Un français

Genre : drame (interdit aux - 12 ans)
Année : 2015
Durée : 1h38

Synopsis : Avec ses copains, Braguette, Grand-Guy, Marvin, Marco cogne les Arabes et colle les affiches de l'extrême droite. Jusqu'au moment où il sent que, malgré lui, toute cette haine l'abandonne. Mais comment se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu'on a en soi ? C'est le parcours d'un salaud qui va tenter de devenir quelqu'un de bien.

La critique :

Le racisme a toujours inspiré le noble Septième Art. Une histoire qui commence dès 1915 avec Naissance d'une Nation (D.W. Griffith). A l'époque, le long-métrage suscite à la fois les louanges, notamment pour sa virtuosité technique et esthétique, et les quolibets, pour sa vision xénophobe et colonialiste. Répudié et vilipendé par ses pairs, D.W. Griffith réalise Intolérance en 1916 en réponse à ses nombreux contempteurs. En vérité, les deux films (donc Naissance d'une Nation et Intolérance, au cas où vous n'auriez pas suivi...) sont des fresques historiques et symptomatiques de leur époque.
Bien des années plus tard, c'est le film Dupont Lajoie (Yves Robert, 1975) qui provoque le scandale et les acrimonies, pour sa dénonciation (entre autres...) des ratonnades.

L'air de rien, le long-métrage marque une rupture rédhibitoire dans sa vision du racisme, à savoir une xénophobie partiale, manichéenne et à sens unique. En résumé, d'un côté, il y a l'homme blanc (souvent un français...) intolérant et qui ne supporte pas la présence sur son "territoire" du "Noir" et de "l'Arabe". Un propos corroboré par American History X (Tony Kaye, 1998).
Certes, comme son titre l'indique, il s'agit d'un film hollywoodien qui tente d'analyser les sources et les fondements de cette xénophobie, par ailleurs teintée d'antisémitisme, le long-métrage se confinant rapidement dans la caricature outrancière. Sous l'égide de SOS Racisme et de toutes ces associations se souciant d'une intolérance grandissante dans nos sociétés occidentales, de nombreux films deviennent malgré eux les nouveaux édifices de la bien-pensance.

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L'objectif ? Encore une fois, culpabiliser le "blanc" et le taxer à la fois de raciste et d'antisémite. Une thèse par ailleurs attestée par la montée de l'Extrême Droite en Occident, mais sans analyser les origines de cette décrépitude. C'est que ce tente de faire Diastème avec Un Français, sorti en 2015. La distribution du film réunit Alban Lenoir, Samuel Jouy, Paul Hamy, Olivier Chenille, Jeanne Rosa, Patrick Pineau et Lucie Debay. Au moment de sa sortie, Un Français essuie une rebuffade et se solde par un échec commercial.
De surcroît, le long-métrage passe (presque) totalement inaperçu dans les salles obscures. A contrario, le film suscite la controverse, notamment pour ses thématiques. Thématiques sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement. Attention, SPOILERS ! (1) Le film raconte, sur une période de 19 ans (de 1994 à 2003), l'histoire de Marco et de ses acolytes, Braguette, Grand-Guy et Marvin.

Ils sont ce que l'on appelle des boneheads et passent leurs journées à cogner des Noirs, des Arabes, et des Juifs, et à coller des affiches de l'extrême droite. Mais peu à peu, au fil des années, Marco se remet en question et décide de se repentir, de devenir quelqu'un de bien et d'abandonner cette haine et ce mépris. On va alors suivre le parcours d'un homme essayant par tous les moyens d'abandonner la colère, la violence et la bêtise qui le rongent pendant qu'autour de lui, à l'inverse, la société se radicalise de plus en plus et plusieurs personnes de son entourage, notamment sa petite amie et un de ses amis, tous deux décidés à garder leurs idéaux racistes, xénophobes, islamophobes, antisémites, homophobes... ne le reconnaissent plus. (1) Le cinéaste est bien conscient de toucher à un sujet à la fois sensible et spinescent.
Il élude ainsi tout parti pris et évite l'écueil d'Yves Robert avec Dupont Lajoie.

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Par certains aspects, le parcours de Marco n'est pas sans rappeler celui de Derek Vinyard (Edward Norton) dans le film American History X. A tel point que l'on pourrait peut-être évoquer, à travers le portrait de Marco, une sorte de "Frenchie history X", mais sans les travers du film de Tony Kaye. Evidemment et vous vous en doutez, Un Français possède à la fois son lot de fans et de détracteurs.
D'un côté, il y a ceux qui plébiscitent le travail de Diastème pour son propos audacieux. De l'autre, les contempteurs admonestent certaines facilités et redondances dans le (long) parcours de son personnage principal. En outre, difficile de qualifier Un Français comme le nouveau Dupont Lajoie ou American History X. Le film n'a pas de telles vélléités ni de telles aspirations. En l'état, au regard d'un propos parfois simpliste voire ingénu, Diastème aurait dû intituler son film "Un acteur", tant Alban Lenoir porte le long-métrage sur ses larges épaules.

Sur ce dernier point, Un Français fonctionne comme un documentaire, suivant inlassablement son personnage principal au gré ("mal gré") de ses pérégrinations. D'une sorte de skinhead licencieux, couard et égrillard, Marco se transmue peu à peu en jeune homme en quête de rédemption ou plutôt de rémission. Parallèlement à ce cheminement piaculaire, Diastème analyse l'évolution du discours du Front National, en évitant prestemment de citer le nom du parti.
On passe donc d'un discours xénophobe et comminatoire à de longues homélies édulcorées de toute connotation raciste voire fasciste. Hélas, en choisissant d'éluder toute question politique, pourtant inhérente à un tel sujet, Diastème perd parfois (souvent...) le fil de son sujet. D'où le sentiment d'assister à un film dénué de tout caractère idéologique. 

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Paradoxalement, le long-métrage est lui-même rattrapé par son fil conducteur. A aucun moment, le film ne parvient à analyser et/ou à pointer les origines de cette montée de l'Extrême Droite en France, à savoir cette plèbe et cette populace peu à peu délaissées par les partis politiques. Et pourtant, au détour de quelques saynètes furtives, le constat est édifiant. C'est d'ailleurs ce qui transparaît à travers le parcours et la quasi autoscopie mentale de Marco, à savoir que la "gauche" a abandonné le peuple alors que la "droite" a abandonné la Nation. Et c'est ce qu'a parfaitement compris le Front National.
C'est aussi ce qui explique son succès dans les bureaux de vote. Pourtant, Diastème esquive à nouveau ce sujet difficile. Le réalisateur préfère opter pour le long-métrage simple et laconique, privilégiant la longue déréliction de son personnage principal. De ce fait, Un Français laisse une impression mitigée, comme le sentiment d'un film inachevé. En revanche, le film convainc davantage lorsqu'il s'agrippe à la psyché de Marco, à cet homme inlassablement poursuivi par ses propres démons, notamment par ce divorce avec ses écueils et ses corollaires, laissant l'ancien skinhead dans sa neurasthénie et sa solitude.

Note : 11.5/20

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(1) synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_Fran%C3%A7ais