Mondo Cannibale

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans)
Année : 2003
Durée : 1h31

Synopsis : Suite à la disparition de la fille d’un important homme politique américain dans la jungle brésilienne, une expédition est chargée de la récupérer. Malheureusement, les sauveteurs disparaissent à leur tour dans laisser de traces et, à leur suite, un commando de Marines s’enfonce dans la jungle pour terminer la mission. Les militaires se heurtent bientôt à des tribus de cannibales affamés.

La critique :

Certes, les amateurs du cinéma consensuel risquent de ne pas connaître le nom de Bruno Mattei. En revanche, les amoureux du cinéma bis, et plus précisément de la série Z famélique, citeront probablement Virus Cannibale (1980), Les Rats de Manhattan (1984), Robowar (1988) ou encore Cruel Jaws (1995), parmi ses nombreuses insanités. Son credo ? Les films d'exploitation.
En outre, Bruno Mattei est un cinéaste opportuniste et un touche-à-tout qui confine souvent à la cancrerie et aux pires inepties. C'est probablement pour cette raison qu'il se cache derrière de nombreux pseudonymes. A juste titre, Bruno Mattei est souvent considéré comme le pire réalisateur de toute l'histoire du cinéma. Dans les années 1980, le cinéaste s'intéresse tout particulièrement aux zombies et aux cannibales.

Si le fameux Virus Cannibale assoit définitivement sa notoriété de "nanar man" en puissance, il collabore, en 1988, avec Lucio Fulci à la réalisation de Zombi 3. Un désastre, au grand dam de ce dernier. Après avoir délaissé pendant quelques temps les macchabées et les anthropophages, Bruno Mattei revient vers son genre de prédilection dans les années 2000, avec plusieurs productions aux titres évocateurs : Land of Death (ou Horror Cannibal, 2003), La Tombe (2004), L'Île des Morts-Vivants (2007) et Zombie : la création (2008), soit son tout dernier long-métrage.
Avec Land of Death, Bruno Mattei nous proposait une savoureuse mixture entre Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1981), Aliens, le retour (James Cameron, 1986) et Predator (John McTiernan, 1987).

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Ce mélange improbable aboutissait à une pellicule d'une rare bêtise, se permettant tous les excès et de nombreuses perfidies, notamment dans sa capacité à photocopier ses illustres modèles, tout en y rajoutant des extraits de documentaires animaliers. Toujours sous l'égide de Cannibal Holocaust, Bruno Mattei décide de réaliser une suite à Land of Death. Son nom ? Cannibal World, un titre qui se décline en Mondo Cannibale, puis en Horror Cannibale 2.
Pour ce second chapitre, Bruno Mattei sévit sous son pseudonyme de prédilection, Vincent Dawn. La distribution du film réunit la plupart des acteurs du premier Horror Cannibal : Claudio Morales, Helena Wagner, Lou Randall, Cindy Matic, Ydalia Suarez et Silvio Jimenez viennent donc participer aux inimitiés. 

Attention, SPOILERS ! (1) Grace Forsyte, journaliste-reporter, voit son émission annulée faute d'audimat. Ne baissant pas les bras, elle propose à son directeur une nouvelle émission destinée à donner au public ce qu'il recherche : du dépaysement, de la violence et de la brutalité, mais bien réels. Grace part donc en Amazonie avec son équipe, aidée par le reporter spécialisé dans les documentaires réalistes Bob Manson, afin de rencontrer et filmer les dernières tribus cannibales existantes. (1) 
Contrairement au précédent chapitre, Mondo Cannibale abandonne définitivement la dialectique de Predator et d'Aliens, le retour pour se focaliser uniquement sur Cannibal Holocaust, qu'il spolie à satiété. Bruno Mattei reprend donc la rhétorique du classique horrifique réalisé par Ruggero Deodato, en y rajoutant une consonance érotique.

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Certes, comme vous pouvez le constater, le scénario de Mondo Cannibale est un énième duplicata de Cannibal Holocaust. A l'instar de Ruggero Deodato, Bruno Mattei s'essaie lui aussi à l'exercice de la critique et du long réquisitoire contre les médias, le journalisme, le lucre et d'une télévision prête à toutes les couardises pour générer de l'audimat. Un leurre pour mieux farder les véritables intentions du cinéaste. Par exemple, la première demi-heure du film est un interminable étalage de nichons et de strip-tease assénés par les deux actrices principales, Helena Wagner et Cindy Matic. Intérêt... zéro !
Un script éhonté auquel vient s'ajouter une mise en scène catastrophique. Certes, cette fois-ci, Bruno Mattei élude tout extrait de documentaires animaliers, mais reprend (à sa sauce) les fameuses séquences de Cannibal Holocaust.

Appâté par le succès et la montée de l'audimat, nos protagonistes capturent un indigène de la forêt. Sous l'effet de cocaïne, ils s'attaquent à un village du coin et brûlent plusieurs tanières des anthropophages. Le message de Bruno Mattei est édifiant : les vrais sauvages, ce ne sont pas les cannibales affamés de chair humaine, mais nos chers journalistes qui retrouvent leurs réflexes colonialistes, primitifs et archaïques. Hélas, la plupart des scènes de tripailles se déroulent dans la confusion la plus totale.
Finalement, par son incompétence et son opportunisme, Mondo Cannibale devient aussi racoleur que le produit qu'il dénonce. A l'instar de son modèle (donc Cannibal Holocaust... au cas où vous n'auriez toujours pas compris...), Mondo Cannibale est lui aussi interdit aux moins de 18 ans.

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Fidèle à son cinéma outrancier, Bruno Mattei multiplie les séquences de "collation" avec des gros plans sur les dents carnassières des anthropophages. Boyaux, estomac, viscères et intestins font évidemment partie des tristes réjouissances. Paradoxalement, Mondo Cannibale ne parvient jamais à susciter un simulacre de sursaut ou d'effroi, à cause essentiellement de son montage risible et débilitant.
Acteurs en roue libre et totalement insignifiants, répliques absconses et quelques scènes de boucherie pour flagorner les amateurs d'un cinéma trash et polémique, tel est le menu frugal de Mondo Cannibale. Hélas, Bruno Mattei ne parvient jamais à capter son audimat ni à transcender son sujet. Si les trente dernières minutes sont d'une bêtise insondable, le film s'avère moins hilarant que Land of Death. Tourné la même année, Mondo Cannibale se contente de refourguer tous les ingrédients du genre cannibale, tout en y rajoutant une bonne dose d'érotisme de comptoir et de nombreuses plongées sur les nichons de ses actrices principales. Bref, les amoureux du cinéma de Bruno Mattei (soit trois personnes dans le monde) devraient logiquement apprécier cette galette d'une nullité abyssale.

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://www.cinemafantastique.net/Horror-cannibal-2-Mondo-cannibal.html