L_Emprise

 

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans) 
Année : 1981 (aux Etats-Unis), 1983 (en France)
Durée : 2h06

Synopsis : Carla Moran est un soir brutalement agressée et violée par une entité mystérieuse dans un pavillon proche de Los Angeles. La nuit suivante, de mystérieux phénomènes d'une rare violence provoquent sa fuite. Des parapsychologues lui confirment bientôt qu'elle est la proie d'une force maléfique

La critique :

A priori, rien ne prédestinait Sidney J. Furie à réaliser un film d'épouvante puisque le cinéaste, producteur et scénariste canadien s'est essentiellement spécialisé dans les films d'action et les westerns, comme l'attestent les sorties d'Ipcress, danger immédiat (1965), L'homme de la Sierra (1967), L'Ultime Randonnée (1970), Aigle de Fer (1986) ou encore Aigle de Fer 2 (1988).
Mais entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, le genre paranormal connaît son apogée au cinéma. Plusieurs longs-métrages s'octroient rapidement le statut de film culte, notamment Amityville, la maison du Diable (Stuart Rosenberg, 1979), Shining (Stanley Kubrick, 1980) et Poltergeist (Tobe Hooper et Steven Spielberg, 1982). En outre, L'Emprise, sorti en 1983 en France, s'inspire à la fois d'un roman de Frank De Fellita et d'un fait divers authentique.

En 1974, une jeune femme, Doris Bither, approche deux médecins, Barry Taff et Kerry Gaynor, dans une librairie. Sa maison subit les furibonderies d'un esprit démoniaque. Pis, la mère de famille a même été, à maintes reprises, violée et molestée par une force invisible et incoercible. Hébétés et dubitatifs, les deux comparses se rendent sur le lieu maudit. Sur place, ils observent et corroborent les propos de Doris. Oui, la demeure est bien hantée par un spectre à l'aura comminatoire.
Après plusieurs jours d'enquête, Barry Taff et Kery Gaynor disposent des caméras à l'intérieur de l'habitat. Plusieurs photographies attestent la présence d'un esprit machiavélique, ce dernier se manifestant essentiellement par des faisceaux électriques et luminescents.

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Après le cas d'Amityville, la presse tient un nouveau cas inquiétant de paranormal qui taraude la communauté scientifique. Les médias évoquent également un esprit méphistophélique sur fond de parapsychologie et de télékinésie. Pour une raison inconnue, Doris et ses quatre enfants sont frappés et rudoyés par des forces incoercibles. Evidemment, cette histoire peu commune va inspirer le noble Septième Art et engendrer un long-métrage, donc L'Emprise.
La distribution du film réunit Barbara Hershey, Ron Silver, David Labiosa, George Coe et Margaret Blye. Attention, SPOILERS ! (1) Une nuit, Carla Moran est violée par 'quelque chose'. L'attaque est d'une grande sauvagerie, pire, elle est vicieuse... Le lendemain, Carla découvre que son corps est couvert de contusions.

Depuis, chaque nuit, elle est victime des assauts de plus en plus violents et de plus en plus pervers de cette entité terrifiante. Et ce n'est pas prêt de s'arrêter... (1) Curieux que L'Emprise soit aussi méconnu du grand public. A l'inverse d'Amityville, la maison du Diable ou encore de Poltergeist, le film de Sidney J. Furie reste (relativement) confiné parmi les métrages horrifiques "anonymes".
Un terme néanmoins à guillemeter et à minorer puisque le long-métrage a réussi à s'imposer, au fil des années, comme l'une des grandes références du genre. Clairement, on tient là une pellicule d'épouvante et fantastique de qualité, en tout cas, supérieure à la moyenne habituelle. D'ailleurs, L'Emprise est unanimement plébiscitée par les critiques et la presse cinéma. Toutefois, au moment de sa sortie, le public reste étrangement amorphique, le film ne remportant qu'un succès d'estime. 

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Difficile de comprendre une telle circonspection mais la raison se trouve probablement dans le traitement opéré par Sidney J. Furie. En l'état, L'Emprise n'a pas vraiment pour vocation de flagorner le grand public. En vérité, on tient une pellicule éminemment complexe, qui tergiverse entre plusieurs notions fuligineuses, telles que la parapsychologie et la télékinésie, et qui risquent de ne pas de parler à monsieur et madame "tout le monde". Surtout, les attaques récurrentes semblent trouver leurs fondements et leurs origines dans le passé infantile et juvénile de Carla Moran (Barbara Hershey).
Durant son adolescence, la mère de famille a subi le courroux et les lubricités de son paternel. Bien des années plus tard, ce traumatisme primordial se manifeste par un esprit vindicatif.

Sidney J. Furie opacifie son récit via des agressions sexuelles d'une rare brutalité, tout en martelant une musique stridulante et cacophonique. Dans sa seconde partie, la thèse psychanalytique est évincée par la parapsychologie. L'action se déroule dans une sorte de gymnase transformé en laboratoire du paranormal, le but étant d'appréhender et surtout de congeler ce mal à priori incurable.
Ensuite, le long-métrage peut également s'appuyer sur l'excellente performance de ses acteurs, Barbara Hershey en tête. A l'instar de L'Exorciste (William Friedkin, 1973), un autre titre éminent du cinéma d'épouvante, L'Emprise confronte lui aussi la psychanalyse à la démonologie. 
De surcroît, le film propose plusieurs séquences de frousse et d'effroi solidement troussées.
Hélas, le métrage n'est pas exempt de tout reproche. Par exemple, on pourra récuser certaines redondances dans les attaques, ainsi que plusieurs longueurs superflues (plus de deux heures et cinq minutes de bobine tout de même !). Mais ne soyons pas trop sévères, on tient là un bon film d'horreur, d'une étonnante sagacité, notamment dans ses thématiques.

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://www.cinemafantastique.net/Emprise-L.html