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Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1999
Durée : 1h18

Synopsis : Trois étudiants en cinéma tournent un documentaire sur la légende d'une sorcière vivant dans la forêt de Blair, puis disparaissent mystérieusement après s'être égarés. La bande vidéo qu'ils ont enregistrée, retrouvée une année plus tard sur les lieux de leur disparition par la police, représente les scènes du film.

La critique :

Le found footage ou ce genre cinématographique qui utilise la caméra subjective, une autre façon d'envisager et d'appréhender le cinéma. Une recette déjà appliquée par les soins de Peter Watkins en 1964 avec La Bombe, un film post-apocalyptique. En l'occurrence, le found footage est souvent utilisé dans le registre horrifique. Il s'inscrit finalement dans la continuité du "Mondo". Ou lorsque le cinéma rejoint la réalité. A moins que ce ne soit l'inverse.
Le but ? Faire transparaître la caméra (ou le caméscope) comme le témoin d'une réalité souvent funeste, énigmatique voire barbare. En 1980, Ruggero Deodato popularise le found footage avec Cannibal Holocaust. Une vidéo retranscrit les derniers jours de journalistes partis dans les contrées sauvages et cannibales. Ils ne reviendront jamais, atrocement suppliciés et dévorés par des anthropophages.

A l'époque, Ruggero Deodato est traîné devant les tribunaux et prié de s'expliquer devant ses contempteurs. Tout le film n'est qu'un leurre. Seuls les atrocités et les meurtres commis sur des animaux sont bien réels. En 1992, C'est Arrivé Près de chez Vous (Rémy Belvaux) utilise le même procédé et se focalise sur les crimes abominables d'un tueur en série. A nouveau, le film provoque les anathèmes et les quolibets.
Entre 1998 et 1999, deux longs-métrages s'intéressent aux légendes anciennes et locales concernant de mystérieuses sorcières. Il s'agit de The Last Broadcast (Stefan Avalos et Lance Weiler) et du Projet Blair Witch (Eduardo Sanchez et Daniel Myrick). Si le premier film reste assez méconnu et/ou confidentiel, le second remporte un immense succès au cinéma. Une vraie surprise pour cette production impécunieuse (à peine 25 000 dollars) et bricolée de toutes pièces.

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En outre, Le Projet Blair Witch ressemble surtout à un projet marketing savamment orchestré. L'air de rien, il est le premier film d'épouvante à flagorner avec le phénomène du buzz via plusieurs trailers énigmatiques. Le long-métrage serait un véritable documentaire sur les dernières heures de trois étudiants en cinéma partis explorer une forêt démoniaque. Contre toute attente, tout le monde (ou presque...) marche dans la supercherie. Encore une fois, le film d'Eduardo Sanchez et Daniel Myrick partage de nombreuses similitudes avec The Last Broadcast.
Certains contempteurs reprochent même au Projet Blair Witch d'avoir volé le succès (et même le scénario) au film de Stefan Avalos et Lance Weiler. Des allégations qui n'ont jamais pu être avérées ou prouvées...

En outre, Le Projet Blair Witch s'inspire essentiellement de Cannibal Holocaust. Remplacez l'expédition amazonienne par une longue marche dans la forêt du coin, remplacez à nouveau les indigènes voraces par des fantômes ou des présences hallucinatoires et/ou mystérieuses, et vous obtenez peu ou prou le même montage. Certes, les deux films n'ont pas les mêmes ambitions ni le même budget. 
Toutefois, le principe et l'évolution du scénario restent quasiment identiques. Ensuite, Eduardo Sanchez et Daniel Myrick n'ont jamais caché leur admiration pour le film scandale de Ruggero Deodato. D'ailleurs, à ce jour, Le Projet Blair Witch reste leur plus grand succès. Depuis, les deux cinéastes sont tombés dans l'anonymat et la confidentialité. Certes, ils produiront Blair Witch 2 : le livre des Ombres

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Mais depuis, c'est le silence ou presque. Faute de renouveler avec le succès, les deux réalisateurs ont déjà annoncé le tournage d'un Projet Blair Witch 3. Néanmoins, ce troisième volet reste à l'état de "projet" (c'est le cas de le dire). En l'occurrence, Le Projet Blair Witch va lancer (ou plutôt relancer) la mode du found footage au cinéma. Que ce soit Rec, Cloverfield ou encore Paranormal Activity, toutes ces productions vont évidemment triompher au cinéma, suscitant à la fois l'effroi et les interrogations d'un public essentiellement impubère.
A tel point que la mode du found footage frise aujourd'hui l'overdose avec toute une pléthore de longs-métrages abscons. Vous l'avez donc compris. Point d'étudiants disparus ni de sorcières acariâtres dans Le Projet Blair Witch.

Les trois étudiants en cinéma sont bel et bien des acteurs. La distribution du film réunit donc Heather Donahue, Joshua Leonard et Michael C. Williams. Attention, SPOILERS ! (1) En octobre 1994, trois jeunes cinéastes, Heather Donahue, Joshua Leonard et Michael Williams, disparaissent en randonnée dans la foret de Black Hill au cours d'un reportage sur la sorcellerie. Un an plus tard, on a retrouvé le film de leur enquête. Le Projet Blair Witch suit l'itinéraire éprouvant des trois cinéastes à travers la forêt de Black Hills et rend compte des événements terrifiants qui s'y sont déroulés.
A ce jour, les trois cinéastes sont toujours portés disparus (1). Certes, les contempteurs pourront toujours tancer et vilipender (à juste titre) sur le caractère commercial et mercantile opéré par Eduardo Sanchez et Daniel Myrick. 

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Pourtant, à ce jour, Le Projet Blair Witch fait partie des illustres références du cinéma d'épouvante. Plus de quinze après sa sortie, le film appartient aux classiques du cinéma horrifique. Narquois, Eduardo Sanchez et Daniel Myrick se gaussent de cette nouvelle tendance sur la Toile : le phénomène du buzz. Les deux réalisateurs ont déjà flairé tout le potentiel d'un pseudo documentaire filmé par une caméra subjective. C'est toute la force du Projet Blair Witch.
Mais le long-métrage ne se résume pas uniquement à une sorte d'attrape-nigaud avec son lot de contes ou d'histoires sur des sorcières maléfiques. Le long-métrage prend son temps pour exposer les faits et ses trois principaux protagonistes. Ainsi, la tension monte crescendo. Ce qui intéresse Eduardo Snachez et son fidèle comparse, ce n'est pas forcément la profusion d'effets spéciaux et visuels, mais surtout cette psychologie primaire, profondément archaïque et animale, qui vient s'immiscer dans une forêt en déshérence.

Le film se divise alors en trois parties bien distinctes. La première raconte toute l'organisation de l'expédition, à savoir ce qui conduit trois jeunes étudiants à s'intéresser de plus près à une légende locale : l'existence d'une sorcière et de curieux rituels (ancestraux) dans la forêt de Black Hills. Puis, nos trois héros plongent enfin dans cet univers nimbé de maléfices. C'est la seconde partie du film.
Dès lors, Le Projet Blair Witch happe littéralement le spectateur à la gorge. Là encore, la tension monte d'un cran. Après plusieurs jours de marche, nos trois randonneurs sont perdus au beau milieu de nulle part. Pis, désormais, ce sont des pierres et des branches amoncelées en de curieuses formes sataniques qui jonchent le sol d'une nature chaotique. Puis, sans fard, nos héros sont assaillis dans leur tente par une menace ineffable et extérieure. Au loin, une ombre (un enfant peut-être...) s'esbigne. 

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Joshua disparaît sans laisser de traces. C'est la troisième et dernière partie du film. La peur se transmute en paranoïa. La situation devient totalement incompréhensible. Quant à la forêt maléfique, elle commence à dévoiler peu à peu ses mystères. Ce qui conduit Heather et Michael vers une maison vermoulue et délabrée. A travers les murs, nos deux étudiants croient entendre ce qui ressemble aux cris de leur ami Joshua. Fin de la transmission. Fin de la vidéo.
Alors que Michael vient de succomber, Heather est à son tour assommée, probablement morte. Vous n'en saurez pas plus. La grande force du Projet Blair Witch réside surtout dans son absence presque totale d'explication. Le spectateur est sommé de chercher, de trouver et éventuellement de répondre à toute cette mise en scène rocambolesque, mais à priori bien réelle.
Ainsi, chacun aura sa propre analyse du Projet Blair Witch et des faits exposés. Comme quoi, pas besoin d'effets visuels ni de grands effets spéciaux pour susciter la frousse et ce sentiment de peur indicible. Certes, on pourra éventuellement fustiger le caractère prosaïque de cette pellicule, ainsi que de nombreuses longueurs superflues (notamment les vingt premières du film).
Cependant, Eduardo Sanchez et Daniel Myrick viennent de réaliser un véritable tour de force, le seul de leur modeste carrière cinématographique.

Note : 16/20

(1) synopsys du film sur : http://www.cinemafantastique.net/Projet-Blair-witch-Le.html

sparklehorse2 Alice In Oliver