requiem for a dream

 

Genre : drame (interdit aux - 12 ans en salles et interdit aux - 16 ans à la télévision)
Année : 2001

Durée : 1h42

Synopsis : Harry Goldfarb est un junkie. Il passe ses journées en compagnie de sa petite amie Marion et son copain Tyrone. Ensemble, ils s'inventent un paradis artificiel. En quête d'une vie meilleure, le trio est entraîné dans une spirale infernale qui les enfonce toujours un peu plus dans l'angoisse et le désespoir. La mère d'Harry, Sara, souffre d'une autre forme d'addiction, la télévision. Juive, fantasque et veuve depuis des années, elle vit seule à Coney Island et nourrit dans le secret l'espoir de participer un jour à son émission préférée. Afin de satisfaire aux canons esthétiques de la télévision, elle s'astreint à un régime draconien. Un jour, elle le sait, elle passera de l'autre côté de l'écran.

La critique :

Dès son plus jeune âge, Darren Aronofosky a toujours été fasciné par l'art, la culture, le cinéma et plus particulièrement par les techniques de réalisation et d'animation. En 1997, il signe enfin son tout premier long-métrage, sobrement intitulé Pi, et financé par des donations de ses amis et de sa famille. Grâce à leurs généreuses prodigalités, le métrage est présenté au festival du film de Sundance en 1998, où il s'octroie le prix du meilleur réalisateur.
La société de production Artisan Entertainment achète les droits du film pour une somme dérisoire (environ un million de dollars). Pi est donc diffusé dans plusieurs cinémas indépendants. Le long-métrage est unanimement plébiscité par les critiques et la presse cinéma. Certains fans décèlent, chez ce tout jeune cinéaste, un immense talent et potentiel.

Par certaines accointances, le style de Darren Aronofsky n'est pas sans rappeler celui de David Lynch. Pour son film suivant, Requiem For A Dream, réalisé en 2000, Aronofsky s'adjoint les services et l'érudition de la même équipe technique. Les producteurs lui accordent leur confiance et le métrage bénéficie d'un budget un peu plus conséquent, 3 500 000 dollars. Pari réussi pour Aronofsky et ses fidèles prosélytes puisque le film engrange plus de sept millions de dollars de recettes à travers le monde.
Au fil des années, Requiem For A Dream va rapidement s'octroyer le statut de film culte. 
Présenté dans divers festivals et compétitions, le métrage remporte plusieurs récompenses, notamment le Cheval de bronze au festival du film de Stockholm. La bande originale, composée par les soins de Clint Mansell, concourt largement à populariser le long-métrage.

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Bientôt, Requiem For A Dream devient un film à caractère pédagogique sondé, analysé et décortiqué par les facultés de psychologie américaines, afin d'étudier les comportements toxicomaniaques, et avec pour objectif de faire prendre conscience de la nocuité des substances illicites et de leurs effets délétères. Adapté du roman éponyme d'Hubert Selby Jr, Requiem For A Dream est souvent considéré comme le sommet de Darren Aronofsky. Reste à savoir si la réputation du long-métrage est bel et bien justifiée. Réponse dans les lignes à venir... Au moment de sa sortie aux Etats-Unis, Requiem For A Dream écope d'un classement NC-17 (soit interdit aux moins de 17 ans), ce qui limite sa diffusion dans les salles.
En France, il écope seulement d'une interdiction aux moins de 12 ans avant d'être à nouveau interdit aux moins de 16 ans lors de sa diffusion à la télévision.

La distribution du film réunit Jared Leto, Jennifer Connelly, Ellen Burstyn (qui a remporté un Oscar pour sa performance), Marlon Wayans (qui jouera également un drogué la même année dans Scary Movie, mais dans un registre humoristique), Christopher McDonald, Louise Lasser et Keith David. Attention, SPOILERS ! Harry Goldfarb est un junkie. Il passe ses journées en compagnie de sa petite amie Marion et son copain Tyrone. Ensemble, ils s'inventent un paradis artificiel.
En quête d'une vie meilleure, le trio est entraîné dans une spirale infernale qui les enfonce toujours un peu plus dans l'angoisse et le désespoir. 
La mère d'Harry, Sara, souffre d'une autre forme d'addiction, la télévision. Juive, fantasque et veuve depuis des années, elle vit seule à Coney Island et nourrit dans le secret l'espoir de participer un jour à son émission préférée.

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Afin de satisfaire aux canons esthétiques de la télévision, elle s'astreint à un régime draconien. Un jour, elle le sait, elle passera de l'autre côté de l'écran. Dès son tout premier long-métrage, donc Pi, Darren Aronofsky a su imposer un style quasi expérimental, très proche des délires et des fantasmagories "Lynchiennes" entrevues dans Eraserhead (1980). Ce style, à la fois clinique et affiné, s'appesantit sur un grand nombre de menus détails. Mais Requiem For A Dream, c'est aussi cet intérêt pour la plèbe et la populace, celle qui vit claustrée dans les quartiers des grandes villes, cette population oubliée et répudiée qui s'est confinée dans le marasme, la mélancolie terminale et la solitude.
Ainsi, Darren Aronofsky oppose deux générations d'opprimés. La première, incarnée par Sara Goldfarb, la mère d'Harry, s'est égarée dans la psychasthénie mentale.

Son objectif ? Perdre du poids pour pouvoir revêtir sa robe rougeoyante et participer à une émission populaire américaine. En route vers la gloire... Une hérésie. Quant à son fils Harry, le jeune homme est un junkie qui s'adonne à toutes les formes d'addiction avec la complicité de sa fiancée, Marianne Silver, et de son plus fidèle ami, Tyrone C. Love.
Requiem For A Dream suit alors l'alanguissement progressif de ces quatre protagonistes au fil des saisons, chacune de ces temporalités étant marquée par des couleurs distinctes. Mais les substances illicites, quel que soit leur forme, ne sont pas les seules apanages du long-métrage. Le film pointe d'autres formes encore plus pernicieuses d'accoutumance : le sexe, l'argent, la télévision et plus largement le consumérisme ad nauseam.

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Dans une société claustrée et individualiste à satiété, chacun se réfugie derrière un objet, un médicament, une drogue ou un moyen quelconque pour s'évader de ce monde chimérique. Darren Aronofsky s'emploie à sonder la psyché de ses divers protagonistes. Ainsi, Requiem For A Dream fonctionne comme une sorte d'autoscopie mentale. Le spectateur est donc convié à visiter et à partager les délires hallucinatoires et hallucinogènes des quatre personnages.
Par exemple, l'amertume et les tourments de Tyrone semblent se trouver quelque part dans son enfance, à une époque où le jeune homme trouvait encore du réconfort dans les bras de sa mère. A moult reprises, la caméra d'Aronofsky virevolte et tournicote autour de ses protagonistes pour mieux cerner leur désappointement, mais aussi leurs symptômes de manque avec les suées, les nausées, les bouffées de chaleur et les crises de nerfs intermittentes.

Aucun détail ne nous est épargné, pas même la dilatation des pupilles intoxiquées... Dans cette décrépitude terminale, la spirale infernale est condamnée à se tuméfier jusque l'inexorable. En outre, Requiem For A Dream brille surtout par sa forme, visuellement bluffante et tétanisante. Visiblement, Darren Aronofsky a réalisé un immense travail en termes de gros plans, de cadrage et de direction artistique. Sur ce dernier point, Ellen Burstyn n'a pas volé son Oscar du meilleur second rôle féminin. 
C'est d'ailleurs son personnage de femme chenue et éplorée qui vole la vedette à son propre fils et aux autres protagonistes qui l'entourent. Le film revêt enfin toute sa quintessence lorsque Harry rend visite à sa mère. Lors de cette saynète élusive, le jeune homme prend enfin conscience de la monotonie de sa maternelle, la vieille femme ne jurant plus que par les amphétamines pour combler sa solitude. 
L'existence erratique de cette dernière se résume désormais à une simple émission de télévision qui scande : "Plus de passion ! Toujours plus de passion !". Pourtant, hormis le personnage de la mère et celui de Tyrone dans une moindre mesure, difficile de comprendre la déréliction de Harry et de son énamourée. A l'image de la chute finale, un peu trop grandiloquente, pour susciter réellement l'adhésion. 
Clairement, Requiem For A Dream ne possède pas la fougue ni l'irrévérence de Trainspotting (Danny Boyle, 1996) ni de Moi, Christiane F., 13 ans, Droguée et Prostituée (Uli Edel, 1981), deux drames bien plus éloquents dans leur description d'une faillite sociétale. Par conséquent, ma note finale pourra paraître sévère...

Note : 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver