la vie des autres

Genre : drame
Année : 2006
Durée : 2h17

Synopsis : Au début des années 1980, en Allemagne de l'Est, l'auteur à succès Georg Dreyman et sa compagne, l'actrice Christa-Maria Sieland, sont considérés comme faisant partie de l'élite des intellectuels de l'Etat communiste, même si, secrètement, ils n'adhèrent aux idées du parti. Le Ministère de la Culture commence à s'intéresser à Christa et dépêche un agent secret, nommé Wiesler, ayant pour mission de l'observer. Tandis qu'il progresse dans l'enquête, le couple d'intellectuels le fascine de plus en plus

La critique :

Il faudra attendre les années 2000 avant que le cinéma allemand n'ose aborder et s'infiltrer dans un sujet tabou : la Stasi et les conséquences délétères de la Guerre Froide. Un sujet douloureux et spinescent, néanmoins analysé sous l'angle de la comédie avec Good Bye, Lenin ! (Wolfgang Becker, 2003). Viennent également s'ajouter plusieurs films méconnus du grand public, notamment D'une vie à l'autre (Georg Maas, 2011), La Tour (Christian Schwochow, 2012), Le Tunnel (Roland Succo Richter, 2001), ou encore Le Perroquet Rouge (Dominik Graf, 2006). 
En dehors de Good Bye, Lenin !, seule exception notable, aucun de ces films ne parvient à s'expatrier en dehors de ses frontières. Pourtant, avec La Vie des Autres, sorti en 2006, le réalisateur, Florian Henckel von Donnersmarck, parvient à exporter ce drame au-delà d'outre Rhin.

Ainsi, le long-métrage se distingue dans divers festivals, où il remporte toute une pléthore de nominations et de récompenses : meilleur scénario, meilleure réalisation, meilleure production et meilleur film européen. Aux Etats-Unis, le métrage s'octroie même l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. La presse et les critiques de cinéma exultent et se montrent unanimement panégyriques. Reste à savoir si La Vie des Autres mérite de tels dithyrambes.
Réponse dans les lignes à venir. La distribution du film réunit Ulrich Mühe, Sebastian Koch, Martina Gedeck, Ulrich Tukur, Thomas Thieme, Hans-Uwe Bauer et Herbert Knaup. Le speech est donc le suivant. Au début des années 1980, en Allemagne de l'Est, l'auteur à succès Georg Dreyman et sa compagne, l'actrice Christa-Maria Sieland, sont considérés comme faisant partie de l'élite des intellectuels de l'Etat communiste, même si, secrètement, ils n'adhèrent aux idées du parti. 

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Le Ministère de la Culture commence à s'intéresser à Christa et dépêche un agent secret, nommé Wiesler, ayant pour mission de l'observer. Tandis qu'il progresse dans l'enquête, le couple d'intellectuels le fascine de plus en plus. Rares sont les films à soulever le sujet de la Stasi, cette police chargée de la sécurité et surtout de la surveillance au moment de la RDA. Le film convie le spectateur à sonder le diktat d'un régime communiste du bloc de l'Est en pleine Guerre Froide.
Les thématiques du roman 1984 de George Orwell sont devenues une effroyable réalité, à la seule différence que la Police de la Pensée s'est transmutée en "Stasi" et que le ministère de la Vérité s'est transformé en Ministère de la Culture. En outre, Florian Henckel von Donnersmarck n'a pas vraiment pour vocation de narrer une oeuvre à consonance historique.

Néanmoins, le cinéaste allemand a exploré et décortiqué plusieurs centaines de documents pendant un travail acharné de quatre longues années, s'ingéniant à questionner plusieurs anciens membres de la Stasi. L'objectif est donc de sonder une réalité hégémonique et sous le courroux du Stalinisme. Gare à ne pas effaroucher les préceptes rigoristes du Parti Communiste sous peine d'être surveillé, scruté, arrêté, interrogé, menacé, torturé et éventuellement lobotomisé !
Dans ce carcan autocratique, un certain Wiesler, un agent secret et docile du Parti, est chargé d'espionner un couple d'intellectuels. Lui (Georg Dreyman) est un éminent cacographe. Elle (Christa-Maria Sieland) est une actrice populaire de théâtre. A son insu, le couple amouraché va se métamorphoser en trio, la troisième personne (donc Wiesler) se trouvant dans les catacombes d'un immeuble.

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Précautionneux, l'agent écoute et retranscrit toutes les conversations et tous les faits et gestes du couple. Alors que Georg et Christa-Maria mènent une vie tumultueuse, inlassablement menacés par la Stasi, Wiesler se contente de sa vie fastidieuse et de sa solitude, isolé dans son petit appartement aspiré par le vide et le silence. Malicieux, Florian Henckel von Donnersmarck appuie largement sur cette dichotomie, amenant peu à peu son personnage principal à s'interroger sur ses convictions les plus profondes.
En outre, ces dernières se retrouvent soudainement ébranlées. De fil en aiguille, l'agent se passionne pour les aventures de ces deux tourtereaux en désuétude. Au détour d'une saynète élusive, Wiesler fait la connaissance d'un gosse jouant au ballon. Soupçonné par ce dernier d'accointances avec le Parti, Wiesler répond : "Mais au fait, comment s'appelle ton papa... ton ballon ?"

La Vie des Autres, c'est avant tout l'histoire d'un prosélyte qui s'humanise au contact de ce couple d'intellectuels. Ainsi, Wiesler se découvre une fascination pour la littérature et la musique classique. Peu à peu, l'étau se resserre. Inexorablement. Bon gré mal gré, Wiesler devient le défenseur de ces intellectuels qui répudient et proscrivent le Parti. A son tour, le voilà soupçonné par son propre chef. D'une machine impitoyable et bureaucrate, Wiesler se transmute en protecteur et commence à falsifier ses rapports. Dès lors, le drame se transforme en suspense voyeuriste, un peu à la manière d'Alfred Hitchcock avec Fenêtre sur Cour (1955) et Psychose (1960).
Contre toute attente, La Vie des Autres a de vraies velléités "hitchcockiennes". Narquois, Florian Henckel von Donnersmarck opacifie son récit. L'appartement cossu de Dreyman se transmute lui-même en pièce de théâtre et en dramaturgie. Le cinéaste allemand est un habile conteur sans pour autant céder à l'émotion et aux saynètes un brin complaisantes. Le réalisateur nous interroge sur les notions de surveillance, de censure, de liberté et sur le sens même de l'existence.
La conclusion finale, à la fois placide et simpliste, viendra délivrer l'uppercut final.

Note : 17/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver