet avec Mi-do, Oh Dae-su enquête. Old Boy signe la quintessence d'un réalisateur au sommet de son art.

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La réussite du film tient essentiellement dans la construction de son scénario, à la fois labyrinthique, fuligineux et multipliant les fausses pistes et les points d'interrogation. Résumer Old Boy à un simple film sur la vengeance serait une grave erreur. Finalement, ce thriller percutant est peut-être avant tout un film sur la mémoire et la notion de culpabilité.
Dans un premier temps, le spectateur est convié à suivre le long calvaire de Oh Dae-su enfermé et claquemuré dans une cellule (je renvoie au synopsis...) pendant quinze longues années. Finalement libéré, il ignore toujours les raisons de cette séquestration. Par qui ? Et surtout pourquoi ? Telles sont les questions qui taraudent le quarantenaire vindicatif. Espiègle, Park Chan-Wook révèle assez vite l'identité de celui qui a détruit la vie de Oh Dae-su.

Mais le supplice n'est pas terminé. Loin de là. A nouveau, le spectateur est invité à prendre parti pour celui qui a vécu quinze années de (quasi) forçat dans une pièce vermoulue et totalement déconnectée de la vie extérieure. La partie peut enfin commencer. Par la suite, le film révèle un étrange puzzle aux failles multiples et inextricablement liées. Mais à quoi ?  Telle est la (seconde) question qui va poursuivre longtemps le héros du film. S'ensuit alors un jeu de manipulations, de perversions, d'anamorphoses et d'atermoiements. Park Chan-Wook fait durer le plaisir.
Le cinéaste impose au spectateur un montage et une mise en scène à couteaux tirés. Les réminiscences du passé ne tardent pas rejaillir de la mémoire. Retour à l'adolescence. A partir de là, Oh Dae-su va devenir peu à peu une larve, celui que le spectateur doit à présent répudier et pestiférer.

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Pis, nous sommes nûment conviés à prendre parti pour Lee Woo-jin, ce monstre d'intelligence et de cruauté. Les rôles s'inversent. Le film se transmute alors en une sorte de dialectique du maître et de l'esclave. Finalement, c'est un album de diverses photographies qui va faire tomber le couperet aiguisé. Outré et désarçonné, Oh Dae-su choisira de se taire à tout jamais dans le sang, les aboiements, la servitude et surtout sous les quolibets et les rires frénétiques de son bourreau.
Difficile d'en dire davantage sur ce véritable choc cinématographique. Certes, la révélation finale pourra paraître assez amphigourique ou exagérée aux yeux d'un public peu habitué à ce genre de pellicule transgressive. Mais Old Boy ne se résume pas non plus à une mise en scène savamment orchestrée. Le film peut également s'appuyer sur d'excellents acteurs, Choi Min-Sik en tête.

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver