NO VASELINE' (2)

Genre : pornographique, trash, expérimental, extrême (interdit aux - 18 ans)
Année : 2013
Durée : 1h15

Synopsis : Fidèle à son style expérimental, Marco Malattia repousse toujours plus loin les limites de l'agression visuelle en mettant en scène des acteurs masqués et cagoulés qui se livrent à des actes sexuels d'une violence hors norme. Le tout magistralement filmé par la caméra experte d'un réalisateur en passe de devenir culte dans le milieu underground. 

La critique :

Décidément, après les ignobles Channel 309 et The Motel Files and Other Random Cuts, vous allez faire une overdose de "Malattia-ite" aiguë ! Mais avouez qu'avec un titre pareil (et ce qu'il sous-entend), No Vaseline The Great Porn Swindle mériterait explicitement les honneurs de Cinéma Choc, et que je ne pouvais décidément pas louper l'occasion qu'il m'était donnée de vous accabler encore un peu plus d'insanités... Prêt pour la troisième couche ? C'est parti.
No Vaseline, premier long-métrage de Marco Malattia, ne doit sa récente reconnaissance qu'au succès retentissant de Channel 309, pourtant réalisé un an plus tard mais qui bénéficia d'une plus grande couverture médiatique et d'une sortie vidéo prioritaire. Ceux qui ont déjà vu un film du réalisateur italo-américain seront ici en pays de connaissance. A l'instar de ses autres oeuvres, Malattia a fait de No Vaseline une fantasmagorie poisseuse et hallucinée. Autrement dit, ambiance cauchemardesque garantie. Le film qui nous intéresse aujourd'hui s'inscrit dans la droite ligne du traumatisant The Motel Files and Other Random Cuts, dont il représente plus ou moins une "extended version" et que j'ai eu l'occasion de chroniquer il y a quelques semaines.

No Vaseline est certainement le film le plus outrancier de Marco Malattia. Quand on connaît le niveau incroyablement trash dans lequel évolue le réalisateur en temps normal, cela a le mérite d'annoncer la couleur : le film envoie du très très lourd. En effet, Malattia n'est pas là pour plaisanter. Ses acteurs non plus, du reste. Eux dont on ne voit jamais le visage, quelque soient les situations ; une constante dans les quatre premières expérimentations filmiques du nouveau maître du porno extrême.
Le port de masques et de cagoules fait partie intégrante d'une mise en scène sciemment orchestrée, ajoutant d'une part de mystère et intensifiant le malaise de situations déjà saturée d'insanités. Comme j'ai eu l'occasion de le répéter maintes fois, ce réalisateur possède un style unique et le concept de ses tournages est totalement novateur. A l'opposé de l'industrie pornographique classique qui se contente de satisfaire la demande masturbatoire d'une clientèle essentiellement masculine par les produits généralistes et formatés, Malattia lui, en prend l'exact contre-pied pour plonger le spectateur dans un abîme de tourments sensoriels, par le biais de séquences viscéralement répulsives et d'une violence paroxystique.

 

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Le résultat donne le vertige. Attention, SPOILERS ! Le film débute en présentant un homme affublé d'un masque de bouc en train de feuilleter un livre en caractères hébraïques. Puis, nous entrons immédiatement dans le vif du sujet avec un déferlement épileptique d'images hardcore, signature stylistique du réalisateur. Des séquences toutes plus brutales les unes que les autres vont alors se succéder à un rythme effréné. Alternant les scènes d'intérieur et de pleine nature, Malattia modifie également la structure des plans en passant de l'accéléré au statique, de même qu'il joue de manière incessante entre la couleur et le noir et blanc. Le film est accompagné d'une bande son psychédélique et désordonnée, composée essentiellement de béats métalliques qui se révèlent très vite déstabilisants pour le spectateur.
Au niveau du contenu, inutile de préciser que le film ne fait pas dans la dentelle. Jugez plutôt : urophilie buccale, fellation en gorge profonde d'une première performeuse qui vomit dans le vagin artificiellement dilaté d'une deuxième, vrais-faux viols avec coups sévères portés au visage, sodomies excrémentielles, défécations en gros plans, fist fucking sur femme enceinte, masturbation féminine lors de période menstruelle, etc.

