bad lieutenant

Genre : drame (interdit aux - 16 ans)
Année : 1992
Durée : 1h38

Synopsis : Un flic pourri et drogué accumule les dettes. Lorsqu'une nonne est violée par deux hommes dans une église, celle-ci place une récompense sur la tête des deux criminels. Le Lieutenant voulant payer les dettes qui mettent en danger sa propre vie, décide de rechercher les criminels, tel un chasseur de primes. Sa descente en enfer ne verra plus de fin.

La critique :

Visiblement, Abel Ferrara semble fasciné par le polar urbain et/ou new-yorkais. Une tendance confirmée par L'Ange de la Vengeance (1981) et The King of New York (1990). Deux films qui ont largement contribué à édifier la réputation du cinéaste, notamment pour leur caractère sulfureux et peu consensuel. Ces deux films contribueront largement à façonner la personnalité condescendante du cinéaste. Statut confirmé par Bad Lieutenant, réalisé en 1992.
Ce nouveau long-métrage (le septième d'Abel Ferrara) va largement marquer les esprits, notamment pour sa virulence et son irrévérence. En effet, au moment de sa sortie, le film suscite les anathèmes, le scandale et les quolibets. A l'inverse, les fans d'Abel Ferrara jubilent. Bad Lieutenant est souvent considéré comme le meilleur film du réalisateur. 
Reste à savoir si le long-métrage mérite un tel dithyrambe.

Réponse dans les lignes à venir. La distribution du film réunit Harvey Keitel, Frankie Thorn, Victor Argo, Paul Calderon et Zoë Lund. Abel Ferrara retrouve donc son actrice fétiche (donc Zoë Lund), néanmoins dans un rôle secondaire, celui d'une bonne soeur atrocement violée et suppliciée par deux pervers. Tout un symbole ! L'actrice hélas décédée en 1999 (d'une attaque cardiaque suite à une overdose) retrouve son accoutrement de religieuse, celui de L'Ange de la Vengeance.
A la seule différence que cette dernière ne réclame pas vengeance. Au contraire. Pour la petite anecdote, toutes les substances licites (alcool) ou illicites (drogues diverses) sont réellement consommées dans le film. 
Ce qui n'est guère surprenant puisque Harvey Keitel, Zoë Lund et Abel Ferrara n'ont jamais caché leurs tendances toxicomanes. 

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Attention, SPOILERS ! Un flic pourri et drogué accumule les dettes. Lorsqu'une nonne est violée par deux hommes dans une église, celle-ci place une récompense sur la tête des deux criminels. Le Lieutenant voulant payer les dettes qui mettent en danger sa propre vie, décide de rechercher les criminels, tel un chasseur de primes. Sa descente en enfer ne verra plus de fin. Plus que jamais, Bad Lieutenant s'inscrit dans le sillage et la continuité de L'Ange de la Vengeance.
A la seule différence que la jeune femme vindicative et poursuivant inlassablement le sexe mâle est ici supplantée par un flic retors, drogué et corrompu. Dès lors, le long-métrage fonctionne comme un documentaire nous conviant dans les rues sordides et obombrées de New York et plus précisément du côté de la plèbe, des exclus sociaux et des quartiers désaffectés.

Matois, Abel Ferrara dispose sa caméra un peu partout dans les rues de la ville et suit prestement les pas empressés de son protagoniste azimuté. Par conséquent, les réactions des personnes qui l'entourent ne sont pas suggérées ni simulées mais prises sur le vif. Dans un premier temps, le réalisateur se focalise sur le quotidien de son héros principal. Petit détail à priori anecdotique.
Celui-ci est un flic anonyme. Il est parfois appelé le "Lieutenant", tel un justicier arpentant les rues de la ville et appliquant ses propres lois dans un monde qui le dépasse. Le spectateur est donc convié à sonder et à analyser la psyché de ce personnage en pleine déliquescence. Nous assistons alors béat à sa longue décrépitude, à la fois marquée par les dettes, les paris insensés au Super Bowl (menant le héros à sa ruine) et ses longues séances de "sniffette" chez une prostituée notoire.

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Pourtant, ce quotidien sordide est bientôt bouleversé par le viol d'une nonne dans une Eglise. Cet acte barbare, sauvage et répugnant marque une rupture rédhibitoire, surtout pour le fameux "Lieutenant". Jusqu'ici confiné dans sa propre neurasthénie mentale, notre "héros" (vraiment un terme à guillemeter et à minorer) tente de retrouver le chemin du pardon et plus précisément de la Rédemption.
A l'instar de L'Ange de la Vengeance, Bad Lieutenant revêt une consonance religieuse. Le crime perpétré par les deux voyous sonne le tocsin et l'incompréhension chez ce flic torturé et confiné dans sa propre solitude, tel un cadenas inextricable. Abel Ferrara opacifie son propos par plusieurs plans fixes marquant une certaine distance avec son personnage principal. 
Paradoxalement, le cinéaste confère à son étrange protagoniste une aura divine, suprême et quasi théologique, Harvey Keitel se transmutant soudainement en "Dieu le Père".

Une dichotomie totalement assumée par Abel Ferrara qui transforme son flic impur en samaritain prêchant la bonne parole. Plus qu'une rédemption, c'est une véritable révélation. A l'image de ces paroles pieuses prononcées par la nonne et pardonnant le viol à ses propres assaillants. A l'instar de Jésus Christ, le "bad" lieutenant est lui aussi condamné à porter sa croix, à expier de ses péchés et à subir sa propre crucifixion.
En outre, les dernières secondes du film viennent mettre un terme à ce long parcours piaculaire. En l'état, difficile d'en dire davantage. 
Quant à la prestation d'Harvey Keitel, comment dire ? Comment la décrire ? Elle est absolument bluffante, démentielle, hallucinante, excessive et même terrifiante. Bref, les superlatifs me manquent. Clairement, Harvey Keitel tient ici le rôle de son illustre carrière. Oui, Bad Lieutenant n'a pas usurpé sa réputation de film culte. Un gros uppercut en pleine face que Werner Herzog et Nicolas Cage tenteront de réitérer avec un vrai/faux remake, donc Bad Lieutenant - Escale à la Nouvelle Orléans (2009).

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver