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Genre : action, guerre (interdit aux moins de 12 ans)
Année : 1982
Durée : 1h37

Synopsis : John Rambo est un héros de la Guerre du Vietnam errant de ville en ville à la recherche de ses anciens compagnons d'armes. Alors qu'il s'apprête à traverser une petite ville pour s'y restaurer, le Shérif Will Teasle l'arrête pour vagabondage. Emprisonné et maltraité par des policiers abusifs, Rambo devient fou furieux et s'enfuit dans les bois après avoir blessé de nombreux agents. Traqué comme une bête, l'ex-soldat est contraint de tuer un policier en légitime défense. Dès lors, la police locale et la garde nationale déploient des moyens considérables pour retrouver le fugitif. Le Colonel Trautman, son mentor, intervient et essaie de dissuader les deux camps de s'entre-tuer pendant que Rambo, acculé et blessé, rentre en guerre contre les autorités.

La critique :

Si avec Rocky (John G. Avildsen, 1976) et Rocky 2 : la revanche (1978), Sylvester Stallone a enfin connu la gloire et la notoriété, 1982 est une année importante pour l'acteur et réalisateur. Non seulement, il tourne Rocky 3 : l'oeil du tigre, mais aussi un nouveau film dans la foulée qui va le consacrer au sommet d'Hollywood. Ted Kotcheff lui propose de tenir le rôle principal dans Rambo, un nouveau personnage qui va marquer la carrière du comédien.
A l'origine, le film est l'adaptation d'un roman éponyme de David Morrell, (1) un ancien professeur dont certains des élèves ont été soldats au Vietnam. (1) A travers cet opuscule, le cacographe vilipende cette Amérique hippie et libertaire qui fustige et ostracise tous ces héros revenus vivants de la Guerre du Vietnam.

En outre, plusieurs grands acteurs du cinéma hollywoodien seront approchés pour interpréter le rôle de John Rambo, notamment Dustin Hoffman, Steve McQueen, Nick Nolte, Kris Kristofferson, Robert De Niro, Jeff Bridges, Michael Douglas et même Terence Hill. Mais tous refusent le script qu'ils jugent trop violent et amphigourique. Même chose concernant le rôle du Colonel Trautman proposé à Lee Marvin, Gene Hackman et Kirk Douglas. Toujours la même antienne : ces différents interprètes tancent et semoncent le scénario du film, au grand dam de Ted Kotcheff.
Finalement, c'est Richard Crenna qui accepte d'endosser les oripeaux de ce vétéran au visage chenu. Stallone accepte lui aussi de tenir le rôle de John Rambo, mais à condition que le script ne soit pas victime de nombreuses coupures et modifications.

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L'acteur est immédiatement séduit par le scénario du film. Viennent également s'ajouter Brian Dennehy, Bill McKinney, Jack Starrett, Michael Talbott, Chris Mulkey et David Caruso. Si le premier Rambo connaît un vif succès au moment de sa sortie, il est néanmoins victime de la censure et suscite la controverse. Dans un premier temps, le film est classé "R" (ce qui équivaut à une interdiction aux moins de 18 ans) aux Etats-Unis. La raison ? La censure et l'industrie cinématographique n'apprécient guère les velléités du long-métrage, peu flatteur envers cette Amérique xénophobe, séditieuse et pusillanime. 
Thématique sur laquelle nous reviendrons.... Heureusement par la suite et en raison (encore une fois) de l'immense succès du film, les contempteurs se ravisent.

Mieux, le long-métrage est suivi par trois nouveaux épisodes, de qualité inégale. Après Rocky Balboa, Sylvester Stallone interprète une nouvelle figure éminente dans son illustre carrière. Attention, SPOILERS ! (2) John Rambo, ancien Béret Vert décoré pour faits d'armes, et vétéran du Vietnam réduit au nomadisme dans son propre pays, rend visite à l'un de ses camarades de combat. Mais il est fraîchement accueilli par sa veuve qui lui apprend le décès de son ami. 
De retour sur la route, Rambo, qui veut se sustenter, est pris à parti par le shérif Will Teasle qui lui refuse l'accès de sa petite ville tranquille à flanc de montagne, avant de le reconduire hors du périmètre de la localité. Mais l'ancien militaire, meurtri, désobéit et revient sur ses pas. C'est alors qu'il est brutalement jeté en prison sous le prétexte de vagabondage. 

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Suite à des brimades policières qui réveillent en lui des souvenirs de torture au Vietnam, Rambo parvient à s'évader et après une course-poursuite se réfugie dans la forêt montagneuse environnante. Après la mort accidentelle de l'un de ses poursuivants, commence alors une gigantesque traque qui met aux prises des dizaines de policiers et de soldats de la Garde Civile inexpérimentés et une véritable machine de guerre qui a pris possession de l'endroit et entend se venger de l'injustice et de l'humiliation qui lui ont été faites depuis son retour au pays. (2) Indubitablement, Rambo premier du nom marque une rupture rédhibitoire dans le cinéma d'action. Entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, de nombreux longs-métrages vitupèrent les belligérances menées sur le front et donc en pleine terre vietnamienne.

Paradoxalement, tous ces films s'inscrivent aussi dans ce sentiment de révolte et d'insubordination ; nouvelle moraline d'une Amérique libertaire qui, à l'inverse, rejette les rares survivants de ce traumatisme. 
Et c'est exactement ce que dénonce ce premier chapitre. Autant le dire tout de suite. Ce premier volet reste le meilleur (et de loin) de la saga. A contrario, les opus suivants ne feront qu'exploiter la figure emblématique et militaire d'un John Rambo vindicatif.
Lorsque l'ancien béret vert se transmute en bras droit et en idiot utile du capitalisme. Un oxymore. Certes, ce premier film peut s'appuyer sur de nombreuses séquences spectaculaires. On tient là un survival et un film d'action à couteaux tirés. 
Traqué comme une bête sauvage par des flics brutaux et xénophobes, John Rambo s'ébaudit de ses poursuivants. 

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Bientôt, le chassé devient le chasseur. Nouvelle antinomie. Les rôles s'inversent mais John Rambo est grièvement blessé. Pis, il devient le responsable (malgré lui) de la mort de plusieurs policiers. Paradoxalement, le film soulève de nombreuses ambiguïtés. De retour aux Etats-Unis, John Rambo apprend que la plupart de ses anciens compagnons sont morts ou voués à l'opprobre et aux gémonies. Alors qu'il arpente les rues d'une petite communauté, il est arrêté par un shérif aux méthodes radicales et expéditives. La raison ? La ville n'aime guère les étrangers, surtout ceux qui ont une chevelure longue et hirsute, et susceptibles de troubler leur tranquillité.
Dès lors, John Rambo n'aura de cesse de lutter pour pouvoir survivre dans cette nouvelle jungle. Encore un paradoxe. Très vite, les souvenirs de la guerre ressurgissent.

Victime de tortures abominables, il doit se colleter les coups de matraque de policiers furibonds. Cet ancien béret vert du Vietnam, pourtant décoré par l'Oncle Sam, devient ce vagabond et ce trimard qu'il faut éliminer. Pourchassé, John Rambo devient un ennemi de l'intérieur. Ancienne gâchette pour son pays, il se transforme malgré lui en une sorte de terroriste, heureusement sauvé par son propre formateur, le Colonel Trautman. Plus que jamais, le propos de Rambo reste d'actualité.
Mieux, Sylvester Stallone confère à son personnage de l'humanisme et de l'empathie. Difficile de ne pas prendre fait et cause pour cet "ancien" du Vietnam. Bref, malgré sa profusion d'explosions, de pièges et de séquences d'action, survival oblige, Rambo reste un film assez complexe mais passionnant à analyser. Clairement, le long-métrage n'a pas usurpé son statut de classique du cinéma.

Note : 16.5/20

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(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rambo_(film,_1982)

(2) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/rambo-kotcheff