l'impasse-affiche

Genre : policier, action (interdit aux - 12 ans) 
Année : 1993
Durée : 2h23

Synopsis : New-York, 1975. Libéré après 5 années de prison grâce à son avocat véreux, Carlito Brigante, ancienne figure du milieu, rentre chez lui dans le quartier espagnol de Harlem. Il souhaite se réinsérer dans la vie et monter aux Bahamas une affaire honnête avec la femme de sa vie. Mais son passé le rattrape, et ce qui a fait de lui un caïd autrefois risque bien de lui coûter la vie aujourd'hui.

La critique :

Est-il encore nécessaire de présenter Brian de Palma ? La carrière du réalisateur américain débute dès la fin des années 1960. A l'époque, le cinéaste, encore méconnu du grand public, privilégie les pellicules indépendantes. C'est par exemple le cas de Murder à la Mod (1968), Grettings (toujours en 1968) et The Wedding Party (1969). Dès 1973, les choses s'accélèrent.
La sortie de Sisters permet à Brian de Palma d'être repéré par les producteurs hollywoodiens. L'année suivante, donc en 1974, Phantom of the Paradise consacre définitivement le cinéaste au sommet de la gloire. Une consécration corroborée par ses longs-métrages suivants, notamment Carrie au bal du Diable (1976), Furie (1978), Pulsions (1980), Blow Out (1981), Scarface (1983) et Les Incorruptibles (1987), pour ne citer que ceux-là.

Vient également s'ajouter L'impasse (Carlito's Way de son titre original), sorti en 1993. Le long-métrage est l'adaptation d'un roman d'Edwin Torres, un ancien juge de la Cour Suprême (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Impasse). A l'origine, le film devait initialement s'intituler After Hours, mais le titre est déjà emprunté par un certain Martin Scorsese.
Brian de Palma et ses scénaristes optent finalement pour Carlito's Way. Pourtant, le cinéaste, lassé par les films de gangsters et/ou de mafiosos, n'est guère enthousiaste à l'idée de raconter l'histoire d'un criminel (à priori) repenti. Dans un premier temps, John McKenzie et Abel Ferrara sont envisagés par les producteurs. Mais Brian de Palma est finalement séduit par cette idée de rédemption et surtout par l'opportunité de réaliser un long-métrage à l'opposé de Scarface.

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D'ailleurs, L'Impasse recevra un accueil assez mitigé, surtout de la part des fans du cinéaste. En effet, ces derniers s'attendent à une nouvelle séquelle de Scarface. Or, L'Impasse oblique vers une toute autre direction et désappointe dans un premier temps les critiques. Qu'à cela ne tienne. Au fil des années, Carlito's Way va s'octroyer le statut de film culte et même de classique du cinéma.
Mieux, aujourd'hui, L'Impasse est souvent considérée comme le chef d'oeuvre ultime de Brian de Palma. Reste à savoir si le long-métrage mérite un tel dithyrambe. Réponse dans les lignes à venir. La distribution du film réunit Al Pacino, Penelope Ann Miller, Sean Penn, John Leguizamo, Ingrid Rogers, Luis Guzman, James Rebhorn et Viggo Mortensen. Attention, SPOILERS ! 

New-York, 1975. Libéré après 5 années de prison grâce à son avocat véreux, Carlito Brigante, ancienne figure du milieu, rentre chez lui dans le quartier espagnol de Harlem. Il souhaite se réinsérer dans la vie et monter aux Bahamas une affaire honnête avec la femme de sa vie. Mais son passé le rattrape, et ce qui a fait de lui un caïd autrefois risque bien de lui coûter la vie aujourd'hui... 
Le film s'ouvre et se termine sur la même iconographie, à savoir une pancarte sur laquelle est inscrit : "Escape to Paradise". Finalement, cette mention lapidaire résume parfaitement l'esprit et l'idéologie sous-jacente du film. Narquois, Brian de Palma filme au plus près les pérégrinations de son personnage principal, un certain Carlito Brigante (Al Pacino). Le film s'ouvre alors sur sa longue plaidoirie (pour ne pas dire homélie...) devant le juge du tribunal. 

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Grâce à son avocat, David Kleinfeld (Sean Penn), Carlito vient d'échapper au courroux de la justice et donc à une peine incompressible (trente ans de prison). Enfin libéré, l'ancien criminel, hélas populaire auprès des trafiquants de cocaïne et autres poudres illicites, décide de cesser toute relation avec le grand banditisme. Mais à peine sorti du tribunal, il est déjà sollicité par une vieille connaissance.
Carlito est prié par son comparse de participer à une transaction qui tourne rapidement au vinaigre. Inlassablement poursuivi par son passé de dealer et de chef criminel, Carlito doit renoncer à recourir à toute brutalité. Certes, l'ancien gangster tente bien de se racheter une conduite et une certaine probité en rachetant une boîte de nuit. Parallèlement, il renoue ses liens avec Gale (Penelope Ann Miller) mais doit sauver alternativement la peau de son avocat, en déliquescence avec un parrain de la pègre.

A nouveau, l'opération se termine dans la vindicte et les effusions sanguinaires, au grand dam de Carlito. Ce bref résumé emphatique illustre parfaitement le parcours cahoteux de Carlito Brigante. Un chemin escarpé et semé d'embûches. L'Impasse, c'est aussi cette allégorie sur cet empirée terrestre (Paradise Island) inatteignable et finalement chimérique. Au fur et à mesure de ses péripéties, Carlito voit l'étau se refermer implacablement sur lui. Même ses fidèles amis le trahissent. 
Quant à sa réputation de chef inébranlable, elle est bientôt évincée par l'arrivée inopinée de Benny Blanco (John Leguizamo), un trafiquant de seconde zone mais auréolé d'une réputation sulfureuse. De surcroît, Carlito doit coopérer avec la police pour sauver sa propre peau. 

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Qu'à cela ne tienne, l'ancien gangster indocile refuse de se soumettre à l'autocratie policière. Paradise Island lui tend les bras... Une chimère. Car L'Impasse, c'est aussi cette course poursuite effrénée contre la destinée et le temps qui passe. En ce sens, Gale, la belle amoureuse de Brigante, fait preuve de médiumnité. Le puzzle éparpillé finit peu à peu par s'agréger. A contrario, la figure mythique symbolisée par Carlito Brigante s'étiole et se délite.
L'Impasse, c'est aussi cette annihilation d'une silhouette du passé. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard. L'affiche du film montre un Carlito Brigante confiné contre un mur obombré. A l'instar de Tony Montana dans Scarface, Carlito Brigante est lui aussi condamné à crouler et à périr sous les balles. Mais leur trajectoire est bel et bien contrastée. En quête de rédemption (ou plutôt de rémission), Brigante ne peut empêcher l'indicible ni le couperet de tomber.
Poursuivi par son passé et ramené à sa propre mélancolie, le personnage doit se désincarner et se désintégrer sous la caméra de Brian de Palma. En l'occurrence, le cinéaste peut s'appuyer sur la composition magistrale d'Al Pacino, aux yeux émoussés. Mieux, le réalisateur n'oublie pas ses personnages secondaires. A l'image de Penelope Ann Miller, qui brille surtout par son élégance et sa vénusté. Bref, en quelques mots, on tient là un excellent film policier.

Note : 17.5/20

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