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Genre : documentaire

Année : 2010

Durée : 50 minutes 

Synopsis : En Manchourie, du début des années 30 jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, des scientifiques japonais travaillaient secrètement dans l’unité numéro 731. Officiellement, ils travaillaient à la prévention des épidémies et à la purification de l’eau. En réalité, ces scientifiques menaient des exactions expérimentales sur des cobayes humains. De tous les prisonniers qui sont entrés dans l’unité 731, aucun n’est ressorti vivant.     

La critique :

Documentaire choc que ce Kizu : les fantômes de l’unité 731. Il faut dire qu’il s’agit ici d’évoquer l’un des sujets les plus tabous de l’histoire du Japon et même de l’histoire mondiale. Celle de l’unité 731. Le nom ne dira probablement pas grand-chose à beaucoup. Ce qui est naturel car les faits ont été étouffés et sont très longtemps restés ignorés. L’histoire de l’unité 731 est pourtant l’une de celle qui vous rappelle la véritable et triste nature humaine. Depuis ces dernières années plusieurs historiens se sont penchés sur ce sommet de l’horreur que représente l’unité 731. 
Kizu : les fantômes de l’unité 731 rend donc compte des révélations faites ces dix dernières années. Attention SPOILERS !  
1931, les japonais envahissent la Manchourie. Ce pays est riche en ressources et se révèle être un véritable filon pour les ultra nationalistes nippons.

Les affaires s’installent en Manchourie, les japonais s’offrent également les services de Pu Yi, l’empereur déchu, qui devient leur pantin et le dirigeant d’un état de la Chine du Nord appelé le Manchukuo. Cette nouvelle colonie japonaise est appelée à prospérer, puisqu’il est prévu d’y envoyer 5 millions de colons. Parmi eux, certains vont être envoyés à Harbin sous le commandement de Shiro Ishii. Ce dernier dirige l’unité scientifique n°731. Officiellement, les travaux de l’unité 731 concernent la prévention des épidémies et la purification de l’eau. Mais les jeunes recrues vont bien vite découvrir qu’en réalité, l’unité 731 fait rentrer des convois de prisonniers russes et chinois qui sont destinés à servir de cobayes pour des expériences atroces. « Officiellement », l’unité 731 a commencé à commettre des exactions sur les prisonniers à partir de 1938 mais en réalité, il est plus que probable qu’elle était déjà spécialisée dans ce genre de pratique depuis 1932. 

A cette époque, le Japon envisageait une guerre bactériologique contre les Etats Unis. Shiro Ishii devait donc travailler pour monter ce projet. Pour cela, hommes, femmes et enfants furent utilisés comme cobayes. Tous sont morts dans les laboratoires de l’unité 731. Morts d’injections, de peste, de typhus, de typhoïde ou de choléra. D’autres ont péri sous les scalpels en salle de vivisections. Certains autres sont décédés en chambre froides ou en chambres à gaz.
Voulant aller toujours plus loin, Shiro Ishii a utilisé une énorme quantité de rats porteurs de maladies particulièrement meurtrières. Ces rats étaient ensuite recouverts de puces qui, en pompant leur sang, devenaient à leur tour porteuses de la maladie. Ces puces étaient ensuite destinées à être bombardées. Ces bombes seront d’abord testées dans des terrains vagues sur  les cobayes de l’unité 731.

Mais par la suite, Shiro Ishii fera bombarder la population environnante russe et chinoise. Il est d’ailleurs difficile d’estimer le nombre de victimes. Pendant de longues années, l’unité 731 sévit. Suite au bombardement d’Hiroshima par les américains, les japonais se retirent du Manchukuo. Tous les prisonniers restants sont gazés. Les japonais se livrent à un travail de destruction et cherchent à faire disparaître toutes les traces de l’unité 731. Dans leur précipitation, ils ne pourront pas tout effacer.
Le personnel rescapé sera pris à parti par Shiro Ishii qui fera promettre à chacun de ne rien dévoiler sur l’unité 731. La plupart des anciens acteurs de cette horreur seront surveillés de très prés. Quant aux principaux acteurs, ils ne seront jamais inquiétés pour leurs crimes, ils seront mêmes protégés. En effet, les résultats de leurs expériences seront considérés comme essentiels à l’évolution scientifique.