A noter que les références religieuses et mystiques sont nombreuses, comme nous le verrons par la suite. Evidemment, ce genre d'agression ne peut s'adresser qu'à un public averti. Très averti même, tant le film va loin dans l'obscénité. Pour ma part, je considère qu'il est vraiment souhaitable que des oeuvres aussi extrêmes restent confinées à un cadre restreint d'initiés au vu de leur niveau de violence hors du commun. Ici, l'interdiction aux moins de 18 ans prend véritablement toute sa signification.
Dans No Vaseline, tout n'est que brutalité, maltraitances et excès en tout genre. Les performances sexuelles des acteurs sont certes impressionnantes, mais ce que l'on retient tout d'abord, c'est un climat délétère aux confins du blasphématoire, qui imprègne le film de toute sa pesanteur symbolique. No Vaseline serait-il alors un objet de métaphores mystiques et métaphysiques ? Certains détails pourraient le laisser penser. En tout cas, Marco Malattia connaît ses classiques et nous ressert une version hard de l'auto pénétration au crucifix pratiquée par Linda Blair dans L'Exorciste (1973).

 

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Ici, c'est une statuette de la Vierge Marie recouverte d'un préservatif, qui ressortira souillée de sang du vagin d'une performeuse en période de règles. Nombre de photos iconiques et religieuses tapissent également les murs des endroits de débauches. Autre fait marquant : les masques de bouc (représentation du Diable) ou de porc (animal honni par les religions juives et musulmanes) arborés par les acteurs mâles, sont aussi au programme. Si l'on ajoute à cela qu'un des protagonistes dessine avec du sang menstruel des symboles ésotériques sur le corps d'une partenaire, on ne peut que s'interroger sur le véritable message qu'a voulu délivrer le réalisateur. Cependant, il semble que ce dernier soit parti beaucoup plus dans la provocation gratuite que dans un satanisme radical.
Dans l'atmosphère, nous sommes encore loin des apologies lucifériennes ouvertement revendiquées par l'ICPCE (Institut pour la Coordination et la Propagation des Cinéma Exploratoires), coupable d'oeuvres hyper sulfureuses comme Incarnation ou A Rebours ; ces films expérimentaux étant de réels panégyriques au "Prince des Ténèbres"...

Quoi qu'il en soit, avec ce nouveau séisme filmique, Marco Malattia confirme sa totale domination sur l'art pornographique occidental. En effet, que ça soit en Europe ou aux Etats-Unis, aucun réalisateur X actuel n'est en mesure de contester sa puissance dévastatrice et sa remarquable inventivité. Seuls les "maîtres japonais" de l'underground se situent encore un cran au-dessus, en tout cas, en termes de violences graphiques. Pourtant, à la longue, son style révolutionnaire mais un peu trop répétitif, risque de se retourner contre lui et insidieusement, de décourager ses nombreux fans.
Il serait donc judicieux pour le créateur du New Edge Porn, de renouveler sans tarder son approche cinématographique du sexe extrême. Et cela semble déjà fait avec Kitva's Warmhole, un court-métrage très savamment travaillé, sorti en 2016. En totale rupture avec ses oeuvres précédentes, ce dernier opus "malattien" bénéficie de commentaires élogieux sur Internet et dans les milieux spécialisés. Comme quoi, le cinéaste a vite compris qu'il ne pourrait pas continuer à bombarder indéfiniment ses adeptes, à chaque nouveau film, de ces flots ininterrompus d'images hystériques.
En attendant pour son premier film, Malattia faisait déjà preuve de toute la maestria qu'on lui connaîtra par la suite et inscrivait instantanément No Vaseline au panthéon des films les plus outrageants jamais réalisés. Un coup de maître, une fois de plus.

 

Note : ?

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