Shining

Genre : Epouvante, horreur (interdit aux -12 ans)

Année :1980

Durée :2h26

 

Synopsis : Jack Torrance, gardien d'un hôtel fermé l'hiver, sa femme et son fils Danny s'apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le "Shining", est effrayé à l'idée d'habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles événements passés...

 

La critique :

Je crois qu'il est inutile de présenter Stanley Kubrick en 2016. Réalisateur controversé ayant défrayé la chronique à de nombreuses reprises et refusant de se plonger dans le conformisme cinématographique du cinéma grand public de l'époque, il se présentait comme un réalisateur extrêmement perfectionniste et soucieux du moindre détail des films. Aujourd'hui classé parmi les plus grands réalisateurs, il présente de nombreux adeptes lui vouant quasiment un culte et j'admets en faire partie, même s'il me reste encore à voir 2 ou 3 films de sa filmographie.
On pourrait classer ses films à lui seul, comme pour Lynch, dans une catégorie particulière tellement ils ont quelque chose de différent. Et pourtant, là est le grand atout de ce réalisateur, il multipliait les genres passant de l'anticipation à la comédie, l'épouvante et la guerre. De ce réalisateur, émergera notamment le film à scandale Orange Mécanique (mon film préféré tout simplement) nous donnant une vision chaotique d'un monde en pleine décadence. Comment ne pas oublier également Les Sentiers de la Gloire, autre film à scandale également ? Parlons aussi de Docteur Folamour, Full Metal Jacket (le moins bon à mes yeux), Eyes Wide Shut sans oublier ses premiers métrages très peu connus mais néanmoins excellents, qui sont Fear and Desire ainsi que Killer's Kiss. Voilà en gros un peu plus de la moitié de ses films, tous de très grande qualité mais mon boulot aujourd'hui, n'est pas de lécher les pieds de ce cher Kubrick mais d'analyser un de ses nombreux classiques.

Comme beaucoup le savent, Shining est une adaptation du roman du même nom écrit par Stephen King, à qui l'on doit un nombre incalculable de romans et de films basés dessus. A sa sortie, les critiques moyennes pleuvent sur Kubrick en lui reprochant d'avoir détruit tout ce qui était terrifiant dans le roman. Le film va même jusqu'à être nommé 2 fois aux Razzie Awards dans les catégories pire actrice pour Shirley Duvall et pire réalisateur (une honte !) pour notre cher Kubrick. Pour ne rien arranger, même si Stephen King a adoré l'adaptation, il n'en demeure pas moins fortement mécontent car le film trahirait l'esprit du livre. Bref qui aurait cru aujourd'hui que Shining s'était fait presque uriner dessus à l'époque ?
Fort heureusement, au fil des années, les critiques se montreront de plus en plus favorables, dithyrambiques même. De nos jours, ce film est considéré comme un des grands classiques du cinéma d'horreur et allons plus loin, comme un film culte. Maintenant passons à l'analyse en elle-même.

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ATTENTION SPOILER : Jack Torrance, ex-professeur s'étant lancé dans le boulot d'écrivain, est reçu pour un entretien d'embauche à l'hôtel Overlook afin de postuler comme gardien ayant pour objectif d'entretenir l'hôtel durant l'hiver. Voyant une opportunité pour se consacrer pleinement à la création de son ouvrage, Jack s'embarque avec sa femme Wendy et son fils Danny dans cet hôtel isolé et coupé du monde. Averti du carnage s'étant produit il y a quelques temps par un gardien devenu fou suite à l'isolement, Jack n'en tient pas compte mais peu à peu, ce qui s'annonçait comme un hiver calme, va se dégrader. Tandis que Danny perçoit des visions l'avertissant du danger à venir, Jack va basculer tout doucement dans la folie. FIN DES SPOILERS.

Nous voilà embarqués dès les premières minutes dans un climat austère et inquiétant avec ce film débutant sur une musique oppressante et ces plans sur la voiture s'engouffrant dans une étendue sauvage à perte de vue, où il ne semble y avoir pas âme qui vive. Les intentions du film sont évidentes. Ici on oublie le gore et l'horreur classique à base de screamer avec ces personnages braillant, hurlant et plus si affinités. Kubrick nous plonge dans la plus pure horreur psychologique et clairement, tous les facteurs sont rassemblés à savoir un hôtel vide perdu au beau milieu de tout, un garçon ayant des visions d'angoisse, une mystérieuse chambre 237 et une sensation d'isolement de plus en plus persistante.
Très clairement, Shining n'a pas usurpé sa réputation de grand classique du cinéma d'horreur. Avec pourtant 35 années au compteur, ce film se révèle toujours aussi efficace dans son approche diamétralement différente de l'époque. Les visions que Kubrick a de la mise en scène provoquent le malaise chez le spectateur. Ainsi comment ne pas être crispé par cet ascenseur s'ouvrant lentement en laissant échapper un flot de sang ? Comment ne pas être mal à l'aise face à la vision des 2 filles dans le couloir ?

