Feed

Genre : thriller (interdit aux - 16 ans)
Année : 2005
Durée : 1h41

Synopsis : Deux policiers australiens enquêtent sur un site internet proposant de visualiser certains actes pervers sur le "Feederisme", notamment une forme de relation sadomasochiste entre un ravisseur et sa victime obèse. Plus les recherches avancent, plus l’agent Philip Jackson voit son passé ressurgir et sa vie de couple se désintégrer

La critique :

Souvenez-vous. C'était en 1995. David Fincher sort une bombe. Son nom ? Seven, soit un thriller qui relate l'histoire de deux officiers de police sur la piste d'un mystérieux psychopathe. Le criminel sadique planifie méthodiquement ses meurtres en s'inspirant des sept péchés capitaux. Le long-métrage marque durablement les esprits et devient rapidement une référence.
Le film inspire évidemment de nombreux succédanés, dont Feed, réalisé par Brett Leonard en 1995, fait partie. Brett Leonard... Certes, le nom de ce cinéaste ne doit pas vous évoquer grand-chose et tant mieux. Pourtant, le réalisateur est surtout connu pour avoir signé Le Cobaye (1992), probablement son film le plus populaire. Hélas, le reste de sa filmographie n'est guère éloquente.

Au hasard, comment ne pas citer Souvenirs de l'au-delà (1995), Programmé pour tuer (1995 également), Man-Thing (2005) et Highlander : le gardien de l'immoralité (2007) ? Bref, autant de désastres filmiques et d'échecs artistiques. Or, depuis le milieu des années 2000, plus de nouvelles du cinéaste. Avec Feed, Brett Leonard a l'occasion (peut-être...) d'améliorer sa carte de visite.
La distribution du film réunit Alex O'Loughlin, Patrick Thompson, Gabby Millgate, Jack Thompson, Rose Ashton, Matthew Le Nevez et David Field. Au moment de sa sortie en vidéo, le long-métrage écope d'une interdiction aux moins de 16 ans en France. Toutefois, Feed provoque les acrimonies et les turpitudes de la censure canadienne, avec une interdiction aux moins de 18 ans.

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Pourtant, pas de quoi sursauter de son siège ou de crier au scandale devant ce thriller de seconde zone et dans la lignée de Seven. Il suffit de lire le scénario pour s'en rendre compte. Attention, SPOILERS ! Deux policiers australiens enquêtent sur un site internet proposant de visualiser certains actes pervers sur le "Feederisme", notamment une forme de relation sadomasochiste entre un ravisseur (nourrisseur ou "Feeder") et sa victime obèse (autrement dit "Feedee").
Plus les recherches avancent, plus l’agent Philip Jackson voit son passé ressurgir et sa vie de couple se désintégrer. En vérité, Feed s'inspire de trois péchés capitaux : la gourmandise, l'envie et la paresse. Le postulat de départ est plutôt intéressant.

Le tueur en série fustige et vitupère le consumérisme et cette société hédoniste qui nous ont transformés en de vulgaires cacochymes. Parce que nous sommes devenus couards, séditieux, apathiques, égotistes et paresseux, le serial killer de service kidnappe des femmes qu'il nourrit à satiété et même jusqu'à l'overdose. Le principe est simple. En outre, l'assassin ne tue pas vraiment ses victimes mais il les force à se sustenter.
Son plaisir sexuel ? Assister à ses scènes de débauche et d'agapes tout en se livrant à des activités onaniques. Tous les jours, le sociopathe diffuse sur internet les courbes de poids de celles qu'il rudoie et morigène, ainsi que leur taux de cholestérol.
A contrario, il admoneste toutes ces jeunes femmes cachectiques, transmutées en des squelettes décharnés et symbolisant justement ce consumérisme azimuté.

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Vous l'avez donc compris. La véritable star du film, c'est évidemment le psychopathe dégénéré, qui mène par ailleurs une vie bien rangée dans notre société. Contre toute attente, Brett Leonard se focalise davantage sur son héros principal, un flic quarantenaire qui lutine et s'énamoure avec une jeune femme volage et mijaurée. En l'occurrence, les déboires sentimentaux de cet officier de police ne sont guère passionnants. Il faudra donc supporter ses parties de jambes en l'air ainsi que ses conversations oiseuses avec son énamourée. Par conséquent, Feed souffre de nombreuses baisses de rythme, hélas préjudiciables à la qualité du film. Ensuite, on retiendra peu de choses de l'interprétation, correcte... Sans plus.
Seul Alex O'Loughlin, dans le rôle du tueur en série, tire son épingle du jeu.

Certes, on relève ici et là plusieurs séquences solidement troussées et relativement choquantes, notamment lorsque le tueur torture ses victimes en les frappant sur leur paroi abdominale. Cependant, force est de constater que le réalisateur n'exploite pas totalement le potentiel de son sujet. Avec un tel assassin, Brett Leonard aurait pu nous proposer davantage de tripailles et de saynètes sanguinolentes.
Or, le cinéaste se contente du minimum syndical. De surcroît, il cède souvent à la facilité, notamment dans le portrait psychologique de son héros principal, à savoir un flic opiniâtre, évidemment manipulé par le psychopathe. Bref, la comparaison avec Seven s'arrête bien là. Hélas, Brett Leonard n'est pas David Fincher. Le cinéaste ne parvient jamais (ou trop rarement) à transcender son sujet.
Certes, Brett Leonard nous délivre quelques scènes sulfureuses et érotiques. Toutefois, rien de bien méchant non plus, juste le plaisir d'apprécier le joli minois de Gabby Millgate, par ailleurs inconnue au bataillon. En résulte un thriller plutôt correct qui repose essentiellement sur le charisme de son serial killer.

Note : 10/20

sparklehorse2 Alice In Oliver