creepshow

 

Genre : épouvante, horreur (interdit aux - 12 ans)
Année : 1982
Durée :  deux heures

Synopsis : Un père confisque à son petit garçon un magazine d'épouvante et le jette dans la poubelle. Le vent fait tourner les pages et cinq histoires s'en échappent: "La fête des pères", "La mort solitaire de Jody Verrill", Un truc pour se marrer", "La caisse" et "Ca grouille de partout". 

La critique :

A travers sa filmographie, George A. Romero a toujours tancé et vilipendé cette Amérique à la fois libertaire, hédoniste et xénophobe, ainsi que ses accointances avec les médias, le virtuel et les réseaux sociaux, comme l'attestent sa trilogie des Morts (La Nuit des Morts-Vivants, Zombie et Le Jour des Morts-Vivants), La Nuit des Fous Vivants, Le Territoire des Morts et Chronique des Morts-Vivants.
En revanche, on connaît beaucoup moins sa passion pour l'univers de la bande dessinée. Ainsi, Geroge A. Romero s'adjoint les services d'un célèbre romancier, en la personne de Stephen de Stephen King, pour réaliser Creepshow en 1982. A l'origine, le long-métrage s'inspire de plusieurs bandes dessinées publiées par EC Comics. Suite à l'immense succès du film, Creepshow se décline lui-même en bande dessinée.

Très vite, Creepshow s'inscrit dans la culture populaire aux Etats-Unis et inspire même une série dérivée, Les Contes de la Crypte. Parallèlement, le long-métrage marque une rupture rédhibitoire dans le cinéma horrifique puisqu'il préfigure l'avènement d'histoires courtes et de sketches au sein d'une même pellicule. Ce concept novateur va inspirer de nombreux succédanés, notamment Dark Side : les contes de la nuit noire (John Harrison, 1990), La Quatrième Dimension (Steven Spielberg, John Landis, Joe Dante et George Miller, 1983), ou encore The Theatre Bizarre (Douglas Buck et Buddy Giovinazzo 2012).
Plusieurs suites, Creepshow 2 (Michael Gornick, 1987) et Creepshow 3 (Ana Clavell et James Glenn Dudelson, 2006), seront même réalisées, mais sans retrouver la nonchalance de leur illustre devancier.

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Ainsi, Creepshow premier du nom s'est octroyé, au fil du temps, le statut de film culte et même de classique du cinéma horrifique. Reste à savoir si le long-métrage mérite un tel panégyrisme. Réponse dans les lignes à venir. La distribution de Creepshow réunit Carrie Nye, Viveca Lindfors, Ed Harris, Stephen King, Leslie Nielsen, Ted Danson, Hal Holbrook, Adrienne Barbeau, Fritz Weaver, E.G. Marshall et Tom Atkins. Quant à Tom Savini, appelé à nouveau aux renforts pour les effets spéciaux et les maquillages du film, il effectue une courte apparition, dans le rôle d'un éboueur.
Constitué d'un prologue et d'un épilogue, le scénario de Creepshow se divise en cinq sections bien distinctes. Attention, SPOILERS ! Le prologue s'ouvre sur un père de famille qui confisque une bande dessinée horrifique à son fils.

Molesté, le jeune garçon est alors consolé par sa mère. Dès le début, le ton est donné. Creepshow, c'est aussi cette bible précieusement conservée par ces jeunes gosses indociles et en pleine insubordination contre l'autorité patriarcale. Le père acariâtre n'est pas au bout de ses peines et découvre une bande dessinée parsemée d'histoires répugnantes et morbides. Le film peut enfin commencer. 
En outre, inutile de s'attarder trop longuement sur les différents segments du film. Toujours est-il qu'il est question ici de zombies sortis d'outre-tombe (La Fête des Pères), d'un Stephen King réduit à l'état de jocrisse et bientôt nanti de poils verts après avoir découvert une étrange météorite (La Mort Solitaire de Jordy Verrill), d'un plan machiavélique conçu par les soins d'un Leslie Nielsen plus revanchard que jamais (Un truc pour se marrer), d'une créature vorace contenue dans une boîte (La Caisse) et de cafards méphitiques qui pullulent dans un laboratoire (Ca grouille de partout).

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Généralement, ce genre de pellicule se démarque par ses redondances. Mais pas Creepshow. Chaque section brille avant tout par son cynisme, son humour noir et son irrévérence. Certes, certains contempteurs tonneront et pesteront peut-être sur certaines longueurs superflues et/ou facilités. Par exemple, impossible de ne pas deviner (par avance) la conclusion finale des segments intitulés Un truc pour se marrer et Ca grouille de partout, au schéma efficace mais un peu trop prévisible.
A chaque fois, les différentes parties mettent en scène des personnages couards, pusillanimes et/ou stupides qui paieront très cher leurs turpitudes. Mais Creepshow, c'est aussi ce savant mélange entre le cinéma et l'univers de la bande dessinée. Chaque section est régulièrement parsemée de bulles ou de personnages de comics griffonnés.

In fine, un gros effort a été déployé au niveau des maquillages et de la conception des créatures. Seul petit bémol, mais rien de grave cependant, le film reste très imprégné par les années 1980. En l'état, Creepshow s'apparente davantage à une comédie noire et roublarde plutôt qu'à un film d'épouvante, avec son lot de sursauts et de frissons. Le long-métrage s'adresse donc essentiellement à un public boutonneux et prépubère, fan de comics et de séquences jubilatoires.
En effet, avec George A. Romero derrière la caméra, on pouvait s'attendre à un festival de gore, de tripailles et de séquences sanguinolentes. Pourtant ici, peu ou prou de saynètes érubescentes au profit d'histoires certes macabres mais étrangement pondérées. Dans le même genre, on lui préférera le trop méconnu Necronomicon (Christophe Gans et Shusuke Kaneko, 1993). 
Mais ne soyons pas trop sévères. Dans son genre, Creepshow reste tout simplement un classique incontournable.

Note : 15/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver