Mein_Kampf

Genre : drame 
Année : 2009
Durée : 1h49

Synopsis : Vienne, 1908. Dans un foyer pour sans-logis, Lobkowitz, un vieux et sage cuisinier, et Schlomo Herlz, un juif vendeur de bibles, tentent de trouver un titre au livre que Schlomo est en train d'écrire. Après avoir hésité entre plusieurs titres, ils finissent par opter pour «Mein Kampf». Adolf Hitler, un jeune étudiant des Beaux-Arts, venu de Braunau-sur-Inn, arrive au foyer. Bien que le dénommé Hitler soit à la fois grossier et bavard, Herzl se prend d'affection pour lui, et le sauve même de la mort

La critique :

Adolf Hitler au cinéma... Le célèbre dictateur moustachu et despotique a évidemment inspiré le noble Septième Art. Mais le Führer reste un personnage historique difficile à retranscrire sans tomber dans les stéréotypes et les caricatures. D'ailleurs, Adolf Hitler devient le héros principal et même l'effigie de Le Triomphe de la Volonté (Leni Riefenstahl, 1934), un documentaire propagandiste à la gloriole du IIIe Reich. Par la suite, le dictateur "nazillard" est même parodié dans L'Île des Loufoques (Glen Tryon, 1943) et évidemment dans le bien nommé Le Dictateur (Charlie Chaplin, 1940).
La mort d'Hitler inspire également de nombreuses productions, notamment Les Dix Derniers Jours d'Hitler (Ennio De Concini, 1973), La Fin d'Hitler (Georg Wilhelm Pabst, 1955) et La Chute (Oliver Hirschbiegel, 2005).

A ce titre, Mein Kampf, réalisé par Urs Odermatt en 2009, est un long-métrage ambitieux. Premièrement, le film reprend évidemment l'intitulé du célèbre opuscule écrit par Adolf Hitler lui-même en 1925. Ensuite, l'affiche du long-métrage présente le visage hâve d'un Adolf Hitler au regard impavide et déterminé. Néanmoins, Mein Kampf ne se focalise pas sur l'écriture de ce livre ni sur son contenu idéologique et politique. Le film se concentre sur les jeunes années d'Hitler, et plus précisément sur la période 1907 - 1913. Adolf Hitler est encore un éphèbe, au mieux un jeune adulte qui s'installe à Vienne (donc la capitale de l'Autriche) quatre ans avant la Première Guerre Mondiale.
Une période qui reste assez confuse, même aux yeux des historiens. A l'époque, Adolf Hitler n'est pas encore cet antisémite farouche et séditieux qu'il deviendra par la suite. 

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Dès lors, l'intitulé du film devient obsolète. Mais peu importe, le long-métrage s'attaque à une période (encore une fois) ambitieuse et relativement obscure de la vie d'Adolf Hitler. La distribution du film réunit Tom Schilling, Götz George, Wolf Bachofner, Simon Schwartz, Anna Unterberger et Enning Peker. Attention, SPOILERS ! En 1910, le jeune Adolf Hitler tourne le dos à la province et à l’Autriche profonde et arrive à Vienne pour conquérir le monde par sa peinture.
Il s’installe dans un foyer pour hommes de la Leichengasse et se prépare fiévreusement au grand jour de son concours d’entrée à l’Académie des Beaux-Arts. Il partage une baraque délabrée avec deux Juifs : Schlomo Herzl, un marchand de bibles, et le cuisinier casher Lobkowitz.

Schlomo, le vieux sage, veut écrire un livre intitulé « Mein Leben » (Ma vie) mais ce titre n’enthousiasme personne et on tombe d’accord pour que ce soit « Mein Kampf ». Adolf Hitler trouve que c’est un excellent titre. Schlomo s'acoquine avec Hitler et le prend sous son aile. Cependant, le monde s’écroule pour l'artiste-peintre qui surestime son propre talent lorsqu’il est refusé pour la seconde fois par l’académie. Et c’est à nouveau le bon vieux Schlomo qui se précipite pour le sauver à la dernière minute de son désespoir suicidaire. Hitler profite de sa bonté pour exploiter honteusement Schlomo qui lui fait sa cuisine, sa lessive et lui taille même la fine moustache. 
En retour, Hitler lui fauche sa petite amie Gretchen. L’ironie du sort veut que ce soit précisément Schlomo qui conseille à Hitler de tenter sa chance dans la politique. 

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Vous l'avez donc compris. Mein Kampf n'est pas un film à consonance historique. En outre, il s'agit d'une oeuvre uchronique, soit une réécriture de l'histoire. Dès lors, difficile de prendre ce long-métrage au sérieux. Mein Kampf se transmute alors en une satire viennoise et en une comédie dramatique assez grotesque et grandiloquente. Une diatribe corroborée par Jean-Pol Cardin sur le site Sens Critique (http://www.senscritique.com/film/Mein_Kampf/critique/42234298).
Premier constat, l'acteur interprétant Adolf Hitler, donc Tom Schilling, ne ressemble aucunement au futur dictateur omnipotent. Toutefois, dans les années 1910, Hitler n'est pas encore ce personnage ventripotent, zélé et emphatique. Au contraire. C'est même un jeune homme cachectique qui mène une vie de bohème dans les rues de Vienne. 

Adolf Hitler subsiste à peine des petites cartes qu'il peint ou griffonne et qui n'intéressent personne. Encore moins l'Académie des Beaux-Arts. En l'occurrence, Adolf Hitler subit deux camouflets à l'examen d'entrée. C'est la première partie de Mein KampfDans la seconde, le film exploite l'idée (saugrenue) d'un opuscule écrit par un certain Schlomo Herzl, un juif vendeur de bibles. Le livre se transmue bientôt en une exploitation fallacieuse de ce dernier pour finalement devenir "Mein Kampf". 
Hitler est alors décrit comme un jeune homme paresseux, régulièrement gourmandé et semoncé par ses pairs et la populace. Mein Kampf change alors de tonalité. Urs Odermatt transforme sa farce comique en une dramaturgie à la trajectoire funeste et irréfragable. C'est la troisième et dernière partie du film.

 

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Adolf Hitler se découvre des velléités politiques. Le Juif Schlomo et ses prosélytes deviennent les coupables idéaux aux yeux d'une population vouée à l'opprobre et à une vie de besogne. L'idéologie pernicieuse et antisémite de Mein Kampf (le livre...) est en marche. Certes, le long-métrage peut s'appuyer sur de solides arguments, entre autres, l'excellente partition des acteurs. En outre, Tom Schilling est plutôt convaincant dans le rôle d'Adolf Hitler. Cependant, le caractère (encore une fois) comique et surtout uchronique de Mein Kampf ne parvient jamais à transcender son sujet.
Urs Odermatt nous décrit une sorte de benêt du village appelé à devenir le maître du monde. En résumé, à force de verser dans la caricature, le réalisateur perd peu à peu le fil de son scénario. 
Ici point d'analyse politique ni idéologique, si ce n'est dans sa dernière partie, la plus éloquente par ailleurs. En l'état, difficile réellement de noter ce long-métrage amphigourique, correctement réalisé, sans plus.

Note : ?

 

sparklehorse2 Alice In Oliver