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Genre : Fantastique, expérimental (interdit aux -12 ans)

Année : 1997

Durée : 2h15

 

Synopsis :

Fred Madison, saxophoniste, soupçonne sa femme, Renee, de le tromper. Il la tue et est condamné à la peine capitale. Le film raconte l'histoire de cet assassinat du point de vue des différentes personnalités de l'assassin lui-même.

 

La critique :

Aaaah Lynch, décidément ce réalisateur n'en finira jamais de m'étonner, de me fasciner même en visionnant à plusieurs reprises ses films, où nous pouvons cerner davantage tout son talent et son style unique. S'il n'est plus à prouver que ce réalisateur est probablement l'un des plus rudes du monde cinématographique accessible (entendons-nous bien qu'il y a largement plus expérimental que lui mais je ne vais pas vous l'apprendre), il a eu une influence considérable dans ce beau monde en inspirant toute une génération de réalisateurs qui se sont plus ou moins cassés la gueule, mais qui ont aussi réussi pour d'autres. Réalisateur reconnaissable entre mille par son imagerie onirique aux couleurs chatoyantes et sa considération très importante pour l'ambiance sonore, il a dans sa ligne de mire des thèmes comme la psychologie humaine sous couvert de surréalisme.
Tantôt qualifié de mystique ou de prétentieux, il est indéniable que David Lynch divise et c'est ce qui fait parler de lui, d'autant plus qu'il aura une carrière de peintre et de musicien (d'où son intérêt très important pour l'ambiance sonore et le visuel, comme je l'ai dit quelques lignes plus haut). Vu que nous sommes sur un blog de cinéma, on se concentrera logiquement sur sa carrière de réalisateur, la plus connue bien sûr qui démarre en 1976, date de sortie d'Eraserhead qui installe dès le début les bases de son style, qualifié de lynchien. On aura ce plaisir d'évoluer en plein cauchemar éveillé, un véritable concentré d'ambiance malsaine qui aura tôt fait de propulser ce film au rang d'oeuvre culte. Comme quoi avec 3 bouts de ficelle, 2-3 bâtiments et un budget que je doute être élevé, on peut arriver à des miracles.

La suite se montrera tout aussi somptueuse dans la qualité de ses films qui, pourtant et c'est compréhensible, diviseront le public. Cela ira de films accessibles dans leur construction tels que Elephant Man, Blue Velvet, Dune (que je n'ai pas visionné) et Sailor et Lula, palme d'or du festival de Cannes mais le moins bon à mes yeux, à des oeuvres beaucoup plus rudes telles Mulholland Drive, Twin Peaks : Fire Walk With Me, l'hallucinant Inland Empire et enfin Lost Highway que je chroniquerai aujourd'hui. Après, il y eut d'autres films mais bien moins connus comme Une Histoire Vraie, ainsi que moult court-métrages. Enfin comment ne pas citer la série Twin Peaks (dont Fire Walk With Me est la préquelle) qui assoira davantage la notoriété de David Lynch ? Bref, une carrière cinématographique stimulante, remplie et quand on regarde un peu, on se rend compte que l'expérimental ne couvre qu'un peu plus de la moitié de son cinéma. Maintenant passons à l'analyse de ce film.

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ATTENTION SPOILERS : Fred Madison est un saxophoniste écumant les différents bars et soupçonnant sa femme Renée de le tromper. S'enfonçant dans la tourmente, il la tue et se retrouve propulsé dans le couloir de la mort. Atteint d'un trouble dissociatif de l'identité, nous serons invités à plonger dans les méandres de sa psychologie torturée en suivant l'assassinat du point de vue des différentes personnalités de l'assassin lui-même. FIN DES SPOILERS

Et BAM ! Bienvenue dans un univers complètement halluciné où on se contentera de suivre ébahi la progression scénaristique avec un cerveau se tournant, se retournant et pivotant sans cesse, tentant d'apporter une explication logique de A à Z à ce que l'on voit, sauf que c'est proprement impossible de trouver un raisonnement universel mais surtout rationnel. N'oublions pas l'amour sans bornes de Lynch pour la psychologie humaine mise à mal face aux émotions, à la solitude et aux traumatismes. Là où nombre de réalisateurs seraient partis dans un film classique où le spectateur suivra sans trop de problèmes en se curant le nez le cheminement scénaristique, ici Lynch nous largue un scénario aussi malade que le personnage lui-même? où la concentration sera de mise pour parvenir à suivre l'histoire. Je ne vous apprendrai rien en disant que les réfractaires aux films expérimentaux donc difficiles d'accès peuvent déjà faire une croix sur ce film.
En effet, là où Mulholland Drive traitait de la solitude et de la psychologie de son personnage mis à mal par son envie de vengeance, Lost Highway traite d'un sujet extrêmement casse-gueule à adapter qui est le trouble dissociatif de l'identité. Pour apporter plus de clarté à ce terme, il s'agit d'une situation psychologique instable (c'est logique me direz-vous !) où le malade possède au minimum 2 ou plusieurs personnalités différentes qui prennent le pas sur le contrôle même de l'individu occasionnant une perte de mémoire. Ce n'est pas le seul film à s'être risqué à mettre en scène cela. Identity s'y était essayé avec brio quelques années plus tard.

Bien sûr, on en vient logiquement à se demander si le pari est réussi et ce à quoi je répondrai que je ne peux vous apporter d'explication cohérente et qu'il faut le voir pour le croire. Bien évidemment, comme tous les films de Lynch, j'ai adoré mais ça ne sera pas le cas de tout le monde. Je conçois qu'il est frustrant de ne pas savoir mettre une pensée rationnelle sur un film et que les zones d'ombre peuvent agacer mais quand on y pense, n'est-ce pas gratifiant de constituer sa propre interprétation du film ?
De participer pleinement au scénario même ? S'il y a quelque chose que j'ai toujours respecté chez Lynch, c'est sa faculté à nous donner des clés d'interprétation et de nous offrir de nombreux chemins d'analyse possibles. Toutes sortes de théories sur le film ont fleuries sur la toile, certaines allant même jusqu'aux boucles spatio-temporelles engendrant un dédoublement physique du personnage. Opinion que je ne partage pas mais comment en être sûr ? La définition de cinéma sensoriel prend ici vraiment tout son sens.

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Et ce qui est admirable avec ses films, c'est que, malgré notre incompréhension passagère ou totale, on reste captivé par toute la construction physique du film. Une attraction s'opère inévitablement là où certains films nous auraient gavé et seraient sortis du lecteur DVD ou auraient été supprimés du disque dur du PC après 30 minutes. Ainsi, dès le début, on sait que le film sera exemplaire avec cette magnifique musique de David Bowie accompagnant ce tracé rapide sur une route semblant infinie. Comment ne pas oublier également ces scènes où le jazz résonne à plein volume, mais aussi le hard-rock signé Rammstein dans la dernière partie du film ?
Indubitablement, Lynch prouve qu'il sait travailler son film et ce n'est pas les plans exemplaires qui terniront le tableau avec ces couleurs chaudes et chatoyantes paradoxalement en parfaite osmose avec la tonalité relativement étrange et glauque du récit.

A ce niveau, il faut être honnête et reconnaître que le savoir-faire y est et c'est très important dans un film de ce genre pour capter l'attention du spectateur. De plus, l'interprétation des acteurs joue beaucoup avec au casting Bill Pullman, Patricia Arquette, Robert Blake, Balthazar Getty et... Marilyn Manson faisant une apparition en pornstar. Leur interprétation s'imbrique brillamment avec, comme dit plus haut, la tonalité du récit. Bill Pullman est on ne peut plus investi dans son personnage que l'on voit clairement malade sans oublier Robert Blake, incarnant l'homme à la caméra, qui est époustouflant.
A tout ce tableau reluisant, s'ajoutera une attention également stimulée par un film parfaitement construit qui n'endormira jamais son spectateur malgré un récit relativement posé.

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Je suis parfaitement conscient que cette chronique divisera car David Lynch, pour me répéter une fois de plus, est un réalisateur qui est et continue à diviser les foules. Soit on l'adule, soit on le traite de fumiste et je m'inscris sans l'ombre d'une hésitation dans la première catégorie. Quelque chose de désagréable se dégage du visionnage à l'image de cette première partie où notre couple recevra chaque jour une cassette filmant la maison. Une séquence que je trouve personnellement mémorable de par son intensité dans le mystère que se dégage cet inconnu.
Ca ne regarde que moi mais ça s'inscrit parmi les séquences les plus malsaines que j'ai pu voir dans un film. Ce ne sera pas le cas pour tout le monde car encore une fois, c'est du sensoriel donc la perception de chaque individu ne sera pas la même. La deuxième partie du film se montrera plus "rassurante" mais toujours en s'inscrivant dans le mystère et l'étrange pour aboutir à la troisième partie où nous retombons à nouveau en plein cauchemar. David Lynch nous offre sans nul doute l'un de ses films les plus violents.

En conclusion, Lynch nous sert une véritable plongée psychanalytique dans le cerveau dérangé d'un homme en apparence normale qui pourrait être tout aussi bien votre voisin. Moins rude que Eraserhead et surtout Inland Empire, ce film court-circuite facilement votre cerveau en vous larguant sans trop comprendre comment dans un récit tortueux et ce n'est qu'au générique de fin que l'on peut souffler et remettre de l'ordre dans notre cerveau.
Je ne peux que saluer les initiatives très risquées de ce réalisateur à nous pondre des films absolument barrés mais néanmoins travaillés et qui ont du sens, quoi qu'on en dise. Sans jamais s'enfoncer dans de la prétention, Lynch nous expose son talent et on peut décemment affirmer être face à une vraie réussite. Amateur d'expériences cinématographiques différentes, jetez-vous dessus. Vous préférez les films plus terre-à-terre ? Alors l'expérience ne vous plaira pas (même si je vous recommande d'essayer quand même).

 

Ma note : ??? (mais un chef d'oeuvre pour moi !!)

 

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