Malefices-pornos

 

Genre : pornographie, horreur, trash (interdit aux - 18 ans) 
Année : 1976

Durée : 1h01 ou 1h15

Synopsis : Un mari impuissant, stimulé par la lecture de Meurtres vaudou, rêve, l'espace d'une nuit, aux supplices qu'il inflige à trois jeunes femmes puis à un hercule avant de se débarrasser de sa femme grâce à un bain d'acide sulfurique. 

La critique :

Attention à ne pas caricaturer uniquement le genre pornographique à une série de lubricités et de parties de jambes en l'air ! Il s'agit donc de distinguer la pornographie des années 1970 et celle qui nous est infligée depuis deux ou trois décennies. En outre, la pornographie des seventies exalte le triolisme, l'échangisme, le candaulisme, le lesbianisme et le libertinage. La pornographie devient donc l'apanage d'un mouvement féministe qui s'octroie le droit de s'emparer du désir masculin.
Et c'est ce qu'a parfaitement compris Eric de Winter avec Maléfices Pornos. Au fil des années et des décennies, Maléfices Pornos va devenir rapidement un objet de culte, à la fois pour les amateurs du cinéma trash et de pornographie déviante. Pour la première fois, un film porno fait même l'objet d'une analyse vétilleuse de la part de la presse intellectuelle en raison de son idéologie sous-jacente...

Sujet sur lequel nous reviendrons... A ce sujet, "la Revue du Cinéma N° 384 de juin 1983 précise en page 55 : « Il est de ces films qui vibrent longtemps dans la mémoire. Et lorsqu'il s'interroge sur l'origine du charme, le spectateur ne sait comment il s'élabore. Maléfices Pornos appartient à la race très rare des films obsédants ... » (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mal%C3%A9fices_Pornos). Réalisé en 1976, Maléfices Pornos ne sort que deux ans plus tard.
La commission de censure de l'époque s'interroge sur les messages, entre autres à caractère xénophobe, véhiculés par le film. Mais pas seulement... Certes, la séquence de fin montre un afro-américain qui subit les impudicités d'une femme sadique et érotomane, ainsi qu'une émasculation dans les règles, l'infortuné étant réduit à l'état d'animalcule.

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Evidemment, une telle séquence est jugée raciste et renvoie, selon les contempteurs, à l'esclavagisme. Toujours selon certains détracteurs, Maléfices Pornos ferait donc la promotion d'une idéologie fascisante et fallacieuse. Heureusement, point de croix gammée ni de doxa provenant de l'Extrême Droite dans ce film. Cependant, en raison de ses nombreuses scènes de barbarie gratuite, le long-métrage ne sortira que deux ans plus tard (donc, en 1978).
Reste à savoir si Maléfices Pornos mérite ou non sa réputation sulfureuse... Réponse dans les lignes à venir. La distribution du film réunit Gilbert Servien, Laurence Legras, Manu Pluton, Christine Chanoine et Evelyne Biancchi. Gilbert Servien est donc le seul acteur notoire de cette distribution famélique.

L'interprète a surtout joué des rôles secondaires au cinéma. On a notamment pu l'apercevoir furtivement dans Furia à Bahia pour OSS 117 (André Hunebelle, 1965), La Ligne de Démarcation (Claude Chabrol, 1966), Fantômas contre Scotland Yard (André Hunebelle, 1966), Le Samouraï (Jean-Pierre Melville, 1967), ou encore dans Je sais rien, mais je dirai tout (Pierre Richard, 1973). En l'occurrence, Gilbert Servien et Eric de Winter ont déjà collaboré ensemble dans un autre film pornographique, Lèvres Humides (1976). Le scénario de Maléfices Pornos se démarque notamment par son ingéniosité et sa sagacité. Attention, SPOILERS ! 
Un mari impuissant, stimulé par la lecture de Meurtres vaudou, rêve, l'espace d'une nuit, aux supplices qu'il inflige à trois jeunes femmes puis à un hercule avant de se débarrasser de sa femme grâce à un bain d'acide sulfurique.

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Premier constat, Maléfices Pornos s'inscrit dans un registre particulier, à savoir le "Cavern Bondage", une sorte de huis clos qui mélange l'érotisme hard et le sadomasochisme "soft". Second constat, les deux protagonistes principaux, l'homme et la femme, sont des personnages anonymes, renvoyant intrinsèquement à une sorte de genèse primordiale, à cette quintessence de l'humanité et donc à cette phylogenèse. En outre, difficile de ne pas y voir une allégorie sur l'essence du désir, lorsque Eros devient Thanatos. Quant à Phallos, il devient cet objet de fascination et de domination masculine...
A condition que le sexe ithyphallique ne soit pas condamné à la détumescence. Or, il est bien question d'un homme impuissant qui assiste béat au plaisir de son épouse dans les bras d'un vulgaire quidam (c'est le début du film...).

Afin de retrouver un pénis turgescent (phallus/fascinus), l'homme recourt à la sorcellerie et aux rites sataniques. S'ensuivent alors une série d'agapes et de priapées sanguinaires. Nul doute qu'à l'époque, tous ces rituels sanglants ont probablement effarouché l'audimat. Hélas, force est de constater que Maléfices Pornos a bien souffert du poids des années.
Aujourd'hui, le long-métrage ne vaut que pour sa rareté et son côté quasi introuvable, d'autant plus qu'il existe deux versions du film, une de 61 minutes (disponible sur le site xhamster) et une autre de 75 minutes, visiblement ponctuée de séquences peu ragoûtantes. En l'état, difficile d'en dire davantage. Maléfices Pornos est à la fois un film pornographique (comme son titre l'indique), une pellicule horrifique et un long-métrage expérimental, par ailleurs tourné avec les moyens du bord.
In fine, Maléfices Pornos pourrait se résumer à une sorte de vengeance du sexe masculin qui assouvit son désir éteint en ayant recours à l'extrême et plus précisément à des rituels funéraires. D'une certaine façon, il s'agit d'un film visionnaire qui, déjà à l'époque, préfigurait la pornographie actuelle.

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver