reservoir dogs

Genre : Thriller, film noir (Interdit aux moins de 16 ans)

Année : 1992

Durée : 1H40

Synopsis : Joe Cabot, un caïd, réunit six malfaiteurs pour le casse d’une bijouterie. Mais le jour J, la police est sur les lieux et les choses tournent au carnage. Les survivants se retrouvent dans un hangar. Des questions se posent alors : Pourquoi la police était-elle sur place ? Quelqu’un a trahi, mais qui ? La tension monte et la situation débouche sur un bain de sang.

La critique :

Attention thriller choc ! Reservoir Dogs réalisé en 1992 par Quentin Tarantino. A l’époque, le réalisateur n’en est qu’à son premier long métrage et n’est donc pas du tout connu. Tarantino rédige lui-même le scénario de ce thriller en huis clos. Pour information, le titre Reservoir Dogs serait un mélange entre Straw Dogs (Les Chiens de Paille) de Sam Peckimpah et le film Au revoir les enfants de Louis Malle (qu’à l’époque Tarantino prononçait « Reservoir »).
Ce premier film réalisé avec un petit budget, sera sélectionné au festival de Cannes hors compétition. Attention SPOILERS ! Joe Cabot, un caïd de la pègre, réunit six malfaiteurs pour faire un casse dans une bijouterie. Chacun des six bandits a un nom de code, on a alors Mr White, Mr Blonde, Mr Orange, Mr Brown, Mr Blue et Mr Pink.

Cependant les choses tournent mal, le jour du braquage, la police est sur place. Bien vite la situation vire au carnage et les survivants (blessés ou indemne) se rassemblent dans un vieux hangar initialement prévu comme lieu de rendez-vous. Une question se pose alors, pourquoi la police était sur place ? Bien vite, il apparaît que les truands ont été vendus. Par qui ? Les soupçons pèsent entre les survivants, la tension monte puis la violence, le bain de sang sera inévitable.
Voilà donc pour les grandes lignes de ce huit clos. On peut donc dire que Tarantino se lance dans un défi ambitieux : faire un film noir de gangsters sur un braquage que l’on ne voit jamais et maintenir une tension permanente dans un huit clos. Pari tenu ? Indéniablement oui ! Avec Reservoir Dogs le réalisateur inscrit son premier coup de maître et pose les bases de son style. A savoir, de la violence, beaucoup d’humour noir et des dialogues croquants.

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Comment ne pas citer quelques répliques devenues cultes comme « tu me flingue en rêve, tu me demande pardon en te réveillant ». Ou encore quand le bandit Joe Cabot énonce les noms de code des malfrats :

 « Mr Brown, Mr White, Mr Blonde, Mr Blue, Mr Orange et Mr Pink.

- Beh Pourquoi Mr Pink ?

- Parce que t’es une pédale Okay ! »

On n’oubliera pas non plus, la réplique la plus cynique de Mr Blonde « ce que tu sais ou pas, je m’en cogne ! Mais je vais quand même te torturer juste un peu, pour la rigolade, pas pour te faire parler. Je trouve ça marrant de faire danser un flic, c’est pas la peine de me faire un numéro, je les connais tous par cœur. A ta place moi, je prierais pour que ça finisse vite. Mais ça, faut pas y compter ».
Le film contient ainsi plusieurs répliques devenues cultes. Tarantino impose déjà son style de réalisateur cinéphile en citant ouvertement ses références. Ainsi  le film est une sorte de remake de l’Ultime Razzia de Stanley Kubrick. On peut également citer City On Fire de Ringo Lam. D’après Tarantino, les costumes noirs et blancs de nos malfrats seraient directement inspirés de ceux des personnages du Syndicat du crime 2 de John Woo. 

De même que la scène où l'on voit les malfaiteurs marcher au ralenti lors du générique serait inspirée de la séquence d'Orange Mécanique de Kubrick. Bien évidemment, Tarantino se montre aussi déjà influencé par le western spaghetti. On citera le mexican standoff inspiré de Le Bon la brute et le Truand (bien que la scène soit aussi inspirée de celle de City on Fire). D’ailleurs, Tarantino a aussi affirmé, que les truands portant tous un costume noir et blanc et des lunettes noires, étaient pour lui les descendants des tueurs aux long manteaux de Il était une fois dans l’ouest.
Le film s’inspire également du cinéma de Jean-Pierre Melville entres autres. Cependant, malgré ses références évidentes, Reservoir Dogs parvient à se créer son identité propre, Tarantino se débarrassant de certains clichés du genre.

 

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Le réalisateur avait affirmé qu’il voulait éviter que ses bandits soient des Italo-américains. Mais la différence se sent aussi dans les dialogues de nos protagonistes. Tarantino a d’ailleurs affirmé à ce sujet « les gangsters, ce ne sont pas des mecs toujours en train de parler de braquage, ce sont des gens qui, comme vous et moi, aiment raconter des conneries ». Ce procédé fonctionne très bien dans la scène d’ouverture et contribue à rendre les personnages plus ou moins attachants.
D’ailleurs, c’est l’un des points forts du film, les personnages. A travers chaque protagoniste, Tarantino revisite la culture populaire. Et à ce niveau Reservoir Dogs doit beaucoup aux acteurs pour la plupart inconnus au moment du film. On retrouve alors Harvey Keitel dans le rôle de Mr White apparaissant en quelque sorte comme le personnage principal.

Keitel délivre une remarquable performance dans le rôle de ce bandit impulsif. On trouve ensuite Steve Buscemi dans le rôle de Mr Pink. Pour info il paraît qu’au départ, Tarantino devait lui-même interpréter ce rôle, cependant l’acteur-réalisateur s’inclinera sans rancune devant la performance de Buscemi. Ce dernier interprète peut-être le personnage le plus détestable du film, un véritable crevard sans principe et opportuniste. On a également Tim Roth dans le rôle de Mr Orange.
D’ailleurs à l’origine, l’acteur devait interpréter Mr Blonde mais il conviendra finalement mieux au personnage d’Orange qui est sans doute le plus profond du film. Tim Roth est d’ailleurs remarquable, son personnage étant à l’agonie pendant une grande partie du film, suite à une blessure par balle. L’acteur peut faire éclater son talent en simulant la souffrance et le désespoir.

 

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On est bien loin du héros qui grince seulement des dents. Ici le personnage pisse le sang, pleure et supplie conférant au film plus de réalisme et de crédibilité. Cependant, le titre de star du film revient sans doute à Michael Madsen dans le rôle de Mr Blonde. Clairement, l’acteur signe ici la meilleure performance de sa carrière. Madsen est tout simplement parfait dans le rôle d’un véritable psychopathe au sang-froid imperturbable. Son interprétation atteint des sommets de folie lors de la scène torture sur un policier. Ensuite, le reste du casting se compose de Lawrence Tierney interprétant Joe Cabot, Chris Penn le fils de ce dernier, Edward Bunker joue Mr Blue.
Quant à Tarantino, il s’offre le rôle de Mr Brown. Pour ce qui est du film en lui-même, la mise en scène est très réussie, Tarantino démontrant l’étendue de son talent.

Le réalisateur parvient à créer une véritable tension et à maintenir son spectateur en immersion dans ce huis clos sans concession. On retrouve déjà ses effets de style, notamment au niveau de la violence. A ce propos, le film fera polémique à l’époque. L’hémoglobine est bien présente de même que le réalisme. Malgré la « cool attitude » revendiquée par Quentin Tarantino, la violence de Reservoir Dogs atteint des sommets, justement parce qu’elle est cool.
Ainsi, j’ai déjà un peu évoqué la scène de torture où le personnage de Mr Blonde refait le portrait d’un policier à coup de rasoir, le tout sur quelques pas de danse accompagnés de Stuck in the middle with you. D’ailleurs, c’est un autre point fort du film, la BO, qui est composée uniquement de musiques de la culture populaire. On retiendra bien évidemment Little green Bag de George Baker sur le générique du début, entre autres. A sa sortie, Reservoir Dogs sera sélectionné au festival de Cannes en hors compétition. Le film obtiendra un certain succès et servira ainsi de tremplin à Quentin Tarantino dans le monde du cinéma.
Avec le temps, Reservoir Dogs s’est imposé comme un véritable film culte et un incontournable. Une grande réussite. 

            

Note : 17/20

vince Vince