sous sol de la peur

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 16 ans)
Année : 1996
Durée : 1h27

Synopsis : Après le suicide de son mentor, le Dr Norman Boyle emménage dans la maison de ce dernier avec sa femme et son fils. Sombrant dans la folie et l'horreur, la famille découvre rapidement que quelque chose se terre dans le sous-sol de la maison. 

La critique :

Wes Craven ou le maître de l'épouvante, un titre honorifique que le cinéaste partage avec John Carpenter, un autre érudit du cinéma horrifique. Décédé le 30 août 2015, Wes Craven a laissé derrière lui une empreinte indélébile, surtout au cours des années 1980. Dès 1972, Wes Craven impose un registre lourd et comminatoire avec La Dernière Maison sur la Gauche, le quasi remake (officieux) de La Source (Ingmar Bergman, 1960). Style qu'il confirme et peaufine avec La Colline A Des Yeux (1977), un autre classique du cinéma horrifique. A partir des années 1980, Wes Craven réalise plusieurs films notables, qui vont devenir des classiques par la suite.
En 1984, le public effarouché découvre Les Griffes de la Nuit.

Avec ce slasher, Wes Craven réinvente le mythe du croquemitaine à travers la figure emblématique de Freddy, ce croquemitaine aux griffes acérées. Parallèlement, le cinéaste signe d'autres productions moins connues du grand public. C'est par exemple le cas de Shocker (1989), L'Amie Mortelle (1986) ou encore de L'Emprise des Ténèbres (1988). Vient également s'ajouter Le Sous-Sol de la Peur (de son titre original The People Under The Stairs), sorti en 1992.
Certes, le long-métrage ne remporte pas un succès foudroyant dans les salles obscures. De surcroît, il est rarement cité par les fans comme le ou l'un des films majeurs du cinéaste. Pourtant, Le Sous-Sol de la Peur obtient le Prix spécial du Jury au festival international d'Avoriaz la même année. 

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Le Sous-Sol de la Peur, une oeuvre mésestimée ? C'est en tout cas la question posée par certains irréductibles exaltant les qualités du maître de l'épouvante. La distribution du film réunit Brandon Adams, Everett McGill, Wendie Robie, A.J. Langer et Ving Rhames. En outre, le scénario de Le Sous-Sol de la Peur est plutôt laconique, tout du moins, en apparence. Attention, SPOILERS !
(1) Fool, un petit garçon d'une dizaine d'années se retrouve mêlé à un cambriolage dans l'espoir de récolter l'argent nécessaire au paiement du loyer. En effet, sa mère, très malade, ne peut plus subvenir aux besoins de sa modeste famille, par ailleurs menacée d'expulsion par son propriétaire, un homme réputé pour être une véritable ordure. Le cambriolage vise justement le magot de ce pourri, ce qui ne serait que justice aux yeux de Fool.

Avec ses complices, deux voleurs à la petite semaine, il prépare le coup mais une fois à l'intérieur de la maison, tout tourne au vinaigre, puis au cauchemar (1). Le scénario de Le Sous-Sol de la Peur s'inscrit dans la dialectique des productions de terreur enfantine. Wes Craven retrouve donc ses premières amours, en particulier celles de Les Griffes de la Nuit et de La Colline A Des Yeux.
Après s'être égaré dans des séries B de seconde zone, dont Shocker est la meilleure illustration, le cinéaste renoue avec la logique et la rhétorique de ses tous premiers films. En l'occurrence, Le Sous-Sol de la Peur fonctionne un peu en trompe-l'oeil. 
Ainsi, la première partie du film ressemble à un drame social et urbain se focalisant sur le quotidien miséreux et famélique de Fool (Brandon Adams), un jeune gosse d'une dizaine d'années. 

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Dans cette première section, Wes Craven nous convie à scruter les rues sordides d'un quartier délabré de Los Angeles, une sorte de terreur dans le Bronx. Puis, dans la seconde partie, la tension montre crescendo. Dès lors, Wes Craven s'ébaudit de ses personnages et de son scénario. Le ton change radicalement dès l'entrée des principaux protagonistes (Fool et ses comparses) dans la maison.
D'une situation à priori banale (un cambriolage), le long-métrage se transmute soudainement en huis clos et en slasher anxiogène. En ce sens, Le Sous-Sol de la Peur pourrait s'apparenter à une sorte de croisement entre Les Griffes de la Nuit et La Dernière Maison sur la Gauche. Wes Craven varie les hostilités. On passe ainsi d'un conte macabre jouant sur les peurs archaïques et enfantines à un jeu de massacre dans les règles.

Le cinéaste se centre alors sur l'étrange quotidien de la demeure, régentée par deux bourreaux au comportement pervers et psychopathique. Pis, ces deux étranges personnages semblent se livrer à de longues séances de cannibalisme et de sadomasochisme. C'est la troisième partie du film. Le Sous-Sol de la Peur se transforme alors en home invasion. La maison énigmatique se transmue en immense labyrinthe aux couloirs oblongs et interminables.
Pis, ce curieux endroit regorge de dédales, de passages secrets et même d'une immense cave habitée par des créatures monstrueuses. 
Matois, Wes Craven joue à nouveau sur les peurs primitives, notamment l'achluophobie (la peur du noir). Autant le dire tout de suite. Le Sous-Sol de la Peur est une excellente surprise et mérite mieux que son statut de film (plus ou moins) confidentiel.
Seul petit bémol, on se demande comment un jeune bambin de 10-11 ans (tout au plus) peut tenir tête à deux adultes aussi monstrueux.
Ce qui atténue parfois le suspense. Mais ne soyons pas trop sévères. La grande force de Le Sous-Sol de la Peur repose essentiellement sur ses thématiques. En outre, Wes Craven pointe l'exclusion sociale et fustige cette Amérique qui a (volontairement) oublié la plèbe et les opprimés.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=272&NamePage=sous-sol-de-la-peur--le--the-people-under-the-stairs-