serial killers les vrais hannibal lecter

Genre : documentaire, shockumentary (interdit aux - 16 ans)
Année : 2001
Durée : 59 minutes

Synopsis : De Albert Fish à Andreï Tchikatilo, en passant par Jeffrey Dahmer, une plongée terrifiante dans la démence et la folie meurtrière

La critique :

Les tueurs en série au cinéma... Un genre qui a connu son heure de gloire dans le noble Septième Art. C'est ainsi que commence ce documentaire, intitulé Serial Killers : Les Vrais Hannibal Lecter, réalisé par Sean Buckley en 2001. Le film commence par présenter plusieurs classiques du cinéma, notamment Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) et bien sûr Le Silence des Agneaux (Jonathan Demme, 1990). Soit deux grosses pointures et références du thriller et du cinéma d'horreur.
Autrement dit, les tueurs en série ont toujours fasciné. Oui, mais pourquoi ? Quelle sont les origines et les racines ancestrales de cette admiration pour des individus (presque exclusivement des hommes) qui torturent, séquestrent, dilapident et s'adonnent même au cannibalisme ?

Telle est la question sous-jacente posée par ce documentaire choc et justement interdit aux moins de 16 ans. Plusieurs serial killers tristement célèbres sont rapidement évoqués, notamment Ed Gein qui va inspirer justement Le Silence des Agneaux et Massacre à la Tronçonneuse, Ted Bundy, ou encore John Wayne Gacy ? Mais le documentaire se focalise sur trois tueurs en série : Albert Fish, Andreï Tchikatilo et Jeffrey Dahmer. Pourquoi ces trois meurtriers en particulier ?
Le documentaire n'apporte pas vraiment de réponse mais il tente d'illustrer sa thèse qui est la suivante : ces assassins psychopathes ne seraient que les reflets de nos pulsions primitives et archaïques. Dans son introduction, le réalisateur, Sean Buckley, évoque à travers plusieurs interviews d'éminents criminologues et experts, les origines du cannibalisme.

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A la base, ce rituel pantagruélique est pratiqué par des tribus sauvages. Le but n'est pas seulement de triompher de l'ennemi, mais de l'annihiler et de le néantiser en le tortorant, en particulier ses principaux organes. L'être humain serait-il toujours poursuivi et donc intimement lié à ses pulsions primaires ? Encore une fois, telle est la thèse soutenue par le film. Les serial killers seraient donc les dignes épigones de nos lointains ancêtres et de nos pulsions refoulées.
C'est probablement pour cette raison qu'ils suscitent l'admiration de leurs mêmes contempteurs. Certes, depuis l'homme des cavernes, la société a beaucoup évolué. Mais pas l'Humanité toujours en proie à des tabous profonds et ineffables. Chacun de nous possède des émotions propres, parfois difficilement contrôlables et enfouies dans notre cerveau reptilien, notamment la joie, la peur et la colère.

La seule différence, c'est que nous sommes plus ou moins capables de réfréner nos pulsions. Or, le serial killer n'est pas maître de son monde pulsionnel. Autrement dit, si l'on se réfère à Freud et à la psychanalyse, le Surmoi a pris le dessus sur le Moi. En résumé, c'est l'égo et la recherche de l'omnipotence qui prédominent chez le tueur en série. Ce profil de psychopathe se trouve surtout aux Etats-Unis, en particulier dans l'Etat de la Californie. Pourquoi ? Difficile de répondre.
Néanmoins, on peut soutenir la thèse sociologique avec une société à la fois consumériste et gangrénée par le crime, la violence et ses propres corollaires (chômage, exclusion et précarité entre autres...) qu'elle a contribuer à créer. En outre, le fameux Hannibal Lecteur, soit le psychiatre cannibale du Silence des Agneaux, n'est qu'un mythe créé par la littérature, puis par le cinéma. 

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Dès lors, le documentaire peut se focaliser sur ces trois érudits de l'anthropophagie. Premier cas et pas des moindres, Albert Fish. A priori, rien de prédestine cet homme, à priori banal, à devenir l'un des pires tueurs en série de l'histoire. Marié et père de six enfants, il s'adonne à des pratiques sexuelles sadomasochistes, mais pas seulement. Lorsque sa femme le quitte pour un autre homme, Albert Fish se transmute en bête immonde pratiquant à la fois le cannibalisme, la nécrophilie et la pédophilie.
Il kidnappe et viole essentiellement des enfants. Pis, il se vante carrément de ses crimes. Il envoie une lettre à la famille de Grace Budd, une jeune éphèbe âgée de 12 ans et disparue depuis plusieurs mois. Dans son épître, il avoue non seulement le crime mais détaille avec une joie non dissimulée tous les sévices infligés à l'enfant.

