cannibal ferox

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans/- 16 ans selon les pays)
Année : 1981
Durée : 1h32

Synopsis : Une jeune étudiante en cannibalisme part avec son frère et une amie en Amazonie pour enquêter sur une tribu anthropophage.

La critique :

1980. La sortie de Cannibal Holocaust marque une nouvelle date fatidique dans l'histoire du cinéma horrifique. A la fois influencé par le "Mondo" et le snuff movie, Cannibal Holocaust, réalisé par Ruggero Deodato, devient la nouvelle égérie d'un cinéma jugé extrême et controversé. Lorsque le cinéma rejoint la réalité... A moins que ce ne soit l'inverse. Ruggero Deodato est même accusé d'avoir assassiné ses acteurs durant le tournage. Le réalisateur est sommé de s'expliquer devant les juges et ses nombreux contempteurs. L'opération marketing a parfaitement fonctionné.
Point de décès durant le tournage. Tout n'est qu'un leurre, à l'exception des meurtres perpétrés sur des animaux. Banni, censuré, voué à l'opprobre et aux gémonies, Cannibal Holocaust est interdit dans plus d'une soixantaine de pays.

Le long-métrage ouvre une nouvelle ère dans le cinéma gore et extrême : les films de cannibales. Une tendance qui n'échappe pas à Umberto Lenzi, réalisateur et scénariste italien. Après avoir oeuvré dans les films d'aventure (Sandokan - Le Tigre de Bornéo en 1963), le giallo à consonance érotique (Si douces, si perverses en 1969) et même le registre policier (La rançon de la peur en 1974), Umberto Lenzi devient le nouveau spécialiste du genre horrifique à partir des années 1980.
Le cinéaste signe La Secte des Cannibales et L'Avion de l'Apocalypse dans la foulée. Les deux productions se démarquent par leur côté "bisseux" et leur budget famélique. En outre, Umberto Lenzi est le véritable précurseur des films d'anthropophage puisqu'on lui doit Cannibalis au pays de l'exorcisme en 1972. 

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Mais à l'époque, le long-métrage n'ameute pas spécialement les foules dans les salles. Qu'à cela ne tienne. Suite au succès de Cannibal Holocaust, Umberto Lenzi tient enfin sa revanche. Lui aussi souhaite signer un film controversé. Toutefois, contrairement à Ruggero Deodato, le réalisateur italien ne dissémine aucun message idéologique et/ou politique à travers Cannibal Ferox, sorti en 1982.
A l'instar de son auguste modèle, le film va lui aussi susciter les anathèmes et les acrimonies. Censuré et interdit dans plus d'une trentaine de pays, Cannibal Ferox n'écope que d'une interdiction aux moins de 16 ans en France. En revanche, il obtient une classification "X" (donc interdit aux moins de 18 ans) en Allemagne et au Canada. A l'époque, Cannibal Ferox est considéré comme l'un des films les plus violents jamais réalisés.

Un titre honorifique qui semble disconvenir à Umberto Lenzi qui répudie son propre film. Pourtant, Cannibal Ferox reste probablement le long-métrage le plus "populaire" du cinéaste italien. Une suite, donc Cannibal Ferox 2 (ou Prisonnières dans la Vallée des Dinosaures), sera produite en 1985 par les soins de Michele Massimo Tarantini. En outre, la distribution de Cannibal Ferox premier du nom réunit Giovanni Lombardo Radice, Lorraine De Selle, Robert Kerman et Danilo Mattei.
Attention, SPOILERS ! (1) Des étudiants en anthropologie se rendent en Amazonie pour démentir les rumeurs de tribus cannibales. Sur place, ils rencontrent Mike et Joe, deux Américains trafiquants d'émeraudes et de cocaïne, ayant réduit des indigènes à l'esclavage.

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À la suite du mauvais traitement des indigènes par les trafiquants, du viol et du meurtre d'une jeune fille de la tribu ainsi que d'autres tortures infligées à leur peuple, les indigènes se révoltent contre leurs tortionnaires. Ces derniers vont être soumis aux pires outrages. (1) A juste titre, Cannibal Ferox est souvent considéré comme un avatar de Cannibal Holocaust, dont il reprend les outrages et les codes inhérents, sans toutefois posséder la même virulence et condescendance.
En l'occurrence, Umberto Lenzi n'a jamais été réputé pour sa perspicacité. Opportuniste, le réalisateur se contente de signer un film d'anthropophage dans la pure tradition du genre. Ainsi, le scénario suit un cheminement classique et conventionnel : une expédition organisée par des étudiants en Amazonie, leur rencontre d'infortune avec deux trafiquants de stupéfiants, puis leur capture par des cannibales qui n'ont pas spécialement apprécié les supplices infligés à un des membres de leur tribu.

Contrairement aux apparences, le film prend son temps pour planter le décor et ses protagonistes. Il faudra donc s'armer de patience avant d'assister à une première séquence peu ragoûtante. Néanmoins, sur ce dernier point, Umberto Lenzi est fidèle à sa réputation et ne nous épargne rien via une énucléation et une castration dans les règles. La suite ? Umberto Lenzi dissémine ici et là un discours anthropologique sur nos pulsions primitives et archaïques.
Hélas, nos héros occidentaux auront le malheur d'effaroucher nos chers cannibales. Attention à ne pas courroucer ces derniers sous peine de subir leurs lubricités ! Au programme, une nouvelle émasculation, une main sectionnée, une tête décapitée et des crochets savamment aiguisés puis disposés sous les tétons d'une jeune femme poussant des cris d'orfraie. Cependant, contrairement à Cannibal Holocaust, le film d'Umberto Lenzi se montre beaucoup plus timoré, d'où un léger désappointement. 
Dans le même genre, on lui préférera La Secte des Cannibales, certes beaucoup plus ordurier. Bref, Cannibal Ferox s'adresse avant tout aux fans irréductibles du genre. Les autres pourront aisément passer leur chemin.

Note : 11.5/20

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(1)  Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cannibal_Ferox