Tueurs-Nes

Genre : Thriller, Action (interdit aux moins de 16 ans)

Année : 1994

Durée : 1H55

Synopsis : Mickey et Mallory Knox forment un couple jeune et amoureux mais également meurtrier. Fou d’amour et de violence, ils parcourent les routes en enchaînant les massacres sanglants. La police se mobilise mais également les médias qui font des deux criminels de véritables stars.

La critique :

Tueurs Nés, réalisé par Oliver Stone en 1994, s’est imposé comme un film culte au fil des années. Stone, considéré à l’époque comme un réalisateur polémique et subversif, se lançait alors dans un pari qui, à première vue, semblait risqué et osé. Ce pari, c’est Tueurs Nés, dont le scénario est signé Quentin Tarantino. Cependant, Stone le remaniera à sa façon et Tarantino déçu de la version finale refusera d’être lié au film (pourtant son nom apparaît au générique). 
A sa sortie, le film fait scandale en raison de sa violence et de son côté choc. Stone ouvre alors le débat sur la violence de la société, mais surtout sur la médiatisation de la violence et plus précisément des tueurs en série. Certains parlent alors du nouvel Orange Mécanique, Stone semblant effectivement quelque peu influencé par le film de Kubrick sur certains aspects. La polémique concerne aussi un fait divers que certains disent influencé par le film.

Alors au final Tueurs Nés est-il la claque attendue ? Mon avis ? On a surtout affaire à un véritable pétard mouillé. Certaines critiques reprocheront au film de ressembler à ce qu’il veut dénoncer. Je ne suis habituellement pas d’accord avec les critiques officielles mais ici, je partage en partie leur avis. Attention SPOILERS ! Mickey et Mallory Knox sont deux jeunes amoureux pris dans la folle spirale de la violence. Ils traversent le pays en tuant plus de cinquante personnes. 
La police les traque activement mais les médias aussi. En effet, pour la télévision et les journaux, c’est une aubaine que d’avoir ces deux tueurs en série. Bien vite, Mickey et Mallory deviennent des Stars et le public n’a d'yeux que pour eux. Un jour cependant, ils sont arrêtés. C’est alors qu’un journaliste a l’idée plus qu’audacieuse de se rendre à la prison et d’interviewer Mickey.

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Pendant l’interview, le psychopathe parvient à s’emparer d’une arme et à déclencher une évasion générale dans la prison. Le journaliste se joint à cette équipe de criminels et les choses tournent au carnage. L’histoire reprend donc les grandes lignes du scénario de Tarantino. Stone signe un film à la mise en scène furieuse et violente. La première partie est particulièrement violente et teintée par le style des seventies. La seconde partie est encore plus violente et s’inscrit plus dans le registre des années 90.
Alors premièrement, j’ai toujours eu un problème avec le réalisateur Oliver Stone. Je dis le réalisateur, car j’apprécie le personnage public qui dit parfois des choses vraiment intéressantes lorsqu’il analyse notre société moderne. Même s'il a la fâcheuse tendance de s’excuser à chaque fois qu’il dit des vérités. Quelque part, ça peut refléter son cinéma qui, au final, n’a pas forcément la subversion que les journalistes lui reconnaissent. Et ça reflète encore une fois ce film.

Et Stone c’est toujours ça, c’est des débats intéressants, mais quand il s’agit de transposer à l’écran, on perd entre 50 et 90 % de la marchandise. Alors je ne sais pas si c’est parce qu’il reçoit trop de pression de la production ou si tout simplement il n’est pas fait pour le cinéma. On a pu voir dans ses films qu’il savait faire de très bonnes choses avec sa caméra c’est vrai, il a fait des films très réussis mais pourtant au final, je me demande s’il n’aurait pas dû faire écrivain (on sait qu’il a aussi des talents de scénariste) et essayiste. Mais parlons d’abord de la réalisation de Tueurs Nés
Le film regorge d’idées ingénieuses au niveau du style. Par  exemple, on citera la scène de la rencontre entre Mickey et Mallory, accompagnés d’une Laugh box. Ou encore les images subliminales pour exposer les hallucinations des deux meurtriers. 

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La mise en scène nous entraîne donc dans les délires des deux tueurs. Cependant, l’usage trop fréquent de filtres finit par agacer (on revoit certaines scènes deux, trois fois avec un filtre différent). C’est pourquoi malgré de bonnes idées, la réalisation est assez prétentieuse. Alors le film se veut très décalé dans sa façon de montrer les choses. Notamment pour montrer la confusion qui règne dans l’esprit de ses personnages et dans ce sens, ce n’est pas trop mal réussi. 
Mais Stone veut aussi privilégier un aspect satirique. Problème à trop vouloir faire de la satire, le réal finit parfois par être trop caricatural et à tomber dans le cliché. En ce qui concerne la violence, Tueurs Nés n’a pas usurpé sa réputation. Une violence par ailleurs jouissive et typique des années 90, mais qui ne fait jamais l’objet d’analyse. On en arrive donc au message du film.   

