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Genre : Drame, Romance

Année : 1950

Durée : 1h50

 

Synopsis : Norma Desmond, grande actrice du muet, vit recluse dans sa luxueuse villa de Berverly Hills en compagnie de Max von Meyerling, son majordome qui fut aussi son metteur en scène et mari. Joe Gillis, un scénariste sans le sou, pénètre par hasard dans la propriété et Norma lui propose de travailler au scénario du film qui marquera son retour à l'écran, Salomé. Joe accepte, s'installe chez elle, à la fois fasciné et effrayé par ses extravagances et son délire, et devient bientôt son amant. Quand son délire se transforme en paranoïa et qu'elle débarque au milieu des studios Paramount pour convaincre Cecil B. DeMille de tourner à nouveau avec elle, Gillis commence à prendre ses distances...

 

La critique : 

Bonjour à tous ! Je vous ai manqué n'est-ce pas ? Bon, trêves de bavardages car aujourd'hui me revient la tâche d'analyser l'un des plus grands chefs d'oeuvre de toute l'histoire du cinéma qui est, comme vous l'aurez remarqué, Sunset Boulevard ou "Boulevard du Crépuscule" en français. Sunset Boulevard c'est avant tout un film qui aura marqué toute une génération au moment de sa sortie, c'est aussi toute une constellation de récompenses et de critiques lui vouant quasiment un culte. Pour résumer, il recevra 11 nominations aux Oscars et en gagnera 3 mais beaucoup plus prestigieux encore, ce qui est à mes yeux la récompense la plus grande offerte à un film, il a été inclus dans la première sélection de films pour faire partie du National Film Registry. Ajoutez à cela le fait qu'il est toujours classé dans l'American Film Institute et toujours très bien placé (la 16ème place pour le top 100 de l'année 2007).
En gros, on obtient ici un des plus grands classiques du cinéma. Je ne vais pas laisser durer le suspense plus longtemps puisque je partage entièrement le culte fait autour de ce film, à tel point qu'il s'agit de l'un de mes films préférés. 

Le petit bonhomme caché derrière cette réalisation n'est autre que Billy Wilder, à qui l'on doit déjà quelques très grands films, à savoir Assurance sur la MortLe Gouffre aux Chimères (dont je ferai également les éloges dans ma 2ème prochaine chronique), ainsi que Certains l'Aiment Chaud et Sept Ans de Réflexion mettant en scène la superbe Marilyn Monroe. Pour vous montrer un peu la taille du CV du bonhomme, sachez que Certains l'Aiment Chaud sera classé premier dans l'American Film Institute dans la liste des films les plus drôles du XXème siècle, tandis qu'Assurance sur la Mort est considéré par Woody Allen comme le plus grand film jamais réalisé. Billy Wilder est assurément un réalisateur qui marquera, non pas seulement son époque, mais également les époques à venir. En quelque sorte, le Hollywood que nous ne retrouverons sans doute plus jamais. Ce film, ainsi que bien d'autres étant des témoignages de l'époque du grand Hollywood qui s'évertuait à faire des métrages de qualité avec des acteurs de talent. Mais bon, arrêtons d'être nostalgiques et revenons-en au film. 

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ATTENTION SPOILERS : Tout commence par une séquence d'ouverture nous présentant une scène de crime avec un corps flottant dans l'eau d'une piscine d'une mystérieuse villa avec une voix off de narrateur nous expliquant brièvement la situation. S'ensuit alors un flashback où nous suivons Joe Gillis, écrivain raté et criblé de dettes essayant d'échapper à 2 agents venus pour lui saisir son automobile. Une course-poursuite s'engage, un pneu éclate et Gillis parvient à se cacher lui et sa voiture dans l'allée d'une villa semblant abandonnée mais tenue par Norma Desmond, actrice du cinéma muet déchue, qui lui promettra une grosse somme d'argent pour résoudre son problème de dette en échange de l'écriture du script du prochain film marquant son retour au grand écran. FIN DU SPOILER. 

Nous voilà ainsi plongés dans la plus pure ambiance 50's où le cinéma parlant a complètement remplacé le cinéma muet d'autrefois. Le réalisateur nous lâche ici, comme j'ai l'habitude de le dire, un synopsis très attirant où se mêlera drame et romance. En effet, au fur et à mesure du scénario, Gillis va finir par devenir l'amant de Norma mais uniquement dans un but financier afin de résoudre ses dettes. Wilder nous met donc en scène un personnage égoïste et vénal, parfaite représentation du capitalisme où le besoin pécuniaire passe avant tout sentiment ou respect.
On pourrait donc déceler ici une critique du capitalisme moderne se heurtant à une Norma superbement interprétée par Gloria Swanson qui trouvera ici la consécration de sa carrière. Elle représente ici le symbole même de la fin d'une époque, star déchue autrefois adulée et maintenant oubliée. Voici une belle critique d'Hollywood n'hésitant pas à briser des carrières avec ses stars jetables mais pas seulement, car en effet la société en prend aussi pour son grade avec sa faculté d'être anesthésiée par les modes et tendances du moment. Sunset Boulevard, au-delà d'un scénario très efficace, est une véritable diatribe sur une société où la consommation, la mode et l'argent sont devenus des fers de lance guidant un peuple. Ca ne vous rappelle pas une certaine époque dans laquelle nous vivons ? 

Mais attention, au-delà du personnage principal incarné par William Holden, Norma n'est pas non plus à sauver vu qu'elle est non pas seulement hantée mais obnubilée par la gloire et la célébrité. Malgré sa tristesse et sa solitude, Norma n'en demeure pas moins ravagée intérieurement par le narcissisme que procure la gloire, un sentiment humain restant ancré à des degrés différents en chacun de nous.  Voilà pourquoi Sunset Boulevard est aussi intemporel car justement, ce qu'il dénonce est toujours d'actualité et de manière beaucoup plus présente qu'avant.
On soulignera d'ailleurs l'intelligence du récit à ne pas nous embarquer dans des leçons de morale à 2 sous pour nous dire que l'argent c'est pas bien et que la mode c'est moche. Ici rien de tout ça, Wilder reste amplement objectif et nous livre un récit entièrement neutre où on sera plus que confronté à toute la cupidité de la (future) société occidentale. Et rappelons que ce film a maintenant 66 ans au compteur. 

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Outre le fait de nous livrer une critique virulente toute en subtilité, Wilder sait travailler son film et du mieux possible. La photographie est tout simplement somptueuse avec ces plans sur la ville de Los Angeles et sur cette villa toute aussi déchue que sa propriétaire. Il arrive à donner une certaine âme à cette maison où le luxe côtoie une grande tristesse et mélancolie. On évolue ici dans une tragédie s'éclaircissant tout doucement en une lueur d'espoir pour Norma croyant avoir trouvé l'amour.
Même si sa personnalité reste très narcissique, la véritable cause de sa tristesse demeure être la solitude. Sentiment qu'elle ne pouvait éprouver auparavant et qui s'adresse à elle comme une claque dans la figure. Il ne fait aucun doute que Wilder a su travailler brillamment ses personnages en leur créant une personnalité torturée. Et quand les personnages principaux offrent une excellente interprétation, c'est le jackpot !

Si une atmosphère optimiste se mettra en place dans un premier temps, le réalisateur nous induira vite en erreur en basculant son récit dans la dernière partie du film où s'installeront désormais une tension omniprésente, une instabilité émotionnelle forte et une froideur de plus en plus persistante. Sunset Boulevard parvient à retourner ses spectateurs comme une crêpe en basculant dans les dernières minutes du film dans la folie la plus totale. Une tension que j'irai qualifier de similaire aux plus grands Hitchcock, un gage donc de très grande qualité. 

 

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C'est également à ce niveau que Sunset Boulevard excelle dans la qualité, c'est qu'il est imprévisible. L'intrigue n'est en rien stéréotypée et on ne devine pas directement la fin. Plus encore, l'attraction lors de la projection est permanente. Il faut vraiment le vouloir ou ne pas avoir dormi depuis 2 jours pour s'emmerder devant ce film. On peut également rajouter quelques séquences emblématiques comme le célèbre tango entre Gillis et Desmond, l'introduction du début étant clairement un clin d'oeil au superbe mouvement du film noir mais également la dernière séquence chaotique du film. Sunset Boulevard peut également se targuer de contenir quelques répliques également devenues cultes. Je citerai "Je suis une grande ! Ce sont les films qui sont devenus petits !"

En conclusion, Billy Wilder nous livre ici un véritable joyau cinématographique, un chef d'oeuvre appelé à être toujours voire de plus en plus d'actualité dans son propos où se rajoute un travail technique, sonore et esthétique proche de la perfection et le tout superbement interprété. Comme dirait Georges Clooney : "What else ?". J'ai vraiment essayé de chercher ne fut ce qu'un petit point négatif mais en vain, je n'ai rien trouvé si ce n'est qu'on a encore envie que le récit se poursuive. Je ne peux que remercier ce réalisateur pour ce film. 

 

Note : 20/20 

 

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