C’est pourquoi l’affaire a été étouffée et pas seulement par les japonais. De longues années se sont écoulées depuis l’unité 731. Aujourd’hui, des témoins décident de parler. Kizu : Les fantômes de l’unité 731 est donc un documentaire passionnant revenant sur l’une des horreurs les plus méconnues de l’histoire. C’est là le but premier de ce documentaire, raviver la mémoire et dévoiler enfin l’horreur de l’unité 731. Kizu choisit donc de raconter l’histoire de l’unité 731 à travers, notamment, les commentaires et interviews d’anciens « bourreaux » qui travaillèrent là-bas.
Ces derniers racontent donc leur histoire, de leur arrivée au Manchukuo jusqu’aux exactions expérimentales auxquelles ils furent contraints de se livrer. La grande majorité ignorait ce qui les attendait en arrivant là-bas. Le travail d’un infirmier de l’unité consistait, entre autres, à injecter des bactéries porteuses de la peste, du typhus, de la typhoïde et du choléra aux prisonniers.

Ensuite, les prisonniers étaient placés en cellules d’observations, aucun soin ne leur était donné, les scientifiques se contentaient de prendre des notes sur l’évolution des dégâts de la maladie sur le corps humain. Certains prisonniers pouvaient se voir infliger plusieurs bactéries. Ce travail était également dangereux pour les médecins de l’unité 731 car ils étaient eux-mêmes susceptibles, au contact des prisonniers, de contracter une maladie mortelle.
Les médecins qui contractaient donc une maladie auprès des prisonniers étaient obligatoirement amenés à les rejoindre et à passer du statut de « bourreau » à celui de cobaye. 
Les membres de l’unité 731 pratiquaient également des expérimentations chirurgicales telles que la vivisection. Certains bourreaux interviewés reconnaissent par ailleurs qu’au bout de leur troisième vivisection, cela ne leur faisait ni chaud ni froid.

Déserter n’était pas envisageable sous peine de se retrouver aussi sur la table d’opération. Impossible de ne pas être touché par les témoignages de ces anciens « bourreaux » de l’unité 731. On découvre des hommes qui n’étaient pas des monstres, mais qui pourtant ont participé aux pires atrocités. C’était tout simplement des gens contraints d’effectuer des ordres et qui, sous la peur des représailles, les effectuaient sans se poser de questions. Le témoignage de ces personnes est donc très important car aujourd’hui, ils ont décidé de briser la loi du silence. La plupart ont d’ailleurs reçu des menaces de mort émanant de groupuscules extrémistes japonais. Le documentaire s’appuie également sur certaines images d’archives hélas trop rares. Kizu raconte également son histoire à travers les couloirs de l’ancienne unité 731 devenue un musée dans lequel des artistes ont reproduit avec des statues de cire, les horreurs qui pouvaient se dérouler sous le commandement de Shiro Ishii.

Le documentaire nous raconte comment, pendant de longues années, les faits ont été cachés. Ce n’est qu’au début du 21ème siècle que le Japon a reconnu l’existence de l’unité 731. Pour autant, le gouvernement nippon n’a pas encore reconnu ce qui s’est passé dans les laboratoires de cette unité. Le documentaire explique également qu’il existe un fort négationnisme concernant l’unité 731. Pourtant, les faits sont là et ceux qui les évoquent sont menacés de mort.
Il est également probable que l’unité 731 ne soit pas un cas isolé. On soupçonne l’existence de ce type de complexe dans d’autres régions de la Chine à la même époque, notamment à Nankin. Kizu : Les fantômes de l’unité 731 veut donc nous faire connaître cette histoire hélas trop méconnue. Certes, une fois encore, on peut reprocher au documentaire de ne pas s’appuyer plus sur les images d’archives qui sont certes rares mais existent. On peut aussi reprocher une durée un peu courte, certains faits n’étant pas évoqués. Mais ne soyons pas trop sévère, c’est à ma connaissance le seul documentaire à traiter du sujet (à moins d’inclure Philosophy of a Knife qui est entre la fiction et le documentaire). En bref, à voir absolument !       

Note : 16,5/20 

 

 

vince Vince