les anges violés

Genre : drame, érotique, expérimental, inclassable (interdit aux - 16 ans)
Année : 1967
Durée : 56 minutes

Synopsis : Un homme, qui s'est introduit dans un hôpital, tue plusieurs infirmières. 

La critique :

Certes, le nom de Koji Wakamatsu risque de ne pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, on parle bel et bien de l'un des réalisateurs japonais les plus importants des années 1970. Ses thèmes de prédilection ? Les rapports entre les hommes et les femmes, ainsi que cette analyse d'une société asiatique en pleine décrépitude. D'un point de vue politique, Koji Wakamatsu s'inscrit dans une idéologie marxiste et même anarchiste. En pleine insubordination contre le gouvernement japonais, le cinéaste se démarque par son style radical, comme l'atteste la grande majorité de ses films.
Au hasard, nous citerons Quand l'embryon part braconner (1966), Va va vierge pour la deuxième fois (1969), La Vierge Violente (1969) ou encore Sex Jack (1970).

En 1976, Koji Wakamatsu produit et participe à la conception de L'Empire des Sens de Nagisa Oshima. Ce nouveau film scandale et polémique asseoit définitivement sa notoriété dans le continent asiatique. Le nom du réalisateur commence même à s'exporter au-delà des frontières nippones. En outre, Les Anges Violés, sorti en 1967, fait partie des oeuvres controversées du cinéaste.
Présenté au Festival de Cannes, ce moyen-métrage s'inscrit dans le sillage et la continuité de Quand l'embryon part braconner. Le film est également inspiré d'un fait divers et de l'histoire de Richard Speck, un tueur en série notoire. Inutile de mentionner les acteurs, à moins que vous connaissiez les noms de Juro Kara, Keko Koyanagi et Shoko Kido, mais j'en doute. Attention, SPOILERS ! 

Violated Angels - Okasareta Hakui

(1) Des infirmières du foyer de l'hôpital départemental Shirayuri invitent un inconnu dans leur dortoir, et à assister discrètement aux ébats de deux d'entre elles. Cette relation charnelle intrigue la plupart des femmes qui se précipitent à la porte pour les observer à travers un petit trou. Mais l'homme se révolte contre sa situation de voyeur, et sort de son impuissance en exécutant froidement l'une des femmes en pleine action (1). Que les choses soient claires.
Les amateurs de films destinés à flagorner le grand public sont priés de quitter leur siège et d'aller faire un petit tour. En l'occurrence, Les Anges Violés se veut difficile d'accès et n'appartient à aucun registre en particulier. Le moyen-métrage est à la fois un drame, une oeuvre à consonance érotique, un thriller, une pellicule inclassable et expérimentale.

De facto, difficile de parler du film en lui-même tant Koji Wakamatsu cherche à désarçonner le spectateur ébaubi. Premier constat, le réalisateur japonais varie les tonalités et les colorisations de sa pellicule. Ainsi, de nombreuses séquences sont tournées en noir et blanc. A contrario, d'autres saynètes sont réalisées en couleurs, Koji Wakamatsu privilégiant les tonalités rougeoyantes et érubescentes.
Ce choix est tout sauf aléatoire. Les scènes en noir et blanc marquent cette rupture rédhibitoire entre le psychopathe et ses victimes cloîtrées dans une sorte de dortoir pour infirmières. 
C'est la première partie du film. Dans cette première section, Koji Wakamatsu analyse sa thématique de prédilection, à savoir cette impuissance masculine qui cherche à se viriliser en assassinant des femmes. 

Violated Angels - Okasareta Hakui

D'un simple voyeur, le serial killer se transmute en bourreau vindicatif. Hélas, cette virilité exacerbée et soudainement retrouvée n'est qu'un simulacre. Sur ce dernier point, Les Anges Violés peut être considéré comme une oeuvre profondément mysogine. Or, c'est justement l'inverse qui est souligné. Le vrai pouvoir, celui de castration et de dévirilisation, est possédé par des femmes, symboles par ailleurs de pureté. D'ailleurs, ce n'est pas hasard, les victimes du psychopathe sont toutes vêtues d'oripeaux de couleur d'albâtre. Quant au phallus, il est ici supplanté par un révolver.
Grâce à ce pénis de substitution, le serial killer retrouve sa puissance et sa fougue de jadis. Une chimère. Puis, dans sa seconde partie, Les Anges Violés oblique vers une autre direction.

D'un huis clos anxiogène, le moyen-métrage se transmue en un drame poétique et mélancolique. Koji Wakamatsu opacifie son propos par cette romance qui se noue entre le tueur et une des infirmières. Le réalisateur se focalise sur l'extérieur et en particulier sur le mouvement des vagues. Dès lors, les dernières minutes du moyen-métrage peuvent être interprétées de plusieurs manières.
Certains spectateurs y verront peut-être un film d'art et d'essai sur cette incommunicabilité entre les hommes et les femmes. D'autres le considéreront comme une allégorie sur le glas du désir. D'autres encore l'analyseront comme le portrait d'une société japonaise en déliquescence, claustrée dans ses propres failles et son propre silence. En vérité, Les Anges Violés est un peu tout cela à la fois, à savoir cette curieuse juxtaposition entre ce déclin sociétal et la mort du phallus-fascinus.

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.cineclubdecaen.com/realisat/wakamatsu/angesvioles.htm