Pourtant, en apparence, Albert Fish ne paie pas de mine. C'est un homme affable, magnanime et au visage chenu. Rien ne laisse transparaître et/ou supposer une personnalité psychopathique et abominable. Arrêté par la police en 1935, il est finalement condamné à la peine capitale et exécuté sur la chaise électrique en 1936. Second cas abordé par ce documentaire, celui d'Andreï Tchikatilo.
Ce serial killer ne sévit pas aux Etats-Unis mais dans la Russie communiste des années 1970 et 1980. 
Instituteur de profession, il assassine principalement des enfants. C'est en les torturant et en les suppliciant qu'il obtient de la satisfaction et du plaisir sexuel. Andreï Tchikatilo est donc unanimement considéré comme un monstre. Matois, il nargue la police et s'en prend exclusivement aux enfants désoeuvrés, abandonnés et issus de familles désargentés.
Par conséquent, personne ne se soucie réellement de leur disparition.

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Certes, Andreï Tchikatilo sera arrêté plusieurs fois, mais à chaque fois libéré. Membre du parti communiste, il ne peut être l'auteur de crimes aussi épouvantables. D'autant plus que Tchikatilo dévore ses victimes, principalement leur coeur et leurs organes génitaux. Il est le premier cas avéré d'anthropophagie sur des utérus. En 1990, après avoir perpétré au moins 55 assassinats, il est finalement arrêté puis condamné à la peine de mort (une balle dans la tête).
Pour la petite anecdote, juste avant de mourir, Andreï Tchikatilo déclare péremptoire : "Merci de ne pas tirer la balle dans la cervelle, les japonais la veulent pour l'analyser !". Et en outre, cette phrase prémonitoire sera avérée par les autorités soviétiques ! Troisième et dernier cas : Jeffrey Dahmer. En l'occurrence, ce psychopathe, lui aussi cannibale, présente un profil un peu différent.

Contrairement à Ted Bundy, Gacy et autres tueurs en série américains tristement célèbres, Jeffrey Dahmer éprouve des remords sincères. Tout du moins, c'est l'analyse et l'expertise de psychiatres aguerris. Surnommé le cannibale de Milwaukee, Jeffrey Dahmer lutine et s'énamoure avec de nombreuses conquêtes homosexuelles pour mieux les appâter chez lui. On lui reconnaît au moins 17 homicides.
Seule différence avec ses tristes congénères, Jeffrey Dahmer ne tue pas pour le plaisir de faire souffrir ou d'assassiner. Lors de son procès, il est diagnostiqué "psychotique" à tendance psychopathique. Contrairement à ses pairs, Dahmer ôte la vie de ses victimes aussitôt après les avoir empoisonnés. Ensuite, il viole, les dépouille avant d'extirper les principaux organes, qu'il conserve soigneusement dans son frigidaire.

Son objectif ? A partir de ces dépouilles, il espère fonder une armée de zombies avec qui il espère assouvir ses pulsions et ses satyriasis. En 1992, il est condamné à une peine de 957 années de prison ! Ecroué, il meurt en 1994, assailli puis battu à mort par plusieurs prisonniers. Dès lors, un procès s'engage entre le père et la mère du défunt. 
Le patriarche souhaite incinérer la dépouille de son fils alors que la mère demande la conservation du cerveau de Dahmer.
Après plusieurs années de batailles juridiques, c'est le père qui obtient satisfaction. Bref, autant d'anecdotes morbides pour ce documentaire évidemment polémique, pas forcément trash, tout du moins dans ses images, mais plutôt dans ses anecdotes sanguinolentes. Seul regret, une durée trop courte (à peine une petite heure de bobine). Par exemple, pourquoi ne pas avoir étudié les cas si particuliers de John Wayne Gacy et de Ted Bundy ? Certes, les deux tueurs en série sont promptement évoqués mais presque aussitôt éludés. Mais Serial Killers : les vrais Hannibal Lecteur reste un documentaire exhaustif, souvent passionnant, notamment dans son analyse psychiatrique.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver