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Genre : Drame, Thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 1962

Durée : 2h14

 

Synopsis : Au temps du cinéma muet, "Baby" Jane est une grande star, une des premières enfants prodiges. Sa soeur Blanche, timide et réservée, reste dans l'ombre. Dans les années 30, les rôles sont inversés, Blanche est une grande vedette, Jane est oubliée. Désormais, bien des années après, elles vivent en commun une double névrose. Blanche, victime d'un mystérieux accident, est infirme et semble tout accepter d'une soeur transformée en infirmière sadique qui multiplie les mauvais traitements...

 

La critique :

Revoici de nouveau votre serviteur Taratata2 vous apporter la critique d'un autre film en noir et blanc. Ce n'est désormais plus une nouvelle pour vous que le vieux cinéma reste probablement le genre que j'affectionne le plus même si je ne renie bien sûr absolument pas, et au contraire, le cinéma en couleur. Cependant, j'admets quelques réserves sur le cinéma des années 2010 beaucoup trop sage, manquant cruellement d'audace la plupart du temps. Non pas que je ne jure que par la violence, le gore et le choc cinématographique évidemment vu que vous ne me verrez jamais baigner (mis à part 2-3 films) dans la catégorie 3 de la liste des films violents du forum. En fait, la seule réelle raison de mon attachement particulier envers le noir et blanc est qu'il y a un charme qui me procure une attraction réelle. Sur ce, en évitant de vous saouler davantage dans mes états d'âme avec mon petit laïus, attelons nous à aborder cette véritable pépite du 7ème art.

En effet, quand on parle des grands thrillers et films à suspense du 20ème siècle, on se base bien évidemment sur la très grande filmographie d'Alfred Hitchcock avec des titres comme Psychose, Fenêtre Sur Cour ou encore L'Inconnu du Nord Express pour ne citer qu'un très bref échantillon de ce réalisateur de talent. On répond aussi Seven, Reservoir Dogs ou encore The Game et Old Boy. Cependant, peu nombreux sont ceux mentionnant le film que je vais vous chroniquer aujourd'hui, film qui est resté et reste toujours confiné à un certain anonymat vis-à-vis du grand public. Il m'aura fallu moi-même du temps en poursuivant mes longues recherches de films avant de tomber sur cette perle. Je ne sais pas si nous pouvons parler de film sous-estimé mais il y a une reconnaissance qui manque à ce film et c'est bien dommage car Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? possède un nombre stupéfiant de grandes qualités. Mais sans plus attendre, attelons-nous à l'analyse de ce film. 

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ATTENTION SPOILER : Au temps du cinéma muet, Jane est une grande star acclamée du public tandis que Blanche reste confinée dans l'oubli. Dans les années 30, les rôles sont inversés et c'est Blanche qui peut goûter cette fois-ci aux feux de la rampe. Mais bien des années après, on assiste à l'apparition d'une névrose commune chez ces soeurs soumises depuis toutes petites à la rivalité. Tandis que Blanche se trouve être infirme suite à un mystérieux accident, Jane s'est métamorphosée en tortionnaire multipliant les humiliations et mauvais traitements sur sa soeur. FIN DES SPOILERS.

Au risque de me répéter encore et toujours, nous voici encore face à un synopsis d'une efficacité redoutable, tranchant comme un rasoir et qui ne peut qu'éveiller la curiosité de tout passionné de thriller et de films à suspense. Rarement il m'aura été donné d'être aussi emballé à la lecture d'un synopsis. Synopsis d'autant plus inquiétant qu'il nous offre un avant-goût d'une violence bien ancrée dans le film mais j'y reviendrai par la suite. Le réalisateur derrière ce projet se nomme Robert Aldrich qui a pu nous gratifier de quelques (très) grands films comme Les 12 Salopards, En Quatrième Vitesse (considéré par beaucoup comme son chef d'oeuvre) et Chut... chut, Chère Charlotte mais à mon grand malheur, je n'ai vu pour l'instant que le film de cette chronique (chose que je compte réparer de toute urgence). D'ailleurs, il est bon de préciser que dans les films que j'ai cités ici, on retrouve toujours un synopsis avec un fort avant-goût de violence. Ce qui n'est de toute façon guère étonnant vu que le réalisateur a ce goût de la violence parfois poussée à l'extrême dans le contexte de l'époque bien sûr. Voici pour les formalités et parlons maintenant de Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?

Ici, Aldrich nous plonge dans un monde sombre et inquiétant où le noir et blanc n'aura jamais été aussi bien choisi pour un film de cette trempe. C'est dans ce milieu austère qu'évoluent 2 soeurs que tout oppose, l'une qui est soumise à l'autre n'hésitant pas à l'humilier et la maltraiter. Je tiens d'ailleurs à souligner que leurs prestations sont absolument dantesques et en particulier celle de Bette Davis incarnant Jane. Elle habite littéralement son personnage d'infirmière envahie par une folie dont elle n'a pas conscience et un goût amer de vengeance. Pour l'anecdote, Joan Crawford incarnant Blanche et Bette Davis avaient la réputation de se détester également dans la vraie vie. On peut dès lors admettre l'hypothèse que leur ressenti envers chacune a pu sans doute jouer un rôle dans leur prestation. Au risque de paraître mauvaise langue, je pense que ce ne fut pas un mal et peut être que cette production ait pu les "réconcilier" par la suite.

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J'avais d'ailleurs chroniqué quelques semaines avant Sunset Boulevard qui traitait des dangers de la célébrité sur la psychologie de jeunes gens fragiles et narcissiques. Ici on retrouvera exactement la même thématique ciblant Jane qui se révèle tout bonnement incapable de faire face à l'oubli du grand Hollywood et du public, ce qui la plongera d'ailleurs dans une folie pour le moins effrayante. Aldrich signe donc une critique acide sur le monde du show-biz avec ses stars jetables et les dérives malsaines qui en résultent. Ce n'est d'ailleurs guère étonnant d'apprendre que Jane fut souvent comparée à Norma Desmond, l'actrice principale de Sunset Boulevard. De fait, un lien très fort unit ces 2 films tout en les différenciant parfaitement dans l'histoire et le traitement opéré. Inutile ici de parler d'un quelconque plagiat.

Une autre caractéristique que nous pouvons sensiblement rapprocher à Sunset Boulevard est la gestion de l'espace et des décors. Là où nous évoluions dans un manoir, ici on passera la plupart du temps dans cette maison maudite, relique d'un sadisme permanent et inconnu du voisinage se déroulant à leur insu. Maison, qui d'ailleurs, crée un sentiment d'oppression permanent où se mêle une ambiance de désespoir au travers de plans parfaitement travaillés. Inutile de vous dire d'ailleurs que la réalisation est aux petits oignons tant au niveau des cadrages que de la bande sonore, lugubre et glauque, accompagnant toute la progression du film. Et c'est là où on peut pointer du doigt tout le talent du réalisateur à nous baigner dans cette atmosphère suffocante alors que le film peut être considéré comme un semi huis clos.

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Que peut-on maintenant dire du déroulement de l'histoire en lui-même ? Je ne vais pas m'éterniser et vous dirai clairement que le suspense est permanent, agressif en nous offrant un film sans le moindre temps mort, et ce malgré une durée de 135 min. Encore maintenant, ce film terrasse au petit doigt (ou rivalise sans souci) la majorité des films à suspense sortis et je n'hésite pas à dire qu'il nous offre une tension digne des plus grands Hitchcock. Je ne peux concevoir le fait de dormir ou de se curer le nez d'ennui devant ce spectacle. Bien évidemment, ce que je vais dire ici reste subjectif mais j'ai trouvé le suspense présent ici aussi redoutable que Psychose ou Fenêtre Sur Cour.

Mais ce qui frappe dans ce long-métrage, c'est le degré de violence psychologique très élevé pour l'époque. Non pas que je sois une petite fleur sensible mais le film ne se montre pas avare pour agresser ses spectateurs au travers de quelques séquences redoutables. Plus on progresse dans le récit et plus l'ambiance devient étouffante et désespérée. Nous sommes invités à suivre le cauchemar de Blanche sans aucune défense face à sa soeur, une belle allégorie du dominant et de la dominée. Evidemment, la violence est devenue beaucoup plus imposante au fil du temps. Evidemment, il est inutile de s'attendre ici à de la violence purement physique saupoudrée de gore. Ici, le réalisateur nous plonge dans les méandres de la folie humaine et de ses plus bas instincts face à un besoin inassouvi et cela reste à mes yeux bien plus efficace que de la violence pure (je parle de violence pure mais les films d'ultra violence comprenant roughie, death movies et délires sadiques japonais ne comptent évidemment pas).

En conclusion, Aldrich nous offre sur un plateau d'argent, un superbe thriller où se mêle à la folie, un suspense omniprésent mâtiné de moult retournements de situation. Véritable petit bijou du 7ème art, le film emprisonne son spectateur pour ne le lâcher qu'à la fin via une dernière scène résumant parfaitement ce que le réalisateur dénonce. Hissé parmi mes films préférés, je ne peux que conseiller sévèrement ce film aux amateurs de thriller, d'ambiance noire et tant qu'on y est, à n'importe qui. Voici un bien bel uppercut qu'Aldrich nous propose et cela me motive à me procurer de toute urgence ses autres films. Un chef d'oeuvre !!

 

Note : 19/20

 

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