canine

 

Genre : drame (interdit aux - 12 ans en France)
Année : 2009
Durée : 1h30

L'histoire : Un père, une mère et leurs trois enfants vivent dans une maison en pleine campagne. Un haut mur entoure la maison. Les enfants ne l'ont jamais quittée. Ils ont été éduqués sans aucune influence du monde extérieur.

La critique :

Depuis la fin des années 1990 et les chefs d'oeuvre de Costa Gavras ou Theo Angelopoulos, on pouvait dire sans crainte de se tromper que l'âge d'or du cinéma grec était derrière lui. Sans aller jusqu'à le faire renaître de ses cendres, Canine (aka Dogtooth) a pourtant légèrement remué les braises. En effet en 2009, un certain Yorgos Lanthimos balance un petit OVNI à la face du public européen : Canine. Il faut bien avouer que le film est aussi curieux que son titre.
Les détracteurs de cette oeuvre la comparent à du Lars Von Trier, version fermentée. N'ayant jamais été un fan acharné du réalisateur danois et n'ayant vu qu'un nombre très limité de ses films, je ne pourrai honnêtement pas comparer. Lors de sa sortie, Canine fut couvert de récompenses dans différents festivals, remportant notamment le prix "Un certain regard" à Cannes. Mérite-t-il pour autant tous ces honneurs ? Personnellement, je suis loin d'être aussi enthousiaste. Cependant, Canine n'est pas un mauvais film. Non, c'est un film spécial. Une oeuvre très originale à la fois cruelle et dérangeante. Le coup de poing annoncé n'est toutefois pas à la hauteur. 

Pourtant, le film écopera d'une interdiction aux moins de 18 ans au Royaume-Uni, suscitant ainsi la polémique et la controverse. Attention spoilers : Un couple de bourgeois athéniens. Lui dirige une entreprise, elle est mère au foyer. Ils vivent avec leurs deux filles et leur fils. Ces derniers ont suivi une éducation très particulière: depuis leur naissance, ils n'ont jamais eu de contact avec le monde extérieur et vivent reclus dans les limites de leur propriété. Les parents s'emploient à travestir la signification de tous les mots ayant rapport avec cet univers qui leur est inconnu.
Ainsi leur mère leur fait croire qu'une autoroute est un vent violent, qu'une excursion est un matériau de carrelage ou que les avions sont des jouets qui peuvent tomber dans le jardin. En fait, tout ce qui a trait avec les notions de déplacement et de liberté de mouvement est automatiquement censuré ou transformé. La télévision ne sert qu'à regarder des vhs de la famille, jamais à voir les programmes ou les informations. 
Les enfants sont aussi coupés de tout contact avec des personnes étrangères à l'exception notable de Christina, une employée de sécurité dans l'usine du père.
Celui-ci la paye régulièrement pour qu'elle ait des relations sexuelles avec son fils. Les soeurs, elles, s'occupent par des jeux cruels (comme de laisser leur main le plus longtemps possible sous un robinet d'eau bouillante) ou par des caresses intimes qu'elles se prodiguent en cachette.

A chaque fois qu'ils demandent à leurs parents à quel moment ils pourront quitter la maison, les enfants ont toujours droit à la même réponse: "Quand votre canine se détachera". Un soir, la fille aînée se frappe violemment pour que sa dent tombe et s'introduit dans le coffret de la voiture de son père... En voilà un scénario bien tordu, non ? Deux choses m'ont dérangé dans ce film. Tout d'abord le postulat de départ. Comment peut on imaginer que de nos jours, des adolescents puissent accepter de vivre ainsi coupés du monde, et cela de leur plein gré, sans manifester l'envie de mettre le nez dehors ?
Deuxième point, les personnages. Aucun d'entre eux n'a de nom, aucun d'entre eux n'est sympathique. Le père joue le rôle d'un dictateur quasi mystique, la mère est transparente et les enfants ont l'air de moutons suiveurs. Difficile dans ces circonstances, de s'intéresser à ce qui leur arrive. Canine est un film lent, jouant habilement entre perversité et voyeurisme tout en affichant un machisme décomplexé. Pourquoi donc le père cautionne-t-il les relations "amoureuses" tarifées entre son employée et son fils alors qu'il ne tolère aucune allusion sexuelle de la part de ses filles ? Cela n'empêchera pas les deux gamines de se faire des gâteries tout le long du film.

En fait, Canine baigne dans une ambiance érotique sous-jacente mais jamais clairement exprimée. Les acteurs sont assez moyens et on ne peut pas compter sur les dialogues pour relever le niveau. Extrait, alors que la petite famille est à table :

- "Maman, c'est quoi une foufoune ?"
- "Où as tu entendu ce mot ?"
- "Il était écrit sur la cassette que Christina a apporté aujourd'hui"
- "Une foufoune est une sorte de grande lampe, ma chérie. Par exemple, ma foufoune est morte, je suis dans le noir". 
Moi, je veux bien reconnaître la naïveté mais à ce point...

De fausses pudeurs en scènes presqu'explicites, Canine se délecte d'une atmosphère malsaine sans aller au bout de son propos. Pourquoi le réalisateur tergiverse-t-il à ce point ? J'aurais préféré un film plus direct, plus brut de décoffrage. Il y a cependant de bonnes idées, des intentions louables et des scènes chocs mais j'ai eu le plus grand mal avec cet étalage d'à peu près. Résultat : on ne sourit jamais, on frémit rarement et il faut vraiment être une vierge effarouchée pour s'offusquer de ce que l'on voit à l'écran. Bref, on ne sait jamais sur quel pied danser et l'on s'ennuie un peu.
A vouloir mélanger les genres, on a l'impression désagréable que Yorgos Lanthimos s'est emmêlé les pinceaux et perdu dans ses initiatives. Il nous livre une oeuvre certes intéressante, mais trop brouillonne pour que l'on puisse vraiment s'y attacher. Au final, Canine conserve comme un goût d'inachevé mais qui, au vu de son potentiel, donne de légitimes espoirs à son réalisateur pour ses prochains films. Pas mal mais peut beaucoup mieux faire ! 

Note : 11/20

 

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