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Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 2009
Durée : 1h07

Synopsis : Deux groupes d'amis décident de partir en excursion dans la campagne anglaise. Pas le meilleur choix de villégiature à faire lorsqu'il y a une famille de cannibales dégénérés qui hante les alentours, bien décidée à améliorer l'ordinaire de son menu. Le carnage peut commencer... 

La critique :

Les anglais, il ne manquait plus qu'eux ! Il ne manquait plus que eux aussi, se mettent au cinéma extrême... Très longtemps, le cinéma d'horreur d'outre Manche a été une référence indéboulonnable. Sans remonter jusqu'à la genèse du Septième Art, rappelons-nous que le cinéma fantastique anglo-saxon régna en maître durant les décennies 1950, 1960 et 1970. C'était le temps des productions Hammer ou Amicus, à qui l'on doit d'innombrables classiques où brillèrent Peter Cushing, Christopher Lee et autres Vincent Price. Bon, ça c'était avant. Plus de trente ans d'hibernation plus tard (j'exagère à peine), nos amis british se réveillent soudain et nous balancent The Descent en 2005 puis Eden Lake l'année suivante.
Deux succès au box-office qui eurent le mérite de relancer l'intérêt pour le genre dans un cinéma fantastique anglais quasi moribond. Mais, malgré toutes leurs qualités, ces deux films se contentaient d'évoluer dans l'horreur "grand public", celui qui se situe encore dans le politiquement correct. Restait donc à franchir la ligne blanche pour aller jouer dans la cour des vrais fous furieux, là où le cinéma d'horreur dépasse les bornes sans aucune retenue.

C'est ce pas qu'ont décidé de franchir David V.G. Davies et Jack A. Kirby en 2009, lorsqu'ils se lancent dans la réalisation de Animal Soup. Doté d'un budget microscopique, ce petit film indépendant ressemble furieusement dans son concept aux premiers essais de Peter Jackson ou Olaf Ittenbach, lorsque ceux-ci n'étaient encore que de jeunes débutants prometteurs. Mais ne réalise pas Bad Taste ou Black Past qui veut. Nos apprentis cinéastes ont beau eu s'y mettre à deux, ils ne cumulent pas le talent du néo-zélandais et la folie de l'allemand. Pour leur premier films, les "rosbifs" duettistes accouchent d'une oeuvre sympathiquement douteuse, dont le synopsis peut s'écrire, sans problème, sur un dé à coudre.
Attention, SPOILERS ! Deux jeunes femmes gothiques, Mia et Terri, décident de partir en excursion dans la verdoyante campagne anglaise. Non loin de là, un autre duo formé de Mike et de son meilleur copain, se lance également à la découverte de cette contrée sauvage et reculée. Très vite, les jeunes randonneurs vont s'apercevoir qu'ils ne sont pas seuls.

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A l'affût, tapie dans l'ombre d'une fratrie de cannibales dégénérés est là, qui les observe. Trop heureux de voir débarquer un nouvel arrivage de chair fraîche et appétissante, les sauvages vont se lancer dans l'abattage systématique du groupe, non sans avoir fait subir les pires tortures à chacune de leurs victimes. Soyons clairs d'entrée, Animal Soup est un mauvais film. Mal réalisé, mal interprété, transpirant d'un amateurisme avéré des deux côtés de la caméra, cet objet cinématographique indéterminé aurait dû finir au placard des erreurs filmiques dont regorge le cinéma underground (et le cinéma "normal" également). Et cependant, un petit miracle se produit lors de son visionnage.
De nanar (navet ?) plus ou moins défini durant sa première moitié, le film se transforme en véritable cauchemar lors de sa deuxième partie. Pourtant, ce n'était vraiment pas gagné. Dès le début, le film ne tient pas la route et s'annonce comme un naufrage programmé : un scénario ectoplasmique, des situations aberrantes et une interprétation à la limite de la boufonnerie, n'en jetez plus !

En plus de cela, le film souffre, par dessus tout, de deux défauts hautement rédhibitoires. En premier lieu, l'absence totale de second degré. Nous avons beau être au pays de Simon Pegg et Nick Frost, il ne faudra pas compter sur les réalisateurs pour apporter une quelconque touche humoristique (ou alors, ce sera de manière involontaire) au cours des 67 minutes que dure le métrage. Deuxième point d'achoppement : la multiplication des références et ce, jusqu'à saturation.
Sur ce point précis, Animal Soup porte bien son nom. Les deux co-réalisateurs, qui connaissent leurs classiques sur le bout des doigts, nous abreuvent d'un flot ininterrompu d'hommages manifestes, où le spectateur pourra trouver tout un tas d'analogies avec des films célèbres. Je n'en ferai pas la description mais la plus évidente concerne le postulat de départ en lui-même, sorte de mixage entre Massacre à la Tronçonneuse et La Colline a des Yeux. Les similitudes avec le classiques de Tobe Hooper en deviennent plus évidentes encore lorsque le frère le plus taré de la famille apparaît affublé d'un masque de peau humaine : un véritable copier-collé de Leatherface !

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Alors comment ce film bien mal embarqué peut-il changer à tel point de physionomie au fil des minutes ? Tout d'abord, par le jeu des acteurs (dont un est le portrait craché de Charles Manson) qui interprètent la fratrie dégénérée. En premier lieu, ils nous sont présenté comme des huluberlus pitoyables mais presque attachants. Beaucoup plus, en tout cas, que les victimes dont on se moque royalement du sort tant elles manquent d'intérêt et de charisme. Mais au fil des minutes, l'excentricité euphorique laisse la place au côté sombre. Et si les multiples couinements et simagrées avaient pu amuser (ou exaspérer) le spectateur lors des premières minutes, la brutalité des actes proposés dans la dernière partie du film aura tôt fait de refroidir l'ambiance... Car ce que l'on attend avant tout d'un film underground, c'est qu'il assure le "spectacle" en respectant la règle des trois D : déviances, décadence et déjections !
Animal Soup va s'acquitter sans problème de cette tâche puisqu'il bascule soudain, dans sa dernière partie, et change radicalement de registre.

Terminé les verts pâturages bucoliques, l'action s'installe dans des catacombes putrides et délabrées. L'atmosphère devient sordide le climat réellement malsain. Si le film avait été jusque-là plutôt avare en séquences marquantes, il va se rattraper en alignant les scènes chocs : nécrophagie, viols, urophilie et défèquements faciaux (qui paraissent réalisés sans trucages), empalement, vomissements, castration... Le point culminant est atteint lorsqu'un des deux frères se masturbe en lisant "Mein Kampf" tandis que face à lui, son autre frère découpe le visage d'une victime hurlante.
Incontestablement, ce final glauque lorgne du côté des August Underground. Encore une autre référence... Malgré un interminable litanie de défauts, Animal Soup sauve les meubles par ses vingt dernières minutes très sévèrement gratinées. De plus, le film en dépit de (ou grâce à) son dilettantisme, se révèle fort attachant. Mais depuis 2009, David V.G. Davies et Jack A. Kirby n'ont plus fait parler d'eux. Il y a donc fort à parier que ce film n'aura été qu'un one shot. Peu importe, les deux compères décomplexés du bulbe se seront fait plaisir en réalisant cet ovni filmique maladroit, mais tout de même sacrément violent et transgressif. Ma note généreuse récompensera donc les effforts louables des réalisateurs, pourtant peu talentueux, pour présenter une oeuvre jubilatoire mais très facilement oubliable.

Note : 10.5/20

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