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Genre : horreur (interdit aux - 12 ans)
Année : 1984
Durée : 1h33

L'histoire : Les égouts de New York, transformés clandestinement en décharge de déchets radioactifs, ont donné naissance à une race de mutants monstrueux: les "CHUD".

La critique :

Les années 1980 signent l'avénement des mutations biologiques au cinéma et autres radiations nucléaires. Soit le genre de prédilection de David Cronenberg, notamment avec La Mouche en 1986. C'est à cette même période que cartonnent les productions Troma, notamment la saga The Toxic Avenger, mais également de nombreuses séries B à la fois licencieuses et désinvoltes, entre autres, Bad Taste, Braindead, Les monstres de la mer, Demons ou encore Street Trash, pour ne citer que ces exemples. Vient également s'ajouter C.H.U.D. (Cannibalistic Humanoid Underground Dwellers), réalisé par Douglas Cheek en 1984. Pour la petite anecdote, C.H.U.D. est un acronyme pour désigner "Cannibale humanoïde Usurpateur et dévastateur" (dans sa version française).

Mais le terme lui-même signifie également (et toujours en français) "danger de contamination urbaine". 
Contre toute attente, le long-métrage remporte un certain succès en vidéo. A tel point qu'il engendre une suite, donc C.H.U.D. 2 - Bud The Chud, cette fois-ci réalisée par les soins de David Irving en 1989, et qui se démarque de son prédécesseur, en se tournant davantage vers les zombies. Certaines rumeurs persistantes évoquent un probable remake.
Au fil des années, C.H.U.D. premier du nom s'est taillé la réputation de film culte et même de classique parmi les séries B horrifiques. 
La distribution du long-métrage réunit John Heard, Daniel Stern, Christopher Curry, Kim Greist, Michael O'Hare et Eddie Jones. A noter la courte apparition de John Goodman dans le rôle d'un policier.

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 Présenté au festival d'Avoriaz, C.H.U.D. remportera le prix du meilleur film fantastique. Attention, SPOILERS ! A New York, les disparitions mystérieuses se multiplient dans le quartier de Soho. Des autorités haut placées tentent d'étouffer cette affaire, mais le capitaine Bosch, dont la femme fait partie des victimes, décide de prendre l'affaire en main. Il va enquêter parmi les clochards des environs, dont certains vivent dans un sinistre réseau de sous-terrains.
Au même moment, le photographe George Cooper est chargé d'aller faire un reportage destiné à illustrer une enquête sur cette même communauté. Chacun de leur côté, les deux hommes mettent à jour des faits mystérieux. Les vagabonds semblent effrayés par des créatures monstrueuses.

L'un d'entre eux porte même les traces d'une hideuse morsure... Que les choses soient claires. Le scénario de C.H.U.D. n'est pas spécialement novateur et s'inscrit dans la dialectique des séries B horrifiques des années 1950. De facto, C.H.U.D. se situe dans la logique et la continuité de toutes ces productions de science-fiction et d'épouvante se souciant de l'apogée du nucléaire, qui plus est, dans un contexte de guerre froide, de paranoïa et presque de fin du monde. 
Seule différence et pas des moindres, C.H.U.D. nous convie au sein des quartiers pauvres de New York, donc auprès de la plèbe, et plus précisément de ces gueux répudiés et ostracisés par notre société consumériste. Des vagabonds disparaissent dans l'indifférence générale. Personne ne s'inquiète de la situation. Il faudra attendre la disparition d'une jeune femme pour que les autorités s'emparent de l'affaire.

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Ainsi, la première partie du film fonctionne comme une enquête policière. Le long-métrage nous invite dans une sorte de matrice souterraine en proie à la peur, au meurtre et à la terreur. En outre, C.H.U.D. a le mérite de prendre ses distances avec Bad Taste, Braindead et leurs nombreux succédanés. Ici point d'humour graveleux et égrillard au profit d'une ambiance obombrée et anxiogène nous transportant dans les égoûts de la ville, transformés en dramaturgie de l'horreur.
Pour les férus de séries B ripailleuses et goguenardes, prière de passer leur tour ! Le ton de C.H.U.D. est résolument sérieux, implacable et ce, jusque la conclusion finale. Le long-métrage pourrait presque s'apparenter à une nouvelle variation de The Thing (John Carpenter, 1982). A la seule différence que les inimitiés ne se déroulent plus dans une base cloîtrée en Antarctique, mais au coeur même d'une cité en déliquescence.

Nanti d'un budget impécunier, C.H.U.D. doit composer avec les moyens du bord. La tension monte crescendo et il faudra patienter une petite heure avant de découvrir le faciès hideux de nos chères créatures. 
La première partie du film n'est pas forcément la plus passionnante et se focalise essentiellement sur le quotidien de ses principaux protagonistes. En revanche, les choses s'accélèrent sérieusement avec l'arrivée de nos monstres cannibales, dotés de yeux luminescents.
Le réalisateur, Douglas Cheek, élude promptement la piste du cannibalisme au profit d'une enquête un brin fuligineuse. Ici, le but est de dénoncer la technologie nucléaire et ses nombreux corollaires. Désormais, la populace , bref l'armée de réserve du capitalisme, est condamnée à subir les expériences et les radiations de notre société transformée en immense poubelle.
Le film peut également s'appuyer sur les excellentes compositions de Daniel Stern et John Heard, totalement investis dans leur personnage respectif. Enfin, un grand soin a été apporté aux effets spéciaux et au désign des créatures voraces. Bref, malgré quelques menus défauts, C.H.U.D. reste une série B tout à fait recommandable.

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver