battle royale

Genre : science-fiction, action, anticipation (interdit aux - 16 ans)
Année : 2000
Durée : 1h53

Synopsis : Dans un avenir proche, les élèves de la classe B de 3ème du collège Shiroiwa ont été amenés sur une île déserte par une armée mystérieuse. Un adulte surgit tout à coup devant eux : leur ancien professeur Kitano. Il leur annonce qu'ils vont participer à un jeu de massacre dont la règle consiste à s'entretuer. Seul le dernier des survivants pourra regagner son foyer. Kitano leur présente deux nouveaux élèves très inquiétants. Des coups de feu retentissent pour convaincre les incrédules. Selon la loi de réforme de l'éducation pour le nouveau siècle, ce sacrifice permettra de former des adultes sains. Abandonnés chacun à son sort avec de la nourriture et une arme, les adolescents disposent d'un délai de trois jours pour s'entretuer. 

La critique :

En 2002, Sono Sion sort une bombe. Son nom ? Suicide Club. Comme son titre l'indique, le film porte sur une série de suicides collectifs qui se déroulent au Japon. Lui-même en plein marasme, Sono Sion pointe et admoneste une société asiatique en décrépitude. Un fossé s'est creusé entre le monde des adultes et leur progéniture. En vérité, Suicide Club s'inscrit dans le sillage et la continuité de Battle Royale, réalisé par Kinji Fukasaku en 2000.
A l'origine, le long-métrage est l'adaptation d'un roman éponyme de Koshun Takami, puis d'un manga qui a connu un énorme succès au pays du soleil levant. Quant à Kinji Fukasaku, le réalisateur asiatique s'est principalement spécialisé dans les films chocs et violents. Marqué et traumatisé par la Seconde Guerre Mondiale, le cinéaste s'est notamment distingué dans Tora ! Tora ! Tora ! (1970) coréalisé avec Richard Fleischer et Toshio Masuda, Sous les drapeaux : l'enfer (1972), Le cimetière de la morale (1975) et Virus (1980).

En l'occurrence, Battle Royale reste le film le plus populaire de Kinji Fukasaku. Succès oblige. Une suite, Battle Royale : Requiem, sera réalisée en 2003 mais décevra unanimement les fans du premier chapitre. Au fil des années, Battle Royale premier du nom s'est presque inscrit dans la culture populaire au Japon. Mieux, le long-métrage a même traversé ses frontières asiatiques pour s'imposer en Europe, notamment en France et surtout aux Etats-Unis, où le film jouit d'une certaine réputation.
Pour l'anecdote, Quentin Tarantino considère Battle Royale comme son film favori (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Battle_Royale_(film). Reste à savoir si le long-métrage mérite un tel dithyrambe. Réponse dans les lignes à venir.

bar_121

La distribution de Battle Royale réunit Takeshi Kitano, Tatsuya Fujiwara, Aki Maeda, Taro Yamamoto, Masanobu Ando, Kou Shibasaki et Chiaki Kuriyama. Attention, SPOILERS ! Dans un avenir proche, les élèves de la classe B de 3ème du collège Shiroiwa ont été amenés sur une île déserte par une armée mystérieuse. Un adulte surgit tout à coup devant eux : leur ancien professeur Kitano.
Il leur annonce qu'ils vont participer à un jeu de massacre dont la règle consiste à s'entretuer. Seul le dernier des survivants pourra regagner son foyer. 
Kitano leur présente deux nouveaux élèves très inquiétants. Des coups de feu retentissent pour convaincre les incrédules. Selon la loi de réforme de l'éducation pour le nouveau siècle, ce sacrifice permettra de former des adultes sains. 

Abandonnés chacun à son sort avec de la nourriture et une arme, les adolescents disposent d'un délai de trois jours pour s'entretuer. Premier constat : Battle Royale peut s'inscrire dans plusieurs registres. Il peut être considéré à la fois comme un drame, un survival, un film d'action, de science-fiction et d'anticipation. Sur ce dernier point, le long-métrage s'inscrit également dans la continuité du film (et du livre) Sa Majesté des Mouches, une oeuvre de destruction massive, où des enfants livrés à eux-mêmes, s'entretuent aussi sur une île. Par certains aspects, Battle Royale n'est pas sans rappeler une autre grande référence de la littérature et du Septième Art : Orange Mécanique.
A l'instar du film de Stanley Kubrick, Battle Royale interroge également sur la notion de violence et de quelle manière elle peut être assénée sur nos écrans de télévision.

battleroyale07

Seule différence et pas des moindres, cette même violence est devenue insupportable et inextricable. Malgré le déploiement de ses troupes et une dictature quasi militaire, le Japon ne parvient plus à contenir la virulence de sa jeunesse indocile. La réponse se nomme donc Battle Royale, un jeu de massacre dont la seule règle est de s'entretuer. A la fin, un seul survivant pourra prétendre à la liberté, à condition de tuer ses camarades de classe. Contrairement à Orange Mécanique, la société moderne et dite "civilisée" (vraiment un terme à guillemeter et à minorer) ne souhaite plus éduquer.
Le monde adulte a lui aussi abandonné ses valeurs et son sens de la morale. La discipline et l'autorité restent néanmoins les apanages d'une société autocratique et totalitaire.

En ce sens, Battle Royale s'inscrit également dans la dialectique de nombreux films d'anticipation des années 1970, notamment Rollerball (Norman Jewison, 1975) et La Course à la Mort de l'An 2000 (Paul Bartel, 1976). Parallèlement, Kinji Fukasaku semble se soucier d'un autre phénomène populaire au Japon : l'apogée des yakuzas, des tueurs professionnels qui se sont peu à peu transformés en syndicats du crime organisés. Plusieurs adolescents de Battle Royale sont les parfaits reflets de ces psychopathes, semant la terreur, la mort, le chaos et la désolation.
Ici point de psychologie ou d'atermoiements sur la psyché des différents protagonistes. Certes, Kinji Fukasaku se focalise essentiellement sur les aventures de Shûya et Noriko. Les deux jeunes éphèbes peuvent compter sur le soutien inattendu d'un soldat aguerri et rompu au combat. 

class-battle-royale-51983_675_483

Dès lors, Kinji Fukasaku s'ébaudit de ses personnages et complexifie son récit. Le cinéaste ne se contente pas seulement de massacrer ses protagonistes. Au détour de plusieurs séquences de tuerie, le réalisateur propose une satire et une critique au vitriol de la société japonaise. Ici, point de pitié ni de magnanimité. Au contraire, les adolescents s'entretuent pour des prétextes futiles : la jalousie, la trahison, la peur ou encore une histoire de tampon abandonné dans les toilettes du lycée.
Toutes les pulsions archaïques et reptiliennes, toujours au nom de la survie et de son propre hédonisme, sont tancées et semoncées par la caméra ensanglantée de Kinji Fukasaku. Le ton est volontairement outrancier et caricatural à l'excès. Hélas, le jeu des acteurs laisse sacrément à désirer. En l'état, difficile de se passionner pour les aventures de Shûya et de sa dulcinée, tant ces deux héros sont stéréotypés. Mais ne soyons pas trop sévères. On tient là un film d'action et d'anticipation éminemment complexe, qui a au moins le mérite de poser tout un tas de questions philosophiques et idéologiques.
Avec Battle Royale, le cinéma asiatique délivre un nouvel uppercut dont il a le secret.

Note : 16.5/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver