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Genre : Epouvante, horreur, expérimental (interdit aux - 16 ans)

Année : 2005

Durée : 48 min

 

Synopsis :

Un homme se réveille seul et amnésique, dans ce qui semble être une immense grotte. Dans cet endroit lugubre, il tente de trouver une sortie et de se rappeler de ce qui lui est arrivé.

 

La critique :

Cette toute première chronique démarre la panoplie de toute une série de films japonais tantôt expérimentaux, tantôt lugubres, tantôt gore ou voire même les 3 à la fois, qui arriveront au fur et à mesure de ces prochains mois. Si ces chroniques se concentreront essentiellement sur l'un des réalisateurs chéris de tous les fans de cinéma choc et qui n'est autre que Shinya Tsukamoto, ce ne sera bien évidemment pas le seul car arriveront aussi les tous premiers films d'horreur japonais.
Aujourd'hui, chronique plutôt courte compte tenu de la courte durée de 48 minutes de ce moyen-métrage, Haze, pas si vieux que ça (à peine 12 ans) et réalisé donc, si vous ne l'aviez pas remarqué, par Shinya Tsukamoto qui a su s'imposer durablement dans le monde du cinéma avec son film le plus emblématique qui est Tetsuo, oeuvre choc et pamphlétaire envers notre société sombrant peu à peu dans la dépendance électronique.

Malheureusement, ce film restera sans doute le seul vraiment connu du grand public car les autres, excepté pour les cinéphiles, les fans d'expérimental et de cinéma japonais, n'auront pas le même succès. Moi-même, j'ai appris récemment l'existence de ces films (faut dire que je ne m'étais pas intéressé de près à sa filmographie. Pourquoi ? Je ne sais pas et je ne comprends pas car Tetsuo est l'un de mes films préférés). Soit. Ces prochaines chroniques se rajouteront aux autres chroniques du cinéma japonais très prisé de ce blog compte tenu de l'innovation et de l'absence de limites qui ont accouché de pellicules foncièrement infâmes pour le commun des mortels et à même de dégueuler sur l'écran de son ordinateur en les lisant pour les plus sensibles.
Vous me connaissez, pas de ça ici présent et place à un film très étrange, bizarre et autres qualificatifs s'y rapportant, tourné en à peine 13 jours, et en provenance de l'esprit quelque peu inquiétant de ce grand réalisateur.
 

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Quand vous connaissez un peu l'énergumène derrière la caméra, il n'est pas difficile de se rendre compte que ces films sont difficiles d'accès et jusqu'au-boutistes, parfois trop (avoir visionné la bande annonce de Tetsuo quand j'avais 14 ans fut une très mauvaise idée). En l'occurrence, on retrouve ici tout ce qu'il faut pour faire fuir le spectateur lambda ou du moins le décontenancer et attiser la curiosité de ceux qui s'y prêteront au jeu. Bref, attelons-nous à ce film. 
ATTENTION SPOILER : Un homme se réveille, enfermé dans sorte de labyrinthe souterrain, tellement exigu, qu'il peut à peine s'y déplacer. Il ne se souvient ni d’où il vient ni comment il est arrivé dans cet enfer. À l'abdomen, il a une blessure profonde et douloureuse. Il commence à se déplacer dans les confins étroits de ce labyrinthe, en tentant de survivre aux pièges mortels omniprésents.

Il doit parfois se déplacer à la force de ses dents. Dans un lieu rempli de membres arrachés et putrescents, il rencontre alors une femme, elle aussi amnésique, et tentent ensemble de trouver des réponses en vain. Alors que l'homme est prêt à abandonner, la femme décide de déblayer un passage dans un égout. En la suivant, il la perd de vue... FIN DES SPOILERS. Voilà, comme vous pouvez le voir, le scénario est relativement simpliste mais comme d'habitude, en ce qui concerne Tsukamoto, intriguant et à même de susciter la curiosité chez n'importe quel amateur de thriller (après, pour tous les garder devant l'écran, c'est une autre paire de manches).
Ici, comme je l'ai dit auparavant, on retrouve tout ce qui fait la force et le style du réalisateur à savoir une réalisation épileptique, une narration obscure et de la violence. A cela, va se rajouter une atmosphère vraiment glauque de par l'approche inhabituelle de l'horreur dans laquelle s'embarque Tsukamoto.

Ainsi, le film démarre sans prologue et nous plonge dans ce lieu inquiétant et très étroit au point que l'acteur principal, incarné par Shinya Tsukamoto lui-même, a bien de la chance de ne pas avoir le moindre surpoids. Qu'on se le dise, je suis un fan d'ambiances malsaines mais celui-là est un poids lourd du genre car il a vraiment déclenché chez moi un malaise qui m'a pas mal poursuivi par la suite. Nous sommes entraînés avec l'acteur dans l'obscurité et le silence le plus total et rien qu'avec cela, Tsukamoto crée déjà un sentiment d'oppression s'intensifiant lors de bruits lointains de type industriel (je ne sais pas si je me fais bien comprendre mais aucun autre terme ne me vient à l'esprit).
Les plans forcément très rapprochés étouffent davantage le spectateur évoluant avec ce personnage dans ces ténèbres en dehors de l'espace et du temps, un point qui, encore une fois, intensifie le malaise suscité par Haze

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Comme le nom du film l'indique ("haze" voulant dire "brume" en français), l'histoire reste très nébuleuse de par les tenants et les aboutissements de l'histoire ainsi que de l'état mental du personnage vidé de toute sa mémoire. Un titre bien choisi compte tenu de cette plongée dans l'inconnu présente tout au long du film. En gros, sur ce premier point, comprenez bien que Haze possède une vraie ambiance qui en déstabilisera plus d'un et dont on peut faire un parallèle intéressant avec un grand film récent, où les personnages évoluaient aussi dans des espaces exigus en dehors du temps, et qui n'est autre que Cube.
Evidemment, si les idées sont rapprochées, la narration n'est pas la même et 
Haze se montre bien plus expérimental. En outre, le film ne se contente pas de se reposer sur de l'obscurité, mais n'hésite pas à nous gratifier de belles séquences de cet homme et de cette femme toute aussi mystérieuse que lui, progressant dans une salle remplie de corps démembrés, de victimes exposées aux pièges mortels semés un peu partout dans cet endroit.

Au risque de me répéter, le film est tout sauf chaleureux et ce n'est pas l'avant dernière séquence de cet homme paniqué croyant voir quelque chose tout au fond de cet espèce de tunnel qui arrivera à nous rassurer. Une séquence mémorable jouant beaucoup sur cette peur inconsciente du noir présente chez beaucoup de gens car c'est en cela que l'obscurité est si terrifiante, vu que l'on ne peut voir ce qu'elle renferme. L'air de rien, cette séquence courte a une petite dimension psychologique qui n'est pas souvent vue dans le cinéma. Jouer sur l'obscurité, faire travailler notre imagination en même temps que le personnage lui-même est un défi extrêmement difficile que Tsukamoto a su relever et ça a le mérite de faire de ce moyen-métrage, une curiosité à voir de toute urgence.
Le problème est que tout n'est pas parfait et quelques défauts gênants s'immiscent entachant le visionnage. Tout d'abord, si la réalisation épileptique fonctionnait à merveille dans Tetsuo, elle ne fonctionnera absolument pas ici lors de, heureusement, rares séquences où l'on a du mal à déceler un peu ce qui se passe.

La faute à l'obscurité qui n'aide pas dans ces moments précis. A cela, rajoutez cette séquence de prisonniers, massacrés par on ne sait trop quoi, qui gâche aussi le visionnage car le personnage est pourtant en position de bien observer le carnage mais la caméra part dans un trip hallucinogène, au point que l'on ne distingue pas l'action. C'est gênant. Mais si ces défauts restent globalement excusables, on ne pourra pas en dire autant de la fin en complet désaccord avec l'ambiance de terreur originelle. On a un peu cette impression que Tsukamoto a perdu son récit en cours de route et ne sait pas trop comment le finir et forcément, on aboutit à une fin opaque et très décevante. 
En conclusion, on a ici un moyen-métrage de qualité on ne peut plus correct, mais présentant quelques problèmes assez agaçants, cassant un peu le plaisir du visionnage. Evoluant dans un cadre digne de faire crier des claustrophobes et dans une ambiance réellement glauque et malsaine, on est face à une réalisation à mi-chemin entre la nervosité et le calme apparent.

Le fait de créer un film court élude tout principe de narration complexe aux personnages travaillés et fait place à un film davantage sensoriel. Haze n'oublie pas aussi d'intégrer les thèmes chers aux réalisateurs, entre autres le rapport de l'homme à la douleur et le sentiment d'enfermement urbain, thèmes retrouvés encore une fois dans Tetsuo. Dans le sillage de Tetsuo sans malheureusement l'atteindre en qualité, Haze se trouve être une curiosité très particulière axée sur cette peur primaire qu'est le noir et rien que pour cela, il mérite d'être visionné.
Néanmoins, le film ne plaira pas à tout le monde et peut laisser un arrière-goût à la fin du visionnage qui pourra vite disparaître après avoir remis ses idées en place. Compte tenu de la construction expérimentale du récit, il est donc logique de ne pas savoir mettre de note précise à cette bizarrerie cinématographique, renouant avec le jusqu'au-boutisme de ses premiers films qu'il avait peu à peu abandonnée.

 

Note : ???

 

orange-mecanique Taratata