Après une première partie pleine de violence. On s’attend à une analyse et à une réflexion sur cette violence dans la seconde. Mais Stone préfère nous offrir un déferlement de meurtres qui n’apporte rien de plus au fond de l’histoire. Le réalisateur veut nous montrer que nous sommes au final tous atteints de la même violence. Mais le vrai débat du film, ce sont les médias et plus précisément la façon dont ces derniers s'accaparent cette violence. Hélas, le film passe totalement à côté de son sujet. 
En réalité, Tueurs Nés a pour but de dénoncer la violence dans les médias et la manière dont elle y est montrée. Il est vrai que les médias sont très critiquables sur ce point, mais sans doute pas pour les raisons qu’évoque le film. Premièrement, le réalisateur semble nous sortir le débat ultra-simpliste qui consiste à dire que les médias sont responsables de la violence des hommes.

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Impression corroborée par la scène de l’hôtel où Harrelson saute Lewis en matant la télé devant des films comme La Horde Sauvage et Scarface. Puis ensuite, on voit sur les murs de la chambre des images des crimes nazis. Il ne s’agit pas là d’analyse personnelle, c’est le réalisateur qui l’affirme lui-même dans les commentaires. Bref, on est dans le pur cliché. Et c’est d’ailleurs assez drôle de voir le film aller sur ce terrain puisqu’il sera lui aussi accusé d’inciter à la violence. 
J’ai évoqué plus haut la polémique concernant le cas Ray-Maupin en France. Polémique qui, rappelons-le au passage, a été montée de toutes pièces, puisque jamais l’affiche du film n’a été retrouvée dans l’appartement du couple meurtrier. On peut même penser à une polémique commerciale. Mais dans son optique de critiquer la violence dans les médias, le message premier de Tueurs Nés est de dénoncer le voyeurisme de ces médias.

En gros, Stone accuse les médias de faire de la violence un spectacle de foire, de faire du voyeurisme sur le sordide, de faire du business sur une violence malsaine et de hisser les Tueurs au rang de stars. C’est d’ailleurs sur ce dernier point que le film ressemble à ce qu’il veut dénoncer. Mickey et Mallory finissant par apparaître comme des héros auxquels le spectateur s’attache. Mais surtout, la critique que Stone propose des médias est trop politiquement correcte, bien-pensante et illégitime pour convaincre. Dénoncer les médias parce qu’ils colportent la violence de façon complaisante et transforment les tueurs en stars pour faire augmenter le chiffre d’affaires c’est la « critique cliché », j’ai envie de dire. 
Oui les médias font du business sur la violence, mais s'ils le font, c’est qu’il y a des consommateurs. Donc Stone aurait sans doute mieux fait de pousser plus loin le débat sur notre propre voyeurisme. C’est d’ailleurs ce que faisait très bien l’excellent C’est arrivé près de chez vous, qui en plus, se gardait de faire la morale aux spectateurs.

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Tueurs Nés ne pointe pas du doigt le vrai problème du rapport entre la violence et les médias. Ce n’est pas tellement une question commerciale mais plutôt une question politique. Et cette question politique, le film ne l’aborde jamais. Je dirais même qu’il l’esquive de façon remarquable. Tueurs Nés aurait dû traiter de la manipulation des médias sur le même sujet et notamment montrer le rôle « d’épouvantail » que ces derniers donnent aux tueurs. Par exemple, dans Tueurs Nés, Stone a choisi de citer Charles Manson à travers les répliques du personnage de Mickey (l’interview en prison est presque calquée sur celle de Manson). C’est super de l’avoir fait mais quitte à citer Manson, il fallait, à mon avis, citer une phrase essentielle du personnage qu’il a prononcé lors de son procès : « J’ai tué moins de monde que le président des Etats-Unis ». Tout est dit dans cette phrase. 
C’est le principal reproche que je fais à Tueurs Nés, de ne pas avoir parlé de la stratégie des médias concernant la surmédiatisation des Serials Killers qui est, avant toute chose, destinée à détourner l’attention des meurtriers. Je reproche, en gros, au film de Stone de ne pas avoir parlé de cette stratégie de « l’épouvantail », alors que c’est précisément le cœur de son sujet.

Et quelque part, son film réunit tous les éléments pour en parler, notamment en montrant les représentants de la justice aussi monstrueux que ses deux tueurs en série. Mais là encore, c’est l’esquive totale et c’est dommage. Niveau Casting, heureusement que les deux acteurs principaux sont là pour sauver le film. Harrelson et Lewis sont parfaits et charismatiques en psychopathes, surtout Harrelson. Pour le reste, Tommy Lee Jones et Downey Jr sont en mode cabotinage.  
Tueurs Nés est donc un film qui avait du potentiel mais qui est passé totalement à côté de son sujet. Un vrai pétard mouillé et quelque part un film « faux cul », typique du « cinéma américain MTV »  des années 90. Pour ma part, je pense que Stone s’est surtout fait tenir pas ses producteurs. Après, Tueurs Nés n’est pas un film à jeter non plus, il peut même se révéler convaincant si vous le prenez comme un film d’action ultra violent sympa et jouissif, teinté d’une légère critique gentillette. 

Note : 12/20 

 

 

vince Vince