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Genre : épouvante, horreur, thriller (interdit aux - 12 ans)

Année : 2006

Durée : 1h40

 

Synopsis :

Agnès vit seule dans un motel désert. Elle est hantée par le souvenir de son enfant, kidnappé plusieurs années auparavant, et redoute la visite de son ex-mari, Jerry, un homme violent récemment sorti de prison. Dans cet univers coupé du monde, Agnès s'attache peu à peu à un vagabond excentrique, Peter. Leur relation tourne au cauchemar lorsqu'ils découvrent de mystérieux insectes capables de s'introduire sous la peau. Ensemble, ils vont devoir découvrir s'il s'agit d'une folie partagée ou d'un secret d'Etat...

 

La critique :

Comme je l'ai dit dans ma précédente chronique, me voici de retour après une absence prolongée pour cause de ces bons vieux examens. Cette douloureuse période passée, je peux désormais rattraper mon retard avec de nombreuses chroniques qui arriveront ces prochains jours. Parmi celles-ci, me voilà avec un véritable phénomène cinématographique du nom de Bug, dont le réalisateur n'est autre que le très connu William Friedkin, ayant marqué durablement le 7ème art avec bien évidemment le grand classique L'Exorciste, mais aussi French Connection, Killer Joe ou encore La Chasse.
Ce qui ressort de sa filmographie nous rappelle que son cinéma est à la fois passionnant, bien construit mais aussi d'une grande violence qu'il conviendra de ne pas mettre entre les mains des jeunes enfants (voire des jeunes ados). Si ces films sont dans l'ensemble connus voire très connus, il arrive qu'un ou 2 spécimens passent entre les mailles du filet et soient méconnus du gand public, et c'est justement le cas de ce film que je vais donc chroniquer avec grand plaisir aujourd'hui.

Nous sommes en 2006 et les festivals cinématographiques voient apparaître dans leur programmation un nouveau film de ce géant hollywoodien. A sa sortie, les critiques vont se montrer très partagées en raison du caractère inhabituel du film tout droit sorti de l'adaptation d'une pièce de théâtre dont Friedkin sortira fasciné. Si la presse cinéma exalte les qualités du film, les spectateurs se montreront plus mitigés (ce que je peux comprendre mais j'y reviendrai par la suite).
Ce film tourné en à peine 21 jours remportera moult nominations de la meilleure actrice et du meilleur acteur, mais également le beau prix FIPRESCI lors de la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes en 2006. Pas trop mal comme performance pour un film divisant l'opinion publique et qui dit film divisant la critique, dit nécessairement film difficile à analyser. Est-il bon, est-il mauvais ? La réponse dans la critique.

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ATTENTION SPOILER : Dans un motel semblant être coupé du monde, Agnès, hantée par la disparition de son enfant plusieurs années auparavant, vit seule et recluse dans la peur de retrouver son ex-mari, un homme violent récemment sorti de prison. Les choses changent lorsqu'après une soirée bien arrosée, elle fait la connaissance d'un vagabond étrange du nom de Peter, lui expliquant qu'il peut voir des choses que les autres ne voient pas. Si leur relation reste banale dans un premier temps, l'attirance réciproque va les amener à avoir une liaison. Après l'acte sexuel, ils découvrent d'étranges insectes capables de s'introduire sous la peau. FIN DES SPOILERS.
Vous l'avez compris, Bug peut se targuer de posséder un synopsis relativement surprenant et à même de susciter la curiosité chez tous les amateurs de thriller. La thématique des insectes est judicieuse car ces petites bêtes ont toujours suscité une certaine crainte dans les films de part le chaos qu'elles peuvent créer. Le plus frappant étant bien sûr l'araignée qui a su effrayer par centaines nos arachnophobes dans les salles obscures.

Ici point d'araignée et place aux aphidiens étant une famille d'insectes regroupant notamment le puceron, ce cher petit insecte, cauchemar de tous les jardiniers et inoffensif bien sûr pour l'être humain (jusqu'à nouvel ordre je crois). Ainsi, Friedkin met en trame de fond des insectes qui ne suscitent de base pas le dégoût comme cela pourrait l'être avec les araignées ou les limaces. Forcément, l'idée est à double tranchant mais le réalisateur s'en sort avec les honneurs et pourtant à aucun moment, on ne voit ne fut ce que l'ombre d'une patte d'aphidien. Cette information est essentielle car c'est une des nombreuses pistes d'explication du film qui aura décontenancé pas mal de spectateurs alors que celle-ci est dans son ensemble simple si on est attentif 2 minutes au film.
Le réalisateur commence déjà par planter le décor via ce large plan sur ce motel et ses environs désertiques s'étendant à perte de vue pour en arriver à faire la rencontre d'Agnès, une paumée alcoolique et cocaïnomane en plein vide existentiel, qui finira par ramener un homme chez elle qu'elle ne connaît pas. 

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A partir de ce moment là, le film ne se passera quasiment que dans la chambre de cette dame, ce qui montre bien l'aspect très théâtral de Bug, que l'on pourra considérer comme un semi huis-clos. C'est peut-être la principale caractéristique qui a surpris et déçu les spectateurs qui s'attendaient à un film ouvert, et pourtant cela n'aurait pas du tout eu le même impact. Le fait d'évoluer dans une chambre à l'atmosphère suffocante et anxiogène crée un climat de tension permanent qui déstabilisera le spectateur tout en le fascinant pour peu qu'il se prenne au jeu.
Outre cela, le réalisateur nous offre des plans logiquement rapprochés contribuant à étouffer le spectateur ainsi qu'une relative absence de bande sonore, un point qui est un peu gênant car la bande sonore peut faire des miracles dans des films à tonalité malsaine. 

Le film se résumera en 2 parties principales. La première plantera le décor et nous présentera les divers protagonistes que nous serons amenés à rencontrer. D'intuition, en voyant surgir le vagabond, on se doute de base que quelque chose ne tourne pas rond chez lui. Elle dure environ 40 minutes et se montre plutôt posée, ça ne plaira pas à tout le monde. Une fois l'acte sexuel accompli et considéré comme le point culminant du film, tout bascule et nous tombons dans la deuxième partie et cette 2ème partie mes amis, vous agrippe férocement par la gorge et ne vous relâchera qu'au générique de fin, en vous laissant probablement abasourdi par une intensité rarement vue au cinéma.
Un point de vue bien sûr subjectif mais l'attraction est bien présente et ne peut que fasciner le spectateur plongé dans cette folie qui montera crescendo jusqu'à atteindre un point de non retour dans un final pour le moins apocalyptique.

Ainsi face à cet homme sorti de nulle part, Agnès va plonger la tête la première avec lui dans sa psychose. Friedkin démontre bien qu'une personne abandonnée et en plein vide existentiel se montre extrêmement influençable et fragile psychologiquement. L'acte sexuel serait-il un vecteur du transfert de la folie d'une personne à une autre ? Difficile d'analyser cela. C'est comme si le rapport amoureux ,considéré comme une fusion homme-femme, pouvait aussi permettre la fusion des personnalités dont l'une prendrait nécessairement le pas sur l'autre.
En effet, dans l'acte charnel, l'homme exerce une domination sur la femme (je vais pas vous faire un dessin, on a tous vécu ça) et ici on peut voir que la personnalité de l'homme exerce également une domination sur la femme. Simple coïncidence, branlette intellectuelle ou analyse plus ou moins juste ?? Je ne saurais pas dire, mais Friedkin semble penser que la fusion physique aboutit inévitablement à la fusion psychique.

La domination physique au niveau sexuel est-elle en rapport étroit avec une forme de domination psychologique ? Quoi qu'on en dise, il y a une vraie dimension philosophique imbriquée dans ce récit mais à mon grand regret, je suis très loin d'être un expert et un passionné de philosophie. De fait, le réalisateur démontre également les ravages de la paranoïa et de la schizophrénie ayant transformé Peter en un féroce partisan des théories du complot, des théories complètement absurdes qui entraînent ce couple dans une paranoïa insidieuse détruisant peu à peu leur humanité et leur logique.
A aucun moment, on ne verra le moindre insecte et les 2-3 personnages qui s'immisceront dans le récit, n'en verront pas l'ombre non plus. Ce qui renforce l'impression de folie se dégageant de ces 2 personnages dont l'interprétation atteindra de véritable sommets, mention spéciale pour Peter incarné par Michael Shannon, complètement investi dans la peau de son personnage. Agnès interprétée par Ashley Judd nous offrira également une prestation excellente.

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Les personnages seront empreints de graves hallucinations persuadés d'être dans une chambre envahie d'aphidiens. Ils se mettront à se gratter, à se taper le corps ou à fabuler sur la présence de ces insectes au microscope, le tout dans un réalisme saisissant (je renvoie au paragraphe du synopsis où l'homme dit voir des choses que les autres ne voient pas). Peter poussera même le vice à s'arracher des dents dans un festival de projections de sang car il est persuadé que le nid de ces insectes y est présent. Ils deviendront hostiles, violents avec les étrangers et Agnès ira jusqu'à gifler, dans un accès de folie, sa meilleure amie avant de lui hurler dessus comme une bête sauvage.
Clairement Bug est un film choquant, glauque, étrange et malsain et n'est pas à recommander à tout le monde. 
Friedkin à travers ces insectes dépeint aussi un pamphlet contre la guerre et ses conséquences sur la psychologie du soldat.

On devine aisément que Peter, ancien soldat, est frappé de SSPT (syndrome de stress post-traumatique), pathologie fréquente de ceux confrontés aux horreurs de la guerre. Le réalisateur montre que la guerre peut causer des traumatismes irréversibles sur l'individu d'autant plus qu'ici Peter évoluera dans une totale déshumanisation après son retour du combat, je n'en dirai pas plus. Il est aussi intéressant d'analyser le titre du film car si le mot "bug" veut dire insecte en anglais, on peut également le voir comme un mot étant en rapport avec un problème d'ordre cérébral.
En conclusion, Friedkin nous offre un film on ne peut plus surprenant dans sa mise en scène et l'évolution du récit. Evoluant dans un cadre austère, on assiste dans un premier temps à une atmosphère posée qui laissera vite la place à une atmosphère extrême, où l'intensité et la folie qui s'en dégagent tiennent le spectateur par la gorge se retrouvant face à une réelle descente aux enfers, et aboutissant à un final de cauchemar. Si le film ne plaira pas à tout le monde, il est dommage de se rendre compte que beaucoup n'ont pas pu cibler toutes les facettes de ce film pour le moins passionnant et c'est peut-être en fin de compte ce qui fait la force de Bug. N'avoir été perçu aux yeux du grand public que comme un bête charabia où les insectes sont absents et avoir passionné ceux qui ont su déceler la grande profondeur du récit.

 

Note : 16/20

 

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