women's flesh my red guts

Genre : gore, trash, expérimental, snuff (interdit aux – 18 ans)

Année : 1999

Durée : 50 minutes

Synopsis : Le mal être de la femme japonaise et l’acte suicidaire vu par un des réalisateurs les plus extrêmes qui soit. Deux jeunes femmes souffrant d’une sévère dépression mettent fin à leur jour non sans être infligées auparavant de terribles mutilations.

La critique :

En 1998, Tamakishi Anaru se révélait auprès du cercle intimiste d’amateurs de films extrêmes en réalisant Tumbling Doll Of Flesh, appelé aussi Niku Daruma. Cette œuvre cauchemardesque, qui atteint des sommets horrifiques impensables doublés d’une pornographie outrageante, devint très vite la référence absolue du cinéma trash japonais. Aujourd’hui encore, on ne lui connaît pas d’équivalent (peut-être Juvenile Crime ?) dans l’univers ultra underground nippon.
Ou alors, faut-il aller chercher du côté des GSKD et autres Pain Gate : Scrum (soit de véritables « snuff sexual torture movies »), mais on touche là aux œuvres les plus confidentielles qui existent sur cette planète. Après ce coup d’éclat, Anaru participera à la réalisation collégiale du démentiel Eccentric Psycho Cinema avant de terminer sa très courte carrière en 1999, avec deux œuvres pour le moins barrées : Psycho Suicide Dolls (déjà chroniqué sur ce blog) et Women’s Flesh My Red Guts qui nous intéresse aujourd’hui.

Vu le profil du bonhomme, nous étions en droit à nous attendre au pire et soyez rassurés, le pire est bien au rendez-vous. Women’s Flesh My Red Guts est une boucherie en bonne et due forme. D’une durée limitée, le film se découpe en deux segments puis dans la foulée, le métrage est suivi d’un petit death movie intitulé Baroque. Un documentaire qui, d’ailleurs, n’a strictement rien à voir avec Women’s Flesh My Red GutsOn peut penser que le réalisateur a souhaité l’ajouter à son film pour très certainement accentuer l’impression de réalisme et de snuff.
Effet réussi car le moyen métrage initial envoie déjà du lourd question gore, ces quelques minutes supplémentaires d’instantanés réels finissent d’assommer le spectateur et le laissent carrément sans voix tant les images sont insoutenables. Bref, Anaru fait ce qu’il sait mieux le faire, à savoir un « cinéma » de destruction massive, plus proche de l’abattage industriel que du Septième Art.

 

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Attention, SPOILERS ! Le premier segment présente une jeune femme dépressive se livrant à de sévères automutilations dans sa salle de bains. Plusieurs flash-back nous font comprendre que son comportement perturbé est dû à une récente dispute avec son compagnon. Assise sur une cuvette, elle utilise une brosse à dents en guise de sex toy. Puis, saisie de pulsions incontrôlables, elle se récure de plus en plus violemment le vagin jusqu’à se faire saigner abondamment. Continuant dans son jusqu’au-boutisme, elle se sectionne un doigt avec les dents avant de se suicider par étranglement à l’aide d’un foulard.
Le deuxième segment montre une autre jeune femme (interprétée par la même actrice), assise sur un lit et en train de déguster un fruit. Soudain, elle se plante une fourchette dans la cuisse et se coupe la langue. Puis, elle s’ouvre le bas ventre en largeur, comme pour procéder à un cérémonial de hara-kiri, s’éviscère elle-même et se délecte longuement de ses propres organes.

Elle finira elle aussi par se suicider en se plantant un couteau dans le front. Après le film, Tamakishi Anaru nous propose donc un mini documentaire, Baroque donnant à la fois dans le monde et le death movie. Le spectacle bascule alors du côté du réel et de ses innommables atrocités : cadavres démembrés, têtes éclatées, entrailles dispersées, un triste spectacle de désolation et de mort qui rappelle fortement le terrifiant Junk Films de Kiyotaka Tsurisaki. Sur le final, Anaru en rajoute une couche en nous présentant des fœtus mort-nés difformes, monstrueux, siamois…
Un étalage pour le moins malsain de pauvres créatures baignant dans du formol et conservées dans des bocaux au sein d’un quelconque institut médico-légal. Décidément, les pensées sordides du suicide hantent encore et toujours le réalisateur. Déjà dans Psycho Suicide Dolls, il tentait une ébauche d’explication au mal être qui frappe la société nippone (et les femmes en particulier) et à la notable incommunicabilité des habitants de grandes métropoles.

 

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Ici les femmes sont toujours en première ligne mais le contexte est bien plus minimaliste : une salle de bains, une chambre, aucun plan en extérieur. Où sommes-nous exactement ? Nous n’en saurons rien. Mais peu importe que nous n’ayons aucun élément pour tenter de comprendre la motivation de ces actes désespérés ; dans sa folie attentatoire, Anaru se préoccupe comme de la première chaussette de la compréhension de ses œuvres. A la réflexion, il préfère l’action immédiate, choquante et vomitive de préférence. A l’horreur de l’acte suicidaire, il rajoute de l’horreur en prime en faisant précéder le sacrifice ultime par une série d’automutilations, toute plus atroces les unes que les autres. Car Women’s Flesh My Red Guts n’y va pas avec le dos de la cuillère pour écoeurer le spectateur : vagin déchiqueté, langue sectionnée (et de quelle manière !), auto cannibalisme d’entrailles… Le tout affiché bien sûr en très gros plans.

Comme toujours, les effets spéciaux frôlent le surnaturel dans leur qualité et leur réalisme. Mais le film, avant d’être un festival exhaustif de gore, est avant tout une œuvre expérimentale. En effet, le réalisateur procède de façon radicalement différente pour traiter les deux histoires. La première se déroule dans un silence absolu où deux phrases de dialogue, tout au plus, sont prononcées.
Le grain de l’image est sale, délavé, et le récit des flash-back est filmé en noir et blanc. Dans le deuxième, Anaru abuse d’une ultra pixellisation et de procédés visuels en relief, ainsi que d’incessantes sonorités électroniques qui accentuent le côté étrange du métrage. Ceci dit, une fois de plus, les réalisateurs japonais nous montrent qu’ils n’ont pas d’équivalent en matière de cauchemars filmiques. D’une noirceur et d’une désespérance absolues, Women’s Flesh My Red Guts s’inscrit dans la continuité des œuvres de Daisuke Yamanouchi ou Hisayasu Sato, dont le très curieux Naked Blood mettait en scène lui aussi des jeunes femmes, se torturant elles-mêmes au cours de séquences particulièrement gratinées.

 

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Par-delà cet état de fait, se pose inévitablement la question sur l’utilité de telles réalisations, sinon encore et toujours l’escalade sans fin de la violence des images et de l’extrémisme des situations. Loin, très loin des blockbusters à la mode, ces films totalement inconnus du grand public ont le « mérite » de faire découvrir un autre pan du cinéma, l’ultra underground et ses dérives malsaines.
Condamnées à une totale confidentialité, les démesures cinématographiques de Tamakishi Anaru ont marqué au fer rouge ceux qui ont eu l’occasion de les visionner On reste abasourdis devant ces déviances amorales et cette folie destructrice qui ne peut se concrétiser que dans une profusion de sang, dont l’auteur a fait sa marque de fabrique. Women’s Flesh My Red Guts ne fait pas exception à la règle…

Note : ?

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