mad max

Genre : action, science-fiction, anticipation (interdit aux - 12 ans)
Année : 1979
Durée : 1h25

Synopsis : Sur les autoroutes désertées d'une Australie méconnaissable, une guerre sans merci oppose motards hors-la-loi et policiers Interceptor, qui tentent de triompher de la vermine au volant de voitures aux moteurs surgonflés. Dans ce monde en pleine décadence, les bons, les méchants et le manichéisme disparaissent. 

La critique :

La carrière cinématographique de George Miller débute dès 1971 avec un court-métrage, Violence in the Cinema : part I. Présenté dans différents festivals, le court-métrage obtient plusieurs distinctions, dont deux prix aux Australian Film Institute Awards. A l'époque, George Miller hésite encore entre une carrière dans le cinéma ou la médecine. Mais son ami, producteur et fidèle associé, Byron Kennedy, l'exhorte à réaliser son tout premier long-métrage.
Ce sera Mad Max en 1979. Le long-métrage doit être conçu comme une oeuvre à la fois post-apocalyptique, un western, un film d'action et même d'anticipation. A la base, le scénario de Mad Max s'inspire du choc pétrolier de 1973. George Miller perçoit déjà le déclin voire le glas d'une société capitaliste et consumériste.

George Miller et Byron Kennedy griffonnent alors un script d'une quarantaine de pages qu'ils présentent à plusieurs financeurs. Hélas, ce premier jet essuie un véritable camouflet. Personne ne souhaite investir dans une histoire aussi violente, pessimiste et nihiliste. Pourtant, Miller obtient un budget de 350 000 dollars pour tourner le long-métrage dans les plus brefs délais. Qu'à cela ne tienne, le réalisateur s'attelle à la tâche. Faute de temps et ne pouvant affiner le scénario, George Miller opte pour une histoire laconique, donnant peu, voire aucun détail sur des temps troublés.
Ainsi, le script se déroule dans un endroit et un pays indéterminés. George Miller doit rapidement choisir ses acteurs. En outre, la distribution de Mad Max réunit Mel Gibson, encore méconnu à l'époque, Steve Bisley, Joanne Samuel, Hugh Keays-Byrne et Tim Burns.

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A l'époque, Mel Gibson n'est pas encore l'acteur ni le réalisateur qu'il deviendra par la suite. Toutefois, Mad Max premier du nom va immédiatement l'ériger au rang de star internationale. Le rôle de Max Rockatansky va, pendant longtemps, lui coller aux oripeaux. Au moment de sa sortie, le long-métrage est voué à l'opprobre et aux gémonies. Le film est jugé trop violent par la censure.
George Miller est sommé de s'expliquer devant ses contempteurs. Hélas, Mad Max écope, dans un premier temps, d'une interdiction aux moins de 18 ans, donc d'une classification "X". C'est la raison pour laquelle le film ne sortira, en France, que trois ans plus tard (donc en 1982). Paradoxalement, le long-métrage se taille une solide réputation auprès des fans. Mieux, Mad Max devient la nouvelle égérie du cinéma d'action et de science-fiction.

Peu à peu, le long-métrage devient même le film le plus rentable du cinéma australien, engendrant trois nouveaux chapitres (donc une tétralogie) : Mad Max 2 : le défi (1982), Mad Max au-delà du Dôme du Tonnerre (1985) et Mad Max : Fury Road (2015). Attention, SPOILERS ! Sur les autoroutes désertées d'une Australie méconnaissable, une guerre sans merci oppose motards hors-la-loi et policiers Interceptor, qui tentent de triompher de la vermine au volant de voitures aux moteurs surgonflés.
Dans ce monde en pleine décadence, les bons, les méchants et le manichéisme disparaissent. D'une certaine façon, Mad Max s'inscrit dans le sillage et la continuité de tous ces films d'anticipation des années 1970, avec cette longue description d'une société en déliquescence. Par certains aspects, le film de George Miller n'est pas sans rappeler La Course à la Mort de l'An 2000 (Paul Bartel, 1975), notamment pour ses courses-poursuites effrénées.

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Pourtant, Miller fait fi de cette référence et s'inspire d'un autre film totalement méconnu du grand public, à savoir Point Limite Zéro (ou Vanishing Point de son titre original), réalisé par Richard Sarafian en 1975. Est-il encore nécessaire de présenter davantage ce premier Mad Max iconique dans le petit univers des productions post-apocalyptiques ? Sur ce dernier point, George Miller élude toute explication eschatologique et ne fait aucune allusion à une quelconque bombe nucléaire ou Troisième Guerre Mondiale.
En l'occurrence, Miller se contente de planter le décor (essentiellement des routes désertiques) et ses personnages. Ces derniers semblent se diviser en deux catégories : des flics retors et opiniâtres et des bandits qui sèment le chaos, la terreur, la mort et la désolation. De surcroît, George Miller se montre impartial envers ses protagonistes.

Qu'ils soient policiers ou bandits des grandes routes, tous sont amenés et/ou forcés à s'entretuer dans une guerre sans fin et sans lendemain. Dans ce monde en plein marasme, un homme, Max Rockatansky, se bat encore et tient surtout grâce à l'amour indéfectible de sa femme, Jessie, et de son gosse. Mais le jour où un de ses collègues est carbonisé par des motards psychopathes (les aigles de la route), la vie de Max et de celle de sa famille est clairement menacée.
Mais dans un tel monde, à priori sans frontière, aucune évasion n'est possible. Au grand dam de Max qui doit affronter une armada de bandits aux méthodes radicales, sauvages et expéditives. Ces sociopathes dégénérés préfigurent déjà ces révolutionnaires libertaires, ceux qui dicteront les grands préceptes de notre société voyeuriste et hédoniste.

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Contre eux, point de pacifisme ni de conversations oiseuses. Pour triompher de ces psychopathes, le shérif de la route devra employer les mêmes méthodes cyniques et radicales. Et c'est ce qu'a parfaitement compris Max Rockatansky dans sa course effrénée contre le crime, celle qui le mènera sur le bord de la route ou plutôt du précipice. Avec peu de moyens, George Miller propose un dépaysement total. Le film est régulièrement ponctué par des courses poursuites virulentes, se terminant à chaque fois par un meurtre, un viol ou dans un bain de sang.
En outre, le long-métrage semble échapper à toute morale redondante ou idéologique. Max est la parfaite incarnation de cet homme abattu, qui ne croit plus en rien et qui écume les routes pour apaiser sa soif de vengeance. Sur ce dernier point, la mort (atroce) de sa femme et de son fils marque une rupture rédhibitoire. A son tour, Max devient un criminel de la route, celui qui vient assouvir ses pulsions primitives et archaïques. Une fin pour le moins brutale mais qui résume toute la quintessence de cette pellicule, entre nihilisme, action et anticipation.

Note : 17/20

sparklehorse2 Alice In Oliver