Kubrick n'a pas pour objectif de faire sursauter le spectateur. Il a très vite compris que cette méthode ne fonctionne quasi jamais. Le but est de le prendre à la gorge, de le larguer dans cet hôtel infernal et de le laisser à l'intérieur pour ne le sortir qu'à la fin. Ici on plonge le spectateur en plein cauchemar éveillé à travers près de 2h30 de malaise persistant et cela aboutit logiquement à un véritable film d'horreur à proprement parler. Voilà ici la plus grande qualité de ce long métrage. On navigue dans un univers semblant être hors du temps où une très forte désintégration familiale (et le mot est faible !) pointera de plus en plus le bout de son nez. Là encore, une autre grande qualité est que Kubrick a fait en sorte que l'on ne s'emmerde jamais malgré la relative longue durée du film.
La tension est palpable, omniprésente et on ne sait jamais ce qui peut se produire chaque minute. Le réalisateur a toutes les cartes en main et s'amuse à jouer avec les nerfs du spectateur. 

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Pour continuer à embrasser tendrement ce film, sachez que la prestation de l'acteur principal, le grand Jack Nicholson, est tout simplement démentielle. Dès les premières minutes du film, on sent directement ce personnage comme instable émotionnellement et poursuivi par un fantôme du passé qui s'est révélé être l'alcoolisme, une pulsion qui ne s'est peut-être pas encore réellement effacée. On pourra néanmoins comprendre les critiques de l'époque disant que le personnage dans le roman de King était un homme bon, sombrant dans la folie, alors qu'ici on pourrait presque croire que Jack Torrance semble déjà atteint d'une certaine folie en arrivant à l'hôtel. Mais personnellement, je n'ai rien à redire sur sa prestation qui atteindra des sommets dans la dernière partie du film, avec cette séquence culte de la porte fendue à la hache. Encore maintenant, cette séquence cloue le spectateur à son canapé.

Concernant les autres personnages, leur prestation n'atteint bien évidemment pas le niveau de Nicholson. On pourra par exemple être un peu agacé par l'idiotie primaire de Wendy dès le début du film où elle considère l'hôtel comme une création divine. Ses "c'est époustouflant", "c'est vraiment magnifique", "waaaaaw", "rose et or, c'est ce que je préfère" énervent à tel point qu'on a envie de donner une hache à Jack pour qu'il fasse en sorte de mettre Wendy en veilleuse. Fort heureusement, la séquence ne s'éternisera pas et sa prestation s'améliorera nettement mieux par la suite.
Beaucoup, et encore maintenant, n'ont pas supporté cette actrice mais personnellement, j'ai trouvé qu'elle apportait vraiment quelque chose, notamment dans ces séquences où son visage provoquait le malaise quand elle était paniquée. Les mauvaises langues diront que ça résulte en partie de son physique disgracieux. Je le sens venir mais on va pas se cacher qu'il y a un petit peu de ça.

En ce qui concerne Danny, il se montre véritablement inquiétant et beaucoup plus profond qu'il n'en a l'air, avec le don de voyance télépathique qu'il a hérité, lui conférant la vision de scènes pour le moins affreuses à supporter, surtout pour un gosse de 8 ans. Encore une fois, et comme sa mère, il se montrera énervant durant une séquence où il répètera 3 675 948 fois "Redrum" et là, on a juste envie de lui hurler à 10 cm de sa tronche de la fermer. En dehors de ces quelques petits problèmes, les acteurs se débrouillent largement.

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Parlons maintenant de la plastique du film. Là encore, Kubrick montre qu'il est perfectionniste à tout point de vue. On appréciera ces longs plans ouverts au début sur cette route semblant être sans fin mais pas seulement, car il apportera aussi de grands plans à l'intérieur de l'hôtel, conférant à ce bâtiment une sensation de grandeur coïncidant avec cette oppression permanente. C'est un paradoxe fort agréable de parvenir à étouffer le spectateur dans cette ambiance claustrophobique alors que les plans sont ouverts et vastes. On appréciera également ces travelling lors des virages que Danny fera avec son tricycle dans les longs couloirs de l'hôtel. Le fait de placer la caméra à même le sol parvient ainsi à augmenter la tension du spectateur s'attendant à tout et n'importe quoi lors de ces séquences.
Grâce à tous ces éléments, le film est un modèle de tension à lui seul sachant qu'il se passe toujours quelque chose, qu'il y a toujours un petit truc pour garder l'attention du spectateur malgré une mise en scène à des années-lumière de quelque chose d'épileptique et de rapide. Comme je l'ai dit avant, la tension monte crescendo et ne redescend jamais.

Pour autant malgré cette chronique assez longue, le film se montre beaucoup plus difficile à analyser qu'il n'en a l'air. Le mystère planera encore à la fin du film et la fin en tant que telle prête à de multiples interprétations sachant que Kubrick a volontairement intégré cette fin ouverte. Certains événements interrogeront le spectateur, notamment dans la dernière partie cauchemardesque où tous les fantômes résidents semblent s'être réveillés. On peut dès lors comprendre certaines critiques reprochant au film d'être trop abscons par moment. Je ne vois pas vraiment ça comme un défaut car cela contribue au mystère persistant qui ne s'évaporera jamais.
En conclusion, Kubrick nous offre ici un véritable petit bijou de tension et d'épouvante saisissant le spectateur à la gorge pour ne le lâcher qu'à la fin du récit. Un grand film se vivant plus qu'il ne se raconte et plus complexe qu'il en a l'air, presque atypique même. Il n'en demeure pas moins être un film qui aura marqué une époque et qui continue encore à marquer de nouvelles générations. Si vous n'avez pas, honte à vous mécréants, vu ce film ; je vous invite solennellement à vous y jeter le plus rapidement possible.

 

Note : 17,5/20

 

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