les diables

Genre : Drame (interdit aux moins de 16 ans)

Année : 1971

Durée : 1h51

L’histoire : 1634, la France est sous le règne de Louis XIII, cependant le pouvoir est en réalité entre les mains du cardinal Richelieu. Dans une petite ville du nom de Loudun, l’Abbé Grandier refuse de se soumettre à cette dictature et a bien l’intention d’organiser la résistance du peuple. Cependant, Grandier est aussi un séducteur et il est le fruit des fantasmes érotiques de la Mère Jeanne qui dirige le couvent des Ursulines.

La critique :

Attention film choc et subversif ! Les Diables de Ken Russell réalisé en 1971. A ce moment-là, le réalisateur avait déjà plusieurs films à son actif. Il s’était notamment fait remarquer pour Love et The Music Lovers. C’est alors qu’il s’attaque à un nouveau film qui reprend les lignes du livre, Les possédés de Loudun, d’Aldous Huxley et de la pièce Les Diables de John Whiting.
Mais ces œuvres se basent en réalité des faits réels et notamment sur l’affaire des démons de Loudun. Il faut resituer le contexte du film, nous sommes au début des seventies et cette période marque la montée de la violence et du sexe au cinéma. En 1971, on a droit à des films chocs qui continuent de marquer les esprits, les plus notables étant Orange Mécanique de Stanley Kubrick, Les Chiens de Paille de « Bloody » Sam Peckimpah, mais il y en a un troisième qui va encore plus loin, Les Diables de Ken Russell.

Pourtant, il ne jouit pas forcément de la même réputation que les deux autres. Oourquoi ? Tout simplement parce que ce film très subversif et choquant a rapidement été retiré des écrans à sa sortie. A ce jour, il n’existe toujours pas d’édition française de ce film en DVD. Les Diables est en réalité un film qui étudie une partie sombre de l’histoire de France, la période de l’inquisition et de la persécution des protestants. Attention SPOILERS ! Comme il a été dit plus haut, le film s’inspire de l’histoire réelle des démons de Loudun, affaire menée par le cardinal Richelieu et qui verra l’Abbé Urbain Grandier accusé de sorcellerie et de satanisme. Ce dernier sera torturé et brulé vif.
Un sujet pour le moins intéressant, cependant vous vous attendez peut-être à une reconstitution historique qui se veut la plus fidèle et la plus réaliste que possible ? Eh bien, ce n’est certainement pas le cas, car le film prend des libertés.

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Tout d’abord, le visuel du film est kitch et bourré de clichés. Entre autres, on citera la scène d’ouverture où l’on voit Louis XIII en travelo en train de danser dans des décors en carton-pâte. Cependant, ce n’est en rien un défaut, puisque le film ne prétend pas à une reconstitution historique réaliste, mais bien à une satire féroce de cette époque. L’histoire se situe donc dans les années 1630, Richelieu influence le roi et étend sa dictature. Dans la petite ville de Loudun, L’Abbé Grandier entend bien le combattre. 
Grandier est un homme charismatique qui en impose. Cependant, il se livre au « pêché de la chair » et collectionne les aventures, il est au cœur des fantasmes de nombreuses femmes, en particulier ceux de la mère Jeanne. Cette dernière dirige le couvent et est en proie à de véritables délires érotiques. 

Cependant, elle est brisée quand elle apprend que Grandier s’est marié en secret avec l’une des sœurs du couvent. Le cœur rempli de haine, elle raconte que Grandier l’a corrompue et l’a forcée à commettre le pêché de la chair. Pour les sbires de Richelieu c’est une occasion en or. Ils accusent Grandier de pactiser avec le diable et font venir un exorciste. Grandier est arrêté, jugé, torturé et brûlé vif.
Cependant, malgré ses souffrances il ne se déclare jamais coupable comme le voudraient ses bourreaux et clame que Loudun va s’effondrer. Alors qu’il trépasse sur le bûcher, les remparts de la ville sont détruits par les hommes de Richelieu. Les Diables est donc un film sulfureux qui s’attaque ouvertement à l’Eglise en dénonçant ses crimes à travers la condamnation à mort d’un innocent.

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Le film est particulièrement violent et attaque le spectateur avec des scènes de meurtres, d’humiliations, de tortures et d’orgies toutes plus malsaines les unes que les autres.D’ailleurs, cette violence exacerbée divise les spectateurs, certains la trouvant complaisante de par son esthétique et sa mise en scène, d’autres la trouvant physiquement insupportable. En tout cas, elle n’est pas certainement pas gratuite et sert à dénoncer. Louis XIII apparaît comme un idiot ahuri, sadique, dépravé et travesti qui est le pantin de Richelieu. Ce dernier est montré comme un tyran machiavélique.
Grandier apparaît un peu comme une sorte de nouveau Jésus Christ (cette comparaison ne serait pas forcément partagée) venu délivrer le peuple et qui mourra lui aussi en Martyr.

Autant dire que le personnage doit énormément à l’interprétation d’Oliver Reed tout simplement exceptionnel. La mise en scène de Russell confère une vraie puissance à ce film dans lequel règne également un climat particulièrement malsain. Par certains aspects, Les Diables préfigure un peu Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini en 1975. Au final, Les Diables apparaît comme une satire de l’époque de l’Inquisition et de la chasse aux sorcières.
Si le film dénonce clairement les crimes de l’Eglise chrétienne, ça serait sans doute une erreur d’y voir un film antireligieux. Les Diables vise plus à dénoncer les institutions religieuses comme l’Eglise, plutôt que la religion elle-même. Et cette thèse est appuyée par le personnage de Grandier qui déclare :  « Je crois aux paroles du Christ et non à ce qui est écrit dans la bible » ou encore quand il accuse ses bourreaux lors de son procès d’avoir « totalement faussé la doctrine du Christ », pour la mettre au service d’un seul homme qui soumet une nation. Ainsi, le film nous montre bien le portrait d’un clergé qui n’est là que pour inspirer la terreur et imposer la loi et la dictature des nobles, la religion étant l’arme de la monarchie. A sa sortie, Les Diables fait scandale, notamment au Vatican.
Le film sera retiré des écrans pendant longtemps. Cependant avec les années, les Diables est devenu un film culte et considéré comme le chef d’œuvre absolu de Ken Russell. En bref, il en résulte un film choc qu’il convient de réserver à un public très averti. Mais cependant, un chef d’œuvre d’une grande puissance, profondément pessimiste, violent, dénonçant l’intolérance et l’usage de la religion par l’état. A voir absolument.

Note : 17,5/20

vince Vince