frankenstein 1931

Genre : horreur, épouvante 
Année : 1931
Durée : 1h10

Synopsis : Henry Frankenstein est un jeune scientifique qui rêve de créer un être humain à l'aide de ses connaissances. En compagnie de son assistant Fritz, les deux hommes vont concrétiser ce dessein à partir de morceaux de cadavres mais l'expérience va tourner au cauchemar. En effet, le monstre à qui les savants ont greffé le cerveau d'un criminel, va échapper à leur contrôle et commettre plusieurs meurtres. 

La critique :

Certes, le nom de la firme "Universal Monsters" risque de ne pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, entre 1923 et 1960, la société de production américaine va devenir célèbre et s'affirmer comme le parangon du cinéma fantastique et d'épouvante. Dans les années 1920, Universal Monsters adapte principalement des romans dans le cadre du cinéma muet. Des adaptations telles que Le Fantôme de l'Opéra, Notre-Dame de Paris et Le Bossu de Notre-Dame assoient sa notoriété.
Puis, les choses s'accélèrent dans les décennies suivantes avec Dracula (Tod Browning, 1931), Le Loup-Garou (George Waggner, 1941) et L'étrange créature du lac noir (Jack Arnold, 1954). Vient également s'ajouter Frankenstein, réalisé par James Whale en 1931.

A l'origine, ce film d'épouvante est tiré d'une pièce de théâtre, elle-même basée sur le célèbre roman de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne. Dans un premier temps, plusieurs essais sont tournés avec l'acteur Bela Lugosi dans le rôle de ce scientifique turpide et avide de découverte. Le film est alors tourné par Robert Florey. Mais le cinéaste n'est pas spécialement convaincu par les premières images. En compensation, les producteurs de Universal Monsters lui confient alors la réalisation de Double Assassinat dans la rue Morgue, toujours avec Bela Lugosi.
Qu'à cela ne tienne, le projet Frankenstein est confié aux soins de James Whale. A son tour, le cinéaste confie le rôle du "Monstre" anonyme à un certain Boris Karloff. Ce rôle va le rendre éminemment célèbre. 

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Pourtant, à l'époque, l'acteur possède déjà une filmographie exhaustive et s'est déjà fait remarquer dans Le Dernier des Mohicans (1920), La frontière humaine (1925), Le Corsaire Masqué (1926) et Le Passeport Jaune (1931). Mais avant Frankenstein, le public ne connaît pas encore le visage hâve et quasi méphitique de Boris Karloff. Viennent également s'ajouter les noms de Colin Clive, Mae Clarke, John Boles, Edward Van Sloan, Frederick Kerr et Dwight Frye.
Pour les maquillages du "Monstre", James Whale fait appel à l'érudition de Jack Pierce. En outre, ce dernier s'inspire des opérations chirurgicales effectuées sur le cerveau pour concevoir le visage de la créature. Au moment de sa sortie, Frankenstein obtient un succès triomphal dans les salles obscures.

De surcroît, les critiques sont unanimement panégyriques. Mieux, le long-métrage s'inscrit durablement parmi les grands classiques du cinéma d'épouvante. Certains journaux spécialisés le classent parmi les cents meilleurs films jamais réalisés. En apparence, le scénario de Frankenstein est à la fois basique et laconique. Attention, SPOILERS ! Henry Frankenstein est un jeune scientifique qui rêve de créer un être humain à l'aide de ses connaissances. En compagnie de son assistant Fritz, les deux hommes vont concrétiser ce dessein à partir de morceaux de cadavres mais l'expérience va tourner au cauchemar.
En effet, le monstre à qui les savants ont greffé le cerveau d'un criminel, va échapper à leur contrôle et commettre plusieurs meurtres. Dès les premières minutes de bobine, James Whale a le mérite de présenter les inimitiés. 

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Le célèbre cinéaste nous convie en pleine oraison funèbre sous le regard hébété d'Henry Frankenstein et de son assistant. Le savant recueille des dépouilles dans son laboratoire. Son but ? Jouer à "Dieu" et créer à son tour une sorte de curiosité de la nature, un être conçu à partir de plusieurs morceaux de cadavres. Cuistre, fallacieux et condescendant, Henry Frankenstein est fier de sa nouvelle progéniture : "It's alive ! It's alive !" s'écrie ce nouveau "génie" des temps modernes.
Hélas, son acolyte, Fritz, a commis une erreur fondamentale. Lors d'une expédition nocturne, l'assistant a subtilisé le cerveau malade d'un tueur en série notoire. C'est ce cerveau démentiel qui va constituer à la fois le substrat et la psyché de la créature anonyme. Le "Monstre" semble alors condamné à perpétrer d'odieux forfaits.

Telle est la question posée en filigrane par James Whale. Le cas d'Henry Frankenstein soulève aussi la question de l'eugénisme. C'est même la thématique intrinsèque du film. Lors d'une courte homélie, c'est un éminent professeur de chirurgie qui explique à ses étudiants dociles la différence entre un cerveau "normal" et celui d'un esprit dérangé. Le chirurgien pointe alors plusieurs circonvolutions et rugosités comme les explications scientifiques et rationnelles d'un comportement inapproprié.
Nous ne sommes qu'en 1931 et pourtant, le long-métrage préfigure déjà les théories pernicieuses et antisémites du Nazisme et du Troisième Reich. 
Un gouvernement propagandiste et autoritaire qui connaîtra hélas son avènement deux ans plus tard en Allemagne. Atteint par le Complexe d'Icare, Henry Frankenstein glose et pérore devant ses congénères. 

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Il ignore encore que sa nouvelle progéniture va se retourner contre lui. C'est donc un destin funeste qui attend le professeur et sa future épouse, en pleines épousailles. La séquence "clé" est évidemment celle se déroulant près d'un lac. Lâchée malgré elle en pleine nature, la créature fait la connaissance d'une jeune fillette. Tout d'abord rétif, le "Monstre" s'accointe et sympathise avec cette dernière. Puis de façon totalement involontaire, la créature noie la fillette.
Toute la cruauté du film transparaît à travers cette saynète lapidaire. Le "Monstre" est condamné à devenir un paria et à sonner le tocsin d'une communauté archaïque et primitive. C'est cet étrange paradoxe qui est sans cesse souligné par la virtuosité de James Whale. Un oxymoron corroboré par de nouvelles questions : Qui est le véritable "monstre" ? Henry Frankenstein ? Les hommes ? Ou cette créature sans cesse répudiée, malmenée et tancée par la société dite "moderne" ? 
Mais le film n'aurait pas le même impact sans la magnifique performance de Boris Karloff, qui transcende la caméra par sa démarche claudicante et son regard à la fois terrifiant et candide. Bref, en deux mots : parfaitement indispensable !

Note : 18/20

sparklehorse2 Alice In Oliver