tokyo fist

Genre : Combat, Expérimental (interdit aux - 12 ans)

Année : 1995

Durée : 1h23

L’histoire : Tsuda, un salary-man de Tokyo, voit resurgir Kojima un des ses anciens amis qui s’est mis à la boxe. Tsuda va également pratiquer le noble art pour trouver une échappatoire à sa vie aseptisée.

 

La critique :

Shinya Tsukamoto est clairement l’un des cinéastes japonais les plus intéressants qui soit. Il est surtout célèbre pour son Tetsuo. Adepte d’un cinéma expérimental philosophique, Tsukamoto a beaucoup plus marqué le septième art que certains ne voudraient le reconnaître. Son cinéma est novateur et obsédé par une thématique récurrente : La douleur comme seule échappatoire dans un monde aseptisé.  
C’était déjà la thèse de Tetsuo : the Iron Man dans lequel la mutation d’un homme en machine représentait la résurrection dans la douleur. Cependant en 1995, Tsukamoto veut pousser plus loin son débat et pour cela, il sait qu’il soit se détacher de l’univers qu’il a conçu pour aller vers le réalisme. C’est alors qu’il se lance dans la réalisation de Tokyo Fist. Attention SPOILERS !  

Tsuda est un salary-man prisonnier d’une existence froide et monotone. Travail de bureau et une vie de couple insipide avec sa femme Hizuru. Surgit alors Kojima, un de ses vieux amis qui est devenu boxeur. Bien vite, Kojima exerce une certaine fascination sur Hizuru. Cette dernière finit par se rapprocher du boxeur, ce que Tsuda ne voit pas d’un bon œil. Après une querelle au cours de laquelle Tsuda se fait refaire le portrait par Kojima, il décide lui aussi de se mettre à la boxe.
Les deux hommes convoitent alors Hizuru qui, fascinée par le noble art, va les entraîner au plus profond d’eux-mêmes. Kojima et Tsuda trouvent alors, à travers la violence, l’issue à leur quotidien.
Tokyo Fist a souvent été considéré comme l’inspirateur direct de Fight Club. Il est vrai que le film de Fincher reprend plus ou moins le même débat que celui de Tsukamoto.

Tokyo-Fist

Certaines scènes se ressemblent également. Pour autant, dans leur réalisation les deux films sont au final assez différents. Tsukamoto a une approche plus expérimentale, ce qui est d’ailleurs devenue sa marque de fabrique. Cette fois-ci, le film de Tsukamoto ne prend donc plus pour cadre la science fiction et l‘horreur, mais l’univers de la boxe. Un univers que Tsukamoto connaît puisque son frère cadet, Kohji, a longtemps pratiqué le noble art. D’ailleurs, ce dernier joue le rôle de Kojima.
Tsukamoto fait une fois de plus office d’une réalisation géniale. Réutilisant des filtres rouges et bleus pour peindre Tokyo (ce qu’il avait déjà expérimenté dans Tetsuo 2). Sa mise en scène est enragée à l’image du propos du film. Au cours des scènes de combat sur le ring, Tsukamoto fait ressortir tout l’aspect violent et sale de la boxe.

En ce sens, son film rappelle le Raging Bull de Scorsese, à la différence qu’ici, les coups et la douleur que le personnage reçoit ne sont pas liés à un aspect punitif comme chez Scorsese, mais liés à la vie et à l’échappatoire d’une société formatée qui embrigade ses individus. Les scènes de combat sont donc extrêmement violentes avec gros plans sur les arcades ouvertes et les pommettes éclatées. Tsukamoto fait quelque peu dans la surenchère pour appuyer davantage son débat.
Il crée aussi une ambiance oppressante en filmant Tokyo comme une ville imposante écrasant ses individus.
Ensuite, Tsukamoto peut également s’appuyer sur un très bon casting. A commencer par lui-même, car une fois de plus le cinéaste passe sous toutes les casquettes. Ici, il interprète le rôle principal de Tsuda.

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Tsukamoto a reconnu prendre plaisir à incarner un personnage qu’il déteste. L’acteur-réalisateur livre une excellente performance dans la peau d’un salary-man qui finit par retrouver son humanité et son goût de la vie dans la violence et la douleur. Kohji Tsukamoto est lui aussi remarquable dans le rôle de Kojima. Ce personnage qui semble mener le jeu au début du film se révèle être très proche de Tsuda et cherche lui aussi une échappatoire à travers la boxe. 
Mais le personnage le plus intéressant reste celui de Hizuru, incarné par Naomasa Musaka. Pour la première fois dans le cinéma de Tsukamoto, c’est une femme qui se trouve être au premier plan. Ici ,la femme représente quelque part la voie à suivre, c’est elle qui entraîne les deux hommes vers cette philosophie de la douleur et en même temps vers l’abandon des conventions établies et le retour à la vie.

Tokyo Fist est probablement l’un des films les plus originaux jamais réalisés sur la boxe. Tsukamoto choisit de montrer la boxe comme une façon d’échapper à l’embrigadement et la déshumanisation. Une fois encore, le réalisateur est adepte du vieux proverbe « Pince-moi que je me réveille » et pour lui, c’est dans la douleur et la souffrance assumées et gratuites que se trouve le moyen de « revenir à la vie » et de surmonter une société aseptisée, dans laquelle l’individu a perdu toutes ses sensations primaires.
Tsukamoto met donc en avant une philosophie moderne que l’on retrouve d’ailleurs dans la plupart de ses films. Le cinéaste s’interroge sur la façon d’échapper à l’emprisonnement de cette société. Ensuite, le film peut s’appuyer sur une BO géniale signée Chù Ishikawa avec son groupe de Metal Percussion, Der Eisenrost.
Le groupe avait d’ailleurs déjà conçu la musique des deux premiers Tetsuo.
On a droit à une BO totalement expérimentale et en adéquation totale avec le propos et l’ambiance du film.
Tokyo Fist reste donc un film culte et important qui a précédé Fight Club sur le sujet. C’est aussi l’œuvre qui clôt la trilogie sur Tokyo commencée avec les deux premiers Tetsuo. Un des meilleurs Tsukamoto et un film à voir absolument !

 

Note : 17/20

vince Vince